sur la Poësie & sur la Peinture. 29virent réellement les soldats effrénezégorger les enfans dans le ſein des me-res sanglantes. Le tableau de le Brun oùnous voyons l'imitation de cet événe-ment tragique, nous émeut & nous at-tendrit, mais il ne laisse point dans no-tre esprit aucune idée importune : cetableau excite notre compassion, sansnous affliger réellement. Une mort telleque la mort de Phédre : une jeune Prin-cesse expirante avec des convulsions af-freuses, en s'accusant elle-même descrimes atroces dont elle s'est punie parle poison, seroit un objet à fuir. Nousserions plusieurs jours avant que de pou-voir nous distraire des idées noires &funestes qu'un pareil spectacle ne man-queroit pas d'empreindre dans notreimagination. La tragédie de Racine quinous présente l'imitation de cet événe-ment, nous émeut & nous touche sanslaisser en nous la semence d'une tristessedurable. Nous joüissons de notre émo-tion, sans être allarmez par la craintequ'elle dure trop long-tems. C'est, sansnous attrister réellement, que la piéce deRacine fait couler des larmes de nosyeux : l'affliction n'est, pour ainsi dire,que sur la superficie de notre cœur, &nous sentons bien que nos pleurs fini-B iij
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