Ann 1769.Avril,
310 Voyage
Je fis équiper deux bateaux, & je m’embarquai ac-compagné de MM. Banks & Solander , de nos Offi-ciers & de nos deux amis Indiens. Après un trajetd’environ une lieue , ils nous engagèrent par lignes àdébarquer , & nous firent entendre que c’étoit-là lelieu de leur réfidence. Nous defcendîmes à terre , aumilieu d’un grand nombre de naturels du pays , quinous menèrent dans une maifon beaucoup plus longueque celles que nous avions vues jufqu’alors. Nous ap-perçûmes en entrant un homme d’un âge moyen, quis’appelait , comme nous l’apprîmes enfuite, Toota-hah; à l’inftant on étendit des nattés, & l’on nous in-vita à nous affeoir vis-à-vis de lui. Dès que nous fûmesa dis, T ootahah fit apporter un coq & une poule qu’ilpréfenta à M. Banks & à moi ; nous acceptâmes lepréfent, qui fut fuivi bientôt après d’une pièce d’étoffeparfumée à leur maniéré, & dont ils eurent grand foinde nous faire remarquer l’odeur qui n’étoit point dé-fagréable. La pièce que reçut M. Banks avoit onzeverges de long & deux de large , il donna en retourune cravate de foie garnie de dentelles & un mou-choir de poche. Tootahah fe revêtit fur le champ decette nouvelle parure, avec un air de complaifance &de' fatisfaêlion qu’il n’eft pas poffible de décrire. Maisil eft tems de parler des femmes.
Après ces préfents reçus & donnés , les femmesnous accompagnèrent à plufieurs grandes maifons quenous parcourûmes avec beaucoup de liberté ; elle nousfirent toute forte de politefîes , dont il nous étoitfacile de profiter : elles ne paroiffoient avoir aucuneefpèce de Icrupule ; qui nous empêchât de jouir des