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Voyage
dès que nos gens furent à terre , le même vieillard ,a voit paffé la rivière pour aller à eux le premierjour , parut, de l'autre côté , & après avoir fait un longdifcours , traverfa l'eau. Lorfqu’il fut auprès de nosgens , l’Officier lui montra les pierres qui étoient enpiles fur le rivage , rangées comme des boulets decanon , & qui y avoient été portées depuis notre pre-mier débarquement. Il lui fit voir auffi quelques facsremplis de pierres , pris dans les pirogues que j’avoisfait brifer, ôc il s’efforça de lui faire entendre que lesIndiens avoient été les agreffeurs, & que le mal quenous leur avions fait n’avoit eu d’autre raifon que lanéceffité de nous défendre. Le vieillard fembla com-prendre ce qu’on vouloit lui dire , mais fans enconvenir. Il fit un difcours à fes compatriotes , enleur montrant du doigt les pierres , les frondes Ôc lesfacs avec une grande émotion, ôc de tems en tems avecdes regards, des geftes & une voix capable d’effrayer.Son agitation fe calma pourtant par degrés, ôc l’Offi-cier qui , à fon grand regret , n’avoit pas entenduun mot de fon difcours , tâcha de le convaincre partous les lignes qu’il put imaginer, qu’il défiroit vivreen paix avec les Indiens, ôc que nous étions difpofésà leur donner toutes les marques d’amitié qui feroiencen notre pouvoir. Il lui ferra la main , l’embrafîà ôclui fitdifférens petits préfens qu’il crut pouvoir lui êtreles plus agréables. Il tâcha auffi de lui faire comprendreque nous délirions d’obtenir d’eux des provifions ; queles Indiens ne vinffent qu’en petit nombre a la fois ,ôc que tandis que nous nous tiendrions d’un côté de larivière , ils reftaffent fur l’autre bord. Après cela le,