MOH LES LESOJAT VIES DES HOMMES ILL VST RES, GRECS ET ROMAINS, COMPAREES L'VNE AVEC l'autre par Plutarque de Charonee. TRANSLATEES DE GREC EN françois par M. Laques Amyot Confeiller du Roy,& grand Aufmanier de France, reueues corrigees en infinis paffages par luy mefme, AVSQVELLES SONT ADIOVSTEES les vies de Hannibal& de Scipion l'Africain, traduites de Lat in en Françcis par Charles de l'Efclufe. EN CESTE SECONDE EDITION OTRE LES corrections de la precedente, font adionffees toutes les medales di ligemment cerchees par tous les plus excellens Cabinets du Royaume de France d'ailleurs. SECOND TOM E Fi. Deye H A LAV SANNE, PAR IEAN LE PREVX M. D. LXXVIII. CATALOGVE DES HOM. LES MES ILLVSTRES GRECS ET ROMAINS, COMPAREZ L'VN AVEC L'AVTRE PAR Plutarque de Charonee, con1, Ab, 36tenus en ce fecond 14-876 Tome. Nicias fuillet Marcus Craffus Sertorius fueillet 38 fueillet 82 comparez 77 comparez 132 Eumenes fueillet 109 Agefilaus Pompeius fueillet 174 fueillet 134 comparez 149 Alexandre le grand fueillet 253 Julius Cæfar fueillet 327 Phocion 23113V02VA fueillet 384 diabl Caton d'Vtique fueillet 416 Agis& Cleomenes Tiberius& Gaius Gracchi fueil.533 fueillet 476 comparez 556 Demofthenes fueillet 559 comparez T23 629 Cicero fueillet 586 Demetrius fueillet 633 Antonius fueillet 683 comparez 754 Artoxerxes fueillet 757 Dion fueillet 785 Marcus Brutus fueillet 729 comparez 872 Aratus fueillet 876 Galba fueillet 917 Othon fueillet 940 Hannibal Scipion fucillet 996 fueillet 955 comparez 1023 M NS, LES VIES DES HOMMES ILLVSTRES, GRECS ET ROMAINS, COMPAREES I'VNE AVEC L'AVTRE Par Plutarque de Charonee. גר 49 6 Tieds NICIA S. IKIAL P OVRCE qu'il me femble, qu'auec bonne raifon l'ay afforty Nicias auec Craffus,& comparé les calamitez, qui aduindrent à l'vn contre les Parthes, celles qui arriuerent à l'autre en la Sicile, ie veux bien m'excufer enuers ceux, qui prendront ces miés efcrits en leurs mains pour les lire, les aduertiffant qu'ils n'eftiment pas, qu'en expofant ces chofes, que Thucydides a defcrites fi difertement, fi viuement,& auec tant de mouuement d'affections, fe monftrant en ceft endroit fi eloquent, qu'il ne l'eft nulle part ailleurs tant,& n'a laiffé efperance de le pouuoir imiter, i'ay voulu faire comme l'hiftorien Timæus, lequel efperant furmonter Thucydides en viuacité d'eloquence,& faire trouuer Philiftus ignorant& du tout fafcheux& impertinent, fe va iet-ter en fon hiftoire à vouloir dechiffrer les batailles tant de mer que de terre,& les harangues que l'vn& l'autre ont le plus elegalement efcrites, là où, ne luy defplaife, il n'approche d'eux, non plus que feroit vn homme de pied d'vn coche de Lydie come dit Pindarus,& fe fait luy mefme conoiftre homme de mauuaife grace;& de peu de iugement en cela, ou, comme dit Diphilus, a ij NICIAS. Gras& fouylle du fuif de la Sicile. Et fi fe laiffe en beaucoup de lieux couler és fotifes deXenarchus, comme là où il dit, qu'il eftime, que c'eftoit vn mauuais prefage pour les Atheniens, que le Capitaine Nicias, ayant le nom deriué de ce mot Nicé, qui fignifie victoire, contredit à l'entreprise de la Sicile:& que par la mutilation des Hermes, c'eft à dire, des images s de Mercure, les dieux les aduertiffoyent, qu'en cefte guerrelà ils deuoyent receuoir& fouffrir beaucoup de maux parle Capitaine des Syracufains, qui auoit nom Hermocrates fils de Herimon:& dauantage qu'il eftoit vray- femblable, qu'Hercules porraft faueur aux Syracufains à caufe de la deeffe Proferpine, en la prote& ion de qui eft la ville de Syracufe pour recompefe de ce, qu'elle luy bailla le chien des enfers Cerberus;& au contraire qu'il vouloit mal aux Atheniens, pource qu'ils defendoyent les Egeftains, lefquels eftoyent defcendus des Troyens, fes mortels ennemis, à caufe que pour la foy fauffee,& pour le tort que luy tenoit le Roy Laomedon, il deftruifit leur ville: mais à l'aduenture auoit- il aufsi bon iugement à efcrire toutes ces galanteries- là, comme à reprendre le ftyle de Philiftus, où à iniurier Platon& Ariftote. Quant à moy il m'eft aduis, que generalement toute cefte contention& ambitieufe ialoufie de tafcher à dire ou efcrire mieux que les autres, eft chofe baffe,& qui fent fon efcholier difputatif: mais quand encore elle s'addreffe à vouloir combaere, ce qui eft fi excellent, qu'on ne le peut imiter,' alors me femble- elle vne folie priuee de tout fentiment. Parquoy m'eftant du tout impofsible de paffer ou omettre quelques faits, que Thucydides& Philiftus ont defcrits, mefmemét ceux par qui on peut mieux conoiftre l'humeur& le naturel de Nicias caché deffous plufieurs grands accidens, ie pafferay legerement par deffus, en m'y arreftant feulement autant que la necefsité m'y contraindra,, pour ne me faire eftimer homme du tout pareffeux & negligent. Au demeurant ie me fuis eftudié de recueillir des chofes, qui ne font pas communes à tout le monde, que d'autre ont par cy par là efcrites, ou que i'ay retirees de quelques antiquailles, ou de quelques anciens regiftres, dont i'ay tiffu vne narration, qui ne fera point, ce me femble, inutile, ains feruira beaucoup à conoiftre les mœurs& la nature du perfonnage. Premierement donc, on peut dire de Nicias ce, qu'Ariftote à eferit, c'eft qu'il y a eu trois citoyens à Athenes fort gens de bien,& qui ont aimé le peuple d'vne charité& affe& io paternelle, Nicias fils de Nice ratus, Thucydides fils de Milefi',& Theramenesfils d'Agno mais.moins ce dernier que les deux autres, pource qu'il a efté autrefois picqué& mocqué comme efträger venu de l'ifle de Ceos, joint auffi qu'il n'eftoit pas ferme ny conftant en vne refoulution au gouuernemer de la chofe publique, ains tenoit tätoft vn parti, & tan nusgar les iuc des deux de bons a de Peric qui efto de Peric charges ricles fu & d'aut nes de c cotre d euft au uancer fe qu' quin gner. temeri tost va y peuple enters choit rilat taine $ HeXenarth ais pro nom de reprile del redesima parle Ca Els de Her motels me luy te enture ies- la on& cecrire olier mba ts me m'es, que qui on cache nt par effeux r des NICIAS. & tantoft vn autre, à l'occafion dequoy il fuft fur- nomé Cothurnus, qui eft vne forte de brodequin dont foyent anciennement les ioueurs de Tragedies, qui conuient à l'vn& à l'autre pied:& des deux autres, Thucydides, qui eftoit plus ancien, fit beaucoup de bons actes en faueur des gens de bien& d'honneur à l'encotre de Pericles, qui cerchoit de complaire à la commune:& Niciass qui eftoit plus ieune, fut bien en quefque eftime du viuant mefme de Pericles: tellemét qu'il fuft Capitaine auec luy,& eut d'autres charges publiques fans luy par plufieurs fois: mais depuis que Pe ricles fut mort, il fut incontinent pouffé au premier lieu de credit & d'authorité par le port& faueur des hommes riches& perfonnes de qualité principalement, qui en firent come vn räpart à l'en cótre de la mefchäcetésaudace& temerité de Cleon, cobi é qu'il euft auffi la bone grace du peuple, qui aida femblablement à l'auancer: car il eft bien vray que ce Cleon pouuoit beaucoup, à cau fe qu'il flattoit le comun populaire le traitant ne plus ne moins qu'vn vieillard,& luy donnant toufiours quelque moyen de gaigner.neâtmoins c'eux- mefmessà qui s'eftudioit de coplaire& de gratifier, cognoiffans fon auarice, fon infolence effrontee& fa temerité, pouffoyent en auant Nicias, pource que fa grauité n'eftoit point trop auftere ny fafcheufe, ains eftoit meflee d'vne maniere de crainte, qu'il fembloit, qu'il redoutaft la prefence du peuple, ce qui rendoit la commune encore mieux affectionnee enuers luy: car eftant home de fa nature craintif& desfiant, il ca choit cefte couardife en guerre par la bonne fortune, qui le fauo rifa toufiours egalement en toutes les entreprifes, où il fut Capitaine.Et au demeurant celle craintiue façon de faire, qu'il auoit en la ville,& qu'il redoutoit fi fort les caloniateurs, eftoit trouué populaire,& luy acqueroit la bien- vueillace de la comune: paf le moyen de laquelle il entroit de plus en plus auất en authorité, à caufe que le comun populaire craint ordinairement ceux qui le mefprifent,& auance ceux, qui le craignent, pource que le pl d'honeur, que fauroyent faire les grands au menu peuple, eft de monftrer, qu'ils ne le mefprifent point.Or quant à Pericles, pour ce qu'il manioit toute la chofe publique par vne vraye vertu,& par la force de fon eloquence, il n'auoit que faire de mine compofee, ny d'aucun artifice populaire pour gaigner la bonne grace du peuple: mais Nicias ayant faute de cela& abondance de biens, alloit par le moyen d'iceux aequerant la bonne grace de la multitude:& là où Cleon par vne facilité de s'accomoder à tout,& vne maniere de plaifanterie entretenoit les Atheniens en fecondant toutes leurs volontex, luy ne fe fentant pas propre pour luy faire tefte par femblables moyens, s'alloit cou lant en la bonne grace de la commune par liberalitez, defpenfes à faire iouer des ieus publiquemét,& autres telles magnificéces A iij autre ntimar 20leont sde Agno efte au de Geas foulutio yn pa & NICIA S. furpaffant en fomptuofité de frais,& en bonne grace de tels ef batemens tous ceux, qui auoyent efté deuant luy,& qui eftoyent auec de fon temps.Il y a encore iufques auiourd'huy en eftre quel ques vns des dons, qu'il a confacrez aux dieux, comme vne image de Pallas, qui eft au chafteau d'Athenes, ayat perdu fa doreure,& vn petit temple qui eft dedans celuy de Bacchus, au deffous des vafes à trois pieds, que donnent les entrepreneurs quand ils ont gaigné le pris és ieux: car il emporta par plufieurs fois le pris és ieux qu'il defrayoit,& iamais n'y fut vaincu. On conte à cé propos, qu'en certains ieux qu'il faifoit vne fois faireà fes defpes, il fe prefenta fur l'efchaffaut des ioueurs deuant le peuple vn des fes feruiteurs habillé en forme de Bacchus. Il eftoit fort beau de vifage, de fort belle taille,& n'auoit point encore de barbe. Les Atheniens prirent fi grand plaifir à le voir en ceft accouftremét, qu'ils furent longuement à batre des mains en figne de ioye, ce que voyant Nicias, fe dreffa en pieds,& dit tout haut, qu'il eftimoit, que ce feroit peu religieufement fait à luy de laiffer en feruitude vn corps d'homme, qui publiquement auroit efté trouué reffemblant à vn dieu,& fur l'heure donna liberté à ce jeune efclaue.On fait aufsi mention de quelques a& tes de magnificence& de deuotion tout enfemble, qu'il fit en l'ifle de Delos, en laquelle Bes danfes, que les villes Grecques y enuoyent, pour chanter les hymnes en l'honneur d'Apollo fouloyent auparavant y arriuer tumultuairement fans ordre: pource que le peuple, qui accourcit incontinent en foule au deuant les faifoit foudainement chanter fans garder ordonnance quelconquesà caufe qu'ils defcendoyent de la nauire à la hafte en confufion, laiffoyent leurs habits& prenoyent ceux, qu'ils deuoyent porter à la proceffion,& mettoyent leurs chapeaux de fleurs fur leurs teftes en vn mefme inftant. Mais luy au contraire, quand il fut commis à y conduire la danfe d'Athenes, alla premierement defcendreen l'ifle de Renia, quis eft tout ioignant celle de Delos, auec fes däfeurs, fes hofties pour facrifier& tout le refte de fon equipage, portant quant& foy vn pont qu'il auoit fait faire à Athenes à la mefure du canal, qui eft entre l'vne& l'autre ifle, orné de peintures, doreures, de feftons & chapeaux de triomphe,& de tapifferie fort exquifement:& la nuit le fit dreffer fur le canal qui n'eft pas large, puis le matin au point du iour fit paffer toute la danfe chantant par deffus, & conduifit toute cefte proceffion accouftree magnifiquement, iufques au temple d'Apollo:& apres le facrifice, le feftin& les ieux de pris qu'il y fit faire, il y donna vn beau grand Palmier de cuyure, dont il fit offrande à Apollo,& y acheta vne poffeffion de mille efcus, qu'il confacra pareillement au dieu patron de l'ifle,& ordonna que le reuenu d'icelle feroit tous les ans employé parles Deliens, à faire va facrifice& va feftin publique auquel prope Frande les vem Naxie fait- la turel d & prin donne moign meur ue- on iours mail quid er de L bred part d toufio ceux des a e de tel qui eftore eftre qu evne im Ca dore audeffous quand ils fois le pra onte à ce delps ende beade e. Les & er GR ter em ent 201 7 NICIAS. auquel ils feroyent prières à leur dieu, pour la bonne fanté& profperité de Nicias: car ainfi le fit- il efcrire& engrauer deffus vne colomne, qu'il laiffa en Delos, comne gardiene de fon offrande& de fa fondation. Depuis ce Palmier eftant rompu par les vents tomba deffus la grande ftatue, qu'auoyent donnee les Naxiens,& la renuerfa par terre. Or eft- il bien vray, qu'en ce fait- là y a beaucoup de pompe, de monftre& d'ambition populai re: toutefois qui confiderera au demeurant les mœurs& le naturel du perfonnage, on pourra croire, qu'il le fit premierement & principalement par zele de deuotion,& fecondement pour donner quelque plaifir& paffe- temps au peuple, car comme tefmoigne Thucydides, il eftoit de ceux qui reuerent auec vne tremeur les dieux& qui du tout font addonnez à la religion.Et trou ue- on par efcrit en l'vn des dialogues de Pafiphoon, que tous les iours il facrifioit aux dieux,& tenoit vn deuin ordinaire en fa maifon, donnant à entendre que c'eftoit pour aduifer auec luy ce qui deuoit aduenir és affaires de la chofe publique: mais à la verité, c'eftoit pour enquerir de fes affaires propres, mefmement de fes mines d'argent: car il en auoit plufieurs grandes au quartier de Laurion, qui luy rendoyent bien du profit: mais aussi les fouylloit- on auec grand peril,& y falloit entretenir grand nom bre d'efclaues à y befongner continuellement. Aufsi eftoit la pluf part de fon bien en argent content, au moyen dequoy il auoit toufiours force demandeurs apres luy, aufquels il donnoit: car il ne donnoit pas moins à ceux, qui pouuoyent mal- faire, qu'à ceux qui meritoyent d'auoir du bien,& qui eftoyent dignes de fe fentir de fa liberalité de forte que fa timidité eftoit vn reuenu & vne rente aux mefchans, aussi bien que fa liberalité l'eftoit aux gens de bien, dequoy on peut tirer preuue& tefmoignage des anciens poëtes Comiques: car Teleclides parlant de quelque balomniateur en vn paffage, dit ainfi: tro se Onc ne voulut Charicles luy donner Dix efcus fiuls, pour ne le blafonner D'eftre l'aifné des enfans de fa mere, Premier iffu hors de fa gibbeciere: Et Nicias luy en donna quarante. Mais pourquoy c'eft, combien que ie me vante De le fauoir, ie n'en diray ia rien: le l'ayme, croy, qu'il eft homme de bien. Et celuy duquel Eupolis fe moque en fa Comedie, qui eft intitu bee Myricas, amenant en vn feu vn poure bon homme fimple, luy demande: Le calomniateur. Combien de tempsy a- il, que tu n'as * iiij NICIAS. Efte parlant ance Nicias? Le bon homme. It ne Pay pas feulement veu en face, i Sinon l'autre byer, ie le vi fur la place. Le calomniateur. La l'auoir veu ceft homme me confeße: Mais veu que luy le conoift, pourquoy ft- ce Qur feulement il l'a veuen paffant, bunoium Sitrabyfon il ne nous va braffant? Ones amis, uprie vous ay fait, Comme ray pris Nicias fur le fait. L'auteur. O infenfezcuyderez- vous furprendre ques ang snemalag isiq sup enolog pis, out para les va de la c du bo tre leu pound Va fi prend- homme en fait, qu'on peuft reprendre? Et Cleon menaçat en la Comedie d'Ariftophanes, intitu lee les Cheualiers, dit ces paroles: Les harangeurs à la gorge prendray, Et Nicias ftonné ie rendray. insub Phrynichus mefme donne en paffant à entendre qu'il eftoit ain fi poureux& facile à effrayer, quand il dit en parlant de quelque autre, Bon citoyen eftoit- il, non point basolody Ne vil de coeur comme va Nicias.neys Eftant donc de fa nature ainfi craintif,& ayant peur de donner quelque occafion aux harangueurs de le calomnier, il fe referroit iufques là, qu'il n'ofoit ny boire ny manger, auec perfonne de la ville, ny ne s'ofoit trouser és copagnies pour deuifer& pour paf fer le temps, ains fuyoit tous te ls esbatemens& plaifirs entierement: car quand il eftoit en office il ne bougeoit du palays à de pefcher affaires depuis le matin iufques à la nuit,& s'en alloit le dernier du confeil, y arriuant toufiours le premier. Et quand il n'auoit rien à faire en public, alors eftoit- il de difficile accez& ne pouuoit- on parler à luy, pource qu'il fe tenoit r'enfermé dedas fa maifon:& quelques vns de fes amis parloyent à ceux, qui venoyent à fa porte, les prians de l'excufer, difans qu'il eftoit encore lors empefché pour les affaires de la chofe publique. Celny, qui plus luy aidoit à iouer ce myftere fans parler,& qui plus le mettoit en reputation de cefte grandeur& grauité, eftoit vn Hie ro, lequel auoit efté nourry en la maifon de Nicias,& q luy- mefme auoit inftruit és lettres& en la mufiq.Il fe difoit eftre fils d'vn Dionyfius, qui fut fur- nomé Chalcus, duquel on trouue encore auiourd'huy quels ceuures poetiques,& qui eftat Capitaine d'vne troupe de gens qu'on enuoyoit pour peupler en Italie, y fonda la ville de Thuries. C'eft Hieró doc le feruoit& fecodoit à enqrir feeretement ce qu'il vouloit fauoir des deuins,& alloit femât ces prope me en Etro Fexper da par que dea leeles it ain lque الوادت net troit dela pal ereade. loit & as A t YOC dala vergri NICIAS. 3 propos parmy le peuple, que Nicias menoit vne miferable& trop labourieufe vie pour le foin qu'il auoit dela chofe publique, iufques là, qu'en fe lauant és eftuues, ou en beuuant& mangeant à table, il auoit toufiours l'efprit tendu à quelque affaire de la ville laiffant les fiens propres pour penfer aux publiques, de forte qu'à peine commençoit- il à dormir quand les autres bien fouuent a- cheuoyent leur premier föme, dot fa perfone en valloit beaucoup pis, outre ce qu'il en deuenoit rebours& mal- gracieux, à ceux q parauat eftoyet fes familiers amis, en maniere, ce difoit- il, qu'il les va perdat auec fes biés pour s'eftre entremis du gouuernemet de la chofe publiq, là où les autres s'érichiffent&& acquieret des amis par le credit, qu'ils ont d'eftre efcoutez du peuple, en donat du bo teps,& ne fe faifat q iouer des affaires publiqs, qu'ils ont en tre leurs mains.A la verité aufsi eftoit la vie de Nicias telle, qu'il pouuoit veritablemét dire ce, q le Roy Agameno dit de foy- mef me en la tragedie dEuripides, qui fe nome Iphigenie en Aulide: De l'apparence en grandeur nous viuens, Mais en effet au peuple nous feruons. Et voyant que le peuple fe feruoit bien en quelques chofes de l'experience de ceux, qui eftoyent eloquens, ou qui auoyent plus grands fens que les autres, neantmoins qu'il fe desfioit toufiours de leur fuffifance,& s'en donnoit de garde, leur abaiffant le courage& diminuant leur authorité, comme il apparoiffoit par la co damnation de Pericles,& par le banniffement de Damon,& par la desfiance qu'il eurēt d'Antiphon Rhamnufien,& plus encore par ce qu'ils firent à Paches, celuy qui prit l'ifle de Lesbos, lequel eftant mis en iuftice pour rendre conte de fa charge, en plain iugement defgaina fon efpee,& s'en tua luy- mefme publiquemét deuant tout le monde. Ce confidere il tafchoit à euiter les charges qui eftoyent ou trop difficiles, ou trop petites,& là où il en ac ceptoit quelqu'vne, fon principal regard eftoit toufiours de ne rie hafarder& aller feurement en befongne: au moyen dequoy la plufpart des affaires, qu'il prenoit en main, luy fuccedoyent heureufement, comme on peut penfer: toutefois il n'en attribuoit rie à fa fageffe ny à fa fuffifance& vertu, ains cedoit le tout à la fortu ne& recouroit toufiours aux dieux, eftant content de diminuer fa gloire pour obuier à l'enuie.Ce que les euenemens des chofes qui fe pafferent en ce teps- là, nous tefntoignent par ce que la vil le d'Athenes ayat receu de fon teps plufieurs grandes& lourdes fecouffes, il n'eut aucunemet part à pas vne d'icelles: car les Athe nies furent lors desfaits vne fois en Thrace par les Chalcidiens, mais ce fut fous la coduite de Calliades& de Xenopho, qui eftoy ent Capitaines:& la perce qu'ils firécen Etolie fut fo' la charge de Demofthenes: aupres de Deliu, ville de la Booce, ils perdiret sille homes en vne desfaite, où eftoit chef Hippocrate t quanc prop NICIAS.. Pambal traiter Pintam plaira fe caule fre de pa mais de & que l afe com Nicias à la peftilence, on en donnoit la plufpart de la coulpe à Pericles; qui retira& enferma dedans les murailles de la ville le peuple des champs à caufe de la guerre, là où pour la mutation des lieux& du changement de leur maniere accouftumee de viure, ils tomberent en peftilente maladie. Mais de tout cela on n'en imputoit chofe quelconque à Nicias:& au contraire eftant Capitaine il prit l'ifle de Cythera eftant en afsiete fort propre pour endommager le pays de la Laconie,& dont les habitans eftoy ent Lacedæmoniens: il reconquit, aufsi plufieurs places qui s'eftoyent rebellees en la Thrace,& les remit en l'obeyffance d'Athenes:& ayant enferré les Megariens dedans leurs murailles, il prit d'arriuee l'ifle de Minoa:& au partir de là, bientoft apres il prit aufsi le port de Nifee:& faifant defcente fur le pays des Corinthiens, il desfit ceux, qui fe prefenterent en bataille deuant luy,& en occit vn bon nombre,& entre autres le Capitaine Lycophron. Mais en cefte rencontre il luy aduint d'oublier à inhumer deux de fes gens, qui y eftoyent morts dont on n'auoit peu trouuer les corps en recuillant les autres: mais fi toft qu'il en fut aduerty, il fit arrefter toute la flotte,& enuoya deuers les ennemis vn heraut demander congé d'enleuer ces deux corps: combien que par l'vfance de la guerre ceux, qui enuoyoyent demander congé d'enleuer les morts pour les inhumer, quittaffent la victoire, de forte qu'il ne leur eftoit pas puis apres loyfible de dreffer vn trophæe pour marque de victoire pource qu'il fem bloit, que ceux qui les auoyent en leur puiffance fuffent victorieux:& ne fe pouoit dire, que ceux qui les demandoyent de grace, les euffent en leur puiffance, autrement ils ne les euffent pas requis: toutefois il aima mieux quitter l'honneur de la victoire, que de laiffer deux de fes citoyens morts en campagne fans donner fepulture à leurs corps: puis apres auoir couru& pillé toute la cofle de la Laconie,& desfait en bataille quelques Lacedæmoni ens qui fe trouuerent deuant luy en campagne, il prit la ville de Tyraa, que tenoyent alors des Eginetes lefquels il emmena prifonniers à Athenes.Et comme les Peloponefiens euffent mis fus de groffes armees tant par mer que par terre, pour aller deuant le fort de Pyle, que le Capitaine Demofthenes auoit fortifié, la bataille donnee par mer, il aduint, qu'il demeura dedans l'ifle de Sphacterie quatre cens naturels citoyens de Sparte: parquoy les Atheniens eftimerent que ce feroit vn grand exploit à eux, come certainement il eftoit, que de les prendre vifs: mais le fiege en e- ftoit mal- aifé, pource que c'eftoit en lieu, où il y auoit fauté d'eau au cœur d'Efté,& qu'il falloit faire vn grand circuit pour y porter des viures en leur camp, ce qui feroit apres l'hyuer venu bien dangereux,& prefque totalement impofsible.Au moyen dequoy iis eftoyent bien marris,& fe repentoyent fort d'auoir renuoyé l'ambal per ces dure fi tout h pour & cla trept y alle non p de da vn pe pris ma arr 3m Cur auls alpe à Peti ille le ye tation de e de viure on n'en in tant Cap propre pout itans eltor es qui s'e ance d'A urailles, des Co e decant ine Ly oitpea en fut nneommanmt la ible fem orl NICIAS. 購 Pambaffade des Lacedæmonies, qui eftoit venue deuers eux pour traitter d'appointement,& l'auoyent renuoyee fans rien faire à l'inftance'de Cleon, qui y refifta principalement pour faire defplaifir à Nicias, lequel eftoit fon ennemi& follicitoit fort affeQueufement ce que demandoyent les Lacedæmonies:& pour cefte caufe ce Cleon perfuada aux Atheniens, qu'ils refufaffent l'of fre de paix& d'appointement qu'ils eftoyent venus prefenter: mais depuis quand le peuple vid que ce fiege alloit en longueur, & que leur camp y fouffroir de griefues necefsitez, il commença à fe courroucer contre Cleo, lequel en reietta toute la coulpe fur Nicias, difant par fa couardife& lafcheté il laifferoit efchapper ces afsiegez,& que fi luy euft efté Capitaine, ils n'euffent pas duré fi longuement. Adonc fe prirent les Atheniens à luy dire tout haut, Et que n'y vas- tu donc toy- mefme encore maintenant pour les prendre? Et Nicias mefme fe dreffant en pieds dit haut & clair, que volontiers il luy cedoit toute la charge de cefte entreprise de Pyle,& qu'il leuaft tant de gens, qu'il voudroit pour y aller& faire de fait quelque bon feruice à la chofe publique, non pas fe vanter auec audecieufes paroles, où il n'y auoit point de danger. Cleon du comencement fe tiroit arriere, fe trouuant vn peu eftonné, pource qu'il ne fe fuft iamais douté qu'on l'euft pris au mot de fi pres: toutesfois à la fin voyat q le peuple l'e pref foit,& q Nicias crioit apres luy, fon ambition s'excita& enflamma de maniere q no feulemét il accepta la charge deCapitaine, mais fpecifia vnterme, que dedans vingt iours apres qu'il fercit arriué fur les lieux, ou il feroit mourir tous ces afsiegez, où il les ameneroit prifonniers à Athenes. Ce que les Atheniens oyans, eurent plus d'ennie de rire à bon efcient, que de le croire, car aufsi auoyent- ils bien autrement accouftumé de prendre fa folie& fureur en ieu,& fe rire de fa temerité. Comme on conte qu'vn iour d'affemblee publique qu'il deuoit haranguer, le peuple afsis dés le matin l'attendit longuement,& qu'à la fin il s'y vint prefenter bien tard, ayant fur fa tefte vn chapeau de fleurs a où il pria l'afsiftance de vouloir differer cefte affemble iufques au lendemain: pource, dit- il, que ie fuis auiourdhuy empefché à feftoyer quelques mies amis efträgers qui me font venus voir, & en ay fait facrifice aux dieux. Le peuple ne s'en fit que rire,& fe leuant s'en alla: toutesfois il eut adonc la fortune propice,& fe porta fi bien en cefte charge apres Demofthenes, que dedans le terme du temps, qu'il auoit prefix, il prit tous les afsiegez, exceptez ceux qui furent tuez en combattant,& leur ayant fait quitter les armes, les amena prifonniers à Athenes. Cela fut vne grande honte à Nicias, pource qu'il ne fut pas pris comme vn rendre ou letter fes armes, mais fut iugé encore pis,& fut tenu pour vne plus ignominicule lafcheté, d'auoir ainfi volontaire race, re que ner ela onl IS ht 3 au or equ engon 12 NICIAS. ment quitté à fon ennemi, à faute de cœur, la charge de faire vn fi beau& fi grand exploit, en fe depofant luy- mefme de l'honneur de Capitaine: aufsi s'en moque bien derechef Ariftophanes en la Comedie des Oyfeaux, difant, De fommeiller il n'eft heure en effet, Ny reftiuer comme Nicias fait. Et en vn autre paffage de la Comedie des Laboureurs, où il dit: Je veux des champs laboureur deuenir. Qui te defend de t'y aller tenir? Vous: car ie donne an public prefente Centefcus d'or, pournem que l'on m'exempté De tout office iurifdiction. Nous acceptons l'offre condition: Car auec ceux, qui par Nycias ont Efte payez, deux cens tout droit ce font. Mais qui pis eft, en ce faifant il porta grad dommage à la chofe publique, laiffant monter Cleon en tel credit& telle reputation: car depuis cela il chargea vne fi grande audace& fi grande prefomptio, qu'on ne le peut plus tenir: ce qui fut caufe de plufieurs maux à la ville, dont Nicias luy- mefme fe fentit autant ou plus que nul autre. Ce fut luy entre autres chofes qui ofta l'honnefteté & toute la reuerence qu'on gardoit auparauant aux harangues publiques en prefchant le peuple: car il commença le premier à y crier à pleine tefte,& à y frapper auec la main fur la cuiffe en ouurant fa robbe par deuant,& à courir çà& là par la tribune en parlat, dont puis apres proceda l'effrenee licence& la nochalan ce de toute honefteté, en laquelle tomberent les orateurs& enstemetteurs des affaires, qui fut en la fin caufe de la totale ruine. Ia commençoit Alcibiades en ce temps- là à venir en auant,& à fe mefler des affaires, qui n'eftoit pas ainfi entierement corrompu ny fimplement mefchant, ains, comme on dit de la terre d'Ægypte, que pour fa fertilité Elle produit drogues medecinales Tout pefle mele, autant bonnes que males. Auffi la nature d'Aleibiades eftätgrade& forte en l'vne& en l'au tre partie, dóna comencemetà beaucoup de nouuelletez, dont il adnint, Nicias encore apresqu'il fut deliuré de Cleo, ne peut pas remettre la ville d'Athenes en paix& en traquilité: ains ayant ia conécé d'acheminer les affaires à port de falut, il fut derechef re ietté en pleine guerre par la veheméce& impetuofité de l'ambition d'Alcibiades. Ce qui aduint en cefte maniere: Ceux, qui plus empefchoyent le repos& la paix vniuerfelle de la Grete, eftoyer Cleб d'vn cofté& Brafidas de l'autre, pource q la guerre couuroit la me fchaceté de l'vn,& honnoroit la vertu de l'autre, donnant à L'en moyen& matiere de cómettre beaucoup de mal- heurtez,& à l'autre deur die eff & Athen lams& le s d'eanque ces & que tous maux de la maye& c deffein to laboureu autres, a refroidi efperan fees à la jouffere Jeurs bo Dort eu l prifon 2001 T ils is fa menga Les pla Voir fort plus en da Et le f qu'en ment Pro chole ge de f ime de P Ariftopha Ja chole tation e prefieurs plus efheté gues mier à Te en me en alan en ine & à три NICIAS. 13 à l'autre de faire plufieurs beaux& glorieux faits d'armes. Ces deux donc eftans morts tous deux enfemble en vne bataille qui fut donnee pres d'Amphipolis, incontinent Nicias trouuât ceux de Sparte, qui de long temps ne defiroyent rien plus que la paix, & les Atheniens, qui n'eftoyent plus fi chauds à la guerre, ains les vns& les autres, par maniere de dire, las& recreus& baiffans d'eux- mefmes les mains, il alla cerchant les moyens de faire, que ces deux citez retournaffent en amitié l'vne auec l'autre, & que tous les autres Grecs femblablement fuffent deliurez des maux de la guerre, afin que de lors en auant ils peuffent viure en vraye& certaine felicité. Si eut incontinent fauorables à fon deffein tous les riches, tous les vieux,& toute la multitude des laboureurs. Et en parlat encore particulierement à plufieurs des autres, auoit tant fait par viues raifons, qu'il les auoit redus plus refroidis à cercher la guerre: au moyen dequoy: donnant bonne efperance à ceux de Sparte, que les chofes eftoyent bien difpo fees à la paix, s'ils y vouloyent entendre, les Spartiates luy adioufterent foy, tant pource qu'ils l'auoyent trouué par tout ailleurs homme doux& debonnaire, comme aufsi pource qu'il a- uoit eu foin de faire traitter gracieufement& humainement les prifonniers, qui auoyent efté pris aupres du fort de Pyle,& leur auoit rédu la mifere de prifon plus aifee à fupporter. Or auoyetils ia fait entr'eux vne trefue pour vn an, durant lequel recommençans derechef à hanter les vns auec les autres,& à goufter les plaifirs de la paix& de la feureté de pouuoir librement aller voir fes hoftes& amis eftrangers, ils commençoyent à fouhaitter fort vne vie tranquille, repofee& paifible, là où on ne fouyllaft plus fes mains de fang humain,& prenoyent grand plaifir à ouyr en danfant chanter de telles chanfons: ON ez Au raftelier ma lance foit couchee, La toyle y foit de l'araigne attachee. Et fe fouuenoyét aufsi volotiers,& auec ioye de celuy qui difoit, qu'en la paix le fon des tropettes n'efueille point ceux qui dorment, mais le chant des coqs:& au contraire ils maudiffoyent& reiettoyent ceux qui difoyent eftre predeftiné, que la guerre dureroit trois fois neuf ans:& ainfi venans à parlementer de toutes chofes enfemble, ils firent la paix vniuerfelle: tellement que la plufpart des hommes eftima qu'ils eftoyent feurement arriuez à la fin extreme de to* leurs maux,& ne parloyet plus d'autre perfonne que de Nicias, difans que c'eftoit vn perfonnage aimé des dieux, qui pour fa deuotion enuers eux, luy auoyet fait cefte gra. ce, que le plus beau& le plus grad bien, qui peuft aduenir au mo de, eftoit appellé de só nom: pource qu'à la verité il n'y auoit celuy, qui n'eftimaft, que cefte paix eftoit certainement l'cedure de 20 84 NICIA S. amena le monde itter& ac ut que na pas en plein fer poin Royenne fi be melme ne faur bien Se fi pe de faire conclure ment de Nicias, ne plus ne moins q la guerre auoit efté l'euure de Pericles, lequel pour caufes bien legeres perfuada aux Grecs de fe precipiter en griefues calamitez:& Nicias au contraire les auoit induits à vouloir deuenir amis, en oubliant les griefs maux qu'ils auoyent receus les vns des autres en la guerre paffee: de forte que iufqu'auiourdhuy.ce traitté- la s'appelle Nicium, comme qui diroit, la paix de Nicias. Si furent les articles de la paix arreftez, qu'ils rendroyent reciproquemet les villes, terres& places, qu'ils auoyent prifes durant la guerre les vns fur les autres,& les prifonniers aufsi:& que ceux- la commenceroyét à rendre, aufquels il efcherroit par le fort de deuoir commencer les premiers.Et efcrit Theophraftus, qu'il acheta à beaux deniers contans le fort, afin que les Lacedæmoniens commençaffent les premiers à rendre. Mais comme les Corinthiens& les Bootiens eftans mal cotens de ceft appointement, tachaffent par plaintes& doleances, qu'ils mettoyent en auant, de reffufciter la guerre de nouueau, Nicias perfuada aux Atheniens& aux Lacedæmoniens.d'adioufter de renfort à la paix, alliance& ligue offenfiue& defenfiue pour va plus feur lien, afin qu'ils en fuffent plus affeurez les vns des autres,& plus redoutables à ceux qui fe voudroyent foufleuer ou rebeller contr'eux. Ces chofes fe faifoyent contre la volonté d'Alcibiades, lequel outre ce qu'il eftoit mal né à la paix, vouloit. encore grand mal aux Lacedæmoniens, à caufe qu'ils s'addreffoyent à Nicias, dont ils auoyent bonne opinion,& ne faifoyent conte de luy, ains le mefprifoyent. A l'occafion de quoy il auoit bien effayé dés le comměcement d'empefcher cefte paix,& n'auoit peu rien faire. Mais peu de temps apres, fentant que les A- theniens n'eftoyent pas fi contens de ceux de Lacedæmone, come ils eftoyent auparauant,& qu'ils eftimoyent qu'ils leur faifoyent tort en ce qu'ils auoyent de nouueau fait alliance fans eux auec les Bootiens,& ne rendoyent point les villes de Panacte en fon entier& d'Amphipolis, felon qu'ils eftoyent tenus de faire par le traitté de la paix, adonc il fe mit à amplifier& aggreger leurs plaintes,& à irriter& aigrir le peuple fur chacune d'icelles:& finalement ayant fait venir vne ambaffade de ceux d'Argos à Athenes, il mena fi bien la pratique, que les Atheniens firét ligue offenfiue& defenfiue auec eux. Mais fur ces entrefaites arriuerent aufsi à Athenes d'autres ambaffadeurs de Lacedæmone, auec plein pouuoir d'accorder de tous differents, lefquels a- yans premierement parlé au Senat, propoferent toutes chofes ho neftes& raifonnables. Parquoy Alcibiades craignat, s'ils propofoyent ces chofes mefines deuant le peuple, qu'ils ne le tiraffent à ce qu'ils vouloyent: il abufa ces poures ambaffadeurs par vne telle tromperie: car il leur promit& iura de leur aider à obtenir tout ce qu'ils pretendoyent, pourueu qu'ils ne monftraffent ny ne conla conc eufel metta fur à s DAT C AAMA ple criure de ur Grec traire lera efs maux qu ede forte q comme qui d paix arreter places pil ,& les pri dre, aufquels miers.Et ef tans le fort, miers aren ns mal co Holeances, nouveau Padio efenfive les vns fleuer olonté vouloit dref foyent auoit & n'a les A- , co r fai s eux te en Faire ger el NICIAS. ne confeffaffent point aucir tout pouuoir de leur feigneurie, leur donnant à entendre que cela eftoit le plus expedient moyé pour paruenir à leurs fins.Les ambaffadeurs le creurent,& le tournerent deuers luy en fe departant d'auec Nicias.Parquoy Alcibiades les amena en pleine affemblee de confeil de ville deuant le peuple, là où il leur demanda publiquement haut& clair deuant tout le monde, s'ils auoyent libre puiffance& plein pouuoir de traitter& accorder de toutes chöfes: ils luy refpondirent tout haut que non,& adonc fe changeant contre leur efperance, il commença à appeller ceux du Senat à tefmoins, s'ils auoyent pas en plein Senat dit du contraire,& confeilla au peuple de ne fe fier point& n'adioufter foy quelconque à perfonnes, qui e- ftoyent fi manifeftement conuaincus de menfonge,& qui fur v- ne mefme matiere difoyent tantoft d'vn& tantoft d'autre. Il ne faut pas demander fi les ambaffadeurs fe trouuerent bien eftonnez: car Nicias mefme ne feut que dire à cela, tant il fe trouua esbahy, confus& furpris d'ennuy pour vne chofe fi peu efperee:& en fut le peuple fi efmeu qu'il fut entredeux de faire fur l'heure mefme venir les ambaffadeurs d'Argos pour conclurre la ligue auec eux: mais il furuint là deffus vn tremblement de terre, qui feruit à Nicias& rompit celle affemblee. Et le lendemain s'eftant derechef affemblé le confeil, à peine peut- il tant faire& tant dire, que le peuple vouluft tenir en furfeance la conclufion de la ligue auec les Argiens, iufqu'à ce que luy euft efté vn tour ambaffadeur deuers les Lacedæmoniens, promettant que toutes chofes iroyent bien en ce faifant. Arriué qu'il fut à Sparte, on le recueillit& honnora come perfonnage d'honeur,& qu'ils eftimoyent bien affectionné enuers eux: mais ata demeurant il ne peut rien faire, ains fe trouuat vaincu par ceux qui fauorifoyent aux Bootiens, s'en retourna à Athenes comme il en eftoit party, là où il ne fut pas feulement mal venu& pis e- ftimé, mais en danger de fa perfonne, pour le courroux du peuple, qui à fon inftance& à fa perfuafion auoit rendu tels perfonnages prifonniers,& en fi grand nombre, pource que les prifonniers qu'on auoit amené de Pyle, eftoyet tous des premieres maifons de Sparte,& auoyet leurs parens& amis tous les principaux perfonnages de la ville: toutesfois le peuple à la fin ne luy en fit autre rudeffe, finon qu'il efleut Alcibiades pour Capitaine,& fit alliance auec les Eliens,& les Mantiniens, qui s'eftoyet rebellez contre les Lacedæmonies,& auec les Argiens aufsi,& enuoyerer des brigads à Pyle pour endomager le pays de la Laconie. Pour lefquelles occafions ils retōberent derechefen la guerre.Or ainfi comme le different& la querelle d'entre Alcibiades& Nicias eftoit en fa plus grande force, efcheut le temps de l'Oftracifmes c'eft à dire, d'vn banniffement, qui fe faifoit à certains inter- コッ pofent obteni ffent песо NICIAS. $ 6 ualles de temps, par lequel le peuple banniffoit pour dix ans celuy des citoyens, qui luy fembloit le plus fufpe& pour fon credit, ou autrement le plus enuié pour fes richeffes. Si fe trouuerent a- donc ces deux perfonnages en grand efmoy,& en non moindre danger, s'affeurans bien que l'vn d'eux deux ne faudroit point à eftre relegué par ce prochain banniffement: pource que le peuple hayffoit la vie d'Alcibiades,& redoutoit fa hardieffe, ainfi comme nous auons plus amplement declaré en fa vie:& quant à Nicias, fes richeffes le rendoyent enuié,& trouuoit- on fa maniere de viure trop eftrange, d'eftre ainfi mal accointable,& fi peu populaire comme il eftoit, le tenans à trop grande grauité: ioint aufsi qu'il leur eftoit encore odieux, pource q ia en plufieurs occurrences il auoit formellement contreuenu à ce que le peuple defiroit,& l'auoit contraint malgré fon vouloir de reuenir à ce, qui luy eftoit vtile. Brief, à parler rondement, il y auoit là deffus vn combat entre les ieunes, qui demandoyent la guerre,& les vieux, qui ne vouloyent que la paix, defirans les vns chaffer Nicias,& les autres Alcibiades: mais Où difcord regne en quelconque cités Le plus mefchant a lieu d'authorité. pays Comme il aduint alors, car le peuple d'Athenes eftant diuifé en deux partialitez, donna lieu d'authorité à quelques vns des plus audacieux& des plus vicieux, qui fuffent en toute la ville, entre lefquels eftoit vn Hyperbolus du bourg de Perithus, home qui n'auoit aucune puiffance ny aucune valeur, pour laquelle il deuft eftre hardy, mais qui pour eftre audacieux& temeraire vint en credit& en quelque puiffance, faifant deshonneur à fon pour l'honneur du credit qu'il y auoit. Ceftuy donc penfant bien eftre loin du danger de ce banniffement comme ce luy qui fauoit bien que pour fes merites il eftoit plus digne d'eftre mis aux ceps, que non pas au rang des gens d'honneur,& fe promettant que quand l'vn de ces deux perfonnages feroit banni, luy demeureroit chef de l'autre part à l'encontre de fon aduerfaire, qui demeureroit, monftroit ouuertement, qu'il eftoit bien aife de leur diffention,& alloit irritant le peuple à l'encontre de l'vn& de l'autre parquoy Nicias& Alcibiades conoif. fans fa mauuaiftié, apres auoir parlé fecrettement enfemble, ioignirent les deux parts en vn,& les ayans vnies fe trouuerent les plus forts de forte que ny l'vn ny l'autre d'eux ne fut banny, ains en firent tomber le fort fur Hyperbolus mefme ce qui fur l'heure donna matiere de rifee& de plaifir au peuple, mais depuis ils en furent bien marris, pource qu'il leur fembla, que c'eftoit auiler l'ordonance de ce banniffemēt, que de l'employer en vn homme qui n'en eftoit pas digne, eftimans que c'eftoit quelque honneur, que d'eftre ainfi chaftié, ou pour mieux dire, ce banniffementla eftoit helloi tres telp trop& bies pour Aullin' de bann Hippar parent faurost fon car nilleme cuou & cala perb Phar hifto neel eur COCT our dira our fon c trouvere non mo droir po ce que le p dielle e:& qua on fa ma le,& five ufieurs o ele peupe enir act it la defi re,& affer N ife en es plus entre me qu Ide int ea pays enlant e ce one ,& roit fon -U NICIAS 17 fà eftoit vn chaftiement pour vn Thucydides, va Ariftides& autres tels perfonnages: mais pour vn Hyperbolus, que ce luy eftoit trop d'honneur,& occafion de fe glorifier, que pour fa mefchanceté il auoit la mefme correction, qu'on donnoit aux plus gens de bien pour leur grandeur: ce que mefme le poëte Comique Platon dit en vn paffage, es S те en iler 910305 modul zisme qu linos baroq ich noiulcloricup ge Baigimasi usits vif Quy que fes moeurs ayent en verité 58.95 Celapis inftement merite yuoquant eff, que luy, perfonne de fi vite Condition, de race feruile, ne 29 01 N'en eftoit point digne: car innente Pour tells gens n'al Oracisme efte 29 Corre CIT Auffi n'y en eut- il onques puis pas vn, qui fut banni de cefte de banniffement, ains fut Hyperbolus le dernier de tous, comme Hipparchus Cholargien auoit efté le premier, pource qu'il eftoit parent du tyran.M Mais bien eft la fortune chofe, fur laquelle on ne fauroit afleoir iugement, ny la comprendre par difcours de rarfon: carfi Nicias fe fuft expofé franchement au hafard de ce ban niflement contre Alcibiades, il fuft aduenu I'vn des deux, ou qu'il fuft demeuré en la ville ayant chaffé fon aduerfaire, s'il euft vaincusou bien qu'il fuft forty, auant que tomber és extremes miferes & calamitez, où il tomba depuis,& luy fuft demeuré la reputatio d'auoir efté vntref- fage Capitaine, s'il euft efté en fe combat vain cu. Ie n'ignore pas toutesfois, que Theophraftus efcrit, que Hyperbolus fut banni par le moyen de la diffenfion, qui eftoit entre Pharax& Alcibiades, non pas Nicias: mais la plus part des autres hiftoriens le mettent ainfi que l'ay dit. Eftans donc venus à Athenes les Ambaffadeurs des Egeftains& des Leontins, pour fuader aux Atheniens l'entreprendre la coquefte de la Sicile. Nicias fut vaincu par l'aftuce& l'ambition d'Alcibiades, lequel auant qu'il foft tenu aucune affemblee de confeil fur ce fait, auoit defia preuenu la commune par vaine efperance, qu'il leur auoit donnee,& corrompu leur iugement par fauffes raifons, qu'il leur auoit alle guees, tellement que les ieunes gens és lieux où ils fe reduifoyent enfemble pour s'esbatre aux exercices de la perfonne,& les vieil lards és boutiques des artifans, ou és niches& demy rods, efquels ils fe trouuoyent affis enfemble pour deuifer, ne faifoyent autre chofe que traffer en terre la forme de la Sicile, en difcourant entr'eux de la nature de la mer d'icelle,& contans les ports& les lieux qui regardent deuers l'Afrique, pource qu'ils ne faifoyent pas leur conte, que la Sicile deuft eftre le pris& le but de ceite guerre, ains pluftoft le fourreau de leurs armes, là où ils feroyent leurs amas, pour de là aller faire la guerre contre les Carthaginoys& conquerir toute l'Afrique,& confequemment toute la mer d'iselle iufques aux colomnes de Hercules. Comme done its b NICIAS 18 euffent tous fi fort à cœur cefte guerre: Nicias qui y contredifoit, ne trouuoit guere de gens ny d'hommes de qualité, qui en cela le fecondaffent, pource que les riches, craignans qu'il ne fuft aduis au peuple, qu'ils le fiffent pour euiter les charges,& fuyr la difpenfe, qu'il leur couiendroit faire, ne difoyet mot, quoy qu'ils n'en fuffent pas contens: mais luy pour cela ne fe faignoit, ny ne laffoit point de confeiller& prefcher toufiours au contraire, ains encore apres que la refolution de faire l'entreprife euft efté arreftee,& luy efleu le premier Capitaine auec Alcibiades& Lamachus pour l'executer, en la prochaine affemblee de ville qui fe tint, il fe leua derechef& tafcha encore à en deftourner le peuple, auec toutes les proteftations qu'il luy fuft poffible, iufques à charger& accufer Alcibiades, que pour fa propre ambition,& pour fon particulier profit, il iettoit la chofe publique en vne fi dangereufe& fi lointaine guerre: mais tout cela ne feruit de rien, ains pluftoft en fembla- il plus idoine que nul autre à cefte charge pour fon experience, ioint auffi qu'on eftima, que les chofes feroyent bien plus feurement conduites, quand fa craintiue prouoyance feroit meflee auec la hardieffe d'Alcibiades& la douceur de Lamachus, ce qui confirma dauantage l'election puis il y eut vn des orateurs nommé Demoftratus, qui plus incitoit les Atheniens à l'entrepriſe de ce voyage, qui fe dreffant en pieds dit, qu'il feroit bien ceffer Nicias de plus leur alleguer des fubterfuges& excufes,& mit en a- uant vn decret, que le peuple donnaft plein pouuoir aux Capitaines efleus, de confeiller,& executer tout ce que bon leur fembleroit, tant çà que là,& perfuada au peuple de le paffer& authorifer. Toutefois on dit, que les preftres alleguoyent beaucoup de chofes, qui eftoyent pour empefcher l'entreprife: mais Alcibiades ayant auffi d'autres deuins attitrez, alleguoit femblablement des oracles anciens, qui difoyent, qu'il deuoit aduenir de la Sicile vne tre- fgrande gloire aux Atheniens,& apoftoit auffi quelques pelerins, qui affermoyent venir tout frefchement de l'oracle de Iupiter Hammon, dont ils apportoyent vn oracle par lequel il eftoit porté, que ceux d'Athenes prendroyent tous les Syracufains. Qui plus eft, s'il y auoit aucuns, qui feuffent des fignes& prefages à ce contraires, ils les taifoyent, de peur qu'il ne femblait, que par affection ils s'entremiffent de mal pronoftiquer, veu que les fignes mefmes, qui eftoyent tous euidéts& notoires, ne les diuertiffoyer. pas, comme fut le tronçonnement& la mutilation des Hermes& images de Mercure, qui en vne nuict fe trouuerent toutes mutilees, excepté vne feule qu'on appelloit l'Herme d'Andocides, qui fut iadis donnee& confacree par la lignee AEgeide,& eftoit affife droit deuant la maifon d'vn citoyen, qui s'appelloit Andocides. Dauantage le cas qui aduint pres l'autel des douze dieux: car il y eut vn homme, qui eftant foudainemet fauté deffus,& apres auoir tourla tred pi doit d que c'e woyent leur c nerue religi ble qu loyer PA oug VOP Contr ce au Contre qui en cela me fult ad Fuye la di y qu'ils n'es by ne laffor ains encore arrellee,& machus pour ntil e leva auec toutes er& accu on particu reufe& f luftoft en on expe Sien plus mellee ce qui nom rife de r Ni enapitai COUNC brades ant das levne es pe Helu ftoit Qui s par nes Dyer es& lees, qui fur it affil docides res aud NICIAS. 19 bournoyé tout à l'entour, fe couppa luy- mefme fa nature auec vne pierre:& au temple de la ville de Delphes, il y auoit vne petite i- mage de Minerue d'or, affife deffus vn palmier de cuyure, que la ville d'Athenes y auoit donné des defpouilles gaignees fur lesMe doys.Il y eut par plufieurs iours des corbeaux, qni s'allas percher deflus, ne cefferent de le becqueter,& rongerent tant le fruit, qui eftoit d'or, qu'ils le firent tomber mais ceux d'Athenes difoyent, que c'eftoyen les Delphiens gaignez par les Syracufains, qui a- uoyent feint& controuué cela. Il y eut auffi vne prophetie, qui leur comanda, qu'ils amenaffent à Athenes vae religieufe de Minerue eftant en la ville de Clazomenes: ils enuoyeret quesir cefte religieufe, laquelle s'appelloit Hefychia, c'eft à dire, repos:& fena ble que c'eftoit ce, que les dieux par cefte prophetie leur confeilloyent, que pour lors ils fe deuoyent repofer. Ce que craignant P'Aftrologue Meton, foit ou que les prefagesceleftes l'effrayaffet, ou que par difcours de raifon humaine, il redoutaft l'iffuë de ce voyage, il contrefit le furieux, pource qu'il auoit quelque charge en l'armee,& mit le feu en fa maifon. Les autres difent, qu'il ne contrefit point autremēt le furieux, mais qu'vne nuict à fon efciat, it mit le feu en fa maifon,& que le lédemain il s'en alla fur la pla ce auec vne contenance d'homme fort affligé fupplier le peuple de vouloir en confideration de la fortune, qui luy eftoit aduenuë, difpenfer de ce voyage fon fils lequel auoit vne galere a defrayer & conduyre,& eftoit tout preft à faire voile. Dauantage Pefprit familier du fage Socrates, qui auoit acconftumé de l'aduertir des chofes à aduenir, luy reuela, que ce voyage fe faifoit à la ruine de la ville d'Athenes, ce que luy- mefme conta à fes plus familiers amis, par la bouche defquels ilalla iufques aux aureilles de la plus grande partie du peuple:& fi y en eut beaucoup, à qui la rencontre des iours, efquels ils firent leur embarquement, affoiblit fort le courage: car ce fut iuftemet és iours que les femmes celebroyēt la fefte du trefpas d'Adonis,& y auoyt en plufieurs endroits de la ville des images d'hommes morts, qu'on portoit en terre,& des femmes apres qui lamentoyent& en menoyent le dueil, de forte que ceux qui adiouftent aucunement foy à tels prefages, difoyét que cela leur defplaifoit fort,& qu'ils craignoyent, que cela ne fignifiaft, que l'equipage de cefte armee, qui eftoit fi magnifique& fifloriffante, ne vint en fa fleur mefme incontinent à fe fener.Or quant à Nicias, d'auoir bien toufiours contredit à l'entreprife pedant qu'on en deliberoit,& de ne s'eftre iamais efleué de vaine efperance, ny esblouy de l'honneur d'vne fi honorable charge iufques à en changer d'opinion, c'eftoit fait en homme de bien, conftant& fage: mais quand il eut veu, que ny par remonftrances il n'auoit iamais peu deftourner le peuple d'entreprendre cefte guerre, ne par prieres fe faire exepter de la charge de Capitaine, bij 20 NICIAS. ains que le peuple mal- gré luy vouloit, qu'il fuft I'vn des Chefs de cefte armee, alors n'eftoit- il plus faifon de craindre tant, ny de tant reculer, ny de, tourner fi fouuent la tefte, comme vn enfant, pour regarder de deffus fa galere derriere luy, en repetant fouuent,& fouuent redifant, que raifon n'auoit point eu de lieu en la conclufion de cefte entreprife: car cela n'eftoit que defcourager fes compagnons,& faire reboucher la premiere pointe de toute leur expedition: là où il falloit promptement courir fus aux ennemis,& en mettant viuement la main à l'œuure, efprouuerla fortune: mais il fit tout au rebours.car comme Lamachus fuft d'aduis que d'arriuee on allaft droit deuant Syracufe,& qu'on leurdonnaft la bataille au plus pres qu'on pourroit de leurs murailles,& que d'autre coftè Alcibiades fuft d'opinion, que premierement on tafchaft à gaigner les villes qui eftoyent de l'alliance des Syracu fains,& apres les auoir fait rebeller, alors s'en aller contr'eux.Ni cias au contraire dit en confeil, qu'il luy fembloit, qu'ils deuoyent tout bellement aller: recognoiffans à l'entour les coftes de la Sicile, pour faire voir leurs galeres& leurs armes,& puis s'en retour ner tout court à Athenes, en laiffant feulement quelque petit nom bre de leurs gens aux Egeftains pour leur aider à fe defendre: ce qui dés le comencement attiedit fort l'ardeur de bien faire& rom pit le courage aux gens de guerre. Et peu de temps apres ayans, Jes Atheniens renuoyé querir Alcibiades pour luy faire fon proces, Nicias demeurant Capitaine auec vn autre en apparence, mais en puiffance& authorité eftant feul chef de toute l'armée, il ne ceffa iamais de dilayer& reftiuer en tournoyant çà& là,& per dant le temps à confulter, tant que la vigueur de l'efperance de fes gens s'en alla languiffant:& au contraire la frayeur que les ennemis auoyent euë de prime face en voyant vne fi puiflante armee, s'alla peu à peu efcoulant. Toutefois eftant encore Alcibiades en l'armée, deuant qu'il fuft mandé d'Athenes, ils allerent auec foixante galeres deuant Syracufe, dont ils tindrent les cinquante en bataille hors du port,& enuoyerent les dix au dedans du port def couurir lefquelles approchantes de la ville, firent crier à haute voix par vn heraut, qu'ils eftoyent illec venus pour remettre les Leontins en leurs terres& maifons,& prirent vne nauire des ennemis, dedans laquelle entre autres chofés fe trouuerent des tables, où eftoyent par ordre efcrits les noms de tous les habitans de Syracufe par leurs generations de lignées. Ces tables fe gardoyent affez loin de la ville dedans le te ple de Iupiter Olympien, mais lors on les auoit enuoyé querir pour fauoir le nombre de gens de feruide& d'aage pour porter les armes. Ces tables ayans efté furprifes par les Atheniens& portees aux Chefs de l'armee, les deuins voyans cefte longue lifte de noms, le prirent en mauuai fe part, craignans que ce ne fuft l'accompliffement de la prophedre t D hides f ander en ho telparg fi fimp dant ra dre Ala tou mis en & des cias e Tes,& tes a qu'il Tie a tie es Che mt, my de enfant, ant fou eu en la ourager e toute la for rdonent on yracu oyent Sici our om ce om ns TO. ce, ee, il pen ela neea en 01en NICIAS. 2% tie qui leur promettoit, que les Atheniens deuoyent vne fois prem dre tous les Syracufains: toutesfois on dit, que cefte prophetie fut accomplie par vn autre exploit, lors que Calippus Athenien ayat occis Dion, fe faifit de la ville de Syracufe. Mais depuis qu'Alcibiades fut party de l'armee, toute l'authorité& puiffance de com mander demeura entiere à Nicias: pource que Lamachus eftoit bien homme courageux, droituriet& vaillant de fa perfonne, ne s'efpargnant aucunement au befoin, mais au demeurant fi poure& fi fimple, qu'à toutes les fois qu'il auoit efté efleu Capitaine, en rédant raifon de ce qui eftoit paffé par fes mains, il auoit toufiours mis en ligne de conte vn peu d'argent pour luy auoir vne robbe & des pantoufles:& à l'oppofite l'authorité& la reputation de Ni cias eftoit plus grade, tant pour autres caufes que pour fes richeffes,& pour la gloire de beaucoup de belles chofes qu'il auoit faites auparauant. Auquel propos on conte que quelque autresfois qu'il eftoit vn des Capitaines, fe trouuant au palais de la feigneurie à Athenes auec fes compagnons en confeil, pour deliberer de quelque affaire, il dit à Sophocles le poëte, qui en eftoit, qu'il parlaft& dit fon opinion le premier, comme celuy qui eftoit le plus vieil de la compagnie. Sophocles luy refpondit: ie fuis le plus ancien voirement, mais tu es le plus venerable,& celuy à qui on a plus de refpect. Auffi lors tenant Lamachus deffous luy, encore qu'il fuft plus homme de guerre& meilleur Capitaine que luy, en vfant froidement des forces qu'il auoit entre mains,& dilayant toufiours,& s'en allant roder autour de la Sicile le plus loin qu'il pouuoit des ennemis, il leur donna premierement temps& loifir de s'affeurer:& puis allant mettre le fiege deuant Hybla, qui n'efteit qu'vne mefchante petite ville,& s'en eftant leué fans la pren dre, il en tomba en fi grand mefpris, qu'on ne fit plus conte de luy. A la fin il fe retira à Catagne n'ayant fait autre exploit, flnon qu'il prit Hyccara, qui eftoit vne mefchante petite ville de Barbares, d'où on dit, qu'eftoit natiue la courtifane Lais,& qu'eftant encore lors ieune garçe, elle y fut vendue entre les autres prifonniers,& depuis portee au Peloponefe. Finalemet eftat ia la faifon de l'Efté pallee, il fut auerty, que les Syracufains auoyet pris tant de cœur, qu'ils luy deuoyét eux- mefmes les premiers venir courir fus,& ve noyent defia leurs gens de cheual efcarmoucher iufques tout con tre fon camp, demandans par moquerie aux Atheniens s'ils eftoyēt venus en la Sicile pour habiter auec ceux de Catagne, ou bien pour remettre les Leontins en leurs maifons. Alors à toute peine fercfolut- de s'en aller deuant Syracufe,& voulant y planter fon camp en feurté& à loifir fans rien hafarder, il enuoya deuant vn homme de Catagne à Syracufe pour les aduertir, comme fic'euft efté vne efpie, que s'ils vouloyent furprendre le camp des Atheniens audefprouueu,& fe faifir de tout leur bagage, il falloit qu'ils te es $ de yans mee, tophe bij NICIAS s'en vinfent à certain iour qu'il leur affigna, deuers Catagne auec toute leur puiffance, pource que les Atheniens efteyent la plufpart du temps dedans la ville, en laquelle y auoit des naturels citoyens, qui fauorifans aux affaires de Syracufe auoyent deliberé, fitoft qu'ils fentiroyens les Syracufains approcher, de fe faifir des portes de la ville,& en mefme temps de mettre le feu dedans les vaiffeaux des Atheniens,& qu'il y en auoit ia grand nombre de ceux de la ville, qui eftoyent de cefte intelligence,& qui n'atten doyent autre chofe que le iour& l'heure de leur venue. Cela fut la plus grande habilité de guerre, q fit Nicias en tout le téps qu'il fut dedans la Sicile: cat il fit par cefte rufe fortir les ennemis aux champs auec toute leur puiffance, de maniere qu'ils laifferét leur ville toute vuide,& cependant luy partant de Catagne auec toute fa flotte, fe faifit tout à fon aife du port de Syracufe,& choifit va endroit à planter fon camp, auquel les ennemis ne le pouuoyent endommager de ce dont ils eftoyent les plus forts,& luy leur pou uoit fans empefchement courir fus, auec fe en quoy il fe cofioit le plus:& comme les Syracufains retournez tout court de Catagne Juy prefentaffent la bataille tout ioignat les murailles de leur ville, il fortit en campagne auffi& les des fit Il eft vray, qu'il ne mou rut pas beaucoup d'ennemis fur le champ, pource que leurs gens de cheual empefcherent la pourfute: mais en faifant ropre& brifer les ponts qui font fur la riuiere, il donna matiere à Hermocra tes defe moquer de luy: car en reconfortant& affeurant les Syracufains, il leur dit, que Nicias eftoit bien digne de moquerie en ce, qu'il faifoit tout ce qu'il pouuoit pour ne combatre point, come s'il ne fuft pas venu expreflement d'Athenes à Syracufe pour cobatre. Ce neantmoins il mit les Syracufains en grande peur& en grand effroy car au lieu qu'ils avoyent quinze Capitaines, ils n'en efleurent que trois feulement, aufquels le peuple promit par ferment, qu'il leur laifferoit plein pouuoir& entiere puiffance de có mander& ordonner de toutes chofes.Le temple de Iupiter Olym pien eftoit affez pres du camp des Atheniens, dont ils auoyet fort bone enuie de fe faifir, pource qu'il eftoit plein de riches ioyaux & offrandes d'or& d'arget, qui autrefois y auoyent efté donnees: mais Nicias dilaya& differa tant d'y aller tout expreffement, que les Syraculains y enuoyerent bonne garnifon pour le tenir en feu re garde, difcourat en luy- mefme que fi fes gens venoyent à pré dre& piller ce temple, la chofe publique ne s'en fentiroit du gain aucunement,& luy cependant fouftiendroit toute la coulpe du fa crilege. Et au demeurant ne s'eftant en chofe du monde feruy de fa victoire, dont le bruit eftoit incontinet couru par toute la Sicile, peu de iours apres il s'en retourna en la ville de Naxe, là où il paf fa fon hyuer, confumant beaucoup de viures auec vne fi groffe ar mee que celle qu'il auoit,& faifant bie peu d'effet auec quelques Siciliens a Sicilien repren eltoit Jenta enc Cond enfer & eu fent fair tro Cataght naturels c nt delibere Ce Larfir des dedans les nombre de qui n'atten Cela fut ceps quid nemais aux Terec leur uec toute hoift va Huyện eur pou foit le tagne vil mou gens briocra yra nce come 10 J & a n'en -fereco NICIAS. 23 Siciliens qui fe rendoyent à luy:& cependant les Syracufains reprenans cœur s'en retournerent de rechef à Catagne, là où ils pil lerent& gafterent tout le plat pays,& bruflerent le camp que y auoyent accouftré les Atheniens.A raifon dequoy tout le monde blafmoit fort Nicias, lequel par trop attendre, differer& vouloir faire les chofes trop feurement, laiffoit efchapper les occafions de faire plufieurs beaux& bons effets: car quand il vouloit mettre la main à l'euure, il y befongnoit de forte, que perfonne n'euft feu reprendre fes actions, pource qu'il entreprenoit bie,& depuis qu'il eftoit vne fois en train, il executoit diligemment: mais il eftoit lent à fe refoudre,& couard à entreprendre.Quand donc il commença à remuer fon armee pour retourner deuant Syracufe, il la , conduifit fi dextrement, auec telle diligence& telle feureté tout enfemble, qu'il fut arriué par mer à Thapfe,& defcendu en terre, & eut furpris le fort d'Epipoles, auant que les Syracufains en feuf fent rien, n'y peuffent mettre remede: car eftant l'eflite des Syracu fains fortie fur luy pour le cuider empefcher, il les desfit,& en prit trois cens prifonniers,& mit en route leurs gens de cheual, qu'on eftimoit parauant inuincibles. Mais ce, qui plus eftonna les Syracufains,& fembla plus efmerueillable aux autres Grecs, fut qu'en peu de temps il enferma d'vne ceinture de murailles toute la ville de Syracufe, qui n'eftoit pas de moindre entendue que celle d'A> thenes,& plus mal aifee a enuironner à caufe de l'inegalité du pays boffu,& auffi à caufe de la mer qui en bat les murailles, auec ce qu'il y auoit des marets tout encontre,& neantmoins il s'en fallut bien peu, que tout malade qu'il eftoit d'vne cholique pierreufe, il ne conduifit vn tel ouurage à fin,& eft raisonnable d'attribuer ce defaut de ce qu'il ne fut pas entierement paracheué à celle maladie, qui fait, que ie m'efmerueille grandement de la diligence& follicitude du Capitaine,& de la proueffe& gentilleffe des foldats, laquelle appert par les belles chofes, qu'ils firent. Car Euripides apres leur des faite& totale defconfiture, en fit vne deploration funebre en vers, là où il dit ainfi: qq Syracufains par buit fois ils desfi ents lym ort Rux es: ще el fa de cile, ipa 20 Tant que les dieux point de tort ne leur firent. Mais on trouuera, que ceux de Syracufe ne furét pas desfaits huit fois feulement par eux, ains encore dauantage, iufques à ce que ve ritablement il y eut quelque refiftance des dieux& de la fortune, qui fe banderent contr'eux, lors qu'ils eftoyét efleuez au plus haut de leur puiflance.Or fe trouuoit Nicias en perfonne à la plus parc des affaires, forçant l'indifpofition de fon corps. Mais vniour fa maladie s'eftant rengregee, il fut contraint de demeurer couché dedans fon camp auec pen de fes feruiteurs:& cependant Lamachus ayant feul la charge de l'armee, combatoit contre les Syraeufains, lefquels tiroyent vne muraille depuis leur ville iufques à b y cilens NICIAS Venoyen Te qu'il a Touci pom gemagnes Aide Syra Cable, au mene qu' Paffemb bons, fous ques vins, ment deu fe qu'il en cheuer to Penceinte, dont les Atheniens les vouloyent enfermer, pour ampefcher qu'ils ne la peuffent continuer tout à l'entour. Et pource que les Atheniens eltoyeet les plus forts en la plufpart de ces ef. carmouches, ils pourfuluoyent bien foutent leurs ennemis fuians affez inconfiderément, comme il aduint vn iour que Lamachus pouffa fi auant, qu'il fe trouua feul à fouftenir vne trouppe de ges de cheual de ceux de la ville, deuat lefquels marchoit le premier Callicrates homme courageux& gentil compagnon de la perfonne, qui desfia au combat d'homme à homme Lamachus Lamachus l'attédit& fut blecé le premier, mais il ne laifla pas d'affener auffi Callierates fi au vif, qu'ils tomberent tous deux enfemble morts fur la place parquoy les Syracufains fe trouuans en ceft endroitla les plus forts, enleuerent fon corps,& l'emporterent hors de là, mais quand& quand ils s'en coururent à bride abatuë deuers le fort du camp des Atheniens, là où eftoit Nicias malade fans gardes ny defenfe quelcoque,& neatmoins il ne laiffa pas de fe leuer haftiuemet'du lia,& voyant le dager où il eftoit, comanda à quel ques fiens domeftiques, qu'ils miflent le feu dedans du bois, qu'on auoit apporté deuant les trenchees du cap pour faire quelques ma chines& engins de baterie,& dedans les engins qui y eftoyét defia sous faits& tous dreffez. Cela arrefta les Syracufains, fauua Nicias,& enfemble le fort du camp où eftoit tout l'argent& toutes Jes hardes des Atheniens pource que les Syracufains voyans de loin entr'eux& le fort, vne fi grade flamme qui s'enleuoir en l'air, s'en retournerent tout court vers la ville. Ces chofes ainfi aduenues, Nicias fe trouua feul Capitaine, en grande efperance neantmoins de faire quelque chofe de bon, fi que plufieurs villes de la Sicile fe tournoyent defia de fon cofté,& arriuoyent en fon camp nauires chargees de bled de tous coftez, fe rangeant chacun deuers luy, pource que fes affaires fe portoyent bie, de forte que ceux de Syracufe commençoyent defia à luy faire porter paroles d'appointement, n'efperans pas de pouuoir defendre la ville côtre luy. Gilippus mefme Capitaine Lacedæmonien, qui venoit à leur fecours, ayant entendu par le chemin comme la ville de Syracufe eftoit enfermee tout à l'entour,& comme elle fe trouuoit fort à de ftroit, pourfuiuit fon voyage, non plus en efperace de pouuoir defendre la Sicile, cuidant qu'elle fuft defia toute entre les mains des Atheniens, mais en intention de fecourir à tout le moins les villes de l'Italie, s'il luy eftoit poffible pource que le bruit couroit défia par tout, que les Atheniens auoyent tout gaigné,& qu'ils a- uoyent vnCapitaine inuincible, autant pour fa prudence, que pour la faueurque fortune luy faifoit. Nicias mefme s'eftant contre for naturel affeuré pour la profperité qu'il voyoit en fes affaires& principalement pour les rapports qu'on luy faifoit de Syracufe, & les nouuelles qu'il en auoit par ceux- mefmes de dedans, qui venoyens du penla vne galer Comme o que Cyli tres galere point enc expres de partyqu Courage pas pla Clas au tre, com des Ath bagues moqua Leu dit net spray ur- Erpa art de ces nemis fo Lamach uppe de ge le premier de la perfon Lamachus fener auffa mble morts fendroit hors de la devers le fans gar fe lever a à quel squ'on les ma NICIAS. 25 venoyent fecretement ou enuoyoyent deuers luy fe perfuadane qu'il auroit la ville dedans peu de iours par compofition, ne fe foucia point d'empefcher l'arriuee de Gylippus, ny ne mit point gens auguet pour le garder de defcendre en la Sicile: auffi y defcendit- il fans qu'il en feuft rien, auec vn bateau de paflage, tant on le mefprifoit& en faifoit- on peu de conte.Eftant defcëdu bien loin de Syracufe, il commença à mettre force gens de guerre enfemble, auant que les Syracufains mefmes feuffent qu'il fuit arré, ne qu'ils attendiffent fa venue, tellemét qu'on auoit defia indit l'affemblee de confeil pour deliberer des articles& capitula tions, fous lefquelles on accorderoit auec Nicias,& y en eut quel ques vns, qui dirent qu'on fe deuoit hafter de paffer l'appointement deuant que la clofture fuft entierement paracheuee, à caufe qu'il en reftoit bien peu à parfaire,& eftoit la matière pour l'acheuer toute prefte& portee fur le lieu. Mais à l'inftant mefme du peril arriua en la ville Gongylus, qui venoit de Corinthe anec vne galere, à l'aborder duquel eftant incontinent tout le peuple, comme on peut penfer, accouru à l'entour de luy, il leur declara que Gylippus arriueroit bien toft,& qu'il venoit apres luy d'autres galeres à leurs fecours: ce que les syracufains ne creurent point encore fermement, iufques à ce qu'il arriua vn meffager expres depefché par Gylippus mefme,, qui leur commanda de fa part, qu'ils fortiffent en armes au deuant de luy. Alors reprenans courage ils s'allerent incontinent tous armer:& Gylippus ne fut pas pluftoft arriué deuant Syracufe, qu'il rangea tout chaudemēr fes gens en bataille pour aller aflaillir les Atheniens: lefquels Ni cias auffi de fon cofté ayant difpofez en ordonnance pour combatre, come ils eftoyent les vns deuant les autres, Gylippus à laveuë des Atheniens pofa fes armes en terre,& leur enuoya denoncer par vn heraut, qu'il leur permettoit de s'en pouuoir aller vies& bagues fauues hors de la Sicile. Aufquelles paroles Nicias ne daigna faire refponfe: mais il y eut quelques vns des foldats, qui en fe moquant demanderent au heraut, fi pour la venue d'vne capette, & d'vn bafton de Lacedæmone, les syracufains fe fentoyent fi for tifiez, qu'ils en deuffent auoir les Atheniens en mefpris, lefquels nagueres auoyét tenus aux fers en leurs prifons trois cens Lacedæmoniens beaucoup plus robuftes& plus cheuelus que n'eftoit Gylippus,& les auoyent rendus à leurs citoyens. Auffi efcrit Timæus, que les Siciliens mefme ne fa foyent aucun conte de Gylip pus, y lors, ny depuis auec. Depuis, pource qu'ils defcouurirent fa tafche conuoitife& fon auarice:& lors pource qu'ils le virent ainfi veftu fimplement d'vne mefchante cappe,& portant les cheueux fort longs, dont ils fe moquerent. Et toutefois luy- mefme dit apres, que fi toft qu'il fut comparu en la sicile, plufieurs de rous coftez s'allerent ranger de grande affection autour de løy, defia a NiZoutes ans de Pair, adue neant es de la n camp un de ceur dap luy rfecufe ide dedes vil. Pour e foa res& racul 26 NICIAS. ela tem Gylippes myna gales d yeon & con cutalan comp: car fit facile ans Cou fibiens ne plus ne moins que font les oyfeaux à l'entour de la cheueche: lequel propos me femble plus vray- femblable que le premier: car ils s'amaffoyent autour de luy, pource qu'ils voyoyét en cefte cap pe& en ce bafton, les marques& la dignité de la ville& feigneurie de Sparte. Auffi dit bien Thucydides, que ce fut luy feul, qui eftoit Syracufain,& qui vit à l'œil comme toutes chofes pafferet. Toutefois en cefte premiere rencontre les Atheniens eurent du meilleur,& tuerent quelque nobre des Syracufains, entre lefquels fut Gongylus Corinthien: mais le lendemain Gylippus donna bie à conoiftre, combien vaut la fuffifance& experience d'vn fage Capitaine: car auec les mefmes armes, les mefmes homes, mefmes cheuaux,& aux mefmes lieux, en changeant feulement l'ordonna te de fa bataille, il desfit les Athenies:& les ayant chaffez battans iufques dedans leur camp, mit les Syracufains en befongne à baftir des mefmes pierres& de la mefme matiere que les Atheniens auoyent apportees pour acheuer leur clofture, des murailles à tra uers, pottr couper l'autre,& engarder qu'elle ne fe peuft ioindre ny continuer, de forte que ce qu'ils en auoyent fait iufques là, ne leur feruoit plus de rien. Cela fait, les Syracufains ayans repris courage, commencerent à armer galeres,& auec leurs gés de che ual& leurs valets courans çà& là par la campagne, y furprirent beaucoup de prifonniers:& Gylippus d'vn autre cofté s'en alla en perfonne par les villes de la Sicile prefchant& follicitant les habitans, qui tous luy obeyffoyent fort volontiers,& prenoyent les armes à fa fufcitation.Ce que voyant Nicias retomba derechefen fes premieres façons de faire,& confiderant la mutation de fes affaires recomença à perdre courage: car il efcriuit incontinent aux Atheniens, qu'ils enuoyaffent vne autre armee en la Sicile, ou plu ftoft qu'ils rappellaffent celle qui defia y eftoit,& comment que ce fuft, qu'ils luy donnaffent congé,& le defchargeaflent de l'eftat de Capitaine, attendu fa maladie. Les Atheniens auoyent bie elté entre deux dés auparauant, qu'il efcriuit d'y enuoyer vn renfort, mais l'enuie que les principaux de la ville portoyent à la grande profperité de Nicias, y auoit toufiours fait fourdre quelque retar dement, iufques alors qu'ils refolurent d'y en enuoyer en diligence. Si deuoit Demofthen es incontinent apres l'hyuer partir auec vne groffe flotte de vaiffeaux, mais l'hyuer mefme Eurymedon y alla deuant qui luy porta de l'argent,& la nouuelle comme le peu ple luy auoit efleu pour compagnons aucuns de ceux qui eftoyēt tous portez fur le lieu, Euthydemus& Menander. Mais fur ces entrefaites Nicias eftant affailly par les ennemis en furprife, tant par mer que par terre tout en vn mefme temps, encore qu'il euft du commencement moins de galeres en nombre que fes ennemis, fi en brifa- il& mit à fond plufieurs des leurs: mais auffi du cofté de la re les en age, il pas efte дие рош moyen meille Voul fers gr forte de batre a Au co Pela Cont mes e mont qu'ils de la v poin racula Nicia Cha CO ar WO 201 a chea premist en cefte & feign uy leul, q espallere seurent d tre lequels donna bie vlage smelmes Fordonna battans e a ba Atheniens illes à tra ftioindre es la, ne repris de che Orirent alla en es ha entles chefen fes af ment a on pla ent q Pet Die ette NICIAS. 27 de la terre, il ne peut pas fecourir fes gens à temps, pource que Gylippus de prim- faut luy furprit vn fort, qui s'appelloit Plemmyrion, dedans lequel on auoit retiré l'equippage de plufieurs galeres& bonne fomme d'argent content, qui fut tout perdu,& fi y eut bon nombre d'homes tuez,& beaucoup de prifonniers auffi, & qui eftoit encore de plus grande confequence, il oftoit à Nicias l'aifance de faire venir feurement viures par la mer en fon camp: car pendant que les Atheniens tenoyent ce fort, il leur e- ftoit facile auec toute feureté de conduire viures en leur camp e- ftans couuers de ce fort, mais depuis qu'ils l'eurent perdu, il Icur fut bien mal- aifé: car il falloit qu'ils combatiflent toufiours contre les ennemis, qui eftoyent à l'ancre deuant ledit fort. Dauantage, il fut aduis aux Syracufains, que leur armee de mer n'auoit pas efté defaite, tant pource que les ennemis fuffent plus forts, que pource que leurs gens les auoyent pourfuyuis en defordre: auz moyen dequoy ils voulurent vne autre fois effayer la fortune en meilleur ordre& meilleur equipage que deuant: mais Nicias ne vouloit aucunement qu'on retournaft au combat, difant que ce feroit grande folie à eux, attendu qu'il leur venoit vne fi groffe flotte de vaiffeaux, que Demofthenes amenoit de renfort, auec vne armee fresche, de vouloir par vne temerité fe hafter de combatre auec moindre nombre de vaiffeaux equipez maigrement. Au contraire Menander& Eutydemus, de nouueau promeus à l'eftat de Capitaine, eftoyent pouffez d'ambition& de ialoufie contre les deux autres Capitaines, defirans preuenir Demofthenes en faifant quelque chofe de beau auant qu'il arriuaft,& furmonter par mefme moyen les faits de Nicias: mais la couuerture qu'ils prenoyent pour mafquer leur ambition, eftoit la reputation de la ville d'Athenes, laquelle s'en alloit, ce difoyent- ils, de tout point aneantie& perdue, s'ils monftroyent auoir crainte des Syracufains, qui les prouoquoyent au combat. Ainfi forcerent- ils Nicias de venir à la bataille, en laquelle ils furent battus& desfaits par le bon confeil d'vn pilote Corinthien, qui fe nommoit Arifton, de forte que toute la pointe gauche de leur bataille, ainfi que le defcrit Thucydides, fut entierement defconfite,& y perdirent grand nombre de leurs gens. Au moyen dequoy Nicias fe trouuoit en grande deftreile, confiderant d'vn cofté combien il auoit enduré de travail pendant qu'il auoit efté feul en Chef Capitaine,& d'autre cofté comment, quad on luy auoit baillé des compagnons, ils luy auoyent fait commettre vne lourde faute: mais fur le point qu'il eftoit en ce defefpoir, on va defcouurir au deflus du port Demofthenes auec fa flotte equippee& armee brauement,& pour bien eftonner les ennemis: car il y a- uoit foixante& treze galeres, fur lefquels eftoyét embarques cinq mille hommes de pied tous armez,& d'archers, tireurs de fondes enfort grande retat igenautec Hony peu ofrec rces estant ' il euf ennem 28 NICIA S. & autres gens de traict non moins de trois mille, les galeres parees de beaux harnois& de force enfeignes, de grand nombre de clairons, de haubois,& de tous autres ornemens de marine, le tout accouftré pompeufement& triomphamment pour donner plus de frayeur aux ennemis.Si faut penfer que les Syracufains fe trou uerent derechef en grand efmoy, cuidans qu'ils fe trauailloyent en vain,& fe confumoyent pour neant, attendu qu'ils ne voyoyet aucune apparence de pouuoir eftre deliurez de leurs maux. Au contraire Nicias fut bien refiouy de l'arriuee d'vn fi gros renfort, mais la ioye qu'il en eut, ne luy dura guere: car fi toft qu'il commença à communiquer des affaires auec Demofthenes, il trouua qu'il vouloit qu'on allaft, tout chaudement affaillir les Syracufains,& qu'on hafardaft tout le pluftoft qu'on pourroit, afin de prendreviftement la ville de Syracufe,& puis s'en retourner auffi roft au pays.Cefte foudaineté fembla fort eftrange à Nicias,& re douta fort cefte hardieffe fi eftourdie.Si le pria de ne vouloir rien faire temerairement, ny à la defefperee, luy remonftrant que tirer les chofes en longueur, faifoit pour eux contre leurs ennemis, lefquels n'auoyent plus d'argent,& par ce moyen viendroyent bien toft à eftre abandonnez de leurs alliez,& s'ils venoyent à eftre encore vn coup à deftroit de viures, ils retourneroyent bien toft deuers luy pour cercher appointement, comme ils auoyet defia fait auparauant: car il y auoit plufieurs dedans Syracufe, qui auoyent fecrete intelligence auec Nicias,& l'aduertiffoyent qu'il deuoit demeurer, pource que les Syracufains fe trouuoyent trauaillez& laffez de cefte guerre,& fe fafchoyent fort de Gylippus, de manie re que fi la difette de viures venoyt à s'y augméter vn peu dauan tage, ils fe rendroyent de tout poinct. Nicias deduifant ces remoftrances, partie en paroles couuertes,& partie en retenant à dire, ne les voulant pas declarer publiquement, fit imaginer à fes compagnons que c'eftoit belle couardife, qui luy faifoit tenir fes propos- la,& qu'il retournoit encore à fes premieres longueurs, remifes& delais, pour vouloir auoir les chofes toutes affeurees, par lef quelles façons de faire il auoit dés le commencement laiffé perdre la vigueur de fon armee, à faute d'auoir viuement de premiere abordee couru fus aux ennemis,& auoir reftiué iufques à ce que la premiere ardeur de fes gens fuft toute refroidie,& luy venu en mefpris de fes ennemis: au moyen dequoy les autres fe rangerent à l'opinion de Demofthenes, à laquelle Nicias mal- gré luy fe laiffa conduire auffi à toute peine. Parquoy Demofthenes la nuit mefme prenant les gens de pied, s'en alla affaillir le fort d'Epipoles, là où auant que les ennemis euffent rien fenty de fa venue, il en tua les vns fur la place,& tourna en fuite ceux qui fe voulurent mettre en defenfe: mais il ne fe cötenta pas de cela, ains paffa outre iufques à ce, qu'il vint à rencontrer les Bootiens, lef quels quels fireme arentls pic furead me placego bleden ent deli alloye car qui del bas, vend elperd wils chaff qu'ils eu hion de ampagne ' ils ne p mid Jaqu fclaire toit: mel peu decla de tamed entre- co loveat d chofes en tez,& dauant vmbre ueur de la L foir S CO anne donner u fains le tr raualloyer ne voyope s maux ros renfort qu'il com s, il trouua es Syracu it, afin de urner auffi icias,& re Duloir rien que tires mis, lef ent bien ftre entoft deefia fait uyent deuoit iller& He manie udava sremi à di S Com s proremi par lef permieà ce veran-gré menes He fort ty dela NICIAS. 29 quels furent les premiers, qui fe rallierent enfemble,& s'en coururent les picques baiffees contre les Athéniens d'vne fi grande fureur,& auec fi hauts cris, qu'ils renuerferent les premiers fur la place, dequoy tout le refte de leur armee fe trouua en grand trou ble,& en entra en grand effroy, pource que les premiers fuyans defia s'alloyent ietter à trauers, ceux qui chafloyent encore,& ceux qui defcendoyent de la mote d'Epipoles,& couroyent contre bas, venoyent à rencontrer de front ceux qui fuyoyent arriere tous efperdus,& s'entre- heurtoyent, cuidans que ce fuffent ceux, qu'ils chaffoyent, tellement qu'ils faifoyent à leurs gens propres, ce qu'ils euffent peu faire pour le pis à leurs ennemis.Car cette co fufion de fe trouuer ainfi pefle mefle, les vns parmy les autres, accompagnee d'effroy& de faute de s'entre- conoiftre: ioint auffi qu'ils ne pouuoyent pas voir certainement, à caufe que c'eftoit de nuict, laquelle n'eftoit ne fi obfcure, qu'on ne vift du tout rien, ne fi claire qu'on peuft affeurément difcerner à l'œil ce qui fe prefen toit: mefmement que la Lune eftoit ia fort baffe,& qu'encore fi peu de clarté, qu'elle rendoit, eftoit offufquee de tant d'armes& de tant d'hommes, qui alloyent& venoyet,& ne fuffifoit pas pour s'entre- cognoiftre les vns les autres, de forte que la peur qu'ils a uoyent de l'ennemi les faifoit desfier mefme de l'ami: toutes ces chofes enfemble mettoyent les Atheniens en grandes perplexitez,& les faifoyent tomber en griefs inconueniens. Et fi y auoit dauantage, qu'ils auoyent la Lune au dos, au moyen dequoy leur vmbre venoit a tomber deuant eux, qui cachoit la multitude& la lueur de leurs harnois:& au contraire, la reuerberation des rayos de la Lune, qui donnoit contre les boucliers de leurs ennemis, les faifoit fembler eftre en beaucoup plus grand nombre,& bien mieux armez qu'ils n'eftoyent. Finalement les ennemis les pref fans viuement& de pres de tous coftez, depuis qu'ils eurent vne fois commencé à tirer le pied arriere, ils fe mirent à fuyra val de route,& furent les vns tuez par les ennemis, qu'ils auoyent à leur dos, les autres par entre eux- mefmes, les autres en rombant du haut en bas des rochers:& d'autres encore, qui s'eftoyent efcartez fuyans à l'aduenture parmi les champs, le lendemain matin furent attrapez& mis à l'efpee par les gens de cheual de Syracufe, tellement qu'en fin de conte il en demeura deux mille de morts fur la place,& y en eut bien peu de ceux qui fe fauuerent de vifteffe, qui rapportaffent leurs armes. Parquoy Nicias, qui s'eftoit toufiours bien douté, qu'il en aduiendroit tout autant, alloit accufant& blafmant la temerité de Demofthenes:& luy s'en defen- 1 dant comme il pouuoit, eftoit d'aduis, qu'au premier iour ils remontaflent fur leurs vaiffeaux pour s'en retourner au pays, difant qu'il ne fe failloit plus attendre, qu'il leur vint d'autre renfort,& qu'auec ce qu'ils auoyent, ils n'eftoyent pas forts affez pour leurs x quie celain 30 NICIAS. encore d genspan quella endrer les For alors M Sperieure e qu'ils a nes caules fears oper taire ains goras e dont Per ennemis: outre ce, que quand ils feroyent affez forts, encore feroyent- ils contrains de fe remuer, ou s'enfuyr du lieu où ils e- ftoyent campez, ayans bien ouy dire de tout temps qu'il eftoit dangereux& peftilent pour vn camp,& lors voyans manifeftement qu'il leur eftoit maladif& mortel, mefmement en la faifon où ils eftoyent, enuiron le commencement de l'Automne: car il y auoit defia beaucoup de leurs gens malades,& tous vniuerfellement defgoutez& faillis de cœur. Nicias oyoit mal volontiers parler d'vn tel partement, non qu'il ne craignift les Siracufains, mais pource qu'il redoutoit encore plus les Atheniens, leurs caIomnies& leurs iugemens. Au moyen dequoy il dit au confeil, qu'il ne voyoit point, qu'il y euft encore d'inconuenient à demeurer là, mais quand bien il y en auroit, qu'il aimoit mieux, que les ennemis le fiffent mourir, que non pas fes propres citoyens: eftant cn cela de contraire opinion à celle que depuis eut Leon Byzantin, quand il dit à fes citoyens: l'aime mieux mourir par vous, qu'auec vous.Et au demeurant quant au lieu où ils deuroyent remuer leur camp, qu'ils auroyent tout loifir d'en deliberer plus ampiement. Quant Nicias eut dit cefte opinion au confeil, Demofthenes, qui en fa premiere n'auoit pas efté heureux, ne s'ofa formalifer, à l'encontre:& les autres, eftimans que Nicias ne s'opiniaftroit point ainfi fermement à contredire au partement, qu'il ne fe fiaft en quelque chofe, qu'il entendoit de dedans la ville, s'y accorderent auffi: mais quand on feat, qu'il eftoit venu vn nouueau fecours aux Syracufains,& qu'on vit que la pefte fe prenoit de plus en plus en leur camp, alors Nicias mefme fut d'aduis qu'o deuoit partir,& fit- on fauoir aux foldats, qu'ils fe tinfent tous prefts pour s'embarquer, Ce neantmoins quand toutes chofes furent preftes pour faire voile, fans que les ennemis en euffent rien apperceu, comme de chofe dont ils ne fe fuffent iamais doutez. Ja Lune va eclipfer& perdre fubitement fa lumiere la nuict: ce qui apporta vne grande frayeur à Nicias& à fes femblables, qui par ignorance& fuperftition redoutoyent telles apparences. Car quant à l'eclipfe& obfcurciffement du Soleil, qui fe fait toufiours en la conionction de la Lune, le commun peuple prefque de ce temps- la en auoit defia cognoiffance,& entendoit aucunement, que cela fe fait par le corps de la Lune: mais l'eclipfe de la Lune mefme, que c'eft qu'elle rencontre, qui l'obfcurcitainfi,& comment eftant au plein elle vient tout foudain à perdre fa clarté& Se muer en toutes fortes de couleurs, celan'eftoit pas facile à comprendre,& le trouuoyent fort eftrange, tenans pour tout certain que c'eftoit figne de quelques grads mal heurs, dót les dieux menaçoyent les humains. Car Anaxagoras, le premier qui a efcrit le plus certainement& le plus bardiment de l'illuminatio& de l'ob fcurciffement de la Lune, n'eftoit pas alors ancien, ny foninuentio encore ne fe me moins e depuis tant po la nece vn plus Dade op na cours cliple de Za autre unt peri Coup auant n'elto traire en cr Mais ez forth, end du lieu o temps qu'il oyans man ment enla Automat.car tous ware mal volontie les Siraling niens, las ca il dit a confeil mieque les citeyenetant Leon bran rar par vous = uroyem berer pl afeil, De nes'ofa as ne s'omehe, qu'il a ville, nu va no fe pre ' adus g tinfent chofe uffept NICIAS. 31 encore diuulguee, ains eftoit tenue fecrette& conue de peu de gens, qui ne l'ofoyent communiquer qu'auec crainte à ceux, defquels ils fe fioyent fort bien, à caufe que le peuple ne pouuoit lors endurer les philofophes traitãs des caufes naturelles, qu'on appel loit alors Meteorolefches, comme qui diroit, difputant des chofes fuperieures qui fe font au ciel ou en l'air, eftant aduis à la commu ne qu'ils attribuoyent ce, qui appartenoit aux dieux feuls, à certai nes caufes naturelles& irraifonnables,& à des puiflances qui font leurs operations non par prouidence ne difcours de raifon volontaire, ains par force& contrainte naturelle à raifon dequoy Protagoras en fut banni d'Athenes, Anaxagoras en fut mis en prifon, dont Pericles eut bien à faire à le retirer,& Socrates encore qu'il ne fe meflaft aucunement de celle partie de la philofophie, neantmoins en fut condamné à moit pour la philofophie:& bien tard depuis la doctrine de Platon venant a eftre publiquement receue, tant pour la bonté de fa vie, comme auffi pource qu'il foumettoit la neceffité des caufes naturelles à la puiffance diuine, comme à vn plus excellét principe& à vne caufe plus puiffante, ofta la mau uaife opinion, que la comune auoit de toutes telles difputes& dona cours& entree publique aux fciences mathematiques.Et pour tant I'vn de fes difciples& familiers Dion, eftant fifruenue vne e- clipfe de Lune à l'inftant mefme, qu'il leuoit les ancres au partir de Zacynthe, pour aller faire la guerre au tyran Dionyfius, fans autrement s'en eftonner ny troubler, ne laiffa pas de faire voile: & arriué qu'il fut à Syracufe, en dechaffa le tyra. Mais encore aduint- il lors de mal- heur à Nicias, qu'il n'auoit plus de bon& experimenté deuin: car celuy qu'il fouloit auoir, qui luy oftoit beaucoup de fa fuperftition, nommé Stilbides, eftoit mort vn peu aupar auant: car ce prefage d'eclipfe de Lune, comme dit Philochorus, n'eftoit point mauuais pour géns qui vouloyent fuyrains au contraire leur eftoit fort bon pource dit- il, que les chofes, qu'on fait en crainte, veulent eftre cachees,& leur eft la lumiere ennemie. Mais encore fans cela, on auoit accouftumé de fe tenir coy& fe co tre- garder, que trois iours feulement, en tels accidens de la Lune & du Soleil, ainfi qu'Antoclides mefme le preferit auliure, qu'il a fait de telles expofitios: là où Nicias mit lors en auant, qu'il falloit attendre toute vne autre reuolution de cours entier de la Lune, co me s'il ne l'euft pas veue toute pure& nette incontinet qu'elle eur paffé l'efpace de l'air vmbragé& obfcurcy par l'vmbre de la terre: mais toutes autres chofes prefque oubliees& delaiffees, Nicias fe mit à facrifier aux dieux, iufques à ce que les ennemis reuindret affieger par terre leurs forts& tout leur cap,& par mer faifir& oc cuper tout le port, eftas no feulemet les homes qui portoyét armes embarquez fur les galeres, mais auffi iufques aux ieunes enfas fur des bateaux de pefcheurs& autres legeres barques, auec lefquelis dours nuid ablesqu nces. Ca Coufiour ue de c mement, Lune comarté& à com certain eux m aefcr & delb 32 NICIAS. Jes ils s'approchoyent des Atheniens& leur difoyent vilenie pour les attirer au combat, entre lefquels il y en cut va de bonne& noble maifon nommé Heraclides, lequel s'eftant ietté auec fon baceau plus auant que les autres, fut pres d'eftre furpris par vne gaJere d'Athenes, qui luy vogua à l'encontre ce que craignant Pollichus fon oncle, fe tira en auant auec dix galeres de Syracufe, dot il eftoit Capitaine, pour le tecourir. Les autres galeres craignans femblablement que ce Pollichus n'euft mai, fe tirerent pareillement en auant, de maniere qu'il s'attacha vne groffe bataille naua le, que les Syracufains gaignerent,& occirent le Capitaine Eurymeden& plufieurs autres: ce qui effraya tellement les foldats A- theniens, qu'ils commencerent à crier, qu'il ny auoit plus ordre de demeurer là,& qu'il fe faillot retirer par terre, pource qu'apres la bataille gaignee, les Syracufains auoyent incontinent bouché l'entree du port.Nicias ne peut condefcendre à vne telle retraite, pource qu'il difoit, que ce feroit trop grande honte d'abandonner leurs galeres& autres vaifleaux à l'ennemi, veu qu'il n'y en auoit pas guere moins de deux cens: ains fut d'auis, qu'on armaft cent dix galeres des plus vaillans hommes de pied& des meilleurs gens de trait, qui fuffent en l'armee, pource que les autres galeres n'auoyent plus de rames:& le demeurant de l'armee Nicias le rangea au long du riuage de la mer fur le port abandonnant leur grand camp& leurs murailles qui prenoyent iufques au temple d'Hercules, au moyen dequoy les Syracufains, iufques à Ge jour- la n'aueyent peu faire les facrifices accouftumez à Hercules, y enuoyerent adonc leurs preftres& 1.urs Capitaines, qui les y firent.Eftans donc ia les combatans embarquez fur les gale. res les deuins s'en vindrent annoncer aux Syracufans, que les fignes des facrifices leur promettoyent certainement vne tref- glorieufe victoire, pourueu qu'ils ne fuffent point les premiers à affaillir,& qu'ils ne fiffent que te defendre, pour autant qu'Hercules eftoit ainfi venu au defius de toutes fes entreprises en fe defen dant quand on le venoit affaillir. En cefte bonne efperance vogue tent les Syracufains en auant,& y cut vne bataille de mer la plus rude& la plus afpre, qui euft point encore efté en toute cefte guer re, laquelle ne donna pas moins de paffion ny moins de trauail& de deftreffe à ceux qui regardoyent de deffus le riuage, qu'à ceux mefmes qui combatoyent, pource qu'ils voyoyent entierement tout le fait du combat, où il y eut en peu d'heure beaucoup de changemens, la plus part qu'on en attendoit.car les Atheniens Se firent autant de mal à eux- mefmes par l'ordonnance qu'ils tindrent au combat,& par l'equipage de leurs vaiffeaux, comme leurs ennemis leur en firent, à caufe qu'ils auoyent rangé toutes leurs galeres enfemble en vns dotre continuee,& fi ftoyent fort pefantes d'ellef- mefmes& fort chargees: là où celles des memis eftoyer ma dai Ma fea emb Quer men tre More autredice Tucas ne des vale D'affenoy 200t en Amfi le & grade leur fut bie diff & fi de qui ver ny n'e enfeu & les uant bles d ene vileni de bonne é auec for s par v aignant Pa Syracul res craignant rent pareille batailleana itaine Eury Coldats A Jus ordre de ce qu'apres en bouché e retraite, abandon ' il n'yan narmal s meil autres ee Nindonues au NICIA S. 33 eltoyet fort legeres,& venoyét les vnes d'vn cofté, les autres, d'vn autre& ceux, qeftoyét deltus, leur iettoyét, des pierres, dot le coup auffidangereux d'vn endroit comme de l'autre: là où les Atheniens ne uroyent que dards, flefches& traits, dont le branlement des vaiffeaux tordoit& empefchoit le droit fil, de maniere qu'ils n'affenoyent pas tous de pointe: ce qu'Ariftion pilote Corinthien auoit enfeigné aux Syracufains,& luy- mefme y fut tué en cobattät vaillament lors, que les Siracufans eftoyett defia vainqueurs. Ainfi les Atheniens eftans tournez en fuyte auec grád meurtre & grade defcófiture de leurs gens, le moyé d'eux enfuyr par mer leur fut de tout point retréché,& voyas d'autre cofté qu'il eftoit bie difficile, qu'ils fe peufsét fauuer par terre, ils furent fi effrayez & fi defcouragez, qu'ils ne faifoyét plus de refiftace aux ennemis, qui venoyent tout aupres d'eux tirer& emmener leurs vaiffeaux, ny n'enuoyoyent demâder congé d'enleuer leurs morts pour les enfeuer, y ayant encore plus de pitié d'abandonner les malades & es blecez, qu'a non inhumer les trepaflez.Ce que voyans deuant leurs yeux.encore fe reputoyét- ils eux- mefme plus miferables& plus mal- heureux, penfans bien qu'aufli arriueroyent- ils à mefme fin comme eux, mais ce feroit auec plus de miferes& plus de maux.Et comme ils euffent refolu de partir la nuit, Gylippus voyant que les Siracufains s'eftoyét par toute la ville mis à facrifier aux dieux,& à faire bonne chere, tant pour l'aife de la victoire, comme pour la fefte d'Hercules, cftima qu'il feroit bien mal- ailé de leur perfuader, ny de les contraindre de prendre fou dainemet les armes, pour courir fus aux ennemis, qui s'en alloyēt. Mais Hermocrates s'auifa de luy mefme de iouer d'vne telle rufe à Nicias: Il enuoya quelqu'vn de fes familiers vers luy, l'ayant embouché de dire, qu'il venoit de la part de ceux qui durant la guerre auparauant luy fouloyent donner des fecrets aduertiffemens, lefquels luy mandoyent, qu'il fe gardaft bien de fe mettre en chemin celle nuict, s'il ne vouloit donner dedans les embufches, que les Syracufains leur auoyent dreflees, ayant enuoyé deuant faifir tous les deftroits& paffages par où il falloit qu'ils paffaffent.Nicias abufé par cefte malice, ne faillit pas de de meurer toute celle nuit, comme s'il euft eu peur de ne tomber pas dedans les rets& les agucts des ennemis, lefquels le lendemain dés le point du iour gaignerent les deuans, occupperét les deftroits des chemins, boucherent les paffages des rieres,& ropirent les ponts, puis aux prochaines campagnes ouuertes, mirent leurs gens de cheual en bataille, de forte que les Atheniens n'auoyent plus endroit aucun par où ils peuflent efchapper ny aller en auant fans combattre toutesfois à la fin apres auoir attendu en core tout ce jour- là& la nuit enfuyuant, ils fe mirent en chemin auec grands cris, pleurs& lamentations, comme fi c'euft efté leug quesa Her ra defen gue plus uer & in mma c j 34 NICIAS. naturer pays,& non terre d'ennemis, dont ils fe fuffent partis& ce tant pour la faute& neceffité qu'il auoyt de toutes chofes neceffaires à la vie de Phomme, que pour le regret qu'ils fentoyent d'abandonner leurs parens& amis blecez ou malades, qui de pou uoyent fuyure la troupe,& auffi pource qu'ils attédoyent encore pis que ce, qu'ils voyoyent prenfent deuant leurs yeux. Maisde toutes les chofes pitoyables a voir, qui fuffent en ce camp la, en core n'y en auoit il point de fi miferable, ne qui fift tant de copaflion, que la perfonne propre de Nicias, lequel eftant affligé de la maladie, maigre& desfait, eftoit encore indignement reduyt à extreme difete de tous refrefchiffemens neceffaires au corps de l'home, lors qu il en auoit plus de befoin, à caufe de l'in difpofition de fa perfone:& neantmoins tout malade qu'il eftoit, encore faifoit& fupportoit- il beaucoup de chofes, que les bien fains trauaillent beaucoup à faire& à endurer, donnat euidēmēt à conoiftre à vn chacun, ce n'estoit pas tant pour fon regard, ne pour enuie qu'il euft de fauuer fa perfone, qui fupportoit tous ces trauaux, que pour le regard& pour l'amour d'eux, qu'il n'abado noit encore point l'efperance.Car là où les autres fe mettoyent à plorer& à laméter, de peur& de douleur qu'ils auoyét, luy fi d'auenture il eftoit aucune fois contraint de ce faire, monftroit que c'eftoit pour la confideration, qui luy venoit en l'entendemēt du deshonneur& de la hote, où eftoit refforti ce voyage, au lieu de l'honneur& de la gloire, qu'ils auoyent efperé en deuoir rappor-/ ter: mais fi le voir en telle mifere incitoit les regardans a pitié, en core y eftoit- on plus efmeu, quand on venoit à rememorer ce que il auoit toufiours dit& prefché en fes harangues pour rompre ce voyage,& deftourner le peuple de cefte entreprife: car alors iugeoit on plus affeurémét, qu'il ne meritoit pas tant de maux. Mais qui plus eft, cela leur faifoit eocore perdre toute efperance de l'ai de des dieux, quand ils venoyent à difcourir en eux- mefmes que vn perfonnage fi deuot, qui iamais n'auoit rien efpargné, qui fift à Phonneur& au feruice des dieux, ne trouuoit la fortune de rien meilleure ne plus douce en fon endroit, que les plus mefchans& plus vicieux hommes, qui fuflent en toute l'armee.Ce neantmoins encore s'efforçoit il par bon vifage, parvne parole ferme,& par çareffes, qu'il faifoit à tout le monde, de donner à conoiftre, qu'il ne tomboit point fous le faix: ni ne fe rendoit point au malheur:& tout le long du chemin, l'espace de huit iours durant, quoy qu'il fuft à toute heure continuellement chargé, haraffe& bleflé, il maintint toufiours la troupe, qu'il conduifoit en fon entier, iufques à ce que Demofthenes, auec tout ce qu'il menoit de gens de guerre, fut pris prifonnier en vn village, qui s'appeloit Polyxelios, où il eftoit demeuré derriere,& auoit efte enveloppé par les ennemis en combatant,& quand il fe vit enveloppé, il defgaina fon MOW te de le grils vo fer aller Feux te fement duen ce Syracu naces e preme neatm jour e a coup dedans pour c Op ont mite then guer & m leur a les de EPETATIO ent parti schofes fenroye qui de pou yent encore Maide amp laen ant de coant afge ement relaires au ufe de l'in rilettoit, lesbien idemeta gard, te tous ces abada yent à fid'a it que met du ude ppor itie, en - седая ірко ors Mas de l'ai enen ns& moins NICIAS. 35 na fon efpee,& s'en dona luy- mefme dedans le corps mais il n'en' mourut pas pourtant, à caufe qu'il fut incontinent enuironné des ennemis, qui le faifirent au corps. Les Syracufains coururent auffi toft apres Nicias, qui luy en porterent la nouuelle:& pource qu'il ne les en croyoit pas, il y enuoya quelques vns de fes gens de cheual, qui luy rapporterent, que veritablemet toute celle par tie de leur armee eftoit prife: parquoy il requit adonc Gylippus, qu'ils vouluffent entědre à quelque appointement, comme de laif fer aller les Atheniens à fauueté hors de la Sicile, en prenant d'eux tels oftages qu'ils voudroyent pour la feureté du rembourfement de tous les deniers, que les Syracufains auroyent defpendu en cefte guerre, qu'il leur promettoit faire payer.A quoy les syracufains ne voulurent point entendre, ains vfans de fieres menaces en courroux,& luy difans vilennie, le rechargerent plus af prement que iamais, eftant ia deftitué de toute forte de viures:& neatmoins encore fouftint- il toute celle nuict,& marcha tout le iour enfuyuant, quoy qu'il fuft continuellement chargé de loin à coups de trait, iufques à ce qu'il arriua à la riuiere d'Afinarus, dedans laquelle les ennemis poufferent à force vne partie de fes gens,& les autres mourans de foif s'y ietterent d'eux- mefmes pour cuider boire,& là fut le plus cruel meurtre de ces poures gens, qui en beuuant eftoyent tuez, iufques à ce que Nicias fe iettant aux pieds de Gylippus, luy dit: Puis que les dieux vous ont donné la victoire, ayez pitié non ia de moy, qui par ces calamitez ay acquis gloire& renom immortel, mais de ces autres A- theniens: en vous ramenans en memoire que les fortunes de la guerre font communes,& que les Atheniens ont vfé doucement & moderémét enuers vous, toutes& quantes fois que la fortune leur a efté fauorable à l'encôtre de vous. Gylippus oyat ces paro les de Nicias,& le regardāt au vifage, en eut pitié: pource qu'il fa uoit bie qu'il auoit fauorifé aux Lacedemonies au dernier appoin temét,& fi eftimoit q ce luy feroit vne grade gloire, s'ilemmenoit prifonniers les deux Capitaines de fes ennemis: pourtat receut- il à merci Nicias,& le recoforta, comandant au refte qu'on prift auffi les autres prifonniers: mais fon comandemét fut tard entendu de chafcu, tellemét qu'il y en eut beaucoup plus de tuez que de pris, cobien q les particuliers foldats en fauuerét plufieurs à la defrobee. Au demeurat, ayas aflemblé en vne troupe ceux qui publique ment furet pris, ils les defpouillerent de leurs armes, defquelles ils accouftreret en guile de trophæes les plus beaux arbres qui fuffet au long de la riuiere. Puis fe mettans de chapeaux de triomphe fur leurs teftes,& ayans paré leurs cheuaux triomphammēt,& au cotrdire tondu ceux de leurs ennemis, s'en retourneret victorieux en la ville de Syracufe, eftans venus au deffus de la plus fameufe guerre q les Grecs euffet poit encore eue les vns côtre les autress par u'd & ' il Poly oppe par c ij 36 NICIAS. & en ayans rapporté la plus parfaite& plus accomplie victoire quifauroit eftre,& ce par viue force de proueffe& de vertu.Si fut à leur retour tenue vne affemblee des Syracufains& de leurs alliez, en laquelle l'vn des orateurs& entre- metteurs du gouuerne ment mit en auant premierement que la iournee, en laquelle iis a- uoyent pris Nicias, fuft des lors en auant feftee folennellement à iamais, fans qu'il fuft loifible d'y faire autre ceuure que facrifier aux deux,& que la fefte fuft appellee Afinarie du nom de la riuiere fur lequelle auoit efté la desfaite. Ce iour fut le vingt& fixieme dn mois de Iuillet. Et quant aux prifonniers, que les alliez des Atheniens& leurs valets fuffent publiquemét vendus à l'encan: mais que les naturels Atheniens de códition libre,& leurs cofederez du pays de la Sicile, fuflent retenus captifs dedãs les prifons des carrieres, exceptez les Capitaines qu'on feroit mourir. Les Syracufains approuuerent cefte fentéce:& come le Capitaine Hermocrates leur cuidaft remöftrer que l'vfer humainement de leur victoire, leur feroit plus honnorable que la victoire mefme, il fut rabroué fort tumultueufement: mais qui plus eft, come Gylippus leur demandaft les Capitaines pour les mener vifs aux Lacedemonies, non feulemet il en fut refufé, ains en fut par eux vileinement iniurié, tant ils eftoyent ia deuenus fiers en leur profperité, auec ce que durant la guerre mefme ils s'eftoyent fafchez de luy, ne pouuas fupporter fon aufterité& fa feuerité de comander à la Laconiene: encore dit Timæus dauantage, qu'ils l'accufoyent d'auarice& de larcin, qui luy eftoit vn vice hereditaire. Pource que Cleandrides fon pere ayant efté attaint& conuaincu de concufsion, en auoit efté banni de Sparte,& luy- mefme depuis ayant * Dix- huit fouftrait* trente talens de mille, que Lyfander enuoyoit par luy mille efcus de à Sparte,& les ayant cachez deffous la couuerture de fa maifon, fix ces mille. en fut defcouuert,& contraint de s'enfuir fort ignominieufement en exil, comme nous l'auons plus amplement declaré en la vie de Lyfander. Si efcrit Timæus, que Nicias& Demofthenes ne furent pas lapidez par les Syracufains, comme difent Thueidides & Philiftus, ains qu'ils fe desfirent eux- mefmes, pour l'aduertiffement que leur enuoya faire Hermocrates, auant que l'affemblee du peuple fuft rompue, par vn de fes gens, que les gardes laiffe-, rent entrer en la prifon: mais que les corps en furent bien iettez & expofez, à qui les voulut voir à l'entree de la geole.l'entés que iufques auiourd'huy en vntéple de Syracufe on monftre vn bouclier, qu'on dit eftre celuy de Nicias, couuert par deflus d'or& de pourpre fortiolyement tiffus& meflez enfemble:& quant au refte des prifonniers Atheniens, la plus part mourut de maladie& de maunais traittement dedans cefte geole des quarieres, où ils n'auoyent pour leur viure qu'enuiron deux efcuellees d'orge,&, vne d'eau par iour.Vrayeft, qu'il y en eut beaucoup de defrobezi fils de fres. I Eur que de ilen v efcha cœur Au chap & re ils a ilsa Bret esba del d C Ce Cre VA qu ie vid ertu.Sif e leurs al gouuerne nelle iis& ellement facrifier de la ri ing& les allier us à l'en leurs cosles pri mourir apitaine ment de efmel Sylip Lacewilejofpeez de nder oyent ource CON NICIAS. 37 qui furent vendus comme efclaues,& beaucoup aufsi qu'on ne coneut pas, qui efchapperent pour valets,& furent aufsi vendus pour ferfs: mais à ceux- là on leur imprima fur le front la figure& marque d'vn cheual,& s'en trouua qui outre la feruitude endure rent encore cefte peine- là, aufquels leur humble patience& hone fteré fut profitable: car ou ils furent en peu de temps affranchis, ou s'ils demeurerent ferfs, furent aimez& bien traittez de leurs maiftres.Il y en eut mefmes quelques vns qu'on fauua pour l'amour d'Euripides: car les Siciliens ont plus aimé la poefie de ce poete que de nuls autres Grecs du cœur de la Grece, de forte que quand il en venoit quelques vns qui en apportoyent des monftres& des efchantillons feulement, ils prenoyent plaifir à les apprendre par cœur,& fe les entredonnoyent les vns aux autres à grande ioye. Au moyen dequoy on dit, que plufieurs de ceux qui peurent efchapper de celle captiuité& retourner à Athenes, alloyét faluer & remercier affectueufement Euripides, luy contant les vns come ils auoyent efté deliurez de feruitude pour auoir enfeigné ce que ils auoyēt retenu en memoire de fes œuures, les autres comme a- pres la bataille s'eftans fauuez de vifteffe en allant vagabos ça& là parmy les champs, ils auoyent trouué qui leur donnoit à boire & à manger pour chanter de fes carmes: dequoy il ne fe faut pas esbahir, attendu qu'on conte qu'il y eur vne fois quelque nauire de la ville de Caunus, laquelle eftant chaffee& pourfuyuie par des fuftes de courfaires, fe cuida fauuer dedans leurs ports,& que du commencement ils ne voulurent pas la laiffer entrer, ains la re chafferent, mais que puis apres ils demanderēt à ceux qui eftoyer dedans, s'ils fauoyent point quelques char fons d'Euripides: ils re fpondirent qu'ouy,& adonc il leur permirent d'entrer,& les receurent.La nouuelle de cefte miferable defconfiture ne fut pas creue de prime face, quand elle fut entendue à Athenes: car ce fut vn eftranger, lequel eftant defcendu au port de Pirae s'alla feoir & repofer, comme on fait en la boutique d'vn barbier,& penfant que ce fuft chofe ia toute notoire& conue à Athenes, fe prit à en deuifer.Le barbier luy ayant ouy conter, deuant que d'autres la peudent aufsi entendre, s'en courut tant qu'il peut en la ville,& s'addreffant aux magiftrats& gouuerneurs fema cefte nouvelle par toute la place. Les officiers fur l'heure mefme firent fignifier vne aflemblee de ville, là où ils menerent le barbier, lequel interrogué de qui il tenoit cefte nouuelle, ne feut iamais rien dire de clair ny de certain, de maniere qu'il fut tenu pour vn forgeur de nouuelles, qui mettoit pour neant en trouble& en frayeur la ville: fi fut attaché& lié à la roue où on gehenoit les criminels, & y fut tourmenté longuement, iufques à ce qu'il arriua des gés qui en apporterent certaines nouuelles,& conterent par le menu commet tout le malheur eftoit aduena. Ainfine cuida- on iamais aifon met wied efu ides e- lee Teez uc de ureadie& , cs 38 MARCVS CRASSVS. croire, qu'il fut aduenu à Nicias ce, que luy- mefme auoit fouuentefois predit, qui luy aduiendroit. MARCVS CRASSV S. CR M.C AS moyen don Carilon co debchole tremen ma a ch It pour S montoit t mille cer 105 la verité du feu& reuenu. S ment au putant & plus Luyd en don M ARCVS Craffus eftoit fils d'vn pere, qui auoit eft Cenfeur,& auoit en l'honneur du triomphe: mais il fuc nourri en vne petite maifon auec deux autres fiens fre res, qui tous deux furent mariez du viuant mefme de leurs pere& mere,& mangeoyent tous enfemble à vne mefme ta ble, ce qui femble auoir efté caufe principale, pour laquelle en fon viure ordinaire il fut homme reglé& bien ordonné,& eftant I'vn de ces deux freres decedé, il efpoufa fa femme, de laquelle il eut des enfans: car quant aux femmes il a toute fa vie efté autant reformé que nul autre Romain de fon temps, combien que depuis eftant fur fon aage, il fut accufé d'auoir eu à faire auec vne des re ligieufes de la deeffe Vefta nommee Licinia,& fut le delateur, qui en accufa Licinia, vn nommé Plotinus: mais la caufe de l'en faire foupçonner fut, qu'elle auoit vn beau iardin& lieu de plaifance, ioignant les faux- bourgs de la ville, que Craffus defiroit auoir à bon marché,& pour cefte occafion. eftoit toufiours apres à luy fai re la cour, ce qui le fit tomber en cefte fufpicion: ainfi ayant femblé aux iuges que ce n'eftoit qu'auarice, qui luy faifoit faire, if fut abfous à pur& à plein de l'incefte, dont il eftoit mefcreu,& ne laiffa iamais en paix la religieufe, qu'il n'euft eu fa poffeffion. Si di fent les Romains qu'il n'y auoit que ce feul vice d'auarice en Craf fus, lequel offufquoit plufieurs belles vertus, qui eftoyent en luy: mais quant à moy, il me femble, que ce vice n'y eftoit pas feul, mais que y eftant le plus fort, il cachoit& effaçoit les autres. Or pour monftrer la grande conuoitife d'auoir, qui dominoit en luy, on allenaires& feu& eltages bre d quel & ce поус yeat mai Puff ca fe def Comb labour quoit fou itells - il fuc s fre me de fmet enfo nt fr ia int re Шерци des qui faire nce, irà fai m- .if di Craf luy: fel res.Or en ly MARCVS CRASS VS. 39 * en allegue deux principaux argumens: I'vn eft la maniere& le moyen dont il vfa pour acquerir,& l'autre la grandeur de fes bies: car à fon commencement il ne pouuoit pas auoir vaillant plus de✶ ✶ Cent qua trois cens talens. Et durant le temps qu'il s'entremit des affaires tre vingt mil de la chofe publique, il offrit à Hercules la difme de tous fes bies leefcus. entierement,& fit vn feftin public à tout le peuple Romain,& fi donna à chafque citoyen Romain autant de bled, qu'il luy en fal loit pour viure trois mois:& neatmoins quand il partit pour aller faire la guerre aux Parthes, luy- mefme voulant fauoir combien montoit tout fon auoir, trouua qu'il arriuoit à la femme* de fept* Quatremit mille cent talens: mais s'il eft loyfible de dire iniure en efcriuant lions deux la verité, ie dis, qu'il amaffa la plus part de celle grande richeffe cens foixante du feu& du fang, faifant des calamitez publiques, fon plus grand mille efcus. reuenu. Car Sylla ayant pris la ville de Rome vendit publiquement au plus offrant les biens de ceux, qu'il faifoit mourir, les reputant& appellant fon butin, voulant que plufieurs des plus grāds & plus puiffans de la ville fuffent entachez de ce peché comme luy,& en cefte fubhaftation Craffus ne fe lafla onques de prendre en don, ny d'acheter de luy Dauantage voyant que les plus ordis naires& plus coutumieres peftes des edifices de Rome eftoyét le feu& les ruines des maifons pour la pefanteur& la multitude des eftages baftis I'va fur l'autre, il achetoit des ferfs, qui eftoyent maflons, charpentiers, archite& tes,& en auoit bien ufques au nom bre de cinq cens: puis quand le feu d'auenture fe mettoit en quelque maifon, il venoit acheter la maifon mefme, qui bruflojt & celles qui eftoyent aupres, que les proprictaires luy abandonnoyent à bien vil pris pour le danger euident qu'ils y voyoyent, tellement que par fecceffion de temps vne grade partie des maifons de la ville de Rome vint à eftre a luy: mais combien qu'il euft tant d'efclaues ouuriers de bafur, fi ne edifia- il iamais, que la maifon feule cù il fe tenoit, difant que ceux, qui aimoyent à baftir fe deftruifoyet& desfaifoyent eux mefmes, fans que perfonne les combatift:& combien qu'il euft plufieurs mines d'arget, beaucoup de bonnes terres labourables,& grand nombre de gens qui les labouroyent, toutefois cela n'eftoit encore rien au pris de ce, que luy valoyent fes efclaues& fes ferfs, tantil en auoit grand nombte,& de fi excellens, comme des lecteurs, des efcriuains, orfeures, argentiers, receueurs, maiftres d'hoftel, efcuyers trenchans,& autres tels officiers de table, prenant bien la peine de leur affifter quand ils apprenoyent, voire de les dreffer& enfeigner luy- mefme,& brief eftimant que le plus grand foin que doyue auoir vn maiftre bon mefnager, foit de bien faire inftruire fes efclaues, comme eftans les vtils& inftruments vifs du mefnage. En quoy il n'auoit pas mauuaife opinion, aumoins s'il le penfoit ainfi, comme il le difoit, qu'il faut adminiftres G iiij 40 MARCVS CRASS VS. & manier toute autre chofe par fes feruiteurs,& fes feruiteurs par foy- mefme: car nous voyons que l'art du meinage, entant qu'elle concerne le gouuernement des chofes, qui n'ont point de vie ou de raifon, eft baffe tendant au gain feulement: mais entant qu'elle concerne le gouuernement des hommes, elle tient ne fay quoy de la fcience politique, qui eft de fauoir bien regir vne chofe publique: mais comme il auoit bonne opinion en cela, auffi l'auoit- il mauuaife en cecy, qu'il n'eftimoit, n'y n'appelloit point homme ri * Cicerommet che celuy, qui ne pouuoit* de fon bien foudoyer& entretenir de fonrenenn. Vne armee, pource que la guerre, ainfi que fouloir dire le Roy Ar chidamus, ne fe fait point auec vn pris arrefté de defpence: au mo yen dequoy il faut auffi, que la richeffe fuffifante pour la fouftenir ne foit point limitee. Et en cela il eftoit bien efloigné de l'opinion de Marius, lequel ayant diftribué à chacun pour tefte quatorze arpens de terre, entédant qu'il y en auoit aucuns, qui ne s'en contentoyent pas& en demandoyent dauantage, il leur fit refpon fe: Ia dieu ne plaife, qu'il y ait Romain, qui eftime peu de terre, ce qui eft fuffifant pour le nourrir. Toutefois encore eftoit Craflus honefte enuers les eftrangers: car fa maifon eftoit ouuerte à tous, & fi preftoit de l'argent à fes amis fans leur en demander proufit: mais auffi toft que le terme, qu'il leur auoit prefix, eftoit paflé, il le redemandoit precifement& rigoreufement, de forte que fa gratui té eftoit bien fouuent plus fafcheufe que s'il en euft demandé beaucoup d'vfure.ll eft vray, que fa table, quand il conuioit quelqu'vn à manger chez luy, eftoit aflez fimple,& commune en trai tement, fans fuperfluité quelconque: mais la neteté dont il eftoit feruy,& le bon recueil qu'il faifoit aux perfonnes, eftoit plus aggreable, que s'il euft efté plus opulemment& plantureufement fer uy. Quant à l'eftude des lettres, il s'exercita principalement à l'eloquence, mefmement à celle qui eft vtile pour parler en public, de forte qu'il deuint vn des mieux difans, qui fut à Rome de fon temps, furmontant parfon labeur& diligence, ceux qui de naturey auoyent plus d'aptitude que luy car on dit, qu'il n'euft iamais fi petite ne fi legere caufe en main, qu'il n'y vint toufiours prepa ré& ayant eftudié pour la plaider:& bien fouuent que Pompeius ou Cefar,& Ciceron mefme faignoyent& doutoyent de fe leuer pour parler, luy ne failloit iamais d'acheuer de defendre quelque matiere que ce fuft, s'il en eftoit requis: à l'occafion dequoy il en eftoit plus vniuerfellement aggreable, comme perfonnage feruia ble, foigneux de faire plaifir& fecourable. Auffi eftoit fa courtoi fie fort aggreable, en ce qu'il faluoit, careffort& ambraffoit gracieufement tout le monde: car il ne rencontroit pas vn homme, qui Je faluaft en allant par la ville, tant fut- il petit& de baffe condition, qu'il ne le refaluaft par fon nom. On dit auffi, qu'il eftoit fort werfé és hiftoires,& fi eftudia vn petit en la philofophie, mefmement ment en celle monfira bien quenta quentation elitplus p Peut bien lo lequel il n'a preltoit vn qu'ils eftoy d'homm fellion, le fes ind.ffe fant donc deuers la n'y veno uidemm en la v uez, e quiet armce toutes pa cher par Luteurs auoit & re tes, Sall mer I'vad aluy Serviteure ntam qu'el nt de Vieq ntant qu'elle Say quoy de Hole publi Efi l'auoit- 1 thomme ri entretenir le Roy Ar nceau mo la foufte de l'opi tefte qua ui ne s'en fit refpon terre, ce Craffus à tous, roufit: il le MARCVS CRASS VS. 41 ment en celle d'Ariftote, que luy lifoit vn Alexander, homme qui monftra bien qu'il eftoit de douce& patiente nature par la frequentation qu'il eut auec Craffus.car il feroit mal aifé de dire, s'il eftoit plus poure, quand il commença à le hanter, qu'apres qu'il l'eut bien longuement hanté.C'eftoit celuy de tous fes amis, fans lequel il n'alloit iamais fur les champs:& quand il y alloit, il luy preftoit vn chapeau pour s'e couurir par le chemin, mais auffi toft qu'ils eftoyent de retour, il le luy redemandoit. O grande patience d'homme! veu mefmemet que la philofophie dont il faifoit pro feffion, le poure fouffrát ne mettoit point la poureté entre les cho fes indifferentes.Mais quant à cela, nous en parlerons cy apres.Eftant donc Cinna& Marius les plus forts& reprenans leur chemin deuers la ville de Rome, chacun fe douta bien incontinent, qu'ils n'y venoyent pour bien quelconque de la chofe publique, ains e- uidemment à la mort& ruine des plus gens de bien qui fuffent en la ville, comme auffi y furent tuez tous ceux qui y furent trouuez, entre lefquels eftoyent le pere& le frere de Craffus,& luy, qui eftoit encore lors fort ieune, fe fauua du dager prefent de leur armee. Mais au refte, fentant qu'ils auoyent des gens au guet de toutes parts pour le furprendre,& que les tyrans le faifoyent cercher par tout, il prit pour fa compagnie trois de fes amis,& dix fer uiteurs feulement, auec lefquels il s'enfuit à la plus extreme diligence qu'il luy fut poffible, en Hefpagne, là où il auoit autrefois efté auec fon pere, lors qu'il la gouuernoit comme Præteur,& y auoit acquis des amis: toutefois y trouuant tout le monde effrayé, & redoutant la cruauté de Marius, comme s'il euft efté à leurs por tes, il ne s'ofa defcouurir à perfonne: ains fe retta aux champs,& s'alla cacher dedans vne grande cauerne, qui eftoit au long de la mer, en vne poffeffion d'vn nommé Vibius Paciacus,& enuoya I'vn de fes feruiteurs deuers ce Vibius, pour fonder qu'elle volonté il auoit enuers luy, auec ce que les viures commençoyent de fia à luy faillir. Vibius entendant comme il s'eftoit fauué en fut bien aife,& s'eftant informé du nombre des perfonnes qu'il auoit aucc luy,& du lieu où il s'eftoit retiré, il ne l'alla pas voir luy mefme, ains appella vn fien efclaue fon receueur, qui luy gouuernoit cefta terre,& le menant aupres, luy comanda qu'il euft à apprefter tous les iours à foupper,& le porter tout cuit aupres du rocher, fous le quel eftoit la cauerne, fans mot dire, ny curieufement enquerir ny cercher que c'eftoit, autrement qu'il le feroit mourir: mais que là où il feroit fidèlement ce qu'il luy ordonnoit, il luy promettoit liberté.Or eft cefte cauerne le long de la cofte non guere loin de la mer,& y a deux rochers, qui venans à fe ioindre& à la couurir par deffus, reçoyuent au dedans vn peu de vent doux& gracieux, & trouue- on, quand on y eft entré vne hauteur merueilleufe,& en la largeur du dedans plufieurs caueaux de grande capacité qui gratui mandé quel Entai lefto lus ag mentier A nabl amat repa eius uer дие en 01ra equi 42 MARCVS CRASS VS. dewers Silla autre par fur Stalis roula Ton glaud & tres gold, à ca que les entrent l'vn dedans l'autre,& fi n'y a point faute de lumiere n d'eau: car il y a vne fontaine de fort bonne eau, qui coule au long du rocher,& les naturelles fendaffes, mefmement à l'endroit où les rochers fe viennent à ioindre, receuans la clarté du dehors, la tranfmettent au dedans, de maniere que de iour il y fait clair,& fi n'y degoutte point, ains y eft l'air pur& fec à caufe de l'efpefleur de la roche, laquelle enuoye toute l'humidité qu'elle rend en la fontaine courante se tenât donc Craffus en ce lieu- la, le re ceueur de Vibius luy portoit tous les iours, ce qui luy faifoit befoin pour fon viure, ne voyant point ceux à qui il le pourtoit, ny ne les conoiffant nullement,& au contraire eftant bien veu d'eux qui fauoyent& obferuoyent bien l'heure, à laquelle il auoit accouftumé de venir apporter leur prouifion. Si ne leur apprefloit pas feulement autant à manger qu'il eur en falloit neceffairement pour vi ure, ains planteureufement pour faire bonne chere, pource que Vibius s'eftoit deliberé de faire tout le meilleur traitemet, qui luy feroit poffible à Craffus, iufques à s'aduifer qu'il eftoit fort ieune, & qu'il luy falloit donner quelque moyen de prendre les plaifirs que requeroit, fon aage: pource que de luy fournir& fubminiftrer fes neceffitez feulement, cela luy fembloit office& traitement de homme, qui le fecouroit pluitoft par contrainte que de cœur& d'affection. Si prit deux belles ieunes garfes, qu'il mena quand& luy fur ce riuage de la mer,& quand il fut pres de la cauerne, leur monftra par où il falloit monter,& leur dit, qu'elles y entraffent hardiment.Craflus de prime face, quand il apperceut ces gar fes, eut peur d'eftre defcouuert, fi leur demanda, qu'elles eftoyent, & qu'elles alloyent cerchant: elles, qui auoyent efté embouchees par Vibius, refpondirent, qu'elles cerchoyent leur maiftre, lequel eftgit caché la dedans. Adoc coneut bien Craffus que c'eftoit vn ieu de vibius, qui luy vfoit de cefte courtoy fie: files fit entrer,& les y tint auec luy tant comme il y fut, faifant par elles entendre à Vibius ce qu'il vouloit.Feneftella efcrit, qu'il en auoit veu l'vne, qui eftoit defia vicille,& qu'il luy auoit fouuentefois ouy raconter cela de grande affection. Finalement Craflus apres auoir demeuré huit mois ainfi caché dedans celle cauerne, foudain qu'il entendit la mort de Cinna, en fortit:& fi toft qu'il fe fut donné à conoiftre, il accourut bon nombre de gens de guerre à l'entour de luy, dont il en choifit deux mille cinq cens, auec lesquels if paffa par plufieurs villes,& en faccagea vne nommee Malaca, ainfi que plufieurs efcriuent, mais luy le nioit& conteftoit fort & ferme à l'encontre de ceux qui le difoyent. Depuis ayant fait prouifion de vaiffeaux, il paffa en Afrique deuers Metellus Pius, homme de grande reputation,& qui auoit ia affemblé vne affez groffe armee: mais il n'y demeura pas long temps, ains eftant entré en quelque different auec luy, fe retira deuers vn acc fere, ces p ment tu meurtrier trauers picque depuis res.Et zied Jeune people tint inco belles neurs eltoye pita qu' qu' que rice car a du bu tefou plus La po Cond ule au Tendror dehors at clair,& Pefpelle rend en la ericeueur efoin pour ne lesco xqui fa coutumé as feule nt pour urce que qui luy t jeune plaifirs niftrer ent de MARCVS CRASS VS. deuers Sylla, qui le receut& luy fit autant d'honeur qu'à nul autre qui fut autour de luy. Mais Sylla depuis qu'il fut repaffé en Italie, voulant employer tous les ieunes hommes de bonne maifon qu'il auoit en fa compagnie, donna diuerfes charges aux vns & aux autres,& enuoya Craffus en la contree des Marfes pour y leuer des gens de guerre. Craffus luy demanda des gens pour fa garde, à caufe qu'il luy falloit paffer par aupres de quelques places, que les ennemis tenoyent.Sylia luy refpondit en cholere,& a- uec vn accent de courroux, le te donne pour garde ton pere, ton frere, tes parens& amis, qui ont efté mefchäment& mal heureufement tuez, dont ie pourfuis à main armee la vengeance fur les meurtriers, qui les ont occis. Craffus fe fentant attaint au vif,& picqué de cefte parole, fe partit incontinent,& paffant hardiment à trauers les ennemis, affembla bonne trouppe de gés,& toufiours depuis fe monftra prompt à Sylla,& affectionné en tous fes affaires.Et de là dit on, que comença premieremet l'eftrif& la ialouzie d'honneur, qui eftoit entre luy& Pompeius, lequel eftant plus ieune que luy,& né d'vn pere mal nomé dedans Rome,& que le peuple auoit hay autant qu'il fit oncques homme, neantmoins deuint incontinent illuftre par fa vertu,& fe rendit grand par les belles chofes qu'il fit adonc: tellemét que Sylla luy faifoit des honeurs, qu'il portoit bien peu fouuent aux plus vieux,& à ceux qui eftoyent egaux à luy, come de fe leuer au deuant de luy quand il arriuoit, defcouurir fa tefte, l'appeller Imperatorqui eft à dire Capitaine general: ce qui aiguifoit& enflämoit fort Craffus, encore qu'on ne luy fit point de tort de preferer Pompeius à luy, à caufe qu'il n'auoit point encore lors d'experience de la guerre:& aufsi que ces deux vices qui eftoyent nez auec luy, la chicheté& l'auarice, gaftoyent tout ce qu'il y auoit de beau& de bon en fes faits: car au fac de la ville de Tuder qu'il prit, il deftourna la plufpart du butin, qu'il ferra pour luy, dont il fut accufé enuers Sylla.Toutefois en la derniere bataille de toute cefte guerre cinile, qui fut la plus grande& la plus dangereufe de toutes, deuat Rome mefme, la pointe où eftoit Sylla fut re pouffee& desfaite: mais Craffus qui conduifoit la pointe droite vainquit& chafla les ennemis iufques à bien auant en la nuit,& enuoya deuers Sylla luy porter nouuelles de fa victoire,& luy demander des viures pour fes gens. A l'oppofite aufsi encourut- il grande infamie és cófifcations& fubhaftations des biens de ceux qui eftoyent profcripts, achetant de grandes richeffes à bien petit pris, ou les demandant en don. Encore dit- on qu'au pays des Brutiens il en confifqua vn de fa propre authorité, que Sylla n'auoit point commandé, pour auoir fes biens: dequoy Sylla ayant efté aduerty, ne fe voulut onques plus feruir de luy en aucun affaire publique. Si eft bien eftrange chofe, que combien qu'il fuft vn tref- grad flateur pour fe couler en la ur& and& erne, trafes gar oyent chess Jequel Out yra Dor u'il éz our if fait ellus Nem e retire 44 MARCVS CRASSVS. pouriten aller US tam Coup fatihite, arrel donca point à blomme de Tone diuifeee & relle de Cra on auoit de y la pui us graues bonne grace de quiconque il vouloit, il eftoit neantmoins aifé à prendre luy- mefme,& à fe laiffer gaigner à quiconque l'euft entrepris, par artifice de flaterie:& dit- on qu'il auoit encore cela de propre& particulier en luy, que combien qu'il fut le plus auaricieux home du monde, il blafmoit& hayffoit neantmoins le plus afpremét qu'il eft pofsible, ceux qui le refembloyét.Mais la gloi re que Pompeius alloit tous les iours acquerant és charges de la guerre, luy fafchoit fort:& ce qu'il eut l'honneur du triomphe a- uant que d'eftre Senateur,& que les Romains l'appelloyent communement Pompeius Magnus, c'eft à dire le grand: car come vn iour en fa prefence quelqu'vn voyant venir Pompeius, dift, Voicy Pompeius le grand, Craffus en fe mocquant luy demanda, Er combien a- il de haut? toutefois n'efperant pas fe pouuoir egaler à luy en faits d'armes, il fe donna aux affaires de ville,& par diligence& afsiduité d'aduocaffer, defendre en iugemēt les accufez, prefter argent à ceux qui en auoyent à faire, afsifter& fauorifer à ceux qui briguoyent quelque office, ou demandoyét quelque autre chofe au peuple, il acquit à la fin authorité& reputatio pareil le à celle que Popeius auoit acquife par plufieurs grands exploits d'armes,& leur aduenoit vne chofe peculiere à eux deux: car la renommee& puiffance de Pompeius eftoit plus grande à Rome, lors qu'il en eftoit abfent,& au contraire, quand il eftoit prefent, Craffus l'emportoit bien fouuer par deffus luy, à caufe d'vne certaine grauité& grandeur que Pompeius maintenoit en fa maniere de viure, fuyant l'eftre fouuent veu du peuple,& fe gardant de hanter és lieux publiques,& s'entremettant de parler pour bien peu de gens,& encore mal volontiers, afin de garder fa faueur& fon credit tout entier pour l'employer pour foy- mefme, quand il en auoit befoin: là où au contraire l'afsiduité de Craffus eftoit vtile à plufieurs, pource qu'il eftoit ordinairement en la place,& donoit facile accez à tous ceux qui fe vouloyent aider de luy, eftant continuellement en l'exercice de tels offices, s'ingerant de faire plaifir à tout le monde, tellement que par celle priuauté& facilité il venoit à furmonter en grace la grauité& maiefté de Pompeius. Mais quant à la dignité de la perfonne, au beau parler,& à lagrace du vifage, tout cela eftoit, à cé qu'o dit, efgal en tous deux: toutefois cefte ialoufie ne tranfporta iamais Craffus, iufques à vne mal- vueillance& inimitié ouuerte: car il eftoit bien marri de voir honorer Pompeius& Cæfar plus que luy, mais cefte ambitieufe pafsion ne fut iamais en luy accompagnee d'vne racune, ny d'vne malignité de nature, combien que Cæfar ayant vne fois efté furpris par les courfaires en Afie,& eftat par eux detenu prifonnier s'efcria tout haut: O quel plaifir tu auras, Craflus, quand tu entendras ma prifon! Ce nonobftant ils furent depuis cela bos amis, comme il appert parce que Cæfar eftät vne fois preft à partir pour mais les plu stemerair geant au m e party en fant amy ment&& que bien & blaimer mes& pr juger, pa neurs& rallet la cou per de on s'e diateu Courle par Lécul nomb moins e l'eut core cela plus aua oins le pla Mais la gla arges de l riomphe a yent com r come va dift, Voimanda, Et our egaler par diliacculez, uorifer à que au pareil Exploits car la MARCVS CRASS VS. 45 eir pour s'en aller Præteur en Hefpagne, fes creanciers le vindrét tous en vn coup affaillir,& pource qu'il n'auoit pas dequoy leur fatisfaire, arrefterent tout fon equipage: mais Craffus ne l'abandonna point à ce befoin, ains le deliura en refpondant pour luy de la fomme de* huit cens trente talens. Bref eftant la ville de Quatre ces Rome diuifee en trois ligues, celle de Pompeius, celle de Cafar, quatre vingt & celle de Craffus: car quant à Caton fa reputation,& l'eftime dixhuit milqu'on auoit de fa preud'hommie, eftoit plus grande que fon cre- le efcus dit ny fa puiffance,& eftoit fa vertu plus admiree que fuyuie: les plus graues& plus fages fe rengeoyent du cofté de Pompeius: mais les plus volages& plus promps à entreprendre toutes cho fes temerairement fuyuoyent les efperances de Cæfar. Craffus nageant au milieu fe feruoit de tous les deux,& changeant fouuent de party en l'adminiftration de la chofe publique, n'eftoit ny coftant amy, ny dangereux& mortel ennemi, ains fe departoit aifément& d'amitié& d'inimitié, la où il voyoit fon profit, de forte que bien fouuent on le voyoit en petite diftance de temps louer, & blafmer, defendre& accufer de mefmes loix& de mefmes homes:& procedoit autant fon credit de la crainte qu'on auoit de luy, que de bonne affection qu'on luy portaft, comme on le peut iuger, parce qu'vn Sicinnius qui trauailla fort tous les gouuerneurs& entremetteurs des affaires de la chofe publique en fon temps, refpondit quelque fois à vn, qui luy demadoit, pourquoy il ne s'attachoit point à Crafus, ains le laifioit en paix, veu qu'il ba raffoit tous les autres: pource, dit- il, qu'il a du foin a la corne.Car la couftume eftoit à Rome, quád il y auoit vn boeuf fubiet à frapper de la corne, qu'on luy entortilloit du foin à l'entour, à fin que on s'en donnaft de garde. Au demeurant, le fouleuement des gladiateurs, que quelques vns appellent la guerre de Spartacus,& les courfes& pilleries qu'ils firent par l'Italie, prit fon comencement par vne telle occafion: Il y auoit en la ville de Capoue vn nomé Létulus Batiatus, qui faifoit meftier de nourrir& entretenir grad nombre de ces efcrimeurs à outrance, que les Romains appellent gladiateurs, dont la plus part eftoit de Gauloys& de Thraciens, lefquels eftoyent detenus enfermez, non pour aucune forfaiture qu'ils euffent cómife, ains feulement pour l'iniquité de leur maiftre qui les auoit achetez,& les contrgnoit par force de cóbatre les vns contre les autres à outrance: y en eut deux cens, qui delibererent entre eux de s'enfuyr; mais leur confpiration ayant efté defcouuerte, auant que leur maistre y donnaft ordre, il y en eut foixate& dixhuit, qui allerent en vne rotifferie, où ils faifirét des broches, des couperets& coufteaux de cuifine,& fe ietterent hors de la ville à tout: par le chemin ils rencontrerent enture des chariots chargez d'armes dot ont à accouftumebatre les gladiateurs, qu'on portoit de Capoue en quelque auelle: ils Rome, efent, e cera ma ardan ur bien ueur Facili Pom & eux: sà arri -W ney u pri quand 1511161 tur pos 26 MARCVS CRASSVS. les pillerent à force& s'en armerent, puis occuperent vn lieu fort d'afsiete,& eleurét d'entre eux trois Capitaines, dont le premier fut Spartacus homine natif du pays de la Thrace, de la nation de ceux qui vont errant auec leurs troupeaux de beftes par le pays, fans iamais s'arrefter fermes en vn lieu. Il auoit non feulement le coeur grand,& la force du corps aufsi, mais eftoit en prudence& en douceur& bonté de nature meilleur, que ne portoit la fortune, où il eftoit tombé,& plus approchant de l'humanité& du bon entendement des Grecs, que ne font couftumierement ceux de fa nation. On dit, que la premiere fois qu'il fut emmené pour vendre come efclaue à Rome, ainfi qu'il dormoit, il apparut vn ferpet entortillé à l'étour de fon vifage: ce que voyat fa femme, qui eftoit de la mefine natio que luy, mais deuinereffe& infpiree de l'efprit prophetique de Bacchus, predit que ce figne luy pronoftiquoit, qu'il paruiedroit quelque iour à vne grade& redoutable puisfance, laquelle fe termineroit en heureuſe iflue.Cefte féme eftoit encore auec luy,& le fuyuit, quát il s'éfuit: fi repoufferent premiere- p met quelques gés, qui fortiret de Capoue fureux pour les cuider repredre,& leur ayans ofté leurs baftos& leurs armes de foldats, furet bie aifes de les chager à ceux de gladiateurs, qu'ils ietterēt, come eftas barbares& deshoneftes. Depuis fut enuoyé côtre eux vn Præteur Romain nommé Clodius, auec trois mille hommes, qui les afsiegea dedans leur fort, lequel eftoit vne mote, où il n'y auoit qu'vne bien afpre& eftroite montee que Clodius gardoit, & le demeurant tout à l'entour n'eftoit que hauts rochers, droits & coupez,& au deffus y auoit grande quantité de vigne fauuage, de laquelle les afsiegez couperet les plus longs& plus forts far. ments,& en firent comme des efchelles de cordes, fi roides& fi longues, qu'eftans attachez au haurelles touchoyent iufques au bas de la plaine,& auec dela defcendirent tous feurement, ex-> cepté vn qui demeura au haut pour leur ietter leur armes aprés eux,& quand il les leur eut toutes iettees, il fe fauua luy mefme aufsi le dernier. Les Romains ne fe doutoyeur point de cela, au moyen dequoy les afsiegez ayans enuironné le circuit de la mote les allerent affaillir par derriere,& les effrayerent fi fort de cefle foudaine furprife, qu'ils fe mirent tous à fuyr, de maniere que leur camp fut pris. Adonc plufieurs bouuiers& bergers, qui gardoyent les beftes là au long, fe ioignirent à ces fugitifs, tous hommes difpos de leurs perfonnes,& propts à la main, dont ils en armerent les vns,& fe feruirent des autres comme d'auant- coureurs pour aller de couurir. A l'occafion dequoy fut defpefché à Rome vnautre Capitaine, Publius Varinus, pour les aller desfaire, duquel ils desfirent en bataille premierement vn lieutenat, qui a- uoit no urius auec deux mille hommes,& depuis encore en desfiret vn autre nomé Cofsinius, qu'on luy auoit baillé pour cofeiller Haller& pour ayat die qu de bien pea à fe lover de retut on b delsgese ment battu falement devant luy que chaf forces uiffance ant d'ad monts, les autre de,& le cela be quay le digare t Claues eult prile & m les m & pu S'appr la baca ge en pes C Co prem ation Le pays ement le dence& a fortudu bon ux de fa ur ven ferper eltoit efprit quait, oiten iereuider Hats, ret, eux nes, MARCVS CRASS VS. 47 feiller& pour compagnon auec groffe puillance: car Spartacus ayat efpié qu'il fe baignoit en vn lieu, qui s'appelle Salines, faillit de bien peu à le furprendre,& eut de Capitaine beaucoup d'affaire à fe fauuer de vifteile: mais au moins luy faifit Spartacus fur l'heu re tout fon bagage,& puis le pourfuiuant chaudement a la trace, prit tout fon camp entierement auec grande occifion& meurtre de fes ges, entre lefquels y mourut Cofsinius:& ayant femblablement battu en plufieurs rencontres le Præteur mefme en chef,& finalement luy ayant pris les fergens qui portoyent les haches deuant luy,& fon cheual propre, il effort ia deuenu fi puiflant, que chafcun le redoutoit:& neantmoins luy mefurant fagement fes forces,& ne s'attendant point qu'il peut venir au deffus de la puiffance des Romains, achemina fon armee deuers les Alpes, e- itant d'aduis que le meilleur feroit, quand ils auroyent paffe les monts, que chacun fe retiraft en fon pays, les vns en la Gaule,& les autres en la Thrace: mais fes gens fe confians en leur multitude,& fe proinettans de grandes chofes, ne luy voulurent point en cela obeyr, ans fe remirent à courir& piller toute l'Italie. Parquoy le Senat en eftant en peine, non ia pour la honte ny pour l'indignité feulement que leurs gens fuffent ainfi desfaits par les efclaues foufleuez, ains pour la crainte& pour le danger, où en e- ftoit toute l'Italie, y enuoya tous les deux Confuls enfemble, come à l'vne des plus difficiles& pius perilleufes guerres qui leur euft peu aduenir.Gelius doc l'vn des Confuls chargeant en furprife au defpourueu vne trouppe d'Allemans, qui par arrogance & mefpris s'eltoyent feparez& efcartez du camp de Spartacus, les mit tous à l'efpee,& Lentulus fon compagnon auec de groffes & puiflantes armées enuironna de tous coftez Spartacus, lequel s'approcha de fes lieutenans, qui les conduifoyent,& leur donna la bataille où ils furent tous desfaits,& perdirent tout leur bagage entierement. Parquoy tirant outre fon chemin deuers les Alpes, Cafsius le Præteur,& gouuerneur de la Gaule d'alentour du Po, luy alla au deuant auec vne armee de dix mille combatans. Il y eut vne grofle bataille, où il fut desfait,& ayant perdu beaucoup de fes gens, à grande peine fe peut- il fiuuer luy- mefme de vifteffe: ce que le Senat entendant fut fort mal content des Confuls,& leur mâdant qu'ils ne fe meflaffent plus de cefte guerre, en dóna toute la charge à Craffus, lequel fut fuuy en ce voyage de plufieurs nobles ieunes hommes de bonne maifon, tant pour fa reputation, que pour la bonne affection qu'ils luy portoyent. Si alla Craffus planter fon camp en la Romagne, pour attendre de pied ferme Spartacus, qui y addrefloit fon chemin. Et enuoya Mummius I'vn de les lieutenans auec deux legions faire vn auere long circuit pour enuelopper l'ennemi par derriere, luy emoignant de le fuiure toufiours à la trace:& fur tout, luy defendant n'y doit, roits & i $ 20 ex res cela -de S é à aire, qui 2 Core Faller 48 MARCVS CRASS VS. bien expreflement de le combattre ny efcarmoucher aucunemeté mais nonobftant toutes ces defenfes, incontinent que Mummius fe vit en efperance de pouuoir faire quelque chofe, il luy donna Ia bataille, en laquelle il fut luy mefme desfait,& y perdit beaucoup de fes gés,& beaucoup y en eut, qui fe fauuerent à la fuitte, ayans feulement perdu leurs armes: à raifon dequoy Craffus fe courrouça griefuement à luy,& recueillant les fuyans, leur donna d'autres armes: mais il leur demanda pleges, qui les cautionnaf fent de les mieux garder à l'aduenir, qu'ils n'auoyent fait les premieres:& de cinq cens qui auoyent efté aux premiers rangs,& qui auoyent les premiers commencé à fuir, il les departit en cinquante dixaines, de chacune defquelles il en fit mourir vn, fur lequel le fort tomba, ramenant en vlage cefte ancienne façon Romaine de punir les lafches foldats, qui de long temps n'auoit efté pratiquee, car c'eft vne maniere de mort, qui porte auec foy grade ignominie,& fe faifant publiquement deuant tout le camp, donne grande horreur& grande frayeur à ceux, qui voyoyent faire cefte pu nition.Craffus donc ayant ainfi chaftié les gens, les mena droit co tre Spartacus, lequel fe retiroit toufiours arriere, tant que par le pays des Lucaniens il arriua à la cofte de la mer, là où il trouua au deftroit du Far de Meffine quelques vaiffeaux de courfaires Ciliciens: fi luy prit enuie de pailer en la Sicile. Et y ayant i< tté deux mille homes, y reffufcita encore la guerre des efclaues, qui ne fai foit guere que d'y eftre affopie,& y falloit bié peu d'amorce pour Ja r'allumer: mais ces courfaires luy ayas promis de le feruir à fon paffage,& ayans pris fur cela des prelens de luy, le tromperent& s'en allerent au loin. Parquoy fe tirant derechefarriere de la mari ne, il alla affeoir fon camp dedans la dimie fle des Regiens, la où Craffus le venat trouuet,& voyant que la nature du lieu luy enfei gnoit ce qu'il auoit à faire, il fe mit à vouloir fermer de muraille Pencouleure de cefte demie ifle, tant pour garder fes gens d'eftre oififs, comme pour ofter à fes ennemis le moyen de recouurer viures.C'eftoit vn ouurage long& difficile, mais neantmoins il le pa racheua contre l'opinió de tout le monde, en bien peu de teps,& fit tirer vne tréchée depuis vn cofté de la mer iufques à l'autre à trauers cefte encouleure, qui duroit bien quinze lieues de long,& auoit cefte trenchee de largeur quinze pieds,& autant de profondeur:& au deffus de la trenchee fit baftir vne muraille haute& forte à merueilles, dequoy Spartacus ne faifoit point de conte& s'en moquoit du comencement: mais quad fon pillage luy começa à faillir,& que voulant aller au loin pour recouurer viures, il fe trouua enfermé de celle muraille,& n'y ayant plus rien à prendre ny à manger en tout le pourpris de la demie ifle, il efpia vne nuict fort rude qu'il negeoit& faifoit vn fort grand vent, durant laquelle il fit combler vn endroit de la trenchee non guere large auc TU auec fine tercente masiller workbate del on douce allant cha ostlergy Spartacus pour fuite Pappelle fe repe icefte attribu arriver fe rel quis'e Domme deuant COU mas foye entr qui alpre guer cham Here ordons aucumbe e Mum luy d perdit bea à la fuime Craffus leur donna cautionnal fait les preangs,& qui cinquan r lequel le omaine de pratique, ignom ne gra cette pa droit co par le цца ац Cili é deux ne fai ce pour merent la ma yen ural d'effre rer vi 1 le pa ps& trea E& tonMARCVS CRASS VS. 49 TOTIBE auec force terre, pierres& branches d'arbres, par où il paffa la tierce parte de fon armee.Si eut peur Craflus de prime face, qu'il ne prift à Spartacus vne foudaine volonté de tirer droit a Rome. mais il fer'affeura bien toft de cefte peur, quand il feut qu'il y a uoit debat entr'eux& qu'vne groffe troupe s'eftant mutinee com tre Spartacus eftoit allee camper à part fur vn lac de la Lucanie, duquel on dit, que l'eau fe change par interualles de temps,& dementdouce,& puis apres fi fallee qu'o n'en peut boire.Craflus les allant charger, les chafla bien de deffus le lac, mais il n'en peut pas tuer grand nombre, ny les pourfuyure guere loin, pource que Spartacus y arriua foudainement auec fon armee qui arrefta fa pourfuite.Or auoit parauant Craffus efcrit au Senat, qu'il falloit Pappeller Lucullus de la Thracc,& Pompeius d'Hefpagne, dont il fe repentoit alors,& fè haftoit le plus qu'il pouuoit de mettre fin à cefte guerre, premier que ceux- la arriuaffent, fachat bien qu'on attribueroit toute la gloire de l'auoir acheuce à celuy d'eux, qui arriueroit,& luy viendroit au fecours, non pas à luy parquoy il fe refolut d'aflaillir premierement ceux qui s'eftoyent mutinez,& qui s'eftoyent logez à part, defquels eftoyent les Capitaines vn nommé Caius Cannicius,& vn autre nommé Caftus. Si enuoya deuant fix mille hommes de pied pour faifir vne motte, leur enioi gnant de faire tout ce qu'ils pourroyent pour n'ellre point apper ceuzny defcounerts des ennemis: ce qu'ils tafcherent be a faire, couurans leurs mourrions& armets le mieux qu'ils pouuoyent: mais nonobftant ils furent apperceuz par deux femmes, qui faifoyent quelques facrifices à l'efcart pour leurs ennemis,& furent en tref- grand danger d'eftre tous perdus, n'euft effé que Craffus qui furuint tout à poinct à leur fecours, donna aux ennemis la plus afpre bataille, qui euft point encore efté donnee en toute celle guerre: car il y fut cccis douze mille trois cens hommes fur le champ, defquels il ne s'en trouua iamais que deux blecez par der riere,& tous les autres moururent en la place, qui leur auoit efté ordonné pour leur rang en combatant vaillamment. Apres céfte desfaite Spartacus fe retira vers les montagnes de Petelie, là où Quintus I'vn des lieutenans de Craffus,& Scrofa fon threforier, Je fuyuirent en l'efcarmouchant toufiours par le chemin fur la queue: mais à la fin vn iour il tourna vifage tout à vn coup,& mit les Romains, qui le haraffoyent en route, la où le threforier mefme fut griefuemét blecé,& cut on beaucoup d'affaire à le fauuer. Ceft auantage qu'ils eurent alors fur les Romains, fut caufe de la ruine finale de Spartacus, pource que fes gens, qui eftoyēt la plus part efclaues fugitifs, en monterent en fi grand orgueil,& en prirent telle audace, qu'ils ne voulurent plus reculer à combatre, ny n'obeyrent plus à leurs Capitaines, ains comme ils eftoyenria par shemin les enuironnerent auec leurs armes,& leur dirent, qu'il e& e& meça s, ille à pren fpia v d i 50 MARCVS CRASS VS. falloit, vouluffent ou non, qu'ils retournaffent tout court,& les re menaffent par la Lucanie contre les Romains, qui eftoit tout ce que Craffus demandoit, pource qu'il auoit nouuelles, que ia Pompeius approchoit,& y auoit plufieurs à Rome, qui parloyent& brigoyent pour luy: difans que la victoire finale de cefte guerre uy eftoit deue,& que fi toft qu'il feroit arriué fur les lieux, il la decideroit par vne feule bataille. A cefte caufe Craffus cerchant à combatre,& fe logeant le plus pres qu'il pouuoit des ennemis, faifoit vn iour tirer vne trenchee, laquelle les fugitifs voulurent empefcher,& vindrent en grande furie charger fur ceux qui y be fongnoyent: l'efcarmouche s'efchauffa,& furuenoit toufiours ges de renfort tant d'vne part que d'autre, fique Spartacus à la fin voyant qu'il eftoit contraint, rangea toutes fes forces aux champs en bataille.Quoy fait, on luy amena fon cheual, fur lequel il deuoit combatre,& defgainant fon efpee il le tua à la veuë de tous Tes gens, en difant. Si ie fuis desfait en cefte bataille, ie n'en auray plus que faire,& fi ie demeure victorieux.i'e auray affez de beaux & de bons des ennemis à mon commandement. Puis cela fait ce ietta à travers la preffe des Romains pour cuider approcher& ioindre de pres Craffus, mais il n'y peut aduenir,& tua de fa main deux Centeniers Romains, qui luy fircnt tefte. Finalement tous ceux qu'il auoit autour de luy s'en fuyrent,& luy demeura ferme iufques à ce qu'eftant enuironné de tous coftez, en combatant vaillamment, il fut mis en pieces. Mais combien que Craffus euft fort bien vfé de fa fortune,& fait tout le deuoir de bon Capitaine& de vaillant homme, en expofant fa perfonne aux dangers, fi ne peut- il faire, que l'honneur de l'acheuement de celle guerre, ne vint encore à Pompeius, pource que ceux qui efchapperent de cefte derniere bataille tomberent entre fes mains,& les acheua de desfaire, tellement qu'il efcriuit au Senat, que Craffus auoit bien desfait les fugitifs en bataille rangee, mais que luy auoir coupé toutes les racines de cefte guerre Pompeius donc eut entree triomphale dedans Rome pour auoir vaincu Sertorius,& reconquis l'Hefpagne: mais quant à Craffus il ne demanda pas feulement le grand triomphe,& fi eftima- on encore, qu'il faifoit in-, dignement& peu magnanimement de triompher du petit triomphe à pied, que les Latins appellent Ouatio, pour auoir desfait des ferfs fugitifs. Et quant à ce moindre triomphe, d'où il a efté nom mé Ouatio,& en quoy il eft different du grand triomphe, nous en auons ailleurs fuffifamment efcrit en la vie de Marcellus. Apres cela Pompeius eftant dés lors appellé au Confulat, Craffus encore qu'il eut efperance d'eftre efleu Conful quant& luy, ne defdaigna pas neantmoins de le requerir qu'il luy vouluft aider. Pompeius en prit la charge bien volontiers, pource qu'il defiroit, coment que ce fuft, auoir toufiours Craffus obligé de quelque plaifira quement de gre pe falaque de sentenc ella, ains cu preje en to coils paff gne de m les,& va emem bua à ch Mais fur bee de vil conu, Ch neflant p champs peuple v ( dit- ilm publique fe depoler conciliez Jerma deuers de mo bonne nomme vous lu du Sena e Cra ans y fa by mont ation d Temen Con ene toit tou que ia Po parleyen ceffe guem us cerchan es ennemis fs voulurent UY xquiy be ufiours ges cus à la fin ur champs quelil de ue de tous n'en auray de beaux la fait ce ocher& fa main ent tous ra ferbatane Tus euf Capita ngers, guerre MARCVS CRASS VS. fir à luy: fi luy fauorifa fort affectueufement, iufques à dire publiquement en pleine affemblee de ville, qu'il ne fauroit pas moins de gré au peuple de luy donner Craffus pour compagnon au Con fulat, que de le faire luy- mefme Conful: toutefois ils ne continuerent pas en cefte beneuolence, quand ils furent inftalez en leur eftat, ains eurent toufiours debat enfemble,& furent contraires prefque en toutes chofes: de maniere que pour l'occafion de fe dif cord, ils pafferent tout leur Confulat fans y rien faire, qui foit di-> gne de memoire, finon que Craffus fit vn grand facrifice à Hercules,& vn feftin general au peuple Romain de mille tables,& di ftribua à chafque citoyen Romain du bled pour viure trois mois. Mais fur la fin de leur Confulat, ainfi comme ils tenoyent affemblee de ville, il y eut vn nommé* Cnatius Aurelius, homme peu* Il eft ailconu, Cheualier Romain toutefois, mais au demeurant ne fe leurs en lavie meflant point des affaires,& fe tenant la plus part du temps aux de Pompeius champs, lequel montant en la tribune aux harangues raconta au nomé Caius. peuple vne vifion, qu'il difoit auoir euë en dormant: Car Jupiter ( dit- il) m'eftant cefte nui& apparu, m'a commandé de vous dire publiquement, que vous ne fouffriez point Craflus& Pompeius fe depofer de leur Confulat, que premierement ils ne fe foyent re conciliez enfemble. Il n'eut pas pluftoft acheué cefte parole, que le peuple leur commanda, qu'ils fiffent appointement: à quoy Popeius ne refpondit point, ains fe tint tout coy fans bouger ny parler: mais Craffus luy toucha le premier en la main,& fe tournant deuers le peuple, dit tout haut, le ne fais rien de lafche ny indigne de moy, Seigneurs Romains, fi ie recerche le premier l'amitié& bonne grace de Pompeius, attendu que vous- mefmes l'auez furnommé Grand, auant qu'il eut encore aucun poil de barbe,& que vous luy auez decerné l'honneur du triomphe, premier qu'il fuft du Senat. Voila tout ce qui fut fait de notable durant le Confulat de Craffus: mais fa Cenfure fut de tout point inutile,& fe paffa fans y faire chofe quelconque: car il ne s'y fit ny reueue du Senat ny monftre des cheualiers, ny denombrement du peuple ny eftimation des biens d'vn chacun, combien qu'il euft pour compagnon le plus doux& le plus traitable homme, qui fuft pour lors dedans Rome: mais on dit, que dés le comencement Craffus ayat voulu faire vn acte violent& inique, qui eftoit de rendre l'AEgy pte prouince tributaire aux Romains, Catulus luy refifta vertueu fement,& que de là s'eftant meu different entre eux, ils quitterent I'vn& l'autre volontairement leur eftat. Quant à la coniuration de Catilina, qui fut de grande confequence& pres de ruiner& deftruire la ville de Rome, Craffus en fut bien aucunement foupçonné,& y eut vn des complices d'icelle, qui le nomma comme en eftant, mais on ne luy adioufta point de foy:& Ciceron mefme en quelque fiene oraifon en attache affez euidemment la fufpiapperent les acks 21 eute 15,& repas feu foit in triomit des nom us en pres Encore defdai Pom dij MARCVS CRASSVS iamais ne le conduti rem te publy. Po Gauleques lendem niquita fecre alastre pour mus& ce mo eatre mains rounces& qu'vn fe fat va feco nt aux am bre de fes reft effect furent inc bruit allez ques ne c'e que Marcel uentare le çion à Craffus& à Cæfar, mais cefte oraifon n'a efté publiee qua depuis la mort de l'vn& de l'autre:& en celle qu'il fit pour rendre comte des actes de fon Confulat, il dit, que Craflus vne nuice alla deuers luy,& luy porta vne lettre miffiue faifant mention de Catilina, comme luy confirmant que la coniuration, dont on faifoit enquefte, eftoit toute certaine. Tanty a que toufiours depuis Craffus en voulut mal à Ciceron: mais ce qui le garda, que tout ouuertement il n'en cerchaft les moyens de luy nuire pour s'en wenger, fut fon fils Publius Craffus, lequel eftät homme ftudieux, & qui aimoit les lettres, ne bougeoit des coftez de Ciceron, de for te que quand on luy voulut faire fon procez, il changea de robbe comme luy,& en fit auffi changer aux autres ieunes hommes de bonne maifon& finalement fit tant par prieres enuers fon pere, qu'il le reconcilia auec luy.Au demeurant Cæfar eftant de retour de fon gouuernement fe preparoit pour demander le Confulat,& voyant que Pompeius& Craffus eftoyent de rechef retombez en diffention I'vn contre l'autre, ne vouloit pas en priant I'vn de luy aider à fa brigue, encourir l'inimitié de l'autre, ny n'efperoit pas auffi fans le port de l'vn ou de l'autre pouuoir obtenir ce qu'il pre tendoit à raifon dequoy il fe mit à moyenner accord entr'eux, en Jeur remonftrant fouuent& leur difcourant, que tafchans à fe rui ner l'vn l'autre, ils venoyent à augmenter le credit&' authorité d'vn Ciceron, d'vn Catulus& d'vn Caton, lefquels n'auroyene point de pouuoir, s'ils fe vouloyent entendre, enjoignant enfemble leurs ligues& leurs parts, pour d'vne force& d'vn confentement commun manier toute la chofe publique à leur volonté. Ce que Cæfar leur ayant perfuadé,& les ayant reconcilié enfemble, vint par ce moyen à ioindre& compofer de leurs trois ligues, vne. force inexpugnable& inuincible, qui depuis ruina le peuple& le Senat Romain: pource qu'il ne les rendit pas plus grands qu'ils eftoyent auparauant, I'vn par le moyen de l'autre mais fe fit foymefme tref- grand par le moyen d'eux deux car fi toft qu'ils l'eurent pris à fauorifer, il fut incontinent efleu Conful fans difficulté quelconque& s'eftant bien porté en fon Confulat, luy firent au bout decerner de groffes armees,& luy misent en main les Gaules: ce quifut, par maniere de dire, le mettre auec leurs propres mains dedans la fortereffe qui tiendroit la ville en fuietion, efperas qu'ils butineroy et entre eux deux le demeurant, quâd ils luy auroyent procuré& fait decerner vn tel gouuernement. Or quant à Pompeius, ce qui luy fit faire cefte faute, ne fut autre chofe que fon exceffiue ambition mais quant à Craffus, outre fon vice ancie & ordinaire d'auarice, il y adioufta encore vne conuoitifè nouuelle de triomphes& de victoires, pour la ialoufie, que fufciterent en Tuy les hauts faits d'armes de Cæfar, afin que luy eftant fuperieur toutes autres chofes il ne luy fut inferieur en celle- la feule, ny jamais me deman pourcha Sponfes pondit la chof Toit po dieffe d puis qu es autre Domit CES Fit pour fus vne at mention dont on fa fours depu da, que tou ire pour s'en me ftudieux ceron de for ea de robbe hommes de pere, 3 ໂຕ 1 nt de retour Confula,& tomber en I'vn de l peroit pa qu'il pre T'eux, en s à fe rui uthorité uroven tenfen confente Jonti- C enfemble iguese uple ' ils le difficul Frent a Les Gav propres efperis шу ацquant ole que ce ancie nouve iterenie fuperene MARCVS CRASS VS. ay iamais ne le lafcha cefte ambitieufe paffion, qu'elle ne l'euft conduit à vne mort ignominieufe coniointe auec perte& calamité publique. Pource que Cæfar eftant defcendu de fa prouince de Gaule iufques en la ville de Luques, plufieurs Romains y allerer le voir,& entr'autres Pompeius& Craffus, lefquels ayans commm niqué en fecret auec luy, cóclurent de mettre à bon efciat la main à l'œuure pour tenir fous eux toute la puiffance de l'Empire Ro main,& ce moyennant que Cæfar retiendroit les forces, qu'il auoit entre mains,& que Craflus& Pompeius prendroyent d'autres prouinces& d'autres armes auffi: pour à quoy peruenir il n'y a- uoit qu'vn feul moyen, qui eftoit, que Pompeius& Crafius brigaffent vn fecond Confulat, à quoy Cæfar leur deuoit aider en efcriuant aux amis, qu'il auoit dedans Rome,& y enuoyant bon nombre de fes foldats, qui fe trouueroyent au jour de l'election. Pour c'eft effect Pompeius& Craflus s'en retournerent à Rome, où ils furent incontinent foupçonnez de cefte pratique,& courut le bruit affez commun par toute la ville, que cefte entreueuë de Luques ne c'eftoit point faite à aucune intention bonne, tellement que Marcellinus& Domitius demanderent en plein Senat à Pom peius s'il pourchafferoit le Confulat,& il leur refpondit, qu'à l'aduenture le pourchafferoit- il,& à l'adueture auffi que non:& la mef me demande luy eftant derechef repliquee, il refpondit, qu'il le pourchafferoit pour les bons,& non pas pour les niefchas. Ces refponfes furent trouuees prefomptueufes& fieres: mais Craflus refpondit plus modeftement, que s'il voyoit, qu'il fuft expedier pour la chofe publique, il le pour chafferoit, finon, qu'il ne le pourchaffe roit point, de maniere que fur ces paroles aucuns prirent la hardieffe de le pourchaffer come Domitius entre les autres: mais de puis quand ils fe furent onuertement declarez pourfuyuans, tous les autres par crainte fe deportement de leur pourfuite, excepté Domitius que Caton pria, prefcha& enhorta tant, comme fon parent& fon ami, qu'il le fit perfifter en fon efperance, luy remon ftrant que cela eftoit combatre pour la defenfe de la liberté, pource que ce n'eftoit pas au Confulat, que Craflus& Pompeius afpirayent, ains à vne domination tyrannique,& que ce n'eftoit point pourfuite d'vn magiftrat ce qu'ils faifoyent, ains vn violent rauiffement de prouinces telles qu'ils voudroyent,& d'armees qu'ils pretendoyent fe faire bailler par ce moyen.Caton criant tout haut ces propos,& auffi les croyant fermement, pouffa par maniere de dire, Domitius à force iufques fur la place, là où plufieurs gens de bien fe ioignerent à eux, pource qu'ils s'efmerueilloyent, quel befoin il eftoit, que ces deux perfonnages pourfuyuiffent vn fecond Confulat,& pourquoy ils briguoyent de l'auoir derechef enfemble& non auec d'autres, veu qu'il y en auoit tant, qui n'eftoyent point indignes d'eftre compagnons, ny de l'vn ny de lautre en ce d 54 MARCVS CRASSVS. magiftrat. A cefte caufe Pompeius craignant de ne pouuoir paruenir à fon entente, n'efpargna point de faire les plus deshōneftes & plus violentes chofes du monde: car entre plufieurs autres le iour de l'election, ainfi comme Domitius accompagné de fes amis alloit bien matin, auant l'aube du iour, au lieu où elle fe deuoit fai re, le feruiteur qui portoit vne torche deuant luy fut occis par gens qu'il auoit mis en embufche pour le tuer,& plufieurs de fa compagnie blecez, du nombre defquels fut Caton,& les ayans tous mis en fuite, les tindrent affiegez& enfermez dedans vne maifon, iufques à ce qu'ils furent efleuz tous deux enfemble Con fuls:& peu de temps apres ayans faify de rechef la tribune aux harangues auec armes, chaké Caton hors de la place,& fait occire quelques vns des contredifans, qui ne voulurent pas fuir, ils prolongerent à Cæfar fon gouuernement des Gaules pour autres cinq ans,& pour eux fe firent decreter par les voix du peuple, les prouinces de la Syrie& des Hefpagnes,& depuis quand ils vindrent à les tirer au fort entr'eux deux, la Syrie efcheut à Craflus, & les Hefpagnes à Pompeius. Cefte aduenture du fort fut agreable à chacun, pource que d'vn cofté le peuple ne vouloit pas que Pompeius efloignaft de guere loin la ville de Rome,& luy- mefme eftant amoureux de fa femme, eftoit bien aife d'auoir occafion de s'en tenir pres, en demeurant le plus du temps en fa maifon. Mais fur tous, Craffus incontinent que ce fort de la Syrie luy fut efcheu, fit tant de demonftrations, qu'onconut euidemment, qu'il Je tenoit pour le plus grand heur, qui luy fuft onques aduenu, tellement qu'il ne fe pouuoit pas tenir, qu'en grande compagnie,& entre des eftrangers, il ne luy en efchapaft quelque parole: mais en priué& entre fes familiers& amis, il dit tant de folles& vaines vanteries, qu'vn ieune homme à peine en euft dit dauantage: ce qui eftoit& contre fon aage& contre fa nature, ayant efté tout le refte de fa vie auffi referué,& auffi peu vanteur qu'il eft poffible d'eftre: mais lors s'eftant efleué follement& deuoyé de fon bo naturel, il ne fichoit pas les bornes de fon efperance à la conquefte de la Syrie ny des Parthes, ains fe promettant qu'il feroit voir, que tout ce qu'auoit fait Lucullus à l'encontre de Tigranes,& Pompeius à l'encontre de Mithridates, n'eftoyent que ieux d'enfans, par maniere de dire, il eftendoit l'efperance de ces conqueftes iufques à la Bariene, iufques aux Indes,& iufques à la grande mer Oceane du cofté du Soleil leuant, combien qu'au decret, qui en fut paffé par le peuple, il ne foit faite aucune mention de la guerre contre les Parthes: mais tout le monde fauoit bien, que Craffus en brufloit de defir, tellement que Cæfar mefme luy en efcriuit de la Gaule, luy louant fa deliberation,& l'enhortant de la pourfuure.Mais pourautant que l'vn des Tribuns du peuple nom mé Atejus, eftoit tout refolu de s'oppofer à fon partement, ayant plufieurs mencer scra Textil aud he de pe ment de rent Pom face rian pour les Tribun Craffus tions s laiffor quill Tribun donc A teret Cra que prec les mal qu'e ne p pren mais YADA cation ado shonetes s autres de fes an deuoit fai occis par ieurs dela les ayan edans vne mble Con bune aux fait occifuir, ils uf autres uple, les dils vin Cras agrea as que -mef cafion maifon uyf nt, qu'il enutel gnie lena & a ft polifi MARCVS CRASS VS. 55 plufieurs autres de mefme deliberation, lefquels trouuoyent fore mauuais, qu'on allaft ainfi volontairement de gayeté de cœur comencer la guerre à des peuples, qui n'auoyent aucunement irrité ny offenfé les Romains, ains eftoyent leurs amis& leurs alliez. Craflus craignant cefte confpiration requit Pompeius de luy vou loir affifter& l'accompagner iufques au dehors de la ville, à caufe qu'il auoit grande authorité,& eftoit fort reueré de la commune, ainfi qu'il appartit alors: car combien qu'il y euft grand nombre de peuple affemblé tout expreffement pour empefcher ce partement de Craffus,& crier apres luy, ce neantmoins quand ils virent Pompeius marcher deuant luy auec vn regard doux,& vne face riante, ils furent tous appaifez,& s'ouurirent d'eux- mefmes pour les laiffer paffer, fans leur mot dire.Il eft bien vray, que le Tribun Ateius fe mit au deuant d'eux,& à haute voix defendit à Craffus, qu'il n'euft à bouger de la ville, auec grandes proteftations s'il faifoit au contraire:& voyant que pour fa defenfe il ne laiffoit pas d'aller fon chemin, il commanda a I'vn de fes fergens, qu'il luy mift la main fur le collet pour l'arrefter, ce que les autres Tribuns n'ayans voulu permettre, l'officier lafcha Craffus:& a donc Ateius s'en courant vers la porte de la ville, mit vne chaufferette pleine de feu ardent tout au milieu de la rue. Puis quand Craffus fut à l'endroit, ietta dedans quelques parfums,& fit deffus quelques afperfions en prononçant certaines maledictions& imprecations efpouuantables& horribles,& inuocant des dieux, dot les noms font eftranges& terribles: fi difent les Romains, que ces maledictions- la font bien anciennes, mais tenues fecretes, pource qu'elles ont telle efficace, que celuy qui en eft vne fois maudit, ne peut iamais efchapper, ny auffi celuy qui en vfe, il ne luy en prent iamais bien: à raifon dequoy peu de gens en vfent,& non iamais que ce ne foit pour quelque grande occafion. A cefte caufe reprenoit- on grandement Ateius d'auoir prononcé telles imprecations,& eflayé de fi effrayables ceremonies, qui retournoyent au dommage de la chofe publique, veu que c'eftoit pour d'elle, qu'il vouloit maudire Craflus, lequel ayant pourfuluy fon chemin arriua à Brundufium, que les tourmentes de l'hyuer ne eftoyent pas encore appaifees, mais pour cela il ne laiffa pas de fai re voile: auffi perdit il plufieurs vaiffeaux,& neantmoins auec le refte de fon armée fe mit en chemin par terre à travers le Royau me de la Galatie, là où il trouua le Roy Deiotarus, qui eftoit fort vieil,& neantmoins baftifloit vne nouuelle ville: fi luy dit en fe moquant, Il me femble, Sire Roy, que tu commences bien tard à baftir, de t'y eftre mis à la derniere heure du iour.Ce Roy des Ga lates luy refpondit fur le champ Auffi n'es tit pas toy- mefme pat ty guere matin, à ce que ie voy, Seigneur Capitaine, pour aller fai te la guerre aux Parthies. Car Craffus auoiria paffè foixante ans, onque Vou es,& d'enquerancret, de la en, que yene ant dela 2002 d inj l'amour MARCYS CRASSVS. For fon file. on ells w devenly faces que hacke leanautre comm yens p caper lea rement p conter guerre F prifon leur fe Cien de montra dedans 36 & fi le monftroit fon vifage encore plus vieil, qu'il n'efloit.Au res fte eftant arriué fur les lieux, les affaires du commencement luy fuccederent felon fon efperance: car il baftit facilement vn pont fur la riuiere d'Euphrates,& pafla fans inconuenient fon armee par deflus, puis entrant en la Mefopotamie, y receut plufieurs vilfes, qui volontairemét fe rendirent à luy toutefois il y en eut vne, de laquelle eftoit tyran vn Apollonius, où cent de fes foldats ayas efté tuez, il y mena toute fon armee,& Payant prife à force, faccagea tous les biens,& vendit les perfonnes à l'encan.Les Grecs appelloyent cefte ville Zenodotia, pour la prife de laquelle il fouffrit que fes gens P'appellaflent Imperator, c'eft à dire fouuerain Capitaine: ce qui luy tourna a honte,& en fut eftimé homme de bas& petit cœur, ayant peu d'efperance de grandes& hautes cho fes, puis qu'il faifoit cas d'vn fi petit exploit puis ayat logé en gar nifon par les villes qui s'eftoyent rendues à luy, iufques au nombre de fept mille hommes de pied,& enuiron mille cheuaux, il s'en retourna en arriere paffer fon hyuer au pays de la Syrie: là où fon fils Palla trouuer, venant des Gaules d'auec Iules Cæfar, qui Pauoit honoré des pris d'honneur, que les Capitaines Romains ont accouftumé de donner aux gens de bien,& qui ont fait leur deuoir en la guerre,& fi amenoit à fon pere mille hommes d'armes, tous gens d'eflite. Cela me femble auoir efté la premiere faute, que commit Craffus apres l'entreprife de cefte guerre, qui fut Ja plus grande de toutes: pource qu'il falloit qu'il pouflat outre d'vne tire,& qu'il donnaft iufques en Babylone& en Seleucie, citez de tout temps ennemies des Parthes:& au cótraire pour auoir differé, il donna temps& loifir à fes ennemis de fe prouuoir& pre parer Dauantage on blafme auffi grandement les occupations aufquelles il vaqua, pendant qu'il fut de feiour en la Syrie, comme tenant plus du marchand que du Capitaine: car il n'employa point ce temps à reuoir fon armee, ny à la faire exerciter aux armes, ains a conter le reuenu des villes,& demeura plufieurs iours à fommer au poids& à la balance, le thre for d'or& d'argent qui eftoit au temple de la deeffe de Hierapolis. Qui pis eft, il enuoyoit denoncer aux peuples, princes& villes, qu'ils euffent à luy fournir certain nombre de gens de guerre,& puis les en difpenfoit en prenant argent d'eux ce qui luy donna tref- mauuais bruit,& le fir venir en grand mefpris de tout le monde. Le premier prefage de fon mal- heur luy vint de cefte deeffe de Hierapolis, laquelle aucuns eftiment eftre Venus: les autres difent que c'eft Iuno: les autres veulent, que ce foit la Nature de la caufe premiere, qui donne les commencemens d'humeur aux chofes qui viennēt en eftre, & celle qui a enfeigné aux hommes la fource, dont procedēt tous biens.Car ainfi comme ils fortoyent de fon temple, le ieune Crafaus tomba le premier fur la face,& luy- mefme apres trebufcha fus lucie devers elta tere tans batr com que dange chole pour 9 Coit- Angi cement ent va poz Con arte fieurs vil en ent vo oldats aya orce, lacca Grecs ap lle il fouf Couverain homme de autes cho geen gar sau nom enaux, il Frie: la o far, qui omains ait leur es d'ar re fanfe MARCVS CRASS VS. 57 fir fon filt:& comme ia il faifoitaflembler les garnifons des lieux où elles auoyent hyuerné pour marcher en campagne, il arriua deuers luy des ambaffadeurs de la part du Roy des Parthes* Ar-* Cenom da faces, qui luy expoferent leur charge en peu de paroles, difans Arfaces, o que fi cefte armee eftoit enuoyee par les Romains pour guerroyer Arfacides leur maiftre, il ne vouloit aucune paix ny amitié auec eux, ains en- eftoit commi tendoit leur faire guerre mortelle à toute outrance: mais s'il eftoit à tous les ainfi, comme il auoit ouy dire, que Craffus contre la volonté de fes Roys des Par citoyens, par vne conuoitife particuliere de faire fon proufit, fuft thes. venu de gayeté de cœur commencer la guerre aux Parthes,& occuper leur pays, qu'en ce cas la Arfaces fe porteroit plus moderément pour la pitié qu'il auoit de la vieilleflè de Craus,& qu'if contenteroit de laifler aller vies& bagues fauues les gens de guerre Romains, qu'il eftimoit eftre pluftoft dedans fes villes en prifon, qu'ea garnilon. A cela refpondit Craffus brauement, qu'il leur feroit responfe dedans la cité de Seleucie, dequoy le plus ancien des ambaffadeurs, qui auoit nom Vagifes, fe prit à rire,& luy monftrant la paume de fa main, luy dit, Pluftoft naiftroit du poil dedans ce creux de ma main, Craffus, que tu voyes la cité de Seleucie. Ainfi fe partirent ces ambaffadeurs,& s'en retournerent deuers le Roy Hyrodes, luy denoncer qu'il ne falloit penfer qu'à la guerre. Sur ces entrefaires aucuns de gens de guerre, qu'on a- uoit laiffez en garnifon dedans les villes de la Mefopotamie, s'em eftans fauuez auec grand danger,& par grande aduenture, apporterent à Craffus des nouuelles, qui meritoyent bien qu'on y penfaft foigneufement, ayans veu à l'œil le grand nombre de combatans qu'il y auoit au camp de l'ennemi,& leur maniere de combatre en quelques aflauts qu'ils auoyent donnez aufdites villes:& comme il aduient ordinairemét à ceux qui font efchappez de quel que danger, faifans les chofes encore plus efpouuantables& plus dangereufes qu'elles n'eftoyent, ils afloyent contans, que c'eftoit chofe impoffible de fe fauuer de vifteffe deuant eux, quand ils pourfuyuoyent, ny les attaindre quand ils fuyoyent,& qu'ils a- uoyent des fortes de flefches qui vouloyent plus vifte que la veuë, & qui perçoyent tout ce qu'elles rencontroyent, auant qu'on peut voir celuy qui les delafchoit. Au demeurant quant aux armes dont vfoyent leurs gens de cheual, que les offenfiues eftoyent tel les, qu'il n'y auoit harnois, quel qu'il fuft, quelles ne fauilaffent, & les defenfiues trempees de forte, qu'il n'y auoit effort auquel elles ne refiftaffent. Les foldats B.omains oyans ces nouuelles rab batoyent fort de leur audace, pource qu'ils s'eftoyent auparauit promis, que les Parthes ne differoyent rien d'auec les Armeniens & les Cappadociens, que Lucullus auoit tant batus& tant pillez, qu'il s'en eftoit laffé,& auoyent ia fait leur conte, que toute la grande difficulté qu'ils auoyent en toute cefte guerre, qui fue at outre ucie. our a oir& сирахов ie, t empla aux gent qui тиорой. fourfoit en le fir ge de e aues auui don en eftre eders une Craf MARCVS CRASS VS. feroit la longueur du chemin, qu'il leur conuiendroit faire,& le trauail de pourfuyure& chaffer gens, quine les attendroyēt point: & lors tout au rebours de leur efperance ils entendoyent, qu'il leur faudroit venir aux mains& combatre à bon efciant au moye dequoy quelques vns de ceux méfiés qui auoyent charge& authorité en l'oft, entre lefquels fut Caffius le Quæfteur& le fuperintendant des finances, furent d'aduis, que Craflus fe deuoit arrefter là tout court, pour remettre derechef l'entreprife totale en deliberation du confeil, à fauoir, fi on deuoit tirer outre, ou quoy. Les deuins mefmes donnoyent couuertement à entendre à demy, que les dieux en tous leurs facrifices monftroyent de mal- heureux prefages,& mal- aifez à pacifier: mais Craffus ne leur prefta point l'aureille, ny à eux, ny à autres quelconques, finon à ceux qui luy confeilloyent de fe hafter, mais ce qui plus l'affeura& le encouragea, fut Artabazes le Roy de l'Armenie, lequel vint deuers luy en fon camp auec fix mille cheuaux, qui n'eftoyent feulement que la cornette& la garde du Roy: car il en promettoit autres dix mille tous armez a blanc& bardez, auec trente mille hommes de pied qu'il entretenoit a fa folde ordinaire, confeillat à Craffus qu'il entraft dedans le pays des Parthes par le cofté de l'Armenie, pourautant que non feulement fon camp auroit foifon de viures, qu'il luy fourniroit de fes pays, mais auffi pourautant qu'il marcheroit en feureté, ayant au deuant de luy vn pays de montagnes& pays boflu, mal aufè a gens de cheual, qui eftoit la feule force des Parthes. Craffus le remercia aflez froidement de fa bonne volonte,& de l'offre d'vn fi beau& fi magnifique fecours: mais il luy dit, qu'il prendroit fon chemin par la Mefopotamie, là où il auoit laifié beaucoup& de bons hommes de guerre Romains,& à tant fe departit ce Roy Armenien. Mais ainfi comme Craffus paffoit fon armee par defius le pont qu'il auoit fait drefler fur la riuiere d'Euphrates, il fe leua tout a l'entour d'eftra ges& horribles tonnerres, auec efclairs continuels qui donnoyet droit dedans les yeux de fes gens: dauantage il fondit vne nuce noyre, dont il fortit vn impetueux tourbillon de vent, auec vne foudre ardente deflus fon pont, qui en rompit& brifa vne grande partie& tomba deux coups de foudre dedans le lieu où fon camp deuoit aller loger. Qui plus eft I'vn de fes grads cheuaux eftant accouftré magnifiquemét, prit fon mords aux dents,& auec celuy qui le cheuauchoit, s'alla ietter dedans la riuiere, où il fe noya, de forte qu'on ne le reuit onques puis:& dit- on, que la premiere aigle, quand on la cuida enleuer pour faire marcher le camp, fe reAutreslifent tourna d'elle mefme en arriere. Outre ce il aduint, que quand on μάζανα diftribua les viures aux foldats, apres qu'ils eurent tous paffé le qui fignifie pont, la premiere chofe qu'on leur donna, furent du fel& des* lende la tourte. tilles que les Romains eftiment figne de dueil& prefage de mort, pource la, antique Cr Λιγότερα τη argu futapperce mile, il que fes paaftre Fation de fo Phoftie quoy vo Ife prita Tous verr fait il con fept leg uang& vindre urir le pay ap en armer gens a pour to fois C bloit nes de quel cité de toufid Sent en ir que er po au moye & a e fuper oit arreotale en αρμογ. al- heu prefta a ceux ra& le nt feumettoit mille eillat he de MARCVS CRASS VS. pource qu'on en fert és funerailles des tref- paffez- Apres tout oela, ainfi que Craflus mefme haranguoit& prefchoit les foldats, il luy efchapa vne parole, qui troubla grandemét toute l'armee: car il leur dit, qu'il faifoit expreflement rompre le pont, qu'il auoit ba fty für la riuere, afin qu'il ne retournaft pas vn deux:& là où s'eftant apperceu que cefte parole inconfiderément dite, auoit efte mal prife, il la deuoit reprendre& expofer comme il l'entendoit, veu que fes gens en eftoyent eftonnez, il n'en fit conte, tant il fut opiniaftre. Finalement il fit le facrifice accouftumé pour la purgation de fon armee,& comme le den luy rendit les entrailles de l'hoftie, qui auoit efté immolee, elles luy tomberent des mains, dequoy voyant que tous les affiftans eftoyent fafchez&' troublez, il fe prit a fire en difant, Voila que c'eft de vieilleffe: toutefois vous verrez, que les armes ne me tomberont ia des poings. Cela fait il commença de marcher en pays le long de la riuiere, auec fept legions de gens de piedi,& peu moins de quatre mille cheuaux,& prefque autant de gens de traict armez à la legere: fi luy vindrent aucuns de fes auant coureurs, qui venoyent de defcouurir le pays, faire rapport, qu'il ne paroiffoit homme quelconque en toute la campagne: mais que bien auoyent- ils trouuè la trace de grand nombre de cheuaux, qui fembloyent s'en eftre retournez. en arriere, dont Craflus le premier reprit bonne efperance,& fes gens auffi, qui commencerent à en defeftimer les Parthes, tenans pour tout affeuré, qu'ils ne viendroyent point au combat. Toute fois Caffius au contraire luy remonftroit toufiours, qu'il luy fembloit meilleur, qu'il refrefchift vn peu fon armee en quelques v- nes des villes, où il tenoit garnifon, ufques à ce qu'il entendift quelque chofe certaine des ennemis, ou bien qu'il tiraft droit à la cité de Seleucie le long de la riuiere, laquelle luy donneroit moye de faire conduire viures aifément par bateaux, qui fuyuroyent toufiours fon camp,& fi les garderoit, que les ennemis ne les peuffent enuironner par derriere, tellement que ne les pouuans affail lir que par deuant, ils n'auroyent point d'auantage fur eux. Ainfi comme Craflus eftoit apres à cófulter& deliberer fur cela, il vint à luy vn Capitaine d'Arabes, nommé* Ariamnes, homme fin& Appian le cauteleux, qui fut le principal& le plus grand de tous les mal- nome Achar heurs, que la fortune alfembla lors en vn mefme temps, pour faire rus. trebufcher Craffus en miferable ruine: car il y auoit quelques vns de ceux, qui parauant auoyent efté en ces pays- là à la guerre fous Pompeius, qui le conoiffoyent bien,& fachans que Pompeius luy auoit fait quelques plaifirs, cuidoyent que pour cela il fut demeuré bien affectionné enuers les Romains: mais il auoit efté lors pratiqué& attiré par les Capitaines du Roy des Parthes, auec lefquels il auoit intelligence pour abufer Craffus,& tafcher à le sirer le plus arriere qu'il pourroit de la riuiere& du pays boflu, Difon tant ys de Coit la ent de mp ant al e reund en * 60 MARCVS CRASSVS Celvrens le F dugueld ano delanieya Jestorant pour he les moy An outre Pefpon cile à furp ayant lors pour le ietter en pays de campagne infinie, où on le peuft enuélop per de tous coftez auec la cheualerie: car ils ne vouloyent rien moins qu'aller choquer de front les Romains à coups de main. Ce Barbare donc eftant venu deuers Craffus, commença à haut Jouer Pompeius comme fon bienfaiteur( car il eftoit auec tout le refte vn beau parleur)& magnifiant l'armee de Craffus, le reprenoit de ce qu'il alloit ainfi tirant les chofes en longueur, en dilayant& confumant le temps à faire fes preparatifs, comme s'il euft befoin d'armes,& non de pieds& de mains affez habilles& viftes contre des ennemis, qui de long temps ne penfoyent à autre chofe, qu'à prendre les plus cheres perfonnes,& plus precieux meubles qu'ils euflent, pour s'enfuir à tout és deferts de la Scy- b thie, ou de l'Hyrcanie.Mais encore fi vous penfiez, difoit- il, auoir à les combatre, la raifon voudroit que vous vous haftiffiez de les aller donc trouuer, autant que le Roy euft mis toutes fes forces enfemble.car pour le prefent vous n'auez en tefte que Surena& Syl laces deux de fes lieutenans, qu'il a iettez au deuant de vous pour vous amufer,& engarder que vous ne le pourfuyuiez; mais quant à luy, il ne comparoiftra point. Tout cela eftoit faux, pource que Hyrodes ayant dés le commencement diuifé fes forces en deux, luy auec vne partie alloit deftruifant le royaume d'Armenie pour fe venger du Roy Artabazes,& auoit enuoyé Surena à l'encontre des Romains, non qu'il le fift à mon aduis, par maniere de mefpris, comme quelques vns ont voulu dire, pource qu'il n'eft pas vray- femblable, qu'il defdaignaft de fe trouuer en bataille contre Craffus, qui eftoit l'vn des principaux hommes de la ville de Rome,& qu'il trouuait plus honorable d'aller faire la guerre à Artabazes en Armenie, ains me femble, qu'il e faifoit expreffément pour euiter le plus apparent danger, fe tenant cependant au loin, où il peuft à feureté regarder& attendre ce, qui en aduiendroit, & qu'il enuoya deuant Surena pour tenter la fortune du combat, & auffi pour diuertir les Romains: car Surena n'eftoit point homme de baffe ou petite qualité, ains le fecond des Parthes apres le Roy, tant en nobleffe, qu'en richeffe& en reputation: mais en vaillance, fuffifance& experience au fait des armes, le premier perfonnage qui fuft de fon temps entre les Parthes,& au demeurant en graudeur& beauté de corps, ne cedant à nul autre. Quand il marchoit par les champs auec fon train feulement, il auoit bien toufiours mille chameaux à porter fon bagage,& menoit deux cens chariots de concubines,& d'hommes d'armes armez de toutes pieces mille,& d'autres armez à la legere encore dauantage, de forte qu'il faifoit en tour de fes fuiets& vaffaux plus de dix mil le cheuaux. Il auoit par fucceffion hereditaire de fes anceftres le priuilege de mettre le premier le bandeau royal ou diademe, à l'en tour de la tefte du Roy, quad il eftoit declaré Roy& fi auoit outre cel re le men eurent le qu'ils ent uant,& quelcom difcerne ce du che Bear rea qu'ils ne mais da qu des i Cours fon c ils co aduer les pla toufio Z I m yent re de man aa hast ec tout le le repre endimme s'il billes& recieux La Sey aoir ez de les rces en& Syl s pour quant eque deux, pour Con mef At pas ontre eRo Ar dro mbat hom MARCVS CRASS VS. 6% cela remis le Roy Hyrodes, qui regnoit pour lors, en fon royaume duquel il auoit efté dechaffé:& luy auoit conquis la grande cité de Seleucie, ayant eflé le premier qui auoit monté fur les murailles,& ayant renuerfé de fa propre main ceux qui les defendoyent. Et combien qu'il n'euft pas encore pour lors trente ans, fi eftoit- il tenu pour homme tref- fage, de bon fens& de bon confeit, qui furent les moyés parlefquels il desfit Craffus, lequel par fon audace & fon outrecuidance du commencement,& depuis par la crainte & l'efpouuahtement où le reduifirent fes mal- heurs, fe rendit facile à furprendre,& expofé à tous aguets.Parquoy le Barbare luy ayant lors fait croire tout ce qu'il voulut, en l'efloignat de la riuie re le mena par le trauers de la plaine, là où du commencement ils eurent le chemin affez beau, mais puis apres fort mauuais, pource qu'ils entrerent en des fablons ou leurs pieds enfon droyet bien a- uant;& en des campagnes rafes, où il n'y auoit, ny arbres, ny éaux quelconques,& dont on ne voyoit fin ne borne aucune, qu'e peuft difcerner a l'œil, de forte que non feulemet la foif& la mal- aifar ce du chemin trauailloit les Romains, mais auffi le defconfort de leur veue, qui n'auoit à quoy s'arrefter, les defcourageoit à caufe qu'ils ne voyoyet ny pres, y loin, ny arbre, ny riuiere ou ruiffears ny coftau de montagne, ny herbe ou plante verdoyante, ains à par ler proprement vne mer infinie d'arenes defertes de tous coftez de leur camp.Cela comença à les faire douter qu'ils eftoyent trahis: mais quand auec cela il leur vint nouuelles d'Artabazes, quimada qu'il eftoit detenu en fon pays par la groffe guerre, que Hyrodes luy faifoit, à l'occafion de laquelle il ne pouuoit enuoyer le fecours qu'il auoit promis, mais qu'il cofeilloit à Craflus de tourner fon chemin vers Armenie, afin que leurs forces iointes enfemble, ils combatiffent le Roy Hyrodes: finon à tout le moins qu'il fuft aduerty de marcher toufiours,& fe camper en pays boffu, fuyant les plaines& lieux où la cheualerie fe peut aider,& s'approchant toufiours des montagnes- A cela Craflus par fa folie ne voulut rie referire, ain's refpondit de bouche feulement en cholere, que pour lors il n'auoit pas loifir d'entendre au fait des Armeniens: mais q puis apres il iroit en Armenie, pour fe veger de la trahyfon qu'Ar tabazes luy faifoit.Si fut Caffius derechef fort courroucé de cefle refponfe: mais pource qu'il voyoit que Craffus ne prenoit pas en bone part, ce qu'il luy en difoit, il ne luy en voulut plus rienremo frer: mais tirant à part ce Capitaine d'Arabes, Ariamnes, le tanfa aigrement en luy difant: O mal- heureux& mefchant q tu es, quef malin efprit t'a amené vers nous,& par quels charmes& forcelle ries as- tu fi bie feu enchater Craffus, q tu luy ayes perfuadé de ve nir ietter fo armee en ceft abyfme de defert,& prédre chemin qui mieux eft cóuenable à vn Arabe Capitaine de larros, qu'à vn Ca pitaine general du peuple Romain? Le Barbare eftat home caut& es le ail Der ant dil en UX - age, x mil tres le 62 MARCVS, CRASSVS. malicieux, parlant tout doux le reconfortoit,& le prioit d'auoi encore vn peu de patience,& en allant& venant au long des bandes, faifant femblant d'aider aux foldats, leur difoit par maniere de rifee, le croy, compagnons, que vous cuidez cheminer par la campagne de Naples,& voudriez bien trouuer les beaux ruiffeaux& frefches fontaines, les petits boccages, les bains naturels, & les bonnes hoftelleries, qui font à l'étour, pour vous refrefchir, & ne vous fouuenez pas que vous trauerfez les deferts des confins de l'Arabie,& de l'Affyrie, Voila comment ce Barbare alloit entretenant les Romains pour vn temps: mais depuis auant qu'il fuft notoirement defcouuert pour traiftre, il deflogea de bonne heure, toutefois encore fut ce du fceu& confentemét de Craflus, auquel il donna à entendre, qu'il iroit braffer quelque trouble& tumulte au camp des ennemis. On dit, que ce iour- la Craffus fortit de fa tente auec vne robbe noyre, non point rouge, comme eft la couftume des Capitaines Romains: toutefois s'en eftant aduifé il la changea incontinent;& dit- on plus, que ceux qui portoyent les enfeignes, eurent beaucoup à faire à en arracher les baftons, cant ils eftoyent fichez auant en terre, quand il fallut partir: dequoy Craffus fe moquant, les haftoit encore d'aller, contraignant les gens de pied de marcher auffi toft comme la gendarmerie, iufques à ce qu'il retourna quelque peu des coureurs, qu'on auoit enuoyez deuant pour defcouurir, lefquels rapporterent, que tous leurs autres compagnons auoyent efté desfaits par les ennemis,& qu'eux auoyent eu beaucoup d'affaire à fe fauuer de leurs mains, & qu'ils s'en venoyent en grand nombre, bien deliberez de leur donner la bataille.Cefte nouuelle eftonna tout le camp: mais Craf fus s'en trouua encore plus eftonné que nul autre, fi commença à ranger fes gens en bataille, n'ayant pas le fens bien raffis de hafte & d'effroy qu'il auoit: fi fit les rangs clairs du commencement, ran geant les foldats en quarré aflez loin l'vn de l'autre, afin d'occuper le plus qu'il pourroit de la plaine, pour engarder que les ennemis ne le peuffent enuelopper, fuyuant l'aduis& le confeil de Caffius,& departit ce qu'il auoit de gens de cheual fur les deux ai les: mais depuis il changea d'opinion,& eftroiffit la bataille de fes gens de pied en forme de brique, plus longue que large, faifant front& monftrant vifage de toutes parts: car il y auoit douze cohortes en file à chafque cofté,& au long de chafque cohorte vne compagnie de gens de cheual, afin qu'il n'y euft aucun endroit, qui neuft le fecours de la cheualerie tout preft,& que de tous cofter fa bataille en fut egalement remparee: puis en donna vne pointe à conduire à Caffius, l'autre à fon fils Publius Craffus,& luy fe mit au milieu, en laquelle ordonnance ils marcherent tant qu'ils arriuerent à vn ruiffeau nommé Balliffus, qui n'eft pas grand,& où il n'y a pas beaucoup d'eau, mais qui vint neantmoins bien à point aux moyen da troarfe demi cam come les bed comb mat Have que l thez qua lans dela Foudroyen rengs puis par tout.c pas my ar bataille, mis, qui grand no car quant fplendeur & des pea presle premiere pasa co rons, a tour de ries de femble du rug tonner imens, delic prioit d'a ong des b par man miner park beaux ru ns naturel refrefchi s des con arbare alloit auant qu'il a de bonne de Craffus, trouble& Cralus or comme eft ant aduife portoyen baftons, tir: deignant merie, nauoit me tous emis,& mains de leur ais Cra mença ent, ta 200 נף. les en feil de Beux ai de fes ailant e covne qui tez MARCVS CRASSV S. endurees 63 aux foldats pour la grande foif& les grandes chaleurs, qu'ils a- Moyent par chemin fi penible, où ils n'auoyent point trouué d'eau.Si furent la plufpart des Capitaines d'opinio, qu'on deuoit là camper& y paffer la nuit, afin de pouuoir cependant re conoiftre les ennemis le plus qu'on pourroit,& fauoir quel nombre de combatans ils eftoyent,& en quel equipage, pour le lendemain au matin les aller trouuerimais Craffus fe laiffant aller à l'in ftance que luy faifoyet fon fils& les hommes d'armes, qu'il auoit amenez quand& luy, qui le preffoyent de faire marcher l'armee, & fans delay aller charger l'ennemi, il commanda, que ceux qui voudroyent repaiftre, repeuflent tout debout fans bouger de leurs rengs: puis tout foudain, auant que ce mandement peut eftre allé, par tout, commanda derechef, qu'on marchaft, non point le petit pas ny à repofees, comme il faut faire, quand on va donner vne bataille, ains vifte& roide, iufques à ce qu'on apperceur les ennemis, qui de prime face ne femblerent pas aux Romains eftre en fi grand nombre, n'en fi braue equipage comme ils auoyent eftimé: car quant à la multitude, Surena l'auoit expreffement couuerte de quelques troupes qu'il auoit iettees deuant,& pour cacher la fplendeur de leurs harnois leur auoit fait ietter des habillemens & des peaux de beftes par deflus leurs armes.Mais quand ils furet pres les vns des autres,& q le figne de chocquer fut leué en l'air, premierement ils remplirent toute la campagne d'vn bruit efpou uantable& terrible à ouyr, pource que les Parthes ne s'incitent pas à combatre par le fon des cornets, ny des trompettes& clairons, ains ont de gros tabourins de cuyr creux par dedans, à l'entour defquels ils attachent des fonnetes& autres quinquailleries de leton, puis fonnent auec cela de plufieurs coftez tous enfemble, dont il en fort vn bruit fourd, qui femble propremět mefle du rugiffement de quelque befte fauuage& du fon effrayable du tonnerre, entendans tref- bien que l'ouye eft celuy de tous les fen timens, qui plus promptement& plus viuement emeut l'ame& les paffions d'icelle,& plus foudainemét fait fortir l'homme hors de foy. Eftans donc ia les cours des Romains effrayez de ce fonla, les Parthes tout à vn coup ietterent à bas les couuertures qu'ils auoyent mifes par deflus leurs harnois,& adonc fe monftretét- ils flamboyans auec leurs armets& cuyraffes de fer Margien bien fourby, qui eftincelle& reluit comme feu,& leurs cheuaux femblablement bardez de bardes de fer& de cuyure, mefmement le Capitaine en chef de toute leur armee, Surena, qui eftoit le plus bel homme& le plus grand detout fon oft,& eftimé auffi hardy & auffi vaillant de fa perfonne, qu'il y en euft point, encore que la delicatele de fa beauté, qui tenoit vn peu de l'effeminé, ne pronift pas vne telle fermeté de courage, pource qu'il fe fardoit le vi fage,& portoit les cheueux mefpartis en greue à la guife des ointe fe mit s arm & l 25 64 MARCVS CRASS VS. chargeles e toutes parts point de la Che po deque pridanes pour aller c aur, foit cuns dife nife, pour fon pere jeune Cra qua& bri Medoys, combien que les autres Parthes laiffafient encore croiftre leurs cheveux à la mode des Tartares, fans les agencer ny pi gner aucunement pour en eftre plus effroyables à voir à leurs enmemis.Si auoyent du commencement propofé de charger les Romains auec leurs bourdons, pour effayer de fendre& ouurir leurs premiers rangs: mais quand ils virent de pres la profondeur de leur bataille fi bien ferree,& où les hommes eftoyent plantez fi fermes& de pied coy, ils reculerent arriere:& là où il fembloit, qu'ils fe vouluffent efcarter, desbander& mettre en route, on fut Toutesbaby, qu'on apperceut au contraire, qu'ils le faifoyent pour enuelopper leurs ennemis de toutes parts. Si commanda Craflus à fes gens de trait& armez à la legere, qu'ils fiffent vue faillie fur eux, ce qu'ils firent: mais ils n'allerent pas guere loin, car ils furent foudain accueillis& enferrez de tant de coups de flefches, qu'ils furent contrains de fe ietter derechef fous le couuert de leurs gés armez: ce qui fut le commencement du trouble& de l'effroy, quand les Romains virent la violence& la fauflée grande, que fai foyent ces coups de flefchés des ennemis, qui rompoyent leurs ar mes,& percoyent tout ce qu'ils rencontroyet, autant le dur que le sendre. Adonc les Parthes fe tenans vn peu arriere, commencerēt à defcocher de loin tous enfemble de tous coftez, fans vifer à poin& nommé, pourautant que la bataille des Romains eftoit fi preffee,& leurs rangs fi ferrez, que quand ils euffent voulu, ils ne euffent feu faillir à en affener quelqu'vn, fi donnoyent de merueil Jeux coups de fagettes auec leurs arcs, qui eftoyent grads& forts & qui par la grandeur de leur tour, quad on les enfonçoit à point, chaffoyent la flefche auec vne roideur& impetuofité merueilleu fe.Au moyen dequoy les Romains fe trouuoyent defia en mauuais termes: car s'ils demeuroyent en leurs rangs, ils y eftoyent griefue mment naurez,& s'ils en cuidoyent fortir pour aller ioindre de pres & chocquer l'ennemi, ils trouuoyent, qu'ils ne luy pouuoyent non plus faire de dommage,& en receuoyet tout autant pource qu'au pris qu'ils approchoyent, les Parthes s'en fuyoyent,& fine laifToyent pas de tirer toufiours en fuyant: car ils le fauent faire mieux que gens du monde apres les Scythes:& eft bon fens à eux, pourautant que en fe fauuant de viftefie, ils combatent toufiours, & par ainfi oftent l'infamie à leur fuyte. Si fouftindrent toutefois les Romains,& endurerent tant, qu'ils eurent efperance que les Parthes, apres auoir defpefché toutes leurs flefches, cefferoyent de combatre, ou bien viendroyent aux coups de main: mais quand ils entendirent, qu'il y auoit gräd nombre de chameaux tous char gez de flefches là où les premiers qui auoyent tiré, faifans le tour en alloyent prendre de nouuelles, adonc Craffus voyant qu'ils n'en auroyent iamais le bout, commença à perdre le courage,& enuoya deuers fon fils, luy mandant qu'il s'efforçaft de ioindre& charger Megabac hardy for Cras d celle troup son plus of courage pource nerent leur vi que l ue les droyen vne tel ces,& e fans te uers daua core of leurse urir le fondeur de plantezi emblo te, on fur yen poun Crafus faillie furt ls furent mes, qu'ils leursges Peny que ta leurs a que le ncerét vilerà ftoit fi ils ne merueil & fort a point mater des MARCVS CRASSVS. 65 charger les ennemis, auant que par eux ils fuffent enveloppez de toutes parts: car c'eftoit de fon cofté principalement, que l'vne des pointes de la bataille des ennemis s'approchoit le plus pres,& le cheualoit pour l'enuironner par derriere. Parquoy le ieune Craffus prenant auec foy treze cens cheuaux, dont les mille eftoyent de ceux, que Cæfar auoit enuoyez,& cinq cens hommes de trait, auec huit enfeignes de gens de pied portans boucliers, les plus prochaines de l'endroit où il eftoit, s'eflargit vn petit en tournoyat pour aller chocquer ceux qui le cheualoyent, lefquels le voyans venir, foit, ou qu'ils fe fuffent rencontrez en vn marets, comme aucuns difent, ou plus toft que malicieufement ils vfaffent de cefte rufe, , pour attirer ce ieune homme le plus loin qu'ils pourroyent de fon pere, tournerent bride& fe mirent en fuyte: quoy voyant le jeune Craffus s'efcria tout haut, Ils ne nous attendront pas,& picqua à bride abbatue apres: auffi firent quand& luy Cenforius& Megabacchus, l'vn Senateur Romain& homme eloquent, l'autre hardy, fort& vaillant de fa perfonne, tous deux familiers amis de Craffus,& prefque de fon aage. Ainfi eftans les gens de cheual de celle troupe attirez à la pourfuyte, ceux de pied ne voulurent pas non plus demeurer derriere, ny monftrer qu'ils euffent moins de courage, ny moins de ioye ou d'efperance: car ils cuidoyent bien auoir ia tout vaincu,& ne faire plus que chaffer iufques à ce, que quand ils fe furent bien efloignez, ils apperceurent la tromperie: pource que ceux qui faifoyent femblant de fuyr deuant eux, tour nerent vifage tout court,& d'autres encore en plus grand nombre leur vindrent courir fus.Si s'arrefterent de pied coy auffi, penfans que les ennemis voyans qu'ils eftoyent ainfi peu de gens, les vien droyent charger à coups de main: mais ils leur mirent au deuant vne tefte de leurs hommes d'armes bardez& armez de toutes pię ces,& efpandirent leurs cheuaux legers çà& là à l'entour d'eux, fans tenir ordonnance: lefquels en cheuauchant& voltigeant par my la plaine, remuerent les monceaux de fable iufques au fond, dont il fe leua en l'air vne pouciere fi merueilleufe, que les Romains ne fe pouuoyent pas à peine entreuoir ny parler enfemble: ains eftans ferrez en peu de lieu,& s'entre- preffans les vns les au tres, eftoyent naurez à coups de flefches,& mouroyent d'vne mort, qui n'eftoit point aifee ny foudaine, ains crioyent d'angoiffe, pour la deftreffe de douleur, qu'ils fentoyent,& en fe tourmentant & tournant deffus le fable, rompoyent les flefches dedans leurs playes: puis en tafchant à arracher à force les pointes barbelees, qui auoyent penetré au dadans de leurs corps bien auant, à trauers les veines& les nerfs, ils venoyent à defchirer leurs playes dauantage,& confequemment à fe perdre& affoler eux mefmes: fi y en auoit beaucoup qui mouroyent en ce martyre,& ceux qui ne mouroyent pas, demeuroyent inutiles à fe defendre.Et comme qu' faire à eux, Hours efois cles ent and char le tour qu'il 66 MARCVS CRASS VS. de te deliber quinis pa Learnfundir que por crain parlamour culines,& ader de manda à fon by prefenta us Megab Publius Craffus les priaft& enhortaft de donner dedans les hom mes d'armes bardez, ils luy monftroyent leurs mains coufues à coups de flefches auec leurs pauoys,& leurs pieds femblablemet percez de part en part,& attachez à la terre, de forte qu'ils n'euffent feu ny s'enfuyr, ny fe defendre.Parquoy luy- mefme encoura geant fes ges de cheual, les alla chocquer auec eux,& les chargea bien vigoureufement, mais c'eftoit au c trop de defauantage, tant à offenier, qu'à fe defendre pource que luy& fes gens frappoyent auce des zauelines foibles& leger s fur de fortes cuiralles de bon acier ou de gros cuyr:& au contraire les Parthes auec forts& puiffans bourdons chargeayent deflus les Gauloys, qui quoyent Jes corps nuds, ou fort legerement armez. C'eftoyent ceux aufquels le jeune Craffus fe fioit le plus, comme ceux auec lefquels il faifoit de merueilleufes proueffes car ils empoignoyent à belles mains les bourdes des Parthes,& les embraffans corps à corps, les jettoyent de deflus leurs chevaux en terre, ià où ils demeuroyent tous cftendus fans fe pouuoir remuer pour la pefanteur de leurs armes,& plufieurs y en auoit, qu laifioyent leurs cheuaux,& fe jettoyent fous les ventres de ceux des ennemis, qu'ils percoyent à coups d'efpee.Les cheuaux de la douleur bondiffoyent en l'air, & foulans aux pieds leurs maiftres& leurs ennemis pefte mefle tomboyent morts en la plac Et fi y auoit dauantage, que la chaJeur& la foif trauailloit fort les Gauloys, qui n'auoyent point accoutumé d'endurer ny I'vne ny l'autre:& y demeura auffi la plus grande partie de leurs cheuaux, qui en courant de toute leur puiffance contre les hommes d'armes des Parthes s'enferroyent euxmefmes des pointes de leurs bourdons.Si furent à la fin contrains de fe retirer deuers leurs gens de pied, ayans au milieu d'eux Publius Craffus qui fe trouuoit defia fort mal des playes, qu'il auoit receues. Et voyans affez pres d'eux vne mote d'arenes vn peu releuee, tirerent celle part, ou ils attacherent leurs cheuaux au milieu,& enclouyrent le pourpris de la mote auec vne haye qu'ils firent de leurs targes& pauoys,& cuidans par ce moyen.fe couurir& defendre mieux des Barbares, mais il leur en aduint tout au contraire pource qu'en pays vny& plain, ceux des premiers rangs Couurent aucunement ceux de derriere, mais là, ceux de derriere fe trouuans toufiours plus hauts que ceux de deuant, pour la natu re de la mote qui fe releuoit au milieu, ils ne pouuoyent aucunement efchaper, ains eftoyent tous attains egalement autant lesvns que les autres, regrettans leur mifere& malheur, de ce qu'il leur falloit ainfi pourement mourir fans auoir moyen de faire fentir leur valeur à leurs ennemis.Or y auoit- il lors auec Publius Craf fus deux Grecs de ceux, qui habitent en celle marche, en vne ville appellee Carres,& fe nommoit Pvn Hieronymus,& l'autre Nico machus;& ceux- la confeillerent à Publius Craflus, qu'il eflayaft de fe frent les pl autres qu les perce dy en eur couperent Contre le mande f bien loun enleur gro faiforeca apres les a coka tourne uoyé p dre don & les de nouvelle fecour Craffus Ivne de l alar d'va leur Pourc dans let uns coul mblable qu'ils d'e me encount les charge antage, tam strappy ralles de boa auec forts& quavoyent nt ceux auf uec lequels went a belles a corpsles meuroyes r de leurs us,& ercoyens tenlair, I mele la cha point ac CG la pl leur p oyent contra deurk qutax vn pas MARCVS CRASSVS. 