156 Voyage
— — Reine & plufieurs des chefs, qui avaient reçu de nousJuillet 7 * ^ es marm ^ Ces > s en fervoienc conftamment ; & lesOtahitiens alloient en foule voir cet inftrument, com-me la populace va contempler un Spectacle de monf-tres & de marionettes dans nos foires d’Europe. Ilnous parut qu’ils n’ont d’autre boiflon que de l’eau ,de quils ignorent heureufement l’art de faire fermen-ter le fuc des végétaux pour en tirer une liqueur eni-vrante. Nous avons déjà dit qu’il y a dans l'Ifle descannes à fucre ; mais, à ce qu’il nous fembla, ils n’enfont d’autre ufage que de les mâcher, & même cela neleur arrive pas habituellement; ils en rompent feule-ment un morceau lorfqu'ils paffent par hafard dans leslieux où croît cette plante.
N o u s n’avons pas eu beaucoup d’occafions de con-noître en détail leur vie domeftique & leurs amufe-mens; nous jugeâmes parleurs armes & les cicatricesque portoient plufieurs d’entr’eux, qu’ils font quelque-fois en guerre ; nous vîmes par la grandeur de ces cica-trices , qu’elles étoient les fuites des bleffures confidé-rables que leur avoient faites des pierres , des maf-fues, & d’autres armes obtufes ; nous reconnûmes auffipar-là, qu’ils avoient fait des progrès dans la Chi-rurgie , & nous en eûmes bientôt des preuves pluscertaines. Un de nos Matelots étant à terre fe mit uneécharde dans le pied : comme notre Chirurgien étoità bord , un de fes camarades s’efforça de la tirer avecun canif; mais après avoir fait beaucoup fouffrir lepatient, il fut obligé d’abandonner l’entreprife. Notrevieil Otahitien préfent à cette fcène, appella alors un