Ann. 1767.Janvier.
38 Voyage
blanchâtre > qui prenoic feu comme de l’amadou. Ilsprirent enfuite de l’herbe féche , qui étoit fort abon-dante en cet endroit, & y mettant la moufle allumée,l’enflammèrent dans une minute en l’agitant dans l’air.
L a chaloupe étant revenue , amena trois de cesAméricains, qui ne parurent examiner avec quelque em-preffement que nos habits & un miroir : ce miroir leurfit autant de pîaifir qu’aux Patagons, ôa parut les fur-prendre encore davantage. Lorfqu’ils y jettèrent lesyeux pour la première fois , ils fe retournèrent aufli-tôt, nous regardant d’abord, puis fe regardant les unsles autres ; ils y reportèrent enfuite la vue, brufque-ment & comme par furprife , fe retournant commeauparavant ; après quoi ils alloient regarder derrière lemiroir avec un air d’empreffement. Lorfqu’ils fe furentfamiliarifés par degrés avec cet objet, ils fourioientdevant la glace , & voyant l’image fourire aufli, ilstémoignoient leur joie par les plus bruyans éclats derire. Ils parurent cependant quitter tout ce qu’ils avoiencvu avec une parfaite indifférence ; vraifemblablementle peu qu’ils poffédoient fuffifoit à leurs defirs. Ils man-gèrent de tout ce qu'on leur offrit, mais ne voulurentboire que de l’eau.
Lorsqu'ils quittèrent le vaiffeau , j’allai à terreavec eux, & je trouvai plufieurs de leurs femmes &de leurs enfans qui étoient venus à l’endroit où nousfaifions de l’eau. Je leur diftribuai quelques bagatelles,dont ils parurent s’amufer un moment ; ils nous don-nèrent en échange quelques-unes de leurs armes &plufieurs morceaux de mondic , tel qu’on en trouve