67 de fe defrober auec eux,& s'en fuyr en vne ville nommee Ifchnes, qui n'eftoit pas loin de là,& tenoit le party des Romains: mais il leur refpondit, qu'il n'eftoit point de fi cruelle mort au monde, que pour crainte d'icelle il vouluft abandoner ceux, qui mouroyec pour l'amour de luy.Cela dit, il leur confeilla, qu'ils aduifaffent à eux fauuer,& en les embraffant leur donna congé:& luy ne fe pou uant aider de la main qu'il auoit percee d'vn coup de flefche, cómanda à fon efcuyer, qu'il luy donaft de l'efpee à travers le corps, Buy prefentant le flanc. On dit que Cenforinus en fit tout autant: mais Megabacchus fe tua luy- mefme de fa propre main,& auffi firent les plus gens de bien, qui fuffent en la troupe:& quant aux autres qui demeurerent, les Parthes montans contremont la mote les percerent en combatant auec leurs lances& bourdons,& n'y en eut point plus de cinq cens de pris prifonniers. Cela fait, ils couperent latefte à Publius Craffus,& s'en retournerent auffi toft contre le pere, lequel eftoit lors en tel eftat: Apres qu'il eut commandé à fon fils, qu'il chargeaft les ennemis,& qu'il y eut quelqu'en qui luy rapporta, qu'il les auoit rompus,& qu'il les chaffoit bien loin, ioint qu'ilapperceuft que ceux, qui eftoyens demeurez. en leur groffe bataille, ne le prefloyent pas fivitement, comme ils faifoyent auparauant, à caufe qu'vne bonne partie eftoit couruë apres les autres, il commença a reprendre vn peu de courage,& tenant fes gens ferrez, les recira le mieux qu'il peut au long d'vn coftau, efperant toufiours que fon fils ne demeureroit guere à retourner de la chaffe.Mais Publius fe voyant en danger, auoit enuoyé plufieurs meflagers deuers fon pere, pour le luy faire enten dre, dont la plus part toba és mains des Barbares, qui les desfirët: & les derniers eftans efchappez à grande peine, luy apporterent nouuelles commefon fils eftoit perdu, fi promptement il n'eftoit fecouru,& encore auec vne groffe puiffance.Ces nouuellesouyes, Craffus fe trouua en grande' deftreffe de deux diuerfes paffions. Pvne de la crainte, fe voyant en danger de perdre tout,& l'autre de defir qui le tiroit à vouloir aller fecourir fon fils: de forte qu'il ne voyoit plus rien en fes affaires, auec la lumiere de raifon: fife refolut- il à la fin de mener toutes fes forces, pour tafcher à te fecourir: mais far fes entrefaites arriuerent les ennemis retournans de fa desconfiture, auec vn bruit& vn cry de victoire plus efpouuantable que iamais:& ouyt- on incontinent tout à Pentour bruire& tonner vn grand nombre de tabourins. Si s'attendoyent bien les Romains d'auoir tout incontinent vne autre alarme: mais ceux qui portoyent la tefte de Publius fichee au bout d'vne lance, s'approchans pres d'eux, la leur monftroyent, en leur demandant par vne maniere d'outrageufe moquerie, s'ils conoiffoyent la maifon, dont il eftoit,& qui eftoyent fes parents; pource qu'il n'eft pas vray- femblable( difoyent- ils) qu'v aye qo's nde co it cout rs rang derriere la natu cune lesvas il leur re fenti lius Cal vne nill re Nico Waliyal c ij MARCVS CRASS VS. 68 fi gentil& fi vaillant ieune homme foit fils d'vn fi lafche& fi cod ard perc, comme eft Craffus.Cefte veue abbatit& fit perdre le cou rage aux Romains, plus que nul autre danger qn'ils euffent enco re effayé en toute la bataille: car elle ne leur enflamma point vn courroux en leurs coeurs, qui les aiguillonnaft à en vouloir faire la vengeance, comme il eftoit conuenable, ains leur engendra vn tremblement& vne frayeur, qui les amortit de tout point:' combien que Craffus fe monftraft plus vertueux en ceft accident, que il n'auoit encore fait en toute celle guerre: car cheuanchant au Yong des bandes, il alloit criant tout haut, C'eft à moy feul, que touche le dueil& la douleur de cefte perte: mais la grandeur de la fortune& de la gloire de Rome demeure inuincible en fon entier, tant comme vous ferez fur vos pieds: toutefois fi vous auez, aucune compaffion de moy, pour m'auoir veu perdre va fi vaillat & fi vertueux fils, ie vous fupplie, que vous la vueilliez monftrera en la conuertiffant en ire contre vos ennemis: faites leur cher ache ter la ioye, qu'ils en ont receue, prenez vegeance de leur cruauté, & ne vous eftonnez point par mal- heur, qui me foit aduenu: car il eft befoin, que ceux qui afpirent à chofes grandes, fupportent auffi aucunefois quelque perte. Lucullus n'a pas desfait Tigranes, ny Scipion Antiochus, fans qu'il leur ait coufté du fang. Nos predeceffeurs perdirent iadis mille nauires à plufieurs fois, auant qu'ils euffent affeuré la conquefte de la Sicile,& plufieurs armees& Ca pitaines generaux en Italie, pour la perte defquels ils n'ont pas Jaiffé depuis à venir au deffus de ceux, qui les auoyent au parauant desfaits: car l'empire de Rome n'eft point venu en celle gran deur de puiffance, où il fe trouue maintenant, par heur& faueur de la fortune, ains par patience és trauaux,& conftance és aduerfitez, fans iamais fuccomber ny fe rendre aux dangers.Craffus fai fant ces remonftrances aux foldats pour les encourager à bien fai re, n'apperceuoit point, qu'ils s'en efmeuffent dauantage, ains au contraire, ayant commandé qn'on criaft le cry de la bataille, il co neut a donc clairement, qu'ils eftoyent efpris de frayeur, pource que la clameur, que ietta fon armee fut foible, baffe& inegale, comme non procedente de tous egalement.Là où à l'oppofite, celle des Barbares fut grande, forte& braue. Puis quand fe vint à mettre la main à l'œuure, les archers à cheual des Parthes enueloppans les Romains fur les ailes, leur retirerent en flanc vne infinité de flefches: mais les hommes d'armes leur donnans de front auec leurs gros boundons, les contraignirent de foy ferrer en peu de lieu, exceptez quelques vns, qui plus toft que d'eftre tuez à coups de flefches, prirent la hardieffe de fe ieter à la defefperee a trauers eux, où ils ne leur pouuoyent pas faire grand dommage, & eftoyent bien toft abbatus morts à grand coups de leurs groffes lances, qu'ils leur paffoyent de part en part à trauers le corps . fer& enfileres de que temps Bien otroge delmenter boyant plas qu'on luy Romains, an& au refaifant qui trefpa in chacu qu'il ne s demain, min à tra toyent quand& Toyent pa lear parte tant a ne, ma Cono quelle ceder dire, e qu'on le Si le vo nans,& ale vo arto les fro erdre le udent en ma point aloir faire engendra oind.com ccident, qu anchant a yeady que grandeur de e en fon envous avez va fi vallat montrer cher ache r cruauté enu: car tent aul anes, ny sprede nt qu'ils es& C n'ont pa au par celle ga & fa és a illed r, poure negal fire, cel vint senuene in front еп рец e tuez efperti MARCVS CRASSVS. 69 fer& bois& tout, auec fi grande roideur, que bien fouuent ils et enfiloyent deux à la fois. Apres qu'ils eurent ainfi combatu quelque temps, la nuit furuint, qui les fit retirer, difans qu'ils vouloyés bien ottroyer celle nuict de refpit à Craflus, afin qu'il euft loyfir de lamenter& plorer la mort de fon fils, fi ce n'eftoit que pour uoyant plus fagement à fon affaire, il aimaft mieux pour fon falut s'en venir volontairement deuers le Roy Arfaces, que d'attendre qu'on luy menaft par force. Ainfi les Parthes fe logeans pres des Romains, eftoyent en grande efperance de les desfaire le lendemain:& au rebours les Romains eurent vne tref- mauuaife nuict, ne faifant conte ny d'enfeuelir les morts, ny de pencer les blecezz qui trefpaffoyent en grande deftreffe de douleurs: ains lamentoit vn chacun fa miferable fortune, pource qu'il leur eftoit bien aduis qu'il ne s'en fauueroit pas vn, s'ils demeuroyent là iufques au lendemain,& d'autre cofté, s'ils fe vouloyent mettre la nuict en chemin à trauers celle grande plaine infinie, leurs blecez les mettoyent en grande peine: car s'ils faifoyent conte de les emporter quand& eux, cela retardoit beaucoup leur fuyte:& s'ils les laif foyent, par leurs cris& clameurs ils aduertiroyent les ennemis de leur partement.Et combien que tous eftimaffent Craffus eftre cau fe principale de leur calamité, encore neant- moins defiroyent- ils voir fa face;& entendre fa parole: mais luy s'eftoit retiré à parta fans lumiere, gifant la tefte affulee, de peur de voir perfonne, feruant à la commune d'exemple de l'inftabilité& varieté de fortune, mais aux hommes fages& de bon iugement, d'inftruction pout conoiftre les effets de mauuais confeil,& de folle ambition, laquelle l'auoit tant aueuglé, qu'il ne fe pouuoit contenter de preceder tant de millions d'hommes, ains s'eftimoit, par maniere de dire, eftre le dernier de tous,& que tout luy defailloit, pourautant qu'on le tenoit inferieur& moindre que deux autres feulementa Si le voulurent pourtant faire leuer Octauius I'vn de fes lieutenans,& Caffius,& fe mirent en deuoir de le reconforter: mais à la fin le voyans fi affligé de douleur que plus n'en pouuoit eux- mefmes appellerent les Chefs des bandes& les Centeniers, auec lef quels is tindrent confeil, où il fut refolu, qu'il ne falloit aucunement là demeurer. Si firent de leur authorité partir l'armee, fans trompette& fans bruit du commencement: mais tantoft apres les naurez& malades, qui ne pouшoyent fuyure le camp, fentans que on les abandonnoit, fe pritent à efcrier& fe tourmenter de telle forte, qu'ils mirent tout le camp en grand trouble& en grand defarroy,& l'emplirent de cris, pleurs& lamentations, tellement que les premiers deflogez qui marcheyent, deuant en entrerent en effroy, cuydans que ce fuffent defiales ennemis, qui les reuinfent affaillir.Ainfi en tournant fouuent vifage& fe rangeant en batailLejou en chargeant fur des beftes de voiture les naurez qu'ils em ė išj MARCVS CRASSV S. Fai concil deux vent Arabes roya Charter fament.com Lena Ro querela el que de red'appor Tour& Lie pour en p cant fe de menoyent, ou bien en les defchargeant ils demeurerent en che min, exceptez trois cens cheuaux, qui arriuerent enuiron la minuict à la ville de Carres. Ignatius, qui les conduifoit, appella en langage Latin les gardes faifans le guet fur la muraille,& eux tuy ayan's refpondu il leur donna charge de dire à Coponius qui en eftoit gouuerneur, que Craffus auoit eu vne groffe bataille cotre les Parthes, fans leur dire autre chofe, ne leur declarer qui il eftoit,& cheuaucha tant, qu'il arriua au pont que Craffus auoit fait faire: par fe moyen fe fauua- il& ceux de fa troupe, mais aufsi fut- il griefuement blafmé d'auoir abandonné fon Capitaine: toutefois encore feruit à Craffus cefte parole, qu'il ietta ainfi aux gardes pour faire entendre à Coponius, lequel eftimant que cefte grande hafte,& ce propos fi court& fi confus, qu'il auoit ainfi dit en paffant, eftoit figne qu'il n'auoit rien de bon à leur dire, commanda incontinent à fes foldats, qu'ils priffent leurs armes, & fi toft qu'il entendit que Craffus s'eftoit mis en chemin pour retourner, il luy alla au deuat& le conduifit luy& fon armee en la ville. Or auoyent bien les Parthes apperceu le delogement des Romains,& neantmoins ne les atoyent pas voulu pourfuiure la nuit: mais le lendemain au matin entrans dedans le camp dont ils eftoyent partis, occirent tous ceux, qu'on y auoit laiffèz, qui n'eftoyent pas moins de quatre mille perfonnes,& en prirent à courfe de cheual plufieurs, qu'ils trouuerent efgarez& errans çà & là parmi les champs, entre lefquels il y eut vn des lieutenas de Craffus nommé Barguntinus, qui efcarta hors de l'armee quatre enfeignes toutes entieres qu'il eftoit encore nuit,& ayant failly le chemin fe retira deffus vne mote, là où les Parthes l'alleret affieger& le desfirent, quoy qu'il fe defendift vaillamment, luy& toute fa troupe entierement, exceptez vingt hommes, qui tenans leurs efpees nues aux poings, fe ietterent la tefte baiffee à trauers eux: de laquelle hardieffe ils furent fi esbahis, qu'ils s'ouurirent deuant eux,& les laifferet aller le pas vers la ville de Carres. Sur ces entrefaites vint vne fauffe nouuelle à Surena, que Craflus a- uec les principaux perfonnages de fon oft s'en eftoit firy,& que la multitude qui s'eftoit coulee dedans la ville de Carres, eftoit de gens ramaflez de toutes pieces, où il ny auoit pas vn feul home de qualité parquoy Surena penfant auoir perdu le couronnemet de la victoire,& toutesfois en eftât encore en doute, mais en voulant fauoir la verité certaine, à fin que ou il s'arreftaft à afsieger Ja ville de Carres, ou qu'il allaft apres Craffus, enuoya vn de fes truchemens pres les murailles de la ville, luy commandant qu'il apelaft Craffus, ou Cafsius,& qu'il leur dift, que Surena vouloit parlementer auec eux. Le truchement fit ce, qui luy eftoit commandé,& fut rapporté à Craflus, qui accepta la femonce:& peu apres arriuerent du camp des Barbares quelques foldats Arabes en lieu, mee deu aux Ro fus& C grace o ceffe tr dre a la furent fonne d ment one t enter Jeur Part y att mach deua Siles V 20 re plu qui erent en d uiron la oit, appella aille,& en Coponius qu bataille co eclarer quil rallus auoit pe, mais auli apitaine.tou ainfi aut nt que celte avoit ainfi à leur dire urs armes, emin pour armee en ement des fuiure la mp dont ez, qui rirent à Trans ça tenas de ee quatre ant failly alleret nt, luy quite à tra Duun rres St raffure que MARCVS CRASS VS. 11 qui conoiffoyent bien de veue Craffus& Cafsius, les ayans tous deux veux par plufieurs fois en leur camp auant la bataille. Ces Arabes voyans Cafsius deflus les murailles luy dirent, que Surena eftoit content de faire appointement auec eux,& les laiffer aller à fauuete, comme bons amis de fon maiftre, pourueu qu'ils quittaffent au Roy des Parches la Mefopotamie,& qu'il leur fembloit, que cela eftoit expedient pour l'vne& pour l'autre partie, plus toft de venir à l'extreme necefsité. Cafsus trouua l'ouuertute d'appointement bonne,& leur dit qu'il falloit donc afsigner iour& lieu auquel Craflus& Surena fe trouueroyent enfem ble pour en parler. Les Arabes refpondirent qu'ils le feroyent,& à tant fe departurent. Cela entendu Surena fut fort a fe de les auoir en lieu, cù il les peut afsieger: fi mena le lendemain toute fon armee deuant la ville, où les Parthes dirét mille outrages& iniures aux Romains, leur difans qu'il falloit qu'ils leur liuraffent Craffus& Cafsius pieds& poings liez, s'ils vouloyent auoir aucune grace ou apointement. Les Romains furent fort defplaifans de cefte tromperie,& dirent à Craffus, qu'il ne fe falloit plus attendre à la longue& vaine efperace du fecours des Armeniens, ains furent tous d'opinion de la fuite: mais qu'il ne falloit pas, que perfonne des Carreniens en feuft rien, iufques à l'heure du partement:& neantmoins Craffus le dit luy- mefine au plus defloyal& plus infidele, qui fuft en toute la ville nommé Andromachus, que il auoit encore choifi pour fa guide. Cetraiftre Andromachus fit entendre de poinct en point toute la refolution des Romains à leurs ennemis: mais pour autat que ce n'eft point la couftume des Parthes de iamais combatre la nuit,& qu'il eftoit mal- aifé de les y attirer,& que de l'autre cofté Craflus fe partoit la nuit, Andromachus eut peur que les Romains ne gaignaflent tant de chemin deuant, que les Parthes ne les peuffent pas r'attaindre puis apres. Si les conduifit malicieufement tantoft par vn chemin, tantoft par vn autre,& finalemet les alla ietter à trauers vn marets profond, par vn chemin où il y auoit force grads foffez,& où il falloit faire plufieurs tours& retours à grande peine pour en fortir, tellement qu'il y eut quelques vns de l'armee, qui commencerent à fe douter, que ce n'eftoit point à bonne fin, que ceft Andromachus les faifoit ainfi tourner& virer,& ne le voulurenr plus fuyure, ains s'en retourna Cafsius entre autres deuers la ville de Carress dont ils eftoyent partis,& comme fes guides, qui eftoyet Arabes, Quy confeillaffent, qu'il y demeuraft iufques à ce, que la Lune euft paffé lé figne du Scorpion, il leur refpondit: Mais ie crain encore plus celuy du fagittaire:& prit fon chemin le plus toft qu'il peut auec cinq cens hommes de cheual vers l'Affyrie. Il y en eue autres, qni ayans des guides fideles gagnerent vn pays de motagnes qui s'appelle Sinnaca,& fe retirerent en lieu de feureté aude & que la ftoit de home nemét YOUieger de fes t qu'il vouloit oit com e& pe Arter * Hijj 72 MARCVS CRASSV S. ders ces paro qui fomente periesiant parent- pou graaf roa animais le di aller quilles VO S'out pas ler aux en les appa quoir enc mit fer ueté ded pourroy pria de falut, an la pointe du iour,& pouuoyent ceux- la eftre enuiron cinq mille hommes, que conduifoit Octauius vn homme de bien. Mais le iour furprit Craffus, comme il eftoit encore en ces mal- aifez chemins, dedans les marets, où le traiftre Andromachus l'auoit expreffément conduit,& auoit auec luy quatre enfeignes de gens de pied portans boucliers& bien peu de gens de cheual,& cing fergens qui portoyent les haches& verges deuant luy, auec lefquels à grande peine& grand trauail il regaigna le droit chemin, que les ennemis eftoyent defia à fa queue,& ne s'en falloit plus qu'enuiron trois quarts de lieue, qu'il ne fut reioint à Odainus. Si gaigna de vifteffe vne mate, laquelle n'eftoit pas fi roide pour gens de cheual, ne fi forte comme les autres monts, qui s'appellent Sinnaques, au deffous defquels elle eft,& fe va coioindre à eux par vn long dos de coftau, qui paffe à trauers la plaine tellement que Octauius voyoit tout clairement le danger auquel eftoit Craffus.Si y courut d'amót luy- mefme le premier auec peu de fes gens, qui le fuyuirent du commencement: mais puis apres les autres, difans qu'ils feroyent bien lafches s'ils demeuroyent derriere, y coururent tous aufsi,& d'arriuee chargerent les Parthes, fi viuement qu'ils les firent retirer arriere de celle mote,& enfermas Craflits au milieu d'eux, le couurirent tout à l'entourauec leurs boucliers, difans magnanimemét, que iamais flefche des Parthes ne toucheroit à la perfonne de leur Capitaine, que premier ils ne les euffent tous tuez les vns apres les autres,& qu'ils combatroyent iufqu'au dernier foufpir pour le defendre: parquoy Surena voyant que les Parthes alloyét ia plus froidement en befongne qu'ils ne fouloyent,& que fi la nuit les furprenoit,& que les Romains peuflent gaigner les hautes montagnes, il feroit puis apres impofsible de les auoir, il péfa d'abufer Craffus par vne telle rufe: Il fit fous main lafcher quelques prifonniers, deuant lefquels il auoit expreffement fait tenir de tels propos: Que le Roy des Parthes ne vouloit point auoir vne guerre immortelle à l'écontre des Romains& qu'au contraire il defiroit pluftoft acquerir leur amitié par quelque grace notable, qu'il leur feroit, come en traitant Craflus humainement. Suyuant lefquels propos il fit rappeller fes gens du combat,& s'approchant luy- mefme en perfonne auec les principaux hommes de fon oft tout pacifiquement, fon are desbandé, il tendit la main droite,& appela Craffus pour parlementer d'appointement auec luy, difant que fi les Romains auoyent effayé les forces& la proueffe de fon Roy, c'auoit efté mal- gré luy, pource qu'il n'auoit peu moins faire que de foy defendre: mais qu'il defiroit lors de franche volonté leur faire conoiftre fa bonté, clemence& humanité, parce qu'il eftoit consent de faire paix auec eux,& les laiffer aller où bon leur femberoit à fauueré. Tous les autres Romains ouyrent fort volonqu'ils le парчет feuleme tres le roye Bee ment que mor main dece mote qui cenda Gree Pr S iron cinqu bien. Ma mal- aifez ch bus l'auoit e ignes de ge heual,& c Tuy, auec le le droit che me s'en falloit oint à Oda oit pas froide Va colondre ers la plaine anger auquel ier auec pea puis apres meuroyent tles Parmete,& entourafche des que pre& qu'ils me: parquoy ent en be most,& q feroit p mar voe Heuan ue le R acque MARCVS CRASS V S. 73 tiers ces paroles de Surena,& en furent tref- aifes: mais Craffus, qui fouuentefois s'eftoit trouué circonuenu par leurs rufes& troperies, ioint que lors il ne voyoit point, qu'il y euft d'occafion apparente, pour laquelle ils deuffent eftre ainfi foudainement changez, n'y vouloit point prefter l'aureille,& s'en confeilloit auec fes amis: mais les foldats fe prirent à crier à l'encontre de luy, qu'il y deuoit aller, iufques à l'iniurier,& luy dire outrageufes paroles, qu'il les vouloit bien expofer eux à la boucherie,& que luy n'auoit pas la hardieffe de defcendre pour aller feulement parler aux ennemis tous defarmez. Craffus effaya premierement à les appaifer par prieres, en leur remonftrant que s'ils vouloyens auoir encore patience, pour ce peu qu'il reitoit du iour, quand la nuict feroit venue, ils fe pourroyét tout à leur aife retirer en fauueté dedans les montagnes& lieux afpres, où les ennemis ne les pourroyent fuyure:& en leur wonftrant le chemin au doigt, les pria de ne vouloir point perdre le courage ny l'efperance de leur falut, attendu qu'ils en eftoyent fi prochains.Mais à la fin voyant qu'ils fe mutinoyent,& qu'en faifant bruire leurs armes ils le menaçoyent, s'il n'y alloit, adonc craignant qu'ils ne l'outrageaffent de fait, il fe prit à marcher deuers l'ennemi,& en fe retournant dit feulement ces paroles.Toy, Octauius,& toy, Petronius,& vous autres feigneurs Romains, qui auez charge en cefte armee, vous voyez coment on me cótraint, en defpit de moy d'aller où le vois, & eftes bons tefmoins, come on me force honteufement& violément: toutefois ie vous fupplie fi vous efchappez de ce danger, que vous difiez par tout où vous vous trouuerez, que Craffus eft mort, non pour auoir efté rendu& liuré par fes citoyens entre les mains des Barbares, comme ie fuis, mais pour auoir efté abufé& deceu par fes ennemis. O& auius ne voulut pas demeurer fur la mote, ains defcendit quand& luy: mais Craffus renuoya fes fergens, qui le fuyuoyét aufsi. Les premiers de la part des Barbares, qui luy vindret au deuant, furēt deux à demy Grees, lefquels defcendans de cheual luy firet la reuerence,& le faluans en langage Grec luy dirent, qu'il enuoyaft deuant quelques vns de fes gens, aufquels Surena monftreroit, que luy& ceux de fa fuitte venoyét fans armes. A quoy Craffus leur refpondit, que s'il euft fait eftat aucun ou conte de fa vie, il ne fe feroit iamais venu mettre entre leurs mains: toutefois il enuoya deuant deux freres, appellez Rofciens pour fauoir auec quel nombre de ges,& à quelle intétion ils fe trouueroyent enfemble. Ces deux freres ne furent pas pluftoft deuers Surena, qu'il les fit retenir,& luy cependant auec tous les Principaux perfonnages de fon armee cótinua fon chemin à cheual: puis quand il fut aupres de Craffus, Comment, dit il, qu'cft- ce à dire cela? vn Capitaine general du peuple Romain eft à pied,& nous fommes à cheual. Et quant& quant comanda à fes gens, it, come pos il f fme en fiqueraffus Ro auoit de foy faire tout con eur fe 74 MARCVS CRASS VS. qu'on luy amenaft próptement vne monture.Craffus liry refpou dit, qu'en cela ny l'vn ny l'autre d'eux ne faifoit faute de fuiure la couftume de fon pays, quandil eft queftion de fe trouuer enfemble pour parlementer d'appointemet Alors luy repliqua Surena, que quant à l'appointement il eftoit ia bien tout fait entre fe Roy Hyrodes& les Romains, mais qu'il falloit aller iufqu'à la riuiere, pour en reduire& mettre les articles par efcrit, pource que vous autres Romains ne vous fouuenez gueres bien des capitulations, que vous auez accordees. En difant ces paroles il luy tendit la main droite:& comme Craffus voulut enuoyer querir vn cheual, surena luv dit, il n'en eft point de befoin, car le Roy te fait prefent de ceftuy- cy,& aufsi toft luy en fut amené vn a- uec vn harnois doré.fur lequel les efcuyers le monterent incontinent,& fe mirent à la queue, en le batât pour le faire aller plus vifte.Ce que voyat O& auius, mit le premier la main fur la bride du cheual,& apres luy Petronius Capitaine de mille hommes dé pied, , puis tous les autres confequemment fe mirent à l'entour pour l'arrefter,& ofter par force d'aupres de Craffus, ceux qui le preffoyent deça delà. Si commencerent à s'entrepouffer les vns Les autres en courroux premierement, puis vindrent iufqu'à s'entre- frapper. Et adonc Octauius defgainant fon efpee, en tua le pale- frenier de l'vn de ces feigneurs Barbares, vn autre vint par derriere, qui tua O& auitis, Petronius n'auoit point de pauois,& ayant receu vn coup fur la cuiraffle, fe ietta de fon cheual à bas fans eftre bleffé,& d'vn autre colté vint vn Parthe nomé Pomaxathres qui occit Craffus: toutefois il y en a, qui difent que ce fut vn autre, qui le tua, mais que celuy- là luy coupa la tefte& la main, apres qu'il fut tombé mort à terre.Toutesfois ces chofes fe difent pluftoft par conie& ture que par certaine fcience: car quat à ceux qui y eftoyent, les vns furent tuez fur le champ en combatant à l'entour de Craffus, les autres fe fauuerent incontinent de vifteffe deffus la mote. Les Parthes les fuyuiret,& leur diret que Craffus auoit payé la peine, qu'il auoit meritee: mais au demeurat, que Surena mandoit aux autres, qu'ils defcendiffent à fauueté.Ce que les vns firent,& fe rendirent entre les mains de leurs ennemis: les autres s'efcarteret quand la nuit fut venue, dont il y en eut quelques vns, mais bien peu, qui fe fauuerent: les autres pourfuyuis& chaffez par les Arabes, furent tous mis à l'efpee, de maniere qu'on tient, qu'il mourut en toute cefté desfàite iufques au nombre de vingt mille hommes,& y en eut dix mille pris prifonniers.Au demeurat Surena enusya la tefte& la main de Craffus au Roy Hyrodes ufques en Armenie:& cependant fit courir le bruit iufqu'en la cité de Seleucie, qu'il amenoit Craffus vif, ayat dreffé vn equipage de monftre qu'il appelloit, par maniere de moquerie, fon Triophe: car il y auoit entre les prifonniers vri qu'on proapelloi ils baillerent Aumeiselpor taineble men pens& des by des Hane boarfe pende frai pitains cou ins des bir Ar la coua qui fe fail mais outr leur prod lez les M ils auove mé Ru fort out il diloite Doyent pa bien ado fear col 門 is co gue foye arme raigne mier floye fique, d ller en qua Su it entre fqu'ala pource es il luy querir le Roy névna incon Mer plus bride mes de entour quil S VnS s'enMARCVS CRASS VS. 77 quo appelloit Caius Patianus, qui reflèbloit fort à Craffus, auquel ils baillerent vne robbe de femme à la Barbarefque, l'ayas accou fumé à refpondre quand on l'appelloit Craffus, ou feigneur Capi taine: fi le menoyent deffus vn cheual, ayant deuant luy force tro pettes,& des fergens montez fur des chameaux qui portoyent deuant luy des faifceaux de verges liees auec des hafches,& y auoit force bourfes attachees aux verges,& desfteftes des Romains cou pees de frais attachees aux haches,& apres luy marchoyent des putains courtifanes& meneftrieres Seleucienes, qui alloyent cha tans des broquars& atteintes de moquerie par grande derifion, fur la couardife& lafcheté effeminee de Craflus. Et quant à cela qui fe faifoit ainfi publiquement, tout le monde le pouuoit voir: mais outre cela Surena ayant fait affembler le Senat de Seleucie, leur produifoit les liures impudiques d'Ariftides, qui font intitulez les Milefiaques, qui n'eftoit pas chofe fauffement fuppofee, car ils auoyent efté trouuez& pris entre le bagage d'vnRomain nomé Ruftius: ce qui donna grande matiere à Surena de fe mocquer fort outrageufement& vilainement des moeurs des Romains, que il difoit eftre fi defordonnez, qu'en la guerre mefme ils ne fe pou toyent pas contenir de faire& de lire telles vilenies. Si fembla bien adonc aux feigneurs du Senat de Seleucie, qu'AEfope auoit efté bien fage, quand il dit, que les hommes portoyent chacun& leur col vne befaffe,& que dedans la poche de deuat ils mettoyét les fautes d'autruy,& dedas celle de derriere leurs propres, quad ils confideroyent, que Surena auoit mis en la poche de deuant ce liure des diffolutions Milefiaques,& en celle de derriere vne longue queue de delices& voluptez Parthienes, qu'il trainoit apres foy en fi grand nombre de chariots pleins de concubines, que fon armee reflembloit par maniere de dire, aux viperes& aux mufaraignes: pource que le deuant,& ce qu'on y rencontroit de premier front eftoit furieux& efpouuantable, à caufe que ce n'eftoyent que lances, iauelines, arcs& cheuaux mais tout cela fe finiffoit puis apres en vne trainee de putains, d'inftrumens de Mufique, danfes, chanfons& banquets diffolus, auec courtifanes toute la nuit le ne veux pas dire que Ruftius ne fuft bien à reprendre: mais ie dis, que les Parthes eftoyent eux- mefmes bien def. hontez de blafmer ces liures des delices Milefienes, attendu que ils ont eu plufieurs Rois du fang royal des Arfacides, nez des courtifanes Ioniques& Milefienes. Pendant que ces chofes paffoyent, Hyrode's aucit defia fait appointement& alliance a- uec Artabazes le Roy d'Armenie, ayant fiancé fa foeur pour femme à fon fils Pacorus,& fe faifoyent P'vn à l'autre de grands ban quets& grands feftins, efquels il fe recitoit fouuent des poefies Grecques, pource que Hyrodes n'eftoit point ignorant de la lague,& Artabazes y eftoit tant exercité, que mefme il y compof Ja le par ,& bas Oma e fue fes fe Ce ne en Irde vif, 出版 LACOMP ets des men meichans hom reles was ent ais air de ca dieson is de roit ce moy chetan niquen 76 quelques Tragedies, quelques oraifons& quelques hiftoires, doe les vnes funt encore en eftre iufques auiourd'huy: mais le foir que la tefte de Craffus fut apportee; les tables eftoyēt defia leuées,& y auoit vnioueur de Tragedies nommé Iafon, natif de la ville de Tralles, qui recitoit de la Tragedie des Bacchates d'Euripides le paffage, où il parle de l'inconuenient d'Agaue, qui coupa la tefte à fon fils:& fur le point que chacun prenoit plus grand plaifir à l'ouyr, Sillaces entrant dedans la falle, apres auoir fait la reuerece au Roy, prefenta deuant toute l'afsiftance la tefte de Craffus. Ce que voyans les Parthes, qui la eftoyent, fe prirent incontinent à batre des mains,& à s'efcrier de ioye qu'ils en euret. Les officiers par le commandement du Roy, mirent à table Sillaces:& Iafon baillant accouftrement du perfonnage de Pentheus, qu'il deuoit iouer, à quelqu'vn des danfeurs, prit entre fes mains la tefte de Craffus,& contrefaifant les Bacchantes efprifes de fureur, commença à prononcer ces vers, auec vn gefte, vn chant& vne voix de perfonne rauie en efprit,& tranfportee hors de foy: MARCVS CRASSV S. Nous apportons à l'hoftel Vn taureau, de coup mortél Par nous n'agueres attain Sur la montagne, efteint. Heureufement fut emprife Le chaffe de telle prife, Cela pleut fort à toute la compagnie:& comme on chantaft co fequemment les vers, qui fuyuent apres, où le Chorus demande & refpond alternatiuement: Cho. Qui l'a tué en veneur? Ag. A may en eft den l'honneurs Pomaxathres oyant ces paroles fe leua foudain; car il eftoit auec les autres à table,& alla prendre la tefte comme à luy appartenant de dire ces parolles au vray, non pas au ioueur qui les auoit proferees.Le Roy prit plaifir à ce debat,& donna à Pomaxathres vn prefent tel, que la couftume dit pays le porte en tel cas,& à lafon la valeur de fix cens efcus. Voila quelle fut l'iflue de l'entreprife& du voyage de Craffus, qui reffemble proprement à la fin d'vne Tragedie.Mais la vengeance de la cruauté de Hyrodes,& de la defloyauté periure deSurena retomba en fin fur les teftes de I'vn& de l'autre, comme ils auoyent bien merité: car Hyrodes fit mourir Surena pour l'enuic, qu'il porta à fa gloire:& Hyrodes a- pres auoir perdu fon fils Pacorus en vne bataille où il fut desfair par les Romains, deuint malade d'vne maladie, qui fe tourna en hydropifie& fon fecod fils Phraates luy cuidant atacer fes iours, luy donna à boire du ius de l'aconite.La maladie receut le poifon, de forte qu'ils fe chafferent l'vn l'autre hors du corps: à l'occafio dequoy Phraates voyant que fon pere commençoit à fe mieux porters gaiga ment toire Le Coir que eutes,& la ville de ripides le la tefte plaifir reuerece affus. Ce ntinent officiert & Talon il devoi a tefte de ir, com ne yout mande art auog hres la fia ,& en rs NICIAS. 77 porter, pour auoir pluftoft fait, l'eftrangla luy- mefme. LA COMPARAISON DE CRASSys A VEC NICIAS. N peut venir maintenant à la comparaifon, premierement, il eft certain que la richeffe deNicias eftoit plus iuftement acquife, ou moins reprehéfible, que celle de Craffus, combien qu'autrement à dire la verité, il foit bie mal- aifé d'approuuer le gain de ceux qui font fouyller és mi nieres des metaux pource qu'ils fe feruent ordinairemēt, ou des mefchans hommes, ou de Barbares efclaues qu'ils y tiennét à for ce, les vns enferrez, les autres languiffans& mouras pour le mau uais air de ces cauernes fouterraines fuiettes à engendrer maladies, où ils demeurent continuellemét: mais encore qui compareroit ce moyen de gaigner, auec ceux dont s'enrichit Craffus, en a- chetant les confifcations que vendoit Sylla, ou auec celle mecha nique marchandiſe d'acheter des maifons qui brufloyent, ou qui eftoyent en danger de brufler, on la trouuera plus raifonnable: car Craffus en vfoit auffi publiquement& notoiremēt comme du labourage de la terre, ou de prefter argent à vfure. Etau refte, quát aux autres crimes qu'on luy a quelquefois imputez,& qu'll nioit fort& ferme, comme qu'il prenoit de l'argent des parties pour opiner au Senat en leur faueur, qu'il mettoit en auat quelque cho fe au démage des alliez du peuple Romain pour en tirer du profit, qu'il alloit flattant& careffant des femmes pour en amender, qu'il receloit& aidoit à cacher des mal- faiteurs, pourueu qu'il y gaignaft, de tout cela iamais Nicias n'en fut feulement foupço né: ains au contraire eftoit publiquement mocqué de ce qu'il def pendoit à donner aux calomniateurs pour fa timidité: qui euft efté> à l'aduenture chofe mal- feante à vn Pericles& à vn Ariftides, mais neceffaire à luy, qui eftoit né de telle forte, qu'il ne fe pouuoit iamais affeurer.Dequoy l'orateur Lycurgus depuis fit gloire deuât le peuple: car eftant accufé de s'eftre ainfi racheté de calomniateurs auec de l'argent, il dit franchement au peuple: ie fuis tref- aife de ce qu'ayant fi longuement manié vos affaires, il s'eft trouné, que i'ay pluftoft donné que pris. Et quát à la defpence auf fi, celle de Nicias tenoit plus du bon bourgeoys de ville: car il def pendoit à dedier quelque belle image aux dieux, ou à faire iouer des ieux& paffe- temps publiques, pour donner recreation au peu ple.Mais tout l'argent qu'il employa à cela,& tout le demeurant de fon vaillant auec, n'eftoit rien qu'vne partie de ce que Craf fus defpendit au feftin publique qu'il fit, où il feftoya pour vne fois tant de milliers d'hommes,& les nourrit encore quelque teps puis apres: tellement que iem'esbahy, s'il y a aucun qui ignore, que le vice ne foit vne inegalité& vne difcordace de mœurs, qu 78 MARCVS CRASS VS. à des. Mais qui march tu,& qu'on Condenab chasay publique on le he ovel fut fronté ha ne loueSpartacu fe repugnent à foy- mefme, voyant des homes qui defpendent ai fi, honeftement, ce qu'ils ont acquis vileinement. Voila quant Jeurs richeffes:& quant à leurs deportemens en l'adminiftration de la chafe publique, en ceux de Nicias on ne trouuera rien de ma Jicieufement, violement, ny iniuftement fait, ny trace aucune de audace ou d'outrecuidance, ains plustoft toute fimplicité car il fut à la bonne foy circonuenu par Alcibiades,& ne fe prefenta ia mais à parler deuant le peuple, que ce ne fuft auec vne crainte fort referuee: là où au côtraire, on blafine Craffus d'auoir efté fort Jafche& fort defloyal à changer facilement d'amis& d'ennemis: & luy- mefme ne nioit pas, qu'il ne fult violemment& par force paruenu à fon fecond Confulat, ayant loué des meurtriers pour Occire Caton& Domitius:& en l'affemblee qui fut tenue pour departir les gouuernemens des prouinces, il y eut beaucoup d'ho mes blecez,& en demeura quatre tuez deffus la piace:& qui plus' eft, luy- mefme( ce que nous auions omis en efcriuant le cours de fa vie) donna de fa propre main vn coup de poing fur le vifage de vn Lucius Annalius, qui luy contredifoit,& l'en enuoya tout enfanglanté: mais comme Craffus fut en telles chofes violent& tyrannique, auffi la pufillanimité de Nycias à l'oppofite,& fa trop grande couardife en fes entremifes du gouuernement, voire iufques à fe foumettre aux plus baffes& plus viles perfonnes, eft digne de trefgrande reprehenfion, là où Craffus en ceft endroit fe monftra certainement homme magnanime& de cœur haut efleué, n'ayant point à combattre contre ne fay quelles perfonnes, tel les comme eftoyent vn Cleon, ou vn Hyperbolus, mais ne voulat point ceder à la gloire& fplendeur de Cæfar, ny aux trois triom phes de Pompeius, ains plus toft egaler fa puiffance& fon authorié à la leur,& de fait ayant furmonté celle de Pompeius en la dignité de Cenfeur.Car il faut que les grands hommes par leurs hauts faits en l'adminiftration des affaires publiques, fe rendent il luftres& non pas enuiez, en amortiffant l'enuie par la grandeur de leur puiffance: mais fi tant eftoit, que Nicias preferaft le repos & la feureté de fa perfonne à toute autre chofe,& qu'il craignift Alcibiades en la tribune aux harangues, les Lacedemoniens au fort de Pyle, Perdiccas en la Thrace, il y auoit fi large efpace pour fe repofer en la ville d'Athenes, en fe retirat de tout poin& du maniement des affaires,& en fe tiffant vn beau chapelet de tra quillité à mettre fur fa tefte, comme difent aucuns Rhetoriciens: car quant au defir de moyenner la paix, c'eftoit fans point de dou te vne affection diuine en luy,& vn acte digne d'vn trefgrand per fonage d'auoir fait tout ce qui eftoit en luy pour appaifer la guer reen quoy Craffus ne feroit pas à comparer à luy, quand bien il auroit aioufté à l'empireRomain toutes les prouinces, qui font iuf ques à la mer Cafpiene,& iufques à la grand mer Oceane des Incipitati faire, p Juy off duré c lus la Nicia Pen fa fon ad appar OPP tre fol cal po ya du Clas ou lien ceda des ndent quant iltration en dema cune de eacar efentaia crainte efte fort ennemis ar force mers pour ue pour qui plus ours de fage de ut en& tytrop eulft dioit fe ellenes, tel voul trom is enl demil nder repos ignit nis au Dace ind tra SU dou dper guer bien il des in NICIAS. 79 des. Mais aufsi quad on a à faire à vn peuple qui conoift bie ceux qui marchent de bon pied,& qui vont le droit chemin de la vertu,& qu'on s'y fent plus fort en credit& en authorité, il n'eft pas conuenable, qu'à faute de cœur on y laiffe occuper lieu aux mef chans, ny qu'on y donne moyen de paruenir aux eftats de la chofe publique à ceux, qui n'en font pas dignes, ny qu'on permette que on fe fie à ceux de qui on fe deuroit desfier, comme fit Nicias lequel fut caufe qu'vn Cleon, qui parauant n'eftoit rien qu'vn ef fronté harangueur,& vn grand criard, fut efleu Capitaine. Auff ne loue- ie pas d'autre cofte Craffus de ce qu'en la terre contre Spartacus, il fe hafta de luy donner la bataille auec plus de precipitation temeraire que de feureté: car fon ambition le luy fit faire, pource qu'il auoit peur que Pompeius qui approchoit, ne luy oftaft la gloire de ce qu'il auoit fait en tout le teps, qu'auoit duré cefte guerre, ne plus ne moins que Mummius ofta à Metellus la gloire de la prife de Corinthe. Mais, qui plus eft, le fait de Nicias en cela eft de tout point hors des limites de raifon,& ne l'en fauroit- on excufer aucun ment, pource qu'il ne ceda pas à fon aduerfaire l'honeur& la charge de Capitaine, quad il y eut apparece d'heureufe iffue, ou de no guere grade difficulté ou da ger: mais là ou il fe douta, qu'il y auroit grand peril, il fe contéta de mettre fa perfonne en feureté,& ne fe foucia point au, refte du public: ce que ne fit pas Themiftocles du teps de la guerre co tre les Perfes: car pour empefcher qu'vn home de peu de valeur, fol& eftourd eftant eflcu Capitaine general d'Athenes, ne fuft caufe de la ruine publique, il luy donna fecrettement de l'argét pour le faire defifter de fa pourfuitte:& Caton lors qu'il vit, qu'il y auoit plus d'affaires& plus de dager, demada l'office du Tribu du peuple pour le bie de la chofe publique.Et au contraire, Ni cias fe referuat pour aller faire la guerre côtre la ville de Minoa, ou côtre l'ifle de Cythere, ou cotre les pauures mal- heureux Me liens, s'il eftoit queftion d'aller puis apres combatre côtre les La cedæmoniens, alors il quittoit& defpouylloit le manteau de Ca pitaine,& abandonnoit à la temerité& faute de fuffifance de Cleon les vaiffeaux, les armes& les hommes en temps d'affaires, qui requeroyent le plus fage& le mieux experimenté Capitaine, qu'on euft peu trouuer: ce qui n'eftoit pas mettre à nonchaloir Jes moyens de fe faire honneur, mais eftoit faillir au besoin de la defenfe& du falut de fon pays, qui fut caufe que depuis outre Son gré& fa volonté il fut contraint de reccuoir la charge de Ca pitaine, pour aller faire la guerre en la Sicile aux Syracufains, à caufe que le peuple eftima que la raifon, pour laquelle il diffuadost fi fort l'entreprife n'eftoit pas pource qu'il eftimaft qu'elle ne fuft expediente pour la chofe publique, ains que par fa pareffe & lafcheté de cœur, il vouloit faire perdre à fon pays vne belle 80 MARCVS CRASSVS occafion de coquerir la Sicile Toutefois cela eft vn grand tefmoi gnage de l'opinion qu'on auoit de fa preud'hommie& de fa bőté, que combien qu'il hayft la guerre,& qu'il fuyft les charges& les honneurs de la chofe publique, iamais toutefois ces citoyens ne failloyent à l'eflire comme le plus fuffifant, le mieux entendu& Je plus homme de bien de la ville.Et au contraire Craflus, qui ne defiroit autre chofe, ne peut iamais aduenir à eftre efleu Capitaine general, finon en la guerre contre les efolaues, encore fut- ce par neceffité à faute d'autre, pource que Pompeius& Metellus& les deux Lucullus eftoyent lors abfens, occupez à autres guerres combien qu'au demeurant il euft alors la vogue,& qu'il euft grad credit& grade authorité, mais à mon aduis, que ceux mefmes, qui Juy fauorifoyent, le tenoyent, comme dit le poëte comique Homme de bien par tout, fors qu'à la guerre. Toutefois à la parfin cela ne feruit de rien aux Romains qui furēt forcez par fon ambition& fon ardente conuoitife de dominer: pource que les Atheniens enuoyerent Nicias à la guerre maugré luy, mais Craffus y traina les Romains maugré eux, de maniere que le public tomba en calamité par l'vn,& l'autre y tuba par le public, cobien qu'en cela il y ait matiere de louer pluftoft Nicias, de blafmerCraffus: car l'vn vfant du iugemet de Capitaine expe riměté& fage, n'efpera iamais qu'ils peuffent coquerir la Sicile, & pourtat en diffuada toufiours l'entreprife, fas foy laiffer abufer à l'efperance de fes citoyens:& l'autre ayant entrepris la guerre contre les Parthes, comme eftant chofe facile de les desfaire, fe trouua trompé de fon efperance, mais au moins afpira- il à grades chofes.Et comme Iulius Cæfar conqueroit à l'empire Romain les prouinces de l'Occidét, c'eft à fauoir les Gaules, les Allemaignes & P'Angleterre, auffi defiroit- il d'aller deuers l'Oriét,& penetrer iufques à la grande mer Oceane des Indes, en fubiugant toutes les prouinces de l'Afie, à quoy Pompeius mefme afpira,& Lucullus y pretendit auffi, tous deux gens de bien,& qui fe maintindrent toufiours doucement enuers tous,& neantmoins eurent la mefme intention,& fe propoferent le mefme but que fit Craffus: car quad la charge de la guerre en Orient fut par decret du peuple donee à Pompeius, le Senat le trouua mauuais& y refifta tant qu'il peut. Et comme les nouuelles fuffentvenues que Cæfar auoit desfait en bataille trois cens mille Allemans, Caton opinant fur ce fait au Senat, fut d'auis qu'on le deuoit liurer entre les mains des Allemans qu'il auoit vaincus, pour en faire la punition,& en ce faifant deftourner la vengeace du courroux des dieux, à caufe de la paix iniuftemēt violee, fur latefte de celuy feul, qui en eftoitviolateur. Et neantmoins le peuple, fans s'arrefter aux remonftrances de Ca ton, en fit faire feftes& proceffions publiques l'espace de quinze iours durans, en grade refiouyffance par toute la ville, faifant facrifices Lacrifices pu grande nich Chionne& c criferi da vicheux des promin C Comme d Inter contenter COULCH à rafer v les Aegin cacher, c tre à ha peu de fe deut le gran celle de nemens charges nemuse ville de que Cra fon bon lie fu le, qu ainfi en n'ay certain dance and telo de la bot marges& Citoyens entendu fus, qu Capita core fut- c Metellus& res guerres leult gra mefmes, qui видие s qui fure e dominer re maugie maniere ba par l Nicias, ine expe a Sicile, rabufer a guerre faire, agrade omain l lemages крепкий tous l Luks ntindre a mela car quid e donet NICIAS. 81 facrifices publiques aux dieux, pour leur rédre graces de cefte fi grande victoire.Coment donc penfons- nous qu'il euft efté affetionné,& cobien de iours cuidos nous, qu'il euft fait fefter& facrifier: fi d'auéture Craffus euft efcrit de Babylone, qu'il euft efté victorieux,& qu'il euft coquis tous les Royaumes de la Medie, de la Perfide, des Hyrcanies, de Sufe, de Bactres,& qu'il en euft fait des prouinces& gouuernemens nouueaux de l'empire Romain? Carfiled out il conuient violer, il peut fait en fait au AlleFarfant la pair olateur Ces de de qui facicey Comme dit Euripides, à ceux, qui ne peuuét viure en repos& fe contenter du leur, il ne faut pas s'amufer à petites chofes, comme à rafer vn chafteau de Scadie ou vne ville de Mende, ny à chaffer les Aeginetes eftas defia hors de leur naturel pays,& s'eftas allez cacher, comme oifeaux denichez, en vn autre trou, ains faut mettre à haut pris le violement du droit, non pas legerement,& pour peu de cas mefprifer la iuftice, comme fi c'eftoit chofe, à quoy on fe deuft peu arrefter: car ceux, qui louent l'intention d'Alexandre le grand au voyage des conqueftes, qu'il fit en Leuat,& blafment celle de Craffus, ont tort de iuger du commencement par les eue nemens de la fin. Au demeurant quant aux executions de leurs charges. Nicias y fit de beaux& bons exploits: car il desfitles ennemis en plufieurs batailles,& s'en fallut bie peu, qu'il ne prift la ville de Syracufe:& ne luy peut- on attribuer la coulpe de tousles inconueniens, qui aduindrent en celle guerre de la Sicile, ains en doit- on accufer en partie la peftilence,& en partie auffi l'enuie, que luy portoyent ceux, qui eftoyent demeurez à Athenes: là où Craffus fit tant d'erreurs,& commit de fi lourdes fautes en tout fon voyage, qu'il ne donna pas loifir à la fortune de faire rien de bon pour luy: tellement que ie ne m'esbahy pas tant, comme fa fo lie fut vaincue par la puiffance des Parthes, come ie m'efmerueil le, qu'elle peut veincre la bonne fortune des Romains.Et comme ainfi foit, que tous deux font peris par femblable mal- heur, l'vn en n'ayant rien omis de ce qui appartiet à l'art de deuiner les cho fes à aduenir,& l'autre ayant defdaigné d'en rien obferuer, il eft certainemet bien difficile de difcerner& iuger, lequel des deux y proceda plus feurement: toutesfois, fi eft la faute plus excufable, qu'on commet par timidité en fuyuant les vieilles& receuës opinions, que non pas celle qu'on commet par temerité& outrecuidance en tranfgreffant les lois& couftumes de tout temps eftablies.Quand à leur mort, celle de Craflus eft moins à blafmer: pource qu'il ne fe rendit point volontairement, ny ne fut point lié ny mocqué, ains feulement fe laifla aller aux prieres de fes amis, & fut defloyaumět circonuenu par l'infidelité des ennemis: là où Nicias fous l'efperance de fauuer honteufement& lafchement fa vie, s'eftant foumis à la mercy de fes ennemis, en rendit fa mort de tant plus ignominieufe. f j 82 SERTORIV S. RT SER ORIV SA Frne& qu'il Touiter cell ex bellique, de fe de guerre Tapas Antig falequel ven les ferm ngomis, plu cedoit en b fortune à t fonnages las, en pro banny de dant à vi puiflanc E n'eft à l'auenture pas chofe, dont on fe doiue efmerueiller, qu'en efpace de temps infiny ainfi que la fortuhe tourne& varie diuerfement, il aduienne fouuent par cafuelle rencontre des accidens du tout femblables les vns aux autres.Car foit, ou qu'il n'y ait point de nobre arrefté ny certain des euenemens, qui peuuent efchoir, la fortune a matiere affez plantureufe& ample pour produire des effects, qui s'entrereffemblent ou que les cas humains foyent compris en nonbre'determiné, il eft force, qu'il arriue fouuent des accidens entierement femblables attendu qu'ils| fe font par mefmes cauLes& par mefmes moyens.Mais pourautant qu'il y en a, qui pren net plaifir à recueillir de tels cas fortuits, qu'ils ont veus ou ouys, fi conformes I'vn à l'autre, qu'ils reffemblent propremēt aux cho fes, qu'on fait de propos deliberé& auec raifon propefee: comme, pour exemple, Que de deux hommes qui ont eu nom Attys, tous deux iffus de grad lieu, l'vn en la Syrie,& l'autre en l'Arcadie, l'vn & Pautre fut occis par vn fanglier:& que des deux qui eurēt nom Acæo, l'vn fut defchiré par fes chies,& l'autre par fes amoureux. Et que des deux renomez Scipions, les Carthaginoys furent premierement vaincus par l'va,& depuis entierement ruinez& deftruits par l'autre. Que la ville de Troye fut la premiere fois prife par Hercules, pour les cheuaux que Laomedon luy auoit promis: la feconde fois par Agamemnon, moyennant le grand cheual de bois,& la troifieme fois par Charidemus, à l'occafion d'vn cheual qui tomba dedans la porte,& engarda que les Troyes ne la peuf fent fermer à temps. Et que de deux villes ayans le nom de deux plantes odoriferantes, Ios& Smyrna, dot l'vne fignifie la Violette,& l'autre la Myrrhe, on tien que le poète Homere nafquit en I'vne Gaines G nableme our bien f deur ban deut nil tit enf Je il a me on des c jeune fon elo par les de& for GALL ue efmer la fortu uent par ables les rrefté ny matiere i s'entre en non cidens memes ca , qui US OUR met and ecomme ty's, tous cadilin uret non moureur ent prez& deis prife promis: heual de in cheual ne la pe om de deur la Vie naluiten SERTORIVS. 83 I'vne,& qu'il mourut en l'autre. Nous y pouuons bien encore adioufter ceft exemple- ci, qu'entre les Capitanes anciens, les plus belliqueux,& qui ont fait de plus grandes chofes par aftuce& ru fe de guerre inuentee de bon efprit, oat efté borgnes, comme Phi lippus, Antigonus, Hannibal& Sertorius, dont nous fcriuos a pre fent: lequel on peut veritablement dire auoir efté plus conument vers les femmes, que Philippus, plus fidele vers fes amis, qu'Antigonus, plus humain vers fes ennemis, que Hannibal,& qu'il ne cedoit en bonté d'entendement à nul d'eux, mais en faueur de la fortune à tous, laquelle luy ayant efté en toutes chofes plus rigo reufe& plus dure, qu'à fes ennemis qui eftoyent tous grands per fonnages: neantmoins il fe monftra en experience egal à Metellus, en proueffe à Pompeius,& en fortune à Sylla, fi bien qu'eftant banny de fon pays, eftranger en prouince eftrange,& commandant à vne nation barbare, il fouftint vn temps la guerre contre la puiffance du peuple Romain.Si m'a femblé, que de tous les Capi taines Grecs, ny auoit point que nous luy puiffios plus raifonnablemet apparier qu'Eumenes le Cardian, pource que tous deux ont bien feu commader,& ont efté hardis& rufez en guerre, tous deux banis de leurs pays, tous deux Capitaines d'efträgers,& tous deux violemmēt& mefchammet tuez, ayas tous deux efté occis en trahifon par ceux mefmes, auec lefquels ils auoyent desfait leurs ennemis.La maifon donc de Quintus Sertorius eftoit affez noble en la ville de Nurfia au pays des Sabins, mais fon pere le laiffa pe tit enfant,& fut nourry honeftemet deffous fa mere vefue, laquel le il aima& reuera toufiours fingulierement. Elle fenómoit, com me on dit, Rea- Son commencement fut, qu'il s'exercita à plaider des caufes affez paffablement, de maniere qu'eftant encore fort ieune homme, il vint à Romme en quelque credit par le moyé de fon eloquéce: mais l'honneur& la reputation, qu'il acquit depuis par les proueffes qu'il fit, le conuierent à tourner du tou fon eftude& fon ambition aux armes& à la guerre. Si fut fon premier apprétiffage, lors que les Cimbres& les Teutons auec groffe puiffance enuahirent le pays de la Gaule, là où les Romains a- yans efté desfaits en bataille, fous la conduite d'vn Scipion, fon cheual luy fut tué fous luy,& luy blecé,& neantmoins encore tra uerfa- il le Rofne à nage, auec fa cuyraffe fur fon dos,& fa targe, ropant à force l'impetuofité de celle riuiere, tant il auoit le corps fort& difpos,& bien exercité à porter le trauail& la peine. La fecode fois que ces Barbares retournerent auec vn nombre infiny de combatans,& auec fieres& terribles menaces, les Romains en enfent tel effroy, qu'on eftimoit lers bien gétil copagnon celuy, qui auoit la hardiffe de demeurer en fon rang,& d'obeyr à fon Capitaine. Marius fut adonc chef de l'armee Romaine,& Sertorus entreprit d'aller reconoiftre le camp des ennemis.fi fe veftily f ij - 84 SERTORI VS. d'vn habillemet de Gauloys,& apprit les plus communs termes dont on vfe en leur langage, pour parler quand on s'entre- récon tre,& ainfi s'allaietter parmy les Barbares, là où ayant partie veu à l'œil,& partie ouy dire ce, qu'il de firoit plus entendre& fauoir il s'en retourna deuers Marius, qui l'honnora lors de tel loyer, cóme il meritoit:& depuis en toute celle guerre, il fit tant d'actes de bo fens,& de grande hardieffe, que fon Capitaine l'en eut en tres bonne eftime,& le mit en reputation, luy commettant de fes principaux affaires parquoy apres cefte guerre des Cimbres& Teutons, il fut enuoyé en Hefpagne, fous Didius Preteur, auec charge de mille hommes de pied, lefquels il mena hyuerner en la ville de Caftulo, és marchés des Celtiberiens, là où les foldats trouuäs des viures à foifon, ne fai foyent autre chofe que gourmander& yurongner,& comertre mille infolences, apres qu'ils eftoyentyures, tat que les Barbares de la ville les en eurent en fi grád meft, pris, qu'ils enuoyerent vne nuic querir du fecours de leurs plus proches voifins, lesGyrifonies,& allas par les logis des Romains, en occirent vne bone partie.Sertorius entedat le bruit, fe ietta incontinent hors de la ville, auec quelque peu de fes gens,& r'alliat, ceux qui s'efchappoyet auffi de vifteffe à la file, il fit le tour du cir cuit de la ville,& trouuat la porte, par laquelle les Gyrifcenies e- ftoyét entrez, encore toute ouuerte, fe coula dedans mais il ne fit pas come ils auoyét fait eux, ains mettät bones gardes aux portes, & en tous les endroits de la ville, fit paffer au fil de l'efpee tous ceux, qui eftoyet dedas, en aage de porter armes. Puis quadils eurent executé cefte vengeance, il leur commanda, qu'ils pofaffent leurs veftemens ordinaires,& leurs armes,& qu'ils fe veftiffent. & armaffent de celles des Barbares, qu'ils auoyent tuez,& qu'ils allaffent apres luy vers la ville des Gyrifoeniens, dont eftoyet venus ceux, qui les auoyent affaillis en furpriſe la nuit.Les Barbares à voir de loin les veftemens& les armes de leurs gés, penfans certainemet que ce fuffent eux, ouurirēt leurs portes,& en fortit, vne grande foule de peuple, pour aller au deuat de leurs amis& citoyens, qu'ils cuidoyent auoir bien fait leurs befongnes: ainfi en tuerent les Romains vn grad nombre tout ioignant les portes de leur ville,& les autres s'eftans rendus à la mercy de Sertorius, furent par luy vendus. Depuis ceft acte, Sertorius fut fort renommé par toute l'Hefpagne,& à fon retour à Rome, fut incôtinét efleu Quefteur ou Threforier general de la Gaule, qui eft de la lesmots à Pentour du Poice que vint bie à propos pour les affaires de Ro me, pource qus lors s'efineut la guerre des peuples cófederez de l'Italie, qu'on appelle la guerre Marfique, en laquelle il eut charge& commiffion de leurs gés de guerre,& faire forger armes: en quoy il fit fi bonne diligéce,& halta tellement la befongne à coparaifon de la longueur& pareffe des autres ieunes gens, qu'il en acquit acquiclarepu four de helle dignité de Ca Hardiner fa merveilleul dagereales Irit creu quo contr fit- il, ne mignages marlon, co eur ont e leur vert les enfeig perte vo luy enf entra au des louan Capitaine rez Toute bundu parqu tuy dates la par que ch Mariu cofte p me lent crueller uns terny entre- reco partie ve e& fauo loyer, co d'actes de eut en tres de les prin es& Teu ec charge en la ville ats trouuas mander& Atoyentygrad mel eurs plus Romain letta in ralliat r du cir enies e- il ne fit portes, pee tous idils eu polafer & qu'il oyer B pentas en lon samis& ainfie Ortes de ius, fu omme = leu SERTORI V S. acquit la reputation d'home d'execution, qui eftoit pour faire vn iour de belles& grandes chofes mais quoy qu'il fuft paruenu à la dignité de Capitaine, il ne laiffa point pour cela de hafárder auffi hardimer fa perfonne, come euft fait vn fimple foldat, ains fit de merueilleufes armes de fa propre main, fans s'efpargner aux plus dangereuses meflees, tellement qu'à la fin il y perdit vncil, qui luy fut creué en cobatant: dequoy tant s'en faut qu'il euft honte, qu'au contraire il s'en glorifioit ordinairement. Car les autres, di foit- il, ne portent pas toufiours quant& eux les marques& tefmoignages de leur prouëffes, ains les laiffent quelquefois à la maifon, come font les chaines, carquas iauelines& courones, qui leur ont efté donnez par leurs Capitaines, pour tefmoignage de leur vertu: mais luy portoir toufiours, en quelque lieu qu'il allaft, les enfeignes de fa vaillance, tellemet que ceux qui regardoyet fa perte, voyoyēt aufsi enfemble le tefmoignage de fa valeur. Auffr luy en fit le peuple l'honneur qu'il luy appartenoit: car quand il entra au theatre, ille receut auec grads battemes de mains& gra des louanges: ce qu'à peine faifoyent les Romains aux plus vieux" Capitaines,& qui pour les grands feruices eftoyent les plus hono rez.Toutesfois come il fe fuft prefenté à demander l'office de Tri bun du peuple, il en fut debouté& en defcheut par les menees de Sylla, qui l'epefcha, dot il femble que fourdit celle veheméte hai ne& grande mal- vueillance qu'il porta toufiours depuis àSylla: parquoy apres que Marius, ayant efté vaincu par Sylla, s'en fut en fuy, q Sylla fut party de l'Italie pour aller faire la guerre à Mithri dates,& que des deux Cöfuls I'vn, c'eft à fauoir O& tatitis, maintint la part& ligue de Sylla,& Cynna l'autre Conful, qui ne demadoit que chofes nouuelles, r'affebla& tafcha de remettre fus celle del Marius, laquelle s'en alloit aneantiflant. Sertorius fe ragea de fon cofté, pour autant mefmement qu'il voyoit que Octauius eftoit hó me lent, qui ne fe fioit nullement aux amis de Marius.Si y eut vne cruelle rencontre, qui fe fit dedans la ville mefme fur la grande place, là où Octauius vainquit,& Cinna& Sertorius fe fauiuerent, à la fuite, n'ayans pas perdu guere moins de dix mille hommes en cefte feule desfaite: mais ils prattiquerent& gaignerent par bons moyens les autres gens de guerre, qui eftoyent efpandus ça& là parmi l'Italie, fi bien qu'en peu de temps is fe trouuerent efgauz en nobre d'homes,& affez puiffans pour cobattre vne autre fois Octauius.Dequoy Marius eftát aduerti mota incótinent fürmer, & s'en retourna de l'Afrique en Italie,& s'en vint rager à Cinná, come foldat priué à fon Capitaine& à fon Conful. Si furet tous les autres tref- bien d'aduis qu'on le receufl: mais Sertorius Pépefcha de toute fa puiffance, fuft our pource qu'il euft peur que fondu thorité n'en diminuaft, quand Cinna auroit approché de luy vn autre Capitaine de plus grande dignité, ou pource qu'il redoutat mots e Ro rez de t char rmest f#j 86 SERTORIVS. s le logge pas moins de deceda C tre fon admis Conlilar,& falspar Sp chede co bide rien fque ceur wyent mo quand il pres de c Evne bo quoit fes luy pred efperer partit po Pafpreté& la violence de Marius, qui ne pardonnoit iamais crais gnant qu'il ne gaftaft tout, parce qu'il ne fauroit pas tenir vn mo → yen en fon courroux,& qu'il n'outre- paffaft les bornes de la rais fon en fe vangeant de fes ennemis, s'il aduenoit qu'ils euffent la victo: re: ioint qu'il difoit, qu'il ne leur reftoit plus guere, qu'ils ne fuffent entierement au defius de leurs affaires,& que fi vne fois ils receuoyent Marius, il leur emporteroit toute la gloire& tout l'ho neur d'auoir conduit cefte guerre à chef,& que ce feroit vn copagnon mal- aifé& mal feable en authorité. A quoy Cinna refpondit, que le difcours qu'il faifoit,& les raifos qu'il alleguoit, eftoyer bien veritables: mais neantmoins qu'il auoit honte,& ne voyoit pas comment il peuf höneftement refufer ny renuoyer Marius, mefmement apres l'auoir mandé& fait venir expreffement pour luy commettre partie de la conduite de cefte guerre. Lors repliqua Sertorius, Quant à moy i'eftimoye, que Marius fuft reuenu de fon propre mouuement fans eftre mandé,& par ainfi regardant à ce qui me fembloit le plus expedient, ie confeilloye de ne le rece uoir point: mais puis qu'ainfi eft, que tu l'as mandé premierement, c'eftoit mal fait à coy de confulter, fi tu le deuois receuoir ou no, puis qu'il eftoit venu à ton mandement:& es tenu de t'en feruir, pource qu'eftant venu fur ta parole, l'obligation de la foy ne te permet plus en pouuoir deliberer ne difcourir Ainfi fut madé Ma rius:& quand il fut arriué, ils departiret toute leur armee en trois, puis commencerent à guerroyer leurs ennemis de tous coftez, fi bien qu'ils demeure rent victorieux: mais en celle victoire Cinna& Marius firent toutes les cruautez& inhumanitez, qu'il eft poffible. de faire, tellement que les Romains eftimerent, que tous les maux, qu'ils auoyent endurez tout le long de la guerre, n'eftoyent que ieu au pris des calamitez& des miferes, qu'ils fouffrirent depuis. Mais au contraire Sertorius ne fit iamais occire homme pour aucune mal- vueillance particuliere, qu'il euft contre luy, ny ne fit onques outrage à perfonne, apres qu'il fut vainqueur, ains a l'oppofite eftoit marri des inhumanitez, que Marius faifoit,& quand il pouuoit parler à part au priué auec Cinna, il l'addoucifloit, le plus qu'il pouuoit,& le rendoit par fes prieres plus moderé. Finalement voyant vn grand nombre de ferfs, defquels Marius s'eftoit ferui à faute d'autres foldats en cefte guerre,& defquels il vfoit encore pour fes fatellites& miniftres de fa cruauté tyrannique, les ayant toufiours à l'entour de fa perfonne comme fa garde,& permettant qu'ils fe fiffent riches& opulens, en partie de ce que Juy mefme leur donnoit, ou leur commädoit,& en partie auffi de ce que violemment ils commettoyent d'eux- mefmes fans fon com mandement à l'encontre de leurs maiftres, en les tuant eux, forçat leurs maiftreffes,& violant leurs enfans: Sertorius ne pouuant plus fupporter telles mefchancetez, les fit tous occire en leur camp, où ils fe fir le pre fut à tout gue min col cela en du lie parle Touc trop ces m te qu' toit le re à fa gentip quelle gunes qu tes Pour amais cras etur vn m es de lara Is euffent. re, qu'ils ha vne fois i & tout Pho itvncopa na refpon moit, eftover & ne voyoit yer Marius, ment pour Lors repli reuende gardan me le rece erement ir ou no feruir, oy ne te madé Ma en trois coftez, f SERTORI VS. 87 ils fe logeoyent& retiroyent enfemble, combien qu'ils he fuffent pas moins de quatre mille hommes. Depuis eftant le vieil Marius decedé,& Cinna bien toft apres ayant efté tué, le ieune Marius.co tre fon aduis& contre les loix de Rome ayant par force vfurpé le Confulat,& Carbo, Scipion, Norbanus ayans efté rompus& desfaits par Sylla retournât de la Grece; en partie par la faute& l'afcheté de coeur des Capitaines,& en partie auffi parce qu'ils eftoyét vendus& trahis de leurs gens, confiderant que fa prefence ne fer uoit de rien aux affaires, qui alloyét toufiours de mal en pis, à cau fe que ceux, qui y auoyent plus de pouuoir, eftoyent ceux, qui a- uoyent moins de fens& moins d'entendemet:& encore apres tout, quand il vit, que Sylla eftoit venu planter fon camp tout au plus pres de celuy de Scipion, en le careffant,& luy donnant efperance d'vne bonne paix, pendant que fous main, il luy fubornoit& pratiquoit fes gens,& que Scipion n'en voulut rien croire, cobien qu'il ly predit& luy remonftraft bien à certes: adoc ne pouuant plus efperer que leurs affaires fe portaffent iamais bien à Rome, il fe partit pour aller en Hefpagne, en intention que s'il pouuoit fe faifir le premier& affeurer du gouuernement de celle prouince, ce fut à tout le moins vne retraite& vn refuge pour ceux de leur ligue, qui feroyent chaffez& bannis de leur pays: mais par le chemin en y allant il eut le temps fort mauuais& fort rude. Et outré cela en paffant par vn pays de montagnes, les Barbares habitans du lieu, luy demanderent tribut& falaire pour luy donner paffage par leurs terres: dequoy ceux, qui eftoyent en fa copagnie, fe cour rouçoyent à bon efciant, difans que c'eftoit vne honte& indignité trop grande, qu'vn Proconful du peuple Romain payaft tribut à ces mefchans Barbares: mais Sertorius ne fe foucia point de la ho te qu'ils difoyent, que ce luy feroit, ains leur refpondit, qu'il achetoit le teps, qui eft la chofe que doit tenir plus chere celuy, qui afpi re à faire de grandes chofes,& contenta les Barbares auec de l'ar gent puis fit fi bonne diligence, qu'il s'empara de l'Hefpagne, laquelle il trouua floriffante en nombre de peuples, mefmement de ieunes hommes en aage de porter armes: mais ayant par le paffé efté fi mal traitee par l'auarice, l'infolence& l'arrogance des gou uerneurs, qu'o y enuoyoit ordinairemēt de Rome, qu'ils en auoyet en haine toute maniere de gouuernement. Si tafcha deuant toute Cinna& ftpofib les ma oyent que nt depe рока ду as a lo & quand flot, le Fina s'efton Ivloit mique, e,& e que auffi de Ton com x, for uure à acquerir la bien- vueillance de tous ceux du pays genera lement des nobles, en hantant& conuerfant familierement auec eux:& de la commune, en leur relafchant partie de leurs tailles& fubfides: mais ce qui plus vniuerfellement le fit aimer de tous, fug qu'il les exempta de loger les gens de guerre,& de receuoir garnifons dedans les villes, contraignans fes gens de dreffer leurs tétes,& faire leurs logis aux faux- bourgs le long des bonnes villes pour y paffer l'hyuer,& y failant luy- mefme le premier tedre fon 38 SERTORIVS. pauillon,& y couchant. Ce neantmoins il n'obtempera pas en toutes chofes au grény à la volonté des Barbares pour auoir leur bo ne grace: car il fit armer tous les bourgeoys Romains, qui fe trou uerent habituez en Hefpagne de l'aage de pouuoir portes armes, & faifanten plufieurs endroits baftir de toutes fortes d'engins& de machines de batterie& grand nombre de galeres, côtint en of fice les villes fous fa main, fe monftrant doux& humain és affaires de paix,& redoutable en appareil de guerre contre fes ennemis.Or apres qu'il fut aduerty, que Sylla tenoit la ville de Rome, & que la part& ligue de Marius& de Carbo eftoit entieremēt de ftruite, fe doutant bien qu'il ne pafferoit pas guere de temps qu'on n'enuoyaft quelque Capitaine auec vne grofle& puiffante armee contre luy, il enuoya de bonne heure occuper les pas des monts Pyrenees par Iulius Salinator, qui y mena fix mille homes de pied armez.Et peu de temps apres y arriua auffi de l'autre cofté Caius Annius enuoyé par Sylla, lequel voyat qu'il n'y auoit ordre de for cer Salinator en licu fi auantageux, s'arrefta tout court au pied de la montagne, ne fachant qu'il deuoit faire: mais il y eut de male aduenture vn Calfurnius furnommé Lanarius, qui tua Salinator en trahifon: à l'occafion dequoy fes gens abandonnerent auffi toft les cymes des montagnes,& adonc Annius y pafla tout à fon aife, & auec fa puiffance, qui eftoit groffe, repouffa ceux, qui le voulurent empefcher de tirer outre.Parquoy Sertorius ne fe fentant pas affez fort pour le combatre, fe retira auec trois mille hommes dedans la ville de Carthage la neune, là où il monta fur mer:& de la trauerfa en Afrique,& alla defcendre en la cofte des Maurifiens, où fes gens iffirent incontinent des vaiffeaux pour fe refrefchir d'eau s'efcartans çà& Ià, fans autrement foy tenir fur leurs gardes: au moyen dequoy les Barbares fe ruerent fur eux,& d'abordee en tueret vn bon nombre, tellemét que Sertorius fut contraint de fe r'embarquer,& reprendre la route de l'Hefpagne, mais il n'y peut aborder, pource qu'on l'en repouffa. Et à cefte caufe fe mit à cingler auec quelques fuftes de courfaires Ciliciens vers Pifle de Pityeufe, où il prit terre mal- gré la garmifon, que Annius y auoit mife, laquelle il força: mais peu de iours apres Annius y alla luy- mefme auec bon nombre de vaiffeaux,& cinq mille com batans deffus. Sertorius fe refolut de l'attendre& de le combatre par mer, combien que ces vaiffeaux fuffent minces& legers.com me ceux qui eftoyent faits expres pour cingler legerement,& no pas maffifs pour combatre: mais le vent du Ponent fe leua impezueufement, lequel hauffa la mer partelle violence, qu'il ietta vne grande partie des vaiffeaux de Sertorius par le trauers, à caufe qu'ils eftoyét ainfi legers, contre les riuages pierreux,& luy auec petit nombre de vaiffeaux, eftant forclos de la terre par fes ennemis,& de la mér par la tourmente, fut contraint de demeurer l'efpace de dir penil& g ce temp & auto delines d To peu au grant en quartier que La de rOc nees.C bras d de ce douc qui a le en tout delle I 1 ta el to fou Por nue mon pass ampera paren our auoir leu mans, qui let our portes arm ortes d'engins res, cotint end main és affi contre les enne ville de Rome entieremet de de temps qu'on uillante armes pas des monts homes de pud re cofte Caus it ordre defe rt au pied de eut de mal a Salinato t auffi tof à fon aife, le vouluentant pas ommes de mer& del Maurifien e refrefch leurs ga ,& da t cont he, mail e caufe ciens ven e Anni Anniusy ille com mbatre rs, com & no impeetta vne , à cauf luy au Tes enne SERTORIV S. pace de dix iours en haute mer à l'ancre, à combatre auec grand peril& grand trauail, les vagues& les vents, qui furent toufiours ce temps durant fort impetueux toutefois à la fin ils s'appaiferent & auffi toft il leua Pancre,& s'alla pofer en quelques petites ifles defertes& fans eau, qui font femees en celle plage.Puis au partir de la paffa le deftroit de Gilbratar,& tournant à main droite prit terre en la coste d'Hefpagne, qui regarde la grande mer Oceane vn peu au deffus de la bouche du fleuue de Bætis, lequel fe defchar geant en l'Occean Atlantique, donnoit anciennement le nom à ce quartier- là de l'Hefpagne, qui en eftoit appellé l'Hefpagne Bæti que.Là le trouuerent des mariniers nouuellement arriuez des ifles de Ocean Atlantique, que les anciens appelloyent les Ifles fortu nees.Ce font deux ifles pres I'vne de l'autre, n'y ayant qu'vn petit bras de mer entre deux,& font loin de la cofte d'Afrique environ de cent vingt& cinq lieues.Il y pleut bien peu fouuent vne pluye douce, maix ordinairement y fouffle vn doux& gracieux vent, qui apporte vne rofee, laquelle attrempe tellement la terre, que! le en eft graffe& fertile, non feulement pour pouuoir produire tout ce qu'on y voudroit planter& femer, mais auffi en produit d'elle- mefme fans œuure ne main d'homme, tät& de fi bon fruit, qu'il fuffit à nourrir le peuple y habitant, oyfif, fans qu'il ait befoin de fe donner peine ou fouci de rien. L'air y eft doux& ferain fans iamais offenfer les corps, pource que les faifons de l'an y font fort temperecs,& que les mutations des qualitez de l'air n'y font iamais exceffiues, à caufe que les vents, qui y foufflent deuers la ter re du cofté de deça, comme font les vents de la Tramontaine& du Leuant, quand ils viennent à fortir hors du rond de la terre habitable, font ia laffez pour la longueur de leur cours,& puis s'allans efpandre en vne efpace infinie d'air& de mer, ils ont defia perdu toute leur force, auant qu'ils puiffent arriuer là.Et les vents, qui y foufflent de deuers la haute mer, comme font ceux du Midi& du Ponent, y amenet bien quelquefois de la mer de petites pluyes me nues: mais le plus fouuet ne font que refrefchir vn peu l'air d'vne moiteur, qui nourrit doucement toutes chofes, que la terre y produit, tellement que iufques aux Barbares cela eft paffé en ferme & affeuree creance, que la font les champs Elyfiens,& le feiour des ames bien- heureufes, que le poéte Homere à tant celebré. Ce qu'entendant Sertorius il luy prit vne merueilleufe enuie de s'en aller habiter en ces ifles- là, pour y viure en repos loin de tyrannie & de toutes guerres: mais fi toft que les courfaires Ciliciens, qui ne demandoyent point la paix, ains ne cerchoyent que quelque pillage& quelque butin, en ouyrent le vent, ils le laifferent,& s'en allerent en Afrique pour remettre vn Afcalius fils de Iphtha au royaume des Maurufiens: toutesfois leur departie ne fit point per dre le cœur à Sertorius, ains delibera d'aller fecourir ceux, qui fai 90 SERTORIVS. foyent la guerre à Afcalius, à fin que ce peu de gens de guerre qu'il auoit encore auec luy, voyant quelque matiere de nouuelle efperance& moyen de s'éployer, ne l'abandonnaffent point, eftäs contrains de fe desbander par la neceffité. Les Maurufiens furent tref- aifes de fon arriuee,& luy mit incontinent la main à l'œuure, & desfit en bataille Afcalius, puis l'alla affieger dedans la ville, où il s'eftoit retiré apres la desfaite de fon armee: dequoy Sylla eftant aduerti, y enuoya vh nommé Paccianus auec armee pour fecourir Afcalius. Sertorius luy donna la bataille, en laquelle il l'occit fur le champ,& gaigna le refte de fon armee, qui fe rendit à luy, puis il prit la ville de Tingis, dedans laquelle Afcalius s'en eftoit fuy auec fes freres. Les Libyens tiennent& efcriuent, qu'Antæus eft leans enterré, mais Sertorius ne pouuant croire ce qu'en contoyent les Barbares du pays, pour la grâdeur de la fepulture qu'ils en monftroyent, la fit defcouurir tout à l'entour,& ouurir,& ayat trouué vn corps d'homme de foixante coudees de long, à ce qu'on dit, en demeura grandement efmerueillé,& apres auoir immolé deffus vne hoftie, fit recouurir& refermer le tombeau: en quoy faifant, il augmenta fort Phonneur, que la ville portoit à la memoi re d'Antæus,& cöfirma ce, qu'on en cótoit en ce pays- la: car ceux de la ville de Tingis conter, qu'apres la mort d'Antæus, fa femme, qui fe nommoit Tinga, coucha auec Hercules, duquel elle eut vn beau fils, qui fut nommé Sophax,& fut Roy de celle contree, où il fonda cefte ville, qu'il appella du nom de fa mere. Et difent encore que ce Sophax eut vn fils nommé Diodorus, lequel conquit & mit en fon obeyffance la plus grande partie de l'Afrique, auec vne armee des Grecs Olbianiens& Myceniens, que Hercules y a- uoit menez,& qui s'eftoyent habituez en ce quartier- la. Nous a uons bien voulu ambrafier l'occafio, qui fe prefentoit, de dire cela en paffant, pour l'honneur de luba, le plus gentil hiftorien qui fut onques de fang royal, pource qu'on tient, que fes anceftres font defcendus de ce Sophax& de ce Diodorus. Sertorius donc comme victorieux ayant tout le pays en fa main, ne fit aucun mal ny defplaifir à ceux, qui fe mirent en fa merci,& qui fe fierent en luy, ains leur rendit leurs biens, leurs villes& leur gouuernement, fe contentant de ce que de leur bon gré& franche volonté, ils luy offrirent.Cela fait, il fe trouua en doute de ce, qu'il deuoit faire,& en quelle part il deuoit tourner: mais comme il eftoit en peine de s'en refoudre, arriuerent deuers luy des ambaffadeurs, que les Lu fitaniens luy enuoyoyet expres, pour le prier de vouloir eftre leur Capitaine general, pource qu'ils auoyent neceffairement befoin de quelque perfonnage de grande reputation& d'experience au fait de la guerre, pour la crainte qu'ils auoyent des Romains,& qu'ils n'en fauoyent point d'autre de cefte qualité, auquel ils s'ofaffent commetre ny fier qu'à luy: ioint que ceux, qui auoyent vefcu veicu ment parel LOVE du per harde batte effort fauoir batre pour que r il en ma nir nier en & d a Je s de gent de nouvelle point, ela fiens furen Tceuurty la ville, Sylla eftant our fecou Meil Poccit endit à lays sen effort qu'Antaus qu'en con ture qu'ils ir,& aya ce qu'on rimmole en quoy memo ar ceux SERTORI VS. vefcu auec luy faifoyent bien bon rapport& louoyent grandement fes mœurs& fon naturel, qui eftoit tel à ce qu'on en trouué par efcrit: On ne le voyoit guere iamais efpris, ny de peur, ny de ioye, ains comme il eftoit de nature homme fans peur au milieu du peril aufsi eftoit- il moderé en fa profperité. Il ne cedoit en hardieffe à nul Capitaine de fon temps pour vaillamment combatre,& de fens rafsis en toutes foudaines rencontres: mais ou if eftoit queftion de faite vne furprife de bon entendement, où de fauoir bien choifir l'aduentage d'vn lieu fort d'assiette pour combatre, ou de paffer vne riuiere, ou efchapper vn mauuais pas:& pour ce faire eftoit befoin de grande legereté,& de iouer de quelque rufe& quelque fauffe amorce aux ennemis en temps& lieu, il en eftoit ouurier tref- excellent. Outre cela, il eftoit liberal& magnifique à remunerer les beaux faits d'armes,& clement à punir les forfaitures: toutefois le meurtre qu'il commit fur fes derniers iours és perfonnes des jeunes enfans, qu'il tenoit riere luy en oftage( qui fut fans point de doute vn acte de grande cruauté, & d'vn courroux qui ne le peut pardoner) femble monftrer& faire foy, qu'il n'eftoit point clement ny humain de nature: mais que finalement il le contrefaifoit quelquefois, pource que le temps & fes affaires le requeroyent ainfi. Quant eft à moy, ie fuls bien d'aduis, qu'il ne fauroit aduenir mal- heur fi grief, qui euft le pou uoir de changer& tourner tout au contraire la vertu pure& nette, fondee en iugement de raifon: mais aufsi n'eft- il pas impofsible que les bonnes volontez& douces natures, fe fentans outragees& affligees indignement, ne puiffent auec la fortune changer leurs inclinations naturelles: comme ie penfe, qu'il aduint lors à Sertorius, lequel quand la fortune luy vint à faillir& à eftre rebourfe, deuint fauuage& farouche, iufques à fe venger cruellement de ceux qui l'atoyent trahy mefchamment.Mais pour retourner au propos dont nous eftions iflus, Sertorius fe partit d'Afrique à la femonce des Lufitaniens, qui le choifirent pour leur Capitaine general, auec plein pouuoir& authorité fouueraine: & arriué qu'il y fut, laua incontinet gens de guerre, auec lefquels il reduifit en fon obeiffance les peuples de l'Efpagne, qui font les plus voifins de celle marche, dont la plufpart fe foufmit volontairement à fon obeiflance, principalement pour le bruit qu'il a- uoit d'eftre homme doux& humain,& outre ce homme de fait& d'execution, ioint aufsi qu'il vfa de quelques habilitez& fubtiles inuentions pour les gaigner& attraire comme fut entre autres la rufe de fa biche, qui fut telle: Il y auoit vn payfan nommé Spanus, qui fe tenoit aux champs, où il rencontra vniour par cas d'aduenture vne biche, qui auoit frefchement fait fon fan,& ayant efté lancee par des chaffeurs, fe trouua en fon chemin, mais il ne feut prendre la mere,& prit à la courfe te fan, qui eftoit emme, eut vn ree, ou ent en conquit eauec les ya Nous dire cela quife resi mc commalny en luy, ment, le Is luy re,& ede Lu leur efoin ce au ins,& ils so 焖 92 SERTORIVS vne petite biche de pelage eftrange: car elle eftoit toute blanche. Or par cas de fortune Sertorius fe trouna lors en ce quartier- là, qui de fa couftume eftoit bien aife, quand on luy faifoit quelques tels petits prefents, tant de fruits, que de gibbier, ou de venaifon: & fi faifoit bonne chere à ceux, qui luy en apportoyent, les remunerant honneftement: fi luy alla ce pay fan offrir fon petit bichot, dont Sertorius fut affez ioyeux fur l'heure,& auec le temps il la rendit fi priuee& fi familiere, qu'elle venoit à luy quand il Pappelloit,& le fuyuoit par tout où il alloit,& ne s'effarouchoit point de voir continuellement grand nombre de foldats armez, ny de ouyr le bruit& tumulte du camp: fi bien que petit à petit il tourna cela en miracle, faifant à croire aux Barbares que c'eftoit vndon, que Diane luy auoit fait par lequel elle luy faifoit entendre plufieurs chefes à aduenir, fachant bien que naturellement les Barbares font faciles à prendre& à deceuoir par fuperftition, auec ce qu'il les induifoit à receuoir cefte creance par vn tel artifice: Quand il auoit eu quelques fecrets aduertifiemens, que le ennemis deuoyent venir affaillir aucuns endroits des pays& prouinces à luy fuiettes, ou qu'on luy auoit par furprife ou par intelligence emblé quelqu'vne de fes places, il leur donnoit à entédre que fa biche auoit la nuit en dormant parlé à luy,& luy auoit enioint, qu'il tinft fes gens tous prefts en armes. Semblablement aufsi quand il auoit eu aduis, que quelqu'vn de fes lieutenans a- uoit gaigné vne bataille, ou auoit eu aucun aduantage fur fes ennemis, il faifoit cacher le meflager& amener fa biche en public, couronnee& couuerte de bouquets& de chapeaux de fleurs: puis difoit que c'eftoit quelque bonne nouuelle, qui luy deuoit bien toft venir, les enbortat d'auoir bonne efperance& de fe refiouyr, en facrifiant aux dieux pour leur rendre grace de ce que bien toft il auroit quelque bonne nouuelle.Ainfi en leur imprimant cefte fuperftition en la tefte, il les rendoit plus maniables& plus obeiflans à fa volóté, de forte qu'ils ne penfoyent plus eftre gouuernez par vn homme eftranger, qui auoit le fens& l'entendement plus grand qu'eux: ains croyoyent fermement, que c'eftoit quelque dieu, qui les códuifoit: auec ce que les effets refpondoyét à leur opinion, pourautant qu'ils voyoyent à l'œil fa puiffance croiftre contre toute apparente raifon: car auec deux mille cinq cens hommes de guerre, qu'ils appelloit Romains, combien qu'il y en euft la plus part d'Africains, qui eftoyent paffez quant& luy de l'Afrique en Hefpagne,& quatre mille Lufitaniens, auec enuiron fept cens hommes de cheual, il fouftint la guerre contre quatre grads Capitaines Romains, fous la charge defquels il y eut bie fix vingt mille hommes de pied, fix mille cheuaux,& de gens de trait& tireurs de fondes, bien deux mille, auec vn nombre infinys de villes& de pays, là où luy n'en auoit que vingt au commencement ment: tre ma grand mers a quels Tia,& pagne homes tius, Pr delcon Metell Jus me de la g pour l qu'il f rir& Pomp qu'il homme a bata muot leger gee com & lu gnes Comm contin feu fa ne,& [ comme me acc gue man quad ute blancs quartieroit quelque de venasion rent, les re on petit bi ec le temp y quandi ffarouchoit dars armez, tit à petit il d'eftoit fait enten perficicn vntel ar ns, que le s& pro ar intel entedre my auoit SERTORIV S. 93 ment& toutefois auec vne fi foible puiffance, qu'il fe trouua entre mains à l'entree de cefte guerre, non feulement il conquit de grand pays,& prit plufieurs bonnes villes, mais aussi prit prifonniers aucuns des Capitaines, qu'on enuoya contre luy: entre lefquels il desfit Cotta en bataille par mer, pres la ville de Mellaria,& rompit aufsi en bataille ragee, Fidius gouuerneur de l'Hefpagne Bætique, pres de la riuiere de Bætis, où il túa deux mille homes Romains,& par fon Quæfteur desfit aufsi Lucius Domitius, Proconful de l'autre prouince d'Hefpagne,& vne autre fois defconfit aufsi Toranius, vn autre Capitaine, I'vn des lieutenas de Metellus, qu'il tua fur le champ, auec toute fon armee:& à Metellus mefme qu'on eftimoit I'vn des plus grāds perfonnages au fait de la guerre,& des meilleurs Capitaines que les Romains euffent pour lors, il luy donna tant de trauerfes,& le ragea à tels termes, qu'il fallut que Lucius Lollius vint du Languedoc pour le feconrir:&, qui plus eft, qu'on enuoyaft de Rome en diligence le grand Pompeius, auec vne nouuelle armee: car Metellus ne fauoit plus, qu'il deuoit faire ny de quel cofté fe tourner ayant à faire à vn homme hardy& aduentureux, que iamais il ne pouuoit attirer à bataille rangee, ny l'attraper en pleine campagne: mais qui fe muoit& tournoit facilement en toutes formes, pour l'agilité& legereté de fes foldats Hefpagnols de nation, armez à la legere: là ou luy auoit accouftumé de combatre en iournee afsignee, de* Ily a es pied ferme fans bouger,& conduifoit vae armee pefante& char- ceft endroit gee de harnoys, laquelle fauoit tresbien garder les rangs,& en deux leçons, combatant de pied ferme à coups de main renuerfer fon ennemi, toutes deux & luy paffer fur le ventre: mais de grauir contremont les monta- fouftenables, gnes,& d'eftretoufiours attachée à la queue de ces homes legers& felöl'au comme le vent, à les chaffer& pourfiiure attendu qu'ils fuyoyet treil faudroit continuellement,& n'arreftoyent iamais en place, elle ne l'euft dire, de mener feu faire, ny n'euft feu endurer la faim& la foif, viure fans cuifi- à la guerre ne,& fans feu, coucher à mefme terre fans tantes ne pauillons, des citoyens comme faifoyent ceux de Sertorius. Ioint aufsi que luy qui eftoit Romains codefia bien auat fur fon aage, apres plufieurs grāds labeurs& tra- batas en ges uaux qu'il auoit endurez en fes ieunes ans, fe laiffoit defia vn peu de bien. aller aux voluptez& aux delices,& eftoit attaché à Sertorius, qui lors fe trouuoit en la fleur de fon aage plein de vigoreux efprits, outre ce que de pature il auoit le corps merueileufement bien compofé pour la force, legereté& fobrieté: car il n'eftoit aucunement fuiet à fa bouche, ny ne beuuoitiamais outre mefure, non pas mefme quand il eftoit hors d'affaires en plein repos: car il s'eftoit accouftumé de ieunefle à fupporter de grads trauaux, faire de logues traites, paffer plufieurs iours& nuits de rang fans dormir, manger peu& fe contenter de viandes les premieres trounees:& quad il fe trouuoit de loifir, il eftoit fans ceffe à cheual à chaffer plement nans a fes enpublic curs: pos noit bie refour que man & pla re go ntende deftoit doye flance cinq qu'il luy enuiqua eur bie gens de foxhen 54 SERTORIVIS & courir ça& là parmy les chaps: au moyen dequoy il acquit vne grande experience& addrefle, pour fe fauoir habilemét tirer hors d'vn manuais paffage, quand il eftoit preffé de fon ennemi,& au contraire aufsi de l'enclorre quand il auoit auantage fur luy,& de conoiftre par où on pouuoit paffer,& par où nó.Et pourtant Metellus, qui ne cerchoit qu'a combatre, fouftenoit toutes les incommoditez& toutes les pertes, que fouffrent ceux, qui font vaincus: & au contraire Sertorius, en declinant la bataille,& fuyan deuat Juy, auoit fur luy tous les auatages, qu'ont ceux qui chaflent leurs ennemis apres les auoir ropus: car il luy retrechoit viures de tous coftez, il luy oftoit l'eau, il le gardoit de pouuoir fourrager. Quad il cuidoit marcher en pays, il l'arreftoit: quand il eftoit arrefté& logé, il luy donoit tant d'alarmes, qu'il le côtraignoit de defloger. S'il mettoit le fiege deuant quelque place, il fe/ trouuoit luy mef me incontinent afsiegé pour la necefsité de viures en quoy Sertorius le mettoit, tellement que fes foldats n'en pouuoyent plus. Au moyen dequoy comme Sertorius desfiaft au combat d'homme à homme Metellus, ils crierent, que c'eftoit bien dit,& qu'il falloit qu'ils combatiffent Capitaine contre Capitain:,& Romain cotre Romain: toutefois Metellus le refufa tresbien,& les foldats s'en moquerent: mais luy ne s'en faifoit que rire:& faifoit fagement: car comme dit Theophraftus, Il faut qu'vn capitaine meure en Capitaine, non pas en fimple foldat. Au demeurant, Metellus, s'eftant vn iour aduifé que les Langebrites, qui faifoyent beaucoup de feruice& d'aide à Sertorius, eftoyent aifez à forcer& à prendre par faute d'eau, à caufe qu'ils n'auoyet qu'vn feul puits dedans leur ville,& quat aux ruiffeaux& fontaines qui font aux faux- bourgs& enuirons de la ville, celuy qui tiendroit la ville afsiegee, fans point de doute en eftoit le maiftre, efperant qu'il cowheraindroit la ville de fe rendre à luy dedans deux iours, au plus tard, il commanda à fes gens, qu'ils priffent des viures, pour cinq iours feulement: mais Sertorius aduera de ce, y donna bon ordre, & promptement: car il fit emplir d'eau deux mille peaux de che.. ure,& promit pour chafque peau bonne fomme d'argent, à qui les porteroit: ce que plufieurs Hefpagnols& plufieurs Maurufiens incontinent entreprirent: defquels Sertorius choififfant les plus robuftes& les plus difpos, les enuoya par vn chemin de mō-! tagne, leur enioignant qu'en deliurant ces cheures pleines d'eau à ceux de la ville, ils en fiffent quad& quand fortir toute la tourbe inutile, à celle fin que l'eau fournit plus longuement à ceux, qui demeureroyent pour la defenfe de la ville: dequoy Metellus eftat aduerti en fut fort fafché, pource que defia eftoyent prefque tous confumez les viures, qu'il auoit commandé de prendre à fes gens,& à cefte caufe enuoya va fien lieutenant nommé A- quinus, auec fix mille hommes, au recounremēt des viures.Serto* rius rius en dedas v le hom Juy le champ Capita au cam traint de Helpag me, etti auoit a la faço au para der leu figne pe de en fit tage dorer l cliers hocqu Jeur par c elto me Of enfe à ent grads chofe finem peres de bell honne que luv VOIT CO qqiang aur qu a il v vol Bart de le acquire et tirer bo nem,& a urtant Me les incom nt vaincus yant deat alent leur res de tous ger.Quid arrette& defloger quoy Ser yent plas d'homme qu'il fal Romain foldats it fage meure etellus, t beauforcer& feul pu font a la vil quil الله و Cour nordi de che mt, à qui Mauruant les emo d'eau Durbe SERTORIV S. 95 rius en fut tantoft aduerti, qui luy dreffa embufche à fon retour dedas vne valle couuerte de bois, là où il mit en aguet trois mille hommes pour luy donner fur la queue en furfaut, pendant que luy le chargeroit de front. Ainfi le tourna- il en fuite,& tua fur le champ vne partie de fes gens,& en prit l'autre: mais Aquinus le Capitaine ayat perdu fes armes& fon cheual fe fauua de vifteffe au camp de Metellus, lequel à Poccafion de cefte route fut contraint de leuer honteufemet fon fiege, dont il fut fort moqué des Hefpagnols. Pour tels actes eftoit Sertorius meruelleufement aimé, eftimé& honnoré des Barbares,& mefmemet pource qu'il les auoit agguerris& inftruits à la difcipline Romaine, leur oftant la façon de combattre furieufe, fauuage& beftiale qu'ils auoyent au parauant,& leur enfeignant à vfer d'armes Romaines, à garder leurs rangs en combattant, fuyure Penfeigne,& a prendre le figne& le mot de la bataille, de forte qu'au lieu d'vne grade troupe de brigans& larrons, à quoy ils reffembloyent au parauant, il en fit vne belle armee, bien agguerrie& bien ordonnée. Dauantage, il leur departoit force or& argét, leur remonftrant à en faire dorer leurs armets,& enrichir d'ouurages leurs targes& boucliers,& à fe veftir proprement de riches manteaux& de beaux hocquetons par deflus, leur enfeignat à fe tenir honneftement,& leur fourniffant argent pour ce faire, par où il gaignoit merueilleufemet les coeurs des Barbares. Mais plus encore les obligea- il, par ce qu'il fit à leurs enfans: car de tous les peuples& pays, qui eftoyét fous fon obeyffance, il enuoya querir les ieunes enfans des meilleures& plus nobles maifons,& les fit tous affembler dedans Ofca bonne& grade ville, où il leur bailla des maiftres pour leur enfeigner les fciéces& lettres, tát Grecques que Latines, donant à entendre à leurs parents, que c'eftoit afin que quand ils feroyent grads, ils en fuffet plus idoines à eftre employez aux affaires de la chofe publique: mais à la verité c'eftoyent oftages, qu'il prenoit finemét d'eux pour s'affeurer de leur foy& loyauté.Si eftoyét les peres fort ioyeux de voir leurs enfans vellus à la guife Romaine de belles robbes longues brodees de pourpre tout à l'entour, aller honneftement aux efcholes, que Sertorius payoit leur defpēce,& que luy- mefme bie fouuét prenoit la peine de les examiner, pour voir coment ils auoyét profité,& qu'il faifoit des prefens à ceux, qui auoyet le mieux eftudié, leur donnát certaines bagues& ioyaux à pendre au col, que les Romains appellent Bullas, tellemét qu'eftant alors la couftume en Hefpagne, que ceux, qui eftoyent a l'entour du Prince ou du Capitaine, mourufleut auec luy, quad il venoit à mourir,& eftant celle couftume de fe defuouer amfi volontairement à mourir quand& fon feigneur appellee par les Barbares la Deuotion, il y en auoit bien peu de leurs efcuyers ou de leurs plus familiers, qui fe denouaffent ainfi à mourir quad& x, qui us eftic prefque endre SERTORIV S. auoir impo jours apres pour pre deux che & for& q lea merue il fr mentre chevalen les autres Capitaines: mais au cótraire plufieurs milliers d'hommes fuiuoyent ordinairemēt Sertorius, ayas voué de perdre leurs vies, quad il perdroit la fiene.En tefimoignage dequoy on dit, que fon armee ayant vn iour efté rompuë pres de ne fay quelle ville d'Hefpagne, comme les ennemis le pourfuiuiffent afprement, les Hefpagnols n'efpargnans aucunement leurs vies pour fauuer la fiene, l'enleuerent fur leurs efpaules,& le pafferet par deffus eux de main eff main iufques à ce, qu'ils l'euffent mis dedans la ville; puis quand ils l'eurent ofté du danger& mis à fauueté, adonc ils entendirent à eux fauuer à la courfe, le mieux qu'ils peurent. Si n'eftoit pas bien voulu des Hefpagnols feulement, mais aufsi des autres gens de guerre venus de l'Italie: au moyen dequoy quand Perpenna Vento, qui eftoit de la mefme ligue, fut arriué en Hefpagne auec groffe fomme d'argent& bon nombre de gens de guerre, en intention de faire la guerre à par foy contre Metellus, les foldats s'en courroucerent à luy,& ne parloit- on que de Sertorius en fon camp: ce qui faifoit grand defpit à Perpenna, pource qu'il eftoit homme fuperbe& arrogant, pour la richeffe& la nobleffe de fa maifon. Mais quand les nouuelles vindrent, que Pompeius paffoit defia les monts Pyrenees, les foldats prirent leurs ar mes,& arracherent les baftons des enfeignes, qui eftoyent fichees en terre, crians apres Perpenna, qu'il les menait à Sertorius,& le menaçans, que s'il ne le faifoit, ils le laifferoyent tout feul,& s'en iroyent trouuer vn Capitaine, qui fauroit bien fauuer& eux& luy enfemble: de forte que Perpenna, par ce moyen fut contraint, vouluft ou non, d'obtemperer à leur volonté,& de mener cinquante & trois enfeignes, qu'il auoit, ioindre auec celles de Sertorius.Ain fi deuint l'armee de Sertorius fort groffe& puiffante: mefmement depuis que toutes les villes, qui font au deçà de la riuiere d'Ebrus, fe furent rendues à luy: car adonc gens de guerre luy accoururet de tous coftez: mais c'eftoit vne tourbe confufe& temeraire de Barbares ramaffez de toutes pieces, lefquels n'auoyent pas la patience d'attendre l'occafion, ains crioyent en grand tumulte, qu'on allaft chaudement charger l'ennemi: ce qui fafchoit à Sertorius,& tafcha premierement à les remettre& rendre capables de la raifon par remonftrances: mais quand il vit qu'ils fe mutinoyent,& qu'ils vouloyent à toute force qu'on allaft comment que ce fuft, alfaillir les ennemis hors de temps& de faifon, adonc leur lafcha- il la bride,& les laiffa aller en telle forte, qu'il s'attendoyent bien qu'ils feroyent battus, mais aussi qu'il donneroit bien ordre, qu'ils ne feroyent pas pourtant perdus, efperant que de lors en auant ils en feroyent plus foupples à obeyr a fes co mandemens. Si en aduint tout en la forte qu'il auoit coniecturé, mais il alla au deuant pour les recueillir,& les ramena à fauueté dedans fon camp.Et pour leur ofter la desfiance qu'ils pouuoyét auoir froit auoi leur auoit deux main fort, com femit a ti ce grand pour cu il n'eut qui le re pend he cheval la Voyez d ce tait bles, que le leplu attend gereu ec pr ordina attendr querre Charac Past onv Com Au Tem liers d'hom perdre le by on dite quelle vilk prement, le ur fauuer ar defius eur dins la villie te, adoncil peurent. Si is aufsi des quoy quand een Hel de gens de eMetellus que de Ser mna, poure e& la no que Pem leurs ar nt fchees mus,& le l,& s'en eux& luy raint, vou cinquant rtorius A mefmenes meran ent pa nd tumul fafcho endre co vit qu'ils aft comfaifon, te, qu'il donneefperant SER TORIVS. 97 auoir imprimee en leurs cœurs, à caufe de cefte fecouffe, peu de iours apres cefte route, il fit affembler toute fon armee, comme pour prefcher, puis fit amener au milieu de toute l'affemblee deux cheuaux, l'vn foible extremement& defia vieil, l'autre grad & fort,& qui entre autres chofes auoit la queue fort efpeffe,& bel le à merueilles. Derriere celuy qui eftoit ainfi foible& maigre, il fit mettre vn beau grand homme& puiffant,& derriere le fort cheual en fit mettre vn autre petit& debile, qui à le voir monftroit auoir bien peu de force. Et quand il eut fait yn figne, qu'il leur auoit ordonné, l'homme qui estoit puiffant& fort, prit à deux mains la queue du cheual maigre,& la tira de tout fon effort, comme s'il l'euft voulu arracher:& l'autre qui eftoit debue fe mit à tirer poil apres poil de celle du puiffant cheual. Quand ce grand& puiffant homme eut bien trauaillé& fué en vain, pour cuider rompre ou arracher la queue du cheual foible,& que il n'eut en fomme fait autre chofe, qu'appareiller à rire à ceux qui le regardoyent,& qu'au contraire l'homme foible en bien peu d'heure& fans aucune peine, eut rendu la queue de fon grad cheual fans vn feul poil: adonc Sertorius fe dreffant en pieds Voyez( dit- il) mes compagnons& amis, comment la perfeueran ce fait plus que la force:& comme plufieurs chofes inexpugna bles, à qui les cuideroit forcer tout à vn coup, auec le temps fe laiffent prendre, quand on y va petit à petit: car la continuation eft inuincible, par la longueur de laquelle il n'eft force fi grande, que le temps à la fin ne mine& ne confume, eftant le plus feur& le plus certain fecours que fauroyent auoir ceux qui en fauent attendre& choifir l'opportunité:& au contraire auffi le plus dangereux ennemi que fauroyent auoir ceux, qui font les chofes a- uec precipitation.Par telles inuentions que Sertorius ourdiffoit ordinairement pour entretenir les Barbares, il leur enfeignoit à attendre les occafions du temps. Mais entre toutes fes rufes de guerre, celle dont il vfá à l'encontre du peuple, qu'on appelle les Characitaniens, fut autant eftimee que nulle autre. C'eft vn peuple qui habite delà la riuiere du Tagus,& n'ont ces Characitaniens, ne villes, ne villages pour deur ordinaire demeurance: ains ont vn coftau affez grand& haut, où il y a force cauerne s& force trous creux& profonds dedans les roches, qui regardent droit vers le Septentrion. Tout au long du pied de ce coftau ya vne fondriere d'argille,& vne terre fi tendre& fi pourrie, qu'elle n'a pas force de fouftenir, quand on marche deffus, ains auffi toft que on y touche tant foit peu, elle fe rompt,& fe refout en poudre comme feroit de la chaux viueo u de la cendre qui la fouleroit, Au moyen dequoy, quand ces gens auoyent doute de quelques en. nemis, où qu'ils auoyent ferré dedans leurs cauernes ce, qu'ils a- uoyent robbé& pillé fur leurs voifins, ils ne faifoyent que fe tealisupls! rafes d Conie Chr s poure 200 gj SERTORIV S. Kelque fees,& fouffe pirer Prouffe Tiere qu deur i riusce cteur fa qui eft la guer Jay po re len di, qui 98 nir dedans leurs cauernes pour eftre à feureté: car il eftoit impoffible de les y forcer.Si aduint quelque fois que Sertorius s'eftant cfloigné de Metellus s'en alla camper aupres du coftau où demeu royent ces Barbares, qui l'eurent en me fpris, cuidans qu'il euft efté desfait par Metellus: parquoy eftant irrité de cela, ou voulant remonftrer qu'il ne fuyoit point, le lendemain au matin s'approchaà cheual, le plus pres qu'il peut, du coftau pour le reconoiftre, & confiderer de pres la nature du lieu,& voyant qu'il n'y auoit aucunes aduenues, par où on y peuft entrer, il ne pouuoit autre chofe faire, que fe promener çà& là bien fafché,& vfer de menaces vaines fans effet: mais en allant& venant il s'aduifa que le vent efleuoit en l'air vn grand poucier de cefte terre frefle, que l'ay dite,& le iettoit& chaffoit contre les trous de ces Characitaniens, dont les bouches& ouuertures, comme nous difions n'agueres, font tournees deuers le Septentrion. Or le vent qui foufle de deuers le Septentrion, que quelques vns appellent Cacias, eft celuy de tous les vents, qui plus ordinairement tire en ces quartiers- là, s'engendrant és plaines marefcageufes d'alentour, & és montagnes en tout temps couuertes de neges, mefmement lors qu'il eftoit au cœur d'Efté, auquel temps il fe nourrit& fe renforce par les neges& glaces Septentrionales, qui fe fondent adone,& lors halena fouefuement tout le long du iour refrefchif fant les Barbares& leur beftail auffi. Sertorius difcourant cela en foy- mefme,& entendant des habitans du pays à l'enuiron que cela fe faifoit ordinairement, commanda à fes gens qu'ils amaffaffent grande quantité de ceite terre legere& cédreufe,& qu'ils en fiffent yn grand monceau, droit au deuant de ce coftau: dequoy les Barbares fe moquoyent auec grandes rifees du commécement, cuidant que ce fuft vne leuee, qu'il vouluft hauffer pour les aller combatre: mais nonobftant il fit continuer la befongne tout le long du iour iufqu'à la nuit, puis fur le foir remena fes gens en fon camp. Le lendemain à l'aube du iour il fe leua premierement vn petit vent, qui efleua le deffus feulement,& le plus delié de cefte terre poudreufe, comme la bale quand on vanne le bled: mais à mesure que le Soleil commença à fe hauffer, le vent de Tramontaine fe renforça auffi, qui couurit incontinent de poucier tout le coftau. Puis là deffus arriuerent les gens de Sertorius, qui remuerent iufques au fond le monceau, qu'ils auoyent amaffé le jour de deuant,& briferent les mottes de ceste argile fe she. Ceux qui eftoyent à cheual, manioyent leurs cheuaux par deffus, pour toufiours faire fourdre plus grande quantité de pou cier, que le vent prenoit auffi toft qu'il eftoit enleué hors de terre & le iettoit dedans les trous& cauernes de ces Barbares, donnant à droite ligne dedans les veues& ouuertures d'icelles. Parquoy n'ayans autres foufpiraux, ny autres iffues, finon celles dedans lefquelles troup de gu nees monit molds tage POL fur& fi fut v villes retour La form CO For orius delta au ou dem as qu'il e agon voulam an s'appro reconciltre il n'y au Quoit autre er de mena duita que le fre Die, que Characta dufions n'a ent qui fo ent Caci tire en ce Palentou memen urrit& fe fonden frefchil ant cela ron qu ' ils ama fe,& qu'il du com mauerp emen's leua pre vannek le ven inent de e Serto Buoyen gile le aux par é de po rs deter dond Mes del SERTORIVS 2 99 Kefquelles le vent leur donnoit, leur veuës furent tantoft eftoufees,& le dedans de leurs cauernes rempli d'vn air chaud& e-. ftouffé, tellement qu'ils ne pouuoyent plus, qu'à grand peine refpirer: car quand ils cuidoyent reprendre leur haleine, ceftair e- ftouffé& poucier enſemble leur entroit dedans la gorge, de maniere qu'ils eurent beaucoup à faire à durer& fouftenir feulemét deux iours,& au troifieme fe rendirent à la difcretion de Sertorius: ce qui ne luy augmenta pas tant fes forces, comme il luy accreur fa reputation, d'auoir ainfi bien feu gaigner par engin ce, qui eftoit imprenable par force.Or durant tout le temps qu'il fit la guerre contre Metellus feul, il eut le plus fouuent auantage fur luy, pour autant que Metellus, qui eftoit defia vieil,& de fa nature lent& pefant,& ne pouuoit pas refifter à ce ieune homme hardi, qui conduifoit vne armee legere, reffemblant pluftoft à vne troupe de larrons& de brigans, que non pas à vn exercice de gés de guerre.Mais depuis que Pompeius eut paffé les monts Pyrenees,& qu'eftans campez l'vn deuant l'autre. Pompeius luy eut monftré toutes les rufes de guerre,& tous les tours de bon Capitaine qu'il fauoit,& luy femblablement a Pompeius,& neantmoins qu'on vit, que Sertorius auoit encore le plus fouuent auantage, tant à luy dreffer embufches, qu'à fe garder des fienes: adóc fur le bruit& le renom de Sertorius fi grand, que iufques à Rome mefme il fut eftimé le plus grand Capitaine,& le mieux entendu au fait de la guerre, qu'autre qui fuft de fon temps. Car cenc eftoit pas peu de chofe que la reputation de Pompeius, ains floriffoit defia fa gloire, qui depuis s'augmenta encore dauantages pour les hautes proueffes qu'il auoit faites fous Sylla, lequell'en fur- nomma luy- mefine Pompeius Magnus, c'eft à dire, le grand, & fi auoit merité l'honneur du triomphe, auant que la barbe luy fut venue: tellement qu'à fon arriuee en Hefpagne plufieurs des villes& citez, quiobeiffoyent à Sertorius, furent en branfle de foy retourner deuers luy: mais elles changerent de volonté depuispar la fortune qui aduint à la ville de Lauron contre l'efperance de tout le monde: car comme Sertorius euft mis le fiege deuant, Pompeius y alla en grande diligence auec toute fon armee pour le leuer de là. Si y auoit tout aupres de la ville vne petite more fort commode pour y loger vn camp& endommager ceux de la ville au moyen dequoy I'vn fe haftoit pour s'en emparer,& l'autre pour l'en engarder: toutesfois Sertorius y arriua le premier qui s'en faifit,& Pompeius y arriua tantoft apres qui fut bien aife de ce que la chofe eftoit ainfi auenue, cuidant bien tenir à ce coup- la Sertorius, eftant enfermé d'vn cofté, de la ville de Lauron,& de l'autre cofté, de fon armee: à l'occafion dequoy il man da à ceux de la ville, qu'ils ne fe fouciaffet de rie, que de regarder à leur aife de deffus leurs murailles Sertorius, qui vouloit affieger g Aciquells 100 SERTORI VS2 taille de Po fur adueni peius comba * перовио Course: au la droite, o rut haftiuer fayra vald dos,& rem pres les aud les autres, luy- mefme afsiegé bien à l'eftroit auec fon armee. Cela fut rapporté à Sertorius, qui n'en fit que rire,& dit, qu'il enfeigneroit à ce ieune difciple de Sylla( car ainfi appelloit- il Pom peius par mocquerie) qu'il faut qu'vn fage Capitaine regarde plus derriere foy qne deuant:& en difant cela, monftra aux Lauronitains fix mille hommes de pied bien armez, qu'il auoit laiffez dedans le camp, dont il eftoit parti pour venir occuper la mote, dù il eftoit alors, afin que fi Pompeius d'auenture le cuidoit venir affaillir, ils luy donnaffent fur la queue. Ce que Pompeius ayant trop tard apperceu, n'ofoit prefenter la bataille à Sertorius, craignant d'eftre ènueloppé par derriere,& d'autre cofté auoit honte d'abandonner les Lauronitains, lefquels à la fin il fut contraint de voir perdre& deftruire deuant fes yeux, fans qu'il ofaft bouger pour y penfer mettre ordre, car quad les Barbares virét qu'ils n'auoyent point d'efperance d'eftre fecourus, ils fe rendirent à la merci de Sertorius, lequel pardonna aux perfonnes,& les laiffa toutes aller, où ils voulurent: mais il brufla toute la ville, non point par courroux ny par cruauté( car c'eft le Capitaine qui a le moins vfé de cruauté par cholere) mais pour faire honte& clorre la bouche à ceux, qui faifoyent tant de cas de Pompeius,& l'auoyent en fi grande eftime, afin que le bruit couruft entre les Bar bares, que luy eftant prefent,& prefque fe pouuant chaufer au feu qui brufloit vne bonne ville de fes alliez deuant fes yeux, iamais il n'auoit ofé ny peu leur donner fecours. Bien eft- il vray, que durant les cours de cefte guerre Sertorius receut auffi plufieurs pertes& dommages, mais ce fut toufiours ou le plus fouuent, par la faute de fes lieutenans: car quant à luy il fe maintint toufiours inuincible,& ceux qu'il conduifoit auffi, n'eftant iamais batu que en fes lieutenans: encore acqueroit- il plus d'honneur par les reffources des batailles que fes Capitaines luy perdoyent,& que luy recouuroit, que n'auoyent fait fes aduerfaires, qui les auoyent batus, comme en la iournee qu'il gaigna contre Pompeius pres la ville de Sucron,& vne autre fois côtre Metellus& Pompeius enfemble pres la ville de Tuttia.Et quant à la desfaite de Sucro, on tient qu'elle aduint par l'ambition de Pompeius, qui fe voulut ha fter, de peur que Metellus ne fuft participant de l'honneur de fa victoire,& Sertorius ne demandoit autre caufe, qu'à le combatre auant que Metellus fe ioignift à luy,& pourtant luy donna la bataille fur le foir, eftimant que les tenebres de la nuit feroyent grand deftourbier à fes ennemis,& à fe fauuer s'ils eftoyent vaincus,& à chaffer s'ils demeuroyent vainqueurs, à caufe qu'ils e- ftoyent eftrangers:& qu'ils n'auoyent pas conoiffance du pays. Quand les batailles vindrent à s'entre- choquer, Sertorius ne fe trouua pas du commencement à l'oppofite de Pompeius, ains à P'encontre d'Afranius, qui conduifoit la pointe gauche de la bataille alla rechar foit defia p fort qu'il fuite, de m mefme n fe fauna Sertorius Coultre de tillans ent chapper c Continent pointe d deaned de lear & le pi route pillag defarro encore rechef que Me de la o FOUS cutte foit fort contume Петер te, qu thent armee.Co it, qu'il en loit- il Pon regarde a aux La auoit laffer erla mott idoit venir peius ayant orius cral uoit honte contraint ofaft bou viret qu'ils dirental les la File, non qui a le clorre & l'a les Bar rau feu lamais que du eurs per par la fours i marls & quely yen sprea petus en Sucro, on ulut ha r de fa batre la baroyent t vain qu'ilse du pays rius ne le de laba SERTORIV S. IOR taille de Pompeius,& luy eftoit en la droite de la fiene: mais il fut aduerti que la pointe gauche de fon armee, contre qui Pompeius combatoit, eftoit fi fort preffee, qu'elle reculoit en arriere, & ne pouuoit plus gueres durer, fi promptement elle n'eftoit fecourue: au moyen dequoy il bailla incontinent la conduite de la droite, où il eftoit, à d'autres fiens Capitaines,& s'en courut haftiuement à la gauche, qu'il trouua en grand branfle de fuyr à val de route: fi rallia ceux, qui auoyent defia tourné le dos,& remit en bon ordre ceux, qui faifoyent encore tefte,& a- pres les auoir encouragez tant de fa parole que de fa prefence, il alla recharger plus viuement que iamais Pompeius, qui chaffoit defia penfant auoir affeurément tout gaigné,& fit vn tel effort qu'il retournaft toute l'armee des Romains entierement en fuite, de maniere qu'il s'en fallut bien peu, que Pompeius luymefme n'y fuft occis fur le champ: car il y fut bien fort blecé,& fe fauua par vne eftrange forte, qui fut, que les Afriquains de Sertorius ayans pris fon cheual, lequel eftoit fort richement accouftré de harnois d'or& d'autres precieux ornemens, en les partiffans entre eux,& fe batans à qui en auroit, fi le laifferent efchapper ceffans de le pourfuyure. Mais Afranius cependant, incontinent que Sertorius fuft party pour aller fecourir l'autre pointe de fa bataille, tourna en fuite ce, qu'il trouua de front au deuant de luy,& les mena batant iufques au dedans des tréchees de leur camp, dedans lequel il entra pefle mefle auec les fuyans, & le pilla qu'il eftoit defia nuict toute noyre, ne fachant rien de la route& des faite de Pompeius, ny ne pouuant retirer fes gens du pillage. Parquoy Sertorius y arriuant là deffus,& les trouuant en defarroy, en tua vne grande partie: puis le lendemain matin fit encore armer fes gens,& les ietta aux champs pour prefenter derechef la bataille à Pompeius: mais depuis ayant eu nouuelles que Metellus eftoit pres de là, il fit fonner la retraite,& deflogea de là où il eftoit campé, difant, Si cefte vieille ne fuft venue, ie vous euffe bien renuoyé ce garçon à coups de verges à Rome. Si eftoit fort defplaifant de ce, qu'on ne pouuoit nulle part trouuer ny recoururer fa biche blanche: car auffi eftoit- il priué d'vn grad artifice& d'vn fubtil moyen pour contenir les Barbares en deuoir, mefmement lors qu'ils auoyent plus grand befoin d'eftre reconfortez mais de bonne aduenture, il y eut quelques vns de fes gens, qui s'eftans efgarez la nuit, la rencontrerent en leur chemin,& l'ayans reconeue à fa couleur, la prirent& la luy ramenerent. Ce qu'entendant Sertorius luy promit vne bonne fomme d'argent, pourueu qu'ils ne diffent iamais à perfonne viuante, qu'ils la luy euffent ramence,& quant& quant la fit diligemthent cacher.Peu de iours apres il fortit en públic auec vn vifage riam,& vne chere gaye contant par tout aux principaux feigij 102 SERTORIVS. gneurs & Capitaines des Barbares, que les dieux en dormát luy auoyent fignifié& predit, que bien toft il luy deuoit aduenir vn grand heur:& en difant cela, il monta en fon fiege pour donner audience& faire droit à chafcun:& lors ceux, qui gardoyent la biche non gueres loin de là, la laifferent aller fecrettement:& elle, fi toft qu'elle apperceut Sertorius, accourut incontinent à fon fiege à grande fefte, mettant fa tefte entre fes genoux,& luy touchant du mufle en la main droite, comme elle auoit accouftumé de faire auparauant. Sertorius d'autre cofté la careffa auffi,& luy fit grande fefte tout à propos, auec demonftrance de fi tendre affection que les larmes luy en venoyent, ce fembloit, aux yeux: dont les Barbares affiftans demeurerent tous picquez& eftonnez du commencement, mais puis apres quand ils y eurent penfé, ils fe prirent à batre des mains de ioye, qu'ils en eurent, & le reconuoyerent iufques en fon logis auec grands cris de refiouiffance, difans& ayans ferme opinion qu'il eftoit homme diuin& bien voulu des dieux, dont ils conceurent en leurs cœurs vn grand contentement,& vne affeuree efperance, que leurs affaires iroyent toufiours de bien en mieux. Vne autre fois dedans le territoire des Saguntins, ayant reduit fes ennemis à extreme neceffité de viures, il fut centraint de venir malgré luy au combat, à caufe qu'ils enuoyoyent vne groffe trouppe de leurs gens pour fourrager le pays,& recouurer viures: fi fut la chofe bien courageufement cobattue tat d'vn cofté que d'autre,& y fut occis Memmius, le plus vaillat Capitaine qu'euft Popeius, en cobattant vaillamment au plus fort de la bataille. Sertorius fe fentant le plus fort fuyuit fa premiere pointe, faifant toufiours grad meurtre de ceux qui l'attendoyent tant qu'il penetra iufques à Metellus mefme, qui l'attendit en fe defendant plus vigoureufement que fon aage ne portoit, fi bien qu'il y fut blecé d'vn coup de perthuifane.Cela fit honte aux Romains, no feulement à ceux qui le virent, mais auffi à ceux, qui l'ouyrent dire,& eurent vergongne d'abadonner leur Capitaine:& tournans cefte vergongne en courroux contre les ennemis, ils couurirent Metellus a- uec leurs targes& efcus tout à l'enuiron,& en le tirant hors de la preffe firent vn tel effort, qu'ils contraignirent les Hefpagnols de reculer en arriere. Ainfi eftant la chance de la victoire tournee, Sertorius pour döner moyen à fes gens ropus, dé fe retirer à fauueté,& loifir à vn nouueau renfort, qu'il faifoit venir, de s'a maffer tout à leur aife, il s'en fuyt expreffement en vne ville de montagne forte d'affiete, là où il fit bonne mine de bien reparer les murailles, fortifier les portes, n'ayat rien moins delibere, que d'attendre ny fouftenir le fiegé là dedans: car c'eftoit vne amorce, qu'il iettoit au deuant de fes ennemis, lefquels fe vindrent planter& amufer deuant celle ville, efperas qu'ils la prendroyec facile facilem qui care fine d ueau taines leur aya Comme alla tro fort qu ures du illeur tous li de for fres d chain aduer S'en all en He P elt Con bien fond лего s'il e tous fe peroit CO dormation aduenir pour donner ardoyenla ment:& el inent à for & luy tou accoutume a auffi,& e de ten bloit, aur Pacquer& ils y eurent en eurent, ris de rel momme d urs coun leurs af fois deisà exeluy an He leurs achofe & y fut sen co us fe fer ours gra alques rent ve vergon tellus ors de agnols tour rerà esa Fille de eparer ere, que e amor drops SERTORI V S. 20103 facilement,& cependant laifferent à pourfuyure les Barbares, qui eurent tout loifir de fe retirer à leur aife en lieu de feureté:& fi ne donnerent pas ordre d'empefcher de s'affembler vn nouueau renfort, qui venoit à Sertorius, lequel auoit enuoyé fes Capitaines és villes prochaines,& pays circonuoifins pour leuer gens, leur ayant expreffement enioint, que fi toft qu'ils auroyent mis enfemble vn nombre competent, qu'ils le luy enuoy affent, comme ils firent,& luy, fi toft qu'il en eut les nouvelles, fendant aisément fes ennemis, paffa fans dificulté à trauers eux,& alla trouuer fes gens, auec lefquels il reuint tout foudain plus fort que deuant haraffer derechef fes ennemis,& leur couper viures du cofté de la terre par les embufches, aguets& furprifes que il leur faifoit à toutes heures,& qu'il fe trouuoit habilement en cous lieux, où ils fe cuidoyent adreffer, pour l'agilité& legereté de fon armee,& du cofté de la mer par le moyen de quelques fuftes de courfaires, dont il couroit toute la cofte,& tout le pays pro chain du riuage de la mer: tellement que les deux Capitaines, fiés aduerfaires furent contrains de s'efcarter loin I'vn de l'autre,& s'en alla Metellus hyuerner en la Gaule,& Pompeius demeura en Hefpagne bien à deftroit de toutes chofes à faute d'arget, pour paffer l'hyuer ésterres des Vacceies,& efcriuit au Senat à Rome, qu'il remeneroit fon armee en Italie, fi promptement on ne luy enuoyoit argent,& qu'il auoit ia defpendu le fien en combatant iournellement pour la defenfe de l'Italie, de forte qu'on tenoit ia pour tout affeuré à Rome, que Sertorius feroit premier en Italies que Pompeius, tät il auoit reduit à l'eftroit les principaux& plus eftimez Capitaines de ceft aage- la, par fon bon fens& fa bonne conduite. Si monftra bien Metellus combié il le redoutoit,& cobien il l'eftimoit grand& redoutable ennemi: car il fit publier à fon de trompe.Que fi aucun Romain le pouuoit tuer, il luy donneroit cent talens en argent,& vingt mille arpens de terre,&* Soixant s'il eftoit banni, luy prometoit rehabilitation& reftitution de mille efcus: tous fes biens, achetant par trahyfon la mort de celuy qu'il n'efperoit plus pouuoir iamais desfaire par armes. Dauantage il luy aduint vne fois de gaigner vne bataille contre Sertorius, dont il fut fi efleué,& eut tät de ioye pour cefte profperité, qu'il fe fit pour cela appeller Imperator, c'eft à dire, fouuerain Capitaine,& fouffrit, que par les villes où il paffoit, on luy en dreffaft des autels& luy fift des facrifices. Et fi dit- on de plus, qu'il fe laiffa mettre fur la tefte des chapeaux de fleurs,& fe feftoyer en baquets diffolus, efquels il feoit à table veftu d'vne robbe triophale,& fit- on des i- mages de victoire, qui fe rouloyer parmi la falle auec engins& mouuemes fecrets, portas lefdites images des trophæes d'or& des couronnes& chapeaux de triomphe& de danfes de beaux ieunes enfans,& de belles ieunes filles, qui chantoyent les cantiques de gij 105 SERTORIVS. tranquil fut contr trement fes enner fearet la guerre ne. Letra fon bom dates aya qu'en la dreffe fur chef l'Af qu'elles les marc triomphe en fa louange: en quoy veritablement il eftoit digne d'eftre mocqué, fe monftratainfi tranfporté de ioye,& efblouy de vaine gloire, pour auoir vne fois feulement fait retirer celuy, que il fouloit appeller le fugitif de Sylla,& le refte des bannis de Car bo.Et au contraire, on peut conoiftre la magnanimité& grandeur du courage de Sertorius, premierement à ce qu'il appelloit les bannis, qui s'eftoyent fauuez de Rome,& retirez deuers luy, Senateurs,& les tenant riere foy, le nommoit les Senat,& en faifoit les vns Quefteurs, les autres Præteurs, ordonnant toutes chofes felon les couftumes à la guife de fon pays:& puis à ce que faifant la guerre auec les armes des villes d'Hefpagne,& la fouftenant à leurs defpens, iamais neantmoins il ne leur ceda vn tout feul point de l'authorité fouueraine, non pas feulement de parole ains leur bailla toufiours gouuerneurs, officiers& Capitalnes Romains, comme celuy qui difoit toufiours, qu'ils combatoit pour la liberté du peuple Romain, non pour accroiftre la puiffance des Hefpagnols au preiudice des Romains. Car aufsi à la verité, il auoit vne grande deuotion enuers fon pays,& defiroit fingulierement y pouuoir eftre rappellé: neantmoins en fes aduerfitez, quad fes affaires fe portoyent mal, c'eftoit alors, qu'il fe monftroit de plus grand cœur, fans donner apparence aucune à fes ennemis de courage affoibly ne trauaillé: mais en fes profperitez, quand il auoit auantage fur eux, il mandoit à Metellus & a Pompeius, qu'il eftoit bien content de pofer fes armes,& de viure chez foy en homme priué, moyennant qu'il fuft par edict public rappellé& reftitué,& qu'il aimoit mieux eftre le moindre citoyen de Rome, qu'eftat bany de fon pays: eftre appellé Em pereur de tout le refte du mode.Et difoit- on, que l'vne des principales caufes, pour lefquelles il defiroit tant eftre rappellé eftoit Pamour, qu'il portoit à fa mere, fous laquelle il auoit efté nouŕry enfant orphelin de fon pere,& auoit mife toute fon affection entierement en elle: de forte que quand fes amis qu'il auoit en Hefpagne le manderent pour y venir en prendre le gouuernemét & y eftre leur Capitaine, apres y auoir efté quelque temps, ayant eu nouuelles que fa mere eftoit decedee, il en fentit fi grade douleur, que peu s'en fallue, qu'il n'en mourut de regret: car il demeu ra fept iours entiers couché par terre en plorant, fans donner le mot du guet à fes gens,& fans fe laiffer voir à aucun de fes a- mis, iufques à ce que les autres Capitaines principaux& de mefme qualité que luy vindrent à l'entour de fa tente,& l'importune rent tat par prieres& remonftraces, qu'ils le contraignirent d'en fortir& de fe monfter& parler aux foldats,& d'entendre à fes affaires, qui eftoyent tref- bien acheminez. Pourtant ont plufieurs iugé par tels indices, que de fa nature il eftoit doux& debonnaire,& que fon inclination naturelle eftoit d'aimer le repos& la tran foyent Pont, d chandi Parqu core pla de cour Pyrrus pourre & ig do mo Roy ques luy p recor luy cơ quitee luy& nat, po qu'on d core bi Pair& Capp de LO ma c'el gne bour leftoit die & elblou iret celuy bannis de C mite& gra qu'il appell ez deuers lu nat,& en fi toutes che à ce que fa & la foute ceda vn tou ment de pa & Capital Fils comb ccroiftre Car auksi ,& def ins en fes ors, qu'il e aucune es prof SERTORIVS. 105 tranquillité d'efprit& de corps: mais que pour caufe neceffaire il fut contraint de prendre charge de gens de guerre, ne pouuat autrement viure en feureté,& qu'eftant trauaillé& pourfuyui par fes ennemis fans pouuoir nulle part trouuer lieu de repos& de feureté, il fut contraint d'auoir recours aux armes,& d'entretenir la guerre, comme vne garde neceffaire à la defenfe de fa perfonne. Le traité mefme, qu'il fit auec le Roy Mithridates, fentoit bie fon homme de cœur haut& magnanime: car apres que Mithridates ayat efté vaincu par Sylla, fe fut remis fus, ne plus ne moins qu'vn lucteur, qui ayant éfté tarraffé par fon aduerfaire, feroit redreffé fur fes pieds pour cobatre vne autre fois, il enuahit derechefl'Afie, lors que la renomee de Sertorius eftoit defia fi grande qu'elle s'eftendoit par tous les climats du monde, de maniere que les marchans, qui venoyent des parties de l'Occident, emplif foyent les prouinces de l'Orient, mefmement le royaume de Pont, des nouuelles de Sertorius, ne plus ne moins que de marchandifes qu'ils fuffent allé querir& charger en pays eftrange. Parquoy Mithridates fut efmeu d'enuoyer deuers luy, eftant encore plus incité à ce faire par les vaines braueries de fes mignos de cour, qui accomparoyent Sertorius à Hannibal,& luy au Roy Pyrrus,& difoyent que les Romains affaillis de deux.coftez, ne pourroyent iamais durer ny refifter à deux fi excellentes natures, & fi groffes puiffances enfemble, quand le plus gentil Capitaine du monde feroit conioint auec le plus grand& le plus puiffant Roy, qui fut onques. Si enuoya Mithridates fes ambaffadeurs iufques en Hefpagne deuers Sertorius, auec lettres& pouuoirs de luy promettre argent& vaiffeaux pour fournir à cefte guerre, en recompenfe dequoy il demandoit, que Sertorius luy rendift& luy confirmaft la poffefsion de l'Afie, laquelle il auoit cedée& quiree aux Romains par l'appointement, qui auoit efté fait entre luy& Sylla.Sertorius affembla fon confeil, qu'il appelloit le Senat, pour deliberer fur cela. Si furent tous les autres d'opinion, qu'on deuoit accepter les offres, que prefentoit Mithridates, encore bien aifes, attendu qu'on ne leur demandoit qu'vn titre en Pair& vn nom de chofes, qui n'eftoyent point en leur puiffance, au lieu dequoy on leur offroit realement& de fait les chofes, dot ils auoyét plus grad befoin mais au cótraire Sertorius ne le voulut onques accorder, bien cofentoit- il à Mithridares, qu'il tinft la Cappadocie& la Bithynie, qui eftoyent prouinces accouftumees de viure fons des Roys,& fur lefquelles le peuple Romain n'auoit point de droit: mais il dit nommément, qu'il ne fouffriroit ia mais qu'il vfurpaft derechef vne prouince, qui par loyal titre, c'eft à fauoir, parlay teftamentaire de celuy qui en eftoit iufte fei gneur, appartenoit au peuple Romain;& dont il auroit efté debouté en guerre à force d'armes par Fimbria,& que depuis il Metellus mes,& de par edi le mon ppelleE efter aud sayan de do demen Honnet fes a- mel ortune it d'en re à fa plufieus 706 cens SERTORIVS. tauons nat eltan nous fout fattellites recompen lant le Sen tez faire co autant qu Ainfi la pl tines, n'o tre luy po main ils les execu payer de auroit volontairement quitee en paix par accord fait entre luy & Sylla, Pource( difoit- il) qu'il vouloit augmenter& accroiftre par fes victoires l'empire de Rome, non pas vaincre par le doma ge& diminution d'iceluy à caufe qu'vn home de bien doit prochaffer de vaincre auec honneur, mais no pas fauuerfa vie mefme auec honte& deshoneur.Cefte refponfe rapportee à Mithri dates, le mit en grand esbahyffemét:& trouue- on par efcrit, que il dit adóc à fes plus priues amis, Que nous commandera dóc Ser torius au pris, quand il fera feant au Senat dedans Rome, veu que maintenant, qu'il eft rcieté là au bout du monde le long de l'Ocean Atlantique, il nous preferit certaines bornes& confins, iufques où il veut que noftre Royaume s'eftéde,& nous menace defia de la guerre, fi nous attentons aucune chofe fur l'Afie? Ce nonobftant il y eut accord paffe& iuré entre eux, que Mithridates retiendroit le pays de Cappadocie& de Bithynie,& que Sertorius luy enuoyeroit l'vn de fes Capitaines auec fecours de gés de guer re,& qu'en ce faifant le Roy feroit tenu de luy bailler la fomme * Vn millio, de trois mille talens,& quarante nauires de guerre: fi enuoya buict Sertorius vn de fes Capitaines, qui auoit nom Marcus Marius Se mille efcus. nateur de Rome, qui s'en eftoit fuy vers luy, auec lequel Mithridates força quelques villes de l'Afie,& quand Marius y entroit de dans auec les fergens qui portoyent deuant luy les faifceaux de verges& les haches, comme deuant vn Proconful du peuple Romain, Mithridates marchoit apres luy,& fe demettoit volontaire ment au fecond lieu, en luy deferant, comme à fon fuperieur,& Marius affranchiffoit de fait aucunes des villes,& efcriuất à d'autres leur annonçoit, que Sertorius leur faifoit la grace de leur remettre les tailles& gabelles, qu'elles payoyent, tellement que la poure Afie affligee par l'auarice des threforiers& fermiers du peuple Romain,& aufsi par l'infolence& arrogâce des gens de guerre, qui y eftoyet en garnifó comença à s'efblouyr d'efperace de nouuelleté,& à defirer la mutation de gouuernement, qu'on luy propofoit. Mais au contraire en Hefpagne les Senateurs ban nis de Rome, qui eftoyent en l'armee de Sertorius de mefine qua lité& dignité que luy, incontinent qu'ils fentirent les affaires en eftat, qu'ils fe pouuoyent promettre d'eftre aufsi forts come leurs aduerfaires,& qu'ils n'eurent plus crainte de danger, conceurent aufsi toft vne enuie& folle ialoufie de la puiffance& de l'autho rité de Sertorius, mefinement Perpenna entre autres, lequel enflé d'vne vaine prefomption& ambitieufé temerité pour la nobleffe de fa maifon, pretendoit à fe faire Chef de toute l'armee,& à ces fins alloit femant entre fes familiers amis de télles feditieufes& mauuaifes paroles: Quelle mafe deftinee( difoit- il mes amis, no coduit toufiours de mal en pis, no' qui n'auos pas voulu obeyr à Sylla, lequel domine auiourd'huy toute la terre& la mer entierement, ment de noyent tous les toyoit p qu'au lie peuple multes enner Gar Ain fe co encor Parme pour our to it plus cel mais Se va rd fait enne ter& acc cre parle d bien dont uerfa vien portee à Mit referi andera doc Rome, veug le long de l & confins us menace de Afie Ceno lithridates que Sertori eges de g er la fomme fi enu Marius el Mithr entroitd fceaux de euple Ro volontai perieur, iuat ada e de leur ment que fermies des gende teurs ban Zelme faires en me leurs ceurent autho lenfle obleffe & à ces eufest mis, no oberri Entien SERTORIVS. 807 met, auons mieux aimé quitter nos bies& nos maifos:& maintetenat eftans venus par deça en efperâce d'y viure en liberté, no nous foumettons volontairement à feruitude, en nous rendans fattellites de Sertorius pour l'affeurer& defendre en fon exil, en recompenfe dequoy il nous paift de belles paroles, en nous appel lant le Senat, dont fe mocquent tous ceux, qui nous entendent ainfi nommer,& cependant nous conuient endurer des indignitez, faire ce qu'il nous comande,& porter de la peine& du trauall autant que font les Hefpagnols& les Lufitaniens mefmes. Ainfi la plus part d'entre eux eftans abbreuuez de ces paroles mu tines, n'oferent pas neantmoins fe rebeller ouuertement encontre luy pour la crainte de fon authorité: mais fecretement& fous main ils luy gaftoyent& ruinoyent fes affaires, faifans de cruelles executions des Barbares, fous couleur de iuftice,& leur faifas payer de gros tributs, difans qu'ils le faifoyent par le commandement de Sertorius, dont il aduenoit que plufieurs villes fe foufleuoyent contre luy,& fe rendoyent à fes ennemis,& luy fourdoyer tous les iours de nouuelles mutinations: mais ceux qu'il y enuoyoit pour appaifer les efmeutes, s'y gouuuernoyent tellement qu'au lieu d'addoucir les mefcontentemens& defobeyffances des peuples, ils les aigriffoyent dauantage:& au lieu d'affopir les tumultes, ils en excitoyent encores de nouueaux: tellement que cela altera la douceur& debonnaireté, de laquelle Sertorius au par auant auoit toufiours vfé, de maniere qu'il fe porta cruellement enuers les nobles enfans, qu'il faifoit nourrir en la ville d'Ofca: car il en fit mourir les vns,& vendit les autres comme efclaues. Ainfi Perpenna ayant defia plufieurs cóplices de fa mal- heureufe coniuration à l'encontre de la perfonne de Sertorius, y attira encore va nommé Manlius, qui auoit des principales charges en l'armee.Ceft homme eftoit amoureux d'vn beau ieune garçon,& pour luy donner à conoiftre combien il l'aimoit, luy declara vn iour toute la trame de cefte confpiration, en luy difant qu'il ne fit plus conte des autres, qui l'aimoyent aufsi,& qu'il mit toute fon affection en luy pource que dedans peu de iours il le verroit deuenir bien grand.Ce garçon eftant plus affeétioné vers vn autre qui fe nommoit Aufidias, luy alla deceler tout ce, que Malius: luy auoit dit, dequoy Aufidius fe trouus merueilleufement esbahy, a caufe qu'il eftoit aufsi luy- mefme l'vn des coniurez: mais il ne fauoit pas encore, que Manlius en fuft,& comme le garçon luy nomma Perpenna, Græcinus& quelques autres qu'Aufidius fauoit bien eftre de la ligue, il en fut encore plus effrayé, toutefois il ne fit pas femblant de rien,& dit au garçon que touchant cela, il n'en eftoit rien,& l'admonefta de ne s'amufer plus deformais aux paroles de ce Manlius là, qui n'eftoit qu'vn glorieux, qui fe vantoit de ce, qui n'eftoit pas vray,& ne le faifoit que pour le decevoir. Ce neantmoins au partir de là il s'en alla droit trouuet 108 SERTORIVS. afte derni mander, de Sertori les lettres me, elenite à Sertoris beaucoup autre cho Pompeius rallis& bi me de gra maffa ces brufla to Peuft d qu'il n'e cela ne fedition Perpenna,& luy conta comment leur entreprife eftoit defcouuerte, luy remonftrant le grand däger qu'il y auoit, s'ils ne l'executoyent promptement: ce que les autres coniurez confefferent eftre veritable à l'occafion dequoy ils ourdirent vne telle trahyfon: Ils attirerent vn meffager qui apporta des lettres fauffes& fuppofees à Sertorius, par lefquelles ils feignoyent, que l'vn de fes lieutenats luy auoit gaigné vne groffe bataille, en laquelle il auoit occis grand nombre des ennemis.Sertorius en fut fort aife, comme on peut penfer,& en fit facrifice aux dieux, pour leur rendre graces de cefte bonne nouuelle:& adonc Perpenna voyant que l'occafion fe prefentoit, le conuia à foupper en fon logis auec fes autres familiers, qui eftoyent là prefens, tous coniurez comme luy,& fit tant par importunité de prieres, que Sertorius luy promit. Or auoit Sertorius de tout temps accouftumé de garder vne grande honnefteté à la table, fans fouffrir qu'on y fift, ne qu'on y dift aucune chofe diffoluë,& auoit mefme duit ceux, qui mingeoyent ordinairemēt auec luy à tenir tous propós graues& de bon fens,& à faire honneftement bonne chere les vns auec les autres, fans aucuns ieux ne propos defordonnez. Quand ce vint donc au milieu du foupper, eux, qui ne cerchoyet que quelque oc cafion de querelle, comencerent à dire de paroles ordes& fales, faifant femblat d'eftre yures,& à faire plufieurs diffolutions hoteufes& vileines tout expreffément pour l'irriter. Adonc luy, fuft ou pource qu'il ne peuft plus endurer de voir de telles vilenies, ou qu'il doutaft de leur mauuaife volonté par le beguoyement de leur parler entre leurs dents,& par l'irreuerence no accouftumee qu'ils monftroyent luy porter, fe laiffa aller à la renuerfe fur le lit, où il eftoit à table, comme ne prenant plus d'aduis à ce qu'ils faifoyent& difoyent. Lors Perpena prit vne coupe pleine de vin,& faifant femblat de boire, la laiffa tober tout à fon efciát. Elle fit bruit en tombant à terre, qui eftoit le figne qu'ils auoyent pris entr'eux,& auffi toft vn Antonius, qui eftoit affis au deffus de Sertorius à la table, luy donna vn coup de dague.Sertorius ayant fenty le coup s'efforça de fe leuer: mais le trayftre meurtrier fe ietta fur fon eftomac,& luy tint les deux mains, de maniere qu'il fut là occis fans fe pouuoir defendre, frappans tous les coniurez enfemble deffus luy.Incontinent que cefte mort fut diuulguee, la plus part des Helpagnols enuoyerent ambaffadeurs deuers Pom peius& Metellus,& fe rendirent à eux,& Perpenna auec ceux qui luy demeurerent effaya de faire quelque chofe,& fe voulut feruir des forces& de l'equipage de Sertorius: mais le tout fut à fa ruine& à fa confufion, donnant à conoiftre au monde qu'il eftoit vn mefcant, qui ne fauoit ny commander ny obeyr: car ib s'alla attacher à Pompeius, qui l'eut incontinent miné, tant que finalement il fut pris prifonnier:& encore ne fe porta- il pas à cefte . meneza tenten n'en dem Aufidi qu'on hay de rife eftain def oit, s'ils ne le rez.confefe vne telle tra lettres fanifes ent, que l'vn e, en laquelle sen fut fort al pour leur res Perpenna voya en fon logis aut EVMENE S. 109 eefte derniere calamité en homme vertueux& digne de.commander, car pour cuider fauuer fa vie, s'eftant faify des papiers de Sertorius, il fit offre à Pompeius de luy bailler entré fes mains les lettres miffiues de plufieurs des principaux Senateurs de Rome, efcrites de leurs propres mains, par lefquelles ils mandoyent à Sertorius, qu'il menaft fon armee en Italie,& qu'il y trouueroit beaucoup de gens, qui defiroyent fa venue& ne demandoyent autre chofe que la mutation du gouuernement. Là ne fit point Pompeius vn acte de ieune hommė: ains d'vn cerueau meur, raffis& bien compofé, deliurant par ce moyen la ville de Rome de grande peur& du danger de grades nouuelletez: car il a- maffa ces lettres& papiers de Sertorius en vn monceau,& les brufla toutes fans en lire vne feule, ne permettre qu'autre en l'euft: dauantage fit incontinent mourir Perpenna pour doute qu'il n'en nommaft quelques vns, craignant que s'il en nommoit, cela ne fuft derechef occafion de nouueaux troubles& nouuelles feditions. Quant aux autres coniurez, les vns furent depuis a menez à Pompeius, qui les fit tous mourir& les autres s'enfuyrent en Afrique, où ils furent tous desfaits par ceux du pays,& n'en demeura pas vn, qui ne fut tué malheureufement, excepté Aufidius le concurrent en amour de Manlius, lequel ou pource ly qu'on n'en tint conte, ou pource qu'il ne fut point reconeu, vieillit en vne mefchante bourgade de Barbares, poure, miferable& hay de tout le monde. nurgastique st sion up mood b coniurez comme rtorius lay pro & de gardetne fift, ne qu'ony eux, quimn graues& vas auec and ce vin quelque oc es& fales, utions ho Ðnc luys ku: es vilenies guoyemen o accont à la renue d'aduisic coupe p à fond ' ils auget deflate rius ayant urtrier le iere qu'il on this lacions EV MENES. D noifladgol 2050 od luoy mai sidiou GYMENHE HL in said A H 1000 uplapp no out coniuret gueela Pom C ceux voulut out fut à de qu pa HISTORIEN Duris efcrit, qu'Eumenes natif de la ville de Cardie au pays de Thrace, eftoit fils d'vn roulier, qui pour fa poureté fe mefloit de voytures en la demy- ifle de Thrace,& neantmoins qu'il fut * Autres li Tent en ce à Tierh inraxia qui fe.oit dire la char ge de la chevalerie. EVMENE S. Dauantage chus auec fo cea, il ne le demiadaten les autres chencore les receveur prifces ce allafent m vaincre de trilporter brulee, au dre fe rep toutes fes en fur eft enfemble nourry& inftruit honeftement, tant aux lettres qu'aux exercices de la perfonne, mais que luy eftat encore en fon enfance, le Roy de Macedoine Philippus paffa d'aduenture par la ville de Cardie, là où n'eftant point preffe d'affaires, il prit plaifir à voir efcrimer& combattre les ieunes hommes de la ville,& lucter les enfans: entre lefquels Eumenes fe porta fi bien,& le trouua Philippus fi gentil, fi adroit& de fi bonne grace, qu'il le prit en amour,& l'emmena quant& luy toutefois il me femble, que le dire eft plus vray- femblable de ceux, qui efcriuent, q Philippus l'auaça pour l'amitié& conoiffance, qu'il auoit auec fon pere, au logis duquel il logeoit. Apres la mort de Philippus il demeura toufiours au feruice du Roy Alexandre fon fils, où il fut trouué homme d'auffi bon fens,& auffi loyal enuers fon maiftré que pas vn des autres:& combien qu'on l'appellaft le Chancelier ou premier Secretaire, fi eft- ce que le Roy luy faifoit autant d'honneur côme à fes plus grands& plus familiers amis: car au voyage des Indes le Roy le fit fon lieutenant en vnè conquefte, où il l'enuoya Capitaine en chef d'vne armee,& eut le gouuernemēt de la prouince, que tenoit Perdiccas, quand apres la mort de Hephæftion, il fut fuftitué en fon lieu. Et pourtant come Necprolem', qui eftoit le premier Efcuyer apres la mort d'Alexadre dit áu cofeil des feigneurs Macedonies, qu'il auoit fuyui& ferui le Roy auec l'efcu& la lance,& qu'Eumenes l'auoit fuyui auec la plume & le papier, les feigneurs fe moquerent de luy fachans qu'outre les autres grands honneurs qu'auoit receus Eumenes, le Roy l'auoit bie tant voulu honnorer que de le faire fon allié par maryage: car la premiere Dame, de qui Alexandre s'accointa en Afie, fut Barfine fille d'Artabazus, de laquelle il eut vn fils, qui fut nómé Hercules,& des deux fœurs d'elle il en donna l'vne, appellee Apama en maryage a Ptolomæus,& l'autre, qui auoit auffi nom Barfine, à Eumenes, lors qu'il diftribua à fes amis& feigneurs de fa cour, les Dames Perfienes pour les efpoufer. Ce néantmoins il encourut par plufieurs fois la male grace du Roy Alexandre,& fut en quelque danger pour Hephæftion. Car come Hephæftion euft vn iour doné à la fuyte d'Alexandre vn logis à Euius ioueur de fluftes, que les feruiteurs d'Eumenes, auoyent retenu& pris pour leur maiftre, il s'en alla en grande cholere deuers Alexandre crier auec vn autre nommé Mentor, qu'il valoit mieux ietter là les armes,& apprendre à flufter& aiouer des Tragedies, puis qu'on preferoit telle maniere de gens à ceux, qui portoyent le harnoys fur le dos, tellemét qu'Alexandre fur l'heure s'en courrouça comme luy,& entanfa Hephæftion: mais incótinent apres ayant changé d'aduis, il en feut fort manuais gré à Eumenes, pource qu'il luy sebla, qu'il n'auoit pas tant vfé d'vne frächife de parler cotre Hephæftion, q de brauerie& d'audace enuers luy. Dauan rien,& q uerneurs fent des co efcrites p da à Eum entra en pour que plateurs blemer autrem venu a pour uais vi auoyen fes de f en eftoi reut& r la m elpa rev dec nier fance, le ville de Ca aifir à vou & lucker & le trou ille pinn mble, que Philipp ecion percal sil demeu il fur trou maitre qu Chancelier utant th rau voyage e, où il f ernemet ort de H Neoptole dre dit a uile Ro cla plum s qu'out le Roy par ma nta en qui fu me, appel ignende ntmoins Xandre sphalti Jus jouent nu& pris Alexan x jetter es, puis oyentl en cour ment ap Битесь frigh eners 2EV MENES. * Six cens mille ef CKS 9 Dauantage vne autre fois quad Alexadre voulut enuoyer Nearchus auec fon armee de mer pour defcouurir les coftes de l'Ocea, il ne fe trouua d'aduéture point d'argent en fes coffres til en demada à empruter a tous fes amis, mefmemét à Eumenes entre les autres, à q il demada trois ces talets.Eumenes ne luy en bailla cét, encore difoit il, qu'il auoit eu grade peine à les amaffer par fes receueurs. Alexadre ne luy en dit mot,& ne vouluft pasqu'on prift ces cet talets: mais il comada à quelques fiés officiers, qu'ils allaffent mettre le feu dedans la tente d'Eumenes, le voulat conuaincre de luy auoir mêty en le prenat fur le fait, quand il feroit träfporter fon or& fon argent toutesfois la tête fut toute arfe& bruflee, auât qu'ó en peu trié trafporter, au moyé dequoy Alexa dre fe repetit bien depuis d'y auoir fait mettre le feu, pource que toutes fes lettres& papyers y furét bruflez: mais apres que le feu en fut efteint, on y trouua d'or& d'arget fondu en maffe& meflé enfemble plus de mille talets, dont toutefois Alexandre ne prit rien,& qui plus eft, mada à tous fes Lieutenats, Capitaines& Ġou uerneurs de pays, quelque part qu'ils fuffent, qu'ils luy enuoyaffent des copies de toutes les lettres, qu'ils luy auoyent au parauất efcrites, pource que les originaux en eftoyent bruflez,& cómanda à Eumenes de les reprendre. Depuis encore vne autre fois il entra en groffe conteftation& querelle à l'encótre d'Hephæftio, pour quelque don qui luy auoit efté fait,& luy en dit Hephæftio plufieurs outrageufes& iniurieufes paroles,& luy auffi femblablemet à Hephæftio, dequoy le Roy pour l'heure ne luy fit point autremēt pire chere: mais peu de temps apres, eftant Hephæftion venu à mourir, le Roy fe trouuant outré de douleur& de regret pour la mort de celuy qu'il aimoit fi cheremét, möftroit fort mau uais vifage,& parloit aigremet à tous ceux, qu'il fauoir, qui luy auoyent porté enuie de fon viuant,& qu'il penfoit eftre bien aifes de fa mort, fpecialement à Eumenes fur tous les autres qui luy en eftoit fort fufpect: tellement q par plufieurs fois il luy ramenteut& reprocha les iniures qu'il luy auoit dites: mais luy qui e- ftoit aduifé,& fauoit bien prendre tel vifage,& tel langage que temps le requeroit, tafcha de s'affeurer par le reuers de ce qui l'auoit cuidé ruiner: car il s'eftudia de feconder la volonté d'Alexandre, qui ne cerchoit, que moyen d'honorer la memoire d'Hephæftion le plus magnifiquement qui luy feroit poffible, en luy trouuant nouuelles inuentions d'honneurs pour plus magnifier la mort du defunct,& fourniffant argent liberalement, fans rien efpargner pour celebrer fes funerailles,& pour luy faire cóftruire vne fuperbe fepulture. Depuis apres que le Roy Alexâdre fut decedé, il y eut different& debat entre les gens de pied Macedo niens,& les Seigneurs qni auoyent efté le plus pres d'Alexandre: auquel different Eumenes adheroit bien de fait& de volonté au le 812 EVMENES. royant hor & non con qu'il avoit deux cens emportant La fomme d diccas, aud Leonatus, tour de luy party des Seigneurs, mais de parole, il fir femblant de vouloir e fre neutre& amy comun de toutes les deux parts, come perfon ne priuee, difant que ce n'eftoit point à faire à luy, qui eftoit e- ftranger de s'entremettre des querelles des Macedoniës. Et co me les autres feigneurs fe fufset partis de Babylone, luydemeurat derriere addoucit fort vne grade partie des foldats,& les rendit plus maniables,& plus pretts de s'accorder auec les feigneurs. Parquoy les Seigneurs& Capitaines ayas depuis parlé enfeble, & copofévn peu les premiers differes departirét entr'eux les gou uernemes des puinces, qu'ils appelloyét Satrapies, auquel partage Eumenes eut la Cappadocie, la Paphlagonie,& toute celle cofte, qui eft au deffous de la mer Pontique, iufques à la ville de Trapezunce, laquelle pour lors n'eftoit pas côtre de l'empire de Macedoine.car Ariarathes la tenoit come Roy: mais il eftoit dit, Leonatus& Antigonus l'en mettroyét en poffeffion,& l'ene ftabliroyent gouuerneur auec vne groffe& puiffante armee, qui pour ceft effet leur feroit baillee. Tontefois depuis Antigonus ne. fit conte de ce que Perdiccas luy en efcriuit, ayant defia mis en fa tefte de grandes imaginations d'ambraffer tout, en mefprifant tous les autres:& Leonatus defcendit iufques en la Phrygie,& entreprit le voyage de cefte conquefte pour l'amour d'Eumenes: mais come il eftoit ia acheminé, Hecatæus tyran des Cardians l'alla trouuer en fon oft, qui le pria de vouloir pluftoft aller fecourir Antipater& les autres Macedoniens, qui eftoyent affiegez dedans la ville de Lamia. Si pritenuie à Leonatus de paffer la mer pour s'y en aller,& tafcha de le faire trouuer bon à Eumenes,& de le reconcilier auec Hecateus: car ils n'eftoyent, pas bien l'vn de l'autre, à caufe de quelque different, que le pe re d'Eumenes auoit à l'encontre de ceftuy Hecatæus, pour le gouuernement de leur ville: car Eumenes l'auoit fouuentefois accufé publiquement deuant le Roy Alexandre, en luy mettant fus tout ouvertement, qu'il eftoit tyran,& fuppliant le Roy que fon plaifir fut de vouloir faire rendre la liberté aux Cardians: & pourtant comme Eumenes, s'excufaft d'aller faire la guerre aux Grecs, alleguant qu'il craignoit Antipater, qui eftoit fon ennemi de long temps,& qu'il auoit peur que tant pour fa rancune enuieillie, que pour gratifier à Hecatæus, il ne le vouluft faire mourir. Leonatus adonc fe defcouurit à luy,& luy declara toute fon intention: car il faifoit féblant de paffer la mer pour aller fecourir Antipater, mais à la verité c'eftoit pour tafcher à s'emparer du Royaume de Macedoine:& là deffus luy monftra quelques lettres miffiues de Cleopatra, laquelle luy madoit, qu'il s'en vinft en la ville de Pella,& q là elle l'efpouferoit. Quoy en tendu Eumenes, fut ou pource que veritablemet il redoutait Antipater, ou bien qu'il n'euft point bonne opinion de Leonatus, le voyant diccas le c menoit& prifonnie villes dug nes des g neurs, ce que nes fe par Cour com Mais Perc de l'entre auoit nece dement ftat, qua leur de tenir e dont il y faifo cobien prefom le conte cieux en pied Ma tinfolen & pour ce Les en & les Mace affeur homes de volain come perfe qui elton onies. Et d laydeme & les rent es feigne arle entle eur lesge auquel pame & toute celle ala ville de e Tempire de is leftoit de on,& l'ene armee, qu ntigonus Hefia mise melprifan hrygie& Eumenes Cardians faller fe yent affie de paff bona E que Roy EV MENE S. 113 voyant homme eftourdy,& faifant fes chofes auec vne foudaine & non conftante impetuofité, fe departit vne nuit de luy, auec ce qu'il auoit de gens, qui eftoyent enuiron trois cens cheuaux,& deux cens hommes de pied de fes feruiteurs, qu'il auoit armez, emportant quant& foy fa cheuance en or, qui pouuoit monter à la fomme de cinq mille tales,& s'enfuyt auec cela deuers Per-* Trois mi diccas, auquel il defcouurit tous les deffeins,& les entreprifes de lions d'ef Leonatus, à l'occafion dequoy il eut incontinent grâd credit au- cm. tour de luy,& fut appellé au confeil. Et peu de temps apres Perdiccas le códuifit en la Cappadocie, auec vne groffe armee qu'il menoit& códuifoit luy mefme en perfonne.Si fut Ariarathes pris prifonnier,& Eumenes eftably gouuerneur du pays, les bonnes villes duquel il bailla en garde à fes amis& les y laiffa Capitaines des garnifons, qu'il y ordonna, mettant par tout iuges, receueurs, gouuerneurs& tous autres officiers tels qu'il voulut, parce que Perdiccas ne s'en entremit aucunement toutefois Eumenes fe partit quant& luy, tant pource qu'il luy vouloit faire la cour.come auffi pource qu'il ne vouloit point efloigner les Roys. Mais Perdiccas le promettant qu'il viédroit bien à bout luy feul de l'entreprife, où il alloit,& eftimat que ce qu'il laiffoit derriere, auoit neceffaire mét befoin de quelque home de fait& d'entendement, fur la foy duquel il fe peuft repofer de la garde de fon e- ftat, quad ils furet en la Cilicie, fit retourner Eumenes fous cou-leur de le reuoyer en fon gouuernemét, mais à la verité pour cotenir en office le royaume de l'Armenie, qui confinoit aux pays dont il eftoit gouuerneur, pour autant q Neoptolemus fous main y faifoit quelques menees,& y braffoit quelques nouuelletez. Et cobien q ce Neoptolemus fuft de fa nature home haut à la main, prefomptueux& aueuglé d'vne fole arrogance, fi s'eftudia il de le content& garder de rien attenter par bonnes paroles& gracieux entretien. Et au demeurat voyat que la bataille des gens de. pied Macedoniens eftoit deuenue merueilleufement audacieufe & infolente, il fit pour vne cotre- quarre amas de gens de cheual: & pour ce faire donna aux gens du pays, qui pourroyent feruir à cheual affranchiffement de toutes tailles& toutes contributions, & acheta grand nombre de cheuaux de feruice, qu'il diftribua à ceux, qu'il auoit autour de luy, defquels plus il fe fioit, en leur e- fleuant& aguifant le coeur par honneurs& prefens qu'il donnoit à ceux qui faifoyent bien leur deuoir,& addreffant leurs corps,& les endurciffant à la peine par les remuer fouuent de lieu à autre, & les faire exerciter continuellement: de forte que des feigneurs Macedoniens, les vns en demeurerent eftonncz, les autres plus affeurez, quand ils virent que par cefte diligence, il auoit bien affemblé en peu de teps iufques au nombre de fix mille trois cens homes de cheual. Or enuiron ce téps Craterus& Antipater apres Cardians la guer eftoit fon r la ran voulaft decla mer pour afcher à monftra doit, qu Quore oural Ar sup hj 114 EV MENE S. que fa f drent co & fur ces prestar Conta co ment, qu pollible, fingulier niens, de peau,& fe rendre putation lexandr tre Cap mour d le- grac tir de pr Alexand auoir doté les Grecs pafferent auec leur armee en Afie pour ruiner l'eftat& la puiffance de Perdiccas& auoit- on nouuelles, que bien toft ils enuahyroyent la Cappadocie: parquoy Perdiccas e- itant d'vn autre cofté empefché en la guerre qu'il auoit contre Prolomæus, fit Eumenes Capitaine general, auec plein pouuoir & fouueraine puiffance fur tous les gens de guerre, qui eftoyent pour fon party, tant en la Cappadocie, qu'en l'Armenie,& efcriuit des lettres à Neoptolemus,& à Alcetas, par lefquelles il leur mandoit& commandoit, qu'ils euffent à obeyr à Eumenes,& à le laiffer ordonner de toutes chofes à fa volonté. Quant à Alcetas il refpódit tout rondemét, qu'il ne fe trouueroit point à cefte guerre, pource que les Macedoniens, qui eftoyent fous fa charge, a- uoyent honte de prendre les armes contre Antipater,& non feulement ne les vouloyent point prendre contre Craterus, ains au contraire, eftoyent deliberez de le receuoir pour leur Capitaine, tant ils luy portoyent grande affe& tion. Au regard de Neoptolemus, il n'auoit pas moins de volonté de faire quelque trahyfon,& de iouer vn mauuais tour à Eumenes: car quand il fut mandé par luy, au lieu d'obeyr, il ordonna fes gés en bataille côtre luy pour le combattre. Et là Eumenes receut le premier fruit de fa prouoyance& de la cheualerie qu'il auoit mife fus pour faire teſte aux gens de pied Macedoniens: car eftans defia les fiens rompus & desfaits, il vainquit& tourna en fuyte Neoptolemus auec fes gens de cheual,& gaigna tout fon bagage: puis les mena en bonne ordonnance de bataille, contre les Macedoniens, qui eftoyent efcartez çà& làsà pourfuyure& chaffer fes gens de pied qu'ils a- uoyent rompus,& les furprenant en ce defordre, les contraignit de pofer les armes,& fe redre à luy,& outre ce de luy prefter ferment de fidelité d'aller à la guerre par tout où il les voudroit mener.Quant à Neoptolemus, il r'allia quelque nombre des fuyans, auec lefquels il s'en alla deuers Craterus& Antipater, lesquels enuoyerent vers Eumenes, le prier de fe vouloir tourner de leur cofté, fous condition, que non feulement il iouyroit des pays& prouinces, qui luy auoyent efté confignees en gouuernement, mais qu'encore luy en adioufteroit- on d'autres,& d'autres for ces auffi,& fi deuiendroit en ce faifant, bon ami d'Antipater, au lieu que parauant il auoit toufiours efté fon ennemi. A quoy Eumenes fit refponfe, qu'ayant de tout temps efté ennemi d'Antipater, il ne fauroit foudainemét deuenir fon ami, maintenât qu'il voit qu'il traitte fes amis, comme il feroit fes ennemis: mais au demeurant qu'il efto it preft& appareillé de mettre en bone paix & amitié Craterus auec Perdiccas fous toutes conditions egales, iuftes& raifonnables: au refte, que s'il s'ingeroit de luy courir fus, pour luy vouloir ofter le fien, il luy porteroit fecours, tat que Pame luy battroit au corps,& qu'il abandonneroit pluftoft fa vie que fumes de arroganc melprs menes a Sprou qu'a f recent Capita à temp armee e toutefo meftier par tout wil n'eft gens mefa er qu'ils me femble & excelle auec qu padoc Afie pour nouvelles, Perdicca auoit comm plein pou qui eftoye menie,& ele quelles il le Eumenes,& ale anti Alcetas a celte guer La charge, a er,& non feu terus, ains au Capitaine, de Neoptole trahyfond mande pa re luy pour de fa pro faire tefte ns rompu mus auec fes mena en bonqui eftoyer pied qu'il contrag y prefter voudroit m des fuya ter, les rner de leur des pays& Jernement autres for pater, al quoy Eu d'Antinat qu'il : mais av bone pai wonsegul e lay c cours, ta EV MENE S. 113 que fa foy. Cefte refponfe eftant rapporree à Antipater, ils tin drent confeil à loyfir pour refoudre de ce, qu'ils auoyent à faire, & fur ces entrefaites arriua deuers eux Neoptolemus, lequel a- pres fa route c'eftoit mis en chemin pour les aller trouuer: fi leur conta comment la bataille eftoit paffee,& les pria tref inftamment, qu'ils le vouluffent fecourir tous deux enfemble s'il eftoit poffible, ou pour le moins Craterus feul, pourautant qu'il eftoit fingulierement aimé& defiré fur tous des gens de pied Macedoniens, de forte que dés l'heure qu'ils verroyent feulemet fon chapeau,& qu'ils entendroyet fa voix, ils accourroyet à grade ioye, le rendre à luy, car à la verité auffi auoit Craterus vne grade reputation entre les Macedoniens, de forte q depuis la mort d'Alexandre, il fut plus defiré de la commune des foldats, que nul autre Capitaine, pource qu'il leur fouuenoit encore, que pour l'amour d'eux,& pour les fouftenir, il auoit fouuent encouru la male- grace d'Alexandre, pource qu'il tafchoit à le retirer& diuertir de prendre les façons de faire des Roys de Perfe, aufquelles Alexandre fe laiffoit aller petit à petit,& qu'il defendoit les cou ftumes de la Macedoine,& les vouloit faire entretenir, là où par arrogance& par delices on commençoit à les laiffer& auoir en mefpris. Pour lors doc Craterus enuoya Antipater en la Cilicie, & luy auec la plus grande partie de l'armes s'en alla contre Eumenes auec Neoptolemus, en efperance de le furprendre au defprouueu,& le trouuer en defarroy, cuidant qu'il ne s'amuferoit qu'à faire bonne chere,& à fe donner du bon temps, apres vne fi recente victoire. Si fut bien à Eumenes fait en fage& vigilant Capitaine d'auoir donné fi bon ordre a fon affaire, qu'il fut tout à temps aduerty de la venue de fon ennemi,& d'auoir tenu for armee en bon equipage, toute prefte pour fe defendre de luy toutefois encore ne fut- ce pas vn tour de fouueraine maiftrife au meftier de la guerre: mais d'auoir fi prudemment donné ordre par tout que non feulement fes ennemis ne feurent rien de ce ,. qu'il n'eftoit point de befoin qu'ils feuffent, mais auffi que fes gens mefmes eurent occis en champ de bataille Craterus, premier qu'ils feuffent, contre qui ils auoyet à combattre,& d'auoir feu fi bien celer à fes combattas vn fi redoutable aduerfaire, cela me femble bien vn acte fingulier& vn chef d'ceuure d'vn grand & excellent capitaine, pourquoy faire il vfa de tel artifice: Premieremet il fit courir le bruit par tout fon oft, q c'eftoit Neoptolemus& Pigres, qui retournoyet encore vne autre fois côtre luy, auec quelques gés de cheual ramaffez de toutes pieces, de Cappadociens& de Paphlagoniens:& ayant deliberé de deloger la nuict, il fe trouua efpris de fommeil,& en dormant eut vne vifion affez eftrange: car il luy fut aduis, qu'il vid deux Alexandres, qui s'appareılloyent pour combattre l'vn contre l'autre, hij 116 EV MENE S. Ja dur& af & iauelin leurs efpe memo autour de rent de fr maisa la f Tuytita v autres pa menes no terre,& defia bie De l'aut vouloye enuieilli paffees i fi tot qu desefper cris Sife menant chacun d'eux vne bataille de gens de pied ordonnez à la Macedoniene,& que quad ils fe vouluret entre- charger, la deeffe Minerue vint au fecours de l'vn,& Ceres au fecours de l'autre: fi luy fembla qu'apres auoir longuement cobattu, celuy auquel Minerue auoit fauorifé fut desfait,& q Ceres cueillit des efpics de bled, dont elle fit vne couronne à celuy, qui eftoit demeuré vainqueur fur le camp. Il eut opinion que ce fonge faifoit pour Juy,& luy promettoit la victoire, pource qu'il cobattoit pour vne prouince fort fertile en bleds,& où liy auoit grande quantité de froments: car elle eftoit vniuerfellement par tout enfemencee,& eftoit chofe plaifante à l'oeil,& qui bien fentoit fa longue paix, de voir les campagnes toutes couuertes de beaux bleds encore tous verds:& fut de plus en plus côfirmé en fa premiere imaginatio, quad il entédit, que les ennemis auoyet donné pour le mot de la bataille à leurs ges, Minerue& Alexadre, fi dona aux fiés, Ceres & Alexadre, leur comandant que chacun fit vn chapelet d'efpics de bled,& qu'ils le miffent fur leurs teftes,& qu'ils en entortillaffent des feftons& liafset à l'entour de leurs baftons. Il fut plufieurs fois entre- deux de declarer à fes plus feaux Capitaines, cotre qui ils auoyer à cobattre,& de ne fe fier pas en foy feulement, de taire& tenir fecrette vne chofe fi neceffaire toutefois à la fin il demeura en fa premiere refolution,& penfa que le plus feur e- ftoit, ne comettre ce dager qu'à fa feule pêfee: mais quad ce vint à ordoner la bataille, il ne mit pas vn Macedonie à l'oppofite de Craterus, ains y mit deux cópagnies d'homes d'armes efträgers, q códuy foyet Pharnabazus fils d'Artabazus,& Phoenix le Tenedien, aufquels il enioignit expreffémet, que fi toft qu'ils verroyēt deuất eux les ennemis, ils leur courufset fus,& les chargeafsét incotinent, fans leur doner loyfir de parler ny fe retirer,& fans vou loir ouyr heraut ny tropette qu'ils enuoyaffent deuers eux, pource qu'il craignoit merueilleufement, que les Macedoniens ne fe tournaffent contre luy, s'ils recognoiffoyent vne fois Craterus: & quat à luy il fe mit en la pointe droite de fa bataille auec vne trouppe de trois cens homes d'armes qui eftoyent l'eflite de toute fon armee, là où il deuoit rencontrer de front Neoptolemus. Apres donc qu'ils eurent paffe vn petit coftau, qui eftoit entre les deux batailles, ceux d'Eumenes fuyuans ce qui leur eftoit commandé fe mirent incontinent au galop droit à l'encotre de leurs ennemis: ce que voyant Craterus s'en trouua bien eftonné, maudiffant& iniuriant Neoptolemus qui l'auoit ainfi abufé, luy donant à entendre que les Macedoniens fe tourneroyent de fon cofté, auffi toft comme ils l'apperceuroyent:& neantmoins pria ceux qui eftoyent à l'entour de luy, qu'ils fe monftraffent ce iour là gens de bien,& auffi toft picqua luy- mefme de grande roideur droit côtre fes ennemis. Si fut ce premier choq merueiileufemet dur, que fire chea royes d ce fab eux to a corps pieds l couppa puyant Pautre i contre E wit donn dans la go Eumenes point quand Eumen perf Jordonner marger, lade ours de l'au celuy aug selp illit des eftoit demeu faifoit por attoit pour v de quantité de demencee ongue paix, de ds encore tous e imaginatio ur le mot de la ux fies, Ceres pelet d'elis en entort Il fut pl itaines, co feulement, fois à la fin lus feur e ad ce vint oppofite de eftrager nixleTe Pils verr argealset & fans s eux.p oniens Craters e auec vne ite de tou prolemas EV MENE S. 117 dur& afpre tat d'vn cofté que d'autre,& furent tantoft les lances & iauelines brifees& rompues, puis tout foudain defguainerent leurs efpees,& ne fit point Craterus ce iour- là de deshonneur à Ja memoire d'Alexandre: car il abbatit plufieurs de fes ennemis autour de luy,& repouffa vaillamment ceux, qui fe rencontrerent de front au deuant de luy,& les rompit par plufieurs fois: mais à la fin il y eut vn homme d'armes Thracien, qui le coftoya Juy tira vn coup, dont il le ietta par terre: quand il fut abbatu, les autres paffoyent outre par deffus, mais vn des Capitaines d'Eumenes nommé Gorgias, le reconeut, qui mit auffi toft le pied en terre,& ordonna gens à l'entour pour le garder: mais il eftoit defia bien bas,& tiroit aux traits de la mort en grande deftreffe. De l'autre cofté Eumenes& Neoptolemus, qui de long temps fe vouloyent mal de mort, enflammez de courroux& de rancune enuieillie, fe cerchoyent I'vn l'autre: car aux deux premieres paffees ils ne s'eftoyet peu entre- rencontrer: mais à la troifieme, fi toft qu'ils fe furent entre- coneus, ils brocherent leurs cheuaux des efperonsl'vn contre l'autre, les efpees aux poings, auec grāds cris. Si fe heurterent les deux courfiers de front, ne plus ne mbins que fi s'euffent efté deux galeres armees, qui fe fuffent choquees I'vne l'autre:& les deux Capitaines lafchans les brides de leurs cheuaux, auec les deux mains s'entr'accrocherent I'vn à l'autre, tafchans à s'arracher les armets des teftes:& à rompre les courroyes de leurs cuyraffes fur les éfpaules. Comme ils eftoyenten ce faboulement, leurs cheuaux s'enfuyrent de deffous eux,& eux tomberent tous deux en terre, fe tenans toufiours corps à à corps comme s'ils euffent lucté. Neoptolemus fe redreffa fur fes pieds le premier: mais ainfi comme il fe releuoit, Eumenes luy couppa le iarret,& fut tout auffi toft debout. Neoptolemus s'appuyant fur vn genouil, à caufe qu'il ne fe pouuoit fouftenir fur Pautre iambe blecee, fe defendoit d'abas, le mieux qu'il pouuoit contre Eumenes, qui eftoit fur fes deux pieds: mais il ne luy pouuoit donner attainte mortelle,& au cotraire il en recent vne dedans la gorge, dont il cheut à la renuerfe tout eftendu,& adone Eumenes bouyllant de courroux pour l'ancienne rancune, qu'il auoit contre luy, comença à le defpouyller, en luy difant des ou → trages, ne fe donnat de garde, tant il eftoit efmeu de cholere, que Neoptolemus auoit encore fon efpee, de laquelle il le bleça par deffous fa cuiraffe à l'endroit où elle ioint aux parties naturelles: mais le coup luy fit plus de peur que de mal,& n'y parut comme point, à caufe que Neoptolemus n'auoit prefque plus de force, quand il le frappa, comme celuy qui trefpaffa incontinent apres. Eumenes donc ayant defpouyllé fon corps, fe trouua bien mal de fa perfonne, à caufe qu'il auoit les bras& les cuiffes toutes hachees de coups toutefois il remonta à cheual& picqua vers l'ais entre les Dit com de leurs é, mauufe, luy nt de for moins prud ent celou de roider hiij 118 EVMENES. les chafte eftoyent achete leur fourn departore la Concur Ceffe inue mentqu' lesque fe toyent de Eumenes titez, de f auant ily tre eux, iamais d tre pointe de fa bataille, cuidant que fes ennemis tinfent encore. Si fut la aduerty que Craterus eftoit blecé à mort,& s'en alla en diligence la part où il gifoit,& le trouua qu'il pouffoit encore,& n'auoit pas perdu toute conoiffance: parquoy il mit pied à terre,& en plorat à chaudes larmes, luy prit la main droite, deteftat & maudiffant Neoptolemus, par lequel il auoit efté reduit à fi piteux acceffoire,& luy contraint de fe trouuer en bataille contre I'vn de fes plus chers amis, pour luy faire fouffrir ou receuoir de luy ceft extreme mefchef.Eumenes gaigna cefte feconde bataille dix iours apres la premiere, dont il acquit vne trefgrade reputation, pourautant qu'il auoit defconfit vn de fes aduerfaires par bon fens,& l'autre par proueffe: mais cela mefme luy fufcita gra de enuie& grande mal- vueillance, non feulement des ennemis, mais auffi de ceux mefmes de fa part, quand ils vindrent à confiderer, que luy homme eftranger, auec les propres armes,& les propres mains des Macedoniens, auoit desfait le premier& le plus eftimé Capitaine d'entr'eux. Or fi la fortune euft voulu, que Perdiccas eut efté pluftoft aduerty de la mort de Craterus, c'euft efté fans nulle doute, le plus grand perfonnage de tous les Macedonies: mais de mal- heur, deux iours apres que Perdiccas eut e- fté tué par vne mutination de fes ges en Ægypte, cefte nouuelle de la victoire d'Eumenes& de la mort de Craterus y arriua, dont les Macedonies furent fi courroucez cótre Eumenes, que foudainemet ils le condanerent à mourir,& fut donee la charge de cefte vengeace à Antigonus& Antipater.Et come Eumenes en paf fant au long du mont Ida, où eftoit vn des haras du Roy, en euft pris& emmené des cheuaux autant qu'il en voulut,& en euft enuoyé vne lettre patente de certificatio aux harafsiers& efcuyers. qui en auoyet la charge, Antipater, à ce qu'on dit, s'en prit à rire, difant par moquerie qu'il s'efmerueilloit de la grade preuoyace d'Eumenes,& s'il efperoit, qu'on luy deuft redre ou demader cote des biens du Roy.Or defiroit- il combattre és grandes plaines de la Lydie, mefmement aupres de la ville capitale de Sardis, pourautant qu'il eftoit le plus fort de cheualerie,& auffi qu'il defiroit faire voir à Cleopatra la puiffance de fon armee: toutefois à la requefte d'elle mefme qui craignoit qu'Antipater ne la chargeaft d'aucune chofe, il paffa outre iufques en la haute Phry gie, où il hyuerna en la ville de Celænes:& là Polemon, Alcetas & Docimus entrerent ambitieufemet en conteftation côtre luy, touchant la fuperintendence de l'armee, difans qu'il leur appar tenoit auffi bie comme à luy d'en eftre Chefs fouuerains: à quoy Eumenes leur refpondit, Vrayemét c'eft bien ce, qu'on dit com munement, Du danger de perdre tout on n'en parle point. Et ayant promis aux foldats de les payer dedas trois iours, pour fatisfaire à fa promeffe illeur védit les metairies, maifons fortes& les & le gar tous melimes me de fair car parle luy femb ne. Or e aceux roiffen quand fortun nime, il ne pl Car pre cyniens gens,& de fe fam isains l meelpace deto Capi uer er po tigonu tinfent ener & s'en alla foit encored mir pieda te roite, deteta reduit à lip bataille conte receuoir de econde batail elgrade repu duerfaires par Luy fufcita gra t des ennemis, drent à confi s armes,& les premier& At voulu que terus, c'eut les Maceccas eut e- e nouvelle rriua, dont que foudaiargede cemenes en pa Roy, ene en euft es & efcuyen prita rire, prevoyice mrader coplaines Sardis, fi qu'il toute er ne la Phry Alcetas Strelay r appar s: à quoy ndit com point. E pour fa Les EV MENE S. fig: les chafteaux du plat pays, auec le beftail& les prifonniers, dot ils eftoyent pleins: puisle Capitaine ou chef de bande, qui en auoit acheté vn, les alloit prendre de force, auec les engins de baterie ģ leur fourniffoit Eumenes:& quand il les auoyent pris, alors ils departoyent à leurs gens des biens, qu'ils y trouuoyent, iufques à la concurrence de ce qu'il leur pouuoit eftre deu de leur folde. Cefte inuention le temit derechefen grace auec fes gens, tellement qu'vn iour ayans efté trouuez emmi fon camp quelques billets, que fes ennemis y auoyent fait femer, par lefquels ils promet toyent de grands eftats,& dauantage* cent talens à qui tueroit Soixante. Eumenes, les Macedoniens qui eftoyent fous luy en furent fort ir mille efcus ritez, de forte qu'ils firent entre eux vne ordonnance, que de là en auant il y auroit toufiours mille des plus vaillans hommes d'entre eux,& qui auroyent eu quelques charges, qui ne bougeroyent iamais d'aupres de luy, pour faire le guet autour de fa perfonne, & le garder la nuità tour de rolle, les vns apres les autres: à quoy tous d'vn cöfentement s'accorderent& leur faifoit Eumenes les mefmes honneurs que les Roys de Macedoine auoyent accoufta mé de faire à leur amis, dont ils fe tenoyent pour bien honnorez: car par leur concefsions il luy eftoit permis de donner à qui bon luy fembloit des chapeaux& des manteaux de pourpre, qui eftoit le plus honorable don, que le Roy euft feu faire en la Macedoine. Or eft- il certain, que les profperitez enflent& efleuét le cœur à ceux mefmes, qui l'ont petit de leur nature, tellemet qu'ils appa roiffent aucune fois magnanimes, encore qu'ils ne le foyent pass quand on les voit en haut degré d'honneur ou de felicité, où la fortune les a colloquez: mais celuy, qui veritablement eft magna nime,& qui a le cœur ferme, fe conoit mieux en aduerfité, quand il ne plie ny ne fuccombe point aux affections comme Eumenes. Car premierement ayant perdu vne bataille en la côtre des Or cyniens, au pays de la Cappadocie, par trahyfon de l'vn de fes gens,& eftant pourfuyuy, il ne donna iamais le loifir au traiftre de fe fauuer de vifteffe,& de fe pouuoir retraire deuers les ennemis, ains le prit& le fit pendre fur le champ:& apres qu'il eut fuy vne efpace de temps, il tourna bride tout court,& reprenant for chemin va peu à cofté, au contraire de ceux qui le chaffoyent, il les paffa fecretement fans eftre apperceu d'eux,& chemina tant, qu'il retourna au mefme champ, cù auoit efté la bataille, là où il planta fon camp,& y fit recuillir les corps de fes gens, qui y e- ftoyent morts, lefquels il brufla auec les huys, portes& feneftees de tous les bourgs& villages de là autour, qu'il fit arracher, les Capitaines à part,& les fodats d'vn autre cofté, leur faifant efleuer pour tombeaux de haut monceaux de terre, tellement qu'An tigonus, qui y reuint aufsi tantoft apres, s'efmerueilla grandemé de fa hardieffe& de fon affeurance. Au partir de là il récontra le Hinj 1201 EV MENE S Eumene parmy ils fe re foin de nombre vne ba vine pla & de la geatou endure riores porter, na libe bagage d'Antigonus, là où il pouuoit fans danger n'y difficulté quelconque, prendre grand nombre de prifonniers, tant de ferfs que de perfonnes franches,& gaigner toutes les richeffes, qu'ils a uoyent amaffees par tant de guerres, tant de pays& tant de villes qu'ils auoyent pillees: mais il eut peur, fi fes gens fe chargeoyent de tant de butin, qu'ils n'en fuffent plus pefans,& plus empefchez & mal- aifez pour fuyr,& aufsi plus mols à fupporter la peine de courir errans çà& là mefmement par vn long temps, qui eftoit ce, en quoy il auoit toute fon efperance de venir à bout de cefte guerre, faifant fon conte, qu'Antigonus fe fafcheroit à la fin de le pourfuiure fi longuement à la trace,& par ce moyen qu'il le tour neroit d'vn autre cofté: toutefois il voyoit bien, que ce luy fercit aufsi chofe impofsible de garder les Macedonies directement& par authorité, de fe faifir de tant de biens, qui s'offroyent deuant eux en fi belle prife: parquoy il leur commanda feulement, qu'ils fe traitaffet vn peu,& qu'ils fiffent repaiftre leurs cheuaux premi erement,& que puis apres ils iroyent incontinent deftrouffer ce bagage de leurs ennemis: mais cependant il enuoya par vn fecret meffager aduertir Menander, qui auoit la charge de garder& conduire ce bagage, qu'il fe retiraft en toute diligence de la plai ne& campagne vnie, au pendant d'vne montagne qui eftoit là aupres inaccefsible à gens de cheual,& là où on ne les pourroit enuironner,& que là il fe fortifiaft, luy mandat que c'eftoit pour l'amitié& familiarité qu'ils auoyent autrefois eue enfemble, que il luy enuoyoit faire ceft aduertissement. Menander entendant le danger qu'il y auoit, fit incontinent trouffer tout le bagage:& a- donc Eumenes enuoya tout ouuertement fes coureurs pour def couurir,& luy venir faire le rapport,& au mefme temps fit com mandement qu'on s'armaft,& qu'on bridaft les cheuaux, comme s'il eufteu volonté de les mener contre les ennemis: mais fur ce poinct retournerent les coureurs, qui luy rapporterent, qu'il n'y auoit ordre de prendre ny de forcer Menander, parce qu'il fe en eftoit fuy en vn lieu fi fort de nature, qu'il eftoit impofsible de l'auoir. Eumenes fit s'emblant d'en eftre bien defplaifant: mais pourtant il emmena fon oft de là. Depuis Menander en fit le conte à Antigonus,& les Macedoniens, qui eftoyent en fon armee en louerent grandement Eumenes,& en furent mieux affectionez enuers luy qu'ils ne l'eftoyent au parauant, pource qu'eftant en fa puiffance d'emmener leurs enfans comme efclaues,& violer leurs femmes, illes auoit efpargnez: mais Antigonus pour leur ofter cefte opinion, leur difoit, Vous vous abufez, mes amis: car ce n'a point efte pour l'amour de vous, ny pour vous faire plaifir, que Eumenes ne s'eft point faify de vos femmes, vos enfans& vos biens, ains a efté, pource qu'il auoit peur de fe mettre des entraues aux pieds, qui le gardaffet de fuyr legeremet.Au partir de là, Eumenes les.Pe mier Eume fieurs & auc lefquel parler vns d du a mo lap dem fiuee autre enfer plufie on le da qu les dej tant de tant de vile chargeopen sempeich er la peine de qui eft mout de cele à la fin de le qu'il le tour redtement& yent deunt ment, quis euaux premi Atrouffere vn fecre arder& de la plai eftoit la pourroit it pour ble, que ndant le e:& a ur def t com omme fur ce EV MENF. S. 12 Eumenes fuyant toufiours deuant Antigonus,& errant çà& là parmy les champs, confeilla luy mefme à plufieurs des foldats ils fe retiraffent ailleurs, fuft ou pource que veritablement il euft foin de leur bien, ou pource qu'il n'en vouluft pas trainer fi grand nombre apres luy à caufe qu'ils eftoyent trop peu pour fouftenir vne bataille,& trop pour celer fa fuyte: à la fin il fe retira dedãs vne place forte, qui s'appelloit Nora, és confins de la Lycaonie, & de la Cappadocie, auec cinq cens cheuaux,& deux cens hommes de pied bien armez: encore quand il y fut arriuésil dona congé à tous ceux, qui luy demanderent, pource qu'ils n'euffent feu endurer l'incommodité du lieu, qui eftoit fort ferré,& la faute de viures& d'autres prouifions neceffaires, qu'il leur euft fallu fupporter, fi le fiege venoit à durer longuement deuant,& leur donna libéralement auec tref- amiables careffes& gracieufes paroles.Peu de iour apres Antigonus arriua deuant la place,& premier que l'afsieger, luy manda, qu'il vint parler à luy en fiance. Eumenes fit refponfe, qu'Antigonus auoit en fa compagnie plufieurs de fes amis, qui apres luy pourroyet eftre Chefs de fa ligue, & au contraire qu'auec luy, ny auoit pas vn des Seigneurs, pour lefquels il combatoit:& pourtat fi Antigonus vouloit qu'il allaft parler à luy, qu'il falloit donc, qu'il luy baillaft en oftage quelqás vns de fes plus fpeciaux amis:& come derechef Antigonus infiftaft, en difant qu'il eftoit raifonnable, qu'il vinft deuers luy, atte du qu'il eftoit le plus grand& le plus fort, Eumenes fit refponfe, Ie n'eftimeray iamais home plus grand q moy, tant que l'auray mon efpee en ma puiffance. Antigonus à la fin y enuoya dedans la place fon propre neueu Ptolomæus, ainfi comme Eumenes le demandoit,& adonc il fortit de là place. Si s'entre- faluerent à l'ar riueelen s'abraffant I'vn l'autre bien amiablemet, come ceux qui autrefois auoyent eu grande comunication& grande familiarité enfemble: puis quand ce vint à parler de leus affaires, il tindrent plufieurs propos.Eumenes ne fift onques mention ny requefte, q on le laiffaft aller à fauueté, ny qu'on luy pardonnaft: ains dema da, qu'on luy confirmaft fes gouuernemes,& qu'on luy reftituaft ce, qui luy auoit efté donné, dont ceux qui afsifterent à cefte entre- veue furent bie efbahis,& en aimerent mieux fon gétil cœur & fon affeuree hardieffe. Mais durant leur parlement les Macedeniens accouroyet de toutes parts du cap, pour voir quel home c'eftoit que ceftuy Eumenes, pource que depuis la mort de Craterus, il n'y eut Capitaine, de qui il fe parlaft tät entre les foldats Macedoniens, comme d'Eumenes. Mais Antigonus craignat que ils ne luy fiffent quelque violence à fa perfonne, leur commanda à haute voix, qu'ils fe retiraffent,& leur fit ietter des pierres pour les cuider garder d'approcher, encore fut- il à la fin contraint de les faire repouffer à force parfes gardes,& de prendre Eumequ'ille sible de t: mais e conmee en ionez enfa leurs ofter ce n'a b s entre 2 EVMENE/ S. roucez re auec Con qu ment& parce eftoi pour le Sent mie guemen ter eftoi trouble Polype imagin pire en fin qu' Hiero du ferm voulut nes entre fes bras,& fi eut bien à faire auec tout cela de le rendre & reconduire à fauucté dedans la place.Depuis ce parlemét, Antigonus fit enclorre de muraille tout à l'entour cefte fortereffe de Nora,& y laiffa gens en nombre fuffifant pour y continuer le fiege:& auec le refte de fon armee s'en partir. Cependant Eume nes demeura afsiegé dedans celle place, où il y auoit foifon de bleds, d'eau& de fel:& non d'autre chofe qui fuft bonne à manger, ny de douceur aucune dont ils fe peuffent fuftenter auec le pain:& neantmoins de ce qu'il auoit, il entretenoit en ioyeufe chere ceux qui eftoyent leans auec luy: car il les faifoit tous les vns apres les autres manger à fa table,& fi addouciffoit encore celle façon de viure d'vne franche& gaye priuauté de deuifer fa milierement auec eux de chofes plaifantes en beuuant& mangeant: car autre ce qu'il s'eftudioit, le plus qu'il pouuoit, de leur monftrer face riante, il auoit naturellement le vifage fort doux & fort beau,& ne fembloit point fon homme de guerre, qui toute fa vie euft efté nourry aux armes& rompu de trauaux de la guerre, ains fe monftroit homme frais& ieune,& eftoit en zoutes fes parties fi bien formé& fibien compofé, qu'il n'eftoit pas pofsible, qu'vn excellent ouurier euft feu mieux garder toutes les proportions des membres, qu'elles eftoyent obferuees en luy. Son parler n'eftoit point aigu ny vehement, ains eftoit doux& at trayant, comme on le peut conoiftre& iuger par fes lettres miffiues. Or n'y auoit il rien, qui plus endõmageaft les afsieges, que la petite efpace de la place, laquelle n'auoit pas plus de demy quart de lieuë de circuit,& y eftoyent logez en de petites maifonnettes fi ferrees, qu'ils ne s'y pouuoyent pas à grande peine tourner,& beuuoyet& mangeoyet fans point faire d'exercice, ny eux ny leurs cheuaux. Voulant doc Eumenes leur ofter non feulemét celle pefanteur languiffate, qui vient de ne rien faire, à ceux mefmement qui ont accouftumé de trauailler, mais aufsi les tenir en halaine,& les rendre difpos à pouuoir legerement prendre la fui te, fi d'aduenture quelque occafion s'en prefentoit, il bailla aux hommes la plus longue& plus fpacieufe falle, qui fuft leans, a- yant quatorze coudees de longueur pour eux promener, les inftruifant qu'il marchaffent tout bellement pour le commencement,& puis qu'il haftaffet petit à petit leurs pas. Quant aux che-uaux, il les faifoit fangler les vns apres les autres fur le deuant, puis auec des longes& poulions attachez aux foliueaux, les faifoit vn peu foufleuer tellement qu'ils fe fouftenoyent fur leurs pieds de derriere, mais des pieds de deuant ils ne pouuoyent tou cher en terre qu'vn petit de la pinfe du pied tant feulement. Quand ils eftoyent ainfi fufpendus, les palefreniers venoyent par derriere les inciter, partie auec leurs cris,& partie auec des fouers qu'ils tenoyent en leur mains, dont les cheuaux irritez,& cour roucez au ge en cel tion quit liere re d rati Anti les M le plu & iure enuoye ter.Cel te on aig acce & de le resince arlement h te fortere continuer dant Eu it foilon de e à man ter avec en ioyeule oit tous les oit encore edeuifer fa t& man moit, de leur fort dour qui tour e la guer n zoutes toit pas toutes en luy Dux& at res mif ges, que demy maifon ine tou eny e feulem eux m tenira relafi illa aur ans, les inencecheuant, faileurs ent tou ement EV MENES. V 1231 soucez ruoyent de pieds de derriere,& tafchoyent à prendreterre auec ceux de deuant, qui eftoyent foufleuez hors de terre, de fa çon qu'il ne faifoyent que la racler vn peu par le deffus feulement,& n'auoyent fur eux nerf qui ne tendift& ne trauaillaft par ce moyen: parquoy ils fouffloyent& efcumoyent de fueur,& eftoit yn tref- bon exercice: tant pour les mettre en halaine, que pour leur tenir les iabes foupples pour mieux courir.puis on leur bailloit leur orge toute modee& efcorcée, à fin qu'ils la cuififfent mieux& la digeraffent plus toft. Ce fiege auoit ia duré loguement quand les nouuelles vindret à Antigonus, qu'Antipater eftoit mort en Macedoine, que le Royaume eftoit en grand trouble, à caufe des factions& partialitez de Caffander& de Polypercho: parquoy Antigonus, qui ne mettoit point de petites imaginations en fa tefte, ains ambraffoit de conuoitife tout l'Em pire entier des Macedoniens, voulut auoir Eumenes pour ami, à fin qu'il luy aidaft à conduire fes deffeins à effet: fi luy enuoya Hieronimus pour traiter de paix auec luy,& luy bailla la forme du ferment qu'il vouloit, qu'il iuraft.Eumenes l'ayant veu, ne le voulut pas ainfi iurer, ains le corrigea, puis dit qu'il fe rapportoit au iugement des Macedoniens, qui là eftoyent, le tenans afsiegé, laquelle forme des deux eftoit la plus equitable, celle qu'Antigonus lay auoit fait prefenter, ou celle que luv auoit corrigee: car en celle qu'Antigonus luy auoit enuoyee, il faifoit vn peu de métion dn fang Royal au commencement, par vne maniere d'acquit feulement:& puis en tout le refte, l'obligeoit à foy particulierement: mais Eumenes y mit en premier lieu Olympias la mere du Roy Alexandre,& les Rois fes enfans apres,& au demeurat iuroit, qu'il feroit ami des amis,& ennemi des ennemis, non de Antigonus feulement, mais aufsi des Roys& d'Olympias: ce que les Macedoniens, qui eftoyent au fiege deuant Nora, trouuerent le plus raifonnable. Parquoy après auoir fait prefter le ferment & iurer à Eumenes fuiuant celle forme, ils leuerent leur fiege,& enuoyerent deuers Antigonus pour le luy faire pareillement inrer.Cela fait, Eumenes redit aux Cappadociés leurs oftages, qu'il auoit tenus quand& luy dedans Nora,& ceux qui les vindret que rir, luy baille rent en efchange des cheuaux de guerre, des fommiers, des tentes& pauillons. Si commença à rallier fes gens, qui eftoyent efcartez çà& la depuis fa desfaite, tellement qu'en peu deiours il eut ramaffé plus de mille hommes de cheual, auec lefquels il s'enfuyt, craignant encore Antigonus,& fit fagementicar non feulement il auoit contremandé, qu'on le renfermaft,& que on le tinft plus à deftroit que iamais; mais encore efcriuit- il bien aigrement& en grade cholere aux Macedoniens, qui auoyent accepté la correction du ferment. Ainfi dóc comme il eftoit fuyat& errat par les champs, il receut lettres de ceux, qui eftoyét.en ent par es foves & cou годска lib.28. * Trois cens mille efcus. 124. EVMENES. V delicats vne fem des Barb febles & le mire dats Mac ques& Tolmion, de gens d plus nem le pe de la ch feigneu Macedoine craignant l'accroiffement d'Antigonus, mefmement d'Olympias, laquelle ldy mandoit, qu'il s'en vinit en la Macedor ne pour auoir la tutelle& la garde du petit fils d'Alexadre, qu'on tafchoit à faire mourir,& en receut auffi d'autres de Polypercho, C'eftoit& du Roy* Philippus qui luy mandoyent, qu'il fit la guerre à Aridaus fils Antigonus auec l'armee& les forces qui eftoyent en la Cappade Philippus docie,& que pour fe rembourfer de ce qu'on luy auoit ofté, il prit pore d'Ale- cinq cens talens de l'arget du Roy, qui eftoiten la ville de Cynxadre, qu'un des,& pour les frais de la guerre, tant comme il en auroit befoin, auoit furnom& quand& quand efcriuirét auffi à Antigenes& à Teutamus les mé Philip deux Capitaines des Argyrafpides, c'eft à dire, des foldats aux pus Diod. boucliers d'argent ou argentez, qui eftoyent les vieilles bandes de l'armee d'Alexandre. Ces Capitaines ayans receu ces letres, firent affez bon recueil de paroles a Eumenes,& luy monftrerent bon vifage: mais en effet il eftoit aifé à conoiftre à leurs contenances, qu'ils en eftoyent enuieux pource qu'ils s'eftimoyent bie tous deux dignes& fuffifans pour commander à Eumenes, non pas pour le feconder: mais Eumenes s'y porta fort fagement: car quant à l'enuie, il l'appaifa, en ne prenant point l'argent qu'on duy auoit mandé qu'il prit pour foy, comme n'en ayant point à faire,& quant à leur ambition& prefomption de ne vouloir point eftre commandez par luy, combien qu'ils ne feuffent ny commadef ny obeyr, il les gaigna par vne perftition qu'il leur mit en auant. C'eft qu'il leur fit à croire qu'Alexandre s'eftoit en dormant apparu à luy,& luy auoit monftré vn pauillon magnifiquement paré& accouftré, comme il appartient à vn Roy, dedans le quel pauillon y auoit vn throfne royal,& luy dit, que là où ils voudroyent tenir leur confeil là dedans, il s'y trouueroit& leur aideroit en tous leurs confeils,& en la conduite de tous leurs affaires, pourueu qu'ils commençaffent toufiours par luy. Il perfuada aifément cela à Antigenes& à Teutamus, lefquels ne vouloyét point aller deuers luy pour deliberer des affaires, ne luy auffi neftimoit pas que ce fuft chofe digne de luy, qu'on le vit aller à la porte des autres: parquoy d'vn commun confentement ils firent incontinent dreffer vn beau& riche pauillon, qu'on appelloit le pauillon d'Alexandre, là où ils faifoyent leurs affemblees de confeil pour deliberer des affaires de plus grande confequence.Cela fait, ils tirerent vers les hautes prouinces, là où fur le chemin Peuceftas, qui eftoit grand ami d'Eumenes, s'alla ioindre à eux, & les autres Satrapes auec ce qu'ils auoyent des gens de guerre. Cela fortifia bien l'armée des nobles Macedoniens, quant aux nombres d'homes,& quant à la beauté de leurs armes& de tout leur equipage: mais quant à leurs perfonnes, pour autat q depuis la mort d'Alexãdre ils n'auoyét eu, qu'il leur commandaft, ils en eftoyent deuenus volontaires à caufe de cefte diffolue licence:& delicats tous le que que ne gro forent le fallend gent qu feuranc pour s rete. point tiroy Hoyer le ma par tou plus pr faires p tefte en em Mais ba Maced perchi guerres Capp fte il pri de C it befoin tamus les Idats aux bandes es letres, fererent 20003 S yent bi mes, no nt: cat qu'on point à point mmi mit en dorfique nsl où ils EV MENE S 125 delicats en leurs façons de viure,& fi auoyent outre cela, chargé vne fierté tyranique nourrie& accreue par les vanitez& fumees des Barbares: tellement que quand ils fe troquerent plufieurs enfeble, ils ne fe peurēt endurer ny accorder les vns auec les autres, & fe mirent à careffer& flatter dés- honteufement les vieux foldats Macedoniens leur fourniffant argent,& leur faifant des bãquets& des feftins de facrifices: de manieres qu'en peu de temps ils firent d'vn camp vne tauerne d'intemperance& de toute diffolution, là où les feigneurs briguoyent& achetoyent la faueur de gens de guerre pour eftre efleus par eux Chefs de tout l'oft, ne plus ne moins qu'on fait les voix de la comune és citez franches, où le peuple eft fouuerain, pour eftre auacé aux eftats& honeurs de la chofe publique.Si s'apperceut incontinet Eumenes, que ces feigneurs Satrapes fe mefprifoyent les vns les autres, mais que tous le craignoyent,& fe desfioyent de luy,& qu'ils n'efpioyent que quelque occafió à propos pour le tuer, parquoy pour y obuier il fit femblant d'auoir à faire d'argent,& en emprunta vne bonne groffe fomme, principalemet de ceux qu'il fauoit, qui le hayf foyent le plus, a fin que delà en auant ils fe fiaffent en luy,& defiftaffent de l'efpier, pour la crainte qu'ils auroyent de perdre l'argent qu'ils luy auroyent prefté dont il aduint vne chofe bien e- ftrange: car l'auoir& l'argent d'autruy luy fut fauue- garde& affeurance de fa vie,& au lieu que les autres donnent de l'argent pour s'affeurer& fauuer, ceftuy par en prendre mit fa vie en feur reté.Quant aux foldats Macedoniens, pendant qu'ils ne fentirent point de danger d'aucuns ennemis, qui les fift craindre, ils fe retiroyent deuers ceux, qui leur donnoyent, pour l'enuie qu'ils a- uoyent de fe faire declarer Capitaines generaux,& fe trouuans le matin à leur leuer leur faifoyent la cour& les accompagnoyet par tout: mais quand Antigonus fe fut approché& loge tout au plus pres d'eux auec vne groffe& puiffante armee,& que les affaires parlerent, en maniere de dire,& monftrerent au doigt qu'il falloit neceffairement trouer vn bon Chef de guerre, alors non feulement les foldats fe rengerent deuers Eumenes, mais auffi tous ces Strapes, qui en temps de paix& de feureté faifoyent tant des grands, luy cederent volontairement,& fe foumirent d'eux- mefmes fans mot dire, à garder le lieu& faire ce qu'il leur voulut commander.Çar comme Antigonus effayaft tous moyens de paffer la riuiere de Pafitigris, les autres Satrapes, qui eftoyent difpofez en diuers lieux pour l'en engarder, ne fentirent pas feulement l'effort qu'il en fit,& n'y eut qu'Eumenes feuf qui luy fift tefte,& luy donna la bataille, où il luy tua tant de fes gens, qu'il en emplit toute la riuiere,& fi en prit quatre mille prifonniers. Mais plus euidemment encore monftrerent ces foldats des vieilles bandes, vne autrefois en vne maladie qu'eut Eumenes, quelle leur af fualovet erala firent Joit le conCemin eux, nt aur dep 126 EVMENE S. de fes enn foit pas picque tiere d'E Pautre do frume de gear en fo dociens mee, le faire les nes, telle hyuerne Gaben opinion ils auoyent de luy& des autres, c'eft à fauoir, que les atr tres leur fauroyent bien tenir maifon& les feftoyer magnifiquement, mais que luy feul eftoit digne d'eftre leur Capitaine& de commander.Car Peuceftas pour leur auoir fait vn grand feftin au Royaume de Perfe,& leur auoir donné a chafque foldat vn mouton pour facrifier, efperoit auoir acquis grand credit& gran de faueur entre eux: mais peu de iours apres, ainfi que l'armee marchoit pour aller trouuer les ennemis, Eumenes d'aduenture tomba en vne groffe& dangereufe maladie, à l'occafion de laquelle il fe faifoit porter dedans vne litiere affez loin du camp, pour eftre hors de bruit, à caule qu'il ne pouuoit repofer.Ils n'eurent pas fait long chemin, qu'ils apperceurent les ennemis deuant eux, lefquels ayans paffé quelques petites montagnes, qui e- ftoyent entre deux, defcendoyent en la plaine. Quand ils virent fur le haut des montagnes la lueur des armes de leurs ennemis, qui flamboyoient aux rayons du Soleil,& le bon ordre qu'ils tenoyent en marchant en bataille, Jes Elephans auec leurs tours deffus leur dos,& les gens d'armes auec leurs fayons de pourpre par deffus leurs harnoys, qui eftoit l'accouftrement qu'ils portoyent, quand ils alloyent trouuer l'ennemipour combatre, adonc les premiers s'arrefterent tout court,& crierent qu'on appellaft Eumenes pour les conduire,& qu'ils ne pafferoyent point outre, s'ils ne l'auoyent pour leur Chef. En difant cela ils firent quand & quand haut le bois,& poferent leurs pauoys en terre à leurs pieds, s'entre- difans les vns aux autres qu'ils demeuraffent,& à leurs particuliers Capitaines aufsi, aufquels ils declarerent rondement, qu'ils ne bougeroyent de là, ny ne combatroyent nullement, fi Eumenes n'y éftoit prefent pour les conduire. Dequoy Eumenes eftant aduerty vint deuers eux grand erre, en preflant les efélaues qui portoyent fa litiere:& la faifant ouurir& decouurir de cofté& d'autre, tendit la main droite aux foldats, en leur donnant à entendre, qu'il eftoit tref- ioyeux de la bonne opinion, qu'ils auoyent de luy:& eux auffi incontinent qu'ils le virent le faluerent en langage Macedonien,& releuerent leurs pauoys, dont ils frapperent contre leurs picques auec grāds cris, difant que les ennemis vinfent, quand ils voudroyent, & qu'ils leur donneroyent la bataille, puis que leur Capitaine e- ftoit auec eux. Dautre cofté Antigonus, qui auoit entendu par les prifonniers, que fes gens auoyent pris és courfes& efcarmouches, qu'Eumenes eftoit tombé malade,& qu'on le portoit dedans vne litiere tant il eftoit mal difpofé de fa perfonne, eftima, qu'il n'auroit pas grand affaire à defconfire tout le refte, celuy- la eftant malade,& pour cefte caufe fe haftoit, le plus qu'il pouuoit de leur donner labataille: mais quand il fut approché de fi pres, qu'il peut bien voir clairement l'ordonnance& la contenance de iufques qu'Ant lors qu' deux par venu, ma conque les vas les ra Comm fut ad fes go feiou re du rent c ce que vers le plaine ten ad FO crea aux fent afsig voir que les er magni Capitaine& grand fe que folda credit& ga fique l'art d'aduent cafion de la lon de camp ofer. Ils n'es ennemis de agnes que and ils vien urs ennet dre qu'il leurs, roun de pourp qu'ils por tre, adonc. appellat nt outre, EV MENE S. 127: de fes ennemis, qui eftoyent rengez en bataille fi bien, qu'il n'eftoit pas pofsible de mieux, il en fut fort eftonné,& s'arrefta tout picqué vn long temps, pendant lequel il apperceut de loin la litiere d'Eumenes, qu'on portoit de l'vn des bouts de la bataille à Pautre, dont il fe prit à fire fort haut, ainfi comme eftoit fa couftume,& fe tournant deuers fes amis: C'eft, dit- il, celle litiere- là, à mon aduis, qui nous fait la guerre,& qui nous prefente la bataille: mais en difant cela, il fit fonner la retraite,& remena fes gens en fon camp. Quand cefte peur fut vn peu paffee, les Macedoniens retournerent derechef à leur facon de faire accouftumee, les Satrapes à briguer& flater les foldats,& les foldats à faire les audacieux& braues en grand mefpris de leurs Capitaines, tellement que quand ce vint à prendre leurs garnifons pour hyuerner, ils departirent entre eux prefque toute la prouince des Gabeniens, de forte qu'il y auoit bien depuis les premiers logis iufques aux derniers, foixante& deux lieues de diftance. Ce qu'Antigonus ayant entendu fe delibera de leur aller courir fus, lors qu'ils ne fe doutoyent de rien moins. Si retourna tout court à eux par vn chemin bien plus court, que celuy par où il eftoit venu, mais beaucoup plus mal aifé auffi,& où il n'y auoit eau quel conque, efperant que s'il les pouuoit furprendre ainfi efcartez les vns des autres, qu'il ne feroit pas aifé à leurs Capitaines de les raffembler, au moins fi promptement tous enfemble: mais comme il fe fuft mis en chemin par ce pays afpre& defert, il y fut accueilly de fi impetueux vents& de fi grandes froidures, que fes gens ne peurent onques aller auant,& furent contraints de feiourner pour fe prouuoir de remèdes n'eceffaires contre l'iniure du temps. Les remedes eftoyent d'allumer force feus, quifurent caufe que leurs ennemis furent aduertis de leur venue, pource que les Barbares demeurans és montagnes, qui regardent deuers le defert, s'efbahyffans de voir fi grand nombre de feus en la plaine, enuoyerent en diligence fur deux chameaux faits à la cour fe en aduertir Peuceftas, qui eftoit le plus prochain de la montagne,& fut fi effrayé de cefte nouuelle, qu'il ne feut, qu'il deuoit faire: car voyant les autres fes compagnons auffi effrayez que luy, il fe prit à fuyr, attirant apres luy tous ceux qu'il trouuoit en fon chemin là part où il paffoit: mais Eumenes appaifa ce grand effroy, en leur promettant qu'ils arrefteroyent& retarderoyent cefte foudaine furpriſe de leurs ennemis, de forte qu'ils arriueroyent trois iours plus tard, qu'on ne les attendoit: ce qu'ils creurent. Et adonc enuoya Eumenes çà& là par tout meffagers aux autres Capitaines, leur mandant qu'à toute diligence ils miffent leurs ges enfemble,& fe trouuaffent en certain lieu, qu'il leur afsigna:& cepedat luy mefme auec quelques autres Capitaines alla choifir vn endroit à propos pour l'affiete d'vn cap, leql endroit fe nt quand re à leurs fent,& d! ent ro t nulle Dequoy reflant & defoldela tinent eleuees auec yent, ne e- ar les ches, ns vine il n'av elipos 128 EV MENES MV pouuoit clairement voir du haut des montagnes, qu'il falloit paf fer en venant de deuers le defert. Si le fit fortifier de trenchees& departir par quartiers, efquels il fit faire force feus, en telle diftace les vns des autres comme on les fait en vn camp. Cela n'euft pas pluftoft effé fait, qu'Antigonus arriua au deffus des montagnes, qui apperceut de tout loin ces feus, dont il fut fort defplaifant, pource qu'il eftima, que fes ennemis long temps auparavant euffent efté aduertis de fa venue,& qu'ils luy vinfent au deuanta parquoy craignant qu'il ne fut contraint de venir à la bataille contre fes ennemis, qui eftoyent frais& repofez, là où les fiens e- toyent las& recreus du trauail& malaife qu'ils auoyent enduré à paffer le pays defert, il fe mit en chemin pour remener fon armee, non par la courte voye, par laquelle il eftoit venu, mais par le pays habité& peuplé de groffes villes& bons bourgs, à fin de refaire vn peu fon oft qui eftoit grandement trauaillé. Toutefois voyant qu'on ne leur donnoit nulles allarmes,& qu'on ne luy dreffoit aucunes efcarmouches, comme il fe fait ordinairement quand deux armees font fi prochaines I'vne de l'autre, dauanta ge que les gens du plat pays luy difoyent, qu'ils n'auoyent point veu d'autre armee que la fiene, maisque là autout tout eftoit plein de feus, il fe douta bien adonc, que c'eftoit vne rufe de guerre, dont Eumenes l'auoit abufé: il en fut tant defpit, qu'il tira droit la part où il le penfoit trouuer, fe deliberant de n'vfer plus de furprifesains de commettre tout au hafard d'vne bataille rangees mais cependant la plus grade& meilleure partie de l'armee s'affembla à l'entour d'Eumenes, pour la grade eftime que chacun a- toit de fon bon fens& de fa fuffifance: tellement qu'ils vouluret & ordonnerent q luy feul come Capitaine fouuerain, commadaft en l'armee.Cela defpleut grandemet aux deux Capitaines des Ar gyrafpides, Antigenes& Teutamus, qui en conceurent vne telle enuie contre luy, q dés lors ils machinerent fa mort,& s'affemblas auec plufieurs des Satrapes& des particuliers Capitaines tin drent confeil pour fauoir quand& coment ils le deuoyent occire: mais la plus part de ceux, qui eurent voix en ce confeil, furent d'auis qu'on fe deuoit encore feruir de luy pour la conduite de la bataille: mais incontinent apres qu'il le falloit faire mourir: cela eftant arrefté, Eudamus Capitaine des Elephans,& vn autre nom mé Phædimus, s'en allerent fecretement deuers Eumenes,& luy declarerent ce qui auoit efté conclud en celle affemblee contre luy, nou pour aucune bone affection qu'ils luy portaffent, ou pour aucu vouloir qu'ils euffent de luy faire plaifir, ains feule met pour crainte de perdre l'arget qu'ils luy auoyér prefté. Eumenes les re mercia fort,& les loua de leur fidelité, puis l'alla coter à fes plus) feaux amis, en leur difant. Voyez coment ie fuis enuironné d'vn troupeau de fauuages& cruelles beftes. Cela fait, il efcriuit fon teftateftame papiers guilera fent.Apre mit en del la vidoire P'Armenie aris ains pluleurs donna l'o Grecs E routiers chez, qau rage, dil foyerto toutes les n'eftoit p en bataill dix ans au ans.Al'oc aller choc rent tout peres?& pende fut la Antig où effo Peuceft gonus g plus f ement blain la moyen a bata men Fallon renches elle dif Cela we es mont tdelpl uparavan · au deuan la bataille les fiense ent endure ner fon ar mais par safinde Toutefois ' on ne lu airemen lauant int poin oit plein guerre, droit l de fur rangee mees'a chacun des Ar melle atnes ent occ EV MENE S. V 129. teftamet,& defchira, ou mit au feu toutes les lettres mifsiues& les papiers, qu'il auoit riere luy, ne voulat point qu'apres fa moit ceux qui luy auroyent efcrit quelques fecrets aduertifemens en fouffrif fent. Apres qu'il eut ainfi difpofé de fes particuliers affaires, il mit en deliberatió s'il deuoit faire perdre la bataille,& en laiffer la victoire aux ennemis, où s'il s'en deuoit fuyr par la Medie& l'Armenie en la Cappadocie: mais il n'en arrefta rien deuant fes amis, ains apres que le mal- heur où il fe trouuoit luy eut donné plufieurs diuers penfemens, encore fe refolut- il de cóbatre,& ordonna l'oft en bataille, prefchant& priant les eftrangers tant Grecs Barbares, de faire bien leur deuoir: car quant aux vieux routiers Macedoniés, tat s'en faut qu'ils euffet befoin d'eftre pref chez, qau cotraire ils l'enhortoyet eux- mefmes, qu'il euft bo coa rage, difãs q leurs ennemis ne les attëdroyet iamais, à caufe q c'eftoyet tous les vieux& plus experimetez foldats, q auoyét efté en toutes les coqueftes du Roy Philippus& de fon fils Alexadre,& n'eftoit point de memoire, q iamais ils euffet efté ropus ny desfais en bataille rangee, eftant la plufpart d'eux aagez de foixante& dix ans, au moins n'y en auoit- il point de plus ieunes q de foixate ans. Al'occafio de quoy quad ce vint qu'ils priret leur courfe pour aller chocquer de plus grande roideur leurs ennemis, ils s'efcrierent tout haut, parlans aux autres foldats Macedoniens qui eftoy ent fous Antigonus, O mesfchans garçons, vous prenez vous à vos peres?