Réflexions critiques236Il ne me paroît donc pas possible d'enseigner l'art de concilier le vraisembla-ble & le merveilleux. Cet art n'est qu'à laportée de ceux qui sont nez Poetes &grands Poëtes. C'est à eux qu'il est réser-vé de faire une alliance du merveilleux &du vraisemblable, où l'un & l'autre neperdent pas leurs droits. Le talent defaire une telle alliance, eſt ce qui diſtingue éminemment les Poëtes de la classede Virgile, des ver$ificateurs $ans inven-tion, & des Poëtes extravagans. Voilàce qui distingue ces Poëtes illustres desAuteurs plats, & des faiſeurs de Romansde Chevalerie, tels que $ont les Amadis.Ces derniers ne manquent pas certaine-ment de merveilleux. Au contraire ilsen ſont remplis ; mais leurs fictions ſansvraisemblance, & les événemens pro-digieux à l'excès, dégoûtent les Lecteursdont le jugement est formé, & qui con-noissent les Auteurs judicieux.Un Poëme qui péche contre la vraisemblance, est d'autant plus vicieux queson défaut est sensible à tout le monde.Nous avons une Tragédie de M. Qui-nault, intitulée Le faux Tiberinus, où lePoëte suppose que Tiberinus Roi d'Albe,étant mort dans une expédition, un deses Généraux, afin d'empêcher le décou-
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