Saint - Gilles - lez - Bruxelles, 15 décembre 1886 .
A la mort de mon mari (30 janvier 1881), je me suis imposé la tâche d’entreprendre la publication de ses œuvres inédites.
Si, depuis cette date douloureuse, diverses circonstances, indépendantes de ma volonté, ont retardé cette publication, elles onten revanche permis d’y apporter tous les soins possibles pour la rendre digne du Maître, des artistes et des bibliophiles.
Ce résultat a-t-il été réellement obtenu? j’en appelle avec confiance au témoignage de mes sympathiques souscripteurs quiprésentement sont en possession des cinq volumes annoncés par mon prospectus. Je suis persuadée que tous rendront hommageà la collaboration matérielle de MM. Breitkopf et Hartel, de Leipzig, et à celle de M. Ad. Hoste, de Gand. Les premiers m’ontfourni une gravure musicale d’une merveilleuse beauté; le second a prouvé qu’en imprimant l’ouvrage didactique de M. Lemmens,il était le digne successeur de l’habile typographe qui a édité I’Histoire et Théorie de la Musique de l’Antiquité, par M. Gevaert.
Tl me reste maintenant un devoir bien agréable à remplir envers la Commission qui s’est généreusement dévouée à la miseen lumière des œuvres posthumes de mon mari. Je remercie donc publiquement et très cordialement les Membres de cette Com-mission: M. F.-A. Gevaert, l’illustre Directeur du Conservatoire royal de Bruxelles, — M. le Chanoine Yan Damme, — M. leChevalier X. van Elewyck, — MM. les abbés J. Duclos et J. Yan Goch, — et un éminent musicologue français qui, je leregrette beaucoup, veut absolument ne pas ctre nommé.
M. Gevaert a bien voulu accepter la présidence de cette Commission, afin de mieux prouver l’honneur qu’il porte à lamémoire d’un ami, en s’intéressant à ses écrits posthumes.
L’érudit archéologue français est venu tout exprès en Belgique pour recueillir et mettre en ordre, sous la dictée deM. Lemmens, les matériaux de l’ouvrage didactique, depuis l’Avant-Propos jusqu’au chapitre IY inclusivement, et donner à cettepartie une rédaction définitive.
M. l’abbé Duclos a été spécialement chargé de surveiller la publication de tout ce qui forme l’œuvre inédite de M. Lemmens.Il a d’abord complété, avec le bienveillant concours du savant français, le manuscrit de l’ouvrage didactique, et tous deux ontcoordonné, avec une scrupuleuse exactitude, les notes de mon mari relatives à l’harmonisation des modes du chant grégorien.On doit ensuite à M. l’abbé Duclos l’apographe intégral, pour la gravure, des quatre volumes in-folio. Le deuxième de cesvolumes offrait de réelles difficultés. Il y avait plusieurs versions d’un même morceau, et souvent des changements dans cesdifférentes versions. Choisir la meilleure leçon était chose extrêmement délicate; mais, comme M. l’abbé Duclos a été, jusqu’audernier moment, en rapports intimes avec mon mari et qu’il a étudié sous sa direction à l’Ecole de Malines, il était à mêmede savoir, beaucoup mieux que personne, quelles étaient les idées définitives de M. Lemmens. Je tiens à déclarer ici qu’il a faitce très laborieux travail avec la patience d’un bénédictin et l’affection d’un élève vraiment dévoué. Il n’a reculé devant aucunobstacle pour mener à bonne fin l’honorable mais lourde mission dont il était chargé, et n’a déposé la plume qu’après avoirretracé, en termes émus, la vie et les travaux de son vénéré Maître.
Encore une fois, je remercie bien sincèrement Messieurs les Membres de la Commission : c’est pour moi une dette d’hon-neur dont je m’acquitte avec une profonde gratitude.
Hélène Lemmens-Sherrington,
Professeur de Chant au Conservatoire royal de Bruxelles.