& feruans fur eux auec vn courage enflamé de courroux, en peu d'efpace defconfirent tout leur bataillon entierement,& en fut la plufpart tuee fur le chap à coups de main. Si fut l'armee de Antigonus tout à plain defconfite en ceft endroit: mais du cofté où eftoit la gendarmerie, il eut l'auantage par la lafcheté de Peuceftas qui fe porta tref- mal en celle iournee, de forte qu'Anti gonus gaigna tout leur bagage, moyennant le bon fens qu'il eut au plus fort du diger, ioint q la nature du lieu où fut la bataille, luy feruit aufsi: car c'eftoit vne capagne rafe, longue& large infi niement, qui n'eftoit ny trop enfondrate, ny aufs trop ferme, ny trop dure, ains couuerte par le deffus d'vn menu fable, reféblat à celle efcume feche qu'on void fur la greue de la mer, quad elle s'eft retiree. Ce fable ainfi delié eftät emeu par les courfes, allees & venues de tant de milliers d'homes& de cheuaux durât le com bat, auoit efleué en l'air vn grand poucier, ne plus ne moins, qqui briferoit& remueroit de lachaux viue,& en blächiffoit l'air, trou bloit la veue, de maniere qu'on n'euft feu rien voir deuant foy: au moyen dequoy il fut aifé à Antigonus fe faifir des hardes& du ba gage de fes ennemis, fans qu'ils en apperceuffent rien. Ayat donc la bataille eu telle iffue, Teutamus incontinent enuoya deuers Antigonus, le prier de leur rendre leur bagage qu'il auoit pris& emmené dedans fon camp. Antigonus fit refponfe, que non feulefuren ite del ir: cel enom & lay contre u pour et pour mes less à les p j 130 EV MENE S. pour ce ue en Santie He en La foy eut ain Argyra que ce ferui, at re& de ee chol ment il rédroit les biens aux Argyrafpides, mais qu'encore en toute autre chofe il les traiteroit le plus gratieufemet, qu'il pourroit, moyennant qu'ils luy rendiffent Eumenes entre fes mains; & alorsces Argyrafpides priret vne trefmal- heureufe& mefchan te refolution de le liurer vif entre les mains de fes mortels ennemis. Si s'approcherent premierement de luy, fans monftrer aucun femblant qu'ils vouluffent mettre la main fur fa perfonne, ains pluftaft que c'eftoit pour le garder& defendre, come ils auoyent de couftume, fe plaignans les vns de leurs biens qu'ils auoyét per dus, les autres luy difans qu'il ne fe fouciaft point,& qu'il auoit gaigné la bataille,& les autres accufans la lafcheté des autres Satrapes, aufquels il auoit tenu, qu'ils n'euffent entierement emporté la victoire: mais à la fin apres l'auoir bien efpié, il y en eut vn, qui fe ietta fur luy& luy ofta fon efpee: les autres le faifirent auffi toft au corps,& luy lierent les deux mains derriere le dos auec fa ceinture. Quoy entendant Antigonus, y enuoya Nicanor pour le prendre d'entre leurs mains,& le luy amener:& lors ayant requis qu'on luy permift de parler, ainfi qu'on le menoit à travers les bandes de ces vieux foldats Macedoniens, fous condition qu'il ne leur feroit prieres aucunes ny requefte, pour les diuertir de ce que ils vouloyent faire, ains leur diroit chofes, qui concernoyent gradement leur profit: il luy fut ottroyé. Adonc eftant fait filence, il monta deffus vn tertre vn peu releué, là où il fe prit à dire en e- ftendant( es mains liees: O mefchans& defloyaux homes, les plus qui nafquirent onques en Macedoine. Quel triomphe, ne quelle victoire fi grande a iamais gaignee fur vous Antigonus, qui en a tant cerché les moyens, comme de vous- mefmes vous luy donnez maintenant, en luy liurant voftre Capitaine lié& garroté en tre fes mains? Ne vous feroit- ce pas grand honte, fi vous eftant le champ de bataille demeuré apres eftre victorieux, vous quitiez feulement l'honneur de la victoire à voftre ennemi, pour l'auarice de retirer feulement quelques hardes que vous auriez perduës? & maintenant vous ne faites pas cefte lafcheté feule, ains qui pis eft, enuoyez voftre Capitaine pour la rançon de voſtre bagage. Quant à moy, quoy qu'on m'emmeine lié, ie demeure neätmoins inuaincu, vainqueur de mes ennemis,& vendu par ceux qui deuffent eftre mes amis. Mais à tout le moins ie vous requier au nom de Iupiter, prote& eur des armees,& en l'honneur des dieux, aufquels appartient la garde du ferment de fidelité iuree, ie vous fup plie& coniure, que vous me tuez vous- mefmes en ce lieu: car auffi bien fera- ce toufiours voftre fait, quand ie feray par mes ennemis mis à mort au camp d'Antigonus:& fi ne deuez craindre, qu'il en foit mal- content, car il ne demande Eumenes que mort& non pas vif Ou fi vous ne voulez employer vos mains à ceft office, deflicz m'en I'vne des mienes feulement, elle fuffira pour jamais dreap fe le g de lag vies, me trois nu plus ro goan focal LOYE pe d place n'eu fe q ble: drent refpo fois v pefans pour le man Aqu mains qu'enen mer.qu'il p tre les ma fe& meich mortels em monftrer auc erfonne, eils auoys ils avoyer pe & qu'il a des autres Se ment empor il y en eut v fairent au le dos aueri Canor pour ayant requ trauers mon qu'il a rde ce que oyent gra filence, dire en e es les plus mene quell us, qui en ous luy de garro VOUS rous qu our l'au ez perdi 12 ains quis re bagage neatmom qui de au nom eux, aul vous fup lieu: car EV MENE S. pour ceft effet:& fi d'aduéture vous doutez de me mettre vn glai ue en la main, ietez moy pieds& mains liees aux beftes,& ce faifant ie vous abfous& defcharge du ferment, que vous auez prefté entre mes mains, comme tref- bien& fain& ement acquitez de la foy que vous auez iuree à voftre Capitaine. Quand Eumenes eut ainfi parlé, tout le refte de l'armee eut grande compafsion de luy, tellement que les larmes leur en vindrent aux yeux: mais les Argyrafpides crierent, qu'on le menaft,& qu'on ne s'arreftaft plus à fes beaux prefchemens,& que ce n'eftoit pas mal employé que ce mefchant Cherronefien fuft puny, felon qu'il l'auoit deferui, attendu qu'il auoit ainfi trauaillé les Macedoniens de guer re& de bataille, où il n'y auroit iamais fin: mais que bien feroitee chofe indigne, s'il falloit que les plus vaillans hommes, que iamais euffent eus en leur feruice les Roys Philippus& Alexandre, apres tant de peines& de trauaux, perdiffent en leur vieilleffe le gain& la recompenfe d'auoir vfé toute leur vie aux labeurs de la guerre, de maniere qu'ils fuffeut contrains de mendier leurs vies, mefmement apres que leurs femmes auoyent defia couché trois nuicts auec leurs ennemis.En difant cela, ils le menerent, le plus roide qu'ils peurent vers le camp d'Antigonus, lequel craignant que la foule du peuple, qui couroit pour le voir, ne le fuffocaft, à caufe qu'il n'eftoit demeuré perfonne au camp, yenuoya dix des plus forts Elephans, qu'il euft,& bonne trouppe d'hommes d'armes Medoys& Parthiens, pour faire faire place& efcarter la preffe:& arriué qu'il fut en fon camp, ib n'eut pas le cœur de le vouloir voir en fi piteux eftat, à caufe qu'ils auoyent eu par le paffé amitié& familiarité enfemble: mais ceux, à qui il en auoit commis la garde, luy vindrent demander comment il vouloit, qu'il fuft gardé,& il leur refpondit. Comme vu Lion ou comme vn Elephant: toute fois vn peu apres il en eut pitié,& le fit defcharger de fes plus pefans fers,& luy enuoya l'vn de fes feruiteurs domeftiques pour le traiter& auoir foin de fa perfonne,& permit, à qui vouToit de fes amis, de l'aller vifiter& luy porter fes necefsitez. Ainfi dilaya Antigonus par plufieurs jours à fe refoudre de ce, qu'il en deuoit faire, efcoutant tout ce qu'on luy en difoit,& qu'on luy en promettoit, pource que Nearchus le Candiot& Demetrius fon propre fils parloyent pour luy,& tafchoyent de luy fauuer la vie, au contraire de tous les autres feigneurs& Capi taines qui eftoyent autour d'Antigonus, lefquels vouloyent qu'on le fift mourir.Pendant qu'on eftoit en ces termes, Eumenes de manda vn iour à Onomarchus, qui auoit la charge de le garder Aquoy tient- il, qu'Antigonus ayant vn fien ennemi entre fes mains, ne le fait mourir promptement, ou qu'il ne le deliure magnanimement? Onomarchus luy refpondit outrageufement, qu'il par mes Dez cra menesque Os mains $ 32 EV MENE S. n'eftoit pas temps lors de faire du hardi,& de monftrer qu'il ne craignoit point la mort,& que c'eftoit en la bataille, où il l'auoit deu monftrer.Eumenes luy repliqua. Ainfi m'aide Iupiter que ie l'ay fait auffi,& fi tu ne m'en crois demande- le à ceux qui fe font attachez à moy mais ie n'en ay point trouué de plus vaillant ny de plus fort que moy. Lots repliqua Onomarchus, Maintenant donc puis que tu as trouué plus fort que toy, que n'attens- tu l'heu re qui luy plaira? Finalement quand Antigonus eut arrefté de le faire mourir, il ordonnaft qu'on ne luy baillaft plus à manger:& fut ainfi deux ou trois iours qu'on le menoit à la fin, en luy oftant le boire& le manger: mais il furuint quelques nouuelles, pour lef quelles il fallut, que le camp deflogeaft foudainement: à l'occafio dequoy auant que partir on enuoya vn homme, qui l'acheua de tuer Antigonus permit à fes amis d'en prendre le corps& de le brufler, puis en recueillir les cendres& les os, pour les enuoyer à fa femme& à fes enfans. Ayant Eumenes finy fes iours en cefte maniere, les dieux n'eftablirent autres commiffaires pour venger fa defloyauté des Argyrafpides& de leurs Capitaines, qui l'auoyent trahy, qu'Antigonus mefme, lequel les abominant comme cruels meurtriers, de floyaux& periures aux homes& aux dieux, les configna à Ibyrtius gouuerneur de la prouince d'Arachofie, luy donnant tref- expres mandement de les perdre& mettre tous à male fin en quelque maniere que ce fuft, tellemét que nul d'eux ne retournaft iamais en la Macedoine, ny ne vift la mer de la Grece. LA nry yal COMPARAISON D'EV MENES 9 AVEC SERTORI VS. yourup St Rimold Eft ce que nous auons peu recueillir, qui foit digne de memoire des faits& geftes de Sertorius& d'Eumenes, Et pour venir à les comparer l'vn auec l'autre, cela pre mierement leur eft commun à tous deux, qu'eftans e- ftrangers en pays eftrange,& bannisdu leur, ils ont toufiours, iufques à leur trefpas, efté Capitaines de diuerfes nations,& ont efté fouuerains Capitaines de groffes& belliqueufes armees. Mais Sertorius a cela de propre, que tous ceux de fa ligue& de fon par zi, luy cederent le premier lieu d'authorité come au plus fuffifant d'entre eux,& à celuy qui eftoit le plus digne de commander:& à Eumenes, qui entre plufieurs qui eftriuoyet encôtre luy de la fuperintendece de toute l'armee, il gaigna par fes faits le premier degré d'authorité en fon oft tellement que à l'vn obeyrent, ceux qui vouloyent eftre gouuernez par vn home de bien& bon Capitaine,& à l'autre cederent pour le bien public, ceux qui fe fentoyent foibles de fuffifance pour pouuoir comander. Car Sertozius eftant Romain commãda aux Hefpagnols& Lufitaniens,& Eumenes, Eumenes la cftoye ce teps ge Serro teur Rom guerrep raindr gne pour Commen Sertorius C grands heurs ou chinere ria du c pagnon ce à Ser à Eumen resqu'il toyent c prelope Conditio & les qu tranqu Anito CUIT YO auoir tant fe em pre pe parla tieux& du prem fecond at oncqu Our il pea Conftrer qu e, ou il Pa lupiter que eux qui le le us vaillant Maintena attens- tu l'he arrefté de l à manger en lay oftan elles, pour le enta foccafio Pacheuade orps& de le es enuoyer urs en cel our venge , qui Pa nt comme ux dieux, rachofie, ettre tous nul d'eux mer de la ENES it dign Eumen e, celap eftans fours, ont ele Mais SERTORIV S. 133 Eumenes, qui eftoit Cherronefien aux Macedoniens dont ceuxla eftoyent ia de long teps fous l'empire Romain,& ceux+ cy en ce teps- la auoyent conquis& fubiugué tout le monde.Dauantage Sertorius eftant defia en reputation grande pour eftre Senateur Romain,& pour auoir auparauant eu la charge de gens de guerre, paruint à la dignité de Capitaine general& Chef fouuerain d'vne groffe armee, là où Eumenes y vint defeftimé& defdai gné pour fon eftat de Secretaire:& n'eut pas feulement, lors qu'il commença à y pretendre moins de moyen pour y paruenir que Sertorius, mais auffi de bien plus grands contraires& de plus grands empefchemens pour s'accroiftre& fe maintenir: car plufieurs ouuertement luy furent contraires,& fecretement luy machinerent fa mort, non pas come à Sertorius, à qui nul ne contraria du comencement, infques à la fin que quelques vns de fes compagnons fous main coniurerent à l'encontre de luy. Pourtant eftce à Sertorius fin de tous fes perils, que vaincre fes enners: là cù à Eumenes fes plus grands dangers luy procedoyent des victoires, qu'il gaignoit fur les fiens, pour la malignité de ceux qui por toyent enuie à fa gloire. Quand eft donc aux faits d'armes, ils font prefque tous efgaux& pareils: mais au demeurant quant à leurs conditions, Eumenes aimoit naturellement la guerre, les debats & les querelles:& Sertorius eftoit ami de paix, de douceur& de tranquillité. Car l'autre pouuant viure en feureté auec hōneur, s'il euft voulu ceder aux premiers,& fe retirer des armes, aima mieux auoir la guerre aux plus grands de Macedoine au peril de fa vie, tant qu'à la fin il y mourut auffi:& Sertorius qui ne vouloit point fe embrouyller d'affaires, fut contraint pour la feureté de fa propre perfonne, de prendre les, armes côtre ceux qui ne le vouloyét par laiffer viure en repos: car fi Eumenes n'euft point efté fi ambi tieux& fi opiniaftre, que de contefter à l'encontre d'Antigonus du premier degré d'authorité,& qu'il fe fuft voulu contenter du fecond, Antigonus en euft efté bien aife, là où Pompeius ne vouTut oncques fouffrir, que Sertorius peuft viure& demeurer en repos. Ainfi l'vn fe mit volontairement à faire la guerre pour dominer,& l'autre fut malgré luy contraint de dominer, pource q on luy faifoit la guerre par où il appert, que celuy- la aimoit natu rellement la guerre, qui preferoit la conuoitife de plus grád eftar que le fien à la feureté de fa vie:& que ceftuy- cy eftoit veritablement home de guerre, qui trouua moyen d'affeurer fa vie par la defenfe des armes. Dauantage l'vn fut occis, fans qu'il fe doutaft de la trahyfon, qu'on luy braffoit,& l'autre attendant de iour en jour la mort qu'on luy machinoit; dont cela eft figne de grande debonaireté de nature, en ce qu'il ne fe desfioit point de ceux que il peufoit deuoireftre fes amis,& cecy de quelque faute de fens & de cœur, car il fut pris comme il s'en vouloit fuyr. Parquoy la fon pat ffifant Her:& à la fupremier nt, ceux bon Ca ui felen ar Serto niens,& i j 134 SERTORIVS. mort de Sertorius ne fit point de des- honneur à fa vie, quant il fouffrit par les compagnons ce, que fes ennemis mortels ne luy a- uoyent iamais peu faire fouffrir l'autre n'ayant feu fuyr à fon mal- heur auant que d'eftre pris,& ayant cerché le moyen de viure encore en fa prifon& captiuité, ne feut euiter honneftement ne fupporter vertueufement la mort: car en requerant et priant fon ennemi de luy fauuer la vie, il foumettoit le cœur& le corps à celuy qui parauant n'auoit que le corps en fa puiffance.joang AGESILA VS. Roys fté à l ture, te.D qui fa ge ferm Youl heme ATH ΣΜ ilefto tre co mand grand Et qu smenotchongq l'aut O fa ge 2909mo fi ga Colunging upast prem plus e qoplang atten by t Pau illippers uhov flus al Hous tro re RCHIDAM vs fils de Zeuxidamus ayant honnorablement regné en Lacedæmone, laiffa deux enfans, dont l'vn fut Agis, qu'il eut d'vne notable Dame nommee Lamprido, l'autre fut Agefilaus de beaucoup plus ieune, qu'il eut de la fille de Melifippidas, qui auoit nom Eupolia:& pource que la fucceffioncau royaume appartenoit au fils ailné Agis, le puif- né Agefilaus ayant a demeurer homme priué fut nourry en la difcipline Laconique, laquelle eftoit bien dure& penible: mais aufsi enfeignoit- elle aux enfans à obeyr:& eftime- on, que ce foit la caufe pour laquelle le poëte Simonides appelle Sparte Damafimbrotos, c'eft à dire, domtant les hommes, pource qu'el le rend par longue accouftumance fes citoyens maniables& bien obeyffans à fes loix, autant ou plus que cité qui ait onques efté au monde, en les domtant dés leur enfance, comme on fait les iunes poulains. La loy exempte& difpenfe de cefte fuietion les enfans, qui doyuent fucceder à la royauté: mais Agefilaus eut cela de propre plus que les autres de cefte qua lité, qu'il vint au degré de commander ayant appris d'enfance à obeyrice qui fut caufe, qu'il feut beaucoup mieux, que nul autre Roya ler leff que chi qu'i temp nes s meur pour The e C ת rels ne laye eu fuyri moyen devi onneftemen ant et priam & le comp ance at honn a deure me nota efilause Meli elion a Agefila Hifcipline aulsi en foit la Dama qu'el les& it oncom ifpenfe oyaure efte qua nfance Roj AGE SILAVS, tle 135 Roy, s'accommoder& fe comporter auec fes fuiets, ayant adioufté à la grandeur royale& aux façons de prince qu'il auoit de na ture, la courtoifie& la priuauté qu'il auoit acquife par nourriture.Dutéps doc qu'il eftoit és troupes, qu'ils appellent des enfans, qui font nourris enfemble, Lyfander fut amoureux de luy pour fa gentilleffe principalement: car eftant plus courageux& plus ferme en fes opinions que nul autre des enfans, comme celuy qui vouloit toufiours en toutes chofes eftre le premier, auec vne ve hemence& vne impetuofité fi grade en tout ce qu'il vouloit, que il eftoit impoffible de la vaincre ny de la forcer: il eftoit d'vn'au tre cofté fi doux& fi fouple, qu'il faifoit tout ce qu'on luy commandoit par gracieufeté,& rien par crainte, luy faifant plus grand mal de fe fentir blafmer, qu'il ne luy greuoit de travailler. Et quant à l'imperfection de fa iambe, qui eftoit plus courte que l'autre, la beauté de fa perfonne eftant pour lors en fa fleur,& fa gentileffe, en ce qu'on voyoit qu'il la portoit fi patiemment& fi gayement, que luy- mefme s'en moquoit& s'en gaudiffoit 1 premier, cela couuroit grandement cefte defectuofité:& qui plus eft, faifoit dauantage apparoir la gentilleffe de fon courage, attendu qu'on voyoit que pour eftre boiteux, il ne refufoit peine ny trauail quelconque. Quand à la forme de fon vifage, nous ne Pauons point pourtraite au naturel, pource qu'il ne le voulut pas, ainfi defendit expreffément par fon teftament, qu'on ne fift ny peindre ny mouler aucune image de fon corps: mais bien trouue- on, qu'il eftoit de petite ftature,& qu'il promettoit bien peu de foy à le voir: mais ce qu'il eftoit toufiours gay& deliberé,& iamais chagrin ny fafcheux, ny en parole, ny en vifage, cela le rendoit plus agreable& plus amiable, voire iufques en fa vieil leffe, que les plus beaux du monde toutefois les Ephores, ainfi que Theophraftus efcrit, condamnerent à l'amende leur Roy Ar chidamus, à caufe qu'il auoit efpoufé vne petite femme, difans qu'il leur engendreroit des roytelets, non pas des Roys. Mais du temps que fon fils aifné Agis regnoit, Alcibiades banny d'Athenes s'en fuyt de la Sicile en Lacedæmone,& n'eut pas guere de meuré à Sparte, qu'il fut incontinent foupçoné d'entretenir la femme du Roy Agis, qui s'appelloit Timaa, de maniere que pour cefte caufe Agis n'aduoua point pour fon fils l'enfant que elle fit difant qu'elle l'auoit conceu d'Alcibiades: dequoy Timxa ne fe foucioit guere, ainfi que Duris efcrit: car quelquefois eftant en fon priué entre fes femmes elle l'appelloit tout bas Alcibiades, non pas Leotychides: aufsi dit- on, qu'Alcibiades mefme difoit, que ce n'eftoir point pour faire mal- ny defplaifir à perfon ne, qu'il s'eftoit approché de la Royne Timaa, ains feulement pource qu'il defiroit qu'il y eut des Roys en Lacedæmone engendrez de fa femece. Toutefois il fut côtraint pour cefte occafo de i ibj que Xen grande voicy q La fouue que: m an fele te lear rite des 136 AGESILA VS.. forti hors de Lacedæmone pour la desfiance qu'il auoit du Roy Agis, qui toufiours depuis eut l'enfant pour fufpect,& ne le tint iamais pourlegitime, iufques à ce qu'eftant tombé malade au lit de la mort, Leotychides s'alla ieter a genoux les larmes aux yeux deuant luy,& feut fi bien faire, qu'Agis en prefence de tefmoins declara qu'il l'aduouoit pour fon fils. Ce neantmoins apres la mort d'Agis, Lyfander, qui ia auoit desfait les Atheniens par mer & auoit plus de credit& d'authorité en la ville de Sparte, que nul autre, entreprit de faire tomber la royauté fur Agefilaus, difant qu'elle n'appartenoit point à Leoty chides, attendu qu'il eftoit baftard: autant en difoyent auffiplufieurs autres des citoyens, qui aimoyent la vertu d'Agefilaus,& luy fauorifoyent fort affectueu fement à caufe qu'il auoit efté nourry& eleué d'enfance auec eux. Mais au coutraire aufsi y auoit il à Sparte vn deuin, nommé Diop ithes, qui fauoit par cœur vne infinité de propheties anciennes,& eftoit tenu pour fort fauant& fuffifant homme en tout ce, qui concernoit les chofes diuines: celuy- la maintenoit qu'il n'eftoit point loyfible, qu'vn boiteux fuft Roy de Sparte,& pour le prouuer il allegua en iugement ceft ancien oracle.ulg Regarde bien, nation Spartaine, Quay que tn fois en courage hautaine, Que Royaute boitesfe ne fe germe Ea toy, qui as l'alleure droite ferme: Car autrement des mal- heurs te viendront Non efperez, qui long temps te tiendront Envelopee in tourmente de guerre, Qui d'hommes rend depeuplee la terre. Lyfanderà l'encontre repliquoit, que fi les Spartiates redoutoy et ceft oracle, c'eftoit pluftoft de Leotychides qu'ils fe deuoyét gar der, pource qu'il ne chaloit point aux dieux, fi aucun s'eftant affolé vn pied venoit à eftre Roy, mais bien s'il n'eftoit pas legiti me ny veritablemet extrait de la race de Hercules: car ce feroit alors, difoit- il, que la royauté viendroit à clocher. Agefilaus alle guoit dauantage, que le dieu mefme Neptune auoit tefmoigné, que Leotychides eftoit baftard: car il auoit contraint Agis par vn zreblement de terre, de fortir hors la chabre de fa femme,& que depuis, plus de dix mois apres, auoit efté né Leoty chides. Ainfi fur Agefilaus pour fes caufes& moyes, non feulemét declaré Roy de Sparte, mais aufsi luy fut adiugee la fucefsion des biens de fon frere Agis,& en debouta- on Leoty chides: toutefois voyat que les parens de luy du cofté de fa mere eftoyent extremement poures, mais de gens de bien au demeurant, il leur laiffa la moitié des biens en quoy faifant il acquit honneur& bien- vueillace de tout le mode, au lieu de l'enuie& de la mal- vueilance qu'on luy euft autrement portee pour le fait de cefte fuccefsion. Et quant à ce que nous auo cafion de meils au taire, pa uit vn c de pren neur& euft co eux y al en chair furueno teur ven vne rob moyes de leur fance bien mens nemi mais & aya ennem blafme fiours auec eu Fair po requer en pof ftre tien tour mogu ' il avoird pect,& ne le e malade al larmes aux yo ence de telmo moins apres hentens parme Sparte que n gefilaus, difam nda qu'il etoi es citoyens qu fort affectue enfance avec deuin, noma de prophetes nt homme e mainteno e Sparte,& acle. AGESILA V S. 137 y acquit fi que Xenophon efcrit qu'en obeyffant à fon pays, il grande puiffance, qu'il faifoit entierement tout ce qu'il vouloit, voicy que c'eftoit: Les Ephores& les Senateurs auoyet pour lors la fouueraine authorité au gouuernement de la chofe pub li que mais les Ephores ne demeuroyent en leurs offices qu'vn an feulement,& les Senateurs demeuroyent en ceft hōneur toute leur vie, ayans efté ordonnez& eftablis pour refrener l'auhorité des Roys, à fin qu'ils n'euffent pas toute puiffance, ain fi que nous auons plus ample ment efcrit en la vie de Lycurgus: à l'oc cafion dequoy dés que les Roys venoyent à fucceder au Royaume, ils auoyent incontinent vne picque& vne inimitié hereditaire, par maniere de dire, à l'encontre d'eux. Mais Agefilaus fuy uit vn chemin totalement cótraire à fes predeceffeurs, car au lieu de prendre querelle,& de s'attacher à eux, il leur porta tout hom neur& toute reuerence, n'entreprenant iamais rien qu'il ne leur euft communiqué premierement,& quand il eftoit mandé par eux y allant plus vifte que le pas. Toutes& quantes fois qu'il eftoir en chaire royale à donner audience fi d'auéture les Ephores y furuenoyent, il fe leuoit au deuat deux,& quand vn nouueau Sena teur venoit à eftre eflen, il leur enuoyoit par honneur à chacun vne robbe& vn boeuf come vn pris d'honneur. Partous lefquels moyés il fembloit, qu'il honnoraft& qu'il augmentaft la dignité de leurs offices, là où il alloit fous main amplifi atfa propre puif fance,& adiouftoit à la royaute vne grandeur procedante de la bien- vueillance qu'on luy portoit.Au refte quant à fes deportemens enuers les autres citoyens, il eftoit moins reprehenfible en nemi qu'amis car il ne nuyfoit iamais iniuftemet à fes ennemis, mais il aidoit bien fouuent à tort& en chofes iniuftes à fes amis: & ayant honte de ne recopenfer& de ne honnorer pas affez fes ennemis quad ils auoyent bien fait, il ne pouuoit condamner ne blafmer fes amis, encore qu'ils euffent mal fait, ains eftoit toufiours bie aife de les fe courir, coment q ce fuft,& defaillir pluftoft auec eux, eftimant que rien ne pouuoit eftre mauuais de ce qu'on fait pour furuenir à fon ami.Au contraire s'il aduenoit que quelqu'vn de fes aduerfaires tombaft en affliction, il eftoit le premier qui en auoit cópafsion,& fi le fecouroit volontiers, fi l'autre l'er requeroit par lefquels moyens il gaignoit la bonne grace& l'amitié de tout le monde. Ce que voyant les Ephores,& redoutans fa puiffance qu'ils voyoyent aller ainfi en auant, le condamneret en vne amende, y adiouftant la caufe, que c'eftoit pource qu'il poffedoit luy feul les cœurs de tous les citoyens, qui deuoyenteftre commus.Car tout ainfi qu'il y a des philofophes naturels, qui ziennent, que qui ofteroit du monde le difcord& la noyfe, le cours des corps celeftes s'arrefteroit,& que la generation& tour moquement cefferoit, pource qu'ils difent, que c'eft la caufe qu redoutor euoyer g s'eftant pas leg rce lera filaus all moigne is par v e,& que Ainfi fu Roy de de fon que les poures, mitié des ede tou buy eut AGESILA V S. $ 38 maintient l'armonie de ce monde: Aufsi femble- il, que celuy, qui eftablit les loix des Lacedæmoniens, mefla parmy le gouuernement de fa chofe publique, l'ambition& la ialoufie entre les citoyens, comme vn aiguillon de la vertu voulant que les gés de bien euffent touficurs quelque chofe à demefler& à debatre les vns contre les autres, eftimant que celle lafche& pareffeufe grace, par laquelle les hommes s'entre- cedent& s'entre- pardon nent les vns aux autres fans fe contreroller, eftoit à fauffes enfeignes appellee concorde. Et cuident aucuns, que certainemét Ho mere euft cefte opinion, pource qu'il n'euft pas autrement fait A gamemnon fe refiouyffant de voir Vlyffes& Achilles quereller, à groffes paroles enfemble, s'il n'euft eftimé, que le debat& l'enuie entre les principaux hommes( qui fait qu'ils ont l'oeil l'vn fur l'autre) tournaft au grand bien de la chofe publique toutefois ce la n'eft pas fans doute, ny ne fe doit pas à l'aduenture confeffer fimplement, pource que les querelles& diffentions excefsiues entre les citoyens font tref- dommageables& dangereufes aux chofes publiques. Au demeurant vn peu apres qu'Agefilaus fut paruenu à la royauté de Lacedæmone, il arriua quelques vns venans de l'Afie, qui apporterent nouuelles, que le Roy de Perfe fai foit preparer vne groffe armee de mer, pour debouter& depoffeder les Lacedæmoniens de la feigneurie de la marine:& dauantage Lyfander defirant eftre vne autrefois r'enuoyé en Afie pour y fecourir fes amis, lefquels il auoit laiffez comme feigneurs& maiftres des villes& citez du pays, dont les vns eftoyent dechaf fez par leurs citoyens, les autres punis de mort, à caufe qu'ils a- bufoyent violemment& tyranniquement de leur authorité, il mit en tefte à Agefilaus, qu'il entreprift ce voyage de paffer en Afie, pour aller faire la guerre à ce Roy Barbare loin de la Grece premier que fon armee& fon equipage fuffet preft. Pour à quoy plus facillement paruenir, il efcriuit à fes amis en Afie qu'ils enuoyaffent à Sparte demander Agefilaus pour leur Capitaine: ce qu'ils firent:& Agefilaus en pleine affemblee du confeil de la ville accepta la charge pourueu qu'on luy baillaft trete Capitaines Spartiates pour luy afsifter& le confeiller en fes affaires, deux mille Ilotes affranchis, auec fix mille des alliez de Lacedæmone. Cela luy fut facilement accordé, moyenant le port& la faueur que luy fit Lyfander,& l'enuoya- on incontinent auec les trente Capitaines, qu'il auoit demandez, defquels Lyfander fut le pre mier, non feulement pour l'authorité& la reputation qu'il auoit acquife, mais aufsi pour l'amitié qu'il portoit à Agefilaus, lequel fe fentoit plus tenu à luy de ce, qu'il luy auoit procuré cefte charge, que de ce qu'il l'auoit fait paruenir à la royauté. Parquoy cependant que l'armee s'affembloit au port de Geræfte, luy auec quelques vns de fes amis s'en alla en la ville d'Aulide, là où il luy fut aduis, Lacedam de toure nant apr ples mispat tu faces a tement A NOT INCON crifa en ce point, ains criferoit dele toit de ceft an ner vine b fon deui par les g me le por & gouvern Coultumes Contenu Jetteren laus, Courro fue def pronoft roit. Arri plaifir P grande e Lace de bie fes efi Dec ce tement parmy leg a taloufe e lant que les er& deb e& parefie s'entre- pard afruffes enies trement fait iles querelle edebat&' en Pad Pri coutefois ture confe ns excels gereufes a Agefilaus f ques vns ve de Perfe fai & depoffe e:& dauan en Alie pou feigneurs& oyen decha aufe qu'ils authorite de pafer de la Gr Poura fie qu'i apitaine eil de la Capitais ires, dea edæmone la fauen es trente fut le pre qu'il auo us, leque cure ce te.Parq fely a AGESILA V S. 13 fut aduis, que la nuit quélqu'vn en dormant luy dit, O Roy des Lacedæmoniens, tu fais, qu'il n'y eut onques Capitaine general de toute la Grece efleu, que iadis Agamemnon,& toy maintenant apres luy:& pource que tu commandes aux mefmes peuples, qu'il faifoit,& que tu vas faire la guerre aux mefmes ennemis, partant d'vn mefme lieu pour y aller, il eft raifonnable, que tu faces auffi vn mefme facrifice à la deeffe, qu'il fit à fon departement. Agefilaus n'eut pas pluftoft eu cefte vifion, qu'il luy fou uiut incontinent, qu'Agamemnon à la perfuafion des deuins facrifia en ce mefme lieu la propre fille, toutefois il ne s'en effroya point, ains le matin en fit le conte à fes amis,& leur dir, qu'il facrifieroit à la deeffe, ce dont il eftoit vray- femblable, qu'elle fe dele& toit,& qu'il ne vouloit point enfuyure la cruelle deuotion de ceft ancien Capitaine Agamemnon:& difant cela, il fit amener vne bifche couronnee de chapeaux de fleurs,& commanda à fon deuin l'immoler, ne voulant pas que celuy qui eftoit deputé par les gouuerneurs de la Booce euft l'honneur de ce faire, come le portoit la couftume du lieu: ce qu'entendans les magiftrats & gouuerneurs de Bococe en furent mal- contents,& enuoyerent leurs fergens denoncer à Agefilaus, qu'il fe deportaft de vouloir! faire faire facrifices en ce lieu- là contre les loix, priuileges& couftumes du pays. Les fergens, qui y furent enuoyez, firent le contenu de leur commiffion: mais trouuans que la befte eftoit defia immolee,& les quartiers deffus l'autel, ils les prirent& les ietterent çà& là hors de deffus ledit autel. Cela fafcha Agefilaus, qui eftoit fur fon embarquement,& s'en alla de là tout courroucé contre les The bains, auec mauuaife efperance de l'iffue de fon voyage à caufe de ce finiftre prefage, qui fembloit luy pronoftiquer qu'il ne reffortiroit pas à telle iffue, comme il defiroit. Arriué qu'il fut en la ville d'Ephefe, il eut incontinent à de-> fplaifir l'honneur qu'il vid, qu'on y faifoit à Lyfander,& la fuyte grande qu'il y auoit: car tous ceux du pays alloyent ordinairement à fon logis pour luy faire la cour:& quand il en fortoit, le. fuyuoyent& l'accompagnoyent par tout comme fi Agefilaus n'euft eu que le nom& apparence de Capitaine general, pour la loy de Lacedæmone qui le vouloit ainfi,& que Lyfander fuft celuy qui à la verité euft le plein pouuoir& l'authorité de tout fai re: car iamais n'auoit efté enuoyé Capitaine Grec en ces marches- là, qui y euft acquis tant de reputation, ne qui s'y fuft fait tant redouter comme luy, ny iamais n'y eut homme, qui fift plus de bien à fes amis, ny plus de mal à fes ennemis: lefquelles cho fes eftas toutes frefches, ceux du pays s'en fouuenoyet encore, a- uec ce qu'ils voyoyét Agefilaus home fimple, populaire& de peu de menftre en toutes fes façons de faire, là où au contraire.ils 140 AGESILAVS. remarquoyet en Lyfander la mefme vehemece, afpreté& briefueté de langage, qu'ils y auoyent autrefois conue: au moyen dequoy tout le monde plioit entierement fous luy,& n'eftoit fait que ce que luy feul commandoit.Ce qui fut caufe, que les autres Spartiates premieremēt s'en fafcheret, pource qu'il febloit pro prement, qu'ils fuffent venus pour feruir à Lyfander,& non pas pour cofeiller le Roy: mais depuis Agefilaus mefme s'en ennuya & s'en mefcontenta auffi, encore que de fa nature il ne fuft point enuieux ny marry de voir faire honneur à d'autres qu'à luy: mais eftant de fon naturel fort couoiteux de gloire,& homme courageux, il auoit peur, s'il fe faifoit quelque chofe de beau en cefte guerre, on ne l'attribuaft à Lyfander, pour la grade reputatio qu'il auoit: parquoy il comença à ce porter de cefte forte enuers Juy.Premierement il, contredifoit à tous fes confeils,& toutes les entreprifes, qu'il mettoit en auant, mefmemet celles aufquelles il fe möftroit plus affectionné, il n'en faifoit pas vne, ains en prenoit d'autres à executer pluftoft que celles- là: dauantage s'il y auoit aucuns pourfuyuans, qui euffent à faire à luy, ou qui le requiffent de quelque chofe, s'ils s'appuyoy et fur la faueur de Lyfander, il les renuoyoit tous fans rien faire.Au cas pareil auffi és iugemets, s'il y en auoit aucuns, que Lyfander rabrouaft, ils eftoyent tous affeurez de gaigner leurs proces:& au contraire, s'il y en auoit, à qui il portaft affection,& à qui il defiraft gratifier, il eftoit malaifé, qu'ils fe fauuaffent d'eftre condamnez à l'amende. Toutes lefquelles demonftrations fe faifans ordinairement, no point par cas d'aduenture en vn ou en deux, ains egalement en tous, come de propos deliberé. Lyfander fe doutant bien de la caufe, ne la defguifa point à fes amis, ains leur dit franchement, q c'eftoit à caufe de luy, qu'on leur faifoit ce tort& ce rebut,& pourtant leur cofeilla, qu'ils allaffent faire la cour au Roy& à ceux, qui auoyet plus de credir que luy. Agefilaus eftima, qu'il difoit& faifoit tout pour fufciter la haine du monde à l'encotre de luy: parquoy luy voulät faire encore plus grand defpit, il l'eftablit comiffaire des viures& diftributeur des chairs,& apres l'auoir fait encore ef crit- on, qu'il dit tout haut en prefence de plufieurs, qui le peuret ouyr: Qu'ils aillent maintenant faire la cour à mon diftributeur de chair.Dequoy Lyfander fe plaignant. Luy dit. Vrayemět, Sire Agefilaus, tu fais tref- bien comment il faut raualler tes amis. Ce fais- mon, refpondit Agefilaus, ceux qui veulet entreprendre fur mon authorité& eftre plus grands que moy. Voire mais, repliqua Lyfander, à l'aduéture ne l'ay- ie pas fait ainfi q tu le dis: toutefois fi tu as telle opinion, donne moy quelque charge& quelque lieu, auquel fans te fafcher ie te puiffe eftre vtile. Depuis ces propos Agefilaus l'eauoya à la marche de l'Hellefpont, là oû où il pays du laus au de che à l'enco toufiou Spia to Jes lepr en comm rent- la i mon adu treprit a res amb der en t uentefo fandere blement faifon, tres moy grand& fe mont d'vne m fance de rance& fapher vn do villes penfa a luy den hers, P la Grec dix m miere le Ba tourna new prete& e: au Ce n'efton que les an il leblos p AV S. AGESILA V S. 141 là où il pratiqua vn feigneur Perfien nommé Spithridates, des pays du gouuernement de Pharnabazus, qu'il amena à Agefilaus auec groffe fomme d'or& bien enuiron deux cens hommes de cheual: non que pour cela le mal- talent, qu'il auoit conceu à l'encontre du Roy, fuft appaifé: ains au contraire il garda toufiours cefte rancune en fon cœur: tellement que depuis il e- fpia toufiours les moyens de faire ofter aux deux maifons royales le priuilege qu'elles auoyent de la royauté, pour la mettre en commun à toutes les familles des Spartiates,& pour ce different- là il euft fufcité vn grand trouble en la ville de Sparte, à mon aduis, s'il ne fuft mort fi toft qu'il fit, en vn voyage qu'il enet,& non ne s'en ennu ne fuft po qu'a lupima omme cout e beau en c ide reputa treprit au pays de la Booce. Voila comment les grandes natuforte ene & toutes l s en pren oyent tous Ten auot; eftoit mal Toutes tous, com caule, ne res ambitieufes, ne pouuans tenir moyen,& fe garder d'exceder en trop és gouuernements des chofes publiques, font fousauquelle uentefois caufe de plus de mal que de bien: car encore que Lyfander euft efté fafcheux& importun, comme il eftoit veritasilyablement, de monftrer ainfi fon ambition hors de temps& de requiffe faifon, Agefilaus n'ignoroit pas, qu'il y auoit beaucoup d'auyfander, tres moyens moins reprehenfibles de chaftier vn perfonnage iugemét, grand& illuftre, qui pechoit par vne ambitieufe conuoitife de fe monftrer feulement. Et m'eft aduis, que tous deux aueuglez d'vne mefme paffion, faillirent: I'vn de ne conoiftre pas la puiffance de fon fuperieur:& l'autre de ne pouuoir fupporter l'ignorance& l'imperfection de fon ami. Or du commencement Tio point par faphernes redoutant Agefilaus, fit quelques trefues auec luy, fous vn donner à entendre, que le Roy fe contenteroit de laiffer les villes Grecques de l'Afie en pleine liberté: mais depuis quand il c'efpenfa auoir affemblé des forces fuffifantes pour le combattre, il ourtant luy denonça la guerre, laquelle Agefilaus accepta fort volontiers, pourautant mefmerment qu'on auoit grande efperance par la Grece, qu'il feroit quelque grande chofe en ce voyage,& luy- mefme eftimoit, que ce luy feroit vne grande honte, que les dix mille Grecs, qui eftoyent retournez du fond de l'Afie iufques à la mer maiour fous la conduite de Xenophon, euffent vaincu& battu l'armee du Roy, autant de fois qu'ils auoyent voulu,& que luy, qui eftoit Capitaine general des Lacedæmoniens, lefquels donnoyent pour lors la loy à la mer& à la terre, ne fift aucun acte digne de memoire entre les Grecs. Parquoy pour venger incontinent le defleval iurement de Tifaphernes par vne iufte tromperie, il fit femblant de vouloir premierement entrer dedans le pays de la Carie, au moyen dequoy le Barbare y fit l'amas de toute fa puiffance: mais foudain il tourna bride tout court,& fe ietta dedans la Phrygie, où il prit plufieurs villes& y gaigna beaucoup de biens, faifans voir à fes qui au tailor arquoy miffaires encore ile peu tribute emet, Si es amis. prendre mais, re tuled charge! vtile. Hellefpon * 42 AGESILA VS. dre ca& la Quoy e ente de pied de que luy au dequoril ment que gens depic fent rate leur que les Barbare fayuans vi gens, que violer l'accord de paix ou de trefues, qu'on a iuré, c'eft mefprifer les dieux: mais que deceuoir& abufer fes ennemis n'eft pas feulement iufte, ains eft auffi honnorable,& y a du profit conioint auec le plaifir. Au demeurant pource qu'il eftoit le plus foible de cheualerie,& que les entrailles des beftes, qu'il auoit facrifices aux dieux, fe trouuoyent defectueufes, il s'en retourna en la ville d'Ephefe, là où il amaffa des gens de cheual, faifant entendre aux hommes riches qui ne voudroyet eux- mefines en perfonne aller à la guerre, qu'il les en difpenfoit, pourueu qu'ils fourniffent d'vn homme& d'vn cheual de feruice en leur place,& y en eut plufieurs qui le firent ainfi, de maniere qu'en peu de iours Agefilaus trouua bon nobre de vaillas homes d'armes, au lieu de gens de pied qui ne valoyent guere: car ceux, qui n'alloy ent pas volontiers à la guerre, foudoyoyent ceux, qui y vouloyent bien aller en leur place,& femblablemet auffi ceux, qui ne vouloyent feruir à cheual, payoyent au lieu d'eux, ceux qui en defiroyent feruir: en quoy il fuyuit fagement l'exemple du Roy Agamemnon, qui difpenfa yn riche couard d'aller perfonnellement à la guerre, en prenant de luy vne bonne iument. Or auoit- il commandé aux commiffaires, qui vendoyent publiquement au plus offrant à l'enca les prifonniers de guerre, qu'ils les defpouyllaffent tous nuds pour les vendre: ce qu'ils firent,& fe trouuoit affez de gens, qui achetoyentvolontiers leurs defpouylJes& leurs habillemens: mais quant au corps ils s'en moquoy ent, les voyans ainfi blancs, delicats& tendres, pour auoir efté nourris en delices à l'vmbre au couuert, tellemét qu'il fe trouuoit peu de gens, qui y miffent enchere, pource qu'ils les eftimoyent perfonnes inutiles,& qui ne valoyent rien. Adonc Agefilaus fe trouuant à cefte vente expreffément pour cefte fin, dit à les gens: Voyez- vous, mes amis, ce font là les perfonnes, à qui vous aurez à combattre,& icy les defpouylles pour qui vous combatrez. Der puis eftant la faifon venue de fe remettre en campagne,& de ren trer dedans le pays des ennemis, il dit publiquement qu'il entreroit dedans la Lydie, non point en intention de tromper plus Tif. faphernes:: mais luy- mefme fe trópa, car pour s'eftre trouué deceu la premiere fois, il n'adioufta plus de creance à cefte feconde publication, ains fe perfuada, que ce feroit à ce coup là, qu'il entreroit en la Carie, attendu mefmement que c'eftoit vn pays boffu& mal- aifé pour gés de cheual, en quoy il fe fentoit le plus foible: mais nonobftant Agefilaus entrat, comme il auoit predit, dedans le plat pays, auquel eft fituee la ville royale de la Lydie. Sardis, Tiffaphernes fut contraint d'y accourir au fecours à grad hafte,& y eftant arriué en extreme diligence auec fa cheualerie, ilfurprit par les champs plufieurs des ennemis efcartez fans or dre nombre de feulement ger: mais vn mauua car le Ro lieutenan woya deu ment,& l fon pays. foit pas en qu'au reg les tout pource Jes Gre moyen frais. A officiers Juy auoi ce que la enaulfiel mel'eferit experim med pour l lernen ance morable, b pource illes AGESILA VS. 143 dre çà& là à piller le plat pays,& en mit la plufpart à l'efpee. Quoy entendant Agefilaus, difcourut en luy- mefme, que les gens de pied de fon ennemi ne pouuoyent pas encore eftre arriuez,& que luy au contraire auoit toute fon armee complete, au moyen dequoy il penfa, qu'il valoit mieux venir à la bataille promptement, que dilayer dauantage: fi mefla parmy fa cheualerie fes gens de pied armez à la legere,& leur commanda, qu'ils allaffent vifte ment attacher l'ennemi, pendant que luy feroit fuyure à leur queue les autres pefamment armez: ce qu'ils firent: mais les Barbares fe mirent incontinent en route,& les Grecs pourdemnifuyuans viuement& de pres, prirent leur cap,& occirent vn grad defectue des gen n daipenia, al de ferdi vallas bom Et auffice eux, ceurexemple ller per ment. publique qu'ils frent,& defpour equoy en Our dite now trouuoit timoyent Claus fen nombre des fuyans. Depuis cefte bataille ils eurent le moyen, no feulement de courir& piller les pays du Roy à leur aife fans da ger: mais auffi de voir la vengeance de Tiffaphernes, qui' eftoit vn mauuais. homme& tref- apre ennemi de la nation des Grecs: car le Roy de Perfe enuoya incótinent en fa place vn autre fien lieutenant appellé Tithrauftes, qui luy fit trencher la tefte,& enuoya deuers Agefilaus le prier de vouloir entendre à appointement,& luy faire offrir force or& argent pour s'en retourner en fon pays. A quoy Agefilaus fit refponfe, que quant à la paix, il n'eftoit pas en luy de la faire,& que c'eftoit aux Lacedæmoniens,& qu'au regard de luy, il eftoit plus aife d'enrichir fes foldats que foy- mefme: mais qu'outre cela les Grecs n'eftimoyent point honorable prendre des prefens de leur ennemi, ains des defpouylles: toutefois voulant gratifier en quelque chofe à Tithrauftes, pource qu'il auoit fait la vengeance d'vn comun ennemi de tous les Grecs, il mena fon armee hors de la Lydie en la Phrygie, moyennant la fomme de trente talents qu'on luy bailla pour fes* Cent quafrais. Ainfi qu'il eftoit par le chemin, il receut vn petit billet des officiers& magiftrats de Sparte, qui luy mandoyent, comme on mille efcus. luy auoit baille la charge de l'armee de mer auec celle de terre: ce que iamais autre Capitaine Lacedæmonien auant luy n'auoit eu: auffi eftoit il fans côtredit le plus grand& le plus digne perper plafonnage, qui fuft viuant de fon teps, ainfi que Theopopus mefme l'efcrit en quelque paffage, come celuy qui fe faifoit eftimer plus pour fa vertu, qu'il ne faifoit pour la grandeur de fon autho rité: toutefois il femble, qu'en ceft endroit il commit vne faute, quad il fit fon lieutenant en l'armee de mer vn Pifander frere do fa femme, là où il y auoit d'autres Capitaines plus aagez& plus experimentez que luy, ayant plus de regard à gratifier à fa femme,& à honnorer vn fien allié, qu'à faire ce qui eftoit le plus vtile pour fon pays.Cela fait, il mena fon armee és prouinces du gouuernement de Pharnabazus, là où il trouua non feulement abondance de tous viures, mais auffi y amaffa groffe fomme d'argent: les gens VOUS 20 mbatres qu'il e trouvél efte feco upla, qu Litvn payi oit le plus oit pred Bela Lyd courra a cheuale tre vints 344 VAGE SILA V S. & de là paffa infqu'au royaume de Paphlagonie, où il fit alliance auec le Roy Cotys, qui recercha affectueufement fon amizié, pour la vertu& la conftante foy qui eftoit en luy: comme fit auffi Spiridathes, lequel abandonna Pharnabazus pour fe rendre à Agefilaus,& depuis qu'il s'y fut rendu, iamais ne fe partit d'aupres de luy, ains le fuyuit& l'accompagna toufiours par tout. Il auoit vn fils, qui eftoit vn fort bel enfant, nommé Megabates, duquel Agefilaus eftoit amoureux,& vne fort belle fille prefte à maryer, qu'Agefilaus fit efpoufer à ce Roy Coays:& prenant de luy mille hommes de cheual, auec deux mille hommes de pied armez à la legere, s'en retourna en la Phrygie, là où il deftruifit les prouinces du gouuernement de Pharnabazus, lequel ne l'ofoit attendre en campagne, ny mefme fe fier en fes fortereffes, ains alloit toufiours fuyant deuant luy, emportant quant& foy la plufpart de ce qu'il aimoit le mieux & qu'il tenoit le plus cher, en fe retirant toufiours arriere d'vn lieu en autre, iufques à ce que Spiridathes accompagné d'vn Spartiate nommé Erippidas, le preffa vn iour de fi pres qu'il luy prit fon camp,& fe faifit de tout le precieux meuble, qu'il auoit quant& luy. Mais là Erippidas fe monftra vn peu trop afpre à recercher ce, qui auoit efté fouftrait du butin, contraignant les Barbares à le rendre, iufques à vouloir vifiter& fouyller par tout. Cela irrita fi fort Spiridathes, qu'il fe retira incontinent auec les Paphlagoniens en la ville de Sardis, dequoy Agefilaus fut auffi fafché, que de chofe qui luy aduint en tout ce voyage: car il e- ftoit marry d'auoir perdu vn fi homme de bien que Spiridathes, & la trouppe de gens de guerre qu'il auoit emmene quant& luy, Jaquelle n'eftoit pas petite:& fi auoit encore peur, qu'on le no taft de cefte mechanique chicheté, dont il auoit toufiours eftudié à fe maintenir pur& net,& non feulement foy, ains auffi tous ceux de fon pays. Mais outre ces caufes apparentes, encore le poignoit fort l'amour de l'enfant, qui eftoit profondement empraint en fon cœur, combien que lors qu'il l'auoit aupres de luy, fuyuant fon naturel de ne vouloir iamais eftre vaincu, il s'efforçaft de combattre fon defir, de maniere qu'vn iour Megabathes s'approchant de luy pour le careffer& baifer, il detourna fa tefte: dequoy l'enfant ayant eu honte, s'en deporta de lors en auant,& ne l'ofa plus faluer que de loin. Ce qui defpleut d'vn autre cofté à Agefilaus: au moyen dequoy fe repentat d'auoir deftourné le baifer de Megabates, il faifoit femblant de s'efmerueiller, pourquoy il ne le faluoit plus d'vn baifer come il auoit accouftumé:& quelques vns de fes familiers luy refpondirent adonc. Tu en es caufe toy- mefme, Sire, qui n'a pas ofé attendre, aias as eu peur du baifer d'vn fi bel enfant: car encore y retourretourn fuir vo demeu pondi je vou refilte deuen lors qu elaign d'afferm fence de Pharna ble vn mun à au lieu bazus haute on efte uerfes c laus ain aupres femen entre te de fait b Athe Et A entre refpo à Pha nous bazus tenant comme cen'eft mal fa der Gr guerre la l dre il Gra ent fon a lay.com azus pour 1amais e na toufio ant, nom vne fort b ce Roy Co ec deux maenla Ph ment de Pha ny meme devant l moit le mi arriered pagné d es qu'il qu'il auo alpre a ignant les r par to nt auec us fut aufi ge: car il e Spiridathe quant& qu'on len fiours , ain tes, e fonden t aupres vaincu, jour Me , il de NICIAS 3245 retourneroit- il bie, qui le luy diroit, pourueu que tu te gardes de le fuir vne autre fois, come tu as ia fait. Ces paroles ouyes, Agefilaus demeuravne efpace de teps tout penfif fans mot dire, puis leur ref pondit à la fin: Il n'eft point de befoin que vous luy en parliez, car ie vous affeure, que ie feroye plus aife de pouuoir encore vn coup refifter à vn tel baifer, que fi tout ce que ie voy deuant moy me deuenoit or. Ainfi fe comportoit Agefilaus enuers Megabates, lors qu'il eftoit autour de luy: mais au contraire quand il en fut efloigné, il s'en trouua fi ardemment efpris, qu'il feroit mal- aifé d'affermer, fi l'enfant fuft vne autre fois retourné& fe fuft pre fenté deuant luy, s'il fe fuft peu garder de fe laiffer baifer.Depuis Pharnabazus recercha de parler auec luy,& les affembla enfem ble vn Cyzicenien nommé Apollophanes, qui eftoit hofte commun à tous deux: fi fe trouua le premier Agefilaus auec fes amis au lieu affigné pour leur entre- veue,& en attendant Pharnabazus fe ietta deffous vn arbre à l'vmbre fur l'herbe, qui y eftoit haute& drue, iufqu'à ce que Pharnabazus y arriua auffi, auquel on eftendit des peaux douces à long poil,& des tapis ouurez de di uerfes couleurs pour fe feoir deflus: mais ayat honte de voir Agefi laus ainfi couché par terre deffus l'herbe nue, il s'y coucha aufsi aupres de luy, combien qu'il fuft veftu d'vne robbe de merueilleu fement deflice tiffure& fort riche teinture. Apres qu'ils fe furent entrefaluez, Pharnabazus comença à parler, cual n'euft point fau te de bones remonftraces& iuftes doleaces, comè celuy qui auoit fait beaucoup de plaifir aux Lacedæmonies en la guerre contre les Atheniés& en recópenfe fe trouuoit lors pillé& faccagé par eux. Et Agefilaus voyant les autres Spartiates qui affiftoyent à cefte entre- veue iettans les yeux contre bas de honte,& ne fachasque refpondre à cela, pource qu'ils conoiffoyent bien, qu'on faifoit tort à Pharnabazus, prit la parole& refpondit en cefte maniere: Quad nous auons efté par cy deuant amis du Roy, feigneur Pharna bazus, nous auons vfé de ce qui eftoit à luy comme amis,& main tenant que nous fommes deuenus fes ennemis, nous en vfons auffi comme ennemis:& voyans que tu veux eftre l'vn de fes efclaues, ce n'eft pas de merueilles fi nous tafchons de l'endommager en te mal faifant: mais de l'heure que tu aimeras mieux eftre ami allié des Grecs, que ferf du Roy de Perfe, eftime que ces hommes de guerre, ces armes& fes nauires,& nous tous fommes pour garder & defendre tes biens& ta liberté à l'encontre de luy, fans laquelle il n'y a rien de beau, de bon, ny de defirable en ce monde. A cela luy refpondit Pharnabazus ouuertement,& luy donna à enten dre quelle eftoit fon intention.car file Roy, dit- il, enuoye par ça vn autre Capitaine pour eftre fon lieutenat, affcurez- vous, que iç me tourneray aufsi toft des voftres: mais auffi s'il me donne la charge& fuperintendance de cefte guerre, ie n'omettray rien de deport qui def repen emblan fer com y repor pas ole de 146 A GESILA V S. diligence ny d'affection à faire entierement tout ce, que ie pourray pour fon feruice à l'encontre de vous. Cefte refponfe pleur à Agefilaus, lequel luy prenant la main en fe leuant quat& luy, luy dit: le defireroye, feigneur Pharnabazus, qu'ayant le cœur tel, come tu l'as, tu fuffes noftre ami pluftoft que noftre ennemi. Mais ainfi que Pharnabazus s'en retournoit auec fes gens, fon fils, qui eftoit demeuré derriere accourut à Agefilaus,& en riant luy dit, Sire Agefilaus, ie veux contracter amitié& hofpitalité auec toy: & en difant cela luy prefenta vn dard, qu'il tenoit en fa main. A- gefilaus l'accepta,& fur bien aife de voir l'enfant, qui eftoit beau, & de la gentille careffe qu'il luy faifoit: fi regarda autour de luy s'il y auroit quelqu'vn en la compagnie, qui euft quelque chofe de beau, qui peuft eftre propre pour luy redre la pareille,& apperceut le cheual d'vn fien fecretaire nommé Adaus, qui eftoit accouftré d'vn beau& riche harnoys: il luy fit incontinent ofter& le donna au beau& gentilieune garçon, lequel iamais depuis il n'oublia, ains quelque temps apres comme il eut efté chaffe de la maifon de fon pere,& priué de fes biens par fes freres, eftant contraint de s'éfuyr au Peloponefe, il l'eut toufiours en finguliere recommadation, voire iufqu'à luy aider en quelques fienes amours: car il aima fort affectueufement vnieune garçon Athenien, qu'on nourriffoit aux exercices de la perfonne pour vn iour combatre és ieux de pris: mais quand il fut deuenu grand& roide,& qu'il fe vint prefenter pour eftre enrollé au nombre de ceux, qui deuoyent combatre és ieux Olympiques, il fut en danger en eftre de tout poin& reietté: parquoy le Perfien, qui Paimoit, eut recours Agefilaus, le requerant de vouloir aider à ce ieune champion, de forte qu'il ne fouffrift point ce deshonneur d'eftre refufé. Agefilaus luy defirat gratifier iufqu'à là, s'y employa& obtint ce, qu'il demandoit, non fans grande peine& grande difficulté.Ainfi eftoit Agefilaus en toutes autres chofes bien roide à obferuer de point en point tout ce, que les loix commandoyent: mais és affaires de fes amis, il difoit, que garder eftroittement la rigueur de iuftice eftoit vne couuerture, dont fe couuroyent ceux, qui ne vouloyent point faire pour les amis. Auquel propos on trouue encore vne petite lettre mifsiue, qu'il efcriuoit à Idrie prince de la Carie pour la deliurance d'vn fien ami: Si Nicias n'a point failly, deliure- le: s'il a failly, deliure le pour l'amour de moy: mais comment que ce Toit, deliure le. Tel adonc eftoit Agefilaus en la plufpart des affaires de les amis: toutefois il efcheoit bien des occafions où il regardoit pluftoft à l'vtilité publique, comme il monftra vn iour à quelque delogement, qu'il fut contraint de faire vn peu en trouble à la hafte, tellement qu'il luy fut force, qu'il abandonnaft, vn, qu'il aimoit, malade:& comme l'autre l'appellaft par fon nom ainfi comme il s'en partoit,& le fuppliaft de ne le vouloir point abanaband mer& rony guer Ag fon h alloit dans mes fu fouuen ceque qui e re que il fupp toufic fon, Grecs Perfe effoyer manier Ses de teja Cappe Vne mere poët Eftan droits les& public fang bera de Perfe p Pays d pole torc chac arrid que ie po ponie p cœur tel nemi Na fon fils riant luy ite auec top fa main d eltour beau utour de lu uelque chofe reille,& ap nent offert is depust chaffe del ftant co uliere re Samours equ combatre ,& qu'il qui deCeneftre entrecour Winampione fe. Age int ce, Ainfi r de p affare de ube vouloyer core v rie pour jure- le que ce des af où il renjour entro all AGESILA V S. A 147 abandoner.Agefilaus fe retourna& dit, O qu'il eft mal- aife d'ai-* Autres limer& eftre fage tout enfemble! ainfi la efcrit le philofophe Hie- fent auoir pironymus. Or y auoit- il ia deux ans entiers, qu'il eftoit en cefte tie eftre guerre,& ne parloit- on plus és hautes prouinces de l'Afie que fage tout end'Agefilaus, courant par tout vne tref- glorieufe renommee de femble. fon honnefteté, fa continence, courtoifie& fimplicité: car quand il alloit feul auec fon train par les champs, il logeoit toufiours dedans les plus faints temples des dieux, voulat que les dieux mefmes fuffent tefmoins de ce, qu'il faifoit en fon priué, là où bien fouuent nous ne voulons pas, que les hommes feulement voyent ce, que nous y faifons: qui plus eft, entre tât de milliers de foldats qui eftoyet en fon camp, à peine euft- on trouué vne paillaffe pire que celle fur laquelle il dormoit:& quant au froid& au chaud, il fupportoit I'vn& l'autre fi aifément, qu'il fembloit, qu'il fuft toufiours né à fupporter feulement la qualité de l'air& de la faifon, où il fe trouuoit. Si eftoit chofe fort plaifante aux yeux des Grecs habitas en Afie, de voir les Satrapes lieutenans du Roy de Perfe, gouverneurs des prouinces,& autres feigneurs, qui parauae eftoyent fi fuperbes& fi intolerables,& qui ne pouuoyent pas, par maniere de diré, en leur peau, tant ils eftoyent gorgez de richeffes, de voluptez& de delices, faifans lors la cour, en grade crainte, à vn homme qui alloit fimplement veftu d'vne poure mefchate cappe,& de voir commet ils fe refferroyent& reformoyent, pour vne fimple parole courte qu'il leur difoit à la Laconiene: de maniere qu'il venoit alors en penfee à plufieurs, de dire ces vers du poëte Timotheus, list bring Mars eft vn tyran, la Grece Ne craint or, argent, ny richeffe. Eftant donc toute l'Afie efmeue,& fe tournant en plufieurs endroits de fon cofté volontairement, apres y auoir reformé les villes& citez,& leur auoir rendu l'adminiftration de leur chofe publique en toute liberté& toute franchife, fans effufion de fang humain,& fans banniffement d'vn feul homme, il delibera de paffer outre,& en tranfportant la guerre arriere des coftes de la mer Grecque, aller combatre contre le Roy mefme de Perfe pour fa propre perfonne,& luy mettre en compromis fes richefles& fes delices, dot il iouyffoit trop à fon aife en fes hauts pays d'Ecbatane& de Sufe,& l'empefcher fi bien qu'il n'euft pas loifir d'entendre à mouuoir la guerre entre les Grecs,& en difpofer à fa volonté fans fe bouger de fa chaire, en corrompant à force d'argent ceux qui auoyent authorité au gouuernement de chacune des villes.Mais fur les entrefaites qu'il eftoit en péfemēt, arriua deuers luy Epicydidas Spartiate, qui luy apporta nouuelles, que la ville de Sparte eftoit fort preffee de guerres, que luy faifoyent les autres peuples Grecs: au moyen dequoy les Ephores kij 148 A GESI LAVS. DA - le rappelleyent,& luy mandoyent, qu'il euft à retourner pour defendre fon pays. -10 O Grecs, qui plus de maux vous pracurez Qanques n'ont fait Barbares coniures! plus g s'efton Core cn fam Parra buezen prendre Palle l Pay's de Car comment pourroit- on appeller d'autre nom, celle enuie ou celle coniuration, que firent alors les Grecs à l'encontre d'euxmefmes,, par laquelle ils arrefterent auec leurs propres mains la fortune, qui les conduifoit au comble de felicité,& retournerent contre leurs propres entrailles, les armes qui ia eftoyent achemines a l'encontre des Barbares, en rappellat en leur pays la guerre qui en eftoit bannie? Carie ne fuis pas de l'opinion de Demaratus le Corinthien, quand il dit, que les Grecs eftoyent priuez d'vn fingulier plaifir, qui n'auoyent veu Alexandre le grand afsis dedans le throne royal de Darius: ans au contraire ie croy plus toft, qu'ils euffent deu plorer, quand ils euflent penfé, qu'ils a uoyent laifié cefte gloire à Alexandre& aux Macedoniens, lors qu'ils perdoyent follement tant de bons Capitaines de la Grece és batailles de Leuctres, de Coronee, de Corinthe& d'Arcadie. Toutefois Agefilaus ne fit onques acte pius meritoire ne plus grand, que de s'en eftre retourné lors en fon pays, ny ne fit onques vn plus bel exemple d'obeyflance& de iuftice deue à fon Pays, que celuy-la.Car s'il eft ainfi, qu'Hannibal comméçant defia à faire mal fes befong nes,& à eftre debouté de l'Italie, ne cuida encore prefque iamais, finon à toute force, obeyr à fes citoyens, qui le rappelloyent pour les aller deffendre de la guerre qu'ils a- uoyent fur les bras,& dedans leur propre pays: Et Alexandre le grand eftant rappelle pour mefme caufe en fon royaume de Macedoine, tant s'en fallut qu'il y retournaft, qu'encore s'en moquail, quand il entendit la groffe batalle que fon lieutenat Antipater auoit eue contre le Roy Agis, difant, ll me femble, quand i'oy coter ces nouuelles, que cependant que nous defaifions par deçà le Roy Darius, il y ait cu par delà en Arcadie vne bataille de rats: S'il eft( di ie) ainfi, que ces deux grands Capitaines ayent tenu fi peu de conte de leur pays, ne doit- on pas reputer la cité de Sparte bien- heureufe d'auoir eu vn Roy qui luy ait porté tant d'honneur & de reuerence,& tant d'obeyffance à fes loix, que tout aufsi toit qu'il eut receu le petit billet, par lequel il luy eftoit commadé de s'en retourner, il abandonna& quitta tant de puiffance, qu'il a- uoit paifible entre fes mains auec vne efperance tref bien fondee, & cref- bien acheminee de beaucoup encore dauantage,& s'embar qua pour s'en retourner tout foudain, laiffant outre cela vn tref- grand regret à tous les alliez& confederez de fon pays, de ce qu'il n'acheuoit pas vi. fi beau chef- d'œuure, qu'il auoit fi bien commencé? Certes ouy:& fi refuta vn dire de Demonftratus Phæacien, lequel difoit que les Lacedæmoniens eftoyent plus gens bare po comm ou co Phoan pellele demand femmes ne lon avant enuo pays y pe Cepen ce R luy fit comm uec les Pays, il Laville Prendre le de Gear retourner ya celle enuie ncontre de ropres mains retourneren oyent ache pays la guer nde Dem foyent prin le grandal ie croy ple enfe, qu'il doniens, sde la Gre d'Arcad ire ne plu y ne fit on deue à for çant def ene cuida Citoyens me qu'ils a Alexandre ume de Ma s'en moque Antipar nd Por par de le de went ten de Spart Phonne aufsi cod made de qu'il a- fondee, & s'em AGESILA V S. 149 plus gês de bien en public,& les Atheniens en particulier: car s'il s'eftoit möftré bonRoy& excellet Capitaine enuers le public, encore fe faifoit- il fentir plus doux ami en priué,& plus agreable cn familiere conuerfation. Et pource qu'en la monnoye Perfiene il y auoit d'vn cofté la figure d'vn archer imprimee, il dit en fe departant, que dix mille archers le chaffoyent de l'Afie: car autant en auoit- on porté à Thebes& à Athenes, qui auoyent efté diftribuez entre les harangueurs& gouuerneurs du peuple, qui fufciterent par leurs harangues ces deux puiffantes citez,& leur firet prendre les armes contre les Spartiates. Ayant donc à fon retour paffé le deftroit de l'Hellefpont, il prit fon chemin à trauers lé pays de la Trace, là où il ne pria iamais ny peuple, ny prince barbare pour fon paffage, ains leur enuoyoit feulement demander comment ils vouloyent, qu'il paflaft par leurs terres, comme ami, ou comme ennemi. Tous les autres le receurent amiablement,& Phonnorerent chacun felon leur puiffance: mais ceux qu'on y appelle les Trochaliens, aufquels le Roy mefme Xerxes fit des preTens pour auoir amiable pallage par leurs terres, luy enuoyerent demander pour le laiffer paffer* cent talens en argent,& cent* Soixante femmes: à quoy Agefilaus fe moquant d'eux, fit refponfe, Et que mille efcus. ne font ils donc venus quant& vous pour les receuoir? Et en difant cela fit aufsi toft marcher fes gens contre les Barbares, qui Pattendoyent en bataille pour le cuider engarder de paffer,& les ayant rompus en occit vn grand nombre fur le champ- Autant en enuoya- il demander au Roy de Macedoine, s'il pafferoit par fes pays, ou comme ami, ou comme ennemi.Ce Roy fit refponfe, qu'il y penferoit. Et bien, repliqua Agefilaus, qu'il y penfe donc: mais cependant nous ne laifferons pas de tirer toufiours outre. Adonc. ce Roy s'esbahyffant de fa grade hardieffe,& craignant qu'il ne luy fit quelque defplaifir en paffant, l'enuoya prier qu'il paffaft comme ami. Or eftoyent pour lors les Theffaliens en alliance a- uec les ennemis des Lacedæmoniens: parquoy en paffant par leur pays, il le fourragea& pilla come terres d'ennemis,& enuoya en la ville de Lariffe Xenocles& Scytha pour la cuider induire& prendre party auec les Lacedæmoniens. Ces deux ambaffadeurs y f furent retenus& arreftez prifonniers: dequoy tous les autres Spartiates eftas griefuement indignez, eftoyēt d'aduis qu'Agefilaus y deuoit aller mettre le fiege deuant: mais il leur refpondit, qu'il ne voudroit pas auoir gaigné toute la Theffalie entiere, pour perdre l'vn de ces deux hommes- la,& à cefte caufe fit tant, qu'il les retira par compofition. Ce qui n'eft pas, à l'aduenture, trop à efmerueiller en la perfonne d'Agefilaus, veu qu'vne autre fois entendant, qu'il y auoit eu vne groffe bataille donnee pres la ville de Corinthe, en laquelle eftoyent demeurez fur le champ plufieurs grāds& vaillans perfonnages du cofté des ennemis,& bien cela va on par ondrat eat pla pa 04 $ 50 A GESI LA VS. péu de Spartiates, il n'en fit point bonne chere, ny ne vit- on point qu'il s'en refiouift: ains au contraire, en foufpira tres- fort & du profond du cœur, en difant, O poure Grece, tant tu es malheureufe d'auoir occis auec tes propres mains tant de bons hommes tiens, qui euffent efté fuffifans pour desfaire en vn iour de bataille tous les Barbares enfemble! Mais comme les Pharfaliens, ainfi qu'il paffoit fon chemin le harcellaffent,& endommageaffent la queue de fon armee, il prit cinq ces cheuaux, auec lefquels il les alla charger fi viuement, qu'il les rompit à force:& de cefte victoire fit dreffer vn trophæe au deffus du mont, qui s'appelle Narthacium,& luy fut cefte victoire autant ou plus agreable, que nulle autre, pource qu'auec fi petite trouppe de gens de cheual, que luy mefme auoit mis fus,& qu'il auoit dreffez, il fe trouua auoir desfait en bataille ceux, qui de tout temps fe glorifioyent de leur cheualerie. Là le vint trouuer Diphridas l'vn des Ephores eftant enuoyé expres de Sparte, pour luy commader qu'il entraft incontinent en armes dedans le pays de la Boce:& luy, combien qu'il euft deliberé d'y entrer vne autrefois auec beaustucoup plus groffe puiffance, toutesfois ne voulant en aucune choafe defobeyr aux feigneurs du confeil de fon pays, dit incontinent à fes gens, que la iournee pour laquelle ils eftoyent retournez de P'Afie s'approchoit,& enuoya querir deux compagnies de ceux qui eftoyent au camp pres de Corinthe. En recompenfe dequoy ceux de Sparte le voulas honnorer, pource qu'il auoit fipromptement obey à leur mandement, firent crier en laville, que les ieunes hommes qui voudroyent aller fecourir le Roy de leurs perfonnes vinfent bailler leurs noms:& adonc ny en eut pas vn qui ne s'alla prefenter fort affectueufement pour fe faire enroller: mais les gouuerneurs en choifirent cinquante feulement des plus vigoreux& mieux difpos, qu'ils luy enuoyerent. Cependant Agefilaus paffa le pas des Thermopyles& trauerfant le pays de la Pho cide ami de Lacedæmone, entra dedans la Bococe,& alla planter fon camp pres la ville de Charonee, là où foudain qu'il fut arriué, il vit le Soleil eclipfer, qui perdit fa lumiere& prit vne forme de Lune, quand elle eft en fon croiffant:& au mefme temps entendit la nouuelle de la mort de Pifander, lequel auoit efté tué en vne bataille nauale, qu'il auoit perdue contre Pharnabazus& Co non, pres l'ifle de Gnidos.Cefte nouuelle luy fut fort defplaifante, comme on peut penfer, tant pour le regret de la perte du perfonmage qui eftoir fon allié, comme auffi pour le dommage du public: toutesfois de peur que cela ne defcourageaft fes gens,& ne mit quelque frayeur en leurs cœurs, mefmement fur le poinct qu'ils eftoyent prefts d'auoir la bataille, il commanda à ceux, qui venoyent de la marine, qu'ils femaffent vn bruit tout au contraire de ce qu'ils luy auoyent dit,& luy- mefme pour feconder leur dire fortit en public, ayant fur fa tefte vn chapeau de fleurs,& facrifia uelle, en beltes fiouif ceut de donna Orcha fe range Taus, aue mais vin pas for pource & Age rent qu res,& gers bains, fer.par Vine and alla ch Le T femes bata tele fa pe & lu il eft le ga mais & del en bea de luy Gears d Finaleme de from TOU tou pet Dem by ne vi para tres- f ant tu es m de bons ho en vniour Pharfalien ommage auec lefque quis appelle greable, que s de cheual il fe troua glorifoyer ndes Epho r qu'il en mce:& lu ec beau une chocontinent urnez de de ceux edequoy prompteles ieunes s perfon Va quie oller: ma plus a plante fut arr ne forme mps en. tué en & Co fante, rfon du pu,& ne poin ux, qu Contra der leve AGESILA V S. 157 facrifia aux dieux comme pour les remercier de cefte bonne nouuelle, enuoyant à chacun de fes amis fa portion de la chair des beftes immoles, comme il a accouftumé de fe faire en vne reffiouiflance publique: puis marchant en pays auffi toft qu'il apper ceut de loin les ennemis,& que luy fut auffi apperceu d'eux, il ordonna fes gens en bataille, dont il donna la pointe gauche aux Orchomeniés,& luy mena la droite.Les Thebains de l'autre part fe rangerent à la droite de la leur,& donnerent la gauche aux Ar giens. Xenophon, qui fe trouua en cefte bataille du cofté d'Agefilaus, auec lequel il eftoit reuenu de l'Afie, efcrit, qu'il n'en fut iamais vne telle.Ileft bien vray, que la premiere rencontre ne fut pas fort opiniaftrement debatue, ny ne dura pas longuement, pource que les Thebains rompirent incontinent les Orchomenes, & Agefilaus les Argiens: mais quand les vns& les autres entendi rent que les pointes gauches de leurs batailles auoyent des affai res,& quelles reculoyent en arriere, ils retournerent tout court, là où Agefilaus pouuant auoit la victoire entiere fans aucun dáger, s'il euft feulement voulu laiffer paffer le bataillon des Thebains,& puis les charger fur la queue apres qu'il euffent efté paf fez, par vne opiniaftreté de vouloir monftrer fa proueffe,& par vne ardeur de courage aima mieux leur donner en tefte,& les alla chocquer de front, ne les voulant vaincre fino à viue force. Les Thebains de l'autre cofté le receurent non moins courageufement,& y eut là vne meflee fort afpre par tousles endroits de la bataille, mais principalemet au lieu où il eftoit, entre les cinquate ieunes hommes qui luy auoyent efté enuoyez pour la garde de fa perfonne, la vaillance defquels luy vint adonc fort à propos, & luy fut tref- falutaire car encore qu'ils fiffet tout le deuoir, que il eft poffible debien combattre,& qu'ils fe miffent au deuat pour le garder, ils ne le peurent neantmoins fauuer d'eftre bié blefié, mais bien l'emporteret- ils nauré de plufieurs coups de iaueline, & d'efpee qu'il receut à trauers fon harnois, lequel en fut faucé en beaucoup de lieux,& fe rengeans en trouppe ferree au deuat de luy pour le couurir, tuerent grand nombre des ennemis,& plu fieurs d'eux auffi demeurerent morts fur la place iufques à ce que finalemét voyans qu'il eftoit trop mal aifé de forcer les Thebains de front, ils furent contraints de faire ce, qu'ils n'auoyent pas vou lu du commencement: car ils s'ouurirent pour les laiffer paffer, puis quand ils furent paffez, prenans garde qu'ils marchoyent en defordre, comme ceux qui cuidoyent bien eftre hors de tout dan ger, il les fuyuirent,& courans au long d'eux les rechargerent de nouueau par les flanes: mais pour cela encore ne les peurent- ils tourner en fuyte à val de route, ains fe retirerent les Thebains au petit pas à la montagne de Helicon, fe fentans fort fiers de l'euenement de cefte bataille, en laquelle ils s'eftoyent quant à cur AGE SILA V S. A 152 maintenus inuincibles.Mais Agefilaus, encore qu'ilfe portaft fort mal, à caufe de plufieurs bleceures qu'il auoit fur fa perfonne, iamais pourtant ne fe voulut retirer en feureté pour fe faire péfer, que premierement il n'euft efté au lieu de la bataille,& qu'il n'en euft veu emporter les corps morts de fes gens dedas leurs armes. Quant aux ennemis, il comanda, qu'on laiffaft aller eù ils voudroyent ceux qui s'en eftoyent fuys dedans le téple de Minerue Itoniene, qui n'eftoit pas loin de là, deuat lequel y a vn trophæe, que les Thebains iadis y drefferet apres y auoir desfait en batail le, fous la conduite de Sparton, l'armee des Atheniens,& y auoit occis fur le champ le Capitaine Tolmides.Le lendemain au poin dre du iour, Agefilaus voulat efprouurer fi ces Thebains auroyés courage de defcendre vne autre fois à la bataille, comanda à fes foldats, qu'ils miffent des chapeaux de fleurs deffus leurs teftes,& aux meneftriers qu'ils iouaffent de leurs fluftes, pendant qu'il fai foit dreffer& accouftrer vn trophæe come victorieux.& ayat fes ennemis enuoyé demander licence d'enleuer leurs morts, il leur ottroya trefues pour ce faire, en quoy faifant il confirma fa victoi re, puis fe fit porter en la ville de Delphes, là où fe iouoyent les ieux Pythiques,& y fit la proceffion& le facrifice ordinaire à A- pollo, en luy offrant la decime de tout le butin qu'il auoit apporté de l'Afie, qui monta bien à la fomme de cent talens. Cela fait il s'en retourna en fa maifon, là où fes citoyens l'aimerent& l'eftimerent plus que iamais, pour la fimplicité de fa vie& de fa conuerfation: car il ne fe monftra point en fes façons de faire autre, qu'il n'eftoit au parauant, ny chagé de fon naturel par les mœurs des eftrangers, comme font ordinairement les autres Capitaines, quad ils retournent d'vne expeditio longue& lointaine, de forte qu'il mefprifaft les couftumes de fon pays, ou defdaignaft d'obeir aux ordonnances d'iceluy: ains ne plus ne moins que ceux qui n'a uoyent iamai paffé la riuiere d'Eurotas continua toufiours à les obferuer, entretenir& garder, fans rie innouer en fon boire& ma ger, lauer& eftuuer, en l'equipage de fa femme, és ornemés de fes armes, ny aux meubles de fa maifo: car il y laiffa les mefmes portes, qui y efteyent de tout temps fi vieilles& fi anciennes, qu'on eftimoit, que ce fuffent celles mefmes, qu'Ariftodemus y auoit mi fes,& dit Xenophon, que le Canathre de fa fille n'eftoit en rien plus magnifique que ceux des autres.On appelloit Canathres en Lacedæmone des figures de Gryphons, de Cerfs, ou de Boucs, def fus lefquelles on portoit les ieunes filles en certaines procefsios folennelles, qu'on faifoit par la ville.Xenophon n'a point efcrit, come s'appelloit cefte fille d'Agefilaus:& Dicæarchus fe plaint & fe courrouce, qu'on ne fait le nom d'elle, ni celuy de la mere de Epaminondas: toutesfoisnous auons trouué és regiftres de Lacedamone, que la femme d'Agefilaus fe nommoit Cleora, l'vne de fes Les filles jourd'hu des autr te, qui tage qu bleil p fon cha d'y ga re your a ains der Philofo il lay f Laceda homes Apres fieurs luy au citoye & recit laquell der la ple.p:/ tez de La ayan gue Lyl filau ou e mais Cap ge:& pas po auoye fie en de parall fa perion fe faire ph Mc.& quilt as leurs ar lered ils vi le de Mine a vatropie fait en bat es,& y and demain au par bains auroy comanda leurs teftes ndant qu'ilfi τια& αγάπη morts, ille ma fa vid uoyent les naire à A oit appor AGE SILA V S. 153 fes filles Apolia,& l'autre Prolyta:& void- on encore iufques au iourd'huy en la ville de Sparte fa lance, qui n'eft point diferente des autres.Mais voyant qu'il y auoit aucuns des citoyens de Spar te, qui fe glorifioyent,& cuidoyent bien eftre quelque chofe dau tage que les autres, pource qu'ils tenoyent des cheuaux en l'eftable, il perfuada à fa four, qui s'appeloit Synifca, qu'elle enuoyaft fon chariot auec fes cheuaux aux ieux Olympiques, pour effayer d'y gáigner le pris de la caufe, afin de donner à conoiftre& faire voir aux Grecs, que cela n'eftoit acte de vertu quelconques ains de richeffe& de defpenfe feulement:& ayat autour de luy le Philofophe Xenophon, qu'il aimoit,& duquel il faifoit grád côte, il luy fuada d'enuoyer querir fes enfans pour les faire nourrir en Lacedæmone, là où ils apprendroyent la plus belle fciéce, que les homes fauroyeut apprendre, c'eft affauoir, obeyr& commander. Apres la mort de Lyfander il trouua en Sparte vne ligue de plufieurs citoyens badez& cóiurez a l'encótre de luy, que Lyfander luy auoit fufcitee à fon retour de l'Afie:& afin qu'o coneuft quel citoyé auoit efté Lyfäder en fon viuät, il fut entre deuxde möftrer & reciter en public vne harangue, qu'il trouua entre fes papiers, laquelle Porateur Cleon Halicarnaffien auoit cópofee,& Lyfander la deuoit prononcer en publique affemblee deuät tout le peu ple, par laquelle il vouloit mettre en auant beaucoup de nouueau tez,& remuer prefque tout le gouuernement de la chofe publique de Lacedæmone: mais il y eut vn des confeilliers, home fage, qui ayant leu la harangue,& craignant la viuacité des raifons y alle guees& deduites, luy dit, qu'il luy cofeilloit de ne deterrer poine Lyfander, ains pluftoft d'enterrer fa harangue quand& luy.Agefilaus le creut,& ne remua rien:& quãd à ceux q luy auoyétefté ou eftoyét aduerfaires, il ne leur voulut point nuire ouuertement: mais il trouuoit moyen d'en faire toufiours enuoyer quelqu'vn Capitaine d'armee, ou bie de luy faire auoir quelque autre charge:& puis faifoit euidement conoiftre, comment ils ne s'eftoyent pas portez en gés de bié és charges, qu'o leur auoit donnees, ains auoyent efté auaricieux& mefchas:& neatmoins s'ils venoyent à en eftre appellez en iuftice, encore les fecouroit& aidoit il,& fe les rendoit par ce moyen amis, au lieu qu'ils luy eftoyent enne mis,& les regaignoit en ce faifant: de forte qu'il n'eut à la fin perfonne, qui luy fuft aduerfaire.Car l'autre Roy Agefipolis fon cocurrent, eftant fils d'vn pere qu'on auoit bani, le trouuant lors en fort bas aage,& de nature eftant homme doux& debonnaire, ne s'entremettoit guere du gouuernement de la chofe publique: tou tesfois encore fe pourta- il de maniere enuers luy, qu'il le rendit fien: car les deux Rois quand ils eftoyent en la ville, mage oyent enfemble en vne mefme falle.Et Agefilaus conoiffant que de fa nature il eftoit enclin à l'athour, comme auffi eftoit- il luy mefme, Cela fait l & P'effi de la con are autre, les maurs Capitaines me, de for maft d'ober ux qui fours is oire& és de l mes por qu'on noit m nrien resen cs, def Celsiós efcrity plain mere de Lace [ 54 AGESILA V S. fr autre co qui contre Tur point me le med de quelqu vfurpat eut bien la il lay elcr geliaus la quil efto ple de lun geoyent de Thebe mais Iny cela efi monftre s'il n'eult re melme ne, qui luy luy mettoit toufiours en auant quelque propos de beaux enfans de la ville,& incitoit ce ieune homme à en aimer quelqu'vn, qu'il aimoit luy- mefme:& le fecondoit en cela, pource qu'és amours La coniques il n'y auoit rien de deshonnefte, ains toute continence& toute honneffeté, auec vn zele& vn foin de rendre l'enfant qu'on aimoit le plus vertueux& le mieux conditionné, ainfi que nous auons plus amplement deduit en la vie de Lycurgus. Par ces moyens donc Agefilaus eftant paruenu à auoir plus grande authorité que nul autre en fa ville, fit auoir la charge de la marine à fon frere de mere, qui s'appelloit Teleurias,& luy s'en alla auec fon armee par terre deuant la ville de Corinthe, de laquelle il prit les longues murailles,& Teleutias luy aida à ce faire du cofté de la mer. Les Argiens la tenoyent alors,& celebroyent la fefte des ieux Ifthmiques, ainfi qu'agefilaus y arriua,& les en chaffa fur le poin&, qu'ils venoyent de facrifier au dieu Neptune,& furent cotraints d'abandonner tous leurs apprefts Adonc les bannis de Co rinthe, qui eftoyent auec luy, le prierent de vouloir luy- mefme prefider à cefte fefte,& ordonner les ieux: mais il ne le voulut pas faire, ains voulut qu'eux mefmes le fiffent& y prefidaffent, feulement y demeura- il tant comme les ieux durerent pour leur donner feureté.Depuis quand il en fut parti, les Argiens y retournerent, qui celebrerent vne autresfois ces ieux Ifthmiques,& y eut aucuns de ceux, qui auoyent gaigné le pris à la premiere fois, qui l'emporterent encore à la feconde,& d'autres qui ayans vaincu aux premiers, furent vaincus aux feconds. En quoy Agefilaus difoit, que les Argiens s'eftoyent declarez hommes de bien peu de cœur, s'ils eftimoyent chote fi grande& fi honorable que de prefider à ces ieux- la, qu'ils n'auoyent ofé venir combattre côtre luy le droit qu'ils y pretedoyent. Quant à luy, il eftimoit, qu'il falloit garder vn moyen en telles chofes, fans en eftre trop curieux.car il honoroit bien de fa prefence telles affemblees folennelles de danfes& de feftes publiques, qui te faifoyent à Sparte d'ancienneté, & ne failloit iamais de ce trouuer auec vn grand plaifir& grande affectio a tels esbatemens, que faifoyent les ieunes garçons& les ieunes filles à Sparte: mais au demeurant en maniere de ieux, il ne faifoit pas femblat de conoiftre feulemét ce que les autres auoyet en finguliere admiratio. Auquel propos on recite que Callipides excellent ioueur de Tragedies,& qui eftoit grandement renommé, honoré& eftimé entre les Grecs pour l'excellence de fon art, le rencontra va iour,& le falua premierement, puis fe ietta affez prefumptueufement au rang de ceux qui fe promenoyent quand & luy, fe prefentant deuant luy,& eftimant qu'il commenceroit le premier à luy faire quelque careffe, à la fin il luy dit: Commēt, Sire Roy Agefilaus, ne me conois- tu pas? Agefilaus le regardant au vifage, luy refpódit: Et n'es- tu pasCallipides le farceur?& n'en fit fe depart desgu long ter homest Cuners audso pour Certai dequo lors fit dience qu'il leu ans Juy Rathe D Foir vos a Tec taste Jour les A quelqum e qu'es am ute contine re Tenfant qu gus. Par plus grande a de la maro y d'en alla au Laquelle p aire du cite chaffa fur's & fure to bannis de luy- m e voulut pa ffent, feule r leur don retourne A GESI LA VS. * Come vou lat dire, qu'il auoit le cer35%. fit autre conte. Vne autre fois comme on le conuiaft à ouyr vn qui contrefaifoit nayfuement le chant du roffignol, il ne le voulut point ouyr, difant, i'ay fouuent ouy le reffignol mefme.Et/come le medecin Menecrates pour auoir efté heureux en la cure de quelques maladies defefperees euft efté furnommé Iupiter,& vfurpatt vn peu trop arrog imment ce furnom- la, de forte qu'il eut bien la hardiefie de mettre en la fufcriptio d'vne miffiue, que il luy efcriuoit, Menecrates le Iupiter au Roy Agefilaus falut: A- gefilaus luy refcriuit, Agefilaus à Menecrates* fanté.Mais pēdat qu'il eftoit dedans le territoire de Corinthe, où il auoit pris le téple de Iuno, ainfi qu'il regardoit fes gens qui pilloyent& fourrageoyent tout le plat pays, il arriua deuers luy des ambaffadeurs nean blece de de Thebes pour luy parler de paix& d'amitié auec les Thebains: eftre fi pre mais Iny qui de tout temps hay floit ceux de Thebes,& qui outre fomptueux. cela eftimoit, qu'il fuft lors expedient pour le bien de fes affaires, monftrer femblant de n'en faire conte, tint contenance comme s'il n'euft ny veu ny ouy ceux, qui parloyent à luy Mais fur l'heure mefme il auint vn cas, comme par exprefle vengeance diuine, qui luy rendit bien la pareille: car auant que les ambaffadeurs fe departiffent d'auec luy, il eut nouuelles, que l'vne de leurs bandes, qu'ils appellent Meeres, auoit efté toute taillee en pieces par Iphicrates, qui fut la plus gräde perte, qu'ils euffent receuë de bie long temps: car ils y perdirent grand nombre de bons& vaillans homes tous naturels Lacedæmonies, qui furent tuez par des adue turiers mercenaires,& tous armez a bon efcient, par hommes nuds ou armez à la legere.Si fe mit Agefilaus incótinét aux chaps pour les cuider aller fecourir ou venger: mais fur le chemin il fut certainement informé qu'ils eftoyent tous depefchez, au moyen dequoy il s'en retourna, dont il eftoit parti, au temple de Iuno,& lors fit appeller les ambaffadeurs Bootiens pour leur donner audience:& eux luy voulans rendre la pareille du tour du mefpris qu'il leur auoit fait auparauant, ne firent aucune métion de paix, ains luy requirent feulement, qu'il les laiffaft entrer dedans Co. rinthe.Dequoy Agefilaus ayant defpit, leur refpódit, Si c'eft pour voir vos amis te glorifier en leur profperité, vous le pourriez demain feurement faire:& le lendemain les menant quant& luy, il alla gafter& deftruire le pays des Corinthiens iufques tout cotre les murailles de leur ville:& ainfi apres auoir fait voir aux ambaffadeurs Bootiens comme ceux de Corinthe n'ofoyent fortir aux champs pour defendre leur pays, il leur donna congé,& recueillant quelques vns qui eftoyét efchappez de la troupe desfaite, les remena en Lacedæmone, partant toufiours du logis auät iour,& n'y arriuant qu'il ne fuft nuict toute noyre, de peur que les Arcadiens, qui les hayffoyent& qui leur portoyent enuie, ne fe refiouyffent de leur perce Depuis ce voyage, pour gratifier aus ,& y eur refois, qui ans vaincu filaus di bien peu de que de pre e cotre qu'il fille rieuxal les de ncien & grand ons& les eux, il ne quyết pides enomon art, a affez quand nceron Commit gardan AGESILA VS. bars acco premiere le ne vaut les homm effe.Eta difoit- il la bonne rence du Je.Et com Lierement qu'il defi la voulut que,& qu den con dux effe Jaifoit b melmen feuleme 156 Achæiens, il alla quand& eux au pays de l'Acarnanie, dont il emmena grande quantité de butin, apres auoir desfait ler Acarnanies en bataille: mais comme les Achæiens le requiffent, qu'il y vouluft demeurer tout l'hyuer, pour ofter à leurs ennemis tout moyen d'éfemencer leurs terres, il leur refpondit, qu'il n'en feroit rien: pource, dit- il, qu'ils craindront plus la guerre à la faifon prochaine, quand ils auront leurs terres enfemencees, comme il aduint: cary eftant l'armee retournee pour la feconde fois, ils firent appointement auec les Achæiens. Enuiron ce temps Pharnabazus& Conon auec l'armee du Roy de Perfe, eftans fans contredit feigneurs entierement de toute la marine, pilloyent toute la cofte de la Laco nie:& dauantage les murailles de la ville d'Athenes fe rebaftiffoyent de l'argent, que Pharnaba zus leur fourniffoit, à raifon dequoy les feigneurs de Lacedæmone furent d'aduis, qu'il valloit mieux faire paix auec le Roy de Perfe,& pour ceft effet enuoye. rent Antalcidas deuers Tiribazus, abandonnans lafchement& mefchamment à ce Roy Barbare les Grecs habitas en l'Afie, pour la liberté defquels Agefilaus luy auoit fait la guerre. Ainfi n'eut point Agefilaus de part a cefte honte& à ceft: infamie, pource qu'Antalcidas, qui eftoit fon ennemi, cercha par tous moyens de faire cefte paix, à caufe qu'il voyoit, que la guerre augmétoit touf iours l'authorité, l'honneur& la reputatió d'Agefilaus, lequel tou tefois refpondit lors à vn, qui luy reprochoit, que les Lacedæmoniens Medifoyent, c'eft à dire, fauorifoyent aux Medoys: Non font dit- il, mais les Medoys Laconifent. Et neantmoins en menaçant,& denonçant la guerre à ceux des Grecs, qui ne vouloyent accepter les conditions de cefte paix, il les contraignit de cófentir à ce, que le Roy de Perfe voulut: ce qu'il fit principalement pour le regard des Thebains, afin qu'eftans contrains par les capitulations de la paix, de remettre tout le pays de la Bouce en liberté, eux en demeuraffent de tant plus foibles. Ce qu'il declara bien manifeftement, par ce qui s'enfuyuit tatoft apres: car comme Phoebidas euft fait vn mefchant& mal- heureux acte, d'auoir en pleine paix furpris& occupé le chafteau de la ville de Thebes, qu'on appelloit la Cadmee, dont tous les autres peuples Grecs etoyent fort indignez,& les Spartiates mefmes n'en efloyent pas guere contens, principalemět ceux, qui eftoyent contraires à Agefilaus: à l'occafion dequoy, ils demandoyent en courroux à Phoebidas, par commandement& adueu de qui il auoit fait cefte furprife, pour deriuer toute la fufpicion du fait fur luy.Agefilaus ne faignit point de dire haut& clair pour la defcharge de Phoebidas, qu'il falloit regarder& confiderer le fait en foy, s'il eftoit point vtile pour leur chofe publique,& que c'eftoit bien befongné que de faire de fon propre mouuement fans attendre autre commandement ce qu'on conciffoit eftre vtile pour le bien public:& toutefois il auoit toufiours fur elle la forter le de Th tellige eut- on fait les choles ftoit chaf Ja vill OCCIS perne deffus d'Age qu'Ag cence la gue nas com que под puc anie dom air ler Acan qu'ily tout moye feroit rieng on procta el adunc firem appo mabazus& C reda leigen cofte de la La nes fe reba a railond effet enu afchement PAfie p Ainfi de me, poure moyens d A GESILA VS. 157 iours accouftumé de dire en fes priuez deuis, que Iuftice eftoit la premiere de toutes les vertus, pour autant, difoit- il, que la prouëffe ne vaut rien, fi elle n'eft comiointe auec la iuftice,& que fi tous les hommes eftoyent iuftes, alors on n'auroit que faire de la proueffe.Et à ceux qui difoyét, Le grand Roy le veut ainfi: Et en quoy difoit- il, eft- il plus grand que moy, s'il n'eft plus iufte? ayant en ce la bonne& droite opinion de penfer, qu'il falloit prendre la difference du grand au petit Koy à la iuftice, comme à la mefure roya Je.Et comme apres la paix faite, le Roy de Perfe luy euft particulierement enuoyé vne lettre milfiue, par laquelle il luy efcriucit, qu'il defiroit auoir amitié& hofpitalité particuliere auec luy, il ne la voulut point accepter, difant qu'il fuffifoit de l'amitié publique,& que tant comme celle- la dureroit, il ne feroit point befoin d'en contracter d'autre entr'eux. Mais puis apres quand ce venoit aux effets, il ne retenoit plus cefte belle opinion premiere, ains fe laiffoit bien fouuent tranfporter à l'ambition où à fon obftination, mefmement à l'encontre des Thebains, comme il fit lors quand no feulement il fauna Phoebidas, ains fit que la ville de Sparte prit fur elle& aduoua la forfaiture, qu'il auoit commife, en retenant la fortereffe de la Cadmee,& mettant le gouuernement de la vil le de Thebes entre les mains d'Archidas& de Leontidas, par intelligence defquels Phoebidas s'eftoit faifi de la Cadmee: pourtant eut- on incontinent opinion, que c'eftoit bien Phoebidas, qui auoit fait l'execution, mais qu'Agefilaus en auoit donné le confeil:& les chofes, qui enfuyuirent depuis, declarerent, que cefte fufpition e- ftoit entierement veritable. Car apres que les Thebains eurent chaffé hors de la Cadmee la garnifon Lacedæmoniene,& remis Ja ville en fa liberté, leur mettant fus qu'ils auoyent mefchammés occis Archidas& Leontidas, lefquels de non s'appelloyent gouuerneurs, mais de fait eftoyent vrais tirans, il leur commença là deffus la guerre:& Cleombrotus, qui defia regnoit, apres le deces d'Agefilaus fut enuoyé deuant en la Becce auec armee, pource qu'Agefilaus ayat paflé quarante ans au deffus de l'aage d'adolef cence,& pour cefte caufe eftant difpenfé par les loix d'aller plus à la guerre, ne voulut pas prendre la charge de cefte expedition, ayant honte qu'on le vit combatre pour la querelle de deux tyras, là où peu deuant il auoit pris& porté les armes en faueur des banis contre les Phliafiens.Ory auoit- il lors vn Laconien nommé Sphodrias de faction contraire à celle d'Agefilaus, qui pour lors eftoit gouuerneur en la ville de Thefpies, homme hardy& vaillat de fa perfonne, mais toufiours plein de nouuelle efperace: pluftoft que de bon fens ny de bon iugement: celuy defirant acquerir renomniee,& eftimant que Phoebidas eftoit venu en honneur& reputation pour la hardie entreprife, qu'il auoit executee à Thebes, fe perfuada, que ce luy feroit chofe encore bie plus honnorable, étoit tou equel tou acedamo Non font menaçant, nt accept ir à ce le rega tions 出版 bidased pais f ppello rt indi Intensy Occa comderiint de Out 12: dela 458 AGE SILA V S. fi de foy- mefme il furprenoit le port de Piræe,& qu'il oftaft par ce moyen aux Athenies I'vfage de la marine en leur courât fus au defpourueu du cofté de la terre.On eftime que cela fuft vne trame ourdie par Pelopidas& par Gelon, gouuerneurs de la Booee, lefquels attirerét quelques homes, qui firent femblat d'eftre fort affectionez au party des Lacedæmoniens,& en haut louât ce Sphodrias, luy donnerent à entendre, qu'il n'y auoit que luy feul, qui fult digne d'executer vn fi glorieux chef d'œuure, de maniere que par leurs perfuafions ils le conduifirent à entreprědre de faire cefte furprife, qui n'eftoit pas moins damnable ny moins mefchante, que celle de la Cadmee à Thebes: mais elle fut moins hardiment & moins diligemment attétee: car le iour le furprit, qu'il eftoit encore en la plaine de Thriafium,& commença là l'aube du iour à poindre, là où il faifoit fon conte d'arriuer, qu'il feroit encore nuit, aux murailles du Pirae:& dit- on, que les gens, qu'il menoit ayans apperceu quelques feus des temples de la ville d'Eleufine, en eurent peur,& s'en effrayerent qui plus eft, luy- mefme voyant qu'il ne fe pouuoit plus cacher perdit le courage, de maniere qu'il s'en retourna honteufement& ignominieufement en la ville de Thefpies, fans faire autre chofe qu'emmener vn peu de pillage. Pour ce cas furét incótinent enuoyez des accufateurs d'Athenes à Sparte, lefquels trouuerent, qu'il n'eftoit ia befoin de l'accufer, pource que defia les gouuerneurs& magiftrats l'auoyent fait adiourner à coparoir en perfonne deuat eux, pour luy faire fon proces criminel: mais luy ne s'ofa prefenter, redoutant la fureur de fes citoyens, penfant bien qu'ils voudroyent möftrer, que le tort leur auoit efté fait à eux- mefmes, afin qu'o eftimaft, qu'ils l'euffent fait faire. Or auoit ceftuy Sphodrias vn fils nomme Cleonymus, duquel eftant encore enfant beau de vilage, Archidamus fils d'Agefilaus eftoit amoureux,& lors fe trouuoit en grande peine, come on peut eftimer, voyat celuy qu'il aimoit en la deftrefle du danger de perdre fon pere,& fine luy ofoit ouuertemet aider, à caufe que Sphodrias eftoit des aduerfaires d'Agefilaus: toutefois Cleonymus s'en eftant addreffé à luy,& luy ayat requis& prié les larmes aux yeux qu'il gaignaft fon pere, pource que c'eftoit celuy detous, dót ifs auoyent plus grade peur, Archidamus fut trois ou quatre iours apres fon pere, le fuyuant par tout pas à pas fans luy en ofer entamer le propos: mais à la fin eftant le iour duiugement prochain, il prit la hardieffe de luy declarer come Cleonymus l'auoit prié, de vouloir interceder enuers luy pour le fait de fon pere. Et Agefilaus fachát bie que fon fils aimoit Cleonymus, ne le voulut point deftourner de cefte affectio: pource q l'enfant dés les premiers ans de fon enfance auoit tousiours doné efperace, qu'il deuiédroit vn iour auffi home de bie que nul autre: mais auffi ne moftra- il pour fors aucune apparece à fon fils, qu'il vouluft rien faire pour fes prieres, prières feroit mus c lant amis iufqu deuil eftou au pe Lat ho mes de quade fils.tel mus a amis rir& cela e & co ils eft fur vn en for tence Mayam nien Jeg du loit Juy Cond arme ceut lay d tu e Loye m d'a CU lean couca de la Base it d'eltre fro louar ce que luy fel rere de faire mins meichan mouns hardine Paube du i feroit ence ns, qu'il me lle& Ele mefme voya maniere qu n la ville d de pillage A GESILA V S. 156 prières,& ne luy refpodit autre chofe, fino qu'il aduiferoit ce, qui feroit honnefte& cóuenable de faire en ce cas: parquoy Archidamus en eftanthonteux, cefla de hanter Cleonimus, là où au parauant il y fouloit aller plufieurs fois le iour le voir: cela fit que les amis de Spodrias defefpereret de fon fait encore plus que iamais, iufqu'à ce que l'vn des familliers d'Agefilaus nomé Etymocles, deuifant auec eux leur defcouurit ce, qu'en penfoit Agefilaus, qui eftoit, que quat au fait en foy, il le trouuoit mauuais,& le blafmoit au peffible, mais au demeurát, qu'il tenoit Sphodrias pour vn vair lat home,& voyoit que la chofe publique auoit befoin de telz hōmes de feruice: car Agefilaus tenoit ordinairement ce propos- là, quadon venoit à parier du proces de Sphodrias, pour gratifier àfo fils: telle met que Cleonimus s'apperceut incontinet, qu'Archidamus auoit fait de bone foy tout ce, qu'il auoit peu pour luy,& les amis de Sphodrias en prirent adonc plus grand courage de fecourir& de foliciter& parler pour luy à bon efciant.Agefilaus auoit " cela entre autres chofes, qu'il aymoit fort tendrement fes enfans: & côte on de luy, qu'il fe iouoit auec eux emmy la maifon, quand ils eftoyent petits, motat deflus vn bafto ou delius vne cane come fur vn cheual, auquel eftat l'vn de fes amis l'ayant vn iour trouué en fon priué, il le pria de n'en vouloir rien dire, iufques à ce que luy mefme euft des petits enfans. Finalement Sphodrias par fentence de fes iuges fut abfous à peur& à plein: ce que les Atheniens ayans entendu, en enuoyerent denocer la guerre aux Lacedæmoniens, dont Agefilaus fut fort blafmé, qui pour gratifier à vn fol& leger appetit de fon fils, auoit empefché vn iufte iugement,& ren du fa ville coulpable enuers les Grecs, de fi griefues forfaitures. Au refte voyant que l'autre Roy fon compagnon Cleobrotus n'al loit point volontiers à la guerre contre les Thebains, il s'y en alla luy mefme, en tranfgreflant l'ordonnance touchant la charge de conduire l'armee, que paranát il auoit obferuee,& entrant à main armee dedans le pays de la Booce, y fit du dommage& y en receut auffi: au moyen dequoy Antalcidas vn iour le voyant nauré luy dit, Certainement tu reçois bien des Thebains le falaire, que tu merites, pour leur auoir enfeigné mal- gré eux à combatre, ce qu'ils ne fauoyét ny ne vouloyét faire.Car à la verité on dit, que les Thebains deuindrent alors plus belliqueux, que iamais ils n'auoyent efté auparauant, s'eftans adreffez& exercitez aux armes par les continuelles inuafions des Lacedæmoniens. Auffi eftoit- ce la raifon, pour laquelle l'ancien Lycurgus en fes loix, qu'on appel loit Retres, leur defendoit de faire fouuent la guerre contre vn mefme peuple, de peur qu'ils ne le contraignifient en ce faifant d'apprédre à la faire.Si en eftoit Agefilaus hay des alliés mefmes de Lacedæmone, lefquels alloyent difantique ce n'eftoit pour aucune offenfe qui concernaft le public, ains pour vne particuliere d'Athene de Paccule yen fair faire in pro fur de les ue le ton le Peuffent baymus, fils d'h peine, c edu dang caufe Cleonys larmes at erous di tre tours er entachaingil priede Agefi ut point niers an édroit ra- par pour 160 A GESILA V S. les The quelle mentan tes les a feillon ne paik plus lo gelila affiable for gran il lay de rancune& opiniaftreté, qu'il cerchoit à perdre& ruiner les Thebains,& qu'à l'appetit de luy, il falloit qu'ils fe confumaffent à aller tous les ans porter les armes, tantoft cy, tantoft là, faes qu'il en fuft autremet befoin en fuyuant vne petite trouppe de Lacedæ-. moniens, là où ils eftoyent eux en beaucoup plus grand nombre. Ce fut lors qu'Agefilaus leur voulant faire voir quel nombre ils eftoyent de gens de guerre, via d'vn tel artifice: Il commanda vn iour que les alliez pefle mefle s'affeiffent les vns parmy les autres tous d'vn cofté à part& les Lacedæmonies à part aufsi de l'autre cofté: puis fit crier par vn heraut, que tous ceux, qui eftoyent du meftier de faire pots de terre, fe leuaffent fur leurs pieds: quand ceux- la furet leuez, il fit crier, que les fondeurs fe leuaffent auffi,& puis les charpentiers,& apres les maffons,& confequement ainfi de tous autres meftiers, de maniere que tous les alliez prefque, obeyffans à ces proclamations, fe trouuerent à peu pres de bout:& ne s'enleua pas vn des Lacedæmoniens, pource qu'il leur eftoit defendu d'apprendre ny exercer aucun art ou meltier mechanique:& lors Agefilaus fe prenant à rire leur dit, Voyez- vous maintenant mes amis, combien plus de gens de guerre nous mettons aux champs, que vous ne faites? A fon retour de ce voyage de Thebes paffant par la ville de Megare ainfi qu'il montoit au palais public de la feigneurie, qui eftoit dedans le chafteau, il luy prit foudainement vne grande conuulfion de nerfs auec vne dou leur vehemente à fa iambe faine, qui s'enfla& deuint fort groffe auec vne inflammation extreme,& penfa- on que ce fuft du fang dont elle fuft pleine, au moyen dequoy il y eut vn medecin de Sy racufe en Sicile, qui luy fit ouurir la veine de deffous la cheuille du pied, ce qui appaifa bien fes douleurs: mais il en fortit du fang en fi grade abondance qu'on ne le pouuoit eftächer, de forte qu'il en toba en grades, pafmoifons,& fut en trefgrand danger de mort foudaine: toutesfois à la fin on trouua moyen d'eftancher le fang, & le porta on en Lacedæmone, là où il fut malade bien long téps, de forte qu'il ne peut aller à la guerre: durant lequel temps il aduint beaucoup de pertes& de desfaites aux Lacedæmoniens, tant par mer que par terre, entre lefquelles celle de Leutres fut la principale, là où ils furent la premiere fois vaincus& desfaits en bataille rangee par les Thebains. Si furent d'auis tous les Grecs, qu'il falloit faire vne paix vniuerfelle,& s'affemblerent ambaffadeurs& deputez de toutes les villes de la Grece en Lacedæmone, pour ceft effet. L'vn de ces deputez fut Epaminondas homme fort renommé pour fes grandes lettres& pour fon fauoir en la phi lofophie, mais qui n'auoit point encore fait preuue de grand Capi taine- Iceluy voyant comme tous les autres ambaffadeurs& deputez flechifloyent& plioyent deffous Agefilaus, prit la hardieffe de parler franchement,& fit vne harangue, non pour la caufe des que tout fe.Epam hardime de reme filaus en pondre la Baroce thefi eux t. Cela in d'avoir ce ceur de T nonça la geaux d qu'ils a enfemb qui ne ils les de de netto enfemble auec Vine qu'il e de leurs all thous rant b Theba rainer le confumat ppe de La grand no el nombre commanda army les aut is de Pam quietoyen pieds: qua leuafien al confequen es alliez p à peu pre rce qu'ille meftier Woyez- vou nous met Voyage d toit au pa eau, il loy ec vne dou for groffe fuu fang decin de S la cheul it du lag forte qu ger del her le fa long empsila nins, tat res futla AGESILAVS. 16 tes Thebains feulemét, mais pour toute la Grece enfeble par laquelle il remonftra à la cómunauté, comme la guerre alloit augmentant la ville de Sparte feule,& au contraire, diminuant tou tes les autres villes& citez de la Grece.A cefte caufe, qu'il confeilloit à tous de vouloir entendre à traiter& compofer vne bonne paix par bonne equité& egalité entre tous, à fin qu'elle duraft plus longuement, quand tous les contractans feroyent egaux. A- gefilaus adonc voyant que tous les autres Grecs afsiftans à cefte affemblee luy preftoyet l'oureille fort attentiuement,& prenoyét fort grand plaifir à l'ouyr difcourir ainfi franchement de la paix, il luy demanda tout haut, s'il eftimoit pas iufte& raifonnable, que toute la Bozoce fut remife en pleine liberté& en toute frächi fe.Epaminondas de l'autre cofté luy demanda promptement& hardiment, fi luy auffi n'eftimoit pas qu'il fut iufte& raifonnable de remettre toute la Laconie en fon entiere liberté. Adonc Agefilaus en courroux fe dreffant fur fes pieds, luy commanda de refpondre ouuertement, s'ils remettroyent pas toute la prouince de la Baoce en fa liberté:& Epaminodas luy repliqua tout de mef me, fi eux remettroyent pas auffi celle de la Laconie en fa liberté. Cela irrita tellement Agefilaus, auec ce qu'il eftoit bien aife d'auoir cefte couleur pour l'ancienne rancune, qu'il portoit à ceux de Thebes, que fur l'heure il effaça le nom des Thebains de la lifte de ceux, qui deuoy ent eftre compris en la paix,& leur denonça la guerre tout fur le champ,& donna femblablement congé aux députez des autres peuples Grecs, auec telle conclufion qu'ils appointeroyent amiablement les differens, qu'ils auoyent enfemble, s'ils fe pouuoyent accorder par voye de paix,& ceux qui ne fe pourroyent appointer par voye d'admiable compofitio, ils les decideroyent par armes, pource qu'il eftoit bien mal- aifé de nettoyer, refoudre& vuider toutes les querelles, qu'ils auroyes enfemble. Or eftoit pour lors d'aduenture le Roy Cleombrotus auec vne armee au pays de la Phocide,& luy efcriuirent les Epho res, qu'il euft à marcher incontinent au dommage des Thebains, & quand& quand enuoyerent par tout pour affembler le fecours de leurs alliez, qui n'eftoyent point guere affectionnez,& n'alloyent point volontiers à cefte guerre, toutefois auffi n'ofoyent pas ouuertement refufer d'y aller, ny defobeyr aux Lacedæmoniens.Et combien qu'il y euft plufieurs fignes de mauuais prefage, comme nous auons efcrit en la vie d'Epaminodas,& que Pro thous Laconien refiftaft de tout fon pouuoir à l'entreprife de cefte guerre, Agefilaus pour cela ne laiffa pas de tirer outre, efperant bien auoir trouué le poin& de Poccafion pour fe venger des Thebains, lors que tout le refte de la Grece eftoit en paix& en liberté,& eux feuls exclus du traité de la paix. Mais quand il n'y auroit autre chofe quela briefueté du tempsselle toute feule mon esfaits en Grecs mballa edamohomme en la pl and Ca eurs& 1 j 162 AGESILA VS. plus c leurs fres y eff dieux ment à les l autre le Pelo Science flire vr grad d moyen auoye vn def pre bien que cefte guerre fut conduite par cholere, pluftoft que par difcours de raifon: pource que le traité de paix vniuerfelle entre les autres Grecs fut conclu à Sparte le quatorzieme iour de May,& les Lacedæmoniens furent desfaits en la bataille de Leutres le cinquieme de Iuin de maniere qu'il n'y eut que vingt iours de l'vn à l'autre. Il y mourut mille naturels Lacedæmoniens auec leur Roythefme Cleombrotus,& les plus vaillans Spartiates autour de luy, entre lefquels fut Cleonymus le fils de Sphodrias, ce beau ieune homme, duquel nous auons parlé cy de uant, qui ayant efté abatu par trois fois au pieds du Roy mefme, par trois fois fe releua,& à la fin finale fut occis en combatant vertueufement contre les Thebains. Cefte defconfiture eftant ad uenue aux Lacedæmoniens contre l'opinion de tout le monde& cefte profperite aux Thebains fi grade& fi glorieufe, que jamais Grecs combatans contre autres Grecs n'en gaignerent de telle, la cité neantmoins qui fut vaincue, ne fait pas moins à louer& * eftimer pour fa vertusque celle qui la vainquit. Car comme Xenophon dit, que les deuis, les ieux& paffe- temps des gens de bie à la table mefme ont toufiours quelque chofe digne d'eftre mife en memoire,& dit en cela verité; auffi ne fait pas moins, mais dauantage à noter& confiderer ce, que les gens d'honneur difent, & la cótenance qu'ils tiennet tat en leur aduerfité, qu'en leur prof perité. Car alors ils fe faifoit d'aduenture vne fefte publique à Sparte,& eftoit la ville pleine d'eftrangers venus pour voir les danfes& ieux, qui fe font à corps nuds dedans le Theatre, quand arriueret ceux qui apporteret les nouuelles de la desfaite de Leu tres, mais les Ephores cobien que le bruit courut incötinent par toute la ville que tout eftoit ruiné pour eux,& qu'ils auoyét perdu toute leur principauté en la Grece ne voulurēt pas neatmoins pour cela que la danfe fortift hors du Theatre, ny que la ville changeaft en aucune chofe la forme de la fefte, ains enuoyerent par les maifons aux parents les noms de ceux, qui eftoyent morts en la bataille,& eux demeurerent au Theatre à faire cótinuer& paracheuer les jeux& l'efbatement des danfes, qui s'esforceret à Penuic à qui gaigneroit le prix. Le ledemain au matin quand tout le monde feut certainemet ceux qui eftoyét morts,& ceux qui e- ftoyent efchappez, les peres, parents, amis& alliez de ceux qui e- ftoyent morts fe trouuerét fur la place auec bons vifages& contenate d'homes ioyeux,& ayans bon courage s'entre- ambraffans les vns les autres:& au contraire, les parents de ceux, quis'eftoyet fauuez demeurerent en leurs maifons auec leurs femmes, comme gens qui font en dueil:& fi d'aduenture quelqu'vn deux eftoit cótraint de fortir dehors pour quelque affaire neceffaire, on luy voyoit une contenance fi trifte& fi affligeé, qu'il n'ofoit pas par let ferme, hauffer la tefte, ny leuer les yeux:& voyoit- on encore! plus daffen Pour fernoye rain Ca dithcul s'ils de quo ap les not qu'ils puiff quel lama que, c prend persil dire& mefchan de cele in Laced les lo leur i rency batalle s Lace parle ey Roy mefm combatan reeftant le monde que ma s à louer omme ens de b eftre mil mais de ur difen leur pr ublique ur voir le aite de Le auoyer nearms que la enuoye vent cotinue forcer and to ux qui qui e & conbralan s'eftore s.com eftai AGESIL AV S. IGZ plus cefte difference entre les femmes: car celles qui attendoyent leurs enfans retournans de celle bataille, eftoyent mornes& triftes, fans mot dire:& au contraire les meres de ceux qu'on difoit y eftre morts, s'en alloyent par les eglifes en rendre graces aux dieux, s'entre. vifitoyent l'vne l'autre ioyeufement& affectueufe ment toutesfois quad la comune vit que leurs alliez começoyét à les laiffer& fe departir d'auec eux,& qu'on attendoit de iour a autre qu'Epaminondas encouragé par fa vistoire fe iettaft dedãs le Peloponefe, alers leur vint- il à la plus part vn remors de confcience touchant les oracles des dieux, qui leur defendoyent d'eflire vn Roy boiteux comme eftoit Agefilaus,& leur prenoit vn grad defcouragement& vne grande frayeur, à caufe qu'ils eft:- moyent leur ville eftre tombee en ce mal- heur, pourautant qu'ils auoyét debouté de la royauté vn, qui eftoit entier pour y mettre vn defectueux, dequoy les dieux les auoyét aduertis, qu'il fe gardaffent fur toutes chofes. Toutesfois fon authorité eftoit fi grade. pour fa vertu,& fa reputation fi bonne, que non feulement als fe feruoyét de luy à la guerre, comme de leur Roy& de leur fouuerain Capitaine: mais auffi vfoyent de fon confeil& de fon aduis, quand il eftoit queftion de trouuer expedient en quelques difficultez ciuiles; comme ils firent lors qu'ils eftoyent en doute, s'ils deuoyent impofer a ceux, qui s'en eftoyét fuys de la bataille qu'o appelle à Sparte Trefantas, c'eft à dire, ceux qui ont eu peur, les notes d'infamie aufquelles les loix les condamnent, pource qu'ils eftoyent en grand nombre,& tous des plus nobles& plus puiffantes maifons de la ville, de peur qu'ils ne leur fufcitaflent quelque nouuelleté: car outre ce qu'ils font declarez inhabiles dé iamais tenir office ny magiftrat quelconque en la chofe publique, c'eft deshonneur que leur donner femme en mariage ny en prendre d'eux,& qui les rencontre en fon chemin les peut frapper s'il veut& faut qu'eux l'endurent baitfans la tefte fans mot dire,& font contraints d'aller veftus feulement& pourement de mefchantes robbes rappiecees de drap de couleur,& fi font tenus de faire rafer vne partie de leur barbe,& l'autre non: fi leur fembloit chofe dangereufe d'en voir plufieurs par la ville notez de cefte infamie, mefmement lors qu'ils auoyent befoin de grand nombre de gens de guerre, au moyen dequoy il s'en rapporteret du tout à Agefilaus pour y pouruoir.Et luy, fas ofter ny adioufter où changer rie aux loix, en publique affemblee de tout le peuple Lacedæmonien, dit, que pour ce iour- la il falloit laiffer dormir les loix, pourueu que de lors en auant elles repriffent leur autho rité. Par ce moyen il maintint les loix fans y rien corriger,& fi fauua l'honneur à ces pauures gens: mais pour remettre le cœur à leur ieuneffe,& leur ofter l'eftönemét qui les anoit faifis, il entra en armes dedas l'Arcadie, là où il fe garda de döner batailles r 164 A GESILA VS. & feulemet prit vne petite ville fur les Mantiniens,& courut le plat pays: ce qui refiouyt vn peu la ville de Sparte,& la remit en quelque efperance, come n'ay ant occafio de fe defefperer de tout point: mais tätoft apres arriua Epaminondas dedãs le pays de la Laconie, auec quarante mille hommes de pied armez, fans yne autre multitude infinie de peuple nud, ou arme à la legere, qui fuyuoit fon camp pour defrober feulement, de maniere qu'il y auoit en tout iufques au nombre de foixante& dix mille combatans qui entrerent dedans la Laconie en armes quand& luy.Il y auoit bien enuiron fix cens ans, que les Doriens eftoyent entrez en celle prouince de la Laconie,& s'y eftoyent habituez,& en tout ceft efpace de temps iamais on n'auoit veu les ennemis dedans le pays iufques à ce iour la car au parauant onques ennemy n'y eftoit ofé entrer en armes: mais lors ils le faccagerent & bruflerent tout entier qu'il eftoit, iufques à la riuiere d'Eurotas,& iufques tout contre la ville de Sparte, fant que perfonne en fortift pour leur doner empefchement: pource qu'Agefilaus ainfi comme efcrit Theopompus, ne vouloit par permettre que les Lacedemoniens fe prefentaffent contre vn fi impetueux torrent& fi violent orage de guerre: ains ayant garny le milieu de la ville, & les principales aduenues d'icelle de gens de defenfe, fupportoit patiemmet les fieres braueries& menaces des Thebains, qui l'appelloyét nomément au cobat,& luy difoyent, qu'il fortift dehors en campagne pour defendre fon pays, luy qui feul eftoit caufe de tous ces maux, ayat allumé& enflammé cefte guerre. Si cela perçoit le cœur à Agefilaus, non moins de regret luy donnoyent les troubles, qui s'efmouuoyet dedans la ville,& les cris, allees& venues des vieilles gens, qui perdoyet patiéce de voir ce qu'ils voy oyent deuant leurs yeux,& des femmes mefmement qui ne fe pou uoyent tenir en vn lieu, ains couroyent çà& là comme perfonnes forcenees d'ouyr le bruit que faifoyent les ennemis,& de voir le feu qu'ils mettoyent par toute la campagne: car ce luy eftoit vne grande deftreffe de doleur, quad il venoit à péfer en luy- mefme, qu'eftant venu à la royauté lors que fa ville eftoit la plus puiffante& plus floriffante qu'elle eut iamais efté, il voyoit de fon regne fa dignité rauallee,& fa gloire retrenchee, veu que luy- mefme s'eftoit fouuet vanté, que iamais femme Laconienne n'auoit veu fumee du cap d'aucu ennemy: come on dit aufst qu'Antalcidas ref pondit vn iour à quelque Athenien, qui coteftoit à l'encontre de luy fur la vaillance de l'vn& de l'autre peuple, en alleguat pour fes raifons, que les Atheniens auoyent fouuent chaffé les Lacedæ moniens de là riuiere de Cephifus. Il eft vray, dit le Laconie, mais nous ne vous chaffames iamais de celle d'Eurotas. Seblablement auffi refpódit vn autre Spartiate des moins renómez, à vn Argie qui luy reprochoit: Il y a plufieurs de vos gens enfeuelis dedās le pays pays d Laco creter le de s'effo ented deuat relan Arepo paller roideu nodas teps le feulem doc a aux L fer va tir de fo alla ach ville il auoyen ou eft cer, qu tinent cela autre mes, enten ordon Hoye c ftrat d les, enf ntetion endroits ze de ce en ve quels ble laus tous hom perer de le pays d mez, lans alegere, ansere culus) and& lay eftopent e mille con habituer les ennemi tonques th faccagere ere d'E perfonne filaus aid ue les La torrent& He la ville upportot qui l'ap dehors cafe de Si cela per moyen lees& v qu'ils i ne fe pa perfons de you eftoit v -mel puiffa On regne mefme oit yea das ref ntre de at pour Laceda nie, mas AGESILA V S. 165 pays de l'Argolide: Et il n'y en a point des voftres enterrez en la Laconie. On dit, qu'Antalcidas eftat pour lors Ephore enuoyafecretement fes enfans en l'ifle de Cythere, pour doute que la vil le de Sparte ne fuft prife. Mais Agefilaus voyant que les ennemis s'efforçoyent de paffer la riuiere,& penetrer au dedas de la ville, entedoit à defendre feulemet le milieu qui eftoit le plus haut au deuat duquel il tenoit fes gés en bataille. Or eftoit lors d'adueture la riuiere d'Eurotas plus groffe, qu'elle n'auoit accouftumé d'e ftré, pource qu'il eftoit tobe force neges,& faifoit plus de mal à paffer aux Thebains pour fa froideur qu'elle ne faifoit pour fa roideur.Si y eut quelques vns, qui möftreret à Agefilaus Epaminodas marchat lepremier deuattoute fa bataille: il le regarda log teps le fuy uãt toufiours de l'eil fans dire autre chofe que ce mot feulemet, O l'home de grade entreprife que voila! Epaminondas dóc ayat fait tout ce, qui luy eftoit pofsible pour donner bataille aux Lacedæmoniens dedas la ville mefme de Sparte,& y dreffer vn trophçe, ne peut onques y attirer Agefilaus, ny le faire fortir de fon fort: parquoy il fut à la fin cótraint de s'en partir,& s'en alla acheuer de piller& gafter tout le plat pays. Mais dedans la ville, il y eut enuiron deux cens mutins, homes qui de log temps auoyent mauuaife volőté, lefquels faifirent vn quartier de la ville où eft le temple de Diane, lieu fort d'afsiette& bié mal- aifé à for cer, qui s'appelle Ifforium. Les Lacedæmoniens voulurent incotinent courir en fureur contre eux: mais Agefilaus craignant que cela ne fut caufe de quelque grande nouuelleté, commanda aux autres qu'ils ne bougeaffent,& luy feul en robbe fimple fans armes, s'y en alla criant à ceux qui le tenoyet. Vous auez autremer entendu, que ie n'ay commandé: car ce n'eft pas icy que l'auoye ordoné, que vous vous affembliffiez, ny tous en vn lieu: mais i'auoye comandé, que les vns allaffent là,& les autres là, en leur mōftrat diuers quartiers de la ville. Les feditieux entendas ces paroles, en furent bien aifes, pource qu'ils cuideret que leur mauuaife intétion ne fut point defcouuerte:& fortas de là fe departiret aux endroits, qu'il leur auoit möftrez:& adóc Agefilaus en faifat venir d'autres, fe faifit du fort de Ifforium,& fit prédre enuiro quinze de ces feditieux coiurez, qu'il fit tous mourir la nuit enfuyuất. Mais il fut lors defcouuerte vne autre coniuration beaucoup plus grade de Spartiates mefmes, qui s'eftoyét affemblez fecretement en vne maison pour y fufciter quelque nouueau remuement, aufquels il eftoit bie mal- aifé de faire le proces, en vn fi grand trouble,& bie dagereux de le negliger, attedu leur cofpitatio.Agefilaus en ayat comuniqué en confeil auec les Ephores, les fit anffi tous mourit fans autre forme de procez, là où iamais au parauant home Spartiate n'auoit efté executé à mort, que premier il n'euft esté codané iudiciellemét.Et come tous les iours il y eur plufieurs 1 iij 169 AGESILA V S. leurs voifins,& des Ilotes mefmes qu'ils auoy et enrollez en leurs bades pour gens de guerre, qui fe defroboyet,& s'alloyent redre aux ennemis, ce qui defcourageoit fort le demeurat, il aduertit fes feruiteurs, que tous les iours aux matins ils allaffet vifiter les pail laffes efquelles ils auroyent couché,& qu'ils priffent les armes de ceux qui s'en feroyet fuys,& les cachaffent, à fin qu'on ne conuft point le nombre de ceux, qui fe feroyent defrobez. Et quant au partement des Thebains les vns difent, qu'ils fe partirent de la Laconie pour l'hyuer qui furuint, à caufe duquel les Archadiens commençoyent defia à fe defbander& à fe departir en defordre: les autres difent qu'ils y demeurerent trois mois tous entiers, durant lefquels ils deftruifirent la plus grande partie du pays: mais Theopompus efcrit que les Capitaines des The bains ayans defia conclud de fe retirer, il vint deuers eux vn Spartiate nomé Phrixus, enuoyé de la part d'Agefilaus, qui leur porta dix talens, à fin qu'ils s'en allaffent: tellement que pour faire ce qu'ils auoyet de long temps arrefté de faire d'eux- mefmes, encore euret ils de l'argent de leurs ennemis ponr faire leurs depens par le chemin. Mais ie ne puis entendre comment il foit pofsible, que tous les autres hiftoriens n'ayent rien feu de cela,& que Theopompus feul en ait eu la conoiffance. Bien eft- il certain& confeffé de tous, qu'Agefilaus feul fut caufe de fanuer la ville de Sparte, pource q laiffant à part fon ambition& fon opiniaftreté, qui eftoyent pafsios nees auec luy, il entendit feulement à prouuoir aux affaires feurement: t outefois iamais depuis cefte lourde cheute, il ne la peut releuer, ny remettre fus en fa reputation: ny en la puiffance où elle aucit auparauant efté. Car tout ainfi come vn corps fain, mais qui de tout temps a gardé vne diete& regime de viure trop exquis, la moindre faute& le moindre defordre, qu'il fait puis apres, gafte tout: aufsi eftant le gouuernement de la cho fe publique de Sparte tref- bien eftably& bien compofé à la vertu, pour faire viure fes citoyens en paix& en concorde les vns auec les autres, quand ils y voulurent adioufter des dominations & feigneuries violetes, dont Lycurgus eftimoit, qu'vne cité pour heureufement& vertueufement viure, n'a point de befoin, ils allerent incontinet en decadence.Or eftoit defia Agefilaus fi vieil, que pour fa vielleffe il n'alloit plus à la guerre: mais fon fils Archidamus, ayant le fecours que Dionyfius le tyran de Syracufe leur enuoya, ga igna vne bataille contre les Arcadies, qu'on appel la la bataille fans larmes: car il n'y mourut pas vn feul de fes gens, & y fut tué grand nombre des ennemis. Cefte victoire monftra bien clairement la foibleffe& diminution grande de la ville: car parauant ce leur eftoit ehofe fi ordinaire& f couftumiere, que de vaincre leurs ennemis en bataille, qu'ils n'en facrifioyent aux dieux dedans la ville, pour leur rendre graces de la victoire, autre chofe chofe point foyer bata luy chair lanou retour enla ploran titude de far me, fi neur rein, n'ofo femm Mais nondas fteril qu'en grad le terr la La de to anne filau uoye mis Core ains s me de s'eftan bains, aduerty pour ve Tege droit Xen foud Wert rollez en alloryent daduer rifirer less les armest ' on ne con Et quant artirent de Archadien artie du pa artiate madis tales qu'ils auc euret ils le chemin ous les au mpus fe e de tous pource eftoyen aux affai heute il ne en la p De yn co ime de ordre, q nt de lad fe à lave de les mination cite po min, ils a sfivieil fils Ar Syracufe on appel fes gens mont villec reque AGESILA VS. ・ 北 chofe qu'vn coq,& ceux qui auoyet combatu, ne s'en vantoyent point, ny ceux qui en oyoyet coter les nouvelles, nes'en eficuyffoyer point trop: car quad ils gignerent à Mantinee celle grade bataille, Thucydides a defcrite, les Ephores enuoyerent à celuy, en auoit apporté la nouuelle, pour tout prefent, vne piecede chair de leur fallé,& non autre chofe: mais lors quãd on apporta lanouuelle de cefte victoire,& qu'o entendit qu'Archidamus s'é retournoit victorieux, il n'y eut perfonne qui fe peuft contenir en la ville, ains fon pere mefme le premier luy alla au devan plorant de ioye,& apres luy les autresofficiers,& toute la mititude des vieillards& des femmes, defcendit iufqrle bord de la riuiere, tendans les mains au ciel, remercians les dieux.come, fi leur ville euft adone vengé fa honte& recouurion hotneur,& qu'elle recommançaft à voir derechef le iour clair& ferein, comme deuant. Car iufques là on dit, que les marys mefmes n'ofoyent pas feulement regarder franchement au vifage leurs femmes, tant ils auoyet d'honte des pertes, qu'ils auoyét receuës. Mais eftant la ville de Mefsine repeuplee& rebaftic par Epaminondas, qui y rappelloit les anciens naturels habitans de tous coftez, ils n'oferent fe prefenter à cóbatre pour l'empefcher, cobie qu'en leurs cœurs ils en fuffent griefuemér indignez,& en feuffet grad mal à Agefilaus, pource que de fon regne, ils auoyent perdu le territoire d'icelle, qui n'eftoit pas de moindre eftendue q toute la Laconie,& qui en bonté combatoit auec les meilleurs endrois de toute la Grece, dont ils auoyent iouy paifiblement partant de annees,& fi long temps durant.Ce fut la caufe pour laquelle Age filaus ne voulut point accepter la paix que les Thebains luy enuoye rent offrir, ne voulant pas quitter de parole, ce que les enne mis leur tenoyent de fait: mais en s'opiniaftrant à le vouloir encore combatre& quereller, non feulement il ne le recouura pas, ains s'en fallut bien peu qu'il ne perdit dauantage la ville- mefme de Sparte par vne rufe de guerre, dont il fut affiné, pource que s'eftans de nouueau les Mantiniens de partis de Palliace des Thebains,& ayans enuoyé quefir les Lacedæmoniens, Epaminondas aduerty comme Agefilaus efloit party auec toute fa puiffance pour venir aux fecours des Mantiniens, fe partit vne nuict de Tegee, fans que ceux de Mantinee en feuffent rien,& s'en alla droit à Sparte, de forte qu'il s'en fallut bien peu, qu'en allant par vn autre chemin qu'Agefilaus ne venoit, il ne furprift au defproueu la ville de Sparte toute vuide de gés de defenfe, mais vn Thef pio nommé Euthynus, ainfi que dit Callifthenes, ou come efcrit Xenophon, vn Candiot en apporta la nouuelle à Agefilaus, qui foudainement enuoya deuant vn homme de cheual pour en aduertir ceux de la ville,& luy mefme fe mettant en chemin pour y retourner, ne tarda guere à y arriver& tantoft apres y arriue 1 kij # 68 AGE SILA VS. ant, qu'i celuy qu tes charg iouy fo du de cel minonda gefilaus Turer le tra de lurer p & pource rent au no cedemon demeura ret aufsi les Thebains, qoi paffans la riuiere d'Eurotas, donnerer P'affaut à la ville.Et là Agefilaus voyant qu'il n'eftoit plus temps de fe tenir trop fur fes gardes,& de ne vouloir rien aduenturer; la defendit vigoureufemet plus que fon aage ne portoit, comme celuy qui penfoit que l'heure eftoit venue, qu'il falloit s'expofer la tefte baiffee à tout peril,& combatre à la defefperee.Ainfi par de fefpoir& par hardieffe, à quoy iamais au parauant il ne s'eftoit voulu fier, ny n'en auoit iamais voulu vfer, il repouffa lors arriere le danger,& fauua la ville de Sparte des mains d'Epaminodas, dont il dreffa vn trophæc pour auoir ainfi repouffé les ennemis, faifant voir aux femmes& aux petits enfans les hommes Lacedæmonies qui payoyent à leur pays vn beau& honnorable loyer de leur naiffance& nourriture, mefmement Archidamus qui y fit entre autres merueilles de combatre, tant pour la gentilleffe de fon courage, que pour la difpofition de fa perfonne, courant çà& là par les rues& ruettes de la ville, auec peu de fuyte aux endroits où il y auoit plus d'affaire,& en repouffant les ennemis. On dit aufsi, qu'il y eut lors vn Ifadas fils de Phoebidas, qui fit des prouëffes eftranges& admirables à voir, non feulement à fes citoyens, mais aufsi aux ennemis: car il eftoit fort beau de vifage& de taille,& fe trouuoit iuftement lors en la plus agreable fleur,& en la plus belle faifon de fon aage, lors que l'homme paffe de l'éfance en la ieuneffe,& eftant nud, non feulement d'armes defenfi ues, mais aufsi de tous veftemens,& ayant tout le corps oin& de huyle, comme pour lu& ter, tenant en l'vne de fes mains vne parthuifane,& en l'autre vne efpee, il fortift hors de fa maifon en tel eftat,& s'alla ietter en la preffe, de ceux, qui combatoyet, frappat & abattant tous ceux des ennemis qu'il trouuoit deuant luy,& fi n'y fut iamais blecé, foit ou pource que dieu le vouluft preferuer a caufe de fon excellente vertu, ou que les ennemis euffent opinio qu'il y euft en ce fait- là quelque chofe plus que d'homme. Les Ephores depuis luy donnerent vne couronne pour honnorer * Cent eftus. fa proueffe, mais il le condamnerent quand& quand en vne a- mende de* mille drachmes d'argent, pource qu'il auoit efté fi temeraire que de fe hazarder au peril de la bataille fãs armes defenfiues.Peu de iours apres il eurent vne autre bataille deuant la ville de Mantinee, là où Epaminondas ayant defia rompu les pre miers rangs des Lacedæmoniens,& preffant encore viuement les autres en donnant courage auz fiens de les pourfuyure afpremet ily eut vn Laconien nomé Anticrates, qui l'attendit de pied coy, & luy donna vn coup de iaueline, comme efcrit Diofcorides: touzefois les Lacedæmonies iufques auiourd'huy appellent les def cendans de ceftuy Anticrates Machærionas, qui vaut autat à dire comme fpadaffins, comme s'il l'euft frappé d'vn coup d'efpee: cas les Laceda l'aimerent& l'eftimerent tant, à caufe de ce coup- las pour couurer d'Agefila cruel& pour faire Et d'aut dans de fa & les conte tout le mo hears- la duva& g fr de la fe torme poffefsi de la rep me Tach qu'vn tel Grece,& nom, allafa noma va on feruic boces en tam Crite Wettim etait a plaste Denture Comme expole Ainfi pard ne s'el lors arrie aminoda es ennemis mes Lace rable lover mus quif Durant a aux e ennem qui fit de à fes civilage& fleur,& e de l'e AGE SILA VS. 169 pour la grande crainte qu'ils auoyent euë d'Epaminondas viuant, qu'ils ordonnerent de grads honneurs& de grads prefens à celuy qui l'auoit tué,& à fes defcendans affranchiffement de tou tes charges& contributions publiques, duquel affranchiffement iouyffoit encore de noftre temps vn Callicrates, qui eftoit defcedu de ceftuy Anticrates. Après cefte bataille& la mort d'Epaminondas, ayans les Grees fait paix vniuerfelle entre eux, A- gefilaus voulut encore debouter& exclorre les Meffeniens de iurer le traité de celle paix, difant qu'il ne leur appartenoit point de iurer pour vn chef, attendu qu'ils n'auoyent point de ville, & pource que tous les autres Grecs nonobftant cela les receurent au nombre des contra& ans,& prirent leur ferment, les Lacedæmoniens fe departirent de ce traité de paix generale,& ne demeura qu'eux feuls, qui fiffent la guerre en efperance de recouurer le pays& territoire de Meffene, le tout à l'inftigation d'Agefilaus, qui fut adonc eftimé par les Grecs homme violent, cruel& infatiable de guerres d'aller ainfi minant par deffous, pour faire tomber par toute maniere le traité de paix vniuerfelle.Et d'autre cofté eftant contraint de fafcher fes citoyens au dedans de fa ville à faute d'argent du public, en empruntant d'eux, & les contraignt ade contribuer, il fe mit en mauuaife opinion de tout le monde, là où il valoit mieux impofer fin à tous ces malheurs- là, puis le temps le portoit ainfi, non pas apres auoir perdu vn fi grand empire de tant de citez& villes,& auoir efté defai fy de la principauté de toute la Grece, tāt par mer que par terre, fe tormenter encore pour recouurer le reuenu des heritages& poffefsions du territoire Meffenien. Mais encore perdit- il plus de fa reputatio, quand il fe donna à vn Capitaine Egyptien nomé Tachos, pouce qu'o eftima, que c'eftoit chofe indigne de luy, qu'vn tel perfonnage, qui eftoit reputé le plus grand de toute la Grece,& qui auoit remply toute la terre de la renommee de fon nom, allaft louer fa perfonne pour de l'argent,& la gloire de fon nom à vn Barbare trayftre& rebelle à fon maiftre, pour faire à fon feruice office de Capitaine mercenaire: car eftant aagé de plus de quatre vingts ans,& ayant le corps tout detaillé de bleceures, quand il eut accepté cefte belle& honorable charge pour le recouurement de la liberté des Grecs, encore n'euft point efté fon ambition du tout irreprehenfible, pource que les chofes qui font de foy belles, ont leur teps& leur faifon, ou pour mieux, les bonnes& belles ne different d'auec les laides& mauuaifes, finon en tant qu'elles confiftent en vne certaine moderation& mediacrité. Toutesfois Agefilaus ne fe foucia point de tout cela,& n'eftima point, qu'il y euft indignité quelconque en feruice, qui fe fait au bien de la chofe publique, ains plus toft fe perfuada, que c'eftoit chofe indigne de lay, de viure oyfif fans rien faire en defenfi oin de voc parfon en tel frappe prefere nt opini me. La шоплосе yne& eftéf mes deant la spre les més dcoy, stou esdel 170 AGESIL AV S.. amitié de Chabrias faire tout car mon gyptiens guerrei que ceux tenant le de les gen nebos& le coleil d tout temp plus loya res des d foin de p qu'il ver Sparte vne ville attendant que la mort le vint faifir: pourtant affembla il en la Grece gens de guerre de l'arger que Tachos luy enuova, auec lefquels il s'embarqua, ayant pour fes confeilliers& fes collateraux trente Spartiates, comme il auoit eu à fon premier voyage. Arriué qu'il fut en Ægypte, incontinent les principaux gouuerneurs& Capitaines du Roy Tachos defcendirent vers la marine pour le recillir& luy faire honneur,& non ceux- la feulement, mais aufsi plufieurs autres Ægyptiens de tous eftats& toutes fortes, qui l'attendoyent en grande deuotion, pour la grande renommee du nom d'Agefilaussy accoururent de tous coftez pour voir quel homme c'eftoit: mais quand ils n'y virent magnificence quelconque de fuyte, ny d'equipage, ains feulemét vn vieillard couché fur l'herbe le long de la marine, petit de perfonne, fimple en fa contenace& de nulle möftre, veftu groffeiment d'vne mefchante robbe toute vfee, il leur prit adonc enuie de rire& fe mocquer, difans entr'eux que c'eftoit veritablement ce qui eftoit en la fable, Qu'vne montagne fut quelque fois en trauail d'enfant,& puis qu'en fin elle s'accaucha d'vne fouris.Encore le trouuerent- ils plus eftrange quand on luy apporta des prefens pour fa bien venne: car il prit bien des farines, des veaux& des oyfons, mais des confitures, paftifferies, fenteurs & parfums, il les refufa:& comme ceux qui les auoyent apportez le preffaffent d'en prendre, il leur dit, qu'ils les portaffent aux Ilotes fes efclaues. Theophraftus efcrit, qu'il prit alors plaifir à P'ha rbre du papier,& qu'il troua beaux les chapelets, qui s'en fot, pour la netteté& polliffeure d'icelle,& qu'il en emporta quand il s'en alla. Mais pour lors ayant parlé à Tachos, qui eftoit apres à mettre fus fon armee,& à dreffer fon voyage, il ne fut pas fait Capitaine general, comme il auoit efperé, ains fut fait feulement coulonnel des efträgers.Chabrias general de l'armee de mer,& le Chef du total par deffus eftoit Tachos en perfonne cela premierement defpleut fort à Agefilaus: car il eftoit contraint, vouluft ou non, de fupporter la vaine gloire& folle arrogâce de ceft Egyptien ce qui luy greuoit beaucoup,& fallut qu'il allaft par mer quand& luy contre les Phoeniciens, ployant fous le ioug, & endurant mal- gré luy contre fa dignité& côtre fa nature, iuf ques à ce que l'occafion fuft venue de s'en reffentir. Car vn neuem de ce Tachos nommé Nectanebos, apat charge d'vne partie de Parmee, fe rebella contre luy,& ayat efté efleu Roy parles Agy ptiens, enuoya deuers Agefilaus le prier de le venir fecourir: auffi enueya- il deuers Chabrias le folliciter de prédre party auec luy, leur promettant à l'vn& à l'autre de grads prefens: dequoy Tachos s'eftant apperceu, fe mit à les fupplier tous deux de ne l'abandonner point ce que fit Chabrias, qui recófortant Agefilaus, & luy faifant plufieurs remonftrances, tafcha de le contenir en Pa auoit ame urant de c pour defe Steroit ce urte nom cedemon Tuile à le foyent Sparte eftrang ville de lequel battans anebo fant, que deftoven Papart, Laurent Mais au c dome ftoft quid Cune qui ne moye à fon Icendit ur,& a ens de t otion pu ent de tou say vine s feulen pets effu grof adonc t veritabl tquel cha d'v luy ap farine fente apporte affent au en for orta qua ut pas b feuleme de me cela p raint, ice dec allat le jou ature, neue artie de es Ag tir: au auech de ne gether 2 AGE SILA VS. bie l'amitié de Tachos. A quoy Agefilaus luy refpódit, Quant à toy, Chabrias, qui es icy venu de ton propre mouuement, tu peus faire tout ce que bon te femble, mais c'eft autre chofe de moy: car mon pays m'a icy enuoyé pour Capitaine au feruice des A- gyptiens, pourtant, ne me feroit- il pas honnefte, que ie fiffe la guerre à ceux, qu'on m'a enuoyé pour feruir& fecourir, fi n'eftoit que ceux- mefmes qui m'y ont enuoyé, me commandaffent main tenant le contraire.Cefte refponfe faite, il depefcha quelques vns de fes gens à Sparte pour y aller accufer Tachos,& louer Nectanebos:& eux y enuoyerent auffi chacun de fon cofté pour prier le cofeil de Lacedæmone, l'vn comme eftant leur ami& allié de zout temps,& l'autre promettant leur eftre à l'aduenir de tane plus loyal& plus affectionné ami. Les Lacedæmoniens ces prieres des deux ouyes, refpondirent en public, qu'Agefilaus auroit foin de prouuoirà cela,& en fecret luy efcriuirent, qu'il fift ce, qu'il verroit eftre le plus expedient pour la chofe publique de Sparte. Ainfi Agefilaus prenant auec luy les aduenturiers qu'il auoit amenez de la Grece, fe retira deuers Nectanebos, fe couurant de cefte couuerture, que c'eftoit pour le bien de fon pays, pour defguifer vae mauuaife& mefchante chofe: car qui luy o- fteroit ce mafque de l'vtilité publique, on trouueroit que le plus iufte nom, qu'on luy fauroit bailler, feroit trahyfon: mais les Lacedæmoniens mettans le premier point d'honneur en ce qui eft vtile à leur pays, ne conoiffoyent autre iuftice, que ce, qu'ils pefoyent deuoir feruir à l'accroiffement& à l'augmentation de Sparte. Ainfi Tachos fe voyant abandonné par ces mercenaires eftrangers s'en fuyt: mais d'vn autre cofté il fe leua auffi en la ville de Mendes vn autre Roy à l'encontre de ce Nectanebos, lequel ayat mis enfemble iufques au nombre de cent mille combattans, venoit pour trouver& combattre Nectanebos. Et Neanebos cuidant donner bon courage à Agefilaus, luy alloit difant, que les ennemis eftoyent bien en grand nombre, mais que c'eftoyent hommes ramaffez de toutes pieces, gens de meftier la plufpart, dont il ne faloit point faire de conte, pource qu'ils ne fauoyent, que c'eftoit de la guerre:& Agefilaus luy refpondit: Mais au contraire, ie ne crains pas leur multitude, ains leur igno rance& faute d'experience, comme celle qui eft plus malaifee à deceuoir: car les rufes de guerre valent& feruent à l'encontre de ceux, qui fe voulans defendre& fe tenans fur leurs gardes fe doutent& desfient,& par ce moyen attendent vne chofe pluftoft qu'vne autre: là où celuy, qui ne de doute de rien,& qui n'attend point vne chofe pluftoft que l'autre, ne donne aucune prife à celny, qui tafche à l'abufer, non plus que celuy, qui ne fe remue point à la lufte, ne donne point de pente ny de moyen de l'esbranler à fon aduerfaire, qui lufte contre luy, 172 AGESIL AV S. ourront merueilla Grecs all rent facil oferent f Nedena melme ru melime to Failant fem noyant ca titude en v follez, lar ét au mil ille, qu Depuis le Mendefien mefme enuoya deuers Agefilaus, pourtafcher à le pratiquer, dequoy Ne@ anebos eut crainte& desfiance: au moyen dequoy comme Agefilaus luy confeillaft de defcendre à la bataille, le pluftoft qu'il pourroit,& ne tirer point cefte guerre en longueur contre gens qui ne fauoyent, que c'eftoit de combattre, mais qui pour leur grande multitude le pouuoyent bien enuironner& l'enfermer de trenchees,& le preuenir en plufieurs chofes, il en entra encore en plus grand foupçon& plus grande desfiance de luy, tellement qu'à la fin il fe retira dedans vne grande ville bien clofe de bonnes murailles,& qui eftoit de fort grand pourpris, dont Agefilaus fut bien mal content,& luy defpleut fort de voir, qu'on fe desfiat ainfi de fa foy: neantmoins ayant honte de fe tourner derechef vers vn autre, ou de s'en retourner en fin fans rien faire, il le fuyuit& entra quant& Juy dedans celle fortereffe, là où les ennemis le pourfuyuirent,& arriuez qu'ils furent deuant la place, commencerent à trencher tout à lentour pour le renfermer: à raifon dequoy PÆgyptien Nectanebos craignant d'vn autre cofté d'eftre long temps affiegé, vouloit venir à la bataille,& auoit les aduenturiers Grecs de fon aduis, qui ne demandoyent autre chofe, mefmement pouree qu'il y auoit bien peu de bled en la place:& au contraire Agefilaus l'empefchant,& ne s'y voulant pas accorder, fut encore en plus mauuaife eftime que parauant à l'endroit des Ægyptiens, iufques à dire qu'il eftoit trayftre à leur Roy: mais il començoit à endurer plus patiemment les iniurieufes calomnies, dont on le chargeuit, attendant le temps à propos pour executer vne rufe qu'il auoit en fon entendement, laquelle eftoit telle: Les ennemis faifoyent vne trenchee grande& profonde à l'entour de la ville pour de tout poin& l'enfermer: parquoy quand les deux bouts de la trenchee furent affez pres l'vn de l'autre,& qu'il s'en fallut bien peu, qu'ils ne fe vinffent à rencontrer, attendant que le foir de ce iour- là fuft venu, il commanda aux Grecs, qu'ils s'armaffent& fe tinfent tous prefts, puis s'addreffa à l'Egyptien,& luy dit: Voici le point de l'occafion propre pour te fauuer, laquelle occafion ie ne t'ay point voulu dire, iufques à ce qu'elle fuft venue, de peur de la perdre. Parquoy maintenant que les ennemis eux- mefmes auec leurs propres mains nous ont procuré le moye de nous retirer à fauueté en faifant cefte trenchee, de laquelle ce qui eft defia finy les empefche de fe pouuoir feruir de leur multitude,& ce qui eft à faire nous donne commodité de les pouuoir cobattre auec nobre efgal& mefure pareille, delbere- toy de te monftrer à ce coup homme de cœur,& nous fuyuant à la trace, fauue toy de vifteffe toy& tes gens: car ceux des ennemis q nous recontrerons de front, ne nous fouftiendront iamais,& les autres à caufe de la trenchee qui nous couurir ira par les coftez, ne nous pourront la auffi le pource qu derriere ceals fure morts fur topus, fed les affaires ré en lone & en luy poffible uec lay la guer qu'elle gers.Pa blement tres hom ent, pos mais efta pale che cara lieu Couf leurs mour Porton reporte gefilam paint celle eltoit de A DOUADREN evenir en AGE SILA VS. 175 pourront porter dommage. Ces paroles ouyes Netanebos s'efmerueilla grädement de fon bon fens,& fe mettant au milieu des Grecs alla donner dedãs fes ennemis, lefquels en peu d'heure furent facilemét mis en route, au moins ceux qni attendirent,& qui oferent faire tefte. Depuis qu'Agefilaus eut gaigné ce point, que Nectenabos le voulut croire, il affina encore les ennemis de la mefme rufe, dont il les auoit ia affinez, ne plus ne moins que d'vn logon& mefine tour de luce, dot ils ne fe feurent pas garder: car tantoft fe retira del ,& quefoi mal content de la foy nea g temps a faifant femblant de fuyr,& les attirant apres luy,& rantoft tournoyant çà& là, il fit tat qu'à la fin il tira toute cefte grande multitude en vne chauffee eftroitte, ferree de deux coftez de grands foffez, larges& profonds, pleins d'eau courate: puis quand ils fu& entra quan taille, qu'il egala à la largeur de la chauffee,& en ce faifant egaautre, rét au milieu, il leur ferra foudain le pas auec le front de fa baourfoyuire la auffi le nombre de fes combattans à la multitude des ennemis, rent attend pource qu'ils ne le peuret plus enuironer, ny par les flacs, ny par PAgy derriere: au moyen dequoy apres auoir fait bien peu de refiftance, ils furet tous tournez en fuyte,& en demeura grand nobre de morts fur la place,& les autres depuis qu'ils eurent efté vne fois ropus, fe debàderét& s'efcarteret fuyas çà& là: teilemet q depuis les affaires de ce Roy Egyptiě fe porteret bie,& fe trouua affeuré en fon eftat, dont il aima de là en auat fingulieremet Agefilaus, & en luy faifat tout l'honeur& toutes les careffes qu'il luy eftoit poffible de faire, le pria de vouloir demeurer& paffer l'hyuer a- uec luy: mais il fe voulut hafter de retourner au pays, pource q la guerre y eftoit, fachat que fa ville auoit faute d'arget, attendu Lesene qu'elle eftoit cótraints d'entretenir à fa folde des foldats eftranour de lagers. Parquoy Nectanebos luy donna en fin congé fort hönoradeur boublement& fort magnifiquemet, en luy faifant do, outre tous auers Grees ement pou traire Ag fut encore Egyptien començo nies, dont on cuter wher ' il s'en fall ant que le u'ils s'ar ptien,& er, laquel elle fuftve es ennems ré le moye aquelle ce leur mul es pouu re- toy de nt à latta nemis tres honneurs& prefens, de* deux cens trente talents d'arget co.* Cent tren tent pour furuenir aux frais de la guerre que fouftenoit fon pays; te huoct mais eftat la mer tormetee, come en la faifon d'hyuer, il mourut mille efcus par le chemin, ayant toutefois ia gaigné terre auec fes vaiffeaux en vn lieu defert de la cofte de Lybie, qui s'appelle le port de Me nelaus, apres auoir vefcu quatre vingt& quatre ans, defquels il en auoit efté quarate& vn Roy de Sparte,& durat tréte d'iceux, & plus, auoit toufiours continuellemét efté eftimé le plus grand & le plus puiffant home,& quafi come Capitaine general de toute la Grece, iufques à la iournee de Leutres. Au reste eftant la couftume des Lacedæmoniens, qu'ils inhumoyent les corps de leurs citoyes, qui decedoyent hors du pays, au lieu mefme, où ils mouroyent,& les y laiffoyer, exceptez ceux des Roys, qu'on rapportoit au pays, les Spartiates, qui lors eftoyent à l'entour d'Agefilaus, à faute de miel firent fondre de la cire fur fon corps& le reporterent en ce point à Sparte. Son fils Archidamus luy fuc& les ans pac 74 POMPEI V S. ceda en la royauté, laquelle demeura par fucceffion continuelle aux defcendans de luy, iufques à Agis que Leonidas fit mourir, à caufe qu'il tafchoit à remettre fus l'ancienne difcipline& forme de viure de Lacedæmone, eftant le cinquieme Roy de pere en fils apres Agefilaus. figinal at iloinen POMPEI V S MAGNVS gent,& a auoit hor volontie rogance fon vilag la bonne VOIX: car uec vne incomune hautellec levez, le reflembl vec les in feurs lu ob ordon bris ziugs Balls PLPOM forte qu ment Al resne fa failoit en Philippus bidsbolaget. ra, eltant rement de ila no no avecluy que l'vn fois am prier& E peuple Romain femble auoir eu toute pareille affection enuers Pompeius dés fon commencement, que Prometheus en vne Tragedie d'Af chylus möftre auoir enuers Hercules apres auoir efté deliuré par luy, quand il dit, you bea fer oit Parqu amal luy gra пу пер moureu Du fils autant m'est la perfonne chere, Comme l'ay eu à contre coeur le pere. used Pada Cariamais les Romains ne firent demonftration de haine plus aigre, ny plus afpre à l'encontre d'autre Capitaine qu'ils firent à Fencontre de Strabon pere de Pompeius: vray eft, que tant qu'il vefcut, ils redouterent fa puiffance en armes, pour- autat que c'eftoit vn tref grand homme de guerre mais quand il fut mort a- yant efté frappé d'vn coup de tonnerre, ils arracherent le corps de deffus le lict, ainsi qu'on le portoit en terre,& luy firent infinis outrages& vilenies:& au cotraire: iamais Romain n'eut l'amour du peuple fi vehemente, ne qui commençaft de fi bonne heure, qui plus florift en fa profperité, ne qui plus conftamment perfeueraft en fon aduerfité que l'eut Popeius. Il n'y auoit qu'vne feule caufe, qui fift ainfi hayr fon pere, c'eftoit vne auarice extreme, & vne conuontife infatiable d'auoir: mais plufieurs, au contraire, faifoyet aimer le fils, téperace en fa vie, addreffe aux armes, elon quence en fon parler, foy en fa parole, bonne grace en fon entre gent fut long ondit, qu Crale qu'on cela f peut idas Roy toute pare commen ragedie les apres de haine qu'ils fro que tan utat que fut mor ent le con rent infin Pamou nne heur ment per qu'e nice ex POMPEI V S. 175 gent,& amiable recueil à qui auoit à faire à luy, de forte qu'il n'y auoit homme ne qui demãdaft plus enuie que luy, ne qui fift plus volontiers plaifir, quand on l'en requeroit: car il donnoit fans arrogance,& prenoit auec dignité.Dauantage en ces premiers ans fon vifage luy aidoit beaucoup à la premiere rencôtre à gaigner la bonne grace de chacun, parlant, en maniere de dire, auant fa voix: car il y auoit ne fay quoy de douceur agreable conioint a- uec vne grauité humaine,& dés la fleur de fa ieuneffe, fe monftra incontinent en fes moeurs& en fes façons de faire, vne venerable hauteffe de maiefté royale. Il auoit auffi les cheueux vn peu re leuez, le regard& moquemēt des yeux doux, qui caufoyent celle reffemblance, qu'on difoit, qu'il auoit, plus qu'elle n'apparoit a. uec les images du Roy Alexandre le grad: mais pource que plufieurs luy en donnoyent le nom, luy- mefme ne le refufoit pas, de forte qu'il y en auoit, qui en jouant l'appelloyent affez notoirement Alexandre: au moyen dequoy Philippus, home Confulairesne faignit point publiquement en vne fienne harangue, qu'il faifoit en fa faueur, que ce n'eftoit pas de merueille, fi luy eftant Philippus, aimoit Alexandre.On dit auffi que la courtisane Flora, eftant deuenue vieille, prenoit grand plaifir à conter ordinairement de la frequentation, qu'elle auoit eue en fes jeunes ans a- uec Pompeius, difant qu'il eftoit impoffible, quand elle couchoit auec luy, qu'elle s'en departift fans le mordre. Elle contoit auffi, que l'vn de fes familiers, qui fe nommoit Geminius, deuint vne fois amoureux d'elle,& qu'il luy rompoit la tefte à force de la prier& folliciter continuellement: elle luy refpondit, qu'elle n'en fer oit iamais rien, pour l'affection qu'elle portoit à Pompeius. Parquoy Geminius en parla luy- mefme à Popeius lequel voulit luy gratifier en cela, luy permit: mais onques puis ne luy toucha ny ne parla à elle, combien qu'il femblaft, qu'il en fuft encore a- moureux:& elle ne le porta pas en femme de fon meftier, ains en fut longuement malade de douleur& de regret:& neantmoins on dit, que cefte Flora eftoit lors fi renoimmee pour fa grace& fa beauté, que Cecilius Metellus, faifant orner& embellir le temple de Caftor& de Pollux, de beaux tableaux,& de belles peintures, y fit mettre entre autres le portrait d'elle au naturel pour fon celléte beauté. Qui plus eft, Popcius traita durement& illiberalement, contre fon naturel, la femme de l'vn de fes ferfs affrächis nommé Demetrius, qui en fon viuant auoit eu trefgrand credit autour de luy,& qui eftoit mort riche de quatre mille talents,* Deux mil craignat la beauté, qui eftoit finguliere& fort renómee, de peur lions quatre qu'on n'eftimaft, qu'il en fuft amoureux. Mais quoy qu'il fuft en cens mille cela fi retenu& fi preuoyant de loin, ce neantmoins encore ne efeus. peut- il pas euiter, que fes mal- vueillans ne l'en taxaffent& blamaffenticar an le calomnia, que pour gratifier& complaire à fes ex 176 POMPEI V S. femmes, il laiffoit aller& ne faifoit pas femblant de voir beau coup de chofes, qui concernoyent le bien public. Quant à la facilité& fimplicité de fon viure ordinaire, on en recite vn mot no table, qu'il dit en vne fienne maladie, eftant degoufté& ne pouwant manger: car pour le remettre en fon appetit, le medecin luy ordonna, qu'il mangeaft d'vne griue. On en cercha par tout,& n'en peut- on trouuer à vendre, pource que c'eftoit hors de leur faifon: mais il y eut quelqu'vn, qui dit, qu'on en trouseroit chez Lucullus, qui en faifoit nourrir tout le long de l'an: Coment, ditil, fi Lucullus n'eftoit friant, Pompeius ne viuroit- il pas? Et laiffant l'ordonnance de fon medecin, fe fit accouftrer de ce qu'on recouuroit facilement: mais quant à cela nous en parlerons cy a- pres. Au refte, eftät encor fort ieune en cap auec fon pere, qui faifoit la guerre à Cinna, il auoit pour familier& copagnon, logeát en vne mefme tête auec luy, vn Lucius Terétius, lequel ayat efté gaigné pour vn prix d'argent, auoit promis à Cinna de le tuer, & d'autres coiurez auoyent auffi promis de mettre le feu dedãs latente de leur Capitaine. Cefte confpiration fut defcouuerte à Pompeius ainfi qu'il eftoit à table, dont il ne s'eftonna point, ains au contraire fe monftra plus deliberé,& fit meilleure chere à ce Terentius, qu'il n'auoit appris de faire mais quand il fut heure de fe retirer pour dormir, il fe defroba fecrettement de fa tete,& s'en alla doner ordre à la feureté de la perfonne de fon pere,& fe tint en fon logis.Terentius quand il péfa, q l'heure d'executer fon entreprife fut venue, fe leua& s'en alla l'efpee nue en la main au li& t, ou fouloit coucher Pompeius,& donna plufieurs coups de pointe dedans le matteras. Cela fait il fe leua vne grade emeute par tout le camp, pour la haine qu'on portoit au Capiraine,& vouloyent les foldats à toute force s'aller rendre à l'ennemy, commençans ia à deftendre leurs tentes, à ferrer bagage,& à prendre leurs armes pour y aller:& quant au Capitaine, craignant ce tumulte, il n'ofa pas fortir de fon logis: mais fon fils fe iet ta au milieu des foldats mutinez, en les fuppliant humblemet les larmes aux yeux, de ne vouloir pas faire ce mauuais tour à leur Capitaine:& finalement fe ietta la face contre terre tout de fon long à trauers la porte du camp, leur difant qu'ils paffaffent par deffus fon corps s'ils auoyent fi grande enuie de s'en aller: dequoy ils eurent fi grande honte, qu'ils s'en retournerent en leur logis, & changeans de volonté fe reconcilierent auec leur Capitaine, exceptez huit cens qui s'en alleret. Mais depuis, incótinent apres le deces de fon pere, qui eftoit furnommé Strabon, il fut come fon heritier appellé en iuftice au lieu de luy, qu'on accufa de male verfation,& de larcin des deniers publiques: mais il defcouurit& auera que c'eftoit vn de fes ferfs affranchis, nommé Alexadre, qui en auoit fouftrait la plus grande partie,& le reprefenta aux iuges: toutoutefoi no, d'au des liur Vray.ca il les au dedans Siyu nutive e entender en acqu pour lor boune of fous ma par fes prome pour la ment qu abfoluto ete par Lafo, qu nete aur dit dne des Rom pour y eut que ou des que d crians re, c'ef tilhom qui ou figne de le chois Talaff que teme Dent fut o recite va goute& cha par to i bors an Coment - past E trer de ce parlerons pere qu pagnon. lequel a nna de let le feu de Helcouvert onna po lleure che quand il f tement del e de fon p heure d'exe pee nue en na plufie roit au Ca endre a le erbagage taine, cr fon fils le POMPEI V S. 177 soutefois encore le chargea on luy- mefme en fon propre& priué no, d'auoir deftourné des toilles& des pents des rets à chaffer,& des liures qui auoyét efté pris en la ville d'Afculum. Ce qui eftoit vray: car for pere les luy auoit donez à la prife de celle ville, mais il les auoit perdus depuis, quad les fatellites de Cinna à fon retour dedans Rome, entrerent par force dedãs fa maifon,& la pillerent. Siy ut en ce proces plufieurs plaidoyers auant la fentence diffinitiue, efquels Popeius fe faifant conoiftre aux iuges aigu, de bon entendemet,& conftat plus que ne portoit l'aage auquel il eftoit, en acquit fi bonne reputation,& fi grade grace, qu'Antiftius, qui pour fors eftoit Preteur,& qui prefidoit en celle caufe, pour la bonne opinion qu'il en conceut de luy, l'en aima,& luy fit offrir fous main fa fille en mariage:& luy en ayant fait porter paroles par fes amis, Põpeius l'accepta,& en furent fecretement faites les promeffes entr'eux.Dequoy toutefois le peuple s'apperceut bie, pour la peine& le foin qu'Antiftius prenoit à luy fauorifer: tellement que quad il vint à prononcer la fentence des iuges, qui eftoit abfolutoire, tout le peuple affiftant, ne plus ne moins que fi c'euft efté par va comandement, fe prit à crier d'vne voix, Talaffio, Ta+ laffio, qui eft le cry, qu'on a accouftumé de crier de toute ancienneté aux noces à Rome,& en eft la couftume procedee ainfi qu'on dit d'vne telle origine. Lors que les principaux& les plus nobles des Romains rauirent les filles des Sabins eftans venues à Rome pour y voir l'esbatement des ieux publiques qui s'y faifoyent, il y eut quelques gés de bie petite& vile qualité, come des bouuiers ou des bergers, qui en enleueret vne fort belle& grade:& depeur que d'autres de plus grâd eftat qu'eux ne la leur oftaffent, alleret crians par les rues, Talaffio, Talaffio, comme s'ils euffent voulu di re, c'eft pour Talaffius, à caufe que ce Talaffius eftoit vn ieune ge tilhome coneu& bien voulu de tout le monde: tellemét que ceux, qui ouyrent nommer fon nom, s'en prirent à frapper des mains en figne de refiouiffance,& à crier auffi, Talaffio, comme eux, louis le chois qu'ils auoyet fait.De là dit- on, qu'eft venue la couftume, qu'on a toufiours depuis crié ce mot à ceux, qui fe marient, pour autant mefmemet que le mariage de celle belle fille fut heureux à Talaffius.C'eft- cê, qui me femble plus vray femblable de tout ce, qu'on conte de ce cry nuptial de Talaffio.Peu de iours donc a- pres ce iugement, Pompeius efpoufa Antiftia,& depuis s'en eftant allé au camp de Cinna, on luy mit fus à tort& le calomnia- on de quelque chofe, dont il eut peur,& à cefte caufe fe defroba fecretement:& pource qu'il ne comparoiffoit plus, il courut inconti nent vn bruit parmi le camp, que Cinna l'auoit fait mourir, qui fut occafion que ceux qui de long temps eftoyent fafchez de luy, & qui le hayffoyent, luy coururent fus.Si cuida bien fe fauuer de vifteffe, mais il fut tantoft attaint par vn des particuliers Capitai mblemet tour à le out de fo ffent pa dequoy r logis pitaine, ent apre come a de mi count m j பாத்த $ 78 POMPEI V S. nes, qui le fuyuoit l'efpee defgainee en la main: quoy voyant Cin! na, fe ietta a fes pieds,& luy tendit fon anneau duquel il feelioit & cachetoit fes lettres, qui valoit beaucoup: mais le Capitaine luy dit fort outrageufement, le ne viens point icy pour feeller aucun contract, ains pour chaitier vn mefchant& cruel tyra:& en difant cela, il le tua fur la place.Cinna ayat ainfi efté tué, Carbo luy fucceda,& prit les affaires en main, eftant encore plus cruel tyran que le premier,& tantoit apres furuint Sylla de fire de la plus part des Romains, pour les griefs maux qui les oppreffoyét en fi grade extremité, qu'ils n'eftimoyent pas peu de foulagement que de chager de maiftre, ayant les miferes paflees reduit la ville de Rome a ce point, que n'efperant pas de pouuoir jamais recouurer la liberté, elle ne cerchoit plus que la plus douce& plus equitable feruitude. Or eftoit lors Pompeius en celle partie d'Italie, qui fe nomme la marque d'Ancorre, la ou il auoit des terres, plus toutesfois pour l'amour& la bien- vueillace hereditaire de pere en fils, que luy portoyé les villes du pays, que pour autre chofe:& voyat que les plus nobles& les plus gens de bien des Romains abandonoyent leurs maifons& leurs biens pour s'enfuyr de tous coftez, comme en vn port de falut au camp de Sylla, il ne voulut point al ler deuers luy en fugitif, fans rien contribuer à l'augmentation de fes forces, comme perfonne deftituee de tout moyen, qui ne cerchaft qu'à fe fauuer, ans y voulut aller honnorablemét auec armee, comme celuy qui luy vouloit à luy- mefme le premier faire plaifir: fi commença à fonder les volontez,& à folliciter ceux du pays, qui luy prefterent volontiers l'oureille,& ne voulurent rien faire pour ceux, qui venoyent de la part de Carbo, entre lefqeels y en eut vn nommé Vindius, qui s'auança de dire, que Pompuus au fortir de l'efcole eftoit foudain deuenu Capitaine, dequoy ils fu rent fi courroucez, qu'ils feruerent fur luy,& le tuerent en la pla ce.Depuis cela Pompeius, qui n'auoit que vingt& trois ans, fans attendre que perfonne luy donnaft authorité de comander, la prit de luy mefme,& fit dreffer au milieu de la place d'Auximum, grá de& puffante ville, va tribunal, là où il fit commandemet à deux freres, qui s'appeiloy.nt les Ventidiens, les deux premiers homes de celle ville, qui en faueur de Carbo refiftoyet a ce, qu'il faifoit, qu'ils euffent incontinent& fans delay a fortir de la ville,& commença à leuergens, eftabliffant des Capitaines, fergens de bades, Cenceniers& autres eftats, felon les ordonnances de la difcipline militaire.Puis alla par toutes les autres villes de celle marche en faire autant, là où tous ceux, qui faifoyent pour Carbo en tout ce quartier- la, luy cedoyet& s'oftoyét de deuant luy,& les autres fe joignoyent volontairement à luy, de maniere qu'en bien peu de temps if eut mis trois legions enfemble toutes entieres, affemblé munition pour les nourrir,& recouuré fommiers, chariots,& autres tres vo min p journe euft e iourn quelq Contre traire armees peius n lieu,& front d lefque d'arme falen fant d'e terre: c & romp en difer coffe, les vill fe rend ful Sc les de prefts Pompe tre ch Hoye riiere dement. impoffibl encore detam Paller il com qu'ils le Cap pour feelier tyraden Carbo plus cruel fare de la play refoyer en dy agement que la ville de & plus egpa res, plast de pere chofe& mains aban e tous co oulut pour mentation quine c met auec 2 peter fa citer ceux Vouturent entre lef que Pon dequoy erenc en la trous ans mander, la Hurimung demét a d miersho ' il failo le,& com de bades POMPEI V S. 179 tres voitures pour porter le bagage:& puis cela fait, fe mit en chemin pour mener tout ceft equipage à Sylla, non point à grandes iournees comme homme qui euft crainte d'eftre rencontré,& qui euft efté bien aife, qu'on ne l'euft point veu par le chemin, ains feiournant aux endroits où il pouuoit endommager l'ennemi en quelque chofe, follicitant les villes par où il paffoit à fe rebeller contre Carbo, iufques à ce que trois Capitaines de la part contraire, Carinna, Coelius& Brutus, tous trois enfemble l'allerent affaillir, non pas tous trois de front, ny d'vn mefme coflé, ains par trois diuers endroits, l'enuironnant tout à l'entour auec trois armees, cuidans bien l'emporter de prim- faut toutefois Pompeius ne s'en eftonna point, ains affembla toutes fes forces en vn lieu,& marcha premier contre l'armee de Brutus, ayant mis au front de fa bataille deuanr les gens de pied, ceux de cheual, entre lefquels il eftoit luy- mefme en perfonne. Et comme les hommes d'armes de l'ennemi, qui estoyent Gauloys, luy marchaffent auffi à l'encontre, il donna le premier au plus apparent& plus puiffant d'entre eux vn fi grand coup de iaueline, qu'il le porta par terre: ce que voyans les autres, fe tournerent auffi toft en fuyte, & rompirent eux- mefmes leurs gens de pied, de forte que tous fe mirent à fuyr: à l'occafion dequoy les Capitaines entrerent en diffention les vns entre les autres,& fe retirerent les vns d'vn cofté, les aurres d'vn autre, au mieux qu'ils peurent. Et adonc les villes d'alenuiron, penfans qu'ils s'efcartaffent ainfi de peur, fe rendirent toutes à la deuotion de Pompeius. Depuis le Conful Scipion s'eftant auffi approché de luy pour le combatre, quad les deux batailles furent l'vne deuant l'autre, auant qu'ils fuffent prefts à lancer leurs iauelots, ceux de Scipion faluans ceux de Pompeius fe tournerent de fon cofté,& ne peut Scipion faire autre chofe que s'en fuyr. Finalement Carbo mefme luy ayant enHoyé à la queue plufieurs compagnies de gens de cheual pres la riuiere d'Arfis, il tourna vifage contre eux,& les chargea firudement, qu'il les mena batant iufques en des lieux, dont il eftoit impoffible, que gens de cheual fe peuffent tirer: au moyen dequoy eux voyans qu'ils n'auoyent moyen de fe fauuer, fe rendirent à fa mercy, eux, leurs armes& leurs cheuaux. Sylla n'auoit encore rien entendu de toutes ces desfaites: parquoy au premier bruit qu'il en ouyt, craignant qu'il ne fe perdift, eftant enveloppé de tant de Capitaines ennemis, il fe hafta de tirer celle part pour Paller fecourir:& quand Pompeius fut aduerti, qu'il approchoits il commanda à fes Capitaines, qu'ils fiffent armer leurs gens,& qu'ils les rangeaffent en bataille, à fin que leur general les trouuaft plus braues& mieux en point quand il les luy prefenteroit: car il efperoit bien, que Sylla luy feroit grand honneur, mais il am ij difcipline marchee en toute es autr bien pa 180 POMPEIV S. luy en fit encore plus, qu'il n'en efperoit, pource que quad il l'ap perceut de tout loin venant à luy,& qu'il vit fon armee fi bien en ordre, où il y auoit de fi beaux hommes,& qui monftroyent fi bons vifages,& portoyent tous les teftes droites, pour tant dauantage qu'ils venoyent de gaigner fur leurs ennemis, il defcendit de cheual à pied:& comme Pompeius le faluaft, en l'appellant Imperator, qui eft à dire, Capitaine en chef, Sylla le refalua tout de mefme, contre l'attente& opinion de tous les affiftans, qui ne s'attendoyent pas qu'il fut pour communiquer l'honneur de ce nom- la à vn fi ieune homme, mefmement qu'il n'eftoit point encore receu au corps du Senat, attendu qu'il combatoit contre des Mariens& des Scipions pour ce titre- la. Au refte le traitement que Sylla luy faifoit en toute autre chofe, refpondoit à fes premieres careffes- la: car quand Pompeius arriuoit au lieu, où il eftoit, il fe leuoit au deuant de luy,& fe defcouuroit en retirant fa robbe de deffus fa tefte, ce qu'il ne faifoit pas facilement à d'autres, encore qu'il y euft beaucoup de gens de bien& de gråds perfonnages autour de luy: toutefois ces honneurs la n'enorgueillirent point Pompeius, ains comme Sylla le vouluft incontinent enuoyer en la- Gaule, là où eftoit Metellus, qui ne fembloit point y faire exploit digne des forces qu'il auoit. Pompeius refpondit, qu'il ne luy fembloit point raifonnable d'ofter vn ancien Capitaine, qui auoit plus fait& plus veu que luy: mais fi Metellus de luy- mefme le vouloit& l'en prioit, qu'il iroit volontiers luy aider à conduire cefte guerre. Metellus en fut bien content,& luy efcriuit, qu'il y allaft,& adonc donant dedans, il y fit à part foy de merueilleux exploits d'armes,& fi efchauffa dauantage la hardieffe& vertu militaire de Metellus, qui commeçoit defia vn peu à vieillir, ne plus ne moins qu'on dit que le cuyure ia fondu venat à couler à l'entour de celuy qui eft encore froid& dur, l'amollit & le diffoud plus facilement& pluftoft que ne fait le feu mefme. Mais tout ainfi comme d'vn vaillant champion de lucte ou d'efcrime, qui a toufiours honnorablemet vaincu par tout où il a com batu, on ne met point en ligne de conte les victoires pueriles, que il a gaignees contre fes compagnons, lors qu'il eftoit enore ieune garçon,& ne le met- on point par efcrit: auffi ay- ie craint de toucher aux faits d'armes, que Pompeius fit alors, encore qu'ils foyent en eux- mefmes admirables, pource qu'ils font cachez, obfcur cis& enfoncez fous la grandeur& le nombre infiny des guerres, batailles& affaires qu'il eut depuis, de peur que fi ie m'amufoye beaucoup a defcrire par le menu ces premiers commencemenslasie ne paffaffe puis apres de leger les principaux actes& plus no tables accidens de ce perfonnage, qui plus clairemét mettet& expofent fon naturel en euidence. Apres donc que Sylla fut venu au deffus de fes affaires en Italie,& qu'il euft efté declaré Dictateur, il recom il rec fon p Se pu man Vert té de que c adu the A mier tre,& uenab de Pa ry le teufe du for fius lepar voyan mount mount acce mort d'enfa welle fe p efto doit eftor nis, q ce co puiffa pena le de ordo Nous cala ile ent duf foy, monftropa pour tan , en l'appela le refaluan es alfiftans, Phonneur ' il n'elhoinp mbatoit com rehe letras refpondit al au lieu d ten retira lement ad de grads enorgue Incontine mbloit poin refpond ancien Cap Metellus& aiersluy a ontent,& lu part foy ntage lahe delia vap a fondu ve dur, Pamok e feu mel Jude ou de ut où il ac mueriles, qu enore jeun int de tou qu'ils foy z, obfcur guerres ' amufor encemen & plure mettede Dickens POMPEI V S. 181 il recopenfa fes autres lieutenans& Capitaines, qui auoyent tenu fon party, en les auançant aux honneurs& aux dignitez de la cho fe publique,& en leur ottryât liberalement tout ce qu'ils luy demandoyent: mais quant à Pompeius, l'ayat en admiration pour fa vertu,& eftimant que ce luy feroit vn grand appuy pour la feureté de fes affaires, il cercha de s'en allier,& de le fe ioindre, coment que ce fuft, par alliace: en quoy Metella fa femme eftät bien de fon aduis, ils firet tat, qu'ils perfuaderet à Popeius de repudier fa femme Antiftia, pour efpoufer Aemilia fille de Metella,& de fon premier mary Aemilius Scaurus, laquelle eftoit auffi mariee à vn au tre,& enceinte. Ces noces furēt violétes& tyranniques, plus conuenables au téps de Sylla, que non pas à la nature ny aux mœurs de Popeius, de voir ofter cefte nouuelle efpoufe Aemylia à( on ma ry legitime, pour la luy mener toute groffe,& chaffer Antiftia ho teufement& piteufement, atté du que de n'agueres elle auoit perdu fon pere,& pour caufe de fon mary qui la repudioit: car Antiftius fut occis dedãs le Senat mefme, a caufe qu'il fut eftimé tenir le party de Sylla pour l'amour de fon gendre Popeius:& famere voyant le grand tord qu'on faifoit à fa fille, fe fit volontairement mourir elle- mefme, tellement que ceft inconueniet fut comme vn acceffoire de la Tragedie de ces mal- heureufes noces,& auffi la mort d'Aemilia mefine laquelle bientoft apres mourut en trauail d'enfant chez Pompeius, Mais fur ces entre faites vindrent nouuelles à Rome, que Perpenna s'eftoit emparé de la Sicile,& qu'il fe preparoit de faire de cefte ifle vn fort,& vne retraite à ceux qui eftoyer de la part& factió contraire à Sylla, ioint que Carbo rodoit à l'étour auec quelque nobre de vaiffeaux,& que Domitius eftoit paffé en Afrique,& plufieurs autres grāds perfonnages banis, qui auoyet peu fe fauuer des profcriptios, s'eftoyent iettez de ce cofté la.Si fut enuoyé Popeius contre tous ceux la auec groffe puiffance: mais il n'euft pas pluftoft mis le pied en la Sicile, Perpěna la luy ceda& quita toute: là où il traita humainemet& remit fus toutes les autres villes, qui parauât auoyét eflé fort trauail lees,& fort affligees, exceptez les Mamertins feuls habitas en la vi le de Meffine, lefquels voulurent decliner fon tribunal& fa iurifdiction, alleguans qu'ils en auoyent priuilege expres& ancienne ordonnance du peuple Romain:& il leur refpondit en cholere: Nous alleguerez- vous meshuy les loix, à nous q auos les efpees au cofté? Auffi femble il, qu'il fe porta vn peu outrageufemét enla calamité de Carbo: car s'i eftoit neceffaire, comme à l'auenture il eftoit de le faire mourir, il le falloit faire incontinent qu'il l'eut entre fes mains: car en ce faifant on euft attribué toute la haine du fait à celuy qui l'auoit comandé: mais il fe le fit amener deuant foy,& l'interrogua publiquement à la veué de tout le monde, dót plufieurs des affiftans furent tref- mal contens, puis commanda m iij 122 POMPEIV S. qu'on l'allaft faire mourir. Il fut emmené,& dit- on, que quand il vit l'efpee defgainee, dont on luy vouloit trencher la tefte, il pria les executeurs, qu'on luy donnaft vn peu de temps& le lieu pour defcharger fon vetre, qui le preffoit, Caius Oppius I'vn des familiers de Iulius Cæfar efcrit aufsi, qu'il fe porta inhumainemet enGers Quintus Valerius: car fachant, dit- il, qu'il eftoit homme lettré& fi fauant, qu'il y en auoit peu de femblables, quand on le Juy amena, il le tira à part,& fe promena quelques tours auec luy, puis apres auoir enquis& appris de luy ce qu'il vouloit, il coman da à fes fatellites qu'ils l'emmenaffent& le fiffent mourir incontinent: mais il ne faut pas croire legerement à tout ce qu'efcrit Oppius, quand il parie des amis ou des ennemis de Iulius Cæfar: car Pompeius eftoit contraint de faire punir les plus notables perfonnages des ennemis de Sylla, qui tomboy et entre fes mains, quand ils eftoyent notoirement pris: mais au refte tous ceux qu'il pouuoit laiffer foy cacher il le faifoit,& feignoit ne les point fauoir:& qui plus eft, donna encore moyen à quelques vns de fe fauuer. Bien auoit- il deliberé de chaftier afprement la ville des Himeriens, à caufe qu'elle auoit opiniaftrement tenu le party des ennemis: mais Stenis I'vn des gouuerneurs de la ville, luy ayant requis audience, luy dit, qu'il ne feroit pas iuftement, fi pardonnat à celuy qui eftoit autheur de toute la faute, il deftruifoit ceux, qui n'auoyent point failly. Pompeius adonc luy demanda, qui eftoit celuy, qu'il vouloit dire eftre autheur de tout le mal:& Sthenis Juy refpondit, que c'eftoit luy- mefime, qui auoit perfuadé à fes a- mis,& contraint par force fes ennemis de faire tout ce, qu'ils a- uoyent fait. Pompeius ayant pris plaifir à ouyr parler ainfi franchement& magnaniment ceft homme, luy pardonna, remettant le crime à luy premier,& confequemment à tous les autres Himeriens: mais eftant aduerty que fes foldats faifoyent quelques violences par les chemins, il leur feella à tous leurs efpees,& en punit ceux, qui ne garderent le feel en fon entier. Ainfi comme il eftoit apres à executer& ordonner ces chofes en la Sicile, il receut vn mandemët du Senat& lettres de Sylla, par lefquelles il luy eftoit commandé, qu'il paffaft incontinent en Afrique, pour y faire la guerre auec toutes fes forces à Domitius, qui auoit ia affemblé beaucoup plus de gens de guerre, que Marius n'en auoit eu, quad il eftoit no guere auparauant paflé de l'Afrique en Italie,& auoit mis fans deffus deffous les affaires des Romains, eftant deuenu de banny fugitif, afpre tyran. Parquoy Pompeius en peu de temps ayant preparé tout fon equipage pour s'embarquer, laiffa en fon lieu gouuerneur de la Sicile, le mary de fa fœur, Memmius,& Juy monta en mer auec fix vings vaiffeaux à rames,& bien huit cens autres vaiffeaux de charge pour porter les viures, les armes, Farget& les engins de batterie,& tout le refte du bagage.Defcedu qu'il diqu geily nemis pletes aduin qui tr miers pinion tout pl Cleaner pofsible que plu fire, vo uerfan fin,& qu'ils a luy alla deuant ce que d de forte deuffen pour de propre vallee troubl foyer que fe tempe ne s'en peius qui ne l demeura apres aud trou les & que d Je ca Cout peur fut ad Depu འབ 72 her la cel & le lie ' vn dest ks, quand o tours auech ouloirl.com mourat ce out ce qu'efin e Julins Ca plus entre fes min tous ceux q les point es vns de la ville de le party de luy ayan pardonna ceux, qui qui eftoi & Sthenis ade à fes a ce, qu'il rainfi fra remettant tres Hims elques v & en pu mme il el receut luy efe faire la affemble u, quad & auoit euenu de de temp ufa en for mmis bien bu es arme Ap POMPEI V& £ 8; du qu'il fut auec toute fa flotte, partie à Vtique,& partie à Carthage, il y eut incontinent bien fept mille hommes de guerre des ennemis, qui fe vindrent rendre à luy, outrefept legions toutes completes qu'il menoit quant& luy,& dit on, qu'à fon arriuee, il luy aduint vn cas pour rire: car il y eut, ce dit- on, quelques foldats, qui trouuerent vn trefor, là cùils gaignerent groffe fomme de deniers. Ce qu'eftant venu à la conoiflance des autres, ils priret o- pinion que ce champ, où le threfor auoit efté trouué, deuoit eftre tout plein d'or& d'argent, que les Carthaginoys y auoyent anciennement caché du temps de leurs calamitez.Si ne fut pas adóc pofsible à Pompeius de fe feruir de fes foldats à chofe quelconque plufieurs iours durant,& n'y peut faire autre chofe que s'en rire, voyant tant de milliers d'hommes fouillans en la terre,& réuerfans ce champ, iufques à ce qu'eux mefmes s'en lafferent à la fin,& tuy dirent, qu'il les menaft où bon luy fembleroit, pource qu'ils auoyet fuffifamment payé la peine de 1 ur folie. Domitius luy alla au deuant auec fon armee en bataille: mais il auoit au deuant vne fondriere d'vn torrent afpre& mal- aifé à paffer, auec ce que dés le matin il fe leua vn grad vét auec vne groffe pluye, de forte que Domitius ne penfant pas que de tout ce iour la ils deuffent combatre, commanda à fes gens qu'on trouffaft bagage pour defloger de là. Pompeius au contraire le prenant à occafion propre pour luy, fit foudainement marcher les gens, & paffa la vallee. Ce que voyans les ennemis qui eftoyent en defarroy, s'en troublerent,& en ce trouble voulurent faire tefte: mais ils n'eftoyent ne tous enfemble, ny egalement rangez en bataille, ioint que le vent leur chaffoit la pluye côtre les vilages: toutefois cefte tempefte faifoit bien aufsi de l'ennuy aux Romains, pource qu'ils ne s'entre- voyoy et point les vns les autres, de maniere que Pompeius luy mefme fut en danger d'eftre occis par vn de fes foldats, qui ne le cognoiffant pas luy demanda le mot de la bataille,& il demeura vn peu trop longuement à luy refpondre. Finalement apres auoir desfait les ennemis auec grande effufion de fang( car on dit, que de vingt mille qu'ils eftoyent, il ne s'en fauua que trois) les foldats faluerent Pompeius du nom d'Imperator: mais il leur refpondit qu'il n'ace pteroit point l'honeur de ce nom la, sant comme il verroitle camp de l'ennemi eftant encore debout, & que s'ils le iugeoyent digne de ce nom- la, qu'il failloit donc, qu'ils abattiffent premierement cefte clofture- la, qui remparoit le camp de l'ennemi. Ce qu'entendans les foldats ils y allerent tout de ce pas l'affaillir: là où l'ompeius combattit la tefte nuë, de peur de tõber en l'inconuenient où il eftoit defia cheu vne fois: fi fut adonc le camp pris á force,& Domitiis luy- mefme tué dedas. Depuis laquelle desfaite les villes du pays fe rendirent, aucunes volontairement, autres furent prifes d'affaus& par force, comme m iij 184 POMPEIV S. fut aufsi pris le Roy Iarbas, qui auoit combatu pour Domitius,& fon royaume donné à Hiampfal. Mais Pompeius voulant encore dauantage employer fes forces& la bonne fortune de fon armee, entra auant en la Numidie,& penetra plufieurs iournees au dedans, gaignant& conquerant tout ce par où il paffoit,& rendat par ce moyen la puiffance des Romains efpouuantable& redoutable aux Barbares de ce pays- la, qui commençoyeat defia à n'en faire plus de conte. Et fi dit dauantage, qu'il ne falloit pas que les beftes fauuages mefmes de l'Afrique demeuraffent fans efprouuer la force& la fortune des Romains, au moyen dequoy ilemploya quelques iours, mais peu, à chaffer aux Lios& aux Elephas: car dedans l'efpace de quarante iours en tout, il eut desfait les ennemis, recoquis le pays d'Afrique,& ordōné les affaires des Roys & prouinces de tout le pays, n'ayant encore que vingt& quatre ans. Quand il fut de retour en la ville d'Vtique, on luy apporta lettres de Sylla, qui luy mandoit, qu'il euft à caffer tout le refte de fon armee,& demeurer là auec vne legion feulement attendant vn autre Capitaine qui y feroit enuoyé pour luy fucceder au gou uernement du pays. Ce mandement luy fafcha, encore qu'il n'en donnaft rien à cognoiftre,& en fut marry en fon coeur: mais fes foldats monftrerent euidemment, qu'ils en eftoyent mal- contens, & comme il les priaft de s'en vouloir aller deuant, ils fe prirent à dire paroles outrageufes& iniurieufes de Sylla, adieuftans que ils n'eftoyent point deliberez, quoy qu'il y euft, de Pabandoner,& qu'ils ne vouloyent point, qu'il fe fialt à vn tyran. Mais voyant qu'il ne les pouuoit gaigner, quelques remöftrances qu'il leur fift, il defcendit de fon tribunal& fe retira plorant en fa tente, là où les foldats l'allerent querir& le rapporterent en fon fiege,& cofumerent vne bone partie du iour, eux à luy remontrer qu'il vouJuft demeurer& leur commander,& luy à les prier qu'ils vouluffent obeyr à Sylla,& ne point fe mutiner, iufques à ce que voyant qu'ils ne ceffoyet point de crier au cótraire,& de le preffer, il iura que pluftoft il fe tueroit, s'ils le vouloyét forcer, encore ne cuiderent- ils iamais pour cela s'appaifer. Si fut premierement rapporté à Sylla, que Pompeius s'eftoit rebellé contre luy: ce qu'ayat entendu, il dit à fes amis: Il eftoit donc à ce que ie voy, predeftiné que l'auroye en mes vieux iours à cobatre contre des enfans. Ce qu'il difoit à caufe du ieune Marius, qui luy auoit donné beaucoup d'affaires& l'auoit râgé en vn extreme danger. Mais quand il fus bien informé de la verité, fentant que tout le mode à Rome fe deliberoit de luy aller au deuant,& le receuoir auec tout l'honneur & demonftration de bien- vueillance qu'ils luy pouuoyent faire: il voulut luy- mefme faire encore plus que les autres,& fortât de fa maifon luy- alla à l'encotre,& en l'embraffant le plus affectueufement qu'il peut le falua, en l'appellant Magnus, qui fignifie le grand gran mel пот Cou par qu tor ne re haur les v deux defo Cor & P des move Je Ca V ten trai dit f Je So pour Don une de lo Geurs journ palloit,& r table& peat defia i alloit pas quai Cans efpr dequoy lea desfait lere faires des Roy Vingt& qu on luy app out le rele ent attenda eder au g re qu'il n'e ur: mais f mal- conten POMPEI V S. 18 grand,& commanda aux afsiftans, qu'ils le nommaffent aufsi da znefme: toutefois il y en a qui difent, que ce fut en Afrique, où ce nom luy fut premierement donné par vne publique clameur de toute fon armee, mais qu'il luy fut puis apres confirmé& ratifié par Sylla.Bien eft- il vray que luy fut le dernier long temps apres, quand on l'enuoya Proconful en Hefpagne à l'encontre de Settorius, qui s'efcriuit en fes lettres mifsiues,& en fes mandemēs& lettres patentes, Pompeius magnus, pource que lors ce nom eftant ia tout accouftumé, ne luy caufoit plus d'enure. Dont à bo droit, fait à louer& admirer la fageffe des anciens Romains, lefquels ne recompenfoyent pas de tels honnorables titres& noms les haurs faits d'armes& exploits de guerre feulement, mais aufsi les vertus ciuiles& louables actions de la paix: car il y en a eu deux que le peuple a fur- nommé Maximi, c'eft à dire, trefgrands, defquels l'vn fut Valerius, pource qu'il remit en vnion& concorde la commune auec le Senat, auec lequel il eftoit en difcord, & l'autre eftoit Fabius Rullus, pourautant qu'il ofta du nombre des Senateurs quelques perfonnages nez de ferfs affranchis, qui moyennant leur richefle, par faueur y auoyent efté mis. Apres cela Pompeius demanda l'honneur du triomphe,& Sylla s'y oppofa, allegant par fes raifons, qu'il n'appartenoit d'entrer en triophe dedans la ville de Rome finon aux Confuls ou aux Præteurs à l'occafion dequoy le premier Scipion ayant desfait les Carthaginoys en plus grandes& plus groffes batailles dedans l'Efpagne, n'auoit iamais demandé ceft honneur, pource qu'il n'eftois ny Conful ny Præteur,& que fi Pompeius s'opiniaftroit à vou loir faire entree triomphale dedãs Rome, lors que pour fa grande ieuneffe à faute d'aage, il n'eftoit pas encore du Sénat, cela feroit caufe de faire enuier à luy ceft honneur,& à foy fa puiflance. Voila les raifons que Sylla luy alleguoit, en luy donnant à entendre qu'il n'eftoit point deliberé de luy permettre, ains qu'il luy refifteroit& l'en engarderoit s'il fe vouloit obftiner au contraire: toutefois cela ne fit point de peur à Pompeius, lequel luy dit franchement, qu'il deuoit penfer, que plus de gens adoroyent le Soleil leuant: que le Soleil couchant: comme s'il euft voulu dire, que fon credit& fon authorité venoit à croiftre,& celuy de Sylla à fe diminuer. Sylla n'ouyt pas lors clairement, qu'il auoit dit, mais apperceuant aux vifages& à la contenance de ceux qui eftoyent prefens, qu'ils s'en esbayffoyent, il leur demanda, que c'eftoit, qu'il luy auoit refpondu,& quand il l'eut entendu, s'efmerueillant de l'audace d'vn fi ieune homme, il s'efcria par deux fois coup fur coup, Qu'il triomphe, Qu'il triomphe done de par Dieu. Dequoy plufieurs eftans marris& mal contens, Pompeius, à ce qu'on dit, pour leur faire encore plus grand defpit, voulus eftre en ce triomphe porté fur yn chariot triomphal, trainé par. fe prirent utans que bandoner,& Mas voyant qu'il leur fi tente, la fege,& r qu'il vou This would que voy reffer ore ne cu ment rap qu'ayi redefin ns. Ce aucoup ndil fur me fe de honne fora buer 186 POMPEI V S. que Lepid ne fut inh fiffent pub uoy s'en trefpas d fe voulan rien delg Continent de Marius quide lon que occaf Confulat & du peup rant, fage res de pa ment que ne branil gea tout fat elleu C quatre Elephans: car il en auoit amené plufieurs captifs de ceux, que tenoyent les princes& Roys, qu'il auoit fubiuguez: mais la porte de la ville fe trouuant trop eftroitte, il fut contraint de s'en deporter,& fe contēta de fe faire mener par des cheuaux. Et comme fes foldats n'ayans pas obtenu tout ce qu'ils efperoyét, & qu'ils s'eftoyent promis, luy vouluffent faire quelque trouble, & donner quelque empefchemét, il dit, qu'il ne s'en foucioit point, & qu'il lafferoit pluftoft là tout l'appareil de fon triomphe, que de fe foumettre à les flatter, à raifon dequoy y eut vn notable perfonnage nommé Seruilius, l'vn de ceux qui plus afprement s'eftoit oppofe à l'octroy de ce triomphe, qui dit publiquement, qu'il conoiffoit alors, que Pontpeius eftoit veritablement magnus, c'eft à dire, grand,& digne du triomphe.Et eftant tout euident, que s'il cuft voulu, il euft des lors efté facilemét receu au nombre des Senateurs, il ne le pourchaffa point, ains comme on dit, cerchant honneur en ce qui eftoit plus eftrange& plus efloigné de l'ordinaire: car ce n'euft pas efté chofe grandem nt efmerueillable, s'il cuft efté receu au corps du Senat auant l'aage legiume: mais bien eftoit- ce à luy vne gloire illuftre, de triompher auant que d'eftre Senateur: ce qui encore luy feruit beaucoup à gaigner toufiours de plus en plus la bonne grace du commun populaire: car il eftoit fort aifé de le voir apres fon triomphe fe maintenir au rang des cheualiers Romains:& au contraire Sylla eftoit fort fafché de le voir monté en telle gloire& venir en fi grand credit: toutefois a- yant honte de l'empefcher, il s'en teut iufques à ce, que mal- gré Juy& par force il fit paruenir vn Lepidus au Confulat, moyennant le port& la faueur qu'il luy fit en fa brigue, à caufe que le peuple luy fut fauorable à fa requefte& pour l'amour de luy feulement à l'occafion dequoy Sylla le voyant retourner de l'ele & tion à trauers la place, auec vne longue funte de gens qui l'accompagnoyent par honneur, il ne fe peut tenir de luy dire, le voy, iouuenceau mon amy, que tu es fort ioyeux d'auoir vaincu en cefte brigue,& aufsi y a il bien dequoy vrayement: car c'eft vne belle chofe& magnanime d'auoir eu tant de pouuoir enuers le peuple, que par ta faueur le plus mefchant homme du monde Lepidus, a emporté le Confulat deuant Catulus, I'vn des plus homme de bien de toute cefte ville: mais ie te veux bien aduertir, qu'il te faut bien garder de dormir maintenant,& auoit bien P'eil aux affaires, pource que tu as armé& fait fort, vn dangereux aduerfaire contre toy mefme. Mais ce en quoy principalement Sylla monftra, qu'il ne vouloit point de bien à Pompeius, fut en fon teftament: car il laiffa quelque lay teftamentaire à tous fes autres amis,& en inftitua aucuns tuteurs& curateurs de fon fils, fans faire aucune mention de Pompeius: ce que toutesfois il fupporta fort doucement& fort ciuilement, de maniere que quel auoi auoit mile Popeius wat Mod coule i fecod vne gr tour de De qu'e fe guer trahy for gens de c Sus le Po Senat des charg enfa Sent COM Coeurs copa fur cont pardes che ' ils efpern elque cro Luciour pus trample, ge yaa table pict ment, qu'ilco magnuse dem, que mbre des Se dit, cerchan e de l'ord llable, mais bien que d'eftre toufiours Carleftoit rang des POMPEI V S. 137 que Lepidus& quelques autres, voulans empefcher que le corps ne fut inhumé dedans le champ de Mars,& que fes funerailles fe fiffent publiquement, luy tint la main au contraire, à ce que le con uoy s'en fift& honnorablemet& feurement.Mais tantoft apres le trefpas de Sylla fe vit clairemét ce qu'il auoit predit: car Lepidus fe voulant attribuer l'authorité& la puiflance qu'il auoit euë fans rien defguifer& fans tournoyer à l'entour, fe fortifia d'armes incontinent, remuant derechef les reliques de la partie contraire de Marius, que Sylla n'auoit du tout peu extirper ny efteindre:& qui de long temps eftoyent aux efcoutes, ne demandans que quel que occafion de fe renouueller. Vray eft que fon compagnon au Confulat Catulus, que la meilleure& plus faine partie du Senat & du peuple fuyuoit, eftoit eftimé vn tref- homme de bien, temperant, fage& droiturier: mais il eftoit plus propre à gouuerner affai res de paix, qu'à conduire vne armee& manier vne guerre, tellement que les affaires mefmes fembloyet requerir Popeius: lequel ne branfla point à cófulter en quelle part il inclineroit, ains fe ra gea tout incontinent du cofte des gens de bien,& tout auffi toft fut efleu Chef des forces, qu'on mit fus pour refifter à Lepidus, lequel auoit ia reduit en fon obey flance vne bonne partie de toute P'Italie,& tenoit la Gaule de deça les monts auec vne armee, qu'il auoit mife entre les mains de Brutus.Or quât à tout le demeurât, Popeius en vint facilement à bout: mais il demeura long teps deuat Modene à l'encôtre de Brutus. Et cependant Lepidus s'eftant coulé iufques à Rome,& s'en tenant aupres, enuoya demäder vn fecod Confulat, effrayant ceux qui eftoyent dedans la ville auec vne groffe troupe de gés ramaffez de toutes pieces qu'il auoit au tour de luy: mais ceft effroy fut tätoft amorty par vne letre miffiue qu'efcriuit Popeius, contenant come il auoit mis fin à toute cefte guerre fans coup ferir, pource que Brutus, foit ou que luy euft trahy fon armee, ou que fon armee Peuft trahy, luy- mefme fe ren dit à la difcretion de Popeius, qui luy bailla quelque nombre de gens de cheual, qui le menerent iufques à vne petite ville affife fus le Po:& vn iour apres y euuoya Geminius, qui le fit mourir, dequoy Popeius fut depuis fort blafmé, pource qu'ayant efcrit au Senat dés le comencement de la mutation, que Brutus s'eftoit volontairement rendu à luy, il efcriuit depuis d'autre lettres, qui le chargeoyent apres l'auoir fait mourir. Ce brutus eftoit pere de celuy, qui depuis occit fulius Cefar auec l'aide de Caffius: mais il ne fe porta pas fi lafchement, ny en faifant la guerre, ny en mourant, comme fit fon pere, ainfi comme nous auons efcrit au long enfa vie. Lepidus donc eftant contraint d'abandonner l'Italie, s'en fuyt en l'ifle de Sardaigne, ià où il mourut de maladie, qui luy vint, non tant du regret de la rue de fes affaires, ainfi qu'on dit, comme de la douleur qu'il reseut d'vne lettre, qui tomba entre che de le utefois a- mal- gre moyen le que le our de luy rde Pele qui Pac le voy ncu en c'eft vne enuers monde plus duerbien ngemcipaperus a teus eurs de 189 POMPEI V S. ( ce que or ces& à la tion en lu magnifie perhune a Pompa Vueillan re plus la de peine a me regle plufieurs tent les ar fela pri où il le c de la bou fe trouu s'ofant b fler la vil gee pres guerre& fes mains par laquelle il coneut que fa femme auoit forfait à fon honneur.Or reftoit- il encore Sertorius, lequel eftoit bien autre homme de guerre& autre Capitaine que Lepidus,& auoit occupé l'Hefpagne, tenant les Romains fufpendus en grande crainte, pource que toutes les reliques des guerres ciuiles s'eftoyent retirees à l'entour de luy, ne plus ne moins qu'vne derniere maladie, & auoit ia desfait plufieurs autres moindres Capitaines: mais pour lors eftoit aux prifes auec Metellus Pius, qui en fon temps auoit bien efté homme de guerre& vaillant de fa perfonne, mais pour lors à caufe de fa vieilleffe, fembloit aller vn peu trop laf chement en befongne,& n'embraffer pas affez viuement les occafions de la guerre, que Sertorius par fa foudaineté& fa legereté luy rauiffoit d'entre les mains, en fe trouuant à tous coups deuant luy alors qu'il y penfoit le moins, pluftoft en guife de Capitaine de brigans qu'autrement,& en le troublant par embufches qu'il luy drefloit à toutes heures, par trauerfes qu'il luy donnoit,& par courfes qu'il faifoit fans ceffe autour de luy: là où le bon homme Metellus auoit appris à combattre de pied ferme,& en bataille ra gee,& à conduire gens pefamment armez. A raifon dequoy Pompeius tenant toufiours fon armee enfemble, alloit prattiquant à Rome, qu'on l'enuoyaft en Hefpagne pour fecourir Metellus:& combien que Catulus luy mandaft qu'il caffaft fon armee, il n'en fit rien, ains fous quelques nouuelles couuertures qu'il inuentoit, fit tant qu'il demeura toufiours en armes à l'entour de Rome, iuf ques à ce qu'on luy euft donné la charge qu'il demandoit, dont fut autheur Lucius Philippus, qui le mit en auant au Senat: là où on dit, que come l'vn des Senateurs trouuant efträge de luy ouyr propofer cela, luy demandaft, Commēt Philippus, eftimes- tu doc, qu'il foit expedient d'enuoyer Pompeius en Hefpagne Proconful? c'eft à dire, pour vn Conful.Non pas certes, refpondit Philip pus, Proconful feulement, mais pro Confulibus, c'est à dire, pour les deux Confuls.voulant dire que tous les deux Confuls de cefte annee- la, eftoyent perfonnes de nulle valeur.Arriué donc que fut Pompeius en Hefpagne, les hommes, ainfi qu'il auient à la venue de tous nouueaux Gouuerneurs, en prirent toute autre esperance, qu'ils n'auoyent eue au parauant: tellement que les villes& les peuples, qui n'eftoyent pas trop fermes en la deuotion de Sertorius, fe rebellerent incontinent& fetournerent contre luy: à l'oc cafion dequoy Sertorius fema quelques paroles fieres& orgueil leufes à l'encontre de luy, difant par maniere de mocquerie, qu'il ne voudroit que des verges pour chaftier c'eft enfant, s'il ne crai gnoit cefte vieille: voulant entendre Metellus: mais quelque chofe qu'il dift, fi fe tenoit- il bien plus fur fes gardes,& alloit bien plus retenu à la guerre qu'il ne faifoit au parauant, pour la doute qu'il auoit de Pompeius. Car Metellus eftoit fort diffolu en fa vie. ( ce rez& en vidoire l Sertorius eut pou bat pres craign & Pau qu'ily fur l'au neur.ca quanta a pied s lesefpee pas en me forte ci Le par elco reche cund ancie forti elhoit bien & r auit grande cr eltoyen riere mal Capitaines: en fon te perfonne, vn peu trop ment les & fa legere coups de e de Captan buiches donnoit de bon hon n bataille quoy Pom ittiquant Metellus:& mee, il a'en POMPEI V S. 189 ( ce que on n'euft pas penfé) s'eftant du tout laiffé aller aux delices& à la volupté: mais on vit foudainement vne grande mutation en luy, tant au rabaiffement de la grauité& de la pompe& magnificēce qu'il tenoit au parauant, qu'au retranchemet de la fu perfluité de fadefpéfe.Cela, outre ce qu'il apportoit grád hōneur à Pompeius, luy acqueroit encore de plus en plus l'amour& bienvueillance du peuple, quad on vit qu'il eftroiffit& refferra encore plus la fimplicité de fon viure ordinaire. Il n'eut pas beaucoup de peine à s'y accoustumer, pource que de fa nature il eftoit hom me reglé& ordonné en fes appetits. Or y eut- il en cefte guerre, plufieurs aduentures diuerfes,& plufieurs accidés tels que les por tent les armes: mais il n'y en eut point, qui le fafchaft tant, comme fit la prife de la ville de Lauron, que Sertorius prit fur luy: car là où il le cuidoit tenir enfermé,& que ia il s'en eftoit laiffé efcapper de la bouche quelque parole de vanterie, il fut tout esbahy, qu'il fe trouua luy- mefme enuironné par derriere, de maniere que ne s'ofant bouger de là où il eftoit campé il fut contraint de voir bru fler fa ville deuant fes yeux: mais depuis il desfit en bataille rangee pres de Valence Herennius& Perpenna, tous deux gens de guerre& lieutenans de Sertorius, deuers lequel ils s'eftoyent reti rez,& en cefte route leur occit plus de dix mille hommes. Cefte victoire luy ayant efleué le cœur, il fe haftoit pour aller trouuer Sertorius en perfonne,& le combattre feul, afin qué Metellus ne euft point de part à l'honneur de la victoire. Si vindrent au combat pres la riuiere de Sucron, enuiron le foleil couchat, tous deux craignans que Metellus n'y furuint, l'vn afin qu'il combatift feul, & l'autre à vn feul. Liffue de cefte bataille fut douteufe, pource qu'il y eut tant deçà que delà l'vne des pointes, qui eut auantage fur l'autre: mais quant aux Capitaines, Sertorius en emporta l'ho neur: car il desfit feul tout ce qu'il trouua en tefte deuant foy:& quant à Pompeius, il y eut vn grand homme d'armes, qui eftant. à pied s'addreffa à luy,& comme ils vindrent à s'entre charger, les efpees croifans geifferent iufques fur leurs mains, mais non pas en mefme forte: car Pompeius ne fut qu'vn peu blecé feulement,& l'home d'armes eut la main couppee toute nette,& adoc fe ietteret plufieurs enféble fur luy, pource q defia fes gés en ceft endroit- la eftoyét tournez en fuyte: mais il fe fauua d'vne efträge forte cotre fon efperance, en abadonnant aux ennemis fon cheual lequel eftoit richemét enharnaché d'vn harnoys d'or,& couuert d'vn caparafon qui valoit beaucoup,& cependat que les ennemis le partageoyent entr'eux,& fe cobattoyent à qui en auroit, il leur efchappa.Le ledemain au point du iour I'vn& l'autre rágea de. recheffes trouppes en bataille, pour fe côfirmer la victoire q cha cun d'eux pretendoit auoir euë: mais Metellus furuiut la dellus, qui fut caufe que Sertorius fe retira à la desbandee: car fon cáp inuentoit, Rome, juf ndo, dont Senat: la de lay ou mes- tud me Procon odit Philo dire, pou ls de cel nc que f la venue perance, es& les Serto à l'oc Orgueil Tie, qui ne cra que cho Toit bi la doute POMPEIV S. 190 fe röpoit ainfi facilemēt,& puis fe ramaffoit auffi foudainement, de maniere que Sertorius alloit quelquefois errant tout feul par les champs& puis tout à coup fe trouuoit auec cet cinquante mil le combatans, ne plus ne moins qu'vn torrent, qui quelquefois eft à fec,& puis fe remplit en vn inftant. Mais Pompeius apres cefte bataille allant pour faluer Metellus, quand ils furent affez pres I'vn de l'autre commanda à fes fergens, qu'ils baiffaffent les faifceaux de verges& les haches, qu'ils portoyent deuat luy pour ho norer Metellus, come perfonnage de plus grade dignité que luy: ce que Metellus ne voulut pas permettre, ains en cela& en toutes autres chofes fe monftra bon& equitable enuers luy, fans s'attribuer rien de plus qu'a luy pour auoir efté Conful,& eftre fon an eien, finon que quand ils capoyent enfemble, c'eftoit luy, qui donnoit le mot du guet àjtout le cap: toutesfois le plus du teps ils cam poyent feparément, pource que leur ennemi, qui eftoit fi remuant qu'il n'arreftoit iamais en vne place,& en peu de temps fe faifoit voir en diuers lieux, les contraignoit de fe feparer& diuifer pour prouuoir à tout, les tirant foudainement d'vn affaire en vn autre, tellement qu'a la fin en leur coupant viures de tous coftez, pillant leur pays& tenant la cofte de la marine, il les chaffa tous deux,& les fit fortir hors des prouinces de leurs gouuernemens, qu'ils a- uoyent en Hefpagne, les contraignant de fe retirer ailleurs à fau te de viures- Cependant Pompeius, qui auoit employé& defpendu la meilleure partie de fon bien en cefte guerre, demada de l'ar gent au Senat pour payer fes gens, menaçant que fi on ne luy en enuoyoit, il s'en retourneroit en Italie auec fon armee: parquoy Lucullus qui lors eftoit Conful, encore qu'il fuft aduerfaire à Pó peius, toutesfois pource qu'il pourchaffoit d'auoir la charge d'aller faire la guerre au Roy Mithridates, folicita qu'on luy en enuoyaft, craignant de donner occafion à Popeius, lequel ne demádoit autre chofe que de laifler Sertorius pour tourner fes forces côtre Mithridates, la desfaite duquel luy feroit plus glorieufe,& no pas fi difficile ne fi dagereufe.En ces entrefaites mourut Sertorius occis en trahifon par ceux qu'il eftimoit fes amis, entre lefquels Perpena eftoit le principal qui voulut apres fa mort effayer de faire comme luy, ayant les mefmes moyens, le mefme equipage,& les mefmes forces que luy: mais non pas le mefme entendemet pour les employer& en fauoir vfer. Parquoy Pompeius marchant incontinent droit à luy,& voyant qu'il ne fauoit par quel bout fe prendre à fes afaires, luy attira vne amorce de dix cohortes, qu'il enuoya piller la campagne, leur ayant commandé de fe efcarter les vns des autres,& fe refpandre le plus qu'ils pourroyent.Perpenna ne faillit pas de donner auffi toft dedans& de les Pourfuyure: mais Popeius qui l'attédoit au paffage, fe trouua foudain au deuant auec toute fon armee en bonne ordonnance, qui luy lay don te celle fur le ch prifon Peftre fant les Sicile, en cel confed seltanc ues des p delirans Sertoriu caufe d' que cell ce Perp lire rien iufques a les affaire appaifez Come Cit bien fortune part a qui s'e & elcr bataille au fond yent bie & de bie & alade en ieu feu fois que au de mais qu'il r en trio cet cinquan quelque erus apre furent allerg affent les f buy pour ghice que l cela de en tou lay, lans d'a du tepsi co toit& remu emps fe fal diuifer pa en vn aub ous deux s, qu'ils Leurs à fa & defpen da de Par on ne luy en erfaire al charge d mluy en e les force orienle arut Ser entre lef tellaye equipa tendeJs mar ar quel cohor dé de fe pourto & dele POMPEI VS. 197 luy donna la bataille, par laquelle il obtint victoire finale de tou te celle guerre, pource que la plupart des Capitaines y fut tuee fur le champ,& Perpenna mefme le chef de tous luy fut amené prifonnier, qu'il fit mourir incontinent: en quoy il ne merite point d'eftre blafmé ny condamné d'ingratitude, comme mal reconoiffant les bons tours& plaifirs que Perpenna luy auoit faits en la Sicile, ainfi comme aucuns le chargent, ains pluftoft faut à louer en cela, comme ayant fait acte de grande magnanimité,& vfé de confeil falutaire a toute la chofe publique, pource que Perpenná s'eitant faify des papiers de Sertorius monftroit des lettres miffiues des plus grands& plus puiffans hommes de Rome, lefquels defirans remuer l'eltat& changer le gouuernement, appellovent Sertorius en Italie pourquoy Pompeius craignat que cela n.Auft caufe d'exciter encore de plus grades feditions& guerre ciuiles, que celles qui eftoyent affopies fit mourir le pluftoit qu'il peuft ce Perpenna,& brufla toutes les lettres& tous fes papiers, fans en lire rien. Cela fait il feiourna encore en Heipagne quelque téps, iufques à ce qu'il euft efteint les plus violentes cfmotions,& que les affaires les plus embrouyllez& plus troublezy fuffent vn peu appaifez& raffis, puis remena fon armee en Italie, là où il arriua come la guerre feruile, y eftoit encore en fa plus grande viguur:& pourtant Craffus à qui la charge en auoit efte commife, de hafta de donner viftement la bataille, laquelle il gaigna,& occit bien douze mille trois cens hommes de ferfs fugitifs, mais la fortune voulant que Pompeius comment que ce fult', euft encore part a la decifion de cette guerre, fit que cinq mille de ces fugitifs qui s'eftoyent fauuez, de la bataille, luy tomberét entre les mains & efcriuit au Senat le premier, que Craflus auoit bien desfait en bataille rangee les gladiateurs, mais que luy auoit coupé iufques au fond toutes les racines de la guerre ce que les Romains effo yent bien aifes de dire& ouyr dire, tant ils luy portoyēt d'amour & de bien- vueilläce. Mais quant au recouvrement de l'Hefpagne & a la desfaite de Sertorius, il n'y auoit perfonne, qui diit, non pas en ieu feulement, qu'autre que Pompeius y euft rien fait: toutefois quelque honneur ne quelque affection qu'ils luy portaf fent, fi y auoit- il toufiours quelque foupçon,& quelque crainte qu'il ne voudroit pas laitier fon armee, ains voudroit à la defcouuerte prendre& fuyure le chemin qu'auoit tenu Sylla, qui e- ftoit, par force d'armes vfurper puiffance& author.té louueraine: au moyen dequoy il n'y auoit pas moins de ceux qui couroyent au deuant de luy,& qui luy alloyent faire les carefles de bien venue, par crainte, que de ceux, qui le faifoyent pour bone affectio: mais depuis qu'il eut retranché toute cette fufpicion, en declarant qu'il romprost fon armee, tout auffi toft qu'il auroit fait fon entree en triophe, il ne reftoit plus rien, que tes enuieux peuffent repre 192 POMPEIV S. dre en luy finon qu'il enclinoit plus en la partie du peuple, qu'il ne faifoit en celle du Senat,& qu'il auoit volonté de remettre fus l'authorité& dignité du tribunat du peuple, que Sylla auoit abatue, pour en acquerir la bone grace de la comune en tout ce qu'il pourroit: ce qui eftoit vray: car iamais le peuple Romain ne cercha ny ne defira fi ardément chofe quelcoque, come il fit de voir remettre ce magiftrat- la en fon entier. De forte que Popeus mef me reputoit va grad heur à luy de s'eftre récontré à téps de pouuoir executer vn tel acte, pource qu'il n'euft pas feu imaginer ne trouuer vne autre grace, de laquelle il euft peu fi agrablemét reco penfer la bien- vueillance que fes citoyens luy portoyent, fi quelque autre l'eut preuenu à ce faire.Luy ayat doc par decret du Se nat efté ordoné vn fecod Triophe& premier Confulae, celá ne le fit point trouuer plus efmeru illable ne plus grad: mais bie iugea on eftre vn indice tres expres de fa grandeur, ce q Craflus le plus riche, le plus eloquent& le plus grand de tous ceux qui pour lors s'entremettoyent du gouuernement de la chofe publique,& qui s'eftimoit plus que Popeius& que tous les autres, n'ofa iamais demander le Confulat, qu'il n'en euft premierement prie& requis Pompeius, qui en fut bien aife, pource que de long temps il cerchoit que quelque occafion de luy faire plaifir: au moyen dequoy il brigua luy mefme affectueufement en fa faueur,& en pria le peuple, promettant qu'il leur fauro t aufsi bon gré de luy donner Craffus pour compagnon, que de l'eflire luy mefme pour Conful. Ce neantmoins ayans efté enfemble efleus, il furent toufiours contraires I'va à l'autre en toutes chofes,& ne s'accorderent iamais de rien en tout le temps de leur Confulat. Craffus auoit plus d'authorité au Senat, mais Pompeius auoit aufsi plus de credit enuers le peuple: car il leur rendit l'office du Tribunat,& fi permit, que la puiffance de iuger& conoiftre des caufes, tant ciuiles que criminelles, par edi& expres fuft rendue& transferee à l'ordre des Cheualiers Romains: aufsi fut ce chofe fort plaifante& aggreable à voir au peuple Romain, quand luy- mefme alla fe prefenter deuant les Cenfeurs pour auoir exemption d'aller à la guerre, pource que la couftume eftoit anciennement à Rome, que les Cheualiers Romains, quand il auoyét hanté les armes& fuyui les guerres certain temps, qui eftoit prefix par les ordonnances, a- menoyent leur cheual au milieu de la place deuant deux magiftrats, qu'on appelloit les Cenfeurs, là où ils nommoyent les voyages, les lieux,& les Capitaines fous lefquels ils auoyent efté à la guerre,& apres auoir rendu conte de leurs deportemens, alors s'ils s'y eftoyent portez en gens de bien, ils eftoyent declarez exempts d'aller à la guerre, s'ils ne vouloyent,& eftoit là chacun ou honneré, ou chaftié felon