Ann. 1768,Février.
198 Voyage
commença à bouillir, & dans l’efpace de cinq heures &un quart, nous en tirâmes trente-fix gallons d’un eaudouce, qui n’avoit ni mauvais goût, ni aucune qualiténuifible, comme nous l’avions éprouvé fouvent ; il enrelta treize gallons & demi au fond de l’alembic.Cette opération ne nous coûta que neuf livres pelantde bois, & foixante - neuf de charbon. Je crus qu’ilétoit très - important de faire connoître cette expé-rience , puilque dans un long voyage on peut enmer faire provifion d’une eau potable , avec laquelleon peut cuire toute efpèce de denrées, faire du thé &du caffé, ce qui, dans un long voyage & fur-tout dansles climats chauds, peut être utile à la fan té & fau-ver la vie d’un grand nombre d’hommes. Pendanttoute cette navigation ,'l’eau n’a jamais été épargnée ;nous déflations celle de la mer par diftillation, lorfquenous étions réduits à quarante-cinq tonneaux, & nousconfervions l’eau de pluie avec le plus grand foin. Jene permettois pourtant pas de la prodiguer, 1 Officierde garde étoit chargé d’en diftribuer feulement unequantité fuffifante à ceux qui avoient des alimens àfaire cuire, ou qui vouloient faire du thé ou du caffé.
Le 2^ , nos provifions d’eau & de bois étant fort avan-cées , & le vaifleau bientôt prêt à remettre en mer,j’ordonnai à chacun de revenir à bord & je fis rapporterles tentes des malades. Nos gens étoient en fi bon étatque dans tout l’équipage il n’y avoit que trois hommesincapables de faire leur fervice; & heureufement, de-puis notre départ de Batavia, il n’en étoit mort que