174 Voyage
J’ai déjà décrie l’habillement de l’homme qui fuctué, lorfque nous allâmes à terre pour la première foisdans la baie de Pauvreté ,• mais pendant notre féjournous n’avons remarqué qu’une aiffre fois le même vête-ment; ce fut dans le canal de la Reine Charlotte.
Les femmes , contre la coutume générale de leurfexe, femblent donner moins d’attention k leur habil-lement que les hommes. Elles portent ordinairementleurs cheveux courts comme je l’ai déjà dit, & lorf-qu’elies les lailfent croître, elles ne les attachent jamaisfur le fommet de la tête ; elles n’y mettent pas nonplus des plumes pour ornemens. Leurs vêtemens fontfaits de la même matière & dans la même formeque ceux de l’autre fexe ; mais celui d’en bas enve-loppe toujours leur corps, excepté quand elles entrentdans l’eau pour prendre des écreviffes de mer ; ellesl’ôtent alors , mais elles ont grand foin de n’être pasvues par les hommes. Ayant débarqué un jour furune petite Ifle dans la baie de T'ologa , nous en fur-prîmes plufieurs dans cette occupation. La chafteDiane & fes Nymphes ne peuvent pas avoir donnéde plus grandes marques de confufion & de regret àla vue d’Aêléon, que ces femmes en témoignèrent ànotre approche. Les unes fe cachèrent parmi des ro-chers, & le refte fe tapit dans la mer jufqu’à cequ’elles euffent fait une ceinture & un tablier des her-bes marines qu’elles purent trouver; & lorfqu’elles enfortirent, nous remarquâmes que même avec ce voileleur modeftie fouffroit beaucoup de notre préfence.J’ai déjà parlé plus haut de la ceinture & du tablierqu’elles portent communément.