sur la Poësie & sur la Peinture. 115encore les deux qui doivent dominer $urla scéne tragique, je veux dire la com-passion & la terreur. L'indignation quenous concevons contre Narcisse augmen-te la compassion & la terreur ou nousjettent les malheurs de Britannicus. L'horreur qu'inspirent les discours d'Oénone.nous rend plus sensible à la malheureusedestinée de Phédre ; le mauvais effet desconseils de cette confidente que le Poëtelui fait toujours donner à Phédre, quandelle est prête à se repentir, rend cettePrincesse plus à plaindre, & ses crimesplus terribles. Nous craignons de rece-voir de pareils conseils en de semblablesconjonctures. On peut donc introduire despersonnages scélérats dans un poëme, ain-si qu'on met des bourreaux dans le tableauqui représente le martyre d'un Saint : maiscomme on blâmeroit le Peintre qui dé-peindroit aimables des hommes ausquelsil fait faire une action odieuse, de mê-me on blâmeroit le Poëte qui donneroità des personnages scélérats des qualitezcapables de leur concilier la bienveillancedu spectateur. Cette bienveillance pour-roit aller jusqu'à faire plaindre le scélé-rat, & à diminuer l'horreur du crimepar la compassion que donneroit le crimi-nel. Voilà ce qui est entiérement opposé
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