autour du Monde. 169
diftance des bateaux, mais ils ne voulurent pas avan-cer plus loin. Lorfque nos gens eurent fait toutes lesobfervations qui fe préfentèrent k eux , ils quittèrentle rivage, & trois des naturels du pays fortircnt deleur pirogues pour paffer dans un de nos bateaux ;mais , quand ils furent éloignés d’un demi-mille de lacôte, ils fe jettèrent tous trois précipitamment dansla mer, & s’en retournèrent à la nage.
Dès qu’on m’eut fait ce rapport, je confidérai qu’ily auroit beaucoup d’inconvéniens à mouiller en cetendroit \ je réfléchis en outre que c’étoit le tems le plusrigoureux de l’hiver dans 1 hémifphère auftral ; quenotre bâtiment faifoit eau ; que l’arrière étoit très-fa- -tigué par le gouvernail , & que nous ne connoiffionspas jufqu’où le vaiffeau étoit endommagé par la caréné.
Je jugeai par ces raifons qu’il étoit peu en état d’ef-fuyer les tempêtes & les gros tems que nous rencon-trerions certainement, fi nous faifions route autour duCap de Horn ou à travers le détroit de Magellan ;qu’en dirigeant notre marche par ce côté, fi le vaiffeauvenoit à doubler le cap ou paffer le détroit heureufe-ment, il auroit encore abfolument befoin d’un portpour s’y rafraîchir ; & que nous n’en aurions aucunà notre portée. Je me décidai donc à faire voile leplus promptement que je pourrois , vers Titiiati &Batavia, pour repaffer en Europe par le Cap de Bon-ne-Efpérance. Autant que nous pouvions juger de lalongueur de ce chemin, il nous fembloit que nous ar-riverions plutôt en Angleterre ; fi d’ailleurs le vaiffeaune pouvoit pas faire tout le voyage , nous fauvions auTome IL Y