qu'il l'auoit deferuy en fa vie. Si e- floyet lors les deux Cêfeurs Gellius& Lentulus afsis honorablement mains tez a la pla & en cheu taine toye palle Si fut fe fit eux de vne g cefte de ter pond de ten meline fe peur feurs m neur re a v batem la fin fus al reliu iama que a dit p nuid parta Confu ble.Po eprit tout le que vo auant Thon de le nier plus Petic let d ment de remett en tout ce omain ne il for de Pope teps dep maginer rablemet re toyent decred mais bie ng Craffus le qui pour blique,& fa iamais rie& requ emps il c en dequo en pria POMPEI V S. 1923 ment en leur tribunal,& faifoit- on la reueue des cheualiers Romains, qui paffoyent par deuant eux pour eftre examinez& vifitez à la monftre, quand on fut tout esbahy qu'on vit d'vn bout de la place venir Popeius, ayant bien deuant luy les autres marques & enfeignes du Cófulat, mais au demeurat menat luy- mefme fon cheual par la bride. Quand il fut affez pres& qu'on coneut certainement, que c'eftoit luy, il commanda aux fergens, qui porzoyent les haches deuant luy, qu'ils s'ouuriffent pour le laiffer paffer,& approcha fon cheual du parquet& tribunal des Céfeurs. Si fut le peuple efpandu tout à l'enuiron rauy d'efbahyffement,& fe fit v tref- grand filence. Les Cenfeurs mefmes furent fort ioyeux de le voir ainfi fe foumettre aux loix,& luy en monftrerent vne grande reuerence, à la fin le plus aagé d'eux l'interrogea en cefte forte: Ie te demande, Pompeius Magnus, fi tu as efté autant de temps à la guerre comme il eft ordonué par les loix. Adóc ref pondit Pompeius à haute voix, Ouy, ie y ay efté voirement autat de temps come il faut,& non fous autre Capitaine que fous moymefme.Le peuple ayant ouy cefte refponfe s'efcria de 1oye,& ne fe peut tenir d'exclamer à haute voix, tant il en fut aife:& les Cefeurs mefmes defcendirent de leur tribunal& l'allerént par honneur reconduire iufques en fa maifon, pour gratifier& complaire à vne multitude grande de peuple qui les fuyuoit auec grands batemens de mains& toutes demonftratios de refiouyffance.Sur la fin de leur Confulat, comme la diffention d'entre luy& Craf fus allaft toufiours croiffant de plus en plus, il y eut vn Gaius Au relius, qui eftoit bien Cheualier Romain, mais au refte ne s'eftoit: iamais entremis des affaires publiques, iufques alors qu'en publique affemblee de ville il monta fur la tribune aux harangues,& dit publiquement deuant tout le peuple, que Iupiter s'eftoit la nuict apparu à luy& luy auoit comandé de faire entendre de fa part aux deux Confuls, qu'ils n'euffent point à fe depofer de leur Confulat, que premierement ils ne fe fuffent reconciliez enfemble. Pour ces paroles Pompeius ne fe bougea point: mais Craffus e prit par la main,& le faluant le premier dit haut& clair deuat tout le monde: Seigneurs Romains, ie ne penfe point faire chofe lafche ny de cœur bas de ceder le premier à Pompeius, attenda que vous- mefmes l'auez eftimé digne d'eftre fur- nommé le grad, auant que la barbe luy fuft venue,& auquel vous auez decerné l'honneur de deux triomphes auant qu'il fuft du Senat. Cela dit, ils firent appointement enfemble,& puis fe depoferent tous deux de leur magiftrat:& quant à Craffus, il continua toufiours la maniere de viure qu'il auoit commencee: mais Pompeius fuyoit, le plus qu'il pouuoit à plai der pour autruy,& commençoit petit à petit à fe retirer de frequenter la place, les iugemés,& de fe mefler de procez, fortant peu fouuent en public,& quand il y fortoit luy donne pour Con ent toufious orderent saucit pla de credite & fper mt ciuiles ree a Pord fante& alla fe p Faller Rome, qu & fuya mances, a x magi les voya tefte ib ens, al t decla la cha vie. S 297 nj POMPEI V S s doree come pre yoit& no Pinftrum taines& toutes le honte dup de Courla quatre cen temples de las me pille Samothra Alculapi & en la C ceux de I fi entre eu quelques f celle de M c'eftoit toufiours en groffe troupe: car il eftoit mal- aifé de le voir plus hors fon logis,& de parler à luy, qu'il n'y eut toufiqurs grade multitude de perfonnes autour de luy,& eftoit bien aife qu'on vit ainfi grande fuyte de gens apres luy, pource que cela luy donnoit vne grandeur& maiefté venerable d'eftre veu toufiours ainfi grandement fuyui& accopagné, eftimant qu'il falloit pour main tenir fa dignité, qu'il ne fe laiffaft pas hanter ny frequenter familierement à petites gens pource que ceux, qui fe font faits grands par les armes, vienent facilement en haine& en mefpris, quand ils fe mettent puis apres à viure en gens de ville: car ils ne peuuet fe ranger à l'equalité populaire, qui doit eftre gardee entre bourgeoys d'vne mefme ville,& veulent toufiours eftre plus que les autres, auffi bien en la ville comme au champ. Et au contraire, ceux, qui fe fentent& confeffent eftre inférieurs en guerre, eftiment que ce leur feroit vn reproche intolerable de n'eftre fuperieurs à tout le moins en paix au moyen dequoy s'ils peuvent tenir au palays& en affaires de ville, vn homme de guerre, qui fe foit rendu illuftre par triomphes& par victoires, ils le reuallent & le tiennent fous eux là où ils ne portent point d'enuie à la gloire militaire de ceux, qui leur cedent reci proquement le credit& T'hōneur és affaires de ville, ainfi come il apparut euidément peu de iours apres en la perfone de Popeius.Par vn tel moyé la puiffance des Courfaires efcumeurs de mer prit fa premiere origine au pays de la Cilicie,& n'en fit- on point de cas du comencemet, pource qu'on ne s'en apperceut pas mais ils vindrent à prendre coeur& hardieffe de s'augmenter au temps de la guerre côtre le Roy Mithridates, là où ils fe louerent à faire quelques feruices à ce Roy.Et puis les Romains eftans empefchez à leurs querelles ciuilles,& fe combatans entre eux aux portes mefmes de la ville de Rome, la mer cependant demeurat fans garde, le tira en auǎts & leur donna courage de paffer plus outre qu'ils n'auoyent enco re fait, de forte que non feulement ils deftrouffoyent les marchans allans& venans par la mer, ains forçoyent aufsi les ifles & les villes maritimes, de forte qu'il y auoit ia des homes opulés en biens, d'ancienne nobleffe,& qui eftoyent tenus pour gens de fort bo fens, qui s'ébarquoyet fur des vaiffaux de Courfaires,& fe ioignoyet à eux, come fi le meftier en fuft deuenu louable& hon nefte. Si auoyent defia dreffé en plufieurs lieux des arcenaux, des ports& des tours& guettes à faire les fignes de feu le long de la marine bie fortifiees,& outre cela, de groffes flottes de vaiffeaux fournis no feulemet de bos& forts galiots pour la rame, de rufez pilotes,& d'expers mariniers, leurs vaiffeaux adroits& legers pour bié feruir en vn bon affaire, mais aufsi accouftrez fi fuperbemét, qu'o haifoit encore plus leur fuperfluité, qu'o ne redoutoit le dáger de leurs forces: car ils auoyét les poup pes de leurs galeres toutes La merals fo rainer& de chips le l mains Sex pre auec Tous qua perfonn alloit au ce en que quand ils eftoir cite foyent fem car ils frap pure prifo ( cedi ettoye bien aile q e cela luy vea toufioun Falloir pour frequenter fa Te fun fairs ga en meipnis, qua car ils ne pe andee entre u tre plus que Et au contin en guerre de n'eftre f ' ils peuven guerre, q ls le reval muie a lag tle credit idement p POMPEIV S. 195 tes doree les tapis& conuertures de pourpres, les rames argëtees, come prenas plaifir à faire möftre de leur brigadage.On ne voyoit& noyoit autre chofes par toutes les coftes de la marine, q fo d'inftrumés de mufique, chafons, baquets& feftins, prifes de Capi taines& gens de grade qualité, raçonnemes de mille prifonniers, toutes lefquelles chofes fe faifoyent au grand dsehonneur& à la honte du peuple Romain.Car ils auoyent bien de tous vaiffeaux de Courfaires iufques au nobre de mille,& auoyét defia bien pris quatre cens villes, où ils deftruifoyer& voloyét plufieurs fainéts temples des dieux, qui iufques alors iamais n'auoyér efté ne pollus ne pillez, come celuy des lumeaux en l'ifle de Claros, celuy de Samothrace, celuy de la Terre en la ville de Hermione, celuy de Æfculapius en Epidaure, ceux de Neptune en Ifthmos, à Tænare, & en la Calabre, ceux d'Apollo en Actium, en lifle de Leucade, ceux de Iuno en Samos, en Argos& en Lucanie. Ils faifoyent auffi entre eux quelques eftranges facrifices au mont d'Olympe,& quelques lecretes ceremonies de religion, entre lefquelles eftoit celle de Mithres, qui eft le Soleil, laquelle dure encore iufques au iourd'huy, ayant efté monftree par eux premierement. Mais outre plufieurs infolences& interes qu'ils firent aux Romains fur la mer, ils fortoyent encore en terre& alloyét efpier les chemins, ruiner& deftruire leurs maisons de plaifance, qui eftoyent aux chaps le long de la marine,& priret vne fois deux Præteurs Romains, Sextilius& Belinus, veftus de leurs grades robbes de pour à prende pre, auec leurs fergens mefmes& leurs officiers, qu'ils emporteret. tous quant& eux. Auffi fut furprife par eux la fille d'Antonius, perfonnage qui auoit eu l'honeur du Triophe, ainfi come elle s'en alloit aux chaps,& fut rachetee d'vne groffe.fomme d'arger: mais ce en quoy il y auoit plus de mefpris& de moquerie eftoit, que quand ils auoyent pris quelqu'vn,& qu'il fe prenoit à crier, qu'il eftoir citoyen Remain,& qu'il nommoit fon nom, alors ils faifoyent femblant d'eftre tous eftonnez& d'auoir bien grade peur: car ils frappoyent des mains fur leurs cuiffes,& fe mettoyent à ge noux deuant luy, en le fuppliant de leur vouloir pardonner. Le poure prifonnier penfoit, qu'ils fiffent tout cela à bon efciant, les voyant ainfi, humiliez,& contrefaifans fi bien les efpouuantéz: il en venoit aucuns qui luy mettoyét des fouliers aux pieds,& d'au tres qui luy veftoyent vue robbe longue à la Romaine de peur ( ce difoyet- ils) qu'il ne fuft vne autre fois mefconeu: puis quand ils s'eftoyet affez moquez de luy,& en auoyét affez pris leur plaifir, tat come ils auoyet voulu, finalement en pleine haute mer, ils iettoyét hors le vaiffeau vne efchelle,& luy difoyét qu'il montafts deffus& qu'il s'en allaft à la bone heure: mais s'il ne vouloit defcedre de luy- mefme, ils le pouffoyet à force en la mer,& le fais foyét ainfi noyer.Cefte puiffance de larrós occupoit& tenoit enmoyé la pu ere origi ette corre feruices s querel es de lami tira en a oyent en nt les m fsi les il mes opul gens d ires,& e& hon aux, des ng del de rule ers po nij 196 POMPEI V S. dez à le tre en fo quoy vo de cefte cuider a voyant gnes de feul, ains bonde p Senelbl predre q pource pe ny le eft fi for les frap Sans y ri faire pa tierement toute la mer Mediterranee en la fuie& tió: tellemét qu'il n'y auoit marchant de forte quelconque, qui y peuft nauiger ny trafiquer. Ce qui fut la caufe principale, qui efmeut les Romains, craignans la necefsité de viures,& attendans vne grade famine, d'enuoyer Pompeius pour ofter la domination de la mer à ces Courfaires,& celuy qui premierement en mit le propos en auant fut Geminius, l'vn de fes familiers, ne luy donnant pas par fon edit l'authorité d'vn Amiral, ou d'vn General de la marine feulement, ains manifeftement puiffance de Monarchie fouueraine fur toutes fortes de perfonnes, fans eftre fuiet à rendre conte, ny à eftre puis apres fyndiqué de ce qu'il auoit fait en cefte charge: car la teneur de fon edit luy donnoit plein pouuoir de commander fouuerainement en toutes les mers qui font entre les colomnes de Hercules,& en toute la terre ferme à l'enuiron, iufques à vingt& cinq lieues arriere de la mer:( Il y auoit pour lors bien peu de pays fous l'empire Romain, qui en fuffent reculez de plus loin que cela, ains eftoyent compris là deffous de tref- grandes nations,& de tref- puiffans princes) dauantage il luy donna auffi pouvoir d'eflire du Senat quinze lieutenans pour leur departir à chacun les charges particulieres,& les quartiers que bon luy fem bleroit,& de prendre argent au threfor, où és mains des receueurs de la chofe publique, pour entretenir vne flotte de deux ces voiles, auec entiere puiffance de leuer tant de gens de guerre, tant de galiots& de gens de rame, comme il luy en plairoit. Cefte propofition ayant efté leue publiquement le peuple l'aduoua & authorifa de merueilleufe affection: mais aux principaux hommes& plus gens de bien du Senat, il fembla, que c'eftoit vn pouuoir qui ne furpaffoit pas feulement toute enuie, mais qui leur apportoit occafion de grande crainte, de donner ainfi à vn particulier puiffance fi abfolue,& fi peu limitee: au moyen dequoy ils s'y oppoferent tous excepté Cæfarlequel y fauorifa: non qu'il fe fouciaft de faire plaifir à Pompeius, mais pource que dés lors il tafchoit ia de s'infinuer en la bone grace du peuple: mais tous les autres hommes d'honneur en tanferent& reprirent griefuement Pompeius, iufques à tant que l'vn des Confuls luy reprocha qu'il vouloit enfuyure la trace de Romulus, mais qu'à l'aduenture auffine faudroit- il pas d'auoir vne mefme fin que luy. Le peuple le cuida affommer pour cefte parole.Catulus fe prefenta puis apres pour parler à l'encontre de ceft edict: le peuple du comencement luy donna paifible audience, pource que c'eftoit vne perfonne venerable:& luy commença à deduire fans aucune deinonftration d'enuie beaucoup de belles chofes à la louage de Pompeiuse & à la fin confeilla au peuple de l'efpargner,& de n'expofer pas à tout propos au danger de tant de guerres les vnes fur les autres vn perfonnage, lequel ils deuoyent tenir fi cher: car fi vous veniez jus s'en a Pauoit au euiter l'e veale me au mata donee a on luy ble pr decret & luy cheual ges, qu auffi de d'aduet de dire re Tour & par de tout, il e er en ou go les e fonn poin pealt a The grade f ion de la me proposena cant pas pa de la marine archie Couver rendre conte en cele cha nir de comm entre les pour le reculer de e trel- gra uy donna eur depar bon luk ins des re mede deux d de guerre plairoit. Ce uple Pado cipan bon eftoit va p mais qui i en dequor non qu'il e des lon mais tous riefuemen ocha qu nture aut peuple le Duis apres encemen perfon emont Pompei poler pa les aus FOUS T POMPEI V S. 1971 niez à le perdre, dit- il, quel autre auez vous que vous puiffiez met tre en fon lieu? Le peuple adóc efcria tout haut, Toy- mefme par quoy voyant qu'il perdoit fa peine de cuider diuertir le peuple de cefte volonté, il s'en deporta. Rofcius fe prefenta apres pour cuider auffi parler, mais il ne peut auoir onques audience:& luy voyant qu'on ne le vouloit autrement efcouter, monftra par fignes des doigts qu'o ne deuoit pas bailler cefte charge à Popeius feul, ains à vn autre auec luy. Ce que le peuple n'ayant pas trouué bon, fe prit à crier fi fort, qu'vn corbeau volat à l'inftat par deffus s'en efblouyt& toba emmi la preffe du peuple: par où on peut cóprédre que les oifeaux, qui tobent de l'air en terre, ne cheet pas** Il y a don pource que l'air agité par aucune vehemente concufsion fe rom- ble lecture en pe ny fe fende: mais pource que le coup de la voix, quand elle ceft endroit eft fi forte& fi violente qu'elle fait comme vnetourmete en l'air, felon le les frappe& les attaint.Si fut pource iour- la l'affemblee rompue antre il fanfans y rien arrefter ny conclurre,& au iour prefix, qu'on deuoit droit tradu– faire paffer le decret par les voix& fuffrages du peuple, Pompe- re, pource que ius s'en alla aux champs, là où eftant aduerty comme le peuple l'air finde l'auoit authorifé, il retourna& r'entra la nuit dedãs la ville pour entroaeuiter l'enuie qu'on euft eue à l'encontre de luy, quand on euft mert recoine veu le monde qui fuft couru de toutes les parts de la ville au deuat beaucoup de de luy,& qui l'euft accopagné iufques en fa maifon. Le ledemain puide. au matin en fortant en public, il facrifia aux dieux,& luy eftant donee audience en pleine affemblee du peuple, il fit de forte que aerèv on luy adioufta encore beaucoup de chofes à fon pouuoir, au dou ble prefque de l'appareil qui luy auoit efté ordonné au premier word. decret: car il obtint, que le public luy armeroit cinq ces vaiffeaux & luy leua- on bie fix vingts mille cobatans à pied,& cinq mille à cheual,& choifit- on dedans le Senat vingt& quatre perfonnages, qui tous auoyent eu gouuernemens& charges d'armes,& auffi deux Threforiers generaux. Sur ces entre faites les viures d'aduéture raualleret, dot le peuple eft ant fort aife, prit occafion de dire, que le feul nom de Popeius auoit defia amorty cefte guerre.Toutes fois il diuifa toute la mer d'entre les terres en treze legiós, en chacune defquelles il ordona certain nobre de vaiffeaux, & par deffus vn de fes lieutenas: ainfi ayat efpandu fes forces par tout, il enueloppa dedans fes rets tous les vaiffeaux des Courfaires qui fe trouuoyet enfemble en flotte:& les ayant pris, les fit tous titer en terre: mais ceux qui s'eftoyent de bonne heure defbandeza ou qui autrement peurent efchapper de cefte chaffe generale s'en fuyrent tous cacher en la Cilicie, ne plus ne moins que les Abeilles en leur ruche, côtre lefquels il voulut aller luy- mefme en per fonne auec foixante des meilleurs vaiffeaux: toutesfois il ne pafla point pour y aller, que premiere mét il n'euft nettoyé toute la mer de la Thofcane, les coftes de la Lybie, de la Sardagne, de la Sicile niij - POMPEI V S. homme le de C rent la mer, pu les pri ils auo feulem sheve Fulle Siy ga vingts& 198 & de la Corfe, de tous ces larrons, qui parauant y fouloyent efcumer: ce qu'il eut fait en l'efpace de quarante iours moyennant vne peine infinie qu'il en prit,& la bonne diligence que firent auffi des lieutenans. Mais comme l'vn des Cofuls nommé Pifo, par defpit& enuie qu'il portoit à fa gloire, fift tout le deftourbier qu'il pouuoit à fon appareil,& entre autres chofes, luy euft caffé fes ho mes de rame, il enuoya deuant fes vaiffeaux faire le tour de l'Ita lie pour fe redre en la ville de Brundufium,& luy s'en alla cepen dant par la Thofcane à Rome, là où fi toft qu'il fut feu, qu'il ve noit, tout le peuple s'efpandit hors la ville pour luy aller au deuât come s'il y euft eu ia log téps, qu'il en fuft forty& ce qui augmé toit encore dauãtage l'aife q le peuple auoit de le voir, c'eftoit la bemutation plus propte& plus foudaine qu'ils n'auoyét efperé, des viures qui arriuoyent tous les iours en abondance de tous coftez, tellement qu'il s'en fallut bien pen, q Pifo ne fuft priué& depofe de fon Confulat: car Gabinius en auoit ia le decret tout efcrit& preft à prefeter au peuple, mais Popeius l'é égarda:& apres auoir moyenné& fait tout doucement, ce qu'il auoit à faire, il fe rendit en la ville de Brundufium, là où il monta en mer& fit voile. Et combien qu'il fuft fi preffé du temps& de l'occafion en ce voya ge, qu'il paffoit au long des bonnes villes fans entrerdedans, tät il auoit de hafte: ce neantmoins il ne voulut point ainfi paffer la ville d'Athenes, ainsy defcendit en terre,& apres y auoit facrifié aux dieux,& falué le peuple, s'en retorna r'embarquer,& en fortant de la ville, il leur deux efcriteaux qui auoyent efté faits en fa louange, l'vn au dedans de la porte, qui difoit, D'autant es- tu dicu, comme dag somp ellim pTu te re conois hommes slim digniv Bid Et l'autre au dehors de la mefme porte, qui difoit, Nous t'attendions, nous te voyons ouis Nous t'adorens,& conuoyens. fonnes delibera aller& rechef urete, gement gemen fa nature melme, de viure 21 Mages& naturel refolut old faire boura des C fe les r Et pource qu'ayant pris quelques courfaires de ceux qui fe tenäs encore enfemble alloyent efcumans la mer çà& là, il les traitta humainement, quand ils luy requirent pardon,& tenans leurs vaiffeaux& leurs perfonnes en fa puiffance, ne leur fit mal quel conque, leurs compagnons en prenans bonne efperance, fuyrent les autres Capitaines, fes lieutenas,& s'allerent rendre eux, leurs fémes& leurs enfans, entre fes mains, Pompeius leur pardonna à tous ceux qui fe rendirent volontairement, par le moyen desquels il vint à defcouurir& fuyure à la trace les autres, qu'il prit à la fin, lefquels fe fentans coulpables des cas irremissibles fe ca choyent: toutefois le plus grad nombre d'iceux,& les plus riches & plus puiffans auoyent retiré leurs femmes, leurs enfans, leurs bies& tout leur peuple inutile à la guerre, dedans des chafteaux & petites villetes fortes du mont Taurus,& ce qu'il y auoit de homres pon deftruir voulant ment pl voit faut terres O mais qua plus gran Metell Prae Capi die el pres les all Contr Piloge deficurbier cut cafele e le tour de ' en alla for fex, qu y aller au ce qui ag le voir de over efpere ps& tout el de apres mire, il fere Et voile. en ce erdedans ainfi paffer unit facri r& en for effe fains e qui le te il les tra tenans le malqu ce, fuyre eux, leur pardon oyen de squit bles lea plas fans. challe POMPEIV S. 199 Hommes de defenfe s'embarqua fur leurs vaiffeaux deuant la ville de Coracefium, là où ils attendirent Pompeius,& luy donnerent la bataillesen laquelle ils furent desfaits premierement en mer, puis afsiegez en terre: mais tantoft apres ils requirent, qu'on les prift à mercy,& le rendirent eux, les villes& leurs ifles que ils auoyent fortifiees, de forte qu'elles eftoyent bie mal- aifees no feulement à forcer, mais aussi à approcher. Ainfi fut cefte guerre acheuec,& tous les courfaires, en quelque part on endroits qu'ils fuffent chaffez hors de la mer en l'espace de trois mois,& no pl Siy gaigna grand nobre de tous autres vaiffeaux, outre quatrevingts& dix galeres armees defperons d'aira in:& quant aux per fonnes qui eftoyét plus de vingt mille, il ne mit pas feulement en deliberation, s'il les deuoit faire mourir: mais aussi de les laiffer aller& s'efcarter à leur volonté, ou bien fe raffembler encore de rechef, veu qu'ils eftoyent en fi grand nombre preffez de la poureté,& rous homes de guerre, il ne luy fembla pas que ce fuft fagement fait. Parquoy difcourant en luy- mefme que l'homme de fa nature n'eft point vn animal indomtable, ny farouche de foymefme, ains au contraire qu'il fort hors de fon propre& de fon naturel, quand il s'addone à vice,& qu'il s'appriuoife par accouftumance petit à petit,& par changemens de lieux& de façons de viure: attendu q les beftes mefmes, qui de leur nature font fauuages& farouchesss'addouciffent bien& defpouylet leur fierté naturelle, en les accouftumant peu à peu à vne vie plus douce: il refolut de tranfporter ces Courfaires de la mer en la terre,& leur faire goufter la vie iufte& innocete, en demeurat és villes,& la bourat la terre.Si en logea aucuns dedans quelques petites villes des Ciliciens qui eftoyent à demy defertes,& qui pour cefte cau fe les receurent volontiers, moyennant qu'on leur bailla des terres pour les nourrir. La ville aufsi des Soliés auoit n'agueres efté deftruite& defpeuplee par Tigranes le Roy des Armeniés: la voulant remettre fus, il y en mit vn nobre:& en logea feblable ment plufieurs en la ville de Dy me au pays d'Achaie, qui lors a- uoit faute d'habitas,& tenoit grande quantité de belles& bones terres.Or quat à cela, fes enuieux& mal- vueillas l'en blafmoyet: mais quand à ce qu'il fit en Candie, ceux mefmes, qui eftoyent fes plus grands& meilleurs amis, ne s'en pouuoyent contenter. Car Metellus, qui eftoit paret de celuy qui auoit fait la guerre quand & luy en Hefpagne à l'encontre de Sertorius, auoit efté enuoyé Præteur& gouuerneur en Candie, auant que Pompeius fuft efleu Capitaine general à l'encontre des Courfaires, pource que la Ca die eftoit comme la feconde telniere& retraitre de ces larrons, a pres la Cilicie:& Metellusy en ayant trouué va grand nombres les alloit par tout exterminant,& les faifoit mourir là où il les récontroit: mais ceux qui s'eftoyent peu fauuer iufques là, eftans e * IN 200 POMPEI V S. foit en faits po neur du combi de iniul fois, cel plaifoi tyrann S'entred elchen d'irrite ftroitement afsiegez, enuoyerent deuers Pompeius le requerir de leur vouloit pardonner& les prendre à mercy en luy remonftrant que celle ifle eftoit dedans les bornes de fa charge, comme celle, qui en tous endroits qu'on euft feu la prendre, venoit à fe rencontrer au dedans de la mefure qu'on luy auoit prefixe fur la terre arriere de la mer, Pompeius les receut à mercy,& efcriuit à Metellus, qu'il fe deportaft de cótinuer cefte guerre,& quand & quad fit faucir aux villes, qu'elles n'euffent à obeyr à fes commandemens: puis enuoyal'va de fes lieutenans Lucius O& auius Jequel entra dedans les villes que Metellus tenoit afsiegees, & cóbatit pour les Courfaires.Cela rendit Pompeius, non feulement enuié& hay, mais aufsi fuiet à moquerie, de prefter ainfi la fauue- garde de fon nom à des mefchans larros, qui n'auoyent ne die, ne loy,& leur attacher fon authoriré, ne plus ne moins qu'vn preferuatif, afin de les refpiter de la mort, pour vne enuie& opiniaftretté qu'il prit à l'encontre de Metellus. Car à bon droit reprend on mefme Achilles,& dit- on, qu'il ne fit point en homme fage, ains en ieune fol eftourdy,& trafporté par conuoitife d'honeur en ce qu'il faifoit figne aux autres Grecs au fort de la batail le,& leur defendoit de tirer coup à Hector, ainfi que dit Homere: Que cet honneur autre ne luy leuaft, Et que trop tard puis il n'y arriuaft, d Mais Pompeius fit bien pis: car il cobatit pour des comuns enne mis de tout le mode, afin de priuer de l'hōneur du triophe vn Præ zeur Romain, qui auoit beaucoup trauaillé pour les deftruire& exterminer, toutefois Metellus ne defifta point pour fes defenfes, ains ayant pris d'affaut les Courfaires, les fit executer à mort,& apres auoir fait& dit plufieurs outrages& iniures à Octaui' parmy fon camp, le laiffa en fin allerSi toft que la nouuelle fut arriue e à Rome que cefte guerre de Courfaires eftoit entierement pa racheuee,& que Pompeius n'ayant plus que faire, alloit vifitant les villes, il y eut vn Tribun du peuple nommé Manlius, qui propofa vh autre decret au peuple, que Pompeius prenant toutes les forces& toutes les prouinces, qui eftoyent lors deffous la charge de Lucullus,& de pl' toute la Bithynie, que tenoit aufsi Glabrio, allaft faire la guerre aux Roys Tigranes& Mithridates, retenant outre cela toufiours fon armee de mer,& fa puiffance fur la mari ne en la mefme qualité& condition qu'il la tenoit au parauant. Cela eftoit, à brief parler, foumettre à vn feul home toute la puifface entiere de l'empire Romain: car les prouinces aufquelles fa premiere comifsion ne s'eftédoit, come la Phrygie, la Lycaonie, Galatie, Cappadocie, Cicilie, la haute Colchide& l'Armenie, toutes luy eftoyent adiouftees paf cefte feconde, auec les armees & les forces defquelles Lucullus auoit defia battu ces deux puifsäs Roys.Si ne s'arreftoyent pas tant ceux du Senat au tort qu'on fai foit fonne, & le bl gaigne à haute quelque fent ret trefois a fant to tes les li feigned de fang fance. qui au prefe s'ene fe, co vnes f bout d Teuffe ainfi co puiffe v en ma privez euider nature tenu Luc enu gno euffe & R y enlay la charge endre, ven auoit prefice mercy,& guerre,& obeyra les Lucias Of tendit alieg mpeius, non de prefter a POMPEI V S. 201 foit en cela à Lucullus, qu'on priuoit de la gloire de fes propres faits pour la doner à vn autre, qui luy fuccederoit pluftoft à l'hon neur du triompheq non pas au trauail ny au peril de la guerre, combien qu'ils conuffent euidément qu'on luy faifoit vne grande iniuftice,& luy vfoit- on d'vne tref- grande ingratitude: toutefois, cela di- ie, ne les mouuoit encore pas tant, come il leur defplaifoit de voir eftablir la puifface de Popeius en vne manifefte tyrannie,& pourtant alloyent s'admoneftans les vns les autres,& s'entred onans courage de refifter fort& ferme à ceft edi& t,& de ne laiffer poit ainfi perdre leur liberté. Toutefois quad le iour fut efcheu, auquel le decret deuoit eftre paffé, ils eurét fi grade peur d'irriter le peuple, que le courage leur faillit à tous,& n'y eut per quin'afonne, qui ofaft dire vn mot à l'écontre, fino Catulus, qui l'accufa e moins q vne enuie& rà bon dra oint en hom onuottifed fort de la ba edit Home comuns enn trophe vn Pra les detruire urfes defenle uter à mon Otani pa uelle fur an alloit vifita alius, qui pro mant toutes ous la charg si Glabrio es, retenant ur la mari parauant mute la pui ufquelles Lycaon PArmen ec les armes Congelanti & le blafma fort longuemét: mais à la fin voyant qu'il ne pouuoit gaigner vn feul homme du peuple, il fe prit à crier aux Senateurs à haute voix par plufieurs fois, qu'ils aduifaffent donc de trouuer quelque motagne ou quelque haute roche, fur laquelle ils fe peuf fent retirer pour fauuer& defendre leur liberté, ainfi comme autrefois anciennement auoyent fait leurs anceftres. Mais nonobftant tout cela, le decret fut paffé& authorifé par les voix de tou tes les lignees, à ce qu'on dit:& par ainfi fut Pompeius abfent fait feigneur prefque de tout ce q Sylla par force d'armes& effufion de fang humain, s'eftant fait maiftre de Rome auoit eu fa puiffance. Quand il receut les lettres, par lesquelles on luy mädoit ce qui auoit efté ordonné par le peuple en fa faueur, on dit, qu'en la prefence de fes familiers amis, qui lors eftoyent autour de luy,& s'en efiouyffoyent auec luy, il froça fes fourcils& frappa fa cuiffe, come eftant deformais fafché& ennuyé de tant de charges les vnes fur les autres, en difant, O dieux: ne feray- ie donc iamais au bout de tant de trauaux? N'euft, il pas mieux valu pour moy, que f'euffe efté quelque petite perfonne baffe& inconue, que d'eftre ainfi continuellemét à la guerre le harnoys fur le dos? Ne verray ie iamais le temps, que me depeftrant des lacs de cefte enuie, ie puiffe viure doucemet auec ma femme& mes enfans'aux chaps en ma maifon? Telles paroles alloit difant Popeius: mais fes plus priuez amis mefmes ne peureut endurer ne fupporter cefte trop euidete fimulation, conoiffans tres- bien qu'outre fon ambition naturelle& conuoitife de dominer, il eftoit tref- aife d'auoir obtenu cefte charge, pour le different& la querelle qu'il auoit auec Lucullus: auffi le defcouurirent bien incontinent les effets. Car il enuoya foudain fes mandemens par tout, par lefquels il enioignoit tref- expreffément à toutes fortes de gens de guerre, qu'ils euffet à fe retirer par deuers luy,& fic auffi venir tous les princes & Roys compris dedans le deftroit de fa charge,& en allant par pays ne laiffa rien qu'il ne remuaft& changeaft de tout ce que 202 POMPEI V S en s'attr de Spar faits:& cerché des roy fes men triomp Pompe qu'ily a Bolpho fonne tr homme ne s'ofo premie à affail uoit po ius s'en tes& de vallons fi avoir d grande Lucullus auoit fait& ordonné, iufques à remetre à plufieurs les peines,& à ofter les graces qu'il auoit donnees,& s'opiniaftra en fomme à faire toutes chofes pour donner à conoiffre à ceux qui fuyuoyent& honnoroyet Lucullus, qu'il n'auoir authorité ne puiffance quelconque, dequoy comime Lucullus fit fes plaintes, leurs amis furet d'auis qu'ils s'entre- viffent pour parler I'vn auce l'autre ce qu'ils firent au pays de la Galatie:& come deux grāds Chefs d'armees Romaines, qui auoyét fait de belles& triophates chofes, les fergens portoyent deuant eux les faifceaux de verges entortillees de rameaux de laurier. Mais quad ils fe rencontreret Lucullus venoit de lieux couuers& vmbragez d'arbres& de verdure,& Popeius au contraire auoit paffé par yn grand pays aride & fee, où il n'y auoit arbre quelconque parquby les fergens de Lucullus voyans les branches de laurier que pourtoyent ceux de Pompeius toutes feches& fenees, leur en baillerent des leurs qui eftoyent frefches& vertes, dont ils ornerent& entorrilleret leurs verges& leurs haches Cela fembla próptemet eftre va figne que Popeius venoit pour ofter& emporter le pris d'honeur à Lucullus, Vray eft que Lucullus auoit efté Conful deuat Popeius, aufsi eftoit- il plus aagé que luy: mais la dignité de Popeius eftoit pl grande, d'autat qu'il aucit defia triomphé par deux fois.Si furét leurs propos à la première rencontre les plus gracieux& les plus honneftes qu'il eft pofsible: car ils magnifierent honorablement Jes hauts faits I'vn de l'autre,& dirent qu'ils s'efiouyffoy et chacu de la profperité de fon compagnon: mais à la fin la conclufion n'e fut ny belle ny bonne ains vindrent iufques à groffes paroles, Po peius reprochantà Lucullus fon anarice,& Lucullus à Pompeius fon ambition de forte que leurs amis eurent bien à faire à les departir.Sortant de la Lucullus diftribua des terres en la Gaulatie, come par luy conquifes,& donna d'autres graces& prefens à qui bon luy fembla& Popeius eftant capé affez pres de luy defedcit par mandement, qu'il enuoyoit par tout, qu'on n'obeyft à chofe quelconque, qu'il ordonnaft,& fi luy ofta tous les gens de guerre, excepté feze cens, encore cftoyét- ce de ceux, qu'il eftimoit, qui feroyent inutiles pour leur arrogance,& qui vouloyent mal à Lucullus. Dauantage pour diminuer la gloire de fes faits, il difoit publiquement, que Lucullus auoit combatu la pompe& la monftre feulemet de ces deux Roys,& luy auoit laiffé à cobatre leur vraye, faine& affagie puifface, pource que Mithridates auoit lors mis fon recours aux armes, aux pauoys,& efpees& cheuaux:& Lucullus pour fa reuenche difoit, que Pompeius s'en alloit com barre à vn fantafme& vne vmbre feulement, ne plus ne moins qu'vn oifeau de cœur lafche, ayat toufiours accouftumé de fe iet ter fur des corps morts q d'autres ont portez par terre,& à venir djisiper les reliqs des guerres faites par autruy ,, come il auoit fait en s'ar tes alo l'entou là où a anec rien, & les trefoi luy ma eftre a cher e on dit quoit co Venten mer de sefou quant amn toute mer en fam qu'il dete a conoire s for fes plian parler Fina Come deur es& trip iceur de ve ils le ren arbres& de grand paya y les lergen rent des lear toilleret ire va ligay oncura Lu Popeius cius efton fois. Si fu & les pl orablemen Toyet chaci conciation Tes paroles Pompa faire à les la Gaul prefensa ly defe as de gue ftimoit, q malal sil dife la mon Datre leur sauoit lo evaux: alloir con sne ma POMPEIVS. 203 par en s'attribuant l'honneur de la desfaite de Sertorius, de Lepidus, de Spartacus, là où Metellus, Craffus& Catulus les auoyent deffaits:& pourtant qu'il ne falloit point s'efmerueiller, s'il auoit cerché les moyens de fe faire fuppofer àla gloire& aux triophes des royaumes de Pont& d'Armenie, veu qu'il auoit tant fait fes menees qu'il s'y eftoit ingeré, commet que ce fuft, iufques au triomphe des efclaues fugitifs. Depuis Lucullus s'en cftat party, Pompeius difpofa bonnes garnifons par toutes les coftes& mers qu'il y a depuis la prouince de Phoenicie, iufques au royaume du Bofphore,& cela fait, prit fo chemin par terre pour aller en per fonne trouuer Mithridates, lequel auoit en vn camp trente mille hommes de pied,& deux mille cheuaux enfemble,& neatmcins ne s'ofoit à tout cela prefenter à la bataille, ains s'eftoit campé premierement deffus vne montagne forte d'affiette,& mal- aifee à affaillir, toutefois il l'abandonna depuis, à caufe qu'il n'y trouuoit point d'eaux: mais il n'en fut pas pluftoft party, que Pompeius s'en faifit incontinent:& coniecturant par la nature des plantes& des arbres qui y verdoyoyent,& femblablement par des vallons& cauains qu'il y voyoit, que felon raifon il y deuoit auf fi auoir des fources de fontaines, il comanda qu'on y creufaft des puits par tout, de maniere qu'en peu d'heure fon camp eut trefgrande abondace d'eau,& s'efmerueilla fort coment Mithridares auoit ignoré cela fi longuement à la fin il alla camper tout à l'entour de luy,& l'enferma de muraille dedans fon propre cap, là où apres auoir enduré le fiege quarate cinq iours, Mithridates auec l'eflite de fon armee s'enfuyt, fans que Popeius en apperceut rien, ayat premierement fait occire toutes les perfonnes inutiles & les malades de fon camp. Depuis Popcius le retrouua vne autrefois pres la riuiere d'Eufrates,& s'en alla loger tout joignant luy mais craignant qu'il ne paffaft la riuiere premier qu'il y peut eftre à temps pour l'empefcher, il fit defloger fon armee& matcher en bataille dés la minuict: enuiró laquelle heure iuftement, on dit, que Mithridates eut en fonge vne vifion, qui luy pronoftiquoit ce qui luy deucitaduenir: car il luy fut aduis, qu'ayant le vent en pouppe, il cingioit à pleines voiles au beau milieu de la mer de Pont,& qu'il voyoit defia le deftroit du Bofphore, dont il s'efiouyffoit fort,& en faifoit grande fefte à ceux qui nauiguoyét quant& luy, comme celuy qui penfoit offre defia certainement arriué à port de falut, mais que foudain il fe trouua, deftitué de toutes chofes, errant à la mercy de vents parmy les vndes de la mer fur vne petite piece de fa nauire rompue. Et comme il eftoit en la deftreffe de cefte illufion, il arriua quelques vns de fes plus familiers, qui luy dirent, que Pompeius cftoit defia fi pres d'eux qu'il n'y auoit plus autre ordre, finó qu'il falloit combattre pour defendre leur camp. Si comencerent incontinent les Capitaines. 204 POMPEI VS. dant Pon eune Ti alle renc es mefme prent for Cafpien uant les v peu auan tendant qu gamilone avec foy fe dre lay an inques to gens de P de cheual veu homm feulement ranger les troupes en bataille pour combattre:& Pompeius e- ftant aduerty qu'ils fe preparoyent pour le receuoir, fit doute d'expofer fes gens en hafard du combat en tenebres,& fut d'aduis, qu'il valloit mieux les enfermer feulement tout à l'entour pour leur ofter tout moyen de s'en pouuoir fuyr, puis quand le iour feroit venu, qu'il les feroit alors affaillir, tout à l'aife par fes gens qui eftoyent meilleurs combattans: mais les plus vieux Capitaines& Chefs des bandes luy firent tant de prieres& tant de remonftrances, que finalement ils l'efmeurent à faire tout promprement doner l'affaut, pource qu'il ne faifoit pas fi obfcur, qu'on ne vift du tout goute, à caufe que la Lune, qui eftoit baffe,& prochaine de fon coucher, rendoit encore affez de clarté pour voir les corps des hommes: mais pource qu'elle baiffoit fort, les vmbres, qui s'eftendoyent bien plus loin que les corps, attaignoyent -de tout loin les ennemis, de forte qu'ils ne pouuoyent pour cela iuger certainement la vraye diftance, qu'il y auoit iufques à eux, & comme s'ils euffent efté tout aupres d'eux, ils leur lançoyent leurs dards& iauelots, dont ils n'affenoyent perfonne, pource qu'ils eftoyent trop loin. Ce que voyans les Romains, leur coururent fus auec grands cris: mais les Barbares ne les oferent attendre, ains s'effroyerent,& leur tournerent le dos fuyans à val de route, là où il en fut fait vne grande boucherie: car il y en eur de tuez là plus de dix mille,& fut leur camp mefme pris. Quant à Mithridates, il fendit la preffe des Romains dés le commencement de la meflee, auec bien enuiron huit cens cheuaux,& paffa outre: mais incontinent fes gens s'efcarterent, les vns deçà, les autres delà, en maniere qu'il fe trouua feul auec trois autres, dont I'vn eftoit Hipficratia l'vne de fes concubines, laquelle auoit bie toufiours efté hardie& auoit eu cœur d'homme, tellement que Mithridates pour l'amour de cela l'appelloit Hypficrates: mais lors eftant veftue en homme d'armes Perfien,& ayant le cheual de mefme, elle ne fe trouua iamais laffe ny recreue pour quelques logues courfes que fit le Roy, ny iamais ne fe laffa de feruir fa perfonne, ny de penfer fon cheual, iufques à ce qu'ils arriuerent en vn chafteau fort, qui s'appelloit Inora, qui eftoit plein d'or& d'argent& d'autres precieux meubles du Roy. Si y pric Mithridates force riches accouftremens, qu'il diftribua à ceux qui fe raffemblerent là autour de luy,& donna à chacun de fes amis, vn mortel poifon pour porter quant& eux, afin que nul d'eux ne tombaft vif, s'il ne vouloit, entre les mains des ennemis. De là il voulut prendre fon chemin en Armenie deuers le Roy Tigranes: mais Tigranes le luy enuoya au deuant defendre,& qui Soixante plus eft, fit crier à fon de trompe, qu'il donneroit* cent talents mille fcus. à qui l'occiroit, au moyen dequoy, paffant la fource du fleuue d'Euphrates, il s'enfuyt à trauers le pays de la Colchide. Cependant leur bailla fant fon ch Want les ple Les genoux par la main tes que vo quel vou phene laiffe enc vous leur fa panla adonc les mit de don chafque mes fix cens alement qu per en fon le der pou Phrae der ce frer qu were d puis qu Taile plus vi prieres& a fi obica out baffe& clamé po oyent p it julques de eur lang onne, p POMPEIVS. 205 idant Pompeius entra dedans le pays d'Armenie à l'inftance du eune Tigranes, qui s'eftoit defia rebellé contre fon pere,& eftoit allé rencontrer Pompeius fur la riuiere d'Araxes, laquelle fourd és mefmes lieux prefque que fait celle d'Euphrates: mais elle prent fon cours deuers le foleil leuant,& va tomber en la mer Cafpiene. Si marcherent auant en pays eux deux enfemble, receuant les villes qui fe rendoyent à eux. Mais le Roy Tigranes, qui peu auant auoit prefque efté deftruit& ruiné par Lucullus, entendant que Pompeius eftoit doux& benin de fa nature, receut garnifon en ces fortes places& fes maifons royales,& prenant auec foy fes parents& amis, fe mit en chemin pour aller fe rendre luy mefme à Pompeius. Quand il fut arriué eftant à cheual iufques tout ioignant la clofture du camp, il en fortit deux fergens de Pompeius, qui luy firent commandement de defcendre de cheual,& entrer dedans à pied, pource que iamais on n'auoit veu homme à cheual dedans le camp des Romains. Tigranes no feulement obeyt à cela, mais dauantage defeignit fon efpee qu'il leur bailla:& finalement quand il fut affez pres de Pompeius o- ns, leur ftant fon chapeau royal de deffus fa tefte, il le voulut mettre dees oferemuant les pied de Pompeius,& en fe profternant en terre le plus fuyansi honteufement du monde fe demettre iufques à luy embraffer les genoux: mais Pompeius luy- mefme le preuint& le prenant par la main le mena feoir aupres de luy à l'vn de fes coftez,& fon fils à l'autre, puis leur dit à tous deux, Quant aux autres per tes que vous auez faites, il vous en faut prendre à Lucullus, le quel vous a ofté la Syrie, la Phoenicie, Cilicie, Galatie,& la Sophene: mais ce qui vous eft demeuré iufques à moteps ie le vous laiffe encore, en payant aux Romains pour l'amende du tort que* Trois vous leur auez fait, fix mille talents,& veux que ton fils ait pour millions fix fa part la Sophene.Tigranes accepta ces conditions de paix,& adonc les Romains le faluerent Roy, dont il fut fi aife, qu'il promit de donner à chafque fimple foldat la valeur de cinq efcus,& à chafque Centenier cent,& à chafque Coulonnel de mille hōmes fix cens: mais fon fils en fut au contraire tref- mal content: tellement que Pompeius l'ayant enuoyé femondre de venir fouper en fon logis, il fit refponfe, que ce n'eftoyent pas de telles faueurs, ny de tels honneurs, qu'il attendoit de Pompeius, pource qu'il trouueroit affez d'autres Romains, qui luy en feroyent autant.Pour fes paroles Pompeius le fit prendre prifonnier,& garder pour eftre mené en triomphe à Rome. Peu de temps apres Phraates Roy des Parthes enuoya deuers Pompeius luy dema der ce ieune prince, comme eftant fon gendre,& auffi luy remoftrer qu'il fe deuoit contenter de terminer fes conqueftes à la riuiere d'Euphrates.A quoy Pompeius luy fit refponfe, que le ieune Tigranes touchoit de plus pres à fon pere qu'à fon beau- pere: arily ilyene pris.Quant Commence ,& paf vas deçà s autres, elle auor llement crates: nt le che e pour que a de fer ils arris toit ple Si y pr a à ceux in de fer que n ennem sle R dre,& p da Beac cens mille efcus. 306 POMPEIVS. Sauerfez verfe, il long che dequoy cha en a la riuter & douze Lanuages nome Co Poperius droitpro aurre d' & quant aux bornes de fes conqueftes, qu'il les limiteroit là ou le droit& la iuftice le requerroit. Au demeurant laiffant Afranius en l'Armenie pour la garde du pays il paffa à trauers les nations, qui habitent au long du mont de Caucafus, pourfuyuant Mithridates, defquelles nations les deux plus grandes& plus puiffantes font les Albaniens& les Hiberiens, dont les Hiberiens s'eftendent iufques aux montagnes Mofchiques& au royau me de Pont,& les Albaniens gifent deuers le Soleil leuant& la mer Cafpiene. Ceux- cy du commencement ottroyerent palfage par leurs terres à Pompeius qui leur euuoya demäder. Mais l'hy uer furprit les Romains en leur pays,& auec cela la fefte des Saturnales efcheut auffi, pendant qu'ils y eftoyent. Et lors les Barbares s'affemblerent plus de quarante mille combatans en vn camp,& paffans la riuiere de Cyrnus, laquelle defcend des montagnes Hiberienes,& receuant celle d'Araxes qui paffe à tra uers l'Armenie, fe va defcharger par douze bouches en la mer Cafpiene: toutesfois les autres ditent que ceCyrnus ne reçoit pas P'Araxes, mais qu'il va à part foy tober en la nicfme mer pres des bouches de l'autre paffans, dis- ie, la riuiere d'Araxes: ils allerent courir fus aux Romains. Pompeius les euft bien peu garder de paffer la riutere s'il euft voulu, mais neantmoins ils les laiffa paffer à leur aife, puis quand ils furent tous paffez, il leur alla a l'encontre& les desfit en bataille ragee,& ea occit fur le champ vn tref- grand nombre, toutesfois depuis il pardonna l'offenfe à leur Roy, qui l'e enuoya requerir par ambaffadeurs express& fit paix auec luy,& partant de là tira contre les Hiberiens, qui n'eftoyés pas moins en nombre que les premiers, mais bien meilleurs có batans,& qui defiroyent fingulierement faire quelque bon feruice au befoin a Mithridates,& repouffer arriere Popeius.Ces Hiberiens ne furent iamais fuiets à l'empire ny des Perfes ny Medoys,& fi efchapperent la fuiction mefme des Macedoniens, pour autat qu'Alexandre ne s'arrefta point au pays de Hyrcanie: toutesfois Popeius alors les desfit en vne groffe& saglace bataille: car il en demeura neuf mille morts fur la place,& en fut pris bien dix mille puis aufortir de là il entra dedas le pays de la Colchide, là où Seruilius Palla rencontrer ioignat la riuiere de Phafis auec la flotte de vaiffeaux, dot il gardoit la mer de Pót. Or de aller pourfuyure Mithridates, qui s'eftoit caché parmi les nations voyfines du deftroit du Bofphore& les marets Meotides, il y a- uoit beaucoup de dificultez& d'auantage, il eut encore nouuelles q les Albaniens s'eftoyét vne autrefois rebellez, côtre lefquels fon courroux& obftiné defir d'en faire la vengeance le tiroyet: à l'occafio dequoy il repaffa de rechef la riuiere de Cyrnus, auec grande peine& grand danger: pource q les Barbares auoyer reparé vn lóg efpace de l'autre riue, auec force arbres grás& gros roide mo Amazon cendues pource q morts tro lovent po corps de f Caucafus aux Alban quels elle vans enfe fe de l'a niere ba jufques dese re meux& nees.Sis des. fens, que leur eler de fon ar mes deda Roy Tig trauerfez thridates les reuoy tonice baille or& de demeu yant v fort de auec l Lanfan travess pouri mandes& ont les H es& au POMPEI V S. 28 trauerfez en croix:& encore apres qu'il l'eut à toute peine trauerfé, il fe trouua en vn fafcheux pays, où il auoit à faire bien. long chemin fans trouuer aifance d'eau quelconque: au moyen dequoy il fit emplir d'eau biê dix mille peaux de cheure,& marcha en auant pour rencontrer fes ennemis, qu'il trouua aupres de la riutere d'Abas, où ils auoyent foixate mille cobattans à pied, & douze mille à cheual, mais tous mal armez, de peaux de beftes fauuages la plufpart. Leur Chef eftoit le frere propre du Roy nomé Cofis, lequel quand fe vint aux coups de main, s'addreffa à Popeius mefme,& luy tira vn coup de iauelot, qui l'affena à l'endroit propre où defaut la cuy raffe: mais Pompeius luy en tira vn autre d'vne iaueline, dont il le perça de part en part,& le porta roide mort en terre. Aucus difent qu'en cefte bataille il y eut des defcend Amazones, qui combattirent du cofté des Barbares, eftans de f- quapacendues des motagnes qui font au long du fleuue de Thermodó, Llevan aroyerent demider. la la felic combatin ne repor pource qu'apres la defconfiture, les Romains en defpouyllant les morts trouuerent des boucliers& des brodequins, tels que foumer presloyent porter les Amazones: mais il ne s'y trouua iamais vn feul als alle corps de femme: auffi habitent elles au cofté de la montagne de garder Caucafus, regardant vers la mer d'Hyrcanie,& ne confinět point slaiffa pa aux Albanies, ains y a entre deux les Geles& les Leleges, auec les alla a la quels elles hantent deux mois par chacun an feulement, fe trouchamp uans enfemble au lang de la Riuiere de Thermodon,& tout le re ente leufte de l'annee elles viuent& demeurentà part. Apres cefte derpaniere bataille Pompeius s'eftant mis en chemin pour penetrer qui de mille V e bon fe glate ba af iufques au pays de Hyrcanie,& la mer Cafpiene, il fut contraint de s'e retourner arriere pour la multitude grade des ferpés venimeux& mortels qu'il y trouua, en eftant approché de trois iourus.Cenees.Si s'e retourna eu Armenie la mineur, là où il receut des pre les nyfens, que luy enuoyerent les Rois des Elymiens& des Medoys,& atedone leur efcriuit amiablement: mais il enuoya Aphranius auec partie de Hyrca de fon armee côtre le Roy des Parthes, lequel eftoit entré en atmes dedans la prouince Gordiæne, ou il trauailloit les fuiers du Roy Tigranes: mais il en fut chaffé,& pourfuyuy iufqués à l'Arbelitide. Au demeurat de toutes les amies& cocubines du Roy Mi thridates, q luy furet amenees, il n'en coneut iamais pas vne, ains les réuoya routes a leurs pares& amis, pource quelles eftoyent la pl'part filles de Prices, Seigneurs, ou Capitaines. Toutesfois Stra tonice, celle q auoit plus de credit autour de luy,& à qui il auoit baille en garde le Chafteau, là ou eftoit la pl' grade quatité de fo or& de fo arget, eftoit fille d'vn Muficie chatre, lequel n'eftoit au demeurât guere riche, fino d'as, dot il eftoit fort chargé. Mais a yant v níoir en vn feftin chanté deuat Mithridates, elle le rauit fi fort de fon amour, qu'il voulut la nuit mefme l'auoir à couchet auec luy,& fon vieillard de pere s'é alla en fa maifon tout fafch s del ere de Pot. iles n ides, ote nu Orrel cele Cyru 408 POMPEI VS. bloit en peius, le melcha la cité par le auoit f nemi dons& Loyent point ac ftant en de ce que le Roy ne luy auoit pas daigné dire feulemet vne gra cieufe parole: mais le lendemain matin à fon refueil, il fut tout esbahy, qu'il tronua en fon logis les tables toutes chargees de vaiffelle d'or& d'argent, vne grande fuite de feruiteurs, de valets de chambre& de pages,& qu'on luy apporta de fort beaux & riches accouftremens,& deuant la porte vn cheual bien equipé, ainfi comme l'eftoyent ceux des mignons du Roy, quand ils vouloyent aller par la ville. Si penfa que ce fuft vn tour de moquerie, dont on luy voulut iouer, tellement qu'il s'en voulut fuyr, n'euft efté que les feruiteurs le retindrent, qui luy dirent, que c'e ftoyent les biens d'vn grand riche homme de naguere mort, que le Roy luy auoit donez,& que tout ce qu'il en voyoit là, n'eftoit qu'vn efchantillon, par maniere de parler, au pris des autres meu bles& poffeffions qui eftoyent en celle fuccefsion: ainfi comméçant petit à petit à le croire, il veftit à grande peine la robbe de pourpre, qu'on luy auoit apportee,& montant à cheual s'en alla promener par la ville, criant, Tout cecy eft à moy, tout cecy eft à moy. Dequoy comme quelques vns fe mocquaffent, il leur dit, squ'ils ne fe denoyent point efmerueiller de l'ouyr crier, ce, qu'il difoit, mais pluftoft de ce qu'il ne iettoit des pierres à ceux qu'il rencontroit parmy les rues, tant il eftoit tranfporté de ioye hors de foy. Stratonice donc eftant nee de telle race& de tel fang, liura la place entre les mains de Popeius,& luy offrit encore plufieurs beaux& riches prefens, dont il ne prit que ceux, qui poumoyent feruir ou a orner les temples des dieux, ou à embellir fon zriomphe,& voulut que Stratonice retint tout le demeurant pour elle. Semblablement auffi, luy ayant le Roy des Hiberiens enuoyé vn chalit, vne table& vne chaire, le tout d'or maffif, en le priat de les vouloir receuoir de luy en do, il cofigna le tout entre les mains des Threforiers pour en tenir cote à la chofe publique. En vn autre chafteau nommé Canon, il trouua quelques papiers & quelques lettres miffiues fecrettes de Mithridates, qu'il leut auec grand plaifir, pource que par icelles il defcouuroit euidemment, qu'elle eftoit la nature de ce Roy: car il y auoit des memoires, par lefquels il apparoiffoit, qu'il auoit empoifonné, outre plufieurs autres, fon propre fils Ariarathes,& Alcæus le Sardianien pource qu'il auoit emporté deuant luy le prix de la courfe des cheuaux. Il y auoit auffi des interpretations de fonges, que Juy ou fes femmes auoyet fongez,& des lettres lafciues d'amour, de Monime à luy,& de luy à elle. Theophanes dit dauantage, qu'on y trouua vn difcours de Rutilius, par lequel il luy fuadoit & P'incitoit à faire mourir tous les Romains, qui eftoyent en l'Afie, ce que toutefois on eftime auec grande raifon eftre vn menfonge malignement controuué par ceftuy Theophanes, lequel hayffoit Rutilius, pour autant à l'aduenture qu'il ne luy reffembloit & y aya blafmo Atribuar venus d princes uant au tres auo leurs lett e grande e a trauers Croires& ne, qui er Romain cofte en POcea Suyuan iniques d'eften mement fer& pre que quan roitala q ferait la f fant de vra Pays de B ayantefta meilleure ua les co dates fo inhume magni aduis avant Ama Tuteurs a de fort real bien Roy, qu Ta tour de ' en vouch guere mor yoit la, des autres ainfi con ine la robb heual s'en tout cea nt, ille rier, ce, à ceux o e ioye h tel fang encoreplu , qui pou a embellir lo emeurant pu Hiberiens malfif, en male tout en ole publiq elques pap tes, qu'il auoit de wilonne us le Sa de la c fonges es d'an it davan yene en POMPEI V S. 209 bloit en chofe quelconque ou peut eftre aufsi pour gratifier à Popeius, le pere duquel Ruulius defcrit en fes hiftoires pour le plus mefchant homme du monde.Au partir de là Pompeius tira vers la cité d'Amifus, là où fon ambition le conduifit a faire des actes, par lesquels il fe condamnoit foy- mefme en ce qu'au parauant il auoit fort repris& blafmé Lucullus, dece que viuant encore l'ennemi, il auoit fait des mandemens& ordonnances, diftribué des dons,& conferez des honneurs, que les Capitaines victorieux a- uoyent accouftumé de faire, apres que la guerre eftoit de tous point achevée,& qu'ils l'auoyent conduite à fin luy mefme: e- ftant encore Mithridates au Royaume de Bofphore le plus fort, & y ayant affemblé vne groffe& puiffante armee, fit tout ce qu'il blafmoit& reprenoit en autruy, ordonnant des prouinces,& diftribuant des dons& prefens à chacun felon fon merite: eftans là venus deuers luy douze Roys Barbares, auec plufieurs autres princes, fergueurs& Capitaines, pour aufquels gratifier, en refcri uant au Roy des Parthes, il ne daigna mettre le titre que les autres auoyent accouftumé de luy donner en fa fuperfcription de leurs lettres, le nommans le Roy des Roys. Mais il luy prit vne grande enuie& grand defir de recouurer la Syrie,& de penetrer a trauers l'Arabie iufques à la mer rouge, afin d'eftendre fes vi& toires& conqueftes de tous coftez, iufques à la grand mer Oceane, qui enuironne la terre. Car en la Lybie il fut le premier des Romains, qui alla victorieux iufques à la grande mer:& d'autre cofté en Hefpagne il eflargit l'empire Romain,& le termina à P'Ocean Alantique:& pour le troifieme cofté, na gueresen pourfuyuant les Albaniens, il s'en fallut bien peu, qu'il n'attaignift iufques à la mer d'Hyrcanie. Si fe mit en chemin auec intention d'eftendre le circuit de fon voyage iufques à la mer rouge, mefmement qu'il voyoit que Mithridates eftoit bie mal- aifé à chaffer& prendre par armes,& plus difficile à vaincre quad il fuyoic que quand il combatoit, au moyen dequoy il dit, qu'il luy laifferoit à la queue vn plus fort& plusafpre ennemi que foy- mefme, ce feroit la famine: car il ordonna des gardes auec nombre fuffifant de vaiffeaux, pour efpier les marchans, qui nauigeroyent au pays de Bofphore pour y porter viures ou autres marchandifes, ayant eftably peine de mort à ceux qui le feroyent: puis auec la meilleure partie de fon armee, fe mit en chemin, fur lequel il trou ua les corps des Romains, qui auoyent efté desfaits par Mithridates fous la charge de Triarius,& n'auoyent point encore efté inhumez: fi les fit tous recueillir& enterrer honnorablement& magnifiquement.Ce qui ayant efté omis par Lucullus, fut à mon aduis, l'vne des principales caufes de le faire hayr à fes gens:& ayant fubiugué par Afranius les Arabes habitans au tour du mo d'Amanus, il defcendit luy- mefme en perfonne dedans la Syrie o j 210 POMPEI V S. de laquelle il fit vn gouuernement& vne prouince acquife à l'em pire Romain, pource qu'elle n'auoit nul Roy legitime,& conquit aufsi la Iudee, où il prit le Roy Ariftobulus,& y fonda aucunes villes,& en affranchit& deliura de feruitude, d'autres qui e- ftoyent vfurpees& detenues à force par des tyrans, qu'il fit punir: mais le plus du temps qu'il y confuma, fut à iuger les differets,& à pacifier par arbitrage les querelles& differets, qui eftoyent entre les villes franches, les princes& les Roys, enuoyant de fes a- mis aux lieux où il ne pouuoit aller luy- mefme. Comme ayant efté efleu arbitre entre les Parthes& les Armeniens, touchant vn certain pays qu'ils pretendoyent les vns& les autres, il y enuoya trois deputez pour en decider& iuger difinitiuement: car fi la renommee de fa puiffance eftoit grande, celle de fa vertu de fa iuftice& bonté, ne Peftoit pas moins, tellement qu'elle couuroit beaucoup de fautes, que commettoyent fes familiers,& ceux qui auoyeut credit autour de luy: car il eftoit de fi bonne nature, qu'il ne les pouuoit engarder de mal faire, ny chaftier& punir quand als auoyent forfait: mais il fe deportoit en forte vers ceux, qui s'en venoyent plaindre, ou qui auoyent à faire à luy, qu'ils eftoyét contraints d'endurer patiemment leurs connoitifes, auarices& importunitez. Celuy de fes domeftiques, qui auoit plus de credit autour de luy, eftoit vn ferf affranchy nommé Demetrius, lequel eftoit bien aduifé au demeurant, excepté qu'il abufoit vn peu de Sa fortune, auquel propos on fait de luy vn tel conte: Caton le philofophe eftant encore ieune, mais ayant drfia grande reputation de fageffe& tenant bien fon rang, s'en alla en Antioche pour voir la ville, n'y eftant point Pompeius,& quant à luy, felon fa couftume, il cheminoità pied,& fes amis qui l'accompagnoyer par honneur, eftoyent à cheual.Si apperceut à l'entree de la vilJe vne trouppe de gens veftus de robbes blanches,& le long de la yue d'vn cofté des enfans,& de l'autre cofté des garçons rangez en maniere de haye, dont il fe courrouça, penfant que ce fut pour l'amour de luy& pour luy faire honneur, qu'on fit cefte procef fion, ce qu'il ne vouloit aucunement. Si commanda à fes amis, qu'ils defcendiffent de cheual& marchaffent à pied comme luy, mais quand ils furent pres la porte de la ville, le maiftre des ceremonies, qui conduifoit toute celle procefsion, ayant vn chapeau de fleurs fur fa tefte,& vne verge en la main, leur vint audeuant, qui leur demanda, où ils auoyent laiffé Demetrius,& quand il viendroit. Les amis de Caton fe prirent à rire de cefte demande: mais Caton ne fit que dire, O poure mal- heureufe ville:& paffa outre. Toutesfois Pompeius mefme eftoit caufe, qu'on luy portoit moins d'enuie, qu'on n'euft fait autrement, pource qu'on voyoit l'audace, dont ce Demerrius vfoit enuers luy,& qu'il ne le prenoit point à mal, ny ne s'en courrouçoit point. Car on dit, que que bi de ver les co trius e la tel de ce fons d l'ento fur- no guelon Loge fi tant ma tre de fon Th que la que cel Selmer Pompe habitant iufques alors gra reille de pelus vo deuant gueres cafion quel on cotre paroit p armee a eftimant faire la g lut pas tr loit cerch en longue difficulte yantia lo a picque meliage nouvel fers de ches de Incont exercic fonda autres q gril for pa es differe eftoyen res, yes fa verto del elle comun ,& ceur e nature punir qu s ceux, u'ils eftor auarices s de cred ius, leque vn peu de Caton le POMPEI V S. 217 que bien fouuent, quand Pompeius auoit conuié quelques gens de venir manger en fon logis auec luy, il recueilloit luy- mefme les conuiez,& attendoit qu'ils fuffent tous venus, que ce Demetrius eftoit defia à table,& auoit prefomptueufement fa robbe fur la tefte baiffee iufques aux aureilles.Et auant qu'il fuft de retour de ce voyage en Italie, il auoit defia acquis les plus belles maifons de plaifance,& les plus beaux parcs& vergers, qui fuffent à l'entour de Rome,& auoit auffi de tref- fomptueux iardins, qu'on fur- nommoit communément les Iardins de Demetrius, combien que fon maiftre Pompeius iufques à fon troifieme Confulat, fuft logé fimplement& petitement. Mais depuis ayant fait baftir ce tant magnifique,& tant renommé Theatre, qu'on appelle le Thea tre de Pompeius, il fit auffi edifier aupres, comme vn appenty de fon Theatre, vne autre maifon, laquelle fut bien plus honorable que la premiere, mais où il n'y eut rien de trop pourtant: de forte que celuy qui en fut feigneur apres luy, quand il entra dedans, s'efmerueilla,& demanda: Et où eft- ce que mangeoit le grand Pompeius? ainfi le conte- on. Au demeurant le Roy des Arabes habitant à l'entour de la fortereffe qui fe nomme Petra, n'ayant iufques là iamais fait conte de la puiffanee des Romains, en cut alors grand peur,& efcriuit à Pompeius, qu'il eftoit preft& appa reillé de faire tout ce qu'il luy plairoit luy commander:& Pompeius voulant efprouuerce qu'il auoit fur le cœur, mena fon armee deuant cefte place de Petra: mais ce voyage ne fut approuué de deepa gueres de gens, pource qu'on l'interpretoit, que c'eftoit vne occafion cerchee pour euiter d'aller apres Mithridates, contre lequel on vouloit, qu'il tournaft pluftoft toutes les forces, comme côtre l'ancien ennemi, qui començoit à fe remettre fus,& fe preparoit pour mener, à ce qu'on entendoit, vne groffe& puiffante armee à trauers la Tartarie& la Högrie, en Italie. Mais Popeius eftimant que pluftoft il luy mineroit fa puiffance en luy faifant faire la guerre, qu'il ne le prédroit au corps en fuyant, ne fe youlut pas trauailler pour neant à le pourfuyure:& à cefte caufe alloit cerchant ces entreiets d'autres guerres,& tirant ainui le teps en longueur, iufques à ce que finalement la fortune luy denouala difficulté de ce nou.car eftant ia pres de la place de Petra,& a- yant ia logé fon camp pour ce iour- la, ainfi comme il s'exercitoit à picquer& manier vn cheual à l'étour de fon camp, il arriua des meffagers du Royaume de Pont, qui luy apportoyent des bonnes nouuelles, come on pouuoit conoiftre& iuger de tout loin aux fers de leurs iauelines, pource qu'ils eftoyent entortillez des brãches de laurier. Ce que les foldats ayans apperceu, s'en coururent incontinent deuers luy, qui vouloit premierement acheuer fon exercice, que lire fes lettres: mais come ils criaffet& le preffafset, il defcendit de cheual,& prenant les lettres s'en retourna en fon en Antioch ree de la v le long de prang de ce fut pa celt pro a à fes an comme iftre des ant vo vinta us,& qu Re ufe ville Carand 212 de POMPEI V S. Pompe façon, reil à R fi parla tous les taler P cut en la le fuier nerale& Tophes la faire r riner le p la mailo y eftre a de medle fortune, dreffoit e tour doule gouvernee camp, là où il n'y auoit point de perron haut efleué, dont il peut haranguer,& fi n'auoyent pas les foldats la patiéce d'en faire vn à la mode du camp, que les gens de guerre font eux- mefmes auec gros gafons& groffes motes de terre, qu'ils entaffent les vnes fus les autres: mais de hafte& d'affection grande qu'ils auoyent d'entendre ce, que portoyent ces lettres, ils amafferenten en moceau les baftines& felles des cheuaux, fur lequel Pompeius motant leur declara, come Mithridates eftoit mort s'eftät luy- mefme fait mourir, pourautant que fon fils Pharnaces s'eftoit s'oufle té& auoit pris les armes contre luy,& s'eftoit emparé de tout ce, que poffedoit fon pere, luy efcriuant qu'il le tenoit& gardoic pour foy& pour les Romains. Ces nouvelles entendues, tout le camp, comme on peut penfer, en demena grande ioye,& fe mit tout le monde à facrifier aux dieux pour leur rendre graces,& à faire bonne chere, come fi en la perfonne feule de Mithridates, il leur fuft mort vn nombre infiny d'ennemis:& Pompeius par ce moyen ayant trouué fin à cefte guerre plus facilement qu'il n'auoit efperé, fe partit incontinent de l'Arabie,& ayant trauerfé en peu de teps les prouinces qui font entredeux, fit tant par fes iournees, qu'il arriua en la ville d'Amifus, là où il trouua force prefens, qu'o luy auoit apportez de la part de Pharnaces,& plufieurs corps de fang royal, entre lefquels eftoit celuy- mefme de Mithridates, qu'on ne pouuoit pas bie reconoiftre au vifage, à caufe que fes feruiteurs auoyent oublié d'en faire efcouler ou defefcher la ceruelle, toutesfois encore le reconoiffoit- on bien à quelques cicatrices, qu'il auoit en la face, au moins ceux qui defiroyet le voir: car quant à Pompeius, il ne le voulut iamais regarder, de peur d'irriter encontre foy l'ire venge reffe des dieux, ains l'enuoya en la ville de Sinope: mais bien s'efmerueilla- il de voir la grandeur,& la fumptuofité& magnificence des veftemens& des armes qu'il portoit: toutesfois il y eut vn nommé Publius, qui ayant Cent qua defrobé le fourreau de fon efpee, lequel auoit coufté trois cens tre vingt mil talens à faire, le vendit à Ariarathes:& vn autre nommé Caius, qui auoit de ieuneffe efté nourry auec Mithridates, ayant fembla blement defrobé le chapeau, qui eftoit fait d'vn merueilleux artifice, le donna à Fauftus, fils de Sylla, qui le luy demanda: dont Pompeius ne feut rien pour lors: mais Pharnaces l'ayant defcouuert, en fit punir ceux qui les auoyent defrobez. Apres donc auoir donné ordre aux affaires de delà,& y auoir eftably toutes chofes, il fe mit alors en chemin pour s'en retourner en toute ioye& tou te fefte: car en paffant par Mitylene, il affranchit de toutes charges la ville pour l'amour de Theophanes,& afs ifta à vn ieu de pris, qu'ils ont accouftumé de faire tous les ans, où les poëtes recitent de leurs œuures à l'emuie les vns des autres, n'ayas cefte foisla pris autre fuiet de leurs compofitions que les faits& geftes' de letus. Pomports qu'o eut antic de pres au enuoya d anoir lor dioit m meuran ville de y difoit certained Craffus e & fon arg ou plutof blable,& i tot qu'il guerre,& a & Poccafio & le retira 2 Rome nent rom aduint grand domeft fuft reta ge ou il Cleak, don eceden entaffentl de qu'ils au ferenten en Pompei eftat buyes s'eftoits'o emparé de enoit& gar tendies, tout e ioye,& len dre graces& Michrida omperiusput ment qu'il nt trauerie par fesi a force pa & plufie ede Mith a caufe qu defefcher la m quelques ci POMPEI V S. II3 Pompeius.Il trouua le theatre, où fe faifoyent ces ieux de belle façon,& en fit prendre le plant& la forme pour en faire vn pareil à Rome, mais bie plus grad& plus magnifique.En passar auffi par la ville de Rhodes, il voulut ouyr haranguer& declamer tous les maiftres de Rethorique,& leur fit à chacu prefent d'vn* six cens talet. Pofidonius à redigé par efcrit le difcours& la difpute, qu'il efens eut en fa prefence à l'encontre de Hermagoras le Rethoricié, fur le fuiet que Popeius mefine leur donna, touchant la Queftion generale& vniuerfelle:& à Athenes il en fit tout autant aux Philoiropetle vor rder, de p ins Penn voir la gra mens& desa is qui aya trois ce omme Ca yant fea rueilleure anda: ant def donc utes ch efcus. fophes: mais il donna dauantage àla ville* cinquante talés pour* Trete mille la faire réparer.Si penfoit bien à fon retout en Italie y deuoir arriuer le plus honnoré home du monde,& defiroit fe retrouuer en fa maifon auec fa femme& fes enfans, come aufsi il cuidoit bien eftre attendu d'eux en grande deuotion: mais le dieu, qui a foin de mefler toufiours parmy les grandes& illuftres faueurs de la fortune, quelque chofe de finiftre, le guettoit en chemin,& luy dreffoit embufche en fa propre maifon pour luy rendre fon retour douleureux: car fa femme Mutia, en fon abfence, s'eftoit mal gouuernee. Or pendant qu'il en eftoit loin, il ne tint côte des ra ports qu'on luy en fit: mais quand il approcha de l'Italie,& qu'il eut ainfi, come ie penfe, l'entendemét plus à deliure pour penfer de pres aux mauuais rapports qu'on luy en auoit fait, alors il luy enuoya denoncer, qu'il la renoçoit& repudioit pour femme, fans auoir lors efcrit, ny iamais dit depuis pour quelle caufe il la repu → dioit: mais la caufe en eft efcrite és epiftres de Ciceron. Audemeurant auant fon arriuee il courut plufieurs bruits de luy par la ville de Rome, qui en eftoit en peine& en trouble, pource qu'on y difoit, qu'il meneroit fon armee tout droits en la ville,& fe feroit certainement feigneur de tout l'empire Romain: tellement que Craffus en fortift à la defrobee, emportat quand& luy fes enfans & fon argent, foit où pource que veritablement il en euft crainte, ou pluftoft, comme il fembloit, pour faire la calomnie femblable,& rendre l'enuie plus afpre à l'encontre de luy. Parquoy fi toft qu'il euft le pied en Italie, il fit affembler tous fes gens de guerre,& apres les auoir prefchez& remerciez, felon que le teps & l'occafion le requeroit leur commanda qu'ils fe debandaffent & fe retiraffent chacu en fa maifon pour donner ordre à leurs affaires, pourueu qu'ils euffent fouuenace de fe retrouuer enfemble à Rome, au iour de fon triomphe. Ainfi s'eft at fon armee incontinent rompue,& la nouuelle en eftant aufsi toft courue par tout, il aduint vne chofe merueilleufe: car les villes voyant Pompeius le grand fans compagnie de gens de guerre, auec petite fuite de fes domeftiques& familiers amis feulemet, ne plus ne moins, que's'il fuft retourné, non de fes grades conqueftes, mais de quelque voya ge où il fuft allé pour fon plaifir fe vuiderent toutes pour aller au loyed cures d poetes to vray iij 214 POMPEI V S. deuant de luy, tant les peuples luy portoyent d'amour& de bienvueillance& l'accopagnerent, vouluft ou no, iufques dedans Ro me, auec pl' grade puifsace q celle qu'il auoit ramenee en Italie: de maniere que s'il euft eu enuie de remuer quelque chofe en l'eftat de la chofe publique, il n'euft point eu befoin de fon armee: Et pource que la loy& couftume defendoit d'étrer dedãs la ville deuant le triophe, il enuoya requerir le Senat, de vouloir differer pour quelques jours l'election des Confuls,& luy faire cefte grace, afin que prefent il peut afsifter& fauorifer à Pifo, qui demandoit cefte annee- là le Cofulat: mais il fut debouté de fa requefte, par la refiftance que luy fit Caton qui l'empefcha, dont Pompeins s'esbahyffant,& s'efmerueillat de fa franchiſe de parler,& de la roideur, de laquelle feul il vfoit à fouftenir& defendre les chofes iuftes& raisonnables, il eut enuie de le gaigner, comment que ce fuft.Parquoy ayant Caton deux nieces, il en demanda l'vne en mariage pour foy,& l'autre pour fon fils: mais Caton fe doutant qu'il faifoit cefte pourfuite pour le gaigner& le corrompre, fous couleur de cefte pretedue alliance, l'en efcondui fit. Sa four& fa femme eftoyent tref mal contentes, de ce qu'il re fufoit ainfi l'alliance du grand Pompeius. Mais enuiron ce mefme teps, il aduint que luy, defirant par toutes voyes promouuoir Afranius au Confulat, fift diftribuer quelque arget par les lignees du peuple,& fut l'arget deliuré, és iardins mefmes de Põpeius, de forte q la chofe en fut toute diuulguee par la ville,& le blafma on fort de ce qu'il vouloit rendre venal,& faire acheter par arget à ceux, qui ne pouuoyet acquerir ne meriter par vertu, le fouuerain magiftrat de la chofe publique, que Juy- mefme auoit obtenu en recompenfe de fes hauts faits:& adonc Caton remonftra à fa femme& à fa feur, Voyez- vous, il nous euft fallu maintenant participer à ce blafme- là, fi nous eufsios pris l'alliance de Pompeius.Ce qu'elles ayant entendu, confefferent que fon aduis auoit efté le meilleur, eu efgard au deuoir& à l'honneur. Au reste quat à la magnificece de fo triophe, encore qu'il fuft departy en deux iours, il n'y eut pas du temps affez, ains y eut plufieurs chofes, qu'o auoit preparees pour eftre portees à la monftre, qui demeurerent, de maniere qu'il y en auoit largement pour honorer, embellir& orner encore vn triomphe.Entre autres chofes, on y porta deuất des efcriteaux, où eftoyent contenus les noms des nations dont il triomphoit, qui eftoyent celles, qui s'enfuiuent, le royaume de Pont, d'Armenie, la Cappadocie, la Paphlagonie, la Medie, la Colchide, les Hiberiens, les Albaniens, la Syrie, la Cilicie, la Mefopotamie, la Phoenicie, la Paleftine, la Iudee, l'Arabie, les Cour faires& efcumeurs de mer desfaits par tous les quartiers du mon de, tant par mer que par terre: en tous lefquels pays il prit iufques au nobre de mille chafteaux,& non gueres moins de neuf cens villes& citez:& de yaiffeaux de Courfaires, enuiron huit cens& de vill tage uenu qu'i & ac cés m gnep la va bue a litee na en res, tu fille,& me, le de fes ens grand gaign molt a autre phe, il eu d'a mais rope il fer bita pare XA0 rite, reux velcu des ad thorit tres in tant le a ruin endr yer pu for fon iniques del tamenee en lque chofe in de fon rer dedis l e vouloir d faire cet Pifo qui dema de la reply dont Po ife de parter nir& defe gaigner, c esil en den Fils: mais gaigner Pen efco de ce qu ron ce promou ar les lig de Popein & le blafm ter par arge tu, le fon auoit ob remonft maintena ce de Por naduis a Aureite c marty end choles meure embel morta d ons d oyaum Med ciela e, les C POMPEI V S. 215 de villes, au parauat defertes, par luy repeuplees, trete neuf. Daua tage les efcriteaux portoyer aufsi q parauant fes coqueftes, le remenu ordinaire de la chofe publique ne montoit par chacun an, qu'à cinq milliós d'efcus,& que lors de ce qu'il auoit adioufté & acquis à l'épire Romain, ils en receuoyet huit millions,& cinq cés millé efc',& quil apporto it prefentemet au trefor de l'efpargne publique, tat en or& arget monnoyé, qu'en bagues& ioyaux, la valeur de dix millió d'or, fans ce qui auoit efte doné& diftribué aux gés de guerre, dot celuy q, en auoit cu le mois felő fa qua lité, en auoit receu cet cinquate efcus. Les prifonniers, qu'on me na en la monftre de ce triophe, outre les Capitaines de Courfaires, furent le fils de Tigranes Roy d'Armenie, avec fa féme,& fa fille,& la féme mefme du Roy Tigranes, laqlle s'appelloit Zofime, leRoy des Juifs Ariftobul', la feur de Mithridates auec cinq de fes enfãs, quelques Dames de la Scythie, les oftages des Hiberi ens& Albaniens,& ceux du Roy de la Cómagene,& outre cela grand nobre de trophées, autat come luy ou fes lieutenas auoyer gaigné de batailles en diuers lieux. Mais encore ce qui luy tournoit à plus grande gloire& qui n'aduint iamais ny deuät ny apres à autre Capitaine Romain qu'à luy, fut qu'en ce troifieme triom phe, il triopha de la troifieme partie du mon de car il y auoit bie eu d'autres Romains parauat luy, q auoyet triophé par trois fois mais luy triopha la premiere fois de l'Afrique, la feconde de l'Eu rope,& la troifieme de l'Afie, tellement qu'en ces trois triophes, il femble auoir par maniere de dire, triophé de toute la terre habitable entierement,& fi eftoit lors, ainfi q difent ceux, qui le coparent,& qui le veulent faire en toutes chofes reffembler à Alexandre le grad, au deffous de trente& quatre ans: toutefois, à la ve rité, qu'oy qu'ils dient, il approchoit lors des quarante:& bie heu reux euft- il efté, fi fa vie ne fuft point prolongee outre le poinct que luy dura la fortune d'Alexandre, pource que tout le teps, qu'il vefcut depuis, ne luy apporta que ou des profperitez odieufes, ou des aduerfitez irremediables: car en employant le credit& l'au thorité qu'il auoit acquis par bons moyens pour fauorifer à d'autres iniuftement, autant comme il leur adioufta de puiffance, autant fe diminua il de fa gloire,& ne fe dóna garde, qu'ils fe trouua ruiné par fa propre grandeur, ne plus ne moins que les villes qui laiffent entrer leurs ennemis iufques dedans les plus forts endroits& meilleurs quartiers qu'elles ayet, leur adiouftet leurs propres forces d'elles mefines: aufsi Cæfar s'eftant agrandi moyennât la faueur& la puiffance de Pompeius, le desfit& le ruina puis apres luy- mefme, auec les propres moyes dont il l'auoit fait fort contre les autres: ce qui aduint en cefte maniere: Lucullus à fon retour de l'Afie, cù Popeius l'auoit iniurieufemet trai tté, fut dés lors bien yeu& bien teceu du Senat,& encore plus depuis o iiij 216 POMPEI V S. difoit rille& blique ce qui cord n de cef le Ca Hatter gens tions d à la dig rele Co buy reli de feco que Ca quad Popeius fut aufsi arriué: car le Senat mefme l'incita à fe fai re valoir,& à prendre les matieres à cœur à bon efciant: mais il rebouchoit defia au demeurant,& eftoit fa chaleur actiue és affai res de la chofe publique ia toute refroidie, pour s'eftre trop adon né à laife de fa perfonne,& au plaifir de iouyr de fa richeffe& de fes bies en repos: toutesfois Popeius ne fut pas pluftoft de retour qu'il s'attacha viuement à luy, touchant les chofes qu'il auoit efta blies& ordonnees en Afie, que Pompeius auoit toutes caffees& änullees,& l'emportoit au Senat, moyennant le port& la faueur que Caton luy faifoit: à l'occafion dequoy Pompeius fe trouuant ainfi rebuté& haraffé au Senat, fut contraint de recourir aux Tribuns du peuple,& de s'accointer de ieunes hommes euentez, dont le plus mefchant, le plus audacieux& le plus temeraire e- ftoit vn nommé Clodius qui le vous prit incontinent& le bailla en proye au peuple, l'ayant toufiours à fes coftez,& le trainant à tout propos par la place apres luy, contre fa dignité, pour luy faire confimer toutes les nouuelletez que luy propofoit& mettoit en auät pour flatter la commune,& s'infinuer en la grace du menu populaire: mais dauantage encore luy demanda- il pour fon falaire, comme fi ce n'euft pas efté vne honte, ains vne grace qu'il luy euft requife, qu'il abadonnaft Cicero, qui eftoit fon ami & qui auoit fait beaucoup pour luy en l'adminiftration de la cho fe publique: ce qu'il obtint de luy, tellement que quand Ciceron fe voyant appellé en iuftice en danger de fa perfonne, l'éuoya requerir de luy aider, il fit fermer la porte de deuant fon logis à, ceux qui venoyent de fa part,& s'en fortit par vne autre porte de derriere: à l'occafion dequoy, Ciceron craignant l'iffue du iugement, s'en alla volontairement hors de Rome.Enuiron lequel temps Cæfar retornant de fa Præture d'Espagne, commença dés lors à mener vne pratique, qui promptement luy acquit vne finguliere bien- vueillance,& depuis luy apporta vne grande puiffance, mais au contraire vn tref- grand dommage à Pompeius & a la chofe publique: car il eftoit apres à pourfuyure fon premier Confulat:& voyant que tant comme Pompeius feroit en ini mitié auec Craffus en fe ioignant à l'vn, il auroit l'autre pour ennemi, il cercha les moyens de les mettre d'accord: chofe qui de prime face fembloit la meilleure& la plus honnefte du monde, mais qui eftoit entrepriſe finement& malicieufement à mauuaife intention: Car la force, qui parauat eftoit diuifee en deux parts maintenoit la chofe publique en egal contrepois, ne plus ne moins qu'vn bateau egalement chargé autant d'vn cofté q d'autre, tellement qu'il ne peut pancher ny çà ny là, venant à fe conioindre en vn corps,& à n'eftre plus qu'vne, fit l'inclination fi for te, qu'il ne fe truua perfonne, qui y peut contrepefér, de manie re qu'à la fin aufsi renuerfa- elle tout fans deffus deffous. Pourtant difoit toute manda want, Po dir Cala rilez par defendre dray vo teray le Vie, ne t amis efchap il appa pour e la il ef te, com bien tof peius du promile de Pilo. Bibulas tonids ru de verge rifion buns d moyen firet a appaft tout ce Finctalk eficiam eftre trop a richelle aftoft de re qu'il auor outes cafes port& la fa as le trou POMPE IV S. 217 difoit le fage Caton à ceux qui alloyent difcourans, que la quelrelle& inimitié de Pompeius& de Cæfar auoit ruiné la chofe pu blique, qu'ils fe mefcontentoyent grandement de s'en prendre à ce qui auoit efté le dernier pource q ce n'auoit pas efté leur difcord ny leur inimitié, qui auoit efté premiere& principale caufe de cefte ruine ains pluftoft leur amitié& concorde: car par icelle Cæfar fut efleu Conful, lequel fe mit incontinent à careffer& flatter le menu populaire& la multitude des fouffreteux& indigens, mettant en auant des repeuplemens de villes, des diftributions de terres à ceux qui n'en auoyent point, derogeant en cela à la dignité du fouuerain magiftrat,& rendat, par maniere de dire, le Confulat vn Tribunat du peuple.Son compagnon Bibulus luy refifco it le mieux, qu'il pounoit,& Caton fe deliberoit bien de feconder& aider à Bibulus de toute fa puiffance, iufques à ce que Cæfar amena en la tribune des harangues, Pompeius, deuant toute l'affiftance du peuple& en l'appellant par fon nom luy de. manda s'il approuuoit pas tous les decrets, qu'il auoit mis en a- uant, Pompeius refpondit qu'ouy.Si donc il fe trouue quelqu'vn dit Cæfar, qui par force vueille empefcher, qu'ils ne foyet authovne gra rifez par les voix du peuple, ne viendras- tu pas pour fouftenir& oit fon am defendre le bien du peuple? Ouy, refpondit Pompeius, ie y viennde lach dray voirement:& contre ceux qui menaçent de l'efpee, i'apporCiceronteray l'efpee& le bouclier.Iamais Pompeius n'auoit en toute fa de recourt a es event temerare & le train te, pour foit& la grace nda- il p Fewoya refon logis autre por iron leque commence acquit v vne grand Pompe re fon p eroit en -e pouret ofe qui mon vie, ne fait, ne dit chofe fi importune que celle- la, de forte que fes a mis mefme, pour le cuider excufer, difoyet que cefte parole luy efchappa fans y penfer: toutefois par ce qui s'enfuyuit puis apres, il apparut bien euidemment, qu'il s'eftoit du tout donné à Cæfar, pour en faire tout ce q bon luy fembleroit: car à peu de iours de là il efpoufa Iulia fa fille, fans que perfonne s'en fuft iamais douté, combien qu'elle fuft fiancee à Seruilius Cæpio, qui la deuoit bien toft efpoufer:& pour appaifer le mal- talent de Cæpio, Pom peius luy donna en maryage fa fille, qil auoit aufsi au parauant promife a Fauftus fils de Sylla,& Cæfar efpoufa Calpurnia fille de Pifo.Cela fait, Pompeius empliffant toute la ville de gens de guerre, fit à force tout ce qu'il voulut: car ainfi comme le Conful Bibulus s'en alloit en la place accompagné de Lucullus& de Ca ton, ils ruerent fur luy à l'improuueu,& rompirent les faifceaux de verges, qu'on porroit deuant luy,& y eut quelqu'vn, qui par de rifion luy ietta vn plein panier de fiante fur la tefte: deux des Tri buns du peuple, qui eftoyent en fa fuyte, y furent blecez.Et par ce moyen ayans vuidé la place de ceux, qui leur contrarioyent, ils firet à leur aife paffer le decret de la diftribution des terres: dugi appaft le menu peuple eftant alleché, fe laiffa mener par eux à tout ce qu'ils voulurent,& ne s'enquit plus de rien à l'encontre, ains fans mot dire au contraire il donna fa voix pour authorifer maus eux pa e pla le co tionfif 213 POMPEI V S. que dem alterna vn pan ius, qui dire de maise eftoit venge ceron. ce meln des ferf trauers nant la Finfole ques p tint to pourro yen eu me Juli tout ce qui leur plaifoit propofer.Si furent là ratifiees les ordonnances, pour lesquelles Pompeius auoit debat auec Lucullus,& decreta- on à Cæfar le gouuernement des Gaules, tant deçà q delà les mots des Alpes& de l'Efclauonie, pour l'espace de cinq ans auec quatre legions completes. Et pour l'annee enfuyuant furent defignez Coluls Pifo Beau- pere de Cæfar,& Gabini' le pl' grad flateur que Pompeius euft à l'encontre de luy. Or pendant q ces chofes fe paffoyent, Bibulus fe maintint renfermé dedans fa maifon fans en ofer fortir huit mois durans, quoy qu'il fuft Conful,& enuoyoit feulement dehors des affiches pour attacher és lieux publiques, par lefquelles il chargeoit& accufoit Pompeius& Ca far: d'autre part Caton, ne plus ne moins que s'il euft efté infpiré de quelque efprit prophetique, alloit prefchat& predifant publiquement en plein Senat, ce qui eftoit pour en aduenir à la chofe publique,& à Pompeius mefme: mais Lucullus ne fe voulant pas trauailler fe tenoit coy,& iouyffoit de fon repos comme n'eftant pl' pour pourter la peine, ny d'aage pour fe mefler d'affaires.& fut lors q Pompeius dit, qu'il eftoit plus hors de faifon à homme vieil de vaquer à fon plaifir, que de vaquer aux affaires de la chofe publique:& neantmoins luy- mefme fut aufsi tantoft amoly de l'amour de fà nouuelle efpoufe,& n'ettendit plus à autre chofe la plufpar du temps qu'à luy cóplaire, fe tenant le plus fouuent auec elle en fes maifons de plaiface qu'il auoit aux chaps, ou bie en fes iardins, fans plus fe foucier de ce qu'on faifoit en l'adminiftratio de la chofe publique, de maniere que Clodius, qui lors eftoit Tri bun du peuple, vint à le mefprifer,& à entrepredre des chofes fort feditieufes: car ayant chaffé Ciceron,& enuoyé Caton hors de Ro me en Cypre, fous couleur d'vne commission& adminiftration publique:& d'vn autre cofté Cæfar s'en eftat allé és Gaules, voyat q le comun peuple luy obeyffoit, à caufe qu'il faifoit& difoit tout ce qu'il pouuoit imaginer pour le flatter& luy agreer, il attenta incontinêt à l'encontre des ordonnâces de Pompeius, tafchant à én faire caffer& annuller quelques vnes: come entre autres il tira par force le ieune Tigranes hors de prifon, leq! il menoit toufiours par la ville quand& luy,& alloit fufcitant tous les iours, des querelles& proces aux amis de Pompeius, pour efprouuer en leur fait, quel credit& quelle puiffance il auroit. Finalement vn iour que Pompeius eftoit forty de fa maifon en public, pour afsifter au iugement de l'vn de fes proces, ce Clodiusayant autour de luy v- ne cauerne de vagabons, hommes abandonez, à qui il ne chaloit qu'ils fiffet, fe planta deffus vn endroit releué, où il eftoit veu de to' coftez de la place& começa à faire tout haut de telles interro gatoires: Qui eft le Capitaine de cefte ville le pl' luxurieux? Qui eft l'home, qui cerche l'home? Qui eft celuy, grate fa tefte auec vn doigt Et fes fatellites luy refpodoyet crias à haute voix à chaf que ner ent mais b re rap Clodi Qui en nomb hom plus expr bone fe en bleds de Po en fut Rappe terre trafic C Clod n'au for mo the aut avec Luc estant de elpace de c Η εκδοτικής Orpendam me dedans l il fuft Conil acher és l Pompeius& euft effe predilne enir a la d ne fe roula comme n'e Mer d'affaire aifon à ho ires de lad roft amo utre cho fouuent a POMPEI V S. 219 que demande qu'il faifoit, comme fi c'euft efté vn chœur qui euft alternativement refpondu au preftre à chaque fois qu'il fecouoit vn pan de fa robbe, C'eft Pompeius. Cela greuoit fort Pompeius, qui n'auoit point accouftumé d'ouyr ainfi publiquemet mefdire de foy,& n'auoit point appris de combattre de cefte forte: mais encore eftoit- il pl' marri de ce qu'il apperceuoit q le Senat eftoit bien aife de luy voir faire cefte honte& ceft outrage, en vengeance de ce qu'il auoit lafchement ttahy& abandonné Ciceron. Parquoy s'eftant dauatage fait quelque batterie fur la place mefme, là où il y eut des gens blecez,& ayant efté furpris vn des ferfs de Clodius, auec vne efpee, qui s'eftoit à force coulé à trauers la preffe, iufques aupres de la perfonne de Pompeius prenant la couverture de cefte occafion, mais à la verité craignant l'infolence& les paroles iniurieufes de Clodius, il ne voulut onques puis fe trouuer en la place, tat que fon tribunat dura, ains fe tint toufiours en fa maifon, confultant auec fes amis, comment il pourroit faire pour appaifer l'ire du Senat à l'encontre de luy:& y en eut vn nommé Culeo, qui luy confeilla de repudier fa femme Iulia, pour renoncer du tout à l'amitié de Cæfar,& fe retourner entierement du cofté du Senat: ce qu'il ne voulut pas faire. mais bie prefta- il Paureille à ceux, qui luy confeillerent de faire rappeler Ciceron, perfonnage qui eftoit ennemi mortel de Clodius& tres- aimé du Senat. Si conduifit le frere de Ciceron, qui en deuoit faire la requefte au peuple, fur la place, auec bon nombre de gens de defenfe, la où il y eut des coups ruez,& des hommes tuez d'vne part& d'autre: toutes fois il demeura à la fin plus fort que Clodius.Et ainfi Ciceron eftant rappellé par decret expres du peuple, fi toft qu'il fut de retour remit Pompeius en la bone grace du Senat,& perfuada la propofitio, qu'on auoit ia mife en auant, de donner à Popeius la comiffion de faire venir des bleds à Rome, par laquelle il remit vne autre fois en la puiffance de Pompeius tout tat de mer& de terre, par maniere de dire, qu'il y auoit deffous l'empire Romain: car par la teneur du decret qui en fut paffé, fe trouuerent en fa main tous les ports, toutes les e- ftappes& marchez, toute la vente des grains& des fruits de la terre,& pour dire en vn mot, tout le fait& trafic des marchans traficquas fur la mer,& des laboureurs cultiuans la terre.Ce que Clodius calomniant, alloit difant que la cherté& faute de bleds n'auoit point fait inuenter ny propofer le decret de cefte cómiffion: mais au contraire, que pour auoir cefte cómiffion, on auoit fait naiftre la faute de bleds, afin de faire reuenir come d'vne paf moifon& remettre vn petit fus par cefte nouuelle charge Pauthorité de Popeius& fa puiffance qui s'en alloit languiffant.Les autres difent, que ce fut vne rufe du Coful Spinther, lequel voulut employer Popeius en cefte plus grande charge, afin que luy fuft ou bie en adminiftrat lors eftoit T des choles on hors de adminiftra Gaules, & difor reer, il at ius, tafcha e autres noit tou ours, des Duer en ment v ur afsit our de il nech effort ellesi Grelle 220 POMPEI V S. abond Pame poit b à ceux leurs f ftant de mu rurent eut de furent gens pa te de fo promet deux e les deu nombr faueur enuoyé pour fecourir& remettre en fon royaume le Roy Ptolo maus: toutefois Canidius Tribun du peuple mit encore en auant d'y enuoyer Pompeius fans armee, auec deux fergens portans les haches deuant luy feulement, pour remettre d'accord ce Roy Prolomæus auec ceux d'Alexãdrie: laquelle charge n'euft pas e- fté defagreable à Pompeius: mais le Senat reietta cefte propofition fous honnefte couleur, feignant qu'il auoit peur qu'en ce faifant Pompeius ne mit fa perfonne en danger. Ce neantmoins on trouuoit fouuent par la place& emmy le Senat des petits billets, efquels eftoit efcrit, comme Ptolomæus requeroit, qu'on luy baillaft Pompeius au lieu de Spinther pour le remener: toutefois Timagenes efcrit que Ptolomeus s'en alla à Rome,& laiffa l'Egypte fans qu'il en fuft autremet befoin à la fuafion& fufcitation d'vn Theophanes, qui luy mit en tefte de ce faire, afin de donner nouueaux moyens à Pompeius de bien faire fes befongnes& matiere de nouuelles guerres: mais la malignité de ce Theophanes n'a pas tant rendu cela croyable, comme le naturel de Pompeius l'a fait tenir pour incroyable, pource que fon ambitio n'auoit rien de fi malin ny de fi mefchant comme cela. Luy ayant donc efté donnee la commiffion de faire venir des bleds, il enuoya par tout ailleurs fes lieutenants& amis,& luy en perfonne s'en alla en Sicile:& comme il fut preft à s'en reuenir, il fe leua vn grand vent en mer, tellement que les mariniers faifoyent doute de leuer les ancres: mais luy- mefme le premier monta dedans la nauire, & commanda qu'on mit les voiles au vent incontinent, criant tout haut: Il eft neceffaire que i'aille, non pas neceffaire que ie viue:& ainfi par fa bonne diligence& fa hardieffe, ioint la bonne fortune qui luy fauorifa, il emplit toutes les eftapes& marchez de bleds,& toute la mer de nauires, de maniere que l'abondance, qu'il en fit venir, fournir non feulement à la ville de Rome, mais auffi aux enuiros,& en fourdit côme vne viue fontaine,& vn lar. ge ruiffeau qui s'efpandit par toute l'Italie.Or enuiró ce mefme temps, les grandes conqueftes que Cæfar faifoit és Gaules l'eleuoyent bien fort haut: mais là où il fembloit, qu'il fuft bien loin de Rome attaché à faire la guerre aux Belges, aux Sueuiens& aux Anglois, on ne fe dona garde qu'il la faifoit par fecrettes me nees, au milieu du peuple Romain,& és principaux poincts des affaires de la chofe publique côtre Pompeius, pource qu'il auoit autour de fa perfonne les forces d'vne armee, comme vn corps militaire, qu'il aguerriffoit& endurciffoit au trauail, no point en intention de s'en valoir contre les Barbares feulement: car les combats qu'il auoit contre eux, ne luy eftoyent que comme vne maniere de chaffe, par lefquels il tendoit à la rendre inuincible & redoutable à tout le monde: mais au demeurant l'or& l'arget, les defpouylles& autres richeffes, qu'il gaignoit en fi grande abonde fe fa de quel royent c 2ntres C diuulgu страих enplei fuvar mefm prem auffi Toit ce fepubl grande reproch ingrat droit, qu poure a moins to Cofula Caton Pour quoy peur fon c Noyer encurt bu Tergens per ed accord harge n'eut a celte pr uit peur Ce mean ur des pein querunt, qu'on on& fuic afin de do efongnes& rel de Pom mbition y ayant d nne s'enal i enuoya POMPEI V S. 221 abondance fur les ennemis, qu'il desfaifoit, luy eftoyent comme l'ame de ce corps, par le moyen de laquelle il gaignoit& corropoit beaucoup d'hommes en enuoyant de grads prefens à Rome à ceux qui venoyent à eftre Ediles, Præteurs, ou Confuls,& à leurs femmes me fmes.tellement qu'ayant repaffé les Alpes,& e- ftant venu faire fon hyuer en la ville de Luques, il y eut vne grade multitude d'autres perfonnes, hommes& femmes, qui y coururent à l'enuie les vns des autres: mais du Senat mefme il y en eut deux cens, qui y furent deuers luy, entre lefquels nommémét furent Craffus& Pompeius:& vid- on pour vn coup fix vingt fergens portans les haches deuant Præteurs ou Proconfuls à la porte de fon logis. Si rennoya tous les autres pleins d'argent& de promeffes: mais auec Popeius& Craffus il fit vne paction, qu'eux deux enfe mble demãderoyent encore le Confulat, à quoy Cæfar les deuoit aider en en uoyant à Rome au iour de l'eflection bon ce Theop nombre de fes gens de guerre pour y donner leurs voix en leur faueur,& que fi toft qu'ils auroyent efté efleus, ils pratiqueroyent de fe faire donner à eux, par decret du peuple, les gouuernemens de quelques nouuelles prouinces& nouuelles armees auffi,& feroyent confirmer& prologer en fon nom celles, qu'il tenoit, pour autres cinq annees. Quand la nouuelle de cefte marchandife fut gran diuulguee parmy le peuple de Rome, les gens de bien& les prinMoure de leue cipaux de la ville en furent fort defplaifans, tat que Marcellinus ans la navire en pleine afseblee du peuple leur demanda à eux deux, s'ils pourtinent, cria fuyuroyent le Confulat à la prochaine; election: à quoy le peuple mefme leur commandant de refpondre, Pompeius refpondit le premier, que peut- eftre le demanderoit- il voiremét,& peut- eftre auffi que non: mais Craffus refpondit plus ciuilement, qu'il en feroit ce, qu'il verroit eftre le plus expediet pour le bien& la cho fe publique. Marcellinus adonc s'attacha à Pompeius,& parla de grande vehemence contre luy, iufques à tant que Pompeius luy reprocha à la fin en courroux, qu'il eftoit le plus iniufte& le plus ingrat home da monde, veu qu'il ne reconoiffoit point en fon endroit, que par fon moyen il eftoit deuenu de muet, eloquent,& de poure affamé, faoul iufques à rendre fouuent fa gorge. Ce neantmoins tous ceux, qui parauant auoyent propofe de demander le Cofulat, s'en deporteret adonc, excepté Lucius Domitius, auquel Caton cofeilia& dona courage de ne defifter point, pource( luy difoit- il) que tu ne cobats point pour obtenir vn magiftrat, ains pour defendre la liberté publique à l'encôtre de deux tyras.Parquoy Popeius& fes adherens craignas la vehemence de Cato, de peur qu'ayant ia tout le Senat à fa deuotion, il n'attiraft auffi de fon cofté la plus faine partie du peuple, penferent qu'il ne falloit pas laiffer venir Domitius iufques en la place,& à cefte finenuoyerent des gens en armes côtre luy, qui d'arriuee occirent ceua vn aire que lev es& march Pabondan Rome, ine,& vn la tro ce me Gaules le uft bien Sueuie fecretre poind qu'ila me vn порош ent: c Comme & 222 POMPEI V S. luy, qui portoit la torche deuant luy,& contraignirent les autres de prendre la fuyte, entre lefquels Caton fut le dernier à fe retirer, ayat efté blecé au coude du bras droit en defendat Domitius. Eftas dos Pópeius& Craffus paruenus au Cófulat par telle voye, ils ne fe porterent de rien plus modeftemét ny plus honneftemet au demeurat. Car premierement come le peuple fut apres à eflire Cató Præteur, Popeius, qui prefidoit en Paffemblee de l'eflectio, voyant qu'il s'en alloit eftre efleu, la ropit, alleguant fauffement qu'il auoit obferué quelques mauuais prefages pour auoir occafion de la rompre,& depuis ils corropirent par arget les lignees du peuple pour faire eflre Præteur Antias& Vatinius,& confequemment firent propofer par vn Tribu du peuple des edicts, par lefquels la charge que Cæfar auoit, luy eftoit prologee pour autres cinq ans, fuyuant ce qu'ils auoyent contracté enfemble:& le gouuernement de la Syrie, auec la charge de faire la guerre aux Parthes, eftoit comis à Crafs':& à Popeius toute l'Afrique& tou tes les Hefpagnes, auec quatre legios, dot il en prefta lors deux à Cæfar, qui les luy demada pour la guerre qu'il auoit en la Gaule. Cela fait, Crafs fe partit pour aller en fon gouuernemet au fortir de fon Confulat:& Popeius demeurat a Rome, à la dedication de fo Theatre fit iouer de beaux ieux de prix, at d'exercices de la perfonne, comme de lettres& de la mulique,& fit auffi faire des chaffes& cobats de beftes fauuages, efquelles il y eut bie iufques au nobre de cinq ces lions tuez: mais apres tout, il n'y eut rien fi efmerueillable ne fi efpouuãtable, q les cobats des Elephas.Ces Yiberalitez& defpēces faites pour doner paffe teps au peuple, le firent derechef beaucoup eftimer,& luy apporterent vne grande bie vueillace de la comune: mais d'vn autre cofté, il ne fufcita pas moins d'enuie, quad il comit la charge de fes gouuernemes& de fes legios à fes lieutenats, pendat q luy alloit ça& là fe donant du bon teps auec fa femme par tous les beaux lieux de plaifance de P'Italie, foit, ou qu'il fuft amoureux de fa femme, ou qu'elle eftat amoureufe de luy, il n'euft pas le coeur de la laiffer. Car on difoit par tout,& eftoit chofe affez notoire, q cefte ieune dame Iulia ai moit fon mary plus ardemment, que ne fembloit porter l'aage, où il eftoit: dont il m'eft aduis, que la caufe eftoit l'honnefte continece de luy qui ne conoiffoit autre femme que celle, qu'il auoit efpoufee, ioint que fa grauité naturelle n'eftoit point fafcheufe, ains eftoit fa companie& fa conuerfation fort plaifante& fort agreable aux femmes, fi en cela nous ne voulons reprouuer le tefmoignage de la Courtifane Flora; mais il eft bien certain, que en vne electiou d'Ediles, eftans quelques vns venus iufques à mettre la main aux armes, il y eut plufieurs hommes tuez tout contre Pompeius, de maniere que luy en eftant tout fouyllé de fang, il fallut qu'il changeaft d'habillemens, à raifon dequoy fes fers ferui accouft Dame robbe t yeur, peine a fur The afpres woven encore d'enfant Et com fienne te ce en em | Compl tifier, ny que le p is pou aulli toft refrenoir fe leua in rent tout roles& Dint aul fus, qui choit guerre ranged Maisa core pe queur, a meurere Tant ef peut iam qu'ilse Ils ne pour raightene le dernier defendar D at par rel plus hom e fut taprtis blee de tele gaant faulo pour avour POMPEI V S. 223 fes feruiteurs coururent à grande hafte en fon logis reporter fes accouftremés enfanglatez pour luy en porter d'autres. La ieune Dame fe trouuant pour lors enceinte, apperceut d'auenture fa robbe toute fanglante, dont elle entra foudain en fi grande frayeur, qu'elle en tomba toute pafmee,& eut- on beaucoup de peine à la faire reuenir de cefte pafmoifon, mais elle en auorta fur l'heure: au moyen dequoy ceux mefmes, qui eftoyent les plus afpres à reprendre l'amitié qu'il auoit auec Cæfar, ne le pouuoyent blafmer de l'amour qu'il portoit à fa femme. Elle deuint encore vne autres fois groffe depuis, dont elle mourut en trauail ar arger les lig Varinus,& d'enfant,& l'enfant ne furuefcut guere de iours apres la mere. pedere Et comme Pompeius fe difpofaft pour l'aller inhumer en vne Prologue pofienne terre, qu'il auoit pres la ville d'Alba, le peuple par force en emporta le corps au champ de Mars, plus pour la pitié& enlemble: efta lors d ire la gueme compaffion qu'il eut de la ieune Dame, que pour enuie de gra-P'Afrique tifier, ny à Cæfar, ny à Pompeius:& neantmoins encore de ce que le peuple en faifoit pour le regard d'eux, il fembloit en faire Diten la plus pour l'amour de Cæfar abfet, que de Pompeius prefent. Mais nemet au auffi toft que cefte alliance, laquelle couuroit pluftoft qu'elle ne la dedica refrenoit leur ambitieufe conuoitife de dominer, fut efteinte, il xercices de fe leua incontinent dedans Rome vne tourmente,& commenceauffi faired rent toutes chofes à branler,& à fe femer parmi le peuple des pabie iufqu roles& propos de fedition& de diuifion: puis tantoft apres furnycut rien uint auffi de renfort la nouuelle de la mort& desfaite de Craf Elephas. fus, qui fut comme vne grande barriere oftee, laquelle empefsau peuple, choit que ces deux parts ne s'entre heurtaffent& n'entraflent en guerre ciuile: car l'vn& l'autre des deux Chefs le redoutant, fe ne fulcrap rangeoit encore aucunement à la raifon enuers fon compagnon. Mais auffi toft que la fortune leur eut ofté ce tiers, qui eut encore peu contefter contre celuy des deux qui fut demeuré vainqueur, alors euft- on peu veritablement dire de ces deux qui demeurerent, ce que le poëte Comique dit, ent vegra enemist la fe donant e plaifanc quelle Carond dame ful porter la onnefte , qu'il falche fante eprome certais us ips I'vn contre l'autre adone fe met en point. Ses mains faupoudre, d'huy'e fon corps oingt. Tant eft la fortune peu de chofe au pris de la nature, dont elle ne peut iamais affouuir la cupidité, veu que fi grande longueur& largeur d'empire,& fi vafte eftédue de pays, ne peut encor arre fter ne borner la couoitife de ces deux perfonnages: ains cōbien qu'ils euffent fouuent ouy dire,& fouuent leu eux- mefmes, que Les dieux ayant le monde en trois party, Chacun fe tient content de fon party: Ils ne penfoyent pas neantmoins, que l'épire Romain fuft fuffifie pour eux, qui n'eftoyent que deux: toutefois Pompeius dit lors en vne harangue, qu'il fit deuant le peuple, Que tous les eftats& 224 POMPEI V S. pre qu'il ne gran opinio S'il vo mér y Ainfi la eft amiab fait d aux a point chofe feiller point roit. T en la v ains de occis pa fois Ce toutes les charges, qu'il auoit cues en l'adminiftration de la cho fe publique, ce auoit toufiours efté pluftoft, qu'il n'auoit efperé, & les auoit auffi toufiours quittees pluftoft qu'o n'auoit attendu, Ce qu'à la verité tefmoignoyet toutes les armees, qu'il auoit eues entre mains, lefquelles il auoit toufiours caffees de bonne heure: mais lors voyant bie que Cefar ne cefferoit pas la fiene, il cercha de fe fortifier des eftats& offices de la ville contre luy, fans remuer autre chofe, ny monftrer autrement qu'il fe desfiaft de luy, ains pluftoft faifant femblat de le mefprifer& de n'é faire point de conte: mais quad il vit, que ces magiftrats de la ville ne fe diftribuoyent pas à fon gre ny à fa volonté, pour autant que les citoyens, qui les eflifoyent, eftoyent corrompus par argent, il laiffa adonc tout aller en abandon, de maniere qu'il n'y auoit plus de magiftrat, qui comandaft ny auquel on obeyft en la ville.A l'occafion de laquelle confufion il courut incontinet par la ville vn grand bruit, qu'il eftoit befoin d'eflire vn Dictateur:& fut le mier qui ofa mettre en auant vnTribu du peuple nomé Lucilius, qui fuada qu'on efleuft Popeius: à quoy Caton contredit fi vinement que le Tribun fut en dager d'eftre fur le chap depofé de fő office: mais plufieurs des amis de Popeius fe tirerent lors en auất qui l'excuferent, remonftrans qu'il n'auoit, ny recerché, ni defiré aucunement ceft eftat de Dictature, dont Caton le loua grandement,& le pria& enhorta de vouloir tenir la main à ce que les chofes fe peuffent remettre en bon eftat.Pompeius eut honte de reculer à chofe fi raifonnable,& y eut l'oeil, fi bien qu'on efleut deux Confuls, Domitius& Meffala: mais depuis les chofes eftans retobees encore en plus grade cofufio que iamais, de forte qu'on ne pouuoit elire de nouueaux magiftrats:& à loccafion de ce, plufieurs remettans en auant le propos d'elire vn Dictateur plus audacieulement que parauant, Caton craignant d'eftre forcé à cefte fois, delibera de ietter à Pompeius quelque magiftrat de puiffance& authorite limitee, pour le deftourner de celuy qui auoit authorité exceffiue& tyrannique. Bibulus mefme qui e- ftoit ennemi de Popeius, fut le premier qui mit en auât au Senat, qu'onl'efleuft feul Conful, pource, dit- il que par- ce moyen ou la chofe publique fortira du trouble, auquel elle eft maintenat, ou fi elle doit tomber en feruitude au moins feruira- elle à celuy, qui eft le plus homme de bien. Cefte opinio fut trouuee bien efträge mefmement pour le regard de celuy qui la propofa:& Caton s'e ftant dreffé en pieds, chacun imagina foudain, que ce fuft pour y contredire: mais luy eftät fait filence, il dit haut& clair, que quat à luy il n'euft iamais propofé le premier celle opinion: mais puis qu'elle eftoit propofee par vn autre, qu'il eftoit bie d'aduis qu'o la fuyuift, pourautat, dit- il, qu'il vaut mieux auoir vn magiftrat, qui comande, qui qu'il foit, que de n'en auoir point du tout,& qu'il exercit Geome non po point nent Scien Seu q l'hon que la ne affe eftimo blique noces& debo neur ordo faire tres iftration b on auon a squ'il a de bone La femel re luy, f fe des falde den'e faire la ville ne l ar argenta auoit pla la ville d Et par la vil eur:& fut nome Luc mtredit f depole nt lors en a cheni de POMPEI V S 225 qu'il ne voyoit perfonne, qui fuft pour fauoir rien commander en fi grands troubles que feroit Pompeius. Le Senat approuua cefte opinion,& ordona que Pompeius feroit efleu feul Conful,& que s'il voyoit qu'il euft befoin de copagnon, qu'il en pourroit nommér vn tel, que bon luy fembleroit, mais non deuant deux mois. Ainfi fut Pompeius declaré feul Conful par Sulpultius, qui ce iour la eftoit à fon retour Entre- Roy:& adonc Pompeius careffa fore amiablement Caton, en le remerciát de l'honneur qu'il luy auoit fait,& le priant de le vouloir en particulier aider de fon confeil aux affaires de fon Confulat.Caton luy refpondit, qu'il ne falloit point, qu'il le remerciaft, pource qu'il n'auoit rien dit en tout ce qu'il auoit opiné, pour l'amour de luy, ains pout l'amour de la chofe publique feulement,& que là où il l'en requerroit, il le cofeilleroit yolotiers en particulier: mais quad il ne l'en requerroit point, il ne laifferoit pas de dire en public, ce que bon luy femble roit. Tel eftoit Caton en toutes chofes. Mais Pompeius retournất en la ville, efpoufa Cornelia, la fille de Metellus Scipion, nó fille, ains de nagueres demeuree vefue de publius Craffus le fils, qui fut occis par les Parthes, auquel elle auoit efté mariee la premiere fois. Cefte Dame auoit beaucoup de graces pour attraire vn hom me à l'aimer, outre celles de fa beauté: car elle eftoit honeftemet exercitée aux lettres, bie apprife à iouer de la lyre,& fauate enla Geometrie,& fi prenoit plaifir à ouyr propos de la philofophie, non point en vain ny fans fruit: mais, qui plus eft elle n'eftoit point pour tout cela, ny fafcheufe, ny glorieufe, come le deuiennent ordinairement les ieunes femmes, qui ont ces parties& ces fciences- la.Dauantage elle eftoit fille d'vn pere, auquel on n'euft feu que reprendre, ny quant à la nobleffe de fa race, ny quant à l'honneur de fa vie: toutesfois les vns reprenoyet en ce mariage, que l'aage n'eftoit point fortable, pource que Cornelia eftoit ieu ne affez pour eftre pluftoft marice à fon fils:& les plus honneftes eftimoyet, qu'en ce faifant il auoit mis à nonchaloir la chofe publique, au temps qu'elle eftoit en fi grads affaires, pour aufquels remedier, elle- mefme l'auoit choify comme medecin,& s'eftoit iettee entre les bras de luy feul:& cepedant qu'il s'amufoit à faire noces& feftes, là où pluftoft il deuoit pefer, quefon Cofulat eftoit vne publique calamité, pource qu'il ne luy euft pas efté ainfi baillé extraordinairement à luy feul, contre la couftume& les loix, fi les affaires publiques fe fuffent bien portez.Au demeurant, il fe mit à faire proceder à l'encontre de ceux, qui par voyes indeues de bourfe deflice& d'argent diftribué, eftoyet paruenus aux honeurs,& aucyent obtenu des magiftrats:& ayant fait des loix& ordonnances, felon lefquelles les proces& iugemes s'en deuroyet faire, il adminiftra bien diligemment& fyncerement toutes autres chofes au refte, donnant feureté, ordre, filence& grauité aux oua grand ice que eut honte qu'on efl choles ef de forte qu cafion de Dictateur p Petre force magiftra de celuy melme qu avar au Se = more.. intena à celing bien e & Cate efuft po air, que Pada's P j 226 POMPEI V S. fecond forme ue,& q nir qu pour a la, ains Conna nion d les deu re des jugemens, en y afsiftant luy- mefme en perfonne, auec force d'armes, excepté que quand fon beau- pere en fut auffi, entre les autres, appellé en iuftice, il enuoya querir en fa maifon les trois cés foixante iuges,& les pria de luy vouloir eftre en aide, tellement que l'accufateur fe deporta de fon accufation, quand il vit Scipion accompagné& conuoyé par ces iuges mefmes, en retournant de la place. Cela donna derechef mauuais bruit a Pompeius,& encore fut- il blafmé dauantage, de ce qu'ayant par ordonnance expreffe defendu qu'on ne louaft plus publiquement ceux, qui feroyent appellez en iuftice pour aucun crime, pendant qu'on feroit leur procez, luy- mefme vn 1our entra au parquet, où fe faifoyer les jugemens, pour louer publiquemet Plancus à l'occafio dequoy, Cato, qui lors eftoit l'vn des iuges, fe boucha les oreilles auec les deux mains, difant qu'il ne luy eftoit pas loifihle d'ouyr louer vn criminel, veu qu'il eftoit defendu expreffément par les loix: ce qui fut caufe de faire recufer Caton à iuge, auant qu'il donnaft fa fentence: mais nonobftant cela Plancus fut condamné par tous les autres iuges, à la grade honte& vitupere de Pompeius, car peu de iours apres, Hypfeus homme Confulaire, eftant auffi femblablement accufé, l'attendit vn iour comme il fortoit du bain pour s'aller mettre à table,& luy ambraffant les genoux le fupplia de luy vouloir eftre en aide: mais il pafla outre fuperbement fans luy refpondre autre chofe, finon, qu'il luy gaftoit fon foupper,& ne faifoit autre chofe: pour laquelle incöftance& inegalité de faire faueur aux vns& tenir rigueur aux autres, il fut à bon droit repris& blafme: mais au refte il reduifit toutes autres choles en bon eftat,& adopta pour compagnon au Confulat fon beau- pere Scipion, pour les cinq derniers mois: puis fe fit continuer les gouuernemens pour autres quatres ans, auec eftat de pré* Six cens dre à l'efpargne mille talens, par chacun an, pour entretenir& mille efcus. foudoyer fes gens de guerre. Ce que voyans les amis de Cæfar, commencerent à s'attacher là,& requirent qu'on euft donc auffi quelque regard à Cæfar, qui menoit de fi grandes& fi lourdes guerres pour l'empire Romain, difans qu'il eftoit bien raifonnable, attendu fes grands feruices, qu'on luy donnaft vn autre Confulat, ou qu'on luy prolonge aft encore le temps de fon gouuernement, durat lequel il peuft au moins iouyr en paix de l'honeur de commander à ce, que luy- mefme auoit acquis, fans qu'vn autre fucceffeur luy vinft ofter le fruit de fon labeur. Surquoy s'eftant meuë grade difpute& grande contétion à Rome, Pompeius come voulant reparer àl'enuie qu'on euft peu cóceuoir contre Cafar, pour l'amitié qu'il luy portoit, dit, qu'il auoit lettres de luy, par lefquelles il demandoit, qu'on luy enuoyaft vn fucceffeur,& qu'o le dechargeaft de la guerre:& an furplus, qu'il luy fembloit bien raisonnable, qu'on luy ottroyaft priuilege de demander vn fecond quelle d ment h pelus to die, de fion d'y fierent ualefcen que cela petite ne par plufi ceux qu les chem pleins d 1oye d qui lu Jumee Moyoy force tour- la norable Viemais Occation fede Coy de lara parence gardes, meipri faire d lemen retour ilon les cri aide, telle quand il vi mes, en re yant par orde pliquement c pendant gl arquet pule ancusi Pocc ucha les orell sloitable d'a ement pa POMPEI V S 227 fecond Confulat, encore qu'il fut abfent: à quoy Caton s'oppofa formellement, difant, qu'il falloit qu'il s'en retournaft home priué,& que pofant les armes il vint luy- mefme pourchaffer d'obte nir quelque bien& quelque recompenfe de fes citoyens. Mais pour autant que Pompeius ne repliqua, ny ne côtefta point à cela, ains fe teuft comme n'ayant que dire à l'encontre, on foupçonna& interpreta on dauantage, qu'il n'auoit point bone opinion de la volonté de Cæfar, joint qu'il luy enuoya redemander les deux legions, qu'il luy auoit preftees, fous couleur de la guerre des Parthes: toutes fois Cæfar encore qu'il entendift bien pour quelle occafion on les luy redemandoit, les luy renuoya grandement honnorees de beaux& bons prefens.Enuiron ce teps.Pompeius tomba malade à Naples d'vne groffe& dangereufe, maladie, de laquelle toutesfois il guair it:& les Napolitains à la perfua fion d'vn des princepaux de leur ville, nommé Praxagoras, facrifierent publiquement aux dieux pourleur rendre grace de fa conualefcence: leurs prochains vorfins en firent apres autant, de forte que cela de main en mains' eftédit par toute l'Italie,& n'y eut ne petite ne grande ville, qui n'en fift fefte& refiouyfläce publique par plufieurs iours:& ne trouuoit on lieu affez capable pour tenir ceux qui luy alloyết de tous coftez au deuantains en rompoyent les chemins tous les villages, les bourgs, les ports de mer eftoyet pleins de gens, qui facrifioyet aux dieux,& faifoyét feftin pour la ioye du recouurement de fr fanté. Il y en auoit mefme plufieurs, qui luy alloyent au deuất& le recueilloyent auec des torches allumees, portans chapeaux de fleurs fur leurs teftes,& puis le conuoyoyent& l'accompagnoyent en luy iettant force bouquets& pus left com force fleurs deffus luy, tellement que le conuoy qu'il eut à ce redetour- la, tout le long du chemin, fut l'vne des plus belles, plus hōge, auant us fut cont pere de P fulaire, el mme il for les gent outre fupe Laygator fance& in autres, il f toutes aut Confula entreten amis de Cal euft donc des& flour bien rail Vn autre fon gou He Phon ns qu' rquoy s Pompei Dir come norables& plus magnifiques chofes à voir qu'il eut onques en fa vie: mais auffi tient- on, qu'elle fut caufe, autant que nulle autre occafion, de fufciter la guerre ciuile, car l'opinion prefomptueufe de foy- mefme, qui luy entra en la tefte, auec l'extreme ioye que il fentit de fe voir ainfi honnorer& aimer, furmonta le difcours de la raifon, qu'il deuoit fonder fur les chofes vrayes, non fur l'aparence,& luy faifant oublier la diligence de foy tenir fur fes gardes, qui luy auoit toufiours auparauant affeuré fes profperitez& fes faits, la changea en audacieufe brauerie, qui luy fit mefprifer la puiffance de Cæfar, iufques à dire, qu'il n'auroit que faire d'armes ny d'autre laborieufe follicitude à l'encontre de luy,& qu'il le desferoit, quand il voudroit, beaucoup plus.facilement, qu'il ne l'auoit fait premierement. Dauantage Appius retourna là deffus de la Gaule, qui luy ramena les gens de guerre, qu'il auoit preftez à Cæfar, rabaiffant fort de paroles les chofes lettres de fuccefia demanden pij 228 POMPEI V S. qu'il auoit faites par dela,& tenant plufieurs propos outrageux & iniurieux à l'encotre de Cæfar: car il difoit, que Popeius ne conoiffoit pas bien fes propres forces ny fa reputatio, de fe vouloir fortifier d'autres armes contre luy, pource qu'il le deferoit auec les fienes propres, fi toft qu'on le verroit, tant les foldats, difoit- il, portoyent de haine à Cæfar,& auoyent grand defir de voir Pompeius.Ces propos enflerent fi fort Pompeius& le remplirent de fi grande nonchalance, par fe fier& prefumer trop de foy, qu'il fe mocqua de ceux, qui craignoyet trop la guerre:& à ceux qui luy difoyent, fi Cæfar s'en venoit droit à Rome, qu'ils ne voyoyent pas, auec quelles forces ils luy peuffent refifter, il refpondit d'vn vifage riät& auec vne chere ouuerte, qu'ils ne fe donaffent point de foucy quant à cela: car toutes& quantes fois, dit- il, que ie frap peray du pied feulement la terre d'Italie, ie feray foudre de toutes parts gens de guerre à pied& à cheual. Cependant Cæfar au contraire entendoit à bo efciant à fes affaires s'approchat de l'Italie,& enuoyant toufiours de fes foldats à Rome pour eftre à l'election des Magiftrats, en gaignant fous main& corropant toufiours plufieurs de ceux qui eftoyent en office, à force d'arget, entre lefquels fut Paulus I'vn des Cofulsjauquel il fit tourner fa rob * Neuf cens be, moyennât la fomme de* mille cinq cens talens,& Curio Triille efcus. bun du peuple, qu'il acquita d'vne infinie fome de detes,& Marcus Antonius, qui pour l'amitié, qu'il portoit à Curio, auoit auffi part à fes detes, en eftant obligé come luy.Il fut dauantage trouué, que l'vn des Capitaines venus de la part de Cæfar eftant aupres du Senat,& entendant que le confeil ne luy vouloit pas ottroyer la prolongation de fon gouuernement, qu'il demandoit, en frappant de la main fur le pomeau de fon efpee: Cefte- cy, ditil, la luy baillera.Bref, tout ce, qu'il ourdiffoit& qu'il faifoit, tendoit à cefte fin- là: toutesfois les demandes& requeftes, que faifoit Curio au nom de Cæfar, fembloyent vn peu plus raifonnables& plus populaires: car il demandoit l'vn des deux, ou qu'on fift pofer les armes à Pompeius, ou qu'on ne contraignift point Cæfar de les pofer non plus que luy car ou eftans( ce difoit- il) tous deux priuez, ils fe rangerot d'eux- mefmes à la raifon, ou retenās leurs armees auffi fortes I'vne que l'autre, ils fe côtenterőt de ce qu'ils ont, fans rien remuer l'vn pour la peur de l'autre, mais qui ofte roit les forces à l'vn& les laifferoit à l'autre, il doubleroit la puiffance, qu'il redoutoit. A cela repliqua Marcellus le Conful outrageufemét, appellant Cæfar vn brigand, difant qu'on le de uoit declarer ennemi public du peuple Romain, s'il ne pofoit les armes: toutetfois à la fin, Curio, Antonius& Pifo firent tat, que la chofe fut mife en preuue de la pluralité des voix du Senat: car il dit, que ceux qui feroyent d'aduis que Cæfar feul pofaft les armes,& que Pompeius retint les fienes, paffaffent tous d'yn cofté.Il y en eut la plus la plus qui vo ny l'a ving autres caule rieux batem frons, Pomp lonté d ment i dedans demeu серепо les mo qu'ilen defenfe Rome Marcell deuers Te te co blique ues en qui el me me, le tres d'affed menta mandes il reque à droit rendant alloit 医 家 FE cefte re ful gions propos ca que Pope io, de fe ille defen foldats di fir de var le rempliren pde for g refponded Te donafient pu ay foudre de endant Cal pprocha pour eftre - corropan Force d'arge tourneri & Curio e detes,& rio, auoita davantage Calar plan voulais pas qu'il demand Cafe- cy es que f railonnable ift poist oit- il tou ou reten eror de mais quit bleroir e Confils on le de mofait s it, que la accarild POMPE IV S. 229 la plus part qui y pafferent: puis apres il commanda, que ceux, qui voudroyent, que l'vn& l'autre les pofaffent,& que ny l'vn ny l'autre ne les retinft, paffaffent:& adonc il n'en demeura que vingt& deux feulement, qui fiffent pour Pompeius,& tous les autres enfemble fe rangerent du cofté de Curio, lequel a cefte caufe fortit en la place fa tefte haute leuee de ioye comme victorieux& fut recueilly par ceux de fa ligue auec hauts cris& grāds batemens de mains en figne de refiouyffance,& auec force feftons, bouquets& chappeaux de fleurs qu'ils ietterent fur luy. Pompeius n'eftoit pas prefent à cefte efpreuue, qui fe fit de la volonté du Senat, pource que ceux, qui ont charge& commandement fur des armees, ne peuuent par les loix Romaines entrer dedans la ville: mais Marcellus fe leuant dit, qu'il ne vouloit pas demeurer afsis s'amufant à ouyr des harangues& des disputes, cependant qu'il fauoit de vray, que dix legions paffoyent defia les monts des Alpes pour venir en armes droit contre eux,& qu'il enuoyeroit au deuant homme qui leur feroit tefte pour la defenfe de la chofe publique. Depuis cela on changea de robbe à Rome, comme on a accouftumé de faire en vn duet public:& Marcellus paffant à trauers la place fuyui du Senat, s'en alla deuers Pompeius, deuant lequel eftant arriué, il luy dit tout haut: Je te commande, Pompeius, que tu ayes à fecourir la chofe publique auec les forces que tu as ia toutes preftes,& que tu en leues encore d'auttes. Autant luy en dit auffi Lentulus, l'vn de ceux qui eftoyent defignez Confuls pour l'anne enfuyuant: mais comme Pompeius cuida leuer& enroller gens de guerre dedans Rome, les vns ne vouloyent point obeyr à fon mandement, les autres y venoyent à regret en petit nombre, froidement,& auec peu d'affection;& la plus part crioyent, Appointement, Appointement, à caufe qu'Antonius auoit leu deuant tout le peuple, malgré le Senat, vne lettre miffiue de Cæfar, contenant certaines demandes& offres fort à propos pour attraire le menu peuple: car il requeroit que Pompeius& luy fortiffent tous deux hors de leurs gouuernemens,& qu'ils laiffaffent leurs armees pour eftre à droit,& fe remettre entierement auiugement du peuple, en luy rendant conte& raifon de tout ce qu'ils auoyent fait. Lentullus qui eftoit defia entré en poffefsion du Confulat, ne faifoit point affembler le Senat, mais Ciceron n'aguere retourné de la Cilicie alloit tafchant de moyenner accord, mettant en auant que Cæfar laiffft les Gaules,& tout le refte de fon armee, exceptees deux legions feulement, qu'il retiendroit auec le gouuernement de l'Efclauonie, attendant vn fecond Confulat. Pompeius trouua ceft expedient mauuais:& les amis de Cæfar fe laifferent conduire iufques à conceder que Cæfar laifferoit encore l'vne de fes legions: mais Lentulus s'y oppofa,& Caton d'vn autre cofté auffi, p iij # 30 POMPEIVS. plein p Que le Mieux Sicile chacu que le brank faifoi de tou ent ag on, c bile& criant que Pompeius s'abufoit& fe mefcontentoit de mauiere que toutes ces voyes d'appointement n'euret point de lieu. Et ce pendant nouuelles vindrent à Rome, q Cæfar s'eftoit defia faify d'Ariminu bonne& grande ville de l'Italie,& qu'il s'en venoit auec toute puiffance droit à Rome.ce qui eftoit faux, car il n'auoit pas encore auec luy plus de trois cens cheuaux,& cinq mille hōmes de pied, n'ayat voulut attedre le refte de fon armee, qui eftoit encore delà les mots en la Gaule, ains fe haftat pour furprendre fes aduerfaires au defprouueu, pendant qu'ils eftoyent en trouble & en effroy,& qu'ils ne fe doutoyēt pas que fa venue deuft eftre fi foudaine, pluftoft que de leur donner temps de fe prouuoir,& les combatre lors qu'ils feroyent tous preparez: car quand il fut arriué fur le bord de la riuiere de Rubicon, qui fait la feparation du gouuernement, qui luy auoit efté baillé d'auec l'Italie, il arrefta tout coy vn efpace de temps fans mot dire& differa vn peu, penfant en foy- mefme la grade& hardie entreprife où il s'alloit ietter: puis tout foudain, ne plus ne moins que ceux qui fe lacent d'vn haut rocher en abyfme de profödeur infinie, fermat la bouche à la raifon,& clouant les yeux à l'imagination du peril, il efcria à ceux qui eftoyent à l'entour de luy en langage Grec, Le dé foit ietté. Come s'ii euft voulu dire, prenons en l'aduenture: à tout perdre n'y a qu'vn coup perilleux,& fit paffer fon armee.Si toft que la nouuelle en fut diuulguee à Rome, il y eut vn fi grand effroy, qu'on n'en auoit encore point veu de pareil: cartout le Senat s'en courut incontinent deuers Pompeius,& s'y en fuyrent aufsi tous les magiftrats de la ville, là où Tullus luy demanda qu'elles forces& qu'elle armee il auoit pour les defendre: Pompe ius luy refpondit auec quelque demeure,& d'vne parole mal affeuree, qu'il auoit les deux legions, q Cæfar luy auoit renuoyees, toutes preftes,& qu'il pefoit que de ceux qu'il auoit n'aguere fait leuer à la hafte, il feroit bien iufques au nobre de trente mille co batans. Tullus adonc s'efcria tout haut, Tu nous as abufez, Pompeius:& cofeilla, qu'o enuoyaft des ambaffadeurs deuers Cæfar. Il y auoit en celle compagnie vn nommé Faonius, lequel n'eftoir pas mauuais homme au demeurat, finon que par vne opiniaftreté& vne audace, il cuidoit bien contre- faire la franche liberté de parler dont vfo it Caton: celuy- là luy dit alors, qu'il frappaft du pied contre la terre, pour en faire fourdre les gés de guer re qu'il leur auoit promis. Pompeius fupporta doucement l'impor tunité outrageufe de ceft homme,& comme Caton luy ramenaft en memoire, ce qu'il luy auoit predit de Cæfar dés le commencement, il luy refpódit, En ce que tu m'en as predit, tu as certes pro phetizé plus veritablement: mais ce que l'en ay fait, ie l'ay fait à la bonne foy plus amiablement.Si fut adoc Caton d'aduis, qu'on efleuft Popeius Capitaine general de la chofe publique, auec plein aife ar Caril laiffoi ains le te ou d uent en de con pource toft d' fufion comm nong rens fuls uan que Te po lance priffe pas v qui ne Lay po libert leque tres, faire ure ' fhoit def & qu'il s'e fax, cardi & cinq mile armee, qu pour furp furent en tru venue dealt e Le prounoir, arquand il fir fair la leparati ec Firalical differa vap rife ouira ux qui feli fermat la b mdu peril ge Grec, le enture: at armee.Si fi grande cartout le S y en fuyre luv deman fendre Pom parole mal trengore naguere rente mille abulez, P devers Cal lequel s' me opini nche like quilla ges dep ment uy rane Comme as centes ePay POMPEI V S. 23 plein pouuoir& puiffance fouueraine de toutes chofes, difarit, Que les mefmes hommes qui font les grands maux, fon ceux qui nieux y faueut remedier:& incontinent fe partir pour aller en la Sicile, le gouuernemet de laquelle luy eftoit efcheu par le fort:& chacun des autres Senateurs pareillemet s'en alla aux prouinces que leur eftoyent aduenues. Ainfi eftant prefque toute l'Itali e ef branlee, il n'y auoit ordre ny raifon quelconque en tout ceq s'y, faifoit, car ceux, qui eftoyent hors de Rome, y accouroyet fuyans de tous coftez:& au contraire, ceux qui habitoyer dedas, en fortoy ent à grade hafte,& l'abadonnoyent en tel trouble& telle cófufi on, ce q pouuoit feruir ayat bon vouloir d'obeyr, fe trouuoit de bile,& ce qui nuifoit pour la defobeyfface, y eftoit puiffat& malaifé à regir& a manier aux magiftrats qui auoyet loy de comader Car il n'y auoit moyen quelconque d'appaifer leur effroy,& ne laiffoir- on pas à Pompeins ordonner des chofes à fon ingement, ains felon que chacun fe trouuoit paffionné de douleur, de crainte ou de doute, il s'en alloit rempliffant: tellement que bien fou uent en vn mefme iour fe prenoyent toutes contraires refolutions de confeil.Il ne pouuoit entendre rien de certain des ennemis, pource que les vns luy rapportoyent tantoft d'vn,& les autres ta toft d'vn autre,& s'il ne les vouloit croire, il s'en courrouçoyent à luy. Finalement ayant arrefté qu'il voyoit le tumulte& la confufion fi grande à Rome, qu'il n'y auoit ordre d'en venir à bout, il commandá à tous ceux du Senat, qu'ils s'en allaffent apres luy, de nonçant à ceux qui demeureroyet, qu'ils les tiendroit pour adhe rens de Cæfar,& fur les vefpres abandonna la ville. Les deux Co fuls fans facrifier aux dieux, ainsi qu'on a accouftumé de faire a uant que partir pour aller à la guerre, s'en fuyrent aufsi, de façon que Pompeius au plus fort de fes affaires,& au milieu du peril; fe pouuoit dire heureux, pour voir la grâde affe& tio& bien- vueil lance que tout le monde luy portoit: car encore que plufieurs repriffent la maniere de la conduyte, il n'y en auoit neantmoins pas vn qui hayft le conducteur, ains en eut trouué plus de ceux, qui ne pouuoyent abandonner Pompeius pour l'amour qu'ils luy portoyent, que de ceux qui le fuyuoyent pour maintenir leur liberté. Peu de jours apres qu'il fut party. Cæfar arriua à Rome, lequel le faififfant de la ville parla humainement à tous les autres, qu'il y trouua, appaifant leur effroy, excepté qu'il menaça de faire mourir Metellus l'vn des Tribuns du peuple, qui le vou lut empefcher de prendre de l'argent au threfor de la chofe publique:& fi adioufta a cefte cruelle menace vne parole encore pi afpre car il luy dit, q le dire luy eftoit plus difficile que le faire. Ainfi ayat rebouté Metellus,& pris ce qu'il voulut, il fe mit à fuy ure Popeius à la trace, tafchat à le chaffer dehors de l'Italie, premier que l'armee qu'il auoir en Hefpagne luy peuft arrider. Ce 232 POMPEI V S. & fregat toute ques au grades homes guerris foit Po de Ber loit au qu'il ef tresde falloit her fon de abat lot non aufsi au роиноу Seigne charges entre des amis res de la homme pendant Pompeius s'eftant faify de la ville de Brundufium,& ayant recouuré quelques vaiffeaux, fit incontinent embarquer deffus les deux Cofuls auec trente enfeignes de gens de pied, que il enuoya deuant outre mer à Dyrrachium:& defpecha quand& quand Scipion fon beau- pere,& Gneus Pompeius fon fils, pour al ler en Syrie faire prouifion de nauires:& luy ayant bien remparé les portes de la ville,& difpofé fur les murailles les plus viftes & plus legers de fes foldats, àuec expres comandement à ceux de la ville qu'ils ne bougeaffent de leurs maifons, il fit encore foffoi er& trecher par le dedãs de la ville les rues en plufieurs endroits & réplit lesdites foffes& trenchees depaux poitus& aiguifez par les bouts, exceptees deux rues par lefälles il deuoit fe rendre fur Ye port, Puis le troifieme iour apres, ayat de fia embarqué à loyfir toute l'autre multitude de fes gens, il fit foudainement hauffer vn figne en l'air à ceux qu'il auoit laiffez pour la garde des murailles lefquels accoururent auffi toft à luy,& les ayant habillement recueillis en fes vaiffeaux, il leua les ancres& trauerfa la mer.Inco tinent que Cæfar apperceut les murailles denuees de gens, il fe douta bien, que Pompeius s'en eftoit fuy,& voulant courir apres, s'en fallut bien peu qu'il ne s'enferraft en ces paux fichez,& qu'il ne tombaft dedans les trenchees, n'euft efté que ceux de la ville l'en aduertirent: ainfi fe garda- il de paffer par le trauers de la vil le,& tournoya à l'entour pour aller au port, où il trouua que toute la flotte auoit fait defia fait voile, exceptez deux vaiffeaux feulement, fur lefquels y aucit peu de gens de guerre.Or y en a- il, qui mettent ce departement de Pompeius entre les meilleures rufes de guerre dont il vfa iamais: toutesfois Cæfar mefme s'esbahyffoit coment ayat vne ville forte en fa puiffance,& attendant fon armee qui luy venoit d'Hefpagne,& eftant maiftre de la mer, il abandonna onques l'Italie. Ciceron aufsi le reprent de ce qu'il enfuyuoit plus toft le gouuernement& la conduite de Themiftocles, que de Pericles, veu que les affaires reffembloyent plus au temps de ceftuy- cy, q de celuy- là,& Cæfar mefme monftra. bien par effet, qu'il craignoit fort le temps: car ayant furpris Numeri' I'vn des amis de Pompeius: il l'enuoya à Brundufiu deuers Pompeius, luy faire offre d'appointer auec egales conditions: mais ce Numerius fit voile quad& Popeius, Par ce moye donc Cæfar s'e ftant emparé& fait feigneur de toute l'Italie en foixate iours, fás coup ferir, ny fang efpadre, vouloit bie tout protemet aller apres Popeius: mais pourautat qu'il n'auoit point de vaiffeaux prefts, il s'en deporta,& tira en diligece vers Hefpagne, pour trouuer moy en de gaigner l'armee qui y eftoit.Et cependant Pompeius affem bla vne tref- groffe puiffance par mer& par terre: celle de mer eftoir de tout point inuincible: car il y auoit de vaiffeaux Pour cobatre iufques au nobre de cinq cens,& des galiotes, fuftes & à Pom meart foum Rom conte loven dius S denga petceut bien eu ne port leurere Confe ne fer Cel car pour peu Brundad nent emb gens de pes pecha qua ision Blac ant bien re es les plus ri ement à ceu fr encore fo fieurs endi & aiguiler fe rendre barque à lo ment hauler e des muralle billement la mer In courir apr chez,& qu de la vil ets de la vil POMPEI V S. 233 & fregates vn nombre infini:& quant à celle de terre, il y auoit toute la fleur de la cheualerie Romaine,& de l'Italie aufsi, iufques au nombre de fept mille cheuaux, tous hommes riches, de grades maifons,& de haut courage: mais fes gens de pied eftoyee homes ramaffez de toutes pieces, qui auoyent befoin d'eftre a- guerris& exercitez à loyfir au fait des armes, come aufsi les faifoit Popeius exerciter continuellemer, eftat de feiour pres la ville de Berrcee, là où il ne fe tenoit point luy- mefme oifif, ains travail loit autant fa perfonne, que s'il euft efté en la fleur de fon aage: ce qu'il eftoit de grande efficace pour affeurer& encourager les au tres de voir le grand Pompeius aagé de foixante ans, il ne s'en falloit que deux, cobatre à pied tout armé,& puis à cheual defgai ner fon efpee fans difficulté, pendat que fon cheual courcit à bri de abatue,& puis la regainer tout aufsi facilement, lancer le iaue lot non feulement auec dexterité de donner à poinct nommé, mais aufsi auec force de l'enuoyer fi loin, que peu de ieunes gens le pouuoyent paffer. A luy fe venoyent rendre les Roys, Princes& de gens, Seigneurs du pays:& de Capitaine Romains qui auoyent eu charges, il s'en trouua autour de luy vn nombre de Senat cóplet: entre lefquels s'y en alla Labienus mefme, qui eftoit parauat l'vn des amis de Cæfar,& qui auoit toufiours efté quad& luy és guer res de la Gaule:& Brutus le fils de celuy qui fut occis en la Gaule homme de grand coeur,& que iamais au parauant n'auoit parlé à Pompeius, ny ne l'auoit falué, pource qu'il le reputoit auoit efté meurtrier de fon pere:& neantmoins s'alla lors volontairement foumettre à luy, comme à celuy qui combatoit pour la liberté de Rome.Ciceron mefme, combien qu'il euft autrement efcrit& confeillé, euft honte de n'eftre pas du nombre de ceux, qui vouloyent hafarder leur vie pour la defenfe du pays.Aufsi y alla Ti dius Sextius iufques en Macedoine, encore qu'il fuft extrememet vieil,& qu'il fut boyteux d'vne iambe: tellement que les autres s'en gaudiffoyent& moquoyent: mais Pompeius quand il l'apperceut fe leua& luy courut au deuant eftimant, que c'eftoit vr bien euident tefmoignage de la bonne opinion qu'on- auoit de luy, que de fi vieilles gens faifans plus que leur aage ny leur force ne portoit, aimaffent mieux eftre en peril auec luy, qu'en toute feureté en leurs maifons.Dauantage il fut tenu vne affemblee de Confeil, en laquelle fuyuant l'opinion de Caton, on arrefta qu'on ne feroit mourir pas vn citoyen Romain, finon en bataille,& ne faccageroit- on ville quelcoque qui fuft fuiette à l'épire Romain, Cela fit que la part de Pompeius en fut encore bien plus aimee: car ceux, qui ne fe mefloyent aucunement de cefte guerre, ou pource qu'il en habitoyent trop loin, ou pource qu'ils auoyent fi peu de force& de moyen, qu'on n'en faifoit pas autrement conte, encore fauorifoyent- ils de volonté& de parole la plus iufte parque toute aur feule ena- il, q leures de mes'esbahn tendant for de ce qui Themi ent plas monftra bi is Nume iers Po Onsmaise cCal e iours ller a quer ede m 234 POMPEIV S. chees, ba que pour venir bie moins a gens, pa lent: m Calar campe niens, a de les ge Vos, qu autres q tie, eftimans celuy eftre ennemi des dieux& des hommes, qui ne defiroit que Pompeius vainquift. Toutefois Cæfar aufsi de fa part fe monftroit doux& gracieux, là où il eftoit le plus fort: car ayant pris& gaigné toute l'armee de Pompeius, qui eftoit en He fpagne, il en laiffa aller les Capitaines, ou bon leur fembla,& fe feruit des foldats: puis repaffant derechef les monts, il trauerfa à grandes iournees toute l'Italie, tant qu'il arriua en la ville de Brú dufium, qu'il eftoit defia au cœur d'hyuer, là ou paffant la mer, il alla prendre terre en la ville d'Oricum, menant quand& luy Vibius l'vn des amis de Pompeius qu'il auoit pris prifonnier,& l'en noya deuers luy pour luy offrir derechef qu'ils fe trouuaffent en femble,& que dedans trois jours il euffent à caffer& ropre leurs armees tous deux,& que s'eftans reconciliez l'vn auec l'autre, & s'eftant donné la foy I'vn à l'autre, ils s'en retournaffent enfem ble bons amis en l'Italie. Pompeius eftima derechef que ce fuft vn aguet,& vne embufche pour le furprendre,& defcendant foudainemet vers la marine fe faifit de tous les lieux propres& afsie tes fortes de nature pour loger vn camp à feureté,& femblablement de tous les ports, plages& rades de bon abry pour les naui res,& où on pouuoit feuremet aborder, de maniere que tout vent fouffloit bon pour luy, apportant en fon cap, ou gens, ou viures& argent. Au contraire, Cæfar eftoit fi preffé& fi à deftroit, tant par terre que par mer, qu'il eftoit contraint de cercher la bataille en allat affaillir Pompeius iufques dedãs fes fort pour effayer de l'attirer au cobat, où il auoit du meilleur la plus part du temps,& emportoit l'auãtage prefque en routes les efcarmouches qui s'y faifoyet, excepté vne fois qu'il faillit à perdre toute fon armee,& à eftre du tout ruiné par ce que Popeius rembarra fi vaillamment fes ges, qu'il leur fit à tous tourner le dos, apres en auoir tué deux mille fur le cap: mais il ne peut, ou pour mieux dire, à mon aduis, il n'ofa entrer pefle mefle dedans leur camp parmi les fuy ans, tellemet que le foir Cæfar en fon priué dit à fes amis, que ce iour- là les ennemis euffent emporté la victoire finale, s'ils euffent eu vn Chef, qui euft feu vaincre.Cefte victoire efleua le cœur à ceux du party de Pompeius, de maniere qu'ils vouluret à toute force hafarder la bataille. Pompeius mefme efcriuit aux Roys eftrangers princes, feigneurs& villes de fon alliance, comme s'il euft eu defia tout gaigné, cobien qu'il redoutaft grandemet l'iffue d'vne ba taille,& vouluft plus toft miner fes ennemis par longueur de téps à faute de viures, voyantbien qu'autrement ils eftoyent, en maniere de dire, inuincibles par armes, attendu que de long teps ils avoyent toufiours accouftumé de demeuret victorieux, quand ils combatoyent enfemble,& que deformais pour leur vieilleffe ils fe fafchoyent de faire d'autre forte la guerre, come d'aller erras & là par diuers pays, remuer fouuent de logis, creufer de trenchees deuant retenir qu'ils a de reto de la ch cœur nau petus au de que la daduis pourro preten auroy gne n'eto que n Turieu dire le es& ay hon le faire pourfu Scipion res, qu Lefo ted rer & des hom fou Calara toir le plas metar, qui elicy leur fembly onts, the en la ville quand& fe trouualle Ter& foprak Fin avec Fa tournalen echef que ce defcendan propres& ,& fembl y pour les e que tout ns, od Viute ftroit, tant er la bata our effayer rt du temps ouches qu te fon arme avoir tué d monad les fur ans que ce ion Iseulente ute force oy's eftri ilcullen fue gueur yent, ent long d'aller er de VDs › POMPEIVS. les 235 chees, baftir des cloftures& remparemens de camp, tellement que pour cefte caufe ils ne demandoyent autre chofe que devenir bien toft aux mains,& attacher vne bataille.' Ce neantmoins au parauant encore perfuadoit aucunemet Pompeius à fes gens, par les remonftrances qu'il leur faifoit, qu'ils ne bougeaffent: mais quand ils virent qu'apres cefte derniere rencontre, Cæfar forcé par la neceffité des viures, fe lena de là, où il eftoit campé,, pour aller en la Theffalie à trauers le pays des Athamaniens, alors n'y eut- il plus ordre de contenir la fierté& la gloire de fes gens, qui crioyent que Cæfar s'en fuyoit,& vouloyent les qu'on allaft apres,& qu'on le pourfuyuift viuement, autres qu'on repaffaft en Italie. Il y en eut, qui enuoyerent deuant à Rome de leurs feruiteurs,& de leurs amis, pour retenir les logis& maifons plus prochaines de la place, pource qu'ils auoyent bien intention, qu'incontinent qu'ils ferovent de retour en la ville, ils demanderoyent des offices& eftats de la chofe publique& y en eut d'autres, qui de gayeté de cœur nauigerent eu l'ifle de Lesbos deuers Cornelia, que Pompeius auoit fait retirer là, pour luy porter cefte bonne nouuelde que la guerre eftoit acheuce. Mais eftant le confeil affemblé la deffus, pour refoudre ce qu'on auoit à faire, Afranius fut d'aduis qu'on deuoit entendre, à retourner le pluftoft qu'on pourroit en Italie, pource que c'eftoit le principal pris qu'on pretendoit en cefte guerre,& que ceux qui en feroyet feigneurs, auroyent incontinent apres à leur deuotion la Sicile, la Sardagne, la Corfique, l'Hefpagne& la Gaule:& dauantage qu'il n'eftoit pas honnefte( ce qui plus deuoit efmouuoir Pompeius que nulle autre chofe) de laiffer tyranniquement outrager& iniurieufement traitter leur pays, qui leur tendoit par maniere de dire les mains de fi pres; eftat detenu en feruitude par des efclaues& des flatteurs de tyrans. Mais Popeius ne iugea pas, qu'il fut ny honorable pour luy de fuyr vne autrefois deuant Cæfar,& de fe faire fuyure, là où la fortune luy donnoit moyé de le chaffer& pourfuyure luy mefme, ny faint enuers les dieux d'abandonner Scipion fon beau- pere,& plufieurs autres perfonnages confulaires, qui eftoyent en la Grece& en la Theffalie, lefquels ne faudroyét pas de töber incontinent entre les mains de Cæfar, q ne les fecourroit, auec toute la cheuace& les forces qu'ils auoyent, lefquelles n'eftoyét pas petites,& que ceux preuoyoyet le mieux an bie de la ville de Rome, qui en tiroyent le plus loin la guerre afin q fans fouffrir voir, ny ouyr rie des maux q la guerre apporte quant& foy, elle attédift en paix celuy qui finalemét demeureroit victorieux. Cela cóclu, il fe remit à fuyure Cefar à la trace deliberé de ne luy donner point de bataille, mais bien de le tenir POMPEI V S. lature du lent eu af Nabarien armee, la jugué pl batailles vaincue OCCIS V cela, ceu Ja plaine beration rie, fe dr de, qu'il & mis en tres apre dormant cueilloit ornoit le Ceffe vi don autre qu'eftan fonge n 236 affiegé,& le miner à faute de viures, en le pourfuyuant& ferrang toufiours de pres, eftimat qu'il luy eftoit expedient d'ainfi le faire encore pour vne autre raifon, à caufe qu'il luy fut rapporté vn propos, qui s'eftoit tenu entre les Cheualiers Romains, lefquels difcouroyent, qu'il falloit desfaire le plus viftement qu'on pourroit Cæfar, afin de le desfaire luy- mefme auffi incótinent apres & dit- on, que cela fut la caufe, pour laquelle Pompeius n'employa onques Caton en chofe de confequence durant toute cefte guerre: car quad il fe mit à marcher apres Cæfar, il le laiffa fur la cofte de la marine à la garde du bagage, craignat que foudain qu'ils auroyent ruiné Cæfar, il ne le vouluft contraindre de quitter auffi toft toute fon authorité. Ainfi fe mettant à marcher tout bellement à la queue de Cæfar, il fut calomnié,& commença on à crier côtre luy, qu'il ne faifoit pas la guerre à Cæfar, ains àfon propre pays& au Senat, afin qu'il demeuraft toufiours en authorité de commander,& que iamais il ne ceffaft d'auoir autour de luy comme fes fatellites& fes miniftres, ceux qui pretendoyent deuoir eftre eux- mefmes feigneurs de tout le monde. Dauantage Domitius Anobarbus l'appelloit à tous coups Agamemnon& le Roy des Roys, ce qui luy fufcitoit enuie:& Faonius n'eftoit pas moins fafcheux en fe moquant importunémet, que ceux qui parloyent librement: car il alloit criant, Meffieurs, ie vous aduife, que vous ne mangerez point encore pour cefte annee des figues de Thufculü.Et Lucius Afranins, lequel auoit perdu l'armee, qui eftoit en Hefpagne,& en eftoit foupçonné de trahyfon, voyant que Popeius lors reculoit à la bataille: Ie m'efmerueille( difoitil) que ceux, qui m'accufent ne vont franchement trouuer celuy, qu'ils appellent marchand& acheteur de prouinces, pour le cobattre incontinent. Par ces langages& beaucoup d'autres fem blables ils contraignirent à la fin Popeius, lequel ne pouuoit endurer qu'on mefdift de luy,& ne pouuoit rien refufer à fes amis, de fuyure leurs efperances& leurs appetits, en fe departat de fes fages confeils: ce que ne deuoit pas faire vn pilote de nauire feulement, tant s'en faut, qu'il fut excufable en vn Capitaine general, ayant entier pouuoir& authorité fouueraine fur tant de nations,& fur de fi puiffantes armees:& là où il fouloit louer les medecins, qui ne complaifoyent iamais aux volontez& appetits defordonnez de leurs patiens, luy- mefme fe laiffa aller à obtemperer à la plus mal faine partie de fon armee, craignant de leur defplaire, là où il eftoit queftion de leur vie& de leur falut. Car qui iugeroit ne fains ne fages ceux, qui en fe promenant par leur camp, briguoyent defia les offices& eftats de Confuls& de Præteurs,& veu que Spinther, Domitius& Scipion debattoyent defia entr'eux,& faifoyent des brigues& menees pour la prelature la victo pluse аисил paniq remue dont o macom Pompe ger po toyent o mes, vnbr ces p eft поп дел oriruan pedient d'a alloy fut rapp Romains, ment qu'i incotinent Pompe te durant to Cafaril le la magna que traindre de mant à marchery ,& commen Calar, ains ufiours en a ' auoir auto mai pretend de.Dauan amemnonl mius n'efto POMPEI V S. 237 fon lature du fouuerain Pontife, que tenoit Cæfar, comme s'ils euffent eu à faire à vn Roy d'Armenie Tigranes, ou à vn Roy des Nabatiens, qui fuft campé aupres d'eux, non pas à Cæfar,& à fon armee, laquelle auoit pris à force d'affaut mille villes, auoit fubiugué plus de trois cens diuerfes nations, auoit gaigné infinies batailles contre les Allemans& Gauloys, fans iamais auoir efté vaincue, auoit pris vn million d'hommes prifonniers,& en auoit occis vn autre million en batailles rangees? Mais nonobftãt tout cela, ceux du party de Pompeius eftás toufiours à crier apres luy, & à luy rompre la tefte, finalement quand ils furent defcendus en la plaine de Pharfale, ils le forceret de mettre la chofe à la deliberation du Confeil, auquel Labienus eftant chef de la cheualerie, fe dreffa le premier fur fes pieds,& iura deuant tout le monde, qu'il ne retourneroit point de la bataille, qu'il n'euft desfait & mis en route les ennemis: autant en iurerent auffi tous les autres apres luy. Et la nuit enfuyuant il fut aduis à Pompeius en dormant, qu'il entroit dedans le Theatre, là où le peuple le recueilloit auec grands batemens de mains par honneur,& que luy ornoit le temple de Venus victorieufe de plufieurs defpouylles. Cefte vifion de fonge d'vn cofté luy donnoit bon courage,& d'vn autre cofté le luy rompoit auffi, pour autat qu'il auoit peur qu'eftant la race de Cæfar defcendue de la deeffe Venus, fonge ne voulut fignifier qu'elle feroit annoblie& illuftree par la victoire& par les defpouylles, qu'il gaigneroit fur luy. Qui plus eft, il y eut en fon camp des bruits& tumultes effroyans, fans aucune caufe apparente, qu'on appelle vulgairement frayeurs paniques: qui l'efueillerent en furfaut:& enuiron l'heure qu'on remue le guet au matin, on apperceut deffus le camp de Cæfar, dont on oy cit bruit quelconque, vne grande clarté,& s'en alluma comme vn flambeau ardent, qui vint fondre fur le camp de Pompeius: ce que Cæfar luy- mefme dit auoir veu, ainfi qu'il alloit vifiter fes guets.Et fur l'aube du iour ayant propofé de deloger pour tirer vers la ville de Scotufe, ainfi que les foldats abattoyent defia leurs tentes& leurs logis,& enuoyoyet deuant leurs fommiers& leurs valets, il vint des coureurs, qui rapporterent, qu'ils auoyent apperceu dedans le camp des ennemis force armes, qu'on portoit çà& là,& qu'on y entendoit vne efmeute& vn bruit comme de gens qui fe preparoyent à la bataille apres ces premiers il en arriua encore d'autres, qui rapporterent que les premiers rangs eftoyent defia ordonnez en la bataille. Parquoy Cæfar fe prit à dire, q le iour donc qu'ils auoyét tant defiré eftoit venu, auquel ils auroyent à combattre contre des hommes non pas contre la faim, ny contre la difette de viures,& incontinent ordonna, qu'on eftendit deuant fa tente vne cotte d'armes ceux qui p ie vous adu mee des figu Parmee, VO bylon, reille( dif trouver ce es, pourle d'autres ne poradit ler ales an depand pitaineg loit lo z& lera o nant de ur fals ant park 238 POMPEI VS. quant riolence, ofte tres, qui plus que de roideu red la ch Проццой le cobat autant. O par& d dedans le quelques qui fe tro yas les ch quels te Woit cond mes arme gnes com mes d'vne fruire ell bie la nat qu'elle fe eufent v & le cot grande rouge: car c'eft le figne, duquel vfent les Romains pour figni fier qu'il y doit auoir bataille: ce que voyans les foldats, laifferent là leur bagage& leurs tentes,& auec grands cris de 10ye s'en coururent prendre leurs armes,& les Chefs des bandes menans leurs gens chacun aux lieux où ils deuoyent eftre, les rangerent en leurs rangs, fans trouble ne tumulte quelconque, tout auffi paniblement& auffi aifément, que s'ils euffent ordonné vne danfe. Si auoit Pompeius pris à conduire la pointe droite de fon armee, ayant en tefte deuant luy Antonius: fon beau: pere Scipion menoit le milieu de la bataille, qui venoit à rencontrer de front Domitius Caluinus:& la pointe gauche e ftoit commandee par Lucius Domitius nobarbus, auec vn gros renfort de gendarmerie, pource que les gens de cheual s'eftoyent prefque tous iettez en ce cofté la, pour tafcher à forcer Cafar, qui eftoit à l'oppofite,& rompre la dixieme legion, dont on faifoit conte, comme de la plus belliqueufe qui fuft en tout Poft de l'ennemi, de maniere que Cæfar combattoit toufiours de fa perfonne au milieu d'elle: mais voyant la pointe gauche de fes ennemis ainfi fortifiee de cheualerie,& craignant leur bel equipage& la lueur de leurs harnoys fourbis à blanc, il fit venir fix enfeignes de renfort qu il mit derriere fa dixieme legion, leur enioignant qu'ils ne bougeaffent aucunement de peur que les ennemis ne les defcouuriffent: mais fi toft que la gendarmezie des ennemis viendroit à charger, qu'alors courans de roideur ils fe iettaffent à cofté des premiers rengs, fans toutesfois lancer leurs iauelats de loin, comme ont accouftumé de faire les plus vailians combattans, afin de pluftoft venir à l'efcrime des efpees: ains les dreffer contremont,& ea donner aux yeux & aux vilages des ennemis, pource, dit- il, que ces beaux danfeurs icy mignons n'attendront iamais, de peur que vous ne leur gaftiez leurs beaux vifages& leurs beaux teints, ny ne pourront famais endurer la lueur de vos ferremens, quand vous les leur approcherez pres des yeux. Voila ce que faifoit Cæfar. Mais Po peius eftant à cheval alloit confiderant l'ordonnance& la contenance des vns& des autres,& obferua que fes ennemis attendoyet tous de pied coy fans bouger de leurs rangs, le temps& le figne de charger:& au contraire, que la plupart de fes gens n'as woit pas la patience d'attendre ferme en va lieu, ains branloit& flottoit à faute d'experièce& de bie fauoir le meftier de la guer re: à l'occafio dequoy il eut peur, qu'ils ne fe desbandaffent, auát mefme la bataille fuft comencee: fi enioignit expreffement à ceux des premiers rags, qu'ils demeuraffet fermes fur leurs marches en defenfe,& que foy tenans bien ferrez enfemble ils atte diffent fans bouger le choc de l'ennemi. Cæfar depuis blafma ce commandement- là, pour autant( difoit- il) que cela affoiblit la que violeneftoit ferair a fier leu Jes Part & fano car ils e nationsHelch CHU mentlar Cafar ges s'ent cule parg fait dee 239 Romains p ans les folda grands Chefs de deuoyend POMPEI V S. violence, que le courir donne aux premiers coups,& quant& quant ofte l'eflancement des combattans les vns contre les autres, qui a accouftumé de les réplir d'impetuofité& de fureur plus que nulle autre chofe, quand ils vienent à s'entre- chocquer de roideur, leur augmentant le courage par le cry& la courfe,& required la chaleur des foldats, en maniere de dire, refroidie& figee. que s'ils ea conduire la luy Antoni Il pouuoit auoir en l'armee de Cæfar enuiron vingt& deux mille cobattans,& en celle de Pompeius vn peu plus que deux fois autant. Come donc le mot de la bataille euft ia efté doné d'vne part& d'autre,& que les tropettes comencerent à fonner, Donez a pointe ga dedans, le comun ne penfa plus qu'à fon affaire particulier: mais radie, qui rea obarbus, a es gens de d ur tafcheri xieme lega de peur quelques vns des plus gens de bien Romains,& quelques Grecs qui fe trouuerent fur les lieux, hors toutesfois des batailles, voyás les chofes fi pres du peril, alleret cófiderans en eux mefmes, eme legion à quels termes la conuoitife& l'opiniaftreté de deux hommes a- qui fut auoit conduyt les forces de l'empire Romain: car c'eftoyent meftoit tuliomes armes, ordonnances de batailles toutes femblables, enfeinte gaude gnes comunes& en tout pareilles, la fleur de tät de vaillans honant leu mes d'vne mefme cité,& vne fi groffe puiffance qui s'alloit delanc, il fit ftruire elle mefme, feruat de notable exemple pour monferer cobie la nature de l'home eft aueuglee, furieufe& forcence, depuis qu'elle fe laiffe vne fois tranfporter à quelque pafsion: car s'ils la gendarm euffent voulu regir& gouuerner en paix ce qu'ils auoyét coquis, urans de r& fe cötenter de iouyr de ce, qu'ils auoyent tout acquis, la plus Lans toutes grande& la meilleure partie du monde, de la mer& de la terre fumé de fefto it fous leur obeyffance. Ou bien encore s'ils euffent voulu arà l'efferuir à leurs cupiditez de victoires& de triomphes,& en saffafier leur foif, ils auoyent affez matiere de faire la guerre contre es beardles Parthes& contre les Allemans,& fi ne leur reftoit pas peu d'affaire à conquerir& fubiuguer toute la Scythie, ou les Indes: & fi auoyent en cela honnefte couleur pour couurir leur auarice: car ils eufsét peu dire, q c'eftoit pour enfeigner la vie ciuile à ces nations- là Barbares.Et quelle cheualerie de la Scythie, ny quel les flefches des Parthes, ou richeffès des Indiens euft peu fouftenir l'effort de foixante& dix mille cobattans Romains, mefmement fous la conduyte de deux tels Capitaines, come Pōpeius& Cæfar? defquels ces eftranges& lointaines natios- là, ont pluftoft entedu les noms, q celuy- mefme des Romains, tat ils ont penetré auat par leurs victoires, en fubiugat des peuples farouches, fauuages& barbares. Et lors eftoit l'vn deuant l'autre en armes pour s'entredesfaire, fans auoir a tout le moins pitié de fouyller& ma culer leur gloire, dot ils efto yet ft ambitieux, q pour elle ils n'efpargnoyent pas leur propre pays, ayans iufqu'a ce iour- là efté de fait& de renom inuincibles. Car l'affinité qu'ils auoyent cotraee enfemble, l'amour de Iulia& fes noces dés le commencemet aner aux ye e vous ne l my ne pour Tous les far.Mais nce& lac nemis le sempl fes ges s bran de la Hallen prefe leurs an ble a 240 POMPEI V S. furent fufpectes de n'eftre que troperie,& pluftoft oftage& plege d'vne confpiration faite entr'eux pour le regard de quelque commodité particuliere que non pas arre de vraye amitié.Quad donc la plaine de Pharfale fut couuerte d'homes, de chevaux& d'armes,& q le figne de chocquer eut efté doné d'vne part& d'au tre, le premier de l'armee de Cæfar, q, fe prit à courir pour chara ger, fut Caius Craffianus Capitaine de cent vingt& cinq homes, voulant fatisfaire à vne grande promeffe qu'il auoit faite à Cafar, lequel l'ayant veu le matin fortir le premier du camp, luy a- uoit demãdé en le faluant par fon nom, qu'il luy fembloit de l'iffue de cefte bataille,& le Capitaine luy tendant la main luy cria tout haut, Tu la gaigneras brauement, Cæfar, n'en fais point de doute,& me loueras auiourd'huy ou vif, on mort. Se fouuenant donc de cefte parole, il fut le premier, qui fe ietta hors des rangs, & en tirant plufieurs autres apres luy alla donner la tefte baiffee au beau milieu des ennemis: fi vindrent incontinent au cobat des efpees à coups de main,& s'y faifoit grand meurtre d'hommes: car ce Capitaine pouffoit toufiours en auant,& alloit fendat la preffe& mettant en pieces tout ce qu'il rencontroit au deuant de luy, iufqu'àce, qu'il y en eut vn, qui l'arrefta d'vn coup d'eftoc, qui luy donna droit dedans la bouche,& perça de part en part, tellement que la pointe de l'efpee venoit à fortir au chinon du col. Ainfi eftät ceftay Craffianus tombé mort en terre, le combat vint à eftre efgal en ceft endroit- là. Mais Pompeius nec fit pas foudainement marcher la pointe gauche de fa bataille, où il e- ftoit, ains differoit toufiours,& iettoit les yeux çà& là pour voir ce, que feroyent fes gens de cheual, lefquels eftendoyent defia leurs trouppes en intention d'envelopper Cæfar,& de renuerfer les gens de cheual qu'il auoit en petit nombre deuant luy, deffus le bataillon de fes gens de pied. Au contraire, fitoft Cæfar eut fait leuer en l'air le figne de la bataille, fes gens de cheual fe tireret vn peu arriere,& les fix cohortes qu'il auoit mifes en aguet où il y auoit trois mille cobattans, fe prirent foudainement à cou rir pour charger l'ennemi par le flanc:& come ils furent ioignat les cheuaux, ils drefferent les fers de leurs voulges& iauelots cotremont, ainfi que Cæfar leur auoit enfeigné de faire,& en donnerent droit aux vifages de ces ieunes gentils- hommes, qui ne s'eftoyent iamais trouuez en cobat quelconque,& n'attendoyent point cefte efcrime- la, ny ne l'auoyet point apprife auffi n'euretils pas la hardieffe de parer ny fouftenir les coups, q leur eftoyet ainfi tirez aux yeux& à la face, ains deftournäs les teftes,& met tas les mains au deuât de leurs vifages fe tourneret honteufemét en fuyte. Ceux là eftás rõpus, les ges de Cæfar ne tindret cote de courir apres, ains s'allerent ruer fur le bataillon des gés de pied, mefmement à l'endroit où il eftoit defnué de gens de cheual,& confeconfequ charge ils ne p bours ennem donca en l'ai cheual en l'en il rellen a perdu le grand pas en Hom Entele fis que mis e & ler noftre uenab f& fu Loit la bait lu n'en mo gens de gereté qui ne f Couders de vin cam que telle Hoit de t regard d taye am mes, de ch Pine pa courir po & cing du camp Gemblonde POMPEIVS 24* confequemment plus aifé à coftoyer& enuiromner. Ainfi eftans chargez en flanc par ceux la,& de front par la dixieme legion, ils ne peurent refifter ny faire tefte longuement, voyans qu'au rebours de ce qu'ils auoyent efperé, qui eftoit d'enuelopper leurs ennemis ils fe trouuoyent eux- mefmes enfermez. Ceux- la eftans donc aufsi tournez en fuyte, quand Pompeius en vit la pouciere en l'air, il fe douta incontinent bien que c'efteit la desfaite de fa cheualerie.Et feroit mal- aifé de dire, quelle penfee luy vint adóc en l'entendement: mais bien peut- on afleurer, qu'à fa contenance, il reffembla propremět à vne perfonne eftonnce ou abeftie,& qui a perdu le fens& l'entendement, ne fe fouuenant plus qu'il eftoit le grand Pompeius: car fans mot dire à perfonne il fe retira pas à pas en fon camp, reprefentant au vifce qui eft defcrit en ces vers d'Homere: la main long d'en fas po hors desta mer la tele tinent and meurtre d & alloir fa roit au d coup d'e part en pa au chinon rele comb enefit p ille, ou il & la pour endoyen & de re coft& Calire de chelle mileag furenting & ael mes, n'attend gle tele Le haut tonnant Iupiter enuoya Au preux Aiax la peur qui l'effraya: Dont efperdu il s'arrefta tout coy, Et fur fon das ietta derriere foy Son large efcu, oueftoyent par deffus Sept cuirs de baufl'vn fur l'autre tiffus. Puis fe tira hors la preffe en fuyant, Toufiours les yeux fà là tourn yant. En tel eftat entra Pompeius dedans fa tente, là où il demeura affis quelque temps fans parler, iufques à ce que plufieurs des ennemis entrerent pefle mefle auec fes gens fuyans dedans fon camp: & lors encore ne dit- il autre parole finon, Comment? iufques en noftre camp?& non autre chofe: ains fe leuant prit vne robbe couenable à fa fortune,& s'en fortit. Les autres legions fuy rent auffi:& fut fait vn grand meurtre des valets& des gardes qu'on a- uoit laiffez dedans le camp.Car de foldats, Afinius Pollio, qui cóbatit luy- mefme en cefte bataille du cofté de Cæfar, efcrit, qu'il n'en mourut en tout que fix miller. Mais à la prife de leur cap les gens de Cæfar coneurent bien euidément la folie, la vanité& legereté de ceux de Pompeius: car il n'y auoit ny tente ny pauillon, qui ne fuft plein de feftos& de chapeaux de meurte, les lists tous couuers de Heurs, les tables chargées de pots& de coupes pleines de vin,& vn appareil& preparatif de gens, qui veuloyent facrifier& faire fefte, pluftoit que s'armer pour aller au combat: tant ils alloyent abufez de vaine efperace,& pleins de folle outrecuidance, à cefte bataille. Quand Pompeius fut vn peu loin de fon camp, il laiffa fon cheual ayat peu de gens autour de luy:& voyat que perfonne ne le pourfuiuoi, il marcha à pied lentement, auee telles imaginations en fon entendement qu'on peut pefer que deuoit aucir vn perfonnage, lequel auoit accouftumé par l'efpace de trente& quatre ans de vaincre continuellement,& d'efire q j 242 POMPEIV S. toufiours le plus fort, là où il commençoit lors premier à effayer fur fa vieilleffe, que c'eft de fe trouuer vaincu& de fuyr:& qui difcouroit en luy- mefme, comment il auoit perdu en vne feule heure, la gloire, la puiffance& l'authorité qu'il auoit acquife par tant de guerres& tant de batailles,& pour laquelle il eftoit n'agueres fuyui& obey de tant de milliers d'hommes de guerre, de tant de cheuaux& d'vne fi groffe flotte de vaiffeaux& lors il s'en alloit ainfi petit& reduit à fi peu de train, que fes ennemis mefmes, qui le cerchoyent, l'en mefconoiffoyent, Paflé qu'il eut la ville de Lariffe, il entra dedans la vallee de Tempe, là où ayant fo if il fe coucha fur le ventre,& beut en la riiere, puis fe releuant cheminatant, qu'il arriua fur le bord de la mer dedans vne poure cabane de pefcheurs, puis enuiron l'aube du iour entra dedans vn petit bateau de riuiere auec ceux, qui l'autoyent fuyui eftans de condition libre: car quant aux ferfs, il les renuoya& leur cofeilla que ils fe retiraffent deuers Cæfar hardiment,& qu'ils n'euffent point de peur. Ainfi qu'il alloit rengeant la cofte auec ce petit bateau, il apperceut vne groffe nauire de charge au large de la mer à la rade, qui eftoit prefte à leuer l'ancre pour faire voile: le maiftre de Ja nauire eftoit vn Romain, lequel combien qu'il ne fuft familier de Pompeius, le conoiffoit bien de veue. Il s'appelloit Petitius, & la nuit precedente auoit fongé, qu'il voyoit Pompeius, no tel comme il auoit accouftumé de le voir, mais bien plus rayalé& plus affligé, parlant auec luy. Si auoit raconté fon fonge à ceux, qui nageoyent auec luy ainfi qu'on fait fouuent, mefmement quand on fonge chofes de grande confequence,& qu'on fe trouue de loifir:& à l'inftant y eut quelqu'vn des mariniers, qui luy dit, qu'il voyoit vn bateau de riuere, qui venoit droit à toute vogue vers eux,& qu'il y auoit dedans des perfonnes, qui fecouoyet leurs hahillemens,& leur tendoyent les mains. Parquoy Petitius fe dreffant fur fes pieds reconeut incontinent Pompeius, tout tel comme il l'auoit veu la nuit en fongeant:& fe batant la tefte de douleur, commanda aux mariniers, qu'ils deualaffent l'efquif,& tendit la main, appellant Pompeius par fon nom, fe doutant bien à le voir en tel eftat, de ce qui luy eftoit aduenu,& que fortune luy auoit couru fus: au moyen dequoy, fans attendre qu'il le priaft, ne qu'il luy parlaft de fa defconuenue, il le recueillit en fa nauire, & tous ceux qu'il voulut quand& luy, puis fe mit à la voile.Auec Juy eftoyent les deux Lentules& Faonius:& tantoft apres apperceurent encore fur le riuage le Roy Deiotarus, qui fe debatoit à leur faire figne, qu'ils le receuffent aufsi, comme ils firent& quád Pheure du foupper fuft venue, le maiftre de la nauire leur apprefta à foupper de ce qu'il auoit:& Faonius voyant que Pompeius à faute de valets, commençoit à fe lauer foy- mefme, courut à luy, & le laua& oignit,& depuis continua toufiours le feruir& luy miniftrer minift nettoy y cut ment cong Ainf fa de fon fil Pancre pastel efcrino elle ef Ville d pourfu uant en Iner fe par fes vifteme encore uelle, to nouve moifon moyer bord fes br tober Sune, duit a fes la m pec cin nem'as que c'ef efte fem de Publ & tant Be may ter end prond Tun Jaqu auec en v que premier de fury d en vie fe acquie pa uerre, de ta lors il Fend mis peines ayan relevant che ne poure ca adedans eltans de eur cofell ' cutient p petit bate amer à la le matr fuft famil Lost Petiti mpeius, non lus raualet onge à cer melmeme qu'on le t mers, gly aut à tout quifecy rquoy Pe peus, our ent Pelqu edoutan ue fortun en fa a voile apresang fe deba firent e leur a e Pomp POMPEI V S 243 miniftrer tout ce que font les ferfs à leurs maiftres, iufqu'à luy nettoyer les pieds& à luy apprefter à foupper: au moyen dequoy y eut quelqu'vn qui voyant comme il faifoit ce feruice liberalement auec vne fimplicité nayfue, fans affaiterie ny feintife que!- conque, luy dit ce vers, Que tout fiet ban à vn gentil, courage. Ainfi Pompeius paffant par deuant la ville d'Amphipolis, trauerfa de là en l'ifle de Lesbos pour y prendre fa femme Cornelia& fon fils, qui eftoyent en la ville de Mitylene: parquoy ayant pofé l'ancre en la rade, il enuoya vn meflager en la ville deuers elle, no pastel comme elle l'attendoit: car felon les nouuelles qu'on luy efcriuoit pour luy gratifier,& qu'on luy rapportoit tous les iours elle efperoit que la guerre euft efté entierement decidee pres la ville de Dyrrachium,& qu'il ne reftaft plus à Pompeius que de pourfuyure Cæfar, qui s'en feroit fuy.Le meffager donc la trouuant en telle efperance, n'eut pas le cœur affez ferme pour la faluer feulemét, ains luy donnat à entendre plus par fes larmes que par fes paroles, le principal du mal- heur, luy dit, qu'elle fe haftaft viftement fi elle vouloit vor Pompeius en vne nauire feule,& encore non fiene, mais empruntee. La ieune dame oyat cefte nouuelle, toba tout à plat contre terre, où elle demeura log téps efuanouye fans parler ny muer:& apres qu'elle fe fut reuenue de pafmoifon, confiderant qu'il n'eftoit pas temps de lamenter ny lar-) moyer, elle defcendit en diligence par le trauers de la ville fur le bord de la mer, là où Pompeius luy alla au deuant:& la prit entre fes bras, pource qu'elle ne fe pouuoit pas fouftenir, ains fe laiffoit tober de douleur en difant. Helas, c'eft bie vne ceuure de ma fortune, non pas de la tienne, cher mary, que ie te voy maintenat reduit à vne feule poure petite nauire, là où deuant que tu efpoufaf fes la mal- heureufe Cornelia, tu foulois cingler en cefte mer a- uec cinq ces voiles.Helas, pourquoy m'es- tu doc venu voir,& que ne m'as- tu laiffee auec ma finiftre& mal- encotreufe deftinee, puis que c'eft moy qui t'ay apporté tat de mal- heur? Helas, tant i'cuffe efté femme heureufe, fi ie fuffe morte auit que d'entedre la mort de Publius Craffus, mon premier mari, que les Parthes me tuerét! & tant i'euffe efté fage, fi come i'en fus en propos, i'eufle abandoné ma vie incontinent apres luy, là où ie fuis demeuree pour porter encore mal- heur au grand Pompeius. On dit, que Cornelia prononça lors de telles paroles,& que Pompeius luy refpondit: Tu ne cognoiffois à l'aduenture que la bonne fortune, Cornelia, laquelle t'a, peut eftre, abufee, pour autant qu'elle auoit demeuré auec moy plus longuement qu'elle n'a accouftumé de s'arrefter en vn lieu: mais puis que nous fommes nais hommes, il eft force que nous fupportions patiemment ces aduerfitez cy,& que nous ensions encore la fortune: car il n'eft pas hors d'efperance, qua 94 244 POMPEIV S nous ne puifsions de la calamité prefente retourner en la profpe rité paffee, aufsi bie que de la profperité paffee nous fommes to bez en la calamité prefente.Ces paroles ouyes, Cornelia renuoya en la ville querir fon bagage& fa famille,& les Mitylenies vindrent publiquement vifiter& faluer Pompeius, en le priant de vouloir defcendre en terre,& fe venir refraifchir en leur ville: ce qu'il ne voulut faire: ains luy- mefme leur confeilla d'obeyr au vainqueur fans auoir peur de rien, pource que Cæfar eftoit home equitable& de benigne nature:& fe tournant deuers le philofophe Cratippus, qui eftoit aufsi defcendu de la ville entre les autres citoyens pour le voir, fe plaignit& difputa vn peu auec luy touchant la prouidence diuine: en quoy Cratippus luy cedoit tout doucement, le remettant toufiours en meilleure efperace, de peur qu'il ne luy fuft trop ennuyeux& importun, s'il euft voulu à bon efciant contefter à l'encontre de fes raifons: pource que Pompeius luy euft peu demander quelle prouidence des dieux il y auoit en fon fait,& Cratippus luy euft refpondu, que pour le mauuais gouuernement des affaires à Rome, il eftoit befoin, que la chofe publique tombaft entre les mains d'vn prince fouuerain:& puis il luy euft à l'aduenture demandé, Commét& à quelles enfeignes veux- tu, Pompeius, que nous croyons, que tu eufles mieux vfé de Ja fortune, fi tu fuffes demeuré vainqueur, que ne fait ou fera Cafar? Mais il faut laiffer cela ainfi comme il plaift aux dieux en ordonner. Ayant donc Pompeius pris fa femme& fes amis, il fe mit à la voile fans aborder nulle part., finon où il eftoit contraint à ce faire, pour prendre viures, ou faire eau. La premiere ville où il entra fut Attalie, au pays de la Pamphilie, là où quelques galeres de Cilicie l'allerent trouuer,& fe raflemblerent autour de luy quelques gens de guerre,& fe trouuerent derechef foixante Senateurs Romains en fa compagnie: mais entendant que fon armee de mer eftoit encore en eftre,& que Caton auoit recueilly bon nombre de foldats de la desfaite, qu'il auoit tranfportez quand& luy en Afrique, il fe prit à lamenter en fe plaignant à fes amis, de ce qu'on l'auoit contraint à combatre par terre,& n'auoit- on pas fouffert, qu'il s'aidaft de l'autre puiflance, en laquelle il eftoit fans point de doute le plus fort,& qu'il fe tinft toufiours aupres de fon armee de mer, afin que fi la fortune luy difoit mal fur terre, il euft incontinent fes forces de la marine toutes preftes pour en refifter à fon ennemiraufsi, à la verité, ianiais Pompeius ne fit en celle guerre vne plus grande faute, ny Cafar ne s'aduifa d'vne meilJeure rufe, que de tirer fon ennemi à la bataille ainfi loin du fecours de fon armee de mer. Mais eftant Pompeius contraint de remuer& faire quelque chofe felon le peu de moyen qu'il auoit, il alloit çà& là par les villes prochaines,& à aucunes alloit luymefme en perfonne leur demader de l'argent, dont il equippoit& armoit armo daine tre fu fider lors con pire Toya auon ment & les thes. friqu Juy f pte, Roy eftant auoit Parthe fe vou main le pre té,& Ar wan des find inta leep tit de tres Dous Com Cornelia Miryleni en le pra fella d'obep far eftohi ers le phili le entre lesa peu auer perice de que Po ux il y a ur le man que la d erain:& les enfeig mieux v ou fera C dieuxen o amisil fem contraint niere ville elques g autour ef forame que foar recueilly portes qua ant à les m ,& quelle ours aup mal fore es pour adve kind Comi POMPEI V So 245 armoit des vaiffeaux,& neantmoins redoutant la vifteffe& foudaineté de fon ennemi, qu'il ne le preuinft, autant qu'il petift mettre fus aucun fuffifant appareil pour luy faire tefte, il fe mit à cofiderer quelle retraitte& quel fecours il pouuoit auoir pour lors, où il fe peuft retirer à fauueté:& apres auoir le tout bien confulté, il luy fembla qu'il n'y auoit pas vne prouince de l'empire Romain, qu'ils peuflent garder& maintenir:& quant aux royaumes eftrangers, luy fut aduis, que pour le prefent il n'y en auoit point, qui les peuft mieux recueillir ny couurir plus feurement, ainfi foibles qu'ils eftoyent, pour puis apres les remettre fus & les accompagner de plus de forces, que feroit celuy des Parthes.Les autres de fon confeil tournoyent leur opinion deuers l'Afrique& le Roy Juba: mais Theophanes Lesbien difoit, que ce luy fembloit vne grade folie, que de laiffer le royaume d'A egypte, qui n'eftoit qu'à trois iournees de nauigation loin de là,& le Roy Ptolomæus, qui ne faifoit encore que fortir de fon enfance, eftant deteur hæreditaire de l'amitié& de la grace que fon pere auoit receues de Pompeius, pour s'aller ietter entre les mains des Parthes, la plus infidele& plus defloyale nation du monde,& ne fe vouloir pas demettre iufqu'à feconder feulement vn home Romain qui auroit efté fon beau- pere,& au demeurât pouuoir eftre le premier de tous les hommes, ry ne vouloir efprouuer fon equité,& pluftoft aller foumettre fa propre perfonne à la puiffance d'Arfaces, qui n'auoit pas feulement peu auoir celle de Craffus viuant,& mener vne ieune femme de la maifon des Scipions entre des Barbares, qui ne mefurent leur puiffance ny leur grandeur, finon en la licence de commettre toutes les vilenies& toutes les infamies qu'il leur plaift: car pofé encore qu'elle ne foit point violee par eux, fi eft- ce neantmoins chofe indigne, qu'on puifle penfer: qu'elle l'ait peu eftre, pour auoir efté en la puiffance de ceux qui ont eu moyen de le faire. Il n'y eut que cefte raifon feule, ainfi comme on dit, qui deftournaft Pompeius de prendre le chemin d'Euphrates, au moins fi nous voulons confentir, que ç'ait efté le difcours de la raifon,& non fa mauuaife fortune qui l'ait guidé à prendre le chemin, qu'il fuyuit. Ayant donc efté refolu au confeil, que le meilleur eftoit de s'enfuir en Aegypte, il fe partit de Cypre en vne galere Seleuciene auec fa femme:& les autres de fa compagnie s'embarquerent femblablement, les vns fut des galeres aufsi,& les autres dedans de groffes naues de marchans, où ils trauerferent la mer fans danger:& ayans nouvelles que le Roy eftoit en la ville de Pelufium auec fon armee, qu'il faifoit la guerre à fa fœur, il tint celle route,& enuoya deuant faire fauoir au Roy qu'il eftoit là arriué,& le prier de le vouloir receuoir. Ce Roy Ptolomæus eftoit encore fort ieune, mais celuy qui menoit tous fes affaires nommé Pothinus, affembla vn confeil guj 246 POMPEI V S desprincipaux hommes& plus aduifez de la cour, lefquels auoy ent authorité& credit felon qu'il luy plaifoit leur en defpartir& affemblez qu'ils furent, leur commanda de la part du Roy de luy dire chacun fon aduis, touchant cefte reception de Pompeius, af fauoir fi le Roy le deuoit receuoir ou non. Si eftoit- ce defia vne grande pitié de voir vn Pothinus valet de chambre du Roy d'Aegypte,& vn Theodotus maiftre d'efcole, natif de Chio, qu'on a- uoit loué pour enfeigner la Rhetorique à ce ieune Roy,& vn Achilas Aegyptien, confulter entr'eux, ce qu'on deuoit faire du grand Pompeius: car ceux- la eftoyent les principaux confeilliers & entremeteurs des affaires du Roy, entre les autres valets de chambre,& ceux qui l'auoyent nourri. Si attendoit Pompeius> ayant pofé l'ancre en la rade affez loin de la cofte, la refolution de ce confeil: auquel les opinions des autres furent differentes, en ce, que les vns vouloyent qu'on le renuoyaft, les autres qu'o l'appellaft& qu'on le receut.Mais le Rhetoricien Theodotus voulat monftrer fon eloquence, alla difcourir que ny I'vn ny l'autre n'eftoit feur pource, dit- il, que s'ils le receuoyét, ils auroyent Cæfar pour ennemi,& Pompeius pour maiftre,& que s'ils Pefconduyfoyent, Popeius leur tourne roit à crime, ce qu'ils l'auroyet chaffé,& Cæfar ce qu'ils ne l'auroyet retenu: à raifon dequoy le meil leur eftoit le mander pour le faire mourir, pource qu'en ce faifat ils acquerroyent la bonne grace de l'vn,& ne craindroyent plus la male grace de l'autre: encore, dit- on, qu'il adioufta à fon dire ce traict de rifee, Vn homme mort ne mord point. Ayans donc arrefté cela entre eux, ils donnerent la commiffion de l'executer à Achillas: lequel prenant auec foy vn Septimius, qui autrefois a- uoit eu charge de gens fous Pompeius.& Saluius vn autre Centenier auffi, auec trois ou quatre autres fatellites, fe fit mener à la galere, où eftoit Pōpeius, dedans laquelle s'eftoyent auffi rendus tous les principaux prifoniers de fa fuite, pour voir que ce feroit: mais quand ils virent cefte maniere de recueil, qui n'eftoit royale, ny magnifique, ny en chofe quelconque refpódant à l'efperace que leur auoit donnee Theophanes, attendu qu'ils ne voyoyet que bien peu de gens, qui venoyent à eux dedans vne barque de pefcheur, ils commencerentà auoir fufpe& t le peu de conte qu'on faifoit d'eux.Et confeillerent à Pompeius de tourner arriere& fe eflargir en haute mer, pendant qu'ils eftoyent encore hors la vo lee du traic. Cependant la barque s'approcha,& Septimius fe leua le premier en pieds, qui falua Pompeius en lagage Romain du nom d'Imperator, qui eft à dire fouuerain Capitaine,& Achillas Te falua auffi en lagage Grec,& luy dit, qu'il paffaft en fa barque, pource que le lon du riuage il y auoit force vale& des bancs de fable, tellement qu'il n'y auoit pas affez eau pour fa galere: mais en mefme temps on voyoit de loin plufieurs galeres de celles du Roy, Roy, qu de gue euffen fiy au au me prena failo qu'ils Les fer the qu main d fils,& Ce fur de fa g iufqu'a entamo fage,& auoir au la tefte ne care motil vne ha & fen nelia rega elle d du Ro & Pho Son aff le prem apres Popeiu ne faire Coups aage d celuy rade clam ce Je loy ten rendelin ardu Roy de Pomp t- ce def re du Royd Chiog e Roy& devoit faire ux confeili utres valen doit Pompe la refolu differentes tres qu'ola odotus va y l'autre oyent Cal Pefcondu royet cha oy le mel ce faifa oyent plus fon dire Ayans don ePexecute autre Cente mener la auffirendus ue ce feroi eftoit roy nt à Pelper ebarge onte gila rriere hors h mius le Romaind Achill barga bancs elles da POMPEIV S. 247 Roy, qu'on armoit en diligence,& toute la cofte couuerte de ges de guerre, tellement que quand Pompeius& ceux de fa copagnie euffent voulu changer d'aduis, ils n'euffent plus feu fe fauter,& fi y auoit dauantage qu'en monftrant de fe desfier, ils donnoyent au meurtrier quelque couleur d'executer fa mefchaceté Parquoy prenant congé de fa femme Cornelia, laquelle defia auit le coup faifoit les lamentations de fa fin, il commanda à deux Cehreniers, qu'ils entraffent en la barque de l'Aegyptien deuat luy,& à vn de fes ferfs affranchis qui s'appelloit Philippus, auec vn autre efclaue qui fe nommoit Scynes. Et comme ia Achillas luy tendoit la main de dedans fa barque, il fe retourna deuers fa femme& fon fils,& leur dit ces vers de Sophocles: Qui en maifon de prince entre, dénient. Serf, quoy qu'il fait libre, quand il y vunt. Ce furent les dernieres paroles, qu'il dit aux fiens, quand il paffa de fa galere en la barque:& pource qu'il y auoit loin de la galere iufqu'à la terre ferme, voyant que par le chemin perfonne ne luy entamoit propos d'amiable entretien, il regarda Septimius au vifage,& luy dit Il me femble, que ie te reconois, compagnon, pour auoir autresfois efté à la guerre auec moy.L'autre luyfit figne de la tefte feulement; qu'il eftoit vray, fans luy faire autre refpófe ne careffe quelconque: parquoy n'y ayant plus perfonne qui dift mot, il prit en fa main vn petit liuret, dedans lequel il auoit efcrit vne harangue en langage Grec, qu'il vouloit faire à Ptolomæus, & fe mit à la lire. Quand ils vindrent à approcher de la terre, Cor nelia auec fes domeftiques& familiers amis fe leua fur fes pieds, regardant en grade deftreffe quelle feroit l'ffue.Si luy fembla que elle deuoit bien efperer quand elle apperceut plufieurs des gens du Roy, qui fe prefenterent à la defcente, come pour le recueillir & l'honnorer: mais fur ce poinct ainfi come il prenoit la main de fon affrachy Philippus pour fe leuer plus à fon aife, Septimius vint le premier par derriere, q luy paffa fon efpee au trauers du corps, apres leql Saluius& Achilasdefgainerét auffi leursefpees,& adoo Popeius tira fa robbe à deux mains au deuant de fa face, fans dire ne faire aucune chofe indigne de luy,& endura vertueufemēt les coups, qu'ils luy dounerent en foufpirant vn peu feulement; eftant aagé de cinquante neuf ans,& ayat acheué fa vie le iour enfuyuat celuy de fa natiuité.Ceux qui eftoyentdedans les vaiffeaux à la rade, quand ils apperccurent ce meurtre, ietterent vne fi grande clameur, qu'on l'entendit iufques à la cofte,& leuats en diligence les ancres fe mirent à la voile pour s'en fuyr, à quoy leur feruit Je vent, qui fe leua incontinent frais auffi toft qu'ils eurent gaigné la haute mer, de maniere que les Aegyptiens, qui s'appareil loyent pour voguer apres eux, quand ils virent cela, s'en deportetent& ayans souppéla tefte en jetterent le tronc du corps hors quij 248 POMPEI V S. de la barque, expofé à qui eut enuie de voir vn fi miferable fpecta cle.Philippus fon affranchi demeura toufiours aupres, ufques à ce que les Aegypties furent affouuis de le regarder,& puis l'ayat laué de l'eau de la mer,& enueloppé d'vne fienne poure chemife, pource qu'il n'auoit autre chofe, il cercha au long de la greue, où il trouua quelque demeurant d'vn vieil bateau de pefcheur, dör les pieces eftoyent bien vieilles: mais fuffifantes pour brufler vn poure corps nud,& encor non tout entier.Ainfi comme il les amafloit& aflembloit, il furuint vn Romain homme d'aage, qui en fes ieunes ans auoit efté à la guerre fous Pompeius: fi luy demanda, Qui es- tu, mon ami, qui fais ceft appreft pour les funerail les du grand Pompeius? Philippus luy refpondit, qu'il eftoit vn fien affranchi.Ha, dit le Romain, tu n'auras pas tout feul ceft hōneur,& te prie vueille- moy receuoir pour compagnon en vne fi fainete& fi deuote rencontre, afin que ie n'aye point occafion de me plaindre en tout& par tout de m'eitre habitué en pays eftran ger, ayant en recompenfe de plufieurs maux que i'y ay endurez, rencontré au moins cefte bonne aduenture de pouuoir toucher auec mes mains,& aider à enfeuelir le plus grand Capitaine des Romains. Voila comet Pompeius fut enfepulturé. Le lendemain Lucius Létulus ne fachant rien de ce qui eftoit paffé, ains venant de Cypre, alloit cinglant au long du riuage,& apperceut vn feu de funerailles,& Philippus aupres, lequel il ne reconeut pas du premier coup: fi luy demanda, Qui eft celuy, qui ayant icy acheué le cours de fa deftinee, repofe en ce lieu: mais foudain iettat vn grand foufpir, il adioufta, helaslà l'aduenture eft- ce/ toy, grand Pompeius: puis defcendit en terre, là où tantoft apres 1 fut pris& tué. Telle fut la fin du grand Pompeius, il ne paffa guere de tépa apres, que Cæfar n'arriuaft en Aegypte ainfi troublee& eftönee, là où luy fut la tefte de Pompeius prefentee, mais il tourna la face arriere pour ne la point voir,& ayant en horreur celuy qui la Juy prefentoit comme vn meurtrier excommunié, fe prit à plorer: bien prit- il l'anneau, duquel il- cachetoit fes lettres, qui luy fut auffi prefenté,& où il auoit engraué en la pierre vn lion tenât vne efpee: mais il fit mourir Achilas& Potinus:& leur Roy mefme Ptolomæus ayant efté desfait en vne bataille au long de la riuieredu Nil, difparut, de maniere qu'on ne feut onques puis, qu'il eftoit deuenu.Quand au Rethoricien Theodotus, il efchappa la punition de Cæfar: car il s'enfuit de bonne heure,& s'en alla errat cà& là par le pays d'Aegypte, eftant miferable& hay de tout le monde.Mais depuis Marcus Brutus apres anoir occis Cæfar fe trouuant le plus fort en Afie, le rencontra par cas d'auenture,& apres luy auoir fait endurer tous les tourmens dont il fe peut aduifer, le fit finalement mourir. Les cendres du corps de Pompeius furent depuis rapportees à fa femme Cornelia, laquelle les pofa en en vne fi LA & punt en auar filaus v dieux& que fon né en m te boite rence à Sepultur fille en deshonn Pompe Au contr ae,& Ca les iniu fe publ il y fi peres ua la auoit non po maux n'auoir par opin tiens. H craindre Stamure cedamo yoyent Leoty race d elle droi Lac tre c Ide ந ur s aupres arder,& pu poure c long de la p teau de pe tes pour in mfi comme peia Day pour les funer qu'il eftoit our feul cekti magnon env unt occafion en pays ela y ay endu uoir touch Capitaine da e lendemai ains venan ceut vn fea eut pas du icy ache dainiettat v ce toy grand fut pris quere de tes e& ione, tourna la fa celuy quil prit a place quily on tenat Roy mel de la na puis efchapp ' en alla hay de is Calar enture Se peat Pompe POMPEIV S. en vne fiene terre, qu'il auoit pres la ville d'Alba. 249 sbor LA COMPARAISON DE POMPEIVS. AVEC AGE SILAVS. YANS dóc expofé les vies d'Agefilaus& de Popeius, venons maintenant à les conferer enfemble, en touchât legerement les differences, qu'il y a entr'eux: qui font telles. La premiere eft, que Popeius paruint à fa gloire & puiflance par vne tref- iufte voye, s'eftant luy- mefme pouffé en auant,& ayant en plufieurs grandes chofes aidé Sylla à deliurer l'Italie de la domination des tyrans: là où il femble qu'AgeGilaus vfurpa la royauté de Lacedæmone côtre tout droit& des dieux& des hommes, ayant fait declarer Leotychides baftard, que fon frere auoit aduoué pour fon fils legitime:& ayant tourné en moquerie la prophetie des dieux, qui parloit d'vne royauté boiteufe. La feconde eft, qu'il porta toufiours honneur& reuerence à Sylla, tant comme il vefcut:& encore quand il fut mort, en fepultura le corps honnorablement mal- gré Lepidus,& donna fa fille en mariage à Fauftus Sylla fon fils: là où Agefilaus chaffa& deshonnora Lyfander pour bien legere occafion:& neantmoins Pompeius n'auoit pas moins fait pour Sylla que Sylla pour luy. Au contraire Lyfander auoit fait Agefilaus Roy de Lacedæmoae,& Capitaine general de toute la Grece. La troifieme eft, que les iniuftices, que commit Pompeius au gouuernement de la chofe publique, furent pour fes alliez: car la plufpart des erreurs que il y fit, fut pour complaire à Cæfar& à Scipion fes deux beauxperes. Là où Agefilaus pour gratifier à l'amour de fon fils, fauua la vie à Sphodrias, qui auoit merité la mort pour le tort qu'il auoit fait aux Atheniens,& fouftint affe& tueufement Phœbidas, non pour autre chofe, que pour le crime mefme qu'il auoit commis outrageant les Thebains en pleine paix. Bref les mefmes imaux que Pompeius fufcita aux Romains par ignorance, ou par n'auoir rien peu refufer à fes amis, Agefilaus les fit par cholere& par opiniaftreté aux fiens, ayant allumé la guerre contre les Baotiens. Et s'il faut conter la fortune de l'vn& de l'autre entre les erreurs, qu'ils ont commis, les Romains ne pouuoyent efperer ny craindre celle de Pompeius: là où Agefilaus ne permit pas aux La cedæmoniens d'euiter les inconueniens qu'ils fauoyent& preuoyoyent leur deuoir aduenir par vn Roy boiteux. Car quand bien Leotychides euft efté dix mille fois trouué& adueré baftard, la race des Eurytionides pour cela ne fut pas demeuree courte, que elle n'euft peu fournir vn autre Roy legitime, qui euft roarché droit, fi n'euft efté q Lyfander en faueur d'Agefilaus deguifa aux Lacedæmoniesla vraye intelligece de l'oracle.Mais auffi de l'au tre cofté il ne fut onques trouué vne fi fage inuention en matiege de gouuernemet, que fut celle que trouua Agefilaus pourre A GESI LAV S 250 medier à la doute& difficulté, où eftoyent les Lacedæmoniens touchant ceux qui s'en eftoyent fuys de la bataille de Leuêtres, quand il cofeilla, qu'on laiffaft dormir les loix pour ce iour- la: ný ne fauroit- on en mettre à l'encontre vn femblable de Pompeius, lequel au cótraire ne voulut pasobferuer les loix que luy- mefme auoit faites, pour monftrer à fes amis cobien il auoit de pouuoir: Là où Agefilaus fe trouuant en vn tel deftroit, qu'il eftoit cótraint d'abolir les loix pour fauuer la vie à fes citoyens, inuenta vn te! expedient, par lequel les loix ne firent point de dommage au pu blic, ny ne furent point abolies; de peur qu'elles n'en fillent.le done auffi titre de vertu ciuile& d'acte de fage gouuernement à ce fait incomparable d'Agefilaus, quand il abandonna toutes les con queftes, qu'il auoit faites en Afie, foudain qu'il eut receu le petit buletin qu'on luy enuoya de fon pays pour le faire retourner: car il ne fit pas come Pompeius, lequel fe rendit grand en profitant à la chofe publique, ains à l'oppolite pour le regard du bien de la chofe publique, il abandonna vne telle gloire& fi grande puiffan ce, que nul Capitaine, ny deuat ny depuis ne l'eut pareille en ces quartiers- la, excepté Alexãdre le grand.Et pour reprendre vn au tre comancement, touchant les faits de guerre,& exploits d'armes: quant au nombre des triomphes pour les victoires gaignees & à la puiflance des armes que Pompeius a conduites, ie penfe que Xenophon mefme, s'il viuoit, ne fauroit y comparer les vi& toires d'Agefilaus, encore que pour les autres belles& bones qua Jitez, qu'il a en luy, on luy ait concedé cela, comme vn priuilege fpecial, de pouuoir dire& efcrire tout ce qu'il luy a pleu de ce prince- la:& fi me femble qu'il y a encore differéce entre ces deux perfonnages icy, quat à l'equité& bonté qu'ils garderent enuers leurs ennemis: car l'vn voulant afferuir la ville de Thebes,& de tout point exterminer& deftruire celle de Meffine, I'vne eftant en tout& par tout cité ancienne de fon pays,& l'autre ville mere& capitale de toute la nation Bootiene, il s'en fallut bien peu, qu'il ne perdit luy- meíme celle de Sparte: car aumoins en perdit il la principauté, qu'elle auoit fur le demeurat de la Grece.Et l'au tre à l'oppofite, donna des villes pour habiter aux Corfaires, qui voulurent changer leur maniere de viure:& eftant en fa puiffance de mener Tigranes à Rome en triomphe, il aima mieux fe faire allié& cófederé des Romains, difant, qu'il auoit plus chere la gloire de tout vn fiecle q celle d'vn iour, Mais s'il eft raifonnable d'attribuer le premier lieu& le premier pris d'honeur de la vertu militaire d'vn Capitaine, aux plusgrads exploits& cofeils d'armes de plus grade cófequece, le Lacedæmonie laiffe le Romain beau coup derriere: car premieremét il n'abandonna iamais fa ville, ny n'e fortit point, encore qu'elle fuft affaillie par foixate& dix mille cobatans,& qu'il y eut dedans peu de gens de defenfe, lefquels auoyent toyer dres: homm de Ro I'vn d gens na b fans pour celuy citoye table ottroy Jaila qu'il cipal au co ble fe tant, le n'eftre Contra der a ferer ures fans qui perus tente les af trail man 151 Lacedat alle de Le our ce jour Form que kuyleftoit coca en bilenle toutes les receule pa e retouner du bien de rande pod reille en rendre vna ploits d'a POMPEI V S. auoyent encore vn peu deuant efté desfaits en la bataille de Leuares:& Pompeius pour auoir entendu que Cæfar auec cinq mille hommes de pied feulement atioit pris vne ville d'Italie, s'en fuyt de Rome, fi fort il eftoit effrayé: en quoy il ne fe peut fauller de I'vn des deux, où qu'il ne s'en foit fuy lafchement pour fi peu de gens, ou qu'il n'en ait imaginé dauantage fauffement: car il enime na bren fa femme& fes enfans, mais il abandona ceux des autres fan's defenfe en s'enfuyant, là où il falloit ou vaincre en combatat pour fon pays, ou receuoir les conditions de paix, que luy offroit celuy, qui eftoit le plus fort: car quand tout eft dit, c'eftoit vn fien citoyen& vn fien allié.Et luy, qui auoit eftimé eftre chofe infupor table que de luy prolonger le terme de fon gouuernem ět, ou luy ottroyer vn fecond Confulat, luy donna moyen& occafion en luy laiffant prendre la ville de Rome, de dire à Metellus& aux autres qu'il les eftimoit fes prifonniers de guerre. Ce qui eft donc le prin cipal en vn bon Chef d'armee de contraindre fes ennemis à venir au combat, quand il fe fent le plus fort,& quand il eft le plus foi ble, fe garder d'y pouuoir eftre contraint, Agefilaus le bien obferuant, fe maintint toufiours intuincible:& Cæfar feut bien euiter de n'eftre point endommagé en ce, où il eftoit le moins puiffant,& au contraire, feut fi bien faire, qu'il contraignit Pompeius de hafarder à fa totale ruiné la bataille par terre, où il eftoit plus foible,& fe rendit par ce moyen incontinent feigneur de l'argent, des viures& de la mer, là où fes ennemis auoyent le tout en leurs mains fans combatre.Et ce qu'o allegue pour le cuider excufer, c'eft ce, qui plus griefuement l'accufe& le codamne, mefmemét pour vn fi grand& fi experimenté Capitaine.Car, comme il eft bien croya ble, qu'vn ieune chef d'armee, puiffe eftre deftourné d'vn fage& feur confeil par les crieries& importunitez de rompeurs de tefte, qui luy pourroyent mettre deuant les yeux, que ce luy feroit vne grande honte& vne lafcheté de cœur s'il faifoit autrement, auffi luy feroit celle faute aucunement pardonnable.Mais le grand Po peius le camp duquel les Romains appelloyent leur pays,& fa tente le Senat,& nommoyent ceux, qui eftans à Rome manioyent les affaires de la chofe publique, Præteurs& Confuls rebelles& traiftres à l'empire Romain: celuy qu'on n'auoit iamais veu commandé par autruy, ains qui auoit toufiours efté Capitaine en chef en tant de guerres, où il s'eftoit trouué,& où il auoit toufiours bien fait: qui le pourroit excufer de s'eftre l'aiffé, par mamiere de dire, forcer aux brocards de Faonius& de Domitius, iufques à hafarder vne bataille où il eftoit queftion de tout l'eftat de l'empire,& de la liberté de Rome, de peur qu'on ne l'appelJaft le Roy Agamemno? Car s'il ne regardoit feulemet qu'au defhonneur& à l'infamie prefente, il deuoit faire tefte,& combatre dés le commencemet pour les murailles mefmes de la ville de sgagne , ie pente rer les vibones qua va prilege a pleu de c are ces d hebes,& de I'vedant tre ville me bien p sen per Grece El Corlar fa puid mieux lea us cher raifona de la v ils dans main bea & di 252 A GESILA V S. Rome, non pas pretendre que fa fuyte fuft vne imitation de la ru fe, dont iadis auoit vfé Themiftocles,& puis apres reputer que ce luy fuft honte de feiourner en la Theffalie quelque temps fans ve nir au combat: car la plaine de Pharfale n'eftoit point vne lice ny vn camp clos, que Dieu leur euft preparé, pour y combatre neceffairement à qui demeureroit l'empire:& n'y auoit point d'heraut, qui l'appallaft au combat, comme il y a és ieux de prix, là où il faut refpodre à fon nom& venir combatre, ou bien quitter l'honneur de la couronne à vn autre, ains y auoit affez d'autres campa gnes& des villes innumerables, ou pour mieux dire, toute la terre habitable, dont la commodité qu'il auoit de la marine, luy don* noit le choix& l'option, s'il euft plus toft voulu enfuyure Fabius Maximus, ou Marius, ou Lucullus, ou bie Agefilaus mefine, lequel ne fouftint pas de moindres tumultes dedans la propre ville de Sparte, quand les Thebains l'y allerent femondre d'en fortir pour defendre le plat pays,& femblablement en Aegypte, où il fupporta doucement plufieurs fauffes& calomnieufes imputations, dont le Roy mefme le chargeoit, en le priant& admoneftant touf iours qu'il euft vn peu de patience:& à la fin ayant fuyui le meilleur confeil, felon ce qu'il auoit dés le commencement refolu en fon entendement, il fauua les Aegyptiens mal- gré eux,& maintint luy feul la ville de Sparte fur fes pieds en vn fi violent ebranlement,& dreffa vn trophæe dedans la ville mefme de Sparte, à l'encontre des Thebains, ayant donné moyen à fes citoyés de vain cre depuis, en ne s'eftant pas laiffé contraindre de les mener lors à leur perte& ruine certaine, dont il aduint que depuis il fut haut loué par ceux, qu'il auoit ainfi fauué mal- gré eux. Et à l'oppofite Pompeius fut blafmé par ceux mefmes, à l'appetit& à la fuafion defquels il auoit fait la faute: toutefois il y en a, qui difent, qu'il fut deceu par fon beaupere Scipion, lequel voulant defrobber la plus part de l'argent, qu'il auoit apporté de l'Afie,& le retenir pour foy, le hafta& follicita de donner la bataille, en luy donnant à entendre, qu'il n'y auoit plus d'arget.Mais encore que cela fuft vray, fi ne deuoit pas vn bon Capitaine tomber en ceft erreur, ny pour s'eftre laiffé ainfi facilement mefconter, s'expofer au peril de perdre tout. En les mettant donc ainfi I'vn deuant l'autre, nous les pouuons mieux confiderer. Au demeurant quant à leur allee en Aegypte, I'vn s'y enfuit par force, l'autre y alla volontairement auec peu d'honneur, pour gaigner de l'argent à feruir des Barbares, en intention d'en faire puis apres la guerre aux Grecs. Et puis ce que nous reprochons aux Aegyptiens pour le tort, qu'ils firent cruellement à Pompeius, cela mefme reprochent les Aegyptiens à Agefilaus pour le mauuais tour, qu'il leur fit: car l'vn fut defloyaument outragé à mort par ceux, à qui il s'eftoit fié de fa vie:& l'autre abandonna au befoin ceux, qui s'eftoyent fiez en luy,& fe tourna Courna remen me de c mo crir fev ture tres temp ALEXANDRE LE GRAND. 