i8
Voyage
Ann. 1766.Noyemb.
Nous remarquâmes aufli qu’ils avoient plusieursgrains de verre, comme ceux que je leur avois donnés,& deux morceaux d’étoffe rouge 5 nous fupposâmesque le Commodore Byron les avoit laiffés en cet endroitou dans quelque canton voifin.
Après avoir paffé environ quatre heures avec cesAméricains , je leur fis entendre par lignes que j’alloisretourner à bord , & que j’en emmenerois quel-
ques-uns d’entr’eux avec moi, s’ils le défiroient. Dèsqu’ils m’eurent compris, plus de cent fe préfentèrentavec empreffemenf pour aller fur le vaiffeau ; mais jene voulus pas en recevoir plus de huit. Ils fautèrentdans les canots avec la joie qu’auroient des enfans quivont à la foire ; comme ils n’avoient aucune mau-vaife intention, ils ne nous en foupçonnoient aucune.Pendant qu’ils étoient dans les canots, ils chantèrentplufieurs chanfons de leur pays ; lorfqu’ils' furentfur le vailfeau , ils n’exprimèrent pas les fentimensd’étonnement & de curiofité que paroiffbient devoirexciter en eux tant d’objets extraordinaires & nouveauxqui venoient frapper à la fois leurs yeux. Je les fis def-cendre dans ma chambre , ils regardoient autour d’euxavec une indifférence inconcevable , jufqu’à ce qu’und’entr’eux eut jetté les yeux fur un miroir ; maiscet objet ne, leur caufa pas plus d’étonnement que lesprodiges qui s’offrent à notre imagination dans unfonge , lorfque nous croyons converfer avec les morts ,voler dans l’air , marcher fur la mer , fans réfléchirque les Ioix de la nature font violées ; cependant ilss’amusèrent beaucoup de ce miroir ; ils avançoient s
f