Ann. 1767.Juillet.
148 , Voyage
ils étoient prêts à s’en revenir au vaifîeau. Dès queles Indiens s’en apperçûrent, la Reine s’avança, & lesinvita à defcendre. Comme elle conjecluroit les raifonsqui pouvoîent les arrêter , elle fit retirer les naturelsdu pays de l’autre côté de la rivière. Pendant que nos-gens allèrent remplir les tonneaux , elle mit dans lebateau quelques cochons & des fruits; &, lorfqu’ils yrentrèrent, elle vouloit à to.ute force revenir avec euxau vaiflèau. L’Officier cependant qui avoit reçu ordrede n’amener perfonne, ne voulut pas le lui permettre:voyant que fes prières étoient inutiles , elle fit lanceren mer une double pirogue conduite par fes Indiens.Quinze ou feize autres pirogues la fuivirent, & elles vin-rent toutes au vaiffeau. La Reine monta à bord ; l’agi-tation où elle étoit l’empêchoit de parler , & fa dou-leur fe répandit en larmes. Après qu’elle y eut pafféenviron une heure, il s’éleva une brife ; nous levâmesl’ancre & nous mîmes à la voile. Dès qu’elle s’apper-çut qu’elle devoit abfolument retourner dans fa piro-gue, elle nous embrafla de la maniéré la plus tendre,en verfant beaucoup de pleurs; toute fa fuite témoignaégalement un grand chagrin de nous # voir partir. Bien-tôt après nous eûmes calme tout plat, & j’envoyai lesbateaux en avant pour nous touer ; toutes les piroguesdes Otahitiens revinrent alors près de notre bâtiment,& celle qui portoit la Reine s’approcha des manteletsde la fainte-barbe, où fes gens l’attachèrent. Quelquesminutes enfuite , elle alla dans l’avant de fa pirogue,& s’y affit en pleurant fans qu’on pût la confoler. Jelui donnai plufieurs choies que je crus pouvoir lui êtreutiles , & quelques autres pour fa parure ; elle les