253 tourna contre ceux mefmes, au fecours defquels il eftoit premicrement venu. pour d'her prix, quatter h reure la yure Fai en fortis imputati meftantu yui le m trefolu ,& main ent ebran Sparte, Es de vain mener lon Popp defiber la que cela fil auperi des Ba ' elavet ALEXANDRE LE GRAND. M. ALEXANDER YANT propofé d'efcrire en ce liure les vies du Roy Alexandre le grand,& de Iulius Cæfar, qui desfit Pompeius, pour le nombre infini des chofes qui fe prefentent deuant moy, ie n'vferay d'autre prologue, que de prier les lecteurs qu'ils ne me reprennent point, fi ie n'expofe pas le tout ample ment& par le menu, ains fommairement en abregeant beaucoup de chofes, mefmement en leurs principaux actes& faits plus memorables: car il faut qu'ils fe fouuiennent, que ie n'ay pas pris à ef crire des hiftoires, ains des vies feulement:& les plus hauts& plus glorieux exploits ne font pas toufiours ceux, qui monftrent mieux le vice, où la vertu de l'homme, ains bien fouuent vne legere cho fe, vne parole ou vnicu, mettent plus clairement en euidéce le na turel des perfones, que ne font pas des desfaites, où il fera demeu ré dix mille hommes morts, ne les groffes batailles, ny les prifes des villes par fiege ne par affaut. Tout ainsi donc comme les pein tres, qui pourtrayent au vif, recerchent les femblances feulement ou principalement en la face& aux traits du vifage, efquels fe voit comme vne image emprainte des mœurs& du naturel des hommes, fans guere fe foucier des autres parties du corps: auffi nous doit- on conceder, que nous allions principalement recerchans les fignes de l'ame,& par iceux formans vn portrait au naturel de la vie& des mœurs d'vn chacun, en laiffant aux hiftoriens à efcrire les guerres, les batailles& autres telles grandeurs. C'eft donc chofe tenue pour toute affeuree, qu'Alexandre le grand du 554 ALEXANDRE LE GRAND. cofté de fon pere eftoit defcendu de la race de Hercules par Cara nus,& du cofté de fa mere, qu'il eftoit extrait du fang des Aeaci des par Neoptolemus. Et dit- on que le Roy Philippus fon pere eftant ieune garçon deuint amoureux de fa mere Olympias, qui eftoit auffi encore petite fille orpheline de pere& de mere, en l'ille de Samothrace, là où ils furent tous deux enfemble receus en la confrairie de la religion du lieu,& que depuis il la demanda en mariage à fon frere Arymbas, qui la luy donna: mais la nuit de deuant celle qu'ils furent enfermez enfemble dedans leur chambre nuptiale, l'efpoufee fongea que la foudre luy eftoit tobee dedans le ventre,& que du coup its'eftoit allumé vn grand feu, lequel vint à fe diffoudre en plufieurs flammes, qui s'efpandirēt par tout:& Philippus fon mary fongea auffi depuis qu'il feelloit le vé tre de fa femme,& que l'engraueure du feel dont il le feelloit, e- ftoit la figure d'vn Lion.Si interpreterent les autres deuins, que ce fonge l'admoneftoit, qu'il deuoit foigneufement auoir l'oeil fur fa femme mais vn Ariftander Telmefien refpondit, que c'eftoit à dire que fa femme eftoit enceinte: pource, dit- il qu'o ne feelle point vn vafe, où il n'y a rien dedans,& qu'elle eftoit groffe d'vn fils qui auroit cœur de lion. On dit auffi, que quelquefois ainfi qu'elle dor moit en fon lice, on apperceut vn grand ferpent eftendu tout au long d'elle, qui fut caufe principale, à ce qu'on prefume, de refroidir l'amour que luy portoit,& les careffes, que luy faifoit fon mari, de maniere qu'il n'alloit plus fi fouuent comme il auoit accoufumé au parauant coucher auec elle, fuft ou pource, qu'il euft peur, qu'elle ne luy fift quelques charmes& quelques forcelleries ou, qu'il fe reputaft indigne d'auoir fa compagnie, ayant opinion qu'elle fuft aimee& iouye de quelque dieu.On le ranconte encore en vne autre forte: C'eft que les femmes de ce quartier- la de toute ancieneté font ordinairement efprifes de l'efprit d'Orpheus, & de la fureur diuine de Bacchus, dont on les furnomme Cleodo nes& Mimallones, comme qui diroit furieufes& belliqueufes,& font plufieurs chofes femblables aux femmes Edonienes& Thra eienes, qui habitent au long de la montagne d'Aemus: tellement qu'il femble que ce mot de Threceuin, qui en langage Grec figni fie curieufement& fuperftitieufement vaquer aux ceremonies du feruice des dieux, ait efté deriué d'elles:& qu'Olympias aimant tel les infpirations& telles fureurs diuines, en les exerçant plus barbarefquement& plus effrayablemet que les autres, attiroit apres elle en leurs danfes de grands ferpens priuez, lefquels fe glifans fouuent par entre les lierres, dont les femmes font couuertes en telles ceremonies,& hors des vans facrez qu'elles y portent& tortillans à l'entour des iauelines qu'elles tiennet en leurs mains, & des chapeaux qu'elles ont fur leurs teftes, efpouuantoyét leurs bommes. Ce neantmoins depuis que Philippus eut veu cefte vifio, il enHenuoy Pour en luy fuft geraft celuy Vit ce lympi qu'il reuel le pria engend lagen di la deef en foit cedonie de Dia fien, qu le cult p ple.Car lors bru tendre, lexandr phetes du tem mient fages & qu cut pr tes a v Vine gr de che troifier rent en alectro Or qua main turel carp Puis fer fur Ma AND ercoles pola Cang des Ho ippes Top Olympa ble receure la demag mais larvicid dans leur chan grand feu, devi moir l'eil f reftoit feelle po advn disp qu'elle da du tout a de refroi i fon ma But accou qu'il euf ayant opon quartier- la tier- la de Orpheus, me Cleod liquenes ALEXANDRE LE GRAND: 255 I enuoya Charon Megapolitain à l'oracle d'Apollo en Delphes, pour enquerir que ce pouuoit eftre,& ce qu'il deuoit faire: où il Juy fuft refpondu, qu'il facrifiaft à Iupiter Hammon,& qu'il le reueraft fur tous les autres dieux, mais qu'il perdit l'vn de fes yeux, celuy qu'il auoit mis en la fente de P'huis de fa chambre, lors qu'il vit ce dieu en forme de ferpent couché aupres de fa femme.Et O- lympias ainfi qu'efcrit Eratofthenes, difant à dieu à fon fils, lors qu'il fe partit pour aller à la conquefte de l'Afie, apres luy auoir reuelé à luy feul ce fecret, de qui& comment elle l'auoit conceu, Je pria& admonefta de prédre courage digne de celuy qui l'auoit engendré.Les autres au contraire, difent, qu'elle detefta ce contela, en difant, Alexandre ne ceffera- il point de me rendre fufpecte à la deefle Iuno, en la faifant ialoufe de moy? Tant y a coment qu'il en foit, qu'Alexandre nafquit le fixiefme jour de Tuin, que les Ma cedoniens appellent Lous auquel iour propre fut bruflé le temple de Diane en la ville d'Ephefe, come telmoigne Hegefias Magne fien, qui en fait vne exclamation& vne rencontre fi froide, qu'elJe euft peu eftre fuffifante pour efteindre l'embrafement de ce teple.Car il ne fe faut pas( dit- il) efmerueiller, coment Diane laifla lors brufler fon temple, pource qu'elle eftoit affez empefchee à en tendre, comme fage- femme, à l'enfantement& à la naiffance d'A lexandre: mais il eit bien vray, que tous les prefires, deuins& prophetes, qui lors eftoyent en Ephefe, eftimans que ceft embrafemet du temple eftoit certain prefage de quelque autre grand inconue nient, s'en coururent comme forcencz par la ville, batans leurs vifages, en criant, que ce iour- là il eftoit né quelque grad mal- heur & quelque grade pefte pour l'Afie.Et vn peu apres que Philippus eut pris la ville de Potidae, il huy vint trois grades nouuelles tou tes à vn coup I'vne que Parmenion auoit destait les Efclauons en vne groffe bataille: l'autre qu'il auoit gaigné le pris de la courfe de cheual feul, non attelé auec d'autres, és ieux Olympiques:& la troifieme, que fa femme luy auoit fait vn fils, qui eftoit Alexandre: dequoy eftant de luy- mefme bien ioyeux, les deuins luy augméte rent encore fa ioye, en luy promettat que ce fils, qui eftoit ainfi né, auectrois victoires toutes enfemble, feroit à l'aduenir inuincible. Or quant à la forme de toute fa perfonne, les images faites de la main de Lyfippus font celles qui la reprefentent le mieux au naturel. Auffi ne voulut- il point, qu'autre imager le taillaft que luy car plufieurs de fes fucceffeurs& de fes amis le côtrefirent bie de puis, mais s'eft ouurier- la, fur tous les autres, a parfaitemet bie ob Terué& reprefenté fa façon de porter le col vi bie peu penchant fur le cofte gauche,& auffi la douceur de fo regard& de fes yeux. Mais quadApellesle peignit tenat lafoudre en fa mai, il ne le repre Tenta pas fanayfue couleur, ains le fit plusbrú& plus obfcur, qu'il n'eftoit au vifage: car il eftoit naturellemét blanc,& la blancheur mienes& Th scellene ge Grecip cremone ant plate tirot Is le gh portent& Jeurs man ayer le 256 de fon teint meflee d'vne rougeur, qui apparoifoit principalemet en fa face& en fon eftomac. Et me fouuient d'auoir leu és commetaires d'Ariftoxenus, que fa charneure fentoit bon,& qu'il auois I'haleine tref- douce,& iffoit de toute fa perfonae vne odeur fort foueue, tellement que les habillemens, qui touchoyent à la chair, en eftoyent comme tous parfumez, dont la caufe poffible eftoit la temperature& complexion de fon corps fort chaude& tenant du feu, pource que la douce fenteur s'engendre par le moyen de la chaleur, qui cuit& digere l'humidité, ainfi que Theophraftus eftime: dont vient, que les plus feiches regions,& parties de la terre les plus bruflees de la chaleur du Soleil, font celles, qui portent le plus& de meilleurs efpiceries, à caufe que le Soleil enleue l'humidité fuperflue des corps, comme matiere propre de putrefaction& femble que cefte chaleur naturelle rendoit Alexá dre fuiet a boire& courageux auffi. Au demeurant, dés qu'il eftoit encore enfant, on coneut euidemment, qu'il feroit continent quat aux femmes: car eftant impetueux& vehement en toutes autres chofes, il eftoit difficile à efmouuoir aux plaifirs du corps,& en prenoit fort fobrement, mais au contraire fa couoitife d'honneur eftoit accopagné d'vne fermeté de courage,& d'vne magnanimi té plus conftante, que fon aage ne portoit: car il n'appetoit par toute forte de gloire, ny procedente de toutes chofes indifferemmét, comme faifoit fon pere, lequel aimoit à monftrer fon eloquence, comme eut fait vn Rhetoricien,& engrauoit en fes monnoyes, les victoires qu'il auoit gaignees és courfes de cheuaux& chariots aux ieux Olympiques: ains comme quelques- vus luy deman daffent vn iour, s'il fe voudroit point prefenter a la fefte des ieux Olympiques, pour effayer d'y gaigner le pris de la courfe, pource qu'il eftoit fort difpos& leger du pied à merueilles, Ouy bien, refpondit- il, fi c'eftoyent Rois, qui y couruffent: cobié qu'a parler vniuerfellement il hayft toute forte de fes combattans- la en ieux de pris: car ayant par plufieurs fois fait des feftes, où il propofoit des pris aux ioueurs de Tragedies& de Comedies, aux châtres, muficiens, ioueurs de flutes& de cythres,& iufques aux poëtes, & où femblablement il faifoit des chaffes diuerfes de tout genre de beftes,& des cobats à coups de bafton, iamais il ne prit plaifir à faire combattte à l'efcrime des poings, ny à l'autre efcrime où les combattans s'aident de tout ce qu'ils peuuet.Il recueillit vne fois des ambaffadeurs du Roy de Perfe, pendant que fon pere e- ftoit allé en quelque voyage hors de fon Royaume,& fe rendant priué auec eux, les gaigna tellement par la courtoifie dont il leur vfa,& la bonne chere qu'il leur fit,& parce qu'il ne leur demandoit rien de puerile ny de petit, ains les interrogeoit des diftances, qu'il y auoit d'vn lieu à autre,& de la maniere comment on alloit fur les champs és hautes prouince de l'Afie,& du Roy mefme de ALEXANDRE LE GRAND. Perfe, Perfe co & paffa & plus e Feloque tant de fes,& d moyen re auo taille сдаше Fien de b Carn'ay gloire, il glorie faire par & fon en doit que tieremen feigneuri tailles& threfors Oryaud fonnes of neurs, c froit cel homm mais q bien qu Les autre dre à ca rentou p maitre, n'auoit r moit Pho noit le fec phal pour direten roit la monta pas vr fe dre pita, AND it principle oyent a lad poffible chaude& par le mo anique Th regions,& part leal, font celle fe que le le matere prope Le rend dés qu' continent en toutes ALEXANDRE LE GRANDA 257 Perfe come il fe deportoit enuers fes ennemis,& qu'elles forces & puiffances il auoit, qu'ils en demeurerent grandemet fatisfaits, & plus encore efmerueillez: de maniere qu'ils n'eftimerent plus l'eloquence ne la viuacité d'efprit de Philippus, dont on faifoit tant de conteà comparaifon de l'inftinct a toutes hautes entreprifes,& de grands faits que promettoit le naturel de fon fils. Au moyen dequoy toutes les fois qu'il venoit nouuelles que fon pere auoit pris aucune ville de renom, ou gaigné quelque groffe ba taille, il n'eftoit point fort ioyeux de l'entendre, ains difoit à fes egaux en aage, Mon pere prendra tout, Enfans,& ne me laiffera rien de beau ny de magnifique à faire& à conquerir auec vous. Car n'aymant point la volupté, ny l'argent, ains la vertu& la gloire, il eftimoit, que tant plus fon pere luy laifferoit de grandes & glorieufes conqueftes, tant moins il luy demeureroit de bien à faire par luy- mefme:& pourtant voyant que l'eftat de fon pere & fon empire alloit croiffant tous les iours de plus en plus, il cuidoit que tout ce qu'il auoit de beau à faire au monde le deuft entierement confumer en luy,& aimoit mieux recueillir de luy vne feigneurie, où il y euft occafion de groffes guerres, de grandes batailles,& force matiere de fe faire. honneur que non pas de grads threfors, des delices, ny de grands moyens de viures à fon plaifir. Or y auoit- il autour de luy, comme on peut penfer, plufieurs perfonnes ordonnees pour le dreffer& bien nourrir, comme gouuerneurs, chambellans, maiftres& precepteurs: mais Leonidas e- ftoit celuy qui auoit la fuperintendance par deffus tous les autres, homme auftere de fa nature,& parent de la Royne Olympias: mais quant à luy il haiffoit ce nom de maiftresou precepteur, cobien que ce foit vne belle& honnorable charge, a raifon dequoy Les autres l'appelloyent le gouverneur& conducteur d'Alexandre, à caufe de la dignité de fa perfonne,& de ce qu'il eftoit parentdu prince: mais celuy qui tenoit le lieu,& qui auoit le titre de maiftre, eftoit vn Lyfimachus natif du pays d'Acarnanie, lequel n'auoit rien de bon ny de gentil en foy: mais pource qu'il fe nom moit Phoenix,& Alexandre Achilles,& Philippus Pelus, il tenoit le fecond lieu apres le gouuerneur.Au refte comme Philo nicus Thaffalien euft amené au Roy Philippus le cheual Bucephal pour le luy vendre, en demandant* treze talens, ils defcen-* Sept mille dirét en vne belle carriere pour l'effayer& le picquer.Il furtrou huit cens ef ué fi rebours& fi farouche, queles efcuiers difoyet qu'o n'en pour cus. roit iamais tirer feruice, à caufe qu'il ne vouloit pas fouffrir qu'o montaft deffus luy, ny feulement endurer la voix& la parole de pas vn des gentils- hommes, qui fuflent autour de Philippus ains fe dreffoit à l'encotre d'eux tous, de façon que Philippus s'endefpita,& commanda qu'on le remmenaft comme befte vicieuſe fauuage& du tout inutile:& l'euft- on fait, fi n'euft cfté qu'Alexa du corps, ife d'hom ne magna petoit part differemme eloquence les monnoye meaux& ch -Tus luy dem fete des i courfe, pou les, Ouy bie bé qu'a park ans- la en e καὶ Η ρτοροία es, aux cha es aux po de tout ge pric pla efcrime cueillit v fon pere & le rend ie dont ill e leur de des diff Pe I j # 58 dre, qui eftoit prefent, dit, O dieux quel cheual ils rebutent pour ne fauoir, à faute d'addreffe& de hardieffe, s'en feruir.Philippus ayant ouy ces paroles, pour la premiere fois ne fit pas femblat de rien: mais comme il les allaft repetat plufieurs fois entre fes déts autour de luy, inonftrant d'eftre bien marri, dequoy on reuoyoit le cheual il luy dit à la fin. Tu reprens ceux qui ont plus d'aage& d'experiece que toy, comme fi tu y entendois quelque chofe plus qu'eux,& que tu feuffes mieux comment il faut mener vn cheual à la raifon qu'ils ne font. Alexandre luy refpodit: A tout le moins manieroy- ie mieux ceftuy- cy, qu'ils n'ont fait eux. Mais aufsi repliqua Philippus, fi tu n'en peux venir à bout, non plus qu'eux, qu'elle amende veux- tu payer pour ta temerité? Ie fuis content refpondit Alexandre, de perdre autant comme vaut le cheual. Chacun fe prit à rire de cefte refponfe,& fut entr'eux deux la ga geure accordee d'vne certaine fomme d'argent. Et adonc Alexádre s'en courut vers le cheual, le prit par la bride,& le rerourna la tefte vers le Soleil, s'eftät apperceu comme ie croy, que le che ual fe tourmentoit, à caufe qu'il voyoit fon vmbre, laquelle tomboit& fe remuoit deuant luy à mefure qu'il fe mouuoit: puis en le careffant vn peu de la voix& de la main, tant qu'il le vit ronflant& foufflat de courroux, laiffa à la fin tout doucemét tomber fon manteau à terre,& fe foufleuant dextrement d'vn faut leger, monta deffus fans aucu danger,& luy tenant vn peu la bride roide fans batre ne haraffer, le remit gentiment: puis quand il vit, qu'il eut ietté tout fon feu de defpit,& qu'il ne demandoit plus qu'à courir, alors il luy donna carriere à toute bride, en le pref fant encore auec vne voix plus afpre que fon ordinaire& vn talJonnement de pieds.Philippus du comencement le regarda faire auec vne grande deftreffe de crainte qu'il ne fe fift mal, fans mot dire toutesfois: mais quad il le vit addroitement retourner le che ual au bout de la carriere, tout fier de l'aife d'auoir bié fait, alors tous les autres afsiftans s'en eferierent par admiration: mais au pere les larmes, à ce qu'on dit, en vindrent aux yeux de ioye qu'il en eut,& quand il fut defcendu de cheual, luy dit en luy baifant la tefte: O mon fils, il te faut cercher va royaume, qui foit digne de toy car la Macedoine ne te fauroit tenir.Et confiderant que fa nature eftoit difficile à manier, pource qu'il s'opiniaftroit à ne vouloir point eftre forcé de rien, mais que par remonftrance on Je conduifoit facilement à la raifon ,, luy- mefme tafcha toufiours à luy perfuader par raifon, ce qu'il luy vouloit faire faire, pluftoft que de luy commander:& ne fe fiant pas trop de l'inftitution& nourriture de fon fils aux maiftres de mufique& des lettres humaines qu'il auoit mis autour de luy pour l'enfeigner, ains efti mant que c'eftoit charge de plus grande portee que la leur,& qui auoit befoin, comme dit Sophocles, ALEXANDRE LE GRANDA De il enu lofop Pefc Je de luy efte & po aupr fe pro Jay les les au que le ques, Boir o солош point qu'Ale Ariftot put vne neur de xandre ures d par à eft que chofe A quo Auy ref салас que co ne epid pour ap requ'il riftote la the quan med Cond ftoir Hom Com ND. Teru Phi par fea ay on te plus d'a lque chofe enet vne A tout le m Mais auf mon plus qu'e vaut le che ' eux de la Et adonc & le re roy que les Laquelle ducit: pust qu'il le vin cemet ton n fautleg la bride lis quand ilv demandoit p ide, en lep inaire& va le regardafa rbie fait, iration mas eux de love qui foir d ALEXANDRE LE GRAND. De plufieurs mors de plufieurs timons: 359 змот il enuoya querir Ariftote, le plus renommé& le plus fauant philofophe de fon teps, en luy payant vn tres- honorable falaire pour l'efcholage de fon fils: car ayat parauat deferté& deftruit la ville de Stagira, dont il eftoit natif, il la rebaftit depuis en faueur de luy,& y remit les habitans, qui s'en eftoyent fuys, ou qui auoyent efté reduits en feruitude,& leur ordonna pour leur demeurance, & pour le fetour de leurs eftudes: la maison de plaifance qui eft aupres de la ville de Mieza, là où on monftre encore des fieges de pierre qu'Ariftote y fit faire,& des allees couuertes d'arbres pour fe promener à l'vmbre. Si me femble qu'Alexãdre n'apprit pas de Juy les fciences morales& politiques feulement, ains ouyt auffi les autres plus fecretes, plus difficiles& plus graues doctrines, que les difciples d'Ariftote appelloyeut proprement Acroamatiques, ou Epoptiques, comme qui diroit fpeculatiues, qu'il faut a- uoir ouyes du maiftre pour les entendre, ou reclufes arriere de la conoiffance du vulgaire, lefquelles fciences, ils ne publioyent point ny les communiquoyent point à la commune: tellement qu'Alexandre mefine eftant ia paffé en Afie,& entendant comme Ariftote en auoit mis hors& publié quelques liures, luy en efcriuit vne lettre, par laquelle il l'en tanfa affezlibrement pour l'hōneur de la philofophie,& eftoit la teneur de la mifsiue telle: Alexandre à Ariftote Salut. Tu n'as pas bien fait d'auoir publié tes li ures de fciences fpeculatives, pour autant que nous n'aurons rien par deffus les autres, fi ce que tu nous as enfeigné en fecret vient à eftre publié& communiqué à tous,& ie veux bien que tu tu faches que l'aimeroye mieux furmonter les autres en intelligence des chofes hautes& tres- bonnes, que non pas en puiffance, Adieu. A quoy Ariftore, pour appaifer ceft ambitieux mefcontentement, luy refpod, que ces liures- la n'eftoyent* ny publiczny à publier:* C'eft ad car, à dire la verité, en tout le traitté, qu'il appelle Metaphyfi- re, ils font que, comme qui diroit, fcience fuiuant la naturelle, il n'y a aucu- publiez, f ne euidente inftruction& exprefsion, qui puiffe eftre vtile, ny ne le font pas pour apprendre à part foy, ny pour enfeigner à autruy, de maniere qu'il eft efcrit pour ceux qui font defia fauans,& qui ont efté inftruits dés le commencement.Et me femble auffi que ce fuft A- riftote plus que nul autre, qui luy fit prendre plaifir& affection à l'art de medecine: car il n'en aima pas feulement l'intelligence& la theorique ains en exerça auffi la pratique, en fecourat fes amis quand ils demeuroyent malades:& compofa quelques receptes de medicamens,& quelques reglemens de viure, ainfi qu'on peut conoiftre par fes lettres mifsiues, pource que de fa nature il e- ftoit homme ftudieux,& aimoit à lire. Il voulut auoir l'Iliade de Ex To Homere de la correction d'Ariftote, qu'on appelle* la correcte, vápnxos comme ayant paffé fous la verge,& la mettoit toufiours auec fon Gderant qu miniaftroit monftrance fcha toufio e faire, pl Pinftitui des lettres ignet, -qual mire. * Trente mil le efcus. 260° ALEXANDRE LE GRAND. aucuns veu- poignard deffous le cheuet de fon li& t, l'eftimant& la nommant lent, que ce nourriture ou entretien de la vertu militaire, ainfi comme Onefipaffage s'en crates à efcrit.Et quad il fut és hautes prouinces de l'Afie, ne pou tende du ri- uant recouurer promptemet d'autres liures, il efcriuit à Harpache coffret lus, qu'il luy en enuoyaft.Il luy enuoya les hiftoires de Philiftus, qui fut trou- auec plufieurs Tragedies d'Euripides, de Sophocles& d'Echié entre les lus, quelques hymnes de Teleftus& de Philoxenus. Si aima& ho bagues du nora du comencement Ariftote, non moins que fon propre pere, Roy Darius, come il difoit luy- mefme, pource que de l'vn il auoit receu le videdans lequel ure,& de l'autre le bien viure: mais depuis il l'eut vn peu fufpect, Alexandre non iufques à luy en faire aucun defplaifir, ains feulemet iufques voulut qu'on à ne luy faire pas tant, ny de fi amiables& fi affectueufes careffes, gardaft les comme il auoit appris au parauant, ce qu'on prefuma eftre figne liures de Ho- de quelque alienation de volonté: toutesfois pour cela ne luy fortit point de l'ame le defir& l'amour de la philofophie, qu'il auoit dés fon enfance empraint en fon coeur,& qui y eftoit creu auec fon aage quand& luy, ainfi que tefmoignerent depuis l'honneur qu'il fit au philofophe Anaxarchus,& les* cinquante talens qu'il enuoya à Xenocrates,& Daudamis& Calanus, defquels il fit fi grand conte. Au refte, eftant Philippus allé faire la guerre à ceux de la ville de Byzace,& luy en l'aage de feze ans demeuré en Má cedoine fon lieutenant& garde de fon feau, il dota& fubiuga les Medariens, qui s'eftoyent rebellez:& ayant pris leur ville d'af faut, en dechaffa les Barbares habitas,& y en logea d'autres meflez de plufieurs nations, fur- nomant la ville Alexãdropolis, c'eft à dire la ville d'Alexandre. Il fe trouua aufsi auec fon pere en la bataille de Charonee côtre les Grecs, là où on dit, que ce fut luy, qui donna le premier dedans la bande qu'on appelloit facree, des Thebains:& iufques à mon temps encore monftroit- on vn viei! chefne, que ceux du pays appelloyent communement le Chefne d'Alexandre, pourautant que fon pauillony eftoit lors tendu def fous:& non guere loin de là eft le charnier, auquel furent enter rez les corps des Macedoniens, qui moururet en la bataille. Pour Jefquelles chofes fon pere, comme on peut eftimer, l'aimoit vniquement,& eftoit bien aife d'ouyr que les Macedoniens appelloyent Alexandre leur Roy,& Philippus leur Capitaine: mais les troubles, qui depuis aduindrent en fa maifon, à caufe de fes nouuefies noces& nouuelles amours, engendrerent de grands diffe. rets& de lourdes querelles entr'eux, pource que la maladie de la diffention& ialoufie des femmes penetra iufques à departir les cours des Roys mefmes, dequoy fut principalement caute l'aigre nature d'Olympias, laquelle eftant femme ialoufe, cholere& vin dicariue de nature, alloit irritant Alexandre,& augmentant les mefcontentemens qu'il auoit de fon pere: toutesfois la plus apparente occafion fut celle, que luy donna Attalus aux noces de CleopaCleop ge& d la nou monn feftin tra il med ynec femb Jeva bonne iltom la, dit voula tout d pias en El eftant lay, le comm d'acco dete emply fenti fire fed Tet moy five fils d amba d'Ale nouu nage andr de T qu'il AND commen de l'Afiere efcriuit à Hay ires de Phil cles&& Si auma& foo propre po ra peu laget Tealemet inge les cares urma eftre ig cela nel phie qu'il tout creu a puis l'hon te talens of fquels il guerre à ce meuré en M & fubiuga le ville d'al d'autres me dropolis.c fon pere en que ce furby Cacreeder it- on viel ment le Chel ors rendu de furent ent Bataille Po Paimoit v iens appe ne: mais de fes nou ands diffe aladie de Heparti caule Pag molere& mencan's pla app Cleape ALEXANDRE LE GRAND 261 Cleopatra, que Philippus efpoufa fille, eftant deuenu hors d'aage& de faifon amoureux d'elle. Car Attalus, qui eftoit oncle de la nouuelle mariee, s'enyura au feftin des noces,& eftant yure admonnefta les autres feigneurs Macedoniens, qui eftoyent auffi au feftin, qu'ils priaffent aux dieux, que de Philippus& de Cleopatra il leur peuft naiftre vn hoir legitime, pour fucceder au royaume de Macedoine: dequoy Alexandre fe fentant picqué, luy ietta vne coupe en fa tefte, en luy difant, Et moy, trailtre que tu es, te femble- il donc que ie fois baftard? Ce que voyant Philippus, fe leua foudain de la table l'efpee defgainee en la main: mais de bonne fortune pour tous deux, efant troublé de cholere& de vin, il tomba en terre:& adonc Alexandre fe mocquant de luy, Voila, dit- il, celuy, qui fe preparoit pour paffer d'Europe en Afie, en voulant feulement paffer d'vn liet à vn autre, il s'eft laiffé tomber tout de fon long.Depuis ce grand fcandale, il prit fa mere Olym pias,& la ramenant en fon pays d'Epire, s'en alla cependant tenir en Efclauonnie. Mais en ces entrefaites Demaratus Corinthien eftant hofte de Philippus,& ayant vne priuauté fort frache auec luy, le vint voir,& apres les premieres careffes de la falutation, comme Philippus luy demandanft comment eftoyent les Grecs d'accord enfemble? Vrayement, luy refpondit- il, Sire, il te fied bie de te foucier& enquerir de la concorde des Grecs, yeu que tu as emply ta propre maifon de fi grandes querelles& de tant de dif fentions. Cefte parole poignit Philippus au vif,& luy fit reconoiftre fa faute, de maniere qu'il fit reuenir Alexandre par l'entremi fe de ceftuy Demaratus, qu'il y enuoya pour luy perfuader qu'il retourneft. Et come Pexodorus prince de la Carie defirant par le moyen d'alliance de mariage entrer en ligue offenfiue& defenfiue auec Philippus, prefenta fa fille aifnee en mariage à Aridæus fils de Philippus,& euft enuoyé en Macedoine Ariftocritus fon ambaffadeur, pour traitter& manier ceft affaire: les familiers d'Alexandre& fa mere commencerent derechef à luy faire de nouueaux rapports,& à lay mettre en tefte nouuelles fufpicions, que Philippus vouloit à fon preiudice auancer par ce gros mariage Arideus,& le laiffer fon fucceffeur au royaume: dont Alexandre fe trouuant ennuyé, enuoya vn nommé Theffalus ioueur de Tragedie deuers Pexodorus en la Carie, pour luy remonftrer qu'il deuoit lauffer là Aridæus, qui eftoit baftard,& n'auoit pas le fens entier ny rafsis,& cercher pluftoft l'alliance d'Alexandre. Pexodorus fut bien plus content d'auoir Alexandre pour fon gendresque non pas Aridaus: mais Philippus en eftant aduerty, s'en alla luy- mefme en la chambre d'Alexandre, menant quand & luy I'vn de fes familiers Philotas fils de Parmenion,& le tanfa fort afprement, en luy monftrant qu'il auroit bien le coeur lafche & indigne de l'eftat qu'il laifferoit à fon trefpas, s'il fe contentoje 252 ALEXANDRE LE GRAND. d'efpoufer la fille d'vn Carien, qui eftoit ferf& vaffal d'vn Roy barbare:& quand& quand efcriuit aux Corinthiens, qu'ils luy enuoyaffent Theffalus pieds& poings liez,& bannit de la Mace doine Harpalus, Nearchus, Phrygius& Ptolomæus, les mignons de fon fils, lefquels Alexandre rappella depuis,& les tint tous en grand lieu de faueurs aupres de luy Quelque temps apres Paufanias ayant efté vilainement outragé en fon corps du feu& par le commandement d'Attalus& de Cleopatra,& n'en ayant peu obtenir reparation ny iuftice de Philippus, tourna fon ire contre luy,& le tua luy mefme par defpit duquel meurtre la coulpe pour la plufpart fut bien donnee à Olympias, laquelle ainfi qu'on dit incita& pouffa ce ieune homme bouyllant de courroux à ce faire: mais aufsi y en eut- il quelque fufpicion qui toucha à Alexandre: car on dit, que comme Paufanias luy parlaft de fon affaire apres l'iniure receue,& s'en plaignift à luy, il luy allegua ces vers qui font en la Tragedie de la Medee du poete Euripides, là où elle dit en courroux, qu'elle fe vengera Du marié de la marieg, Et qui luy a pour femme apparice. Toutesfois depuis il fit diligemment cercher& punir feuerement tous les complices de la coniuration,& ne fut pas content de ce que fa mere Olympias auoit cruellement traité Cleopatra. Si vint à fucceder à la courone de Macedoine en l'aage de vingt ans & trouua fon royaume expofé à grandes enuies, efpié de dangereux ennemis:& de tous coftez enuironné de griefs perils, à caufe que les nations Barbares, voifines de la Macedoine, ne pouuoyét fupporter le joug de la feruitude eftrangere, ains regrettoyent leurs Roys naturels. Et Philippus ayat conquis la Grece par for ce d'armes, n'auoit pas eu du temps affez pour la bien domter,& entierement accouftumer au ioug, ains y ayant feulement va peu remué les gouuernemens, auoit laiffé les chofes en grad trou ble& en grand branile, pour n'eftre pas de longue main accouftumee de feruir: parquoy ceux du confeil de Macedoine redoutans la mauuaiftié du temps, eftoyent d'aduis qu'Alexandre aban donnaft totalement les affaires de la Grece,& qu'il ne s'ahurtaft point autrement à les vouloir auoir par force:& au demeurant qu'il tafchaft à regaigner tout doucement les Barbares qui s'eftoyent rebellez,& remedier fagement par douceur au foufleuement de ces nouuelletez. Mais luy tout au contraire, fe delibera de maintenir& affeurer fes affaires par hardieffe& magnanimité, ayant opinion, que fi an le fentoit flefchir à ce commencement, tant peu que ce fuft tout le monde luy courroit fus,& fe foufleueroit à l'encontre de luy.Si amortit incontinent les mouHemens Hemens ques à la Syrmas fte, com s'enten eftoit ftroit Demo qu'ile deuenu Toit hom devant repenti de la re qu'il d deuers tas& A publiqu Greces la bride ce.Si co deque plufie quief Vint tes def d'ef yeng ces d & les bains AND. f& rafal& chiens, g les mig & les tint to temps apres Pai katen zyamp for ire com re la coolpe you elle ainfi or ond acef toochai Alex aft de fon afi lay allegu te Euripide jenerema crement ALEXANDRE LE GRANDA 293 uemens des Barbares, en courant foudain auec fon armee iuf ques à la riuiere du Danube là où il desfit en vne groffe bataille Syrmus le Roy des Triballiens,& ayant nouuelles d'vn autre.co fté, comme les Thebains s'eftoyent rebellez,& que les Atheniens s'entendoyent auec eux, pour leur monftrer& faire fentir qu'il eftoit homme, il fit incontinent marcher fon armee vers le de ftroit des Thermopyles, difant qu'il vouloit faire voir à l'orateur Demofthenes, qui l'appelloit en fes harangues, enfant, pendant qu'il eftoit en Efclauonnie& au pays des Triballiens, qu'il eftoit deuenu adolefcent en paffant par la Theffalie,& qu'il le trouueroit homme fait deuant les murailles d'Athenes. Arriué qu'il fue deuant Thebes, il voulut donner moyen à ceux de la ville de fe repentir,& leur demada feulemet Phoenix& Prothytes; autheurs de la rebellion,& au demeurant fit proclamer à fon de trompe, qu'il donnoit pardon& feureté à tous ceux, qui fe retourneroyēt deuers luy: mais les Thebains à l'oppofite luy demanderét Philo tas& Antipater, deux de fes principaux feruiteurs;& firent crier publiquement, que ceux, qui voudroyent defendre la liberté de la Grece, fe ioigniffent auec eux: a l'occafion dequoy il lafcha adóe la bride aux Macedoniés pour leur faire la guerre à toute outrace.Si cobatirent les Thebains de courage& d'affection plus grade, que n'eftoit leur puiffance, attendu que leurs ennemis eftoyét plufieurs contre vn mais quand la garnifon des Macedoniens, qui efto it dedans le chafteau de la Cadmee, fortant fur eux, les vint encore charger par derriere, alors eftant enuelopez de tou tes parts, ils furent prefque tous tuez fur le champ la ville prifes deftruite& rafee rez pied rez terre.Ce qu'il fit faire en intention d'efpouuater principalemet les autres peuples Grecs par l'exem ple de cefte grande defolatio des Thebains, afin qu'il n'y en euft plus pas vn qui ofaft leuer la tefte contre luy:& toutesfois encore voulut- il donner quelque couleur honnefte à cefte execution de vengeance, difant qu'il vouloit fatisfaire aux plaintes& dole an ces de fes alliez& confederez, pource qu'à la verité les Phocios & les Plateiens chargeoyent& accufoyent deuant luy les Thebains de grads outrages: au moyen dequoy exceptant les preftres & ges de religio,& tous ceux qui eftoyét amis particuliers, ou ho fes de feigneurs Macedoniens, tous defcendans& parets du poë re Pindarus,& tous ceux qui auoyent contredit à ceux, qui fuadoyent la rebellion, il fit vedre come efclaues tout le demeurant des habitans de Thebes, qui fe trouuerent ufques au nombre de trente mille, fans ceux qui eftoyent morts en la bataille, qui pafLoyent fix mille.Mais entre les miferes& calamitez de cefte pes ure ville de Thebes, il y eut quelques foldats Traciens, lefquels ayans rafé la maifon de Timoclea, Dame de bien& d'honneur, Tue de noble race, departirent les biens entre eux& leur Capi ontent de ce Cleopatra. St ede vingt ans pe de dange perils ca pou regrettoyens Grece parfor en domter,& feulement va en gradero main accou ine redou ndre aban aburial meurant quis'e Coulevedeliber guanin * J les mou 264 ALEXANDRE LE GRAND. ayans ter le deftro reaux P la Grec faires, cuida à Cori foit co pelle che tou venir de dreau vi 1uy dem pondit i xandre p ration la le peu d taine l'ayant prife à force& violee, luy demada fi elle auoit point caché d'or ou d'argent en quelque part. La Dame luy refpondit qu'auy,& le menant tout feul en vn iardin: luy monftra vn puits, dedans lequel elle difoit, que voyant la ville prife, elle auoit ietté routes fes bagues,& tout ce quelle auoit de plus beau& de plús riche meuble.Le Barbare Thracie fe baiffa pour regarder dedas le puits,& elle qui eftoit derriere, le pouffa dedas& puis ietta def fus forces pierres, tant qu'elle l'affomma.Les foldats qu'and ils le feurent, la faifirent incontinent,& la menerent liee& garrottce deuant le Roy Alexandre lequel, à voir fon vifage, fa contenance & fa marche, premieremet iugea bien que c'eftoit quelque Dame d'honneur& de grand lieu, tant elle marchoit affeurement& co ftamment, apres ceux qui la menoyent, fans femonftrer eftonnee ny effrayee de chofe quelconque: puis quand Alexandre luy demanda, qui elle eftoit, elle luy refpondit, qu'elle eftoit fœur de Theagenes, celuy qui auoit donné la bataile au Roy Philippus deuant la ville de Charonee, où il eftoit mort pour la defenfe de la liberté des Grecs en eftat de Capitaine general. Alexadre s'ef merueillant de cefte refpófe genereufe,& aufsi de l'acte qu'elle a -üoit fait.commanda qu'on la laiffaft aller libre auec fes enfans là -où elle voudroit,& fit appointement auec les Atheniens, quoy squ'ils monftraffent euidés fignes d'eftre fort defplaifans de la for tune des Thebains, Careftant lors efcheute la fefte des Myfterés, ails la laifferét pour le dueil qu'ils en portoyet,& à ceux, qui s'enfuyrent en leur ville, firent toute l'humanité qu'il leur fut pofsi Ble: mais fuft, cu pource que fon courroux eftoit defia affouuy, fuyuant en cela le naturel des lions, ou pource qu'il vouluft apres vn exemple de tref- cruelle vengeance, en monftrer vn autre de finguliere clemence, non feulement il abfolut les Atheniens de tout crime, ains leur confeilla& les admonefta dauantage qu'ils euffent l'œil aux affaires,& qu'ils entendiffent à eux pource que leur ville eftoit pour döner vn iour la loy à toute la Grece, fi d'ad uenture il venoit à mourir.On dit bien, que certainement il fe repentit par plufieurs fois depuis, d'auoir ainfi miferablement exter miné les Thebeins,& fut le regret qu'il en eut, caufe que depuis il fe monftra plus humain enuers beaucoup d'autres:& fans point de doute il eur opinion, que le meurtre de Clytus, qu'il occit à la table,& le refus que luy firent les Macedoniens de paffer outre à la conquefte du demeurant des Indes, qui fut comme vne imperfection de fon entreprife& diminutio de fa gloire, luy aduindret par le courroux& la rancune de Bacchus, qui s'en voulut venger de luy,& n'y eut onques puis Thebain de ceux, qui peurent ef chapper la fureur de fa victoire, qui euft à faire à luy, ou le requift d'aucune chofe, qui n'impetraft tout ce, qu'il demandoit. Voila commet la ville de Thebes fut traittee. Au demeurat, les Grecs ayans fes famil dit, Vous n'eftore querir l' la en la risa es 10 point ac enuoya oracle coult fonne ne pou que te v demand d'elle.D voyage, entre aut en la vil tiré de fu ledeuin efperer tout des p crire Da au homm AND Aa Gielle a Dame luy re monitra vo s beau de de regarder le & pais ven aldats qu' and ite& garm agola conten quelque Du montrer ele Mexandre ly e eftoit le Ror Phim la defen Alexadre Pacte qu'el ec les enfan ALEXANDRE LE GRAND: 265 ayans tenu vne affemblee generale des eftats de la Grece dedas le deftroit du Peloponefe où ils refolurent qu'ils feroyent la guer re aux Perfes auec Alexandre, il y fur efleu Capitaine general de la Grece:& là comme plufieurs, tant philofophes, que gens d'affaires, Pallaffent vifiter, pour s'efiouyr auec luy de fon election, il cuida bien que Diogenes le Sinopien, qui fe tenoit ordinairemét à Corinthe, le deuft aller voir aufsi: mais quand il vit, qu'ils ne fai foit conte de luy, ains fe tenoit à fon aife au faux- bourg, qui s'ap-. pelle Craniu il s'en alla luy mefmes deuers luy,& le trouua couché tout de fon long au Soleil: toutesfois quad il vit tant de gens venir deuers luy, il fe leua vn petit en fon feat,& regarda Alexan dre au vifage. Alexandre le falua& le careffa de paroles,& puis luy demanda s'il aucit point à faire de quelque chofe, Ouy, refpondit il, c'eft que tu t'oftes vn petit de deuant mon Soleil. Alexandre prit fi grand plaisir à cefte refponfe,& eut en telle admiration la hauteffe& grandeur de courage de ceft homme, de voir le peu de conte qu'il auoit fait de luy, qu'au partir de là, comme fes familiers fe riffent enfemble& fe mocquaffent de luy, il leur dit, Vous en direz ce que vous voudrez, mais certainement fi ie n'eftoye Alexandre, ie voudroye eftre Diogenes. Et voulant en querir l'oracle d'Apollo touch at fon voyage de l'Afie, il s'en alla en la ville de Delphes: mais il fe recótra de fortune, qu'il y arriua és iours, qu'on appelle mal- encontreux, efquels on n'auoit point accouftumé de demander rien à Apollo: ce neantmoins il enuoya premierement deuers la propheciffe, qui prononçoit les oracles, la prier de venir:& comme elle en fit refus alleguant la couftume, qui luy defendoit d'y aller, luy- mesme y alla en perfonne,& la tira par force au temple.Elle adonc voyant qu'elle ne pouuoit refifter à fon affection, luy dit, Tu es inuincible, à ce que ie voy, mon fils. Ce qu'Alexandre ayant entendu, dit qu'il ne demandoit point d'autre oracle,& qu'il auoit celuy qu'il defirois d'elle.Depuis quand il fut fur le point de partir pour aller a fon voyage, il eut plufieurs fignes& prefages diuinemét enuoyez:& entre autres, vne image du poëte Orphe' faite de bois de Cypress en la ville de Lebethres, enuiron ces iours- la rédit grande quantité de fueur:& comme plufieurs redoutaffent ce prenoftique- la, le deuin Ariftander an contraire l'interpreta qu'il en falloit bien efperer: car c'eft figne, dit il, qu'Alexandre fera des conqueftes& des proueffes d'armes dignes d'eftre chantees& renommees par tout le monde, lefquelles feront fouuent venir la fueur au front des poètes& des muficiens, pour la peine qu'ils auront à les defcrire& les chanter.Quant au nombre des combatans, qu'il me na auec luy, ceux qui en mettent le moins, difent trente mille. hommes de pied,& cinq mille de cheual:& ceux qui en mettent le plus, efcribent trence& quarate mille de pied,& quatre de che eniens, quo fans de la fo des Myfterés eux qui s'en ear fut pofsi defia affour voulut apres Atheniens de antage it pource que Greced ment illere lement exte ue depuis lans point occità la er outre à ne imper adaindr ut venge Deurent& wule recul Joi Vaila as Greas Quarante Cus. * Cent vingt mille efcus. 266 ALEXANDRE LE GRANDA Ar refpo pellaft le pour le p defia tar honte, li affer v la riuier la tefte mis luy pee& d'ennemi fiensa tra roide, qu qu'il y eu confeil. & fit tant ual.Et pour les foudoyer& entretenir, Ariftobulus efcrit, qu'il ne auoit pas plus de foixante& dix talents:& Duris ne met de pro deux mille efuifion de viures, que pour trente iours feulement:& Oneficritus dit dauantage, qu'il deuoit plus de deux cens talens. Toutefois encore qu'il entraft en cefte guerre auec fi peu de moyen pour la fouftenir, fi ne voulut il iamais monter fur fa nauire, que premis erement il ne fe fuft informé de l'eftat de tous fes amis, pour entendre les moyens qu'ils auoyent de le fuyure,& qu'il n'euft diftribué à l'vn des terres, à l'autre vn village,& à l'autre le reuenu de quelque bourgade, ou de quelque port, tellement qu'en ces dons- là, il employa& confuma prefque tout le domaine des Roys de Macedoine.Parquoy Perdiccas luy demada, Mais pour toy, Sire, que retiens- tu? Et il luy refpondit promptemet, L'efperance.Nous y voulons donc, repliqua Perdiccas, auoir part auffi, puis que nous allons quand& toy:& ainfi refufa le reuenu, que le Roy luy auoit afsigné pour fa penfion: ce que quelques vns des autres firent aufsi comme luy: mais ceux quien vou lurent receuoir, ou qui en demanderent, il leur en donna fort liberalement,& defpendit en cela la plus part du domaine ordihaire de fon royaume.En telle affe& tion& telle deliberation dóc paffa- il le deftroit de l'Hellefpont,& allant iufques en la ville d'I lium, y facrifia à Diane,& y efpandit des effufions funerales aux demi- dieux, c'eft à dire, aux princes qui moururent en la guerre de Troye, dont les corps y eftoyent enfeuelis, principalement à Achilles la fepulture duquel il oignit d'huyle,& courut nud tout à l'entour auec fes mignons, felon la couftume ancienne des funerailles, puis la couurit toute de chapeaux& de feftons de fleurs, difant qu'il eftoit bien- heureux d'auoir eu en fa vie vn loyal ami,& apres fa mort vn excellent heraut pour dignement chanter fes louanges. Et ainfi qu'il alloit çà& là par la ville, vifitant les chofes notables qui y eftoyent, quelqu'vn luy deman da s'il vouloit point voir la lyre de Paris auquel il refpondit, Te n'ay pas grande enuie de voir celle- la, mais ie verroye volon tiers celle d'Achillés, fur laquelle il iouoit& chantoit les hauts faits& prouëffes des hommes vertueux du téps paffé. Cependant les Capitaines& lieutenans du Roy de Perfe, Darius, ayans mis vne groffe puiffance enfemble, l'attendoyent au paffage de la riuiere du Granique.Si eftoit neceffaire de combatre là, come à la barriere de l'Afie, pour en gaigner l'entree: mais la plufpart des Capitaines de fó cófeil craignoyét la profódeur de cefte riuieres & la hauteur de l'autre riue, qui eftoit roide& droite,& fi ne la pouuoit- on gaigner ny y moter fãs cobatte:& y en auoit, qui difoyet, qu'il failloit predre garde à l'obferuice ancienne de mois, pource q les Roys de Macedoine n'auoyét tamais accouftumé de mettre leur armee aux chaps le mois de Iuin: à quoy Alexandre Isur de difficu de la fang battre pe chargere grands c tre l'autr puis à co rent pl facile à la que uoit de Si fut a le coup des prin il fe deft qu'elle fe de luy en palac telle fa ueur Clytu trauer eater que la RAND balus elicita Duris ne me ment:& Onl cens talens. To peu de moyen tes les amist upure,& qu'i Pautrelen tellenden tout le domaine demiada, Mary romptember( cas, auoit pata in refula len on; ce que eur en dom domainen deliberation es en la vile ms furterales ALEXANDRE LE GRAND. 267 Jeur refpondit, qu'il y remedieroit bien, commandant qu'on l'appellaft le fecond May.Dauantage Parmenion eftoit d'aduis, que pour le premier iour il ne falloit rie hafarder, à caufe qu'il eftoie defia tard, à quoy il luy refpondit, que l'Hellefpont rougiroit do honte, fi luy craignoit de paffer yne riuiere, veu qu'il venoit de paffer yn bras de mer':& en difant cela il entra luy- mefme dedãs la riuiere auec treze compagnies de gens de cheual,& marcha la tefte baiffee à l'encontre d'vne infinité de traits, que les ennemis luy tirerent montant contremont l'autre riue, qui eftoit coupee& droite,&, qui pis eft, toute couuerte d'armes, de cheuaux& d'ennemis qui l'attendoyent en bataille rangee, pouffans les fiens à trauers le fil de l'eau, qui eftoit profonde,& qui couroit fi roide, qu'elle les emmenoit prefque aual, tellemet qu'o eftimoir qu'il y euft plus de fureur en fa conduite que de bon fens ny de confeil. Ce nonobftant il s'obftina à vouloir paffer à toute force, & fit tant, qu'à la fin il gaigna l'autre riue à grande peine& grãcur qui de difficulté: mefinement pource que la terre y gliffoir à caufe de la fange qu'il y aucit. Paffé qu'il fut, il fallut auffi toft combattre pefle mefle d'homme à homme, pource que les ennemis chargerent incontinent les premiers paffez, auant qu'ils euffent loyfir de fe ranger en bataille,& leur coururent fus auec grands cris, tenans leurs cheuaux bien ioints& ferrez l'vn conen la guerre l'autre,& combattirent à coups de iauelines premierement,& puis à coups d'efpee, apres q les iauelines furent brifees. Si fe ruerent plufieurs enfemble tout à vn coup fur luy, pource qu'il eftoit, facile à remarquer& conoiftre entre tous les autres à fon efcu,& à la queue qui pendoit de fon armet, à l'entour de laquelle y a- uoit de coté& d'autre vn pennache grad& blanc à merueilles. Si fut attaint d'vn coup de iauelot au defaut de la cuiraffe, mais la para vile coup ne perça point:& comme Roefaces& Spithridates deux des principaux Capitaines Perfiés s'addreffafset enfemble à luy, il fe deftourna de l'vn,& picquat drait à Roefaces, qui eftoit bien armé d'vne bonne cuiraffe, luy donna fi grand coup de iaueline, qu'elle fe ropit en fa main,& mit auffi toft la main à l'efpee: mais ainfi qu'ils eftoyét accouplez enfemble Spithridates s'approchat de luy en flanc fe foufleua fur fon cheual,& luy ramena de toute fa puiffance vn fi grand coup de hache barbarefque, qu'il couppa la crefte de l'armet, auec vn des coftés du penache,& y fit vne telle fauffee, que le trenchat de la hache penetra iufques aux che ueux:& ainfi qu'il en vouloit encore donner vne autre, le grand Clytus le preuint, qui luy paffa vne Parthifane de part en part å trauers le corps,& à l'inftant mefme tomba auffi Roefaces mort en terre d'vn coup d'efpee que luy donna Alexandre. Or pendant que la gendarmerie combattoit entel effort le bataillon des ges de pied Macedoniens, paffa la riuiere,& commencerent les deux incipalement courut nud cienne de & de fefto ea en lave pour digen ' n lyden el il repo vernoyer toit les fe. Cepen as, ayans fage de la lcome i plufpart celte ria wite,& f auoit qu enne den accou 268 ALEXANDRE LE GRAND. batailles à marcher l'vne côtre l'autre: mais celle des Perfes ne fouftint point courageufement ny longuemēt, ains fe tourna incontinent en fuyte, exceptez les Grecs, qui eftoyent à la folde du Roy de Perfe, lefquels fe retirerent enfemble deffus vne motte,& demanderent qu'on les prift à mercy mais Alexandre donnant le premier dedans, plus par cholere que de fain iugement, y perdit fon cheual qui luy fut tué fous luy d'vn coup d'efpee à trauers les flanes. Ce n'eftoit pas Bucephal, ains vn autre: mais tous ceux, qui furent en celle iournee tuez ou blecez des fiens le furét en ceft endroit- là, pource qu'il s'opiniaftra à combattre obſtinémet, cótre homes aguerris& defe fperez. On dit qu'en cefte premiere bataille il mourut du cofté des Barbares vingt mille hommes de pied,& deux mille cinq cens de cheual du cofté d'Alexa. dre, Ariftobulus efcrit, qu'il y en eut de morts trente& quatre en tout, dot les douze eftoyent gens de pied, à tous lefquels Alexandre voulut, pour honorer leur memoire, qu'on dreffaft des images de bronze, faites de la main de Lyfippus:& voulat faire part de cefte victoire aux Grecs, il enuoya aux Atheniens particulierement trois cens boucliers de ceux qui furet gaignez en la bataille,& generalement fur toutes les autres defpouylles,& fur tout le butin fit mettre cefte tres- honorable infcription: Alexan dre fils de Philippus,& les Grecs, exceptez les Lacedæmoniens, ont conquis ce butin fur les Barbares habitans en Afie. Quantà la vaiffelle d'or ou d'arget, draps de pourpre,& autres tels meubles delicieux à la Perfiene: il les enuoy a prefque tous à fa mere au moins bien peu s'en fallut. Cefte premiere rencontre apporta foudainement vn fi grand changement des affaires en faueur d'Alexandre, que la cité mefme de Sardis figne capital de l'em pire des Barbares, aumoins en toutes les prouinces baffes& voifi nes de la mer, fe rendit incótinent à luy,& les autres auffi, exce ptees celle de Hallicarnaffe,& celle de Miler, qui luy refifteret: mais il les prit à force. Et ayant femblablement conquis tout ce qui eftoit à l'entour, il fe trouua puis apres en doute de ce qu'il a- uoit à faire au refte: car fouuent il luy prenoit enuie d'aller tout chaudement trouuer Darius en quelque part qu'il fuft, pour mettre tout au hafard d'vne bataille,& fouuet auffi luy fembloit plus expedient de s'exerciter premierement en la conquefte de ces pays bas,& fe fortifier& equiper de l'arget& des richeffes qu'il y trouueroit, pour puis apres marcher en meilleur equipage co tre luy. Mais il y a au pays de la Lydie pres la ville des Xanthies vne fontaine, laquelle fe desborda lors d'elle mefme,& en regor geant par deffus fes riues, ietta hors du fond vne petite lame de cuyare, fur laquelle y auoit des characteres engrauez de lettres anciennes, lefquelles difoyent que l'empire des Perfes deuoit e- fre ruiné par les Grecs ce qui luy ayant encore accreu le cœur dauantage dauanta en la Ci courut a tiere à p ad ques plage autrem alprem couure log du montag dietelm Toutefo refigran pas qu'on feril s'e aly feio yne ima foir ap & cha blant auoit e philofo derent de Gord da Rov fon d'ef habitas pourroit Roy de delier d les au forte efcri cheu ioug & les celuy RAND ais celle des eltoyen mble deform mais Alexand ALEXANDRE LE GRAND. 26 dauantage il fe hafta de nettoyer toute la cofte de la mer iufques en la Cilicie& en la Phoenicie. Mais la facilité auec laquelle il courut au log de la cofte de Pamphilie, a donné occafion& matiere à plufieurs hiftories d'amplifier les chofes à merueilles, iufde lain jug ques à dire q ce fut vn expres miracle de faueur diuine, que cefte coup d'efpe vn autre: m cedes Gensle combattre of plage de mer fe foumit ainfi gracieufement à luy, veu qu'elle a autrement toufiours accouftumé de tourmenter& trauailler fort afpremet ceft cofte là, tellemét que bien peu fouuet elle cache& couure des pointes de roc, qui font toutes de rang affez druës le diquence log du riuage, au deffous des hauts rochers droits& coupez de la montagne. Et femble que Menäder mefme en vne fiene Comadie tefmoigne cefte miraculeufe felicité, quad il dit en fe iouants Cecy me fent fon grand heur d'Alexandre, res vingt mille al du cofte d trente& qu s lelquels Ale adreffaft de routat fa eniens parti aignez e pouylles, ription: Als Lacedemon Afe. Quat sm que cous à fa faires en fa e capitalde ces bales& autres auffie gal lay refile conquistou te de ce nie d'aller ful, pour fembloity quelle de ichelles q equipage des Xand me,& en petite lam rauez del erles dev Car fi quelq'vn ie cerbe, il fe vient rendre Incontinent dexant moy de luy- mefmes Si par la mer, qui maine homme fait blefme, Il me conuient aucun lieu trauerfer, Te puis ainfi que fur terre y paffer. Toutefois Alexandre mefme en fes epiftres, fans autremet en faire fi grand miracle, efcrit fimplemet, qu'il auoit paffé par mer le pas qu'on appelloit vulgairement l'Efchelle,& que pour le paffer, il s'eftoit embarqué en la ville de Phafelide, au moyé dequoy ily feiourna plufieurs iours, durant lefquels ayat veu fur la place vne image de Theodectes( car il eftoit Phafelitain) il y alla vn foir apres foupper mener vne dãfe,& ietta deffus force bouquets & chapeaux de fleurs, honorant de bonne grace, en faisant femblant de fe iouër, la memoire du defunct, pour la cóuerfatio qu'il auoit euë auec luy viuant, à caufe d'Ariftote& de l'eftude de la philofophie.Cela fait il fubiugua auffi les Pifidiens, qui luy cuiderent refifter,& conquit auffi route la Phrygie, là où en la ville de Gordius, qu'on dit auoir efté anciennemét le feiour ordinaire du Roy Midas, il vid le chariot duquel on parle tat, lié d'vne liaifon d'efcorce de Cormier,& luy en conta- on vn propos, que les habitas du pays tenoyét pour prophetie veritable, que celuy qui pourroit deflier cefte liaifon, eftoit predeftiné pour eftre vn iour Roy de toute la terre. Si dit le comun, qu'Alexandre ne pouuant deflier cefte liaifon, pource qu'on n'en voyoit point les bouts tat ils eftoyét entrelaffez par plufieurs tours& retours les vns dedas les autres, defgaina fon efpee& couppa le nou par la moitié, de forte qu'o vid alors plufieurs bouts de la liaifon mais Ariftobulus efcrit, qu'il le defnoua fort aifément, ayant premierement ofté la cheuille qui tient le ioug attaché au timon,& en tirant apres le ioug dehors. Au partir de là il alla fubiuguer les Paphlagoniens & les Cappadeciens,& entendit le trefpas de Mennon, qui eftoit celuy de tous les Capitaines de marine q Darius euft à fon ferui 27 ALEXANDRE LE GRAND. mort, lettre, chemen chofe e fte lifa & de c I'vn f dre au auoit l'autre mento tantot dieux a & prioi ce qu'i fe, chaf corps rolle& uoit pre fois cela samais dire ne ce, qu'on attedoit qui deuft doner plus d'affaires& plus d'emper chement à Alexadre: au moyen dequoy eftant affeuré de fa cela le confirma de tant plus en la refolution qu'il auoit prife de mener fon armee és hautes prouinces de l'Afie. Auffi luy venoit defia le Roy Darius au deuant, ayant fait fon amas à Sufe, fe cófiant en la grande multitude de fes combattas, dont il auoit mis fix cens mille en vn camp,& auffi en vn fonge que fes deuins luy auoyent expofé, plus à fon gré pour luy complaire, qu'à la verité. Car il luy fut aduis vne nuict en dormant, qu'il voyoit toute Parmee des Macedoniens en feu,& qu'Alexandre le feruoit eftät veftu de la mefme robbe que luy portoit: lors qu'il eftoit Afgande du feu Roy,& qu'eftant entré dedans le temple de Bellus, il eftoit foudainement difparu& euanouy. Par lequel fonge il appert euidemment, que les dieux luy donnoyent à entendre, que les faits des Macedoniens feroyent tref- renommez& tref glorieux,& qu'Alexandre conquerroit toute l'Afie, ne plus ne moins qu'auoit fait Darius, qui de Afgande eftoit deuenu Roy: mais que bien toft il finiroit auffi fa vie en grade gloire. Encore pritil plus de confiance, quand il vid qu'Alexandre feiourna quel que temps en la Cilicie, cuidat que ce fuft pour crainte qu'il euftpresse de luy: mais ce fut pour vne maladie, laquelle aucuns difent luy eftre aduenue de trauail, les autres pour s'eftre baigné en la riuie re de Cydnus, qui eftoit froide comme glace: dequoy que ce fuft, il n'y eut pas vn des autres medecins, qui ofaft entreprendre de de fecourir, eftimans que le mal eftoit incurable& plus puiffant que tous les remedes, qu'on luy pourroit bailler,& craignäs que les Macedoniens ne s'en priffent à eux,& ne les calomniaffent, s'ils failloyent à le guairir. Mais Philippus Arcananien confiderant qu'il fe portoit tref- mal,& fe cofiant en l'amitié q fon maitre luy monftroit, penfa que ce feroit trop lafchemet fait à luy, fi de voyant en tel danger de fa vie, il ne s'hafardoit iufques à efprouuer tous les derniers& plus extremes remedes de fon art, à quelque peril que ce fult de fa propre perfonne: au moyé dequoy al entreprit de luy donner medecine,& luy perfuada de la prendre& boite hardiment, fi bien toft il vouloit eftre fain& difpos pour aller à la guerre. Sur ces entre- faites Parmenio luy efcriuit wne lettre du camp, par laquelle il l'aduertiffoit, qu'il fe donnaft bié garde de ce Philippus, pource qu'il auoit efté pratiqué& gai gné par Darius, fous promeffes de grands biens, qu'il luy deuoit donner auec fa fille en mariage, pour loyer de faire mourir fon maiftre. Alexandre ayat leu cefte miffiue, la mit deffous fon cheuet, fans la möftrer à perfonne de fes plus familiers:& quad l'heu re de prendre la medecine fut venue, Philippus entra dedans la chabre auec les autres priuez amis du Roy portat en fa main le gobelet où eftoit la medecine. Alexandre adonc luy donna la lettres veu.Or mé Ar & vo deft qu'il bien enlar s'en f ce mo Quat a re fur Vient Cilici ar TIUS arm RAND afferme d qil a amas à S dontila e que les de qu'il voyou Lequel Cong entende mez& ne plas uenu Ro ire. Encom feiourna rainte qu' ALEXANDRE LE GRAND. 271 lettre,& prit au mefme inftant le gobelet de la medecine fran chement, fans monftrer qu'il euft doute ny foupço de rien. Si fut chofe efmerueillable,& qu'il faifoit fort bon voir, q l'vn d'vn co fté lifant la lettre,& l'autre beuuant le breuuage en mefme teps, & de confiderer comme ils ietterent tous deux enfemble les yeux I'vn fur l'autre, mais non pas auec vne mefme chere, ains Alexan dre auec vn vilage riant& ouuert, tefmoignant la cófiance qu'il auoit en fon medecin Philippus,& l'amitié qu'il luy portoit:& l'autre auec contenance d'homme qui fe pafsionnoit& fe tourmentoit pour cefte fauffe calomnie qu'on luy auoit mife fus: cas tantoft il tendoit les mains vers le ciel, appellant& inuoquat les dieux à tefmoins de fon innocece,& tatoft il s'approchoit du li& & prioit Alexandre d'auoir bon courage& de faire affeur ément ce qu'il luy diroit. Car la medecine començant à eftre maiftref fe, chaffa& enfondra, par maniere de dire, iufques au fond du corps la vigueur& force naturelle, de maniere qu'il perdit la pa rolle,& luy vint vne grade foibleffe& pafmoifon telle qu'il n'auoit prefque plus de poulx n'y d'apparence de fentiment: toutefois cela paffé il fut en peu de iours remis fus par Philippus.Et a- pres s'eftre vn petit renforcé, il fe monftra aux Macedoniens: car iamais ils ne voulurer auoir patiéce, quelque chofe qu'ó leur feuft dire ne promettre de fa coualefcence, iufques à ce qu'ils l'eurent veu. Or y auoit- il au cap de Darius vn banny de Macedoine nómé Amyntas, lequel conoiffoit bien le naturel d'Alexandre, & voyat Darius en volonté de l'aller trouuer iufques dedans les deftroits& vallees des montagnes, le pria de l'attendre pluftoft au lieu où il eftoit en pays plat& ouuert de tous coftez, attendu qu'il auoit à cobattre auec grade multitude de cóbattans contrg bien peu d'ennemis,& que c'eftoit fon aduantage de le trouues en large capagne.Darius luy refpódit, qu'il n'auoit q peur, qu'ils s'en fuyft, auant qu'il le peuft attaindre ou rencontrer,& que par ce moyenil luy efchappaft des mains. Amyntas luy repliqua Quat à cela, Sire, ie te prie n'en ayes point de peur: car ie t'affeure fur ma vie, qu'il te viendra trouuer,& q de cefte heure il s'y en vient tout droit. Toutefois les remonftrances de ceftuy Amyntas ne peurent diuertir Darius, qu'il ne fift marcher fon camp vers la Cilicie. Et au mefme téps Alexandre auffi dreffa fon chemin deuers laSyrie pour l'aller rencorrer: mais il aduint vne nuit qu'ils fe faillirent I'vn l'autre:& le iour venu retourneret tous deux en arriere, Alexandre eftant bien ioyeux de cefte aduenture,& fe baftant pour rencontrer fon ennemi dedans les deftroits,& Darius tafchant à regaigner le logis, dont il eftoit party,& tirer fon armee hors des deftroits, commeçant defia à s'apperçeuoir de la faute qu'il auoit faite de s'eftreietté en lieux ferrez d'vn cofté de la montagne,& de l'autre cofté de la mer& de la riuiere de cuns diten né en lan oy que ce h reprendre plas p & craigna calomniale ques sde for at more de delap in& di luv efe fe donn que& lay de mount us fond quad . 272 levou luy a tre le Jefqu crier xan tant ne b ALEXANDRE LE GRAND. Pindarus qui court par le milieu, de forte qu'il falloit que fon armee s'efcartaft& fe diuifaft en plufieurs trouppes,& en pays raboteux& mal- aifé pour gens de cheual, duquel au contraire l'af fiette en eftoit la plus propre du monde pour fes ennemis, qui e- ftoyent bones gens de pied& en petit nombre. Mais fi la fortune donna à Alexandre le chap à propos pour cobatre à fon auâtage, Buy feut encore mieux ordoner fa bataille pour gaigner la victoi re: car quoy qu'il fuft en nobre de cobattans beaucoup plus foible& moindre que fon ennemi, fi fe feuft- il bien donner de garde, qu'il ne pouft eftre enuironé, parce qu'il auança la pointe droi ze de fa bataille beaucoup plus que la gauche,& fe trouuant en celle pointe cóbattant és premiers rangs, il mit en route les Barbares, qui fe rencontrerent en tefte au deuant de luy: mais il y fut blece d'vn coup d'efpee, qu'il receut en la cuiffe. Charés efcrit que ce fut Darius mefme, qui le luy dona,& qu'ils fe rencontrerent iufques à cobattre tefte à tefte l'vn contre l'autre à coups de main. Toutesfois Alexadre luy- mefme efcriuant de ĉefte bataille à Antipater dit bien, qu'il y fut blecé en la cuiffe d'vn coup d'efpee,& qu'il n'en eftoit point enfuyui autremet d'inconueniet, mais il ne met point, qui fut celuy qui le bleça. Ayant donc gaigné vne trefglorieufe victoire, come celle où il eftoit mort plus de cent& dix mille de fes ennemis, il ne peut neantmoins prendre Darius, pource qu'il gaigna le deuat à fuyr d'enuiró vn quart de lieue feulemet: mais bien prit- il le chariot de bataille, fur lequel il cobattoit,& fon arc aufsi, puis s'en retourna de la chaffe, & trouua les Macedoniens, qui pilloyent& faccageoyen tout le refte du camp des Barbares, où il y auoit vne richeffe infinie( có bien qu'ils euffent laiffé la piufpart de leur bagage en la ville de Damas, pour venir plus deliures à la bataille) mais ils luy anoyet referué pour fa perfonne le logis du roy Darius, qui eftoit plein d'vn grand nombre d'officiers, de riches meubles,& de grande quantité d'or& d'argent.Parquoy fitcft qu'il fut arriué, apres a- moir ofté fes armes, il entra dedans le bain, en difant, Allons- nous en lauer& nettoyer la fueur de la bataille dedans le bain de Da rius mefme. Et la vn de fes mignons luy repliqua, Mais bie d'Ale xandre: car les biés des vaincus appartienent de droit aux vainqueurs,& doyuent eftre nommez d'eux. Et quand il vid, entrant dedans l'eftuue, les balfins, bagnoueres, les buyes les phioles& bouettes aux parfus toutes d'or fin, ouure& labouré exquifemet toute la chabre parfumee d'vne odeur fi foue fue, qu'elle fébloit vn paradis: puis au partir du bain qu'il entra dedans fa tente, la voyat fi haute, fi fpatieufe, le lict, la table,& l'appreft du foupper, Se tout fi bien& fi magnifiquement en point, que c'eftoit chofe digne d'admiration, il fe tourna deuers fes familiers,& leur dit: Ceftoit eftre Roy cecy, a voftre aduis, n'eftoit pas? Mais aifi qu'il fe you leur loit la gu delle penda ce pro rent a miere des fei ge tous honnor detout tout l'e re plus honnor celles fteté onqu de rie ué fec comm elles eu tement cequ'on eftoit vr à leurs p chole p mus nele efpoufer treipas és letre eftoit Parme dre for enreg tes, be Dames AND falloir quailin es, dren p lau contrain s ennemis y Mais fr la fo tre à fon a gaigner lav eaucoup pla en donner de a la pointe & le troudan en route les B lay: maisi Charise ille renco Pautre à co de tefte ba uiffe d'vn d'inconuen rant donc g foit mort moins pre muito vn quat aille, fur le de la cha geopen to elle infine co sils luy anove ,& de gran rive, apress Allons- no le bain de D ais bied ir aux vai vid, entran phioles exquilema ' elle febl fatente, du fouppe Celton ch & lear Lev ALEXANDRE LE GRAND. 273 fe vouloit mettre à table pour foupper, on luy vint dire, qu'on luy amenoit la mere& la femme de Darius prifonnieres entre les autres Dames,& deux de fes filles non encore mariees, lefquelles ayans veu fon chariot& fon arc, s'eftoyent prifes à crier& à fe batre defefperément, penfans qu'il fuft mort: Alexandre demeura affez long temps fans rien refpondre à cela, fentant plus de pitié de leur mauuaife fortune, que de ioye de la fienne bonne puis enuoya à l'heure mefme Leonatus deuers elles, pour leur faire entendre que Darius n'eftoit point mort,& qu'il ne falloit point qu'elles euffent peur d'Alexadre, pource qu'il ne faifoit la guerre à Darius que pour regner feulement:& qu'au regard d'elles, elles auroyent de luy tout ce, qu'elles auoyent de Darius, pendant qu'il eftoit regnant,& auoit fon empire en fon entier. Si ce propos fembla doux à ces Dames prifonnieres, les effets fuiuirent apres, qu'elles trouuerent de non moindre humanité: car premierement il leur permit d'inhumer tous ceux, qu'elles voulurent des feigneurs Perfiens morts en la bataille,& de prendre au pilla ge tous les draps, ioyaux& ornemens qu'elles voudroyent pour honnorer leurs funerailles,& fi ne leur diminua chofe quelconque de tout l'honneur, ny du nombre des officiers& feruiteurs, ny de tout l'eftat qu'elles auoyent au parauant, ains leur fit payer encore plus grandes penfions, qu'elles ne fouloyent auoir. mais la plus honnorable, la plus belle& la plus royale grace qu'il fit à ces prin ceffes prifonnieres, qui auoyent toufiours vefcu en grande honne fteté& grande pudicité, fut qu'elles n'ouyrent, ny n'entendirent onques chofe, qui leur deuft donner crainte, ou feulemet foupçon de rien qui fuft au preiudice de leur honneur: ains eurent leur priué fecret, fans que perfonne hantaft parmy elles ny les vift, non comme en vn camp d'ennemis, ains tout ne plus ne moins que fi elles euffent efté en quelque faina monaftere de religieufes eftroi tement refermees& gardees: combien que la femme de Darius à ce qu'on efcrit fuft vne tres- belle princeffe, comme Darius auffi eftoit vn tres- beau& grad prince,& que les filles reffemblaffent à leurs pere& mere. Mais Alexandre eltimant, à mon aduis, eftre chofe plus royale, fe vaincre foy- mefme, que furmonter fes ennemis, ne les toucha, ny elles ny autre fille ou femme, auant que les efpoufer, exceptee Barfene, laquelle eftant demeuree vefue par le trefpas de Memnon, fut prife aupres de Damas. Elle eftoit fauante és letres Grecques, douce& de bonne grace, fille d'Artabazus qui eftoit né d'vne fille de Roy. Alexãdre la coneut à la fufcitation de Parmenion, ainfi que l'efcrit Ariftobulus, qui le follicita de prendre fon plaifir d'vne fi belle& fi noble Dame. Mais au demeurant en regardant les autres Dames Perfienes qui eftoyent prifonnie-: res, belles& grandes à merueilles, il difoit en fe iouant, que les Dames de Perfe faifoyent mal aux yeux, à qui les contemplois f j 274 ALEXANDRE LE GRAND: demeu qu'il b encor d'affa tre pa pitai mais monftrant à l'oppofite de leurs belles faces la beauté de fa co tinence& chafteté, il paffoit par deuant fans s'y affectionner, non plus que fi c'euffent efté des images de pierre fans ame. Auque! propos Philoxenus, qu'il auoit laiffé fon lieutenant és prouinces baffes& maritimes, luy efcriuit vne fois, qu'vn Theodorus marchand Tarentin auoit deux ieunes enfans à vendre de beauté finguliere,& qu'il luy mandaft, s'il luy plaifoit qu'il les luy achetaft. Il fut fi marri de cela, qu'il fe prit à crier tout haut par plufieurs fois, Mes amis, quelle vilenie a iamais apperceue Philoxenus en moy, pour laquelle il ait deu s'eftudier, pendant qu'il ne fait rien là, à me procurer de tels reproches?& luy fit refcrire fur le champ auec force iniures, qu'il reuoyaft ce marchand Tárentin à la malheure,& fa marchandife quand& luy. Auffi reprit- il bien aigrement vn ieune homme nommé Agnon, qui luy auoit efcrit, qu'il vouloit acheter vn ieune garçon qu'on appelloit Crobylus, qui a- uoit le bruit dedans la ville de Corinthe à raifon de fa beauté, en intention de le luy mener. Et vne autrefois ayant efté aduerty, que Damon& Timotheus Macedoniens eftans fous la charge de Parmenion, auoyent violè les femmes de quelques foldats eltran. gers, qui eftoyent à fa folde, il efcriuit à Parmenion, qu'il en euft à faire information,& que s'il trouuoit, qu'ils les euffent de fait violees, qu'il les fift mourir tous deux comme beftes fauuages nees à la ruine des hommes. Et efcrit en celle lettre de foy- mefmes ces propres paroles: Quant à moy, tant s'en faut, que r'aye veu ny penfé de voir la femme de Darius, que ie ne veux pas feulement fouffrir, qu'on tiene propos de fa beauté deuant moy.ll auoit accoufu mé de dire, qu'il fe reconoiffoit mortel principalement à deux cho fes, à dormir& à engendrer: comme ayant opinion, que le trauail & le plaifir de la volupté qu'on prent auec les femmes procedent d'vne mefme imbecilité& foibleffe de nature. Auffi eftoitil fort fobre de fa bouche quant au manger, comme il monftra par plufieurs autres preuues,& mefinement par ce qu'il dit à la princeffe Ada, laquelle il aduoua pour fa mere,& la fit Royne de la Carie: car comme elle, penfant luy faire plaifir, luy enuoyaft tous les curs force viandes exquifes,& force ouurages de four,& confitures,& outre tout cela encore, des cuifiniers& des pafticiers qu'elle tenoit pour excellens en leur meftier: il luy manda, qu'il n'en auoit que faire, pource que fon gouuerneur Leo-, nidas luy en auoit baillé de meilleurs, c'eft à fauoir, pour le difner, fe leuer auant iour& marcher la nuit,& pour le foupper, le peu manger au difner:& ce mefme gouuerneur, difoit- il, alloit fouuét ouurir& vifiter les coffres où on eftuyoit les materats de mon lit & mes habillemens, pour voir fi ma mere y auroit rien fourré de friandife& de fuperfluité. Et fi eftoit moins fuiet au vin, qu'il ne fembloit: mais ce qui le faifoit eftimer tel, eftoit le log temps, qu'il demeu vie,& de te leue fe me le long Leou a Et s Galler fur vn uent pa dre des papiers bain, la o panetter Commen nuit aua grand fo bue ine geoyer moit à Compa La plus uoit fau fafchen teur qui a mefme il core fe fou tears- Cea quife trou en la prefe qu'aux des Penya fant de quelque aucune enuoyo ou des p enreten jours ma GRAND cer la beaut ry affe dhun e Cans ame tenant es pro ALEXANDRE LE GRAND. 1275 demeuroit à table, plus à deuifer que à boire car à chafque fois qu'il beuuoit, il mettoit toufiours en auant quelque long propos, encore eftoit- ce, quand il fe trouuoit de grand loifir: car en temps d'affaires, il n'y auoit ny feftin, ny banquet, ny ieu, ny noces, ny autre paffe- temps, qui l'arreftaft, comme on fait plufieurs autres Ca pitaines. Ce qu'on peut facilemét conoiftre par la briefueré de fa vie,& par la grâdeur& multitude des hauts faits qu'il fit en fi peu de temps, qu'il vefcut.Quand il eftoit de loifir, le matin, apres eltre Phlore leué, la premiere chofe qu'il faifoit, il facrifioit aux dieux,& puis fe mettoit incontinent a table pour difner;& au refte paitoit tout le long du iour fon temps ou à chaffer ou à compofer quelque cho de Theodor endre de bea l les luy act haur par ph dane qualine fact t efcrire fur le da Tarinila fe, ou à pacifier quelque querelle entre les repro- bien y auoit ele Crobyl de la bea yant efte al fous la cha es foldatse quilene fent de fait fauages ne foy- memes age veny pe feulement gens re. Et s'il marchoit par les champs, qu'il ne fuft point trop preffé guerre, ou à li-- d'aller il s'exercitoit en allant par pays à tirer de l'arc, ou à moter fur vn chariot, ou à en defcendre, ainfi comme il couroi.Bien fou uent par maniere de ieu, il chaffuit aux renars, ou s'esbatoit à pren dre des oifeaux, ainfi comme on peut voir par les memoires de fes papiers iournaux puis, quand il eftoit arriué au logis, il entroit au bain, là où il fe faifoit frotter& huyler.Cela fait il demandoit aux panetiers& efcuyers trenchans fi tout eftoit preft en cuisine,& commençoit à foupper bien tard, de maniere qu'il eftoit toufiours nuit auant qu'il fe mift à table, là où il prenoit merueilleufement grand foin,& auoit diligemment l'oeil, à ce que rien n'y fuit diftri bué inegalement, ne plus à l'vn qu'à l'autre de ceux qui mangeoyent quand& luy,& tenoit longuement table, pource qu'il ai moit à parler& à deuifer, comme nous auons dit. Si eftoit bien fa lement de compagnie& fa conuerfation au demeurant la plus agreable& monekta la plus plaifanté, que de Roy ne prince qui fut onques: car il n'afemmes proit faute de grace quelconque, excepté que lors il eftoit vn peu are de fafcheux pour fes vanteries,& tenoit en cela trop du foldat van, comme ils teur qui aimoit à raconter fes vaillances: car outre ce que de luymefme il fe laifloit facilement aller à cefte vanité de brauerie, en lamere, core fe fouffroit- il mener par le nez, en maniere de parler, aux fla fire plaiteurs.Ce qui eftoit bien fouuent caufe de la ruine des gens de bie, force our qui fe trouuoyent autour de luy, lefquels ne vouloyét ny le louër es cuifinie en fa prefence à l'ennuy des flateurs, ny n'ofoyent auffi dire moins qu'eux des mefmes louanges qu'ils luy donnoyent, pource qu'en P'vn y auoit de la honte,& en Fautre du dager. Apres foupper s'eftant derechef laué il s'endormoit bien fouuent iufques à midy& laueit acc ment par ce mefter: ill eneur pour le dif upper, quelquefois tout le long du iour enfuyuant. Quat à luy il n'efto it aucunement curieux de viades exquifes, de forte que quand on luy rati dem enuoyoit des pays voyfins de la mer quelques fruits finguliers, lalloir trien fo ou des plus rares poiffons, il les enuoyoit ça& là à fes amis, fans en retenir bien fouust rien pour foy: toutesfois fa table eftoit touf tours magnifiquement feruie,& en augmenta toufiours la defpéfe Cij • 276 ALEXANDRE LE GRAND: ordinaire à mesure que les profperitez& conqueftes allerent en auant iufques à ce qu'elle monta à la fomme de mille efcus par iour. Auffi s'arrefta- elle là& fut prefix ce but de difpenfe à ceux qui le vouloyent feftoyer, qu'ils ne peufient defpendre dauantage. Mais apres cefte bataille d'iffus, il enuoya en la ville de Damas faifir l'or& l'argent, le bagage, les femmes& les enfans des Perfes qu'ils y auoyent laiflez, là où les hommes d'armes Theffaliens firent tres- bien leur befongnes: car auffi les yauoit il expreffénet enuoyé à cefte intention, pource qu'il les auoit veus faire tref- bie leur deuoir au iour de la bataille, toutefois le refte de fon armee en fut auffi tout remply de richeffe:& lors premier les Macedoniens ayans goufté l'or& l'argent, les delices, les femmes& la ma niere de viure des Perfes, ne plus ne moins que des chiens, qui ont vne fois efté a la curee, depuis qu'ils trouuent la trace de la befte, ne demandoyent plus qu'à aller apres,& à pourfuyure cefte opulence Perfiene.Ce neantmoins Alexandre fut d'aduis que premierement il valoit mieux s'affeurer des prouinces baffes& mariti mes.Si vindrent incontinent deuers luy les Roys, qui luy mirent entre fes mains le royaume de Cypre,& toute la Phoenicic, excepté la ville de Tyr, deuant laquelle il alla mettre le fiege, où il demeura fept mois, Paffaillant auec de grandes chauffees qu'il fit ietter en mer,& auec force engins de batterie,& par mer auec deux cens galeres. Durant ce fiege, il luy fut vne nuit aduis, que Hercules luy tendoit la main de deffus les murailles de la ville,& J'appelloit par fon nom,& y eut auffi plufieurs des Tyriens, qui fon gerent en dormant, qu'Apollo leur difoit, qu'il s'en vouloit alles deuers Alexandre, pour autant que ce qu'on faifoit dedans la ville ne luy plaifoit point: à l'occafion dequoy ils lierent& attacherent fon image, quieftoit de grandeur exceffiue, auec force chaines,& la clouerent auec de gros& grands clous à fa bafe, ne plus ne moins que fi c'euft efté quelque traiftre, qui s'en fuft voulu aller rendre aux ennemis, enle nommant Alexandrifte, c'eft à dire par tial fauorifant à Alexandre. Encore eut là Alexandre vne autre vi fion en dormant: car il luy fut aduis qu'il voyoit de loin vn Satyre, qui fe iouoit de loin à luy, mais quand il s'en cuidoit approches pour le prendre, il s'efchappoit toufiours de luy, iufques à ce que finalement apres l'auoir bien prié& bien couru autour de Juy, il luy tomba entre les mains- Les deuins enquis fur ce fonge, refpon dirent auec fort vray- femblable apparence, qu'il ne falloit que di uifer en deux ce mot Satyros, en difant, Sa Tyros, qui fignifieroit la ville de Tyr fera tiene:& monftre on encore la fontaine, aupres de laquelle il luy fut aduis qu'il vit le Satyre. Durant ee fiege, il alla faire la guerre aux Arabes habitans le long du mont, qui s'ap pelle Antiliban, là où il fut en grand danger de fa perfonne, pour auoir attendu fon precepteur Lyfimacbus qui l'auoit fuyui, difant qu'il qu'il tenta men gent qui foir de che don tite froid force & toufic fe tro luy- m Loyer deux va tif ya gra qu'ils charg luy& fege plus dec faut rant Stans mond court faire to qron r her yo mence mes Pou me Gaz AN queter alle mille elig de dilpenica pendre da la ville de es enfans armes Thef lexpr us faire tre relle de Con an mer les Ma les femmes& des chiens la trace de l riayure cal adis que p bafes& qui luy Phenicia re le fiege hauffees qu'i & par mera muid aduisg es de la ville Tyreng s'en voulo fit dedanslar & tchen force chaine bale, te plu ful voulu c'est à dire ndre vine au de loin va doit appro lques à ce tour de Juy longe, ref falloit quifind fontaine, urant ce f perlane ALEXANDRE LE GRAND. 2777 qu'il n'eftoit point pire ne plus vieil que Phoenix: car quand ils fit zent au pied de la montagne, ils laifferent leurs cheuaux,& commencerent à marcher contremont à pied: mais luy ayant le cœur fi gentil, qu'il ne vouloit point laiffer derriere fon maiftre d'efcholes qui eftoit fi las que plus n'en pouuoit, mefmement pource que le foir eftant ia venu,& que les ennemis n'eftoyent pas guere loin d'eux, il demeura à la queue, s'arreftant à luy donner courage de cheminer,& à le porter prefque à demy, de maniere qu'il ne fe donna garde, qu'il fe trouua efloigné de fon armee auec bien petite trouppe de fes gens,& furpris de la nuit& d'vn tref afpre froid, en vn fort mauuais& rude pays, là où il apperceut de loin force feus que les ennemis auoyent allumez, les vns çà, les autres là,& fe confiant en la difpofition de fa perfonne, ioint qu'il auoit toufiours accouftumé de remedier aux difficultez& neceffitez, où fe trouuoyent les Macedoniens, par fon propre trattail, en mettant luy- mefme la main à la befongne, il s'en courut vers ceux, qui a- uoyent allumé fes plus prochains feus,& ayant occis de fon efpee deux des Barbares qui eftoyent couchez au long du feu, y rauit vn tifon,& s'en recourut à tout vers fes gens qui en allumerent vn grand feu, dont aucuns des Barbares s'effrayerent tellement, qu'ils s'en mirent en fuyte,& les autres qui le cuiderent venir charger, furent par luy desfaits. Ainfi fe logea- il pour celle nuit luy& fes gens hors de danger. Chares l'a ainfi efcrit. Au refte le fiege de Tyr eut à la fin telle iffue. Alexandre faifoit repofer la plus grande partie de fon armee, eftant lafle& trauaillee de tant de combats qu'elle auoit fupporté,& enuoyoit peu de gens à l'affaut pour engarder feulement les Tyriens de pouuoir repofer:& vn iour le deuin Ariftander ayant facrifié aux dieux,& confiderant les fignes des entrailles, afferma fort affeurément alix affiftans, que la ville feroit prife dedans la fin du mois, dont tout le monde fe prit à rire, en fe moquant de luy, pource que c'eftoit le dernier iour. A raifon dequoy Alexandre le voyant demeuré tout court, comme celuy qui ne fauoit qu'il deuoit dire,& s'efforçat de faire toufiours refortir à effet les predictions des deuins, ordonna qu'on ne contaft point ce iour- là pour le trentieme, ains pourle vingtfeptieme,& fur l'heure mefme fit fonner les trompettes& do ner vn affaut à la muraille plus roide qu'il n'auoit propofé du cômencement.Si en fut le combat fort afpre, pource que ceux mef. mes, qui eftoyent demeurez dedans le camp, ne fe peurent tenir, qu'il n'y couruffent au fecours de ceux, qui auoyent efté depuitez pour affaillir: tellement que les Tyriens fe voyans ainfi furieufement affaillir de tous coftez, perdirent le coeur,& par ce moyen fut la ville prife ce mefme iour.Depuis ainfi comme il eftoit deuat Gaza ville principale,& la plus grande de la Syrie, il luy tomba deus l'efpaule vae morte de terre, q luy laiffa cheoit vn oy feat fuj 278 ALEXANDRE LE GRAND. volant en lair: l'oifeau s'e alla pofer fur vn des engins de batterie, dont il battoit la ville,& fe trouua pris& empeftré dedans des retz faits de nerfs, dont on fe feruoit pour tourner à conuert les cordes des engins.A riitander predit, que cela fignifioit, qu'il feroit blacé en l'efpaule, mais aufsi qu'il prendroit la ville:& en aduint tout ne plas ne moins.Et comme il enuoyaft à fa mere Olympias, à Cleopatra& à fes autres amis force prefés du bas qui fur gaigné au fac de celle ville, il enuoya entre autres chofes cinq ces quinzaux d'encens à fon gouuerneur Leonidas,& cent de myrrhe, fe fouuenant d'vne efperance qu'il luy auoit autrefois donnee, lors qu'il eftoit encore enfaticar ainfi qu'il facrifioit vniour aux dieux il prit de l'encens à deux mains pour mettre dedãs le feu à faire du parfum: ce que voyant Leonidas, luy dit, Quand tu auras conquis la region, ou croiffent les drogues odorates& les efpiceries, tu feras ainfi des perfums largement: mais pour cefte heure contentetoy d'vfer plus eftroittemét de ce que tu as de prefent. Alexandre fe fouuenart lors de fon aduertiffement, luy efcriuit en cefte maniere: Nous enuoyons de l'ences& de la myrrhe en abondance, à fin que de formais tu ne fois plus chiche enuers les dieux. Il luy fut aufsi apporté vn petit coffret, qui fut eftimé le plus riche& le plus precieux meuble, qui eut efté gaigné en la desfaite de Darius:& il demanda à fes priuez, qui eftoyent autour de luy qu'elle chofe leur fembloit plus digne d'eftre mife dedas: les vns luy direc d'vn, les autres d'autre: mais luy dit, qu'il y mettroit l'Iliade d'Ho mere pour la dignement garder.Cela tefmoignet& efcriuet tous Jes hiftoriens, qui font les plus dignes de foy. Et fi ce, que ceux d'Alexandre racontent fur la foy& au rapport de Heraclides eft veritable, il femble bien que Homere ne luy fut pas inutile en ce voyage: car ils difent, que quadil eut conquis l'Aegypte, il y vouJut baftir vne grade cité, la peupler de trefgrand nombre d'habi tans tous Grecs,& la nommer de fon nom:& eftoit defia tout preft à traffer& enclorre vn certain lieu, qui luy auoit efté choifi par le confeil des ingenieurs& maiftres ouuriers, mais la nuit de deuat il eut vne vifion merueilleufe: car il luy fut aduis, qu'il fe vint prefenter deuant luy vn perfonnage ayant les cheueux tous blacs de vieilleffe, auec vne face& vne prefence venerable, lequel s'approchant de luy prononça ces vers: allia Vne Ifley a dedans la mer profunde Tout vis à vis de l'Aegypte feconde, Qui parfon nom Pharos eft appellee. Il ne fut pas pluftoft leué de matin qu'il s'en alla voir cefte ifle de Pharos, laquelle eftoit pour lors yn peu au deffus de la bouche du Nil, qu'on appelle Canobique, mais maintenant eft iointe à la terre ferme par vne leuee qu'on y a faite à la main,& luy fembla, que c'eftoit l'afsiete du monde la plus propre, pource qu'il auoit en pen en per de ter cofte port mais que felo de pri пош Lagu dear Prise pour mult lac& com prisquelc lay d c'efto biens com font nem de te mee fonn P RAND es enginde empeftré det urier a come la ville& en Olym bus qui fur ga des como ces cent de myrre refus donner VD OUT T is le feu a fairy dauras co eselpiceries e heure coute efent. Alexa uit en cele the en abonda les dieux W plus riched desfaite de De ALEXANDRE LE GRAND. 279 en penfee de faire: car c'eft comme vne langue ou vne encouleure de terre affez raifonnablement large, qui fepare vn grand lac d'vn cofté,& la mer de l'autre, laquelle fe va là aboutiffant en vn gräd port: fi dit alors que Homere eftoit admirable en toutes chofes, mais qu'entre autres il eftoit tref- fauant architecte,& commanda que promptement on luy traflift& defignaft la forme de la ville felon l'afsiete du lieu. Or ne trouuerent- ils point la fur l'heure de croye ou de terre blanche pour marquer, à raifon dequoy ils prirent de la farine, dont ils trafferent deflus la terre qui efloit noire, vne grande enceinte courbee de figure circulaire, le rodde laquelle fe terminoit par le dedãs en deux bafes droites de grandeur egale, qui venoyent à clorre toute la grandeur de ce pourpris en forme de manteau Macedonique. Alexandre en trouua le pourtraict beau& y prit grand plaifir: mais foudainement vne multitude infinie de grands oyfeaux de toutes efpeces fe leua du lac& de la riuiere, en fi grand nombre qu'ils obfcurciffoyet l'air, comme euft fait vne groffe nuce,& venans à fe pofer en fe pourpris- là, mangerent toute la farine, fans qu'il y en demeuraft chofe quelconque Alexandre fe troubla de ce prefage: mais les deuins luy dirent, qu'il ne falloit point, qu'il s'en fafchaft, pource que c'eftoit figne, qu'il baftiroit- là vne ville fi plantureufe de tous biens, qu'elle fuffiroit à nourrir toutes fortes de gens: parquoy il commanda adonc à ceux à qui il en auoit baillé la charge, qu'ils fe miffent apres,& luy cependant prit fon chemin pour aller au téple de lupiter Hammon. Le chemin eftoit long,& y auoit beaucoup de trauaux& beaucoup de difficultez, mais deux dangers principaux entre tous les autres I'vn eftoit faute d'eau, pour laquelle il y a plufieurs iournees de pays defert& inhabitable: l'au tre eftoit, que le vent de Midy ne fe leuaft impetueux, pēdant qu'il feroyent par le chemin,& qu'il ne donnaft dedans les fables, qui font d'eftendue& de profondeur infinie, comme on dit, qu'anciénement il emeut vne telle tourmente en ces plaines- la,& y eleua de tels monceaux de fablons, que cinquante mille homes de l'armee de Cambyfes y demeurerent mors deffous. Il n'y auoit perfonne en fa fuitte, qui ne difcourut& ne preuit bien ces dangers: mais il eftoit mal- aifé de diuertir Alexandre de chofe quelcoque, qu'il euft enuie de faire, pource que la fortune luy cedant en toutes fes entreprifes, le rendoit entier& ferme en fes opinions,& la grandeur de fon courage faifoit, qu'il s'obftinoit inuinciblement en toutes chofes, quand il les auoit vne fois entrepriſes, iufques à vouloir forcer non feulement les ennemis, mais aufsile temps& les lieux. Au demeurant les fecours& remedes, que Dieu luy enuoya cótre les difficultez& dagers de ce voyage- la, ont efté trou uez plus croyables, que les refponfes qu'on dit, qu'il luy dóna dePuis, ains, qui plus eft, ont fait, qu'o a aucunemét adioufté foy aux dharafts de luy qu'el Tas luy dire Made Ho & efcrimit cou ce, que ce Heraclides sinutile en gyptely vo obre d'hab choili par nuid de de le vint pr ous blacs lequel s'ap mir ceffe il de la bouch fiointe Jury Cembly guillau 280 ALEXANDRE LE GRAND. eracles, qu'on efcrit, qui luy furét refpödus.Car premieremêtles grandes eaux, qui tomberent du ciel,& les pluyes cótinuelles les garentirét du dager de la foif, en deftrépat la fechereffe du fable, qui en deuint moite& ferré en foy- mefme, de maniere que l'air mefme en fut plus doux, plus frais& plus net: dauantage comme les bornes& marques, aufquelles les guides reconoiffoyét le chemin, fuflent confules, de forte qu'il erroyent çà& là fans fauoir plus où ils alloyent, il leur apparut des corbeaux, qui les guiderent en volant deuant eux, fe haftans de voler quand ils les voyoyent fuyure,& les attendans quand ils demeuroyent derriere:& qui eft encore plus admirable, Calliftenes efcrit, que la nuist auec leurs chats, ils rappelloyent ceux qui s'eftoy et efgarez,& crioyet fi fort, qu'ils les remettoyent en la trace du chemin. A la fin ayat trauerfé le defert il arriua au temple, qu'il cerchoit, là où d'arriuee le grand preftre le falua de la part du dieu, comme de fon pere: & Alexandre luy demanda s'il luy eftoit point efchappé quelqu'vn de ceux, qui auoyent occis fon pere. Le preftre luy refpondit, qu'il fe gardaft de blafphemer, pource que fon pere n'eftoit point mortel parquoy reprenant fon propos, il luy demanda fi les meurtriers qui auoyent confpiré la mort de Philippus, auoyent tous efté punis:& puis l'interrogua aufsi touchat fon empire, s'il Juy feroit la grace d'eftre monarque de tout le monde: le dieu luy refpondit par la bouche de fon prophete que ouy,& que la mort de Philippus eftoit entierement vengee:& adone il fit de magnifiques offrandes au dieu,& donna de l'argent largemet aux preftres& miniftres du temple.Voila ce qu'efcriuent la plufpart des autheurs touchant ce qu'il demada,& ce qui luy fut refpodu par F'oracle, il eft vray qu'Alexandre mefme eu vne fiene mifsiue, qu'il efcrit à fa mere, dit qu'il auoit eu quelques fecrettes refponfes de l'oracle, lefquelles il luy comuniqueroit à elle feule, quand il feroit de retour en Macedoine. Les autres difent, q le preftre le voulant faluer en langage Grec auec plus amiable exprefsio, luy voulut dire: O Paidion, qui vaut autant à dire, que cher fils: mais que la langue luy fourcha vn peu, à caufe que ce n'eftoit pas fon langage naturel,& qu'il mit vne, s, au lieu d'vne, n, à la fin, en difant,& Pai Dios, qui fignifie, 3 fils de Iupiter:& qu'Alexandre fut bien aife de ceft erreur de langage, dont il courut vn bruit parmy fes ges, que Iupiter l'auoit appellé fon fils.On dit aufsi, qu'il vouBut ouyr le philofophe Pfammon en Aegypte,& qu'il trouua fors bon vn propos, qu'il luy tint, en luy difcourat que dieu eftoit Roy des hommes, pource, difoit- il, que ce qui regne,& qui domine en toutes chofes, eft toufiours diuin: mais luy mefme en difcourut a- uec meilleure raifon& plus philofophiquement, quand il dit, Que Dieu eftoit bien pere commun de tous les hommes, mais que parsiculierement il retenoit pour foy,& aduoueit fiens seux, qui eftoyens eftoyer Atroit euft e loit d toute ville che lors dep leur play Et vn le mo lors a autan роица mefpr fis,& pes.C quelo fa efc & mg fans aue cell Seng Impr en P te AND premiere es cotanul cherelle d antagem loyer qui les ga 282 eftoyent les plus gens de bien. Bref enters les Barbares il fe moftroit plus arrogant,& faifoit femblant de croire fermement, qu'il euft efté engendré par ce dieu la, mais enuers les Grecs il parloit de celle geniture diuine plus fobrement& plus modeftemet: toutesfois en vne lettre, qu'il efcriuit aux Atheniens touchant la ville de Samos, il dit: Ie ne vous ay pas donné cefte noble& franche cité- la: car vous la tenez en don de celuy, qu'on appelloit a- lors mon feigneur& mon pere: entendant le Roy Philippus Mais depuis ayat efté blecé d'vn coup de trait,& en fentat griefue douleur, il fe retourna vers fes amis,& leur dit: Cela qui coule de ma playe eft vray fang,& non point comme dit Homere, ALEXANDRE LE GRAND: and a les y derrice arez,& ctio Al i ondam me de fono chappe relay rel pere ne emanda il mus, alloye Η empires le dieu lu que la mert de magni met aux pre " plutipandor refpoda pa Fne liqueur de rien, femblable à celle Que flue aux dieux de nature immortelle. Et vn iour qu'il faifoit vn fi violent orage de tonnerre, que tout le monde en eftoit effrayé, Anaxarchus le rhetoricien fe trouuant lors aupres de luy, luy dit. Et toy, fils de Jupiter, en ferois- tu bien autant? Alexandre en riant luy refpondit: Ie ne veux pas eftre efpouuantable à mes amis, comme tu veux que ie le foye, quand tu mefprifes le feruice de ma table y voyant mettre des poiffons deffus,& difant qu'on y deuft voir des teftes de Princes& de Satrapes.Car on dit, à la verité, qu'vn iour comme Alexandre enuoyaft quelques petits poiffons à Hephæftion, ceftuy Anaxarchus fe lailfa efchapper de la bouche cefte parole- la, en cuidant fe moquer, & monftrer que c'eft peu de chofe, que de ceux qui vont prochaf fans les grāds eftats& haux lieux d'authorité par deffus les autres. auec tant de trauaux& tant de perils, come n'ayans rien du tout, ou bien peu plus que les autres, és plaifirs& delices de ce mode. Quand donc il n'y auroit autres preuues ny autres raifons, que celles que nous auons recitees, encore pourroit- on bien iuger paricelles, qu'Alexandre ne s'abufoit point en foy- mefme, ny ne s'enorgueilliffoit point de cefte prefomptueufe opinion, de cuider qu'il fuft engendré d'vn dieu, ains qu'il s'en feruoit pour tenir les autres hommes fous le ioug d'obeyffance, par l'opinion qu'il leur imprimoit de cefte diuinité. Au partir d'Aegypte il s'en retourna en la Phoenicie, là où il fit des facrifices, des feftes& procefsions en l'honneur des dieux,& aufsi des dafes, des ieux de Tragedies, & autres tels paffe- temps, qui eftoyent fort beaux à voir, no feulement pour la magnificence de l'appareil, mais aufsi pour l'affeation& la diligence des entremetteurs, qui s'efforçoyent de faire mieux à l'enuie les vns des autres: car c'eftoyet les Princes de Cypre, qui eftoyet les entrepreneurs,& qui fourniffoyet tout ce qu'il falloit aux ioueurs, ne plus ne moins qu'à Athenes on tiré au fore vn bourgeoys de chafque lignee du peuple, à qui il efchet de fai re les frais de tels ieux. Et cötendoyent fes feigneurs d'vne mere geilleufe affection, à qui feroit le mieux, mefmement Nicocreon tes relpot eule quan le prerek mpresio, le oit pas f fingen di andre fur parmy Arou uua for oit Ro mune courte di * Six mille efcus. Six millios d'efcus. 282 ALEXANDRE LE GRAND. qui eftoit Roy de Salamine en Cypre,& Paficrates feigneur de la ville de Soles: car il eftoit efcheu à ces deux princes de fournir aux deux plus excellens ioueurs, Paficrates à Athenodorus,& Nicocreon à Theffalus, auquel Alexadre fauorifoit fort, fans toutefois declarer fa faueur, finó apres que Athenodorus par fentence des iuges à ce comis eut efté declaré le vainqueur: car alors en s'e retournant des ieux, il dit, qu'il ap prouuoit& coufirmoit le iugemét des nges, mais qu'il euft volotiers quitté vne partie de fon royau me, pour ne voir point Theffalus vaincu. Et comme ceux d'Athenes euffent condamné Athenodorus à l'amande, pour autant que il auoit failly de foy trouuer à Athenes aux iours des Bacchanales, efquels fe iouent les Comedies& Tragedies, il pria Alexandre de vouloir efcrire pour luy, à ce que l'amende luy fuft remife: mais il ne le voulut pas faire, ains enuoya l'amende qu'il paya luy- mefme de fon argent. Vn autre bon ioueur nomé Lycon, natif de la ville de Scarphie, ayat vn iour excellemment icué, entreJaffa dextremét en fon rolle quelque vers par lequel il luy demádoit en don* dix talens: Alexandre s'en prit à rire& les luy donna. En ces entrefaites Darius luy eferiut& à quelques vns de fes amis aufsi, pour le prier qu'il fe contentaft de prendre de luy* dix mille tales, pour la rançon des perfonnes prifonnieres qu'il tenoit entre fes mains, auec tous les pays, terres& feigneuries qui font deça la riuiere d'Euphrates,& I'vne de fes filles en mariage pour deformais eftre fon allié& fon amy.Il communiqua ceft affaire à fes amis, entre lefquels Parmenion luy dit, l'accepteroye cela quat à moy, fireftoye Alexandre- Aufsi feroy- ie moy certainement, refpondit Alexandre, fi l'eftoye Parmenion.Mais en fin il refcriuit à Darius, que s'il fe vouloit venir rendre à luy, il feroit tref- hu mainement traitté par luy, finon qu'il fe mettroit dés le premier jour en chemin pour l'aller trouuer toutefois il s'en repentit bientoft apres, pource que la femme de Darius mourut en trauail d'efant, dont il möftra euidément, qu'il eftoit fort defplaifant pource qu'il auoit perdu vn grand moyen de faire conoiftre fa clemence & fon humanité: mais au moins inhuma il le corps tref- magnifiquement, fans y rien efpargner. Ory auoit- il entre les Eunuques valets de chibre de la Royne vn nomé Tireus, qui auoit efté pris quand& les femmes: il fe defrobba du cap d'Alexandre,& mótant deflus vn cheual, s'en courut deuers Darius luy porter la nouuelle de la mort de fa femme. Darius adoc fe prit à lamenter à hauts cris,& à frapper& battre fa tefte, les larmes aux yeux,& dit en fou fpirat ameremet, O dieuxla quelle mal- heureufe fortune font reduits les affaires de Perfe, puis que la féme& la fœur du Roy a e- fié no feulemet faite prifoniere de fo viuat, mais encore à fa mort n'a pas à tout le moins peu auoir l'honeur de fepulture royale. A cela refpondit aufsi toft PEunuque, Quát à la fepulture, Sire,& à tout Fout P accuf tant c defa loye la qu nem hon dour batail foupe fa ten nu Ma Dari que t que tu Statira point fuffio Carso vido que foit dire lexa ant Jatio Clipa natur Vertu les Da cela P Cratio falle GRAND aficrazes fig princes de f thenodorus,& four fort, Lansty ALEXANDRE LE GRAND 283 Pout Phonneur& le deucir qu'on pourroit defirer, tu ne faurois accufer la mauaife fortune de la Perfe. Car à la Royne Statira, tant comme elle a vefcu captiue, ny à ta mere, ny à tes filles, il n'a us par le defailly chofe quelconque des biens ny des hōneurs qu'elles fou rcar alone partie de fil luy plaift, ny à fa mort n'a efté non plus d'eftituee d'aucuns ormoit quelle le Seigneur Orofmades reftituera encore en fon entier, loyent auoir au parauant, finon de voir la lumiere de ta gloire, ceux d pour auta nemens de funerailles, qu'elle cuft ailleurs peu auoir, ains a efté honorce des larmes mefmes de tes ennemis: car Alexãdre eft auffi des Bac doux& humain en fa victoire, comme il eft afpre& vaillant en la pria bataille.Darius entendant ces parolles de l'Eunuque,& ayant le de luv ful fens vn peu troublé de douleur, entra incontinent en mauuaifes nome Ly Lyc ment scue lilly & les luy ues vns& re de luy = qu'il tem es qui fo riage pou faffaire a e cela qua rainement nil refcr que de foupçons:& retirant l'Eunuque à part au plus fecret endroit de fa tente, luy dit, Si tu n'es, auffi bien de la fortune des Perfes deuenu Macedonien d'affection, ains reconois encore en ton cœur Darius pour ton mailtte, ie te prie& te coniure par la reuerence que tu dois à cefte grade lumiere du Soleil,& à la dextre royale, que tu me dies la verité. Ne font- ce point les moindres maux de Statira ceux que ie lamente, fa captiuité& fa mort?& auons nous point encore fouffert pis de fon viuant, de forte que nous euffions efté moins indignement& honteufement mal- heureux, fi nous fuffions tombez entre les mains d'vn ennemy cruel& inhumain? Car, quelle honnefte comunication peut auoir en vn ieune prince victorieux auec la femme prifonniere de fon ennemy, pour laDarius par quelle il luy ait voulu tant faire d'honneur? Ainfi Toit encore l'Eunuque Tireus fe ietta à fes pieds,& le pria de ne dire point telles parolles,& ne faire point ce tort à la vertu d'Alexadre, ny ce desheneur à fa fæeur& feme tref paffee, en fe priuant foy- mefme du plus grad reconfort,& de la plus douce cofo latio qu'il pourroit defirer en fon aduerfité, c'eft d'auoifefté vain cu par vn ennemy, qui a des perfectios pl' grades que ne porte nature humaine, ains plus toft d'auoir en admiration l'excellente vertu d'Alexadre, lequel s'eftoit meftré encore pl° chafte enuers les Dames, que vaillant encótre les homes de Perfe.Et en difant cela l'Eunuque le luy affeura& cofirma par des fermes& des exe cratios horribles.en luy cotât au log& par le menu l'honefteté, eorinéce& magnanimité d'Alexadre. Adoc Dari' retournät en fa fale, où eftoyét fes pl' familiers amis,& tedat les mainsvers le ciel, fit cefte priere aux dieux: O dieux, autheurs de la vie& protecteurs des Roys& des royaumes, ie vo fupplie en premier lieu, qu'il vo plaife me faire la grace, q ie puiffe remettre fus la bone fortune de la Perfe, de forte que ie laifle ceft empire à mes fucceffeurs auf fi grad& auffi glorieux, come le l'ay receu de mes predeceffeurs, afin que demeurant victorieux ie puiffe rendre la pareille à Alegandre de l'humanité& honefteté dont il a vfé en mon aduerfit penthie Lant pour -magi Euange & mo а поше Roya A la 284 ALEXANDRE LE GRAND. ble, qu'il tant de m allans de Juy con ce faila effraya fe, qui berla prefo peria à l'endroit de ce qui m'eft en ce monde le plus cher: ou bien fi la prefixion du temps eft venue: auquel il faille neceffairement, ou par quelque vengeance diuine, ou par naturelle mutation des chofes terriennes, que l'empire de Perfe prenne fin, qu'à tout le moins il n'y ait autre apres moy qui feye dedans le throne de Cy rus, qu'Alexandre. La plufpart des hiftories met, que tout cela fut ainfi fait& dit.Au refte, Alexandre ayat reduit à foti obeyflance sout ce qui eft deça la riuiere d'Euphrates, fe miten chemin pour aller au deuat de Darius, lequel defcédoit auec vn millió de com batans,& y eut quelqu'vn qui luy cota, pour paffer le téps que les valets de fon armee s'eftoyent diuifez en deux bâdes,& aubyent efleu vn Capitaine en chef de chacune, nomans I'vn Alexandre, & l'autre Darius,& qu'ils auoyent comencé à efcarmoucher pre mierement à coups de motes de terre,& puis à coups de poings, mais qu'à la fin ils s'eftoyent efchauffez, iufques à venir aux pies res& aux baftos, de maniere qu'on ne les pouuoit departir. Čela ouy, Alexandre voulut que les deux Capitaines cobatiflent tefte à tefte I'vn côtre l'autre,& armaluy- mefme celuy, qu'on appelloit Alexandre,& Philotas arma celuy, qu'on nomoit Darius. Si s'a maffa toute l'amee à l'entour pour voirle pafle- teps de ce cóbat, come eftant vn prefage qui donneroit conoiffance& iugement de l'aduenir.Le cobat fut afpre entre les deux champios: mais à la fin le nommé Alexandre vainquit,& luy donna Alexandre pour fon loyer douze villages, auec priuilege de pouuoir porter l'habit Perfien.Ainfi l'efcrit Eratofthenes. Au demeurat la derniere grade bataille, qu'il eut contre Darius, ne fut point à Arbeles, comme le met la plupart des hiftoriens, ains à Gaufameles, qui fignifie à ce qu'on dit, en langage Perfien, la maifon du chameau, pource que quelqu'vn des anciens Roys de Perfe s'eftat fauué des mains de fes ennemis à la courfe deffus vn dromadaire, le fit loger là; & ordonna le reuenu de quelques villages pour la nourriture& entretenement d'iceluy. Or y eut il eclipfe de Lune au mois de Aouft, enuiro le téps que commence la fefte des myfteres à Athe nes,& l'vnzieme nui& apres, les armees eftans en veuë I'vne de l'autre, Darius tint fes gens en bataille, allant luy- mefme partout auec des torches reuifiter les bandes& compagnies. Et Alexadre pendant que les foldats Macedoniens dormoyent, eftoit deuant fa tente auec le deuin Ariftander, où il faifoit à part quelques fecretes ceremonies,& quelques facrifices à* Apollo. Et les plus * Les autres anciens Capitaines des Macedoniens, mefmement Parmenion, exemplaires voyans toute la plaine qui eft entrella riuiere de Niphates,& des mettent à la Per. mótagnes Gordyennes reluifantes de feux& de lumiere des Bar bares,& vn bruit cofus,& vn fon effrayable, ne plus ne moins que To piCo. d'vne mer infinie qui retentiffoit de leur camp, s'efmerueillerent d'vne fi grande multitude d'hommes,& tindrent propos enfem reprend Ai euft desfaite Fauoyer voit elté royer& f fendue in Bauoir p toute elpe jour, en b en leurs mit tou de man s'esba mes voyan bre,& fon non mot an pas qui Je qu'il e ment,& hors de pe finy de det Salement de ro miens, taille ble, AND Cher onli relairena le throne que tout c fan obeyla er le dép qu des,& aug Ten Alexa armoucher ups de pe Ventur a departi acident t ' on appel arins. Si de ce cob ingeme smais à ALEXANDRE LE GRAND: 85 ble, qu'il feroit trop mal- aifé& prefque impoffible de fouftenir tant de monde, s'ils combatoy et de plein iour.Au moyen dequoy allans deuers Alexãdre apres qu'il eut acheué fes ceremonies, ils luy confeillerent, qu'il donnaft la bataille de nui, pource qu'en ce faifant lestenebres cacheroyent à fes gens ce, qui eftoit le plus effrayable en l'oft de fon ennemi:& il leur fit adonc cefte refponfe, qui depuis a tant efté celebree, le ne veux, dit- il, point defrobber la victoire. Laquelle refponfe fembla à quelques vns folle& prefomptueufe, de fe iouer& moquer ainfi fi pres d'vn extreme peril.Mais il y en a d'autres, qui font d'aduis, que ce fut vraye magnanimité prefente& bon iugement à luy pour l'aduenir, de ne oner plus d'occafion à Darius, apres qu'il auroit efté vaincu, de reprendre encore courage,& d'eflayer vne autrefois la fortune, s'il euft peu accufer les tenebres& la nuit, comme caufes de fa desfaite, ne plus ne moins qu'à la precedente route, il difoit, que gauoyent efté les montaignes, les deftroits& la mer, par qui il a- uoit efté desfait: pource que iamais Darius n'euft ceffé de guerroyer à faute d'hommes n'y d'armes, veu le grand empire& l'eftendue infinie des pays qu'il tenoit: mais que bien euft- il defifté d'auoir plus recours aux arines, quand il euft perdu tout cœur& toute efperance, lors qu'il fe fuft veu desfait à viue force, de plein jour, en bataille rangee. Apres que fes Capitaines fe furét retirez en leurs logis, il fe ietta deflus vn li& en fà tente, là où il s'endormit tout le refte de la nuit plus ferré, qu'il n'auoit accouftumé, de maniere que les feigneurs, qui vindrent a fon leuer le matin, s'esbahyrent bien fort, comme il dormoit encore,& d'eux- mefmes firent commandement aux foldats, qu'ils mangeaffent: puis voyans que le téps les preffoit, Parmenion entra dedans fa chambre,& s'approchant de fon lidt l'appella deux ou trois fois par fon non, tant qu'il l'efueilla,& luy demanda comment il dormoit ainfi fi haute heure, en homme qui a defia vaincu,& non pas qui eft preft à donner la plus grade& plus hazardeufe batail Je qu'il eut onques: à quoy Alexadre luy refpódit en riant, Comment,& ne te femble- il pas que nous ayons defia vaincu, eftans hors de peine d'aller courir çà& là apres Darius par vn pays infiny& deftruit, comme il nous euft fallu faire s'il euft voulu fuyr la lice,& gafter toufiours le pays deuant nous? fi ne fe monftra pas feulement la grandeur de fon courage& fon affeurance magnanime fondee en difcours de raifon, auant la bataille feulement, mais auffi au plus fort du combat mefme: pource que la pointe gauche de fon armee, que coduifoit Parmenion, branfla& recula vn peu, à caufe que la gendarmerie Badriene donna de grande roideur& par grand effort en ceft endroit- la fur les Macedomiens,& que Mazzus lieutenat de Darius enuoya hors de leur ba taille quelque nombre de gensde cheual, pour affaillir& charger, ndre pou ter Phabi quigailia figer eres& At e parto Alexadn tdeuans ques fe les plu tes,& d e des mot ellers Bant telle,& dre grandeme rent,& en courage Je bar les nere Jes 286 ALEXANDRE LE GRAND. ceux qu'on auoit laiffez dedans le camp à la garde du bagage? Parquoy Parmenion eftonné de l'vn& de l'autre, enuoya deuers Alexandre l'aduertir comme leur camp eftoit perdu& leur baga ge auffi, fi promptement il n'enaoyoit va grand fecours du front de fa bataille à ceux qui eftoyent à la queue. Quand ces nouuelles luy vindrent de la part de Parmenion, il auoit defia donné à fes gens le figne de la bataille pour commencer la charge! Il fit refponfe à celuy, qui les luy apporta, que Parmenion n'eftoit pas en fon bon fens, aine eftoit troublé de fon entendement, ne fe fouuenant pas qu'en gaignant la bataille, ils ne fauueroyent pas feulement leur bagage, ains conquerroyent dauatage& gaigneroyent celuy de leurs ennemis,& qu'en la perdant il ne fe fal foit plus foucier ny de leurs hardes, ny de leurs valers, ains péfer feulement de mourir honnorablement en bien farfant fon deuoir de vaillamment combatre.Ayant mandé cefte refpote a Parmenion, il mit fon armet en fa tefte: car il auoit pris le refte de fon harnoys auant que partir de fa tente, qui eftoit vn fayon de ceux, qui fe font en la Sicile, ceint,& par deffus vne brigandine faite de plufieurs doubles de toille piquce, qui eftoit du butin gaigné en la bataille d'Iflus.Son habillemet de tefte eftoit d'vn fer reluy fant come arget pur& fin,& de la façon de l'armurier Theophi Jus, le auffecol de mefme, exceptélquil eftoit tout couuert de pier rerie,& vne efpee legere à merue lles& parfaitement de bonne trepe, qu'il auoit eue en don du Roy des Citieiens, ayataccouftu mé de combatre le plus fouuent d'vne efpee en vn iour de batail le: mais fa cotte d'armes eftoit de beaucoup plus fomptueufe& plus riche manufacture, que tout le refte de fon accouftrements car c'eftoit l'ouvrage de l'ancien Helicon, dont la cité de Rhodes Juy auoit fait vn prefent,& la portoit auffi ordinairemét aux batailles.Or cependant qu'il ordonnoit les compagnies en bataille, & qu'il prefchoit les foldats, leurs remonftroit quelque chofe, ou qu'il fe promenoit au long des bandes pour vifiter tout, il montoit deffus vn autre cheual, pour efpargner Bucephal, à caufe que il eftoit defia vn peu vieil: mais quand il falloit mettre à bon efciant la main à l'œcuure, alors on le luy amenoit,& foudain qu'il eftoit deffus, il alloit commencer la charge. Mais lors apres auoir Jonguement prefché les homes d'harmes Theffalies& les autres Grecs pareillemét, comme ils l'euffent tous affeuré qu'ils feroyét bie leur deuoir,& prié qu'il les menaft tout de ce pas charger les ennemis, il prit adonc fa iaueline en fa main gauche,& leuant la droite vers le ciel, requit aux dieux, come efcrit Callifthenes, que s'il eftoit veritable, qu'il fuft engendré de Iupiter, il leur pleuft ce iour- la eftre en aide& donner bon courage aux grees. Le deuin Ariftäder eftoit à chena! tout corre luy, veftu d'vn mâteau blanc, & ayant deffus fa tefte vne couronne d'or, qui luy monitra à Finftant mb AND Cours Quand cer er la ch estenden ofe a Par refte de on de ce andine fa forel Theoph rt de piet de bonne accoulte de batail de Rhodes bataille, echofyou caufe que bon el in qu'il s auoit autres royée gerles uant la esque leult ce e dea ALEXANDRE LE GRAND. 287 ftant mefme de fa priere, vne aigle volant en lair par deffus fa tefte,& dreffant fon vol iuftemet contre les ennemis. Cela affeurá grandement& emplit de merueilleufe hardieffe ceux, qui le vi rent,& en cefte refiouyflance les hommes d'armes s'entredonnas courage les vns aux autres commencerent à fe mettre au galop: Je bataillon de gens de pied s'esbrafla auffi apres eux: mais auant qles premiers arriuaffent à pouuoir chocquer, les Barbares tournerent le dos,& y eut là vne grande chaffe, pouffant Alexandre les fuyans contre le miliue de leur bataille, la où eftoit Darius en perfonne: car il apperceut de loin par deffus les premiers rengs, rout au fond de la compagnie royalle: pource qu'il eftoit beau& grand perfonnage, monté deffus vn haut chariot de bataille, lequel eftoit borne& enuironé de tous coftez de plufieurs trouppes de gens de cheual, tous bien en point& rengez en belle ordonnance, pour attendre& receuoir l'ennemi.Mais quand ils apperceurent de pres Alexandre fi terrible, chaflant à val de route les fuyans à trauers ceux qui tenoyent encore leurs rags, cela les effraya de forte, qu'ils fe desbanderent la pluspart: mais les gés de bien& les plus vaillas homes fe firét tous tuer deuant leur Roy, & en tobant les vns fur les autres, empefcherent qu'o ne le peuft promptement pourfuyure: car eftans portez par terre& tiras aux traits de la mort, encore embraffoyent- ils les pieds des hommes & des chenaux.Adoc voyant Darius tous les maux& mal- heurs du monde deuant fes yeux,& comme les bandes, qu'il auoit rangees au deuant de luy pour fa fauue- garde fe reuerfoyet toutes fury, de forte qu'il n'y auoit moyen de faire tirer auant fon cha y le retourner en arriere, tant les roués eftoyent engagees abarraldees entre des monceaux de corps morts,& que les cheuaux auffi comme affiegez& prefque cachez dedans tas de la defconfiture, fe tourmentoyent& fautoyent de frayeur, tellement que le charton ne les pouuoit plus guider ne conduyre, il abandonna finalement fon chariot,& quittant fes armes monta deffus vne iument qui n'aguere auoit fait vn poulain,& fe fauua de vifteffe: toutesfois.encore ne fe fuft- ilpas fauué, n'euft efté que Parmenion enuoya derechef vers Alexandre le prier de le venir fecourir, pource qu'il y auoit encore en ceft endroit vne groffe puiflance enfemble, qui ne faifoit point femblat de reculer.Comment que ce foit, on blafme Parmenion de s'eftre ce iour- la porté lafchement& froidement, fuft ou pource que la vieillefle luy euft ia diminué quelque chofe de la hardiefie, ou pource qu'ilfuft marri,& qu'il portaft quelque enuie à la puiflance d'Alexandre, qui deuenoit trop grande à fon gré, ainfi que dit Callifthenes: tat ya, qu'alexandre fut bien mal content de ce fecond renuoy,& n'en dit pas toutes fois la caufe veritable à fes gens, ains feignant qu'il vouloit qu'on cefiaft de tuer, ioint que la nuit approchoit, ALEXANDRE LE GRAND. ALEX Royau bain il s'eftuuoit& 1oyeux entre nifant yn 10 aupres d'Al chantant for efpromic car filefal que fifice fritti rolo adigon P ment efpris peine& per trouua deda feaux pleins page a temps il fit fonner la retraite& s'achemina vers l'endroit de fon armee, qui cuidoit auoir de l'affaire: mais par le chemin il eut nouuelles qu'encore là auoyent efté fes ennemis desfaits,& qu'ils fuyoyent de tous coftez à val de route.Cefte bataille ayant eu telle iflue, on penfa bien adonc que l'empire des Perfes eftoit entieremet ruiné, & Alexandre confequemment deuenu Roy de toute l'Afie. Si en fit de fomptueux& magnifiques facrifices aux dieux,& donna à fes familiers de grandes richefles, terres, maifons& feigneuries: & voulant aufsi monftrer fa liberalité aux Grecs, il leur efcriuit, qu'il vouloit que toutes tyrannies fuffent abolies en la Grece,& que tous peuples Grecs vefcuffent fous leur loix en liberté: mais particulierement il fit entendre à ceux de Platæ es, qu'il vouloit faire rebaftir leur ville, pour autant qu'anciennement leurs predeceffeurs auoyent baillé& donné leur pays aux Grecs, pour y combatre contre les Barbares pour la defenfe de la liberté commune de toute la Grece,& enuoya iufques en Italie à ceux de Crotone, partie du butin, pour honorer la memoire de la vertu& bonne affection de Phaylus leur citoyen, qui du temps des guerres Medoyfes, comme les Grecs habitans en Italie euffent abandōné ceux de la vraye Grece, pource qu'ils n'entendoyét pas que ils fe deuffent iamais fauuer, s'en alla auec vn fien vaiffeau, qu'il arma& equippa à fes propres coufts& defpens, à Salamine, afin de fe trouuer à la bataille,& eftre participant du commun peril des Grecs, tant eftoit Alexandre affectionné ami de toute vertu, & defiroit conferuer la memoire des beaux& louables faits. Au refte en allant par le pays de Babylone, qui fe rendit incontinent tour à luy, il s'efmerueilla fort, quand il veit en la prouince d'Ecbatane le gouffre, dont il fort continuellement de gros bouy!- Ions de feu côme d'vne fontaine,& auffi la fource du Naphthe, qui en iette fi grande abondance qu'elle en fait comme vn lac.Ce Naphthe eft vne matiere, qui reffemble proprement au bitume: mais eft fi prompt& fi facile à allumer, que fans toucher à la flamme par la feule lueur qui fort du feu il s'enflamme,& enflamme auffi l'air, qui eft entre deux: laquelle nature les Barbares du pays voulans faire voir& donner à entendre à Alexandre, arroferent de gouttes de cefte liqueur la rue par laquelle on alloit au logis d'Alexandre, en Babylone, puis aux deux bouts de la rue approcheret des flammeaux de ces gouttes de Naphthe, dont ils auoyet afpergez les deux coftez de la rue, pource que l'air commençoit ia à obfcurcir fur la nuit,& s'eftans les premieres gouttes fubitement allumees, il n'y eut point d'interualle de temps fenfible, que tout le demeurant ne fuft auffi toft enflammé en vn moment, & que le feu n'euft auffi toft gaigné depuis vn bout jufqu'à l'autre, de forte que toute la rue en fut efclairee d'vn feu continué. Or y auoit- il vn Athenophanes natif d'Athenes, qui feruoit le Roy re eurent- is ma page for m vas, voulans g fent que la dr Je donna ala ragedies, f ronne, ay le ne s'y efto fant l'ap Naphthe qu'on ne s xions, qui f autre corp onten eux S'enfans en & faire feu qu'ils y trou S'enflamme a niture graffe comme pouls ha chaleurs deau fre nant& g indu p ND telle PA & leiguen leur eic la Grece liberté Grecs, pay liberte alie à cent de la ven mps des g ulent 20 yet pas feau, mine, a man pen ute vertu faits. A incontine ince d gres bouy Naphthe lac.C tabitu er a la fa enfan res du p artoler ALEXANDRE LE GRAND. 289 Roy au bain de luy frotter& oindre& nettoyer le corps quand il s'eftuuoit,& aufsi enfemble de luy refiouyr l'efprit de quelque ioyeux entretien& de quelque honnefte paffe- temps.Ceftuy aduifant vn iour de dans l'eftu de vn ieune page nommé Stephanus aupres d'Alexandre, chetif à merueilles& laid de viſage, mais chantant fort plaifamment, dit au Roy, Veux- tu, Sire, que nous efprouuions la vertu de cefte marierede Naphthe fur Stephanus? car fi le feu fe prend a luy& qu'il ne s'efteigne point, ie diray lors que fa force fera certainement grande& inuincible.Le page s'of frit fort volontiers à en fouffrir la preuue fur fa perfonne: mais ainfi qu'on l'en frottoit, au toucher feulement il ietta inconti-nent vne fi grande flamme,& fut tout le corps du page en vn mo ment efpris de tant de feu, qu'Alexandre s'en trouua en extreme peine& perplexité,& n'euft efté que de bonne auenture il fe trouua dedans l'eftuue plufieurs ayans en leurs mains des vaiffeaux pleins d'eau pour le bain, iamais on n'euft peu fecourir le page à temps, que le feu ne l'euft bruflé& fuffoqué deuant, encore eurent- ils beaucoup d'affaire à l'efteindre,& en demeurale page fort malade.Ce n'eft donc pas fans apparence que quelques vns, voulans que la fable de Medee ait efté chofe veritable, difent que la drogue dont elle frotta la couronne& le voile qu'elle donna à la fille de Creon, comme il eft tant mentionné par les tragedies, fuft cefte liqueur de Naphthe, pource que ny la couronne, ny le voile ne pouuoyent ietter le feu d'eux- mefmes, ny ne s'y eftoit pas le feu allumé, non plus de foy- mefme: mais y e- ftant l'aptitude de s'enflammer appofee par ce frottement de Naphthe, l'attrait de la flamme en fut fi prompt& fi foudain, qu'on ne s'en apperceut point a l'œil: car les rayons& les fluxions, qui fortent du feu, quand ils viennent de loin, iettent aux autres corps la lumiere& la chaleur feulement: mais a ceux qui ont en eux vne ficcité venteufe, ou vne humeur graffe& gluante s'vnifans enfemble,& ne cerchans de leur nature qu'à s'allumer & faire feu, ils alterent facilement& enflamment la matiere, au log me appresauoyer menço ttes lub s fenfib mone qu's Fa Cont qu'ils y trouuent preparee. Mais on eft en doute coment il s'enge-* Enceft endre, ou fi pluftoft cefte matiere liquide,& cefte humeur- la, qui droit defails'enflamme ainfi facilement, fourt& coule de la terre qui à la lent quelques nature graffe& prefte à faire feu: car tout le pays d'alentour de Babylone eft fort ardent, de maniere que bien fouuent les grains riginal Grec. lignes en l'o d'orge emmy l'aire fautent& petillent bien fouuent contre- mot, comme fi la terre par la vehemence de l'inflammation euft vn poulx haut, qui les fift ainfi fauteler,& les hommes aux grandes chaleurs d'Efté y dorment fur des grands facs de cuyr pleins d'eau frefche. Harpalus qu'Alexandre y laiffa pour fon lieutenant& gouuerneur du pays, defirant y orner& embellir les iardins du palays royal,& les allees d iceux, de toutes les plantes de t j 299 * Il femble qu'il entende de laines tein Lesenpourpre la meilleu re, qui fe trou aft en Europe eftoit alle d'Hermione ville de Laconie. ALEXANDRE LE GRAND. tout court ne fayli ie que tafsi gard de auoir dem il palio & travail Lourna qu fois quills rachus Cor relitaire co plorer de 1 Parauat de Noir pas eu ne royal d encore apre recreer en pent que les quet auec le Thais, pati qui apres le la Grece, vint bien à bout d'y edifier toutes les autres, excepté le lierre feulement, que la terre ne voulut iamais endurer, ains le fit toufiours mourir, pource qu'il ne pouuoit endurer la temperature d'icelle, qui eftoit ardente,& le lierre de fa nature aime Pair& le pays froid. Ces digrefsions- là font vn peu hors de propos: mais à l'aduenture ne feront- elles point ennuyeufes aux le& teurs quelques difficiles qu'ils foyent, pourueu qu'elles ne foyet pas trop longues. Au furplus Alexandre s'eftant emparé de laville de Sufe, trouua dedans le chafteau* quatre mille talens en or& * Vingt& quatre mil- argent monnoyé, fans vne quantité ineftimable d'autres riches& lions d'or. precieux meubler, entre lefquels on dit, qu'il fe trouua trois cens mille liures pefant de pourpre Harmionique, qu'on y auoit a- maffee& ferree en l'efpace de deux cens ans, il ne s'en falloit que dix,& neantmoins retenoit encore la viuacité de fa couleur auffi gaye, comme fi elle euft efté toute frefche:& dit- on que la caufe, pourquoy elle s'eftoit ainfi bien cöferuce, venoit de ce que la teinture en auoit efté faite auec du miel, és laines qui ia parauất eftoyet teintes en rouge,& auec de l'huyle blanche, és laines blanches: car on en voit de celles de teintes d'auffi long temps, qui tienet encore la vigueur de leur luftre nette& reluifante.Di, non efcrit dauantage, que ces Roys de Perfe faifoyent venir de l'eau des riuieres du Nil& du Danube, láquelle ils faifoyent ferrer auec leurs autres threfors par vne magnificece, comme pour confirmer par la grandeur de leur empire,& monftrer qu'ils e- ftoyent feigneurs du monde. Mais ayant le pays de la Perfe, les entrees& aduenues mal- aifees, tant pource qu'il eft de foy afpre, comme auffi pource que les paffages eftoyét gardez par les meilleurs hommes de la Perfe, à caufe que le Roy Darius fuyant de la bataille s'y eftoit retiré, il y eut vn home parlant la langue Grecque& Perfiene, né d'vn pere natif de la Lycie,& d'vne mere Per fiene, qui conduifit Alexandre au dedas par vn deftour& circuit de chemin, qui ne fut pas trop long, fuyuät ce qui autrefois auoit efté predit par la prophetiffe Pythie, eftant Alexandre encoreen fon enfance, qu'il y auroit vn Lycien qui le guideroit& conduiroit à l'encontre des Perfes. Si fut fait dedans le pays grade occifion des prifonniers, qu'on y prit: car Alexandre luy- mefme efcrit, que penfant que cela deuft feruir à fes affaires, il commanda qu'on mift les hommes à l'efpee.On tient, qu'il y trouua tout autant d'or& d'argent monnoyé, comme il auoit fait en la cité de Sufe, qui fut emporté auec le refte des precieux meubles,& toute la cheuance royale, par dix mille paires de mulets,& cinq mille chameaux. Mais en entrant dedans le chafteau de la cité capivale de Perfe, Alexandre aduifa d'aduenture vne grande image de Xerxes, laquelle auoit efté, fans y penfer, abatue en terre par la multitude des foldats, qui fe iettoyet à la foule dedas: s'y s'arrefta tout table, s'au turel affere qu'il ne la largemen fers a all armee, qu plaifir dec quencore mere de pa auit bru prefence elle fin qu pansion came mau que les bay par me des mans Lant alle de fleurs melim le & danfar endurer durer la fa pea hots th nureuies b elles compare sea etalens en Pares tick mes'en fall e fa codeca oit de ce es qu anche, es long t reluifante yent ven foyent comme po rer qu'ils e la Perfe de for af par les me Langue Gre ne mere P four& cir autrefois a dre encor it& cond grade o -mefme command ua tout 2 en la cit les,& t & cing la cité ssland ALEXANDRE LE GRAND. 293 tout court,& parlant à elle, comme fi elle eut eu fens& vie, dit: Ie ne fay, fi ie doy paffer outre fans te faire redreffer pour la guerre que tu fis iadis aux Grecs, ou ffie te doy, faire releuer pour le regard de ta magnanimité:& de tesautres vertus. Finalement apres auoir demeuré long temps à penfer en luy- mefme fans mot dire, il pala outre,& voulant refaire vn peu fon armee qui eftoit laffe & trauaillee, mefmement qu'il eftoit lors la faifon d'hyuer, il y fe journa quatre mois tous entiers. Là où on dit, que la premiere fois qu'ils s'affit dedans le throne royal fous vn ciel d'or, Demarathus Corinthien, qui luy portoit amitié& bien- vueillance hereditaire commencee dés le temps de Philippus fonpere, fe prit à plorer de ioye en bo vieillard.come il eftoit, difant que les Grecs parauat decedez eftoyét bie priuez d'vn fort grad plaifir de n'auoir pas eu ceft heur, que de voir Alexandre afsis dedans le throne royal de Xerxes.Et depuis ainfi qu'il fe preparoit pour aller encore apres Darias, il fe mit vn iour à faire bonne chere,& à fe recreer en va feftin, où on le conuia auec fes mignons, fi priuément, que les concubines mefmes de fes familiers furent au banquet auec leurs amys, entre lefquelles la plus renommee eftoit Thais, natiue du pays de l'Attique, eftant l'amye de Ptolomæus: qui apres le trefpas d'Alexandre fut Roy d'Egypte. Cefte Thais partie louat Alexadre dextremēt,& partiefe iouant auec luy à la table, s'auança de luy entamer vn propos bien couenable au naturel affeté de fon pays, mais bien de plus grande confequence qu'il ne luy appartenoit, difant que ce iour- la elle fe fentoit bien largement à fon gré recompenfee des trauaux, qu'elle auoit fouffers à aller errant çà& là, par tout le pays de l'Afie en fuyuât fon armee, quand elle auoit eu cefte grace& ceft heur de iouer à fon plaifir dedas le fuperbe palaysroyaldes grads Roysde Perfe, mais qu'encore pretedoit- elle bien plus grad plaifir à brufler, par ma.. niere de paffe- temps& de feu de ioye, la maifon de Xerxes, qui auoit bruflé la ville d'Athenessen y mettant elle mefme le feu en la prefence& deuant les yeux d'vn tel princecomme Alexandre, à celle fin qu'on peuft dire au temps aduenir, que les femmes fuyuans fon camp auoyent plus magnifiquement vengé la Grece des maux, que les Perfes luy auoyent faits par le paffe, que n'auoyent iamais fait tous les Capitaines Grecs, qui furet onques ny par ter reny par mer. Elle n'eut pa fi toft acheué ce propos, que les mignons d'Alexandre y afsiftans, fe prirent incontinent à batre des mains& à mener grand bruit de ioye, difans mieux dit du mode,& incitas le Roy à le faire. Alexadre fe laiffant allerà leurs inftigatios, fe letta en pieds,& prenatvn chapeau de fleurs fur fa tefte& yne torche ardete en fa main, marcha luymelm le premier: fes mignos alleret apres tout de mefme crians & danfans tout à l'entour du chafteau.Les autres Macedoniens, que c'eftoit le 292 ALEXANDRE LE GRAND. AL don, ayant noit:& lep feureté pre da fur l'he qu'il donn ceux qui concile mere Olym mese lais lies amis,& Isfaselga beaucoup d relay en el gardoi fec jour, que co Sents appro Alexandre ire, tira de lettres,& en poqui en fentirent le vent, y accoururent auffi incontinent auec torches& flambeaux tous ardents en grande refiouyffance, pource qu'ils faifoyent leur conte que cela eftoit figne qu'Alexandre pen foit de s'en retourner en fon pays, non pas faire fa demeurance entre les Barbares, puis qu'il brufloit& gaftoit ainfi le chafteau royal. Voila commet on tient, qu'il fut ars& bruflé: toutesfois il y en a qui difent, quece ne fut pas de cefte forte, par maniere deieu, ains par deliberation du confeil: comment que ce foit, c'eft bien chofe confeffee de tous, qu'il s'en repentit fur l'heure mefme,& qu'il commandaft, qu'on efteignift le feu. Mais eftat de fa nature liberal,& aimant à donner cefte volonté luy creut encore dauátage à mesure que fes affaires allerent profperant,& fi accompagnoit les prefens qu'il faifoit d'vne chere gaye,& d'vne careffe qui les rédoit encore beaucoup plus aggreables.Dequoy ie veux en ceft endroit reciter quelques peu d'exemples: Arifto qui eftoit Coulonnel des Pæoniens, ayant occis vn des ennemis,& luy en monftrant la tefte, luy dit: Sire, vn tel prefent en noftre pays fe recópenfe d'vne coupe d'or.Alexandre en fe riant luy refpondit, Ouy bien d'vne coupe vuide: mais i'en boy a toy dedans cefte- cy pleine de bon vin, que ie te donne.Vne autrefois il trouua'vn ure homme Macedonien qui menoit vn mulet chargé de l'or du Roy,& comme le mulet fe trouuaft fi las& recreu, qu'il ne pouuoit plus fe fouftenir, le mulatier Macedonien chargea la fomme fur fes efpaules,& la porta luy- mefme vne efpace de chemin, mais à la fin il s'en trouua fi chargé, qu'il vouloit mettre fon fardeau en terre: ce que voyant Alexandre, demanda que c'eftoit,& l'ayant entendu luy dit, Ne te laffe point,& fais tant que tu le por tes encore iufqu'en la tente, car ie le te donne. Bref il fauoit plus mauuais gré à ceux qui ne vouloyent point prendre de luy, qu'à ceux qui luy demandoyent: comme il efcriuit à Phocion, qu'il ne le tiédroit point pour vn de fes amis s'il refufoit les prefens qu'il luy faifoit. Il n'auoit d'auenture rien donné à vn ieune garçon, qui fe nommoit Serapion, lequel feruoit de letter la balle à ceux qui iouoyent, non pour autre caufe, que pource qu'il ne luy demandoit rien.Parquoy vn iour que le Roy y vint pour jouer, ce garçon ietta toufiours la balle aux autres qui iouoyent auec luy, & à luy non: tellement que le Roy à la fin luy dit. Et à moy, ne me donnes tu point? Non refpondit- il, Sire, pource que tu ne me demandes point. Alexandre entendit incótinent ce qu'il vouloit dire,& s'en prenant à rire, luy fit depuis beaucoup de bien. Il y a- uoit à fa fuite vn nommé Proteas, homme plaifant, qui rencontroit fort plaifamment& de bone grace, en compagnie: il aduint qu'Alexandre, pour quelque occafio fut courroucé à luy: parquoy fes amis fe mirêt à prier& interceder pour luy, à ce qu'il luy vou luft pardonner,& luy mefme eftant prefent, luy requit auffi pardons na au fils de rius euft auto il auoit para gneur le re qu'vn Dar naufli à trouua de da à Anti ne à caule toyent. Au alamere plus auant Capitaine Palpreté de elerit vne lo ildi: Antipa & que Le plufieut ment qu ne,& qu fe de dou Loyent d GRAND ydance qu'Alexand e la dime ainfi le cha routesfu fait, c'eff me me eftir de la na encore d accou && vine ca Dequoy i Arito quic emis,& l noftre pap lay refpon dans cefte rouua vn gé de l'ord ' il ne po ala fomme de chemin tre fon far c'eftoit, que tu le pa delay, qu' ion qu'il prelens qu ne gargany: Salle à ceu ne luy de touer, C auec luy moy, ne tu ne m vouloi en.Ily i renco ALEXANDRE LE GRAND. 293. le don, ayant les larmes aux yeux. Alexandre dit, qu'il luy pardonnoit:& le plaifant luy repliqua. Donne m'en donc, Sire, quelque feureté premierement, fi tu veux, que ie m'en affeure: il commanda fur l'heure qu'on luy donnaft* cinq talens. Quand aux biens qu'il donnoit,& aux richeffes qu'il departoit à fes familiers, * Trois mil& á ceux qui eftoyent de la garde de fon corps, on peut euidemment efcus. conoiftre, qu'ils eftoyent fort grands par vne lettre mifsiue que fa mere Olympias luy en efcriuit vn iour, où il y a ces propres termes: Ie fuis bie d'aduis, que tu faces autremer des biés à tes familiers amis,& que tu le tienes en honneur aupres de toy: mais tu les fais efgaux aux grads Roys,& leur donnes les moyés de faire beaucoup d'amis en te les oftant à toy- mefine. Et comme fa mere luy en efcriuift fouuent de femblables à ce mefme propos, illes gardoit fecretement fans les communiquer à perfonne, finon vn iour, que comme il en ouurit vne, Hephæftion, qui fe trouua prefent, s'approcha, ainfi qu'il auoit accouftumé,& la legt auec luy: Alexandre ne l'engarda point, mais apres qu'il l'eut acheué de lire, il tira de fon doigt l'anneau, duquel il feelloit& cachetoit fes lettres,& en mit le cachet contre la bouche de Hephæftio.Il dóna au fils de Mazæus, qui eftoit le plus grad perfonnage, que Darius euft autour de luy, vn fecond gouuernement outre celuy, que il auoit parauant, encore plus grand que le premier. Le ieune Seigneur le refufa, difant: Comment, Sire, par cy deuant il n'y auoit qu'vn Darius,& tu fais maintenant plufieurs Alexandres. Il don na auffi à Parmenion la maifon de Bagoas, là où on dit, qu'il fe trouua de meubles Sufiens feulement, pour* mille talens. Il man* Soixante da à Antipater: qu'il prift des gardes pour la feureté de fa perfon mille efcus. ne, à caufe qu'il auoit des ennemis& mal- vueillans, qui le guettoyent. Aufsi donna- il& enuoya plufieurs beaux& grāds prefens à fa mere: mais il luy manda, qu'elle ne fe meflaft point autremet plus auant de fes affaires,& qu'elle n'entreprift point l'eftat d'vn Capitaine dequoy elle s'eftant courroucee, il fupporta patiement l'afpreté de fon courroux. Et comme Antipater vn iour luy euft efcrit vne logue lettre à l'encotre d'elle, apres l'auoir toute leuë, ildit: Antipater n'entend pas, qu'vne feule larme de mere efface dix mille telles lettres. Au refte s'eftant apperceu, que ceux, qui a- uoyent accez autour de luy, eftoyent deuenus par trop diffolus& defordonnez en delices,& fuperflus en defpence, de maniere que vn Agnon Teien portoit de petis clous d'argent à fes pantoufles, & que Leonatus faifoit porter parmi fon bagage la charge de plufieurs chameaux de poudre d'Egypte, pour s'en feruir feulement quand il iouoit à la lucte& autre tels exercices de la perfon ne,& qu'on trainoit auffi apres Philoras des toilles pour la chaffe de douze mille cinq cens pas de long,& qu'il y en auoit, qui v- foyent de precieux perfums& de fenteurs liquides, quand il s'eeil ad уграпра * iij 294 ALEXANDRE LE GRAND. ftuuoyet& baignovet, p!' qu'il n'y en auoit, qui fe frotaffet d'huy le fimple feulemét,& qu'ils menover des valers de chambre delicats, pour les eftriller& frotter deda le bain,& pour faire mollement leurs licts, illes en reprit doucement& fagement, en leur di fant, Qu'il s'efmerueilloit comment eux qui aboyent combatu tant de fois& en fi groffes batailles, ne fe fouuenoyent pas, que ceux, qui trauaillent, dorment plus fouefuement& de meilleur fomme, que ceux qui ne trauaillent point,& comment ils n'apperceuoyent pas, en conferant leur maniere de viure auec celle des Perfes, que le viure en delices eft chofe feruile,& le travailler chofe royale.Et comment prendroit la peine de penfer luy- mefme fon cheual ou de fourbir fa lance& fon armet, celuy qui par delicate pareffe defdaigne ou de faccouftume d'éployer fes mains à frotter fon propre corps? Ne fauez vous pas que le comble de noftre victoire confifte à ne faire pas ce, que faifoyent ceux, que nous auons vaincus& defaits? Et pour les conuier par fon exemple à travailler, i prenoit encore plus de peine que iamais à la guerre& à la chaffe,& fe hafardoit à tout peril plus aduantureufement, qu'il n'auoit onques fait, tellement qu'vn ambaffideur La cedæmonien, s'eftant trouué prefent à luy voir cobatre& desfaire vn grand lion, luy dit. Tu as certainement bien combatu contre ce lion, Sire, à qui de meureroit le Roy. Craterus fit depuis met tre cefte chaffe au temple d'Apollo en Delphes, où font les images du lion, des chiens,& du Roy cobatant le lion,& de luy- mef me, qui y furuint au fecours: eftans toutes lefdites images de cuyure, les vnes faites de la main de Lyfippus,& les autres de Leochares. Ainfi donc Alexandre, tant pour exerciter fa perfonne à la vertu, que pour inciter fes gens à faire de mefme, s'expofoit à tels hafars mais fes familiers pour les grands biens& grandes ri cheffes, dont il eftoyent gorgez, vouloyent viure en delices fans plus fe trauailler,& leur greuoit d'aller dauantage errans par le mode d'vne guerre en vn autre: à raifon dequoy ils començoyet peu à peu à le blafmer,& à dire mal de luy: ce que du comence ment Alexandre fupporta doucement, difant, que c'eftoit chofe digne d'vn Roy, fouffrir d'eftre blafmé,& ouyr mal pour faire bien: toutesfois les moindres demonftrations, qu'il faifoit à ces a- mis, tefmoignoyent vne amitié cordiale,& vn honeur grâd qu'il leur portoit, dequcy ie veux en ceft endroit mettre quelques exéples: Peuceftas ayant efté mors d'vn ours, l'efcriunt à fes autres amys,& ne luy en manda rien. Alexadre n'en fut pas contēt,& luy efcriuit, A tout le moins made moy, coment tu te portes maintenat,& fi aucuns de ceux, qui chaffoyent auec toy, t'ont point aban donné au besoin, àfin qu'ils en foyent punis. Eftant Hephæftion abfent de fa cour pour quelques affaires, il luy efcrinit, qu'ainfi Gome il s'efbatoyent à combatre vne befte, qui s'appelle Ichneumon mon, Crate fauelot de Tes.Peuce Alexipp Craterus quelles & luy m luy you Jettresp qilay all palas.com it rolle les renuo ien, qui le Hauoit po fayare vine reur, quis da de quell Cefort va Euryloch je ne puis paroles dition l ne d'el fort, com Cusqui digice dece qu tenis& a la franch cher à Pe mais autre mencemen quelques c qu'on faire c Vrayes quand AND. pour faire agement oyent co yent pas & de mel Tute avec c de& letravalle de peale lay- and met. clay cont Eployer lev que le comble yent cet par fon que lamais sadvantures mbofdeur arre& desf ombatu con depuis met font les ima gs deci autres de Le perfo me, s'expofuit & grandes delices fan errans park comenpop du comence fait chok pour faire oit à ces a grad qu'il quelques fes autre onter,& tes mains point aha Hephalia ALEXANDRE LE GRAND. 29} mon, Craterus s'eftoit de male fortune rencontré au deuant dit iauelot de Perdicas,& en auoit efte blecé en toutes les deux curf Tes.Peuceftas eftat efchappé d'vne groffe maladie: il en efcriuit à Alexippus le medecin, qui l'auoit penfé, en le remerciant. Eftant Craterus malade, il eut quelques vifions vne nuict, à railon def. quelles il fit cercains facrifices pour le recouurement de fa fantés & luy manda, qu'il en fift aufsi:& comme le medecin Paufanias luy vouluft donner vne medecine d'Ellebore, il luy eferiuit des lettres, par lesquelles il luy fit entendre la peine où il en efloit,& Padmonefta, qu'il regardaft bien foigneufement coment il vferoit de cefte medecine. Il fit mettre en prifon Ephialtes& Ciffus; qui luy allerent les premiers denocer la fuyte& retraite de Har palus, come l'accufans à tort& fauffement. Ayant comandé qu'on fift rolle des vieilles gens& des indifpofez& malades, pour les renuoyer au pays en leurs maifons, il y eut vn Ery locus Ageien, qui fe fit enroller entre les malades,& depuis fut trouué, qu'il n'auoit point de mal,& confeffa qu'il l'auoit fait feulement pour fuyure vne ieune femme nommee Telefippa, dont il eftoit amou reux qui s'e retournoit és pays bas deuers la mer.Alexadre demã da de quelle condition eftoit cefte femme il luy fut refpôdu, que c'eftoit vne courtifane de condition libre. Adonc, ie defire, dit il à Euryloch', fauorifer ton amour, toutefois de l'arrefter par force ie ne puis: mais aduife de faire en forte par dons, ou par bonnes paroles, qu'elle foit contente de demeurer, puis qu'elle eft de con dition libre. C'eft chofe merueilleufe, comment il prenoit la pei ne d'efcrire pour fes amis, iufques à de fi petites chofes qu'il fatfoit, comme quad il efcriuit en Cilicie pour vn feruiteur de Seleu cus, qui s'en eftoit fuy d'auec fon maiftre, commandant qu'on fift diligèce de le cercher.Et par vne autre miffiue, il loue Peuceftas de ce qu'il auoit fait arrefter& prendre Nicon vn efclaue de Cra terus:& à Megabyzus, touchât vn autre ferf qui s'en eftoit fuy en la franchife d'vn temple, il luy commande auffi par lettres de taf cher à l'en faire fortir pour luy mettre la main, fur le collet; mais autrement de ne luy toucher point.Et dit- on qu'au commencement, quand il fe feoit en ingement pour ouyr plaider quelques caufes criminelles, pedant que l'accufateur deduifoit le fait de fon accufatio, il tenoit toufiours I'vne de fes oureilles clofe auec la main, àfin de la contregarder pure,& non preuenue d'aucune calomnieufe impression, pour ouyr les defenfes& iufti fications de l'accufé. Mais depuis la multitude des accufations, qu'on propofa deuant luy: l'irrita& le rendit afpre, iufques à luy faire croire les fauffes pour le grand nombre qu'il en trouua de vrayes: mais ce qui plus le faifoitfortir hors de foy- mefme, tftoit, quand il entendoit, qu'on auoit mefdit de luy:& eftoit adóc criz el fans vouloir pardonner en façon quel conque, come celuy qui 196 ALEXANDRE LE GRAND. aimoit mieux la gloire que l'empire, ay que fa propre vie. Au de meurant, il fe remit lors en chemin pour aller apres Darius, penfant qu'il deuft encore combatre: mais entendant comme Beffus l'auoit pris, adonc il donna congé aux Theffaliens de s'en retour * douze cens ner eu leurs maifons apres leur auoir fait don de* deux mille ta mille efcus. lens outre leur folde& leur paye ordinaire: mais en cefte pourfuyte de Darius, qui fut longue, laborieufe& penible, pource que en vnze iours il fit bien à cheual enuiron deux cens& fix lieues, tellement que pour la plus part fes gens eftoyent fi las& fi recreus, qu'ils n'en pouuoyent plus, mefmement à faute d'eau, il trouua vn iour quelques Macedoniens: qui portoyent deffus des mulets des peaux de cheure pleines d'eau, qu'ils venoyent de que rir d'vne riuiere,& voyans quA'lexandre mourroit de foif, eftant ia enuiron le midy, ils coururent viftement à luy,& luy prefente rent de l'eau pour boire dedans vn armet: il leur demanda, à qui ils portoyent cefte eau,& ils luy refpondirent, qu'ils la portoyent à leurs enfans: mais pourueu que tu viues, Sire, nous pourrons bie toufiours refaire d'autres enfans, fi nous perdons ceux- cy. Ayant ouy ces paroles il prit l'armet,& regardant autour de luy, q tous les hommes d'armes, qui l'auoyent fuyui, eftendoyent le col pour voir cefte eau, il la rendit à ceux qui la luy auoyent prefentee, en les remerciant, fans en boire: car fi ie boy feul, ceux- cy, dit- il, per dront toutcourage.Et adonc eux voyas la gentilleffe de fon courage, luy crierent tout haut, qu'il les menaft hardiment:& quand & quand fe prirent à fuetter leurs cheuaux, difans qu'ils n'eftoyet plus las,& qu'ils n'auoyent plus de foif, ains qui plus eft, qu'ils ne penfoyet pas eftre mortels, tat qu'ils auroyet vn tel Roy. Si eftoit bien la bonne volonté de le fuyure egale en tous, toutesfois il n'y en eut que foixante feulement, qui donnaffent quand& luy iufques dedans le camp des ennemis, là où paffãs par deffus force or & argent qui gifoit efpandu emmy la place,& tirans outre plufieurs chariots pleins de femmes& d'enfans qu'ils trouuoyet em my les champs, fuyans çà& là à l'auenture, fans chartier qui les conduifift, ils coururent à bride abatue iufques à ce, qu'ils euffent attaint les premiers fuyans, penfas bie que Darius y deuoit eftre, & firent tant, qu'ils le trouuerent à la fin à la grande peine eftédu deffus vn chariot, ayant le corps tout percé de plufieurs coups de dards& de iauelots, qu'on luy auoit donnez:& eftant bien pres de rendre l'efprit, ce neantmoins encore demanda- il à boire,& beut de l'eau frefche, que luy bailla Polyftratus, auquel apres a- uoir beu il dit, Ceftuy eft le dernier de mes mal- heurs, mon amy que ayant receu ce plaifir de toy, ie n'ay pas le moyen de le te redre: mais Alexandre ten donnera la recopenfe,& les dieux à Alexadre de la bonté, douceur& humanité, dont il a vfé enuers ma mere, ma féme& mes enfans, en la main duquel ie te prie, que tu touches touches de Poly inconti fort de corps fus ent droits partie Imper fair en ties: p mens, la pas mo plus do faucir en fem gement phes na ans deu que des & entre mer Ca en pat pour bata uoya Pefpe ramer tous hu ceux, q Parthi mode d meurs COU ne RAND La propre vi aprer Dai Laliens de s'en dedear as en cefte penible poutcry cens& fix ent& las& Eure d'ea ' s venogent de lar alunia demanda ' ils la port mous pourron ceux- cy. Au wurde luy rent le col pu prefentee ALEXANDRE LE GRAND. 297 touches pour moy.En difant ces dernieres paroles, il prit la main de Polyftratus,& rendit l'ame tout aufsi toft. Alexandre y furuint incontinent apres,& monftra euidemment, qu'il luy defplaifoit fort de fa fortune,& detachant( on manteau, le ietta deffus le corps,& l'en envelopa Depuis ayant trouué moyen d'auoir Beffus entre fes mains, il le fit defmembrer auec deux arbres hauts& droits, qu'il fit couber I'vn deuers l'autre& attacher à chacu vne partie du corps, puis les laiffer retourner en leur naturel, par telle impetuofité, que chacun en emporta fa piece. Mais pour lors ayat fait enfeuelir& embaumer royalement le corps de Darius, il l'é uoya à fa mere,& receut au nombre de fes amis fon frere Exathres: puis auec la fleur de fon armee, defcédit au pays des Hirca niens, là où il vit le gouffre de la mer Cafpiene, qui ne luy fembla pas moindre que celuy de la mer de Pont: mais bien en eft l'eau plus douce que celle des autres mers. Si ne peut rien trouuer ny fauoir de certain, que c'eftoit, ny dont elle venoit: mais ce qui luy en fembla plus approchant de la verité, eft que ce foit vn regorgement des marefts Moeotides. Et toutesfois les anciens philofophes naturels fémblent en auoir feu la verité: car par plufieurs ans deuant le voyage& les conqueftes d'Alexãdre, ils ont efcrit, que des quatre principaux gouffres de mer qui vienne de l'Ocea & entret au dedans des terres, le plus Septentrional eft celuy de la mer Cafpiene, qu'ils appellent aufsi la mer Hyrcaniene: mais en paffant par ce pays la, il y eut quelques Barbares, qui au defpourueu fe rueret fur ceux, qui menoyet Bucephal le cheual de bataille d'Alexidre,& le prirent, dequoy il fut fi defpit, qu'il enuoya denoncer par vn heraut à ceux du pays, qu'il metroit tout à l'efpee iufques aux femmes& aux petis enfans, s'il ne luy faifoyet ramener fon cheual:& come ils le luy euffent ramené,& qui plus eft, liuré leurs villes& leurs places entre fes mains, il les traita tous humainemet& fi paya dauantage la rançon de fon cheual à ceux, qui le luy ramenerēt. Au partir de là il entra en la prouince Parthiene, là où fe trouuant de loifir il comença à fe veftir à la mode des Barbares, foit, ou qu'il fe vouluft accouftumer aux moeurs& façons de faire du pays.eftimant qu'il ne porroit auoit meilleur moyen de gaigner les cours des hommes, qu'é s'accou ftumant à leurs manieres de viure, ou bien qu'il le fift pour föder & tenter les cœurs des Macedoniens, afin de fauoir comment ils prendroyet I'vfance, qu'il vouloit introduire de l'adoratio, c'eft à dire, de faire la reuerence& s'encliner deuant le Roy, en les ac couftumant ainfi petit à petit à fupporter la mutation& le changement de fa maniere de viure, combien que du premier coup il ne prit pas l'accouftremet des Medoys, qui eftoit par trop eftra ge& de tout poinct barbarefque: car il ne porta point de braguef ques, ny la robbe trainate en terre, ny le haut chapeau poin: u cydit-il.pa de fon cou ment& quand useft, qui Roy Sid toutesfois il a and& luy d Jefus force soure pla trouuoyete artier qu'ils euffer devoir eftre meine effedu coups de bien pres à boire, el apres s, mon am de lere deur d paque 398 ALEXANDRE LE GRAND. Jonnoit bi en proteft qu'ils l'au auroyent fe intent pire des mes term où il mer à criert Youdoi elprue Forma ad heurs de ceux du p nant celte Es chofess cordep ra Perfe. Al ains prit vn habit moyen entre celuy des Medoys& celuy de Per fes, plus modefte q celuy la,& plus popeux que ceftuy- cy, enco. re du commencement ne les porta- il, que quand il auoit a parler à quelques Barbares, ou en fo priué entre fes familiers amys: mais depuis il fe monftra au peuple en public auec ceft accouftrement en allant par les champs, ou bien en donnant audiéce publiquement, qui fut chofe bien defplaifante aux Macedoniens: mais ils auoyent fa vertu en fi grande admiration, qu'ils eftimoyent eftre raifonnable, qu'on luy concedat, qu'il peuft faire aucunes chofes pour fon plaifir& à fa fantafie: car outre les autres heurs qu'il a- uoit eus au parauant, il auoit n'aguere receu vn coup de fleſche, qui luy auoit rompu l'os de la iambe,& vne autre fois auoit aufsi receu vn coup de pierre fur le chinon du col, dont il tōba en yn efblouyffement de la veuë, qui luy dura bien long temps& neant moins ne laiffoit pas pour tout cela de s'expofer encore à tous perils fans en rien s'efpargner: car il paffa encore la riuiere d'Orexartes, qu'il eftimoit eftre le Tanais,& ayat desfait en bataille ragee les Scytes, les chaffa batant plus de cinq grandes lieuës, quoy qu'il fuft trauaillé d'vn flux de ventre. Ce fut là où on dit, la Royne des Amazones le vit trouuer.car ainfi la efcrit la pl part des hiftoriens, comme Clitarchus, Polycritus, Oneficritus, Antigenes& Hifter: mais Chares le rapporteur,& Ptolomæus, Anticlides,& Philon le Thebain, Philippus le rapporteur,& ou tre ceux- là Hecatæus Erethrien, Philippus Chalcidien& Duris le Samie, difent, q c'eft chofe cótrouuee& faite à plaifir,& feble qu'Alexandre mefme leur en porte tefmoignage: car efcriuất toutes chofes par le menu à Antipater felon qu'elles paffoyent, il luy made bie que le Roy de la Scythie luy vouloit bailler fa fille en mariage, mais il ne fit aucune mentio d'Amazone:& dit- on que log téps depuis Oneficritus leue à Lyfimachus, qui eftoit defia Roy, le quatrieme liure de fon hiftoire, là où ce conte- là de l'Amazone eft efcrit,& que Lyfimachus en fe fouriant luy dit, Et où eftoy- ie donc en ce temps- là? Mais quant à cela, ny pour le croire on n'aura ia Alexandre en plus grade reputation, ny pour le decroire en moindre eftime.Au refte, craignat que les Macedonies ennuyez de cefte longue guerre, ne vouluffent plus paffer outre laiffa derrière le demeurant du peuple de fon armee,& prit feule ment ving mille hommes de pied,& trois mille cheuaux qui e- ftoyent la fleur de tout fon exercite, auec lefquels il entra dedans le pays de l'Hyrcanie,& là leur fit vne harangue, en laquelle il leur remonftra, que les nations Barbares de l'Afie ne les auoyent veus qu'en fonge, par maniere de dire,& que s'ils fe retiroyet en Macedoine, n'ayans que feulement efmeu,& non de tout point fubiugué& domté l'Afie, les peuples irritez leur couroyent fus à leur retour, ne plus ne moins qu'à des femmes; toutesfois, qu'il don| payssaalqu & addreffe plufieurs au mariag qu'il end leafon bien de de conf ge, quan eur& Pe fidereren Strefort c toucher c troupe Va ce qu'il en eCrater Son pers Pente plusfa & Cra ges ne cœurs en Ind GRAND Medays& cla que cetur familiers ating ceft accoutre antiece publi Lacedoniens eftumorend Fame aucunes cha refs dont il ciben ong temps& re la riuiered fait en ba grandes Fali od on laefcritla Onefici Prolomza pporteur,& ou ALEXANDRE LE GRAND. donnoit bien congé de s'en aller à ceux, qui fe voudroyet retirer en proteftant neantmoins à l'encontre de ceux qui s'eniroyent, qu'ils l'auroyent abandonné au befoin, luy, fes amys& ceux qui auroyent fi bon cœur, que de le vouloir fuyure en vne fi glorieufe intention de vouloir foumettre toute la terre habitable à l'empire des Macedoniens. Cela eft ainfi couché& prefque en mefmes termes dedans l'epiftre qu'Alexandre efcrit à Antipater, là où il met davantage que leur ayant tenu ce propos, ils fe prirent à crier tout haut, qu'il les menaft en tel quartier du monde, qu'il voudroit. Quand ceux- là enrent donné leur confentement à fon efpreuue, il fut puis apres facile de gaigner le refte du peuple, qui fuyuit aisément l'exemple des principaux. Parquoy il fe conforma adonc encore dauantage en fa maniere de viure aux mœurs de ceux du pays,& reciproquement auffi les mœurs de ceux du pays à ceux de la Macedoyne, ayant opinion que moyenant cefte meflange& cefte communication de façons de faire, les chofes s'entretiendroyent mieux en bonne paix, vnion& cocorde par amitié que par force quand il feroit loin des pays de la Perfe. A l'occafion dequoy il fit choifir trente mille enfans du pays, aufquels il fit apprendre les lettres Grecques,& les nourrir & addreffer aux armes à la difcipline Macedonienne, ordonnant plufieurs maiftres pour les inftruire en l'vne& en l'autre. Quand au mariage de Roxane, il fut bien fait par amourettes, pource qu'il en deuint amoureux en vn feftin où il la vid,& la trouua bel le à fon gré& de bone prife: mais fi vint- il auffi à propos pour le bien de fes affaires, que s'il euft efté fait par meure deliberation de confeil: car les Barbares en prirent affeurance de luy dauatage, quand ils virent, qu'il contractoit alliance de mariage auec eux,& l'en aimerent beaucoup mieux que deuant, quand ils confidererent en eux- mefmes, que s'eftant au parauat toufiours moftré fort continent en telles chofes, encore n'auoit- il point voulu toucher cefte ieune Dame, de l'amour de laquelle feule il s'eftoit trouué vaincu, finon en legitime maryage. Et luy confiderant q des deux qu'il aimoit plus cherement, Hephæftion trouuoit bon ce qu'il en faifoit en cela,& qu'il s'accouftroit comme luv, mais que Craterus au contraire retenoit toufiours les faços de faire de fon pays, il traittoit d'affaires& negocioit auec les Barbares par l'entremife de celuy- là,& auec les Grecs& les Macedoniens par l'entremife de ceftuy- cy: en some, il aimoit plus l'vn.& honoroit plus l'autre, eftimant& difant que Hephæftion aimott Alexãdre & Craterus aimoit le Roy. Au moye dequoy ces deux perfonnages ne fe vouloyent point de bien l'vn à l'autre au fond de leurs cœurs, ains en entroyent fouuét en querelle, tellemét qu'vne fois en Indie il en vindrent iufques à mettre la main aux armes& à defgainer I'vn contre l'autre,& y accouroyent defia leurs amis den& Dori pa& f gecar ele lles paffore one dir quiet de pour le cr pour le Macedoni paffer outre & prit feul aux qui ntra ded Laquel e les auor retiro de tom p 300 ALEXANDRE LE GRAND. qui l'ouy ours de h qu'elle lu bulcheste mettoit crettes a par vain mente p la pour refulto Lancique Tespaidia yeat va Infra, qui Alexan moit Nic entreprite Ornationa dreffa& Ph lexandre, quence& pointpari empefche quoy ils s au fecours d'vne part& d'autre mais Alexandre v alla auffi, qui en public deuant tout le monde tanfa fort Hephæftion, l'appellat fol& infenfé, de ne conoiftre pas, que qui luy ofteroit Alexadre, il ne demeureroit plus rie: mais en priué, à part, il reprit aussi bie aigrement Craterus,& les appellat tous deux l'vn deuant l'autre, leur fit faire paix enfemble, iurant par Iupiter Hammon,& par tous les autres dieux, que c'eftoyent bien les deux hommes du monde, qu'il aimoit le mieux, neantmoins que s'il s'apperceuoit, qu'ils euffent plus de differets enfemble, il les occiroit tous deux, ou pour le moins celuy, qui auroit comence la querelle: parquoy depuis cefte heure- là, on efcrit, qu'ils ne firent ny ne dirent rien I'vn a l'autre, non pas en ieu tant feulement. Or auoit Philotas fils de Parmenion grande authorité entre les Macedoniés, pource qu'il eftoit vaillant homme de fa perfonne, patient de labeur, liberal,& aimant les fiens autant ou plus que nul autre feigneur, qui fuft en tout le camp apres Alexandre. Auquel propos on raconte, que quelquefois il y eut vn de fes amis, qui luy demanda de l'argent: il commanda tout auffi toft à fon argentier, qu'il luy en baillaft L'argentier luy refpondit, qu'il n'y en auoit point,& fon maiftre luy repliqua, Que dis- tu, qu'il n'y en- a point? n'as tu ny vaiffelle ny accouftrement que tu puiffes vendre ou engager, pour luy en trouuer? mais au demeurant il eftoit fi hautain& fi importun à faire monftre de fes richeffes, en fe veftant plus fuper bement,& fe traittant plus curieufement& plus opulément qu'il n'appartenoit à home priué, que cela le faifoit hayr, pource qu'il contrefaifoit ainfi à fauffes enfeignes le grad& le magnifique, de mauuais iugement,& auec vne mauuaife grace, dot il devint par fa folie fufpe& t& enuié de tout le monde, tellement que fon pere mefme luy dit vn iour: Mon fils, fais- toy plus petit.Il auoit efté ia long temps au parauant accufé& deferé enuers Alexandre, pource que quand le bagage de l'armee de Darius, qui eftoit en la vil le de Damas, fut pris apres la bataille de la Cilicie, il y eut plufieurs prifonniers amenez au camp d'Alexandre,& entre les autres vne ieune courtifane natifue de la ville de Pydne, belle de vifage, laquelle fe nommoit Antigone. Philotas trouua moyé de la recouurer,& comme ieune homme amoureux qu'il eftoit, en banquetant auec elle fe laiffoit efchapper de la bouche bien fouuent des paroles ambitieufes& des vaines vanteries de foldat, en attribuant à luy- mefme& à fon pere la plupart des hauts faits d'armes qui auoyent efté execute z en toute cefte guerre,& appel lant à tout propos Alexandre, ce ieune garçon,& difant, que par leur moye il iouyffoit du nom& titre de Roy. Cefte femme rapporta ces propos à vn fien familier,& celuy là comme il fe fait ordinairement à vn autre, tant qu'il paruint iufques aux aureilles de Craterus: lequel prit la femme& la mena deuant Alexandre, qui lexandr tion de ftover p uoit fait fort Alex pour pre teple.& grad mov tion Et po ta ceux qu tion, met rem qu'il f gradi ouuert euft au manier das aut AND drev ala phation ofteroit H tal reprit al Prn decanta Hammon dear bomme l'apper accront tous de querelle: par Or auoit Ph Macedonis laurre lege el propos qui luy den entier, qu 120it poin - poined n'a ALEXANDRE LE GRAND. 30л qui l'ouyt,& l'ayant ouye luy commanda, qu'elle côtinuaft toufiours de hanter auec Philotas, afin qu'elle luy rapportaft tout ce qu'elle luy entendroit dire. Philotas ne fachat rien de cefte embufche, tenoit toufiours cefte Antigone aupres de luy,& fe permettoit ordinairement de dire plufieurs paroles folles& indifcrettes à l'encontre du Roy, vne fois par courroux,& autre fois par vaine gloire: mais Alexandre cobien qu'il euft cefte vehemente preuue& accufation à l'encontre de Philotas, là difsimula pourtant fans en faire demonftration quelconque pour l'heure, fuft ou pour l'affeurance qu'il auoit en l'amour& bien- vueillance, que Parmenion luy portoit, ou pour crainte qu'il auoit de leur puiffance& authorité grande. Mais enuiron ce mefme teps, il y eut vn Macedonien nomé Limnus, natif de la ville de Chalaftra, qui efpioit en grande folicitude les moyens de faire mourir Alexandre,& eftant amoureux d'vn ieune garçon, qui fe nomoit Nicomachus, le folicita de le vouloir aider à executer fon entreprife: le garçon le refufa tref- bien& defcouurit cefte fubornation à vn fien frere, qui auoit nom Balinus, lequel s'en addreffa à Philotas,& le pria de les introduire tous deux deuất A- lexandre, pource qu'ils auoyent quelque chofe de grande confequence& trefneceffaire à luy communiquer. Philotas ne les fit point parler au Roy,& ne fait- on pourquoy, difant, qu'il eftoit empefché à quelques autres plus grands affaires: au moyen dequoy ils s'addrefferent à vn autre, qui leur donna entree vers A- lexandre, auquel ils expoferent premieremet le fait de la cófpira tion de Limnus,& firet auffi en paffant mention de ce qu'ils s'eftoyer premierement addreffez à Philotas par deux fois, qui n'auoit fait cóte de les introduire& les faire parler à luy: cela irrita fort Alexadre,& encore le fut- il plus, quand celuy, qu'il enuoya pour prendre Limnus au corps, le tua, à caufe qu'il fe mit en defenfe,& ne fe voulut pas laiffer prendre, penfant auoir perdu vn grad moyé de defcouurir entieremêt& auerer toute la cófpiration.Et pourautat qu'il faifoit mauuais vifage à Philotas, il incita ceux qui de lógue main luy vouloyét mal, lefquels comencerent à dire tout ouuertemet q c'eftoit deformais trop attendu au Roy, pource qu'il n'eftoit point à croire que ce Chalæftrien Lim nus euft iamais eu la hardieffe d'entreprendre vne telle cófpiration,& qu'il n'en eftoit q le miniftre, ou pour mieux dire l'inftrumét remué& manié par vne plus grande puiffance q la fienne,& qu'il falloit enquerir de cefte coiuration fur ceux, qui auoyent fi grad intereft à la faire celer. Depuis qu'Alexandre eut vne fois ouuert les aureilles à telles paroles& telles prefomptions, il y euft aufsi toft mille calónies propofees à l'encotre de Philotas, de maniere qu'il fut faifi au corps& mis en la torture en prefence des autres feigneurs familiers du Roy, qu'il commis à luy faire& e ou engage hautain& ne plus fupe pource q magnifque dep Il avoit efte lexandre, pou eftoit en la Wiesly eatpic entre les he, belle Ua moye leftoit, er e bien fou e foldate hauts fai re,& app ant, que femme Alexand 302 ALEXNDRE LE GRAND. de quelque battus par la copag contens, qui les c plaifir,& tus, quie nature b core d parfaire fon proces, eftant luy- mefme caché derriere vne tapifferie pour efcouter tout ce qu'il diro: là où on conte, qu'ayat ouy les paroles lafches, qu'il dit à Hephæftio, en le fuppliant d'auoir copaffion de luy,& les prieres viles& baffes, qu'il luy fit, il dit en foy- mefme: Dea, ayant le cœur fi mol& fi effeminé, Philotas o- fois- tu bien entreprédre de fi grades chofes? Tant y a q Philotas fut executé à mort:& incontinet apres fon executió, Alexãdre en woya en diligence au royaume de la Medie, faire tuer auffi Parmenio, qui y eftoit fon lieutenat, perfonnage qui auoit feruy Phi lipp' en la plupart de fes principaux affaires,& qui feul ou plus que nul des autres ancies feruiteurs de fon pere, auoit incité Alexandre à entreprédre le voyage de la coquefte de l'Afie,& q de trois enfans, qu'il y auoit menez quat& luy, en auoit veu mourir deux deuant luy,& puis fut occis auec le troifieme. Cefte execusió rédit Alexadre redoutable à plufieurs de fes amis, mefmemét à Antipater, lequel enuoya fecrette mét deuers les Ætolies traitter fous main vne alliance auec eux, pource qu'eux- mefmes craignoyet auffi Alexadre, a caufe qu'ils auoyét deftruit les Oemades: ce qu'Alexadre, ayat entēdu, dit, que ce ne feroyét pas les enfans des Oeniades, mais luy- mefme qui en feroit la vengeance fur les Ætolies. No guere de teps apres, aduint auffi l'incóueniét du meurtre de Clit, lequel à l'ouyr nuemet& fimplemet reciter, sebleroit encore plus cruel q celuy de Philotas mais en racótant la caufe enseble,& le téps auquel il aduint, on trouuera, que ce ne fut point de propos deliberé, ains pluftoft par cas d aduenture,& de mefchef, ayat Alexadre feulemet prefte l'occafio de fon ire& de fon vin a la male fortune de Clitus: car voicy come le cas ad. uint: ll eftoit arriué quelques gens des pays ba deuers la marine, qui auoyét apporté à Alexadre des fruits de la Grece. Alexadre s'esbahyffant de les voir ainfi beaux& frais, appella Clitus pour les luy monftrer& luy en döner. Clitus d'aduëture facrifioit lors aux dieux,& laiffa fon facrifice pour y aller: mais il y eut trois moutos, fur lefquels on auoit defia fait les effufios accouftumees pour les immoler, qui le fuyuiret, ce qu'entedant Alexadre le cómuniqua aux deuins, Ariftander& Cleomatis Laconien, qui cous deux luy refpódirent, que c'eftoit vn mauuais figne. A raifon dequoy il ordona fur l'heure, qu'o facrifiaft pour le falut de Clitus, pourautat mefmemet, q trois iours au para at il auon eu la nuit en dormant vne vifion eftrange, pource qu'il luy fut aduis, qu'il voyoit Clitus vefta de robbe noire affis entre les enfans de Parmenion, qui tous eftoyet morts: toutesfois Clitus n'acheua point fo facrifice, ains s'en alla foupper chez le Roy, q ce jour- là auoit facrifié à Caftor& Pollux. Il fut beu à bo efciant à ce feftin, durat lequel furet chantez quelques vers d'vn poète nommé Pranichus, ou come les autres mettet, d'vn Pierion, cópofez à l'encotre de fait di pouts Ca quiero par for diqu'en ardile& pieds, fep a la vie ledos à l'e donies ont en cobatta tenant le re fils de T Lay replic tu deme remet à Et Cli dre, ve que no que de traints d Roy Ch Alexand plus vieu dequoy teminus Grecs en conu 20ove des B long chole GRAND che derrier en le upplan efemine, Tanyagh qui feul deme. Cel rs les Etoli rce qu'euxet deftru ene fetuvery roit la veng auffi l'inco mplemét rec en racon eraque cer daduenture Comeleca Grece. Alexi pellClas mare larbon matsal yea accoutin Alexadre le onien, qui ALEXANDRE LE GRAND. 303 de quelques Capitaines Macedoniens, qui n'aguere auoyent efté battus parles Barbares, pour leur faire honte,& apprefter à rire à la copagnie, dont les vieux, qui eftoyent à ce feftin, furent malcontens,& iniurierent le poëte, qui les auoit faits,& le muficien qui les chatoit. Au contraire Alexãdre& fes mignons y prenoyet plaifir,& comandoyent an chantre qu'il continuaft: dequoy Clitus, qui eftoit defia vn peu furpris de vin, auec ce qu'il eftoit de fa nature home affez rebours, arrogant& fuperbe, fe courrouça encore deuantage, difant, que ce n'eftoit point bien ny honeftemet fait d'iniurier ainfi, mefmement parmi des Barbares ennemis, de poures Capitaines Macedoniens, qui valoyent mieux, que ceux qui fe rioyent& fe moquoyent d'eux, encore qu'il leur fuft aduenu par fortune quelque mal- heur.Alexandre là deffus luy refpon dit, qu'en difant cela il plaidoit pour luy- mefme, appellant couardife& lafcheté, mal- heur. Et adonc Clitus fe dreffant fur fes pieds, fe prit à luy repliquer. Mais cefte mienne couardife te fauua la vie, à toy qui te dis fils des dieux, lors q tu auois defia tourné le dos à l'efpee de Spithridates,& le fang que ces poures Macedoniés ont refpandu pour toy,& les bleceures, qu'ils ont receuës en cobattant pour toy, t'ont fait fi grad, que tu defdaignes maintenant le Roy Philippus pour to pere,& te veux à toute force fai re fils de Iupiter Ammo. Alexandre picqué au vif de ces paroles luy repliqua foudain: Dea, mefchant mal- heureux que tu es, pefes tu demeurer à la fin impuni de tels propos, que tu tiens ordinai remet à l'encotre de moy, en mutinat cotre moy les Macedoniës? Et Clitus repliqua, D'icy& defia fommes- no' affez punis, Alex dre, veu que nous receuos vn tel loyer de nos trauaux& labeurs, que nous tenons pour bien heureux ceux, qui font morts auant que de voir les Macedoniens fouettez de verges Medoyfes,& co traints de prier les Perfes pour auoir acces& entree deuers leur Roy.Clitus alloit difant la tefte leuee de femblables paroles,& Alexandre fe foufleucit à l'encontre,& luy difoit iniure: mais les plus vieux tafchoyent à appaifer la noife& le tumulte: au moyen dequoy Alexandre fe tournât deuers Xenodochus Cardié,& Arteminus Colophonien, leur demanda, Vous femble- il point q les Grecs entre les Macedonies foyent come demi- dieux, fe promenas entre beftes fauuages? Mais Clitus pour cela ne cedoit point ny ne diminuoit rien de fon audace, ains alloit criant, qu'Alexadre dit publiquement tout haut ce, qu'il auoit à dire, ou qu'il ne conuiaft point à venir foupper auec luy des homes libres,& qui auoyet accouftumé de parler franchemét, ains, qu'il fetinft auec des Barbares efclaues, qui adoreroyent fa ceinture Perfiene,& fa Jongue cotte blanche. Adonc Alexãdre ne pouuant plus tenir fa cholere, prit vne pôme de celles qu'on auoit ferui à fa table,& la luy ietta à la tefte,& cercha fon efpee, laquelle Ariftophanes l'yn A railon d at de Cat nculanu aduisg fans de ' achevap cetourace fel 304 ALEXANDRE LE GRAND. des gardes de fon corps luy auoit expreffement oftee:& comme tous les autres fe miffent à l'entour de luy pour le retenir,& le prier de s'appaifer, il fe ietta neatmoins hors de table,& appella fes gardes en lagage Macedonien, qui eftoit figne d'vn bié grād trouble,& comida à vn tropette qu'il fonnaft à l'alarme:& pource, qu'il reculoit& ne le vouloit pas faire, luy donna vn coup de poing, dequoy le tropette fut depuis bie eftimé, come celuy qui auoit feul empefché, que tout le camp ne fe mutinaft. Encore ne flechiffoit point Clitus pour cela, iufques à ce que fes amis à toute peine le ietterent hors de la fale: mais il y r'entra par vn autre porte, prononçant fort audacieufemet& irreueremment ce vers de la tragedie d'Andromache, du poëte Euripides, Las que les mœurs de Grece fe corrompent! Adonc Alexandre oftant par force à vn de fes gardes la iaueline qu'il tenoit en fa main, ainfi que Clitus luy venoit à l'encontre,& auoit ia leué la tapifferie, qui eftoit au deuant de la porte, luy en donna tout au trauers du corps, dont il tomba tout auffi toft par terre auec vn foufpir& vn cry qu'il ietta. La cholere fut à l'inftat mefme paffee à Alexandre, qui demeura tout picqué:& voyat fes familiers autour de luy, qui ne difoyent mot, retira la iaueline du corps pour s'en donner à luy mefme dedans la gorge: mais fes gardes incontinent luy prirent les mains,& l'emporterent malgré luy de là en fa chambre, où il paffa toute la nuict& tout le iour enfuyuant à plorer amerement, iufques à ce que ne pouuant plus crier ny lamenter, il demeura eftendu tout de fon long, iettant feulement de profonds foufpirs. A l'occafion dequoy fes a- mis n'entendans plus fa voix eurent peur,& entrerent par force en fa chambre pour le reconforter, mais il n'en voulut ouyr parler pas vn, finon Ariftander le deuin, qui luy ramena en memoire la vifion qu'il auoit eue touchant Clitus en dormant, eftant le prefage de ce qui deuoit aduenir: par où on deuoit iu ger, que c'eftoit chofe fatale,& predeftinee auant qu'il fut né. Il fembla, qu'il prift pied à fes paroles. Depuis on fit entrer Callifthenes le philofophe allié d'Ariftote,& Anaxarchus natif de la ville d'Abdera, dont Callifthenes entrant doucement en propos,& allat à l'entour, fans luy alleguer chofe qui le peuft offenfer, tafchoit dextrement à luy amollir fon dueil. Mais A- naxarchus qui dés fon commencement auoit toufiours tenu vn chemin à part en l'eftude de la philofophie,& auoit acquis le bruit d'eftre home eceruelé& mefprifant fes copagnons, en entrant dedans la chabre fe prit à crier dés la porte tout haut: Voila Alexandre le grad, celuy que toute la terre habitable regarde& redoute maintenant. Voy- le là ietté par tefre en plorat come vn efclaue pour la peur qu'il a des loix& du blafme des homes, co me s'il ne d'euft pas luy mefme leur doner la loy,& leur eftablir les Nes born demeur opinio mis, c' cela, Magag Alexa folut село caule alors el on mate temper qui ten froide chus four Contre Ses qu'il dos,& ic table.C core pl ciens qu'ils caule Thonn du fier que la cevoya du Roy ville rep gril aud e- ce qu enueux gukle Suyua Roy e retenir e d'vabi alarmed , come ctia ft. Encue les amis par va emment andes la iad Pencom La porte, tauff to & voya la iaueline ge: mais terent mal & tour le e ne pouvant dequoy les a rent parfor y ramena e en dorman on deuort qu'il for on fit ente archus na - doucemen ALEXANDRE LE GRAND. 365 Tes bornes de ce qui eft iufte, ou iniufte, attédu qu'il a vaincu pour demeurer feigneur& maiftre, non pas pour feruir à vne vaine opinion. Ne fais tu pas que les poètes difent que lupiter a Themis, c'eft à dire, le droit& la iuftice affife à fes coftez? que fignifie cela, fino que tout ce que le Prince fait, eft faint, droit& iufte? Ces Jagages d'Anaxarchus allege ret bie pour lors la douleur du Roy Alexandre, mais auffi rendirent- ils depuis fes meursbie plus dif folués en beaucoup de chofes,& bien plus violentes:& come par ce moyen la il s'infinua foy- mefme merueilleufement auant en la bonne grace du Roy, autant rendit- il la conferuation de CalJifthenes, qui de foy mefme n'eftoit pas autrement trop agreable à caufe de fon aufterité encore plus odieufe quelle n'auoit iufqs alors efté.Auquel propos on racote, q vn iour au foupper du Roy on mit en auant vn difcours touchant les faifons de l'annee,& la temperature de l'air,& que Califthenes fut de l'opinion de ceux, qui tenoyent, que la Region où ils eftoyent pour lors, eftoit plus froide,& que l'hyuer y eftoit plus afpre qu'en la Grece. Anaxar chus fouftenoit le contraire& conteftoit opiniaftrement à l'encontre, tant que Callifthenes luy dit, Si eft- il force, que tu confeffes, qu'il fait plus froid en ce pays cy qu'en celuy- la: car tu paffois Jà tout l'hyuer, auec vne poure fimple cappe feulement fur tom dos,& ici tu es couuert de trois tapis I'vn fur l'autre, quand tu es à table.Cefte atteinte poignit au vif Anaxarchus,& l'irrita bie encore plus afprement:& quant aux autres gens de lettres Rhetoriciens& flateurs, ils le hayffoyent auffi femblablement, pource qu'ils le voyoyent eftimé, fuyui& honoré des ieunes hommes, à caufe de fon eloquence,& non moins aimé des vieux, à caufe de I'honnefteté de fa vie, laquelle eftoit graue, venerable,& contente du fien, fans qu'il demandaftiamais rien. Par où on conoiffoit, que la caufe qu'il alleguoit, pour laquelle il fuyuoit Alexädre en ce voyage, eftoit veritable; car il difoit, que c'eftoit pour impetrer du Roy, que fes citoyens bannis fuffent remis en leur pays,& lear ville repeuplee& rebaftie.Mais combien que la bonne reputatio qu'il auoit fuft caufe principale de l'enuie, qu'on luy portoit, fi eft- ce que luy mefme donnoit bien auffi quelques occafions à fes enuieux& mal- vueillans de le calonier: par- ce qu'il refufoit fouuent, quad on le conuioit, d'aller foupper chez le Roy,& s'il y alloit, il ne difoit mot, monftrant par cefte fienne grauité& taciturnité, que ce, qu'on y difoit& faifoit, ne luy plaifoit point, de forte qu'Alexandre mefme dit vne fois de luy, qui le pealt Mais A rs tenu t acquis ons, en haury e regard Ie hay celuy qui d'eftre fage fait Profeffion, ne l'eft en fon fait. Suyuant lequel propos, on raconte que fouppåt vn iour chez le Roy, il fut requis par plufieurs de ceux qui auoyent auffi efté con uiez, de faire à l'improueu vne harangue à là louange des Macej 306 ALEXANDRE LE GRAND: donies durât le foupper,& qu'il parla fur ce fuiet la, auec vn tel flux d'eloquence, que les efcoutans s'en leuerent de table,& batas des mains en figne de ioye, ietterent plufieurs bouquets&' chapeaux de fleurs deflus luy mais qu'Alexandre allega'lors ce, que dit le poëte Euripide, Mal aifé n'eft de bien dire amplement, Quand on en a bel riche argument. Mais monftre nous, dit- il, ton eloquence à blafmer les Macedo niens.à celle fin que reconoiffans ce en quoy ils faillent, ils l'amendent pour en eftre meilleurs à l'aduenir:& qu'adonc Callifthenes fe tournant à dire tout le contraire, deduifit franchement plufieurs chofes au grand defauãtage des Macedoniens, moftrant come la diuifion& diffenfion des Grecs entr'eux auoir efté caufe de l'accroiffement de Philippus, allegant ces vers: Là où difcord regne en vne cite, of Le plus mefchant a lieu d'authorité. A l'occafion dequoy, il fufcita encontre foy- mefme vne grande& griefue mal- vueillance des Macedoniens, tellement qu'Alexãdre mefme dit à l'heure, qu'il n'auoit pas tant fait monftre de fon elaquence, que de fa malignité,& de la mauuaife volonté, qu'il portoit aux Macedoniens.Hermippus hiftorien efcrit, qu'vn Stroebus feruiteur de Callifthenes qui lifoit deuat luy, le recita ainfi depuis à Ariftote,& que Callifthenes voyat bie qu'Alexandre s'en eftoit offenfé,& qu'il luy en vouloit mal, repeta d'eux ou trois fois ces vers d'Homere en s'en allant, Patroclus eft luy- mefme decedé. Qui en vertu t'auoit bien excedé. fant au fer com don, qu fait de le vou de par Come xadre fant que TOUTED rala ro A quoy on peut voir clairement, qu'Ariftote iugea bien, quand il dit de ce Callifthenes, qu'il eftoit bien home eloquent, mais qu'il n'auoit point de iugement.Car en reiettant fort& ferme, comme philofophe, l'adoratio de faire en s'enclinat& ployant le genouil la reuerence au Roy,& en difant hau:& clair en public ce que les plus ges de bié& les plus vieux Macedoniés n'ofoyēt dire que fecretemét en l'oureille, cobien qu'ils en fuffent tous fort marris, il deliura bien la Grece d'vne grande honte,& Alexãdre auffi de vne plus grade, en le diuertiffant de prochaffer telle maniere d'adoration: mais auffi fe perdit- il foy- mefme, par ce qu'il fembla, qu'il vouluft auoir le Roy d'audace,& le forcer pluftoft, que l'induire par raifon.Suyuant lequel propos Chares le Mytilenien a laiffé par efcrit, qu'vn iour en vn feftin, Alexadre apres auoir beu, tendit fa couppe à l'vn de fes amis, lequel la prit,& fe leuat fur fes pieds y beut auffi, en fe tournant deuers l'autel domeftque,& fai fant premierement vne grande reuerence, alla baifer Alexandre, & puis fe mit à table: ce que tous les autre conuiez firent femblablemét les vas apres les autres, iufques à ce que Callifthenes prit auff moins qu nes gen Comme armes, au tion de H vint à eft quelques qu'il auo il pourro celuy Ser la co peur d Jeque autres laus, qu leur fa mes& A Craters sure auoy pire cont puis en v gea Calli cedoniens les meant Hout co La maile fthenes dre le f toutesto uquer les Ma llent, adunc Cal franche vne gra qu'Ale re de fond té, qu'il vn Stra infi depu s'en efto ALEXANDRE LE GRAND. 307 auffi la couppe à fon rag, le Roy n'y prenat point garde, ains deui fant auec Hephæftion,& apres auoir beu s'approcha pour le baifer come les autres: mais qu'il y eut vn Demetrius, furnômé Phidon, qui dit au Roy, Ne le baife point, Sire, car luy feul ne t'a point fait de reuerence.Alexandre tourna la tefte de l'autre cofté fans le vouloir baifer,& que Callifthenes adoc cria tout haut, Et bien de par dieu, ie m'en vois ayas moins q les autres d'vn baifer. Ainfi comença la mal- vucillace contre luy à s'imprimer au cœur d'Ale xadre, dot il s'enfyuit, que premierement Hephæftion fut creu, difant que Callifthenes luy auoit promis, qu'il adoreroit& feroit la reuerence à Alexadre, mais qu'il luy auoit failli de parole:& puis vn Lyfimachus, vn Agnon,& autres femblables, poufferent encore à la rouë, difans que ce Sophifte s'en alloit glorifiat, ne plus ne moins que s'il euft ruiné& aboly vne tyranie,& que tous les ieunes gens le fuiuoyent,& s'amaffoyent autour de luy par hōneur, comme celuy qui feul entre tant de milllers d'homes portans les armes, auoit le cœur frac& noble.Et pourtant quand la coniuration de Hermolaus à l'encôtre de la propre perfonne d'Alexãdre vint à eftre defcouuerte, on trouua lacalonie vray femblable, que quelques faux accufateurs propoferêt à l'encotre de Callifthenes, qu'il auoit refpondu à ceft Nermolaus, qui luy demadoit, commet il pourroit deuenir le plus renommé homme du monde, En tuant celuy qui eftoit ia le plus renommé:& que pour l'inciter à executer fa confpiration, il luy auoit dit, qu'il ne falloit point qu'il euft peur d'vn liet d'or, ains fe fouuenir qu'il auoit à faire à vn home, lequel eftoit aucunefois malade,& aucune fois blecé comme les autres. Toutesfois il n'y eut iamais pas vn des coplice de Hermobien, quand laus, quelque angoifle de tourment qu'on leur fit fouffrir, pour leur faire dire qui eftoyent leurs confors, qui nommaft Callilthenes:& Alexandre mefme efcriuang de ce fait, incontinent apres, à Craterus, à Attalus& à Alcetas, dit que les feruiteurs mis à la tog ture auoyent toufiours perfifté à dire, qu'eux feuls auoyent cofpiré contre luy,& que nul autre n'en eftoit confentant. Mais depuis en vne autre miffiue, qu'il en efcriuoit à Antipater, il en char gea Callifthenes, difant, Ses feruiteurs ont efté lapidez par les Ma cedoniens, mais ie puniray moy- mefme le maiftre cy- apres,& ceux qui me l'ont enuoyé,& qui ont receu& logé en leurs villes les meurtriers, qui venoyent de propos deliberé pour me tuer. En quoy il defcouture manifeftement la mauuaifé volonté, qu'il a- Hoit contre Ariftote, pource que Callifthenes auoit efté nourri en fa maifon, à caufe de la parenté qui eftoit entre eux, eftant Callifthenes fils de Hero, niece d'Ariftote.Si difent les vns, qu'Alexan dre le fit pendre:& les autres, qu'il mourut de maladie en prifon: toutesfois Chares efcrit, qu'il fut gardé prifonier l'efpace de fept mois entiers, afin qu'il fut iugé en plein confed prefent Ariftote i fois cer , mas qu legen ublic ce q yetdire tort man dre auflic aniere d'a il fembla que li ytilenie auor be leuit for Auque, Akz v i! 308 en ALEXANDRE LE GRAND: mefme: mais qu'eftant deuenu'fort gras, il mourut à la fin de l maladie des poulx, enuiron le temps qu'Alexandre fut blecé combatant contre les Malliens Oxidraques, en la conquefte des Indes, ce qui fut quelque temps apres. Mais Demeratus Corinthien, eftant ia bien auant au declin de fon aage, prit enuie d'alJer voir Alexandre,& l'ayant veu de fait, dit que les Grecs, qui e- ftoyent decedez auparauant, eftoyent priuez d'vn fingulier plaifir, de ne voir point Alexandre feant dedans le throne royal de Darius. Toutes fois il ne iouyt pas longuement de la bien- vueillä ce que le Roy luy portoit, pource qu'il mourut de maladie, bien toft apres qu'il fut arriué en fon camp,& luy furent faites des funerailles magnifiques; car tout l'exercite en armes luy dreffa vn comble de terre en forme de tõbeau, duquel l'enceinte eftoit fort grande,& la hauteur de quatre vingt coudees.Ses cedres puis a- pres furet coduites iufqu'à la cofte de la marine deffus vn chariot quatre cheuaux, equippé& accouftré fomptueufemé. Au demeu rant Alexandre eftant preft à partir pour aller à la conquefte des Indes, s'aduifa que fon armee eftoit pefante& mal- aifee à remuer pour la grande multitude de bagage& de butin, qu'elle trainoit apres elle parquoy vn matin que les chariots eftoyent defia char gez, il brufla premieremet les fiens& ceux de fes amis apres, puis comanda, qu'on mift auffi le feu dedãs ceux des foldats Macedoniens, dot le cofeil en fembla plus dangereux au deliberer, que l'execution à l'efpreuue ne s'en trouua difficile, pource qu'il y en euft bie peu, qui en fuffent mal- contens,& la plus part, ne plus ne moins que s'ils euffent efté pouffez& infpirez par quelque efprit diuin, auec vn cry& vn chat de joye, s'entredonerent les vns aux autres, qui en auoyent à faire, les vtenfiles neceffaires dont l'hom me ne fe fauroit paffer,& puis bruflerent& gafterét eux- mefmes le demeurant.Ce qui encouragea& incita Alexandre encore dauantage, outre ce qu'il eftoit ia deuenu vn peu feuere,& qu'il puniffoit aigrement fans pardonner à ceux qui faifoyent faute: car ayant ordonné Menander l'vn de fes familiers pour luy garder vne forte place, il le fit mourir, à caufe qu'il n'y voulut pas demeu rer,& tua luy- mefme à coups de traitOrfodates vn Capitaine Bar bare, qui s'eftoit rebellé& fouleué cótre luy Au refte enuiron ce teps- la y eut vne brebis, qui fit vn agneau lequel auoit deflus la tefte la forme& la couleur propre d'vn chapeau royal à la Perfie ne, qui s'appelle Tiare, au deux coftez duquel il y auoit deux genitoires.Alexandre eut ce prefage en horreur& abomination, tel lement qu'il fe fit purifier par quelques preftres Babylonies, qu'il auoit toufiours accouftumé de mener quat& luy pour ceft effet, & dit à fes amis, que ce prefage ne l'efinouuoit pas tant pour le re gard de foy, que pour le regard d'eux, craignat que les dieux a- pres fon deces n'euffent deffiné de faire töber la puiffance de fon empire empire cœur apres donie ainfi Oxu Tour yen CODOL here gnect efcrit a grads terpret glorieu Soyent en leurs fut ble yage. de viu tune nabl ferm mett inacce dad O refpon Celav ' il eft de cau Pone ment autr Sep RAND andre fur b cala conqu Demerati ler Greas vn fingulier de la bien- val de maladie faires des merlay dref Sexcedres p deffius va chan feme Aud a conquele -aifee à re qu'elle tran yent defiach mis apresp ats Macedo eliberer, arce qu'il y en e plus a quelque ef rent les vorau ires dont Pho et eux- meine dre encore mere,& gril ent faute: buy gard ut pas dem pitaine Ba emuiron c it deflus la Per it deuxg mination lonies. our cel ALEXANDRE LE GRAND. 309 empire entre les mains de quelque homme couard& de lafche cœur. Toutesfois vn autre figne& prefage, qui aduint incótinent apres, luy ofta cefte crainte& ce decouragement. Car vn Macedonien nommé Proxenus, qui auoit charge des meuble du Roy, ainfi comme il faifoit cauer en quelque lieu pres de la rinière de Oxus pour y dreffer la tente& le logis du Roy, defcouurit vne fource d'humeur graffe& huyleufe, dont apres qu'on eut éfpuifé la premiere, il en fourdit vne autre claire, qui ne differoit de rien, ny en odeur, ny en gouft& faueur de Phuyle naturelle, ayant le luftre& la graffeffe fi femblable, qu'on n'y euit feu trouuer ny conoiftre aucune difference: ce qui eftoit de tant plus efmerueillable, qu'en toute celle côtree il n'y auoit point d'olitiers. On dit bien: que l'eau mefme de la riuiere d'Oxus eft fort molle, de maniere qu'elle laiffe le cuyr gras de ceux qui s'y lauent, ou s'y bai gnet: toutesfois on void bien par ce qu'Alexandre luy- mefme en efcrit à Antipater, qu'il en fut fort aife, mettant cela entre les plus grads fignes que les dieux luy euffent enuoyez. Les deuins luy in terpreterent ce prefage, que c'eftoit figne, que fon voyage feroit glorieux, mais penible& labourieux, à caufe que les dieux, diToyent- ils, ont doné l'huyle aux humains pour vn refrechiffemēt en leurs trauaux. Auffi encourut- il en plufieurs griefs dangers& fut blecé à bon efciant par plufieurs fois en combatant en ce voyage.Mais la principale perte, qu'il y fit de fes gens, vint de faute de viures,& du mauuais air: mais luy s'efforçant de furmöter fortune par hardieffe,& fa puiffance par vertu, n'eftimoit rie imprenable à cœur vaillat& hardy, ny rien trop fort pour vn courage ferme& affeuré. Auquel propos on recite, que comme il allaft mettre lefiege deuât la roche de Sifimethres, qui fembloit du tout inacceffible, de maniere que les foldats en defefperoyét, il deman da à Oxyathres quel cœur auoit ce Sifimathres: Oxyathres luy fit refponfe, que c'eftoit le plus couard homme de tout le monde. Cela va bien, dit adonc Alexandre, car la place eft doc prenable, s'il eft vray ce que tu dis, puis que ce luy qui y comade, n'a point de cœur:& de fait il la prit par la frayeur, qu'il fit à Sifimethres: mais il en affiegea depuis encore vne autre, auffi roide& auffi dif ficile à approcher que celle là, y faifant aller les ieunes foldats Macedoniens à l'affaut, en appella l'vn qui fe nommoit Alexandre comme luy,& luy dit: Il faut bien, que tu te monftres auiourd'huy homme de bien, quand ce ne feroit que pour le nom que tu portes.Le ieune homme n'y fallit pas, car il y combatit fi hardiment, qu'il y fut occis, dequoy Alexandre fut fort defplaifant.Vne autrefois come fes gens cfaigniffent d'approcher la ville de Nyfe, pourautant que le long d'icelle paffe vne riuiere profonde, il fe prefenta fur la riue,& dit: O tafche que ie fuis, que n'ay- ic appris à nager?& voulut trauerfet la riuiere à nage für fo efcu: mais ant pour eles de ALEXANDRE LE GRAND. bue cel fon ho porté les ph pas m prin arme en fi me e Tecour Pourme lost fon car kaya apres qu'il cut fait ceffer le combat de l'affaut il vint deuers luy des ambaffadeurs des villes affiegees, pour luy requerir pardon, lefquels furent bien esbahis premierement de le voir armé de toutes pieces, fans ceremonie a l'entour de fa perfonne: mais plus encore, quand luy eftant apporté vn quarreau, il commanda au plus vieil d'entr'eux, qui s'appelloit Acuphis, qu'il le prit pour fe feoir. A cuphis s'efmerueillant de cefte grande courtoifie& huma nité, luy demanda, quelle chofe il vouloit, qu'eux fiffent pour deformais eftre fes bons amis. Ie veux, luy refpondit il, que ceux au nom duquel tu viens en ambaflade deuers moy, t'eflifent pour leur prince,& qu'ils m'enuoyent pour oftages cent, les plus gens de bien qui foyent entr'eux. Acuphis fe prit à rire de ce commandement,& luy repliqua. Voire mais, Sire, ie les regiray bien mieux & plus facilement en t'enuoyant les pires, qu'en t'enuoyant les meilleurs. Il y auoit auffi vn Ray nommé Taxiles, qui tenoit vn pays aux Indes de non moindre eftendue, à ce qu'on dit, que toure PAegypte, gras en pafturages,& abondant de tous fruits autant qu'il y en ait point au monde,& fi eftoit homme fage, lequel aprés auoir falué Alexandre, luy dit: Qu'auons nous befoin de nous com batre& faire la guerre l'vn à l'autre, Alexandre, fi tu ne viens point pour nous ofter l'eau, ny le demeurat de ce qui eft neceffaire pour noftre nourriture? pour lefquelles chofes feules les hommes de bon fens doyuent entrer en combat: car quant aux autres biens & richeffes, fi ren ay plus que toy, ie fuis tout preft& appareillé de t'en departir des miens:& fii'en ay moins, ie ne refufe pas de t'en remercier, fi tu m'en veux donner des tiens.Alexandre ayant pris plaifir à l'ouyr ainfi fagement parler l'embraffa& luy dit: Cuides- tu, quefcefte entre- venue noftre, fe puiffe demefler fans combatre, nonobftant toutes ces bonnes paroles& ces amiables careffes? non, non, tu n'y as rien gaigné: car ie te veux combatre, & te combatray de courtoifie& d'honnefteté, à fin que tu ne me furmontes point en beneficence& bonté. Ainfi receuant de luy plufieurs beaux prefens,& luy en donnant encore dauantage, fina * Six cens lement à vn foupper en beuuant à luy, il luy dit, le boy à toy* mil mille efcus. le talens d'or monnoyé.Ce prefent fafcha bien fes familiers: mais en recompenfe il luy gaigna bien auffi les cœurs de plufieurs prin ees& feigneurs Barbares du pays. Or y auoit- il quelque nombre de gens de guerre Indiens les plus belliqueux de tout le pays, qui viuans de la folde ordinairement, fe mettoyent au feruice des bon nes villes franches,& les defendoyent vaillamment, faifans beaucoup de maux& d'empefchemens en plufieurs endroits à Alexandre, lequel ayant fait appointement auec eux de dans vne ville, où ils s'eftoyent enfermez, quand ils en furent fortis fur la fiance de l'appointement, qu'ils auoyent fait, il les rencontra par le chemin ainfi qu'ils fe retiroyent,& les mit tous au fil de l'efpee. Il n'y a que prit v s'en all guereg de pluy camp qui fare cela il rive. O la nuid tie de treb le p Pimp tre.C croire de you poind far lef trauerf par la r tem naux gro mes Tas C requeter pa your an le prit po rtifie& Effient pour d dil, que ce elifens par les plage iray bien ai d'enopan dit, queue fruids a lequela n de nous fi tu ne vis eft neceffa les hommes ares biens appareille refule par de Mexandre aya rafa& ly d demelar fan ces amiable cur combat que tu ne ceuant de l antage, toy m miliers mais eurs prin de nombre ALEXANDRE LE GRAND 317 que cefte feule tache en tous fes hauts faits d'armes, qui terniffe fon honneur car au demeurant, il s'eft toufiours en tout& par tout porté iuftement& royalement en toutes fes guerres.Au demeurat les philofophes& gens de fauoir des Indiens ne luy donnoyent pas moins d'affaire, pource qu'ils alloyent blafmant& tanfant les princes& Roys, qui fe rendoyent à luy& faifoyent prendre les armes aux citez franches à l'encontre de luy, à raifon dequoy il en fit prendre plufieurs.Quant au Roy Porus, Alexandre luy- mef me en ces epiftres defcrit au long ce qu'il fit contre luy: car comme la riuiere de Hydafpes couruft entre les deux armces, Porus tenoit toufiours fes Elephans fur l'autre riue en bataille, les teftes tournees deuers les ennemis, pour les engarder de paffer,& luy faifoit tous les iours mener grand bruit,& faire grand tumulte en fon camp, à fin d'accouftumer les Barbares, à ne s'en eftöner point, & ayant choifi vne nuict obfcure, que la Lune ne luy foit point, il prit vne partie de fes gens de pied,& la fleur de fa cheualerie,& s'en alla bien loin des ennemis pafler en vne ifle, qui n'eftoit pas guere grande, là où paffé qu'il fut, il fe leua vn orage impetueux de pluyes, vents, efclairs& tonnerres, qui tomboyent dedans fon camp, tellement qu'il vit deuant fes yeux plufieurs de fes gens, qui furétars& brufles par la foudre en cefte petite ifle: mais pour cela il ne laiffa pas de vouloir coment que ce fut, gaigner l'autre riue. Or la riuiere eftant enflee des grades pluyes, qu'il auoit fait la nuit precedente, ropit vne grande ouuerture, par où bonne par tie de l'eau s'efcouloit ainfi fe trouua- il, quand il fut paflé fur l'au are bord de la riuiere, entre deux eaux mal affeuré,& n'ayant pas le pied ferme, pource que la terre y eftant fort trempee gliffoit,& l'impetuofité de la riuiere la minoit& rompoit d'vn colté& d'au tre.Ce fut là, où on efcrit, qu'il dit: OAtheniens, pourriez- vous bie croire, combien de trauaux& de dangers i'endure, pour eftre loué de vous? toutesfois c'eft Oneficritus, qui le met ainfi quant à ce point- là: mais luy- mefme efcrit, qu'ils laifferent là les radeaux, fur lefquels ils auoyent paffé le grand cours de la riuiere,& qu'ils trauerferent, auec leurs armes fur leurs dos, le bras qui s'efcouloit par la rupture, eftans dedans l'eau iufques aux mamelles,& qu'ayant à la fin paffé, il piqua auec fa cheualerie enuiron cinq quars de lieue deuant la bataille de fes gens de pied, faifant fon conte que fi les ennemis le venoyét chocquer auec leur gendarmerie, il fe trouueroit de beaucoup le plus fort,& que s'ils pouffoyenten auant leurs gens de pied, les fiens y pourroyent bie arriuer affez à temps.L'vn des deux aduint come il l'auoit imaginé: car mille che uaux& foixante chariots armez des ennemis fe ietterêt deuât leur groffe troupe, qu'il desfit,& prit to' les chariots,& des homes d'ar mes en demeura quatre cens de morts fur le champ.Parquoy Porus conoiffant à telles enfeignes qu'Alexandre en perfonne eftois traje v ilij le pays, qu ice des bo ifans bea ts à Alex vne ville ur la fancel parle chan 332 ALEXANDRE LE GRAND. paffé, luy marcha adonc à l'encontre auec toute fon armee en bataille, exceptee quelque partie qu'il laila derriere pour faire tefte au refte des Macedoniens, s'ils s'efforçoyent de paffer la riuiere. Alexandre donc craignant la multitude grande de fes ennemis,& la violence de leurs Elephans, ne donna pas de front dedans le mi lieu, ains eftant en la pointe gauche de fa bataille, chargea fur vn coin de celle des ennemis, ayant ordonné à ceux, qui eftoyent enla droite d'en faire autant de leur cofté tout enfemble: ainfi furent les deux coins de l'armee des ennemis rompus& tournez en fuyte, mais ceux qui y auoyent efté forcez fe retirerent vers leurs Elephans,& fe r'allierent à l'entour d'eux. Par ce moyen eftant la bataille meflee, le combat y fut long, tellement qu'à peine furent les Barbares defconfits entierement à trois heures apres midy. Ainfi le defcrit en ces epiftres celuy- mefme qui gaigna la iournee. Au refte la plufpart des hiftoriens s'accorde à efcrire, que Porus auoit quatre coudees& vn palme de haut,& qu'eftant monté deflus vn Elephant, il ne s'en fallut rien, qu'il ne refpondift en hauteur, gran deur,& groffeur à la proportion de fa monture, combien que ce fuft vn fort grand Elephant, lequel monftra en ce combat vne merueilleufe prudence naturelle,& vn grand foin de fauter le Roy fon maiftre car tant qu'il le fentit encore fort, il repouffa touf jours courageufement& rebouta ceux, qui luy couroyent fus: mais quand il apperceut, que pour les coups de traict& autres ble ceures qu'il auoit receues fur fon corps, le coeur luy commençoit à faillir, alors craignant qu'il ne tombaft en terre, il fe baiffa tout bellement à genoux,& prenant doucement auec fa trompe les dards& traicts qu'il auoit dedans le corps, les luy tira tous I'vnapres l'autre dehors Eftant donc ce Roy Porus pris, Alexandre luy demanda coment il le traiteroit.Porus luy refpondit, qu'il le traitaft royalement.Alexandre luy redemada s'il vouloit rien dire dawantage,& il refpondit derechef, que tout fe comprenoit fous ce mot, Royalement. Parquoy Alexandre ne luy laiffa pas feulemēt Jes prouinces dont il eftoit Roy auparauat, pour de là en auant les tenir de luy comme Satrape, en forme de gouuernemet, mais auffi Juy adioufta encore beaucoup de pays. Et ayant auffi fubiugué les peuples francs& libres, dont il y auoit iufques à quinze nations, cinq mille villes affez bonnes, fans vn nombre infiny de villages, & encore trois fois autant d'autre pays, il en eftablit gouuerneur & Satrape vn de fes familiers, qui s'appelloit Philippus. En cefte bataille mourut fon bon cheual Bucephal, non fur le champ, mais depuis ainfi qu'on le penfoit des bleceures, qu'il y auoit receues, ou comme dit Oneficritus, de vieilleffe pour auoir trop trauaillé veu fon aage, car il auoit trente ans quand il mourut dont Alexadre eut auffi grand regret, que s'il euft perdu quelque fien famidier ami, en temoignage dequoy il fit baftir vne große ville au Lisu Heu ou la de f nom ment auoi Cótr dego car req dep de che Ganga comba de gue point c Rey no Seleuc fix cens tint qu qu'il alas en a Mai усто forte Je fup condu petuer des arm hautes Semer& Encore peu pou You AND Lot arene puler la t chargea l eltoyent a in furen met en fu ver leurs E yen etant l pres mid la icone que Porus a monte defy hauteur ga mbien que combat de fatter терошпакой royent fus autres ble fe bada tour a trompe les Alexande ly quilletra redire da renoit fous ce feuleme en auant les mais auf gue les t nations, villages, Querneur En celle ampymai it recebis ALEXANDRE LE GRAND: 315 lieu où fon corps fut enterré fur la riuiere d'Hydafpes, qu'il appel la de fon nom Bucephalie. On dit auffi, qu'ayant perdu vn chiens nommé Peritas, qu'il auoit nourri& qu'il aimoit, il fit femblable ment baltir vne ville qu'il appella de fon nom. Sotion efcrit, qu'ill auoit ainfi entedu de Potamon le Lesbien. Cefte derniere bataille côtre le Roy Porus, fit reboucher les cours des Macedonies& les degoufta de paffer outre à la conquefte du demeurant des Indes: car confiderans qu'ils auoyent eu tant de peine à le rompre, enco re qu'il n'euft que vingt mille hommes de pied,& deux mille che Baux, ils defdirent fort& ferme Alexandre, quand il les cuida à soute force faire encore paffer la riuiere de Ganges, entendans di re aux gens du pays qu'elle auoit deux lieues de large,& cet braf fes de profond,& que la riue de delà eftoit toute couuerte d'armes de cheuaux& d'Elephans, pource qu'on difoit, que les Roys des Gangarides& des Præfiens l'attendoyent auec quatre vingt mille combatans à cheual,& deux cens mille a pied, huit mille chariots de guerre bien armez,& fix mille Elephans aguerris. Si n'eftoit point cela vn conte faux, augmenté& enrichi à plaifir: cat vn Roy nommé Androcottus, qui regna peu de temps apres, donna à Seleucus cinq cens Elephans pour vn coup,& auec vne armee de fix cens mille combatans trauerfa, conquit& fubiuga toutes les In des. Alexandré donc irrité& courroucé du refus de fes gens, fe tint quelques iours renfermé en fa tente couché par terre, difant, qu'il ne leur fauoit gré aucun de tout ce qu'ils auoyet fait iufques à là, s'ils ne paffoyent encore la riuiere de Ganges,& que le retour en arriere n'eftoit autre chofe, que confeffer auoir efté vaincu Mais quand il vit& confidera, qu'il y auoit grande apparece aux remonftrances, que fes amis luy faifoyent pour le reduire& recom forter,& que les foldats venoyent à fa porte crier& lamenter, en, le fuppliant de les remener, il en eut à la fin compaffion,& fe laiffa. conduire à vouloir retourner toutesfois auant que partir il imagi na plufieurs fauffes& vaines inuentions, pour augmenter& perpetuer la gloire de fon nom en ces quartiers- la: car il fit forger des armes plus grandes, des mangeoires pour les cheuaux plus hautes,& des mors de brides plus pefans que l'ordinaire,& les fit femer& laiffer çà& là.lly fit auffi baftir de grands autels à l'hon neur des dieux, que les Roys des Præfes iufques auiourd'huy ont encore en veneration grande,& trauerfans la riuiere y viennent faire des facrifices à la guife des Grecs. Androcottus eftoit lors vn ieune garçon, qui vit Alexandre,& depuis dit, qu'il s'en fallut bien, peu, qu'il ne prift& gaignaft tout le pays, tant le Roy, qui regnoit pour lors, eftoit mefprifé& hay de fes fuiets pour fa mefchanceté,& pour la baffeffe du lieu dont il eftoit iffu. Au partir de là, il voulut aller voir la grande mer Oceane,& fit faire plufieurs baseaux à rames,& plufieurs radeaux, fur lefquels il fe deualla tous op trail ont Aler eben fa 314 ALEXANDRE LE GRAND. à fon aife par les riuieres: mais cefte nauigation cependant ne fur point oifiue ny fans guerre car il defcendoit fouuent en terre,& al loit affaillant les villes,& conquerät tout par où il paffoit. Mais en affaillant la ville des Malliens, qu'on dit eftre les plus belliqueux hommes de tous les Indiens, il s'en fallut bien peu, qu'ilne fuft luy- mefme mis en pieces: car ayant fait retirer à coups de traict ceux, qui defendoyent les murailles, il monta deflus le premier par vne efchelle, laquelle rompit auffi toft, qu'il fuft monté: & adonc les Barbares fe rallians enfemble tout contre la muraille, luy tirerent d'embas force coups,& luy ayant bien peu de fes gens autour de foy, fe lança, en fe tenant ferré, du haut à bas au beau milieu des ennemis, là ou de bonne aduenture, il fe trouua en tombant, fur fes pied:& comme fes armes euffent fonné de la fecouffe, les Barbares effrayez, cuiderent voir vne lumiere& vn fantofme, qui marchaft deuant luy, de façon qu'ils fe prirent à fuir du commencement,& s'efcarterent les vns çà, les autres là: mais depuis s'eftans vn peu reuenus de l'effroy, quand ils apperceurent qu'il n'y auoit que deux de fes efcuyers feulement autour de luy, ils recoururent tous contre luy,& le combatirent les vns de pres à coups d'efpee ou de iaueline, dont ils le blecerent à trauers fon harnoys:& vn entre les autres foy tenant quelque peu plus arriere, luy tira vn coup de flefche fi violent& fi roide, qu'il luy fauffa la cuyraffe,& luy entra dedans les coftes à l'endroit de la mamelle. Le coup fut fi grand, que le corps s'en laiffant aller, ploya le genouil en terre: parquoy celuy qui luy auoit tiré accourut viftement auec fon cymeterre tout nud en la main, mais Peuceftas& Lymnæus fe jetterent au deuant, qui tous deux furent blecez, tellement que Lymnæus en mourut fur la place,& Peuceftas fit tefte, tant qu'Alexandre luy- mefme tua le Barbare de fa main, apres a- uoir receu plufieurs playes& bleceures fur fon corps. Finalement il luy fut delafché vn coup de pilon fur le col, duquel fe trou uant eftourdi, il s'appuya contre la muraille regardant les ennemis: mais à l'inftant accoururent les Macedoniens de tous coftez, qui le prirent& l'emporterent dedans fa tente tout pafmé,& a- yant defia perdu toute conoiffance, à l'occafion dequoy, il courut incontinent vn bruit par tout le camp, qu'il eftoit mort. Si y eut grande difficulté& beaucoup d'affaire à fier la flefche, qui e- ftoit de bois: ainfi luy eftant fa cuyraffe à toute peine oftee, il fallut encore tirer le fer de la flefche, lequel eftoit fiché dedans l'vn des os, ayant quatre doigts de long& trois de large, à ce qu'on dit: au moyen dequoy en le luy arrachant, il luy prit tant d'efuanouiffemens, qu'il approcha bien pres de rendre l'efprit: toutesfois à la fin il fe reuint& efchappa de ce danger: mais fe fentant fort foible, il demeura long temps à tenir diette,& à fe faire achere ache dift les devar il pri crife rech pays Gym coarts femble ment refpon le plus qu'il fi hombre les vina il dema oula m partie Il refe quatr qu'il men Jan Roy Parqu pourro chofe i tant de TRIBUTI Tu Te mou AND cependan tre les plasty bita pra gl deffus le gril fut bien peu de Le priremi autres la appercen autour de es vas de à travers la plus arri lay faufa la mamel plora le Peaceltas& blecer, tel ale pres& quel le trou les enne tous coffe almé,& a 7, il cou ort Siy qui es il fal dans l'vn ce qu'o ALEXANDRE LE GRAND. re acheuer de penfer, fans fortir du legis, iufques à ce qu'il entendift les Macedoniens qui crioyent& menoyent vn grand bruit deuant fon logis, pour le defir qu'ils auoyent de le voir. Et adone il prit vne robbe longue,& fortit en public, puis apres auoir facrifié aux dieux pour le recouurement de fa fanté, il fe remit derechef en hemin, fur lequel il fubitiga encore plufieurs grands pays,& prit beaucoup de bonnes villes. 