Druckschrift 
Seconde Partie (1746)
Entstehung
Seite
78
Einzelbild herunterladen
 

Réflexions critiques78l'esprit des autres, pourvû qu'on ne lefasse point en Plagiaire.Ce qui constituë le Plagiaire, c'est dedonner l'ouvrage d'autrui comme sonpropre ouvrage. C'est de donner, com-me étant de nous, des vers entiers quenous n'avons eu aucune peine ni aucunmérite à tranſplanter d'un poëme étran-ger dans le nôtre. Je dis que nous avonstransplanté sans peine dans notre ouvra-ge ; car lorsque nous prenons les versdans un Poëte qui a composé dans unelangue autre que la langue dans laquellenous écrivons, nous ne faisons pas unplagiat. Le vers devient nôtre en quel-que façon, à cause que l'expression nou-velle que nous avons prêtée à la penséed'autrui, nous appartient. Il y a dumérite à faire un pareil larcin, parcequ'on ne ſçauroit le faire bien ſans pei-ne, & sans avoir du moins le talent del'expression. Il faut autant d'industriepour y réussir, qu'il en falloit à Lacédé-mone, pour faire un larcin en galanthomme. Trouver en sa langue les motspropres, & les expressions équivalentesa celles dont se sert l'Auteur ancien oumoderne qu'on traduit : sçavoir leurdonner le tour néceſſaire, pour qu'ellesfassent sentir l'énergie de la pensée, et