ET LES OUVRAGES DES PEINTRES. 173ctionner dans les choſes qu'on entreprend. Ilfaisoit tant de cas des dons qu'il avoit receusdu Ciel, qu'il $e plaignoit $ouvent de ce qu'e-stant quelquefois accablé d'affaires & obligéde finir promptement ses tableaux pour sub-venir aux besoins de sa famille, il n'avoit pasle temps de les achever entierement ; Estantcertain que s'il eu$t eu le loi$ir de les mettretous en l'estat qu'il eust bien voulu, il n'enseroit sorti de sa main que de tres-achevez.Il veſcut toujours dans Veniſe avec beaucoupd'estime, & eut pour amis toutes les person-nes sçavantes & vertueuses qui vivoient alors;comme Daniel Barbaro, Mafeo & Domini-co Veniero, Ludovico Dolcé, l'Aretin, &plu$ieurs autres, dont il fit des portraits.L'Aretin estoit aussi intime amy du Ti-tien, & l'on conte me$me une histoire a$$ezplaiſante d'un tour que le Tintoret luy fit,parce qu'il avoit mal parlé de luy. On dit quel'ayant rencontré un jour il l'invita d'allerchez luy afin qu'il fist son portrait. L'Aretinne manqua pas de s'y rendre ; & comme il futaſſis, le Tintoret tira avec beaucoup de prom-ptitude un pistolet de de$$ous $a robe, ce quiépouventa tellement l'Aretin, que croyantque le Tintoret $e vouloit vanger de luy, ilY iij
LE TIN-TORET.