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114 ENTRETIENS SUR LES VIESSciHAYON. na trop tost à l'inclination qu'il avoit de pein-dre. Aussi n'ayant pas fait un assez grand fondde ſcience ſes ouvrages ne ſont pas corrects,mais ce deffaut ſe trouve caché par la beautédes couleurs, qui impoſent facilement à ceuxqui n'ont qu'une connoissance mediocre. Ce-pendant André rendoit ses tableaux si agrea-bles aux yeux de tout le monde, que le Tinto-ret diſoit ſouvent qu'il n'y avoit point de Pein-tre qui ne deuſt avoir au moins un tableau deSchiayon à cauſe de ſa belle maniere de pein-dre ; mais qui en mesme temps ne meritastd'estre chaſtié, s'il ne s'efforçoit de mieux deſ-seigner.Pour André il estoit digne d'excuse & decompassion, eſtant reduit dans une ſi grandeneceſſité, que pour ſubſiſter, & pour faire vi-vre ſes parens il eſtoit obligé de travailler avecpromptitude, & d'entreprendre toutes sortesd'ouvrages, n'estant le plus souvent employéque par des maçons, qui le payoient commeun ſimple manœuvre. Il ſeroit demeuré long-temps dans cette miſere, ſi le Titien ne l'en euſttiré pour le faire travailler avec d'autres Pein-tres dans la Bibliotheque de S. Marc, où ilfit trois tableaux. Dans le premier il re-presenta sous des figures emblematiques la