11 prit aufsi dix des fages du pays, qui vont tous nuds,& qu'on appelle pour cefte caufe Gymnofophiftes, lefquels auoyent fait rebeller Sabbas côtre luy, & auoyent fait beaucoup de grands maux aux Macedoniens:& pource qu'on les tenoit pour les plus agus, plus fubtils& plus courts en leurs refponfes, il leur propofa plufieurs queftions, qui fembloyent infolubles, leur commandant de les foudre, autrement qu'il feroit mourir celuy, qui auroit le premier failly à bien refpondre,& tous les autres apres:& voulut, que l'vn, qui eftoit le plus vieil de tous, fuft le iuge de leurs refponfes. La demande qu'il fit au premier fut, Lefquels il eftimoit eftre en plus grand nombre, les morts ou les viuans. Il refpondit que c'eftoyent les viuans: pource, dit- il, que les morts ne font plus. Au fecond il demanda, laquelle nourriffoit de plus grandes beftes, la terre ou la mer. Il refpondit, la terre, pource que la mer n'eft qu'vne partie d'icelle. Au troifieme, lequel eft le plus fin des animaux, Il refpondit, celuy que l'homme n'a point encore coneu. Au quatrieme, pourquoy il auoit fait rebeller Sabbas: afin, dit- il, qu'il vefcut honnorablement, ou qu'il mourut mal- heureuſement. Au cinquieme, lequel auoit efté le premier, le iour ou la nuit. 11 refpondit, le iour à precedé d'vniour. Et comme le Roy trouuaft cefte refponfe eftrange, il y adioufta. A demandes eftranges, il eft force, que les refponfes foyent aufsi eftranges. Parquoy paffant outre, il demanda au fixieme, par quel moyen fe pourroit l'homme plus faire aimer, En eftant tresbon,& ne fe faifant point craindre. Au feptieme il demanda, comment fe pourroit vn homme faire dieu: En faifant, refpondit- il, quelque chofe impofsible à l'homme. Au huitieme; laquelle eftoit la plus forte, la vie ou la mort: Il refpondit, la vie, veu qu'elle fupporte tant de maux. Et au dernier, iufques à quel aage eft- il expedient que l'homme viue? Iufques à tant, dit- il, qu'il n'eftime point le mourir meilleur que le viure.Ces refponfes ouyes, il fe tourna deuers le iuge, luy commandant de prononcer fa fentence fur icelles.Le iuge dit, qu'ils auoyent tous refpondu, I'vn pis que l'autre. Tu mourras donc toy- mefme le premier, luy dit adone Alexandre, ayant doné vne telle fentence.Non feray pas, rephqua- il, Sire, fi tu ne veux eftre menteur, attendu que tu as dit, que tu ferois mourir le premier, celuy qui auroit pirement refpondu La fin fut qu'il les laia aller en leur donnant encore des préfens 11 enuoya tant d'ef Sprit mais le fe ALEXANDRE LE GRAND. aufsi Oneficritus deuers les autres fages Indiens, qui eftoyent les plus eftimez,& reputez les plus gens de bien viuans à part en repos, pour les prier de venir deuers luy. Ceftuy Oneficritus auoit efté des difciples de Diogenes le Cynique, auquel on dit que CaJanus vn de ces fages refpondit fort arrogament& fieremêt, qu'il defpouillaft fes habillemens pour ouyr fes paroles tout nud, autremét qu'il ne parleroit point à luy, non pas s'il venoit de la part de lupiter mefme: mais Dandamis luy refpondit plus gratieufement:& l'ayant ouy conter quels hommes auoyent eflé Sócrates, Pythagoras& Diogenes, il dit, que ces perfonnages- là luy fembloyent auoir efté bien neż& de bon entendement, mais qu'ils auoyét trop reueré les loix en leur vie: tolitesfois les autres efcriuent, que Dandamis né dit autre chofe, finon qu'il demanda pour quelle caufe Alexandre auoit fait vn fi long chemin, que d'eftre venu iufques atix Indes. Quant à Calanus le Roy Taxiles fit tac enuers luy, qu'il luy perfuada de s'en aller deuers Alexandre: II s'appelloit par fon droit nom Sphines: mais pource qu'il faluoic ceux, qu'il rencétroit en fon langage Indien, difant Cale, qui eftoit autant à dire comme, Dieu vous gard, les Grecs le furnommerent Calanus:& dit- on, qu'il mit deuãt les yeux d'Alexandre vne figure& exemple de fon empire: ce fut, qu'il ietta en terre deuant luy vn cuyr tout fec& retrait de grande fechereffe, puis mit le pied fur vn des bouts.Le cuyr baiflé de ce cofté là, fe releua en tous les autres,& tournoyant tout à l'enuiron en marchant toufiours fur les bords, luy fit voir, que le cuyr preffé d'vn cofté fe releuoit femblablement par tout ailleurs, iufques à ce qu'il vint à mettre le pied fur le milieu du cuyr:& lors le total fe tint egalement bas. Voulant donner à entédte par cefte fimilitude à Alexandre, qu'if deuoit principalement& le plus du teps refider au milieu de fes pays,& non point s'en efloigner trop loin. Au refte le voyage, que fit Alexandre par les riuieres, pour aller voir la grade mer Oceane, dura fept mois entiers:& y entrant fur des nauires, y nauigea iufques en vne petite ifle, qu'il appella Scylluftin, mais les autres P'appellent Pfitulcin, là où il defcendit,& y fit des facrifices aux dieux,& y cofidera la nature de la grande mer Oceane,& la qualité de toute celle cofte de marine, autant comme il y peut penetrer. Puis ayat fait prieres aux dieux, qne iamais coquerant apres luy ne paffaft outre les bornes de fon voyage, il s'en retourna arriere de la marine: mais il voulut, que fes vaiffeaux, qui eftoyent en mer, fiffent le circuit, en laiffant les pays des Indes à la main droite, eftabliffant pour Capitaine de toute la flotte Nearchus,& pour principal pilote Oneficritus.Et cependant luy- mefme fe mit en chemin par terre à travers le pays des Orites, là où il fe trouua en extreme necefsité de viures,& y perdit beaucoup d'homes: tellement qu'il ne ramena pas des Indes la quatrieme partie des gene Pens de bre de maux auoir feche trau Moye tites eft d COUP de cell fe re feption pays: elleue priteza plufieu ches dra nouvel Capital failove espic Jes fo gent Sond chan fes de Car pa toutes çoit de file die mefme ues 10 por acc tou qu' wye ND Geremi enoit de la elle Socra demanla Tables Alexande ale, quiel rnommen revne fig devant l mit le pied en tous les fours fur levoit fea lement bas andre qu'il горазди mer Oce y canige les autres ffices aut & la qua atpenentapres urna ar eftoyens à la main archus,& fme fem ALEXANDRE LE GRAND 317 gens de guerre, qu'il y auoit menez, qui eftoyent iufques au nombre de fix vingts mille combattans à pied,& bie quinze mille cheuaux, car les vns mouroyent de maladies aigues: les autres pour auoir mange de mauuaifes chofes: les autres pour les chaleurs& fechereffes extremes: mais la plufpart mouroit de male- faim, en trauerfant le pays no cultiué ne femé, de ces poures gens qui viuoyent fort durement, n'ayans pour tous moyens qu'vn peu de petites brebis, qu'ils nourriffoyent de poiffons de mer, dont leur chair eft de mauuaife fenteur.A la fin ayas trauerfé ce pays auec beaucoup de peine en l'efpace de foixante iournees, il entra en la Gedrofie, là où il trouua abondance grande de tous viures, dont luy firent prouifion les Gouuerneurs, Princes& Roys, les plus voifins de celle marche. Apres donc auoir là vn peu refrefchi fon armee il fe remit en chemin à trauers la Carmanie, où il fut l'espace de feptiours durant à banqueter cótinuellement, en paffant toufiours pays: car il eftoit deffus vn efchaffaut plus long que large, haut efleué,& trainé par huit courfiers, en cótinuel feftin, auec fes plus priuez amis, la nuit& le iour: apres lequel efchaffaut fuyuoyent plufieurs chariots couuerts, les vns de belles tapifferies& de riches draps de pourpre, les autres de belle ramee frefche qu'on renouuelloit à chafque bout de cháp, où eftoyent fes autres amis& Capitaines tous courónez de chapeaux de fleurs, qui beuuoyét& failoy ent bonne chere enfemble. On ne voyoit ny armet, ny lance, picque ny rondelle en toute l'armee: ains par tout ce chemin Jes foldats auec flafcons, coupes, taffes& gobelets d'or& d'argent puifoyent le vin dedans de grandes pippes& tonneaux defoncez, dont ils beuuoyent les vns aux autres, aucuns en marchant par les champs& tirat toufiours auant, autres afsis à table: & n'oyoit- on que feuftes& hautbois, aubades, chanfons,& danfes de femmes qui balloyent& follaftroyent par tout ce chemin: car parmy cefte diffolue maniere de marcher par pays,& parmy toutes ces yurongneries eftoit meflé vn ieu, que chacun s'efforçoit de contrefaire toutes les infolences des Bacchanales, come file dieu Bacchusy eut efté prefent en perfonne,& qu'il euft luymefme guidé& conduit toute cefte mommerie. Quand il fut arriué au chafteau royal de la Gedrofie, il y feiourna encore quelques jours pour refrefchir fon armee, en feftes, banquets& feftins, là où on dit, qu'vn iour apres auoir bien beu, il alla voir le ieu de pris des daces, entre lefquelles, celle qu'auoit dreffee& deffrayee Bagoas vn ieune homme, dont Alexandre eftoit amoureux, emporta la victoire,& que ce Bagoas, tout ainfi veftu qu'il eftoit des accouftremens du bal, paffa a trauers le Theatre,& s'alla feoir tout ioignant Alexandre, dequoy les Macedoniens furent fi aifes, qu'ils fe prirent à battre des mains& à mener vn grand bruit de joye, luy criant tout baut qu'il le bailaft, tant qu'à la fin il le pris 料 328 ALEXANDRE LE GRAND. entre fes bras,& le baifa deuant tout le monde. Là le reuint trou uer Nearchus, qui luy raconta tout ce qu'ils auoyent fait& veu en leur nauigation: dequoy il fut fi aife, qn'il luy prit enure de nauiger luy- mefme, entrát par la bouche de l'Euphrates en l'Ocean auec vne bone& groffe flotte de vaiffeaux,& s'en aller enuironner toutes les coftes de l'Arabie& de l'Afrique, pour puis apres s'entrer dedans la mer Mediterranee par le deftroit des Colomnes de Hercules à laquelle iutention il fit baftir grand nombre de vaiffeaux en la ville de Thapfaque,& affembloit- on defia mateJots, pilotes& mariniers de tous coftez. Au demeurât la difficulté d'vn voyage qu'il entreprit pour la conquefte des Indes, le danger où il fut en cobatant contre les Malliens, auec le grand nombre qu'on difoit, qu'il auoit perdu de fes gens en cefte expedition, toutes fes caufes enfemble faifans croire qu'il n'en retourneroit iamais à fauueté, donerent la hardieffe aux peuples, qu'il auoit ia conquis, de fe foufleuer,& à fes lieutenas& gouuerneurs de prouinces, occafion de commettre mille mefchancetez, pilleries& opprefsions de peuple.Bref, cela mit tout fon eftat en grand branJe,& y caufa de grades nouuelletez,& tant qu'Olympias& Cleopatra entrees en diffention à l'encotre d'Antipater, diferent entre elles deux fon gouuernement, prenant Olympias pour foy le Royaume d'Epire,& Cleopatra celuy de Macedoine. Ce qu'entédant Alexadre, dit, que fa mere auoit efté la mieux aduifee: pource que iamais les Macedoniens n'euffent enduré d'eftre regis& gouuernez par vne féme.A cefte caufe il r'euoya derechef Nearchus vers la marine, deliberant d'emplir derechef d'armes& de guerre toutes les coftes& toutes les prouinces maritimes.Et luymefme en perfonne vifitant les pays efloignez de la marine, alla puniflant les Capitaines& Gouuerneurs, qui auoyent mal verfé en leur charge, entre lefqls il tua de fa propre main auec vn coup. de pique, qui luy paffa au trauers du corps, Oxyartes, l'vn des enfans d'Abulites.Et comme Abulites luy- mefme n'euft fait aucune prouifion de viures pour fon armee, ains luy euft preparé& ame* Diximit né trois mille talens feulement, il luy fit mettre l'argent deuant cens mille fes cheuaux, lefquels n'en goufterent aucunement:& lorsil luy efcis. dit, Que me fert donc maintenant ta prouifion?& quand& quand le fit arrefter prifonnier. Et paffant par le pays de Perfe premierement il renouuella la couftume ancienne, qui eftoit, Que toutes& quantes fois que les Roys retournoyent d'aucun lointain voyage, ils donnoyent à toutes les femmes vn efcu pour tefte, de forte qu'on dit, que pour cefte caufe aucuns de leurs Roys naturels ne retournoyent pas fouuent au pays,& que Ochus entre les autres n'y fut iamais vne feule fois, fe banniflant ainfi volontai rement de fon pays, pour la chicheté& crainte de faire cefte defpenfe.Et puis y ayat trouué la fepulture de Cyrus defcouuerte& fouillee, Fouille tif de P chus: roles au de quet que Perfe terre mera de& palle, la elpand pandre de fes c de tous en la ma ter auec le de Ba fur le bu le feu s melme MICALLIC main fages dien fireComm Your Ce per qua beuroit quibut Valoit f autres o tante& ment gran Si fit niens chac ND y fa par pas der Col and nombre defia ma le grand the cape ncurs de pulleri grand ba pas& Cle ferent pour key Ce qu'ente pour gi& chef Near Carmes à de by mal verle dese pare& ame t deva Larsil luy & quand premic. Que tou lointain telte, de oy's natu us cobrel valec ALEXANDRE LE GRAND. 319 fouillee, il fit mourir celuy qui l'auoit fait, combien qu'il fut natif de Pella en Macedoine, homme de qualité, nommé Polymachus:& en ayat leu l'infcription qui eftoit efcrite en lettres'& paroles Perfienes, il voulut qu'o l'efcriuift aufsi en lettres Grecques au deffous,& eftoit la fuftance de l'infcription telle: O homme, qui que tu fois,& de quelque part que tu viennes, car ie fuis affeuré que tu viendras: le fuis Cyrus, celuy qui conquit l'Empire aux Perfes:& te prie, que tu ne me portes point d'enuie de ce peu de terre, qui couure mo poure corps. Ces paroles emeuret grandemet à copafsion le coeur d'Alexadre, quad il confidera l'incertitude& l'inftabilité des chofes humaines.Et là mefme Calanus ayat efté vn peu de temps indifpofé de flux de ventre, requit qu'on luy dreffaft vn bucher tel, qu'on fait pour brufler le corps d'vn trefpaffé, là où il alla à cheual:& apres auoir fait fa priere aux dieux, efpandit fur foy- mefine les effufios, qu'on a accouftumé de refpandre aux funerailles des trefpaffez;& ayant coupé vn touffeau de fes cheueux, auant que monter deffus le bufcher, il prit congé de tous les Macedoniens, qui eftoyent la prefens, en leur touchant en la main, les priant de faire ce iour- la bonne chere& banqueter auec le Roy, lequel il reuerroit bien- toft apres dedans la ville de Babylone. Ayant dit ces paroles, il fe coucha de fon long fur le bufcher,& fe couurant le vifage ne fe remua onques, quad le feu s'approcha& l'alla faifir: ains fe maintenant toufiours en la mefme difpofition qu'il s'eftoit couché, fans remuer ne pied ne main, fe facrifia luy- mefme, felon que le portoit la couftume des fages du pays. Autant en fit plufieurs annees depuis, vn autre Indien qui eftoit à la fuite de Cæfar en la ville d'Athenes,& y monftre- on encore iufques auiourd'huy vne fepulture, qu'on nome communement la fepulture de l'Indien. Alexandre retourné de voir ce feu, couia plufieurs de fes amis& de fes Capitaines à foup per quand& luy, là où il propofa vne courone en pris à celuy qui beuroit le mieux. Celuy qui but le plus fut vn nomé Promachus, qui but iufques à quatre brocs de vin,& gaigna la couronne, qui valoit fix ces efcus, mais il ne vefcut que trois iours apres:& des autres qui iouerent à ce ieu de boire à l'enuie, il en mourut quarante& vn, comme Chares l'a efcrit, pource qu'il furuint vn fort grand froid fur leur yureffe& leur vin. Quand ils furet en la ville de Sufe, il y fit les noces de fes plus familiers,& y efpoufa luymefme Statira, l'vne des filles de Darius, departant femblablement les autres Dames Perfienes, felon qu'elles eftoyens de plus grand fang& de plus haut lignage, aux plus grands de fes amis. Si fit vn feftin folennel des efpoufailles publiques des Macedoniens, de ceux mefines qui parauant auoyent efté mariez, auquel feftin, on efcrit, que y ayant neuf mille perfonnes alsifes à table, à chacune fut donnee vne coupe d'or, pour efpandre& offrir du 320 ALEXANDRE LE GRAND. vin à l'honneur des dieux:& là, outre les autres magnificences admirables qu'il fit, il acquita toutes les detes des Macedoniens, lef * Six millios quelles monterent à la fomme de* dix mille talens, cent& trend'or, moins te moins.Mais comme Antigenes le borgne, fe fut fait enroller à foixante& fauffes enfeignes entre les endetez, ayant amené vn qui affermoit dixhuis luy auoir prefté argent à la banque, il fit payer l'arget: mais deScus puis on auera contre luy, qu'il n'en eftoit rien, dont Alexandre fut fi courroucé contre luy, qu'il l'en chafla de fa cour,& le priua de fon eftat de Capitaine, combien que ce fuft vn vaillant homme à la guerre: car eftant encore ieune, il eut vn coup de trait dedans l'oeil deuant la ville de Perinthe, que Philippus tenoit afsiegee,& luy voulut- on bien fur l'heure mefme ofter le trait, mais luy ne fe lafcha onques pour ce coup, ny ne voulut permettre, qu'on luy arrachaft le trait, qu'il n'euft premierement repouffé& rambarré les ennemis, iufques au dedans de leurs murailles. Il prit adonc fort aigrement cefte ignominie,& l'eut fi fort à cœur, qu'il eftoit tout euident, qu'il en mourroit de douIeur& de regret: ce qu'Alexandre craignant, luy pardonna,& fi voulut encore, qu'il retinft l'argent, qui luy auoit efté baillé. Or les trente milles ieunes garçons, qu'il auoit laiffez fous des maiStres pour les duire, dreffer& exerciter à tout ce qui appartient au meftier de la guerre, eftãs deuenus forts& puiffãs de corps, beaux de vilages,& merueilleufement difpos& addroits aux armes à les voir en leurs exercices, Alexandre en fut fort ioyeux quand il les vit: mais cela defcouragea grandement les Macedoniens,& les mit en grande crainte, pource qu'ils eftimerent, que de lors en a- uant le Roy feroit moins de conte d'eux:& pourtant comme il vouluft renuoyer és pays bas deuers la mer, les malades ou impotens,& qui auoyent perdu quelque membre à la guerre, ils refpodirent que cela leur eftoit faire tort& iniure d'efloigner ainfi de foy ces poures gens- là, apres s'en eftre ferui à tout ce qu'il auoit voulu,& puis les reietter ainfi à leurs pays& à leurs pares, non en telle difpofition qu'ils eftoyent, quad il les en auoit tirez. à l'occafion dequcy ils difoyent, s'il vouloit donner congé aux vns, qu'il le donnait donc à tous& qu'il les reputaft tous inutiles, mefmement puis qu'il auoit autour de luy fes beaux ieunes danfeurs, difoyent- ils, auec lefquels il iroit acheuer de coquerir tou te la terre habitable.Alexandre fut fort indigné de ce propos, tel lement qu'il leur en dit à tous des iniures en cholere,& chaffant fes gardes ordinaires, en prit d'autres, Perfiens, en faifant les vns gardes de fo corps& fes fatellites, les autresfes huyffiers, herauts & executeurs de fes mandemens, defquels les Macedoniens le voyans accompagné,& eux mefprifez, reculez& reiettez honteufement en arriere, rabbaifferent bien la hauteffe de leur coura ge,& apres auoir parlé enfemble cuiderét enrager de ialoufie& de de defp Fyn c tente eux ce Roye cit de eux a deux pella jour doonan I pou elcrrua de feux afsis aux & voulu fon fer rue en defpefch feltes& Ja Grec iladuir vie fie contr Pocca pour v & beur dre por caril co gnhanc creneaux de Cres Ammon comm feiens volont AND magah Macedo e qui af er Target Aur Alexand travaillant a coup Philippare meing ofter lea by ne vod dans de leu ourroit de y pardonna efte baille fous des appartient corps, beau ALEXANDRE LE GRAND. 321 de defpit. Finalemet la matiere confultee entr'eux, ils s'en allerét d'yn commun aduis fans armes tous nuds en chemifes deuant fa tente fe rendre à luy, crians& plorans,& en le priant qu'il fift de eux ce qu'il luy plairoit, comme de mefchans& ingrats qu'ils e- ftoyent: mais luy, encore que fon courroux s'amollit& s'addoucit defia, ne les receut pas neatmoins pour cefte premiere fois,& eux aufsi ne s'en allerent pointains demeurerent deux iours& deux nuits deuant fa porte en tel eftat fe plaignans à luy,& l'appellans leur fouuerain& leur Roy, iufques à ce qu'au troifieme four fortant hors de fon logis,& les voyat ainfi affligez, efplorez & piteux à voir, il s'en prit à plorer luy- mefme bien longuement: puts apres les auoir vn peu tanfez, leur vfa de gracieufes paroles, donnant congé de foy retirer à ceux qui eftoyent devenus inutiles pour la guerre, en leur faifant de tres- magnifiques prefens,& efcriuant à fon lieutenant Antipater, qu'en toutes les affemblées de ieux& esbatemens publiques ils fuffent toufiours preferez& afsis aux plus honorables lieux, courônez de chapeaux de fleurs, & voulut que les enfans orphelins de ceux qui feroyent decedez à fon feruice, receuffent la folde de leurs peres. Au refte, eftant arrfué en la cité d'Ecbatane au royaume de la Medie, apres y auoir defpefché les plus prefifs affaires, il fe remit derechef à faire ieux, feftes& paffe- temps publiques, luy eftas nouuellement venus de la Grece trois mille maiftres& ouuriers de tels esbatemēs. Mais iFaduint enuiron ce temps- la, que Hephæftion tomba malade de vne fieure,& comme ieune homme de guerre, qu'il eftoit, il ne fe contregarda pas de la bouche, comme il deucit, ains ayant efpié l'occafion que fon medecin Glaucus s'en eftoit allé au Theatre pour voir les ieux, il fe mira difner,& mangea vn chapon rofty, & beut vn grand plein pot de vin, qu'il auoit fait refrefchir, dont fa fieure fe rengregea fi fort, que peu apres il en mourut. Alexá-> dre porta ceft inconuenient impatiemment outre toute mefure: leur pacar il commanda, que les crins des chevaux& des mulets, en fi gnifiance de dueil, fuffent tous coupez fur l'heure,& que tous les creneaux des murailles des villes en fuffent femblablement abatus,& fit pendre le poure medecin,& defendit, qu'on ne iouaft de fluctes ny d'autre inftrument quelconque de mufique dedans fon camp, iufques à ce qu'on luy apporta vn oracle de Iupiter Ammon, par lequel il eftoit commandé de reuerer Hephæftion, & lay facrifier comme à vn demi- dieu. A la fin, pour reconforter fon dueil& paffer vn peu fon ennuy, il s'en alla à la guerre, comme à la chaffe d'hommes là où il fubiuga la nation des Cof feiens, qu'il extermina toute, y tuant iufques aux petis enfans, ce qui fut appellé le facrifice des funerailles d'Hephæftion& ayant volonté de defpendre en fa fepulture& en l'appareil de fes obfe-* Six milques* dix mille talens,& de furmonter encore la defpenfe par la lions d'or. x j armes à le quand ille que de los en malades ou in guerre, elger en at time er congé a tous inutiles unes dan querir to propos, & chall Cant les fiers, her cedonien rriente de Jeur cou de inhoud 322 . ALEXANDRE LE GRAND. fingularité de l'inuention& excellence de l'artifice, il defira fort entre les autres maiftres ingenieurs vn Staficrates, pource qu'en fes inuentions il y auoit toufiours quelque chofe de grad, de hardy& de magnifique: car vn iour en deuifant auec luy, il luy dit, que de toutes les montagnes qu'il conoiffoit au monde, il n'y en auoit point qui fuft plus propre à former vne figure d'homime, qu'eftoit le mont d'Atho en la Thrace,& que s'il vouloit, il luy en feroit la plus noble& la plus durable. ftatue, qui onques cuft efté au monde, laquelle en fa main gauche tiendroit vne ville ha bitable de dix mille perfonnes,& de la droite verferoit vne groffe riuiere eu la mer: toutefois Alexandre n'y voulut point entendre, mais lors il eftoit apres à deuifer& imaginer auec les maiftres ingenieurs des inuentions bien plus eftranges& de plus exceffique defpenfe.Et comme il prenoit fon chemin pour s'en aller en Babylone, Nearchus eftant derechef retourné de la grande mer Oceane par la riuiere d'Euphrates, luy dit, qu'il s'eftoit addreffé à luy quelque deuins Chaldeiens, qui luy confeilloyent& l'admonefteyent, qu'il n'entraft point dedans Babylone, dequoy Alexadre ne fit point autrement de conte,& tira outre: mais quand il fut tout ioignant les murailles, il apperceut vn grad nombre de corbeaux, qui crailloyent& s'entrebatoyent les vns les autres, dont les vns tomberent en terre tout aupres de luy& luy ayant efte rapporté que le Capitaine de Babylone Apollodorus auoit facrifié aux dieux pour fauoir qu'il aduiendroit de luy, il enuoya querir le deuin Pithagoras pour fauoir de luy s'il eftoit vray. Le deuin ne renia point le fait,& Alexandre luy demanda, quels a- woyent efté les fignes du facrifice: il refpondit, qu'ils n'auoyent point trouué de tefte au foye.O dieux, dit odonc Alexandre, voila vn vehement prefage! toutesfois il ne fit point de defplaifir pour cela à Pithagoras: mais bien fe repentit- il, qu'il n'auoit adioufté foy aux paroles de Nearchus. A l'occafion dequoy il fe logeoit fouuent en campagne hors de Babylone,& s'en alloit esbatat fur la riuiere d'Euphrates: car il aduint plufieurs autres fignes,& pre fages les vns fur les autres, qui le fafcherent. Entre les autres, il y eut vn afne priué, qui alla affaillir le plus beau& le plus grad des lions, qu'on nourriffoit en Babylone,& le tua d'vn coup de pied. Et vn iour come il fe fuft defpouillé tout nud pour fe faire frotter & huyler,& iouer à la paume, quand il voulut apres reprendre fes veftemens, les ieunes gentils- homes, qui iouoyent auec luy trouuerent vn homme afsis dedans la chaire, qui ne difoit mot, ains auoit mis le bandeau royal à l'entour de fa tefte,& la robbe du Roy fur fon dos: on luy demanda, qu'il eftoit,& il fut longuement fans refpondre, iufques à ce que s'eftant à la fin reuenu, il dir, qu'il fe nommoit Diony fius: qu'il eftoit natif de Meffine,& que pour aucunes charges, qu'on luy auoit mis fus, il auoit efté enuoyé de la lame mais Hoit dem Alex con app ded ter print lexan & bat singe Antip difant entrep ton pe traire denc filoi leur & d pou cha on d mages dainem pres troub fon foy tant plete mac ww e de grid ril voulait pour s'en al de la grandy yent& Fa dequoy A squand mombre de autres, d yayance auoit denuoya manda, c Alexandre rod deplade or esbara lignes les autres, plus grid t oup de pred fairefrott prendre ec luy tro mot la robbe longue ALEXANDRE LE GRAND.A la mer iufques là où on l'auoit longuement detenu prifonnier: mais que n'aguere le dieu Serapis s'eftoit apparu à luy, luy a- uoit deftaché fes fers,& commandé qu'il prift la robbe& le diademe du Roy,& qu'il s'affift en fon fiege fans dire mot. Cela ouy, Alexandre fit mourir l'homme, fuyuant ce que les deuins luy en confeillerent: mais il en entra en vne grande trifteffe,& grande apprehenfion d'eftre deftitué de l'aide des dieux,& aufsi en grande desfiance de fes amis, entre lefquels il redoutait plus Antipater& fes enfans, que nuls autres: car l'vn nommé Iolas, eftoit fon premier Efchanfon,& l'autre Caffander, eftant nouuellement arriué du pays, la premiere fois qu'il vit quelques Barbares faifans la reuerence à Alexandre, comme celuy qui auoit efté nourry à la Grecque,& qui n'auoit iamais veu telle chofe, il s'en print à rire vn peu trop licentieufement à pleine gorge, dont A- lexandre fut fi defpit, qu'il le prit par les cheueux à deux mains, & batit les murailles de fa tefte.Vne autrefois comme Caffander s'ingeraft de vouloir refpondre à quelques vns, qui accufoyent Antipater fon pere, Alexandre le rebouta fort afprement, en luy difant, Que veux- tu alleguer? penfes- tu, que ces gens icy euffent entrepris vn filong voyage, pour calomnier à tort& fauffement ton pere, s'il ne leur euft point fait d'iniuftice? Caffander au contraire luy repliqua, que cela mefme, qu'il difoit, eftoit indice euident& prefomption grade de calomnie, qu'ils eftoy et venus ainfi loin, à fin qu'on ne peuft promptement aduerer& conuaincre leur fauffe accufation: dequoy Alexandre fe prit à rire tout haut, & dit, Voila les arguces& fubtilitez d'Ariftote, pour prouuer le pour& le contre: mais cela ne vous garentira pas que ie ne vous chaftic bien, fi ie trouue que vous ayez fait tort à ces ges icy. Bref on dit, que dés lors, il s'imprima fi fort au cœur de Caffander vne frayeur,& y penetra fi auant, que long temps depuis comme il e- ftoit defia Roy des Macedoniens,& tenoit toute la Grece en fa main, en fe promenant par la ville de Delphes,& regardant les i- mages qui y font, il en apperceut vne d'Alexadre, dont il fut foudainement fi effrayé, que les cheueux luy en drefferent en la tefte,& en trembla de telle forte, qu'à peine fe peut- il de long teps apres r'affeoir ny raffeurer Alexandre donc depuis qu'vne fois il fe fut laiffé aller à cefte desfiance de l'aide des dieux, en deuint fi troublé de fens,& fi efpouuanté en fon entendement, qu'il ne luy aduenoit plus chofe extraordinaire, pour petite qu'elle fuft, qu'il n'en fift cas comme d'va figne& prefage celefte, de maniere que fon logis eftoit toufiours plein de preftres& de deuins, qui facrifioyent, ou qui le purifioyent,& qui vaquoyent aux deuinations, tant a de pouuoir& d'efficace d'vn cofté la mefcreance& l'impieté de contemner les dieux, quand elle fe met és cours des hom mes,& de l'autre cofté aufsi la fuperftition, coulant toufiours, 324 ALEXANDRE LE GRAND. A A palays les forc paffere & Sele enuoy terove la, ou pref nalde quelque beauco decede boire le feilla à poifon oay dire eau fro Moire de qu'vne plus ne moins que l'eau cotre bas, és ames abbaiffe es& rauallee$ par crainte comme elle remplit alors Alexandre de folie, depuis qu'vne fois la frayeur l'eut faifi. Toutesfois luy ayans efté apportees quelques refponfes touchant Hep hæftion de l'oracle de Iupiter Ammon, laiffa fon dueil,& fe remit derechefà faire banquets& facrifices: car il feftoya magnifiquemet Nearchus,& s'eftant va io ar eftuué, comme de couftume, ainfi qu'il fe vouloit én dormir, I'vn de fes Capitaines Medius, le vint prier de fe trouuer à va banquet, qu'il faifoit en fon logis: il y alla,& y beut tout ce foir& tout le lendemain, tellement qu'il en prit la fieure, no pour auoir beu la coupe toate entiere d'Hercules, comme quelques vns efcriuent, ne pour auoir tout foudainement fenty vne griefue douleur entre deux efpaules, ne plus ne moins que qui luy eut doné vn coup de lance: car ce font toutes chofes controuuées à plaifir,& fauffement efcrites par aucuns qui ont voulu rendre l'iffue de cefte grande Tragedie, par maniere de dire, plus lamentable & plus pitoyable: mais Ariftobulus met, qu'ayant vne fieure violente& vne alteration extreme, il beut du vin, dont il commença à entrer en refuerie,& à la fin en mourut le troifieme iour du mois de Tuin& au papier iournal de fa maifon où eft defcrit par le me nu, tout ce qu'il faifoit à chafque iour, il y a que le dixhuitieme de Iuin, il dormit dedans l'eftuue, pource qu'il eut la fieure. Le ledemain apres s'eftre laué& cftuué, il s'en alla en fa chambre,& paffa tout ce iour chez Medius à iouer aux dez, puis le foir bien tard apres s'eftre baigné,& auoir facrifié aux dieux, il mangea & eut la fieure la nuit le vingtieme s'eftant derechef baigné& ayant fair fon facrifice ordinaire aux dieux, il fe mit à table dedans l'eftuue mefine, efcoutant cependant Nearchus qui luy cotoit de fa nauigation,& des chofes qu'il auoit veues en la grande mer Oceane le vingt& vnieme iour ayant fait de mefme, il fe trouua encore plus enflammé que iamais,& fe fentit fort mal la nuit d'vne groffe fieure,& tout le iour enfuyuant, auquel il fe fit remier& porter fon lit au long du grand viuier, là où il deuifa auec fes Capitaines, touchant quelques places vacantes en for armee leur commandant de ny mettre point d'hommes qui ne fuffent bien efprouuez. Le vingt& troifieme ayant la fieure fort groffe, il fe fir porter aux facrifices,& ordona que fes principaux Capitaines demeuraffent dedans fon logis feuls,& que les autres moindres, come Centeffiers& Chefs de bandes, veillaffent& filfentle guet audehors. Le vingt& quatrieme il fe fit porter en l'au tre palays Royal, qui eft de la le lac, où il dormit vn petit, mais la fieure ne le lafcha onques,& quand les Capitaines vindrent pour luy faire la reuerence& le faluer, il ne parloit plus: autant en fitil le vingt& cinquieme, de forte que les Mace doniens penferent que il far more raifon dequoy ils vindrent batre aux portes du palays a autre treme ce, qu' le pro paux en g fouff toufio pour c mais el auoit c lettre c eft ma Rosane four C'e que pour poin D archas, fe woukice de le trou bear tours no pa quelques ne grie endre l lamemal Geure comment mar du mo par le huitieme re.Le le ,& foir bien mange f baigne Lay co a grande meme, de For malla elille f ildevila sen for qui ne ure fort cipaux s autres ent& fil ALEXANDRE LE GRAND, 325 palays,& crier en menaçant fes plus priuez amis, de façon qu'ils les forcerent de leur ouurir: fi leur furent les portes ouuertes,& pafferent vn à vn en faye au long de fon li&. Ce iour- la Python & Seleucus par ordonace des principaux familiers du Roy, furét enuoyez au téple du dieu Serapis, pour enquerir de luy s'ils porteroyent là Alexandre. Le dieu leur refpondit, qu'ils le laiffaffent là, où il mourut le vingt& huitieme fur le foir. Il eft ainfi efcrit, prefque de mot à mot, en ces mefmes termes, dedas le papieriournal de fa maifon. Si n'y eut fur l'heure fufpicion aucune qu'il euft efté empoisonné: mais on dit que fix ans apres, il s'en defcouurit quelque indice, a raifon dequoy, fa mere Olympias fit mourir beaucoup de gens,& ietta au vent les cendres d'Iolas, au parauat decedé, pource qu'on difoir, que c'eftoit luy qui luy auoit baillé à boire le poifon. Ceux, qui tienent que ce fut Ariftote, qui confeilla à Antipater de ce faire, par le moyen duquel fut porté le poifon, difent qu'vn Agnothemis le raconta apres l'auoir ainfi ouy dire au Roy Antigonus,& fut le poifon, à ce qu'ils difent, vne eau froide comme glace qui diftille d'vne roche eftant au terrisoire de la ville de Nonacris,& la recueille- on ne plus ne moinsqu'vne rofee dedans la corne du pied d'vn afne, pource qu'il n'y a autre forte de vaiffeaux qui le puiffe contenir, tant elle eft extrem: ment froide& perçante. Les autres maintienent, que tout ce, qu'on conte de ceft empoifonnement eft faux,& alleguet pour le prouuer vn argument, qui n'eft pas petit, c'eft que les principaux Capitaines, incontinent qu'il eut rendu Pefprit, entrerent en grande diffention, à raifon de laquelle le corps demeura par plufieurs iours tout nud fans eftre enfeuely, en pays chaud& e- ftouffé,& neantmoins iamais n'apparut figne aucun fur le corps, qui donnaft fufpicion ny coniecture de poifon, ains fe mainting toufiours net& frais& entier. Il laifla Roxane enceinte, laquelle pour cefte occafion eftoit honnoree& reueree des Macedonies: mais elle hayffoit extremement Statira, pour vne ialoufie qu'elle auoit conceue à l'encontre d'elle,& la trompa moyennant vne lettre contre- faite qu'elle luy euoya, comme fi Alexandre luy euft mandé, qu'elle vint deuers luy mais fi toft qu'elle fut arriuee, Roxane la tua elle& fa fæeur, puis en ietta les corps dedans va puits, qu'elle fit apres combler du feu,& auec l'aide de Perdiceas, qui eut incontinent apres le deces d'Alexandre, l'authorité& puiffance principale, à caufe d'Aridæus, lequel il tramoit toufiours quant& luy, comme fauue- garde de fon authorité Royale. C'eft Aridæus eftoit né d'vne femme de baffe condition& publique nommee Philinnas& fi n'auoit pas au demeurant le fens bo, pour vne indifpofition de fa perfonne, laquelle ne procedoit point de nature ny d'ancun accident fortuit: car au contraire on dit qu'es fa premiere enfance, il apparoiffoit en luy ne fay quoy er en fa t, mais dreap tamen speake * iij 356 IVLIVS CESAR. JA de bonne& gentille nature: mais que le corps ayant efté gafté par quelques breuuages qu'Olympias luy bailla, l'entendement s'en fentit aufsi& s'en déuoya. IVLIVS CESAR. CAESAR L. PERRIVO eloit m qui alloy qu'ils tro auoit no & eftan barqua ayante pris par trieurswires& Tur dema deux.co & de luy f'in dec demeura meurtrie de fes at fi peu de Comman eux, non Γανυν& YLLA fe trouuant au deffus de fes affaires voulut, que Cæfar repudiaft fa femme Cornelia fille de Cinna qui auoit pour vn temps eu fouueraine puiffance à Rome: mais ne l'ayant peu ny par promeffes, ny par menaces induire à ce faire, il luy confifqua fon douaire:& la caufe pourquoy Cæfar vouloit mal à Sylla, eftoit la parenté, qu'il auoit auec Marius, lequel auoit eu à femme Iulia propre fœur du pere de Cæfar, de laquelle il auoit eu le jeune Marius, qui par ce moyen venoit à eftre coufin germain de Cæfar. Mais Sylla au commencement de fes victoires eftant empefché à de plus grandes chofes,& à fai re mourir tant d'autres de fes aduerfaires ne tint plus conte de le faire cercher,& luy ne fe cótenta pas d'eftre en feureté caché, ains fe prefenta de luy- mefme au peuple, demandant vne place vacante de preftrife, eftant à peine entré en fon adolefcence, dót il fut debouté, par le moyen de ce que Sylla fous main luy fut aduerfaire:& come il fut entre- deux de le faire dauatage tuer, quel ques vns de fes familiers luy diret, qu'il n'y auoit point de propos de faire mourir vn fi ieune garçó: mais il leur repliqua, qu'ils n'e ftoyent pas bien fages, s'ils n'apperceuoyent, qu'en ce ieune garçon y auoit plufieurs tels que Marius. Cefte parole ayant efte rap portee à Cæfar, il s'ofta de Rome,& demeura long temps caché au pays des Sabins, allat toufiours d'vn lieu à autre: mais vn iour qu'il fe faifoit tranfporter d'vne maifon en vne autre, à caufe que fe fes fa exercic ce,& c puis mon deua qu'il prenc ler ain neffer & que ment a ces lar fien pr perion rel he AL bailla, Tem faires voo Cornelia fille eu fouverai peu by par re à ce faire le pourquo oit auec Ma mere de Cal oyen ven mmencemed boles,& afi sconte del ere cache ne place ence, doc y fut ad tuer, que de prop qu'il ieune g anselfi mps ca IV LIVS CÆSAR. 327 il eftoit malade, il tomba entre les mains des fatellites de Sylla, qui alloyent recerchans ces lieux- là,& prenoyét au corps ceux, qu'ils trouuoyet cachezitoutes fois il corrompit le Capitaine, qu auoit nom Cornelius, moyennant* deux talens qu'il luy donna* Douze ces & eftant ainfi efchapé defcendit vers la cofte de la mer, où il s'e efcus. barqua,& fe retira en la Bithynie deuers leRoy Nicomedes, li où ayant efté vn peu de temps, ils remonta derechef fur mer,& fut pris par des courfaires aupres de l'fle de Pharmacufe: car ces efcu meurs- la tenoyer defir toute la marine auec groffes flortes de na uires,& nobre infiny de vaiffeaux. Ces courfaires de prime- face luy demandoyent vingt talens pour fa rançon, dont il fe moquá* Douze d'eux, comme ne fachans pas quel perfonnage ils auoyent pris, mille efcus. & de luy- mefme leur en promit* cinquante, puis enuoya fes ges Trentem I'vn deça, l'autre delà, au recouuremét des deniers, tellemet qu'il le efcus. demeura feul entre ces lartons Ciliciens, qui font les plus grands meurtriers& les plus fanguinaires hommes du monde, auec vn de fes amis& deux efclaues feulement:& neantmoins il en faifoit fi peu de côte, que quad il auoit enuie de dormir, il leur enuoyoit commander, qu'ils fe teuffent. Si fut trente huit iours entiers auec eux, non comme prifonnier gardé, ains plus toft comme Prince fuyuy& accompagné d'eux, ne plus ne moins, que fi c'euffent e- fté fes fatellites. Durant lequel temps il fe iouoit& esbatoit aux exercices de la perfonne auec eux nayfuement en toute affeuranice,& quelquefois efcriuoit des vers, ou compofoit des harangues, puis les appelloit pour les luy ouyr reciter,& fi d'aduenture ils ne monftroyet y prendre gouft& en faire eftime, il les appelloit tout deuant eux ignorans& barbares,& en riant les menaçoit fouuét qu'il les feroit pendre: dont eux eftoyent bien aifes, à caufe qu'ils prenoyent le tout en ieu, penfant que cefte fiene franchife de par ler ainfi libremet à eux, ne procedoit que d'vne fimplicité de ieuneffe nayfue: mais quad fa rançon fut venue de la ville de Milet, & que l'ayant payee, il fut remis en fa liberté, il arma foudainement quelques vaiffeaux dedas le port de Milet pour aller apres ces larrons, lefquels il trouua encore à l'ancre en la mefme ifle: fi en prit la plus grande partie,& pilla leur bien, mais quant aux perfonnes, il les mena en la ville de Pergamum, là où il les mit en prifon, pendat qu'il alla parler à celuy qui pour lors auoit le gouyernement de l'Afie, qui eftoit vn nommé Iunius.comme a luy appartenant de faire la iuftice de les mal- faiteurs, attendu qu'il e ftoit Præteur de l'Afie: mais ce Præteur ayant belle enuie de met tre la main fur leur argent, à caufe qu'il y en auoit bonne fomme, refpondit, qu'il aduiferoit tout à loifir au fait de ces prifonniers: parquoy Cæfar le laiffant là, s'en retourna à Pergamum, là où il fi publiquement pendre& mettre en croix tous ces larrons.com me il leur auoit fouuentefois predit& promis en l'ifle, là où il femm z isiy IVLIVS CESAR. 328 bloit, qu'il ne fe fit que iouer.Depuis comme la puiffance de Sylla commençait à fe paffer, fes amis luy manderent qu'ils s'en retournaft à la maison: parquoy il s'en alla premierement à Rhodes, pour y eftudier quelque temps fous Appollonius fils de Moló, que Ciceron mefine oyoit, car c'eftoit vn honnefte homme,& vn grand mailtre de Rhetorique& d'eloquence. On dit, que Cæfar eftoit fort heureufemét né pour bien parler& plaider deuant vn peuple,& qu'outre l'aptitude naturelle qu'il y auoit, il s'y eftoit encore fort diligemmét exercité, de maniere, que fans nulle dou te il auoit le fecond lieu des bien difans de fon temps,& en quita le premier pour entendre à fe faire plustoft le premier en armes, én puillance& authorité n'eftat pas arriué iufques à tel degré de Ja perfection de bie dire, que fa nature l'euft peu conduire, pour auoir plus toft voulu vaquer aux guerres& au maniement d'affai res, qui en fin de conte le redirent feigneur de l'Empire Romain. Al'occafion dequoy au liure, qu'il compofa depuis alencontre de celuy, que Ciceron auoit efcrit à la louange de Caton, il prie les le& teurs, qu'on ne face pas comparaifon du ftile d'vn homme de guerre à l'eloquence d'vn excellent orateur, qui y auoit employé la plus part de fa vie.Retourné qu'il fut à Rome, il appella en inftice Dolabella, le chargeant d'auoir mal& violetemét verfé au gouuernement de fa prouince,& y eut plufieurs villes Grecques qui luy enuoyerent leur refmoignage: toutefois Dolabella en fur abfous,& Cæfar voulant rendre la pareille aux Grecs de la bone affection qu'ils auoyent monftree enuers luy au fait de cefte aceufation, prit en main la caufe pour eux quand ils accuferent de concuffion Publius Antonius, deuant Marcus Lucullus Præteur de la Macedoine, là où il le pourfuyuit fi viuement, qu'Antonius fut contraint d'appeller deuant les Tribuns du peuple à Rome, allegant, pour donner couleur à fon appel, qu'il ne pouuoit a- uoir fa raifon en plaidant dedas la Grece contre les Grecs. Si fut incontinent Cæfarà Rome en la grace de beaucoup de gens, par le moyen de fon eloquence, à caufe qu'il defendoit leur caufe en jugement,& fingulierement aimé& bien voulu de la commune. pour vne graticule façon qu'il auoit de faluer careffer& arraifonner priuément& familierement tout le monde, eftant en ce- la plus foigneufement courtois que fon aage ne portoit,& fiyauoit encore quelque faueur pour la bonne table& maifon plantureufe qu'il tenoit ordinairement& pour la magnificence de la ; defpenfe qu'il faifoit en tout le refte de fon viure, laquelle petit a petit le pouffoit en auant,& luy donnoit credit enuers le peuple. Et fes cnuieux cuidas que cefte faueur luy deuft faillir aufsi toft, qu'il ne pourroit plus fournir à la defpenfe, ne tindret côte de la rabatre du commencement,& la laifferent peu à peu croiftre& venir en vigueur mais à la fin l'ayas laiffé deuenir grande& malaifee aile a re & chang rectrop que la c quand mier d proced ne mou te mer decelle Fur Cicer fb per er la tel qu'vn fimal- h blique R la premi lance, qu deftà di de Caius feconde Marius me fon de fes image depa & ad public ce fait mens d Hot bo les hone qu'on le toute an bres i la cederma Pen a natur fteur ilho fait P charg lere onius Elude ete bomme On dit que plaider de que las nullet peng uesitel dep Empire Ro is alencoe Catonal pr d'un homm auoit emp appella en met verfe IVLIVS CESAR. 329 aifee à renuerfer, cobien qu'elle tendift manifeftement à remuer & changer vn iour tout l'eftat de la ciofe publique, ils apperceu ret trop tard, qu'il n'y a fi petit comencemet en chofe quelconque que la continuation& perfeuerace ne rende bié toft grád& fort, quand pour le mefprifer on n'y met point d'épefehemét. Le premier donc qui femble auoir eu desfiance& crainte de fa façon de proceder en l'entremife des affaires de la chofe publique, ne plus ne moins que le fage pilote qui redoute vae bonace riate en hau te mer,& qui coneut la rufee malice qu'il cachoit fous le mâteau de celle priuauté, courtoilie& gayeté qu'il monftroit au dehors, fut Ciceron. Mais quand ie confidere, ce difoit- il, cefte perruque fi bie peignee,& fi curieufemét accouftree,& que ie luy voy grat ter fa tefte du bout d'vn doigt feulement, il m'eft aduis au contrai re, qu'vn tel homme ne pourroit iamais auoir mis en fa tefte vne fi mal- heureufe entreprife, que de vouloir ruiner la chofe pu-blique Romaine. Toutefois cela fut long temps depuis. Au refte, la premiere demonftration, que luy fit le peuple de la bien- vueillance, qu'il luy portoit, fut quand il demanda vn eftat de Tribun, c'eft à dire, de Capitaine de mille hommes de pied, à l'encontre de Caius Pompilius,& qu'il l'emporta,& fut efleu deuant luy. La feconde& plus euidente que la premiere, fur, quand la femme de Marius, Iulia, qui eftoit fa tante, mourut: car il fit fur la place cóme fon neueu, vne harangue funebre à fa louange,& au conuoy de fés obfeques eut bien la hardieffe de mettre en euidence des images de Marius, qui fut la premiere fois qu'elles furent veuës depuis la victoire de Sylla, à caufe que Marius& tous fes confors & adherens auoyent efté iugez& declarez ennemis de la chofe publique. Car comme quelques vns murmuraflet& criaffent pour ce fait contre luy, le peuple bruyant à l'encontre, auec grads bate mens de mains monftra, qu'il en eftoit bien aife,& qu'il luy fauoit bon gré de ce qu'il ramenoit des enfers, par maniere de dire les honeurs de Marius en la ville de Rome, apres vn fi long teps qu'on les auoit tenus enfeuelis. Or eftoit- ce bien la couftume de toute ancienneté, que les Romains faifoyent des harangues fune bres à la louange des femmes aagees, quand elles venoyent à deceder: mais no pas des ieunes:& Cæfar fut le premier qui loua ain fi publique mét fa feme decedee, ce qui luy adioufta encore quelque bien- vueillance,& fit que la commune par vne compafsion l'en aima encore dauantage, comme homme de bonnaire& de nature cordiale.Apres les obfeques de fa femme il s'en alla Que fteur, c'eft à dire, Threforier fous le Præteur Antifti' Vetus, le q il hónora toufiours depuis, en forté que quand il fut luy- mefme fait Præteur, il fit eflire fon fils Quæfteur puis au retour de cefte charge il efpoufa fa troifieme femme Pompeia, ayant de fa premiere Cornelia, yne fille, qui depuis fut mariee à Popeius le grad es Grecque abella en fut de la bone it de cefte a acculerende allus Prane plea Rome ne poute Grees. Sif de gensp eur caule e commune & arais nt en ce,& fya fon plan ence del elle per le peop ir auisit et code 1 * Sept cens quatre vingt mille efcus. IVLIVS CÆSAR. l autre d deffus, Ca fur pour Cafar, o far n'allo tétant de refpódi en eftim Refere delavolo ferale p apas de les p Fauthori 33° Mais en faifant cefte defpéfe extreme qu'il faifoit pour laquelle il fembloit à quelques vns qu'il achetoit vne fumee de faueur populaire courte& de peu de duree trop cherement, là où au contraire il achetoit les plus grandes chofes, qui foyent en ce fronde à bien petit pris. On dit, que deuant qu'il cuft aucuri office de la chofe publique: il fe trouua endeté de la fomme de* treze cés talens.Et pource qu'ayant efte commis à la charge de faire repa rer& entretenir le paué du grand chemin qui s'appelle la voye d'Appius, il y defpendit beaucoup du fien:& que d'autre part à fo aduenement à l'office de Edile, il donna au peuple l'efbatement de voir combatre trois cens& vingt couples de gladiateurs, c'eft à dire, efcrimeurs à outrance,& qu'en toute autre fomptuofité de faire iouer ieux,& donner feftins publiques, il abyfma, par mani ere de dire, la magnificence de tous ceux qui s'eftoyent efforcez d'en faire au parauant, il rendit le peuple tellement affectionné enuers luy, qu'il alloit imaginant de nouueaux eftats, nouveaux honeurs& nouuelles charges pour les recompefer. Ot y auoit- il dedans Rome deux ligues& partialitez, l'vne de Sylla, qui eftoit forte& puiffante,& celle de Marius, qui n'ofoit pas alors leuer la tefte, tät elle eftoit diffipee, mife au bas& rauallee: mais Cæfar la voulant remettre fus, au temps mefmement que les feftes, efbatemens& ieux publiques de fon Ædilité eftoyent en plus grande vogue, il fit fecretement faire des images de Marius,& des vi& toires qui portoyent des trophæes, lefquelles images il alla vne nuit pofer& dreffer dans le Capitole. Le lendemain au matin quand on y vit reluyre ces ouurages dorez& fingulierement bie faits& bié labourez, tefmoignans par les inferiptions que c'eftoyent les victoires que Marius auoit gaignees fur les Cimbres, chacun s'efinerueilla grandement de la hardieffe de celuy, qui les auoit ofé mettre là, car on fauoit affez que c'eftoit:& en eftant incontinent le bruit efpandu par toute la ville, chacun y accourut pour les voir.Siy en eut aucuns, qui crieret à l'encôtre de Cæ far, que ceftoit vne tyranie, qu'il fe baftiffoit en refufcitant, par maniere de parler, des honeurs, qui auoyét efté enfeuelis& enfouys dedas la terre par edicts& ordonnäces publiques,& que ce la n'eftoit qu'vne efpreuue& vn effay pour fonder la volonté du peuple qu'il auoit appafté par la magnificence de fes efbats publiques, afin de fentir, s'il efto it affez appriucifé,& s'il endureroit bie qu'o iouaft à tels ieux,& qu'on remuaft de telles nouuelletez. Au cótraire, ceux de la part de Marius s'affeuras les vhs les autres fe declareret en bie grand nobre, faifans retentir tout le mont du Capitole à force de crier& de bättre des mains, en maniere que les larmes en vindret aux yeux de plufieurs, de grade ioye qu'ils eurent, quand ils virent les images de Marius,& en fut Cæfar hau tement loué& eftimé par eux comme perfonnage plus digne que nal contre l'a prefenta la brigue homme d de de l'iff ter fous fa pourfu replus g poyaft dit en #ain peupl queur F gens de faire au Jus& P efpargn luy auo lement ruiner e Colp men quer Cice teur prece L ent enc nd acand age de fa ' appelle lo e Telbam glatzen fompra eftuyent dent aft r. Or ya Sylla quid salors leve mais Cal feftes, efb plus gran ,& des vi sil alla vn ain au that lierement cions que c les Cimbe de celuy & en e acony acc côtre de leimant, pa elis& en & que cr volonté d efbars p endurer oudelle s les au le mion manier de joyeu IVLIVS CÆSAR. a 33x nul autre de la parenté de Marius:& eftant le Senat affemble là deffus, Catulus Lutatius, l'home de la plus grande authorité qui fut pour lors dedans Rome, fe leua& parla fort afprement cótre Cafar, où il dit vne parole, qui depuis à bien efté notee, Que Cafar n'alloit plus par mines fecrettes, ains par ouuerte batterie attétant de ruiner la chofe publique: toutesfois Cæfar a l'heure luy refpódit fi bien, que le Senat s'en cótenta, dont ceux, qui l'auoyét en eftime, fe leuerent en efperance encore dauangage,& l'admonefteret, qu'il prift hardimet cœur de ne ceder à perfonne,& que de la volonté du peuple mefme, il furmonteroit tous les autres,& feroit le premier home de la ville. Sur ces entre- faites alla de vie à trefpas le fouuerain Pontife Metellus, pour la prelature duquel deux les plus notables perfonnages de la ville,& qui auoyét plus d'authorité au Senat, Ifauricus& Catulus, entreret en brigue l'vn contre l'autre:& neantmoins Cæfar ne leur ceda point, ains fe prefenta au peuple, la demandant aussi bien comme eux:& eftát la brigue des vns& des autres egale, Catulus d'autant qu'il eftoit homme de plus grande dignité, craignant dauantage l'incertitu de de l'iffue de l'eflection, enuoya deuers Cefar, luy faire prefenter fous main groffe fomme de deniers s'il fe vouloit deporter de fa pourfuyte: mais il luy fit refponfe, qu'il en empruntefoit encore plus groffe fomme pour debattre cefte brigue à l'encontre de luy. Quand le iour de l'eflection fut efcheu, come fa mere le conuoyaft iufques à la porte de fon logis les larmes aux yeux, il luy dit en l'ambraffant: Ma mere, tu verras auiourdhuy to fils fouue rain Pontife, ou bien banny de Rome. Finalement les voix du peuple recueillies,& la brigue bien debattue, il fe trouua vainqueur& l'emporta: ce qui donna grande crainte au Senat& aux gens de bien, pource qu'ils eftimerent, q de lors en auät il feroit faire au peuple, tout ce qu'il voudroit: à l'occafion dequoy, Catulus& Pifo reprenoyent grandement Ciceron, de ce qu'il auoit efpargné en la defcouuerture de la coniuration de Catilina, où il luy auoit donné prife fur luy.Car Catilina ayant propofé no fenlement de renuerfer l'eftat de la chofe publique, mais auffi de ruiner entierement l'empire de Rome,& mettre tout fans deffus deffous, efchappa des mains de la iuftice, à faute de preuues fuffifantes, auant q le fond de fes cöfeils fut à plein defcouuert.mais il laiffa dedans la ville Lentulus& Cethegus compagnons de fa cófpiration, aufquels on ne fait pas fi Cæfar dóna point fecrettement quelque cofort& aide: mais bien eft- il certain, que publi quement eux ayans efté en plein Senat conuaincus& fait,& come Ciceron, qui eftoit pour lors Conful, demandaft à chafque Senateur fon opinion, comment on les deuoit punir, tous les autres precedens iufques à Cafar, opinerent qu'il les falloit faire mcu: mais Cafar quand ce fus à luy à parler fe dreffant en pied 3321 IVLIVS CÆSAR. & qu'il eft donoit for cun troub vn boift me de n & eloqu temerit mefcha far, laque eftraine d'honneu Le pouvon mandre palend la lent Gyn fe Pattrib Roy Mid des bois m celle des prononça vne harangue, qu'il auoit premeditee, en laquelle il difcourut, que ce n'eftoit point chofe accouftumee ny iufte que de faire mourir des hommes, mefmement de relle nobleffe& de telle dignité, que prealablemet on ne leur euft fait leur proces, & qu'ils ne fuffent iudiciellement condanez, fi ce n'eftoit en vne extreme necefsité: mais fi on les mettoit en prifon en quelques villes de l'Italie telles, que Ciceron aduiferoit pour le mieux, iuf ques à ce que Catilina fut des fait, alors le Senat pourroit en paix ordonner tout à loifir, ce qui en deuroit eftre fait. Cefte opinion fembla plus humaine, auec ce qu'elle fut prononcée d'vne grande grace& vehemence d'eloquence, de forte que non feulement ceux qui opinerent apres luy, la fuyuirent, mais aufsi plufieurs de ceux qui auoyent opiné parauat, reuoqueret leur premiere fentéce,& adhererent à la fienne, iufques à ce que le rang de parler fut venu à Caton& à Catulus, lefquels y contredirent fort& ferme, principalemet Cato, qui parla de forte, qu'il rendit Cæfar mefme fufpect de la confpiration,& fe formalifa vigoureufement contre Juy, de façon que les criminels furet mis entre les mains des executeurs de iuftice pour les faire mourir:& comme Cæfar fortift du Senat, il y eut vne trouppe de ieunes hommes, qui accompagnoyent Ciceron pour la feureté de fa perfonne, qui luy coururent fus les efpees defgainees aux poings: mais on dit que Curio le couurit lors de fa robbe,& le tira d'entre leurs mains:& Cicero mefme, comme ces ieunes hommes iettaffent les yeux fur luy, leur fit figne de la tefte, qu'ils ne le tuaffent point, fuft ou pource qu'il redoutaft la fureur du peuple, ou bien qu'il eftimaft, que ce feroit mefchammet& iniuftement fair. Toutesfois fi cela eft veritable, ie m'esbahis bien, comment Ciceron ne l'a mis au traitté, qu'il a fait de fon Confulat: mais comment qu'il en foit, il fut depuis bla( mé de n'auoir vfé de l'occafion, qui fe prefentoit lors à propos contre Cæfar,& d'auoir trop redouté le peuple qui embraffoit fort affectueufemet fa protectio. Car peu de iours apres eftant allé au Senat pour refpondre aux foupçous& prefomptios qu'il y auoit contre luy,& y ayant efté rabroué fort rudement, tenant le Senat plus long temps qu'il n'auoit accouftumé, le peuple s'en vint à l'entour de la falle le demander,& crier tout haut qu'on le laiffaft fortir: pourquoy Cato craignant principalement la mutination des poures difereux, qui eftoyent ceux, qui efmouvoyent tout le demeurant du peuple, ayans mis leur efperace en Cæfar, il fuada au Senat de leur faire diftribuer gratuitement du bled pour vn mois, laquelle diftribution venoit à apporter de defpéfe nouuelle à la chofe publique la fomme de cinq cens cinquante mille efcus, Ce cofeil efteignit pour lors euidemment vne grande crainte,& difsipa la principale partie de la puiffance de Cæfar en temps fort opportun lors qu'il s'en allois eftre Præteur, & qu'il 28 10ur de vignes,& la table a quelqu' dedans part ell acelle eft elch du fact fort tou ordre à la nuit mellé pa femme d qui n'auo tre point There quise deme la par rant ant to des fer lepia me, en b elle noble tait lewy centeftin IVLIVS CESAR. 333 & qu'il eftoit plus à craindre que iamais pour l'authorité que luy dónoit fon magiftrat, du temps duquel toutesfois il n'aduint aucun trouble en la chofe publique, ains luy arriua à luy- mefme vn finiftre accident en fa maifon. C'eft qu'il y auoit vn ieune hōme de noble patriciene maifon, nommé Clodius, homme riche & eloquent, mais au demeurant ne cedoit en audace infolence& temerité à nul de ceux, qui ont efté les plus renommez pour leur mefchanceté. Il deuint amoureux de Pompeia, femme de Cxfar, laquelle n'en eftoit pas mal- contente: mais on la tenoit en fi eftroitte garde,& la mere de Cæfar, Aurelia, femme de bien& d'honneur, auoit l'œil fur elle de fi pres, que ces deux amans ne pfe pouuoyent trouuer enfemble, qu'auec grande difficulté& no moindre danger. Or adorent les Romains vne deeffe qu'ils apdepellent la Bonne deeffe, comme les Grecs ont celle, qu'ils appel ion en qu worlt min pourroire Cefte op premiere fort& Calar femento mains des Calari U accom i luy cou it que Can ins& Cice eux fur lu tou pour fimalt que cela ef mis antra refentoit l lent Gynæcia, qui eft à dire, la deeffe des femmes,& les Phrygies fe l'attribuans à eux particulierement, difent que c'eft la mere du Roy Midas: mais les Romains tiennent, que c'eft vne Nymphe des bois maryee au dieu Faunus,& les Grecs veulent que ce foit celle des meres de Bacchus qu'ó n'ofe nommer, en figne dequoy au iour de fa fefte fe font des ramees& fueillades de braches de vignes,& y a vn Dragon facré pres l'image de la deeffe fuyuant la fable qu'on en recite, ioint qu'il n'eft point loyfible à homme quel qu'il foit, d'afsifter à ces facrifices, non pas feulement eftre dedans la maifon, là où on les fait:& dit- on, que les femmes à part elles y font plufieurs ceremonies, lefquelles reffemblent fort à celles des facrifices d'Orpheus. Quad donc le temps de la fefte eft efcheu, le mary, en la maifon duquel fe doit faire l'affemblee du facrifice, qui eft I'vn des Confuls ou des Præteurs,& auec luy fort tout autre mafle de so logis,& fa feme demeure pour doner ordre à toute la maifon, là où la plufpart des ceremonies fe font la nuit,& y a tout plein de ioyeufetez de chans& de musique meflé parmy ces veiles, qui durent toute la nuit. Pompeia donc femme de Cæfar ayant à celebrer celle annee la fefte, Clodius qui n'auoir point encore de barbe,& par, ce moyen efperoit n'eftre point defcouuert, fe defguifa de l'accouftrement d'vne meneftriere, pource qu'il auoit le vifage affez femblable à vne ieune femme:& trouuant les portes ouuertes fut fans eftre apperceu mis au dedans par vne chambriere, qui eftoit de l'intelligence,& qui s'en courut deuant pour aduertir Pompeia de fa venue: elle demeura affez longuement à retourner,& Clodius n'ayant pas la patience de l'attendre au lieu où elle l'auoit laiffé, s'en alla errant çà& là parmy la maison, qui eftoit grande& fpacieufe, fuy ant toufiours la lumiere,& fut d'aduenture rencontré par l'vne des feruantes d'Aurelia, laquelle cuidant que ce fuft vne femme, le pria de ioner,& comme il en fift refus, elle le tira en auant, luy uple qui en jours apr refomptio dement, le peu out hau palemen iefmo perices tuitem pporter q cens Coment IVLIVS CESAR. Cafar ment de importu nant, ils lege po en dit, te ville спрош demand eftatsk voit po homeurs 334 demandant qui& dont elle eftoit. Clodius adonc luy refpondit, qu'il attendoit l'vne des femmes de Pompeia, qui s'appelloit A bra, ainfi eftant coneu à la voix, la feruante d'Aurelia s'en courut incontinent là où eftoyent les lumieres& la trouppe des Dames, criant qu'elle auoit trouué vn homme defguifé en habit de femme: dequoy les Dames fe trouuans eftonnees, Aurelia fit aufsi toft ceffer les ceremonies du facrifice,& cacher ce qu'il y auoit de fecret,& quant& quant elle- mefme les portes de la maifon fermees, alla par tout auec torches& flammeaux pour trouuer ceft homme, lequel fut à la fin trouué dedans la chambre de la feruante de Pompeia, auec laquelle il s'y en eftoit fuy,& eftant reconeu des Dames, fut chaffé dehors de la maifon par les efpaules. Si ne faillirent pas les Dames de raconter le fait à leurs marys la nuit mefme, auffi toft qu'elles furent de retour en leurs maifons,& courut le lendemain vn bruit par toute la ville, que Clodius auoit attenté vne chofe mal- heureufe& mefchante,& qu'il en deuoit payer la peine, non feulemét à ceux à qui il auoit fait ceft outrage, mais aufsi à la chofe publique& aux dieux,& y eut l'vn des Tribuns du peuple, qui l'appella en iuftice& l'accufa de læfe maiefté diuine:& y eut aucuns des plus puiffants& principaux homes du Senat, qui fé banderent auffi côtre luy, le chargeans de plufieurs autres horribles diffolutions, mefmemét d'auoir commis incefte auec fa propre facur, qui eftoit mariee à Lucullus: toutefois le peuple s'oppofant à leurs chaudes pourfuyres, defendit Clodius,& luy feruit de beaucoup enuers fes iuges, qui fe trouuerent eftonnez,& eurent peur d'irriter la comune.Ce neantmoins Cæfar incontinent repudia fa femme, à raifon dequoy, eftant appellé par l'accufateur pour porter tefmoignage à l'encontre de Clodius, il refpondit, qu'il ne fauoit rie de ce, qu'on propofoit contre luy Cefte refponfe eftant trouuee efträge, l'accufateur luy demanda, comment& pourquoy donc il auoit repudié fa femme: Pource, dit- il, que ie ne veux pas, que ma femme foit feulement foupçonnee.Et difent les vnsique Cafar le penfoit à la verité ainfi, comme il l'affermoit: les autres eftiment, qu'il le faifoit pour gratifier au commun peuple, qui defiroit comment que ce fuft, fauuer Clodius, lequel fut aufsi abfous de ce crime, par ce que la plupart des iuges donna fà fentence en lettres confules, craignant d'vn cofté le danger de la commune, s'ils le condamnoyent,& de l'autre cofté, la mauuaife opinion des gens d'honneur, s'ils l'abfouloyent. Au demeurant eftans efcheu à Cęfar, à l'iffue de fa Pręture, le gouuernemer de l'Hefpagne, fes creanciers vindrent crier apres luy,& l'importuner pour eftre payez fur fon partement,& ne pouuant cheuir à eux, il fut contraint de recourir à Craffus, qui eftcit pour lors le plus riche homme de la ville de Rome,& q auoit befoin de l'executio& actiue viuacité g parcela premier Helpag & Payan quise pr quelle do vous fem Alexand de pays memoire mença qu'en p pied, o les Ca la gra De rec bon or Lageme villes e tout pad teurs& creancie leurs de retourn Sond Rom trion doye trou aute de R. ང་ ན་ ཟི ། en habi Aurelia merce qu'il pour t La chambre oute la vil melcha eux aquila fice& lants& e luy lech elmemer mariee à L et pouring mets fes ing la comune elmigu e de ceg erige, il auoitre ema fe arle pen qu'il Commen ce crim ettres co me, s'ils on deg chevil goes reftrep IVLIVS CESAR. 335 de Cafarà l'encontre de la puiffance de Pompeius, au gouuerne ment de la chofe publique. Craffus refpondit pour luy à fes plus importuns creanciers& qui le preffoyent le plus en fe conftituat plege pour la fomme de huit cens& trente talents, quoy moye-* Neuf cens nant, ils le laifferent aller en fon gouuernement: auquel voyage quatre vinge on dit, qu'en trauerfant les monts des Alpes, il paffa parvne peti-& dix mil te villette de Barbares habitée de peu d'hommes poures& mal le efcus. en point, là où fes familiers, qui l'accompagnoyent, fe prirent à demander en riant entr'eux, s'il y auoit point de brigues pour les eftats& offices de la chofe publique en cefte ville- là,& s'il y a- uoit point de debats& d'enuies entre les principaux pour les honneurs d'icelle,& Cæfar parlant à certes, refpondit, le ne fay pas cela, dit- il, mais quant à moy r'aimeroye mieux eftre icy le premier, que le fecond à Rome. Vne autrefois femblablement en Hefpagne, il fe mit à lire quelque hiftoire des faits d'Alexandre, & l'ayant leue il demeura longuement penfif en foy- mefme,& puis fe prit à plorer.Ce q voyans fes amis, s'efmerueillerent fort, quelle douleur en pouuoit eftre la caufe,& il leur refpondit, Ne vous femble- il pas, que ce foit affez pour fe douloir, que le Roy Alexandre, en l'aage où ie fuis, ait iadis tant coquis de peuples& de pays,& que ie n'aye encore fait chofe quelconque digne de memoire? Parquoy fi toft qu'il eut le pied en Hefpagne, il commença incontinent à mettre la main à la befongne, de maniere qu'en peu de iours il eut fait dix nouuelles enfeignes de gens de pied, outre vingt autres qui y eftoyent defia,& les menant cótre les Callæciens& Lufitaniens y conquit tout,& penetra iufques à la grande mer Oceane, fubiugant toutes les nations qui parauant ne reconoiffoyent point les Romains à feigneurs:& s'il y donna bon ordre, quant aux affaires de la guerre, il n'ordona pas moins fagement ne moins diligemment ceux de la paix, remettant les villes en bonne vnion& concorde, les vnes auec les autres,& fur. tout pacifiant les proces& differents qui eftoyent entre les detteurs& les creanciers à raifon des vfures: car il ordonna que les creanciers prédroyent par chacun an les deux pars du reuenu de leurs detteurs, iufques à ce qu'ils fuffent entieremét rembourfez, & que les detteurs s'aideroyent de la troifieme, pour lesquelles il retourna de fon gouuernement en bonne reputation, s'y eftant Juy- mefme fait riche,& y ayant auffi enrichi fes foldats, qui à rai fon de ce, luy donnerent le titre& le nom d'Imperator, qui fignifie fouuerain Capitaine. Mais pource que les loix& ordonnances Romaines vouloyent, que ceux, qui pourfuyuoyent l'honneur du triomphe, demeuraffent dehors la ville,& que ceux, qui demandoyent le Confulat, fuffent au contraire, dedans en perfonne, fe trouuant en cefte difficulté, à caufe qu'il eftoit arrivé iuftement au temps que fe deuoit faire l'eflection des Confuls, il enuoya 336 IVLIVS CESAR.I grandem indigne roit,& ftoft fu le com Jant en Juy do à Seru celled Syllad de Pil dieux à per me f Romain donner des cha Et Bibu faire to ains qu la place Jerefte efponfe fupplier le Senat de luy faire la grace, qu'il peuft abfent par l'entremife de fes amis prochaffer le Confulat: à laquelle requefte Caton du commencement refifta, allegant la loy expreffe, qui eftoit formellement au contraire: mais depuis voyant, que nonobftant fes oppofitions, plufieurs des Senateurs gaignez par Cafar, inclinoyent à fa requefte il effaya de la faire neantmoins reffortir à neant, luy fouftrayat le temps, en confumant tout le iour à parler. A l'occafion dequoy Cæfar fe refolut de quitter pluftoft la pourfuyte du trióphe,& d'entendre à celle du Confulat,& entrant dedans la ville y mena vne pratique, laquelle abufa tout le monde, excepté Caton: ce fut la reconciliation de Popcius& de Craffus, les deux plus grands& les plus puiffans perfonnages de la ville de Rome, tefquels eftoyent parauant en picque l'vn cotre Pautre,& Cæfar les ayant reduits en amitié,& ayat par ce moye recueilly la puiffance de tous les deux en luy feul on ne fe donna garde, que fous vn acte qui auoit la plus belle apparece& le plus honnefte titre du monde, il renuerfa fans deffus deffous toute la chofe publique Romaine: car ce ne fut pas la diffenfion de Pompeius& de Cæfar, qui fufcita la guerre ciuile, ainfi qu'on eftime communementsains fut pluftoft leur vnion, pource qu'ils s'allierent enfemble, premierement pour ruiner l'authorité du Senat& de la nobleffe,& puis apres en entrerent en querelle l'vn contre Pautre. Et Caton, qui le predit& prophetifa par plufieurs fois, en rapporta pour lors la reputation d'home fafcheux& importun, mais depuis en fut eftimé plus fage, qu'heureux en fes confeils. Ainfi fut adonc Cæfar au milieu de ces deux grads perfonnages, qu'il auoit recóciliez enseble, coduit à l'afseblee de l'eflectio, là où il fut, fans cotredit efleu Conful auec Calphurnius Bibulus:& fitoft come il fut inftalé, commeça de mettre en auät des edicts, & des loix mieux feantes à quelque feditieux Tribun du peuple, q non pas à vn Conful: attendu qu'il propofoit par icelles des departemes de terres& de diftributios de bleds, sas payer à chaque citoyen pour agreer à la comune: en quoy les gés de bie& d'honeur du Senats'oppoferent à fon entente,& luy qui ne demadoir que quelque occafion coloree, commeça à crier& protefter que la rudeffe& dureté du Senat le chaffoit mal- gré luy,& fe cótraignoit d'auoir recours à careffer le peuple,& de fait s'y en courut, ayat à l'vn de fes coftez Craffus,& à l'autre Popeius, aufquels il demada tout haut en pleine affemblee de ville, s'ils approunoy éc pas les edicts, qu'il auoit mis en auant, ils refpondirent tous deux qu'ouy parquoy il les pria de leur vouloir tenir main forte à l'écontre de ceux qui menaçoyent de les empefcher à la pointe de Pefpee, ce que Craffus promit de faire: mais Pompeius y adioufta dauantage, qu'à l'encotre de ceux qui y apporteroyet l'efpee, il y viendroit auec l'efpee& le bouclier. Cefte parole defpleut gran author ple,& deca pour s'effo le me du pe que no marris il porto ne che Tribun puis le men ofo don Con ca lary expe gagnez quitterp Confula lle abula de Poperist perican cque Fri ya par ce maréce& flous fion de l qu'on e qu'ils s'all du Sena I'vn cont curs foise importun fes confe perfonnage Peflectio Bibula it des edi du peup lles des era chaq & d'ho demadoit fter que corrai ncoutu ufquels roudov tous d Forteil pome IVLIVS CAESAR. T 337 grandement aux feigneurs du Senat, come n'eftant pas feulemét indigne de fa grauité,& mal feante à la reuerece qu'on luy deferoit,& au refpect qu'il deuoit porter au Senat, ains eftant pluftoft furieufe,& plus conuenable à quelque ieune eftourdy: mais le commun peuple, au contraire, en fut fort aife. Et Cæfar vou Jant encore plus eftroitemét embraffer la puiflance de Pompeius, luy donna en mariage fa fille Iulia, laquelle eftoit defia fiancee à Seruilius Cæpio, luy promettant en efchange de luy donner celle de Pompeius, laquelle eftoit aufsi promife à Fauftus fils de Sylla:& peu de temps apres luy- mefme efpoufa Calphurnia, fille de Pifo, lequel il fit deffeigner Conful pour luy fucceder l'annee enfuiuant. A raifon dequoy Caton alloit criant& appellant les dieux à tefmoins, que c'eftoit chofe, qu'on ne deuoit point endurer ne fouffrir, qu'ils allaffent ainfi butinant entre- eux l'empire Romain, par le maquerellage de telles nopces, en fe faifant ainfi donner les vns aux autres, des gouuernemens de prouinces,& des charges de groffes armees par le moyen de leurs maryages. Et Bibulus compagnon de Cæfar au Confulat, voyant que pour faire toute la refiftence qu'il pouuoit à ces loix, il ne gaignoit rie, ains que par plufieurs fois il c'eftoit mis en danger d'eftre tué fur la place auec Caton, il fe tint enfermé dedans fa maifon tant que le refte de fon Confulat dura. Et Pompeius aufsi toft qu'il eut efpoufé Iulia, remplit toute la ville de gens armez,& fit paffer& authorifer les loix que Cæfar mettoit en auant en faueur du peuple,& puis decerner à Cæfar pour prouince toutes les Gaules, tat deçà que delà les mots, enfemble l'Efclauonie, auec quatre legios, pour le temps& le terme de cinq annees. A quoy comme Caton s'efforçaft de contredire, Cæfar le fit prendre par fes fergens pour le mener en prifon, penfant qu'il en appelleroit deuant les Tribus du peuple: mais il s'y en alloit fans mot dire:& Cæfar voyant, que non feulement les gens de bien& d'honneur en eftoyent marris, mais aufsi que le commun populaire, pour la reuerece que il portoit à la vertu de Caton, s'en alloit apres auec vne filence& vne chere morne& trifte, il pria luy- mefme fous main I'vn des Tribuns, qu'il allaft ofter Caton d'entre les mains des fergés.Depuis lequel a& e il y eut peu des Senateurs, qui fe vouluffent trouuer fous luy prefidat au Senat, ains ne pouuans fupporter les chofes qu'il faifoit, s'en alloyent hors de la ville, entre lefquels il y en eut vn fort vieil, nommé Confidius, qui luy dit vn iour franchement, que c'eftoit pour la crainte de fes armes que les autres my ofoyent comparoir:& Cæfar luy refpondit, Et que ne te tiens- tu donc toy- mefme, pour la mefme crainte, en ta maifon? A quoy Confidius luy repliqua, Pource que ma vieilleffe m'ofte la craindecar ayant deformais fi peu à viure, ie ne me foucie plus gueres de la cótregarder Mais la plus vileine chofe, qui fut faite en tou y j 338 IVLIVS CAESAR. I Ie Cofulat de Cæfar, femble auoir efté, de faire eflire Publius Clo dius Tribun du peuple, qui luy auoit fait vn fi grand outrage en fa femme,& auoit polu& violé les faintes veilles myftiques des Dames, qui fe faifoyent dedans fa maifon.Ce Clodius ne cerchoit à fe faire eflire Tribun du peuple pour autre raifon, que pour ruiner Ciceron,& Cæfar mefme ne fe partit point de Rome pour aller trouuer fon armee, qu'il ne les eut attachez l'vn à l'autre,& chaffé Ciceron hors de l'Italie. Voila ce qu'on trouue, qu'il fit a- uant les guerres de la Gaule. Mais le temps des grandes armes& coqueftes qu'il fit depuis,& de la guerre en laquelle il fubiuga& domta toutes les Gaules, prenant vn tout autre commencement de vie,& entrant en vne façon de faire toute differente du paffé, le fit conoiftre aufsi grand homme de guerre,& aufsi excellent Capitaine, que nul des autres, qui onques furent renommez pour fages& vaillans Chef d'armees,& qui plus ont acquis de gloire pour leurs hauts faits de proueffe. Car qui luy voudra comparer tous les Fabiens, les Scipions, les Metelles,& ceux mefmes de fon temps, ou vn peu plus anciens, comme vn Sylla, vn Marius, les deux Lucullus,& Pompeius mefme, Duquel le nom iufques aux cieux s'efleue, on trouuerà que les geftes de Cæfar en toute vertu militaire& preference au fait de la guerre, les furmonte tous entierements I'vn en mal- aifance des pays: où il fit fes conqueftes: l'autre en e- ftendue des regions qu'il adioufta à l'empire Romain: l'autre en multitude& puiffance des ennemis qu'il desfit: l'autre en dureté & afpreté des homes aufquels il euft affaire, les moeurs defquels il polit& adoucit depuis: l'autre en douceur, humanite& clemen ce vers ceux qu'il auoit pris: l'autre en liberalité& beneficence grande vers ceux, qui cobatirent fous fa charge en ces guerres:& tous ennobre des journees qu'il gaigna,& multitude des ennemis qu'il occit en bataille.Car en moins de dix ans que dura la guerre de la Gaule, il prit d'affaut ou par force, huis cens villes, fubiuga trois cens nations:& ayant eu deuant foy en bataille trois millions d'hommes armez, à plufieurs fois, il en occit vn million,& en priede prifonniers bien autant. Au refte il fe fit tant aimer de fes gens, qu'ils furent fi ardemment affectionnez à luy faire feruice, qu'au lieu qu'ils n'eftoyent rien plus que les autres, quand il combattoyent pour quelque autre querelle, s'il eftoit queftion de l'honneur ou de la gloire de Cæfar, alors ils eftoyent inuincibles, & feiettoyent la tefte baiffee à tout peril, par telle fureur que nul ne les pouuoit fouftenir. Comme on peut conoifire par l'exem ple d'Acibus, qui en vne bataille nauale qu'il eut deuant la ville de Marfeille, eftant fauté dedans vn vaiffeau des ennemis y eut la main droite abbatuë d'vn coup d'efpee,& neantmoms pour cela n'abandonna point fon bouclier, qu'il venoit de la main gauche, ains ains en fuyr, Scau creue la cu defle eux: J'vn Juy quely premie nemis Qui en fe jetta rables prendr des, qu puis pa trauers il fit ta clier. auec g dat a pieds clie far, Aume difant tua lu deur d en aux le trau T de Rome grandes am mence audist excelen mefmes va Maris militaire Entieremen Pautre en e- Pautre en tre en dure us defqu e& clemes beneficen guemest e des ennen ura la guer les, ubing e trois mi million,& amer de ire ferui quand ueftion d uincible ur que par l'e sant la mis y e IVLIVS C AE SA R. I 339 ains en pouffant& frappant les ennemis aux vifages, les fit tous fuyr, de maniere qu'il demeura maiftre du vaiffeau:& Cafsius Scæua en vne rencôtre pres la ville de Dyrrachium, ayant eu l'œil creué d'vn coup de traict, l'efpaule perfee d'vn coup de ianelor,& la cuiffe d'vn autre,& ayant receu fur fon pauoys trente coups de flefches, appella les ennemis, faignant de fe vouloir rendre à eux: mais comme deux y fuffent accourus, il aualla l'efpaule à I'vn d'vn coup d'efpee,& bleça l'autre au vifage, de forte qu'il luy fit tourner le dos,& à la fin encore fe fauua- il, par- ce que quelques vns de fes compagnons y accoururent au fecours. Et en Angleterre, comme les Chefs des bandes fe fuffent iettez les premiers dedans vn marets plein d'eau& de bourbe,& les ennemis leur y couruffent fus afprement, il y eut vn fimple foldat, qui en la prefence de Cæfar, lequel voyoit à l'œil tout le combat, fe ietta au milieu des combattans,& y faifant de grands& admit rables efforts de prouefle, continua fi vaillamment, qu'il fit en fin prendre la fuyte aux Barbares,& fauna les Capitaines des bandes, qui autrement eftoyent en grand danger de leurs perfonnesa puis paffant le marets le dernier de tous auec grand difficulté à trauers de l'eau boueufe& fagenfe, partie à nage,& partie à pied, il fit tät à la fin, qu'il gaigna Pautre riue, mais ce fut fans fon bouclier. Cæfar s'efmerueillant de fon gentil coeur, luy alla au deuất auec grands cris de ioye pour le recueillir& carefler: mais le foldat au contraire, la tefte baiffee& la larme à l'œil, fe ietta à fes pieds, luy requerant pardon de ce qu'il auoit abandonné fon bouclier. Et en Afrique, Scipion ayant furpris vne des nauires de Cafar, dedans laquelle eftoit entre autres Granius Petronius, de na gueres efleu Quæfteur, il fit mettre en pieces tous les autres,& quant au Quæfteur, il dit, qu'il luy donnoit la vie.Mais Petronius luy refpondit que les foldats de Cæfar n'auoyent point accouftumé de receuoir en don, ains de donner la vie aux autres,& en difant cela, il fe paffa fon efpee propre à trauers le corps,& fe tua luy- mefme. Or ce qui engendroit& nourriffoit cefte grandeur de courage,& cefte affection veheméte de bien faire en eux, c'eftoit Cæfar luy- mefme: premierement en leur donnant,& en Jes honnorant largement,& leur faifant conoiftre par effet, qu'il n'amaffoit point de richeffes à la guerre pour viure puis apres en delices à fon plaifir, ny pour en abufer à fes propres voluptez, ains que c'eftoit vn pris& falaire comun de la vertu, qu'il ferroit pour en recompenfer les hommes de valeur& les gens de bien, auquel falaire il ne participoit luy mefme, finon entant qu'il le departoit aux foldats qui le merioyent:& puis en s'expofant luy- mefme le premier franchement à tous peril,& ne fe laflant iamais de trauail quelconque:& quane à la hardieffe de fé hafarder ainfi aduentureufement à tout danger, il ne s'en esbahyffoit pay y ij IVLI VS CAESAR. 340 tant, fachans bie que c'eftoit la conuoitife de gloire, dont il efloit enflamrné, qui l'incitoit à ce faire: mais la fermeté qu'il auoit de fupporter tous trauaux plus q les forces de fon corps ne portoyét, c'eftoit ce qui plus les faifoit efmerueiller: car il eftoit grefle& menu de corfage,& auoit la charnure blanche& molle, fuietà douleurs de tefte& fi tomboit quelquefois du mal caduc, lequel luy prit la premiere fois, comme on dit, à Cordube ville d'Helpagne: mais il ne fe feruit pas de la foibleffe de fon corps, pour vne couuerture de fe traitter mollement& delicatemét, ains au cotrai re il prit les labeurs de la guerre come vne medecine pour guerir l'indifpofitio de fa perfonne, cobattant à l'encontre de fa maladie en eftant continuellement par chemin, en viuant fobrement,& en couchant à l'air ordinairement: car la plufpart des nuicts, il dormoit dedans va chariot, ou dedans vne litiere, employant par ce moyen fon repos à faire toufiours quelque chofe,& de iour en allat par pays vifitat les villes, les places fortes, ou les caps fortifiez.Il auoit toufiours aupres de luy dedans fon chariot vn fecretaire afsis, lequel eftoit accouftumé à efcrire en allant par pays,& vn foldat derriere luy qui portoit fon efpee, combie qu'il allaft en fi grande diligéce que la premiere fois qu'il fortit de Rome, auec charge publique, il arriua en huit iournées à la riuiere du Rofne. Or d'eftre bien à cheual& y auoir ferme tenue, ce luy eftoit chofe fort aifee, pource qu'il l'auoit apprife dés fon enfance, s'eftat accouftumé à donner carriere à vn cheual courant à toute bride, en tenant fes mains entrelacees derriere fondos. Mais en la guerre de la Gaule il s'exercita encore dauãtage à dicter lettres mifsiues en cheuauchat par les champs,& à fournir à deux fecrétaires enfemble, tant qu'ils en pouuoyent efcrire, encore dit Oppius à plus de deux,& dit- on, que ce fut luy, qui inuéta le premier la maniere de parler auec fes amis par chiffre de lettres tranfpofees, quand il n'auoit pas loifir de parler de bouche à eux pour la prefsiue necefsité de quelque affaire, ou pour la multitude de fes occupatios, ou pour la grande eftendue de la ville de Rome. Et pour móftrer fa facilité& fimplicité grande en fon viure ordinaire, on allegue ceft exéple, que Valerius Leo vn fien hofte, luy donnant vn iour à foupper en la ville de Milan, feruit à table des afperges où on a- uoit mis d'vn huyle de fenteur au lieu d'huyle: il en mangea fimplement, fans faire femblat de rien,& tanfa fes amis qui s'en offenfoyět, en leur difant qu'il leur deuoit bien fuffire de n'en mager point fi cela leur faifoit mal au cœur, fans en faire hōte à leur hofte,& que celuy, qui fe plaignoit de telle inciuilité, eftoit bié inciuil luy- mefme. Quelque autre fois en allant par pays il fut contraint par vne groffe tempefte, qui fe leua foudainemét, de fe heberger en la maifonnette d'vn paure payfan, où il n'y auoit pour tout logis qu'vne feule chambre fi petite, qu'il n'y pouuoit gefir qu'vne qu'vn quila grads il vo deda uert ге, д Cont iufq Toye fance meat fi efto ames home Home qui de qu'il Tes He le che liez afsicce amen Faura chaf en me QU ford TOV laba fem fe fir Comb meil ilrem ca evilled He corps, po au co pour gu de la mat fobrement rt des aid employan les cips riot ya par pay qu'il allate Rome e du Rol eltoi cho eftit ac te bride, en la guerre res milsin crétaires e Oppas plus r la manie squand prelsure to occupatio moltre allegue AJOUT où on a- gea fim s'en of n'en mi ote à le coit bie l fut IVLIVS CAE SA R. 341 qu'vne feule perfonne, encore bien maigrement: il dit à fes amis, qui l'accopagnoyent, Il faut ceder les lieux honorables aux plus grads,& les neceflaires aux plus malades. Suiuant lequel propos, il voulut qu'Oppius, qui eftoit mal difpofé, couchaft à couuert au dedas,& luy auec fes autres amis, coucha fous la faillie de la couuerture de la maifon au dehors. Au demeurant, la premiere guerre, qu'il eut à fon arriuee en la Gaule, fut contre les Heluetiens& contre les Tiguriniens, lefquels ayans bruflé leurs bonnes villes, iufques au nobre de douze,& bien quatre cens bourgades, vouloyét paffer à trauers celle partie de la Gaule, qui eftoit en l'obeiffance des Romains, ne plus ne moins qu'auoyent fait anciennement les Cimbres, aufquels ils ne cedoyent point en hardieffe,& fi eftoyent bien en aufsi grand nobre, comme de trois cens mille ames en tout, dont il y en auoit cent quatre vingts& dix mille de homes portant les armes. Ce ne fut pas luy- mefme en perfonne, qui desfit les Tiguriniens, ains fut Labienus I'vn de fes lieutenans qu'il y enuoya,& qui les desfit au long de la riuiere d'Arar: mais les Heluetiens le vindret charger luy mefme au defpourueu par le chemin, ainfi qu'il conduifoit fon armee vers vne ville de fes alliez. Quoy voyant, il fe hafta de gaigner viftemét vn lieu fort de afsiete, auquel il rengeafes gés en bataille,& come on luy euft amené fon cheual de bataille pour monter deffus, il dit: Quand Pauray rompu les ennemis, ie monteray alors deffus pour les chaffer& pourfuiure: mais pour cefte heure, allons les charger. en difant cela il marcha à pied,& alla donner dedans, où il demeura longuement à combattre auant que pouuoir forcer ceux qui eftoyent en la bataille: mais le plus grand affaire fut encore à forcer leur camp,& le rempart qu'ils auoyent fait de leur charroy: pource que là non feulement ceux qui auoyent efté rompus en la bataille, fe r'allierent enfemble,& firent tefte: mais aufsi leurs femmes& leurs enfans combattans iufques au dernier foufpir, fe firent tous tailler en pieces, de forte qu'à peine fut acheué le combat à minuict. Si l'acte de cefte victoire fut beau de foy- mefme, il y en adioufta encore vn autre autant ou plus beau, c'eft que il remit enfemble les Barbares qui eftoyent efchappez de la bataille en nombre de bien cent mille ames,& les contraignit de retourner au pays qu'ils auoyent laiffé,& aux villes qu'ils a- uoyent eux- mefmes bruflees: ce qu'il fit de peur que les Allemans paffans le Rhin ne vinfent occuper ce pays- la comme vacant. La feconde guerre fut ouuertement en defendant les Gauloys contre les Allemans, combien que luy- mefme no gueres auparauant euft fait receuoir& aduouer leur Roy Ariouiftus pour ami& allié du peuple Romain: mais ils eftoyent infupportables à leurs voifins,& fi efteit tout apparent, que là où le moyen& Peccafion fe prefenterois d'eux eflargir, ils ne fe contenteroyent y iij 34% IV LIVS CAESAR. pas de ce, qu'ils tenoyent, ains voudroyent vfurper& occuper auffi le refte de la Gaulle:& fentant que quelques vns de fes Capitaines reftiuoyent de peur, mefmement les ieunes hommes des nobles maifons de Rome, qui panfoy ent eftre venus à la guerre fous luy, comme pour vn esbat,& pour s'enrichir,& prendre leur plaifir feulement, il tint affemblee de confeil, là où il leur commanda, que ceux qui auroyent peur, fe retiraffent,& qu'ils ne fe prefentaflent point enuie à la bataille, puis qu'ils auoyent les cœurs fi lafches& fi foibles que de reculer au befoin,& qu'au re gard de luy il eftoir tout refolu d'aller trouuer les Barbares, quad il n'auroit que la dixieme legion feulement, pource, difoit- il, que my les ennemis, aufquels ils auoyent à faire, n'eftoyent point plus vaillans que les Cimbres, ny Marius n'auoit point efté plus grand Capitaine que luy. Cefte harangue entendue, les foldats de Ja dixieme legion luy enuoyerent des ambaffadeurs pour le remercier de la bonne opinion qu'il auoit d'eux,& les autres legions iniurierēt leurs Capitaines,& tous enfemble le fuiuirét plufieurs Tournees en bonne intention& bonne affection de bien faire leur deuoir, iufques à ce qu'ils arriuerent à douze lieués pres des ennemis.Si fut adonc l'infolence& la brauerie d'Ariouiflus bien refroidie, quand il entendit cefte arriuee, à caufe que les Romains venoyent affailur& cercher les Allemans, au lieu qu'ils n'efperoyent pas& ne fa foyent pas leur conte, qu'ils les deuffent attem dre feulement, au moyen dequoy ne s'eftant iamais douté qu'il en peuft ainfi aduenir, il admiroit grandement la hardieffe de Ca far, ioint qu'il voyoit que fon armee en eftoit toute troublee.Mais ce qui plus encore rebouchoit la pointe de leurs courages, eftoyēt des femmes deuinereffes, qu'ils auoyent entr'eux, lesquelles faifoyent profeffion de conoiftre& pred re les chofes à aduenir, en confiderant les tournoyemens des riuieres, les tourbillons& le bruit que font les eaux en coulant à val,& toutes ces chofes confiderees leur defendoyent de venir à la bataille iufques à la nouuelle Lune: dequoy Cæfar eftant aduerti,& voyat que pour cefte vaifon les Barbares ne fe bougeoyent, eftima qu'il feroit bon de les aller affaillir, cependana qu'ils eftoyét ainfi defcouragez par cefte fuperftition, pluftoft que de perdre temps à attendre leur oc cafion:& les allant efcarmoucher iufques dedãs leurs forts,& iufques deffus les coftaux,& collines, où ils s'eftoyent logez& forti fiez, les irrita tant, qu'à la fin ils defcendirent tous courroucez en la plaine, là où ils furent rompus en bataille ragee,& chaffez par Pefpace de bien dixhuit lieues de pàys, iufques à la riuiere du Rhin,& fut la campagne, qui eft entre deux toute couuerte de morts& de defpouilles.Mais ariouiftus gaignant le deuant de vifteffe, paffa le Rhin,& fe fauua auec peu de fes gens: car on dit, qu'il mourut bien en cefte defconfiture jufques au nombre de quatre quatre armee p & luy c en la G tie du requi les tiquan alloye & les prome de ceite Que rec Romain meilleu de la G bre ded part en loyet le donna troupe Roma ftang Ner lale FIAT arrier plus Courir fortifie taille c & enu Capita Tes COU fen feu Ca AE Lumper& cs you de i prender illeur c s azoyen dhia,& qu'a Bathures, pil pour l autres leg ret plate de bien f eués pres ouifus bien es Romain s'efpeent atten IVLIVS CAE SA R. 343 quatre vingts mille homes Apres lequel exploit Cæfar laiffa fon armee pour hyuerner en garnifon dedans le pays des Sequanies, & luy cependant voulant entendre aux affaires de Rome, paffa en la Gaule, à trauers laquelle court la riuiere du Po, eftant par tie du gouuernemer qui luy auoit efté doné, pource que la riuiere qui s'appelle Rubico, fait la feparatio de la gaule, qui eft deça les Alpes, d'auec le refte de l'Italie: là où faifat feiour, il alloit pra tiquant& gaignant amis dedans Rome, à caufe que plufieurs l'y alloyent voir, aufquels il donoit tout ce dont ils auoyent affaire, & les renuoyoit bien garnis de bons prefens,& encore plus de promeffes& d'efperances pour l'aduenir.Et durant tout le temps de cefte conquefte des Gaules, Pompeius ne fe donna point garde que reciproquement il fubiugoit les Gauloys par les armes des Romains,& gaignoit les Romains par l'argent des Gauloys: mais ayant nouuelles que les Belges, qui font les plus belliqueux& les meilleurs hommes de guerre des Gauloys, tenans la tierce partie de la Gaule, s'eftoyent fouleuez, ayans mis enfemble grand nombre de combattans armez, il drefla incontinent fon chemin celle part en toute diligence,& les trouua comme ils couroyent& pilloyet le pays de leurs voifins Gauloys alliez des Romains.Si leur donna la bataille,& en deffit la plus grande partie qu'il trouua en troupe, s'eftant portee lafchement au combat, tellement qu'il en tua fi grand nombre, que pour la multitude des corps mort, les Romains paffoyent à pied les riuieres profondes, les lacs& les.eftangs qui en eftoyét comblez.Depuis laquelle desfaite ceux qui font les plus maritimes& plus voifins de l'Ocean, fe rendirent à Tuy fans coup ferir à raifon dequoy il mena fon armee contre les Neruiés les plus afpres& plus belliqueux de toutes ces marches là: lefquels habitans en pays pleins de bois, auoyent retiré leurs femmes, leurs enfans& leurs biens, en vn fond de foreft, le plus arriere qu'ils auoyent peu de leurs ennemis,& eux en nombre de plus de foixante mille combatans vindrent vn jour en defloude courir fus à Cæfar, ainfi qu'il fe logeoit,& qu'il entendoit à faire fortifier fon camp, ne fe doutant de rien moins que d'auoir la bataille ce iour la.Si rompiret de prim- faut la cheualerie Romaine, & enuironnas la douxieme& feptieme legion, en tuerent tous les Capitaines& Chefs des bandes:& n'euft efté que Cæfar luy mefme prenant vn pauoys fur fon bras,& fendant la preffe de ceux qui combatoyent au deuant de luy, s'alla ruer à trauers lesBarbares,& que la dixieme legion voyant fa perfonne en danger, accourut celle part de deffus vn coftau, où elle eftoit en bataille,& fendit les rengs des ennemis, il ne fe fuft pas ce iour- la fauué vm feul homme des Romains: mais prenans exemple à la prouefle de Cæfar, ils combattirent ainfi qu'on dit en commun langage, par deffus leur puiffance& neantmoins encores ne peurent ils faire y wy e de Ca blee Mais aduenir llons& le holes con à la noupour celle bon de дегра leur oc & iuf & forti ucez en lifez par were d uerte d euart 344 TV LIVS CAESAR. deux gran gueres pa pelloi à la bata commer uers luy dret cou cens de pource Cunemen tourner le dos à ces Néruiens, ains fallut, qu'ils les taillaffent toug en pieces fur le champ: car on efcrit, que de foixate mille comba tans qu'il y auoit, il ne s'en fauua qne cinq cens,& trois de leurs confeillers feulement, de quatre ces qu'ils eftoyét. Ce que le Senat Romain ayant entendu, ordona qu'on facrifieroit aux dieux, & feroit- on proceffions& feftes chommees par l'efpace de quinze iours durant, n'en ayant auparauant efté tant ordonné à Rome pour victoire quelconque qui euft efté gaignee, pource qu'on crouua que le danger auoit efté fort grand pour s'eftre tant de na tions efleuees tout à vn coup: mais encor l'amour& la bie- vueillance que le comun peuple portoit à Cæfar, faifoit trouuer la vi& oire plus glorieufe& plus illuftre: car quand il auoit donné ordre aux affaires de laGaule de delà les mots, il s'e venoit toufiours pafler fon hyuer aux enuirons du Po, pour difpofer les chofes de Rome à fa deuotion.Car non feulement ceux, qui brigoyent les offices, eftoyent efleus par le moyen de l'argent qu'il leur fournil foir, dont ils corrompoyent& achetoyent les voix du peuple,& faifoyent puis apres en leurs magiftrats tout ce qu'ils pouuoyent pour accroiftre& augmenter fa puiffance mais auffi la pluf- part des plus gräds& plus nobles perfonnages allerent iufques à Lucques par deuers luy, comme Pompeius, Craffus& Appius gouuer neur de la Sardaigne,& Nepos Vice- Conful en Hefpagne, telle ment qu'il s'y trouua pour vne foix fix vingts fergeans portans verges& haches deuant les magiftrats,& des Senateurs plus de deux cens, lefquels tindrent confeil enfemble, là où ils arrefterent que Pompeius& Craffus feroyent efleus pour l'annee enfuiuant, vne autre fois Conful, qu'on feroit de nouueau ordonner argent à Cæfar, pour l'entretenement de fon armee,& prolonger le téps de fon gonuernement, pour autres cinq ans.Cela fembla fort e- ftrange& fort defraifonnable aux gens de bien& de bon fens: car ceux- mefme, à qui Cæfar donnoit& fourniffoit tant d'argent, alloyent prefchant& fuadant au Senat, qu'on luy en deuoit decer ner& ordonner du public, comme s'il n'en euft point eu, oupour mieux dire, contraignoyent le Senat de foufpirer& gemir en voyant les chofes qu'ils mettoyent en auant.Caton n'y eftoit pas prefent, car on l'auoit expreffement enuoyé en Cypre: mais Faonius qui fuiuoit la trace de Caton, quand il vit qu'il ne gaignoit rien à y refifter& contredire, fe ietta hors du Senat en courroux, & s'en alla criant parmi le peuple, que c'eftoit vne grande honte: mais perfonne ne luy preftoit l'oureille, les vns pour la reuerence qu'ils portoyent à Pompeius& à Craffus, les autres pource qu'ils defiroyent fauorifer aux affaires de Cæfar, come fur lequel ils a- toyent fondé toute leur efperance: au moye dequoy ils ne s'en ef mouuoyet de rien.Au demeurant, Cæfar s'en retournat en la Gau Je de delà les mots, trouua vne groffe guerre au pays, à caufe que deux pour ab marcher Barder fo Canufius core,& g neur des Contraire des Barb me de fo qui ene nobre d fats, ex fiture, Aller Abo le pr arm ment Sanc d roide bois q grands refifter tuofite Ser de Sue ma & f y a allo G cine mile ye Cepa Telpace de eruarce q defire ta fer les chole rul brigures du peuple ques à Lu pus gou IVLIVS CAE SA R. 345 deux grandes& puiffantes nacions d'Allemagne auoyent de n'agueres paffé le Rhin pour y coquerir de nouuelles terres,& s'appellon l'vne de fes natios les ides,& l'autre les Téterrides:& quat à la bataille que Cæfar leur donna, il en efcrit luy- mefme en fes commētaires, de cefte forte, que les Barbares ayans enuoyé deuers luy,& fait trefues pour quelque temps, ce neatmoins luy vin dret courir fus, ainfi qu'il pafloit fon chemin, tellement que huit cens de leurs hommes d'armes en rompirent cinq mille des fiens, pource qu'ils ne s'en doutoyent, ny ne s'en desfioyent point aucunement:& qu'ils luy renuoyerêt encore d'autres ambaffadeurs pour l'abufer vne autrefois, lefquels il retint,& fit quand,& quad marcher toute fan armee contre eux, eftimant eftre fimplefle de garder foy ne loy à tels Barbaress fi defloyaux& fiinfideles: mais Canufius efcrit, que come le Senat decernaft, qu'on facrifiaft encore,& qu'on fit de nouueau des proceffions& des feftes en l'hōneur des dieux pour leur rendre graces de cefte victoire, Cató au contraire fut d'opinion, qu'il falloit liurer Cæfar entre les mains des Barbares, pour defcharger& purger la chofe publique du cri me de foy violee,& en deftourner la malediction fur celuy feul qui en eftoit autheur. Il eftoit bie paffé de ces Barbares, iufqu'au nobre de quatre cens mille chefs, lefquels furet prefque tous def faits, excepté quelque petite trouppe q s'eftat fauuee de la defco fiture, repaula le Rhin.Les Sycambriens qui font vne autre natio Allemagne, les recueilliret:& Cæfar prenat cefte occafion, auec la bonne envie qu'il auoit autrement d'acquerir la gloire d'eftre le premier homme Romain, qui eut paffé le fleuue du Rhin auec armee, baftit vn pont deflus.C'eft vne riuiere fort large, mefmement à l'endroit où il dreffa fon pont: car il fe refpand là fort loin sant d'vn cofté que d'autre,& fi eft fon cours fort afpre& fort roide, tellement que les troncs d'arbres& les groffes pieces de bois qu'on iettoit à val la riuiere, auoyent grand coup,& faifoyet grand effort côtre les poutres, qui fouftenoyent le pont, mais pour refifter à leur choc,& auffi pour rompre& alentir vn peu l'impe tuofité du fil de l'eau, il fit planter au deflus de fon pont des defen fes de groffes pieces de bois, qu'on ficha à force au fond de la riuiere,& eut en l'espace de dix iours dreffé& acheué fon pont de la plus belle charpenterie,& à voir de plus ingenieux deuis qu'o fauroit penfer ne croire,& paffant fon armee par deflus, ne trouua perfonne, qui s'ofaft prefenter en bataille deuant luy: car les Sueuiens mefmes, qui eftoyet les plus belliqueux de toute la Ger manie, s'eftoyent retirez auec leurs bies en des profondes vallees & fondrieres toutes couvertes de bois& de forefts: parquoy apres y auoir bruflé, le pays de fes ennemis,& affeuré ceux q toufiours auoyent tenu le parti dee Romains, il s'en retourna derechef en la Gaule, apres auoir demeuré dixhuit jours en tout dedans PAlpagne, tell s portans eurs plus de arrefterent eelawan ner argent ebon lea d'argen uot decet ещопроис emir en fort pas is Faoaignoit urroux, e honte Perence ce qu'i quelike neslend en la Ga > IVLIVS CAESAR. a mille hom qui eftoit rent inco conte, qu noit fi p riere,& pres po nombre carmou hauffer gens qui melpris en deford pleins de les mit to amortit joint que où il ente Juy efto lieu de c prefees 346 lemagne au delà du Rhin.Le voyage, qu'il fit auffi en Angleter re, fut d'vne hardieffe grandement recommadable: car ce fut luy premier, qui nauigea l'Ocean Occidental auec armee nauale,& qui a trauers la mer Atlantique paffa fon armee pour aller faire la guerre en c'efte ifle, fi grande que plufieurs des anciens n'ont pas voulu croire, qu'elle fut en nature,& qui a mis plufieurs hiftoriens en grande difpute, maintenans que c'eftoit chofe faufe & controuee à plaifir,& luy fut le premier, qui commença à la conquerir,& qui eftendit l'empire Romain plus auant que le röd de la terre habitable: car il y pafla par deux fois de la cofte oppo fite, vis à vis enla terre ferme de la Gaule,& en plufieurs batailles qu'il y eut, fit plus de dommage aux ennemis que de profit à fes gens, pource qu'ils n'eufent feu rien prendre ny gaigner, qui euft valu, fur des hommes poures& neceffiteux: au moyen de quoy fa guerre n'y eut pas telle iffue qu'il la defiroit, ains prenant feulemet des oftages du Roy,& luy impofant certain tribut, qu'il payeroit par chacun an au peuple Romain, s'en retourna derechef en la Gaule, là où il trouua à fa defcente des lettres preftes à paffer la mer, par lefquelles fes amis luy mandoyent de Rome le trefpas de fa fille, laquelle eftoit morte en trauail d'enfant chez Popeius dont Pompeius mefme& Cæfar auffi menerent grand dueil,& leurs amis s'en trouuerent fort troublez, penfant bien que l'alliance qui maintenoit la chofe publique, laquelle autrement n'eftoit pas gueres faine en quelque paix& en quelque repos, eftoit diffoute& rompue: mefmement pource que l'enfant, apres auoir peu de iours furuefcu fa mere, mourut auffi. Si prit la commune le corps de Iulia, en defpit qu'en euffent les Tribuns du peuple,& le porta au chap de Mars, là où elle fut inhumee.Mais Cæfar ayat effé contraint de departir fon armee en plufieurs garnifons pour hyuerner, tät elle eftoit grade& groffe:& s'en eftant allé, pēdant Phyuer, du cofté de l'Italie, comme il auoit accouftumé: toute la Gaule à vn coup fe foufleua en armes,& mit fus de puiffans exercites, qui allerent çà& là courir fus aux foldats Romains,& effayer à forcer les forts où ils s'eftoyent logez en leurs garnifons. Le plus grand nombre,& des plus belliqueux Gaulois qui fuffent de cefie confpiree rebellion, eftoit cöduit par vn nommé Ambiorix,& s'adrefferent premierement aux garnifons de Cotta& de Titurius qu'ils occirent, eux& tout ce qu'ils auoyent de gens de guerre quand& eux: puis allerent affieger auec foixante mille có batans la garnifon, qui eftoit fous la charge de Quintus Ciceron, & s'en fallut bien peu, qu'ils ne le priffent à force, pource que les foldats y furent tous entierement blecez: mais ils eurent fi bon cœur, qu'ils firent en fe defendant plus, par maniere de dire, qu'il ne pouuoyet.Ces nouuelles venues à Cæfar, quilen eftoit lors bie loin, il s'en retourna en extreme diligence,& ayaht affemblé fept mille le d'alen La plus g leayan les pri defco meille & d'a cheffe rerent meme reselto Pagnes qu'o ne & riuie hinh réc & 1 que yn des anciens at chofe commenc ant que de la cofte moyen de qa prenante urna preftes d chez Pope nd duel, en que l'a ement apres auou = du peuple, Calar ar armfons pour etoute ans exer & el Familons fuffene Ambiota& de gens de mille co Ciceron ce que l rent f dire, q IVLIVS CAESAR a- 347 mille hommes de guerre en tout, fe hafta d'aller fecourir Ciceron, qui eftoit ainfi preffé. Les affiegeans en furent aduertis, qui leuerent incontinent leur fiege pour luy aller à l'encôtre, faifans leur conte, qu'ils l'emporteroyent tout du premier coup, à caufe qu'il uoit fi peu de gens.Cæfar pour les abufer, reculoit toufiours en ar riere,& faifoit femblant de fuir deuant eux, fe logeât en lieux pro pres pour Capitaine qui a à cobatre auec peu de gens, contre grad nombre d'ennemis, defendant à fes foldats de fortir du logis à l'ef carmouche en quelque forte que ce fuft,& les contraignans de hauffer les rempars de fon camp,& d'en fortifier les portes, come gens qui ont peur, afin que les ennemis l'en euffent en plus grand melpris, iufques à ce qu'il efpia l'occafion, qu'ils vindrent vn iour en defordre affaillir les trenchees de fon camp, tant ils furent pleins de prefompteufe temérité:& alors faifat vne faillie fur eux, les mit tous en fuite auec meurtre d'vn bien grand nombre.Ce qui amortit& appaifa les rebellions des Gauloys, en ce quartier- là, ioint que luy- mefme en perfonne alloit au cœur d'hyuer és lieux, où il entendoit, qu'il fe remuoit quelque nouuelleté, pource qu'il Juy eftoit venu de l'Italie vn renfort de trois legions entieres, auz lieu de celles qu'il auoit perdues, deux que Pompeius luy auoit preftees des fienes,& vne qu'il auoit nouuellemét leuee en la Gau le d'alentour du Po.Mais en ces entrefaites, les commencemés de la plus grande& plus perilleufe guerre qu'il eut en toute la Gau le, ayans efté de longue main proiettez& menez fecretement par les principaux hommes des plus belliqueufes nations du pays, fe defcouurirent tout à vn coup, y ayant vne puiflance grande à mer ueilles, tant pour le grand amas de gens de guerre, qu'ils leuerēt, & d'armes qu'ils affemblerent de toutes parts, comme pour les rip cheffes qu'ils mirent enfemble, pour les fortes places qu'ils preparerent,& pour la mal- aifance des pays où ils fe foufleuerent, mefmement lors qu'il eftoit encore la faifon d'hyuer, auquel les riuie res eftoyent gelees, les bois& forefts couuertes de neiges, les capagnes noyees de torres,& les champs comblez de neige fi haute qu'o ne pouuoit pas reconoiftre les chemins, les marefts, ruiffeaux & riuieres forties hors de riues& desbordees, ropans ou couuras & cachans les voyes publiques. Toutes lefquelles difficultez enfemble, eftoyent bien, à ce qu'il leur eftoit aduis; fuffifantes pour empefcher que Cæfar ne peut courir fus à ceux qui s'eftoyent rebellez- Sieftoyent plufieurs nations enfemble, qui auoyent confpi ré cefte rebellion: mais les deux principales eftoyent les Auerniés & les Carnutes, qu'ils auoyent efleu pour Capitaine en chef,& au quel ils auoyent donné la fuperintendence de toute celle guerre, vn Vercingétorix, duquel auparauat les Gauloys auoyet fait mou rir par iuftice le pere, à caufe qu'il leur febla, qu'il afpiraft à fe fai, ze Roy.Ce Vercingétorix doc diuifant fes forces en plufieurs par A Saone. 348 IV LIVS CAESAR. Pour la mu Mais duran qu'on ne cens mill tions de uant Ale qui nem que le tr traint de le,& l'aut puiances c'eft efte quil gaig de gloire Pades de en affaire ler en cel quiles ve ties,& y commettant à chacune plufieurs particuliers Capitaines fous luy, auoit fibien pratiqué, qu'il auoit tiré à fa ligue tous les Les autres peuples d'alenuiron, iufques à ceux qui font deuers* la mer Adria lifet en ce lieu uque, ayant entrepris de faire prendre les armes tout à vn coup à πρὸς τὸν toute la Gaule, enfemble de tant plus mefmement qu'il eftoit bien Αραριν aduerti, que ceux de Rome fe bandoyent defia à l'encontre de Ca qui feroit àdi far, tellement que s'il euft attendu vn peu plus tard, iufques à ce reinfqu'a la que Cæfar fuft entré en fes guerres ciuiles, il euft mis l'Italie en viuiere de la auffi grande crainte& auffi grand danger, qu'elle auoit efté du temps des Cimbres. Mais Cæfar qui conduifoit treflagement toutes chofes appartenantes au fait de la guerre,& qui fur tout fe fanoit tref- bien feruir à point de l'occafion du temps, fi toft qu'il en tendit les nouuelles de ce fouleuement, fe partit en diligence, retournant par les mefmes chemins qu'il eftoit allé, faifant conoiftre aux Barbares qu'ils auoyent a faire à vne force inuincible,& à laquelle il leur feroit impoffible de refifter, veu la diligence ex treme- qu'il auoit faite auec fon armee, par vn fi cruel hyuer: car là où ils n'euffent peu croire, qu'vn fimple meffager fuft venuenfi peu de temps de là, où il eftoit iufques à eux, ils furent es bahis que ils le virent auec tout fon exercite, gaftant& bruflant leur plat pays, forçant& deftruifant leurs villes& places fortes,& receuat a mercy ceux, qui tournoyent deuers luy, iufques à ce que les He duiens prirent les armes contre luy, lefquels auparauant fe fouloyent nommer freres des Romains& eftoyent grandement honnorez par eux à l'occafion dequoy les gens de Cæfar, quand ils entendirent qu'ils s'eftoyent conioints auec les peuples coniurez, en receurent grand defplaifir,& en furent fort defcouragez:& pour cefte caufe Cæfar fe partant de là paffa à trauers le pays des Lyngones, pour entrer en celuy des Sequaniens, qui eftoyent amis des Romains,& les plus pres de l'Italie de ce cofté- là, au regard du refte de la Gaule. Là le vindret les ennemis affaillir& enuiró ner de tous coftez, auec vn nombre infiny de milliers de comba tans:& luy auffi ne faillit pas de les attendre,& combatre fi bien qu'auec le temps& l'effroy qu'il leur donna, il les rangea finalement à fa volonté: mais du commencement pourtat il femble, qu'il y receut quelque fecouffe, car les Aruerniens monftroyent en vn de leurs temples, vne efpee pendue, qu'ils difoyent auoir efté gai gnee fur Cæfar,& luy mefme depuis en paffant vn iour par la, la vit,& s'en prit à rire,& comme les amis la vouluffent faire ofter de là, il ne voulut pas qu'ils le fiffent, difant qu'il n'y falloit pas toucher, puis que c'eftoit chofe facree: toutefois à ce premier com mencement, ceux qui fe fauuerent de viftefie, où la plus part d'iceux fe retirerent& s'en fuyrent auec leur Roy dedans la ville de Alexia, deuant laquelle Cæfar alla mettre le fiege, encore qu'elle femblaft eftre imprenable, tant pour la hauteur des murailles, que pour & encore pour gar plus, ino & les lam ils apper fer d'or meuble Joys, tant c plus occife apres a mes, h fufcite les arm fortit p l'ento far me Pa re Stru cela AR ticalien Ca ta la lage alencontre tard, in elle auditel elagement diaga es la dilige cruel byc ger fuft ve res bab flant lear tes,& rece ce que les h rant fe fou dement hon , quand ples co defcourage ers lepid effoyer a , reg mers de come batre fi bie gabinale emble, qu'il yent en va ir efte ga r parla faire of y falloit premier plus par ans la vil encore IVLIVS CAESAR 349 Pour la multitude des hommes de defenfe, qu'il y auoit dedans. Mais durant ce fiege il luy furuint vn peril de dehors plus grand qu'on ne fauroit à peine exprimer: car vne armee de bien trois cens mille combatans, les meilleurs qui fuffent entre toutes les na tions de la Gaule, le vint trouuer ainfi qu'il eftoit au fiege deuant Alexia, outre ceux qui eftoyent renfermez dedans la ville, qui ne montoyent pas moins de foixante& dix mille: tellement que fe trouuant enferré entre deux fi groffes puiffances, il fut contraint de fe fortifier de deux murailles, l'vne contre ceux de la ville,& l'autre contre ceux de dehors, pource que fi ces deux groffes puiffances fe fuffent iointes& affemblees enfemble, certainemet c'euft efté fait de Cafar: parquoy ce fiege d'Alexia,& la bataille qu'il gaigna deuant, à bon droit luy acquirent plus d'honneur& de gloire, que nulle autre, pource que ce fut le dager où il fit plus d'actes de proueffe, de hardieffe, de bon fens& fageffe, qu'il ne fit en affaire où il fe trouua onques.Mais ce, qui fait plus à efmerueil ler en cela, eft, que ceux de la ville ne feurent iamais rien de ceux, qui les venoyent fecourir, finon apres que Cæfar les euft desfaits, & encore plus, que les Romains mefmes, qui eftoyent ordonnez pour garder la muraille baftie contre la ville, n'en feurent rien no plus, finon apres le fait, quand ils entendirent le cri des hommes, & les lamentations des femmes, qui eftoyent dedans Alexia, quád ils apperceurent aux autres coftez de la ville force pauoys eftoffez d'or& d'argent, force cuiraffes& corcelets fanglans, force meuble& vaiflelle, force tentes& pauillos faits à la mode des Gau loys, que les Romains apportoyent de la decófiture en leur camp, tant cefte groffe puiffance difparut& s'efuanouit foudainement, ne plus ne moins qu'vn fantofme, ou vn fonge, ayant efté la plus part occife en vn iour de bataille fur le champ. Au réfte ceux d'Alexia apres auoir donné beaucoup de trauail& à Cæfar& à eux- mefmes, finalement fe rendirent:& Vercingentorix, celuy qui auoit fufcité,& conduit toute cefte guerre, s'eftant armé de fes plus bel les armes,& ayant auffi paré& accouftré fon cheual de mefme, fortit par les portes de la ville,& alla faire vn tour tout à Cheual à l'entour de Cæfar, eftant affis en fa chaire: puis defcendat à pied, ofta tous les ornemens à fon cheual,& defpouylla toutes fes ar mes, qu'il ietta en terre,& s'alla feoir aux pieds de Cæfar fans mot dire, iufques à ce que Cæfar le bailla en garde comme prifonnier guerre, pour apres le mener à Rome en triomphe.Or auoit Cæfar de long temps propofé& entrepris de ruiner Pompeius, comme auffi Pompeius luy, pource qu'ayant Craffus efté tué par les Parthes, qui feul pouuoit efpier, que l'vn d'eux deux donaft en ter re, il ne reftoit plus à Cæfar pour fe faire le plus grand, que de deftruire Pompeius qui l'eftoit, ny à Pompeius pour obuier à ce que cela ne luy aduinft, que de desfaire le premier Cæfar, que feul il de ato IV LIVS C AE SA R. craignoit: combien qu'il n'y auoit pas long temps, qu'il commen? çoit à le craindre, pource que iufques à vn pen deuant ce temps, if auoit toufiours fait peu de conte de luy, eftimant que ce luy feroit toufiours chofe bien facile de desfaire, quand il voudroit, celuy qu'il auoit fait tel, qu'il eftoit. Mais Cæfar au contraire, s'eftant dés fon commencemet propofé ce but- là, comme vn champion de Jucte, qui n'eftudie finon comment il pourra terraffer& abbatre fes aduerfaires, fe retira à l'efcart loin de Rome pour s'exerciter en ces guerres de la gaule, là où il aguerrit fon armee,& quand& quand augmenta la gloire de fon nom par fes hauts faits d'armes, de maniere qu'il fe vint à egaler aux geftes de Pompeius,& ne luy refta plus pour executer& mettre à effect fon entreprife, que quel ques occafions coulorees, que Pompeius en partie luy donna,& en partie auffi les temps luy apporterent,& fur tout le mauuais gouuernement qu'il y auoit pour lors en la chofe publique Romaine, par ce que ceux, quiy pourfifyuoyent les eftats& offices, achetoyent les voix du peuple à beaux deniers contans, qu'ils deliuroyent publiquement à la banque fans vergongne ne crainte quelconque,& venoit le commun populaire, ayant vendu fes voix à pris d'argent, au lieu& iour de l'election, combatre pour celuy qui l'auoit payé, non auec fes voix& fuffrages, mais auec arcs, fondes& efpees, de forte que l'affemblee bien peu fouuent fe departoit que la tribune aux harangues ne fuft fouyllee& diffamee de fang,& de morts qui y eftoyent occis fur la place, demeurant cependant la ville en trouble fans magiftrats qui y comandaflent, ne plus ne moins qu'vne nauire en tourmente fans pilote: tellemét que les hommes de bon fens& de bon iugement voyans vne telle fureur& vne telle confufion, fe fuffent bien contentez, de peur qu'il ne l'eur aduinft pis, s'ils fuffent tombez en vne Monarchie,& en la main d'vn feul qui euft eu fouueraine puiffance,& y en auoit plufieurs qui ofoyent bien dire publiquement, qu'il n'y auoit plus ordre de remedier aux maux de la chofe publique, que par le moyen d'vn feul, auquel on donnaft plein pouuoir, puiflance& au thorité fouueraine,& qu'il falloit prendre cefte medecine par la main de celuy qui feroit le plus doux,& plus gracieux medecin, voulans coutertement donner à entendre Pompeius:& comme luy- mefme fous belles paroles fardees, monftrant femblant de ne Je vouloir point,& cependant fous main procuraft toutes les chofes qui pouuoyent feruir à cefte fin,& tafchaft, plus que nul autre, à fe faire eflire Dictateur, Caton s'en apperceuant bien,& craignant qu'à la fin le peuple ne fuft par luy force de ce faire, fuada au Senat de le declarer plus toft feul Conful, à fin que fe contentant de cefte plus iufte& plus legitime principauté, il n'en conuoitaft point d'autre: ce que non feulement le Senat luy outroya, mais dauantage luy prolongea le temps du gouuernement de les Prouinces: car il en auoit deux, l'Hefpagne,& l'Afrique toute entiere, Sare Jefau commer epubliq far enuo femblab quoy Po tulus, qu adioul fes, qui Lereat du & habitan Wod Ca fit de elloit ven expreffer foit poin Mais dep en fes co du goun en voulo donné au ce tant r que de P encra tant p Cafa pour failan te dra fent u ny bel mefime entend de Cal ce qu'il quelqu men tour dre tro 1 que ce lay vachan aler& pour d'eat rate,& qua fans d'ar by dona lique Ro offices ans, qu' gne ne cr vendu fem re pour c s auec ar & diffame demeurant amandala lotetellen yans voetel Monarchie IVLIVS CAESAR 35% tiere, lefquelles il regiffoit,& adminiftroit par fes lieutenans, qu'il y commettoit, entretenant fon armee des mille* talens que la cho* Six cens fe publique luy fourniffoit par chacun an.Cela fut caufe que Ca mille efcus. far enuoya auffi gens pour demander en fon nom le Confulat,&. femblablement prolongation du temps de fon yenat n'y a gouuernement, * Neuf cens quoy Pompeius du commencement fe teut: mais Marcellus& Len tulus, qui hayfloyét Cæfar d'ailleurs, y cotrediret fort& ferme, en adiouftant, à ce qui eftoit neteffaire à dire où à faire, d'autres chofes, qui ne l'eftoyent pas, pour luy faire honte& defpit: car ils priuerent du droit& priuilege de bourgeoyfie Romaine, les manans & habitans de la ville de Nouocome en la Gaule de deuers l'Italie, où Cæfar de n'agueres les auoit logez:& Marcellus eftant Co ful, fit de fon temps fouetter de verges vn des Senateurs de là, qui eftoit venu pour ceft affaire à Rome, en difant, qu'il luy imprimoit expreffement ces marques- là, à fin qu'il conuft par là, qu'il n'eftoit point citoyen Romain,& qu'il les allaft monftrer à Cæfar. Mais depuis ce Confulat de Marcellus, Cæfar laiffant defia puifer en fes coffres les richeffes Gauloyfes, à ceux qui s'entremettoyět du gouuernement de la chofe publique à Rome, tant comme ils en vouloyent,& ayant acquité Curio d'vne fomme de dettes,& donné au Conful Paulus mille cinq cens talens, dont il fit baftir ce tant renommé Palais, ioignant la place, qu'on appelle la Bafili- mille efcus. que de Paulus, au lieu de celuy de Fuluius: alors Pompeius entrát en crainte de cefte menee, commença à pourchaffer ouuertement, tant par luy comme par fes amis, qu'on enuoyaft yn fucceffeur à Cafar,& luy redemanda les gés de guerre, qu'il luy auoit preftez pour la guerre& conquefte de la Gaule. Cæfar les luy renuoya, faifant prefent à chaque particulier foldat de* deux cens cinquã* Vingt d te drachmes d'argent mais ceux, qui les ramenerent, quand ils fu- cingefins. rent à Rome, femerent parmy le peuple dss paroles, qui n'eftoyét ny belles ny bonnes à l'encontre de Cafar,& abuferent Pompeius mefme de fauffes perfuafions& vaines efperances, luy donnans à entendre qu'il eftoit fingulierement defiré au camp& en l'armee de Cæfar:& que fi par deçà dedans Rome il faifoit mal- aifément ce qu'il vouloit tant pour l'enuie, qu'on luy portoit, que pour quelques mauuaifes humeurs cachees entre ceux qui fe mefToyent du gouuernement de la chofe publique, il fe pouuoit affeurer que par delà toute l'armee eftoit à fon commandement:& que fi les foldats repafloyent vne fois les monts& retournoyent en Italie, ils fe viendroyent incontinent tous rendre deuers luy, tant ils hayfloyent Cæfar, à caufe qu'il les faifoit trop trauailler& continuellement combatre, ioint auffi qu'il leur eftoit fufpect,& qu'ils fe doutoyent qu'il afpiroit à fe faire Monarque. Ces propos enflerent Pompeius de vaine prefomption de foy- mefme,& le rendirent nonchalant, de forte qu'il ne tint que park ance& a ne par la medecin, Comme nt de ne les cho mul autre ,& cra wire, ful fe cout ntence IVLIVS CAESAR. moyens d lequel di tarde ce re.Et C tentafle re feule & les l ains ch en quo Couleur quell Tonnages Cotraints 352 conte de faire fes preparatifs pour la guerre, comme n'ayant point d'occafion de craindre,& s'amufant à refifter à Cæfar de paroles feulement,& d'opinions contraires à fes demandes au senat, cuidant bien le combatre pour dire, le fuis d'aduis de ceci ou de cela; mais Cæfar ne s'en foucioit point.Car on dit, que l'vn de fes Capitaines, qu'il auoit enuoyé pour fes affaires à Rome, eftant deuant la porte du senat,& entendant qu'on ne luy auoit pas voulu donner la prolongation du temps de fon gouuernement, qu'il auoit de mandé en frappant de la main fur la poignee de fon efpee dit, Et puis que vous ne luy voulez pas ottroyer, cefte- cy le luy baillera. Toutefois les demandes que propofoit Cæfar, auoyent la plus bel le apparence du monde: car il difoit, qu'il eftoit content de laiffer les armes, pourueu que Pompeius les laiffaft auffi,& que tous deux comme perfonnes priuees, vinffent à pourchaffer d'obtenir quelque bonne recompenfe de leurs citoyens, remonftrant que ceux qui luy oftoyent la force des armes,& la confirmoyent à Pompeius, le calomnioyent à tort de fe vouloir faire Monarque,& ce pendant donnoyent les moyens à l'autre de l'eftre. Curion faifant ces offres& remonftrances au nom de Cæfar publiquement deuant le peuple, fut ouy à grande ioye& grads batemée de mains, de maniere qu'il y en eut, qui luy letteret des boquets& des fleurs fur luy, quand il s'en alla, ne plus ne moins qu'on fait aux champions, qui font declarez victorieux és ieux de pris. Et Antonius I'vn des Tribus du peuple en apporta vne lettre miffiue, que Cafar en efcriuoit,& la fit lire publiquement mal- gré les Confuls. Mais au Senat Scipion, beau- pere de Pompeius, mit en auant vne telle fentence, que fi dedas certain iour prefix, Cæfar ne pofoit les armes, qu'il fuft iugé& declaré ennemi du peuple Romain. Et Icrs les Confuls demäderent tout haut à l'affiftace des Senateurs, s'ils eftoyet d'aduis que Popeius laiffaft les armes: à laquelle demande il y en eut bien peu qui s'accordaffent:& puis apres demãderent s'ils eftoyent d'aduis que Cæfar les laiffaft:& à celle- là, prefque tous dirent que ouy.Mais comme Antonius adoc requift, que tous deux enfemble les laiffaffent, alors tous efgalemen en furent d'aduis: toutesfois pour l'importune violence de Scipion& de Marcellus, qui crioyent, qu'il falloit vfer de force d'armes, non pas d'opinions, contre vn larron, le Senat adonc fe leua fans rien arrefter,& changea- on de robbes par la ville, come on a accouftumé de faire en vn dueil public, à caufe de cefte diffenfion. Depuis il vint d'autres lettres de Cæfar, qui fembloyent encore plus raifonnables, car il requeroit, qu'on luy baillaft la Gaule, qui eft entre les monts des Alpes& l'Italie, auec l'Efclauonie,& deux legions feulemet, en delaiffant toute autre chofe, iufques à ce qu'il peuft prochaffer vn fecond Confulat. Et Ciceron l'orateur, n'agueres retourné de fon gouuernement de la Cilicie, cerchant tous moyens tures de de Rom mille ho de fon ar querir.m prife, n' commen foudaine roit plus ueu, lors forcer leur d Capi blant la vill aufort perfon pofsib de forc le long regarde 0 aux arm gout re, nent mis mais Com AL Calion ceciou ceftan par vou efpee d yle lay bak moyent Monarqu Curion oquement{ mée de ma & des fa aux cha IV LIVS CESAR 353 moyens de les accorder, amoliffoit le plus qu'il pouuoit, Popeius: lequel difoit qu'il eftoit bien d'opinion de luy accorder le demeu ratde ce qu'il demandoit, pourueu qu'il laiffaft fes gens de guer re.Et Ciceron follicitoit enuers les amis de Cæfar, qu'ils fe contentaffent de ces deux prouinces,& de fix mille hommes de guer re feulement pour auoir paix: à quoy Popeius mefme fe plioit bie, & les luy concedoit: mais Lentulus le Conful ne le voulut point, ains chaffa Curio& Antonius ignominieufement hors du Senat, en quoy faifant ils donnerent eux mefmes à Cæfar la plus belle couleur& plus honnefte couuerture qu'il euft feu defirer, par laquelle il irrita le plus fes foldats en leur monftrant ces deux perfonnages conftituez en dignité& office publique, qui auoyér efté cótraints de s'enfuyr deuers luy defguifez en efclaues fur des voi tures de louage: car ils s'eftoyent ainfi habillez de peur, au fortir de Rome. Or n'auoit- il pas pour lors à l'étour de luy plus de cinq mille hommes de pied,& trois cens cheuaux, pource que le refte de fon armee eftoit demeuré delà les monts, qu'il auoit ia enuoyé querir: mais voyant que l'execution de fon deffein& de fon entre prife, n'auoit pas befoin de grand nombre de gens de guerre du commencement, ains pluftoft d'eftonnement de fa hardieffe,& de foudaineté de rauir l'occafion du temps, pourautant qu'il effrayeroit plus facilement fes aduerfaires en les furprenant au defpourueu, lors qu'ils ne croyroyent iamais, qu'il deuft venir, qu'il ne les forceroit en les allant affaillir auec toute fa puiffance, quand il leur donneroit loifir de fe prouuoir, il commanda à quelques fiés Capitaines& Chefs de bâdes, qu'ils s'en allaffent fans faire femblant de rien auec leurs efpees feulement,& non autres armes, en la ville d'Ariminum, grande ville, qu'on rencontre la premiere au fortir de la Gaule,& qu'ils s'en faififent fans tuer ny blecer perfonne,& fans efmouuoir tumulte, que le moins qu'il leur feroit pofsible, puis ayant comis la fuperintendece de tout ce qu'il auoit de force quand& luy à l'vn de fes familiers nomé Hortéfius, tout le long du iour il demeura en public en veuë de tour le monde à regarder combatre les efcrimeurs à outrance, qui s'exer citoyent aux armes deuant luy, iufques vn peu deuant le foir qu'il entra en fon logis, là où apres s'eftre vn peu eftuué, il entra dedas la fale,& fut quelque teps auec ceux qu'il auoit fait couier à foupper quad & luy, puis quad ce vint à la nuict clofe, qu'on ne voyoit defia plus goutte, il fe leua de table,& pria la compagnie de faire bone che re,& que perfonne ne bougeaft, pource qu'il reuiendroit incōtinent: mais il auoit deuat aduerty quelques vns de fes plus feaux a mis, en petit nombre, qu'ils le fuiuiffent: non pas tous enfemble, mais les vns par vn chemin, les autres par vn autre,& luy motant deffus vne coche de louage, fit femblat d'aller d'vn autre cofté du comencement,& puis tourna tout court deuers Ariminu.Quad il Antoni que Ca les Conful ne pofer Roman E Senateurs aquele d pres de celle6c requit en en fu cipion& mes, non ans rien accou ion. De core p ,& d sa ce cha z j IVLIVS CESAR. re plus tro tenir d'vn c'eftoit'b nitenced me& de refufe le Calara rierpar lors conc parlim h Teloucial quantesfo pliroir lors plus ne le lai nouvelles comme s euft defia porter a les chofe bandone 354 fut arriué au petit fleuue de Rubicon, lequel fepare la Gaule de deçà les Alpes d'auec le refte de l'Italie, il s'arrefta tout coy: car plus il approchoit du fait, plus il luy venoit en l'efprit vn remors, de penfer à ce qu'il attendoit,& plus il varioit en fes penfemens, quad il confideroit la grande hardieffe de ce qu'il entreprenoit, Si fit adonc plufieurs difcours en fon entendement fans en dire mot à perfonne, inclinant tantoft en vne part,& tantoft en vne'au : tre,& changea fon confeil en beaucoup de parties cótraires à part foy: aufsi en difputa- il beauconp auec ceux qu'il auoir de fes amis quand& luy, entre lefquels eftoit Afinius Pollio, difcourant a uec eux, de combien de maux par le monde feroit caufe& commencement ce paffage de la riuiere,& combien leurs fucceffeurs & furuiuans en parle royent vn iour a l'aduenir. Mais finalement fe iettant comme par vne impetuofité de courage hors de tout ce penfement de l'aduenir,& difant ce mot, qu'ot accouftumé de dire ordinairement ceux qui fe aduenturent à entreprifes fort ha* le Gree dit fardeuffes& hardies,* A tout perdre n'y a qu'vn coup perilleux, an falmaniere pouffons: il fe mit à paffer la riuiere,& depuis qu'il l'eut yne fois de parler, Le paffee, il ne fit plus que courir fans arrefter nulle part, de forte de fois ietté, qu'auant le iour il fut dedas Ariminum& s'en faifit. Mais on dit, que la nuit de deuant qu'il paffaft cefte riuiere.il eut en dormant vne illufion damnable, c'eft qu'il luy fut aduis qu'il auoit affaire auec fa propre mere. Si toft que les nouuelles de la prise d'Ariminum furent efpandues, ne plus ne moins que fi la guerre euft efté ouuerte tant par mer que par terre à portes arriere reuerfees, & que fi toutes les loix Romaines, auffi bien que les bornes de fon gouuernement, fuffent entierement tranfgreffees on euft dit, que les villes mefmes toutes entieres fe leuans de leurs places s'ens fuyoyent de l'vne à l'autre, par toute l'Italie, non pas les hommes & les femmes à l'effroy, comme on auoit bien veu autrefois: de maniere que la cité de Rome mefme fut incontinent toute rem plie comme d'vn flux, des peuples voifins tout à l'enuiron, qui s'y jetterent de tous coftez à la foule, fans qu'il y euft plus officier ny magiftrat, qui la peuft par authorité regir, ny par remonftrance de raifon contenir en vne fi violente tempefte& tormente, tellement qu'il s'en falut bien peu qu'elle ne fe ruinaft d'elle- mefme, pour autant qu'il n'y auoit endroit où il n'y euft des affections contraires,& des emeutes violentes& dangereufes, à caufe que ceux, qui eftoyent bien aifes de ce trouble, ne s'arreftoyent pas en vne place, ains allans çà& là par la ville, quand ils en recóftroyer d'autres en plufieurs lieux, qui monftroyent femblant d'eftre ef pouuantez oudefplaifans de ce tumulte, comme il eft impoffible autrement envne fi grande ville, entroyent de parole en picque auec eux,& les menaçoyent audacieufement de l'aduenir. Pompeius mefme, qui d'ailleurs fe trouuoit affez eftonné eftoit enco re plus & qu'il maft mi les Co ont ac reta ce qui euffen melme party qu'ils s Come v prec plus fon port Paba CAUO AL dameta entelpra en les ge dement la mes corraine qu'il auoir de allio, difcom femincaile Mais age borde • accoute reprifes coup p qu'il leur re le part, de fit. Mais eur en don il auoit af la prife d'A la guerre eu IV LIVS CESAR. 355 re plus troublé par les mauuais langages que les vns luy vencyét. Benir d'vn cofte, les autres d'vn autre, luy reprochans aucuns que c'eftoit bien employé,& qu'il portoit a dóc meritoirement la penitence de ce qu'il auoit agrandy Cæfarà l'encontre de foy- mefme& de la chofe publique: autres le blafmans de ce, qu'il auoit refufé les honneftes offices& raifonnables conditios de paix que Cæfar luy auoit offertes, en le laiffant contumelieufemeur iniu-> rier par Lentulus. D'autre cofte Faonius luy difoit, qu'il frappaft lors contre la terre, à caufe qu'vn iour en plein Senat Pompeius parlant hautainement, auoit dit, que perfonne ne s'enquift, ny ne fe fouciaft de fes preparatifs pour la guerre, pource que toutes& quantesfois qu'il voudroit frappex du pied contre la terre, il em pliroir d'armees toute Italie. Ce neantmoins encore eftoit- il lors plus puiffant que Cæfar en nobre de gens de guerre: mais on ne le laiffa iamais vfer de fon confeil, ains. luy apporta- on tant de nouuelles fauffes,& luy tit- on tant de frayeurs deuant les yeux, comme s'ils euffent delia eu leur ennemy à leur queue,& qu'il euft defia tenu tout en fa main, qu'il ceda à la fin,& fe laiffa emporter à la foule des autres, prenant cefte refolution qu'il voyoit les chofes en tel trouble& en tel tumulte, qu'il eftoit force d'abandoner la ville, comandat à ceux du Senat qu'ils le fuyuiffent & qu'il n'y eut pas vn, qui demeuraft derriere, fi n'eftoit qu'il aimaft mieux la tyränie que la liberté de la chofe publique. Ainfi les Coufuls mefmesauant que faire les facrifices ordinaires, qu'ils ont accouftumé de faire premier que fortir de la ville, s'en fuyrét, auffi fit la plus part des Senateurs, prenas à la hafte chez eux, ce qui premier leur venoit à la main, ne plus ne moins que s'ilseuffent pille à la defrobee chez autruy:& y en eut aucuns de ceux mefmes qui de tout temps auoyent fort affe& ueufement tenu le party de Cæfar, qui eurent lors le fens fi troublé de ceft.effroy qu'ils s'en fuyrent auffi,& le laifferent emmener au cours de l'emeute, fans qu'il en fuft aucun befoin. Mais fur tout eftoit- ce cho fe pitoyable à voir, que la ville, laquelle s'en alloit a l'aduenture, come vne nauire abandonnee des pilotes, defefperans de la pouuoir fauuer en fi groffe tormente: toutesfois quoy que la departie en fuft fi miferable, encore eftimoyent les hommes, que la fuyte fuft leur paix, pour l'amour qu'ils portoyent a Pompeius,& abandonnoyent Rome ne plus ne moins que fi c'euft efte le propre camp de Cæfar, veu que Labienus mefme, qui eftoit l'vn des plus grands amis de Cafar, comme celuy qui auoit toufiours efté fon lieutenant en la guerre de la Gaule,& qui s'eftoit toufiours port tref- vaillamment en tous les affaires, où il s'eftoit trouué Pabandonna.lors, en fe retirant deuers Pompeius: mais Cæfar lay enuoya apres luy fon argent& tout fon bagage, puis alla camget deuant la ville de Corfiniu dedans laquelle eftoit Domitius, ere reuerfer es bornes de on eft di places pas les homme autrefois raviron, qui us ofhciert ente, telle lle- melme affection acaufeq yent pa recofte mt d'effre ft impo e en Joenir. Po IV LIVS CESAR. li- ie cela car tu es a moy, eftes la au thr nir des fe fa derec il faifoit naça qu dit plus le die qu Le retira l hittoufio car il lay & Varro & les pro puis apres 356 auec trente enfeignes: lequel fe voyant afsiegé, cuida incontinet eftre perdu,& defefperant de fon fait, demanda à vn fien efclaue, qui eftoit medecin du poifon. Le medecin luy bailla vn breuuage qu'il beut, penfant bien en mourir: mais tantoft apres oy ant raconter, comme Cæfar vfoit d'vue merueilleufe clemence& humanité enuers ceux qu'il prenoit, il fe repetit d'auoir beu le breu uage,& commença à fe lamenter,& à regretter le trop temeraire confeil, qu'il auoit pris.Le medecin le reconforta, en luy remonftrant qu'il auoit beu vn breuuage pour faire dormir feulement, dont il fut fort aife,& s'en alla tout aufsi toft rendre à Cæfar, lequel luy donna la vie fauue,& neantmoins l'autre ne laiffa pas de fe defrober incontinent,& s'enfuyr deuers Pompeius. Ces nouuelles portees à Rome, refiouyrent& reconforterent fort ceux, qui y eftoyent demeurez:& y en eut de ceux qui en eftoyent fortis, qui y retournerent. Cependant Cæfar prit à fa folde les gens de Domitius,& autant en fit- il par toutes les villes, où il furprit les Capitaines, qui lenoyent gens de guerre pour Popeius, de for te qu'ayant ia affemblé vne groffe& redoutable puiffance, il tira droit, où il le penfoit trouuer luy- mefme: mais Pompeius ne l'attendit pas, ains s'enfuyt en la ville de Brundufium, de là où il fit paffer deuant à Dyrrachium les deux Confuls, aucc ce qu'ils a- uoyet de forces,& luy- mefme y paffa aufsi puis apres, quad il fentit, que Cæfar eftoit arriué, ainfi que nous declarerons plus ample ment& par le menu cy apres en fa vie.Si euft bien voulu Cæfar aller apres& le pourfuyure tout promptement: mais à faute de vaiffeaux, il s'en retourna tout court à Rome, s'eftat fait en l'efpace de foixante iours maiftre& feigneur de toute l'Italie, fans aucune effufion de fang.Eftant à Rome, il la trouua beaucoup plus paifible, qu'il ne s'attendoit,& y rencontra plufieurs Senateurs, aufquels il parla tres- humainement& gracieufement, les priant de vouloir enuoyer deuers Pompeius, pour accorder leurs differents auec toutes códitions iuftes& raifonnables: ce que toutefois ils ne firent pas, foit ou pource qu'ils redoutaffent la fureur de Pompeius, à caufe qu'ils l'auoyent abandonné, où qu'ils eftimaf. fent, que Cæfar au fond de fon cœur ne le vouluft par ainfi, qu'il le difoit de bouche, vfant de tel lagage pour vne honefte couuer ture feulement,& comme l'vn des Tribuns du peuple, Metellus le voulut empefcher de prendre de l'argent és coffres du threfor & efpargne publique,& luy alleguaft quelques loix, qui le defen doyent, il luy refpondit, Que le teps des armes& le téps des loix eftoyent deux:& fi ce que ie le fais, d'auenture te defplaift( dit- il) ofte- toy d'icy pour cefte heure: car la guerre ne cóporte point cefte licece de côtredire ainfi frächemet de paroles:& puis quad l'auray pofé les armes,& que nous aurons fait appointemet, alors zu viendras prefcher& haranguer tant que tu voudras: encore te di- ie qui lay f diger de fa en bea dre toute mais de chees ce camps Chefs tour a deurs mais Dictat en tous du temi partie d tres tell ne puiff les A puis lefqu toye AL gcuida balla vaba t aprese de clemence L'avoir bea le trop te en luy dormir feale rendre& Calar are ne lai mpeius. Co orteren for en effore fa folde es, ouil Popeias puifance petus nel de la o ic ce quisi quad il fe splus ample voulu Cala mais à faute fait en lee Tralie fans a beaucouple s Senate ment, les pri er leurs dif que toutefis fureur de seltima infi, qu'il te couuer Metell du thre IVLIVS CESAR. 357 di- ie cela de grace, en remettät& relafchat autat de mon droit, car tu es à moy, toy& tous ceux, qui ayans efté feditieux contre moy, eftes tombez fous mes mains. En difant ces paroles, il s'en al la au threfor:& pource qu'on ne trouuoit point les clefs, il fit venir des ferruriers,& fit leuer les ferrures: à quoy Metellus s'oppo fa derechef,& y eut là quelques vns, qui l'en louerent, difans que il faifoit bien, iufques à ce que Cæfar groffiffant la parole, le menaça qu'il le tueroit tout roide, s'il le fafchoit dauantage,& fi luy dit plus, Tu fais bien ieune homme, qu'il m'eft plus mal- aifé de le dire, que de le faire.Cefte parole fit no fenlemét que Metellus fe retira lors bien vifte de peur, mais auffi que depuis on luy fournit toufiours promptement tout ce qu'il luy falur pour la guerre: car il la vouloit aller faire en Hefpagne pour en chaffer Petreius, & Varro, lieutenas de Popeius,& mettre en fes mains les armees & les prouinces qu'ils tenoyent premierement, à fin de s'en aller puis apres contre Pompeius mefme, en ne laiffant rien derriere, qui luy fuft ennemy. Il fut en ce voyage- là par plufieurs fois en dager de fa perfonne, pour les embufches& aguets, qu'o luy dreffa en beaucoup de lieux& de manieres,& en dager auffi de perdre toute fon armee a faute de viures:& neatmoins il ne ceffa iamais de pourfuyure, prouoquer à la bataille,& enfermer de trenchees ces lieutenas de Popeius, iufques à ce qu'il eut reduit leurs camps& leurs armees par force en fon obeyfface: vray eft que les Chefs fe fauueret,& s'enfuiret deuers Popeius.Quad il fut de retour à Rome, fon beau- pere Pifo le pria d'enuoyer des ambaffa deurs à Pompeius pour cercher les moyés d'appointer auec luy: mais Ifauricus pour gratifier a Cæfar y corredit:& ayant efté créé Dictateur par le Senat, il rappella incontinent les bânis, il remit en tous honneurs les enfans des profcripts, condamnez& bannis du temps de Sylla,& foulagea vn peu les deteurs, en retrenchant partie des vfures qui couroyent fur éux,& fit encore quelques autres telles ordonances, mais bien peu: car il ne retint la. fouueraine puiffance de Dictateur que onze iours feulemet,& en la quittant, il fe nomma luy- mefme Cóful auec Seruilius Ifauricus, puis fe mit aufsi toft à pourfuyure le refte de fa guerre, laiffant derriere par le chemin le refte de fon armee,& fe mettant deuant auec fix cens cheuaux,& cinq legions de gens de pied feulement, au cœur d'hyuer, enuiron le mois de Ianuier, qui refpöd à celuy que les Atheniens appellet Pofideon& ayat trauerfé la mer Ionique, & mis fes gens en terre, il prit les villes d'Oricum& d'Apollonie, puis reuoya fes vaiffeaux en la ville de Brundufiu pour luy amener le refte de fes foldats, qui n'auoit peu cheminer, fi toft que luy, lefquels pendant qu'ils furent par le chemin, comme gens qui a- toyent ia paffé la fleur de leur aage& la vigueur de leur corps, & qui deformais fe trouuoyent las& recreus de combatre tans qui le de ps des plait d oporte IVLIVS CAESAR. arfe do te bien e main; lu fans cra Adonc mirent ble po uiere foit for ted com drent au doleaces nemis a fonne e foit pas ॐ ४ d'ennemis en tant de batailles faifoyent entre eux leur plainted de Cæfar en difant, Quand fera- ce à la fin,& à quel but, que ceft homme ceffera de nous trainer par tout le monde apres luy enfe feruant de nous, ne plus ne moins que fi nous fufsions vtils infen fibles& impafsibles? il n'eft pas le fer de nos armes, qui ne foit vfé à force de coups: ne cefferons nous iamais apres vn fi long temps d'auoir le halecret fur le dos,& le pauoys fur le bras? Cæfar ne d'euft- il pas penfer au moins quad il voit noftre fang, nos playes & nos bleceures, que nous fommes homines mortels,& que nous fentons les maux& les douleurs, que fentent les autre hommes & il nous va au coeur d'hyuer, expofer à la mercy des vents& de la mer, en temps que les dieux mefmes ne fauroyent pas forcer, comme s'il fuyoit deuat fes ennemis& ne les pourfuyuoit pas. En tenant ces langages, les foldats s'acheminoyet toufiours a petites iournees deuers la ville de Brundufium: mais quand ils furent arriuez, qu'il trouuerent que Cæfar aucit defia fait voile, ils changerent bien foudainement de langage& de volomé: car ils fe blafmerent eux- mefmes,& dirent iniures à leurs Capitaines aufsi, pourautant qu'ils ne les auoyent haftez dauantage de cheminer,& fe feans fur les plus hauts rochers& pointes de la chofte iettoyent leur veuë deffus la haute merregaidans vers le royau me d'Epire, s'ils verroyent point reuenir les vaiffeaux pour les paffer. Cependat Cæfar, qui eftoit en la ville d'Apollonie, n'ayat pas armee fuffifante pour cobatre fon ennemi, fe trouuoit en grade peine de ce que le refte demeuroit trop à venir, ne fachant que il deuoit faire: mais à la fin il fe refolur à vn confeil fort dange reux, de s'embarquer à la defrobee fur vne fregate à douze rames feulement pour repaffer derechef à Brundufium: ce qui ne fe pou uoit faire fans extreme peril veu que toute celle mer eftoit cupee par groffes flottes& puiffantes armées des ennemis. Si s'embarqua vne nui& veftu d'vne robe d'efclaue,& fe ietta dedans la fre gate fans mot dire, non plus que s'il eut efté quelque perfonne de baffe& ville cödition.La fregate eftoit fur la riuiere d'Anius, la bouche de laquelle fouloit eftre ordinairement plate& tranquille pour vn petit vent de terre, qui fe leuoit tous les matins,& repouffoit bien loin les flots de la haute mer: mais cefte nuict- là d'auenture il fouffla vn vent marin, qui amortoit le vent de terre, de maniere que la roideur du cours de la riuiere venant à combarre contre le flot de la mer& à l'encontre de la violence des vagues, l'emboucheure en deuencit fort perilleufe, eftant l'eau de la riuiere repouffee& rebourfee contremont auec grad bruit & dangereux tournoyement d'eau: au moyen dequoy le maiftre qui gouuernoit la fregate, voyant qu'il ne pouuoit venir à bout de fortit hors de cefte emboucheure, commanda à fes mariniers de fier en arriere pour retourner à mont l'eau, ce que fentant Ce far hant de fentant ge for Cafar trouua racines Soyent nem tove pre per nyc 2 les fider atten ges. tout 1 Selo L Fabions will ebrar? Cal & que fair vol volome Capi ntage ded de la ch IVLIVS CESAR. 359 far, fe donna incontinent à conoiftre à luy, qui fut de prime fa te bien eftonné de le voir au vifage,& Cæfar le prenant par la main; luy dit, Mon ami, ayes bon courage,& pouffe hardiment fans craindre rien, car tu menes Cæfar& fa fortune quant& luy; Adonc les matelots oublias tout le danger de la tourmete, fe remirent à voguer en auant,& firent tout l'effort qui leur fut poffi ble pour cuider forcer le vent& fortir hors la bouche de cefte ri. uiere: mais à la fin il n'y eut ordre, pource que la fregate s'emplif foit fort d'eau,& fut bien pres d'aller à fond, tellement que Cafar fe trouua contraint à fon grand regret de retourner en arriere:& comme il s'en retournoit en fon camp, les foldats luy vindrent au deuant en foule, fe plaignans à luy,& luy faifans leurs doleaces; de ce qu'il ne s'affeuroit pas de pouuoir vaincre fes ennemis auec eux feuls, ains fe tormentoit iufques à mettre fa perfonne en danger pour aller quærir les abfens à caufe qu'il ne fe fioit pas des prefés. Mais fur ces entrefaites arriua Antonius ame nant de Brundufiem le demeurat de l'armee: parquoy Cæfar fe fentant fort affez alla prefeter la bataille à Popeius, leql eftoit lo gé fort à propos pour auoir viures tant par mer q par terre: mais Cæfar qui des le comencement n'en auoit pas eu abondance, s'en trouua bien toft à deftroit, tellemet que fes gens cueilloyent des racines qu'ils mefloyent auec du lait,& les mägeoyent: ils en fai foyent auffi du pain,& quelquefois en efcarmochất côtre les era nemis,& courat au long de ceux qui faifoyent le guet, leur en ietoyent iufqs dedãs lears trenchees, difans que tant come la terre produiroit de telles racines, iamais ne cefferoyent de tenir Pompeius afiegé, Pompeius defendit qu'on ne femaft ny ces paroles ny ce pain parmy fon camp, de peur q cela ne fit perdre le couc à fes gens,& qu'ils n'euffent horreur quad ils viendroyent à cofiderer la dureté& afpreté des ennemis, à qui ils auoyent à faires attendu qu'ils ne fe laffoyent de rien, non plus que beftes fauuages.Or fe faifoit- il ordinarement des courfes& efcarmouches tout ioignant les trenchees& fortifications du camp de Popeiuss efquelles Cæfar auoit presque toufiours l'auatage, excepte en vne feule, où fes gens fuyrent a val de route fi effrayément, qu'il fut çe iour- là en grand danger de perdre camp& tout pource que Popeius fortir en bataille fur eux,& ne le peurét feuftenir, ains furent menez batant iufques dedãs leur cap, les trenchees duque! en furent toutes comblees de morts qu'on tucit iufques dedans les portes& tout contre les remparemens, tant ils furent viuement& de pres pourfuyuis.Cæfar alla bien au deuant des fuyant pour tafcher à leur faire tourner vifage, mais il n'y gaigna rien car quand il cuidoit prendre les enfeignes pour les arrefter, ceus qui les portoyent, les iettoyent à terre, de maniere q les ennemis en prirentiufqs au nobre de trente& deux,& s'en fallut bie pews rs le roya pour l nie, n'ava fachant fort dang douze rame qui ne le po effort St dedans perfons Anis & tran rins,& nuid- li de terr à con enced ant F $ 90 IVLIVS CESAR. elé contra fort d'arg il femblo melme.P forte que opinion fang de mortslu chelel le vilige forest& taille,& a des Roys ne voulo eftoit bie luy veno le, qui all to, faifoi pitie que Thufcul Pompei pource o que luy- mefme n'y fuft occis: car come il euft ietté fa main fur celle d'vn grad& puiffant foldat, qui fuyoit tout au long de luy, en luy faifant comandement de demeurer& monftrer vifage à l'é nemi, le foldat plein de frayeur hauffa l'efpee pour le frapper: mais l'efcuyer de Cæfar le preuint, qui luy aualla l'efpaule d'vn coup d'efpee:& fut Cæfar ce iour- là en fi grand defefpoir de fes affaires, que quand Pompeius, pour quelque crainte ou par quelque enuie de fortune eut failly de mettre fin à cefte grande befoin gne,& fe fut retiré en fon camp, fe cótentat d'auoit rembarré& chaffé fes ennemis iufques dedans le leur, Cæfar retournant au fie auec fes amis, dit haut& clair, La victoire eftoit auiourd'huy à nos ennemis, s'ils euffent eu vn Chef, qui eu feu vaincre. Retourné qu'il fut en fon logis, il fe coucha,& luy fut celle nuict la plus mauuaife& plus facheufe, qu'il eut onques: car il ne ceffa de difcourir en fon entendement auec vne grade deftreffe la grade faute, qu'il auoit faite en fa conduite, de s'eftre opiniaftré à de meurer tant là au long de la marine, eftans fes ennemis les plus puiffans par la mer, veu qu'il auoit deuant foy vn pays large& plantureux de tous biens, des villes de Macedoine& de la Theffalie,& n'auoit pas eu le fens de tirer la guerre hors de là fans s'a mufer à perdre temps, en lieu où il eftoit plus alsiegé de fes ennemis par faute de viures, que luy ne les afsiegeoit par force d'ar mes: ainfi fe fafchant& ennuyant de fe voir fi fort à deftroit de vi ures,& fes affaires en fi mauuais train, il fe deflogea de là où il eftoit en deliberation d'aller trouuer Scipio en la Macedoine, fai fant fon conte, ou il attireroit Popeius à la bataiille mal- gré luy quad il n'auroit plus la mer à fon dos, qui luy fournift viures en a- bodance, ou bie qu'il desferoit aifémét Scipio, quad il feroit feul, s'il n'eftoit fecouru. Ce deflogemet de Cæfar efleua le cœur à l'ar mee de Pompeius,& à fes Capitaines, qui vouluret à toute force, qu'on allaft apres luy, come ia fuyant& desfait: mais quat à luy, il ne vouloit point en forte du mode hafarder la batalile, qui eftoit de fi grande confequence, ains fe fentant tres- bien prouueu de toutes chofes neceffaires pour attendre le teps, vouloit tirer cefte guerre en longueur, afin de matter& confumer par trait de téps, ce peu de vigueur, qui reftoit à l'armee de Cæfar, de laquelle les meilleurs homes eftoyent bien aguerris,& auoyent vne hardief fe nōpareille pour vn iour de bataille: mais d'aller ainfi érrat par pays,& remuant fi fouuent le camp de lieu à autre, combatre vne muraille, aller au guet& eftre en armes toutes les nuicts, ils ne le pouuoyent, la plus part, plus faire, à caufe de leur vieilleffe eftans deformais deuenus trop penfans pour porter cefte peine, de maniere que la foibleffe de leurs corps leur diminuoit aussi d'autant la vigeur du courage.Dauatage il s'eftoit mis quelque maladie peftilente entre eux procedee des mauuaifes viades, qu'ils auoyet efté by& ve manda qu'on met Juy a ment " caule mais d feulem mais a quan rent la Chere ma SAL per pour le alla Pelipale de grande b es Vince pays lang & de la T IV LIVS CESAR 36л efté contraints de manger:&, qui eftoit encore pis, il n'eftoit ny fort d'argent, ny n'auoit moyen de recouurer viures, de forte que il fembloit, qu'é peu de teps il fe desferoit& fe ruineroit de foymefme. Pour lefquelles raifons Pompeius ne vouloit cóbatre en forte quelconque: mais il n'auoit en cela que Caton feul de fon opinion, encore eftoit ce, pourautant qu'il vouloit efpargner le fang de fes citoyens: car ayant veu ceux qui eftoyent demeurez morts fur la place du cofté des ennemis en la derniere efcarmouche, lefquels n'eftoyent pas moins de mille hommes, il fe couvrit le vifage,& s'en alla plorát. Tous les autres au contraire le tanfoyent& le blafmoyent de ce, qu'il refuuoit ainfi à venir à la bataille,& aucuns le piquoyent, en l'appellat Agamenon,& le Roy des Roys, difant qu'il faifoit ainfi durer cefte guerre pource qu'il ne vouloit pas fe deffaifir de cefte authorité fouueraine,& qu'il eftoit bie aife de voir toufiours tat de Capitaines à fes coftez, qui luy venoyet faire la cour iufques en fon logis:& Faoni? vn ecerue lé, qui alloit cotre- faifant furieufemét le frác& rod parler de Ca to, faifoit femblat de fe tourmeter, en difant.N'eft- ce pas grande pitié que nous ne mägerons pas encore cefte annee des figues de Thufculum, pour l'ambitieufe conuoitife de dominer qui eft en Pompeius?& Afranius n'aguere retourné de l'Hefpagne, là où pource qu'il luy eftoit mal fuccedé, on le calomnioit d'auoir trahy& vendu à Cæfar fon armee pour vn pris d'argent, alloit demandant pourquoy c'eftoit qu'on ne combatoit ce marchand, qu'on difoit auoir acheté de luy la prouince d'Hefpagne, tellemet que Pompeius à la fin, pouffé par ces langages, alla mal- gré luy apres Cæfar pour le cobatre.Si fe trouua Cæfar du comencement en grade peine par le chemin, pource qu'il ne trouuoit pas qui luy voulut bailler viures, eftant mefprifé de tout le monde, à caufe de la perte& desfaite qu'il auoit recenë nouuellement: mais depuis qu'il eut pris la ville de Gomphes en la Theffalie, no feulement il recouura viures à foifon pour nourrir fon armee, mais aufsi la garentit& deliura efträgement de maladie, pource qu'y ayans les foldats trouué grande quantité de vins, ils chafferent la contagion de peftilence à force de boire& de faire grade L'wiginal chere: car ils ne firent autre chofe que baller, momer,& iouer les Bacchanales par tout le chemin, tant qu'ils fe guairirent de cefte maladie par yurongner,& fe firent des corps tous neus. Quad ils furent tous deux arriuez en la Pharfalie,& tous deux campez I'vn deuant l'autre, Pompeius retourna derechef a fa premiere refolution, de tant plus mefmemēt qu'il auoit eu des prefages de plir de ce qui ftcy dewant fignifiance finiftre& de mauuaifes vifions en dormant: car il luy fut aduis vne nuict, qu'il entroit dedas le Theatre, là où les Ro fcrit en la mains le recuilloyent auec grads batemês de mains:* mais ceux d'alentour de luy eftoyent fi prefomptueux& fi temeraires,& fe peins de la lan de feses force da eric de vi arbine Fai grey ferred leceril quia lay roue de res celte de teps, elle les mardief at pat atre vine ils ne le Teeftan den Grec ft defe Cuenc en ft endroit le faut re vie de Pom fVLIVS CÆSAR. ky voulu taille, qu du milie tonius, en la d Moyent en fig Sit habi quelle zement De Bataille pere de liers Ro defia di riere,& fuit le bataill 362 promettoyent fi affeurément la victoire, que defia Domitius Spin ther& Scipion fe debatoyent entre eux& briguoyent le fouuerain Pontificat, que tenoit Cæfar,& y en eut plufieurs qui enuoye rent deuat à Romie pour retenir& louer les plus prochaines maifons de la place, comme eftans plus cómodes aux Præteurs& aug Confuls, faifans defia leur conte que ces offices là ne leur pouuoyent fuyr incontinet apres la fin de cefte guerre.Mais fur tous autres brufloyent d'ardeur de combatre les ieunes gentils- hommes& cheualiers Romains, qui eftoyent bien moriteż& armez à l'auantage de harnoys bien fourbis& reluyfans, leurs cheuaux gras& refaits,& eux beaux ieunes hommes, en nombre de fept mille, là où ceux de Cæfar n'eftoyent que mille feulement. Le nombre de gens de pied n'eftoit pas femblable non plus: car ils eftoyent quarante& cinq mille contre vingt& deux parquoy Ca far fit affembler les fiens, aufquels il remonftra, comme Cornificius eftoit pres de là, qui luy amenoit deux legions entieres, qu'il auoit quinze autres cohortes fous la charge de Calenus, lefquelles il faifoit tenir à l'étour de Megare& d'Athenes: puis leur demada s'ils vouloyent attendre ce renfort là, ou s'il aimoyent mieux hafarder la bataille eux feuls: les foldats s'efcrierent tout haut qu'ils le prioyent de ne differer point, ains plus toft qu'il imaginaft& inuentaft quelque rufe pour attirer l'ennemi à la ba taille, le plus toft qu'il pourroit. Et ainfi comme il facrifioit aux dieux pour la purification de fon armee, la premiere hoftie n'eut pas plus toft efté immolee, que fon deuin luy affeura que dedans trois iours il auroit la bataille.Cæfar luy demanda, s'il apperceuoit point és facrifices quelque heureux prefage touchat l'iffue:& le deuin luy refpondit, Tu feras mieux toy- mefme la refpófe à ce la que moy, car les dieux nous promettent vne grade mutation& grand changement de l'eftat des chofes qui font à prefent, en vn autre tout contraire: parquoy fi tu es bien maintenant, attens- toy d'auoir cy apres pire fortune& fi tu es mal, affeure toy, que tu l'auras meilleure.Et la nuit de deuant la bataille, a infi comme il alloit enuiron la minuit vifitant les guets, on vit comme vn grad brädon de feu allumé, en l'air, qui paffant par deffus le cap de C far, alla fondre dedans celuy de Pompeius:& enuiron l'heure que on remue le guet du matin on entendit vne fauffe alarme, fans caufe apparente, qu'on appelle communement terreur Panique, qui fe meut dedans le camp des ennemis: toutefois fi ne s'attendoit il point de combatre pour ce jour- là, ains auoit propofé de deloger de là où il eftoit capé pour tirer vers la ville de Scotufe, & eftoyent defia les tentes& pavillons de fon cap abatus, quad fes coureurs vindrent à grande hafte deuers luy, apporter nouuelles comment les ennemis fe preparoyent pour venir à la bataille: de quoy il fut fort ioyeux,& apres avoir fait prieres aux dieux, qu'ils luy d'une fi foudro ce vint mence gens enle leur velo te, ne deur encon met c vn fou fa bata Capita & dua Ca for CS Domitus a uchaines Prateurs ta ne leur p Mais furt gentils- ho & arm uts cheua re de fe plus: car its paroun Ca me Corni entieres,& Calexis lef puis le aimoyent erent tout toft qu'il mia laba bort aus dedans ilapperce IVLIVS CESAR. 387 Sy vouluffent eftre ce iour- la en aide, il rangea fes gens en bataille, qu'il departit en trois trouppes, donnant pour Chef à celle du milieu Domitius Caluinus,& à celle de la pointe gauche Antonius,& luy fe mit à la droite, choififfant fon lieu pour cobattre en la dixieme legion: contre laquelle voyant que les ennemis a- woyent ordonné toute leur cheualerie, il eut peur quand il les vid en fi grand nombre& en fi braue equipage: au moyen dequoy, il fit habillement venir de la queuë de fa bataille fix cohortes, lefquelles il mit en embusche derriere fa pointe droite, ay at premia rement bien inftruit les foldats de tout ce qu'ils auroyent à faire quand la cheualerie des ennemis viendroit à commecer la charge.De l'autre cofté Popeius fe mit aufsi en la pointe droite de fa bataille, baillant à códuire la gauche à Domitius,& Scipio beaupere de Popeius prit à mener le milieu. Or s'eftoyent les cheualiers Romains tous iettez en la pointe gauche comme nous auos defia dit, en intention d'enuelopper la droitte de Cæfar par derriere,& de faire leur plus grand effort à l'endroit mefme, où e- ftuit le Chef de leurs ennemis, faifans leur conte qu'il n'y auoit bataillon de gens de pied fi profond, qui peuft fouftenir le choq d'vne fi groffe trouppe de cheualerie,& qu'au premier heurt ils foudroveroyet tout,& leur pafferoyet par deffus le vétre. Quand ce vint fur le point que d'vn cofté& d'autre les tropettes commencerent à fonner le fon de la bataille, Põpetus comanda à fes gens de pied, qu'ils fe tinfent fermes en leur marche bien ferrez enfemble,& qu'il attendiffent fans bouger le pied, la courfe de leurs ennemis, iufques à ce qu'ils fuffent prefts à lancer leurs iauelots. Enquoy Cæfar depuis dit, qu'il auoit fait vne lourde faute, ne cófiderat pas& cefte rencotre, qui fe fait en courant de roideur, outre ce qu'elle done force plus roide aux premiers coups, encore enflame elle le courage des homes, pource q ceft elancemét cómun de to' les cobattans, qui courét enséble, luy eft come vn foufflet, qui l'allume. Ainfi doc q Cæfar faifoit defia marcher fa bataille pour aller comecer la charge il appercent P'vn de fes Capitaines vaillat home,& bié experimété au fait de la guerre, & duquel il fe fioit beaucoup, qui prefchoit les foldats qu'il auoit fous fa charge, les enhortat de bie faire leur deuoir de cobattre vaillament. Si l'appella par fon no,& luy dit tout haut: Et bien, Caius Crafsinius, qu'elle efperance deuos- nous auoir?& coment fommes- nous deliberez de bien faire ce icurd'huy? Adóc Crafsinius hauffant la main, luy refpódit tout haut: Nous vaineros glo rieufemét ce iourd'huy, Cefar,& tepmets q tu me loueras auât ce iour paffe, ou mort ou vif. Ces paroles dites, il fut le premier qui alla courat doner dedãs les ennemis, tirat fa bande apres luy, qui eftoit de fix vingts homes,& fendat les premiers rengs, entra dec grande occifion bien auant dedans la bataille des ennemis, refpolec muration ent, en va rens- toy que tu mme il ngrad de Cz ure que e, fans Panique s'atte opol Scon spills allede 364 IVLIVS CESAR. corps eft encore, & m'ont belles c guerres armee. les en l dauanta le cipe mourut priani donna a ts, celu quand ap depuis il dre à luy fiquere plus not iufques à ce qu'en faifant ces grads efforts, il fut à la fin rembarré d'vn coup d'eftoc, qui luy donna droit dedans la bouche partelle violence, que la pointe de l'efpee luy vint à refortir par derriere au chinon du col. Ainfi eftans ia les gens de pied au milieu de la bataille attachez au cobat de main, les gens de cheual de la pointe gauche de Pompeius, marcherent aufsi fierement eflargiffans leurs trouppes pour enueloper par derriere la pointe droite de la bataille de Cæfar mais auant qu'ils començaffent à charger, les fix cohortes, que Cæfar auoit mis en aguet, derriere luy, fe prirent à courir droit à eux, fans lancer de loin leurs iauelots come ils ont accouftumé, ny en frapper à coups de main les cuiffes, ny les iambes des ennemis, ains tafchans à leur donner droit dedans les yeux,& à les en affener au vifage, fuyuant ce que Cæfar leur auoit enfeigné: pource qu'il efperoit, que ces ieunes gentils- homes, qui n'auoyet guere haté les armes, ny accouftumé de fe voir blecez,& qui eftoyét en la fleur de leur aage& de leur beauté, craindroyet fort ces bleceures- là,& n'arrefteroyent iamais, tat pour la crainte du dager prefet d'y perdre la vie, q pour la doute leurs beaux vifages n'e demeurafset difformes à l'aduenir come il en aduint, car ils ne peurent onques fouffrir, qu'on leur apportaft ainfi pres du vifage les pointes des lauelots, ains s'esblouyrent de peur, quad ils virent qu'on leur approcha le fer luyfant fi pres des yeux,& tournerent le dos en fe couurant le vifage de peur qu'on ne les y bleçaft: ainfi fe rompans d'eux- mefmes, ils fe priret finalement à fuyr treflachement à val de route, & furent caufe de faire perdre tout le demeurant: car ceux qui les auoyent ropus coururent incotinent affaillir le bataillon des gens de pied par derriere,& les mirent en pieces. Adonc Pompeius voyant de l'autre pointe de fa bataille, fes gens de cheual ainfi desbandez& efcartez en route, ne fut plus celuy qu'il eftoit auparauant, ny ne fe fouuint plus d'eftre le grand Pompeius, ains reffemblant proprement à vn home, auquel les dieux ont ofté le fens,& qui eft eftonné d'vne ruine diuinement aduenuë, il fe retira fans mot dire en fa téte, là où il s'afsit, attédant ce qui pourroit aduenir, infques à ce que toute fon armee ayant efté des faite & mife en route, les ennemis vindrent à monter fur les rempars, qui clouoy et fon camp,& à cobattre à coups de main côtre ceux qui les gardoyet:& lors come eftant vn peu reuenu à foy, il ne dit cefte feule parole, Coment, iufques à noftre camp?& defpouyllant à grande hafte fa cotte d'armes,& fon accouftrement de Ca pitaine, veft it vne robbe conuenable à fa fortune,& s'en fortit à la defrobee.Au refte, comet il fe gouuerna depuis cefte fortune, & come s'eftant mis entre les mains de quelques Ægyptiens, il fut par eux occis me fchammet, nous le declareros en fa vie. Mais Jors Cæfar entrant dedans le camp de Pompeius,& y voyant les corps uoit ded lentour core plu tout 1019 Cornel lier an afsis le ra & pre menc armee les ov fur fes parque meruer ateite nemetr tion pen ueu laf Ove bouche part tit par de cheual rement el po ere la mençaffen derrie leurs aue demain les le donner jce que ces eines Accoutumé e& de leur eroyent a vie pour saladqu'on ts, ains hale fer at levi IVLIVS CESAR. 365 corps eftendus de ceux qu'on auoit ia tuez,& d'autres qu'on tuoit encore, fe prit à dire en foufpirant: Ils l'ont eux- mes ainfi voulu, & m'ont à ce contraint. Car Caius Cæfar apres auoir fait tant de belles conqueftes,& victorieufement acheué tant& de fi groffes guerres, e ut neantmoins efté condamné, s'il fe fuft defaify de fon armee. Afinius Pollio dit, qu'il prononça la fentence de ces paro les en langage Romain, que luy depuis a efcrittes en Grec:& dit dauantage, que la plufpart de ceux qui furet mis à l'efpee dedans le cap, eftoyent valets& feruiteurs,& qu'en toute la bataille il ne mourut pas plus de fix mille foldats. Quant à ceux qui furent pris prifonniers, Cæfar en mefla beaucoup parmy fes legions,& pardonna à plufieurs perfonnages de qualité entre lefquels fut Brutus, celuy qui depuis le tua,& dit- on, qu'il fut en grande peine, quand apres la bataille, on ne le trouua point foudainemet, mais depuis il feut, qu'il eftoit vif,& s'eftant venu de luy- mefme rendre à luy, il en fut fort ioyeux. Si y eut plufieurs fignes, qui prono ftiquerent l'iffuë de cefte bataille, telle comme elle fut, mais le plus notable fut celuy, qui aduint en la ville de Tralles, où il y a- uoit dedas le teple de Victoire, vne image de Cæfar: la terre d'alentour eftant fort dure d'elle mefme, eftoit pauee de pierre encore plus dure,& neantmoins on dit, qu'il en fourdit vne palme, tout ioignant la bafe de la ftatue. Et en la ville de Padoue, Caius Cornelius homme excellent en l'art de deuiner, citoyen& familier amy de Titus Liuius l'hiftorien, eftoit d'aduenture ce iour- là afsis à contempler le vol des oyfeaux,& ainfi que Liuius mefme Je raconte, coneut le point du temps que fut la bataille donnee, & predit à ceux qui eftoyent prefens, A cefte heure propre fe comence la meflee: à ce mefme inftant s'entre- choquent les deux armees. Puis fe raffeant vne autre fois, pour confiderer derechef les oyfeaux, apres en auoir côtéplé les prefages, fe dreffa foudain fur fes pieds,& cria tout haut, come s'il euft efté infpiré& pouffé par quelque efprit diuin, La victoire eft tiene, Cæfar.Dequoy s'ef merueillans tous les affiftans, il ofta la courone, qu'il auoit deffus fa tefte, en faifant fermét, que iamais ne l'y remettroit, que l'euenemet n'euft porté tefmoignage à la verité de fon art. Liuius afferme qu'il fut ainfi fait. Au refte Cæfar ayat donné entiere exéption& affranchiffement à la nation Theffaliene en confideration de la victoire qu'il auoit eue en leur pays, s'en alla apres Pó peius,& eftant paffé en Afie, y affranchit aufsi les Gnidies en faueur de Théopompus, celuy qui a fait le recueil des fables,& relafcha à tous les habitans de l'Afie le tiers des tributs, qu'ils payoyent: puis arriua en Alexandrie, que Pompeius y auoit defia efté mis à mort: fi eut en horreur Theodotus, qui luy en prefenta la tefte, tournant le vifage d'vn autre cofté pour ne la point voir: mais bien prit- il fon cachet,& en le regardant fe prit à plorer,& de route allon des donc Pom de cheval us, ains fe repour faite pars, e ceux lne die poup nt de C fot les corps 366 IV LIVS CESAR. fe rufe l mais dep fur enco fon fre pour ce bier de perfon ler, po things le tuer à tous fes familiers& amis, que le Roy d'Egypte auoit fait arrefter, ainfi qu'ils alloy ent errans par fes pays, il leur fit des biens & les gaigna tous a fa deuotion: fuyuat lefquels offices, il efcriuit à fes amis de Rome, que le plus grand& le plus doux fruit, qu'il receuoit de fa victoire, eftoit qu'il fauuoit toufiours la vie à quelques vns de fes citoyens, qui auoyent porté les armes contre luy. Quant à la guerre qu'il eut en Alexandrie, aucuns difent qu'elle ne fut point neceffaire,& qu'il l'entreprit volontairement pour l'amour de Cleopatra: en quoy il acquit peu d'honneur,& fi mit fa perfonne en grand danger.Les autres en reiettet la coulpe fur les miniftres du Roy d'Egypte, mefmement fur Pothinus l'Eunuque, lequel ayat la principale authorité entre les feruiteurs du Roy apres auoir naguere fait occire Pompeius,& chaffé de la cour Cleopatra, efpioit encore fecrettemet les moyes come il en pourroit autät faire à Cæfar: à raifon dequoy, en ayat fenty quelque vent, il comme ça dés lors à paffer les nuits entieres en banquets& feftins, afin d'eftre en plus grande feureté de fa perfonne. Mais outre ce, encore alloit ce Pothinus difant& fatfant ouuertement beaucoup de chofes infupportables, pour faire honte& fufciter enuie à l'encontre de Cæfar: car il faifoit diftribuer à fes gens de guerre le plus mauuais& le plus vieil blé, qu'il pouuou trouuer:& fi les foldats s'en plaignoyent, il leur refpondoit, qu'il falloit qu'ils euffent patièce,& qu'ils s'en cotentaffent, puis qu'ils mangeoyent aux defpens d'autruy:& à la table il ne faifoit feruir qu'en vaiffelle de bois& de terre, difant q Cæfar auoit eu toute celle d'or& d'argét pour quelque dette, à caufe q le pere duRoy, qui lors regnoit en Egypte, denoit à Cæfar vn million& fept cés cinquante mille efcus, dont Cæfar au parauât en auoit remis les fept cens cinquante mille à fes enfans: mais lors il demanda le million qui reftoit pour en payer fes gens, à quoy Pothinus luy refpondit, que pour lors il feroit mieux de s'en aller à la pourfuite de fes autres affaires, qui luy eftoyent de plus grande confequence,& que puis apres il recouureroit tout à loifir vn autre fois fa dette auec la bone grace du Roy.Cæfar luy repliqua qu'il n'auoit que faire du confeil des Ægyptiens pour les affaires, mais qu'il vouloit eftre payé:& fecrettement manda à Cleopatra, qui eftoit aux champs, qu'elle reuinft:& elle prenant en fa copagnie Apollodorus Sicilien feul de tous fes amis, fe mit dedans vn petit bateau, fur lequel elle vint aborder au pied du chafteau d'Alexandrie, qu'il eftoit ia nui& toute noyre;& n'ayant moyé d'y entret autremet fans eftre coneue, elle s'eftédit tout de fon long def fus vn fuifceaud hardes, qu'Apollodorus plia& ia par deffus auec vne groffe courroye, puis le chargea fur fon çol,& le porta ainfi dedans à Cæfar pai la porte du chafteau. Ce fut la premiere orce, a ce qu'on dit, qui attira Cæfar à l'aimer: pource que ceBe rufe Femour camp Cafar Pentqur Mais le pource lefquels yat com contra l'arcena librairi Sedon qui co dedas cofte eng que saman ain & qu teaut dre de Tencon fufion Coques Sen uel nac bie 23 Occ la vici s conte ifen q ement & coulpe teurs de come il en feasy quel es en ba perfonne nt ouver bonte& uer à fes Dit, qu'il qu'ils Cleruir IVLIVS CESAR. 367 fte rufe luy fit apperceuoir qu'elle eftoit femme de gentil efprit: mais depuis quand il eut coneu fa douceur& bonne grace, il en fur encore bie plus efpris,& la remit en bone amitié auec le Roy fon frere, fous códition qu'elle regneroit aufsi quant& luy.Si fue pour cefte recóciliation preparé vn grand feftin, auquel le bar. bier de Cæfar, qui eftoit l'vn de fes efclaues, la plus craintiue perfonne du monde, ne laiffant rie à fureter, recercher& oureiller, pour cefte desfiace naturelle qu'il auoit, defcouurit que Po❤ thinus& Achillas dreffoyent vne embufche à fon maiftre pour le tuer.Ce que Cæfar ayant aueré, mit bonnes& feures gardes à l'entour de la fale, où fe faifoit le feftin, fi bien qu'il occit Pothinus luy- mefme: mais Achillas fe fauua de vifteffe,& s'en fuyt au camp du Roy, là où il fufcita vne dangereufe& mal- aifee guerre à Cæfar, pource qu'auec bien peu de gens, qu'il fe trouuoi lors à l'entour de luy, il auoit à cóbattre vne groffe& puiflante armee. Mais le premier danger, auquel il fe trouua, fut la faute d'eau, pource que fes ennemis firent boucher& fermer les canaux, par lefquels l'eau venoit de la riuiere au chafteau. Le fecond fut, q vo yat come les ennemis venoyet pour luy ofter fes vaiffeaux, il fut contraint de repouffer ce peril auec le feu, lequel brufla quant& l'arcenal où eftoyent les vaiffeaux, celle grande& tant renomee librairie d'Alexandrie. Le troifieme fut en la bataille nauale, qui fe donna pres la tour du Phar, là où voulat aller feçourir fes ges, qui combattoyent en la mer, il fauta de deffus le mole ou la leues dedas vn bateau: ce voyans les Ægyptiens, voguerent de tous coftez celle part,& luy fe iettat dedans la mer, fe fauua à nage en grande peine& auec grande difficulté. Et dit- on, q ce fut là, que tenat plufieurs papiers en I'vne de fes mains, il ne les lafcha iamais, ains les tint toufiours hors de l'eau en nageant de l'autre main, combien qu'on luy tiraft cependant infinis coups de trait, & qu'il fuft contraint de fe plonger fouuent en l'eau: mais le bate au fut incontinent mis à fond. Et finalemet le Roy s'eftant retiré deuers fes gens, qui faifoyent la guerre à Cæfar, il luy alla à l'encontre,& luy donna la bataille qu'il gaigna, auec grande ef fufion de fang. mais quant au Roy il ne comparut ny ne fut veu onques puis à raifon dequoy il eftablit Roype d'Egypte fa fæeur Cleopatra, laquelle eftant groffe de luy, peu de tops apres accoucha d'vn fils, que ceux d'Alexandrie appellerent Cæfarion:& luy s'en alla en la Syrie,& de là fe promenant en l'Afie, il eut nou uelles comme Domitius ayant efté defait en bataille par Phar naces fils de Mithridates, s'en eftoit fuy du royaume de Pot, auec bien peu de gens,& que ce Roy Pharnaces pourfuyuat fa victoi te auec vne conuoitife infatiable', ne fe contentoit pas d'auoir ia occupé la Bithinie,& la Cappadocie, ains tentoit encore l'Arme nie, qu'on appelle la Mineur, fufcitant tous les Roys, Princes& redu o & lept ce remis les manda le us luy Durlu efois n'a mais qui gnie прец JAG dy Tong berile IVLIVS CESAR. batailles fon arine faifoit c Scipion tion, au taine e traint homm de four dre lam Ja falure chevaux dechien font che furueno gne a le ler au fo fent à re de iouer pendach 368 Potentats de cefte marche- là, à l'encontre des Romains. Si dreffa incontinent Cæfar fon chemin droit celle part auec trois legiós, & luy donna vne groffe bataille pres la ville de Zela, en laquelle il luy mit en pieces toute fon armee,& le dechaffa de tout le royaume de Pont:& pour donner à entendre la foudaineté de cefte victoire, l'efcriuant à Rome à l'vn de fes amis, Anitius, il luy mada ces trois paroles feulement, VENI, VIDI, VICI. c'eft à dire, le vins, Ie vi, le vainqui. Mais ces paroles pour auoir prefque vne femblable cadence en langage Romain, ont vne grace de briefueté plus plaifante à l'ouye, qu'elle ne fe peut rencontrer en autre langue. Cela fait, il repaffa en Italie,& s'en retourna à Rome finiflant l'annee pour laquelle il auoit efté efleu Dictateur la fecode fois, là où ceft office parauant luy n'auoit iamais efté annuel: fi fut efleu Conful pour l'annee enfuyuant, mais on le blafma fort de ce, q fes gens de guerre en vne mutinatio ayans tué deux perfonnages de dignité Prætoriale, Cofconi'& Galba, il n'en fit iamais autre punition ny autre demóftration, qu'en lieu de les appeller foldats, il les appella citoyens,& leur ordonna à chacun pour tefte la valeur de cet efcus,& de grandes terres dedās l'Italie. Aufsi luy dona- on grad blafme pour les infoleces furieufes& forcenees q faifoit Dolabella pour l'auarice d'Anitius,& les y- urongneries d'Antonius& de Cornificius, qui faifoit demolir& rebaftir la maifon de Pompeius, come n'eftát pas fuffifante pour luy, dont les Romains eftoyent fort mal cotens.Cæfar n'ignoroit point tout cela,& euft bien voulu, que les chofes n'euffent point efté telles: mais pour paruenir aux fins où il pretendoit, il eftoit contraint fe feruir de tels miniftres, qui le fcondoyent en fes deffeins. Or depuis la bataille de Pharfale, Cato& Scipio, s'en eftas fuys en Afrique,& s'y eftat le Roy Iuba ioint auec eux, ils auoyet affemblé vne groffe& puiffante armee: parquoy Cæfar fe refolut de leur aller faire la guerre. Si paffa enuiron le cœur d'hyuer en la Sicile, là où afin de retrecher à fes foldats& Capitaines toute efperance d'y faire long feiour, il s'alla loger fur la mefme greue de la marine,& au premier vent propice s'embarqua auec trois mille hommes de pied,& quelque petit nombre de gens de cheual: puis les ayant mis en terre, auant qu'ils s'en apperceuffent, il fe r'embarqua derechef pour aller querir les autres, craignat que il ne leur aduint quelque mal- encontre au paffage,& les ayant trouuez par le chemin, les códuyfit tous en fon camp: là où eftat aduerty que fes ennemis fe confioyent en vn ancien oracle, qui portoit, que c'eftoit chofe fatalement deftinee à la famille des Scipions, que d'eftre victorieux en Afrique, on ne fait s'il le fit par moquerie en mefpris du Chef de fes ennemis Scipion, ou bie fi ce fut à bon efciant pour s'attribuer le prefage du nom: mais comment que ce fuft, en toutes les rencontres, efcarmouches& batailles daine fu le cham Luyuirer eux,& f Lio, for Vne a le on toit l'e dit, C Scipi le& Pa camper la ville de feure allot a desa leur cafio lir le Nom qu'en tus, il lu ' રીકે ઘણ prefque ate de br rer en au Rome la feco hauel- fi e dear per l d'en fixia de les p ma à chacun Hedis l'ita furiedles& & les y emolir& ante pour ignoroit en es def yuer en nes toute melme ec trois ffent, il nat que es ayan où el acie, q IVLIVS CAESAR. 369 batailles de cefte guerre, il donna toufiours la fuperintendence de fon armee à vn perfonnage de bien petite qualité,& dont on ne faifoit conte quelconque, pource qu'il eftoit extrait de la race des Scipions Africains,& de fait s'appelloit Scipion, fur nommé Sallution, auquel il donnoit la preeminence, comme s'il euft efté Capitaine en chef, toutes les fois qu'il falloit combatre:& eftoit contraint de fouuent aller harceller fes ennemis, pource que ny les hommes en fon camp n'auoyent abondance de bleds, ny les beftes de fourrage, ains cftoyent les gens de guerre contraints de prendre la moufle& de l'algue qui croift en la mer, apres en auoir laué la falure auec de l'eau douce, pour la donner à manger à leurs cheuaux parmi quelque peu de celle herbe, qu'on appelle Dent de chien, pour luy donner gouft, à caufe que les Nomadiens, qui font cheuaux legers& hommes fort difpos,& en grand nombre, furuenoyent en vn moment par tout,& tenoyent toute la campagne a l'enuiron, de forte qu'on ne s'ofoit efcarter du camp pour al ler au fourrage. Et vn 1our comme les hommes d'armes s'amufaffent à regarder vn Africain, lequel faifoit merueilles de baller& de iouer de la flufte, eux eftans affis en grand plaifir,& ayans cependát baillé leurs cheuaux à leurs valets, les ennemis par vne fou daine furprife les enuelopperent de toutes parts,& en tuerent fur le champ vne partie,& chaffans les autres à val de route, les pour fuyuirent iufques à entrer pefle mefle dedans leur camp parmy eux,& fi n'euft efté que Cæfar en perfonne,& auec luy Afinius Pol lio, fortant du camp y allerent au fecours,& arrefterent les fuyas, la guerre ce iour- la euft efté toute paracheuee. Encore y eut- il vne autre rencontre, où les ennemis eurent le meilleur, en laquelle on dit, que Cæfar prenant au collet le port- enfeigne qui pourtoit Pigle, l'arrefta par force,& luy faifant tourner vifage, luy dit, C'eft là ou font les ennemis. Ces auantages eleuerent le cœur à Scipion,& luy donnerent hardieffe de vouloir hafarder la batail le:& l'aiffant d'vn cofté Afranius,& de l'autre cofté le Roy Iuba, campez affez pres P'vn de l'autre, il fe mit à fortifier vn logis pres la ville de Thapfaque au deffus du lac, pour leur feruir de fort& de feure retraite à tous en cefte bataille mais ainfi comme il trauailloit apres, Cæfar ayant trauerfé en extreme& incroyable diligence, vn grand pays de bois par des aduenues dont on ne fe dou toit point, en furprit les vns par derriere,& affaillit les autres par deuant au defprouueu, de maniere qu'il les mit tous en route,& leur fit prendre la fuyte: puis fuyuát cefte premiere pointe de l'occafion& le cours de la bonne fortune: il alla tout d'vne tire affaillir le camp d'Afranius, qu'il prit auffi de prim- faut,& celuy des Nomades femblablement, s'en eftant le Roy Iuba fuy, tellement qu'en vne petite partie d'vn feul iour il prit trois camps,& tua fur le champ cinquate mille hommes de fes ennemis, fans perdre que aa j 370 IVLIVS CAESAR. mihiots de thuyle du Roy desfait nom lu fre de fait qu parlem les plus phesi grace du cinquante foldats des fiens. Ainfi racontent en fomme le difcours de cefte bataille aucuns des hiftoriens: mais il y en a d'autres, qui efcriuent, qu'il n'affifta pas en perfonne à l'execution, pource que comme il ordonnoit fes gens en bataille, l'acces du mal caduque, auquel il eftoit fuiet, le furprit,& que fentant bien qu'il luy vouloit venir, auant qu'il en euit le fens troublé,& qu'il en fuft totale ment faifi, il fe fit emporter en vn chafteau, pres du lieu auquel fe donna la bataille, là où il fe tint en repos, iufques à ce que l'acces de fa maladie fuft entierement paffé. Quant à ceux qui efchapperent de cefte bataille, perfonnages de dignité Prætoriale ou Confu laire, plufieurs fe desfirent eux- mefmes, quand ils fe virent prifon niers,& plufieurs auffi en fit mourir Cæfar mais defirant pouuoir tenir fur tous les autres, Caton vif en fa puiffance, il tira incontiment à la plus grande hafte qu'il luy fut poffible, vers la ville d'V tique, que Caton auoit pris à garder& defendre, au moyen dequoy il ne s'eftoit point trouué en la bataille toutefois eftant par le chemin certifié qu'il s'eftoit luy- mefme desfait de fa propre main, il monftra bien euidemment, qu'il en fut fort marri: mais en quelle part, ne pour quelle occafion, on n'en fait rien.Vray eft, que il dit bien fur l'heure, O Caton, ie te porte enuie de cefte tienne mort, puis que tu m'as enuié la gloire de te fauuer la vie. Ce neat moins le liure qu'il efcriuit depuis à l'encontre de Caton mort, ne monftre point apparence de cœur amolli ny addouci enuers luy. Et comment luy euft- il pardommé, s'il l'euft tenu viuanten fa puiffance, veu que contre luy mort il efpandit vne fi violente cholere? toutefois on conie& ture, qu'il luy euft pardonné, par l'humanité dont il vfa enuers Ciceron, enuers Brutus,& infinis autres, qui a- uoyent porté les armes contre luy& dit- on, qu'il efcriuit ce liure, non tant par rancune qu'il euft à l'encontre du mort, que parvne ambition ciuile, pour vne telle occafion: Ciceron auoit efcrit vn liure à la louange de Caton,& l'auoit intitulé Caton.Ce liure, ainfi qu'on peut penfer, fut fort bien recueilly, comme eftant compofé par vn tref- eloquent Orateur,& fur vn fort bel argument. Cæfar en fut bien mal content, eftimant que louer celuy, de la mort duquel il auoit efte caufe, n'eftoit autre chofe que l'accufer luy.mef me,& pour cefte caufe efcriuit vn liure à l'encontre, dedans lequel il ramaffe plufieurs charges& imputations qu'il met fus à Caton: le liure eft intitulé Antieaton. L'vn& Pautre liure iufques aurourd'huy a encore beaucoup de partifans, qui les defendent, les vns pour l'affection qu'ils portent à la memoire de Cæfar,& les autres à celle de Caton: mais retourné qu'il fut de l'Afrique à Rome, tout premierement il fit vne harangue deuant le peuple, en laquelle il magnifia& loua fort hautement cefte fiene victoire derniere, difant qu'il auoit acquis à l'empire Romain tant de pays, qu'il pourroit fournir à la chofe publique deux cens mille minots Leur aul & deux plufieurs en memo auant: pu brement cens vin cinquan de calan fume gr maux& tres pro far efle pour y enco ment ge& forte q plus gr refut fort pri feletta a woyent meille dit à pour the de parge mal cam en fult meu augu que l'a efchapp e ou Co rent prilo pouuou nconti JailedV moyen de seltant par fa propre mais en ayeque te henne Ce neit mort, ne ers luy la puif cholere? tres, qui a tce lure par vne va liure, ainf ompole Calar mort duy- mef ans leet fus à iufques Tendent Cafar, Afrique le papl de IVLIVS CAESAR! 37% mifiots de bled de rente par chacun an,& deux millions de liures d'huyle, puis fit trois entrees triophales, l'vne de l'Aegypte, l'autre du Royaume de Pont,& la troifieme de l'Afrique, no pour y auoit desfait Scipion, mais le Roy luba: le fils duquel, qui auoit auffi nom luba, eftant lors vn ieune enfant, fut mené captif en la monftre de ce triomphe Cefte captiuité luy a efté tres- heureufe, ayant fait qu'au lieu qu'il fuft demeuré vn Barbare Nomade, il a depuis par le moyen de l'eftude qu'il fift en fa prifon, efté nombré entre les plus fauans hiftoriographes des Grecs. Apres ces trois triomphes il fit de grands dons à fes gens de guerre,& pour gaigner la grace du commun populaire, fit de grads feftins publiques& des ieux auffi: car il feftoya tout le peuple Romain à vn coup, en vingt & deux mille tables,& luy dóna le paffe- temps de voir combatre plufieurs couples d'efcrimeurs à outráce,& des batailles nauales en memoire de fa fille Iulia, qui eftoit decedee long temps auparauant: puis apres tous ces esbatemens fut faite la reuene& le denő brement accouftumé du peuple, auquel fut trouué au lieu de trois cens vingt mille chefs de citoyens, qui y eftoyent auparauant, cet cinquante mille feulement, tant cefte guerre ciuile auoit apporté de calamité& de perte à le chofe publique,& tant elle auoit con fumé grand nombre de peuple Romain, fans encore parler des maux& miferes qu'elle auoit caufees au refte de l'Italie,& aux au tres prouinces de l'empire Romain. Ces chofes toutes acheuees, il fut efleu Conful pour la quatrieme fois,& s'en alla en Heſpagne pour y faire la guerre aux enfans de Pompeius, lefquels eftoyent encore ieunes: neantmoins auoyent affemblé vne merueilleufement groffe& puiflante armee,& fi monftroyent auoir le courage& la hardieffe digne de commander à vne telle puiffance, de forte qu'ils mirent Cæfar en extreme danger de fa propre vie. La plus grande bataille, qui fut donnee entr'eux en toute cefte guerre, fut pres la ville de Munda, en laquelle Cæfar voyant fes gens fort preflez,& ayans beaucoup d'affaires à fouftenir les ennemis, fe ietta à trauers la meflee des combatas, criant aux fiens, s'ils n'auoyent autrement point de honte de fe laiffer batre, qu'ils le prinf fent au corps,& le liuraflent eux mefmes de leurs propres mains à ces ieunes enfans& ainfi auec tout l'extreme effort qu'il peut faire, ayant à toute peine fait reculer& fuyr les ennemis, il en tua fur le champ plus de trente mille,& en perdit des fiens mille les meilleurs qu'il euft. Apres cefte bataille, fe retirant en fon logis il dit à fes familiers, que plufieurs fois auparauant il auoit combatu pour la victoire, mais qu'à cefte derniere feule il auoit cobatu pour fauuer fa propre viell gaigna cefte bataille le iour propre de la fe fte des Bacchanales, auquel on dit, que Pompeius, le pere eftoit for ti de Rome, pour aller commencer cefte guerre ciuile,& y eut en tre deux quatre ans entiers de diftace. Quant à fes enfans le plus a a f 372 IVLIVS CAESAR. reune fe fauua de la bataille: mais peu de iours arpes Didius ap porta la tefte de l'aifné. Cefte guerre fut la derniere de celles de Cæfar, mais l'entree triomphale qu'il en fit à Rome, defpleut autant& plus aux Romains, que chofe qu'il euft point encore faite, pource qu'il n'auoit point desfait des Capitaines efträgers, ny des Roys Barbares, ains auoit ruiné les enfans du plus grand perfonnage qui fuft en Rome, à qui la fortune auoit efté contraire,& en ayant efteint la race, on n'eftimoit point, qu'il luy fuft bien feant de triompher ainfi des calamitez de fon pays, en s'efiouyffant d'vne chofe, pour laquelle defendre il n'auoit qu'vne feule excufe en uers les dieux& enuers les homes, c'eft, q ce qu'il en faifoit, il le faifoit par côtrainte, de tat plus mefmemêt que iamais au parauat il n'auoit enuoyé ny lettres ny meffage au public, pour victoire qlconque, qu'il euft obtenue ny gaignee en toutes ces guerres ciuiles, ains en auoit toufiours de honte reietté la gloire. Ce nonobftat les Romains flefchiffans à fa fortune,& receuans les mors enla bouche, à caufe qu'ils eftimoyent, que la principauté d'vn feul, leur donneroit moyen de refpirer vn petit de tant de maux& de miferes qu'ils auoyent endurees en ces guerres ciuiles, ils l'efleurent Dictateur perpetuel pour toute fa vie. Cela eftoit manifeftement vne tyrannie certaine, pource qu'on adiouftoit à la fouueraine pui fance& plein pouuoir de la Dictature, le non craindre d'en eftre iamais depofé.Et lors Ciceron commença à mettre en auất au Senat, qu'on luy decernaft les honneurs, dont la grandeur eftoit encore aucunement humaine, mais il y en eut d'autres depuis, qui Juy en adioufterent d'exceffifs:& faifans à l'enuie les vns des autres, à qui plus luy en donneroit, le rendirent odieux& fafcheux à ceux mefines, qui luy eftoyent les plus equitables, pour la hauteffe demefuree,& l'importunité des honneurs, preeminences& prero gatiues, qu'il luy decernerent: auffi dit on, que ceux, qui le hayffoyenyuoriferent pas& n'y tindrent pas moins la main, que ceux qui le fiatoyent, afin qu'ils euffent plus grandes occafions de confpirer contre luy,& qu'il femblaft qu'auec plus iuftes querel Jes, ils euffent attenté contre fa perfonne. Car au demeurant, quad à luy, depuis qu'il eut acheué fes guerres ciuiles il fe porta de for te, qu'on n'euft feu que reprendre en luy,& me femble que meri toirement& à bon droit fut decerné lors entre autres honneurs, qu'on feroit baftir vn temple de Clemence, pour luy rendre graces de l'humanité dont il auoit vfé en fa victoirercar il pardonna à plufieurs de ceux, qui auoyent porté les armes& fait la guerre contre luy,& qui plus eft, donna des honneurs& offices de la cho fe publique à quelques vns d'eux, comme à Caffius& à Brutus, entre autres, qui tous deux eftoyent Præteurs. Et ayans esté les images de Pompeius abatues, il les fit redrefler: à raifon déquoy Ciceron dit lors, que Cæfar en releuant les images de Pompeius auoit auoit il pri fe pr il va crai ple feu diff guer deli Corin par au peupl les ga Jats a & at moye eftand vnio quire duque Luy d nouu alle po Con pro & en Penc Padu prefer fes me pou de celles agers and per ntraire,& ft bien fe yant d excufe e bifoit, il le parauat t but q- mors enla Geul, Jeve & de mul Pelleurent feftement aine pui en eltre tau Sefait enpus, qui Vns des au falcheux la hauteffe & prero le hayf ain, que fons de werel quad de for meri Durs, regra rdonna guent de la cho IVLIVS CAESAR. 373 auoit affeuré les fienes. Et comme fes amis luy confeillaffent, que il prift des gardes pour la feureté de fa perfonne,& aucuns d'eux fe prefentaflet à l'en feruir, il ne voulut onques le faire, difant que il valoit mieux mourir vne fois, que toufiours attendre la mort en crainte: mais pour acquerir l'amour& la bien- vueillance du peuple, comme la plus honnorable,& la plus feure garde qu'il euft feu auoir, il fit de rechef des fefains publiques,& des donnees& diftributions generales de bied:& pour auffi gratifier aux gens de guerre, il repeupla plufieurs villes, qui par le paffé auoyent efté deftruites: où il logea ceux, qui n'auoyent point de retraite, dont les plus nobles,& les principales furent celles de Carthage& do Corinthe,& aduint, que tout ainfi qu'elles auoyet toutes deux efté par auant prifes& deftruites enfemble, auffi furent- elles alors re peuplees en vn mefme temps.Et quant aux hommes de qualité, il les gaigna auffi, promettant aux vns dés Præteures& des Confulats à l'aduenir,& aux autres d'autres honneurs& preeminences, & à tous en general bonne efperance, tafchant à faire par tous moyens que chacun fuft content de fa domination: tellement que eftant I'vn des Confuls, nommé Maximus, par cas fortuit decedé vn iour auant la fin de fon Confulat, il declara Coful, pour ce iour qui reftoit feulement, en fon lieu Caninius Rebilius, en la maifon duquel comme tout le mode allaft pour le faluer,& s'efiouir auec luy de fa promotion, come eft la couftume de faire aux magiftrats nouuellement efleus, Ciceron en ce iouant dit, Haftons nous d'y aller, deuant que fon Confulat expire. Au refte Cæfar eftant né pour faire toutes grandes chofes,& ayant de fa nature le cœur conuoiteux de grand honneur, les profperitez de fes conqueftes& prouefles paffees, ne le conuierent point à vouloir iouyr en paix & en repos du fruit de fes labeurs, ains pluftoft l'efchaufferent& l'encouragerent à en vouloir entreprendre encore d'autres pour l'aduenir, luy engendrans toufiours de plus en plus imaginations de plus hautes entreprifes& defir de gloire nouuelle, comme fi la prefente fuft defia toute vfee. Laquelle paffion n'eftoit autre chofe qu'vne ialoufie& emulation de foy- mefme, ne plus ne moins que d'vne autre perfonne,& vne obftinatio de fe vouloir toufiours vaincre foy mefme, combatant teufiours en luy Pefperâce de l'ad uenir auec la gloire du paffé,& l'ambition de ce qu'il defiroit faire auec ce qu'il auoit defia fait.Car il auoit propofé& faifoit defia fes preparatifs pour aller guerroyer les Parthes,& apres les auoig fubiuguez paffer par l'Hyrcanie,& en environnat la mer Cafpiene& le mont de Caucafe, reuenir gaigner le royaume de Pont, pour puis apres entrer en la Scythie:& ayant couru tout le pays & toutes les nations& prouinces voy fines de la gräde Germanie, & la Germanie mefme, s'en retourner à la fin par la Gaule en Italie,& eftendre ainfi l'empire Romain à la ronde, de forte qu aa j $ 74 IV LIVS CAE SA R. fuft de toutes parts borné de la grande mer Oceane. Mais cepen dant que ce voyage s'appreftoit, il effaya de couper l'encouleure du detroit du Peloponele à l'endroit où eft afsifé la ville de Corinthe.Et fit tirer vn canal des riuieres du Teueron& du Tybre, commençant à la ville mefme de Rome,& le fit aller droit à la ville de Circees, par vne large& profonde foffe, qu'il fit cauer, laquelle s'alloit defgorger en la cofte de Terracine, pour donner feureté& commodité plus grande aux marchans qui venoyent à Rome pour y traffiquer.Dauantage il delibera aufsi de deftourner l'eau, qui caufe les marets, qui font entre les villes de Nometum& de Setium, pour y affecher la terre,& la rendre labourable à plufieurs milliers d'hommes,& en la cofte de la mer plus prochaine de Rome faire ietter bien auat de groffes& fortes leuces, & faire nettoyer toute la rade d'alentour d'Oftie des rochers& pierres cachees fous l'eau au long de la cofte,& ofter tous autres empefchemens, qui en rendroyent l'abbord mal feur aux vaiffeaux,& y baftir des ports, des arcenaux& abris dignes de tane de nauires qui y hantoyent& arriuoyent ordinairement. Toutes ces chofes fe preparoyent encore,& ne vindrent point à effet. Mais la compofition du Calédrier,& reformation de l'annee, pour ofter toute confufion des temps, fut fagement inuentee& conduite à fin par luy, laquelle s'eft trouuee à l'vfer fort commode& plaifante: car non feulement és plus anciens temps, les Romains n'auoyent peint de certain formulaire, ny de reigle arreftee pour accorder les reuolutions des mois auec le cours de l'annee, dont il aduenoit vne telle confufion des temps, que les facrifices& les feftes annuelles venoyent à tomber petit à petit en faifons totalement contraires à ce, pourquoy elles eftoyent inftituees: mais encore lors le peuple ne fauoit en façon quelconque, combien montoit le cours de la reuolution du Soleil,& n'y auoit que les preftres feuls, qui l'entendiffent,& qui en euffent conoiffance: au moyen dequoy ils adiouftoyent foudainement, quand bon leur fembloit, fans que perfonne qu'eux en preuift rien, le mois fupernumeraire& intercalaire, qui anciennement fe nommoit Mercedonius. On dit que le Roy Numa Pompilius fut le premier, qui inuenta cefte façon d'interpofer vn mois: toutesfois ce fut vn foible remede,& qui ne s'eftendit par guere loin pour corriger les erreurs, qui fe faifoyent au conte de l'annee,& les remettre en leur point.Mais Cæfar propofant la matiere aux plus fauans Philofophes,& aux plus expers Mathematiciens de fon temps, inuenta& publia par le moyen des fciences, qui eftoyent defia en eftre, vne reformation finguliere,& plus exquifement calculee que nul autre, de laquelle les Romains vfans iufques icy, femblent moins errer que les autres nations, en la reduction de cefte inegalité des mois aux ans toutesfois encore ne peut- il fi bien faire faire, q royent attaint gnie, il ne receu ce qu fut l dong mal vola fent pe Lures Jors la la con jamais ville fe cou point Juy re & ado Et co toute tel eft par pon cher auts chof de co TEA D ne Ch d per Tenculer la ville de Co & du Ti aller door il fix caud pour don i venoye de deflow de Nome labourable marhus pro Furtes lenees esrochers& er tous autres ur aux vai nes de tant ent. Toutes int à effet nee, pour & conmode& Romains le pour dopt rifices& les Gafons tota combien que les ance: au bon leur fuperMerce , qui wo foiger les ettre en 114 ans Phi mps, defia a calle bien IVLIVS CAESAR 37% faire, que ceux qui portoyent enuie à fa grandeur,& qui enduroyent mal volontiers fa domination, ne luy en donnaflent des attaintes.Car Ciceron l'Orateur fe trouuant en quelque compagnie, où il y eut vn qui dit, Demain fe leuera l'eftoille de la Lyre, il ne fe peut tenir de dire, Ouy, par edict: comme fi les hommes receuoyent encore cela par contrainte de comandement. Mais ce qui luy engendra vne plus manifefte haine& plus mortelle, fut la conuoitife de fe faire nommer& declarer Roy, laquelle donna au commun populaire la caufe premiere de luy vouloir mal,& à ceux, qui de longue main Iny gardoyent vne mauuaife volonté couuerte, en donna la plus honnefte occafion, qu'ils euffent peu defirer. Toutesfois ceux, qui luy procuroyent celt honneur, femerent vn bruit parmi le peuple, qu'il eftoit porté par les liures prophetiques de la Sybille, que les Romains desferoyét a- Jors la puiffance des Parthes, quad ils leur feroyét la guerre fous la conduite d'vn Roy, mais autrement qu'ils n'y aduiendroyent jamais,& eurent bien la hardieffe vn iour qu'il retournoit de la ville d'Alba à Rome, de l'appeller& faluer Roy, dont le peuple fe courrouça,& luy en eftant marri, refpondit, qu'il ne s'appelloit point Roy, ains fe nommoit Cæfar, à quoy n'y eut perfonne, qui Juy repliquaft rien, ains fe fit vn filence grand de toute l'afsiftace, & adonc luy tout fafché, marri& ennuyé, tira outre fon chemin. Et come on luy euft decerné au Senat des honneurs tranfcendas toute hautefle humaine, les Cófuls& les Præteurs fuyuis de toute l'affemblee des Senateurs, l'allerent trouuer en la place, où il eftoit afsis fur la tribune aux harangues, pour luy notifier& declarer ce qui auoit efté en fon abfence à decerné fa gloire: mais Juy ne fe daigna onques leuer au deuant d'eux à leur arriuee, ains parlant à eux, comme fi c'euffent efté perfonnes priuees, leur refpondit, , que fes honneurs auoyent pluftoft befoin d'eftre retrenchez qu'augmentez.Cela ne fafcha pas feulemét le Senat, ains fut aufsi trouué fort mauuais du peuple, qu'il eftima la dignité de la chofe publique eftre par luy mefprifee& cótemnee, à voir le peu de conte qu'il faifoit des principaux magiftrats d'icelle,& du Se-,& n'y eut home de ceux à qui il fuft loifible de s'ofter de là, qui ne s'en allaft la tefte baiffee, auec vne morne& trifte taciturnité: tellement que luy- mefme s'en apperceuat, fe retira fur l'heure en fa maifon, là où retirant fa robbe d'alentour de fon col, if cria tout haut à fes amis, qu'il eftoit tout preft de tendre la gorge à qui la luy voudroit coupper. Toutesfois on dit, que depuis pour s'excufer de cefte faute, il allegua fa maladie, à caufe que le fens ne demeure pas en fon entier à ceux qui font fubiets au mal caduque, quand ils parlent debout fur leurs pieds deuant vne commune, ains fe trouble aifément,& leur prend foudain vn esblouy ffement: mais cela eftoit faux. Car il auoit bien voulu fe leuer lors nat, за $ 76 IVLIVS CAESAR. ple& au depofa N culant i ftoyent daux. cus Bru de la ra maifon de tou les gra Carle re pint la bon feul lades fai plufieur qu'il fe plus ho Are Co au deuant du Senat, mais Cornelius Balbus I'vn de fes amis, ou pour mieux dire, de fes flatteurs, qui fe trouua lors aupres de luy, T'en engarda, en luy difant, Ne te veux- tu pas fouuenir que tu es Cæfar,& fouffrir qu'on te face l'honneur& la reuerence, quit'eft deue? Outre ces occafions de mal vueillance& de mefcontentement du peuple, furuint encore de furcharge, la hote qu'il fit aux Tribuns du peuple, en telle maniere: Il eftoit d'auenture lors la fefte des Lupercales, laquelle plufieurs efcriuet auoir anciennemét efté propre& peculiere aux pafteurs,& qu'elle reffemble en quelque chofe à celle qu'on appelle la fefte des Lyceiens en Arcadie. Comment que ce foit, à ce iour là y a plufieurs ieunes hommes, & aucuns de ceux mefmes qui lors font au magiftrat, qui courent tous nuds parmi la ville, frappat par ieu& en riant auec des courroyes de cuyr à tout le poil, ceux qu'ils rencontrent en leur chemin,& y a plufieurs Dames de bien& d'honneur, qui leur vont expreffément au deuant,& leur prefentent leurs mains à frapper, comme font les enfans de l'efchole à leurs maiftres, ayas opinion que cela fert à celles qui font groffes, pour plus aifément enfanzer,& à celles qui font fteriles, pour deuenir groffes.Cæfar regardoit ce paffe- temps, eftant afsis fur la tribune aux harangues dedans vne chere d'or, en habit triomphal:& eftoit Antonius I'vn de ceux qui couroyent cefte courfe facree, pource qu'il eftoit lors Conful. Quand donc il vint à entrer fur la place, le monde qui y eftoit fe fendit pour luy faire voye à courir,& luy s'e alla prefenrer à Cæfar vn badeau royal, qu'on appelle Diademe, entortillé, d'vn delié rameau de laurier, à laquelle prefentation il fe fit vni battement de mains non guere grand, de quelques gens qu'on a- Hoit expreffement appoftez pour ce faire: mais au contraire quad Cæfar le refufa, tout le peuple vnanimement frappa des mains:& comme derechef Antonius le luy prefentaft, il y eut derechef peu de gens qui declaraflent en eftre content par leur battement de mains: mais quand il le rebouta pour la feconde fois, tout le peuple vniuerfel fit encore derechefvn grand bruit à force de battre des mains. Ainfi Cæfar ayant coneu à cefte efpreuue, que la chofe ne plaifoit point à la commune, il fe leua de fa chere commandant qu'on apportaft ce Diademe à Iupiter au Capitole: mais depuis on trouua quelques vnes de fes images par la ville, qui a Hoyent les teftes bandees de Diademes à la gu fe de Roys:& y eut deux des Tribuns du peuple, Flautus& Marullus, qui les allerent arracher,& qui plus eft, trouuans ceux qui auoyent les premiers falué Cæfar, Roy, les firent mener en prifon, le peuple à groffe foulle alloit apres battät des mains en figne de lieffe, en les appellant Brutus, à caufe que Brutus fut anciennemét celuy qui dechaffa les Roys de Rome,& qui transfera la fouueraine authorité& puiffance, qui fouloit eftre en la main d'vn feul Prince, an peuple Le brigu cefte br allegue ne pade le luy a defia, corps me mine mont gardo doyen dire de fon trib petits b Tu dec You plai Enue ROHL pres del tir que buy melcontene qu'il f re lors la nciennen leen qu Arcadie hommes courent leurche leur vong frappe is opinion nt enfan ar regar gues de ius I'va oit lors qui prefen IVLIVS CAESAR. 37% ple& au Senat. Cæfar fut fi fort irrité& courroucé de cela, qu'il depofa Marullus& fon compagnon de leurs offices,& en les accufant iniurioit quand& quand aufsi le peuple, difant qu'ils e- ftoyent vrayemet Brutaux& Cumains, c'eft à dire, beftes& lourdaux. l'occafion dequoy le peuple adonc fe tourna deuers Marcus Brutus, lequel du cofté de fon pere eftoit extrait& defcendu de la race de ce premier Brutus,& du cofté de fa mere eftoit de la maifon des Serviliens, Pvne des plus nobles& des plus anciennes de toute Rome,& fi eftoit nepueu& gedre de Marcus Cato. Mais les grands honeurs, grandes graces& faueurs que luy faifoit Cæfar, le retenoyent& refroidiffoyent, que de luy- mefme il ne conf piraft la deftruction& exterminatio de la Monarchie, pource que non feulement il luy fauua la vie apres la iournee de Pharfale& la desfaite& fuyte de Pompeius,& la donna aufsi à fa requeſte à plufieurs autres de fes familiers& amis: mais encore monftra- il, qu'il fe fioit beaucoup en luy: car il luy auoit defia fait auoir la plus honorable Præture cefte annee- là,& fi eftoit defigné pour e- tre Conful de là à quatre ans, l'ayant emporté deuant Cafsius, qui le briguoit à l'encontre de luy, par la faueur de Cafar qui dit en cefte brigue, ainfi qu'on a laiffé par efcrit: Il eft vray que Cafsius allegue de plus iuftes remonftrances& raifons, mais pourtant fi ne paffera- il point deuat Brutus. Et vn iour comme quelques vns le luy accufaffent, ainfi que la coniuration fe menoit& ourdiffoie defia, il ne leur vouluft point adioufter de foy, ains touchant fon corps auec la main leur refpondit, Brutus attendra cefte peau: come voulant dire, que Brutus pour fa vertu eftoit bie digne de dominer, mais neantmoins que pour ambition de dominer, il ne fe monftroit iamais ingrat, ny ne commettroit iamais vne mefchanceté. Toutesfois ceux qui demandoyent la mutation,& qui ne regardoyent que celuy là feul, ou à tout le moins qui le regardoyent plus que nul autre, ne s'ofoyent addreffer à luy pour luy dire de bouche ce qu'ils defiroyent, mais la nuit ils emplifloyent fon tribunal& fiege Prætorial, là où il tenoit fon audience, de petits billets& efcriteaux, dont la plus part eftoit de telle fubftäTu dors, Brutus,& n'es pas vray Brutus. Pour lefquels efcriteaux Cafsius fentant que le defir d'honneur s'efchauffoit de plus en plus en luy, follicita plus inftamment que iamais ceux, qui ef criuoyent ces petits billets, ayat luy mefme quelques caufes particulieres de haine à l'encontre de Cæfar, lefquelles nous auons declarees en la vie de Brutus. Aufsi l'auoit Cæfar pour fufpect: tellement qu'vn iour parlat à fes plus feaux, il leur demanda, Que vous femble- il, que Cafsius vueille faire? car quat à moy, il ne me plaift point de le voir ainfi pafle. Vne autre fois on calomnia enuers luy Antonius& Dolabella, qu'ils machinoyent quelque nouuelleté à l'encontre de luy, à quoy il refpondit, le ne me desfie le fit v us qu'on a. ire quad mains& ef peu ent de peu Dattre T chola ande12+ & y allespre uple Genia ce, 378. IVLIVS CAE SA R. par tels foit mou quelque aduenir quelqu rauant femme fonge fieurs toubo de ha femblee Albinus frue fo de Caff femble pas trop de ces gras icy, fi bien peignez& fi en bon poin&, ains bien pluftoft de ces maigres& pafles- la, entendant de Brutus& de Cafsius.Mais certainement la deftinee fe peut bien plus facilement preuoir, que non pas euiter, attendu mefmement, qu'il en apparut des fignes& prefages merueilleux: car quant à des feus celeftes,& des figures& fantofmes qu'on vit courir çà& là parmy Pair:& aufsi quát à des oifeaux folitaires, qui en plein iour fe vindrent pofer fur la gräde place, à l'aduenture ne meritent pronoftiques d'eftre remarquez ny declarez en vn fi grand accident. Mais Strubon le philofophe efcrit, qu'on vit marcher des hommes tous en feu,& qu'il y eut vn valet de foldat, qui ietta de fa main force flamme, de maniere que ceux qui le virent, penferent, qu'il fuft bruflé,& quand le feu fut ceffé, il fe trouua, qu'il ne auoit eu nul mal. Cæfar mefme facrifiant aux dieux, il fe trouua vne hoftie immolee, qui n'auoit point de cœur, qui eitoit chofe eftrange& monftrueufe en nature, pource que naturellement vne befte ne peut viure fans coeur:& y en a beaucoup qui content, qu'il y eut vn deuin, qui luy predit& l'aduertit log temps deuar, qu'il fe donnaft bien de garde du iour des Ides de Mars, qui eft le quinzieme, pource qu'il feroit en grand danger de fa perfonne. Ce iour eftant venu, il fortit de fa maifon pour s'en aller au Senat, & faluant le deuin luy dit en riant. Les Ides de Mars font venues: & que le deuin luy refpondit tout bas, Elles font venués voiremét Cafar, mais elles ne font pas paffees. Et le iour de deuant chez Marcus Lepidus, qui luy donnoit à foupper, il fignoit d'auenture des lettres mifsiues, comme il faifoit fouuent,& oyant vn propos que les autres mirét en auãt. Quelle forte de mort eftoit la meilleure& la plus defirable: il cria tout haut en preuenät les autres, Celle que moins on attend. Apres le foupper eftät couché aupres de fa femme, come il auoit accouftumé, tous les huys& feneftres de fa chambre s'ouurirêt d'elles mefmes,& s'eftát efueillé en fur- faut tout efmeu du bruit,& de la clarté de la Lune, qui rayoit dedans la chambre, il ouyt fa femme Calpurnia, dormant d'vn profond fommeil, qui iettoit quelques voix cofufes,& quelques gemiffemens non articulez,& qu'on ne pouuoit entendre: car elle fongeoit, qu'on l'auoit tué,& qu'elle le lamentoit, le tenat mort entre les bras: toutesfois il y en a, qui difent, que ce ne fut point cefte vifion qu'elle eut, mais que par ordonnance du Senat il auoit efté appofé au comble de fa maifon, pour vn ornement & vne maiefté, comme quelque pinnacle, ainfique Liuius mefme Je recite, Calpurnia en dormant fongeoit, qu'elle le voyoit rompre& caffer,& luy fembloit, qu'elle le regretoit& en ploroit, à Poccafion dequoy, le matin quand il fut iour elle pria Cæfar, que il ne fortit point ce iour- la dehors, s'il eftoit pofsible,& qu'il re gift l'affemblee du Senat à vn autre jour, ou bien s'il ne fe vouloit Wentee qu'il d de lec yn me blez à par leu hors I bande Jou pour Cou Jeur com Tailo cela mique telter CLICE tant d faire e difant fie bem pint. e bien plu & plein our l entent par igranda marcher qui retta , penfe qu'il ne ellement ve quietle perfone au Senat Venues: voiremét ant chez emure & fe efueil une, qui formant quel endre: IVLIVS CAESAR. 