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Ann. 1766.Novemb.
Voyage
armes les Soldats de marine ôc leur fis exécuter unepartie de l’exercice. A la première déchargé de la mouf-queterie , nos Américains furent frappés d’étonnement& de terreur; le vieillard en particulier fe jetta à terrefur le tillac , & montrant les fufils , fe frappa le feinavec fa main , & refta enfuite quelque tems fans mou-vement, les yeux fermés ; nous jugeâmes qu’il vouloitnous faire entendre qu’il connoifloit les armes à feu& leurs terribles effets. Les autres voyant que nos gensétoient de bonne humeur, & n’ayant reçu aucun mal,reprirent bientôt leur gaieté & entendirent fans beau-coup d’émotion la fécondé & la troifième décharge;mais le vieillard refta profterné fur le tillac pendantquelque tems , & ne reprit fes efprits qu’après que lamoufqueterie eut ceffé.
Vers le midi, la marée reverfant, je leur fis con-noître par fignes que le vailfeau alloit s’éloigner & qu’ilsdévoient aller à terre ; je m’apperçus bientôt qu’ils n’a-voient pas envie de s’en aller ; cependant on les fitentrer fans beaucoup de peine dans la chaloupe , àl’exception du vieillard & d’un autre qui voulurentrefter ; ces deux-ci s’arrêtèrent à l’endfoit où l’on def-cend du vailfeau ; le plus vieux tourna autour , & allapar la poupe k l’échelle qui conduit’ k la chambre duCapitaine ; 1k , il refta quelque tems fans dire un mot ;puis il prononça un difeours que nous prîmes pour uneprière ; car plufieurs fois il éleva les mains & les yeuxvers le ciel, & parla avec des accens , un air & desgeftes, fort différens de ce que nous avions obfervé dansleur converfation. Il paroiffoit plutôt chanter que pro-