Ann. 1769Mars.
302. Voyage
- homme d’environ vingt ans , fut mis en fentinelle à
• la porte de ma chambre. Pendant qu’il étoit de garde ,un de mes domeftiques faifoit dans le même endroitdes bourfes de tabac avec une peau de veau marin ; ilen avoit promis une à quelques-uns de fes camarades ,en refufant la même grâce au jeune homme qui lalui avoit demandée plusieurs fois ; celui-ci le menaçaen riant de lui en dérober s’il le pouvoit, Il arriva quemon domeftique, appellé précipitamment quelque part,chargea la fentinelle de veiller fur fa peau , fans faireattention à ce qui venoit de fe palier entr’eux. Le jeuneSoldat en prit une pièce, l’autre, qui s’en apperçut àfon retour, fe mit en colere. Après quelque alterca-tion , il fe contenta de la reprendre , & déclara quepour une affaire fi minutieufe , il ne porteroit pas fesplaintes aux Officiers. Un des Soldats entendit la dif-pute, en apprit le fujet, & le dit aux autres ; s’imagi-nant que l’honneur de leur corps y étoit intérelfé , ilsfirent au coupable des reproches amers , & lui direntdes injures & des paroles très - outrageantes ; ils exa-gérèrent fa faute &c la peignirent comme un grand cri-me. Ils l’accufoient d’avoir volé, pendant qu’il étoit degarde , une chofe donc on lui avoit confié le dépôt ;ils ajoutèrent qu’ils fe croiroient déshonorés , s’ilsavoient déformais aucune communication avec lui. LeSergent en particulier lui dit que fi l’homme qu’il avoitvolé, ne portoit fes plaintes, il les porteroit lui-même,& que fa probité fouffriroit fi le voleur n’étoit pas puni.Après tant de reproches & d’infultes de la part de cesgens d’honneur, le pauvre jeune homme fe retira dansfon hamac accablé de défefpoir & de honte. Le Ser-