Réflexions critiques314soin d'observer la césure, le nombre dessyllabes, & d'éviter, en composant, larencontre choquante de celles qui s'entre-heurtent. Aussi voyons-nous bien desFrançois qui composent plus facilementdes vers Latins que des vers François.Or moins l'imagination du Poëte est gê-née par le travail mécanique, mieux cet-te imagination prend l'essort. Moms elleest reflerrée, plus il lui reste de libertépour inventer. Un Artisan qui peut ma-nier ſes inſtrumens ſans peine, met uneélégance & une propreté dans son exécution, que l'Artisan qui n'a point entreses mains des instrumens aussi dociles nesçauroit mettre dans la sienne. Ainsi lesEcrivains Latins, & particuliérementles Poëtes Latins qui n'ont pas été gênezautant que les nôtres, ont pû tirer deleur langue des agrémens & des beautezqu'il est presque impossible aux nôtres detirer de la langue Françoi$e. Les Latinsont pû, par exemple, parvenir a faire deces phrases que j'appellerai ici des phrasesimitatives. Il est des phrases imitatives,ainsi qu'il est des mots imitatifs.L'homme qui manque de mots pourexprimer quelque bruit extraordinaire,ou pour rendre à son gré le sentimentdont il est touché, a recours naturelle-
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