379 foit mouuoir pour fes fonges, à tout le moins qu'il enquift par quelque autre maniere de deuinatio, ce qui luy deuoit ce iour- la aduenir mefmement par les fignes des facrifices. Cela le mit en quelque foupçon& quelque desfiace, pource que iamais auparauant il n'auoit apperceu en Calpurnia aucune fuperftition de femme,& lors il voyoit qu'elle fe tourmentoit ainfi fort de fon fonge: mais encore quand il vit qu'apres auoir fait immoler plufieurs hofties les vnes apres les autres, les deuins luy refpondoyet toufiours que les fignes& prefages ne luy en promettoyent rien de bon, il refolut d'enuoyer Antonius au Senat pour rompre l'affemblee.Mais fur ces entrefaites arriua Decimus Brutus, furnomé Albinus, auquel Cæfar fe fioit, tant que par teftament il l'auoit inftitué fon fecond heritier,& neantmoins eftoit de la coniuration de Caffius& de Brutus,& craignant que fi Cæfar remettoit l'affemblee du Senat à vn autre iour, leur confpiration ne fuft efuentee, fe moqua des deuins,& tanfa Cæfar, en luy remonftrant qu'il donnoit occafion au Senat de foy mefcontenter de luy& de le calomnier, parce qu'il prendroit cefte remife comme pour vn mefpris, à caufe que les Senateurs s'eftoyent ce iour la affemblez à fon mandement& qu'ils eftoyent tous prefts à le declarer par leurs voix, Roy de toutes les Prouinces de l'empire Romain hors l'Italie, en luy permettant de porter à l'entour de fa tefte le bandeau royal par tout ailleurs, tant fur la terre que fur la mer, là où fi maintenant quelqu'vn leur alloit denoncer de fa part, que pour cefte heure ils fe retiraffent chacun chez foy,& qu'ils retournaffent vne autre fois, quand Calpurnia auroit fongé de meil leurs fonges, que diroyent les mal- vueillans& les enuieux,& comment pourroyent ils receuoir& prendre en payement les raifons de tes amis, qui leur cuideroyent donner à entendre, que cela ne foit point feruitude à eux,& à toy domination tyrannique? toutesfois fi tu as( dit- il du tout refolu d'abominer& detefter ce iourd'huy, encore feroit- il meilleur au moins, que fortant de ta maifon, tu allaffes iufques là, pour les faluer,& leur faire entendre que tu remets l'affemblee à vn autre iour. En luy difant ces parolles, il le prit par la main,& le mena dehors.Il ne fut guere loin de fon logis, qu'il vint vn ferf eftranger, quific tout ce qu'il peut pour parler à luy,& quant il vit, qu'il n'y auoit ordre d'en approcher pour la foule du peuple,& la grande preffe qu'il eut incontinent autour de luy, il s'alla l'etter dedans fa maifon,& fe mit entre les mains de Calpurnia, luy difant qu'elle le gardaft iufques à ce que Cæfar fuft de retour, pource qu'il auoit de grandes chofes à luy dire:& vn Artemidorus natif de l'ifle de Gnidos, maiftre de Rhétorique en langage Grecque, q pour cefte fiene profeffion auoit quelque familiarité auec aucuns des adhe rens de Brutus, au moyen dequoy, il faueit la plus part de ce, qui tenat ne fut Senat nement smefme ost ro plan mile, il n'eu Je retourna bien ferm tin, trai peen Gr teles all eftonnez ne feure rir, non p qui away efpee nu tourmil gulay p Lyfe der Lauage a chacun cafion de parties n & refift pleine v en la ma plus fair expres eftoit p de ma 376 IVLIVS CAE SA R. fe machinoit contre Cæfar, luy vint apporter en vn petit memo?- re efcrit de fa main, tout ce qu'il luy vouloit defcouurir:& voyat qu'il receuoit bien toutes les requeftes qu'on luy prefentoit, mais qu'il les bailloit incontinent à fes gens, qu'il auoit autour de luy, il s'é aprocha le plus qu'il peut,& luy dit, Cæfar, lis ce memoirecy que ie te prefente, feul& promptement, car tu trouueras de grandes chofes dedans& qui te touchent de bien pres. Cæfar le prit, mais il ne le peut onques lire, pour la multitude grande des gens qui parloyent à luy, combie que par plufieurs fois il effayaft de le faire toutesfois tenant toufiours le memoire en fa main,& le regardant feul, il entra dedans le Senat. Les autres difent, que ce fut vn autre qui luy prefenta ce memoire,& qu'Artemidorus quelque effort qu'il fift, ne peut onques approcher de luy, ains fut toufiours repoufié tout au long du chemin.Or peuuent bien ces chofes eftre aduenues accidentellement,& par cas fortuit: mais le lieu auquel eftoit lors affemblé le Senat ayant vne image de Pom peius,& eftant I'vn des edifices qu'il auoit donnez& dediez à la chofe publique auec fon Theatre, monftroit bien euidemmét, que ceftoit pour certain quelque diuinité qui guidoit l'entreprife,& qui en conduifoit l'execution notamment en cefte place- là. Auquel propos on raconte que Caffius, vn peu deuant que ils miffent la main à l'œuure, ietta fa veuë deffus l'image de Pompeius, qui là eftoit,& l'inuoqua tout bas à fon aide, combien qu'autrement il adheraft affez aux opinions d'Epicurus: mais le point du danger prefent le rauit& tranfporta fur l'heure hors de foy, engendrant en luy vne paffion foudaine au lieu des difcours qui le mouuoyent,& aufquels il adheroit, quand il eftoit en fens raffis. Quand à Antonius, pource qu'il eftoit fidele à Cæfar,& fort& robufte de fa perfonne, Brutus Albinus l'entretint au dehors du Senat, luy ayant commencé tout expres vn bien long propos. Ainfi comme Cæfar entra, tout le Senat fe leua au deuant de luy par honneur,& adonc les vns des coniurez fe miret derriere fa litiere, les autres lny allerent à l'encontre de front. comme voulans interceder pour Mettellus Cimber qui requeroit le r'appel de fon frere eftant en exil,& le fuyuirent ainfi en le priant toufiours iufques à ce qu'il fe fuft affis en fon fiege:& comme il reietaft leurs prieres,& fe courroucaft à enx les vns apres les autres, à caufe que d'autant plus qu'il les refufoit, d'au tant plus ils le preffoyent& l'importunoyent plus violenment, à la fin Metellus luy prenant fa robbe à deux mains la luy aualla de allentour du col, qui eftoit le figne que les coniurez auoyent pris entre eux pour mettre la main à l'executio:& adonc Caffius luy donna par derriere vn coup d'efpee au long du col, mais le coup ne fut pas grand ny mortel, pource que s'eftant troublé, comme il eft vray femblable, à l'entree d'vne fi hardie& perilleufe entre prife, gean terre bre d defpe Calar [ T]£ 1 3 loir ren le cœur toute la moyent nue Jere s ce m pres. Ca grand fois il efflan la main difent, q Anemidoru ent bien ces mage de fom dediez à la emmet que prife, diqui - Au ils mif mpeius, autrele point de Cay fcours IVLIVS CAE SA R 38x prife, il n'euft pas la force ny l'affeurace de l'affener au vif. Cafar de retournant auffi toft vers luy, empoigna fon efpee, qu'il tint bien ferme,& tous deux fe prirent enfemble à crier le blecé: en La tin, O traiftre mefchat Cafca, que fais- tu?& celuy qui l'auoit frap pé en Grec, Mon frere aide- moy.A ce comencement de Pefmeute, les affiftans, qui ne fauoyent rien de la confpiration, furent fi eftonnez,& fi efpris d'horreur de voir ce qu'ils voyoyent, qu'ils ne feurent onques prendre parti ny de s'en fuyr, ny de le fecou rir, non pas feulement d'ouurir la bouche pour crier: mais ceux, qui auoyent coniuré fa mort, l'enuironnerent de tous coftez les efpees nues en leurs mains, de forte que de quelque part qu'il fe tournàft, il trouuoit toufiours quelques vns qui le frappoyent,& qui luy prefentoyent les efpees luifantes aux yeux& au vifage,& luy fe demenoit entre leurs mains ne plus ne moins que la befle fauuage acculee entre les veneurs: car il eftoit dit entr'eux, que chacun luy doneroit vn coup& participeroit au meurtre: à l'occafion de quoy, Brutus mefme luy en donna vn à l'endroit des parties naturelles:& y en a qui difent, qu'il fe defendit toufiours & refifta aux autres, en trainant fon corps çà& là,& en criant à pleine voix, iufques à ce qu'il apperceuft Brutus l'efpee defgainee en la main: car alors il tira fa robbe à l'entour de fa tefte, fans plus faire de refiftance,& fut pouffé, ou par cas d'auenture, ou par exprex confeil des coniurez, iufques contre la bafe, fur laquelle eftoit pofee l'image de Pompeius, qui en fut toute enfanglantee: de maniere qu'il fembloit proprement, qu'elle prefidaft à la vengeance& punition de l'ennemi de Pompeius eftant renuerfé par terre à fes pieds,& tirant aux traits de la mort pour le grand nom bre des playes qu'il auoit: car on dit, qu'il eut vingt& trois coups d'efpee,& y eut plufieurs des coniurez, qui en tirant tat de coups fur vn feul corps s'entre- blecerent eux- mefmes. Ayant donc efté Cæfar ainfi tué, le Senat, quoy que Brutus fe prefentaft pour vouloir rendre quelque raifon de ce qu'ils auoyent fait, n'eut iamais le cœur de demeurer, ains s'enfuit à trauers les portes,& remplit toute la ville de tumulte,& d'effroy, tellement que les vns fermoyent leurs maifons, les autres abadonnoyent leurs boutiques & leurs bans,& s'en alloyent courans fur le lieu pour voir que c'eftoit, les autres l'ayans veu s'en retournoyent chez eux.Mais Antonius& Lepidus, qui eftoyent les deux plus grands amis de Cæfar, fe de frobans fecrettement, s'en fuyrent en d'autres maifons que les leurs.Et Brutus& fes conforts eftäs encore tous bouillans de l'execution de ce meurtre,& monftrans leurs efpees toutes nues, fortirent tous enfemble en trouppe hors du Senat,& s'en alJerent fur la place n'ayans point vifages ny contenances d'homes qui fuy flent, ais au contraire fort ioyeux& affeurez, admonneftas le peuple de vouloir maintenir& defendre la liberté,& s'arfens raf Calar,& retint au en long au defemi front queen :& vas d'au ment, a alla de nt pr IvĹIVS CAESAR, сотите, ду mier le dit main, de m c'eftoit v vnentre fans que qu'ils le uata Bru quoy pe fire:& qu ampleme enlage plus de qu principau quelle ile gers qu' uie& la ueur du c 382 reftans à parler aux gens de qualité qu'ils rencontroyent par le chemin, dont il y en eut aucuns, qui les fuyuirent& femeflerent parmi eux, comme s'ils euffent efté de la coniuration pour envfurper à fauffes enfeignes partie de l'hôneur: entre lefquels furét Caius O& auius,& Lentulus Spinther, qui depuis furent tous deux punis de leur vaine conuoitife de gloire par Antonius& par le jeune Cæfar, qui pour cefte caufe les firent mourir,& fi encore ne iouyrent-- is onques de la gloire, pour l'ambition de laquelle ils mouroyent, par ce qu'on ne creut iamais, qu'ils euflent cité du nombre des coniurez car ceux, quiles en puniffoyent, vengeoyét pluftoft en eux la volonté que l'effet. Le lendemain Brutus auec fes confors defcendit en la place pour parler au peuple, qui luy donna audience telle, qu'il apparoifloit, qu'il ne reprouuoit, ny n'approuuoit trop ce qui auoit efté fait: car il monitroit par vn grand filence morne, que d'vn cofté il auoit pitié de Cæfar mort, & de l'autre cofté il reueroit la vertu de Brutus. Mais le Senat de cerna vne abolition generale de tout le paffé:& pour contenter & accorder vn chacun, ordonna auffi que la memoire de Cæfar feroit honnoree comme d'vn dieu,& qu'il ne feroit changé aucune chofe de ce qu'en fon viuant il auroit ordonné,& decerna auffi des prouinces& des honneurs conuenables à Brutus& à fes adherens, de maniere que chacun eftimoit les chofes eftre fort bien compofees& remifes en tres- bon eftat. Mais quand on vint à ouurir le teftament de Cæfar, auquel on trouua, qu'il leguoit à chafque citoyen Romain vn honnefte prefent d'argent,& que le commun peuple vit fon corps, qui fut porté à trauers la place, tout decoupé à coups d'efpec, adonc il n'y eut plus d'ordre de con tenir& arrefter la commune, qu'ils ne fiffent vn amas de bois autour de ce corps, des tables, bancs, eftablis& barrieres, qu'ils alIoyent arracher çà& là par la place,& mettans le feu dedans, le bruflerent puis quand le feu fut bien allumé, ils prirent des tifons ardés,& s'en allerent és maifons de ceux qui l'auoyent occis pour les brufler: les autres coururent par toute la ville cerchans s'ils en pourroyent trouuer quelqu'vn pour le defchirer en pieces: toutesfois ils n'en rencontrerent pas vn, pource qu'ils s'eftoyent trefbien renfermez, munis& fortifez dedans leurs maifons. Mais il y eut vn des familiers de Cæfar, nommé Cinna, qui la nuit de deuant auoit eu en dormant vne vifion eftrange, pource qu'il luy fut aduis que Cafar le conuioit à foupper,& que luy n'y vouloit point aller, toutesfois que le prenât par la main il l'y auoit mené mal gré luy:& lors ayant entendu comme le peuple brufloit fon corps fur la place, il partit de fon logis pour cuider aller faire hōneur aux funerailles du defunct, encore que la vifion, qu'il auoit eue la nuit precedéte, le tinft ea quelque doute, de forte qu'il en auoit la fieure.Eftant arriué fur la place, il y eut quelqu'vn de la commune, Jay cotin mer& pa ne deme feil auoy chofes, q lable fu leen la dot il de Co fa mor log de clartée ble& d tenebre uoit reid endeme Doir met S'apparu polit dans taine qui Co DA & cffent vengeop ratus aue luy Calirant le Senade de Cali mange aucu decema & fea eltre fort don vinc legus 2 & le sal Hans, le stilons pour ** tou tref sily le deIVLIVS CAESAR. 383 comune, qui demanda, qui il eftoit: il fut nomé par fon no: ce premier le dit à vn autre,& ceft autre encore à vn autre de main en main, de maniere q le bruit courut incötinet parmi le peuple, que c'eftoit vn de ceux, qui auoyet occis Cæfar, à caufe qu'il y en auoit vn entre les coiurez qui s'appelloit auffi come luy, Cinna,& pēfans que ce fut- il, ils fe rueret incótinent fur luy par telle fureur, qu'ils le defmébrerent en pieces fur la place mefme. Cela efpouuata Brutus& Caffius plus que nulle autre chofe, à l'occafio dequoy peu de iours apres ils fortiret de la ville,& quant à ce qu'ils firet& qu'ils fouffriret depuis iufques à leur mort, nous l'ations amplemét efcrit en la vie de Brutus- Au demeurát, Cæfar mourut en l'aage de cinquâte& fix ans,& ne furuefcut Pompeius guere plus de quatre ans, n'ayat receu autre frundt de la domination& principauté, qu'il auoit fi ardement prochaffee toute fa vie,& à la quelle il eftoit en fin paruenu auec tat de trauaux& tant de dangers, qu'vn nomvain feulemét,& vne gloire qui luy fufcitoit l'éuie& la haine de fes citoyēs: toutesfois celle grade fortune& faueur du ciel, qui l'auoit accopagné tout le log du cours de fa vie, Juy cótinua encore en la végeance de fa mort, pourfuyuant& par mer& par terre tous ceux qui auoyét cófpiré côtre luy, tant qu'il n'e demeura pas vn feul à punir de tous ceux, qui de fait ou de có feil auoyét participé à la cofpiratió de fa mort. Mais de toutes les chofes, qui en aduindret aux homes en la terre, la plus efmerueillable fut celle de Caffius, lequel apres auoir efté desfait en batail le en la iournee de Philippes, fe tua luy- mefme de la propre efpee dot il auoit frappé Cæfar:& de celles qui aduindret au ciel, la grā de Comete qui apparut fort euidete fept nuicts continuelles apres fa mort,& auffi l'offufcatió de la lumiere du Soleil, lequel tout le log de cefte annee- la, fe leua toufiours pafle& no iamais auec fa clarté eftincellate, dont fa chaleur en fut auffi toufiours fort foible& debile,& l'air confequément tout le long de l'annee gros, tenebreux& efpes, pour l'imbecillité de la chaleur qui ne le pouuoit refoudre ny fubtilifer.qui fut caufe que les fruicts de la terre en demeurerent cruds& imparfaits, fe fleftriffans auant que pouuoir meurir pour la froideur de l'air.Mais fur tout, la vifion, qui s'apparut à Brutus, monftra eundemment, que l'occifion n'en a- uoit point efté aggreable aux dieux:& fut la vifio telle: Brutus e- ftant preft à pafler fon armee de la ville d'Abydos en la cofte op pofite qui eft vis à vis, fe repofoit côme de couftume la nuit dedans fa tente, ne dormant point encore, ains penfant à fes affaires & à l'aduenir: car on dit. que ç'a efté l'vn des plus vigilans Capitaines& moins fubiet à domir qui fut onques,& qui de fa nature veilloit le plus: il luy fut aduis, qu'il entendit quelque bruit à la porte de fa tente,& regardant celle part à la lumiere d'vne lampe qui fe baiffoit defia fort, il apperceut vne vilion horrible, comme illuy oulot t mené Most fo faire b 384 ce PHOCIO N. dire qu'on n'auoit à propose met, pour ment de le naufr honteu de luya plus que vertu de hemique fena pas frecar il d'vn homme de grandeur extraordinaire& exceffiue& ideux de vifage, dequoy il s'effraya du commencement: mais quand il vid, fantofme ne luy faifoit ny ne luy difoit rien, ains fe tenoit que deuant luy tout coy aupres de fon lict, il luy demanda à la fin, qui il eftoit le fadtofme luy refpondit, le fuis ton mauuais ange& efprit, Brutus,& tu me verras pres la ville de Philippes. Brutus luy repliqua, Et bien le t'y ver ay donc:& incontinent l'efprit difpa rut. Depuis fe trouuant en bataille pres cefte ville de Philippes à l'encótre d'Antonius& de Cæfar, à la premiere tournee ilgaigna la victoire,& rompant tout ce qu'il trouua de front au deuant de luy, chafla iufques dedãs le camp du jeune Cæfar qu'il pilla: mais la nuit de deuant le iour auquel il deuoit donner la feconde bataille, ce mefme fantofme s'apparut vne autre fois à luy fans luy mot dire: parquoy Brutus entendant bien que fon heure eftoit venue, fe ietta la tefte baiffee à tous perils& dangers de la bataille,& neantmoins n'y peut encore mourir en combatant: ains voyant fes gens deuant foy rompus& desfaits, il fe retira à la courfe fur vne croupe de rocher coudpé là où fe iettant de l'eftomach fur la poin te de fon efpee nue, auec l'aide de l'vn de fes amis qui aida le coup à ce qu'on dit, il fe perça le corps tout outre,& mourut fur le chap. PHOCION. fant la ver Ains faut S'oppofer tant de p la grace 55 52 Ω I N putations pas leur v que les pe leurs bo fuccez efleue aduer enchol pos& d ceux qu aduentu Car tout neantmo Ceures& emonftra eles ne fo ORATE VR Demades eut vn temps grand credit à Athenes, à caufe qu'il difoit& faifoit en fon entremife du gouuernement de la chofe publique, tout ce qu'il penfoit aggreer& feruir aux Macedoniens& à Antipater: au moyen dequoy il eftoit contraint bien fouuent de confeiller& fuader beaucoup de chofes derogeantes à la dignité de fa ville,& cótraires au naturel d'icelle:& puis pour s'excufer fouloit dire, noits tie de fte, ny refte p non re testau! citores Pelpr PHOCIO N. $ 385 dire, qu'on luy deuoit pardonner s'il le faifoit ainfi, pource qu'il n'auoit à gouuerner que les reliques du naufrage de fon pays. Ce propos, encore qu'il foit dit vn peu trop cruement& temerairemet, pourroit fembler veritable, qui le trasfereroit au gouuernement de Phocion: car à dire la verité, Demades eftoit luy- mefme le naufrage de fa ville, viuant fi diffoluement,& le conduifant fi honteufement en fon gouuernement, qu'Antipater mefme difoit de luy, apres qu'il fut deuenu vicil, qu'il n'en eftoit demeuré, non plus que d'vne hoftie immolee, que la langue& le ventre: mais la vertu de Phocion ayant eu à combatre vn puiffant& violent ennemi, que le temps, les calamitez de la Grece furent caufe qu'elfe n'a pas efté fi renommee ne fi celebree, qu'elle meritoit d'eftre: car il ne faut pas adioufter foy aux paroles de Sophocles faifant la vertu foible, quand il dit, de Planboy mee ilga au deuan d pilla: ma econde ba by fans Lay ure host vela bulle,& s Voyant fes urfe fur ve h fur la poin ida le coup fur le chap la Pas ne demeure aux afflige feigneur, Le fens tout tel, qu'ils l'anoyent en bon heur. Ains faut feulement conceder à la fortune, quand il luy plaift de s'oppofer aux hommes vertueux& aux gens de bien, qu'elle ait tant de puiffance, qu'au lieu qu'ils deuffent receuoir l'honneur& grace qu'ils meritént, elle met fus à aucun d'eux des fauffes imputations& malignes calomnies, qui font caufes qu'on ne croit pas leur vertu comme elle eft. Et toutes fois il femble à plufieurs que les peuples francs font plus violents& plus outrageux enuers leurs bons citoyens en temps de profperité, pource que l'heureux fuccez de leurs affaires,& l'accroiffement de leur puiffance leur efleue le cœur: mais c'eft tout le contraire.Car ordinairement les aduerfitez rendent les hommes defpits, chagrins& aifez à mettre en cholere,& leur ouye difficile, afpre& s'offenfant de tout propos& de toute parole vn peu rondement ditte. Celuy, qui reprent ceux qui faillent, fembleproprement leurs reprocher leur mefaduentures,& celuy, qui parle franchement, fembleles calomnier. Car tout ainfi que le miel, qui eft doux de fa nature, engendre neantmoins douleur quad on l'applique aux vulceres ou aux bleceures& parties entamees: auffi bien fouuent les fages& vrayes remonftrances mordent& irritent ceux, qui font en mal- heur, fi elles ne font bien addoucies,& qu'elles ne ployent& obeyffent vn petit. C'eft pourquoy le poëte Homere appelle le Doux Menoices, qui vaut autant à dire, comme cedant& obeiffant à la partie de l'ame, qui eft enflee de defpit& de courroux,& ne luy refifte, ny ne la combat pointine plus ne moins que l'oeil malade s'arrefte plus volontiers à regarder les couleurs fombres, obfcures& non reluifantes,& refuyt celles qui font viues, gayes& brillantes: auffi en vne cité, de laquelle les affaires ne vont pas au gré des citoyes, le peuple à les oureilles trop delicates& trop craintiues, à caufe de fon imbecillité, pour fupporter patiemment vne lan credit a tremile t ce qu'il Ang e con bb j 386 PHOCION. edure, n & perfe ption d uetnew Phoci brank mon D manie auoyen Core do trepris Pares trait de le moyer Phocion militude tous de d'eftat& difant la verité librement, lors qu'il demande principalemet gue ouyr les chofes, qui ne luy ramenent point fa faute deuant fes yeux:& pourtant eft- ce vn temps dangereux pour ceux qui gouuernent, en toutes fortes: car il perd auec la chofe publique, celuy qui flatte:& deuant celuy qui ne flatte point. Tout ainfi donc come les Mathemiticiens difent, que le Soleil ne fuit point totalement le cours du Firmament, ny auffi n'a pas fon mouuement du tout oppofite ne contraire, ains en biaifant vn peu& cheminant parvne voye oblique, fait vne ligne torfe, qui n'eft point trop vio Jemment roide, ains va tournoyant tout doucement,& par fon o- bliquité eft caufe de la conferuation de toutes chofes, maintenant le móde en tres- bonne téperature. Auffi en matiere de gou. vernement d'vne chofe publique, la trop roide feuerité de cotreuenir à tout propos& en toutes chofes à la volonté du peuple eft trop dure& trop rude: comme auffi la facilité de fe laiffer tirer à l'erreur de ceux qui faillent, pource qu'ils voyent le peuple affe& tionné& enclin en celle part eft vn precipiffe fort gliffant& tres- dangereux. Mais la voye du milieu, de ceder aucunefois au gré du peuple pour le faire obeyr ailleurs,& luy ottroyer vnecha fe plaifante, pour luy en demander vne vtile, eft vn moyen falutaire pour bien regir& gouuerner les hommes, lefquels fe laiffent à la fin conduire doucement:& vtilement à executer beaucoup de bonnes chofes, quand on ne les veut pas auoir en tout& par tout de haute lu& te, ny par vne violente& feigneuriale autho rité. Il est bien vray, que ce moyen eft fort mal- aifé& difficile à garder, à caufe qu'il y a de la maiefté, qui fe mefle auec la gracicieufeté: mais aussi quand elles font vne fois meflees enfemble, il n'y a harmonie fi muficale, ne cófonace fi bie accordee, ne fi par faite, qu'eft celle- la: on- dit auffi que c'eft le ftile, que le dieu de nature garde au gouuernemét de ce mode, fans rien forcer, addoueiffant par remonftrance& perfuafion de raifon la contrainte de luy obeyr.Ce defaut de l'aufterité eftoit en Caton le ieune, car il n'auoit pas la nature, ny les mœurs agreables à vn peuple, ny propos pour fe faire aimer à vne commune: auffi ne vint- il point en credit pour auoir flatté le peuple. C'eft pourquoy Ciceron dit, qu'en fe gouuernätne plus ne moins que s'il euft efté en la ville& en la chofe publique, que forme Plató,& non pas en la lie & au mare de celle de Romulus, il fut debouté,& faillità obtenir le Confulat.Si m'eft aduis qu'il reffemble propremet aux fruits. qui viennent hors de faifon: car tout ainfi qu'on les voit volōtiers & les loue- on, mais on n'en vfe point: aufsi l'innocence ancienne eftant ia de fi long teps fortie hors d'vfage,& venant lors apres fi log interualle à fe möftrer parmi les vies corrópues& les mœurs gaftees de ce teps- là, luy acquit vne grande gloire& grade renomee: mais au demeurant elle ne fe trouua pas fortable à mettre en cuure à proue & de pr d'Arift le d'Age frent to melme nues prefa feuran zele de faut vo uer& f fe confe pous dir qu'il ne bafe ne f il furd P'Aca fectio ne le v les ma car qu pointne chemin int trop par fone , maint de gou people eft euple afe glifant& cunefois a er vnecho yen fala ls fe lai er beau tout& ale autho dificile à ecla grac enfemble , ne fi pat eledieu de orcer, ad contrain le ieune, peuple, e vint- il by Cice fté en la en la li obteni ux fruids it volun e ancien lors apas & lements PHOCIO N. 387 euure, ny propre à employer aux affaires, pource que la grauité & perfection de fa vertu eftoit trop difproportionnee à la corruption de ce fiecle- là. Car il ne vint pas à s'entre mettre du gouuernemet des affaires eftät defia la chofe publique ruinee, comme Phocion en la fiene, ains y vint comme elle eftoit defia fort efbranlee,& tradaillee de grande tormente:& fi n'eut iamais le timon ny l'authorité de pilote en main, ains s'attacha feulement à manier les voiles& le cordage, en afsiftant& fecondant ceux, qui auoyent plus de credit& de puiffance que luy:& neantmoins encore donna- il beaucoup d'affaire à la fortune, laquelle ayant entrepris de ruiner& abolir la chofe publique, le fit bien à la fin par d'autres, mais ce fut à grand peine, lentement& auec vn long trait de temps, encore fut- elle bien pres de demeurer deffous: par le moyen de Caton& de fa vertusà laquelle ie compare celle de Phocion, non qu'il me foit aduis, qu'ils ayet efté femblables de fimilitude generale& vniuerfelle feulemet.come de dire qu'ils ont tous deux efté gens de bien, tous deux bien entendus en matiere d'eftat& de gouuernemet: car encore y a- il differece de proueffe à proueffe, come entre celle d'Alcibiades& celle d'Epaminodas: & de prudence à prudéce, come de celle de Themiftocles à celle d'Ariftides:& de iuftice à iuftice, comme de celle de Numa à celle d'Agefilaus: mais les vertus de ces deux perfonnages- cy monftrent tout vn mefme trait, vn mefme moule, vn mefme teint& mefme couleur emprainte de leurs mœurs, iufques aux plus menues& dernieres particularitez, ayans tous deux eu l'aufterité prefque en egale mefure coniointe auec la douceur, la proueffe auec la prudence, la vigilance craintiue pour les autres, auec l'affeurance refolue pour eux- mefmes, fuyte des chofés honteufes,& zele de la ruftice, fi femblablement annexees en tous deux, qu'il faut vn bien fubtil& deflié iugemet, come vn vtil pour en trouuer& fauoir difcerner les diuerfitez.Or quant à Caton, c'eft chofe confeffee de tous, qu'il eftoit de grande& noble maifon, come nous dirons plus au long en fa vie:& quát à Phocio, ie coniecture qu'il ne foit point iffu de bas ny de villieu: car s'il euft efté fils d'vn faifeur de cueilliers, come dit Idomeneus, Glaucippus le fils d'Hipperides ayant recueilly en l'inuectiue qu'il a eferite contre luy, tous lesmaux qu'il a peu, n'euft pas oublié à luy reprocher la Baffeffe roturiere de fo lignage, neluy n'euftpasefté fi honeftemet ne fi liberalement inftitué come il fut: car en fa premiere ieuneffe il fut difciple de Platon,& depuis de Xenocrates en l'efchole de l'Acadamie, où il s'addonna dés fon comencement à toutes perfeciós debones moeurs, car come Durius a efcrit, iamais Athenie ne le vit ne rire ne plorer, ny fe lauer en eftuue publique, ny ayas les mains hors du couuert de fa robbe, quad it eftoit veftu de logs car quand il alloit par les champs eftant à la guerre, il cheminoit bb ij PHOCION. felettoit en coul premier mais P foit d'y ardente & debo noiftrea fequence putation 388 toufiours pieds nuds& fans robbe, s'il ne faifoit vn froid extreme& infuportable, de forte que les foldats, par maniere de ieu & de commun prouerbe difoyent entr'eux, que c'eftoit figne de grand hyuer, quand ils voyoyent Phocion veftu. Et combien qu'il fuft fort doux& fort humain de fa nature, fi eft- ce qu'à le voir au vifage, il monftroit eftre auftere& mal accointable, de forte qu'vn homme qui n'euft point eu de familiarité auec luy, ne l'euft pas facilement abordé feul:& pourtant vn iour que l'orateur Chares fe moquoit de la feuerité de fes fourcils, comme le peuple Athenien s'en fuft pris à rire, il refpondit publiquement, Ces miens fourcils, Seigneurs Atheniens, ne vous ont iamais fait mal, mais les rifees de ces mignons icy vous ont fouuentefois fait plorer. Son parler femblablement, pour les bonnes conceptions & les beaux difcours qu'il contenoit, eftoit plein de tres- vtile& falutaire inftruction, mais c'eftoit auec vne briefueté imperatiue, auftere& nullement addoucie: car comme difoit le philofophe Zenon que l'homme fage doit tremper fa parole en fens& en rai fon, premier que de la prononcer: aufsi le parler de Phocion, en bien peu de langage comprenoit beaucoup de fuftance:& femble que ce foit la raifon, pour laquelle Polyeuctus Sphetien dit, que Demofthenes eftoit tres- bon orateur, mais que Phocion eftoit tres- eloquent. Car tout ainfi comme les pieces d'or ou d'argent font les meilleures, qui fous moins de maffe ont plus de pris& plus de valeur: auffi la force du parler gift à fignifier beaucoup en peu de paroles. Auquel propos on raconte, qu'vn iour eftant tout le Theatre plein de peuple, Phocion fe promenoit à part tout feul penfant en luy- mefme au deffous de l'efchaffaut d'où parlent les ioueurs:& y eut vn de fes amis, qui le voyant ainfi pen. fif luy dit: Tu penfes à quelque chofe, Phocion. Ce fais- mon certes, refpondit- il: car ie penfe fiie pourroye point retrecher quelque chofe de ce que l'ay à dire au peuple Athenien. Et Demofthenes mefme faifant bien peu de conte de tous autres orateurs de fon temps, quand Phocion fe leuoit pour parler, il fouloit dire tout bas en l'oureille à fes amis: Voila la hache retrenchant mes paroles qui fe leue. Toutes fois cela fe pourroit à l'aduenture aussi bien referer à fes mœurs: pource que non feulement vne parole, mais auffi vn clin d'oeil, ou vn figne de tefte d'vn homme de bien, a force de perfuader contrepefante& de plus de poids, que ne font infinis argumens& claufes artificielles de Rhetorique. Au demeurant en fa ieuneffe il accointa le Capitaine Chabrias,& le fuiuit, apprenant de luy beaucoup de chofes appartenantes au fait de la guerre,& reciproquement auffi le corrigeat de quelques imperfections qu'il auoit de nature. Car eftät Chabrias, au demeurant, homme lent& difficile à emouuoir, quandce venoit au combat il brufloit d'ardeur de courage, tellement qu'il fe iettoit o il lay lamellee fyfuret miere que fa prife fu ça a faire & digne de la feft tous les a loit du pe enuoyer res deuo dit- on, batre d feaux, amis, feule, a & gouu na auec de l'arge ment Ph core apro tenoyent Quoy qu'il pour cela d singe & le de Chab ton you Athene ehoor ingale fieft- ce- que accountable arite auec iour que cils, comme bliquemen iamais fa tefois fan sconceptions e tres- mile& imperatiue, philolophe fens& en rai Phocion, en ce& femble endit, que cion eftoit Pargent de pris& beaucoup iour effant menoita part chaffaut d'o indipen -mon cerher quel E Demol orateurs buloit dienchant duentu ment vne homme de poids Rhetori zaine Ch es appar le comp arelli Cha undee emer qu'il le lettor PHOCIO N. 389 fe iettoit à clos yeux au danger, entre les plus temeraires: auffi luy en coufta il la vie dedans l'ifle de Chio, où il voulut aborder le premier auec fa galere& defcendre en terre mal- gré les ennemis mais Phocion eftant prudét a fe garder,& vifà executer, efchauf foit d'vn cofté la tardité de Chabrias,& de l'autre attiediffoit fon ardente impetuofité: à raifon dequoy Chabrias eftät home doux & debonnaire, l'en aimoit& l'auançoit aux affaires le faifant conoiftre aux Grecs,& fe feruant de luy és chofes de plus grade cofequence, comme il luy fic acquerir grand honneur& grande reputation en la bataille nauale, qu'il gaigna pres l'ifle de Naxos, où il luy donna à conduire la pointe gauche de fon armee:& fut la meflee plus afpre en ceft endroit- là, que nulle part ailleurs, auf fiy furet les ennemis pluftoft rompus. Cefte bataille eftät la premiere que la ville d'Athenes gaigna auec fes forces feules depuis fa prife fut caufe que le peuple en aima fort Chabrias,& comença a faire conte de Phocion, comme d'vn perfonnage de feruice, & d'igne d'auoir charge.Cefte bataille fut gaignee le iour propre de la fefte des grâds Myfteres: en memoire de laquelle Chabrias tous les ans le fezieme iour d'Aouft donnoit à boire, à qui en vou- loit du peuple Athenien. Depuis Chabrias l'ayant choify pour le enuoyer receuoir l'argent& les vaiffeaux que les alliez infulaires deuoyent contribuer, luy bailla vingt galeres pour y aller,& dit- on, que Phocion luy refpondit, que s'il l'enuoyoit pour combatre des ennemis, il auoit befoin de plus grand nombre de vaiffeaux,& s'il l'enuoyoit comme ambaffadeur deuers des alliez& amis, qu'vne galere feule luy fuffifoit. Ainfiy allant auec fa galere feule, apres auoir parlé aux villes& cómuniqué auec les officiers & gouuerneurs d'icelles doucement& fimplement, il s'en rerour na auec vne bonne flotte de vaiffeaux, que fournirent les alliez,& de l'argent pour porter aux Atheniens.Si ne continua pas feulement Phocion à honorer Chabrias tant comme il vefcut, ains en core apres fa mort embraffa la protection de ceux qui luy appar tenoyent,& s'eftudia de rendre fon fils Crefippus, home de bien, quoy qu'il le vit fort depraué& fort incorrigible,& ne ceffa point pour cela d'effayer toufiours à le re duire& à couurir fon infamie, toutesfois on dit, que comme ce ieune homme eftant fous fa char ge en quelque guerre, où il eftoit Capitaine, luy rompift la tefte& l'importunaft, en luy faifant tout plein de queftions fafcheufess s'ingerât de le vouloir confeiller, reprendre,& enfeigner l'office & le deuoir de Capitaine, il ne fe peut tenir de dire: O Chabrias, Chabrias! ie paye bien maintenat l'amitié que tu m'as portee en ton viuant, en endurant l'importunité de ton fils. Et voyant que ceux, qui s'entremettoyeur lors du gouuernement des affaires à Athenes, auoyent departy entr'eux ne plus ne moins qu'au forts les charges de la guerre& de la ville, tellement que les vns combb iij PHOCIO N. 39° me Eubulus, Ariftophon, Demonfthenes: Lycurgus& Hyperides, ne faifoyent que haranguer deuant le peuple,& mettre les ma tieres en auant,& les autres comme Diopithes, Meneftheus, Le ofthenes& Charessfe faifoyent grands pour aller à la guerre,& auoir charge des armees, il aima mieux fe propofer à imiter& ea fuiure la maniere de gouuerner, qu'auoyent tenue Pericles, Arifti des& Solon, comme eftant plus entiere& compofee de l'vn& de l'autre egalement: car chacun d'eux, à mon aduis, comme dit le poëte Archilochus, Enfemble efto ben feruiteur di Mars, Et fi fanoit des Mufis les deux arts. Aufsi n'ignoroit- il pas, que la deeffe tutrice d'Athenes, Pallas e ftoit& s'appellot Polemique& Politique tout ensemble, c'eft dire, ayant les parties requifes pour gouuerner en guerre& en paix.S'eftat donc ainfi preparé, le but auquel il tedit toufiours en toute fon ent: emife du gouuerne met de la chofe pub iq, fut qu'il fuada toufiours le repos& la paix,& neantmoins fut plus fouuent efleu Capitaine,& eut plus de fois charge d'armees, non feulemit que tous les hommes de guerre de fon temps, mais aufsi de tous ceux qui ont efte deuant luy, ny prochaffani ny demandat point telles charges, ny aufsi ne les fuyant ny reiettant point quand le befoin de la chofe publique l'y appelloit: car c'eft chote certaine qu'il a efté par quarate cinq fois eflcu Capitaine, fans qu'il fe foit iamais trouué vne feule fois aux affemblees des elections, eftant toufiours efleu en fon abfence:& toufiours enuoyé querir abfent: tellement que les hommes de bon fens s'eimerucalloyent de cefte façon de faire du peuple, veu que iamais Phocion ne faifoit ny ne difoit chofe quelcoque pour luy complaire, ains le plus fouuét contredifoit à fa volonté, comment il vicit neantmoins des autres gouuerneurs, qui eftoyent plus gracieux, plus joyeux& plus agreables en leurs harangues, pour vne maniere desbatement& de paffetemps, ne plus ne moins qu'on dit des Roys, qu'ils fe feruent de leurs flatteurs& plaifans, apres qu'ils ont laué les mains pour fe mettre à table: mais quand il eftoit queftion de donner les charges de la guerre, alors y penfant fobremét& à bon efciát il y appelloit toufiours le plus auftere& le plus fage home de la ville,& celuy qui feul ou plus que nul autre, s'oppofoit à tous fes appetis,& à toutes les volontez.Car vn our ayant efté publiquement leu vn oracle de Delphes lequel difoit, Que tous les autres Athenies eftans d'accord, il y en auoit vn feul, qui eftoit contraire à tout le refte de la ville, Phocion fe tirant en avant dit publiquement qu'on ne fe donnaft point autrement peine d'enquerir, qui c'eftoit,& que c'eftoit luy, pource qu'il ne trouuoit rien bon de tout ce qu'on faifoit. Vne autre fois il luy aduint de dire vne, opinion deuant l'affemblee du peuple, laquelle fut vniuerfelle. ent ment Pafsi fes ar chap autr buti crif aufs fien qua re pa prec de cr eut v lagu corb pola vne beau meu Vous Quel & C ded di to met adm vez " reil tout Penc ree d reux SO que So aux Ge Dette a la gany Pencles de' vid Comme d Pallare guered en plus fouvent feulemit fside tous dit point quand le certaine ilfe foie eftant vene de cele facit ny pfeuuet des au x& plus ement& fe fer mains PHOCION; ment approuuee& receue de tout le monde,& voyant que toute l'afsiftace fe trouuoit ainfi toft de fon aduis, il fe retourna deuers fes amis; en leur demandant. Helas: mes amis, ne m'eft- il point ef chappé de dire quelque mauuaife chofe en n'y penfant pas? Vne autrefois comme les Atheniens demandaffent quelque contribution liberale& volontaire d'argent à chacun, pour faire vn fa crifice, les autres de fa qualité ayans defia baillé leur part, il fut aufsi nommément appellé par plufieurs fois pour contribuer la fienne: mais il leur dit, Demandez- en à ceux, qui font riches, car quant à moy, i'auroye honte de vous en bailler, n'ayant pas encore payé ceftuy- ey: en monftrant l'vfurter Callicles, qui luy auoit prefté de l'argent: mais comme ils ne ceffaffent point pour cela de crier& de braire contre luy, il fe mit à leur faire ce conte, Il y eut vn iour quelque homme couard, qui fe preparoit pour aller à la guerre,& fur le point qu'il vouloit partirsil entendit ctier des corbeaux,& penfant que ce fuft vn mauuais prefage pour luy, il pofa fes armes,& s'arrefta tout court au logis.Depuis il les reprit vne autrefois,& fe mit en chemin pour aller au camp: les corbeaux recommencerent à crier arriere de plus belle,& lors il demeura à fait,& dit finalement, Vous crierez tant fi haut que vous voudrez, mais fi ne man gerez vous point de mon corps. Quelque autre fois les Atheniens eftans à la guerre fous fa charge, youloyent à toute force, qu'il les menaft pour aller choquet & charger leurs ennemis, il n'en voulut rien faire: à l'occasion dequoy ils l'appelloyent lafche de cœur& couard, il leur refpodit, Ny vous ne me fauriez faire hardy, ny moy vous couards: toutesfois nous- nous entre- conoiffons bien les vris les autres. Vne autre fois en temps fort dangereux, le peuple le rudioit à merueilles,& vouloit qu'il rendift promptement conte de for adminiftration& de fa charge: il leur refpondit, O mes amis, fauuez- vous, fauuez- vous premierement.Et comme durant la guerre ils fuffent hubles& fouples de belle peur qu'ils auoyent, mais tout foudain la paix faite, ils brauaffent de paroles& criaffent à l'encontre de Phocion, qu'il leur auoit ofté la victoire toute affeu ree d'entre les mains: il ne leur fit que dire, Vous eftes bien- heureux d'auoir vn Capitaine qui vous conoift, car autrement vous fufsiez pieça perdus. Ils euret d'adueture quelque different pour leurs confins à l'encontre des Booties, lequel ils ne vouloyent point plaider en iuftice, ains les cóbatre en chap de bataille: Mais Phocion leur dit, qu'ils ne l'entendoyent pas, leur confeillant de combatre plus toft de paroles, en quoy ils eftoyent les plus forts; que non pas auec les armes, en quoy ils eftoyent les plus foibles. Son opinion en vne affemblee de confeil defpleut quelquefois tät aux Atheniens, qu'ils ne vouloyent pas feulement auoir la patien se de l'ouyr parler:& il leur dit adone, Vous me pouuez bien for donner efciát e de la ous fer blique s autre Contra Engent Con bb inj 392 PHOCION. mvin, qui des autres ter& pui conuerfe rides dit gardez fans y au nuyeux craigno enuie al authorite quelconq men haye Alencont prenoit de froit ent cer, Seigneurs Atheniens, de faire ce qui ne fe deuroit pas faire: mais de me faire dire côtre mo opinió chofe qui ne fe doit pas di re, vous ne m'y fauriez contraindre. Il rembarroit aufsi bien viuement les Orateurs qui luy eftoyent contraires, quand ils s'atrachoyent à luy, come il refpondit vne fois à Demofthenes, qui luy difoit, Le peuple te tuera quelque iour, Phocion, s'il entre en fa fureur: Mais bien toy, dit- il, s'il entre iamais en fon bon fens.Et à Polyeuctus le Sphettien lequel vn iour qu'il faifoit grande chaleur, fuadoit au peuple d'entreprendre la guerre contre le Roy Philippus,& eftant prefque hors d'aleine, fouffloit& fuoit à grof fes gouttes, comme celuy qui eftoit fort gras, de forte qu'il falloit qu'il beuft de l'eau par plufieurs fois pour acheuer fa harangue: Vrayement, dit- il, c'eft bien raifon, que vous decerniez la guerre à la perfuafion de ceftuy- cy: car que penfez- vous, qu'il fera, quad il aura le harnoys fur le dos,& que les ennemis feront pres en bataille, veu que maintenant en prononçant feulement vne harangue qu'il a eftudiee de longue main, il eft en danger de creuer& eftouffer deuant vous? Et comme en vne affemblee de confeil, Lycurgus luy euft dit plufieurs outrages en prefence de tout le peuple,& apres tout qu'Alexandre ayat demandé dix des citoyés d'Athenes pour en faire ce que bon luy fembleroit, il auoit confeillé de les liurer: il refpondit.I'ay fouuét confeillé plufieurs cho fes bonnes& belles à ceux- cy, mais ils n'en veulent rien faire.Il y auoit lors à Athenes vn nommé Archibiades qui contrefaifoit le Lacedæmonien auec vne barbe longue& forte à merueilles, vne mefchante cappe,& vne mine& contenance toufiours trifte. Phocion fe trouuant vniour en affemblee de ville rabroué par le peuple, l'appella à tefmoin pour prouuer& confirmer fon dire: mais Pautre fe leuant, alla tout au contraire confeiller ce qu'il fentoit eftre agreable au peuple, ce qu'entendant Phocion, le prit à la barbe,& luy dit: Que ne faifois- tu donc raire cefte barbe, puis que tu te voulois mefler de flatter? Il y auoit vne autre grand plaideur nommé Ariftogiton, qui en toutes affemblees de ville ne faifoit autre chofe que corner la guerre ordinairement & prefcher les armes au peuple. Puis quad il fallut leuer gens& enroller les noms de ceux, qui deuroyent aller à la guerre, il s'en vint en la place, appuyé für vn bafton, les deux iambes bandees. pour faire à croire qu'il eftoit malade:& Phocion l'apperceuant de tout loin deffus la tribune aux harangues, cria tout haut au fe cretaire, qui efcriuoit les rolles, Efcry aufsi Ariftogiton lafche& mefchant, qui contrefait le boiteux. Tellement que quelquefois ie m'efmerueille, comment ne pourquoy vn homme fi afpre& fi feuere, comme il appert par ces exemples qu'il a efté, eut onques le furnom de bon. Toutefois à la fin ie trouue, que c'eft bien chofe difficile, mais non pas impofsible de trouuer vn homme comme YA à tout le ftoyent a à tomber quel prop iugement leur refpo Je defen Ja prifo Supplie fon, do muy fa lontier que arm que Pho fulaires & appor daves, le efé enne Phocion de leur v enligne mes e empare la Ma quelq thenie quila henes A entre Con fen randed tre le Ro oit à gr il falloit aranguer laguerre resenba ne haran creuer& confeil, tout le ciroyes PH CIO N. 393 vn vin, qui foit gracieux& vn peu ferme tout enfemble, comme des autres au contraire, qui de prime face femblent doux au hanter& puis fe trouuent fort facheux& dommageables à ceux qui conuerfent auec eux. Ce neantmoins on lit, que l'orateur Hyperides dit vn iour au peuple d'Athenes.Seigneurs Athenies, ne regardez pas feulement fi ie fuis aigre, mais confiderez fiie le fuis fans y auoir profit: comme fi les hommes n'eftoyét fafcheux& en nuyeux que pour l'auarice feulement,& comme fi le peuple ne craignoit& ne hayffoit pas pluftoft, tous ceux qui par arrogance enuie, infolence, cholere,& opiniaftreté abufent de leur credit& " authorité. Phocion donc ne fit iamais mal ne defplaifir à citoyen quelconque pour inimitié priuee qu'il euft à l'encontre de luy, ny n'en hayt onques pas vn, ain eftoit feulement afpre, rude& aigre à l'encontre de ceux, qui refiftoyent à quelque chofe, qu'il entreprenoit de faire pour le bien public: car au demeurant il fe monftroit en toute autre chofe doux& gracieux, courtois& humain à tout le monde, iufques à hanter priuémet auec ceux qui luy e- ftoyent aduerfaires:& les fecourir en leurs affaires s'ils venoyent à tomber en quelque danger& en quelque aduerfité. Suyuant le quel propos, fes amis le tanferent vn iour de ce qu'il defendoit en iugement vn mefchant, à qui on faifoit le proces criminel,& il leur refpondit, que lesgens de bien n'auoyent point befoin de telle defenfe. Vne autre fois Ariftogiton le calomniateur eftant en la prifon, apres auoir efté defia condamné, enuoya deuers luy le fupplier de le venir voir, ce qu'il fit,& alla iufques dedans la prifon, dont fes amis le vouloyent diuertir: mais il leur dit, Laiffez moy faire: car en quel lieu pourroye- ie voir Ariftogiton plus volontiers qu'en la prifon? Au refte, quand il partoit d'Athenes quel que armee de mer, s'il y auoit vn autre Capitaine qui en fut Chef que Phocion, les villes maritimés alliees des Atheniens& les infulaires, muniffoyent leurs murailles, combloyent leurs ports, & apportoyent des champs dedans la ville leurs femmes, leurs ef claues, leur beftail& tout le refte de leurs bies, comme fi c'euffent efté ennemis declarez en guerre ocuerte, mais au contraire, fi Phocion en eftoit Chef, ils alloyent iufques bien loin au deuant uec leur vaiffeaux couronnez de feftons& de chapeaux de fleurs en figne de refiouy ffance publique,& le conduifoyent eux- mefmes en leurs maifons.Et comme le Roy Philippus tafchant à fe emparer fecretement de l'ifle d'Euboee, y fit paffer vne armee de la Macedoine,& y alla pratiquant les villes par le moyen de quelques particuliers tyrans, Plutarchus Eretrien y appella les A theniens, en les priant de vouloir ofter des mains de ce Roy, l'ifle qu'il alloit tous les iours de plus en plus occupant, fi bien toft on n'y remedioit. Phocion y fut enuoyé pour Capitaine auec peu de gens, pource qu'on faifoit conte, que ceux du pays fe ioindroyenr t conscho relly lles, ne ce qu'il on, le bar autre de ment & S'en ees. uant aufe he& fois i a PHOCION. gens de qui auoye Capitain Au cobar ree& en Plutarc Zaretra où l'ifle fte& d des Gre Contrag ne chole & faires, foft le d terent in neuret a fucceda affaires raifon d 394 incontinent fort affe& teufement à luy: mais au contraire, y rencontrant à fon arriuee tout plain de traiftres, tout corrompu, gafté& miné à force d'argent, que Philippus y defpandoit, il fe trou ua en tref- grand danger: au moyen dequoy il fe retira deffus vne motte feparee de la plaine de Tamynes, par vne grande& profon de vallee, là où il fe fortifia,& y arrefta toute l'eflite des guerre qu'il auoit auec luy, admoneftant les particuliers Capital nes, qu'ils ne fe fouciaffent point des autres mutins& feditieux, qui ne faifoyent que babiller,& ne vȧloyent rien aa befoin, ains qu'ils les laiffaffent aller& s'efcarter hors du camp là où ils voudroyent: pourautant, difoit- il, que tels foldats aufsi bien nous feroyent inutiles par deçà pour leur defobeyffance,& nuiroyent à ceux qui auroyent bonne volonté de faire le deuoir:& par delà fe fentans coulpables d'auoir abandonné le camp,& de s'en eftre allez fans congé, ils n'oferont crier à l'encontre de nous,& fe gar deront bien de nous calomnier. Puis quand les ennemis vindrent en bataille pour le charger, il commanda à fes gens qu'ils fe tinfent tous prefts en armes fans bouger, iufques à ce qu'il enft acheké de facrifier au dieux, là où il demeura bien longuement, foit ou pource qu'il ne peuft auoir les fignes heureux des facrifices, ou qu'il tafchaft à attirer plus pres les ennemis: mais Plutarchus Eretrien cuidant qu'il dilayaft ainfi à marcher par faute de cœur, fe ietta aux champs le premier, auec quelques aduenturiers qu'il auoit à fa folde: quoy voyans les gens de cheual ne fe peurent no plus contenir, ains marcherent aufsi apres luy vers les ennemis en mauuais ordre, efcartez les vns çà, les autres là, comme ils e- ftoyent fortis du camp: parquoy les premiers ayans eftés rompus par les ennemis, tous les autres fe defbanderent aufsi toft d'euxmefmes,& Plutarchus mefme fe mit à fuyr, de forte que quelques troupes des ennemis, penfans auoir defia tout gaigné, donnerent iufques dedans le camp,& tafcherent à en abatre la clofture: mais cependant les facrifices de Phocion eftans parache uez, les Atheniens fortirent fur eux, qui les tournerent incontinet en fuyte, apres en auoir tué vn grand nombre tout ioignant les trenchees de leur cap.Cela fait, Phocion ordonna que la bataille demeuraft ferme fans fe bouger, pour attédre& recueillir ceux des leurs qui eftoyent encore efpandus çà& là par les champs de la premiere route:& luy cependant auec vne troupe de combatans choifis en fon armee, alla donner à trauers les ennemis. Si fut la meflee fort afpre, car les Atheniens y combatirent tous courageufement, fans point efpargner leurs perfonnes: mais fur tous les autres, deux ieunes hommes combatans aux coftez du Ca pitaine, Glaucus fils de Polymedes,& Tallus fils de Cineas, y em porteret le pris de proueffe. Toutefois Cleophanes ce iour- là mó ftra bien aufsi fa valeur: car il cria tat apres leurs gens de cheual qui efperand en opini villes de fans to Yenir a Bant expl se qu dans & la amis aufsi q dinaire aux By qne ce falloit Seco mel on leur Wer gran reura grande Ficuliers Ca ns& ledi befoin là où ils v ben nous mirovent de den eftre de gar mis vindret squ'ils fein Pilent ache mement, for facrifices Plutarchus de cour iers qu'il PHOCION. 395 qui auoyent efté rompus,& les fomma tant d'aller fecourir leur Capitaine, qu'il difoit eftre en danger, qu'il les r'allia& ramena au cobat: en quoy faifant il fut caufe de donner la victoire affeuree& entiere aux gens de pied. Depuis cefte bataille il chaffa Plutarchus mefme hors d'Eretrie,& ayant pris le chafteau de Zaretra afsis en lieu tref- opportun pour cefte guerre, à l'endroig où l'ifle fe va eft roifsiffant en vne longue chauffe ferré d'vn cofté& d'autre de la mer, il defendit qu'on ne prift pas feulement des Grecs prifonniers, de peur que les haragueurs d'Athenes ne contraigniffent quelquefois le peuple Athemien par vne fcudaine cholere, d'exercer aucune cruauté encótr'eux Cas chofes ain i faites, Phocion s'en retourna à la maifon: mais il n'euft pas pluftoft le dos tourné, que les allicz& confederez d'Athenes regreterent incontinent bien fa iuftice& fa bonté:& les Atheniens coneurêt aufsi fa valeur& fa fuffifance: car Moloffus, celuy qui luy fucceda en la charge de Capitaine au gonuerncmet du refte des affaires, s'y porta de forte que luy- mefme y fut pris prifonnier.A raifon dequoy, Philippus ambraffant toutes grades chofes en fon efperance, s'en alla auec toute fon armee au pays de l'Hellefpot, en opinion qu'il y prendroit incontinent toute la Cherronefe, les villes de Perinthe& de Byzance:& pourtant ceux d'Athenes e- ftans tous refolus d'y enuoyer du fecours, pour l'empefcher de venir au deffus de fon entente, efleurent Chares pour Capitaine, à l'inftance& pourfuite grande des orateurs qui le mirent en a- uant: mais y eftant allé auec bon nombre de vaiffeaux, il n'y fis exploit quelconque digne des forces qu'il y auoit menees, pource que les villes ne vouloyent pas feulemer receuoir fa flotte dedans leurs ports, à raifon dequoy il eftoit contraint d'aller rodat çà& là le log des coftes, fufpect à tout le monde, rençonnant les amis,& mefprifé des ennemis. Ce qu'entendant le peuple, ioint aufsi que les harangueurs l'irriterent par leurs prefchemens ordinaires, fut fort courroucé, fe repentant d'auoir enuoyé fecours aux Byzȧtins: mais Phocion adonc fe tirat en auât leur remöftra qne ce n'eftoit pas à leurs alliez,& confederez fe desfias, qu'il fe falloit courroucer, ains à leurs Capitaines, qui fe portoyent de forte qu'on auoit occafio de fe desfier d'eux: Ce font ceux- là( difoit- il) à qui il vous faut prendre, car il vous rendet odieux& redoutables a ceux mefmes qui ne fe fauroyent fauuer fans voftre fecours. Ces paroles efmeurét le peuple, de façon que fur l'heure mefme elle luy firent changer d'aduis, tat qu'ils baillerent à Pho con vn autre renfort qu'ils enuoyerent celle part pour fecouric leurs alliez, ce qui fut de tref- grande confequence, pour prefer mer la ville de Bizance: car outre ce que ia fa reputation eftoit grande, Cléon le premier homme de Bizance en vertu& authosités ayant efté compagnon& familier de Phoció en l'efchole de eurent no es ennemis mme ils e és rompe at d'eux que quel ne, don e la clo Parache continet ant les batail ir ceus champ de com ennemis rent to ferdiCa PHOCION. Cillant au plus loin donc, M nous luy nous la g bien loin foyent, bataille doyent en auant quoples auec eux t Gueuleme perrerent la ville en ceuoir au tions d'a Demade muntial Grece, n'en fut que Phi tesfois f 396 l'Academie, le plegea enuers fa ville:& adonc les Bizantins ne voulurent pas qu'il campaft au dehors, ains ouurans leurs portes le receurent au dedans de leur ville,& meflerent parmi eux les Atheniens: lefquels voyans que ceux de la ville fe fioyent ainfi de eux, fe porterent fi honneftemet en leur conuerfation ordinaire, qu'il n'y eut plainte aucune d'eux,& fi vaillamment en tous cobats& affauts, que Philippus, lequel on eftimoit parauất fi terrible en armes, que rien n'arreftoit deuat luy,& ne fe trouuoit perfonne qui s'ofaft prefenter en bataille contre luy, s'en retourna de l'Hellefpont fans rien faire, finon perdre beaucoup de fa reputation, la où Phocion gaigna quelques vns de fes vaiffeaux,& recouura les places fortes où il auoit mis garnifons:& faifant des defcentes en plufieurs endroits de fes terres, courut& pilla tout le plat pays, iufques à ce que s'eftant affemblé bon nobre de gens pour le defendre, il y fut blecé,& pour cefte occafion contraint de s'en retourner à la maison. Quelque téps apres les Megariens enuoyerent fecrettement deuers luy pour luy liurer leur ville entre fes mains: mais Phocion craignant que les Bootiens, s'ils en eftoyent aduertis, ne le preuinfent auant qu'il y peut eftre à temps, il fit tenir vne affemblee de confeil de ville au plus matin, en laquelle il declara au peuple ce qu'on luy auoit mandé de Megare:& comme le peuple euft promptement arrefté d'y entedre à bon efciant, Phocion fit tout aufsi toft fonner la trompette, & au partir de l'affemblee fans leur donner autre loifir que de prendre leurs armes feulement, il les mena incontinent droit à Megare, là où ayant efté receu, il enferma de muraille le port de Nifæe,& tira deux longues murailles depuis la ville iufques là, moyennant lefquelles il ioignit la ville à la marine,& fit en forte q du cofté de la terre, ne craignant guere plus fes ennemis du co fté de la mer, elle fut entierement à la difpofition& deuotion des Atheniens. Et comme les Atheniens s'eftans ia tout ouuertement declarez ennemis de Philippus, euffent efleu en fon abfence d'au tres Capitaines, pour luy aller faire la guerre, luy fi toft qu'il fut de retour à Athenes, venant des ifles, fuada au peuple, attédu que Philippus auoit bie bonne enuie de viure en paix auec eux, redou tant le danger que les forces d'Athenes pouuoyent apporter à fes affaires, qu'on deuoit receuoir les articles& conditions de paix qu'il prefentoit. A quoy s'oppofant vn plaideur ordinaire, qui ne bougeoit iamais des plaids, à calomnier& chicaner toufiours. quelqu'vn iufques à luy dire, Comment, Phocion, ofes tu bien tafcher à diuerrir les Atheniens de la guerre, quand ils ont defia les armes en main? Ouy vrayemet, luy refpondit Phocion, encore que ie fache tref- bien que s'il y a guerre, ie te commanderay,& s'il ya pais tu me commanderas.Ce neantmoins il ne peut obtenir,& le gaigna Demofthenes encontre luy pour celle fois confeillant Bauitie repent Viren ualà plaig fenty: patiem en mer ne la le en fe po preferu la Grec mor nae mo Les d uoit retoun de fa eaux, faifan pilla fion con les Me rer le eotiens ut eftre sma dé de entepette, que de droit à forte du co on des ment ment d'au que dou fes PHOCIO N. 2397 feillant aux Atheniens d'aller donner la bataille à Philippus, le plus loin qu'ils pourroyent du pays d'Attique:& Phocion luy dit adonc, Mon ami, ne nous amufons point à difputer en quel lieu nous luy donnerons la bataille, mais regardons feulement come nous la gaignerons.car en ce faifant, nous reculerons la guerre bien loin de nous: car ceux qui font vaincus, quelque part qu'ils foyent, ont toufiours tout mal& danger aupres d'eux. Apres la bataille perdue contre Philippus, les feditieux, qui ne demandoyent que toutes nouuelletez en la ville, tirerent Charidemus en auant pour le faire eflire Capitaine general d'Athenes, dequoy les gens de bien& d'honneur eurent grand peur,& prenas auec eux toute la cour& le Senat d'Areopage, prierent fi affeQueufemet le peuple auec les larmes aux yeux, qu'à la fin ils impetrerent, mais ce fut à grande peine, qu'on mit les affaires dé la ville entre les mains de Phocion: lequel fut bien d'aduis de receuoir au demeurant la forme de viure,& les humaines conditions d'appointement, qu'il leur offroit: mais comme l'orateur Demades euft mis en auant, que la ville d'Athenes entraft au comun traitté de paix,& en la comune affemblee des eftats de la Grece, qui fe deuoit affembler à l'inftance de Philippus, Phoció n'en fut pas d'aduis, ains le diffuada, iufques à ce qu'o entédift ce que Philippus demanderoit aux Grecs en celle affemblee. Toutesfois fon opinió pour lors n'eut point de lieu à caufe de la mau uaiftié du temps,& bien toft apres voyant que les Atheniens fe repentoyent de ce qu'il n'auoyent pas creu fon confeil, quand ils virent qu'il leur falloit fournir des vaiffeaux& des gens ual à Philippus, il leur dit adonc, La crainte de ce dot vous vous plaignez maintenant, me faifoit oppofer à ce que vous auez confenty: mais puis que vous l'auez accordé, il le vous faut fupporter patiemmet,& ne perdre pas le courage pour cela, vous reduifans en memoire, que vos anceftres par le paffé ont quelquefois donne la loy aux autres,& quelquefois l'ont aufsi receue d'autruy& en fe portant bien& fagement en l'vne& en l'autre fortune, ont preferué non feulement cefte cité, mais aufsi tout le demeurat de la Grece.Depuis eftât venue'la nouuelle dela mort de Philippus, le peuple tout incontinent en voulut faire les feux de ioye,& des facrifices aux dieux, some pour vne bonne nouuelle, mais Phocion ne le voulut point permettre: pourautant, dit- il, que ce fercit vn figne de trop bas& trop petit cœur, que de fe refiouyr de la mort d'autruy, auec ce que l'armee qui vous a deffaits à Chæronæe, n'en eft diminuce que d'vne tefte feulement.Et comme Demofthenes en fes harangues ordinaires dift des paroles iniurieufes d'Alexandre, lors qu'il approchoit defia auec fon arme de la ville de Thebes, il luy dit ces vers d'Homere, paix u ne bie lang O mal- heureux, que vas tu irritant, de che $ 98 PHOCION. nifarouche& afpre combattant, & qui ne conuoite autre chofe que grandeur de gloire? Veux- tu, eftant vn fi grand feu allumé, ietter cefte ville dedans? quant à moy, fi bien les Athenies fe vouloyent perdre, ie ne leur permettray pas pourtant: car à cefte fin ay- ie pris la charge de Capitai ne.Et depuis la ville de Thebes ayant efté entierement deftruite& rafee, comme Alexandre demandaft à ceux d'Athenes qu'il Juy liuraffent entre fes mains Demofthenes, Lycurgus, Hyperides& Charidemus, l'affemblee du peuple ne fachant que refpondre à cefte fommation, ietta fes yeux fur Phocion feul,& l'appella plufieurs fois par fon nom, pour en dire fon opinion: parquoy il fe leua,& approchant de luy l'vn de fes amis nommé Nicocles, celuy qu'il aimoit le plus cherement,& en qui il auoit plus de fiance, dit haut& clair, Ceux qu'Alexandre vous demande, ont conduit cefte ville en tel deftroit de necefsité, que fi bien il demandoit ceftuy Nicocles, ie feroye d'aduis, qu'on luy deliurafe: car moy- mefme reputeroye que ce me feroit vn grand heur, fiie pouuoye mourir, de forte que ma mort fauuaft la vie à tous mes autres citoyens:& encore que l'aye en mon coeur grande pitié& compaffion de ces poures defolez qui s'en font fuys de la ruine de Thebes en cefte ville, fi eft- ce pourtant que ie fuis d'aduis, qu'il vaut mieux que les Grecs lamentent la perte d'vne feule ville, que de deux,& me femble pour cefte raifon, qu'il vaut mieux en l'vn& en l'autre poin& tafcher par prieres& remon ftrances à impetrer grace de celuy qui eft le plus fort, que de s'opiniaftrer à vouloir cobattre à fa certaine ruine. Si dit- on, qu'Alexandre reietta le premier decret, qui fut arrefté par le peuple fur fa demande,& fe deftourna pour ne point voir les ambaffadeurs, qui le luy auoyent apporté: mais il receut le fecond qui luy fut porté par Phocion mefme, entendant dire aux plus vieux feruiteurs de fon pere, qu'il faifoit grand cote de ce perfonnage: à raifon dequoy Alexandre luy donna audience,& luy ottroya fa requefte, mais davantage fuyuit fon confeil. Car il luy confeilla s'il aimoit le repos, qu'il pofaft du tout les armes& ceffaft de far re la guerre: mais s il aimoit la gloire, qu'il tournaft fes armes co tre les Barbares,& non pas contre les Grecs. Et en luy deduifant par plufieurs raifons& remonftraces accommodees au plus pres du naturel,& de ce qu'il penfoit qu'Alexandre defiroit, il le chagea& l'addoucit tellement, qu'Alexandre au defpartir luy dit, que les Atheniens deuoyent auoir l'oeil aux affaires, pource que fi luy venoit à mourir, il ne conoiffoit point d'autre peuple à qui l'empire fuft deu, qu'à eux:& voulant auoir particuliere amitié & alliace d'hofpitalité auec Phocio, il luy fit tant d'honeur, qu'il y auoit bien peu de fes plus familiers, à qui il en fit autant. Auquelpropos l'hiftorie Duris efcrit, qu'apres qu'il fut deuenu grad & & qu'ile les lettre rin, c'ef & qu'il efcripo Bien e d'arge yante auoyer Athene ( refpon Et Phoc Tere to d'aller a grande le- mefm fe lauer inftance courrou viure a Jexandr vieillard manda ne plai il, il v Bref ie ne fe du t te cefte te le pr Grecs qui n'au donnoit refufe, en pouuoit tesfois p Picie A Demar ville d xandr Mace quatre Mylaf item H que ref parqu Nicocles air plus de ade, ont bien il de deiurafe heur, bie tous mes epine& la ruine Paduis, me feule il vaut remon edes'o le peuple ambaffa nd qui s vieux Onnage: royala feilla efa mes c uifant us pres Te cha Luy di urce qu plea all prid PHOCIO N. * Soxiant. 399 & qu'il eut desfait le Roy Darius, il ofta de la falutation de toutes fes lettres miffiues ce mot qu'on a accouftumé d'y mettre, Chærin, c'eft à dire ioye& falut, finó en celle qu'il efcrinoit à Phocio, & qu'il ne faifoit plus ceft honneur de faluer ainfi ceux à qui il efcriuoit, qu'à Phocion& Antipater: ce que Chares a aufsi efcrit. Bien eft ce chofe cófeffee de tous, qu'il luy enuoya bone fomme d'argent en don; car il luy enuoya* cent talets. Lequel argent a- yant efté apporté à Athenes, Phocion demanda à ceux qui le luy mille efcue auoyent apporté pourquoy, veu qu'il y auoit tant de bourgeoys à Athenes, Alexandre luy enuoyoit ce prefent à luy feul, Pource ( refpondirent- ils) qu'il t'eftime feul home de bien& d'honeur, Et Phocion leur repliqua, Or qu'il me laiffe donc le fembler& l'eftre toute ma vie. No pour cela les meffagers ne laifferent pas d'aller apres luy iufques en fa maifon, là où ils virent vne trefgrande fimplicité: car ils trouuerent fa femme qui paiftriffoit elle- mefme,& luy en leur prefence tira de l'eau de fon puits pour fe lauer les pieds: à raifon dequoy ils luy firent encore plus grade inftance que deuat,' qu'il vouluft receuoir le prefent du Roy, fe courrouças à luy, en difant que c'eftoit vne grade hôte de le voir viure ainfi pouremēt& eftroitement, attendu qu'il eftoit ami d'A lexandre. Parquoy Phocion voyant paffer par la rue vn poure vieillard affublé d'vne mefchante robbe, fale& orde, il leur demanda s'ils l'eftimoyet moins que ce poure bon home- là, Ia dieu ne plaife, refpódirent ils incötinent:& toutes fois, leur repliqua. il, il vit encore de moins que ie ne fais,& fi fe contente,& a affez, Bref, leur dit- il, quand ie prendray vne fi groffe fomme d'or, ou ie ne m'en feruiray point,& lors il vaudroit autant qie n'en euffe du tout point pris: où ie m'en feruiray,& lors ie feray que toute cefte ville en parlera mal& du Roy& de moy. Ainfi fut repor té le prefent hors d'Athenes feruant de notable exéple à tous les Grecs, pour leur donner à conoiftre, que plus riche eftoit celuy qui n'auoit que faire de tant d'or& d'argent, que celuy qui le luy donnoit. Alexandre ayant entedu que fon prefent auoit efté ainfi refufé, en fur mal content,& efcriuit derechef à Phocion, qu'il ne pouuoit eftimer fes amis, ceux qui refufoyét à prendre de luy: tou tesfois pour cela encore ne prit- il point d'argent, ains feulement Je requit de vouloir en faueur de luy, deliurer Echecratides rheto ricie, Athenodorus natif de la ville d'Imbros,& deux Corinthiës, Demaratus& Spartus, qui auoyent efté retenus prifonniers en la ville de Sardis, pour aucunes charges qu'on leur mettoit fus. Alexandre les fit incontinent deliurer,& enuoyant Craterus en la Macedoine, luy commanda de donner à Phocion l'vne de ces quatre villes de l'Afie qu'il aimeroit le mieux, Cios, Gergyte, Mylaffe, ou Elees, luy mandant, qu'il fe courrouceroit bien plus zigrement qu'il n'auoit fait à la premiere fois, s'il les refufoir 400 PHOCIO N. toutesfois Phocion n'en voulut onques accepter pas vne.Et Alexandre bien toft apres s'en alla mourir. On voit encore auiourdhuy au quartier de Melite la maifon de Phooicn lambriffee de lames de cuyure, mais au demeurant fort fimple& fans aucune fuperfluité. Quant aux femmes qu'il eut efpoufees, on ne trouue rien par efcrit de la premiere, finon ce que Cephifodotus mouleur d'images eftoit fon frere: mais la feconde ne fut pas moins renommee à Athenes pour fon honnefteté& fa fimplicité en toutes fes actions, que Phocion pour fa iuftice& bonté. Suyuant lequel propos, on dit, qu'vn iour comme les Atheniens eftoyent affemblez au theatre pour voir iouer des Tragedies nouuelles, l'vn des ioueurs, à l'heure mefme qu'il deuoit entrer fur l'efchafaut pour iouer fon rolle, demanda au deffrayeur des ieux vn mafque de Royne,& vne fuyte de Damoyfelles accouftrees magnifiquement pour l'accompagner à caufe qu'il iouoit le rolle d'vne prin ceffe: le deffrayeur ne luy en bailloit point,& le ioueur s'en cour rouçoit& faifoit ceffer les ieux, à caufe qu'il ne vouloit pas fortir fur l'efchafaut. Melanthius qui eftoit le deffrayeur l'y pouffa par force criat tout haut, Ne vois- tu pas la femme de Phocion qui va toufiours auec vne chambriere feule par la ville,& tu veux faire le glorieux,& corropre les mœurs des Dames d'Athenes? Ces pa roles furent ouyes du peuple qui feoit au theatre attendant, que par le grad bruit, qu'il en mena en battant des mains, möftra les auoir trouuces fort bones. Cefte Dame, come vne fiene amie& hofteffe du pays d'Ionie, eftant venue à Athenes luy fit monftrer des ioyaux& bagues d'or enrichies de pierres precieufes, luy fit refponfe. Tout mon paremét eft mon mary Phocion, qui depuis vingt ans en çà à toufiours efté continuellement efleu Capitaine des Atheniens. Son fils luy fit vn iour entendre, qu'il defiroit cobattre auec les autres ieunes homes, à qui emporteroit le prix de l'exercice de defcendre& remöter fur les chariots couras à toute bride, aux ieux de la fefte, qu'o appelloit à Athenes Panathenea: ce que le pere luy permit, non pource qu'il appetaft aucunement l'honeur de telle victoire, mais afin qu'en s'addreffant& s'exerci tant à ceft honnefte exercice, il en deuint mieux conditionné, pource qu'il eftoit affez diffolu ieune home,& qui aimoit le vin: toutesfois pour ce coup- la il emporta le prix,& y eut plufieurs des amis du pere qui le prierent de leur faire ceft honneur, qu'en leurs maifons ils fiffent le feftin de celle victoire. Phocio le refufa à tous les autres, excepté à vn feul, auquel il permit de faire cefte demöftration de bone volőté enuers fa maifon,& y alla luymefme au foupper, là où entre les autres delices& fuperfluitez de l'appareil il trouua qu'on auoit apprefté des lauemens de vin& d'efpiceries odorantes pour lauer les pieds des conuiez ainfi que ils entreroyent au feftin. Si appella fon fils,& luy dit, Comment fouffres fouffre ainfi t de to ure.il en la niens mes Juy form mettre les ord nairem Alexa bre de n'en pour d'adu ou qu rateur rangu feme Ven Xa gro TA спал les cha celu porte talen Conne Phoc qu ta ar le 25 te en yuan yent les, chafau malque e prin en cour as forti muffa par quiva faire es pa que rales ie& trer PHOCION. 40% fouffres- tu, Phocius, que ceftuy noftre ami gafte& deshonnore ainfi ta victoire par cefte fuperfluité de delices? Et defirant retirer de tout point ce ieune homme de cefte diffoluë maniere de viure, il le mena à Sparte,& le mit auec les enfans qui y föt nourris en la difcipline qu'o appelle Laconique.Cela defpleut aux Athe niens, de voir que Phocion mefprifaft ainfi les mœurs, couftumes& façons de faire de fon pays:& comme Demades l'orateur Juy dit, Que ne fuadons- nous au peuple Athenien de receuoir la forme du gouuernemēt& de la difcipline de Lacedæmone? Quat ' à moy, fi tu veux eftre de la partie, ie m'offre à le propofer& à le mettre en auant le premier.Vrayement refpondit adonc Phocion, il feroit bien feant de fuader aux Atheniens de viure en commun ainfi que font les Lacedæmoniens en leurs conuiues,& de louer les ordonnances de Lycurgus, qui font aufteres, à toy qui es ordinairement ainfi parfumé& fi delicatement veftu. Vne autre fois Alexandre leur ayant mandé qu'on luy enuoy aft quelque nombre de galeres, les harangueurs à l'encontre prefchoyent qu'on n'en deuoit rien faire le peuple appella nommément Phocion pour en dire fon aduis, lequel leur refpondit franchement, Ie fuis d'aduis, ou que vous donniez ordre à eftre les plus forts en armes, ou que vous tafchiez d'eftre amis de ceux qui le font.Pytheas Porateur à fon aduenemet, qu'il ne faifoit encore que comecer à haranguer deuant de peuple, babilloit defia à iout propos audacieufement& prefomptueufemet,& Phocion luy dit.Dea ce nouueau venu icy fe taira- il iamais? Et comme Harpalus lieutenant d'Ale xandre en la prouince de Babylone, s'en eftant fuy de l'Afie, auec grofle fomme d'or& d'argent, fuft venu defcendre au pays de l'Attique, incontinent ceux qui auoyét accouftumé de faire marchandife de leur langue à prefcher le peuple, coururent à l'enuie Ies vns des autres deuers luy: lequel ne faignit pas de leur ietter à chacun quelque fomme d'argét, pour les attraire& appafter: car ce luy eftoit peu de chofe, veu la grâde quatité qu'il en auoit apportee: mais à Phocion, il en enuoya de luy- mefme* fept cens Quatre ces talens, voulant encore mettre le furplus de fon auoir& fa perfonne propre en la protection& fauuegarde de luy feul. A quoy Phocion luy dit vne bien dure reſponſe: Qu'il le feroit repentir, f. s'il ne fe deportoit de gafter& corrumpre la ville d'Athenes. A l'occafion dequoy Harpalus fe retira lors bie esbahy deuers ceux qui auoyent pris argent de luy: mais peu apres les Atheniens mettans fon affaire en deliberation, il vit que ceux qui auoyent/ pris argent de luy, auoyent tourné leur robbe, tellement qu'au lieu de le defendre, ils l'accufoyent afin qu'on ne les foupconnaft d'auoir pris argent de luy:& au contriare, que Phocio qui l'auoit fi rudement renuoyé fans vouloir rien prendre, ayant en fes confeils le principal regard à l'vtilité publique, auoit encore eu cn pitaine it corix de toute enea: ment merci ne, yin: Leurs qu'en refu te c CC quatre vingty & dix mille * Dix huit gille efcns. 402 PHOCIO N. quelque cofideration le fauuemēt de fa vie, il fe remit derechef effayer de le gaigner par tous moyens,& le confiderant& reconoiffant de tous coftez, trouua que c'eftoit vne place imprenable par argent: mais il fe fit ami de Charicles, gendre de Phocio, qui fut caufe de luy donner bien mauuais bruit, pource qu'on voyoit, qu'il fe fioit de toutes chofes en luy,& l'employoit en tous fes affaires, iufques à luy commettre la charge de faire baftir vne magnifique fepulture à la Courtifane Pythonice, dont il auoit efté amoureux,& en auoit eu vne fille.Mais fil'accepter vne telle char ge eftoit ignominieux à Charicles, encore le diffama l'œuure dauantage, quand elle fut paracheuee car on veit iufques auiourd'huy la fepulture qui s'appelle Hermium, ainfi qu'on va d'Athe nes à Eleufine, n'ayant rien d'excellence digne de la defpenfe de * trente talens, qu'on dit, qu'il luy cota pour la fabrique de celle fepulture. Qui plus eft, apres le trefpas d'Harpalus, ce Charicles & Phocion mefme prirent la fille,& la firet foigneufement nourrir: toutesfois eftant depuis Charicles appellé enuftice pour refpödre de l'argent qu'on l'accufoit auoir pris de Harpalus, il pria fon beau- pere Phocion de luy vouloir aider,& luy affifter en iugement, pour fauorifer fa defenfe: mais Phocion luy refufa tresBien, en luy difant: le t'ay, Charicles, pris pour mon gendre à toutes chofes iuftes& honeftes feulement.Au furplus, le premier qui apporta à Athenes la nouuelle de la mort d'Alexandre, fut vn Af clepiades fils de Hipparc', auquel Demades difoit qu'il ne falloit point adioufter de foy, pource, dit- il, que s'il fuft vray, toute la ter re pieça fentiroit l'odeur d'vn tel mort.Mais Phocion voyant que le peuple leuoit ia la tefte, ne demandant que toutes nouuelletez, cafchoit à le moderer& contenir:& comme plufieurs des harangueurs montaffent incontinent in la tribune aux harangues,& criaffent que la nouuelle d'Afclepiades eftoit certaine,& qu'Alexandre eftoit veritablement mort, Phocion leur refpondit, Si elle eft vraye auiourd'huy, elle fera dóc vraye encore demain,& apres demain:& pourtant, Seigneurs Atheniens, ne vous haftez point, ains deliberez tout à loifir,& prouuoyez feuremet à ce que vous auez à faire,& comme Leofthenes eut tät fait par fes menees, que al eut ietté la ville d'Athenes en la guerre qu'on appella la guerre des Grecs,& demandaft en fe moquant à Phocion qui en eftoit marri, quel bien il auoit fait à la chofe publique, en tant d'annees qu'il auoit efté Capitaine general d'Athenes, Phocion luy refpon dit, Le bien que i'ay fait n'eft pas petit: car cependat que l'ay efté Capitaine, les citoyens d'Athenes ont efté enterrez en leurs paternelles fepultures. Ce Leofthenes parloit toufiours hautement & auantageufement deuant le peuple, au moyen dequoy Phoçion luy dit vn iour, Tes propos, ieune homme mon ami, reflemblent proprement aux Cyprez, car ils font grads& hauts, mais ils ne he por Juy de niens mes b ches defro loyer uet prep crains pos depuis ment taille ce qui ne fail Buelle Rouue cre P mando chofes bien a confe nes rons efta fuft guer qui e Cion gner tre fem philus auant BOG OT cart near tien & c treu Pond ource ut yout en t balt Tauoite telle ch uure d auiour d'Athe le de celle Charicles nt nour pour re spra tres à tou rqui A falloit yant que elleter sharanes,& ' Ale Siella apres mount YOUS que erre eftoit nnees τείρου ay effe PHOCION. 403 ne portent point de frui&. Adonc Hyperides fe dreffant en pieds luy demanda. Quand donc Phocion, confeilleras- tu aux Atheniens de faire la guerre? Quand ie verray, dit- il, les ieunes hommes bien deliberez de n'abandonner point leurs rengs, les riches contribuer argent volotairemēt,& les orateurs s'abstenir de defrober la chofe publique.Ce neantmoins plufieurs s'efmerueilloyent de voir la belle& groffe armee que Leofthenes auoit leuee,& demandoyent à Phocion ce que bon luy fembloit d'vn tel preparatif. Il eft beau, dit- il, pour vne courfe& carriere: mais ie crains le retour& la cótinue de la guerre, pource que ie ne voy point que cefte ville ait plus d'autre moyé de recouruer argēt, ny autres vaiffeaux, ny autres gens de guerre, que ceux- la Ce qui fut depuis tefmoigné par l'euenement, pource que du commencement Leofthenes fit de gräds exploits d'armes: car il desfit en bataille les Bootiens,& rangea Antipater dedãs la ville de Lamia: ce qui efleua les Atheniens en grande efperance, de forte qu'on ne faifoit à Athenes autres chofes, que feftes& facrifices continuellement, pour rendre graces aux dieux de tant de bonnes nouuelles:& y en auoit quelques vn, qui cuidans bien conuaincre Phocion, de maniere qu'il ne fauroit que refpondre, luy demandoyent, s'il voudroit pas bien auoir fait toutes ces belles chofes- là: Ouy vrayement, leur refpondit- il, ie les voudroye bien auoir faites, mais non pas n'auoir confeillé ce que l'ay confeillé: Et come on efcriuift& apportaft tous les iours de bonnes nouuelles les vnes fur les autres, dit: O dieux, quand cefferons nous de vaincre& de gaigner? toutes fois Leofthenes à la fin eftant mort en ce voyage, ceux qui craignoyent, que Phocion ne fuft fubftitué Capitaine au lieu de luy,& qu'il ne pacifiaft cefte guerre, attirerent vn perfonnage peu coneu& de petite qualité, qui en pleine affemblee de confeil vint dire, qu'eftant amide Pho cion,& fon compagnon d'efcole, il fuplioit le peuple de l'efpargner& le contre- garder, pource qu'ils n'en auoyent point d'autre femblable à luy,& qu'ils enuoyaflent plus toft au camp Antiphilus. Dequoy le peuple eftant bien d'aduis, Phocion fe tira en auant qui dit, qu'il n'auoit iamais efté à l'efcole auec c'eft homme- là,& qui plus eft, qu'il ne le conoiffoit du tout point, n'y n'a Hoit onques efté fon familier: Mais pourtant, qui que tu fois, dio il, ie te tien deformais pour mon ami& pour mon bien vueillant, car tu as confeillé au peuple ce qui m'eft le plus expedient. Ce neantmoins le peuple à toute force voulant aller contre les Boo tiens, Phocion y refifta le plus qu'il peut, de paroles premieremet: & comme fes amis luy remonftraffent qu'il le feroit tuer, de cótreuenir ainfi ordinairement à la volonté du peuple, il leur refpondit, A tort me ferot- ils mourir, fiie fais& procure ce qui leur eft vtile& à bon droit auffi, fi ie fais le contraire.Mais voyat que cc ij 704 PHOCION pour cela ils ne fe lafchoyent point, ains crioyent de plus en plus encontre luy, alors il commanda au heraut, qu'il proclamaft à fon de trompe, que tous bourgeois, manans& habitans d'Athenes, depuis l'aage de quatorze ans iufques à foixante, euffent pro ptement au partir de l'affemblee à le fuiure en armes, portans a- uec eux des viures pour cinq iours. Cefte criee entendue, il y eut vn grand trouble par toute la ville,& s'en coururent incontinent les vieillards deuers luy fe plaindre de la dureté de fon commadement:& il leur refpondit, Ie ne vous fay point de tort, car moymefme qui fuis aagé de quatre vingts ans, feray quand& vous. Ainfi les retint- il pour lors,& leur fit perdre leur folle enuie de guerroyer: mais eftat la cofte de la marine courue& pillee par le Capitaine Micion, lequel auec bon nombre de Macedoniens naturels& d'autres eftrangers, eftoit defcédu au territoire du bourg de Ramnus,& gaftoit tout le plat pays à l'enuiron, Phocion y me na les Atheniens, là où comme plufieurs accouruffent à luy, l'vn de çà, l'autre de là, entreprenãs fur tout eftat de Capitaine,& s'in gerans de luy confeiller les vns de loger fon camp fur vnetelle motte, les autres d'enuoyer en tel endroit les gens de cheual, les autres de camper icy: O Hercules, dit- il, combien ie voy de Capi taines,& peu dé foldats.Puis quand il eut rangé fes gens de pied en bataille, il y en eut vn qui fe ietta bien loin deuant les autres hors de fon rang: mais s'eftant auffi auãcé l'vn des ennemis pour Se charger, l'Athenié eut peur,& fe retira en fa place:& lors Phocion luy die, N'as tu point de honte, ieune eftourdi que tu es, d'auoir ainfi par deux fois abandonné ton rang, I'vn auquel tu a- uois efté mis par ton Capitaine,& l'autre auquel tu t'eflois pláté toy- mefme? Et allát tout auffi toft charger l'enemi, le rōpit à force,& tua fur le châp le Capitaine mefme Micion auec bon nombre de fes gens.Or eftoit pour lors l'armee de la ligue des Grecs en la Theffalie, là où elle gaigna vne bataille contre Antipater, & contre Leonatus, qui s'eftoit ioint à luy auec les Macedoniens, qu'il auoit n'aguere ramenez de l'Afie,& y fut occis fur la place Leonatus, eftant Antiphilus Chef des gens. de pied,& Menon Theffalien Colonnel de la Cheualerie. Mais peu de temps apres eftät Craterus repaflé de l'Afie en Europe auec groffe puiffance, il y eut vne autre bataille pres la ville de Cranon, en laquelle les Grecs furent desfaits: toutesfois la desfaite ne fut pas grande,& n'y mourut pas beaucoup de gés, encore fut- ce par la defobeifläce de foldats aux Capitaines, qui leur eftoyent trop doux, auffi eftoyent- ils trop ieunes, ioint auffi que fi toft comme Antipater tenta leurs villes, ils fe desbanderent tous,& abandonnerent trefhonteufement la defence de la liberté commune: parquoy Antipater s'achemina incontinent droit pour aller auec fon armee deuant la ville d'Athenes. Ce que fentans Demofthenes& Hiperides bes les renc fig C to Gr tel rides à pay fept pro end ran pol An cra que Que CION nez, gran tuc cape ded il de refp fes pay enr Cra Ph 9 eufent porta contite comm car moy & vous enuie de par le snabourg onyme & s'in netelle mal, les eCapi pied utres pour Pho esdael tu a tatornom Grecs pater, ens, lace елоп pres nce, e les de,& Deil auff tipater PHOCION. 405 rides, abandonnerent la ville: mais Demades ne pouuant fournir payer l'argent qu'il deuoit au public, ayant efté condamné en fept amandes enuers la chofe publique pour auoir autant de fois propofé au peuple,& mis en auant des chofes contraires aux loix en demeuroit infame,& ne luy efloit pas loyfible de parler& ha ranguer en public: toutes fois pour lors en eftant difpenfé, il propofa qu'o enuoyaft des ambaffadeurs auec plein pouuoir, deuers Antipater, pour tafcher à traiter quelque paix auec luy. Le peuple craignant de commettre cefte abfolue puiffance de traiter à qui que ce fuft, appella nommément Phocion, difant qu'il n'y auoit que luy feul, à qui il fe peuft confier. Et adóc leur refpondit Phocion, Si l'euffe efté creu és confeils, que ie vous ay toufiours donez, vous ne feriez pas maintenant en peine de confulter de fi grandes chofes.Ainfi eftant le decret authorifé par le peuple, if fut enuoyé luy- mefme deuers Antipater, lequel eftoit pour lors capé en la Cadmee, s'appreftat pour de la entrer au premier iour dedans le pays d'Attique.Si luy requit Phocion, que premier que il delogeaft de là, il fit appointement auec eux. A quoy Craterus refpondit promptement, Phocion, tu ne nous demandes pas chofes raisonnable, que demeurans ici nous mangions& foulions le pays de nos alliez amis, là où nous pouuons aller viure& tious enrichir és terres de nos ennemis: toutesfois Antipater prenant Craterus par la main: 11 faut, dit- il, que nous facions ce plaifir à Phocion.Mais au demeurant, quant aux capitulations de la paix, il voulut que les Atheniens leur enuoyaffent la carte blanche,& remiffent les conditions du traité à leur plaifir, ne plus ne moins que luy eftant affiegé dedans la ville de Lamia auoit remis tout pouuoir de capituler à la difcretió de leur Capitaine Leofthenes. Cefte refponfe ouye, Phocion s'en retourna à Athenes, où le peuple fe voyant contraint, accepta par force la condition de traiter, que luy offroit l'ennemi.Ainfi retourna derechef Phocion à The bes deuers Antipater auec d'autres ambaffadeurs: entre lefquela les Atheniens efleurēt le philofophe Xenocrates, pource que lo reno, l'eftime& la reputation de la vertu de ce perfonnage eftoic fi grande par tout le monde, qu'on penfoit qu'il n'y auoit arrogance, ny cruauté, ny cholere fi grande en cœur d'homme, qui qu'il fuft, que le regardfeul de Xenocrates n'amollit iufques à le contraindre de luy porter quelque honneur& quelque reuerence. Ce nonobftant il en aduint tout au contraire par la malignité de la nature d'Antipater ennemie de toute vertu: car tout premierement, il ne le daigna onques feulement faluer, là où il embraffa tous les autres Sur quoy on trouue que XenoGrates ditadonc, Antipater fait bien d'auoir honte de me vois tefmoin du mauuais tour& traitemet inique, qu'il veut faire aux Atheniens. Puis quand il semmença à parler, il n'eut iamais la sc üj PHOCION. 406 patience d'ouir, ains l'entre- rompant à tous propos,& le rebrouse il luy commanda à la fin de fe taire du tout: mais apres que Phocion eut parlé, il leur fit refponfe, que les Atheniens auroyēt paix alliance& amitié auec luy, pourueu qu'ils luy liuraffent Demofthenes& Hyperides entre fes mains, qu'ils gouuernaffent leur chofe publique felon la forme du gouuernemet inftituee par leurs anceftres, là où il n'y euft que ceux qui auroyent dequoy, qui fuffent admis aux eftats& offices de la chofe publique,& qu'ils receuffent garnifon dedans le port de Munychia: qu'ils rembourfaffent l'argent qui auroit efté defpendu en cefte guerre,& outre cela, qu'ils en payaffent encore vne fomme pour l'amende. Tous les autres ambaffadeurs s'en contenterent,& accepterent ces conditions de paix comme douces& humaines excepté Xenocrates, lequel dit, que pour efclaues, il les traitoit affez doucement: mais pour vn peuple franc& libre, trop durement, Parquoy Phocion le Tupplia qu'il vouluft à tout le moins leur remettre la garnifon: à quoy on dit qu'Antipater luy refpondit, Phocion, nous defirons te gratifier en toutes chofes fors en celles qui feroyent caufe de ta ruine& de la noftre. Les autres efcriuent qu'il ne refpondit pas ainfi, mais qu'il luy demanda, s'il vouloit pleger& cautionner les Atheniens, qu'ils entretiendroyent loyaument les articles& conditions de cefte paix, fans plus remuer aucune nouuelleté, s'il les exemptoit de receuoir garnifon. A quoy comme Phocion fe teuft & dilayaft à refpondre, il y eut vn Callimedon furnommé Carabos, homme violet:& hay flant la liberté populaire qui fe iettant à la trauerfe dit, Et fi ceftuy eftoit fi fol que de pleger cela, Antipaeer luy croirois- tu pourtant,& laifferois- tu pour cela de faire ce que tu as deliberé? Ainfi furent les Atheniens contraints de receuoir garnifon des Macedoniens, de laquelle fut Capitaine MenylJus vn honnefte homme& famillier ami de Phocion. Ce comman dement de receuoir garnifon dedans le port de Munichia fut trou ué fuperbe,& fait par Antipater plus toft par vne vaine gloire de monftrer outrageufement fa puiffance, que pour bien qui en peuft aduenir à les affaires. Mais encore le iour auquel il s'en faifit& empara, augmenta dauantage le regret: car ce fuft iuftement le vingtieme d'Auft, que fa garnifon y entra, lors qu'on celebre la fefte des myfteres, en laquelle on à accouftumé de faire la proceffion qui s'appelle Iacchus depuis la ville d'Athenes iufqu'à celle Eleufine, de forte qu'eftant la folennité de cefte faincte ceremonie confufe, il vint en penfee à plufieurs de confiderer comme anciennement és plus heureux temps de la chofe publique, auoyent efté buyes& veues des voix& vifions diuines à tel iour, dont les ennemis eftoyent demeurez eftonnez& effrayez:& lors au contraire, en la mefme folennité les dieux voyoyent la plus trifte cala mité qui cuft peu efchoir à la Grece,& venoit le plus faint& le plus tamine ques aupar on ga ne s'e on e gne loye des p Tetend mitres droit d mer q re: pat qu'il chai fois Scha quit fon d autr & g де ter Va lets tant nt Deno affer e par la qui qu'ils h bourfa utre ce Tous le condi aslemais ocia le ntions a firons te fe deta dit pas mer les Con les euft aratant à Antipa tare ce receenylman trou rede euft & tle ela cefelle emo -UP 3 oye 即 & le PHOCIO N. 407 plus plaifant iour qui fuft parauant en toute l'annee, à eftre contaminé du titre du plus mal- heureux euenement, qui aduint onques aux Grecs, c'eftoit la perte de leur liberté. Or peu d'annees auparauat auoit- on apporté vn oracle de Dodone à Athenes. Que on gardaft bien les rochers de Diane, de peur que des eftrangers ne s'en emparaffent:& enuiron ce mefme temps, les* rideaux dot* Ou les ban on enuironne tout à l'entour les faints licts myftiques, eftans bai- des dot on lie gnez en l'eau, prirent vne couleur iaunaftre& pafle comme celle à Pentourles d'vn trefpaffé, au lieu de la viue couleur de pourpre qu'ils fou- berceaux my loyent auparauant auoir:& qui plus eft, les autres draps non facrez friques de des particuliers qu'on trempoit tout aupres dedans la mefme eau Bacchus retenoyet leur nay fue viuacité de couleur: Et comme l'vn des mi niftres du temple lauaft vn petit cochon dedans la mer en vn endroit du riuage pur& net, il fortit foudain vn grand poiffon de la mer qui luy vint ofter d'entre les mains,& en aualla tout le derrie re: par où on coniectura que les dieux leur donnoyent à entendre qu'ils perdroyét le bas de leur ville,& ce qui eftoit le plus prochain de la mer, mais qu'ils fauueroyent les parties hautes: toutefois cefte garnifon pour l'honnefteté du Capitaine Menyllus ne fa fcha point les Atheniés. Mais il y eut plus de douze mille citoyēs, qui furét deboutez de la iouyffance du droit de bourgeoyfie à rai fon de leur poureté, defquels vne partie demeura à Athenes, à qui il femble qu'on faifoit vn grand tort& vne grande iniure:& vne autre partie s'é alla en Thrace, là où Antipater leur affigna villes & terres pour demeurer. Ceux- là fembloyent propremit gens que on euft pris d'affaut, ou par fiege dedans vne ville, qu'on contraignift d'abandonner leur pays.Au demeurat la mort de Demofthe nes en l'ifle de Calauria,& de Hyperides pres la ville de Cleoness dont nous auons efcrit ailleurs, furent prefque caufe de faire regra ter le téps des regnes de Philippus& d'Alexadre: ne plus ne moins que depuis on dit qu'ayat efté Antigonus des fait, ceux qui l'atoyer vaincu& occis opprefferent& traiterent fi rudement leurs fuiets, qu'au pays de la Phrygie, vn laboureur fouyllant en terre,& eftant interrogué, que c'eftoit qu'il cerchoit, refpondit en foufpirant, le cerche Antigonus. Auffi venoit il lors en péfee à plufieurs d'en dire autant, quand ils rememoroyent la magnanimité& generofité de ces deux grands princes, en leurs courroux, come ils pardonnoyent facilement,& remettoyent leur mal- talent, non pas ainfi comme Antipater, qui fous le mafque de fe comporter en hōme priué, d'aller fimplement veftu,& viure foubrement& à peu de defpenfe, diffimuloit la puiflance tyrannique qu'il vfurpoit,& cependant s'en monftroit plus violent feigneur& plus cruel tyran enuers ceux à qui la fortune auoit couru fus. Toutefois Phocion impetra de luy le rappel de plufieurs qu'il auoit bannis,& à ceux qu'il ne peut faire rappeller au moins leur procura- il que leurs se nij 408 PHOCION. confins ne fuffent pas fi lointains, comme des autres qui eftoyent releguez par delà les monts Acrecerauniens,& le chef de Tænarus, hors de la Grece, ains qu'il leur fuft à tout le moins loyfible de demeurer au dedas du Peloponefe, entre lesquels fut vn Agonides faux accufateur.Au refte gouuerrât ceux qui eftoyét demeu rez dedans la ville en grande iuftice,& auec grande humanité, quad il en conoiffoit aucus doux& paifibles de nature, il les tenoit toufiours en quelque magiftrat: mais ceux qu'il fauoit eftre remuans, feditieux,& amateurs de nouuelletez, il les engardoit de pouuoir paruenir à office quelconque,& l'eur oftoit tout moyen d'exciter troubles, de forte qu'ils fe fenoyent d'eux- mefmes,& ap prenoyent auec le temps à aimer les champs,& à s'addonner au la bourage. Et voyant que Xenocrates payoit vn certain tribut à la chofe publique, que payoyent par chacun an les eftrangers habitans à Athenes, il luy voulut faire donner droit de bourgeoyfie,& Je faire enregiſtrer au nombre des citoyens: mais Xenocrates no voulut pas, difant qu'il ne vouloit point auoir de part à celle bour geoyfie, pour laquelle empefcher il auoit efté enuoyé ambaffadeur.Et comme Menyllus luy enuoyaft de l'argent en don, il fit re fponfe que Menyllus n'eftoit point plus grand feigneur qu'auoit efté Alexandre, ny luy n'auoit point lors plus grande occafió d'ac cepter fon prefent, que quand il auoit refufé celuy du Roy:& come Menyllus luy repliquaft que s'il n'en auoit befoin pour foy, à tout le moins qu'il le prift pour fon fils Phocius, il refpondit, Si mo fils Phocius changeant de façon de viure veut eftre homme de bien, il aura affez pour viure de ce que ie luy laifferay mais s'il fe veut toufiours gouuerner comme il fait de prefent, il n'y a richeffe quiluy peut fuffire. Mais vne autre fois il refpondit bien plus zoidemét à Antipater, qui luy vouloit faire faire quelque chofe, la quelle n'eftoit point honnefte: Antipater, dit- il, ne me fauroit auoir pour ami& pour flatteur tout enfemble. Antipater mefme fouloit dire qu'il auoit deux amis à Athenes, Phocion& Demades, à l'vn defquels il n'auoit iamais feu faire rien prendre,& n'auoit iamais peu affouuir l'autre. Auffi eftoit la pouureté de Phocion vn grand argument& grand tefmoignage de fa preud- hommie, attendu qu'il eftoit enuieilly en icelle apres auoir efté tant de fois en fa via Capitaine general des Atheniens,& auoir eu l'amitié de tant de princes& de Roys: là où Demades prenoit plaifir à faire monftre de fa richeffe és chofes mefmes, qui font defedues par les loix de la ville: car y ayant lors vne ordonnance à Athenes, par laquel le il eftoit prohibé, que nul eftranger ne peuft eftre des danfeurs * Cefcus. qui danfoyent és ieux publiques, fur peine de mille drachmes, que le deffrayeur defdites danfes payeroit pour l'amende à la cho fe publique. Demades faifans quelques ieux à fes defpens y en fit venis S t venir ce quand uant to trefois Mon fi fre p & les then quer mais Cade ceou Ble& p nifon promp quoy tourn tiers doute Sipat pallo Hoit emp qu pa CO tou en fils ges fur va g eltoyet dra reilles ten voit eltre gardoit ap out moyen mes,& er au la tribut à la gers habi coylic,& c crates no elle bour mballa il fit re ' avoit dac co foy Simo me de richel plus fe, la auoir ulois I'vn mais de on: PHOCION. pas 409 venir cent baladins eftrangers pour vn coup,& apporta quand& quand l'argent pour payer l'amende publiquement au theatre de uant tout le peuple.à mille drachmes pour chafque tefte. Vne autrefois quand il maria fon fils, qui s'appelloit Demas, il luy dit, Mon fils quand i'efpoufay ta mere il y euft fi peu de fefte, que noftre prochain voifin n'en ouyt rien: là où maintenant les Princes & les Roys contribuent aux frais de tes noces. Au furplus les A- theniens rompoyent ordinairement la tefte à Phocion d'aller requerir Antipater, qu'il vouluft retirer fa garnifon de leur ville: mais il trouuoit toufiours quelque moyen de reieter cefte ambaffade, fuft où pource qu'il n'efperaft pas pouuoir obtenir cefte grace, ou plus toft pource qu'il vift que le peuple en eftoit plus humble& plus fouple à mener à la raifon, pour la crainte de celle garnifon mais bien impetra- il d'Antipater, qu'il ne demandaft promptement fon argent, ains en differaft encore le payement: par quoy voyans que Phocion n'y vouloit autrement entendre, ils fe tournerent deuers Demades, lequel en prit la charge bien volon tiers,& s'en alla auec fon fils en Macedoine, là où fans point de doute fa deftinee le conduifit à fa mal- heure, fur le point qu'Antipater eftoit defia tombé malade de la maladie dont il mourut,& paffoyent les affaires par les mains de fon fils Caffander, lequel a- uoit furpris vne lettre miffiue de ce Demades, par laquelle il man doit à Antigonus en Afie, qu'il s'en vinft à toute diligence pour fe emparer de la Grece& de la Macedoine, qui ne pendoyent plus qu'à vn vicil filet, encoure tout pourry, en fe moquant ainfi d'Anti pater.Parquoy Caffander aduerti qu'il fut de fon arriuce, le fit in continent faifir au corps,& luy approchant premierement fon fils tout ioignant luy, le tua deuant fes yeux, fi pres de luy, que le fang enialit fur luy,& fut le pere tont enfanglanté du meurtre de fon fils: puis apres luy auoir bien reproché fon ingratitude& fa deflo yale trahyfon,& luy auoir fait& dit toutes les vilenies& outrages dont il fe peut aduifer, il le tua auffi finalement luy- mefme. Mais combien qu'Antipater à fon deces euft eftably Polypercho Capitaine general de l'armee des Macedoniens,& Caflander feulement Coulonnel de mille hommes de pied, ce neantmoins Caffander incontinent qu'il fut decedé, prenant les affaires en main, & s'en faififfant le premier, enuoya tout foudain Nicanor pour fuc ceder à Menyllus, en la charge de Capitaine de la garnifon d'Atheres, auant que la mort de fon pere fuft diuulguee, luy comman dant de fe faifir, comment que ce fuft, de la fortereffe de Munychia, ce qu'il fit. Et peu de iours apres entendirent les Atheniens la nouuelle de la mort d'Antipater, dont Phocion fut fort blafmé, & accufé d'auoir feu long temps auparauant cefte mort,& de l'auoir celee pour gratifier à Nicanor: toutefois il ne fit conte de ces imputations lasains s'accointa de Nicanor,& l'entretint fi bien, Joix quel PHOCIO N. Derture, & la iufti Herence de dom fe ne P comm ferer rae,& de Sal tans de ny en Quant faire ce iufques 410 que non feulement il fe rendit doux& gracieux aux Atheniens mais qui plus eft, luy perfuada encore de faire quelque defpenfe pour donner au peuple le pafle- temps de quelques ieux qu'il fit iouer à fes defpens. Sur ces entre- faites Polyperchon, qui auoit la charge de la perfonne du Roy, voulant donner vne trouffe à Caffander, enuoya au peuple d'Athenes vne patente, par laquelle eftoit porté, comme le ieune Roy rendoit aux Atheniens la pleine & entiere liberté de l'eftat populaire, voulant& entendant que tous Atheniens indifferemment gouuernaffent leur chofe publique, felon les loix, vs& couftumes de tout temps gardees en leur pays, ainfi comme auoyent fait leurs predeceffeurs.Cela eftoit vn piege dreffé à Phocion: car Polyperchon ourdiffant cefte menee pour s'emparer de la ville d'Athenes, comme il apparut bien toft apres par effet, n'efperoit pas pouuoir venir au deffus de cefte fiene entente, s'il ne trouuoit moyen de chaffer premierement Phocion:& penfoit bien qu'il en feroit chaffé fitoft que ceux qui a- uoyent efté priuez& deboutez par fon moyen du droit de bourgeoyfie, viendroyent à s'entre- mettre derechef du gouuernemét, & que les harangueurs& calomniateurs auroyent alors loy de di re tout ce qu'ils voudroyent. Les Atheniens ayans ouy le contenu en cefte patente commencerent incontinent à s'efmouuoir vn petit: à raifon dequoy Nicanor defirant parler à eux en leur Senat, qui s'eftoit affemblé dedans le Piræe, il s'y en alla,& mit fa perfon ne entre leurs mains fous la foy de Phocion: dequoy eftant fecrete ment aduerti Decyllus Capitaine pour le Roy, qui eftoit aux chaps pres de la ville, fe mit en deuoir& tafcha de le prendre au corps: mais Nicanor en fentit le vent de bonne heure,& fe fauua.Si eftoit bien euident, qu'il fe vouloit incontinent refentir de ceft outrage, & s'en venger fur la ville,& accufoit- on Phocion de ne l'auoir pas voulu retenir,& l'auoir laiffé efchapper: à quoy il refpondit, qu'il fe fioit aux promeffes de Nicanor,& qu'il n'eftimoit pas qu'il y cuft aucun danger à craindre de ce cofté- là, toutefois s'il en aduenoit autrement, qu'il aimoit en toutes fortes mieux, qu'on coneuft manifeftemet que c'eftoit luy qui receuoit,& non pas qui fa: foit le tort. Cefte refponfe, s'il euft efté queftion de chofe qui n'euft concerné que luy feul, pourroit fembler à qui la confidereroit de pres, eftre partie d'vne grande bonté& grande magnanimité: mais attendu qu'il mettoit en hafard le falut de fon pays, en eftant mefmement Capitaine general,& tenant lieu d'authorité publique, ie ne fay s'il tranfgreffoit point vn autre droit,& ne vio loit point vne autre foy preallable& de plus grande obligation, c'eft à fanoir, le regard qu'il deuoit auoir fur toutes chofes au bie & à la feureté de ces citoyés. Car cela ne fauroit- on alleguer pour fa defenfe, qu'il ne voulut pas mettre la main fur Nicanor, de peur de jetter faville en guerre toute manifefte: mais que pour vne cou uerture, Comme quand tiné à blant fils de au fec intent mefm tre, yac ra CIO fon feul les fou Si f Pora fente ique de par la ens la tendant hofe pu ees en le eftoit men enee men tont eux qui a DOUR menemét, oy de di Contend vn pe Senat merfon ecrete PHOCIO N. 411 uerture, il mettoit en auant la foy qu'il luy auoit promife& iured, & la iuftice qu'il vouloit obferuer en fon endroit, afin que pour reuerence de luy, Nicanor puis apres fe tinft en paix& ne fift point de domage aux Atheniesimais à la verité il femble qu'autre chofe ne l'abufa, que la trop grade confiance qu'il eut en ce Nicanor, comme il appert par ce que ccbien que plufieurs luy vinfent deferer qu'il efpioit les moyens de pouuoir furpredre le port de Piræe,& qu'il faifoit tous les iours paffer des gens de guerre en l'ifle de Salamine,& tafchoit à corrompre par arget aucuns des habitans dedas l'enceinte du port, il n'y voulut iamais prefter l'oreille, ny en croire rien.Qui plus eft, ayat Philomedas Lamprien mis en auant vn decret, que les Atheniés fe tinfent prefts en armes, pour faire ce quel Capitaine Phocion leur comanderoit, il n'en fit côte, aufques à ce que Nicanor fortant en armes du fort de Munychia, commença à enfermer de trenchees le port de Piræe: mais lors quand il y cuida mener le peuple pour l'épefcher, il le trouna mutiné à l'encontre de luy, de maniere que perfonne ne faifoit femblant d'obeir à fon comandement. Sur ces entrefaites Alexandre fils de Polyperchon arriua auec vne armee fous couleur dé venir au fecours de ceux de la ville contre Nicanor, mais à la verité en intention de fe faifir luy- mefme du refte de la ville, s'il pouuois, mefmement lors qu'elle eftoit en cobuftion vne partie contre l'au tre, parce que les bannis y entrerent pefle meflè quand& luy,& y accoururent aufsi force eftrangers,& autres gens notez d'infamic, de maniere qu'il fe tint vne affemblee de ville confufe de ges ramaffes de toutes pieces, fans ordre quelcoque, en laquelle Pho cion fut depofe de fon eftat,& furent efleus autres Capitaines en fon lieu,& fi neuft efté qu'on apperceut ceft Alexandre, qui parla feul à feul à Nicanor,& y retourna par plufieurs fois tout ioignăt les murailles de la ville( ce qui mit les Atheniens en desfiance& foupçon) iamais la ville ne fe fuft fauuee, qu'elle n'euft efté prife. Si fut incontinent Phocion accufé de trahyfon bien afpremét par l'orateur Agnonides: ce que craignas Callimedon& Pericles s'ab fenterent de bone heure de la ville,& Phocion auec fes autres a- mis, qui ne s'en eftoyent pas fuys, s'en allerét deuers Polypercho, & l'accopagnerent aufsi Solon Platzien& Disarchus Corinthië, qui penfoyt auoir quelque amitié& quelque priuauté auec Polyperchon: mais eftant par le chemin Dinarchus tombé malade en la ville d'Elatie, ils y demeurerent plufieurs iours attendans qu'il fuft guairy, durant lefquels à la perfuafion de l'orateur Agnonides,& à l'inftice d'Archeftratus, qui en propofa le decret, le pen ple enuoya deuers Polyperchon des ambaffadeurs pour accufer Phocio, tellemet q les deux parties y arriuerét en vn mefine teps, & le trouuerent par les chaps auec le Roy, pres d'vn village de la Phocy de nommé Pharyges, afsis au pied du mont Acrorion, que chaps corp Paoir indit, qu'il adCOqui re, en prite e vio 412 PHOCION. els attain moit renu comme a Clitus ce d'honne contre t à plore haut& gement railonn effrange mune ne air cha offer Pay tyrans, t Phocion on furnomme maintenant le Gauloys. Là fit Polyperchon tendre vn dais d'or fait en façon de ciel, fous lequel il fit feoir le Roy,& les principaux de fes feruiteurs:& amis autour de luy: mais d'entree auant toute autre ceuure, il fit préēdre au corps Dinarchus,& commanda qu'on le menaft mourir, apres luy auoir donné la torture: puis cela fait, il commanda aux Atheniens, qu'ils propofaffent ce qu'ils auoyent à dire.Et lors il commencerent à crier& à mener vn grand bruit, en s'entre- accufans les vns les autres en la prefence du Roy& de fon confeil, iufques à ce qu'Agnonides fe tira en auant, qui dit, Seigneurs Macedoniens, faites nous mettre tous en vne cage,& nous enuoyez pieds& poings liez à A- thenes au peuple, pour nous y faire rendre conte de noftre fait. Le Roy fe prit à rire de cefte parole: mais les Seigneurs Macedonies afsiftans à cefte audience,& quelques eftrangers qui eftoyent là venus pour ouyr l'accufation, faifoyent fignes de la tefte aux ambaffadeurs: qu'ils deduififfent la prenfentement deuant le Roy les articles de leurs accufations, pluftoft que de les remettre deuant le peuple à Athenes.Mais les parties n'eftoyent point egalement ouyes, pource que Polyperchon rabrouoit fouuent Phocio, & luy rompoit à tous coups fon propos, ainfi qu'il cuidoit deduire fes iuftifications, iufques à frapper par cholere d'vn baftō qu'il tenoit en la main contre terre,& a luy commander à la fin qu'il fe teuft& qu'il fe retiraft. Et come Hegemon luy dit, qu'il pouuoit Juy- mefme eftre bon tefmoin, comme il auoit toufiours loyaument aimé& feruy le peuple, il luy refpondit en courroux, Ne viens point icy mentir fauffement contre moy en la prefence du Roy. Le Roy adonc fe leua de fon fiege,& prenant vne lance en cuida donner à Hegemon, n'euft efté que foudainement Polyperchon l'embraflant par derriere, le retint:& ainfi fe répit cefte audience& affemblee de confeil: mais aufsi toft il y euit des gardes, qui faifirent Phocion& ceux qui eftoyent aupres de luy. Ce que voyans quelques autres de fes amis, qui en eftoyent vn peu loin, s'affublerent le vifage,& s'en fuyrent viftement hors de là: les autres furent menez prifonniers à Athenes par Clitus, non tant pour leur faire& parfaire leur proces, comme on difoit, que pour les executer comme ia condamnez à mort. Encore fut la façon, dont on les mena ignominieufe: car on les traina deffus des chariots tout le long de la grande ruë de Ceramique, iufques autheatre, là où Clitus le tint tant que les magiftrats euffent fait affembler le peuple, fans forclorre de cefte affemblee ny ferf, ny eftrager, ny homme noté d'infamie, ains laiffans le theatre ouuert à tous& à toutes, de quelque condition qu'ils fuffent,& la tribune aux harangues libre à quiconque vouloit parler contre eux.Si fu rent premierement les lettres du Roy leues publiquemēt, par lef quelles il mandoit au peuple, qu'il auoit bien trouué ces crimi nela a ce, il le vous fa refpon faire, Non p Phocio feffe v ceux Fir Pou rafa decr pet torta qu'il Ce de Dina WOLT qu'ils s autre Agno notis m lieza A e fait- Le Macedonie's oyent la le Roy mettre de at egale Phocio, dedui PHOCIO N. 413 hels attains& conuaincus de trahyfon, neantmoins qu'il leur en auoit renuoyé le iugement& la conoiffance pour les côdamner, comme à ceux qui eftoyent francs& libres. Adonc reprefenta Clitus ces prifonniers deuant le peuple, là où les gens de bien& d'honneur, aufsi toft qu'ils virent Phocion, baifferent les yeux. contre terre,& fe couurans la face de peur de le voir, fe prirent à plorer, toutesfois il y en eut vn qui fe leuant fur fes pieds dit haut& clair: Seigneurs, puis que le Roy renuoye au peuple le iugement de fi grands perfonnages, il feroit à tout le moins bien raifonnable, qu'on fift retirer de cefte affemblee les ferfs,& les eftrangers qui ne font point bourgeoys d'Athenes. Mais la commune ne le voulut point confentir, ains fe prit à crier qu'on deHoit charger fur ces trailtres ennemis du peuple, qui luy vouloyét ofter l'authorité fouueraine pour la donner à vn petit nombre de tyrans, tellement qu'il n'y eut plus perfonne qui ofaft parler pou Phocion. Mais ayat difficilement& à grande peine obtenu audiéce, il leur demanda, Seigneurs Atheniens, comment nous voulezvous faire mourir, iuftement, ou iniuftement? Quelques vns luy refpondirent, Tuftement. Et coment, repliqua- il, le pouuez- vous faire, fi vous ne nous oyez premierement en nos iuftifications? Non pour cela encore ne peurent- ils auoir audience. Et adonc Phoció s'approchant de plus pres, leur dit: Bien, Seigneurs, ie cofeffe vous auoir fait tort,& que les fautes que i'ay faites en l'adminiftration de voftre chofe publique, meritent la mort: mais ceux- cy qui font auec moy, pourquoy les voulez- vous faire mourir, attendu qu'ils n'ont rien forfait? La commune luy refpondit, Pource qu'ils font tes amis. Cefte refponfe ouye, Phocion fe retirafans plus dire vn feul mot. Et l'orateur Agnonides tenant vn decret tout efcrit, le leur au peuple, par lequel eftoit porté, que le peuple iugeaft à la pluralité de fes voix, fi ces prifonniers auoy ét forfait contre la chofe publique, ou non:& là où il feroit d'aduis qu'ils euffent for fait qu'ils fuflent tous executez à mort. Quand ce decret fut leu, il y en eut, qui crierent tout haut, qu'on adiouftaft dauatage à ce decret, que Phocion auant que d'eftre executé, fuft premierement gehenne:& de fait commanda- on, qu'on apportaft la roue à donner la torture,& qu'on fift venir les bourreaux: mais Agnonides voyant que Clitus mefme eftoit mal content de cela,& auec ce, penfant que ce feroit vne cruauté barbare & deteftable, dit tout haut, Quand vous aurez entre vos mains vn tel pendart comme Callimedon, Seigneurs Atheniens, alors vous le ferez gehenner: mais contre Phocion, ie ne fauroye en eftre auteur. Adonc il y eut quelque homme d'honneur en la compagnie qui adioufta, Tu fais bien, Agnonides, de dire cela: car fi nous donnons la gehenne à Phocion, que te deurons- nous faire à toy? Ce decret eltant authorifé,& fuyuant la teneur d'iceluy, le iugequ'il ilfe ouuoit loyau ut, Ne fence du lance en Polyperite auardes, e que loin les tang DOLLS con, chathea fem eftri queni tri 414 PHOCION. ment mis à la pluralité des voix du peuple, il n'y eut pas vn en Yaffemblee qui demeuraft afsis, ains fe leuerent tous,& la plus part mirent encore les chapeaux de fleurs fur leurs teftes, pour Paffection qu'ils auroyent de condamner ces prifonniers à mort. Il y auoit auec Phocion, Nicocles, Thudippus, Hegemon& Py. thocles: mais Demetrius le Phaierien, Callimedon& Charicles furent aufsi abfens condamnez à mourir. Ainfi l'affemblee finie furent les condamnez conduits en la prifon pour y eftre executez, là où tous les autres ambraffans pour la derniere fois leurs parents& amis qu'ils trouuoyent par le chemin, alloyent plorant & lamentans leur miferable fortune: mais Phocion allant d'vn mefme vifage qu'il fouloit faire auparauant eftant Capitaine, quand on le conuoyoit par honneur de l'affemblee iufques en fa maifon, efmouuoit à grande compafsion les coeurs de plufieurs, quand ils alloyent confiderans auec admiration la conftance& force de courage qui eftoit en luy:& au côtraire aufsi y en auoitil d'autres fiens ennemis& mal- vueillans, qui couroyent au plus pres qu'ils pouuoyent de luy pour luy dire vilenie, entre lefquels y en eut vn qui Pallant aborder par deuant, luy cracha au vifage:& adonc Phocion fe tournant deuers les Magiftrats leur dit, Ne ferez vous meshuy ceffer l'infolence de ceft homme? Quand ils furent en la prifon.Thudippus voyant la ciguë qu'on leur brayoit pour leur faire boire, fe prit à l'amenter& à fe tourmenter defefperément, difant qu'on le faifoit à grand tort mourir quand & Phocion, Comment, luy refpondit Phocion,& ne le prens- tu pas à grand reconfort, qu'on te fait mourir auec moy? Et comme quelqu'vn des afsiftans luy demandaft s'il vouloit mander aucune chofe à fon fils Phocius: Ouy certes dit- il, c'eft qu'il ne cerche iamais à venger le tort, que me font les Atheniens. A donc Nicocles, qui eftoit le plus fidele de fes amis, le pria de luy permettre, qu'il beuft le poifon premier que luy Phocion luy refpondit, Tu me fais vne requefte qui m'eft bien douloureufe& bien griefue, Nicocles: Mais pource que iamais en ma vie ie ne te refufay rien, encore te concede ie maintenant à ma mort ce que tu me demandes. Quand tous les autres eurent beu, il fe trouua, qu'il n'y auoit plus de cigue,& dit le bourreau, qu'il n'en brayeroit plus d'autre, fi on ne luy bailloit douze drachmes d'argent, pource qu'autant luy en couftoit la hure, de forte qu'on demeura long temps en ceft eftat, iufques à ce que Phocion mefme appellätl' vn de fes amis, luy pria de bailler à ce bourreau ce peu d'argent qu'il demandoit, puis qu'on ne peut pas feulement mourir à Athenes pour neant, fans qu'il coufte de l'argent. C'eftoit le dixneuuieme iour du mois de Mars, auquel les Cheualiers ont accou ftumé de faire vne procefsion en l'honeur de lupiter, mais les vns ofterem les chapeaux de fleurs qu'ils deuoyet porter fur leurs teMes,& les uant, fe pouille rancun crilege fert pa le- la me: to firent té hors d'allum dequoy Mais va de gaig bailla, p nant di me Me funera où le vuide de ref dedans fon fo met les en c ne h celu dequ rent rent d Celtu TRUS L do ar ftes & C Temblet re fois ent plora allant d' Capitaine, s en fa peurs, tance& yen ator elefquels ma au vila leur dit Quand mente quand Excom ilne donc y per luy re ufe& ne te ce que is ouua, rayegent, meura appel eu d'ar mourri Onta PHOCION. 415 ftes,& les autres regardans la porte de la prifon en paffant par deuant, fe prirent à plorer. Si fembla à ceux qui n'eftoyent par def pouillez de toute humanité,& qui n'auoyent pas le iugement par rancune& enuie totalemet depraué, que c'eftoit vn tref- grieffacrilege encótre les dieux, que de n'auoir pas à tout le moins fouffert paffer ce iour- là, à fin qu'vne fefte fi folennelle comme celle- là, ne fuft point pollue ny cotaminee de la mort violente d'home: toutesfois fes ennemis n'ayans pas encore leur ire affouuie, firent ordonner par le peuple, que fon corps feroit banny& porté hors des bornes du pays de l'Attique,& defendu aux Athemes d'allumer feu quelconque pour faire fes funerailles: au moyen dequoy il n'y eut pas vn de fes amis qui y ofalt mettre la main. Mais vn poure homme nommé Conopion, qui auoit accouftumé de gaigner fa vie à cela, pour quelque piece d'argent qu'on luy bailla, prit le corps& l'éporta par delà la ville d'Eleufine,& prenant du feu fur la terre des Megariens le brufla:& y eut vne dame Megarique, laquelle fe rencontrant de cas d'aduenture à fes funerailles auec fes feruantes, releua vn peu la terre à l'endroit où le corps auoit efté ars& bruflé,& en fit comme vn tombeau vuide, fur lequel elle refpandit les effufions qu'on a accouftumé de refpandre aux trefpaffex, mais recueillant les os, elle les porta dedans fon giron la nuit en fa maifon,& les enterra auprès de fon foyer, en difant, O cher foyer, ie depofe en ta garde ces reliques d'vn homme de bien,& te prie que tu les conferues fidelemet pour les rendre vn iour aux fepultures de fes anceftres, quad les Atheniens viendront à reconoiftre la faute qu'ils ont faite en ceft endroit. Il ne paffa guere de temps apres, que les affaires ne fiffent bien fentir aux Atheniens, qu'ils auoyent fait mourir celuy qui maintenoit la iuftice& l'honefteté à Athenes. A raifon dequoy ils luy firent dreffer vne ftatue de cuyure,& en fepulturerent honnorablement fes os aux defpens de la chofe publique:& quant à fes accufateurs, ils en firet eux- mefmes mourir Agnonides, les deux autres Epicurus& Demophilus s'en eftans fuys furent depuis trouuez par fon fils Phocius, qui en fit la vengeace. Ceftuy Phocius n'eftoit au demeurat pas chofe qui guere valuft, mais il deuint amoureux d'vne ieune garçe que nourriffoit vn maquereau,& fe trouuant d'auenture vn iour dedans Pefcole du Lyceum, il ouyt faire vn tel difcours& vn tel argument à Theodorus celuy qui fut fur- nommé l'Atheifte, c'eft à dire, mefcreant, qui nioit qu'il y eut des dieux, Si ce n'eft point de honte de deliurer de feruitude vn fien ami, aufsi n'eft- ce point de honte de deliurer vne fiene anie:& fi ce n'eft point mal fait de tirer de captuité vn fien compagnon, aufsi peu eft ce mal fait d'en tirer vne fiene compagne. Ce ieune homme accommodant ceft argument à fa pafsion,& faifant fon conte que c'eftoit chofe qu'it CATON D'VTIQVE 416 pouuoit faire auec raifon, tira des mains de ce maquignon la ieu ne garce dont il eftoit amoureux. Au demeurant cefte mort de Phocion renouuella aux Grecs la memoire de celle de Socrates, & eftima- on que c'eftoit vne faute& vne calamité toute pareille à la ville d'Athenes. CATON D'VTIQVE. A T .M. I coup a prend comp nott f nairer ont co ficile appr l'ame cela uide aduie pourta malad qui do qu'on pedag dema le po raifor leue A maifon de Caton prit le comencement de fa gloi re& renommee à fon bif- ayeul Caton le Cenfeur qui pour fa vertu fut vn des plus puiflans& des mieux eftimez perfonages de Rome en fon temps, ainfi que nous auons plus amplement efcrit en fa vie,& demeura celuy, duquel nous escriuons prefentement, orphelin de pere& de mere, auec vn fien frere nomme Cæpion,& Portia leur fœur.Seruilia eftoit bien auffi fœur de Caton, mais s'eftoit de par fa mere feulement: mais tous enfemble eftoyent nourris en la maifon de Liuius Drufus leur oncle du cofté maternel, ayant pour lors grande authorité au gouuernement de la chofe publique, pource qu'il eftoit tref- eloquent& fort home de bien,& qui au demeurat en grädeur de courage ne cedoit à nul des Romains. On dit, que Caton désle commencement de fon enfance, tant en fa parole, qu'à fon vifage& en tous fes ieux& pafletemps, monftra toufiours vn naturel conftant, ferme& inflexi ble en toutes chofes: car il vouloit venir à bout de tout ce qu'il entreprenoit de faire,& s'y obftinoit plus que fon aage ne portoit,& s'il fe monftroit rebours à ceux qui le cuidoyent flatter, encore fe roidiffoit- il dauantage contre ceux qui le penfoyet auoir par me naces, il eftoit difficile à efmouuoir à rire,& luy voyoit- on bien peu fouuent la chere gaye, auffin'eftoit- il point cholere, ny propt à fe courroucer: mais depuis qu'vne fois il l'eftoit, on auoit beaucoup ftant Roma Rom vail eft en nes dere aide Cap Cato 21 Vi drea Co par de CO afp COU le t mo glo Cenfeur ans& des efcrit en fa enfemble le du co menent fort ho cedoit de fon eux& inflexi qu'ile portat encore - CATON D'VTIQVE. 417 coup à faire à le rappaifer.Et pourtant quand il commença à apprendre les lettres, il fe trouua dur d'entendement,& tardif à comprendre: mais auffi ce qu'il auoit vne fois compris, il le rétenoit fort bien,& auoit la memoire ferme, comme il aduient ordinairement à tous autres: car ceux qui ont l'efprit prompt& vif ont communément faute de memoire,& ceux qui apprenent difficilement& auec peine, retiennent mieux ce qu'ils ont vne fois appris, pource que l'apprendreeft comme vn efchauffer& alumer l'ame. Mais outre cela, il ne croyoit pas de leger,& femble que cela le rendoit auffi tardifà comprendre pource qu'il eft tout e- uident que l'apprendre eft receuoir quelque imprefsion, dont il aduient que ceux, qui moins refiftet, font ceux qui pluftoft croyer: pourtant font les ieunes plus aifez à perfuader que les vieux, les malades que les fains,& generalement tant plus ce, qui debat& qui doute, eft debile, tant plus eft- il aifé d'y mettre& adioufter ce qu'on veut. Toutefois Caton, à ce qu'on dit, obeyffoit bien à fon pedagogue,& faifoit tout ce qu'il luy commandoit: mais il luy demandoit la caufe de toutes chofes,& vouloit toufiours fauoir le pourquoy: auffi eftoit- ce vn honnefte homme,& qui auoit la raifon plus prompte pour remonftrer à fon difciple, que le poing leué pour le frapper,& s'appelloit Sarpedon. Au demeurant e- ftant Caton encore ieune enfant, les peuples de l'Italie alliez des Romains, pourchaffoyent d'auoir droit de bourgeoyfie dedans Rome, pour lequel prochas Pompædius Sillo, homme de guerre vaillant de fa perfonne,& de grande authorité entre les alliez, eftant particulieremet ami de Drufus, fut logé par plufieurt iours en la maifon, durant lefquels ayans pris familiarité auec ces jeunes enfans, il leur dit vu iour: Or fus mes beaux enfans, incercederez- vous pas pour nous enuers voftre oncle, qu'il nous vueille aider à obtenir le droit de bourgeoyfie, que nous demandons? Cæpion en fe fouriant luy fit figne de la tefte qu'il le feroit: mais Caton ne refpondit rien, ins regarda feulement ces eftrangers au vifage d'vn regard fiché fans ciller. Adonc Pompædius s'addreffant à luy à part: Ectoy, dit il, le beau fils, que dis- tu? ne veuxtu pas prier ton oncle de fauorifer à fes hoftes, comme ton frere? Caton ne refpondit point encore pour cela, ains par fon filence& par fon regard monftra qu'il reiettoit leur priere. A l'occafion dequoy Pompædius l'empoignant le mit hors de la feneftre, comme s'il l'euft voulu laifler aller, en luy difant d'vne voix plus afpre& plus rude que de couftume,& le fecouant par plufieurs fe couffes en l'air au dehors de la feneftre: Promets- nous donc, ou ie te ietteray à bas. Ce que Caton endura,& longuement, fans monftrer de s'effrayer ny s'eftonner de rien. Parquoy Pompadius le remettant à terre, dit adonc, en fe tournant vers ceux qui eftoyent auec luy, O quel heur fera yn tour ceft enfant pour l'Ita ad 418 lie, s'il vit bien nous prent de ce qu'il eft ores enfant: cars'il e- Roit homme, ie croy que nous n'aurions pas vne feule voix en tout le peuple pour nous. Vne autre fois il y eut quelqu'vn de leurs parents, qui faifant le feftin de fa natiuité y conuia plufieurs eu fans,& entre autres Caton. Ces enfans ne fachans que faire en attendant que le foupper fuft preft, fe mirent à iouer pefle mefle grands& petis, en quelque endroit reculé de la maifon, leur ieu, eftoit de reprefenter les plaids, en s'accufans les vns les autres,& de mener en prifon ceux qui eftoyent condamnez: fi y eut vn de ceux qu'on auoit condamnez, beau ieune enfant, qui fut emmené en vne petite chambrette, par l'vn des plus grands garçons. L'enfant fe voyant enfermé, fe prit à crier en appellant Caton: lequel fe doutant bien que c'eftoit, y courut incontinent,& repouffant à force ceux qui fe mettoyent au deuant de luy pour l'empefcher d'entrer dedans la chambre, en tira l'enfant& l'emmena quant& luy tout courroucé en fa maifon,& les autres enfans le fuyuirent aufsi. Si eftoit Caton tant renommé entre les ieunes enfans, que Sylla voulant faire le ieu de la möftre& courfe des enfans à cheual, que les Romains appellent Troie,& les dreffer deuant, à fin qu'ils fuffent plus addroits au iour de la monftre, ayat affemblé tous les ieunes enfans de noble maifon, il leur donna deux Capitaines, defquels les enfans accepterent l'vnà caufe de fa mere, qui eftoit Metella, femme de Sylla: mais ils ne voulurent point de l'autre, combien qu'il fuft neueu du grand Pompeius,& s'appelloit Sextus, ny ne voulurent s'exerciter fous luy, ny le fuyure.Parquoy Sylla leur demanda lequel ils vouloyer donc:& ils crierent tous, Caton:& Sexrus mefme de fon bon gré luy ceda ceft honneur, comme au plus digne. Or auoit efté Sylla ami de leur pere, à l'occafion dequoy il les enuoyoit aucunefois querir& parloit à eux, laquelle careffe il faifoit à bien peude gens, pour la magnificence& hauteffe du magiftrat qu'il tenoit, & de la puiffance qu'il auoit. Et Sarpedon eftimant que cela e- ftoit de grande confequence, pour l'auancement& aufsi pour la fe ureté de fes difciples: menoit ordinairement Caton au logis de Sylla, pour luy faire la cour: mais fon logis en ce temps- là reffembloit proprement à veoir vn enfer ou vne geole, pour le grad nombre de prifonniers qu'on y menoit,& qu'on y gehennoit ordinairement. Caton eftoit defia au quatorzieme an de fon aage, & voyant qu'on apportoit leans des teftes qu'on difoit eftre de perfonnages notables, de forte que les afsiftans foufpiroyent& gemiffoyent de les voir: il demanda à fon maiftre, comment il e- ftoit pofsible, qu'il ne fe trouuaft quelque home, qui tuaft ce tyran- là: Pource, luy refpondit Sarpedon, que tous le craignet encore plus qu'il ne le hayffent. Que ne m'as tu donc, repliqua- il, baillé vne efpee, à fin que ie le tuaffe, pour deliurer noftre pays CATON D' VTIQVE. d'vne Frne f fon vi efton da de feal ques plus dem quil terro en 33 re Ca aux ch quefo eftoit ment temp ftoit mais celle d'rn S licate mon leu enc tad pale bra qu'il en pud ced ils VA pas rep Te c ne facta amatione es was les nezia ya funt, qui grands ga lant Ca continent,& dei poat Fant& Vem s autres en me entre les roie,& les de la mon , lea mais ils ne dgrand einer four fon bong aucunefois en peide renoi cela e- pour la logis de -la ref le grad noit or on aage CATON D'VTIQVE. 419 d'vne fi cruelle feruitude? Sarpedon oyant cefte parole,& voyant fon vifage,& fes yeux pleins de fureur de cholere, fe trouua bien eftonné,& eut depuis l'oeil bien foigneufement fur luy,& le garda de pres de peur que temerairement il n'attentaft quelque cho fe à l'encontre de Sylla. M..s eftant encore petit enfant quelques vns luy demanderent, qui eftoit celuy qu'il aimoit le plus. Il refpondit, fon frere;& comme l'autre continuaft à luy demander, qui apres: il refpondit femblablement, fon frere:& qui le troifieme, fon frere encore: iufques à ce que celuy qui l'interroguoit fut las de luy demander tant de fois Et quand il fut en aage, alors il confirma par effet cefte amitié enuers fon frere: car il auoit vingt ans, que iamais il n'auoit fouppé fans fon frere Cæpion: iamais ne fuft forty du logis pour aller fur la place, ny aux champs fans luy mais fi d'aduenture fon frere fe faifoit quelquefois huyler d'huyles de parfum, iamais luy n'en prenoit:& eftoit en tout le refte de fon viure ainfi auftere& feuere, tellement que fon frere Cæpion, qui eftoit loué de chacun pour la temperance, honnefteté& fobrieté de fa vie, confeffoit, qu'il e- ftoit voirement fobre& temperant à comparaifon des autres: mais quand, difoit- il, ie viens à comparer ma façon de viure à celle de Catonsil m'eft lors aduis, que ie ne fuis point different d'vn Sippius.Ce Sippius eftoit en ce temps là, vn qui pour fa delicateffe,& fa maniere de viure trop molle& effeminee, eftoit monftré au doigt. Depuis ayant efté Caton eflen preftre d'Apol lo, il fe departit d'auec fon frere,& eut fon partage des biens de deur pere, qui monta à la fomme de fix vingts talens:& alors Soixante encore referra- il plus que iamais fa maniere de viure,& s'accoin& douze ta d'Antipater Tyrien, Philofophe Stoique, s'addonnant princi- mille efcus. palemen à l'eftude de la philofophie morale,& politique,& ambraffant l'exercice de toute vertu, auec vne fi grande affection, qu'il fembloit proprement qu'il y fuft pouffé par quelque diuine infpiration: mais fur toute autre vertu, il aimoit la feuerité de iuftice, qui ne flefchit, ny pour grace, ny pour faueur quelconque. Il eftudia auffi& s'exercita a l'eloquence, pour pouuoir parler en public deuant le peuple, voulant qu'en la philofophie ciuile, ne plus ne moins qu'en vne groffe cité, il y euft des forces entretenues pour la guerre: toutesfois il ne s'exercitoit point en prefen ce d'autres: ne n'y auoit iamais perfonne à l'ouyr haranguer quad il s'apprenoit: ains comme quelqu'vn de fes amis l'admonneftaft vn iour, qu'on trouuoit mauuais ce qu'il parloit fi peu en compagnie: C'eft tout vn, refpondit- il, pourueu qu'ils ne puiffent reprendre ma viesie commenceray à parler, quand ie fauray dire chofes dignes de non eftre tues. Ory auoit- il tout ioignant la place. vn palays public, qu'on appelloit vulgairement Bafilien Porcia: pource que Porcius Caton l'auoit fait baftir durant le it eftred pirogen menti tualey dd ij 419 CAT ON D' VTIQVE temps de fa Cenfure: là où fouloyent les Tribuns du peupletenir leur audience:& pourautant qu'il y auoit vne colomne, qui empefchoit les fieges de leur parquet, ils la vouloyent ofter du tout, ou la remuer de là ailleurs. Cela fut la premiere caufe de faire aller Caton mal- gré luy fur la place,& de monter fur la tribuneaux harágues pour leur contredire, là où ayant dóné ce premier effay de fon eloquence& de fa magnanimité, il en fut grandemet eftimé, pource que fon langage n'auoit rien de fard, ny d'affeterie de jeuneffe, ans eftoit roide, plein de fens& de vehemence& neatmoins parmi la briefucté de fes fentences, y auoit vne grace, qui donnoit plaifir aux efcoutans,& fon naturel fe monftrant à trauers graue& venerable leur apportoit ne fay quoy d'affection aggreable, qui les conuio it à rire. Sa voix eftoit pleine, forte,& fuffifante pour fournir à fe faire ouyr d'vn fi grand peuple,& fi auoit vne vigueur& fermeté telle, qu'elle ne fe rompoit, ny ne s'efclatoit iamais: car fouuent il eftoit tout vn iour fans ceffer de parler,& fi ne s'en laffoit point. Mais pour lors ayant gaigné fon proces à l'encontre des Tribuns, il fe remit derechef à garder e- ftroittement filece,& à endurcir fa perfonne aux laborieux exercices du corps, s'accouftumant à fupporter les chaleurs, les froidures& la nege fans couurir fa tefte,& aller en tout temps à pied par les champs, là où fes amis, qui l'accompagneyent alloyent à cheual,& luy s'approchoit tantoft de l'vn tantoft de l'autre, pour deuifer en allant auec eux. Il auoit auffi vne merueilleufe patience& continence en fes maladies: car quand il auoit fieure, il demeuroit feul tout le long d'vn iour,& ne fouffroit que perfonne l'allaft vifiter iufques à ce qu'il fentift vn certain changement de fa maladie,& affeuré retour en conualefcence. Quand il fouppoit auec fes familiers& priuez amis, ils tiroyent au fort à qui choifiroit les parts,& fi le fort de choifir ne luy efcheoit, fes amis neant moins luy differoyent l'honneur de choifir s mais il ne le vouloit pas faire, difant qu'il n'eftoit pas raifonnable, puis qu'il n'agreoit la deeffe Venus. Et du commencement il n'aima pas à tepasa * Ceftoit nir longuement table, ains apres qu'il auoit beu vne fois feulepource que le ment, il fe leuoit: mais depuis il apprit à y demeurer fort longuefort fe tiroit ment, de forte que bien fouuent il y demeuroit auec fes amis touauec desoffe- te la nuit iufques au matin, dont fes familiers difoyent, que les lets, lefquels affaires& occupations pour la chofe publique eftoyent caufe, quand ils fe pource qu'il y vaquoit tout le long du jour, a raifon dequoy n'atrouuoyet a. yant pas loifir d'eftudier, quand la nuit eftoit venue, il prenoit mec le vx.def- plaifir à conferer& difputer auec les gens de lettres& les philoSus, le iect fophes à la table: parquoy come quelquefois en vne compagnie, Memmius euft dit, que Caton ne faifoit qu'yurongner toutes les nuicts, Ciceron prenant la parole luy refpondit, Tu n'y adiouftes pas que tout le long du jour il ne fait que iouer aux dez.En foms'appelloit me.Cat Moyen que po en tout & de p quefte bien f pieds weller gong quine eftant a He coul gent co Cans eh propre que lu l'enga ge de me au fance tract fiança Loir del ceft neffe elque prete impu ilep miere qui fa Tent sear gre cel ym me Con lice me, offerdun le de bare d e premier andemer d'afferere ence& na grace. trant à tra Cafection e port, my ne ans cellerde gaigne fon a garder rieux exer les fro psa pied oyent tre, pour cy pour CATON D' VTIQVE. 420 me.Caton eftimant que les mœurs& façons de viure de fon teps eftoyent fi corrompues,& auoyent fi grand befoin de mutation; que pour aller droit il falloit tenir vn chemin du tout contraire en toutes chofes, pource qu'il voyoit que la pourpre la plus rouge & de plus haute couleur, eftoit eu plus grand pris& plus en requefte, luy au contraire aimoit à en porter de tirant fur le noir:& bien fouuent apres le difner fortoit en public fans fouliers les pieds nuds,& fans faye, non qu'il cerchaft gloire par telles nouuelletez, mais pour s'accouftumer à auoir honte des chofes vergongneufes de foy& deshoneftes feulement,& à mefprifer celles qui n'eftoyent reprouuees que par opinion des hommes. Et luy eftant aduenue vne fuccefsion de cent talens par la mort d'vn fié coufin qui s'appelloit Caton come luy, il la reduifir toute en ar gent contant pour en prefter à qui en auroit à faire de fes amis, fans eh prendre vfure:& y en auoit qui engageoyent pour leur propres affaires au public fes terres& poffefsions, ou fes efclaues; que luy- mefme leur donnoit pour engager, ou bien confirmoit l'engagement puis apres. Au refte quant il péfa eftre arriué à l'aa ge de fe deuoir marier, il fiança Lepida n'ayat iamais coneu fem me au parauant.Cefte Lepida auoit premieremet efté promife& fiancee à Metellus Scipio: mais il la quitta depuis,& en fut le cotract rompu, tellement quelle eftoit toute libre quand Caton la fiança: toutes fois auant qu'il l'efpoufaft, Scipion fe repétit de l'auoir refufee,& fit tout ce qu'il peut pour la rauoir,& l'eut de fait: dequoy Cató fut fi fort indigné,& courroucé, qu'il fut entre deux de l'en pourfuiure par iuftice: mais fes amis l'en deftournerent.A cefte caufe pour contenter vn peu fa cholere& l'ardeur de fa ieuneffe, il fe mit à efcrire des vers Iambiques à l'encotre de Scipio, efquels il luy die toutes les iniures qu'il peut, vfant bien de l'afpreté& amertume qui eft és vers d'Archilochus: mais no impudiques, fales, ny aufsi pueriles reproches qui y font. Depuis il efpoula Attilia fille de Soranus,& fut celle qu'il coneut la premiere, mais no pas feule, come auoit fait Lælius l'ami de Scipios qui fut plus heureux en cela, d'autant qu'ayant vefcu longueméts iamais il ne coneut autre femme que celle qu'il efpoufa premiere ment. Au demeurat la guerre feruile, autremet appellee la guerre de Spartacus eftant efmeue, il y eut vn Gellius, qui fut efleu Prateur pour la conduite d'icelle fous lequel fut Caton de fon bon gré feulement pour l'amour de fon frere Cæpion, lequel auoit en celle armee charge de mille homes de pied: fi ne peut pas Caton y monftrer fon affection de bien faire, ny employer fa vertu, come il eut bien voulu, pour la faute& l'infuffifance du Chef qui conduifoit mal les affaires: neantmoins fe montrant parmi les de lices effeminees& la diffolution trop molle de ceux qui eftoyené en ce camp- là, home reglé en tous fes faits, hardy où il eftoit bepatien perfon gement de Suppon choif is meant evoulon agreoit as a tefeule ngueis tou que les caule voy a pren Les ph pas dd iij des 412 CATON D'VTIQVE, & doux acqueri moins, mour& nemen me me qu'ils foin, affeuré par tout,& homme de bon fens, il fuft eftimé de tous n'eftre de rien moindre que l'ancien Caton, à raifon dequoy le Præteur Gellius luy ordonna plufieurs honneurs& pris de vailla ce, qu'on a accoftume de decerner aux gés de bien, lefquels toutefois il ne voulut pas receuoir, difant qu'il ne s'eftoit rie fait digne de tels honneurs- Ces chofes le faifoyent trouuer homme e- frange:& dauantage ayant efté faite vne ordonance, par laquel leil eftoit defendu à ceux qui briguoyet quelques eftats de la cho fe publique, qu'ils n'euffent és affemblees aucuns protocolles pour feur fouffler aux oureilles les noms des particuliers citoyens, luy I pourfu yu ant vn cftat de Capitaine de mille homes de pied, obeyt à l'ordonnance, s'eftudiant de retenir en fa memoire les noms de tous les particuliers citoyens, pour les nommer& faluër tous par leurs noms, de forte qu'il en eftoit fafcheux à ceux mefmes qui le loucyent: car d'autant que plus ils conoiffoyent com bien eftoyent louables les chofes qu'il faifoit d'autant s'ennuyoyent- ils plus de ce qu'ils ne les pouuoyent imiter. Ainfi eftant efleu Capitaine de mille hommes, il fut enuoyé en la Macedoine deuers le Præteur Rubrius,& dit- on qu'à fon partemét fa femme eftant dolente& efplouree de le voir en aller, il y eut vn de fes a mis Munatius qui luy dit, Ne te foucie, Attilia, ne plore point, car ie te promets que ie te garderay bien tou mary.C'eft bien dit re fpondit Caton. Puis quand ils furent à vne iournee de Rome a pres foupper il fe prit à dire à ce Munatius. Il faut q tu regardes de tenir la promeffe que tu as faite à Attilia, que tu me garderois bien:& pource ne m'abandonne ne nuit ne iour:& commanda à fes gens que de lors en auant ils dreffaffent toufiours deux licts n fa chambre pour y faire coucher Munatius qui eftoit luy- mef e plus toft gardé en iouant par Caton, que Caton par luy.Il me noit quand& luy quinze feruiteurs, deux affranchis& quatre de fes amis, lefquels alloyent à cheual,& luy cheminoit à pied, s'approchant tantoft de l'vn, tantoft de l'autre pour deuifer par le chemin auec eux.Arriué qu'il fut au camp, où il y auoit plufieurs legions Romaines, le Præteur luy donna incontinent la charge de l'vne.Si penfa lors que c'eftoit chofe legere, non pas royale ny magnifique de fe monftrer feul vertueux, attendu qu'il n'eftoit qu'vne feule perfonne: mais il s'eftudia de rendre tous ceux qui eftoyent fous fa charge, femblables à luy Pour à quoy paruenir, 1 ne leur ofta pas la crainte de fon authorité mais il y adioufta la raifon, en leur remonftrant& les inftruifant fur chafque point, accompagnant toufiours neantmoins fes remonftrances de remuneration de ceux qui faifoyent bien,& de punition de ceux qui faifoyent mal, de maniere qu'on n'euft feu dire s'il les auoit rendus plus paifibles, ou plus aguerris plus, vaillas, ou plus iuftes, tant ils fe monftroyent à l'efpreuue rudes& afpres aux ennemis, & doux a ner p Capi Coura quifer le de la point e lance& ceux q uerent à leur ftant qui a foph ia vie Cour de l taire les qu mo dro lite fons tion celt cull arme VE, & pris de r ver hommes nce, parla tats de lad tocolles po citoyens mes de pie emoire les zacumel yent.com nt s'enno Ainfeftant Macedoine de les a point.cat dit re Rome a regardes gardenois CATON D'VTIQVE. 423 & doux& gracieux aux amis, craintifs à mal faire,& promps à acquerir honneur: dont il aduint, que ce de quoy il fe foucioit le moins, fut ce qu'il y gaigna le plus, c'eft à fauoir, gloire auec a- mour& bien- vueillance: car les foldats l'honnorerent fouuerainement,& l'aimerent fingulierement, pourautant que luy- mefme mettoit le premier la main à faire ce qu'il commandoit,& qu'il s'egaloit en fon veftir, en fon viure ordinaire, en fon cheminer par les champs, plus toft aux fimples foldats, que non pas aux Capitaines:& au contraire en gentilleffe de nature, grandeur de courage: vehemence& efficace de parole, furmontoit tous ceux qui fe faifoyét appeller Colonnels& Capitaines. Car le vray zele de la vertu c'eft à dire l'affection de l'imiter, ne s'imprime point és cœurs des hommes, finon auec vne finguliere bie- vueillance& reuerence du perfonnage qui en donne l'mprefsion: mais ceux qui louent les hommes vertueux fans les aimer, ceux- là re uerent bien leut renommee, mais ils ne portent point d'affection à leur vertu, ny n'ont cure de l'imiter.Enuiron ce temps Catoneftant aduerty qu'Athedonorus furnommé Cordilion, perfonnage qui auoit longuement verfé en l'eftude& profefsion de la philofophie Stoique, fe tenoit pour lors en la ville de Pergamum, eftät ia vieil:& ayant toufiours obftinément refufé de s'aller tenir à la cour des Seigneurs des Princes& des Roys qui auoyent recerché de l'auoir aupres d'eux, il penfa bien, que de luy efcrire pour le faire venir deuers luy, ce feroit peine perdue: parquoy ayant par les ordonnances Romaines vacation de deux mois, durant lefquels il pouuoit eftre abfent du camp pour les propres affaires, il monta fur mer pour aller en Afie le trouuer, fe confiant qu'il vien droit à bout de cefte chaffe pour les grandes& vertueufes qualitez qu'il fentoit en foy. Si parla à luy, difputa& combatit de rai fons tellement auec luy, que finalemet il le tira hors de fa refolution,& l'emmena au camp quand& luy, fe refiouyffant plus de cefte victoire,& l'eftimant plus que toutes les conqueftes de Lucullus, , ny celles de Pompeius, qui alloyent lors fubiugant par armes toutes les prouinces& Royaumes de l'Orient. Mais come il eftoit encore en cefte charge de Capitaine de mille homes, fon frere fe preparant pour faire yn voyage en Ade, tomba malade en la ville de Enus au pays de Thrace, dont il fut incontinet aduerty par lettres,& tout foudain, encore qu'il fit fort mauuais& rude temps fur la mer,& qu'il ne peuft promptement trouuer de vaiffeau affez grand pour faire ce voyage feurement, il s'embarqua deffus vne petite nauire marchande de Theffalonique auec deux de fes amis& trois feruiteurs feulement,& s'en fallut bien peu qu'il ne fuft noyé par la tormente toutesfois eftant à la fin efchappé par eftrange aduenture, il arriua vn peu apres que for frere fut trepaffé; la mort duquel il porta vn peu plus patismmée Il me atre de dap par le fieurs harge ale ny eftoit x qui ruenir oufak poin s dem de car tes dous : a à iiij * Quatre mille buit cens escusa 424 me CATON D'V TIQVE. gisen Ph point d' ficiers d premie qu'ils f te, pou point auoit re ent fus fon que ho tefors i O pour mains p par vos qu'il ne fembloit eftre conuenable à vn philofophe: ce qu'il mon ftra, non feulement par le grid dueil qu'il en mena,& les regrets & lamentarios, qu'il en fit, ambraffant le corps mort,& la griefue douleur qu'il en porta en fon coeur, mais aufst par la defpenfe fuperfluë qu'il fit à fes funerailles en parfums, drogues odorantes & fomptueux draps qui furent bruffez auec le corps,& aufsi en la ftructure& fabrique de fon monument, qu'il luy fit faire de marbre Thafsien fur la grande place des Aniens,& coufta a fő* dehuict talens.Il y en auoit qui calonioyent cefte defpenfe, veu fa fobrieté& fimplicité en toute autre chofe, ne cofiderans pas iufques au fond la nayfue boté& charité enuers les ficns, qui eftoit en luy meflee parmy fa roideur ferme& dureté inflexible à l'encontre de voluptez, des craintes,& des prietes illicites& deshōneftes.Plufieurs villes, princes& feigneurs luy enuoyerent adonc force prefens pour honorer les funerailles de fon frere, mais il ne prit argent de pas vn, ains feulement efpiceries& drogues odorantes,& paremens dont on honore les obfeques des trepaffez, encore en paya- il la valeur à ceux qui les auoyent apportees, fans qu'il vouluft neantmoins mettre en ligne de conte pas vn denier de to les frais qu'il fit à ceft enterremét, au parta ge de la fuccefsio de fo frere, qui l'auoit inftitué fon heritier pour egale portio, auec vne fienne petite fille: ce nonobftat, quoy qu'il euft fait,& qu'il fit toutes ces chofes, encore y eut- il quelqu'vn * Cela fem qui efcriuit, qu'il paffa& coula par vn tamis les cedres du feu, ble fe deuoir où le corps de fon frere auoit efté confumé, pour en retirer l'or& entendre de l'argent fondu: ainfi croyoit- il qu'on ne d'euft no plus côtrerolCafaren fon ler ny fyndiquer ce qu'il auoit éfcrit auec la plume, que ce qu'il fiure qu'il ap auoir fait auec l'efpee.Mais apres que le temps de fa charge fut pella Anti- expiré, Caton au partir du camp fut conuoyé non feulement auec Eaton. louanges,& vocus& prieres aux dieux pour fon falut, ce qui eft ordinaire, ains auec ambraffemens, larmes& pleurs infinis des foldats, qui eften doyent leurs veftemens par terre là où il deuoit paffer,& luy baifoyent les mains, ce qui eftoit vn höneur que les Romains alors faifoyent à bien peu de Capitaines generaux.Et voulant auant que s'en retourner à Rome pour fe remettre aux affaires, aller vifiter le pays de l'Afie en partie pour voir à l'œil les mœurs les couftumes& les forces de chacune prouince,& en partie aufsi pour gratifier en ce a au Roy Deiotarus, qui ayat efté hofte& ami de fo pere l'auoit fort requis& prié de l'aller voir en fon pays, il fe mit en chemin,& fit le voyage en cefte maniere: Il enuoyoit deuant dés le matin au point du iour fon boulenger& fon cuifinier au lieu où il deuoit aller coucher, lefquels entrat de dans la ville ou village fimplement& modeftemét, s'enqueroyet s'il y en auoit point quelque hofte, ami ou conoiff nt de Caton, & s'ils n'y en trouuoyent point alors ils luy appreftoyent fon logis fi grati ils aur pas m ce qu de gre Juy ad ua deu en de de b & y cha off cend le ma tenoi 20 il pr 1t VE rogues oda & coulta' ai efte defpen e cofidera kefins, q flexible emoverent ceries& dro bleques des voyent ap de conte tau pana CATON D'VTIQVE. 425 gis en l'hoftellerie, fans en empefcher perfonne:& s'il n'y auoir point d'hoftellerie, alors ils s'addreffoyent aux magiftrats& officiers du lieu, aufğls ils demãdoyent logis,& fe cótentoyent du premier qu'on leur bailloit: mais bien fouuet on ne croyoit pas qu'ils fuffent feruiteurs de Cato,& n'en faifoit- on point de conte, pource qu'il ne menoyent point de bruit,& ne menaçoyent point les officiers, tellemet que Cato arriuoit quelqfois qu'il n'y auoit encore rien de preft,& quad luy- mefme eftoit arriué, enco re en faifoit- on moins de conte, pource qu'on le voyoit affis def fus fon bagage fans dire mot,& pefoit- on q ce deuoit eftre quel que home de baffe& petite qualité, craintif& de petit cœur: tou tefois il les appelloit aucune fois,& leur remöftroit en leur difat, O poures gens, apprenez à eftre plus courtois à receuoir les Romains paffans: ce ne feront pas toufiours des Catos qui pafferont par vos terre,& pourtat aduifez à leur faire tât de courtoisie,& fi gratieux traitemet, que vous rabbatiez la pointe de la licece q ils auront fur vous: car il y en aura beaucoup qui ne demanderót pas mieux que d'auoir quelque couleur pour vous ofter par force ce qu'ils voudront auoir, comme fi vous ne leur auiez pas voulu de gré offrir& bailler.Auquel propos on conte, qu'en la Syrie il luy aduint vn cas pour rire.Ce fut qu'e arriuat à Antioche, il trou ua deuant la porte de la ville grande multitude de gés mefpartis en deux rags deçà& delà de la rue: les ieunes homes à part, veftus de beaux mâteaux,& les enfans à part aufsi en belle ordonance, & y en auoit d'autres veftus de belles robbes neuues, portans chapeaux de fleurs fur leurs teftes, qui eftoy et les preftres ou les officiers de la ville. Caton penfa incontinent que ce fuft la ville qui euft fait faire cefte procefsion pour l'honorer,& en fauoit de fia fort mauuais gré à fes gens qu'il auoit enuoyez deuat, pource qu'ils n'auoyent pas empefché q ceft appareil ne fe fift. Si fit defcendre fes amis: qui l'accopagnoyent, à pied pour marcher quad & luy: mais quand ils fureut tout aupres de la porte de la ville, le maiftre des ceremonies qui conduifoit toute cefte entree,& qui tenoit toute cefte multitude en ordonnance, homme ia tirant fur l'aage, tenant en fa main vne verge& vne couronne, s'addreffa à Caton deuant les autres,& fans le faluer, feulement luy demanda, là où ils auoyent laiff Demetrius,& quad il arriueroit. Ce Demetrius auoit efté ferf de Pompeius,& pourautat que tout le monde lors iettoit les yeux fur le maiftre, le feruiteur en eftoit aufsi honnoré& careffé plus qu'il ne meritoit, à caufe du credit il auoit à l'entour de fon maiẞtre. Les amis de Caton oyas cela s'e prirent fi fort à rire, qu'ils ne fe pouuoyent pas contenir en paffat à travers la multitude de cefte procefsion: mais Caton en ayant fort grande honte, ne fit que dire fur l'heure, O mal heureufe vil le& non autre chofé. Mais depuis quand il le contoit à d'autress tier pour oy qu'il elogyn du feu, cotterol Large fur mavec qui eft is des devoit que les Et aux Pail & en efté oiren iere: ger 426 CATON D'VTIQVE. roit deme les trois h trouua en qui Patte le prioit tout le m ils le va cialeme biens n'e Toutes devang quilyen ou qu'il y penfoit tout feul, il s'en prenoit luy- mefme à rire. Tou tefois Pompeius redreffa bien ceux qui par ignorance failloyer ainfi à honorer Caton. Car eftant arriué en la ville d'Ephefe, Caton alla deuers luy pour le faluer, come celuy qui eftoit plus aagé & en plus grande dignité& plus grande reputation que luy,& qui lors comandoit à vne tres- groffe& trefpuiffante armee mais Popeius l'ayat apperceu de tout loin, n'attendit pas qu'il vint iuf ques à luy, ny ne demeura pas afsis en fon fie gesains fe leuant de bout luy alla au deuant comme à l'vn des principaux perfonnages de Rome,& le prenant par la main apres l'auoir falué& am braffé, dit fur l'heure de grandes louanges de fa vertu en fa prefe ce,& encore dauantage en fon abfence, apres qu'il fe fut retiré, de forte que depuis tout le monde en fit grand conte,& l'eut- on en merueilleufe eftime pour les mefmes chofes qui au parauant le faifoyent mefprifer, quand on vint à confiderer de pres fa clemence& fa magnanimité: ioint que les afsiftans concurent bien euidemment, que le bon recueil, que Pompeius luy faifoit, eftoit careffe d'homine qui le reueroit& obferuoit par vne maniere de deuoir, plus qu'il ne l'aimoit,& apperceurent facilement qu'il luy portoit bien grand honneur tant qu'il fut aupres de luy, neantmoins qu'il eftoit bien aife dequoy il s'en alloiticar il s'efforçoit de retenir tous les ieunes gentils hommes Romains qui le alloyent voir,& defiroit qu'ils demeuraffent aupres de luy, mais il n'en pria nullement Caton, ains comme fi luy prefent, il cuft penfé auoir vn Syndique, qui luy euft contrerollé fon authorité, il fut bien aife de le laiffer aller, luy recommandat fa femme& fes enfans, ce qu'il n'auoit encore fait à nul de ceux qui s'e retour noyét à Rome il est bien vray qu'aufsi luy appartenoit il de quel que parenté. Depuis, toutes les villes par où il paffa, s'eftudierent à l'enuie les vnes des autres, à qui luy feroit plus d'honneur,& luy faifoit on par tout baquets& feftins, efquels il prioit fes amis de auoir l'oeil& prendre garde à luy, s'il confirmoit point vn propos que luy auoit dit autrefois Curion, lequel fe fafchant de voir Ca ton, qui eftoit fon ami& fon familier, ainfi auftere, luy demanda vn iour, s'il auoit point volonté d'aller voir le pays d'Afie apres que le temps de fa charge feroit expiré.Cato luy fit refponfe, que il en eftoit bien deliberé. Tu feras fort bien, luy repliqua Curion: cartu en retourneras vn peu plus gay& plus appriuoifé, que tu n'es. Car il luy vfa d'vn terme Romain, qui fignifie promptement cela. Au demeurat Deiotarus Roy de la Galație, eftant defia fort vieil, l'enuoya femondre de l'aller voir en fon pays, pour luy recommander fes enfans& fa maifon: en laquelle fi toft qu'il fut arriné, ce Roy lay fit de beaux& riches prefés de toutes fortes, le priant& follicitant par tous moyens de les prédre. Cela defpleut tant à Caton,& l'irrita fi fort, qu'y eftant arriué le foir, apres y auois de ce qu jamais au quelque Tant que roit inft come il eut que mieux autre va propre voile, feaux eftoi le p mis feur dilige Poffic tous pour dudit me des hon TQUE -meme gnorance La ville d'E qui eltor fame art pas qu'il sains le lew paux perfon Calue& venen la pro We fieretire ,& fe- on en to parant le de presla de contarerbies failoitsel e maniere d lement o res de lu car il s'ef mains qui le lav, mais ntileuft CATON D'VTIQVE. 427 auoit demeuré vn iour feulement, il s'en partit le lendemain dés les trois heures du iour: mais il n'eut pas fait vne iournee, qu'il trouua en la ville de Pefsinute d'autres prefens encore plus grads qui l'attendoyent auec des lettres de Deiotarus, par lesquelles il le prioit bie inftament de les accepter:& s'il n'en vouloit point, à tout le moins qu'il permit à fes amis de les prendre, attendu que ils le valoyent& le meritoyet bien pour toutes raifons, mais fpecialement pour l'amour de luy, de tant plus mefmement que fes biens n'eftoyent point fi grands, qu'il peuft fuffire à tous fes amis. Toutesfois iamais Caton ne leur voulut permettre non plus que deuant, qu'ils en acceptaffent rien, encore qu'il apperceuft bien, qu'il y en auoit aucuns d'entr'eux amollis de defir,& fe plaignas de ce qu'il ne leur en laiffoit prendre: car il leur remonftra, que iamais autrement la corruption& concussion n'auroit faute de quelque honefte couuerture& couleur de prendre:& au demeurant que fes amis auroyent toufiours part aux bies qu'il poffederoit iuftement. Ainfi renuoya- il à Deiotarus tous fes prefens. Ee come il fut preft à s'embarquer pour repaffer à Brundufium, il y eut quelques vns de fes amis, qui l'admonnefterent qu'il valoit mieux mettre les cendres& les os de fon frere Cæpion dedãs vn autre vaiffeau: mais il leur fit refponfe, qu'il laifferoit pluftoft fa propre vie, q de laiffer ces reliques- là:& incontinent fe mit à la voile, là où on dit qu'il paffa en tref- grad dager,& les autres vaif feaux eurent affez cómode trauerfe.Retourné qu'il fut à Rome, il eftoit toufiours ou en fa maifon à coferer de la philofophie auec le philofophe Athenodorus, ou fur la place à faire plaifir à fes a- mis.Puis quand fon teps fut efcheu de demåder vn eftat de Que. fteur, iamais il ne fe mit à le demäder, q premieremét il n'euft leu diligemment les edicts& ordonnances concernantes le fait& Poffice d'vn Quæfteur,& qu'il n'euft particulierement enquis fur tous les poincts, ceux qui en auoyent plus longue experience, pour fauoir en fomme qu'elle eftoit la puiffance& l'authorité dudit office.Si ne fut pas pluftoft inftalé en l'eftat, qu'ily introduyfit vne grande mutation quand aux clercs& miniftres de l'efpargne, lefquels ayans toufiours entre leurs mains les papiers& regiftres des contes,& les edicts fur le fait des finances,& puis ayans à befongner ordinairement fous de ieunes homes qu'on e- lifoit à ces offices de Quæfture, qui auoyét eux- mefmes pour leur ignorance& faute d'experience, pluftoft befoin de maiftres qui les enfeignaffent, que de fuffifance pour redreffer les autres, ils ne leur cedoyent point en authorité, ains cftoyent eux- mefmes les magiftrats, iufques à ce que Caton prenant à bon efciant les matieres à cœur,& ne fe contentant pas d'auoir le tiltre& le honneur de magiftrat feulement, ains en ayant aufsi le fens, le ecur,& la parole, voulut que les clers& greffiers fe portaffent fa femme se retour milde quel dierent ur,& lay amis de propos oir Ca manda apres fe, que ution: que tu teme fia fo 428 CATON D'VTIQVE. liers, il do perfonne ceux qui tairemen auoit ho payer i cuidoye aupara acquisa ceffeurs des man palla rier ment qu core que rien cro mes en efte ord pour tels qu'ils eftoyent, c'eft à fauoir miniftres des magiftrats feulement, leur monftrant& verifiant les mefehancetez qu'ils commettoyent en leurs eftats,& leur enfeignant les fautes qu'ils faifoyent par ignorance. Mais en voyat aucuns audacieux& fuperbes, qui alloyēt flattans& gaignäs les autres Quefteurs pour luy refifter, il en fit condamner le principal d'entr'eux, de male foy commife au partage d'vne fuccefsion entre des colieritiers, & confequemment le fit priuer de iamais pouuoir exercer charge aucune de finaces.Et en mit auffi en iuftice vn autre, le chargeant de falfification de teftament,& Catulus Lutatius fe trouua en iugement pour le defendre, eftant pour lors Cenfeur,& au demeurant perfonnage de tref- grade dignité, no feulement pour l'authorité du magiftrat qu'il tenoit, mais beaucoup plus pour fa propre vertu, pource qu'il eftoit tenu pour l'vn des plus iuftes& des plus hommes de bien qui fuft de fon teps à Rome,& fi eftoit I'vn de ceux qui plus haut louoyent Caton,& le hantoit volontiers pour l'honnefteté de fa vie:& voyant qu'il ne pouuoit defen dre fon homme par raifon, il requit ouuertement, qu'on luy pardonnaft pour l'amour de luy. Caton ne le voulut pas permettre: mais comme il en fift encore plus chaude inftance, il luy dit adoc franchement, C'eft vne honte à à toy, Catulus, attendu que tu es Cenfeur, qui deurois rigoureufement examiner nos vies, de te laiffer ainfi ietter hors du deuoir de ton office, pour gratifier à nos miniftres. Caton ayant prononcé cefte parole, Catulus le regarda bien, comme pour luy refpondre, mais neantmoins il ne luy dit rien, ains fuft ou de courroux, ou de honte, s'en alla tour confus, fans mot dire. Toutesfois l'accufé ne fut pas condamné, car il fe rencontra que les voix des iuges, qui le condamnoyent, eftoyent vne de plus que celles qui l'abfouloyent: mais Marcus Lollius, l'vn des compagnons de Caton en la Quæfture, n'ayant peu afsifter au proces, à caufe qu'il s'eftoit trouué malade, Catulus enuoya deuers luy, le fupplier d'y venir pour aider à ce poure homme:& luy s'y faifant porter dedans vne litiere, apres le iugemét, donna la derniere voix, qui l'abfolut iudiciellement: toutesfois iamais Caton ne voulut, qu'il feruit depuis de greffier, ny ne luy fouffrit pas payer fes gages,& qui pl' eft ne voulut pas co ter la voix de Lollius entre les autres. Ainfi ayant rabaiffé l'audace des greffiers, fcribes& clercs de finances,& les ayant rangez à la raifon, il eut tous les regiftres& papiers à fa volonté dedans peu de temps, pour en faire à fon plaifir,& rendit la chambre des contes plus venerable& plus reueree, que le Senat mefme, de maniere que tout le mode eftoit d'aduis,& difoit, que Caton auoit adioufté à la Quefture la dignité de Confulat.Car trou uant que plufieurs particuliers eftoyent du paffé redeuables à la chefe publique,& la chofe publique auffi à quelques particuliers, conde pour to jeurs p tout le fonne les ap de la cha qu ren com on le Wove les R ce ten re for Cato: Quat ne. enn ne OU VE erder les fa adacie es cobert exercer c re; le cha ius fe tro ler,& a cent pour ,& Gebo mauoit defen on luy pa mermettre dit adoc u que tu dete fier à CATON D'V TIQVE. 429 liers, il donna ordre qu'elle ne fift plus de tort à perfonne,& que perfonne aufsi ne luy en peuft plus faire, contraignant roidemét ceux qui deuoyent, de payer,& payant aufsi próptement& volótairement à ceux à qui il eftoit deu: cellement q le peuple mefme auoit honte de voir payer aucuns, qui s'attendoyent bien de ne payer iamais rie,& à l'oppofite aufsi rembourfer d'autres qui ne cuidoyent iamais rien auoir de leurs dettes. Dauantage plufieurs auparauant apportoyent au bureau des Quæfteurs, des lettres& acquis autremet faits qu'ils ne deuoyer:& bien fouuet fes predeceffeurs auoyet accouftumé de receuoir par grace& par rieres, des mandemens tous faux; mais durant fa Quæfture, iamais il ne paffa rien de cefte forte: car eftant vn iour en doute d'vn mandement qui luy fut prefenté, affauoir s'il eftoit vray& valable, encore que plufieurs tefmoignaffent qu'ouy, il n'en voulut iamais rien croire n'y l'admettre iufques à ce que les Confuls eux- mefmes en perfonne fufsét venus tefmoigner& iurer qu'il auoit ainfi efté ordonné. Ory auoit- il plufieurs à qui Lucius Sylla en fa feconde profcription auoit donne douze mille drachmes d'arget* Douxe pour tefte de chafque citoyen profcript, qu'ils auoyent occis de cens efcus leurs propres mains, lefquels eftoyent bien hays& maudits de tout le monde, come meurtriers& excommuniez, toucesfois perfonne ne leur ofoit courir fus pour en faire la vengeance: Caton les appella tous en iuftice, comme detenans iniuftement l'argent de la chofe publique,& les contraignit de le rendre, leur reprochant en courroux, non fans raifon, la malheurté& mefchanceté qu'ils auoyent commife en ceft endroit. Ils n'eurent pas pluftoft rendu ceft argent, qu'ils furent par autres accufez d'homicide:& come eftat ia condamnez par preiudice, au fortir d'vn iugemēt, on les menoit droit à vn autre, où ils payoyent la peine qu'ils a- uoyent meritee, au grand contentemet& aife finguliere de tous les Romains, lefquels eftimoyent alors voir toute la tyrannie de ce temps là effacee,& Sylla mefine puny. Outre cela eftoit enco re fort agreable au peuple la diligence& afsiduité cótinuelle de. Cato: pource qu'il eftoit toufiours le premier venu au bureau des Quæfteurs,& en partoit le dernier, fans iamais fe lafcher: iamais il ne failloit à pas vne affemblee du peuple, ny a pas vne congregation du Senat, craignant,& ayant foigneufement l'œil à ce que legerement& par faueur on ne remift quelque argent qui feroit deu à la chofe publique, ou qu'o n'otrroyaft rabais aux fermiers, ou qu'on ne fift don d'argent, finon à ceux qui l'auroyent bien& iuftement merité. Ainfi ayat vuidé& nettoyé de calomniateurs, & rempli de deniers la chambre du threfor, il móftra que la cho fe publique pouuoit eftre riche, fans greuer ny faire tort à perfon ne.Il eft vray qu'au commencement de cefte adminiftratio il fut ennuyeux à quelques vns de fes compagnons, pource qu'il leur us le remoins al ne alla tou pent Marcus ayant Catu DOure tou ny SCO Pauran té de cham 記 • 10 430 CATON D'VTIQVE. fembla trop rude: mais à la fin il fut aimé de tous, à caufe qu'il fe foumettoit feul à fouftenir toutes les crieries& mal- vaeillances, qui fe leuoyent contr'eux, pource qu'ils ne vouloyent pas laiffer aller par faueur les deniers de la chofe publique,& leur permettoit d'alleguer pour leur defcharge& excufe enuers ceux, qui les requeroyent& importunoyent de prieres, qu'il leur eftoit impoffible de le faire contre la volôté de Caton. Et le dernier iour de fon magiftrat, ayat efté recóuoyé par tout le peuple prefque, iufques en fa maison, il fut aduerty que Marcellus eftoit dedans la chabr du threfor afsieg& enuironné de plufieurs de fes amis, perfumes d'authorité, qui le preffoyet de faire enregiftrer quelque don d'argent, come eftant chofe deue parle public. Ce Marcellus eftoit fon ami dés& depuis leur enfance,& faifoit tres- bie le deu de fon office, quand il eftoit auec luy: mais quand il eftoit feul, il fe laiffoit aller aux prieres de ceux qui le requeroyent, e- ftant de fi douce nature, qu'il auoit hote d'efconduyre perfonne, & eftoit trop prompt à conceder tout ce dont on le requeroit.Ca ton s'y en retourna tout court,& trouuant qu'il auoit par impor tunité fait enregiftrer cefte donation, fe fit apporter les regiftres, & l'effaça en fa prefence, fans que l'autre dift vn feul mot à l'encontre: puis cela fait, le reconuoya& accompagna iufques en fa maifon,& ne fe plaignit iamais, ny lors, ny onques depuis, de ceft acte- là, ains perfeuera toufiours en fon amitié& familiarité cóme deuant. Mais pour eftre hors de l'office de Quæfture, il me laiffa pas la chabre du threfor fans guet ny garde: car il y faifoit tous les iours afsifter de fes feruiteurs, lefquels redigeoyent par efcrit tout ce qui s'y paffoit. Et luy- mefme ayant recouuré pour le prix * Trois mil& fomme de* cinq talents des liures efquels eftoit compris tout l'eftat du renenu public& de l'adminiftration d'iceluy, depuis le le efcus. temps de Sylla, iufques à l'annee de fa Quæfture, il les auoit toufiours entre les mains, entranttoufiours au Senat le premier,& en fortant le dernier. Et là bien fouuent pendant que les autres Senateurs s'affembloyent tout à loyfis, il s'alloit feoir en quelque coin à part,& y lifoit tout bas en mettant fa robbe au deuant,& iamais n'alloit aux champs és iours qu'il fauoit qu'il y deuoit a uoir affemblee de Senat.Depuis Popeius& fes adherens, voyans qu'il eftoit impofsible de le forcer,& encore plus de le gaigner, à ce qu'il leur fauorifaft és chofes qu'ils pourfuyuoyent iniuftement, alloyent efpians les moyens de le diftraire& diuertir qu'il n'afsiftaft au Senat, en l'empefchat à defedre les caufes de quelques fiens amis,& à vaquer à quelques arbitrages, ou autres tels negoces mais luy s'eftant incontinent apperceu de leur aguet& embufchie, il denonça vne fois pour toutes, à tous ceux, qui fe vou loyent feruir de luy, qu'il ne vaquercitiamais à autres affaires quelconques és jours qu'on tiendroit le Senat: çar il n'eftoit venu à s'ens'entrem comme fa ny fortui liberatio pre exer & auoir goffres peine d en chac edidas de neurs qui Sedieux mencem les pref rentia fo Caton a gne à le de la vi dit que cea ca fuit& c le reput Ja depo aduer mel fes e ble, q Senat diffol recon nateu ami, q que tu em en all pou yer refton ernuer prefque it dedan de fes at trer que Ce Mar and leftoir royent, perionne ueron.Ca mar impor regifres ta Pen es en fa de ceft come elailla lost tour par elcrit CATON D'VTIQVE. 43* à s'entremettre des affaires de la chofe publique pour s'enrichir, comme faifoyent quelques autres, ny pour acquerir reputation, ny fortuitement& par cas d'aduenture: ains ayant par meure deliberation choify l'entremife du gouuernement, comme le propre exercice d'vn home de bien, il eftimoit eftre tenu d'y vaquer & auoir l'oeil plus fongnenfemet, que ne fait l'abeille à baftir fes goffres de cire où elle fait le miel: à l'occafion dequoy il mettoit peine de recouurer par le moyé de fes hoftes,& amis, qu'il auoit en chacune prouince de l'empire Romain, les principaux actes, edicts, decrets, fentences& ingemens plus notables des gouuerneurs qui les regiffoyent.Il s'attacha vne fois à Publius Cllius, feditieux harangueur, qui alloit fufcitant& efmouuant des commencemens de grades nouuelletez, en accufant enuers le peuple les preftres& les religieufes Veftales, entre lefquelles Fabia Terentia fœur de la femme de Ciceron fut appellee en iaftice: mais Caton ayant pris leur protection& defente, fit fi grande vergongne à leur accufateur Clodius, qu'il le contraignit de fortir hors de la ville: dequoy Ciceron luy rendant graces, Caton luy refpodit que c'eftoit à la chofe publique à qui il en falloit rendre grace, à caufe que c'eftoit pour l'amour d'elle feule, qu'il difoit, faifoit& cofeilloit toutes chofes, à l'occafion dequoy il vint en telle reputation, que quelquefois en vn plaidoyer, où on alleguoit la depofition d'vn feul tefmoin, l'aduocat plaidant pour la partie aduerfe, dit aux iuges, qu'ils ne deuoyent aucunement adioufter foy entiere au dire d'vn feul tefmoin, quand bien ce feroit Caton mefme:& eftoit ia vn commun prouerbe, quad on parloit de chofes eftranges& mal- aifees à croire, de dire, Cela n'eft pas croya ble, quad ce feroit Cato mefme, qui le diroit. Et come vn iour au Senat quelque perfonnage de mauuaife reputation, fuperflu& diffolu en defpence, euft fait vne longue harágue à la louange& recomandation de fobrieté, téperance& efpargne, il y eut vn Senateur notné Amnæus, qui ne fe peut tenir de luy dire, Dea, mon ami, qui penfes- tu, qui puiffe plus auoir la patiéce de t'ouyr, veu que tu tiens table come Craffis, tu baftis come Lucullus,& nous prefches come Caton? Aufsi appelloit- on comunement, par maniere de moquerie, Catós, ceux qu'on voyoit graues& feueres en paroles,& en faits defordonnez& vicieux. Plufieurs de fes amis l'incitoyet& admoneftoyét de demäder l'office de Tribú du peuple, mais il n'e fut pas d'aduis pour lors, difat qu'il ne falloit pas employer ny dependre la puiffance d'vn tel magiftrat& de fi grà de authorité, no plus que d'vne forte medecine, finon en temps& en chofes neceffaires:& y ayant vacatio publique d'affaire il s'en alla à l'esbat en la Lucanie, où il auoit des maifons d'afiez plaifant feiour, menant quant& luy force liures,& des Philofophes pour luy tenir compagnie, mais par le chemin il rencontra force lepris tout puis le & es es Se elque ,& ans ner, fte qu que! este 432 CATON D'VTIQVE. fommiers grande quantité de bagage,& vn gräd train de perfon nes: il demanda que c'eftoit,& on luy dit c'eftoit Metellus que Nepos, qui retournoit à Rome pour demander le Tribunat. Si fe arrefta tout court,& apres auoir penfé vn petit en foy- mefme, co manda à fes ges qu'ils retournaffent en arriere. Dequoy fes amis eftans esbahis, il leur refpondit, Ne fauez- vous pas, que Metellus de foy- mefme eft à redouter pour fa folie?& maintenat qu'il vient auec l'inftruction de Pompeius, il fe ruera à travers les affaires, comme foudre qui gaftera tout; à cefte caufe n'eft- il pas maintenant faifon d'aller à l'esbat, ny de fe donner du bon teps, ains aut là vaincre ou mourir honnorablement pour la defenfe de la liberté: toutesfois à la perfua fió de fes amis, il alla premierement vn tour iufques en fa maifon des champs, là où il n'arrefta gueres, ains s'en retourna incontinent à Rome. Et y eftant arriué vn foir, dés le lendemain matin il defcendit fur la place, demandant& pourfuiuat l'office de Tribun du peuple, expreffemét pour refifter aux entreprises de Metellus, à caufe que ce magiftrat- là à beaucoup plus de puiffance d'empefcher, que de faire: car fi tous les autres d'vn accord auoyet arrefté vne chofe enfem ble,& qu'il y en euft vn feul qui s'y oppofaft, le feul oppofant l'e. porteroit par deffus les autres. Or n'eut- il pas du comencement grand nombre de fes amis autour de luy mais quand on entendit Pintention pour laquelle il faifoit lors cefte pourfuitte, tous les gens de bien incôtinent fe rengerent à fes coftez, qui le cófirmerét en fa deliberation,& l'encouragerent de la pourfuiure, à caufe qu'il ne faifoit pas tant pour foy, q pour la chofe publique, de demander ceft office en vn tel téps, attendu que l'ayant peu obtenir par plufieurs fois fans difficulté en téps où il n'y auoit point d'affaires, il ne l'auoit point voulu demander, ains s'eftoit referué à le pourfuiure lors qu'il falloit, no fans danger, combattre pour le bien de la chofe publique,& pour la protectió de la liberté.Si dit- on, qu'il y eut fi grande foule de gens qui vindrent pour luy afsifter à fa brigue,& de fi chaude affection, qu'il en cuida eftre eftouffé,& ne penfa iamais arriuer iufques fur la place, pour la preffe du monde qui l'accopagnoit. Ainfi ayant efté declaré Tribu du peuple auec Metellus& d'autres, il apperceut qu'on alloit marchadant& achetat les voix du peuple, quand on vint à l'efle& io des Cófuls,& fit vne harangue, en laquelle il reprit& tanfa afpremet le peuple pour cefte orde& fale marchandife,& à la fin d'icelle protefta auec ferment, qu'il accuferoit& mettroit en iuftice celuy qui auroit baillé argent pour fe faire eflire, exceptant Syllanus feul pource qu'il eftoit fon allié ayant efpoufé Seruilia, qui eftoit fa foeur, car à celuy là ne demanda- il rien: mais il accufa,& fe fit partie formelle contre Lucius Murena, qui par argent auoit tant fait, qu'il auoit obtenu le Confulat auec Syllanus.Ory auoit auoitde à l droit prisa ton, tout men min mite efpic ce, o fe auc allout gnatio La Co Philo nions riant auon efte en ho Conf paux ce q Juv tab lad il fe Mais cero ftat Con ce Ca renue feditio me tre en bel clar ៧. បូ រ៉ Depar pag he calen plac ome.Ery uple, ule que p mer, que ne choles CATON D' VTIQVE. 4: 3 auoit- il vne ordonnance, qui permettoit à l'accufé de döner garde à l'accufant pour voir ce qu'il propoferoit,& dont il fe voudroit feruir en fon accufation, afin que l'accufé ne fut point furpris au defpourueu: parquoy celuy que Murena auoit baillé à Caton, pour l'obferuer, le fuyuant par tout,& confiderant de pres tout ce qu'il faifoit, quand il vit, qu'il n'y alloit point cauteleufe ment by malicieufement, ains rondement fuyuant le droit chemin de iufte accufateur, il en eut fi grande fiance en la magnanimite& fimple bonté du naturel de Caton, que fans autrement le efpier, il ne luy faifoit que demander à luy- mefme, ou fur la place, ou en fa maifon, fi ce jour- là il auoit deliberé de procurer cho❤ fe aucune d'appartenance a l'accufation: s'il difoit que non, il Pen alloit, luy adiouftant pleine foy. Quand ce vint au iour de l'afsignation que la caufe fut plaidee, Ciceron qui eftoit cefte anneefur la Conful, en defendant Murena fe moqua fi plaifamment des Phuofophes Stoiques,& de leurs eftranges& extrauagantes opinions, qu'il en fit rire les iuges, de forte que Caton mefme fe fouriant, dit à ceux, qui eftoyent autour de luy: Voyez que nous auons vn plaifant Conful, qui fait ainfi rire les gens. Mais ayant loppola efté Murena abfous en ce iugement, il ne fe porta point depuis comence en homme mauuais ny eftourdi vers Caton, ains tant que fon md on ente Confulat dura, fe gouuerna toufiours par fon confeil és principaux affaires,& continua de l'honnorer,& future fon confeil, erg ce qui appartenoit au deuoir de fon magiftrat: dequoy Caton luy- mefme eftoit caufe, pource qu'il n'eftoit terrible ny redoutable finon au confeil,& en fes harangues deuant le peuple, pour la defenfe du droit& de la iuftice feulement: car au demeurant il fe monftroit humain, gracieux& benin enuers tout le monde. Mais auant que d'entrer en l'exercice de fon Tribunat, eftant Ciceron encore Conful, il luy aida à bien faire le deuoir' de fon e- ftat en plufieurs autres chofes,& meimement a mettre fin à la coniuration de Catilina, qui fut vn tref grand& tref- bel a& te: car ce Catilina machinoit vn remuement vniuerfel, pour ruiner& renuerfer fans deflus deffous toute la chofe publique, excitant des feditions ciuiles au dedans,& des guerres ouuertes au dehors, dont eftant conuaincu par Ciceron, il fut contraint de fe fauuer hors de Rome: mais Lentulus, Cethegus& plufieurs autres com plices de cefte coniuration, blafmãs Catilina d'aller trop lafchement& trop froidement en befongne, auoyent de leur cofté entrepris de brufler toute la ville de Rome entierement,& mettre en cobuftion tout l'empire Romain par guerres eftrangeres& reefirebellions de nations& prouinces foraines: mais ayant efté leur coefponfpiration defcouuerte, ainfi que nous auons plus amplement dete, tous ule cófir urfuiure, publiq avant il n'y windrpt Filenp la place efte ded ceut q don vi il repl mandile met claré en la vie de Ciceron, la chofe fut mife au iugemét du Senat pour fauoir ce qui en deuoit eftre fait:& là Sillanus, à qui preg ce j 434 CATON D' VTIQVE. mier fut demandee fon opinion, dit, qu'il eftoit d'aduis, qu'on leur deuoit faire fouffrir peine extreme,& confequemment tous ceux qui opinerent apres luy furent de mefme aduis, iufques à Cæfar, lequel eftant perfonnage bien parlant,& qui defiroit nourrir& & entretenir pluftoft qu'efteindre tous remuëmens, feditions & changemens en la chofe publique, comme matiere propre à ce qu'il auoit de longue main proietté en fon entendement, fit vne harangue pleine de douces paroles attrayantes, en laquelle il remonftra que de faire ainfi mourir ces perfonnages, fans qu'ils fuffent iudiciellement condamnez, il ne luy fembloit nullement raifouable, ains que pluftoft on les deuoit tenir en prifon. Cela changea tellement les opinions du refte des Senateurs, pour la crainte qu'ils eurent du peuple, que Sillanus mefme r'abilla fon opinion,& dit, qu'il n'auoit point entendu, qu'on les deuft faire mourir, ains les retenir en prifon fermee, pource que l'extreme peine à vn citoyen Romain eftoit la prifon. Ainfi eftans les opinions changees,& inclinans les autres Senateurs en la plus douce& plus humaine fentence, Caton fe leuant quand ce fut à luy à dire fon opinion, commença en courroux auec vne grande force d'eloquence à reprendre griefuement Sillanus de s'eftre changé,& à picquer afprement Cæfar, qui fous vne apparence populaire,& fous couuerture d'vn parler doux& gracieux, alloit ruimant la chofe publique& intimidant le Senat, là où il deuroit a- uoir grande peur,& fe reputer bien- heureux, s'il fe ponuoit fauuer, qu'on ne s'attachaft à luy- mefme, pour les occafions de l'en foupçonner qu'il donnoit, en voulant ainfi manifeftement rauir d'entre les mains de la iuftice des traiftres ennemis de la chofe publique,& monftrant de n'auoir aucune pitié ny compafsion de la ville de fa naiffance, fi noble& fi grande qui auoit efté fi pres de finale extermination, ains pluftoft regreter& lamenter la fortune de ces mal- heureux hommes- là, qui ne deuoyent iamais auoir e- fté nez,& la mort defquels preferuoit Rome de meurtres, maux & dangers infinis. Il n'eft demeuré que cefte harangue feule, de toutes celles que fit onques Caton, parce que Ciceron auoit ce iour là attitré des clercs, qui auoyet la main fort legere, aufquels, il auoit davantage enfeigné à faire certaines notes& abbreuiations, qui en peu de traits valoyent& reprefentoyent beaucoup de lettres,& les auoit difpofez çà& là en diuers endroits de la falle du Senat: car on n'vfoit point encore lors,& ne fauoit- on, que c'eftoit de Notaires, c'eft à dire, d'efcriuains qui par notes de lettres abbregees figurent toute vne fentence, ou tout vn mot, comme on a fait depuis:& dit- on, que ce fut lors premier, qu'on commença à en trouuer la trace.Si le gaigna lors Cato,& fit tellement tourner les opinions, que ces hommes furent condamnez à mourir. Et pour ne rien omettre de ce qui peut feruir à reprefenter au au vif Hit que ce i ion de luy Roit attent Papier à C calomnia manderen & clair: pa guere loin tre d'amour foit amoure Larea luy d propos, que Caton lia, c comm Cafar: ma plus difam miers per la fin par d encore plu me nette of Contra lefponfa anoir efte celte par Come fat telle tie fur v plufieurs aust que tres.come home de milier de indre pa ade luv blasti hom chole de fon re prope ment, t quelle il squ'ils fi lement ra on. Cela pour la bila for dent faire e Pextreme ans les plus d e fut à lug rande fortre chan populai out ru eurostaoit fau ons de l'en ment rati chofe pu de la fores de fortune aloiremaux ale, de oit ce fquels reunaucoup s de la uoit- 00 notes de TE 20 CATON D' VTIQVE. 435 eer au vif l'image de fon naturel iufques aux moindres indices, on dit que ce iour- là y ayant grand debat& fort vehemente contention de luy à l'encontre de Cæfar tellement que tout le Senat e- ftoit attentif à les regarder& ouyr, on apporta de dehors vn petit papier à Cæfar. Ce que Caton tira incontinent en fufpition,& l'en calomnia tant, que plufieurs des Senateurs s'en emeurent& comanderent que ce qui eftoit efcrit en ce papier fuft leu tout haut & clair: parquoy Cæfar tendit la lettre à Caton qui ne feoit pas guere loin de luy. Caton l'ayant leue trouua, que c'eftoit vne lettre d'amour que fa fœur Seruilia efcriuoit à Cæfar, dont elle e- ftoit amoureufe, ayant efté par luy corrompuë: fi la reietta à Crefar en luy difant, Tien yurongne:& cela fait, fe remir à continuer le propos, qu'il auoit parauant commencé. En fomme, il femble que Caton a efté peu heureux du cofté des femmes: car cefte Seruilia, comme nous auons dit, eut mauuais bruit pour l'amour de Cæfar: mais l'autre Seruilia, qui efloit aufsi fa fœur, fut encore plus diffamee, pource qu'eftant mariee à Lucullus l'vn des premiers perfonnages de Rome, dont elle auoit eu vn fils, elle fut à la fin par luy chaffee& repudire pour fon impudicité:&, qui eft encore plus honteux, fa propre femme Attilia ne fut pas elle- mefme nette de tel vice: car combien qu'il en euft eu deux enfans, il fut contraint de la repudier, tant elle fe gouuernamal:& depuis il efpoufa la fille de Philippus nommee Martia laquelle femble auoir efté fort honnefte Dame. C'eft celle de qui on parle tant.Car cefte partie en la vie de Cato, ne plus ne moins qu'en vne fable ou Comedie, eft difputable& bien mal- a fee à foudre: mais la chofe fut telle, ainfi que l'efcrit Trafeas, qui en remet la foy& la garentie fur vn Munatius, lequel eftoit familier ami de Caton. Entre plufieurs qui aimoyent& admiroyent les vertus de Caton, il y en auoit qui le monftroyet& le defcouuroyet les vns plus q les autres: come Quintus Hortetius perfonnage de grande authorité,& home de bie, auec lequel defirat eftre no feulemer ami priué& fa milier de Caton, ains aufsi fo allié en quelque forte que ce fuft,& ioindre par quelque affinité toute la maifon de luy à la fiene, tafcha de luy perfuader, qu'il luy baillaft en mariage fa fille Porcia, laquelle eft oit mariee à Bibulus,& luy auoit ia fait deux enfans, pour y femer aufsi, ne plus ne moins qu'en vne terre fertile, de fa femence,& en auoir de la race, luy remonftrant que cela fembloit bien vn peu eftrange de prime face quant à l'opinion des hommes, mais quand à la nature, qu'il eftoit honefte,& vtile à la chofe publique, qu'vne belle& honnefte ieune femme en la fieur de fon aage ne demeuraft point oyfeufe, laiffant efteindre fon aptitude naturelle à conceuoir, ny aufsi ne fafchaft ny n'appourift point fon mary, en luy portant plus d'enfans qu'il n'en auroit de befoin,& qu'en communiquant ainfi les vus aux autres les cc ij * Sept cens cinquante mille efcus. 436 CATON D' VTIQVE. paroles: ma eftoit de m ces de l'em fur affemb ment, ny auoit acco come lu le prier toufiours leua encore mença à au daft anfid des parole toic ce qu' ton chang le fort al auroit v femmes idoines à la generation, à gens de bien& hommes qui en fuffent dignes, la vertu vinft à fe multiplier dauantage,& à s'efpandre en diuerfes familles,& la ville confequemmet à s'en mefler, vnir& incorporer en foy- mefme dauantage par alliances; mais fi dauenture Bibulus aimoit tant fa femme, qu'il ne la vouluft point quitter entierement, il là luy rendroit incontinent apres qu'elle luy auroit fait vn enfant,& qu'il fe feroit conioint par vn plus eftroit lien d'amitié, moyennant cefte communication d'enfans, auec Bibulus mefme& auec luy.Caton fit refponfe, qu'il aithoit bien Hortentius,& auroit bien agreable fon alliance, mais fail trouuoit efträge qu'il luy parlaft de luy bailier fa fille pour en engendrer des enfans, veu qu'il fauoit bien, qu'elle eftoit mariee à vn autre. Adonc Hortentius tournant le propos ne feignit point de luy defcouurir fon affection,& luy demander fa femme, Jaquelle eftoit encore affez ieune pour porter des enfans,& Caton en auoit defia fuffifamment:& fi ne fauroit- on dire qu'Hortentius fift refte pourfuite, à caufe qu'il apperceuft que Caton ne fift conte de Marcia, car elle eftoit lors enceinte de luy: mais tant y a que voyant le grand defir& la grande affection qu'Hortentius en auoit, ne la luy refufa point, ains luy refpondit qu'il falloit donc que Philippus pere de Martia en fult aufsi contēt, lequel entendant que Caton y confentoit, ne voulut point neantmoins luy accorder fa fille, que Caton luy- mefme ne fuft prefent au contract& ftipulant auec luy.Ces chofes furent faites bien long teps depuis, toutesfois pource que ie fuis tombé fur le propos des femmes de Caton, il m'a femblé de hafter ce recit,& le mettre a- uant fon temps en ce lieu. Ayant donc Lentulus& fes confors en la coniuration de Catilina, efté executez à mort, Cæfar pour fe couurir des charges& imputations que Caton luy auoit mis fus au Senat, recourut en la fauue- garde du peuple,& retira autour de foy tous ceux qu'il fauoit, qui auoyent mauuaife volonté,& qui ne demandoyent qn'à renuerfer& gafter tout, en les mutinat & incitant encore plus à ce faire: au moyen dequoy, Caton craiguant que telle maniere de gens ne fufcitaft quelque trouble& combuftion en la chofe publique, fuada au Senat de gaigner le menu populaire qui n'auoit rien, en luy faifant diftribuer quelque bled pour viure: ce qui fut fait:& monta cefte defpenfe par an * douze cens cinquante talens. Cefte largeffe affopit manifeftement les menaces des troubles qu'on craignoit de ce cofté- là. Mais d'vn autre cofté, Metellus entrant en fon Tribunat, faifoit des affemblees& harangues feditieufes, efquelles il mit en avant au peuple vn decret, par lequel eftoit porté que Pompeius fuft au premier iour rappellé auec fon armee en Italie, afin qu'il prouueuft à ce que la chofe publique ne tombaft en incöuenient pour Je danger de Catilina. Ce qui n'eftoit qu'vne couuerture de belles paroles armes en que by bien fai reur, qui mettre to ton, eft Soy po le iou YOUS nance meurs partie d Pefpera dement Prateur ville fe c que c'ef pont pou plore parlo foupp profon ge par al continet conjoint p unication de ponie, qu'ila alliance, fille pou pfignic fans& Caton e qu'Homen Caton ne mais tantya Hortentis falloit lequel en moins luy au conlong teps propos des le mettre conlors en ar pour fe mis fus autour lonté,& mutini on crai uble& gner le quelque par an anifefte cofte- li at, faili ut en aa ejus filia belles CATON D'VTIQVE. 437 paroles: mais le but& l'intention veritable où tendoit ceft edict, eftoit de mettre tous les affaires de la chofe publique& les forces de l'empire Romain entre les mains de Pompeius. Le Senat fut affemblé là deffus, auquel Caton ne parla pas d'entree aigrement, ny de trop grande vehemence contre Metellus, comme il auoit accouftumé de faire à l'encontre de ceux, qui fe deportoyết come luy, ains l'admonnefta doucement& modérément iufques à le prier à la fin& luy haut louer fa maifon, de ce qu'elle auoit toufiours fuiuy le party du Senat& des gés de bien: mais cela efleua encore plus en audace& en gloire Metellus,& fit, qu'il comença à auoir Caton cn mefpris, pource qu'il eftima, qu'il luy cedaft ainfi de peur qu'il euft, tellement qu'il s'oublia iufques à dire des paroles prefumptueufes,& vfer de fieres menaces, qu'il feroit ce qu'il auoit entrepris bon gré mal gré le Senat. Adonc Caton changeat de vifage, de voix& de parole, apres luy auoir para lé fort afprement, en fin protefta roidement, que tant comme il auroit vie au corps, il ne fouffriroit, que Pompeius entraft aucc armes en la ville de Rome. Quoy entendu, le Senat eut opinion que ny I'vn ny l'autre n'auoit le fens bien rafsis, ny le jugement bien fain, mais que les deportemens de Metellus eftoyent vne fureur, qui procedant d'vne extreme malice& mefchäceté, vouloit mettre toutes chofes fans defius deffous,& que ce que faifoit Caton, eftoit vn rauiffement& ecftafe de vertu tranfportee hors de foy, pour vouloir defendre les chofes iuftes& raifonnables.Quad le iour fut efcheu, auquel on deuoit faire paffer ceft edict par les vois du peuple, Metellus ne faillit pas d'auoir fes gens en ordonnance fur la place, force eftrangers, force efclaues& force efcrimeurs à outrance tous en armes, auec ce qu'il y auoit vne bonne partie de la commune qui defiroit le retour de Pompeius, pour l'efperance de quelque mutation,& fi eftoit leur affaire grandement fauorifé& fortifié de la part de Cæfar, qui lors eftoit Præteur.Et à l'oppofite, de l'autre cofté les plus gens de bien de la ville fe courrouçoyent bien auec Caton,& difoyent comme luy que c'eftoit vne grande mefchanceté, mais ils ne luy aidoyent point pourtant: à l'occafion dequoy fes parents& domeftiques en eftoyent en grand foucy& en grande peine, de forte qu'il y en eut qui pafferent la nuit enfemble fans vouloir repofer& fans boire ny manger, pour le danger auquel ils voyoyent fa vie,& mefmement fa femme& fes fœurs ne faifoyent autre chose que plorer& fe tourmenter en fa maifon, là où luy tout au contraire parloit affeurément,& reconfortoit tout le monde:& apres auoir fouppé comme de couftume, il s'en alla coucher& dormit de fort profond fommeil iufques au matin, que Munatius Thermus I'vn de fes compagnons au Tribunat le vint efueiller: fi s'en allerent enfemble fur la place, où ils furent accompagnez de bien peu ee iij 438 CATON D V TIQVE. diment que trouble& aduerfaire fuft ce qu qu'il n'y tribune a efcartez peuple de de perlene de gens: mais ils en trouuerent plufieurs par le chemin qui leur venoyent au deuant, pour les aduertir qu'ils fe tinfent fur leurs gardes. Quand ils furent à l'entree de la place, Caton apperceut incontinent le temple de Caftor& Pollux tout enuironné d'hommes armez,& les degrez tenus& occupez par des efcrimeurs à outrace,& Metellus qui eftoit au plus haut affis pres de Cæfar: fi fe retourna adonc deuers fes amis& leur dit, Voyez quel couard voila, qui cotre vn feul home nud a affamblé tant de gens armez. En difant cela il marcha droit celle part auec Therm³,& s'ouurirent ceux qui tenoyent les degrez pour les laiffer paffer, mais ils n'en fouffrirent monter pas vn autre, encore eut Caton bien à faire à tirer Munatius à mont par la main: monté qu'il fut, il s'en alla droit affeoir entre Metellus& Cæfar, pour les engarder de parler enfemble à l'oureille.Ils ne feurēt ne l'vn ne l'autre que luy dire: mais les gens de bien, qui virent& cófidererent auec admiration le vifage, l'afleurance& le courage de Caton, s'approcherent de plus pres,& par leurs cris l'enhorterent, qu'il ne craignit rien, s'encourageans les vns les autres de tenir bon,& de fe r'allier enfemble pour la defenfe de la liberté commune, en fecourant ceJuy qui combatoit pour elle: fi y eut vn fergent, qui prit en main redict par efcrit, comme pour le lire au peuple.Caton luy defendit de ce faire: parquoy Metellus adonc le prit luy- mefme,& comença à le lire.Caton le luy ofta par force d'entre les mains: neat moins Metellus en fachant le contenu par cœur, ne laiffa pas de Je vouloir prononcer fans efcriture:& Thermus luy mit la main au denat de la bouche pour le garder de parler, tat que Metellus voyant ces deux homes obftinez à l'empefcher par toutes voyes, qu'il ne fit paffer fon edict,& que le peuple calant le voile ferangeoit du cofté de la raifon, il fit figne à fes gens, que quelques fol dats armez qu'il tenoit expres à cefte fin en fa maifon, accouruffent à l'effroy auec grads cris: ce qui fut fait tellement que le peu ple de frayeur s'efcarta, les vns deçà, les autres delà,& ne demoura fur la place que Cato feul, auquel on tiroit d'amot force coups de pierres& de baftons: mais Murena, celuy mefme qu'il auoit ac cufé d'auoir acheté le Confulat, ne l'abandonna point en ce danger, ains le courant de fa longue robbe cria à ceux qui iettoyét des pierres qu'ils euffent à ceffer:& en luy remonftrant le peril, auquel il fe mettoit pour neant fit tant enuers luy, qu'en le tenat toufiours entre fes bras il le retira au dedans du temple de Caftor & Pollux.Et lors Metellus voyant la tribune aux harangues vuide,& fes aduerfaires fuyans de tous coftez hors de la place, cuida bien auoir tout gaigné,& commanda à fes foldats armez, qu'ils fe retiraffent,& luy fe retirant tout doucement en auant, effaya de faire lors pafler& authorifer fon edict: mais fes contraires fe retrenans auffi toft de leurs effroy,& retournäs fur la place recommenserent mune me Bideffus, o marefiltal pernicieux ville de R pourlai & redou & inexp cela o der met fesqu'il ton& de roit qu grand Afie -тер ant dire, qui le faire p douce CO neu de r re de Curl ez quel ca de gens ar & ou er, mais bien à fa den alla derde parler que y dire caduration rochered agnit t rallieren Courant ce rit en main y defen me,& coanseat a pas de e Merellas oyes, ques fol couruf e le peu demoucoups at ac ce danettoyét e peril, le tenat de Caffar gues place, CATON D' VTIQVE. 439 mencerent à crier à l'encontre de Metellus plus fort& plus hardiment que deuant, de forte, qu'il s'en trouua luy mefme en grad trouble& en grade frayeur,& fes adheres auffi, cuidans que leurs aduerfaires euffent recouuré des armes de quelque part,& que ce fuft ce que les fit ainfi fierement retourner contre eux: tellement qu'il n'y eut pas vn qui arreftaft, ains fe tireret tous arriere de la tribune aux harangues.Ainfi eftans, ceux de la ligue de Metellus efcartez, Caton fe prefenta fur la tribune, qui loua grandement le peuple de la bonne volonté, qu'il auoit monftree, en l'enhortant de perfeuerer toufiours de bien en mieuxitellement que la commune mefme fe banda lors contre Metellus:& le Senat a flemblé là deflus, ordonna qu'on fecouruft Caton plus que iamais,& que on refiftaft par tous moyens à ceft edict de Metellus, come eftant pernicieux,& introduifant vne fedition& vne guerre ciuile en la ville de Rome. Quant à Metellus il s'opiniaftroit bien encore à pourfuiure fon entreprife,& ne fe vouloit point rédre, toutesfois à la fin voyant que fes adherens s'eftonnoyet merueilleufement; & redoutoyent la conftance de Caton, comme chofe inuincible & inexpugnable, il s'en courut vn iour foudainement fur la place, là où affemblat le peuple, il allegua plufieurs raifons pour cuider mettre Caton en haine de la comune,& dit entre autres chofes, qu'il fe vouloit tirer hors de la domination tyrannique de Ca ton& de fa confpiration à l'encontre de Pompeius, dont on verroit que bien toft la ville fe repentiroit d'auoir ainfi rebuté vn fi grand perfonnage.Cela dit, il fe partit auffi toft pour s'en aller en Afie faire fes plaintes à Pompeius. Si fut Caton grandemét eftimé pour ce fait, d'auoir ainfi defchargé la chofe publique du pefant fardeau du Tribunat d'vn tel fol,& d'auoir par maniere de dire, desfait en Metellus, la puiffance de Pompeius: mais encore fut- il loué& eftimé dauantage, quand il empefcha que le Senat, qui le vouloit à toute force, ne notaft Metellus d'infamie,& ne Je priuaft de fon eftat: car il s'y oppofa,& pria le Senat de ne le faire point.La commune prit pour vn grand argument de nature douce, benigne& humaine, de ne vouloir point par maniere de dire, fouler aux pieds fon ennemi apres l'auoir abbatu, ny l'outrager apres l'auoir à force vaincu, mais les fages hommes iugerent dauantage, qu'il auoit prudemment& vtilement fait, de ne irriter point Pompeius. Enuiron ce temps retourna Lucullus de la guerre, de laquelle il fembloit que Pompeius luy euft oftéle couronnemét d'entre les mains,& la gloire de l'auoir entierement paracheuee,& fut encore bien pres d'eftre debouté de l'ho neur du triomphe, pour la contradiction que luy fit Caius Memmius, l'accufant de plufieurs cas deuant le peuple, plus en faueur de Popeius, que pour inimitié particuliere qu'il euft à l'encontre de luy Mais Caton, tant pource qu'il eftoit fon allié, attendu qu'i ee iiij 440 CATON D'VTIQVE C de maria jours part fefferent a affinité qu par les e grande f fut caule alliance far& celle pire Rom Har du gou Berture r penus, n'eu augmeta Renir- Au touchat de Pont lieu, Ca à railon recour terres au auoit efpoufé fa fæeur Seruilia, comme auffi pource que le cas en foy luy fembloit inique, refifta à ce Mémius,& fouftint plufieurs calomnies& imputations: fi que finalement eftant retté hors de fon magiftrat, comme d'vne domination tyrannique, encore fit( il tant, qu'il contraignit Memmius de foy partir de fes accufations, & de fuyr la lice. Parquoy Lucullus ayant obtenu l'honneur de l'entree triomphale, s'accointa encore plus que iamais de Caton, eftimant auoit en luy vn grand boulleuart& feur rempar à l'encontre de la puiffance de Pompeius, lequel retournant quelque temps apres glorieux pour fes coqueftes,& fe confiant qu'à la fa ueur de la bien venue il ne feroit refufé de chofe quelcoque, que il demandaft à fes citoyens à fon arriuee, il enuoya deuant requerir le senat de vouloir pour l'amour de luy differer l'election des Confuls, iufques à ce qu'il fuft à Rome, à fin qu'eftant prefent il peut fauorifer la pourfuite de Pifo qui demandoit le Confulat: à quoy comme la plus part du Senat fe laiffaft aller, Caton à l'oppofite y contredit, non qu'il eftimaft cefte remife eftre chofe de tant grande confequence, ains voulant retrencher à Pompeius, toute efperance d'attenter chofes nouuelles& extraordinaires, & fit tellement changer d'aduis au Senat, que fur l'heure mefme il fut debouté de fa requefte. Cela fafcha fort Popeius, lequel s'ap perceuant bien, qu'il auroit Caton pour cetraire en beaucoup de chofes, s'il ne trouuoit moyen de le gaigner, enuoya querir Munatius qui luy eftoit fort familier, par l'entremife duquel il fit demander à Caton deux nieces qu'il auoit preftes à marier, la plus aagee pour luy,& la plus ieune pour fo fils aifné.Les autres difét que ce n'eftoyent pas fes nieces, mais fes propres fill es.Munatius fit le meffage à Caton,& à fa femme,& à fes foeurs, lefquelles defi royent fingulierement cefte alliance pour la grandeur& dignité du perfonnage qui la demandoit: mais Caton fans dilayer, ny autrement en confulter à loifir ains comme piqué, refpödit tout fur l'heure, Retourne, Munatius, retourne deuers Pompeius,& luy di, que Cato n'eft point prenable par le moyen des femmes, non que il n'ait autrement bien chere fon amitié: car là où il ne voudra fai re& pourfuyure que chofes iuftes, il trouuera en luy amitié plus feure& plus certaine que nulle alliance de mariage: mais au demeurant qu'il ne baillera iamais oftages à l'appetit de Pompeius contre la chofe publique, Les femmes furent fur l'heure bié mal contentes de ce refus,& fes amis mefmes blafmerent fa refponfe, come fuperbe& inciuile: mais depuis il aduint que Popeius prasiquant de faire eflire Conful' vn de fes amis, enuoya de l'argés par les lignees pour acheter& corrompre les vois du peuple,& fuft cefte corruption affez notoire, pource que l'argent fut conté dedans les iardins mefmes de Pompeius: parquoy Caton adoc re monftra aux femmes de fa maifon, que s'il fe fut obligé par alliase de ieter fo de Publ ceux yn m & l PH You ordon pour le Co mat co tres S re Phon mais de Ca remparale rant quel coque, qu reque Teleban des Confolat: Cacoma Top Are cholele Ротрешь, ordinares, re meine quels ap coup de Muclifft de rla plas ignite y au out fur Hy di dra fai peius e mal ponfe us pra e larg 448 CATON. D'VTIQVE. ce de mariage à Pompeius, il euft efté contraint d'auoir tous les jours part à l'infamie de te is actes: quoy ente du elles mefmes cofefferent alors, qu'il au it plus fagement fait de refufer vne telle affinité, quelles de la defirer. Toutesfois, s'il faut iuger du confeil par les euen mens des chofes, il me femble que Cato fit vne trefgrande faute de reietter cefte alliance, pource qu'en ce faifant il fut caufe que Pompeius fe tourna du cofté de Cæfar,& prit vne alliance, laquelle venant à conioindre en vn la puiflance de Cafar& celle de Pompeius, cuida ruiner de fond en cóble tout l'empire Romain, à tout le moins changea- elle entierement tout l'eItat du gouvernement de la chofe publique: dont il ne fuft à l'aduenture rien aduenu, fi Caton craignant des legeres fautes de Po penus, n'euft efté caufe de luy en la fler faire de tref- lourdes, en augmétat la puifsace d'vn autre: mais cela eftoit lors encore à ad uenir. Au demeurant Pompeius eftant en debat contre Luculus, touchât certaines ordonnances, qu'ils auoyent faites au royaume de Pont, pource que l'vn& l'autre vouloit, que les fienes euffent lieu, Cato fauorifoit à Lucull', auquel notoiremet on faifoit tort: à raifon dequoy Pompeius voyant, qu'il auoit du pire au Senat, recourut au peuple,& mit en auant l'edict de faire departir des terres aux gens de guerre: mais Caton s'oppofant encore là, fit re ieter fo edict, qui fut caufe que Popeius par defpies'accointa lors de Publius Clodius, le plus feditieux& le plus audacieux de tous: ceux qui fe mefloyent de prefcher lors le peuple:& s'allia auffi en vn mefme teps de Cæfar, dont luy mefme luy en bailla l'occafio & le commencement, pource que Cæfar retournät de fa præture d'Hefpagne, demandoit l'honneur du triomphe,& tout eufemble vouloit auffi briguer& pourfuiure le Cofulat: mais il y auoit vne ordonnance au contraire, car il falloit que ceux qui afpiroyent à quelque magiftrat, fuflent en perfonne dedãs la ville,& que ceux qui afpiroyent à faire entree triomphale, attendiffent au dehors. pource requit- il au Senat, qu'il fuft difpenfé de pouuoir demâder le Confulat par perfonnes interpofees, à quoy la plus part du Senat confentoit: mais Caton y contredifoit,& voyant que les autres Senateurs, inclinoyent à vouloir gratifier à Cæfar, quand ce vint à luy dire là deffus fa fentence, il confuma tout le iour à parler,& engarda par ce moyen que le Senat ne peut rien conclurre: parquoy Cæfar laiffant la pourfuite du triomphe, fe mit à briguer le Confulat,& l'amitié de Pompeius. Si fut eflen Coful,& incontinent apres donna fa fille Iulia en mariage à Pompeius,& ayans fait entr'eux comme vne confpiration à l'encontre de la chofe publique, l'vn mettoit en auant des edicts, par lefquels il pretédoit faire diftribuer des terres aux poures citoyens Romains,& l'autre les defendoit de l'autre cofté Luculus& Ciceron fe bendans auec l'auere Conful, qui eftoit Bibulus, faifoyet tout ce qu'ilspou 445 CATON D VTIQVE. CA on,& auffi on fre le premier blius Clodius Le chaffer hors tes à Catone amollirent tous, excepte Calar elute miere entrep departoit pre ke Terre de i Auquel edi dre par fes Je mener en rien de la fr de difcour de reienter nat s'en alla frans all moyent à l'encontre mais principalement Caton, lequel ayat pour fort fufpe& te cefte alliance de Cæfar& de Popeius, come n'eftánt point faite pour aucune bonne intention, difoit, qu'il ne craignoit pas tant cefte diftribution de terres, comme il redoutoit la recompenfe qu'en demanderoyent ceux qui par tels moyens alloyentalJechans& appaftans le commun populaire.En quoy tout le Senat fut bien de fon aduis,& plufieurs autres ges de bien, qui n'eftoyet pas du Senat fe rangoyent auffi de fa part, s'efbahyffans& fe cour rouçans grandement de cefte eftrange importunité de Cæfar, lequel auec l'authorité Confulaire alloit mettant en auant les mef mes chofes, que fouloyent propofer les plus feditieux& plus infolents Tribuns du peuple, pour gaigner la grace de la commune,& alloit ainfi vilement& lachement mendiant la faueur du menu populaire.Parquoy Cæfar& fes adherens craignas de fi grads aduerfaires, y procederēt par viue force: car premierement il fut ieté fur la tefte de Bibulus, ainsi qu'il s'en alloit en la place, vn plein panier de fient& d'ordure,& ropit- on à force les verges, q les fer ges portoyét deuat luy siufques à ce que finalemet coups de trait volans de tous coftez contre eux,& plufieurs y eftans bleces, tous les autres abandonnerent la place, fuyans à val de route: mais Caton fe retira le dernier, marchant fon petit pas ordinaire,& encore fe retournant fouuent en maudiflant tels citoyens.Si firent les autres, non feulement paffer leur edit par les voix du peuple, tou chant la diftribution de terres aux poures: mais qui plus eft, y firent adioufter, que tout le Senat feroit tenu de iurer, quil ratifieroit le contenu en l'edict,& y tiendroit la main s'il fe trouuoit aucun qui attentaft de vouloir aller au contraire, fous grandes peines à qui refuferoit de prefter ce ferment. Tous les autres Senateurs iurerēt par force, fe fouuenas de l'incöuenient qui eftoit iadis aduenu en cas pareil à l'ancien Metellus lequel fut bany de ' Italie pour n'auoir pas voulu iurer de maintenir& garder vn e- dict femblable: à l'occafion dequoy les femmes fupplierēt en priué auec force larmes Cato, qu'il vouluft vn peu flechir,& iurer: auffi firent fes familiers& amis: mais celuy qui plus le perfuada & le coduifit à iurer, fut l'Orateur Ciceron, qui luy remoftra qà Paduéture n'eftoit- il pas raifonable de vouloir feul defobeyr à ce qui auroit femblé bo& iufte à tous les autres enfemble,& que ce feroit fait en home totalemet infenfé de ce precipiter foy mefme en vn euident peril, pour cuider empefcher vne chofe qui eftoit defia toute faite: mais encore que le plus exreme mal, qu'il y auroit en cela, feroit, s'il abadonoit& laiffoit en proye la chofe publique,( pour le bie de laquelle il faifoit toutes chofes) à ceux qui efpioyet tous les moyés de la ruiner come s'il fuft bié aife de n'e ftre plus en peine de la defendre à l'aduenir: car fi bien Cató, difoit iln'a que faire de Rome, certainemer Rome a à faire de Caton, en effort ma Caron de l il concute honte& melime les main furt, qu gratifica tes les G Tue, Juec anscomb Luy- mef elle, qui are Tri Cha deuot Qui co TE ayons allowed que t yans& de Cala ant les & plus in digitalplace, plein ergesele coups de tri ement for i bleceso temais Ca & enco firent CATON DVTIQVE 441 con,& auffi ont tous fes amis: defquels luy- mefme fe difoit e- ftre le premier, qui en auoit befoin, à caufe que manifeftement Pu blius Clodius par le moyen du Tribunat, dreffoit embufche pour le chaffer hors du pays.On dit, que ces prieres& remôẞtrances fai tes à Catonen priué dedans fa maifon,& en public.fur la place, le amollirent vn peu,& le firent à la fin venir iurer le dernier de tous, excepté Faoni', qui eftoit l'vn de fes familiers amis.Parquoy Cæfar efleué en courage, pour auoir conduit à fin cefte fiene premiere entreprife, mit en auant encore vn autre edict, par lequel il departoit prefque toute la campagne,& tout le pays qu'on appel le Terre de iabeur, aux poures& neceffiteux citoyens de Rome, Auquel edict perfonne ne s'oppofa que Caton:& Cæfar le fit pren dre par fes fergens dedans la tribune mefme aux harangues pour le mener en prifon: mais pour cela il ne flefchit point, ny ne remit rien de la franchife de fon parler, ains en allant continua toufiours de difcourir à l'encontre de ceft edit,& d'admonefter le peuple de reietter ceux qui mettoyent telles chofes en auant. Tout le Senat s'en alla apres luy,& la plus faine partie du peuple auffi, mon ftrans affez par leur trifte filence, qu'ils eftoyent en eux- mefmes defplaifans& courroucez de l'iniure qu'on faifoit à vn tel perfon nage: tellement que Cæfar mefme s'apperceut bien que le peuple en eftoit mal cótent, toutefois il s'opiniaftra attendant toufiours q Caton de luy- mefme en appellaft& priaft le peuple: mais quand il coneut euidemmět, q iamais il ne le feroit, à la fin vaincu de la honte& du deshonneur que ce luy eftoit, il fuppofa& attitra luymefme I'vn des Tribuns du peuple, qui allaft ofter Caton d'entre les mains des fergens. Finalement l'iffue de toute cefte pratique fut, qu'apres auoir bien gaigné le peuple par tels edits& telles gratifications, ils firent decerner à Cæfar le gouuernement de tou tes les Gaules, tant deçà que delà les monts& de toute l'Efclauonie, auec vn exercite de quatre legions,& pour l'efpace de cinq ans, combien que Caton predit& denonçaft affez au peuple, que luy mefme auec fes propres voix logeoit le tyran dedans la forte reffe, qui luy mettroit vniour le pied fur la gorge. Ils firent auffi eflire Tribu du peuple Publius Clodius, quoy qu'il fuft de maifon patriciene, ce qui eftoit expreffement defendu par les loix: mais ce Clodius leur auoit promis, qu'il diroit& feroit tout ce, qu'ils vou droyent pour eux, pourueu qu'en recompenfe il luy aidaffent à chaffer Ciceron hors de la ville de Rome:& dauantage ils firent defigner Confuls pour l'annee enfuyuant, Calpurnius Pafo, pere de la femme de Cafar,& Gabinius Paulus, homme du tout fait à la deuotion,& felon le cœur de Pompeius, comme efcriuent ceux qui conoiffoyent fa vie& fes mœurs, Mais combien qu'ils tinfent la chofe publique fi fermement ambraffee,& qu'ils euffent re duit au deffous d'eux vne partie de la ville pour amour,& l'autre grandes Sehoit iny de priFirer lada 2 угасе que ce elme eftoit ly a hole p fed CA 444 CATON D'VTIQVE. ger, que Pro Caton ne luy Dant de luy le premier na le Roy, grauité& fut vn pe parole ple franchemen ner vne fig tre à tant d de corrupt gaer l'aua me, laqu quand bie bailler, a de s'en r cilier& ftoit com re fon a moifon o derant la par crainte, encore neantmoins redoutoyent- ils toufiours Caton, confiderans qu'en ce qu'ils eftoyent venus au deffus de luy, ce a< uoit efté à toute peine auec difficulté grande,& non fans leur hon te, ayans efté contrains de venir à la force, encore n'en auoyentils iamais cuidé venir à bout. Qui plus eft, Clodius n'efperoit pas pouuoir iamais chaffer ny ruiner Ciceron, tant que Caton feroit prefent:& ourdiffans les moyens de le pouuoir faire, fi toft qu'il fut inftalé en fon magiftrat, il enuoya querir Caton,& luy commença à dire, qu'il l'eftimoit le plus homme de bien& le plus entier qui fuft dedans Rome,& qu'il eftoit preft à le luy monftrer par effet: carlà où il y en auoit plufieurs, qui le requeroyét de leur faire tomber entre mains la commiffion d'aller en Cypre contre le Roy Ptolomæus, il n'eftimoit point, qu'il y en euft d'autre qui ameritaft ceft höneur que luy,& que pour l'affection, qu'il luy pour toit, il luy feroit volontiers ce plaifir. Caton fe prit incontinent à crier, que cela eftoit vne embufche& vne iniure, non pas vn plai fir:& Clodius adonc luy repliqua fierement& fuperbement, Et bien, puis que tu n'y veux donc aller de gré, ie t'y feray aller par force, ce qu'il fit.Car a la premiere affemblee de ville, il luy en fit decerner la commiffion: mais pour y aller il ne luy ordona ne vaif feaux, ny gens de guerre, ny aucuns miniftres, fis on deux Secretaires feulement, dont l'vn eftoit larron& fort mauuais homme, l'autre eftoit vn fuyuant de Clodius:& encore comme s'il luy euft do né peu à faire en Cypre contre Ptolomæus, il luy fit dauantage co mander d'aller puis apres remettre les bannis de la ville de Byzan ce en leurs pays& en leurs biens, afin de le tenir plus longuemět hors de Rome, tant qu'il feroit en fon magiftrat: parquoy fe voyat aftraint de telle neceffité, il confeilla à Ciceron, lequel eftoit defia pourfuyui par Clodius, qu'il n'entraft point en combuftion aucc luy,& qu'il ne iettaft point la ville de Rome en guerre ciuile& en meurtres pour l'amour de luy, ains que pluftoft il s'abfentait pour vn temps, à fin qu'il fuft vne autrefois caufe de preferuer fon pays. Cela fait il enuoya deuant vn fien ami Canidius en Cypre deuers Ptolomæus, pour luy fuader qu'il cedaft fans venir aux armes,& qu'en ce faifant, il n'auoit faute ny de honneur ny de biens, pource que le peuple Romain luy ottroyeroit la Prælature de Venus en la ville de Paphos. Cependant luy demeura en l'ifle de Rhodes à faire fes preparatifs en attendant la refponfe.Mais fur ces entrefaites Ptolomæus le Roy d'Aegypte pour quelque courroux& quelque different, qu'il eut auec fes fuiets, s'eftant parti d'Alexandrie pour s'en aller à Rome, en efperance que Cæfar& Pompeius le remettroyent incontinent auec vne grofle armee en fon royaume, voulut bien en paffant parler à Caton: fi enuoya deuers luy, efperant qu'auffi toft qu'il fauroit fa venue, il le viendroit vifiter. Caton eftoit lors d'aduenture à fes affaires, qui refpondit au mef fager, fut entre fes gens qu'ill auth alors feil d rant re pou qu'on berad neueu ADAL DAC SAMAY tir Va po ca que Camin & Luy & le plures y montre erde leur Cyre contre e qui pas v pla rbement, Et may aller pa illuy ef na ne vai Secretai at do damage co le de Byzan lunguen hidefia auce le& en alt pour mimpays pour Venus Rhodes es entreurroux& Alex Pomp deve CATON D'VTIQVE: 445 fager, que Ptolomæusvinft deuers luy s'il vouloit, ce qu'il fit: mais Caton ne luy allaft point à l'encontre, ny ne fe leua point au deuant de luy, ains le falua feulement tout en la forte qu'il euft fait le premier venu,& luy dit, qu'il s'affift. Cela premierement efton na fe Roy, de voir fous vn fi fimple& fi petit equippage vne telle grauité& fi grade hauteffe és façons de faire de Cato: mais quand il fut vn peu entré en propos de fes affaires,& qu'il entendit vne parole pleine de fens& de fain iugement, par laquelle il le tanfoit franchement,& luy remonftroit l'erreur qu'il faifoit, d'abandonner vne fi grande opulence& felicité royale pour s'aller foumet tre à tant d'indignitez de faire la cour, à tant de travaux,& à tant de corruptions de prefens, qu'il luy conuiendroit faire pour gaigner l'auarice de ceux, qui auoyent credit& authorité dedans Ro me, laquelle eftoit tant infatiable, que le royaume d'Aegypte, quand bien il feroit tout entierement conuerti en argent pour leur bailler, à peine leur fuffiroit à l'occafion dequoy il luy confeilloit de s'en retourner tout court,& de cercher les moyens de fe recon cilier& r'appointer auec fes fuiets, luy difant dauantage, qu'il e- ftoit content de s'y en aller quand& luy pour s'entremettre de fai re fon appointement. Ptolomæus adonc reuenat comme d'vne paf moifon ou d'vne alienation d'entendement en fon bon fens, confiderant la verité en foy,& la profonde fagefle de ce perfonnage, fut entre deux de fuyure fon confeil& l'euft fait, n'euft efté que fes gens l'en deftournerent: mais quand il fut arriué à Rome,& qu'il luy fallut aller faire la cour aux portes de ceux, qui auoyent authorité& qui eftoyent en magiftrat, il foufpira,& regreta fort alors la folie, qu'il auoit faite, comme n'ayant pas mefprifé le con feil d'vn fage homme, ains pluftoft l'oracle d'vn dieu.Au demeurant l'autre Ptolomæus, qui eftoit en Cypre, de bonne aduenture pour Caton fe fit luy- mefme mourir auec du poifon:& pource qu'on difoit, qu'il auoit laiffé groffe fomme de deniers, Caton deli bera de s'en aller en perfonne à Byzance:& enuoya en Cypre fon neueu Brutus, pource qu'il ne fe fioit pas trop à Canidi'. Et apres auoir remis les bannis de Byzace en grace auec les autres citoyés & pacifié tous les differens, qu'ils auoyent enfemble, alors il s'en retourna en Cypre, là où il trouua vne grande& royale richeffe de meubles precieux, comme vaifelle d'or& d'argent, tables, pierreries, tapifferies& draps de pourpre, qu'il falloit tous vendre& en faire argent: il y voulut vfer d'vn extreme foin& diligence, en tirant les chofes iufques aux plus hauts pris qu'elles euffent feu valoir,& affifter à tout, pour tenir conte iufques au dernier denier: pourquoy faire il ne fe fia point aux vs& couftumes de l'ancan: car il auoit tous les miniftres qui s'en entremettoyent pour fufpe& ts, comme les crieurs, les encheriffeurs, iufques à fes propres a- mis:& pourtant parloit- il Juy- mefme à part aux acheteurs qui CATON DVTIQVE. CA Apoffible de along, eftim tant& plus font les gran Caton en ce Comme de ge, qu'il au defquels ch & attachad Y auoit vneb ture la nauir o feroit l'a cepté bien redige par charge, franchis qué au p quand& ques à C tendre le figrand f chofes. T Proloma 446 mettoyent à l'enchere, leur faifant hauffer les pris, de forte que la pluf- part des chofes, qui eftoyent en vente, furēt ainfi eftrouffees. Cela irrita fort fes amis, quand ils apperceurēt, qu'il fe desfioit de eux, mefmement Munatius qui eftoit fon plus familier, lequel en prit vn fi grand defpit, que iamais depuis ne fe cuida r'appailer: de forte qu'au liure que Cafar compofa depuis contre luy, cefte partie de fon accufation eft l'endroit auquel il infifte le plus longuement& plus aigrement. Toutefois Munatius mefme efcrit, que ce courroux n'aduint point par aucune desfiance de Caton, ains plus toft par le peu de refpect que Munatius mefme luy portoit,& pour vn peu de ialoufie, qu'il eut de Canidius: car il a efcrit vn liure des faits& dits de Caton, que Thrafeas a fuyui en fon hiftoire plus que nul autre,& en ce lure il efcrit qu'il arriua en Cypre le dernier, là où on luy bailla va mefchat logis, dont les autres n'auoyet point voulu:& qui plus eft, quand il cuida entrer au logis de Caton, on luy refufa la porte, à caufe qu'il eftoit empefché à embalJer quelque chofe auec Canidius: dequoy s'eftant plaint affez modeftement, encore luy fit- on vne fort rigoureufe refponfe, c'eft à fauoir, Que le trop aimer bien fouuent eft caufe de faire hair, ainfi comme efcrit Theophraftus: comme maintenat, pour ce que tu m'ai mes extrememét,& qu'il te femble, que ie ne fais tel conte de toy, que tu merites, tu te courrouces:& ie te declare, que i'employe Ca nidius plus volontiers que les autres, pource que ie le conois hom me de bon efprit, fidele& experimenté, eftant venu dés le comencement,& ayant, à ce que l'ay peu voir, toufiours eu les mains net tes. Caton auoit premierement dit ces paroles a Munatius de feul à feul: mais depuis il coneut, qu'il les auoit auffi referees à Canidius, à l'occafion dequoy il n'alloit plus foupper comme il auoit accouftumé chez Caton:& eftant appellé au confeil, il ne s'y voulut pas trouuer, tat que Caton le menaça qu'il feroit faifir les meu bles& fon bagage, comme on fait à ceux qui font defobeyffans à iuftice: mais Munatius pour cela ne s'en foucia point, ains remonta fur mer,& s'en retourna à Rome, là où il garda bien longuemēt fon courroux, iufques à ce que Martia, laquelle eftoit encore auec Caton, parla à luy,& ayans tous deux efté couiez de foupper chez vn amy commun nommé Barca, Caton y arriua, que tous les autres eftoyent defia à table,& demanda où il fe ferroit.Barca luy re fpondit, qu'il fe mit la où il luy plairoit,& apres auoir regardé par tout, il dit, le me veux mettre icy aupres de Munatius,& fit vn circuit pour s'y aller mettre, fans toutefois luy faire autre careffe du rant tout le foupper.Ce neantmoins depuis à l'inftance de Martia, qui l'en pria.Caton luy efcriuit qu'il vouloit parler auec luy,& y alla Munatius dés le matin, là où Martia le retint iufques à ce que tous les autres, qui eftoyent auffi venus faluer Caton, s'en fuflent allez,& adonc Caton l'ambrafla,& luy fit toutes les careffes qu'il eft pofment fes bouch uierd bien m toute fa loya cermais la ville chotto lorte po tren ban tout gen E de Soutere la hat appende plus long efcrit, que Caton ains pa roit,& po va lure de hire plus Cple derlogs de Ca che& embal nt allez no onfe, ceta bair inf que tu m'ai te de toy, loye Ca O bom comen mans oct de feal es& Can me lauoit es rou frameu ans à méc chez 24luy re de par Vn Cir areffe du e Marti lup, y es ace CATON D'VTIQVE. 447 eft poffible de faire. Nous auons bien voulu raconter cela vn peu au long, eftimans que ces petites chofes là, faites en priué, donnét autant& plus à conoiftre les mœurs& le naturel des hommes, que font les grandes& faites en public deuant tout le monde. Au refte Caton en cefte fiene commiffion affembla bien iufques à enuiron la fomme de* fept mille talens,& craignant la longueur du voya* Quatre mil ge, qu'il auoit à faire par mer, il fit faire plufieurs petis coffrets, lios deux ces defquels chacun contenoit enuiron douze cens cinquante efcus, mille efcus. & attacha à chacun vne fort longue corde, au bout de laquelle il y auoit vne bien grande piece de liege, à fin que fi par cas d'adueture la nauire venoit à fe rompre, ces lieges monftraffent l'endroit où feroit l'argent au fond de la mer: ainfi fut tout ceft argent, excepté bien peu, conduit à fauneté iufques dedans Rome.Mais ayat redigé par efcrit en deux liures tout ce qu'il auoit fait en cefte charge, il n'en peut fauuer ny I'vn ny l'autre car vn de fes ferfs af franchis nommé Philargyrus en portoit l'vn, lequel s'eftant embar qué au port de Cenchrees, fut noyé,& le liure qu'il auoit perdu quand& luy:& l'autre, luy- mefme l'auoit bien contre gardé iufques à Corfou, là où il fe logea fur la place de la ville, y ayant fait tendre fes tentes: mais les mariniers ayans froid la nuit, firent vn fi grand feu, qu'il fe prit aux tentes,& brufla ce liure entre autres chofes. Toutefois il menoit quad& luy les feruiteurs du feu Roy Ptolomæus, qui de fon viuant auoyent cu en garde& en maniement fes meubles& fes finances lefquels eftoyent pour clorre la bouche à fes enuieux& mal- vueillans qui l'euffent voulu calomuier de quelque chofe: toutefois il ne laifl'a pas de luy en faire bien mal, non qu'il euft foigneufement fait ce proces verbal de toute fon adminiftration pour approuuer fa foy& faire conoitre fa loyauté, ains pour feruir aux autres d'exemple d'exquife diligé ce: mais la fortune luy enuia ceft honneur. Il arriua iufques dedãs la ville de Rome par eau,& fi toft qu'on entendit, qu'il approchoit, tous les magiftrats, les preftres, tout le Senat,& vne bonne partie du peuple fortirent au deuant de luy le long de la riuiere, de forte que les deux riues du Tibre eftoyent toutes couuertes de monde,& fembloit proprement à le voir aufi rebourfer la riuiere, que ce fuft comme vne entree triomphale: toutefois il y en eut qui trouuerent cela prefomptueux& de mauuaife grace, que eftans les Confuls& les Præteurs fortis au deuant de luy, il ne fit point arrefter fon vaiffeau, ains continua de voguer toufiours con tremont l'eau eftant dedans vne galere royale à fix rames pour banc,& n'arrefta onques que toute la flotte ne fuftarriuee au port: toutefois quand on vint apporter à trauers la place Por& l'argent iufques dedans le threfor, le peuple s'esbahit d'en voir vne. fi grande quantité,& le Senat affemblé luy decerna auec treshonnorables paroles yne Prature extraordinaire,& priuilege CATON D' VTIQVE. C preparoyen que Pomper autres fe de Porcia, point depo ftoit pas qu nat& dup la plus fai la puiflice de ce mag grande& t Poccafion 448 d'affifter aux ieux en robbe de pourpre.Caton refufa ces hōneurs, mais il pria le Senat de donner liberté à vn Nicias, maiftre d'hoftel du feu Roy Ptolomæus, tefmoignant le foin, la loyauté& bon ne diligence, dont il auoit vfé en ceft affaire. Philippus pere de Martia eftoit cefte annee- là Conful, de forte que toute la dignité & authorité du Confulat reuenoit à Caton, pour autant que l'autre Conful ne luy faifoit pas moins d'honneur pour fa vertu, que Phi lippus pour fon alliance Au refte, Ciceron eftant retourne de l'exil, auquel l'auoit chaffé Publius Clodius,& à fon retour ayant grand credit, s'en alla vn our au Capitole en l'abfence de Clodius arracher& ofter par force des tables que Clodius y auoit confacrees, efquelles eftoit contenu tout ce qui s'eftoit fait durant le temps de fon Tribunat: furquoy s'eftant le Senat affemblé, Clodius l'accufa de cefte violence& voye de fait Ciceron luy refpondit, que fon election au Tribunat ayant efte faite directement contre l'expreffe prohibition des loix, eftoit nulle,& par confequent tout ce qu'il auoit ou fait, ou dit en iceluy: mais en ceft endroit Caton prit la parole,& fe leuant dit, qu'il eftoit bien d'aduis qu'en toute l'adminiftration de Clodius, il n'y auoit rien eu de fain ny de bon: toutesfois que fi on caffoit& annulloit generalement tout ce qui auroit efté fait fous fon authorité, il feroit force qu'on annul laft auffi tout ce que luy auoit mamé en Cypre, pource que la commiffion, en vertu de laquelle il auroit befongné, ne feroit pas legitime, puis que le magiftrat, qui la luy auoit fait difcerner, a- voit efté induement eflcu.Mais pour eftre Clodius de maifon patricienne, fon election au Tribunat ne venoit point à eftre faite co tre les lois car il eftoit paffe par adoption en vne famille populaire, ce que la loy luy permettoit,& s'il auoit mal verfé en fo eftat, comme beaucoup d'autres, il s'en falloit addreffer à luy pour luy faire reparer fa faute,& s'en prendre a l'homme qui auoit abufé, non pas deftruire l'authorité du magiftrat, qui n'en pouuoit mais & y eftoit intereffé. Ciceron fut mal content de Caton pour cefte contradiction,& defifta bien long temps de luy monftrer figne d'amitié, comme il faifoit auparauant: mais depuis ils fe reconcilierent enfemble par vne telle occafion: Pompeius& Craffus ayas efté parlementer auec Cæfar, lequel à cefte intétion auoit repaflé les monts des Alpes, auoyent arrefté entre eux, qu'ils demanderoyent vn fecond Confulat,& quand ils feroyent inftalez en l'eftat, ils feroyent prolonger à Cæfar fon gouuernement, pour encore autant de temps comme il l'auoit defia tenu,& fe feroyent aufsi bailler à eux- mefines des prouinces les meilleures& les plus grandes, auec de puiffantes armees,& argent pour les entretenir& foudoyer: ce qui eftoit vne manifefte confpiration, pour departir entre eux tout l'empire Romain,& ruinerent er ment la chofe publique. Il y auoit lors plufieurs gens d'honneur, qui fe prepaadmonne trouueroj pour la cr feroyent donner le rent yne s'en alloi Gion, o nauré fig frappa fur d'vn cofte Caton le en le pr liberte Comme & prete tetois a S'enfayt Confuls encore, a teur, afin femble feuft natyqu bent en temps Bettre cout aya eClo Dit cor durant le Clodius bordit, Centre en tout Caton en too y de tout ce annul que la pas er, a- fon pafate co populai tabule out mas ur celte figne CONCI ayas andeenteur enroye Es& lo es eate 449 CATON D'YTIQVE. preparoyent pour demander le Confulat: mais quand ils virent. que Pompeius,& Craffus fe prefentoyent à la pourfuyte, tous les autres fe deporterent, excepté Lucius Domitius, qui auoit efpou fé Porcia, la fœur de Caton à la fuafion duquel il ne fe vouloit point deporter de fa pourfuyte, ny ceder en vn combat, où il n'eftoit pas queftion d'vn magiftrat, ains de la liberté mefme du Senat& du peuple Romain. Si courut incontinent vn bruit parmy la plus faine partie du peuple, qu'il ne falloit pas permettre que la puifface de Pompeius fe ioignit à celle de Craffus par le moye de ce magiftrat, pource que lors elle feroit de beaucoup trop grande& trop forte,& qu'il en falloit pour le moins ofter l'vn: à Poccafion dequoy les bons fe rangeoyent de la part de Domitius l'admonneftans& enhorrans de pourfuyure à bon efciant,& qu'il trouueroit plufieurs de ceux qui n'ofoyent parler ouuertement, pour la crainte de ces deux puiffans perfonnages, qui luy fauoriferoyent fous main au iour de l'eflection, quand ce viendroit à donner les voix.Ce que craignans Pompeins& Craffus, drefferent vne efcarmouche à Domitius le matin auant iour, ainfi qu'il s'en alloit auec des torches au champ de Mars où fe faifoit l'efle@tion, là où le premier qui portoit la torche deuant Domitius, fut nauré fi griefuement, qu'il tomba mort à fes pieds,& apres on frappa fur les autres, qui fe fentans blecez s'enfuyrent, les vns d'vn cofté, les autres d'vn autre, excepté Domitius& Caton: car Caton le retint, combien qu'il fuft luy- mefme blece en yn bras, en le priant de demeurer,& n'abandonner point la defenfe de la liberté à l'encontre des tyrans, qui donnoyent affez à conoiftre comment ils vferoyent de leur magiftrat, puis qu'ils y afpiroyent & pretendoyent par fi mal- heureufes& fi mefchantes voyes; toutefois à la fin Domitius ne voulut plus demeurer en ce peril, ains s'enfuyt en fa maifon. Ainfi furent Craffus& Pompeius declarez Confuls fans contredit: mais Caton pour cela ne fe rendit point encore, ains fe prefenta luy- mefme à demander vn office de Præteur, afin q ce luy fuft à tout le moins come vn fort, pour de là fai re tefte à l'encontre de leur Confulat:& que n'eftant point perfonne priuee, il euft plus d'authorité pour refifter à ceux qui tenoyent les premiers& principaux magiftrats. Mais eux craignas que la Præture pour la reputation de Caton, ne vinft à eftre en authorité& puiffance egale au Confulat, firent premierement affembler à la hafte le Senat, fans que la plus part des Senateurs en feuft rien,& en celle affemblee firent arrefter par decret du Senat, que ceux qui feroyent efleus Præteurs, entreroyent incontinent en poffefsion& exercice de leurs offices, fans attendre le temps prefix& ordonné par les loix, durant lequel on pouuoit mettre en iuftice, ceux qui aurovent acheté à deniers contans les voix du peuple: puis ayans par ce decret forgé vne impunité& liff j 450 CATON D' VTIQVE. letira à bas ne cellalt les paroles Femmena qu'il s'en il recomm loir agor allot per mius n'en p mer en pri & preltant elme cra raint de c cence de mal faire à ceux qui y pretendoyent par tels moyens, ils mirent en auant à cefte brigue quelques vns de leurs ministres, donnans eux- mefmes l'argent pour corrompre le peuple,& prefidents eux- mefmes à l'election: mais nonobftant toutes leurs menees, la vertu& reputation de Caton les furmontoit encore, pource que le peuple luy portoit vne fi grande reuerence, qu'il e- ftimoit que ce feroit vne indignité trop lafche de vendre Caton par fes fuffrages, qui meritoit d'eftre acheté pour le faire Præteur, tellemét que la premiere lignee eftant appellee pour döner fes voix, le declara Præteur: ce que voyant Pompeius, rompit auffi toft l'affemblee de l'election, faignant trop deshontément, qu'il auoit ouy tonner, pource que les Romains ont accouftumé de detefter cela,& ne iamais ratifier rien, quand il furuient quelque tel figne& prodige celefte, mais depuis ils baillerent encore plus d'argent que deuant,& auec cela chafferent les plus gens de bien hors du champ de Mars,& firent tant à la fin par leurs pratiques ,. qu'vn Vatinius fut eleu& declaré Præteur au lieu de Caton:& dit- on, que ceux qui auoyent fi iniquement& fi mefchamment employé leurs voix, comme par vn remors de confcience, s'en en fuy rent incontinent du champ,& les gens de bien demeurerent fort defplaifans du tort qu'on auoit fait à Caton. Il fe trouua là vn des Tribuns du peuple, qui tint affemblee de ville, là où Caton fe tirant en auant, predit haut& clair deuant toute l'affiftance, com me s'il euft efté infpiré de quelque diuin efprit prophecique, tout ce qui eftoit pour aduenir de ces menees à la chofe publique,& irrita les efcourans à l'encontre de Pompeius& de Cæfar en remonftrant, qu'ils fe fentoyent coulpables de tels attétats,& pre tendoyent à faire de telles chofes au maniement des affaires, que ils auoyent craint que Caton ne fuft eleu Præteur, de peur qu'il ne les efclairaft de trop pres, ou qu'il n'empefchaft leurs defleins. Finalement quand il s'en retourna en fa maifon, il fut accompagne luy feul de plus de gens, que ne furent tous les autres enfemble, qui auoyent efté eleus Præteurs. Et comme Caius Trebonius Tribun du peuple euft mis en auant vn edict touchant la diftribution des prouinces aux nouueaux Confuls, que l'vn euft toutes les Hefpagnes& toute l'Afrique,& l'autre toute l'Egypte& toute la Syrie, auec puiffance de faire la guerre à qui bo leur fembleroit, tant par mer que par terre, tous les autres n'efperans pas le pouuoir empefcher ne rien faire à l'encontre, fe deporterent auffi d'y contredire: mais Caton eftant monté fur la tribune aux harangues, auant que le peuple commençaft à donner fes fuffrages, à peine luy voulurent bailler deux heures pour parler, encore à la fin voyans qu'il tiroit la chofe en longueur pour confumer le temps à les prefcher& leur remonftrer ce qui en aduiendroit, als ne le voulurent pluslaiffer dire, ains enuoyerentvn fergent qui le Cato paff les adher mains,& genteng qualius de ton hors d blece furla rurercout par les voix ret en trou mais Cat euft au demand empefch mettoit l cedor pas fupper but des a its prof nables en rete C Padmin lant fou Pratorial dre Can faire Pa mour do mpital ment, qu me de de elque cel core plus de bien pratiques Caron: hammer e, s'en en meurerent ua lava aton fe com ue, tout ique,& far en s ans,& p aires, que meur qu'il deffeins. сотраtres en Trebola diAttouypte& ur fem ans pas ortere bune at Wes fi rlegence CATON D'VTIQVE. 451 le tira à bas par force:& comme neantmoins pour eftre à bas, il ne ceffaft point de crier,& que plufieurs preftaffent l'oureille à fes paroles& s'en efmeuffent, le fergent l'alla encore prendre,& l'emmena hors de la place mais il ne l'euft pas pluftoft lafché, qu'il s'en retourna incontinent vers la tribune aux harangues, où il recommença à crier plus que iamais, enhortat le peuple de vou loir auoir l'oeil à fecourir la liberté de la chofe publique, qui s'en alloit perdue: ce qu'il fit par tant de fois, que finalement Trebonius n'en pounant plus endurer, commanda au fergent de le mener en prifon: mais le peuple s'en alla apres l'efcoutant toufiours & preftant l'oureille à ce qu'il difoit, de maniere que Trebonius mefme craignant qu'il n'en fourdift quelque fcandale, fut conrraint de commander au fergent qu'on le laiffaft aller. Ainfi fit Cató paffer tout ce iour- la fans rie conclurre: mais le lendemain les adherens de la ligue contraire ayans intimidé partie des Romains,& gaigné l'autre par belles paroles& par corruption d'argent, engarda par force d'armes I'vn des Tribuns du peuple A- quilius de fortir hors du Senat, apres auoir ierté violemment Caton hors de la place, pource qu'il crioit, qu'il auois toné,& ayant blecé fur la place mefme plufieurs hommes, dont les vns y moururēt tout fur l'heure, ils firet à la fin paffer leur edict à viue force par les voix du peuple.Dequoy plufieurs eftans irritez, s'en alierét en trouppe pour renuerfer& abatre les images de Pompeius, mais Caton y furuenant les engarda:& comme puis apres on euft aufsi propofe l'edict des prouinces& armees que Cæfar demandoit, Caton ne s'en addreffa plus au peuple pour le cuider empefcher, ains à Pompeius, luy denonçant& proteftant, qu'il fe mettoit luy- mefme fur le col le ioug de Cæfar, dont il ne s'apper ceuoit pas lors, mais que bien toft il luy commence roit à pefer,& s'en trouueroit pris& attaché:& lors quand il ne le pourroit plus fupporter, ny trouuer moyen de s'en depeftrer, il fe reietteroit auec luy entre les bras de la chofe publique,& lay fouuiendroit des admoneftemens de Caton, lefquels n'eftoyent pas moins profitables à Pompeius en particulier, que iuftes& raifonnables en foy. Caton luy fit par plufieurs fois de telles remonfrances: mais Pompeius n'en tint conte, pource qu'il ne pouuoit pas croire que Cæfar fe deuft iamais changer,& qu'il fe fioit trop en fa profperité,& en la grandeur de fa puiffance. Au refte Caton eftant elleu Præteur pour l'anneee enfuyuant, fembla n'adioufter pas tant d'honneur& de dignité au magiftrat enVadminiftrant droitement, que luy en ofter& le raualler, en allant fouuent les pieds nuds& fans faye à fon tribunal,& fiege Prætorial, prefident en tel eftat à des iugemens criminels, où il e- ftoit queftion de la vie de perfonnes de qualité:& difent aucuns qu'il tenoit l'audience mefmes apres difner, ayant beu du vin: ff ij 452 CATON D' VTIQVE. by qui an ne par Ca grande er Pauthori Atrats.Ca dre plus peuple a nuls aut Vaillans dents, ain des autres Heftime force de yne viua mais cela n'eft pas veritable. Au refte, voyant que le peuple Ro main eftoit tout perdu& gafté par les corruptios de ceux qui afpiroyent aux magiftrats,& que le peuple en faifoit defia vn eftat comme de gain ordinaire, pour tafcher à defraciner entierement ce vice de la chofe publique, il fuada au Senat de faire vn ſtatut & ordonnance. Que deformais ceux qui feroyérefleus à quelque magiftrat, s'ils n'auoyent perfonne qui les accufaft, fuffent tenus de s'en venir d'eux- mefmes prefenter en iugemét:& apres auoir prefté entre les mains des iuges le ferment de dire verité, rendre conte& raifon iudiciellement des moyens par lefquels ils feroyent paruenus à leurs offices. Cefte ordonnance le rendit fort odieux à ceux qui briguoyent les offices, de forte qu'vn matin ils s'en allerent en grand nombre au parquet, où il tenoit fon audiece,& fe prirent à crier contre luy, en luy difant des iniures,& luy jettant des pierres, tellement que les afsiftans furet contraints de s'en fuyr du parquet,& luy- mefme en eftant pouffé hors par la foule du peuple,& tiré çà& la, eut beaucoup d'affaire à gaigner la tribune aux harangues, là où fe dreffant en pieds, il reprima in continent le bruit& l'emeute du peuple, par l'affeurance& feuere conftance de fon vifage feulement puis leur ayant fait des remonftrances telles que le temps& l'affaire le requeroyent en paifible audience, il appaifa en peu d'heure entierement tout le tumulte qui s'eftoit efmeu.Dequoy comme le Senat le louaft, il leur dit à tous haut& clair, Et ie n'ay point occafio de vous louer, attendu que vous auez abandonné vn Præteur en danger de fa perfonne, fans vous mettre aucunement en deuoir de le fecourir. Mais ceux qui briguoyent les offices, fe trouuoyent en grade per plexité, pource que d'vn cofté ils craignoyent de defpendre arget pour acheter les loix du peuple,& d'autre cofté aufsi ils auoyent peur qu'vn autre le faifant, il ne decheuffeut de leur pourfuyte. Si firent tous vn accord enfemble, qu'ils depoferoyent chacun la fomme de douze mille cinq cens efcus,& puis feroyent iuftemet & droitement leur pourfuyte, à la charge, que celuy qui fe trouueroit y auoir fait faute,& qui fe feroit aidé de corruptio, perdife l'arget: qu'il auroit depofé. C'eft accord fait entr'eux, ils efleuret pour depofitaire: tefmoin& arbitre Cato, entre les mains duquel il eftoit dit, qu'ils depoferoyent leur argent.Ce contract fut paffé en fa maifon, où ils baillerent tous pleges& refpondans au lieu de l'argent, qu'il ne voulut pas receuoir,& quand ce vint au iour de l'election, Cato affiftat à vn Tribun du peuple qui là regiffoit, & obferuant foigneufement comme on procedoit à donner les voix, apperceut que l'vn des pourfuyuas faifoit cotre les pactios du contract,& le condamnaà payer la fomme accordee aux autres, lefque Is eftimans& louans grandement fa iuftice& entiere preud- hommie, ne voulurent point de l'amende iugeans que ce luy cœur qu ueu qu fice ef malice pourqu ftans pa la reputa caufe fal desini reche ton, g milsi autant dit, qu publiq Pompe Woit tra recerch mais po Pait ains cheu s'entr pelus neral ceut affentis pres a e, rend ls ils s ndit for matin ils audie res,& luy raints de rs par la gaignet tima in & feue des re ent en outle aft, il lover, CATON D'VTIQVE. 453 luy qui auoit forfait, eftoit affez puny d'eftre feulement condamné par Caton. C'eft a& te defpleut aux autres Senateurs,& fufcita grande enuie à Cato, comme s'il fe fuft voulu attribuer à luy feul Pauthorité& la puiffance de tout le Senat, des inges& des magiftrats. Car il n'y a point de vertu dont la gloire& la fiance engedre plus d'entiie, que fait là iuftice pource qu'ordinairement le peuple adioufte foy& done authorité grande a ceux- là, plus qu'à nuls autres; car il ne les honore pas feulement, comme il fait les vaillans, ny ne les a pas en admiration comme les fages& prudents, ains les aime dauantage, fe repofe& fe confie en eux: là où des autres il en craint les vns& fe desfie des autres:& qui plus eft; il eftime que la vaillance& la prudence vienne pluftoft de la force de nature, que de bonne volonté, fuppofant que l'vne foit vne viuacité& fubtilité d'efprit feulemet,& l'autre vne force de cœur qui vient de la nature là où chacun peut eftre iufte, pourueu qu'il le vueille feulement qui eft la raifon pourquoy liniuftice eft le vice dont on a le plus de honte, pource que ceft vne malice& mauuaitié volontaire& qui n'a point d'excufe. Voila pourquoy tous les grands eftoyent ennemis de Caton, comme e- ftans par luy conuaincus, mefmemét Pompeius qui eftimoit que la reputation de Caton eftoit la ruine de fon authorité:& à cefte caufe fufcitoit toufiours quelqu'vn pour le harceler,& luy dire des iniures, entre lefquels eftoit Publius Clodius, qui s'eftoit derechef r'acointé auec Pompeius,& croyoit à l'encontre de Caton, qu'il auoit defrobé beaucoup d'argent au public en fa commifsion de Cypre,& qu'il faifoit la guerre à Pompeius, pourautant qu'il auoit refufé d'efpoufer fa fille. A quoy Caton refpondit, qu'il auoit rapporté de Cypre plus d'or& d'argent à la chofe publique, fans vn feul cheual ny vn feul gendarme, que n'auoit Pompeius auec tous fes triomphes& toutes fes guerres, dont il a- uoit trauaillé tout le monde. Au demeurant, qu'il n'auoit iamais recerché l'alliance de Pompeius, non qu'il l'en eftimaft indigne, mais pource qu'il voyoit, qu'il ne marchoit pas d'vn mefme pied que luy en l'adminiftration de la chofe publique.Car om m'a offert vn gouuernement de prouince au fortir de m'a Præture, que l'ay refufé là où luy en prent à force,& en donne à d'autres:& en fin il a n'aguere prefté vne armee de fix mille hommes à Cæfar pour s'en feruir en la guerre des Gaules, fans que ny l'autre nous l'ait demandee, ny luy, la luy ait ottroyee de noftre confentemét: ains voyons que tels exercites, tant d'armes, tant d'hommes& de cheuaux, font deformais dons reciproques que s'entredonnent& s'entrepreftent nos particuliers citoyens à nosdefpens:& luy Pom peius retenant feulement le titre d'Empereur& de Capitaine ge neral, commet fes armees& fes prouinces pour les regir& gouWerner à d'autres, pendant qu'il demeure icy à nourrir des fedier de fa ecourir. ide pet arget oyent fuyte. un la met Youdift ret que! affe Lieu les JOS 10 re ce uy ff iij 454 pas CATON D'V TIQVE. tions en la ville,& a fufciter& entretenir des troubles és electios des magiftrats, baftiffant partel artifice les moyens de mettre la chofe publique en telle confufion, qu'on foit contraint de luy donner& deferer puiffance fouueraine. Voila comment il fe vengea de Pompeius. Or auoit- il entre fes familiers vn nommé Marcus Faonius, tel qu'on dit, qu'eftoit ancienement Apollodorus le Phalerien à l'endroit de Socrates, qui le contrefaifoit& l'i mitoit en tout ce qu'il pouuoit.Ceft homme ne s'efmouuoit Jentement ny froidement de la raifon, ains s'en pafsionnoit iufques à en fortir hors de foy& à en entrer en fureur comme vne perfonne yure. Il demanda vne annee P'officed dile, dőt il fut debouté: mais Caton, qui luy afsiftoit à fa brigue, s'aduifa que les tables où s'efcriuoyent les voix, eftoyent toutes efcrites d'vne main,& par ce, moye ayant connaincula fauffetésilen appella de at les Tribuns du peuple,& fit tant, que l'electio fut declaree nut let depuis Faonius ayat efté declaré& inftalé Edile, Cató luy aida en toutes les autres charges de fon magiftrat,& mefme met à ordonner au theatre les ieux qui ont accouftumé de fe faire à l'en tree de ce magiftrat pour donner paffe- temps au peuple, efquels ieux il ne donna pas aux ioueurs, muficiès& autres miniftres des ieux, des courones d'or come faifoyent les autres Ædiles, ains des chapelets faits de tendres branches d'oliuier fauuage, comme on fait en la Grece és ieux Olympiques:& au lieu que les autres diftribuoyent en leurs donnees aux poures de riches dos, luy dona aux Grecs de nation, de la poiree, des laitues, des refors& des poires:& aux Romains, des pots de terre pleins de vin, de la chair de porc, des figues, descocombres& des fagots de bois de petite valeur, dont les vns fe moquoyent pour la vilité, les autres le reHeroyent, voyans que Caton qui eftoit fi feuere& fi auftere de nature, s'en mefloit,& peu à peu couertiffoyent cefte reuerece en plaifir.Ex finalement Faonius luy- mefme fe iettant parmy le peu ple, s'alla feoir entre les regardans pour voir iouer ces ieux,& batoit le premier des mains applaudiffaut à Caton qui conduifoit tout,& luy criant tout haut, qu'il donaft aux ioueurs qui faifoyent bien,& qu'ils les honnoraft, incitant ceux qui eftoyent aupres de luy à faire de mefme, leur difant, qu'il auoit donné toute puiffance à Caton en ces ieux.Au mefme temps Curion compagnon& concurrent de Faonius en ceft office d'Edile faifoit en vn autre theatre des ieux magnifiques, mais tout le peuple l'aban donnoit pour aller voir Faonius, qui faifoit à bon efciant l'homme priué,& Caton l'entrepreneur& le/ conducteur des ieux. Caton faifoit cela pour fe moquer de la defpenfe folle& fuperflue, qu'on à accouftumé de faire en telles chofes,& monftrer que qui veut faire des ieux, il les faut faire en iouant, en les accopagnant d'vne grace fimple, no pas d'yn appareil de grad couft, ny d'vne fuperfluité fomptueufe, en employant beaucoup de folicitude& de defpen Scipion, H lolat, nor quieftone eftats de & meurt dacieux mettre la ony proc cement d tance de à la fin v yeuft de les iours bie diff alors i fire, pa chofe mal po lontaire tufques & contr ton, eu peius tour Rom Cont aduis le, qu toit q public fe a fa VO Ca du fair VE men Ap treface elmouzon comme va dotil Fu Autoque les mes d'vne appella de eclare nu Caroly mememet faire& Pen leeques itres des ains des mime on CATON D'VTIQVE. 459 de defpenfe en chofes de neant. Quelque temps depuis comme Scipion, Hypfeus& Milon afpiraffent tous trois enfemble au Cô fulat, non feulement par corruption& diftribution de deniers; qui eftoyent ia crimes tous comuns& ordinaires és brigues des eftats de la chofe publique ains ouuertement par armes, bateries & meurtres tendas à guerre ciuilestant ils eftoyent tous trois audacieux& temeraires: aucuns mirent en auant qu'on deuoit comettre la charge de prefider aux elections à Pompeius, à fin que ony procedaft legitimement: A quoy Caton s'oppofa du comme cement, difant qu'il ne failloit pas que les loix priffent leur affeurance de Pompeius, ains au contraire, Popeius d'elles. Toutefois à la fin voyant que ce defordre duroit trop longuemét, fans qu'il y euft de fouuerains magiftrats dedas Rome,& qu'il y auoit tous les iours, comme trois camps fur la place, tellement qu'il eftoit bie difficile d'arrefter deformais le mal, qu'il ne tiraft plus outre, alors il fut d'aduis, que plus toft que d'attendre l'extreme neceffité, par volontaire concefsion du Senat, on mie les affaires de la chofe publique és mains de Popeius feul, en eflifant le moindre mal pour obuier& remedier aux plus grands,& introduifant vo lontairement vne efpece de Monarchie, plus toft que de differer lufques à ce que l'iffue de cefte fedition en produifift vne forcee & contrainte. Parquoy comme Bibulus qui eftoit allieé de Caton, euft mis ce confeil en auant au Senat, qu'il falloit eflire Pompeius feul Conful: pource, difoit- il, que ou la chofe publique retournera en bon eftat par l'ordre qu'il y mettra, ou pour le moins; Rome feruira au moins mattuais feigneur: Caton adonc fe leuat; contre l'opinion& l'attente de toute l'afsiftance, approuua ceft aduis, difant, qu'il valoit mieux qu'il y euft vn magiftrat en la vil le, quel qu'il fuft, que de n'y en auoit du tout point,& qu'il efpetoit que Pompeius fauroit bien donner ordre à la confufion prefente,& qu'il luy prendroit à la fin enuie de conferuer la chofe publique, quad il verroit qu'on l'auroit ainfi liberalemet commi fe à fa foy. Ainfi ayant efte Pompeius par ce moyen efleu feulCo ful, il Penuoya prier de venir vn peu deuers luy és jardins qu'il auoit aux faux- bourgs de la ville, Caton y alla, où il fut recueilly auec toutes les careffes: ambraffemens& demonftrations d'amitié qu'il eft pofsible de faire:& finalement Popeius, apres l'auoir bie fort remercié de l'honneur qu'il luy auoit fait le pria de luy vouloir eftre affeffeur& confeiller ordinaire en fon magiftrat. Caton luy refpondit, que ny il n'auoit dit ce qu'il auoit dit au par auant pour aucune mal- vueillance qu'il luy portaft, ny ce dernier aduis aufsi pour bien qu'il luy vouluft, ains le tout pour le bien& l'vtilité de la chofe Publique: au demeurant quant à fes af faires priuez& particuliers, qu'il le confeilleroit toutes& quates fois qu'il luy en demanderoit fon aduis, mais quant au publis ff wij fors& der de la chair rece ent le peu 1,& faitauCoute mpait en Paban hom & CATON D'VTIQVE. C de Caton guere ho fer contre aignit ain e vouloit bie qui luy que deform querroyen requerit pa mun peuple ofte le gain Cons pour de faire pl & melprif yante pou me, ainsa que d'ac vouloit p ert& ga de fa dem 456 qu'il en diroit toufiours ce qu'il luy fembleroit pour le mieux, encore qu'il ne luy en demand aft rien:& de fait il le fit tout ainfi comme il le dit.Car tout premier, come Pompeius eftabiift de griefues peines& amandes nouuelles à l'encotre de ceux qui par argent auroyent corrompu les voix du peuple, il luy cöfeilla de ne remuer rien du paffésains feule met pouuoir à l'aduenir, pour autant qu'il feroit mal aifé d'arrefter vn terme de temps, iufques auquel on deuroit recercher les fautes paffees:& que dauantage, fi on eftabliffoit les peines plus recentes que les crimes on feroit tort à ceux qui feroyent appellez en iuftice, de les punir par vne ordonnance qu'ils n'auroyent point trangreffee:& depuis ayas efté accufez aucuns perfonnages de qualité amis& familiers de Pompeius, Caton apperceuant qu'il fe laiffoit aller,& flefchifloit en beaucoup de chofes, il le redreffa,& le tanfa bien afprement. Dauatage Pompeius auoit par edict abo ly la couftume de louër, en iugement les criminels accufez,& neantmoins luy- mefme ayant compofé vne harangue à la louange de Munatius Płacus, l'euoya aux iuges pedat que la caufe fe plaidoit. Caton qui d'ad uenture eftoit vn des iuges en ce proces- là, boucha fes oureilles auec fes deux mains, defendat qu'on ne leuft ce tefmoinage- là: à raifon dequoy Plancus le recufa encore apres que les plaidoyers eurent efté ouys d'vne part& d'autre: mais nonobftant cela, il ne laiffa pas d'eftre condané pourtat, Brief Caton tenoit en telle peine& perplexité ceux qui eftoyent accufez, qu'ils ne fauoyent bonnement comment ils deuoyent faire de lny: car ils ne l'ofoyet laiffer entre leurs iuges, ny les recufer aufsi: car il y en eut plufieurs condanez, pource qu'en recufant Caton, il fembla qu'ils ne fe confiaffent point en leur innocece:& reprochoit on à aucuns pour vn grad vitupere, qu'ils n'auoyet pas voulu accepter Caton pour iuge, quand on leur auoit prefenté Pendant que ces chofes paffoyet à Rome.Cæfar eftoit en la Gaulesoù il faifoit la guerre & ne fe departoit point des armes quant à luy mais neantmoins par dons& argent il alloit toufiours gaignant amis dedans Rome poury eftre aufsi puiffant de forte que defia les admoneftemens& predictions de Caton commençoyent à efueiller Pompeius du fommeil, dont il auoit efté fi longuement endormy,& a luy faire vn peu fonger au peril, que parauant, il n'auoit iamais voulu croire: mais toutesfois le voyant encore plein de pareffe & de doute, n'ofant mettre à bon efciat la main à l'œuure, pour empefcher les deffeins de Cæfari luy prit voloté de demäder le Confulat, en intention que ou il luy ofteroit incontinent les armes, ou il découuriroit fon embufche,& feroit voir la fin, où il pretedoit. Ses competiteurs eftoyent deux autres gens de bien& honneftes hommes aufsi, dot I'vn Sulpitius auoit receu beaucoup d'honneur& d'auancement par le moyé du credit& de l'authorité met aux re & trifteffe ton en fit paume a ner's'er Te pro prenan lapsilo gaigner de leur p paruenir mida de lavolon bere hom à des & per vec le trance VE temps, es un fen par v depuis ayat Familiers de chilloit e de louer u- meme quidad oureilles age- la laidoy celal en telle diline Caton choles verre moins Room& a mais refle pour der le CATON D'VTIQVE. 457 rité de Caton, à raifon dequoy plufieurs eftimoyent, qu'il ne faifoit guere honneftement, ains fe monftroit ingrat de foy formalifer contre luy en cefte pourfuitte: toutefois iamais Cato ne s'en plaignit, ains au cotraire dit, qu'il ne fe falloit point efbahyr, s'il ne vouloit point ceder à autruy, ce qu'il eftimoit eftre le plus grad bie qui luy peut aduenir: mais il fuada au Senat de faire vn ftatut que deformais ceux qui brigueroyent vn eftat fupplier oyet& re querroyent eux mefmes feuls le peuple,& ne le feroyent point requerir par d'autres: ce qui irrita bien encore dauantage le com mun peuple contre luy, attendu que non feulement il leur auoit ofté le gain manuel de l'argent qu'ils fouleyent receuoir és ele& ions pour donner leurs voix, mais encore les priuoit des moyes de faire plaifir à beaucoup de gens, redant le populaire& poure & mefprifé tout enfemble, Qui plus eft, n'ayat pas la grace attra yante pour gaigner la faueur de la commune en priant luy- mef me, ains aimat mieux retenir la dignité de fes moeurs& de fa vie que d'acquerir celle du Confulat, luy- mefme fit fa brigue,& ne vouloit poit laiffer faire àfes amis les chofes par lefqlles on acqui ert& gaigne les cœurs d'vne comune: aufsi fetrouua il debouté de fa demande. Si auoit ce rebut accouftumé d'apporter no feule met aux refufez, mais aussi à leurs parets, amis,& alliez vn dueil & trifteffe, auec vne honte qui duroit par plufieurs iours: mais Ca ton en fit fi peu de conte, que le lendemain au matin il ioua à la paume auec fes familiers dedans le chap de Mars,& aprés le dif ner s'en alla fur la place fans foulier en fes pieds& fans fayon, Te promener comme il auoit accouftumé. Dequoy Ciceron le reprenant en ce que le temps ayat befoin d'vn tel magiftrat come luy, il n'y auoit pas mis affez de peine, ny ne s'eftoit eftudié de gaigner la faueur de la comune par courtoifie de les careffer& de leur parler doucemet,& onques puis n'auoit voulu effayer d'y paruenir, ains s'en eftoit totalement deporté, combien qu'il demada depuis vne autrefois l'office de Præture, A quoy Caton re fpodit, que quant à la Præture, il n'en auoit point efté debouté de la volonté du peuple, pource qu'il auoit efté forcé, corrompu& gaigné par argent: mais en l'election des Confuls, ny eftant entreuenu corruption quelconque, il coneut euidément que c'eftoit pour eftre defagreable au peuple, a caufe de fes mœurs: lefquels changer à l'appetit d'autruy, ou bien en vfant de mefme, retomber encore en pareil, inconueniet du refus, ne feroit pas faire en homme de fens& d'entendement. Au refte, Cæfar s'eftät attaché à des nations fort belliqueufes,& les ayat, no fans grāds trauaux & perils fubiugues,& dauautage ayat couru fus aux Allemans, a uec lefquels le peuple Romain auoit la paix,& en ayant bie desfait trois cens mille, fes amis requeroyét que le peuple en fift fa crifices folennels pour en rédre grace aux dieux: mais Caton en plein CATON D'VTIQVE. Vigneurs,& enant vn h autre feu certain bie plus amiab es affaires font les gr les guairi fufflante p qu'il auoit Caton ayar jeune fils a ahe quar fin de qu lors efto 45% Senat dit, qu'il eftoit d'auis, qu'on le deuoit liurer entre les mains de ceux qu'il auoit a tort outragez, pour en faire telle punitio que bon leur fembleroit, à fin de reietter fur luy feul tout le peché de la paix violee,& ne le receuoir point fur la ville qui n'en pouuoit mais: toutefois, dit- il, bien denons- nous faire facrifices aux dieux pour leur rendre graces, de ce qu'ils n'ont pas tourné la vengean ce de la fureur& temerité du Capitaine fur nos poures foldats qui n'en font point coulpables, ains ont pardonné à la chofe publique.Dequoy Cæfar eftant auerty, efcriuit vne lettre miffiue au Senat, contenant plufieurs iniures& plufieurs charges qu'il mettoit fus à Caton lequel fe leuant, non comme pic. qué de foudaine cholere ny d'enuie de cotefter, ains de fens froid & raffis, ne plus ne moins que s'il euft premedité de longue main ce qu'il auoit à dire, monftra que les imputations que Cæfar luy mettoit fus par fes lettres, n'eftoyent que broquars de moquerie qu'il auoit ramaffez, comnte pour fe gaudir, ou pour faire rire la compagnie: mais à l'oppofite commençant à defcouurir tous fes confeils dés fon commencement,& toute fon intention, auffi particulierement come s'il n'euft point efté fon aduerfaire, mais pluftoft complice& compagnon de fa coiuration:& remonftrat à l'affiftance, que ce n'eftoyent pa les Allemans ny les Gauloys qu'ils deuoyent redouter, ains luy- mefme, s'ils eftoyent fages, il efmeut& irrita tellement les efcoutans, que les amis& adherens de Cæfar fe repentirent bien d'auoir prefenté fes lettres& de les auoir fait lire, pource qu'en ce faifant ils auoyent donné à Caton occafion de deduire plufieurs propos raifonnables& plufieurs cufations veritables à l'encontre de Cæfari toutefois il ne fut pour lors rien arrefté contre luy au Senat, ains feulement fut dit qu'il eftoit raifonnable de donner vn fucceffeur à Cæfar:& adone fes adherens requiret, que Pompeius donc laiffaft les armes auffi, & qu'il quitraft les prouinces qu'il tenoit, ou autrement qu'on ne contraignft point non plus Cæfar de ce faire. Caton adonc fé prit à crier, que c'eftoit bien ce qu'il auoit tonfiours predit,& que Cæfars'en en venoit pour opprimer la chofe publique, vfant ouwertement encontre elle mefme des armes qu'il auoit obtenues par fraude& tromperie d'elle: mais pour chofe qu'il feuft dire, Il ne gaignoit rien hors du Senat, à caufe que le peuple fauorifoit à Cæfar,& vouloit touflours qu'il demeuraft trefgrand:& le Senat adiouftoit bien foy à fon dire, mais il redoutoit le peuple, iuf ques à ce que les nouuelles vindrent que la ville d'Ariminum e- ftoit prife,& que Cæfar s'en venoit en armes droit à Rome: car alors tout le monde ietta les yeux fur Caton,& le peuple& Popeius confefferent que luy feul auoit bien preneu dés le com mencement le but où pretendoit Cæfar,& l'auoit franchement predit.Et adonc leur dit Caton, Si vous m'euffiez voulu croires Seifus vena en fon ment, l gaigner pourquo Que faire la bailla laluy p al'enco guer c Caril ardife, quelque TILIZ ESSS LI quan p dela une la nos poe pardoa lufieurs cha comme CATON D'VTIQVE. 459 Seigneurs,& fuyure mon confeil, vous ne craindriez pas maintenant vn homme feul, n'y auriez pas aufsi voftre efperance en vn autre feul.Pompeius à cela refpondit, que Caton auoit pour certain bien plus veritablement prophetifé, mais que luy y auoit plus amiablement ouuré:& Caton confeilla au Senat de mettre les affaires en la main de Pompeius: pource, dit- il, que ceux qui font les grands maux, font ceux qui fauent mieux les moyens de les guairir. Mais Pompeius n'ayant point autour de luy d'armee fuffifante pour attendre Cæfar,& voyant encore ce peu de gens qu'il auoit affez froidement encouragez, abandonna Rome. Et Caton ayant refolu de s'en aller quand& luy, enuoya deuant fon ieune fils à Munatius qui eftoit au pays des Brutiens;& mena fon aifné quand& foy:& au furplus ayant fa maifon& fes filles befoin de quelqu'vn qui les gouuernaft, il reprit encore Martia, qui lors eftoit vefue& auoit beaucoup de biens, pource que Hortenfius venant à mourir l'auoit inftituee fon heritiere: ce que Cæfar en fon libelle diffamatoire contre Caton note fort iniurieufement, luy reprochant auarice& fa mercenaire conuoitife de gaigner par faire nocés; car s'il auoit, dit- il, befoin de femme, pourquoy la cedoit- il premierement à vn autre?& s'il n'en auoit que faire, pourquoy la reprenoit- il puis apres? fi n'eftoit qu'il la bailla du commencement à Hortenfius comme vne amorce,& la luy prefta ieune en intention de la reprendre riche: toutesfois à l'encontre de cela il fuffit, ce me femble, de refpondre& alleguer ces vers d'Euripides: longue main Cafar lur de moquer raire rire ut couurir tou ncion, auli faire mais emontirat Gaulors & de les Can e fat badone es auffi u'on ne donc fe & que 00Ques dire, rifoit le Se le En premier lieu, ie vien à contredire Ce qui ne loft feulement pas à dire: Car reprocher nullement on ne derft A Hercules, que le cœur lafche il euft. Car il me femble que c'eft tout vn de reprocher à Hercules couardife,& à Caton auarice& conuoitife de gaigner: mais fi pour quelque autre regard il a failly en ce mariage c'eft chofe à l'aduenture qu'on pourroit bien difputer: car incontinent apres qu'il euft efpoufé Martia,& qu'il luy eut comis fa maifon, fon mefnage& fes filles, il fe mit à fuiure Popeius,& onques puis ce jour- làs comme on dit, il ne fit ny fes cheueux, ny fa barbe, ny ne mit chapeau de fleurs fur fa tefte, ains fe maintint toufiours iufques à la mort en eftat de dueil, auec vne morne filence& vne grande trifteffe de cœur en cefte calamité de la chofe publique, aufsi bien quand ceux de fon party auoyent quelque aduantage, come quad ils perdoyent. Et luy eftir efcheu par le fort le gouvernement de la Sicile, il paffa à Syracufe, là où eftár aduerty qu'Afinius Pollio de la part des ennemis eftoit arriué à Mefsine auec force gens de guerre, il luy enuoy a demäder, qui le faifoit là venir:& Pollio luy demanda à l'encoire, qui eftoit caufe de ce mouuemét de guerre. 460 CATON D'VTIQVE. Rome de ty tigroffe p desfait Caf fitoft aux l enuppos bul: mai affectionn tres qui f peios pre Capitaine foyent for ment, lans ceurs gu autres Vi portoit, Et ayant nouuelles que Popeius auoit de tout point abandonné PItalie,& eftoit delà la mer campé ioignant la ville de Dyrrachium, il dit adonc, qu'il voyoit au gouuernement des dieux vne grande incertitude& grande variété, attendu que Popeius auoit auparauant toufiours efté heureux, lors qu'il ne faifoit rien de bie ny felon le droit& l'equité,& maintenant, qu'il vouloit preferuer fon pays& combattre pour la liberté, il le voyoit deftitué de fon bon heur. Si dit adoc, qu'il eftoit bien affez fort pour chaf fer Afinius hors de la Sicile, s'il euft voulu: mais pource qu'il luy venoit vn autre renfort, il ne voulut pas affliger ny trauailler cefte ifle des calamitezq porte la guerre. Parquoy apres auoir confeillé aux Syracufains qu'ils fe rangeaflent du cofté des plus forts pour fe conferuer, il monta fur mer,& s'en alla trouuer Popeius, là où il fut toufiours d'vn mefme aduis de tirer cefte guerre en longueur, efperant toufiours qu'il fe pourroit faire quelque appointement,& ne voulant point qu'on vinft à la bataille, là où il feroit force, que l'vne des parties fe trouuat plus foible q l'au tre, fuft mife au fil de l'efpee:& fi fuada à Pompeius& au confeil qui eftoit à l'entour de luy, de decerner chofes refpondites à ce la, qu'on ne faccageaft en celle guerre aucune ville qui fuft de l'empire Romain,& qu'on ne fift mourir aucun citoyen Romain, finon qu'il fe tronuaft en bataille les armes au poing: en quoy il acquit grand hōneur,& attira plufieurs homes au party de Pópelus pour la confideration de fa bonté, clemence& humanité. Et eftant enuoyé en Afie pour aider à ceux qui eftoyent commis à affembler vaiffeaux& leuer gens de guerre, il mena quất& foy fa fœur Seruilia,& le fils que Lucullus auoit eu d'elle, pource que depuis fa viduité elle l'auoit toufiours fuiuy,& en ce faifant auoit beaucoup diminué du mauuais bruit qu'elle auoit auparavant, quand on vid qu'elle s'eftoit volontairement foumife à la garde & à l'eftroitte façon de viure de Caton, l'accopagnant en fa fuyte: toutesfois pour cela Cæfar ne laiffa pas de luy reprocher encore cefte fiene focur. Si n'eurent point les Capitaines de Popeius à faire de Caton ailleurs qu'à Rhodes, là où il gaigna par remöftrances les habitans,& y laiffa Seruilia auec fon petit fils,& s'en retourna au camp de Pompeius, lequel auoit defia affemblé vne groffe puiffance, tant par terre que par mer, là où il femble que la volonté& l'intention de Popeius fe monftra plus euidément qu'en nul autre endroit: car il auoit propofé en foy- mefme de donner la charge de l'armee de mer à Caton, qui n'eftoit pas moindre que de cinq ces vaiffeaux de guerre, fans les fragates, fuftes& autres tels petits vaiffeaux non couuerts, dont il y auoit vn nobre infiny.mais s'eftat foudain aduifé de foy- mefme, ou bie ayant efté aduerty par aucuns de fes amis, que la fin où tendoit Caton en toutes les actions de gouuernement eftoit de deliurer Rome la mort la fin ve tournan prefens vaillam cry,& c bien fair ce,& s'e grade Ja: m nale, noit ample foy ent uyen lamite tion, meime autres. Theffal C bor qu'i bat me fe d de to QVE pind ent des il vol Turoit fort pourt Source qu'il by travail pres aud ente des plas trounet Po. ire quelque taille, od ibleqlaconfeil diresi ce fuft de Romain, quoril de Po auoit rabant, garde eren ope rre $,& CATON D'VTIQVE. 461 Rome de tyranie,& que fi vne fois il eftoit maiftre d'vne fi belle & fi groffe puiffance, il voudroit que le iour mefme qu'on auroit desfait Cæfar, Pompeius aufsi laiffaft les armes& fe foumift auffi toft aux loix, il chagea de confeil, cobien qu'il luy en eut defia tenu, ppos à luy mefme,& au lieu de luy, en dona la charge à Bu bul': mais pour cela il ne s'apperceut point q Cato en fuft moins affectionné, ains dit- on, qu'en l'vne des efcarmouches& rencontres qui furent faites deuant la ville de Dyrrachium, come Pompeius prefchaft les foldats,& commadaft aux autres particuliers Capitaines d'en faire autant, chacun en fon endroit, à ceux qui e- ftoyent fous leur charge, les foldats les efcoutoyent affez froidement, fans faire demonftration quelconque, qu'ils en euffent les cœurs gueres plus efchauffez: mais quand Caton apres tous les autres vint à leur difcourir, autant que la commodité du temps le portoit, la raison de la philofophie, touchant la liberté, la vertu, la mort& la gloire, auec vne vehemence d'affection grande,& à la fin venant à cóclurre fa harague par vne inuocatio des dieux, tournant fon parler à eux, ne plus ne moins que s'ils euffent efté prefens,& regardans ceux qui combattoyent vertueufement& vaillamment pour la defenfe de leur pays, ils ietterent vn fi haut cry,& conceurent en eux- mefmes, vne telle ardeur de vouloir bien faire, que tous les Capitaines en prirent fort bone efperance,& s'en alleret la tefte baiffee donner dedans les ennemis de fi grade fureur, qu'ils les desfiret& les tournerent en fuite ce iourla: mais la bonne fortune de Cæfar leur ofta l'entiere victoire finale, par la doute& desfiance de Pompeius, qui ne feut Copas noiftre& fe feruir de fon bon heur, ainfi comme nous auos plus amplemet efcrit en fa vie. Mais au lieu q tous les autres s'efiouif. foy ent de ceft exploit,& haut louoyent ceft auantage qu'ils a- uoyent eu fur leurs ennemis, Caton au contraire deploroit la calamité de la chofe publique,& lamentoit la malheureuſe ambition, qui eftoit caufe que tant de bons& vaillans citoyens d'vne mefme ville s'entre- tuoyent& meurtriffoyent ainfi les vns les autres. Depuis cefte desfaite, Cæfar ayant pris le chemin de la Theffalie, Pompeius fe deflogea de là où il eftoit campé pour aller apres:& laiffant à Dyrrachium force armes& grand nombre de perfonnes, qui luy appartenoyent ou de parenté ou d'alliance, il y commit pour garde& Capitaine Caton auec quinze cohortes de gens de guerre: ce qu'il fit pour la crainte& desfiance qu'il auoit de luy: car s'il venoit de male aduenture à perdre la bataille, il fauoit bien qu'il ne pouuoit commettre cela à homme plus loyal ne plus fidele, qu'à luy: mais aufsi s'il la gaignoit, il fe doutoit bien, que là où feroit Caton, il ne pourroit pas difpofer de toutes chofes à fa volonté. Il y eut bien aufsi plufieurs autres gens d'honneur& perfonnages de grande qualité, qui furét par mblé mble uide malme Coit pas agats ***** 462 CATON D'VTIQVE, Hiccent le serpents mays,& n Ours entie & marcha for autre b de la & adion que ce ne le mit aux mille,& maniere de dire, reiettez& laiffez dedans Dyrrachium auec Ca ton. Finalement la desfaite de Pharfale entendue, Caton prit cefte refolution en foy- mefme, fi Pompeius eftoit mort, il repafferoit en Italie tout ce qu'il auoit de gens auec foy,& s'en iroit puis apres feul en exil le plus loin qu'il pourroit de la tyrannie,& s'il eftoit encore vif, qu'il luy garderoit iufques au bout les forces qu'il luy auoit mifes entre mains.En laquelle deliberation il trauerfa en Pifle de Corfou, là où eftoit l'armee de mer,& y trouuant Ciceron luy voulut ceder la charge de Capitaine, comme à perfonnage de plus grande dignité, pource qu'il auoit efté Coful,& luy feulement Præteur: mais Ciceron ne la voulut pas accepter, ains s'en retourna en Italie. Et là Caton voyant que Pompeius le fils, par arrogance& hautaineté importune vouloit punir ceux qui fe retiroyent de l'armee de mer,& notamment qu'il eftoit en volōté de mettre la main fur Ciceron le premier, il le tafa à part en priué,& l'addoucit de maniere qu'il fauua certainement la vie à Ciceron,& ofta la crainte de la perdre aux autres. Au refte, coniecturat q Pompeius le pere fe feroit fauué en Ægypte& en Afrique, il refolut de faire voile incontinent pour l'aller trouuer en toute diligence. Si s'embarqua auec toute fa trouppe: mais premier à faire voile, il donna congé de s'en aller qu de demeurer à tous ceux qui n'auoyent pas grande volonté de le fuyure à cefte guerre. Mais eftant arriué en Afrique, ainfi qu'il alloit rengeant la cofte, il rencontra Sextus le plus ieune des enfans de Pompeius, qui luy dit le premier comment fon pere auoit efté tué en Ægypte, dont tous ceux de la trouppe furent fort defplaifans: mais il n'y en eut pas vn qui apres la mort de Popeus vouluft feulement ouyr parler de receuoir commandement d'autre que de Caton: à l'occafion dequoy ayat honte& compassion de faillir au befoin à tant de gens de bien,& qui a- Boyent donné fi certaine preuue de leur fidelité, en les abandonnant feuls fans conduyte, ne fachans qu'ils deuoyent faire, ne où ils deuoyent aller en pays eftranger, il en prit la charge à leur requefte,& aborda premierement en la ville de Cyrenes, là où il fut receu par les habitas, qui peu de iours auparauant auoyết fermé leurs portes à Labienus. Eftant là, il ouyt nouuciles que Scipion beau- pere de Popeius s'eftoit retiré deuers le Roy Iubas qui l'auoit receu,& que A& ius Varus, auquel Popeius auoit comis le gouuernement de la prouince d'Afrique, eftoit en leur compagnie auec armee, il delibera de s'aller ioindre à eux: fi fe mit en chemin par terre, à caufe que c'eftoit en la faifon d'hyuer,& fit affembler bon nombre d'afnes pour porter de l'eau,& bonne prouifion de viures& de beftail, qu'il faifoit mener a- pres luy auec force chariots,& de ces hommes qu'on appelle en Afrique les Pfilles, lefquels guairiffent les morfures des ferpents, & fucA pourle de Poccafion choyer portable gloire d fance, Caton Caton ton prit le mettr elcrit vn contre d moins en la S hon ce de pion les rec le req melme Jontier Me tran que po noit la acc fau del Com end au bod de libera mery com oit efte C lor pas a royant qu tune you notam on le prequ'il fau la perdre roit lau Ontinent CATON D'VTIQVE. 463 & fuccent le venin auec la bouche,& charment& enchantent les ferpents mefmes, de maniere qu'ils les rendent comme efuanouys,& n'ayans pouuoir aucun de malfaire. Si furent fept jours entiers à marcher continuellement, luy feruant de guide, & marchant le premier à pied, fans iamais monter à cheual ny fur autre befte de voiture. Depuis le iour qu'il entendit la perte de la bataille de Pharfale, il ne fouppa anques finon afsis, *& adioufta cela au refte de fon dueil, qu'il ne fe coucha tamais* Les ancies que ce ne fuft pour dormir. Ayant paffé l'hyuer en la Lybie, il s'eftunoyent fe mit aux champs auec fes gens qui n'eftoyent pas moins de dix felaᏬ mille,& trouua les affaires de leur part en affez mauuais eftat, uoyent, puis pour le debat& different qui eftoit entre Scipion& Varus, à fe mettoyent P'occafion duquel ils faifoyent tous deux la cour au Roy Iuba,& dedans le tafchoyent à gaigner fa bonne grace,& luy eftoit homine infup- lict pour portable pour la grauité qu'il tenoit:& pour l'outrecuidice& la foupper. gloire dont il eftoit plein, à caufe de fes richeffes& de fa puiffance, comme il monftra la premiere fois qu'il parlementa auec Caton: car il fit mettre la ghaire entre celle de Scipio& celle de Caton pour aucir l'honneur de feoir au milieu: ce que voyat Caton prit fa chaire,& la porta luy- mefme à cofté de Scipion pour le mettre au milieu, combien qu'il fuft fon ennemi,& qu'il euft efcrit vn liure plein d'iniures& de paroles diffamatoires à l'encontre de luy. Il y en a qui ne font conte de ceft acte,& neantmoins reprennent bien Caton de ce, que fe promenant vniour en la Sicile, il donna l'honneur du milieu à Philoftratus, pour honnorer en luy la philofophie.Ainfi reprima Caton l'arrogance de ce Roy là pour celle fois, car auparavant il faifoit de Scipion& de Varus comme de fes vaffaux& Satrapes: mais Caton les recocilia enfemble. Au demeurant come toute la compagnie le requift de prendre la charge de toute l'armee,& que Scipion mefme& Varus luy cedaffent les premiers,& luy quitaffent volontiers l'honeur de comander à tout le camp, il refpondit, qu'il ne tranfgrefferoit point les loix, attedu qu'il ne faifoit la guerre que pour l'authorité& la conferuation d'icelles, ny n'entreprenoit la prerogatiue de comander, luy qui n'eftoit que Vice- Præteur, là où il y auoit vn Vice Conful: car Scipion auoit efté cree tel, auec ce q le peuple fe cófioit, que les affaires iroyet bien, fi vn Scipion leur commandoit dedans l'Afrique. Scipion donc ayant accepté la charge de Capitaine general, voulut incontinent en faueur de Iuba mettre tous les habitãs de la ville d'Vtique au fil de l'efpee iufques aux petits enfãs,& rafer les edifices entieremet, comme fuyuant le párty de Cæfar: mais Caton ne le voulut point endurerains criant, proteftant& appellant les dieux à telmoins au cofeil, eut beaucoup d'affaire à preferuer les poures gés de cefte cruelle executio:& depuis en partie par les prieres des citoyes ec tou desen evoique. mention uppe f la mort mannte& don - пе eur ие Dds -03 1 1 464 CATON D'VTIQVE. & en partie aufsi à l'inftance de Scipion qui l'en requit, il entreprit de la garder, de peur qu'elle ne vinft de gré ou de force en la puiffance de Cæfar, pource que c'eftoit vne place forte& bien à propos pour toutes chofes, à qui la tenoit: mais Catun la prouueut& fortifia encore dauantage, car il mit dedans vne quantité infinie de bleds: il fit remparer les murailles, hauffer les tours& cauer tout à l'entour de la ville de profondes trenchees, auec des cloftures de palis; entre lefquelles trenchees& la ville il fit aller habiter& loger les ieunes hommes d'Vtique, les contraignant de bailler leurs armes,& retint les autres au dedas de la ville, donnat ordre auec grand foin à ce, que perfonne d'eux ne fuft outragee ny offenfee par les Romains,& encore enuoya force bleds, armes& argent au camp: de maniere que la ville d'Vtique eftoit comme l'eftappe de la guerre. Et comme il auoit parauant confeillé à Pompeius de ne venir point à la bataille, autant en confeila- il encore lors à Scipion de n'hafarder rien contre vn homme aguerry& trop entendu au fait des armes, ains de fe feruir du temps, qui petit à petit matteroit la force& vigueur de fa tyrannie: mais Scipion fut fi prefomptueux, qu'il ne tint conte de fon confeil, ains efcriuit quelquefois a Cato luy reprochant fa couardife en paroles de telle fuftace, Qu'il luy deuroit fuffire d'eftre à feureté en vne bone ville, enfermé dedans de fortes murailles, fans vouloir empefcher les autres d'executer hardiment auec raifon, ce q leur occafion leur prefenteroit.A quoy Caton luy referiuit, qu'il eftoit preft de repaffer en Italie auec les gens de pied& de cheual qu'il auoit amenez en Afrique pour diuertir Cæfar,& le faire retourner côtre luy: mais Sci pion ne fit que s'en moquer. Parquoy Caton monftra bien adonc euidemment, qu'il fe repentoit fort de luy auoir cedé l'authorité de Capitaine general de l'armee, pource qu'il voyoit bien qu'il ne conduyroit pas fagemét les affaires de cefte guerre:& s'il adnenoit qu'il en demeuraft vainqueur, il n'yferoit pas moderémét de fa vistoire enuers fes citoyens: à raifon dequoy il commença dés lors à auoir mauuaife efperance de l'iffue de cefte guerre,& le dit à fes familiers, pour l'infuffifance& l'outrecuidace des Capitaines:& neantmoins que fi par cas fortuit,& autrement qu'il n'efperoit, il en aduenoit quelque bie,& q Cæfar fut desfait, il ne fe tiedroit iamais plus à Rome, ains fuy roit la cruauté& l'inhumanité de Scipion, lequel vfoit defia de griefues& fieres menaces contre plufieurs: mais à la fin, le mal- heur aduint encore pluftoft qu'il ne l'attédoit: car vn foir bien tard arriua yn meffager, eftat party du cap trois iours auparauat, qui apporta la nouuelle, que tout eftoit perdu par- ce qu'il auoit efté doné vne groffe bataille pres la ville de Thapfes, que Cæfar auoit gaignee& auoit pris les deux camps, que Scipion& Iuba s'en eftoyent fuys auec bien Sen petit n menchant Atique, guerre,& dans des ment trou ceux qu' tant au m moins le ftoyenten de comme plifier de letumult cens hom dre au te traffic d les Sena bloyen De auf ueau, ten tenoit l'e rede ble ils furen fection perfor vuilen tir po moyen far les donner feillatrouuer volonte ment ne dem plus de fa fot foodes nches Vrique sau de onne d'e e enuoy e la ville eil auoit bataille, rder nen s armes force& xquil Cato luy Luy de edans xecu eroit.A en Italie en Ahi mais Sc adonc horité En qu'il ' il adrémét ença ,& Caqu'il il ne mena plu ager JOIC ec ед . CATON D' VTIQVE. 46; bien petit nombre de gens,& tout le refte de leurs armees mis au trenchant de l'efpee.Ces chofes ainfi aduenues, ceux qui eftoyent à vtique, effrayez de cefte nouuelle, comme on peut eftimer en guerre,& mefmement de nuict, à peine fe peurent contenir au dedans des murailles de la ville, tant ils eurent le fens,& l'entendement troublé de frayeur: mais Caton fe prefenta à eux, qui arrefta ceux, qu'il rencontra par les rues crians& fuyans en les reconfortant au mieux qu'il peut& s'il ne leur ofta toute leur frayeur, au moins leur ofta- il l'eftonnement& le trouble d'efprit où ils e- ftoyent, en leur difant, que la perte n'eftoit pas à l'aduenture fi gra de comme on la faifoit,& que c'eftoit toufiours la couftume d'am plifier de paroles les mauuaifes nouuelles: ainfi appaifa- il vn peu le tumulte,& le matin au poinct du iour il fit crier, que les trois cens hommes qu'il auoit choifis pour fon confeil, euflent à fe rendre au temple de Iupiter, eftans tous citoyens Romains, qui pour traffic de marchandife& de banque fe tenoyet en Afrique,& tous les Senateurs Romains auffi auec leurs enfans. Ainfi qu'ils s'affem bloyenc encore, luy mefme s'y en alla auffi pofément,& auec v- ne auffi raffife conftance, comme s'il ne fuft rien furuenu de nouueau, tenant vn liuret en fa main, qu'il alloit lifant.Ce liuret contenoit l'eftat de la monitio dont il auoit fait prouifion pour la guer re, de bleds, d'armes, d'arcs, de traits& d'hommes de pied: puis quad ils furent affemblez, il commença à louer hautement la bonne affection, la foy& loyauté de ces trois cens Romains, qui de leurs perfonnes, de leur argent& de leur confeil auoyent toufiours trefvtilement ferui la chofe publique,& leur confeilla de ne fe depar tir point d'enfemble, en perdant efperance, ou cerchant chacun moyen de fe fauuer à part, pource qu'en demeurant enfemble, Cafar les mefpriferoit moins s'ils vouloyent guerroyer,& leur pardonneroit pluftoft s'ils luy demandoyent merci pourtant leur con feilla- il d'aduifer qu'ils deuoyent deuenir,& que quant à luy il ne trouueroit rien mauuais de ce qu'ils en refoudroyent: car fi leur volonté fe tournoit auec la fortune, il eftimeroit que ce changement ne procederoit que de la neceffité du temps: mais s'ils e- ftoyent deliberez de perfeuerer à combatre le mal- heur,& iufques au bout fe foumettre à tout peril pour defendre la liberté, que non feulement il loueroit, mais auffi admur eroit leur vertu,& qu'il leur feroit Chef& compagnon à tenter& efprouuer iufques au dernier point la fortuné de leur pays, qui n'eftoit point Vtique Adrumetum, ains la ville de Rome, laquelle pour la grandeur de fa puiffance s'eftoit bien fouuent releuee de plus lourdes& plus griefues cheutes,& qu'ils auoyent encore plufieurs moyens de falut& de feureté de leurs perfonnes, dont le plus grand e- ftoit, qu'ils auoyent à faire à vn ennemi, qui pour les occafions de fes affaires eftoit diftrait en diuers lieux, parce que d'vn cofté 8% j ny 466 CATON D V TIQVE. alex en fe Frances de comme perdent au nefloign Caton de petit mais avoyent d pourtoyen foyent- ils pas Calar fance de l'e fait vn Sc temps out plus bas dedans V auquel C P'Hefpagne s'eftoit rebellee contre luy en faueur du ieune Pom peius,& que la ville de Rome ne fe pouuoit encore accouftumer à prendre le mors& ne le pouuoit endurer, ains fe fouleuoit à tou te mutation,& qu'il ne falloit point fuir le trauail ny le peril, ains pluftoft prendre exemple de leur ennemi, qui n'efpargnoit aucunement la perfonne, pour venir au deflus de fi grandes mefchancetez qu'il auoit entreprifes: là où au contraire, à eux l'incertitu de de cefte guerre s'il en fuccedoit bien, fe termineroit en vne tref heureufe vie:& s'il en aduenoit mal, en vne tref- glorieufe mort: toutefois qu'il falloit qu'il en deliberaffent entr'eux, en priant les dieux que pour recompenfe de la vertu& bonne volonté qu'ils auoyent monftree iufques là, ils leur fiffent la grace de fe refoudre à ce qui leur feroit le meilleur. Apres que Caton leur eut tenu ces propos, il y eut bien aucuns des affiftans qui furent efmeus par la viuacité de ces remonftrances: mais la plus part fut encore plus encouragee par l'exemple de fa genereufe magnanimité, voyans comme il ne s'eftonnoit de rien,& de fon humanité& bonté: tellement qu'ils oublierent, par mamere de dire, tout le danger où Hs eftoyent,& le prierent d'vfer de leurs perfonnes, de leurs biens & de leurs armes, tout ainfi que bon luy fembleroit, le reputans feul Capitaine inuincible, fur lequel fortune n'auoit point de pou uoir,& eftimans leur eftre meilleur de mourir en obeyffant à fon confeil, que de fe fauuer en abandonnant vn perfonnage de fi excellente& fi parfaite vertu. Et comme quelqu'vn de l'affemblee mift en auant qu'il falloit propofer liberté aux efclaues,& que la plus part des affiftans en fut d'opinion, Caton dit, qu'il ne le feroit point, pource qu'il n'eftoit ny iufte ny raifonnable: mais bien que fi les maiftres leur vouloyent donner liberté, il eftoit content de receuoir pour foldats, ceux qui feroyent en aage de porter armes. Il y en eut plufieurs qui promirent de le faire,& luy commanda qu'on enrollaft les noms de ceux qui le voudroyent,& s'en alla. Tantoft apres, luy vindrent lettres du Roy Iuba& de Scipion, def quels luba eftoit caché en vne montaigne auec peu de gens,& luy enuoyoit demander ce qu'il auoit refolu de faire, pource que s'il auoit deliberé d'abandonner Vtique il l'attendroit,& s'il fe deliberoit de la tenir, qu'il le viendroit fecourir auec vne armee:& Sci pion eftoit à l'ancre au deffous d'vn chef, qui n'eftoit guere loin Vtique, qui attědoit tout de mefine quelle refolution il predroit. Caton fut d'aduis de retenir les meflagers qui auoyent apporté Jeurs lettres, iufques à ce qu'il fuft refolu de ce que voudroyent deuenir les trois cens: pource que ceux qui eftoyent du corps du Senat Romain, fe monftroyent bien deliberez car ils affranchirét incontinent leurs ferfs,& leur baillerent des armes. Mais les autres trois cens eftans marchans traffiquans fur la mer,& exerçans Ja banque& I'vfure, qui auoyet la plus grande partie de leurs facultez & affran nous- me Recono te temps, deuers luy cestrois c plus part nes, de appoint ton fe do Jut rien aluba& fent d'Ve cens. O gens de c inde ro madre la yondre a des fert fonne Dant de de ne v Lomain Capitain QUE encore acci pargun grandes eroit en -glorieule , en priam rolante qu ace de le refou le eut tefurent elmeus fut encore nanimité, yo anite& bont le danger of e leurs biens le reputans oint de pou ylant d on ge de fiex emblee bique Content de parte armes. mmanda ren alla Spion, def & lay que s'il fedeli e& Sci ere loin redroit appon udroyent Corps CATON D'VTIQVE. 467 cultez en ferfs, ne retindrent pas longuement les belles remonftrances de Caton, ains les laifferent efcouler incontinent, tout ain fi comme il y a des corps qui reçoyuent aifément la chaleur,& la perdent auffi legeremét, fe refroidiflans tout auffi toft comme on en efloigne le feu. Auffi fes marchans- là, pendant qu'ils auoyent Caton deuant leurs yeux, s'efmouuoyent& s'efchauffoyent vn petit: mais quand à part ils auoyent conté auec eux, la peur qu'ils auoyent de Cæfar, leur faifoit oublier toute la reuerence, qu'ils pourtoyent à Caton& à leur deuoir. Car qui fommes nous( difoyent- ils)& qui eft celuy à qui nous d'aignons obeir? n'eft ce pas Cæfar, en la main duquel elt auiourd'huy reduite toute la puif fance de l'empire Romain?& au regard de nous, il n'y a pas vn qui foit vn Scipion, ny vn Pompeius, ny vn Caton:& routefois en ce temps où tout le monde cale la voile de crainte,& fe tient encore plus bas qu'il ne deuroit, nous voulons entreprendre de combatre dedans Vtique pour la liberté des Romains, à l'encontre de celuy, auquel Caton mefme fuyant auec Pompeius, a abandonné l'Italie. & affranchiffons nos ferfs pour faire la guerre à Cæfar, n'ayans nous- mefmes no plus de liberté, qu'il luy plaift de nous en laiffer, Reconoiffons- nous donc nouf- mefmes pendant qu'il en eft encore temps,& demandons merci à celuy qui eft le plus fort, enuoyas deuers luy pour le prier de nous pardonner.Les plus honneftes de ces trois cens marchans Romains tenoyent ce langage- là: mais la plus part d'entr'eux efpioyent les moyens de fe faifir des perfonnes, de ceux qui eftoyent du Senat, efperans de faire mieux leur appointement auec Cæfar, en les luy liurant entre ces mains. Caton fe douta bien incontinent de cefte mutation, mais il n'en voul lut rien recercher ny auerer d'auantage,& renuoya les meffagers à luba& à Scipion, par lefquels il leur manda qu'ils s'efloignaffent d'Vtique pour la dante& desfiance qu'il auoit de ces trois cens. Or eftoit- il efchappé de la bataille affez bon nombre de gens de cheual, lefquels tirans deuers Vtique, enuoyerent trois d'entr'eux à Caton, qui ne luy porterent pas vne mefme refolution de toute la trouppe, pource que les vns vouloyent s'aller randre la part où feroit le Roy Iuba, les autres fe vouloyent ioindre à Caton,& les autres craignoyent d'entrer feulement dedans Vtique. Ce qu'entendant Caton, donna charge à Marcus Rubrius d'auoir Fail fur ces trois cens,& receuoir les noms des ferfs qu'ils affranchiroyent volontairement fans forcer perfonne:& cependant luy auec les Senateurs fortit d'Vtique au dewant de ces gens de cheual, où il parla aux Capitaines,& les pria de ne vouloir point abandonner tant de gens de bien, Senateurs. Romains, qui là eftoyent,& ne vouloir point auoir pour leur Capitaine ce Roy Juba pluftoft que Caton, ains entrer dedans Vtique: là où il les pourroit fauner,& fe fauner foy- mefme aueg regans sta 468 Huec leur petra de tla pour tournan tes pour freau: 1 chaftie ton le mais ce point qu protecte CATON D'VTIQVE. eux, attendu que la ville n'eftoit point prenable de force,& qu'el le auoit prouifion de bleds& de toute autre munition pour plufieurs annees. Autant leur en requiret les autres Senateurs ayans les larmes aux yeux: à l'occafion dequoy les Capitaines allerent parler à leurs gens: pendant lequel parlement Caton s'affit deffus vne leuee de terre auec les Senateurs attendant leur refpöfe mais fur ces entre- faites arriua deuers luy Rubrius tout efmeu, fe plaighant du tumulte& defordre de ces trois cens marchans, qui vou loyent mutiner& faire rebeller la ville: à raifon dequoy, les autres perdans tout courage& toute efperance fe prirent à plorer& lamenter leur fortune: mais Caton eflaya de les reconforter, enuoyant deuers les trois ces les prier de vouloir auoir encore vn peu de patience,& cependant les deputez par ces gens de cheual vin drent apporter leur refponfe, qu'ils vouloyent des chofes trop dures: car ils dirent qu'ils n'auoyent que faire de la folde de Iuba,& qu'ils ne craignoyent point Cæfar, pourueu qu'ils enffent Caton pour leur Capitaine: mais qu'il leur fembloit n'y auoir point de propos de s'enfermer dedans vne ville auec les habitans qui de Jeur origine eftoyent Phoeniciens, la plus muable& plus defloyale nation qui foit au monde.Car encore difoyent- ils, que pour ce. fte heure ils ne remuent rien, fi eft- ce que quand Cæfar viendra, ils feront les premiers qui nous voudront courir fus,& nous trahi ront pourtant fi Caton vouloit qu'ils fe ioigniffent à luy pour faire la guerre, il falloit qu'il chaffaft tous les naturels habitans d'Vtique hors de la ville, ou bien qu'il les fift tous occire dedans,& lors qu'ils y entreroyent quand elle feroit vuide d'ennemis,& de barbares Caton eftima cela trop barbare,& trop cruel, toutefois il leur repliqua qu'il en communiqueroit auec les trois cens,& retournant dedans la ville parla à eux: lefquels n'vferet plus de defguifement ny ne controuuerent plus de desfaites pour la reueren ce de Caton, ains declarerent ouuertement qu'ils fe courroucaroyent à l'encontre de qui les voudrait preffer de faire la guerre à Cæfar, attendu qu'ils ne le vouloyent ny ne le pouuoyent faire: & y en eut mefme quelques vns qui murmurerent entre leurs dents, qu'il falloit retenir en la ville les Senateurs, iufques à ce que Cafar fuft venu.Caton ne fit pas femblant de l'auoir ouy, car auffi auoit il l'ouye vn peu dure: mais fur ce point quelqu'vn luy vint dire, que les gens de cheual s'en alloyent: parquoy craignant que ces trois cens ne miffent les mains fur ceux du Senat, il s'y en alla luy- mefme en perfonne auec fes amis,& les voyant defia efloignez, il monta à cheual& piqua apres eux, lefquels furent bien aife de le voir,& le receurent entr'eux, luy confeillans qu'ilfe vou Juft fauuer auec eux. Mais Caton les pria de fauuer ceux du Senat, fi affe& tueufement que les larmes, à ce qu'on dit, luy en vindrent aux yeux, en leur tendant les mains,& retournant leurs cheuaux auec tous ceu qu'ils fi eftoit e tout ce foy- m de fol té de aife Araft il obter ceux du tent de luft fe qu'il tons ftov delib cipale pour mes, a A quo la bon foit be & tre tre uet TE Senate Captaines Catraca leur relpo teme archans, qu dequoy lea renta plore forter, enue encore vin pe de chenal vin moles trop du e de Tuba,& ent Caton or point de bitans quide Jus defleye e pour ce viendra, nous trabi pour fai nemis,& is& rede def reueren Currouce guerre ent faire CATON DVTIQVE 469 auec leurs brides,& leur prenant leurs armes, tant qu'à la fin il im petra d'eux qu'ils demeureroyens à tout le moins encore ce iourilà pour donner moyen à ceux du Senat de s'en fuyr à fauueré- Retournant donc auec eux en la ville, il en ordonna les vns aux portes pour les garder,& en mit d'autres en garnifon dedans le chafteau: les trois cens à l'heure eurent peur que ce ne fuft pour les chaftier de ce qu'ils s'eftoyent tournez. Si enuoyerent deuers Caton le fupplier de s'en venir, comment que ce fuft, deuers eux: mais ceux du Senat l'enuironnans tout a l'entour ne voulurent point qu'il y altaft,& dirent qu'ils n'abandonneroyent point leur protecteur& fauneur à des traiftres& defloyaux: car à la verité tous ceux qui lors fe trouverent dedans Vtique, de quelque eftat qu'ils fuflent egalement, coneurét euidemment la vraye vertuqui eftoit en Caton,& efprouuerent qu'il n'y auoit rien de faint en tout ce qu'il faifoit, ains ayant de longue main refolu de s'occire foy- mefme, il prenoit tant de péine& fe trauailloit auec fi grande folicitude pour les autres, à fin qu'apres les auoir mis en feureté de leurs vies, il fe depefchaft luy- mefme de la fiene: car il eftoit aifé à voir qu'il auoit refolu de mourir, encore qu'il ne monftraft au dehors aucuns fignes de cœur dolent& affligé. Parquoy il obtempera à la requefte des trois cens,& apres auoir reconforté ceux du Senat, s'en alla tout feul deuers eux, lefquels le remercierent de ce qu'il auoit daigné venir,& le fupplierent qu'il fe vouluft feruir d'eux,& s'y fier hardiment en toute chofe, moyennant qu'il leur pardonnait s'ils ne pouuoyent pas tous eftre des Catons,& qu'il euft compaffion de cefte foybieffe de coeur, s'ils n'eftoyent pas fi fermes ne fi genereux que luy, pource qu'ils auoyet deliberé d'enuoyer deuers Cæfar le fupplier premieremét& prin cipalement pour luy,& que là où ils ne pourroyent obtenir grace pour luy, ils eftoyent refous de n'en receuoir point pour eux- mefmes, ains combatroyent pour fon falut iufques au dernier foufpir. A quoy Caton leur refpondit, qu'il leur fauoit bien bon gré de la bonne affection qu'ils monftroyent auoir enuers luy,& qu'il e- ftoit befoin qu'ils enuoyaffent donc viftement prier pour leur falut, mais pour le fien qu'il n'en falloit point parler, pource que c'eft à faire à ceux qui font vaincus de prier,& à ceux qui ont failly de demander pardon mais quant à luy, non feulement il a- uoit toute la vie efté inuincible, ains auoit vaincu tant comme il auoit voulu,& auoit toufiours efté plus puiflät que Cæfaren droit & en iuftice,& que c'eftoit luy- mefme qui maintenant eftoit pris & vaincu, pource que ce qu'il auoit toufiours nié machiner contre la chofe publique, eftoit lors euidemment aueré& prouué co tre luy.Ayant fait telle refponfe à ces trois cens, il fe departit d'anec eux.Et entendant que Cæfar eftoit defia en chemin auec toute fon armee pour s'en venir à Vaique: O dieux, dit- il, il vient dos tre leurs ques à ce uy, car ' va luy Craignar ilsya defel Senat indrent chevaux ggj alec 470 Ifer pour bailer les m qu'il te pa lefift car faudroit je ne veu injuftice la vie co mais bie petrer gr enfemble luy recor congé de Fils& fe entre au uernem CATON D'VTIQVE. contre nous, comme contre des hommes. Et adonc fe tournant deuers ceux du Senat, il leur confeilla de ne differer plus, ains aduifer chacun à fe fauuer, pendant que les gens de cheual eftoyét encore en la ville. Sa fie fermer toutes les autres portes, excepté celle du port qui refpondoit à la marine puis diftribua des nauires& vaiffeaux à ceux qui eftoyent fous fa charge, prouuoyant à ce que tout allaft par ordre,& qu'il n'y eut point de tuinulte ny de confufion, qu'il ne fift tors à perfonne,& que chacun euft argent& moyen de fe pouuoir fauuer. Mais come Marcus Octa& ius qui auoit deux legions, s'eftant venu camper affez pres d'Veique euft enuoyé deuers luy pour arrefter à qui& iufques où cha cun d'eux auroit authorité de commander, il ne refpondit rien à cela: mais fe tournant deuers fes amis, leur dit, Nous efmerueillősnous fi nous auons tout gafté& perdu, veu que nous voyos qu'au milieu de la mort l'ambition& conuoitife de dominer regne encore entre- nous? Sur ces entre- faites on luy vint dire, comme les gens de cheual s'en voulans aller, pilloyent defia& faccageoyét les biens des habitans d'Vtique, comme butin de bonne guerre. Il s'y en alla courant à l'heure mefme,& aux premiers qu'il trouua ofta des mains ce qu'ils auoyent pris: les autres auất qu'il vinft iufques à eux, ietterent ce qu'ils emportoyent,& regardans tous en terre de honte, s'en allerent, fans dire mot.Adone Caton faifant affembler les naturels habitans d'Vtique, les pria de n'irriter& n'aigrir point Cæfar à l'encontre des trois cens, ains pluftoft deffayer à obtenir pardon de luy tous enfemble: puis s'en allant derechef fur la marine, regarda partir ceux qui s'embarquoyent, ambraflant& difant A dieu à tous fes hoftes& amis, aufquels il auoit confeillé de fe fauuer, les accompagnans iufques dedans leurs vaiffeaux. Quant à fon fils, il ne luy fuada point de s'en aller, ny n'eftima point qu'il le deuft preffer d'abandonner fon pere. Au demeurant il y auoit en fa compagnie vn nommé Statillius, homme ieune d'aage, mais ferme de courage, qui s'eftoit propofé à imiter la conftance inflexible de Caton qui luy confeilloit qu'il montaft fur mer,& s'embarquait auec les autres, pource qu'il fauoit bien qu'il hayfloit à mort Cæfar. Il n'en voulut rien faire: parquoy Caton fe tournant deuers Apollonides philofophe de la fete Stoique,& deuers Demetrius, de la fecte des Peripatetiques: C'eft à vous autres, dit- il, à amollir& applatrir ce ieune homme, que vous voyez ainfi enflé,& à le ramener par vos remonftrances à fon vtilité.Cependant luy conuoyoit tous les autres, faifoit droit à ceux qui luy demandoyent iuftice,& donnoit ordre à leurs affaires, de forte qu'il paffa en cela toute celle nuict& tout le iour enfuyuant.Cela fait, Lucius Cæfar, parent du victorieux, eftät delegué par les trois cens pour aller deuers luy interceder pour tous, pria Caton de luy aides à dreffer la barangue dont- il auoit à Yfer apparti & des a feroit p fe laue tout hau tyllus, den eft b Apollo & efti deui ment fift à Pharf dormi oficie auant de la pl finalem es que VO de dem desen E er porter point de que char Marcus fez prese ialques ou co pondit rien merueillos voyos qu'a regne encomme les faccagey nne guerre qu'il trou qu'il vint dans teus faifant riter& dot def allande urquoyen anfquels il es dedans deren alpere atillius, propofe qu'd vil fa CATON D' VTIQVE a 47 à vfer pour eux: car pour toy, Caton, dit- il, ie ne faindray de luy baifer les mains,& de me ietter à fes genoux s'il eft befoin, à fin qu'il te pardonne.Caton luy refpondit qu'il ne vouloit point qu'il le fift: car fi ie vouloye fauuer ma vie par la grace de Cæfar, il ne faudroit finon que ie m'en allaffe moy- mefme deuers luy: mais ie ne veux point fauoir gré ny eftre obligé à vn tyran pour vne iniuftice: car c'eft iniuftice à luy d'vfurper la puiffance de fauuer la vie comme feigneur, à ceux à qui il n'a nul droit de comander: mais bien aduifons enfemble, fi tu veux, ce que tu diras pour impetrer grace à ces trois cens. Si furent quelque efpace de temps enfemble, à en deuifer,& à la fin quand il voulut partir, Caton luy recommanda fon fils& fes amis:& l'ayant ambraffé,& pris congé de luy, s'en retourna en fon logis, là où il fit affembler fon fils& fes familiers& amis, aufquels il tint plufieurs propos,& entre autres diffuada à fon fils de s'entre- mettre iamais du gouuernement de la chofe publique, pource que le faire ainfi qu'il appartiendroit à la dignité d'vn fils de Caton, la qualité du temps & des affaires ne le permettoit pas:& de le faire autrement, il ne feroit pas honnefte: puis fur le foir il entra dedans l'eftuue pour fe lauer,& ainfi qu'il fe lauoit fe fouuenat de Statyllius il s'efcria tout haut: Et bien Apollonides, tu as donc fait partir à la fin Statyllius, en luy rauallant cefte hauteffe de courage, qu'il auoit: il s'en eft bien allé fans nous dire A dieu. Comment allé? refpondit Apollonides, il a le coeur plus grand& plus ferme que iamais, & eft impofsible de le faire flefchir, combien que nous en ayons deuifé& difputé bien longuément enfemble: car il dit refoluement, qu'il fera tout ainfi que tu feras. Apres s'eftre laué, il s'affift à table comme il auoit accouftumé depuis la iournee de Pharfale: car il ne fe coucha onques puis, que ce ne fuft pour dormir:& fouppa en compagnie de tous fes amis,& mefmes des officiers de la ville d'Vtique apres le foupper furent mis en auant plufieurs bons propos,& faits plufieurs beaux difcours de la philofophie, les vns fur les autres, tant que la difpute vine finalement à tomber fur ces lieux communs des opinions eftranges que tiennent les philofophes Stoiques, comme, Qu'il n'y a que le fage& homme de bien qui foit franc& libre,& que tous les mefchans font ferfs& efclaues. A quoy le philofophe Peripatetique, qui là eftoit, ne faillit pas incontinent à contredire: mais Caton prenant la parole d'vne grande vehemence& d'vne voix plus afpre& plus groffe que de couftume, côtinua cefte difpute fort longuement,& contefta d'vne affection merueilleufe, de forte qu'il n'y eut celuy en la compagnie qui ne coneuft euidemment qu'il eftoit tout refolu de s'ofter des miferes de ce monde, en mettant fin à fa vie: à l'occafion dequoy quand il eut acheué de dire, voyant que tous les afsiftans fe taifoyent& faifoyent gg 8 faire: de la iques: omme, Frances it dro urs af le four 472 CATON D' VTIQVE. trifte chere, pour les reconforter& diuertir de cefte fufpicion, il commença derechef à demander des affaires,& monftrer d'en a- moir foin& folicitude, comme ayant peur qu'il n'aduinft quelque fortune à ceux qui eftoyent montez fur mer, ou à ceux qui a- uoyent pris leur chemin par terre, ayans à pafler vn pays defert, fauuage,& où il n'y auoit nulles eaux Ainfi s'eftant la compagnie du foupper defpartie, il fe promena encore auec fes amis, comme il auoit ordinairemét accouftumé apres foupper,& ayant comandé aux Capitaines du guet ce que le temps requeroit, quand il fe voulut retirer en fa chabre, alors il embraffa fon fils& le careffa auec tous fes amis les vns apres les autres plus amiablement qu'il n'auoit appris ce qui donna derechef foupço de ce qu'il auoit en penfee de faire.Entré qu'il fut en fa chambre& couché en fon lict, il prit en main le dialogue de Platon où il traitte de l'ame,& Jeut la plus grande partie, puis regardant au deffus de fon cheuet il ne vit point fon efpee, pource que fon fils la luy auoit fait ofter, comme il eftoit encore à table. Si appella vn fien valet de chambre,& demanda qui luy auoit ofté fon efpee, le valet ne luy refpondit rien,& luy fe remit à lire encore en fon liure: puis vn peu apres fans preffer autrement by monftrer qu'il en euft trop de hafte, ains de vouloir fauoir feulement qu'elle eftoit deuenue, il commanda qu'on la luy apportaft.Il paffa vne affez longue efpace de temps, de forte qu'il eut acheué de lire entierement tout Je liure fans que perfonne luy apportaft fon efpee: parquoy il appella tous fes feruiteurs les vns apres les autres,& commença à leur vfer de plus rude parole en leur redemandant fon efpee, iufques à donner fur le vifage de l'vn vn fi grad coup de poing, qu'il s'enfanglanta toute la main, fe courrouçat à bon efciant,& criant que fon propre fils& fes feruiteurs le vouloyent liurer tout vifà fon ennemi, tant que fon fils plorant& fes amis y accoururent, qui fe iettans à fes pieds fe prirent à lamenter& le fupplier. Mais Caton fe leuant du lit les regarda en trauers de mauuais ceil& leur dit: Dea, quand& où a ce efté, qu'on m'a veu troublé d'entendement? Que ne me remonftre- on par raifon, s'il femble que ie prenne confeil aucun qui en foit bon, fans me vouloir engarder d'vfer de mon aduis& demon fens,& fans me defarmer? Que ne lies- tu ton pere mon ami,& que tu ne luy attaches les mains derriere le dos, iufques à ce que Cæfar arriuat me trouue fans moyen de me pouuoir defendre? car contre moy mefme ie n'ay point à faire d'efpee pour me desfaire, fi ie veux, attendu qu'il ne me faut que retenir mo haleine vnlpeu de teps, ou bien doner vn feul coup de la tefte contre la muraille, pour me faire mourir. Ainfi comme il difoit ces paroles, fon fils fortit de la chambre plorant,& aufsi firet tous les autres amis,& ne demeura que Demetrius& ApolJonides aues luy, aufquels parlant ja plus dousement, il dit: Eftesyous VOUS poin n homm icy pour vous me donn ton n'ay & fauu mainte jettant tenues nement plus cen ce que & arre les liu voule tes a Juy ouve brea la tint fee& mainte tire dor fter ron deci & Pe auoy fes ef fut fi Butas cepte me me Hoit don es amis ayant con t, quand & le care lement qu qu'il auos chten Con de Pame& de fon che en valet de let ne ly CATON D'VTIQVE. 473 vous point aufsi vous autres d'aduis de retenir en vie par force vn homme de l'aage que ie fuis?& n'eftes- vous point demeurez icy pour vous tenir afsis fans rien dire, ne faire que me garder? ou fi vous me venez apporter quelques raifons& argumens pour me donner à entendre qu'il ne foit indigne ny deshonnefte à Caton n'ayant autre moyen de fauuer fa vie, d'attendre à la refpirer & fauuer par la mercy de fon ennemi,& que n'alleguez vous maintenant quelques preuues pour me moftrer cela, à fin que reiettant ces autres raifons& opinions, lefquelles nous auons tenues enfemble iufques icy, eftans à cefte heure deuenus foudainement plus fages par le moyen de Cæfar, nous en foyons de tant plus tenus de luy rendre graces? toutesfoisie ne dis pas cela, pource que l'aye arrefté aucune chofe de ma vie, ains en confulteray & arrefteray aucunement auec vous, quand i'en delibereray auec les liures& raifons, defquelles vous- mefmes vfez quand vous voulez philofopher:& pourtant allez vous- eu ardiment,& dites à mon fils, qu'il ne vueille point forcer fon pere à ce qu'il ne Juy fauroit prouuer par raifon qu'il le deuft faire. Ces paroles ouyes, Demetrius fans luy refpondre fortit en plorant de la chambre:& lors luy enuoya on fon efpee par vn peit enfant: quand il la tint il la defguaina,& regarda fi la pointe en eftoit bien aiguifee,& le fil bien trenchant ce qu'ayant trouué, alors, Ie fuis, dit- il, maintenant à moy.Si la mit aupres de foy,& reprit encore fon liure qu'on dit, qu'il leut par deux fois d'vn bout à autre puis s'endormit d'vn fort profond fommeil, tellement que ceux, que e- ftoyent hors de la chambre, l'entendoyent bien ronfler. Enuiron la minuit il appella deux de fes affrächis, Cleanthes fon medecin,& Butas celuy duquel il fe feruoit le plus és affaires d'eftat, & l'enuoya fur le port voir fi tous ceux qui s'eftoyét embarquez, auoyent fait voile,& bailla la main pour la bander, à caufe qu'elle luy eftoit enflee du coup de poing qu'il auoit donné à l'vn de fes efclaues. Cela refiouit tous ceux de fa famille, penfans que ce fut figne qu'il euft encore enuie de viure. Peu apres retourna Butas qui luy rapporta que tous les autres auoyent fait voile, excepté Craffus qui eftoit encore demeuré pour quelque affaire, & qu'il s'en alloit embarquer, mais qu'il faifoit vn grand vent,& y auoit vne groffe tourmente en la mer. Ayant ouy ce rapport il fe prit à foufpirer pour la compaffion qu'il euft de ceux qui e- ftoyent montez fur mer:& renuoya Butas derechef fur le port pour voir fi aucuns auroyent point relafché, qui euffent à faire de quelque chofe pour le luy venir dire. Les petits oifeaux commengoyent defia à chanter& luy prit derechef vn petit de formeil: mais fur ce point retourna Butas qui luy dit qu'il n'y a- uoit bruit quelconque fur le port, Caton luy dit, qu'il s'en allaft donc,& qu'il fermaft la porte apres luy,& fe raualla dedans fon evenue, gue ef t tout lap chant Mais ceil& Entene ne deroyen Dint& Coup 4-4 are de C guarante defplaifir donné au feigneur woit bell pour for de forte main, de bons am phradat Et Cato fois il el batant journe en rou les en ceux la pla CATON D'VTIQVE lice, comme pour dormir ce qui reftoit encore de la nuict: mais aufsi toft que Butas eut le dos tourné il defguaina fon efpee,& s'en dona vn coup au deffous de l'eftomach: toutesfois pour l'inflämation qu'il auoità la main il ne peut pas frapper fi grad coup, qu'il en trefpaffaft foudainement: ains en tirant à la fin il tōba de deflus fon lit,& fit bruit en tombant, par ce qu'il renuerfa vne table Geometrique qui eftoit ioignant fon lift, tellement que feś feruiteurs qui en ouyrent le bruit, s'efcrierent incontinent:& aufsi toft fon fils& fes amis entrerent en la chambre, là où ils le trouuerent tout fouillé de fang:& la plus part de les boyaux fortans hors du corps, combien qu'il fuft encore en vie& qu'il les regardaft. Si furent tellement outrez de douleur, qu'ils ne feurent de prime- face que dire ne que faire: mais fon medecin s'approchant voulut effayer de remettre les boyaux qui n'eftoyent point entamez,& recoudre la playe: mais quand il fe fut vn peu reuenu de efuanouyffement, il repouffa arriere le medecin,& defchirant fes boyaux auec fes propres mains ouurit encore plus fa playe, tant que fur l'heure il rendit l'efprit. Et en moins de téps qu'on n'euft penfé que ceux de la maifon feulement euffent peu fauoir l'inconuenient, les trois cens Romains accoururent à la porte de fon logis,& incontinent apres s'y affembla aufsi tout le peuple de la ville, qui tous d'vne voix l'appellerent leur bien faiteur& leur fauueur, en le nommant feul homme libre& inuincible: ce que ils faifoyent, encore qu'ils euffent nouuelles que Cæfar choit bien fort d'Vtique,& neantmoins il n'y eut ny crainte de approperil ny enuie de flatter le vainqueur, ny differet ou querelle que ils euffent, enfemble qui les engardaft de porter honneur à la memoire de Caton, ains ornant fon corps magnifiquement,& luy faifans vn couoy de funerailles le plus honorable qu'ils peurent, l'inhumerent fur le riuage de la mer, là où il y a encore auiourd'huy vne fiene ftatue tenant vne efpee en la main: puis cela fait ils entendirent à fe fauuer eux& leur ville. Mais Cæfar ayant nouuelles par deux qui alloyent deuers luy, que Caton ne bougeoit d'Vtique,& ne s'enfuyoit point, ains enuoyoit tous les autres,& que luy, fon fils& fes amis demeuroyent, fans monftrer qu'ils euffent crainte de rien, ne fauoit que penfer quelle eftoit fa deliberation:& pource qu'il en faifoit trefgrand conte, fe haftoit auec la plus grande diligence qu'il pouuoit auec toute fon armee: mais quand il eut la nouuelle comen: il s'eftoit desfait foy- mefme, on efcrit, qu'il dit ces paroles feulemet, le por te enuie à ta mort, Caton, puis que tu m'as enuié la gloire de t'auoir fauué la vie.Car à la verité fi Cato euft peu fouffrir far luy euft fauué la vie, il n'euft pas tant diminué de fa gloire, Caqu'il euft augmenté celle de Cæfar: toutesfois quad à ce qu'il euft fait, on n'en fauroit que dire affeurément, finon qu'on conieque Qure ce& point eftant Conjura parter Com VE cu ils le t alt forta Willes rege leurent d CATON D'VTIQVE 475 Gure de Cæfar en la plus humaine partie. Il mourut en Paage de quarante& huit ans. Et quant à fon fils, Cæfar ne luy fit aucun defplaifir: mais on dit, qu'il fut homme de peu de valeur,& de fordonné auec les femmes: car eftant logé en la Cappadocie chez vn feigneur du fang royal du pays, nommé Maphradates, lequel a- uoit belle femme, il y demeura plus longuement qu'il ne deuoit pour fon honeur, pource qu'il donna occafion de fe faire moquer, de forte qu'on efcriuoit de luy par moquerie, Caton, partira demain, dedans trente iours, Et Maphradates& Portius font deux bons amis, ils n'ont qu'vne ame.A caufe que cefte femme de Maphradates s'appelloit Pfyché, que fignifie en langage Grec, ame, Et, Caton eft genereux& magnanime, il a l'ame royale. Toutesfois il efteignit& amortit toute cefte infamie par fa mort, en com batant vertueufement contre Angufte& contre Antonius en la iournee de Philippes, peur la liberté: là où eftant leur armee mife en route, il ne voulut ny fuyr ny fe cacher, ains fe iettat à trauers les ennemis, fit bien conoiftre qui il eftoit, en donnant courage& ceux de fon parti, qui faifoyet encore tefte, tant qu'il fut occis fur la place, laiffant à fes aduerfaires grande admirarion de fa vaillace& vertu.Et enrore plus Porcia la fille de Caton, qui ne ceda point à fon pere, ni à fa chafteté ny en grandeur de courage: car eftant mariée à Brutus, qui tua Cefar, elle fut participante de la coniuration,& s'ofta la vie auffi magnanimement comme il appartenoit à fa vertu& au noble fang dent elle eftoit iffue, ainfi comme nous l'auons efcrit plus au log en la vie de Brutus.Et Sta tyllus, qui auoit dit, qu'il feroit tout ce que Caton feroit, fut lors empefché de fe tuer par les philofophes, dont nous auons par lé cy deflus: mais depuis s'eftant monftré tref- fidele& tref- vtile à Brutus en tous fes affaire, il fut auffi tué fur le champ en la bataille chant efchicom les qu'on n'e fauoir fin porte de ce que elle ge pe de Philippes. ce Cafar Caton OLE ans and uec toit por 476 AGIS ET CLEOMENES. 0 M EN HIV KA Η Σ on fe fie mieune h feglorifie medic TH & pre vont en ge leur danger tremett fance, il commet que l'ho la où il yne fo qui n'e E n'eft pas fans propos ny fans apparece, que quelques vns ont eftimé la fable d'ixion auoir efté copofee à l'en contre des ambitieux, Qu'il eut à faire à vne nuee, penfant que ce fuft la deeffe Iuno,& que de ceft embraffement les Centaures eu furent engendrez: car tout ainfi, les ambitieux embraflans la gloire, comme vne image de la vraye vertu ne font iamais afte, qui foit entierement pur& net, ny ne fe reffemblent point conftamment en leurs faits: ains produifent des ef fets, où il y a toufiours, quelque baftardife& quelque meflange parmi, felon la diuerfité des vents qui le pouffent, ores eftans incitez par enuie ou par ialoufie, ores par le defir de plaire à vne cómune ne plus ne moins que les pafteurs difent en vne Tragedie de Sophocles, parlans de leurs troupe aux de beftes, Nous leur feruons, quoy que maistres foyons, Et fans parler faut que nous les oyons. Cela veritablemet fe peut auffi dire de ceux, qui au gouuernemet de la chofe publique n'ont autre but, que s'accommoder aux appetits& aux affections du commun peuple, pource qu'à la verité ils feruent& obeyffent en tout& par tout, afin d'auoir le titre& Papparence feule de magiftrats& de gouuerneurs, ne plus ne moins, qu'en vne nauire les matelots, qui font fur la proue, voyét ce qui eft deuant, mieux que ne font les pilotes qui manient le timon en la pouppe,& neätmoins fe retournét toufiours vers eux, & font ce qu'ils leur comandent, ainfi ceux, qui en leur gouuerne ment ne vifent à autre but qu'à la gloire, font miniftres efclaues de la commune,& n'ont que le nom feulement de gouuerneurs. Or celuy qui feroit entierement& parfaitemet homme de bien, n'appeteroit iamais gloire quelconque, finon entant qu'elle luy donneroit paffage à pouuoir executer de grandes chofes, d'autas qu'on pour Vn qu obey nient à que devam troye pas c que nat CO gou fes a & te Pend fider fider quelques fee& Pea ee, penbrale 15 Terti ref desef lang ansinc -00 32 gadie me ne ét tiUx rne Jes AGIS ET CLEOMENES. A 477 qu'on fe fieroit plus en luy.Bien eft il vray, qu'il faut permettre à vn ieune homme de gentile nature, conuoiteux d'honneur, qu'il fe glorifie& fe plaife vn peu en fon bien faire, pource que, comme dit Theophraftus, les vertus bout tét& fleurifient en ceft aage là,& prenent pied ferme par les louanges qu'on leur donne, puis vont en augmentant& croiffant à mesure que le fens& le courage leur croit.Mais le trop eftant de foy- mefme par tout ailleurs dangereux, eft peftilent& mortel és ambitieux de ceux qui s'entremettent du gouvernement des affaires: car s'ils ont grande puif fance, il leur fait commettre des fautes manifeftemēt furieufes,& commettre des actes de gens forcenez, pource qu'ils veulent, non que l'honneur procede de la vertu, ains qu'il foit la vertu mefme: la où il faudroit qu'ils diffent au peuple ce que Phocion refpondit vne fois à Antipater, lequel luy vouloit faire faire quelque chofe qui n'eftoit point honnefte: Tu ne faurois, luy dit- il, auoir Phoció pour ami& pour flateur enfemble. Ainfi ne pouvez vous auoir vn qui vous foit maiftre& valer, ne qui vous commande& vous obeyffe enfemble: autremét il eft force qu'il aduienne Pinconuenient qui eft en la fable du ferpent, duquel la queue vint vn iour à quereller contre la tefte, difant qu'elle vouloit à fon tour aller deuant, non pas toufiours demeurer derriere. Ce que luy eftant or troyé par la tefte, elle s'en trouua trefmal elle- mefme, ne fachant pas comment ne par où il falloit cheminer,& fi fut encore caufe que la tefte fut toute defchiree, eftant contrainte de fuyure côtre T nature vne partie qui n'auoit ny veue ny ouye, pour fe pouuoir conduire. Nous voyons le mefme eftre aduenu à plufieurs, qui au gouuernement de la chofe publique ont voulu faire toutes chofes au gré de la multitude: car s'eftans vne fois attachez à ce ioug de feruitude de vouloir en tout& par tout aggreer à la comune, qui bien fouuent s'efmeut temerairement& fans raifon quelconque, ils n'ont feu puis apres retirer, ny retenir& arrefter la fureur & temerité du peuple.Or ce qui m'a fait entrer en ce difcours à l'encontre de l'ambition& vaine gloire populaire, ce a efté la co fideration de la grande puiffance qu'elle a, quand l'ay bien eu cofideré les accidets de Tiberius& de Gaius Gracques, lefquels e- ftans tous deux fort bien nais, ayas efté tres- bien nourris,& eftäs venus au maniement des affaires de la chofe publique en bie bone intention, furent neantmoins tous deux à la fin perdus, non tant par demefuree conuoitife d'honneur, que par crainte de defhonneur, laquelle ne procedoit encore que de grand& noble cœur, car ayans receu du peuple plufieurs demonftrations d'amitié& de bien- vueillance, ils eurent hote de demeurer, par manisre de dire, redeuables,& tafcherent à l'enuie à furmonter les hōneurs que le peuple leur faifoit, par nouuelles inuentions& nouuelles ordonnances, qu'ils mettoyent en auant au profit& auan 478 A GIS ET CLEOMENES tage de la commune:& la comune auffi de fon cofté les honoroie de tant plus, qu'ils s'esforçoyent de luy gratifier.Ainfi par egale ambition, s'enflamans les vns les autres, eux à gratifier de plus en plus au menu peuple,& le meuu peuple à les honorer, ils ne fe do nerent de garde qu'ils fe trouuerent enueloppez en des affaires, où ils ne pouuoyent plus dire ce commun prouerbe, Bien que de foy ne font la chofe honnefte, Le defifter feroit ia deshonn fte. Cans enf eut deux Cleony Roy, ain mourut crotatu uant la demus couch I& el mepar furent reque tous le fuy L Ce que tu pourras toy mefme aifément iuger par la nue expofitio de P'hiftoire. Nous leur comparons deux autres hommes popuJaires, tous deux Roys de Lacedæmone, A gis& Cleomenes, lefquels voulans augmenter la puiflance& authorité du commun peuple, auffi bien que les deux Romains, remettre fus le iufte& honnefte gouuernement de la chofe publique Lacedæmoniene, qui ia de long temps eftoit hors d'vfage, encoururent femblable. ment la haine des grands, qui ne vouloyent rien perdre ny diminuer de leur auarice accouftumee. Vray eft, que les deux Laconies n'eftoyent pas freres, mais ils fuyuirent tous deux vne mefme& toute femblable forme de gouuernement, lequel commença en cefte maniere: Depuis qu'vne fois la conyoitife d'amaffer or& argent fe fut coulee dedãs la ville de Sparte,& qu'auec la pofteffion de la richeffe fuyuit aufsi l'auarice& la chicheté,& auec l'vfage les voluptez& les delices, Sparte fe trouua incontinet deftituce de plufieurs grandes& honorables preemineces,& demeura long temps indignement raualee& rabaiflee, iufques à ce que Agis& Leonidas vindrent à regner, eftant Agis de la maifon des Eurytionides, fils d'Eudamidas fixieme en droite ligne apres Age filaus, qui auoit efté le plus grand homme& le plus puiffant de toute la Grece en fon temps: car Agefilaus eut vn fils nommé Archidamus, qui fut desfait par les Meffapiens deuant vne ville d'Italie qui s'appelle Mandonium. Ceftuy Archidamus laiffà deux fils, Agis l'aifné,& Eudamidas puif- né, qui fut Roy, ayat fon frere Agis efté tué deuat la ville de Megalipolis parAntipater, fans que il euft engendré aucuns enfans. Ceftuy laiffa vn fils quicut nom Archidamus,& Archidamus vn autre Eudamidas:& Eudamidas, Agis, duquel nous efcriuos à prefent. Leonidas aufsi fils de Cleonymus eftoit de l'autre maiion royale des Agiades, huitieme en droite ligne apres Paufanias, celuy qui desfit en bataille Mardonius le lieutenant du Roy de Perfe deuant la ville de Platzes: car ce Paufanias eut vt fils qui fut nommé Pliftonax, Pliftonax vn autre Paufanias, lequel s'enfuit de Sparte en la ville de Tegee,& au lieu de luy fut Roy fon fils aifné Agefipolis, lequel eftät mort fans enfans, Cleobrotus fo frere puif- né luy fucceda au roy aume.Ce Cleombrotus eut deux fils, vn autre Agefipolis& Cleomenes, defquels Agefipolis ne fut pas long tips Roy,& n'eut aucuns torfe niens és ma Jeucu duqu fon do re& e auffit Je gr ge ces mer Cont incon fité d te, off perfo Hunte ure m aya cell pref expofiti es pop enes, lef Cotamnun te& momenc Laconies melme& nga ca work lle AGIS ET CLEOMENES. 479 cuns enfans, mais fon frere Cleomenes, qui fut Roy apres luy, en eut deux, Acrotatus l'aifné qui mourut fon pere viuant encore,& Cleonymus le puif- né qui le furuefcut,& neantmoins ne fut point Roy, ains le fut fon neueu Areus fils d'Acrotatus. Ceftuy Areus mourut deuant la ville de Corinthe,& fon fils qui fut vn autre A- crotatus luy fucceda an royaume, qui mourut auffi en bataille deuant la ville de Megalipolis, où il fut desfait par le tyran Ariftodemus,& laiffa fa femme enceinte, laquelle depuis fon trefpas ac coucha d'vn fils, duquel Le onidas fils de Cleonymus eut la tutelle,& eftant fon pupille mort en bas aage, la fucceffion du royaume par cefte mort luy efcheut à luy- mefme: mais fes mœurs ne furent iamais aggreables ny couenables à fes citoyens. Car enco re que par la corruption vniuerfelle de toute la chofe publique, tous les citoyens egalemét euffent ia fouruoyé, fi eft- ce qu'en ceftuy Leonydas y auoit plus notable diffolution,& plus apparente torfe& deuoyement de l'ancienne façon de viure des Lacedæmo niens qu'en nul autre, côme en celuy qui auoit longuement hanté és maifós des Princes& Satrapes,& qui auoit fuiuy la cour de Se leucus, dont il auoit apporté mal à propos la pompe& l'orgueil, duquel on vfe en fes cours- la, en la Grece, là où les loix& la raifon dominét.Mais Agis au côtraire furpalla en gétilleffe de natu re,& en grandeur de courage, non feulemét ce Leonidas- la, mais auffi tous les autres prefque, qui auoyent regné en Sparte depuis le grad Agefilaus, de maniere que n'eftãt pas encore arriué à l'aa ge de vingt ans,& ayant efté nourri opulemment entre les delices& voluptueufes fuperfluitez de deux femmes, Agefiftrata fa mere,& Archidamia fon ayeule, qui auoit plus d'or& d'argent contant, que nuls autres Lacedæmoniens, commença neantmoins incontinet à fe roidir à l'encôtre des voluptez,& contre, la curio fité de fe rédre principalemét aggreable par la grace de fa beauté, oftant tout parement& tout embelliffement d'alentour de fa perfonne, fuyant toutes delices,& fe defpouillant de toute fuperHuité, iufques à faire gloire d'aller fimplement veftu d'vne poure mefchante cappe,& à regreter le manger, le lauer,& tout le refte de la regle de viure de l'ancienne difcipline Laconique, difant publiquement qu'il ne voudroit point eftre Roy, fi n'eftoit pour l'efperace de remettre vn iour fus cefte forme de viure par le moyé de l'authorité royale. Or auoit comencé à fe corrompre & gafter cefte difcipline dés lors prefque queles Lacedæmoniens ayans ruiné la puiflance des Atheniens, s'eftoyent remplis d'or& d'argent: neantmoins eftant toufiours demeuré le nombre des parts& portions des heritages que Lycurgus auoit inftituees,& ayant toufiours de main en main le pere laiffe à fon fils la fiene, ceft ordre& cefte egalité s'eftant aucunement maintenue, quoit preferué la chofe publiq de plufieurs autres fautes& erreurs iuf ce que fondes de eux ere Je -0 Car max 480 on vo er cefte bien por coup po vraye c fat ta m geren eut ga mere, coup p uiteurs elle mar fepubli dacom portaf fibles AGIS ET CLEOMENES ques à ce qu'il y eut vn perfonnage d'Authorité nomé Epitadeus homme rebours, fier& fuperbe de nature, lequel eftant en office d'Ephore, vint à auoir debat à l'ençôtre de fon propre fils, fi afpre ment, qu'en haine de luy il mit en auant vne loy& ordonnance, qu'il fut loifible à vn chacun de donner fon heritage& fon bien dés fon viuant, ou bien apres fa mort par teftament à qui on voudroit.Celuy- la propofa cefte ordonnance pour fatisfaire à vn fien particulier courroux,& les autres l'accepterent pour feruir à leur auarice, qui fut caufe de renuerfer& abolir vne trefbelle inftitution: car les riches commencerent alors à acquerir de tous coftez, en deboutant les vrais heritiers des fucceffions qui leur appartenoyent: par- ce moyen eftant l'opulence en peu de temps coulee és mains de petit nombre de gens, il y euft auffi toft vne grade poureté en la ville de Sparte, qui fut caufe d'y faire ceffer tous excrcices honeftes& liberaux,& d'y introduire les mechaniques, auec enuie& haine à l'encontre de ceux qui poffedoyent les biens, de maniere qu'il n'y demeura pas plus de fept cens naturels Spartiates en tout,& de ceux- là encore n'y en auoit- il pas plus de cent qui poffedaffent des terres& heritages: tout le refte eftoit vn amas de peuple fouffreteux qui fe tenoit en la ville, fans y auoit degré d'honneur quelconque, allant mal volontiers& lafchement a la guerre contre les ennemis de dehors,& n'attedant autre chofe que quelque occafion de remuer& changer tout au dedans.Pourtant Agis eftimant que ce feroit vne belle chofe, come à la verité elle l'euft efté, de repeupler la ville,& y r'amener l'anciene egalité, alloit fondant les cœurs& les volontez des homes,& trouua contre fon efperance, que les ieunes furent ceux qui pluftoft y prefterent l'oreille,& fe rengerent du cofté de la vertu, en changeant facilemet& tournant ne plus ne moins qu'vn habillement, leur maniere de viure pour recouurer liberté: mais la plus part des vieux, comme ceux qui eftoyent enuieillis enla corruption, craignoyent de retourner à l'aufterité des ordonnances de Lycurgus, comme vn efclaue fugitif qui tremble de peur quand on le ramene deuant fon maiftre: au moyen dequoy ils tafoyent Agis, quand il venoit à deplorer& à lamenter deuant eux la mal- heureté de l'eftat prefent,& à regretter l'honneur,& la di gnité ancienne que Sparte auoit eue par le paffé, excepté Lyfander fils de Lybis,& Mandroclidas fils d'Ecphanes,& encore Age filaus, qui tous approuuerent grandement fon intention,& l'enhorterent de la pourfuyure viuemet. Ce Lyfander eftoit le mieux eftimé& le plus honnoré perfonnage qui fuft en toute la ville. Mandroclidas le plus aduifé pour bien conduire vne menee qui fuft en toute la Grece,& fi eftoit fon aftuce& fa fineffe accompagnee de hardieffe: Agefilaus eftoit oncle du Roy, homme eloquet, mais au demeurant voluptueux& auaricieux,& ce qui plus, à ce qu'on la bell duire mença volon fon fil aux aut & eurs& Doyen te en Surm en co llacge ce& g & enco me, com Comme elles fe rembe mele mese la plu les m Doyen fance d qu'e NE faristan pour l The tre ons qui le taire celier) les mecha oledoyer pt cens na woit- il pa ut le r أرمللن rs& la edant tout aut le, co AGIS ET CLEOMENES 486 qu'on voyoit au dehors, le pouffuit& l'encourageoit de fauorifer cefte entreprife, eftoit fon fils Hippomedon, qui s'eftoit fort bien porté à la guerre en plufieurs batailles,& qui pouuoit beaucoup pour l'amitié que luy portoyent les ieunes hommes: mais la vraye caufe fecrete qui plus l'induifit à entrer en la confpiration, fut ta multitude grande de fes dettes, dont il efperoit fe defcharger en remuant l'eftat de la chofe publique. Si toft donc qu'Agis eut gaigné celuy- là, il effaya de attirer auffi par fon moyen fa mere, qui eftoit fæeur dudit Agefilaus,& femme qui pouuoit beau coup, pour le grand nombre qu'elle auoit d'amis, de feruiteurs, d'obligez& de deteurs en la ville, par le moyen defquels elle manioit à fa volonté vne bonne partie des affaires de la chofe publique: luy ensayant donc ouuert le propos, elle s'en eftonna du commencement,& luy dit qu'il fe teuft s'il eftoit fage,& fe deportaft de mettre en fa fantafie des chofes qui n'eftoyent ne poffibles ny vtiles: mais quand Agefilaus luy eut vn peu remonftré la belle chofe que ce feroit,& comme elle fe pouuoit bien conduire à chef auec vne vtilité trefgrande,& que le Roy Agis comença à la preffer inftamment de prieres, qu'il luy pleuft quitter volontairement fa richeffe, pour acquerir gloire& honneur à fon fils, luy a leguant qu'il ne pourroit iamais arriuer à eftre egal aux autres Roys en cheuance& en auoir, attendu que les ferui& eurs& facteurs feulement des Roys Seleucus& Ptolomæus, a- uoyent plus de biens, que n'en eurēt iamais tous les Roys de Spar te enfemble: mais fi par temperance, magnanimité& continence furmontant leurs delices, il venoit à remettre les Lacedæmonies en cómunauté& egalité, come ils fouloyent eftre anciennement, acquerroit la gloire& le renom d'vn veritablement grad prince& grand Roy.Alors ces remöftrances ouyes, les dames efmuës & encouragees de voir fi grande magnanimité en ce ieune homme, commencerent à changer d'opinion,& furent foudainement, comme par infpiration diuine, fi efprifes de l'amour de vertu, que elles fe mirent elles- mefmes à inciter& hafter Agis,& enuoyerét querir leurs amis pour les prier& admonnefter de fauorifer à fon entreprife,& qui plus eft, en parlerent auffi aux autres Dames, fa chans bien que de tout teps les Lacedæmoniés croyent& deferent beaucoup à leurs femmes, leur permettas de s'enquerir& fe mefler plus auant des affaires de la chofe publique, qu'à eux- mef mes en leurs maifon des affaires domeftiques. Or faut- il noter, q la plus part de la richeffe de Lacedæmone eftoit pour lors entre les mains des femmes, ce qui rédit l'entreprife plus difficile: car les femmes y refifteret, no feulemet pource q par icelle elles ve noyent à perdre leurs delices, efquelles pour n'auoir pas conoif fance du vray bien, elles conftituoy ent leur felicité: mais auffi par ce qu'elles voyoyent que l'honneur qu'on leur faifoit,& la puiframenet ez des ho rent ceur de la qu'vn stetu am is enla nnanpeur stateux la di fanAge Blen mieur a ville ce Jon hh j AGIS ET CLEOMENES. fance& authorité qu'elles auoyent à caufe de leurs richeffes, leur wenoyent à eftre retrenchees de tout point: à l'occafion dequoy en s'addreffant à Leonidas, elles l'admonefterent de reprendre Agis, come eftant plus aagé que luy,& d'empefcher ce qu'il auoit entrepris de faire. Leonidas auoit bien bonne envie de fauorifer aux riches: mais craignant le commun peuple, qui ne demandoit autre chofe que la mutation, il n'ofoit pas luy refifter ouuertemet, ains faifoit fous main tout ce qu'il pouuoit pour rompre& empefcher fes deffeins, en tenant propos auec les officiers de la ville,& calomniant Agis enuers eux, leur donnant à entendre qu'il offroit aux poures les biens des riches, le departement des heritages& abolition de toutes dettes pour falaire de luy mettre la tyrannie en main,& que par ce moyen il s'alloit achetat à luy mefme plufieurs fatellites, no pas plufieurs citoyens à la ville de Spar te.Če nonobftant Agis ayant fait eflire Lyfander Ephore, propo fa incontinent au confeil& miten auant fon ordonnance, de laquelle les articles principaux eftoyent, Que ceux qui deuoyent, fuffent entierement abfous de leurs dettes: que le territoire de Lacedæmone fuft derechef diuifé en portios egales, de forte que depuis la vallee de Pallene iuiques au mont de Taugetus,& aux villes de Mallea& de Selafia, il y eut quatre mille cinq ces parts, & hors ces bornes- là, qu'il y euft en tout le refte autres quinze mille, lefquelles feroyet diftribuees aux circóuoyfins, qui feroyet idoines à porter armes,& les autres aux naturels Spartiates: le nobre defquels feroit remply des peuples voyfins& des eftrangers aufsi, qui auroyent efté bien nourris,& qui fe trouueroyent forts & difpos de leurs perfonnes,& en aage pour bien feruir: lefquels puis apres feroyent departis en quinze conuiues, qui feroyent les vns de deux cens, les autres de quatre cens hommes,& viuroyent felon la forme& regle de viure que leursanceftres auoyent inftituee& obferuee. Cefte ordonnance eftant mife en auant au Senat, les Senateurs fe trouuerent differents d'opinion la deffus, par quoy Lyfander de luy- mefme, fans attendre autre aduis, affembla le grand confeil de tout le peuple: en laquelle luy- mefme parla aux affemblez,& Mandroclidas& Agefilaus aufsi, les prians de ne vouloir pas permettre que pour les delices d'aucuns particuliers en petit nombre, la dignité de Sparte demeuraft aneantie& efteinte: ains fe vouloir fouuenir des oracles des dieux, qui anciénemét leur auoyent efté refpondus, qu'ils fe donnaffent foigneufement garde de l'auarice& conuoitife d'auoir, qui feroit vn iour la pefte& ruine de leur eftat:& femblablement aufsi de celuy qui naguere leur auoit efte apporté du temple de Pafiphaé: car il y auoit vn temple& vn oracle de Pafiphaé, auquel il auoit grand apport en la ville de Thalames. Si difent aucuns que cefte Pafiphae, eftoit l'vne des filles d'Atlas, laquelle conceut& enfanta de Iupiter Fupiter landra fur fur de les Daph ce, fut prop que l me il autre quel Tatto grand tous qu'en & qu quie peup Roy ans il Contra Coura 6ont meg COD dem men Buy qu'il eftra fire i que to doubl ryen 102 ma ceu ma de p & en 206c pre de dela endre qu es herit elaty ay me ore propo evoyen itoit de orte que ,& aux parts, Quinze leroye esle no tranges royentl uropen nt in tau Se spar embla parla ns de rticu antie& ancie Digner VIR JOU luy qui grand Pafi nta de upiter le efcus. AGIS ET CLEOME NE S. 483 Fupiter vn fils nommé Hammon: les autres tienent que c'eft Caffandra l'vne des filles du Roy Priam, qui mourut en ce lieu- là& fut fur- nommee Pafiphae, pource qu'elle rendoit à tout le monde les oracles des chofes à aduenir. Mais Philarchus efcrit que Daphné fille d'Amycla, fuyat Apollo qui la vouloit predre à force, fut tranfmuce en vn laurier,& honnoree par Apollo du don de prophetie: fi difoyet que les oracles de ce dreu leur comandoyét, que les Spartiates retournaffent derechef a eftre tous efgaux, come il auoit efte ordonné par les loix de Lycurgus. Quand tous les autres eurent parlé, le Roy Agis le dernier fe tira en auant, lequel apres peu d'autres paroles dit, qu'il contribuoit à cefte refor mation de la chofe publique, qu'il vouloit remettre fus, de tresgrandes contributions: car premierement il mettoit en commun tous fes heritages, qui eftoyent grands tant en terres labourables qu'en pafturages:& dauantage fix cens talens en argent cotant, Trois cents & qu'autant en feroyent fa mere, fes ayeuls& fes parens& amis, foixanternity qui eftoyent tous les plus riches des Spartiates. Ce qu'entendät le peuple s'efimerueilla grandement de la magnanimité de ce ieune Roy,& en fut merueilleufement aife, difant que depuis trois cens ans il n'y auoir eu Roy digne de Sparte que luy: mais Leonidas au contraire s'esforça lors de tout fon pouuoir de luy refifter, difcourant en foy- mefme qfi l'entreprife d'Agis auoit lieu, il feroit contraint faire de mefme luy,& fi ne luy en fauroit- on pas mefme gré qu'à luy, pource que tous Spartiates egalement fetoyent contraints de mettre leurs biens en commun, mais l'honneur en demeureroit à celuy qui auroit commencé: fi demanda publiquement à Agis, s'il eftimoit Lycurgus auoir efté home de bien. A gis luy refpondit que ouy:& où as- tu veu, repliqua adonc Leonidas, qu'il ait iamais aboly les côtraux des dettes, ou qu'il ait receu des eftrangers au nombre des bourgeoys de Sparee? veu qu'à l'oppofite il n'eftima point que fa chofe publique peuft eftre faine, fino que tous eftrangers en fuffent entierement bannis. Agis à cela redoubla, difant qu'il ne s'efbayffoit pas fi Leonidas ayat efté nour ry en pays eftranger,& ayant pris femme en cour de Satrape, i- gnoroit les ordonnances de Lycurgus, lequel chaffant hors de fa ville l'or& l'argent, en chaffa auffi le deuoir& le prefter.Et quat aux eftrangers, il hayffoit ceux, qui ne fe vouloyent ranger aux mours, couftumes& façons de viure qu'il introduifit,& eftoyét ceux- là qu'il chaffoit, non qu'il voulut mal à leurs perfonnes, mais pource qu'il craignoit leurs mœurs& leurmaniere de viure, de peur que fe meflans parmy ces citoy es, ils ne leur apportaffent & engendraffent va defir de viure mollement& delicieufement, auec vne conuoitife de s'enrichir: car au demeurant Terpander, Thales& Pherecydes, qui tous eftoyent eftrangers de nation, furet iadis fingulieremet aimez honorez& reuerez en Sparte pour hh j 484 A GIS ET CLE OMENES. A fa fille nidas ad re, fut pa brotus. eftant f deret, das de cotrau Eux fe s'enter autant qu'ils chantoyent en leurs efcrits les mefines chofes, que Lycurgus eftabliffoit en fes loix,& toy mefme loues Ecprepes de ce qu'eftant Ephore il coupa auec vne hache les deux cordes, que Phrynis le muficien auoit adioufte es à la cythre de plus que les fept ordinaires,& auffi femblablemet ceux qui en firent autat à Timotheus:& neamoins tu me blafme de ce que ie veux ofter de Sparte la fuperfluité, les delices, la pompe& l'orgueil, comme fi ces perfonnage- là n'euffent pas voulu de loin obuier à ce que cefte fuperfluité,& ce trop en la mufique ne procedaft iufques à telle corruption de vie& de mœurs des hommes, que l'inegalité demefuree& difproportionee entre les citoyes redift la cité defcordante& mal conuenante auec foy- mefme. Depuis cefte contention le cómun peuple fuyuit Agis,& les riches fe rangerët du cofté de Leonidas, le prians& admoneftans de ne les point abandonner:& par prieres& remonftrances firent tant envers les Senateurs, defquels l'authorité principalement confifte à confulter & digerer les matieres auant qu'elles puiffent eftre propofees au peuple, qu'ils gaignerent ce point, que l'ordonance fut reboutee par vne voix de plus tant feulement.Parquoy Lyfander eftãt encore en fo magiftrat, fe mit à pourfuyure Leonidas en iuftice par vne ancienne loy, laquelle defendoit qu'vn de la race d'Hercules ne peuft efpoufer femme eftrangere ny en engendrer des enfans legitimes,& qui eftabliffoit peine de mort côtre ceux qui fortoyét de Sparte pour aller demeurer ailleurs:& en fufcita d'autres, aufquels il enfeigna de tenir ces langages, pendant que luy auec fes copagnons obferueroit le figne du ciel: ce qui eftoit vne telle cou ftume.De neuf en neuf ans les Ephores choififfans vne nuict que le ciel fuft fort clair& net,& qu'il ne fift point de Lune, fe feyoyent en quelque lieu à defcouuert, regardas cotre mont vers le ciel,& s'ils apperceuoyet aucune eftoile qui fautaft d'vn endroit du ciel à vn autre, ils mettoyent leurs Roys en iuftice, come ayas commis quelque peché à l'encontre des dieux,& les fufpèndoyét de leur royauté, iufques à ce qu'il fuft venu ou de Delphes ou d'O lympe quelques oracles qui les reftituaffent. Lyfander doc difat, qu'il auoit veu& obferué le figne d'vn aftre volant, appella Leonidas en iuftice,& produifit des tefmoins côtre luy, come il auoit efpoufé vne femme Afiatique, que l'vn des lieutenans du Roy Se leucus luy auoit baillee en mariage,& qu'il en auoit eu deux enfans: mais que depuis fa femme le hayffant& ne voulant plus de luy, il s'en eftoit retourné contre fa volonté au pays, où il s'eftoit emparé de la royauté, à faute d'autre hoir legitime qui la pretedift,& par mefme moyen en començant ce proces, il mit en tefte à fon gedre Cleombrotus, lequel eftoit auffi de la race royale, de quereller la royauté.Leonidas craignat l'iffue de ce proces, s'alla ietter en franchife au temple de Iuno fur- nomee Chalcececos, & fa nances nud au qu'ils c ne opi ftoit le qu'il perfo que d noit a noit q ils fero lerent e leverl ce, de bred ce qu qu'ils ne hire euft er volon dont i minet, pour les Yot tres TICE du ter gent a rai faire ble& ceux 052 pter WEL mescales, Lovies Expa care de tou le veur uell, com er a ce es pot aba envers les Se propoles fut rebou er eftir inftice pa Hercules des enfans fortover enuifque matrets le nendric peadores roudo cdifat, la Leoil auoit Roy Se eux en A GIS ET CLE OMENE S. 48 & fa fille aufsi, abandonnant Cleombrotus fon mary. Si fut Leonidas adiourné à comparoir en perfonne:& ne l'ayant voulu faire, fut par fentéce priué de la royauté, laquelle fut baillee à Cleőbrotus. En ces entrefaites Lyfander fortit hors de fon magiftrat, eftant fon temps expiré,& les nouueaux Ephores, qui luy fuccederet, releueret Leonidas,& accuferent Lyfander& Mandroclidas de ce que contre les loix ils n'auoyent veulu faire abolir les cotraux des detes,& faire derechef repartir lesterres& heritages. Eux fe voyans appellez en iuftice, fuaderent aux deux Roys, que s'entendas enfemble ils ne fiffent plus conte des decrets& ordonances de fes Ephores, alleguant que ce magiftrat- là n'eftoit venu à auoir authorité finon par la diffentió de ces deux Roys, à fin qu'ils donnaffent leurs voix à celuy des Roys, qui auroit plus faine opinion, quand l'autre fe voudroit obftiner contre ce, qui e- ftoit le plus expedient: mais quad les deux Roys s'accorderoyét, qu'il leur eftoit loifible de faire tout ce qu'ils voudroyet fans que perfonne les peuft empefcher,& que c'eftoit contreuenir aux loix que de refifter aux Roys, attendu que de droit il ne leur appartenoit autre prerogatiue, finon d'arbitrer& decider quand il adue noit quelque differet entr'eux, non pas les aller cotreroller quad ils feroyet d'accord. A quoy les deux Roys adiouftas foy, s'en allerent enfemble fur la place accompagnez de leurs amys,& firet leuer les Ephores de leurs fieges,& en mirent d'autres en leur pla ce, defquels l'vn fut Agefilaus; outre cela ils armerent vn bo nobre de ieunes hommes,& tireret les prifonniers hors des prifons: ce qui effraya fort leurs aduerfaires, lefquels penferet incótinet, qu'ils euffent propofé de faire mourir beaucoup de gens: mais ils ne firent tuer perfonne: ains au contraire comme Agefilaus vouluft faire tuer Leonidas, lequel s'enfuyoit en la ville de Tegee,& euft enuoyé gens fur le chemin pour l'attendre& executer cefte volonté, Agis en ayant fenti le vent, y enuoya d'autres hommes, dont il fe fioit, qui accopagnerent Leonidas& le menerent à fauueté iufques dedans Tegee. Ainfi eftant leur entreprife bien ache minee,& n'y ayant perfonne qui ofaft leuer la tefte contre eux pour les empefcher, vn feul home Agefilaus reuerfa tout,& gafta vne tres- belle& tres- Laconique ordonnance par vn tres infame vice, qui fut fon auarice& couoitife d'auoir Car ayant beaucoup du terres& des meilleures du pays,& deuât auffi beaucoup d'argent, il ne pouuoit payer fes dettes, ny ne vouloit laiffer fes terres, à raifon dequoy il dona à entendre à Agis, que s'ils attentoyet de faire l'vn& l'autre tout enfemble, ils fufciteroyết vn grad trouble& dangereufe combuftion en la cité: mais que s'ils gaignoyét ceux qui poffedoyent des terres, en mettant en auant pour le comencement l'abolitio des dettes feulement, ils receuroyent puis apres plus facilement fans dire mot, au contraire le departement plade il s'effic Lapre entelle grals de al ecos, & la hh iij 486 AGIS ET CLEO MENES. • des terres. Lyfander en fut bien d'aduis, l'vn& l'autre eftät decet par la malice d'Agefilaus, Si firent commandement à tous creanciers, qu'ils euffent a apporter fur la place, tous papiers, fchedules & lettres obligatoires, que les Lacedæmoniens appellent Clariay en faifant vn monceau mirent le feu dedans Quand les creanciers& ceux qui faifoyent meftier de prefter argent à vfure, en virent la flamme en l'air, ils s'en allerent en leurs maisons fort mal- contens: mais Agefilaus en fe mocquant deux dit, qu'il n'anoit iamais veu plus beau ne plus clair feu. Le peuple demandoit au furplus que le departement des terres fe fit tout quand& quad: & les Roys le vouloyent aufsi: mais Agefilaus y faifant naiftre toufiours quelques empefchemens,& alleguant quelques excufes tiroit la chofe en logueur, iufques à ce qu'il aduint vne occafion, qu'il fallut qu'Agis allaft à la guerre, ayans les Achæiens enuoyé demander le fe cours que ceux de Lacedæmone eftoyent tenus de leur fournir, par la capitulation de la ligue qu'ils auoyent auec eux, à caufe qu'on atendoit de iour à autre que les Ætoli ens entraffent par les terres des Megaries dedas le pays du Pelo ponefe: pour à quoy obuier, Aratus Capitaine general des Ache iens auoit affemblé fon armee,& auoit efcrit aux Ephores, qu'ils enuoy affent leur fecours:& eux depefcherent incontinêt le Roy Agis, voyans mefmement l'affection& la bonne volonté de ceux, qui eftoyet deputez pour aller à celle guerre fous luy, la plus part ieunes hommes& poures qui fe voyoyét defchargez de la crain te de leurs detes,& efperovent qu'on leur defpartiroit les terress aufsi toft qu'ils feroyent de retour de ce voyage: à raifon dequoy ils fe monftroyent merueilleufement bien deliberez& obeyffans au Roy Agis: tellement que les villes par où ils paffoyent, les con fideroyent auec admiration grande, voyans come ils trauerfoyet tout le Peloponefe d'vn bout a autre doucemet, fans faire defplai fir ny dommage à perfonne,& prefque fans mener bruit quelconque en maniere de parler. Si alloyent les Gres difcourans en eux- mefmes, coment il deuoit doc au pris faire bon voir l'armee de Lacedæmone ancienemét, quad ils auoyent pour Capitaines vn Agefilaus, vn Lyfader, ou vn Leonidas, veu que tous ceux, qui lors eftoyent en l'armee, qui paffoit, obeyffoyent fi promptement à Agis, qui eftoit à peu près le plus ieune homme de tout fon caps lequel faifant gloire de fe paffer de peu, d'aimer à beaucoup tra uailler,& a n'eftre point ny veftu ny armé plus fomptueufement qu'vn priué foldat, en eftoit bien regardé, loué& aimé de la com mune: mais les riches ne prenoyent point de plaifir à celle nouuelleté, qu'il introduyfoit, craignans que cela ne donnaft occafió aux autres peuples de fe mouuoir aufsi,& d'en vouloir autant fare en leur endroit, Agis donc attaignit le camp d'Aratus pres la ville de Corinthe, fur le point qu'il confultoit, s'il deuoit donner la bala batai volou fe: car fer po du Po meill Acha pour efcri mais ayan resil harf Pelo & ro tous lez & fe h'ef qu'il la pa treze ן ny you pag Qua You qu' bru quo & fe Leon Un ra plus Son NE pen and la mailo degli e dema quand failant les Achaien one hover qu'ils au ue les A s di Pe des Adhe res, qu'ils Et le Roy de ceux plus part A GIS EL CLEOMENES. 487 la bataille à l'ennemi, ou non:& en ce confeil monftra Agis vne volouté bien deliberee& vne hardieffe non temeraire ny furieufe: car il dit, qu'il eftoit d'aduis, qu'on deuoit combatre,& ne laiffer point entre la guerre plus auant, en abandonnant l'entree du Poloponefe: toutefois qu'il feroit ce, qu'Aratus efliroit pourle meilleur, a caufe qu'il eftoit plus ancien& Capitaine general des Achæiens, aufquels il n'eftoit pas venu pour commander, ains pour leur aider& pour les fecourir. Toutes fois Baton Sinopien efcrit, qu'il ne voulut pas.combatre, quoy qu'Aratus le voulufts mais il n'auoit pas leu ce, qu'Arat' mefme à laiffé par efcrit pour fa iuftification& defenfe, la deffus alleguant que les laboureurs ayans ia recuelly& ferré la plus grande part des fruits de la terre, il eftima qu'il valoit mieux laiffer entrer les ennemis, que de harfarder la bataille, où il eftoit queftion de la perte de tout le Peloponefe,& que pour ce te caufe il dona congé à tous lei alliez & rompit fou armee. Ainfi fe retira Agis aufsi fort eftimé de tous ceux, qui furent en ce cap, eftans ia les affaires fort brouyllez& troublez en la ville de Sparte: car Agefilaus, eftant Ephore & fe fentant deliuré de la crainte qui le tenoit bas au parauiant, h'efpargna ny ne laiffa à commettre crime quelconque, pourueu qu'il luy en vinft argent: car entre autres chofes, il fit cefte annee la payer outre le deuoir les tailles& tributs deuz au public pour treze mois, en y adiouftant le trezieme, fans que l'ordre du téps ny la reuolution ordinaire des ans le requift. Au moyen dequoy, voyant qu'il eftoit hay de tout le mode,& craignant ceux à qui il faifoit tort, il entretenoit des foldats portans efpees qui l'accopagnoyent,& luy feruoyent de garde, quand il alloit au palais. Quant aux deux Roys, il ne faifoit conte de l'vn,& de l'autre il vouloit qu'on penfaft, qu'il en fit cas, plus à caufe de la parenté qu'il auoit auec luy, que pour la royale dignité,& fi fema vn bruit qu'il feroit encore Ephore l'annee enfuynant: au moyen de quoy fes mal- vueillas fe bandas enfeble premier que cela fe fift, & fe hafardas au peril, ramenerent à viue force tout ouuertement Leonidas de Tegee pour le remetre en fa royauté: ce que le com mun peuple mefme fut bien aife de voir: car ils eftoyent mal cotens de fe voir abulez, en ce qu'on ne faifoit pas le departement des terres, comme on leur aucit promis:& quant à Agefilaus, fon fils Hippomedon eftant bien voulu de tout le mode pour fa vaillance, fit tât par fes prieres enuers le peuple, qu'il le fauua,& le tira hors du dager. Mais quant aux deux Roys, Agis fe ietta en frå chife dedans le temple de Iuno Chalceœcos,& Cleombrotus en celuy de Neptune: car il fembloit, que Leonidas luy en vouluft plus qu'il ne faifoit à Agis: tellement qu'il laiffa Agis pour alleg contre luy accompagné de gens de guerre: fi luy reprocha, quand #fut pres de luy que cobien qu'il fut fen gedre, il l'auoit neang de la crais lestemes fondequoy ruit quel butans ch Farmee pitaines ux, qui tement on cap coup tra ufement ela com lle no occafio pres la bb jij donner laba 488 AGIS ET CLEOMENES moins efpié pour le priuer de fa royauté,& l'auoit chaffé de fon pays, A quoy Cleombrotus ne fachant que refpondre, fe tint afsis fans luy rie repliquer: mais Chelonis fa femme, fille de Leonidas, qui parauant s'eftoit fentie outragee du tort qu'on faifoit à fon pe re,& s'eftoit feparee d'auec fon mari Cleombrotus, qui auoit vfur pé la royauté fur luy, pour aller feruir fon pere en fon aduerfité,& comme il fut en franchife, fe rendit aufsi fuppliante comme luy, puis quand il s'en fut allé a Tegee, demeura toufiours portant dueil, indignee à l'encontre de fon mari: mais lors au contraire changeant fon courroux auec la fortune, fe redit aufsi fuppliante auec fon mari, fe feant aupres de luy,& le tenant entre fes bras, ayat au deffous d'elle fes deux petis enfans, I'vn d'vn cofté& l'au tre d'vn autre: tellement que tous les afsiftans s'en efmerueilloyét & ploroyent par compassion de voir la debonnaireté& charité de cefte Dame, laquelle monftrant fon veftement de dueil& fes cheueux efpars fans ornement quelcoque, fe prit à dire, Ce n'eft point la pitié qi'ay de Cleombrotus, qui me fait prendre ceft ha bit ny cefte contenace, mon pere, ains le dueil qui à toufiours demeuré auec moy,& que i'ay continuellemet porté depuis le com mencement de tes maux, quand tu fus chaffé en exil: lequel donc des deux doy- ie pluftoft faire maintenant, ou continuer de viure en dueil& porter ce piteux accouftremét, ores que tu es venu au deffus de tes ennemis& és reftitué en ta royauté, ou bien veftir vn accouftrement royal& robbe de parement, voyant que tu veux occire le mari, auquel tu mas donnee fille en mariage? lequel s'il ne te peut mouuoir a pitié,& obtenir de toy mercy par les larmes de fa femme& de fes enfans, fouffrira encore vne plus dure peine de fon mauuais confeil, que celle que tu luy veux faire fouffrir, c'eft qu'il verra fa feme, laquelle il aime plus cherement qne cho fe de ce monde, mourir deuant luy pource qu'autrement, comme pourroy- ie ny auec quel front me trouuer en la compagnie des autres honneftes Dames, quant ie n'auray onques peu efmouuoir à pitié ny mon pere en priant pour mon mari, ny mon mari en priant pour mon pere,& que ie me voy nee pour eftre fille& femme toufiours mal- heureufe& mefprifee des mies? Mais quat à mon mari, s'il auoit aucune raifon apparente de faire ce qu'il fit, ie la luy oftay en me rangeant de ton cofté,& proteftant contre luy du tort qu'il te faifoit:& au contraire, tu luy donnes honnefte couuerture d'excufer fa faute faifant paroir que la royauté foit chofe fi defirable& fi grande, qu'il foit loifible de tuer fes gé dres,& ne faire aucun conte de fes propres enfans pour l'amour d'elle.Chelonis en faifant fes regrets& lamentations, mit fon vifage deffus la tefte de Cleombrotus,& ietta fes yeux enfoncez de douleur& fondus à force de larmoyer deuers les afsiftans: parquoy Leonidas, apres auoir va peu communiqué auec fes amis, Cont comma hors de pour tant a ri: ma fe leu ellel'aut Clea neg pour mel de la fubft ment men alla dre qu'i Age Tout auoit Jes fou me ue, tou Age led elpe roye reille Quels que qu aud O me Pen Amp Conta re les as ell& Ce receltha fours de is le com donc eviure enu au ir yn tu veux equel il es laimes repende nie des OUWOLE en le& quat qu'il con hon mour 1. A GIS ET CLEOMENES. 489 eommanda à Cleombrotus qu'il fe leuaft de là,& qu'il s'en allaft hors de la ville en exil, priant fa fille qu'elle vouluft demeurer pour l'amour de luy,& n'abandonner point fon pere qui l'auoit tant aimee, que pour l'amour d'elle, ii auoit fauué la vie à fon ma ri: mais, quoy qu'il dift, il ne la feut induire à vouloir ce faire, ains fe leuant quand& fon mari, luy tendit l'vn de les enfans,& prit elle- mefme l'autre en les bras puis ayant fait fon oraifon deuant l'autel de la deeffe, s'en alla en exil auec luy, de maniere que fi Cleombrotus n'euft eu le iugement depraué par ambition& vai ne gloire, il euft deu eftimer q ceft exil luy eftoit plus grad heur pour fa femme telle qui l'accompagnoit, que n'eftoit la royauté mefme fans elle. Ainfi Leonidas ayant chafsé Cleombrotus hors de la ville,& au lieu des premiers Ephores qu'il depofa, en ayant fubftitué d'autres, fe mit incontinent à penfer les moyens comment il pourroit auoir Agis: fi tafcha de luy perfuader premierement qu'il fortift de la franchife du temple où il eftoit,& qu'il s'e allaft auec luy en feureté exercer fa royauté, luy donnant à enten dre que fes citoyens luy auoyent pardonné tout le paffé, à caufe qu'ils conoiffoyent bien, qu'il auoit efté deceu& circóuenu par Agefilaus, comme ieune homme de fireux d'honneur qu'il eftoit. Toutefois pour cela Agis ne bougeoit point de fa franchife, ains auoit pour fufpe& t tout ce que l'autre luy alleguoit: au moye dequoy Leonidas fe deporta de taicher à l'attirer& l'abufer par bel les paroles: mais Amphares, Demochares& Arcefilaus alloyent fouuent le vifiter& deuifer auec luy, tant que quelquefois ils le menoyent iufques aux eftuues, puis quand il s'y eftoit eftuué& la ué, ils le ramenoyent dedans la franchife du téple, car ils eftoyer tous fes familiers. Mais Amphares ayat de naguere emprunté de Agefiftrate quelques precieux meubles come tapifferies& veifel le d'arget, entre print de le trahyr, luy, fa mere& fon ayeulle, fous efperance que ces meubles qu'il auoit empruntez luy demeureroyent.Et dit- on, que ce fut luy, qui plus que nul autre prefta l'o reille à Leonida,& incita& irrita les Ephores, du nombre defquels il eftoit, à l'encontre de luy.Comme donc Agis euft accou ftumé de fe tenir toufiours le refte du teps dedas le teple, excepté que quelquefois il alloit iufques aux eftuues, ils propoferent de le furprendre quand il feroit hors de la frachife. Sicfpieret vniour qu'il s'eftoit eftuué,& ainfi qu'ils auoyet accouftumé, luy alleret au deuant,& le faluerent, faifans femblant de le vouloir reconBoyer, en deuifant& raillant auec luy, comme auec vn ieune ho me duquel ils fe tenoyent fort familiers: mais quand ils furent à Pendroit du deftour d'vne rue trauerfante qui alloit à la prifon, Amphares mettant la main fur luy, pource qu'il eftoit en magiftrat, luy dit, le te fais prifonier, Agis,& te mene deuat les Epho * es pour rendre conte& raifon de ce que tu as innoué en l'eftag 490 AGIS ET CLEOMENES.. de la chofe publique.Et lors Democares qui eftoit grand& puif fant homme, luy ictta aufsi toft fa robbe à l'entour du col& letira par deuant, les autres le pouffoyent par derriere, come ils auoy ent confpiré entre eux. Ainfi n'y ayat perfonne aupres d'eux qui peuft fecourir Agi ils firettat qu'ils le trainerent en prifo,& in cótinet y arrina Leonidas auec bo nobre de foldats eftrågers, qui enuironnerent la prifon par dehors. Les Ephores entrerent dedas & enuoyerent querir ceux du Senat, qu'ils fauoyent bien eftre de mefme volonté qu'eux: puis commanderent à Agis come par forme de proces de dire pour quelle caufe il auoit fait ce qu'il a- voit remué en l'adminiftration de la chofe publique: Le ieune ho me fe prit à rire de leur fimulation:& adone Amphares luy dit, qu'il n'eftoit pas teps de rire,& qu'il falloit qu'il payaft la peine de fa folle temerité. Vn autre Ephore faifant femblant de luy fauorifer& de luy monftrer vn expedient pour efchapper de cefte criminelle procedure, luy dmada s'il auoit pas efté feduit& cotraint à ce faire par Agefilaus& par Lyfander, Agis refpondit qu'il n'auoit efté induit ne forcé de perfonne: mais qu'il Pauoi fait feulement pour enfuyre l'ancien Lycurgus, ayant voulu remettre la chofe publique au mefme eftat que luy iadis l'auoir or donnee.Le mefme Ephore luy demanda s'il fe repentoit pas de ce qu'il en auoit fait, Le ieune homme refpondit franchement qu'il ne fe repentiroit iamais de chofe fi fagement& fi vertueufement entreprife, encore qu'il vift la mort toute certaine deuät fes yeux Alors ils le condamnerent à mourir,& commanderent aux fergens de le mener en la Decade, qui eft vn certain lieu de la prifon là où on eftrangle ceux, qui font condamnez à mourir par iuftice. Et Democrates voyant que les fergens n'ofoyent mettre la main fur luy,& que femblablement les foldats efträgers refufoyent& auoyent en horreur vne telle execution, comme chofe cótraire à tout droit diuin& humain, de mettre la main fur la perfonne d'vn Roy, en le menaçant& leur difant iniure, traina luy- mefme Agis dedans celle chartre.car plufieurs auoyent defia entendu fa prife,& y auoit ia grad tumulte à la porte de la prifon,& for ce lumieres& torches,& y accoururent aufsi toft la mere& l'ayeule d'Agis, qui crioyent& requeroyent que le Roy de Sparte peuft au moins auoir iuftice,& que fon proces luy fuft fait par fes citoyens. Cela fut caufe de faire hafter& precipiter fon execu tion, pource que fes ennemis eurent peur qu'on ne le recoruft force la nuit d'entre leurs mains, s'il y arriucit encore plus de gens. Ainfi eftant Agis mené à la fourche, apperceut en allant I'vn des Sergens qui ploroit& fe tourmentoit, auquel il dit, Mon ami, ne te tormente point pour pitié de moy: car ie fuis plus hom me de bien, que ne font ceux qui me font mourir fi mefchäment & mal- heureufement:& en difant ces paroles bailla volontairepar Wens ment fo de la p à fes p tie qu lence femb Amp dans les. mia vefc plus tee, de fo le m corp par las font doit entra tante Lors elle Je, hay Hot nab bite toye ains reuer batail Grec Thes d'o des de t Spar enco ent bin is comp Levine refpond il Panch oulu re auoir of as de ce qu'il ement les yeux aux ler la prilo i rent& -mel & for marte par ежеси con epla alla 49* AGIS ET CLEOMENES. ment fon col au cordeau. Cependant Amphares fortit à la porte de la prifon, là où il trouua Agefiftrata mere d'Agis, qui fe ietta à fes pieds,& luy la releuant comme pour la familiarité& amitié qu'il auoit euë auec elle, luy dit, qu'on ne feroit force ne violence aucune à Agis,& qu'elle le pouuoit aller voir fibon luy fembloitelle pria qu'o laiffaft doc entrer fa mere quand& elle. Amphares refpondit que rie ne l'empefchoit,& ainfi les mit dedans toutes deux, faifant refermer les portes de la prifon apres el les. Mais entrees qu'elles furent, il bailla aux Sergens Archidamia la premiere à executer, laquelle eftoit fort ancienne,& auois vefcuiufques à fon extreme vieilleffe en plus grand honneur& plus de dignité, que nulle autre Dame de la ville. Celle- là execu tee, il comanda à Agefiftrata d'entrer apres,& elle voyât le corps de fon fils mort eftedu,& fa mere encore pédue au gibet, aida elle mefme aut bourreaux à la defpendre,& l'eftendit au long du corps de fon fils:& apres l'auoir accouftree& couuerte, fe ietta par terre aupres du corps de fon fils,& en le baifant au vifage, He las, dit- elle, ta trop grande bonté, douceur& clemence mon fils, font caufe de ta mort& de la noftre. Adonc Amphares qui regar doit de la porte ce qui fe faifoit au dedans, oyat ce qu'elle difoit, entra fur le point& luy dit en cholere, puis que tu as efté cófentante du fait de ton fils, tu fouffriras aufsi mefme peine que luy. Lors Agefiftrata fe releuant pour eftre eftranglee, Au moins, die elle, puiffe cecy profiter à Sparte. Ce cas eftat diuulgué par la vil le,& les trois corps emportez hors la prifon, la crainte des magifrats ne peut eftre fi grande, que les citoyens de Sparte ne monftraffent cuidemment, qu'ils en eftoyent fort defplaifans,& qu'ils hayffoyent de mort Leonidas& Amphares, eftimans qu'il n'auoit on cques efté commis vn fi cruel, fi mal- heureux, ne fi damnable forfait en Sparte, depuis que les Doriens eftoyét venus habiter au Peloponefe: car les ennemis mefme en bataille ne mettoyent pas volotiers les mains fur les Roys des Lacedæmoniens, ains s'en deftournoyent s'il leur eftoit pofsible, pour la crainte& reuerence qu'ils portoyent à leur maiefté, de forte qu'en tant de batailles, que les Lacedæmoniens auoyent eues à l'encontre des Grecs, il n'y en eut onques que Cleombrotus, auant le temps de Philippus, fut tué d'vn coup de iaueline en la tournee de Leu & res. il eft vray que les Meffeniens tiennent que leur Ariftomenes tua aufsi Theopopus: mais les Lacedæmoniens difoyent qu'il l'auoit feulement blecé toutesfois en cela il y a quelque diuerfité d'opinions: mais bien eft- il certain que ceft Agis fat le premier des Roys que les Ephores firent mourir, pour auoir voulu faire de tref- belles chofes& trefconuenables à la gloire& dignité de Sparte, eftant en l'aage, en laquelle quand les hommes faillent, encore leur pardonne- on,& ayas eu fes amis plus iufte occafio de 492 A GIS ET CLEOMENES. fe plaindre de luy, que non pas fes ennemis, pource qu'il fauua la vie à Leonidas,& fe fia aux autres, come la plus douce& la plus humaine creature du monde qu'il eftoit. Ayant donc efté Agis ainfi executé, Leonidas ne fut pas affez habile pour furprendre aufsi Archidamus fon frere, car il s'en fuyt incontinent: mais il fit emmener par force fa femme hors de fa maifon auec vn petit enfant qu'elle auoit de luy,& la fit efpoufer à fon fils Cleomenes, combien qu'il ne fut pas encore en aage de marier, de peur que cefte ieune Dame ne fuft remariee ailleurs, pource qu'elle eftoit heritiere d'vne grande& riche maifon, eftant fille de Gylippus, nommee Agiatis, outre ce qu'elle eftoit la plus belle ieune Dame, qui fuft pour lors en toute la Grece, la plus honnefte& la mieux conditionnee: pourtat fit- elle tout ce qu'il luy fut pofsible pour n'eftre point forcee: toutes fois eftant à la fin mariee auec Cleomenes, elle eut toufiours Leonidas en hayne mortelle: mais elle fe monftra bonne& amiable enuers fon ieune mari, lequel aufsi incontinent qu'il l'eut efpoufee en fut amoureux,& par vne compassion luy feut bon gré de l'amour qu'elle portoit encore à fon premier mari,& de l'amiable fouuenace qu'elle auoit de luy, de maniere que bien fouuent il l'en mettoit luy- mefme en propos, luy demandant comme les chofes eftoyent paffees,& prenoit plaifir à luy ouyr raconter quelle intention& quelle volonté a- uoit euë Agis: car Cleomenes eftoit bien autant defireux d'honneur,& auoit bien le cœur aufsi haut comme Agis,& n'eftoit pas moins bien né à la temperance& à la fimplicité& fuffifance de peu que luy: mais il n'auoit pas celle bonté trop referuee,& cefte trop grande douceur, que l'autre auoit: ains fe trouuoit en fon naturel vn petit aiguillon de cholere dauantage,& vne vehemece de vouloir mettre à execution ce qu'il trouuoit honnefte: fi luy fembloit bien, qu'il eftoit plus defirable& plus honnefte, pouuoir venir au deffus de ceux, aufquels il auoit à faire, de leur confentement& bon gré, mais encore eftimoit- il honefte d'en venir au deffus comment que ce fuft, vouluffent ou non, en les forçant de fe rager à ce qui eftoit le meilleur.Et ne luy plaifoit point l'eftat de la ville de Sparte voyant que les citoyens s'alloyent aneantiffant par oyfiueté& voluptez,& que le Roy laiffoit aller tous les affaires come ils pouuoyent, pourueu qu'o ne l'empefchaft point de viure à fon plaifir en fes delices, fans rien faire, de forte que perfonne n'y ayat foin du public, chacun tiroit tout ce qu'il pouuoit au profit particulier de fa maifon: au demeurant, de faire exercer les ieunes enfans, de les nourrir à la temperance, d'introduire vne egalité& vne reformation de vie, il n'eftoit pas feulement feur d'en parler, attendu qu'Agis auoit de frefche date efte mis à mort pour cefte occafio. On dit dauantage que Cleomenes encore ieune garçon auoit cuy quelques difcours de la philofophies phie, qu рабара arrefte foit l' & prit Cleom uoit d cien fpond pour tion, Ja teft fonne fay qu les in prim les m donc der à poin ticulie gles p poin dela mai prit chan res, l dam com bloi entre Boit P comm nouve lev feul bien uero rema Tille Glimp ee Da ellemis , lequel par ve ncore delay проPa on 493 AGIS ET CLEOMENES. phie, quand le philofophe Sphærus natif du pays de Borifthenes paffa par le pays de Lacedæmone, où il s'eftoit affectueufement arrefté à inftruire les ieunes garçons& les ieunes hommes: c'eftoit l'vn des premiers& principaux difciples deZenon le Citie, & prit plaifir à confiderer& aimer la generofité du naturel de Cleomenes,& à luy efchauffer encore dauantage le defir qu'il a- uoit de fe faire valoir& renommer: car comme on dit, que l'ancien Leonidas interrogué quel poëte luy fembloit Tyrcæus, refpondit bon pour flatter& attraire les cœurs des ieunes gens, pource que par tels vers, eftas comme remplis de diuine infpiration, quand ils venoyent puis apres aux batailles, ils fe iettoyent la tefte baiffee dedās les perils, fans en rien efpargner leurs perfonnes: aufsi les raifons des philofophes Stoiques ont bien ie ne fay quoy de dangereux par les natures fortes& vigoureufes, qui les induit quelquefois à temerité: mais quad elles viennet à s'imprimer en vn naturel graue, doux& repofé, c'eft lors que plus elles monftrent& produifent ce qu'elles ont de bon fruit. Eftant donc Leonidas pere de Cleomenes venu à mourir,& luy à fucceder à la royauté, voyant q les habitas de Sparte eftoyent de rout poinct corrópus, par- ce q les riches n'entendoyét qu'à leurs particuliers plaifirs ou profits,& ne fe foucioyent point du public:& es Int you OC les poures ayas affez à faire à viure en leurs maifons, n'alloyet point gayement ny de bon courage à la guerre,& ne leur chaloitde la nourriture des enfans, que luy n'auoit que le nom de Roy, mais que toute l'authorité eftoit en la main des Ephores, il luy prit dés fon aduenement à la royauté, enuie de remuer& changer l'eftat de la chofe publique:& ayant vn fien ami Xenares, lequel auoit autrefois eft amoureux de luy, ce que les Lacedæmoniens appellent Empniftai, come qui diroit, eftre inspiré, il comença à fonder fon vouloir, en demädant quel Roy luy fembloit auoir efté Agis,& par quelle maniere& auec qui il eftoit entré au chemin qu'il auoit futuy.Xenares du comencement n'eftoit point mal cótent de rememorer ces chofes,& luy racontoit comme tout eftoit paffé: mais quad il apperceut q Cleomenes fe pafsionnoit extremement& s'affectionnoit outre mefure à cefte nouuelleté d'Agis,& qu'il en vouloit ouyr le recit trop fouuent, il l'en reprit& l'en tanfa en cholere, come n'eftit pas fage,& finalemét fe deporta du tout de luy en parler,& mefme de retourner le vifiter, fans toutesfois en defcouurir la caufe à perfonne, difant feulement à ceux qui la luy demandoyent, qluy- mefme la fauoit bien: parquoy l'ayat ce Xenares ainfi rebuté,& pefant qu'il trouueroit les autres tout de mefme, il refolut d'en inuenter les, moyes luy tout feul à part foy:& pefant qu'il luy feroit plus facile de remuer les chofes en téps de guerre qu'en temps de paix, il mit la ville de Sparte en pique auec la communauté des Achæiens, 494 mille che merent pr bataille: ne voulu ains fe re prile de cing mi nes& p moire re, que les enne iens fai & attais come i AGIS ET CLEOMENES. Jefquels donnerent eux- mefmes les premieres occafions de fe plaindre d'eux: car Aratus ayant la principale authorité en leur confeil, auoit toufiours tendu dés fon comencement à ioindre en vne ligue tous les babitãs du Peloponefe,& eftoit cela le feul but où vifoyent tous les trauaux en guerre,& toutes fes pratiques& menees en paix: eftimant qu'il n'y auoit autre moyen pour faire que les ennemis du dehors ne le peuffent aucunement offenfer,& y ayant defia rangé prefque tous les autres peuples il ne luy re-. ftoit plus que les Eliens, les Lacedæmoniens,& quelques vns des Arcadiens qui marchoyent fous les Lacedæmoniens. Si toft doe que le Roy Leonidas fut decedé, il comença à harceller les Arcadiens,& à les irriter, mefmement ceux qui confinent aux Argiens, pour fonder que voudroyent dire les Lacedæmoniens, ne faifant point de conte de Cleomenes pource qu'il eftoit encore jeune& n'auoit aucune experience de la guerre: a raifon dequoy les Ephores de Lacedæmone l'enuoyerent premieremét faifir le teple de Minerue, qui eft pres la ville de Belbine, pource q c'eft vne entree du pays de la Laconie, mais le lieu eftoit lors en querelle entre les Megalipolitains& les Lacedæmoniens. Cleomenes s'en faifit,& le fortifia: dequoy Aratus ne fit pas autremét de plainte, mais vne nuit partant auec fon armee alla courir fus à ceux de Tegee& d'Orchomene: toutesfois les traiftres q auoyet intelligence auec luy, euret peur quand ce vint à mettre leur tra hifon à execution. Ainfi s'en retourna Aratus fans rien faire, péfant qu'on n'auroit rie feu de fa faillie: mais Cleomenes par mo+ querie luy efcriuit come à fon ami, luy demandant où il menoit Pautre nuit fon armee: Aratus luy refcriuit qu'ayant entendu qu'il vouloit fortifier Belbine, il eftoit forty pour l'en engarder. Cleomenes renuoy a derechef vers luy,& luy mada qu'il le croyoit fermemet, mais qu'il le prioit bien fort de luy refcrire, fi d'ad venture il n'y auoit quelque intereft, pour quelle caufe il faifoit donc porter des efchelles& des flammeaux apres luy. Aratus fe prift à rire de cefte attainte de moquerie,& demanda quel eftoit ce ieune home.A quoy Democritus Lacedæmonie banny de fon pays luy refpondit: Il eft tel, que ie t'auife, fi tu as à entreprendre quelque chofe contre les Lacedæmoniens, qu'il faut que tu te ha ftes auant que les ergots foyent venus à ce ieune poulet. Depuis eftant à la capagne dedans le pays d'Arcadie auec bien peu de gens de cheual& trois cens homes de pied feulement, les Ephores luy manderêt qu'il s'en retournaft, craignans la guerre: mais il ne fut pas pluftoft retourné à Sparte, qu'Aratus luy prit à fon dos la ville de Caphyes, au moyen dequoy les Ephores le renuoyerent derechef incontinent, où il prit la place de Methydriu, & courut tout le plat pays d'Argos. Si fortiret les Achæiens alécôtre de luy auce vne armee de vingt mille homes de pied,& de milla fe mire prifon Grece l'occa Manti delpro Laceda prifes Me mail Viend enfem auoye temps noit, faire ce fuft ou bie amis a deja co para VO mov Com pren quell Clea Sintin en que Bar te AGIS ET CLEOMENES. 945! mille cheuaux, fous la coduite d'Ariftomachus,& s'entre- rencotrerent pres la ville de Palantiu, là où Cleomenes luy prefenta la bataille: mais Aratus craignant la hardieffe de ce ieune homme, ne voulut pas permettre que le Capitaine hafardaft la bataille, ains fe retira, dont il fut iniurié par les Achæiens, moqué& mefprifé des Lacedæmoniens, lefquels n'eftoyent pas en tout plus de cinq mille cobattans: parquoy le cœur en eftant creu à Cleomenes& parlat plus brauemēt à fes citoyës, il leur ramenoit en memoire vn mot de quelqu'vn de leurs anciens Roys qui fouloit dire, que les Lacedæmoniés ne demandoyét iamais, cobien eftoyer les ennemis, mais là où ils eftoyét. Quelque teps apres les Acheiens faifans la guerre aux Eliens, Cleomenes les alla fecourir,& & attaignit l'armee des Achæiens pres le mont de Lyceum, ainfi come ils s'en retournoyét defia: fi les effroya de telle forte, qu'ils fe mirent en route, en tua vn grand nobre,& en prit beaucoup de prifonniers, tellement q le bruit courut incontinent par toute la Grece, qu'Aratus luy- mefmey eftoit mort,& vfant fagement de l'occafion que luy donnoit cefte route s'en alla droit à la ville de Mantinee, fans que perfonne s'en doutaft,& l'ayant furprife au defprouueu, mit bonne garnifon dedans pour la tenir: mais les Lacedæmoniens ayans les cœurs faillis,& refiftans à fes entreprifes, pource qu'il les vouloit à tout propos mener à la guerre, il luy prit enuie d'enuoyer querir Archidamus frere d'Agis eftant à Meffene, auquel appartenoit le droit de la royauté de l'autre maifon royale de Sparte, cuidat que la puiffance des Ephores en viendroit à eftre de tant plus affoiblie, quad celle des deux Roys enfemble leur feroit contrepoids: dequoy s'apperceuas ceux qui auoyent fait mourir Agis,& craignans qu'ils ne fuffent auec le temps punis de cefte execution, fivne fois Archidamus retournoit, ils le receurent bien fecrettement en la ville,& aiderent à le faire reuenir, mais fi toft qu'il y fut, le firent aufsi mourir, foit que ce fuft au defeu de Cleomenes, ainfi come Philarchus l'efcrit, ou bien de fon confentement, s'eftant depuis laiffé induire par fes amis à le leur abandonner: car il eft bien certain que la plufpart deja coulpe en fut reiettee fur eux, pource qu'il fembla qu'ils euf fent forcé Cleomenes à ce faire. Toutes fois ayant refolu de remuer au pluftoft qu'il luy feroit pofsible, l'eftat de Sparte, il fit tat par arget enuers les Ephores, qu'il les induifit à luy decerner vn voyage:& fi attira plufieurs autres des citoyés à fa deuotio par le moyé de fa mere Crateficlea, laquelle luy fourniffoit argent tant comme il vouloit,& luy aidoit à fe pouffer en auant, iufques à prendre mari qui eftoit le premier homme de Sparte en authorité& en reputation pour feruir aux deffeins de fon fils, combien qu'elle n'euft point autrement de volonté de foy remarier. Ainfi Cleomenes menant fon armee aux champs, prit vne place dedš 496 AGIS ET CLOMENES, ren all Jay tous traires a fea ville deuant demon que fin cadiend retour beratio Je fin fouppe Je territoire de Megalipolis, appellee Leutra:& les Achæiens e- ftans promptement venus au fecours fous la conduite d'Aratus, il. y eut bataille donnee tout ioignant la ville mefme, où il cut du pire en vne partie de fon armee: toutesfois Aratus ne voulut pas fouffrir que les Achæiens paffaffent vne grande& profonde fondriere qu'il y auoit pour le pourfuyure, ains fit fonner la retraite, dequoy Lyfadas Megalipolitain fe courrouçant fit neantmoins picquer outre les gens de cheual qu'il auoit fous luy,& en chaffant ne fe donna garde qu'il fe trouua en vn lieu plein de vignes, de murailles& de foffez, ou il fallut qu'il efcartaft fes gens, encore n'en pouuoit- il fortir.Ce que voyant Cleomenes, enuoya fes Tarentins, qui eftoyent cheuaux legers,& fes Candiots contre luy, par lefquels Lyfiadas en combatant vertueufement fut porté mort par terre.Cela fit reprendre courage aux Lacedæmoniens, de maniere qu'auec grands cris ils retournerent charger les A- chæiens par telle fureur qu'ils mirent toute leur armee entierement en route,& y mourut fur le champ grand nombre de leurs gens, les corps defquels Cleomenes à leur requefte leur rendit pour leur donner fepulture: mais il fit enleuer celuy de Lyfiadas, qu'il reueftit d'vne robbe de pourpre,& luy mettant vne courōne fur la tefte, l'enuoya en ce paremet iufques aux portes mefme de la ville de Megalipolis. C'eft celuy qui auoit quitté la tyrannie, qu'il tenoit en fa ville, en rendant la liberté à fes citoyés,& qui a- uoit ioint Megalipolis à la ligne& communauté des Achæiens. Depuis cefte desfaite Cleomenes ne penfa plus qu'à toutes chofes grandes, s'eftant perfuadé que s'il pouuoit ordonner les affaires de Sparte ainfi comme il defiroit, il viendroit puis apres facilement à bout des Achæiens. Si remonftra au mary de fa mere Megiftonus, qu'il fe falloit depeftrer des Ephores,& faire mettre en commun tous les heritages des Spartiates,& puis quand ils feroyent egaux en biens, les exerciter lors à vouloir recouurer la principauté de toute la Grece, comme l'auoyent anciennement tenue leurs predeceffeurs: à quoy Megiftonus s'eftant accordé, il prit encore deux ou trois de fes amis. Or eftoit- il aduenu enuiron ce temps- là, que l'vn des Ephores couché dedans le temple de Pafiphaé, auoit eu en dormant vn merueilleux fonge: car il luy fut aduis, qu'au parquet où les Ephores auoyent accouftumé de tenir leur audience, il n'y auoit qu'vne feule chaire,& que les autres quatre en auoyent efté oftees: dequoy luy s'efmerueillant, entendit vne voix en fortant du temple, difant que cela eftoit le plus expedient pour la ville de Sparte. L'Ephore raconta cefte vifion le lendemain à Cleomenes, lequel en fut vn peu troublé du commencement, penfant qu'il luy contaft cela pour fonder ce qu'il a uoit fur le coeur, ayant fenty quelque vent de fa deliberation: mais quand il fe fut perfuadé que l'autre ne luy mentoit point, alors ils'en clidas uelle d & Pho les La & eux das pa dedan Agefil premie coula t tite cha fire fe tant rent mettr de ceu Jurent quile ville d fià la fons d uais efp ble& d tera Jeur tion à leu les an praat de rig es grasa margeles mee ettets bre de les Lyfiata Courone melme de Tannie qui a couzer enuemple illuy me de es au AGIS ET CLEOMENES. 497 il s'en affeura& confirma encore dauantage:& menant quant& luy tous ceux des Spartiates, qu'il penfoit bien deuoir eftre contraires à l'execution de fon entreprife, il alla predre Heræa& A! fæa villes des Achæiens, enuituailla Orchomene,& s'alla camper deuant la cité de Mantinee: bref, il laifla& trauailla tant les Lace dæmoniens, en leur faifant ainfi faire çà& là de longues traites, que finalement ils le prierent de les laiffer vn peu repofer en Ar cadie,& cependant luy mefme auec les efträgers qu'il auoit s'en retourna droit à Sparte, ayant par le chemin communiqué fa deliberation à ceux de qui plus il fe fioit,& marcha tout à l'aife, à cel le fin qu'il furprift les Ephores ainfi qu'ils feroyent à table pour foupper.Quand il fut tout pres de la ville, il enuoya deuât Euryelidas en la falle des Ephores, comme pour leur dire quelque nou uelle du camp de par luy, apres lequel il fit aller auffi Thericion & Phoebis,& deux autres qui auoyét efté nourris auec luy,& que les Lacedæmoniens appelloyent les Samothraciens, menat quant & eux petit nombre de foldats, tous lefquels ainfi comme Eurycli das parloit encore à eux, fe ietterent les efpees nues aux poings dedans la falle des Ephores,& commencerent à frapper für euxAgefilaus fut le premier attaint, lequel eftant tombé par terre, au premier coup fit femblant d'eftre mort, mais ne l'eftant pas il fe coula tout bellement hors la falle,& gaigna fecretement vne petite chapelle qui eft facree à la Peur, laquelle fouloit toufiours e ftre fermee, mais lors d'aduéture elle fe trouua ouuerte,& fe iettant dedans ferma la porte fur luy. Les autres quatre Ephores furent occis en la place,& plus de dix autres qui fe vouluret entremettre de les fecourir: car au demeurant ils ne tuerent perfonne de ceux qui ne bougerent point, ny n'empecherent ceux qui vou lurent fortir de la ville: ains qui plus eft, pardonneret à Agefilaus, qui le lendemain fortit de la chapelle de la Peur. Car il y a en la ville de Sparte vn temple dedié non feulemet à la Peur, mais auffi à la Mort,& vn autre au Ris,& à beaucoup d'autres telles paffions de l'ame:& honnoroyent la Peur, non come on fait les mauuais efprits, pour les deftourner, eftimans que ce fuft chofe nuifible& dommageable, ains pource qu'ils croyoyent, qu'il n'y a rie qui maintienne mieux vne chofe publique, que fait la peur: à raifon dequoy les Ephores à l'entree de leur magiftrat, ainfi qu'efcrit Ariftote, faifoyet proclamer, que tous Spartiates euffent à faire raire leurs mentons,& à penfer d'obeyr aux loix, afin qu'il ne leur fuffent rudes.Et faifoyent, à mon aduis, faire cefte proclama tion des mouftaches pour accouftumer les ieunes homes à obeyr à leur fuperieurs iufques aux moindres ch fes:& me femble que les anciens ont eftimé la proueffe& hardieffe n'eftre point vne priuation de peur, ains pluftoft vne peur d'auoir blafme& reproche,& vne crainte de deshonneur, pource qu'ordinairement ceux, le plus ii j 498 A GIS ET CLEOMENES qui ont plus de peur de tranfgreffer les loix, font les plus affeure à l'encontre de l'ennemi,& ne fe foucient point d'endurer tous maux ceux qui redoutent d'auoit reproche:& pource parla fagement celuy qui dit premierement, La peur toufiours accompagne la honte. 191 Auffi fait Homere dire à Halene en vn paffage, parlant au Roy Priam, Certainement cher figneur& beaupere Te te redoute en femble te reuere. Et en vn autre endroit parlant des foldats Grecs, Sans dire mot, leurs Chefs ils redoutoyent. A quoy a fence les dreté& onques guari l mettre Host ex lement dieffe lors eft temple pource qu'ordinairemēt les homes reuerent ceux qu'ils craignét, Voila pourquoy aupres de la fale des Ephores eftoit à Sparte la chapelle dedie à la Peur, ayas efleué l'autorité de leur magiftrat, prefque iufques à vne puiffance abfolué& fouueraine. Le lendemain doc Cleomenes à fon de trope: banit quatre vingts des citoyens de la ville,& fit abatre les fieges& chaires des Ephores, excepté vne fele laquelle il referua afin d'y feoir luy- mefine pour doner audiece.Puis faifat affebler le peuple, redit raifó de cequ'il auoit fait, car il dit, q Lycurgus mefla bien les Senateurs auec les Roys,& que la ville auoit ainfi efté regie long téps durat, fans a- uoir befoin d'autre magiftrat: mais que depuis eftat la guerre con tre les Meffeniés de logue duree, les Roys diftraits& empefchez à cefte guerre,& ne pouuãs eux- mefmes vaquer& ouyr& decider les affaires& les differens des parties, choifirêt quelques vns de leurs amis, qu'ils laifferet en la ville pour en conoiftre& iuger en leur place, lefquels furent nomez Ephores,& cótinuerent longuement à eftre feulement miniftres des Roys: mais depuis ils s'eftoyet petit à petit attribué à eux- mefmes la puifface fouueraine, & auoyet vfurpé la iurifdictio à part pour eux.En figne dequoy, difoit- il, vous voyez qu'encore auiourd'huy, quand les Ephores appellent le Roy pour la premiere fois, il repugne à leur mandement,& pour la feconde auffi, mais à la troifieme il fe leue,& s'en va vers eux:& qu'il foit vray, celuy qui le premier eftédit la puiffance& l'authorité des Ephores, Afteropus fut Ephore plufieurs fiecles depuis l'inftitution des Roys: encore s'ils fe fuffent voulu comporter doucement& moderément, il eut à l'auenture mieux valu les endurer: mais de vouloir par vne licéce vfurpee, fupprimer les magiftrats legitimement inftituez de toute ancienneté sufques à auoir bani aucuns des Rois,& en auoir fait mourir d'au tres fans aucune forme de proces ny ordre quelcoque de iuftice, & menacer ceux qui defirent reuoir encore à Sparte le tres- beau & tref- fain& t gouuernement qui y fouloit eftre iadis, ce n'eft pas, dit- il chofe qu'on deuft plus endurer. Or s'il euft efté poffible de exterminer de Sparte fãs meurtre ces peftes de la chofe publique qu'on & Pho gus, luy change appert muer v te, don luy au au bien les ter dettes t qu'il vou donner a geoifie ritoire piller clauon mença flonus fit faire cun des qu'il les les,& qu stoyens poner le DE CURT difcipli rus, qu to peu ues re tform Spare La magiftra Le lende 10 SHD ST lansas e con fcher AGIS ET CLEOMENES 499 qu'oy a apporté de dehors, i'entens les delices, la fuperfluité, l'opu lence.les detes, les vfures,& encore d'autres plus anciennes, la po ureté& la richefiil fe fuft eftimé le plus heureux Roy, qui euft onques efté, comme vn medecin, qui fans faire douleur auroit guari les maladies de fon pays: mais s'il auoit efté contraint de mettre la main au fang, il auoit l'exemple de Lycurgus qui le deuoit excufer, lequel n'eftant ny Roy, ay autre magiftrat, ains feu lement citoyen priué prenant authorité du Roy, eut bien la hardieffe de venir fur la place auec armes, de maniere que le Roy, lors eftoit Charilaus, en eftant effrayé s'enfuyt en la franchife des temples& des autels: mais eftant bo de nature,& aimant le bien & l'honneur de fon pays, il fe rangea bien toft du cofté de Lycurgus, luy aidant à exécuter ce qu'il auoit entrepris,& approuua le changement du gouuernement de la chofe publique: par où if appert que Lycurgus en effet monftra, qu'il eft mal- aife de remuer vn gouuernemet de chofe publique fas force& fans crainte, dont il auoit vfé le plus fobrement& le plus referuément qu'il luy auoit efté poflible, en oftant& chaffant ceux qui repugnoyent au bien& au falut de Lacedæmone, remettant aux autres toutes, auec les les terres du pays: à departir egalement en comun,& deliurat de dettes tous ceux qui en eftoyet obligez& chargez:& aufurplus, qu'il vouloit faire vne preuue& vne election des efträgers, pour donner à ceux qu'il conoftroit plus gens de bien droit de bourgeoifie Spartiane, afin de conferuer la ville de Sparte& fon territoire par force d'armes, à ce que deformais nous ne voyons plus piller ne fourrager le pays de la Laconie par les Aetolies& Efclauons, a faute de gés qui le puiflent defendre.Cela fait, il commença le premier à mettre tous fes biens en commun,& Megiftonus fon beau- pere,& cofecutiuement chacun de fes amis, puis fit faire le departement des terres,& fiordona vne portion à cha cun des bannis, que luy- mefme auoit chaffez en exil, promettant qu'il les receuroit tous en la ville quad les chofes feroyent raffifes,& qu'elles auroyent pris pied:& ayant rempli le nombre des citoyens de Sparte de leurs plus honneftes& plus vertueux voifins, en fit quatre mille hommes de pied armez, leur enfeignant à vfer de piques à deux mains au lieu de iauelines à vne main, à porter le bouclier auec vne bonne ance forte, non point auec v-ne courroye fermant auec vne boucle.Puis fe mit a ordonner de Ja nourriture& inftitution des enfans,& de remettre l'ancienne difcipline, qu'on appelle Laconique: à quoy le philofophe Sphærus, qui eftoit prefent, luy aida en plufieurs chofes, tellement que en peu de teinps les liens des exercices pour la ieuneffe,& les con aiues reprirent l'ordre qu'ils fouloyent auoir au temps paffé,& fe rangerent la plus part des habitas d'eux- mefries volotairemét à la forme anciene Laconique de viure,& peu y en ent, qui le f Y deci ques vas =& inger Bise dequoys Epres mande & s'en feurs woulu eux sfup. enneté irda suffice, -beau pas qu'org ५०० A GIS ET CLEOMENES. fent par contrainte: puis à fin que le nom de la monarchie, sil n'y auoit qu'vn feul Roy, ne les mefcontentaft, il declara fon frere Euclidas Roy come luy Il n'y eut iamais à Sparte deux Rois d'vne mefme maifon tout enfemble, que cefte fois là. Au demeu rant eftant aduerti que les Achæiens& Aratus auoyent opinion, qu'il n'oferoit fortir hors du pays de la Laconie, n'y eftans pas fes affaires bien affeurez, veu le grand remuement qu'il auoit faic / à Sparte, ny efloigner la ville& la laiffer chancellant& flottant en fi grand branfle, il eftima qu'il luy feroit vtile& honnorable de faire conoiftre par effet le bon vouloir& la prompte affection de fon armee. Si entra en armes dedans les terres des Megalopolitains, là où il amaffa grande quantité de butin,& y fit vn grand gaft de pays,& apres tout, ayant furpris quelques ioueurs de farces& d'inftrumets de mufique qui venoyent de Meffine, il fit dreffer vn efchaffaut dedans les terres mefmes des ennemis, propofa vn pris de quatre cens efcus aufdits joueurs& muficies, & fut tout vn iour à les voir iouer, non pour plaifir qu'il y prift, mais pour plus faire defpit à fes ennemis:& leur faire voir de combien il eftoit plus puiffant qu'eux, en leur iouant vn tel tour de moquerie& de mefpris. Car autrement de toutes les armees des Grecs ou des Rois qui eftoyent en la Grece, il n'y auoit que celle de Sparte feule, où il n'y euft point de fuyte de farceurs, bafteleurs, ioueurs de gobelets& de tours de foupleffe, de baladines & de meneftrieres.car leur camp eftoit feul pur& net de toute diffolution, de toute gaudifferie& de toute infolence, pource que le plus fouuent les ieunes hommes y paffoyent leur temps à s'exer citer aux exercices de la perfonne, ou bien à en apprendre les a- dreffes,& les vieux à les enfeigner.& fi quelque fois ils fe trouuoyent de loifir, leurs ieux eftoyent de deuifer plaifamment enfemble,& de s'entredonner les vns aux autres des attaintes de recontrer courtes& aigues à la Laconiene.Et quant à l'vtilité que telle maniere de iouer leur apportoit, nous l'auons efcrit plus ans plemer en la vie de Lycurgus.Mais lors Cleomenes eftoit le mai ftre, qui enfeignoit& möftroit à tous, propofant fa vie en veuë de tout le monde comme vn miroir& vn exemple de temperance, ou il n'y auoit que toute fimplicité, fobrieté, rien de delicat, ny de fu perflu ny rien dauantage que le moindre foldat de tout le cap: ce qui luy feruit beaucoup quant aux affaires de la Grece. Car les Grecs, qui alloyent pour negocier ou parler aux autres Roys, ne s'efmerueilloyēt pas tant de leur opuléce& richeffe, come ils deteftoyent& hayffoyent leur orgueil& leur arrogâce, tât ils parloyent fierement& fuperbement à ceux qui auoyent à traiter de quelque affaire auec eux,& au côtraire, quand ils alloyét deuers Cleomenes, qui eftoit Roy come eux,& qui tel fe nomoit, ny trou uas de robbes de pourpre ny autres habillemes fomptueux, ny de lias Kids& parler fois pa peine, fimple affair mét qu'ils des B teme fort ture qui la fes v de fa y eu acco nant Jenr Com payd feruer puis 2 tro de & g beu tre l pour car dant grau grace moyen for ent tend pren ville & lu Audema ilyp tel to armees o que ba adines toute urce que dre les- ti que plus an emai eve de серой de fu apice Car let oys, ne weils de ils par devers trou de AGIS ET CLEOMENES. 501 li& ts& litieres richement accouftrez, ny vn prince qui negociaft par l'entreprife d'vne infinité de meflagers d'huiffiers,& quelque fois par petits buletins, encore auec difficulté grande,& grande peine, ains voyás que luy- mefme leur venoit au deuant auec vné fimple robbe pour les recueillir, deuifer auec eux,& depefcher les affaires, pour lefquels ils eftoyent venus, gayement& humainemét: cela les attiroit& gaignoit leurs cœurs à merueilles, de forte qu'ils s'en retournoyet auec cefte opinion de dire, qu'il eftoit feul des Roys digne du fang& de la race d'Hercules. Quant au traitement de fa table ordinaire, il eftoit fort fimple,& fort e ftroit,& fort fobre à la Laconiene, à trois licts feulement: mais fi d'aduenture il feftoyoit quelques ambaffadeurs& quelques fiets hoftes, qui le fuffent venus voir, il y adiouftoit deux autres licts,& auoyet fes valets foin que la table fuft vn peu mieux feruie, non point de fauffes ny de paftiflerie ou de confitures, ains feulement qu'il y euft de la viande dauantage,& de quelque meilleur vin que le accouftumé: car il tanfa vne fois!' vn de fes amis pource que donnant à foupper en fon logis à quelques fiens hoftes& amis, il ne leur auoit donné que du brouet noir,& du gros pain feulement, comme on les feruoit en leurs conuiues ordinaires: car il ne faut pas, difoit- il en cela, mefmement quand il y à des eftrangers, obferuer trop eftroitement à la rigueur la difcipline Laconiques puis quad la table eftoit oftee, on apportoit vne autre petite table à trois pieds, deflus laquelle on mettoit vne taffe de cuyure pleine de vin,& deux couppes d'argent tenant deux chopines chacune: & quelques autres pots d'argent auffi, mais en petit nombre, on y beuuoit qui vouloit, car perfonne n'y eftoit femond à boire contre fa volonté,& ne s'y iouoit ny ne s'y chantoit aucune chofe pour donner plaifir à l'ouye, auffi n'en eftoit- il point de befoin: car luy- mefme entretenoit toute la compagnie, partie en demandant,& partie en contant quelque plaifante chefe, de forte que la grauité de fes propos n'eftoit point fans plaifir, mais auffi en leur grace& gayeté n'y auoit point de diffolution.Car il eftimoit les moyens de prédre& gaigner les hommes par appafts de prefens Pargent, comme faifoyent les autres princes& Roys, groffiers, fans artifice,& pleins d'iniuftice: mais le plus honefte, le plus gen til,& le plus loyal moyen luy fembloit, de les attraire par courtoifie de plaifant entretien& de deuis, efquels il y euft grace& foy tout enfemble, ayant opinion qu'il n'y auoit autre different entre l'ami& le mercenaire, finon que l'vn s'acqueroit& s'entre tenoit par douceur de nature& par bon entretien,& l'autre fe prenoit par argent. Les premiers done, qui le mirent dedans leur ville, furent les Mantinies, qui luy ouurirent les portes vne nuict, & luy aidans à chaffer la garnifon des Achæiens, fe liurerent eux mefmes entre fes mains:& luy leur rédat leurs loix& la liberté de ii ilj 582 AGIS ET CLEOMENES. eux- mefmes entre fes mains,& luy leur rédat leurs loix& la liber té de gouuerner la chofe publique à leur mode, le iour mefme s'en alla à Tegee.Peu de teps apres faifant le tour par l'Arcadie, il alla defcendre à Pheres en Arcadie, tendant à l'vn des deux, ou a donner la bataille aux Achæiens, ou bien à mettre Aratus en leur male- grace, pour luy auoir abandoné le plat pays à courir& piller: car il eft bien vray, que Hyperbatas eftoit pour lors general des Achæiens, mais Aratus auoit toute l'authorité, Parquoy eftans les Achæiens aux champs auec tout leur peuple en armes,& ayans plãté leur cap a Dymes, pres le téple de Hecatobeum, Cleomenes tirant celle part, alla loger entre la ville de Dymes, qui luy eftoit contraire,& le camp de fes ennemis: ce que aucuns ne trouuoyent pas trop fagement fait: mais à force de haraffer les Achæiens& les prouoquer hardiment, il les contraignit à la fin de venir à la bataille, là où il les deffit,& mit toute leur armee en route, en laquelle il en fut tué vn grand nombre fur le chap,& y en eut auffi beaucoup de prifonniers. Au partir de là il alla affaillir la ville de Langon, dont il chaffa la garnifon des Achæiens& la rendit aux Eliens. Ainfi eftans les Achæiens fort au bas.Aratus qui auoit ac couftumé d'eftre toufiours, ou à tout le moins de deux ans I'vn efleu Capitaine general, refufa la charge, cobie que les Achæies I'y appellaffent nommément& l'en priaffent: ce qui ne fut pas bien fait à luy, d'abandonner la conduite du timon à vn autre, lors que la tormenté eftoit la plus violente.Au moye dequoy les Achæiens enuoyerent ambaffadeurs deuers Cleomenes pour faire paix, aufquels il fembla auoir donné affez dure refpõle: mais depuis il en enuoya d'autres deuers eux, par lefquels il leur manda, qu'ils luy cedaffent la principauté de la Grece feulement,& que de toutes antres chofes il n'auroit au demeurant point de querelJe ny de debat auec eux, ains leur rendroit incontinent les places & les prifonniers, qu'il auoit pris fur eux. Les Achæiens furent bien aifes d'appointer auec fes condicions,& firent entendre à Cleomenes, qu'il fe trouuaft en la ville de Lerne, là où ils deuoyét tenir vne generale affemblee de confeil pour en conclurre. Mais il aduint, que s'eftant efchauffé en y allant,& ayant beu de l'eau froide trop chaud,& rendu grande quantite de fang, il deuint fi fort enroué, qu'il ne peut pas parler parquoy il réuoya aux Achæ iens les principaux de leurs prifonniers,& remettant l'affemblee à vn autre temps, s'en retourna en Lacedæmone. Cela feul fut occafion de ruiner les affaires de la Grece, laquelle autremēt eftoit encore pour fe releuer& fe deliurer de l'arrogace& de l'auarice des Macedoniens: car Aratus, fuft ou pour crainte& desfiance qu'il euft de Cleomenes ou pour enuie qu'il portaft à fa gloire, de le voir ainfi auoir profperé fi grandement& en fi peu de temps, eftimant que ce luy feroit trop grande honte, apres auoir tenu l'efpace me s'efta Ripace puifang i ellay pointer fter Po promp de Cle mettr cienne bien f cipale aupara ce,& lefque des m fours duqu Com qu'il vaille ville d illes a entre aux Ce d redu ne& appe Cale pain toute menes PAcha demen dro general es,& a Clement Achaic& en exa la ville de endit ax auoit a ans I'v chaies pas 503 A GIS ET CLEOMENES. Pefpace de trente ans la principauté de la Grece, que ce ieune ho me s'eftant venu ietter à la trauerfe luy oftaft ainfi fa gloire& la puiffance qu'il auoit luy mefme acquife& tenue fi long temps, il effaya premierement de diuertir les Acheiens de faire ceft appointement: mais à la fin voyant qu'ils ne luy vouloyent point pre fter loureille, pour la crainte qu'ils auoyent de la hardieffe& promptitute de Cleomenes, ioint qu'ils eftimoyent la demande de Cleomenes iufte& raisonnable, attendu qu'ils vouloyent remettre les affaires du Peloponefe en l'eftat qu'ils auoyent efté anciennement, alors il fe tourna à mener vne pratique qui n'eftoir bien feante à nul homme Grec, mais eftoit tref- infame à luy prin cipalement,& tres- indigne des beaux& bos actes qu'il auoit faits auparauat: ce fut d'appeller& mettre Antigonus dedans la Grece,& emplir tout le Peloponefe de Macedoniens en la vieilteffe, lefquels il en auoit luy mefme chafflez en fa iennefie, ayant ofté des mains de leur garnifon la fortereffè de Corinthe,& ayat couf iours efté fufpect& ennemy des Rois, mefmement d'Antigonus, duquel il auoit autresfois dittous les maux qui s'e ponuoyet dire, comme il appert par les commentaires& memoires de fes faits qu'il a laiffez,& ayant luy mefme efcrit, qu'il auoit beaucoup tra uaillé,& s'eftoit expofé à beaucoup de dangers, pour deliurer la ville d'Athenes de la garnifon des Macedoniens. Et neantmoins il les amena depuis luy- mefme par la main en fon pays,& les fit entrer iufques en fon foyer propre auec les armes, voire iufques aux chambres& cabinets des Dames, ayant à defdain qu'vn prin ce defcendu de la race d'Hercules,& Roy de Sparte, qui vouloit reduire l'eftat de la chofe publique corrópu, ne plus ne moins que vn inftrument de Mufique defaccordé à ce bel accord de l'anciéne& fobre difcipline& vie Dorique, inftituee par Lycurgus, fuft appellé en fes titres Capitaine general des Sicioniens& des Triccæiens:& en fuyant ceux qui fe contentoyent de manger du gres pain,& fe veftir de groffes cappes de bureau,& qui vouloyét ofter toute richeffes( ce qui eft le principal poin&, dot on accufcit Cleo menes)& remedier à la poureté, il s'alta foumetre luy& toute PAchaie à vn diademe royal, à vne robbe de pourpre,& à des mádemens fiers& fuperbes des Macedoniens, de peur qu'on ne penfaft que Cleomenes luy peuft commander:& fi eut bien le cœur de faire des facrifices à Antigonus, de chanter des hymnes à fon honeur, auec des chapeaux de fleurs fur la tefte, ne plus ne moins que fi c'euft efté vndieu, là où c'eftoit vn homequi auoit tous les poulmons pourris. Touteffois ce que nous efcriuons en eeft endroit, n'eft pas tat pour accufer Aratus, qui en plufieurs belles cho fes s'eft moftré grad perfonnage& digne de la Grece, come pour la compaffion que nous auons de l'imbecillité de noftre nature humaine laquelle ne peut faire qu'encore en perfonnages doue endre a Mais Peau cha blee toc Marce ii iz 304 AGIS ET CLEOMENES. de conditions fi excellentes& de vertus fi eminentes, le deuoir de honneur y foit entierement accompli, fans qu'il y ait rien à redi re.Eftans donc les Achæiens allez en Argos, où fe deuoit derechef tenir l'affemblee du confeil de toute leur ligue,& y eftant auffi defcendu Cleomenes partant de Tegee, chacun eftoit en grande efperance qu'il en deuft fortir vne bonne paix: mais Aratus qui e- ftoit ia d'accord des principaux poincts:& articles de fa capitulation in deffus Cela eff n'y euc fon,& d bons al condu & de p que p feurer vailla peut chacu veher foyer auecAntigonus, craignant q Cleomenes par belles paroles on par force, ne fift accorder tout ce qu'il voudroit à la comune, luy manda qu'il encédoit, qu'il n'étraft q luy feul dedas la ville,& que pour feureté de fa perfone on luy balleroit trois cens oftages, ou bié s'il ne vouloit point efloigner fon armee, qu'o luy doneroit au dience en confeil hors de la ville dedans le part aux exercices, qui s'appelle Cyllarabium. Cleomenes cefte refponfe ouye dit, qu'on luy faifoit tort, pource qu'on le deuoit aduertir dés le commence ment, premier qu'il fe mift en chemin, non pas lors qu'il eftoit venu iufques à leurs portes, monftrer qu'ils fe desfiaffent de luy,& le renuoyer fans rien faire: fi en efcrit vne lettre miffiue au côfeil des Achæiens, laquelle ne contenoit prefque autre chofe qu'vne accu fation continuelle d'Aratus: de l'autre cofté auffi, Aratus parlant à l'affemblee du peuple dit plufieurs paroles iniurieufes à l'encontre de luy Parquoy Cleomenes partat de là en diligence, enuoya par vn heraut denoncer la guerre aux Achæiens, non point en la ville d'Argos, mais en celle d'Aegion, comme l'efcrit Aratus, à fin de les furprendre auant qu'ils peuffent eftre prefts. Si y eut adonc vn grand trouble en toute la ligue des Achæiens, de maniere que plufieurs villes s'en voulurent departir& fe rebeller, à caufe que le menu populaire efperoit le departement des terres,& l'abolitio des dettes. Et les nobles en beaucoup de lieux fe fafchoyent d'Ara tus,& y en auoit mefmes aucuns courroucez contre luy,& qui le hayffoyent, pource qu'il vouloit mettre les Macedoniens dedans le Peloponefe. A raifon dequoy Cleomenes fe confiant en toutes ces chofes, entra en armes dedans la prouince de l'Achaie, là où d'arri see il prit la ville de Pallene de prim- faut,& en chafla la garnifon qui eftoit dedans pour les Achæiens,& puis gaigna auffi Pheneum& Pentelium:& comme les Achæiens craignans vne trahifon, qui fe menoit és villes de Corinthe& de sycione, y euffent en uoyé leur cheualerie qui eftoit en Argos, pour garder ces villeslà,& eux cependant en Argos s'amufaffent à celebrer la fefte des ieux Nemees, Cleomenes penfant ce qui eftoit vray, que s'il tiroit droit à Argos, il trouueroit la ville pleine de peuple venu à la fefte pour voir l'esbatement des ieux,& que les affaillant ainfi au defpouruen il les mettroit en grand trouble& grand effroy, il mena la nuit fon armee iufques tout contre les murailles de la ville d'Argos,& de prim- faut fe faifit du quartier qui s'appelle Afpis, au deflus & Ly tes de veri tiate de m entre Cinqu dit al chare tetn de c eut des peri le pa aul Unte que celle elt lau men espatulen vill oltage ercie.qui cofeldes vine acc marlantà encon uoya tenla uradong ere que & quile dans le tes ces A GIS ET CLEOMENES. 505 au deffus du theatre, lieu fort d'affiete& mal- aifé à approcher. Cela effraya tellement le peuple qui eftoit dedans la ville, qu'il n'y eut homme qui s'ofaft mettre en defenfesains receurent garni fon,& donnerent vingt oftages, promettans eftre de lors en auant bons alliez& confederez des Lacedæmoniens fous fa charge& conduite, ce qui ne luy fut pas petit accroiffement de reputation & de puiffance: car les anciens Roys de Lacedæmone pour quelque peine qu'ils y employaffent, n'auoyent iamais peu gaigner affeurément la ville drgos& Pyrrhus I'vn des plus grads& plus vaillans Capitaines qui fut onques, y eftant entré par force ne la peut tenir, ains y mourut& y perdit la plus part de fon armee, dot chacun à bon droit, admiroit grandement la prompte viuacité& vehemence de Cleomenes, de forte que ceux qui parauant s'eftoyent moquez de luy, quand il difoit qu'il vouloit imiter Solon & Lycurgus, en egalant les biens de fes citoyens,& aboliftant tou tes detes, fe perfuaderent alors entierement, que cela eftoit la caufe veritable du grand changemét qu'on voyoit au courage des Spar tiates: car auparauant ils eftoyent fi abaftardis,& auoyent fi peu de moyen& de courage de foy defendre, que les Aetoliens eftans entrez en armes dedans la Laconie en emmenerent pour vne fois cinquante mille efclaues,& y eut vn des plus vieux Spartiates qui dit alors, que les ennemis leur auoyent fait vn grand plaifir, de def charger le pays de la Laconie d'vne fi pefante charge:& peu de temps entre deux, quand ils commencerent à reprendre la trace de celle ancienne difcipline de Lycurgus, comme fi luy- mefme euft efté prefent à les remettre en train, ils monftrerent de grandes preuues de vaillance& de proueffe& d'obeiffance à leurs fuperieurs, regaignans la principauté de la Grece,& recouuras tout le pays de Peloponefe. Depuis la fur prife d'Argos fe rendirent auffi tout d'vne tire à Cleomenes les villes de Cleones& de Phliuntes Aratus cependant eftoit à Corinthe, là où il informoit& en queroit à l'encontre de ceux qui eftoyent fufpects de Laconifer, c'eft à dire, de fauorifer au parti des Lacedæmoniens,& luy eftat cefte nouuelle venue, il s'entronua bien eftonné, fentant bien que la ville mefme de Corinthe inclinoit fort du cofté de Cleomenes, & que les Achæiens fe vouloyent retirer en leurs maifons. Si fit femblant de faire appeller les Citoyens de Corinthe en confeil,& cependant fe coula iufques à l'vne des portes de la ville, là où luy eftant amené vn cheual, il monta deflus& s'en fuit à bride abatue à Sycione. Quoy entendu, les Corinthiens, s'en coururent à l'enuie les vns des autres à qui plus toft y feroit deuers Cleomenes en Ar gos, pour luy porter cefte nouuelle, en fi grande hafte que les cheuaux en creuerent, ainfi qu'Aratus luy- mefme à efcrit: mais Cleomenes les tanfa de ce qu'ils l'auoyent laiffé efchapper& qu'il ne Pauoyent pas arrefté. Toutefois il dit, que Megiftonus vint par de darri ten les e des tirof Fo AGIS ET CLEOMENES wers luy de la part de Cleomenes, pour le prier de luy liurér lé chafteau de Corinthe, où il y auoit vne groffe garnifon des Acha iens, moyennant vne bonne fomme d'argent qu'il luy offroit.Ara zus luy fit refponfe, qu'il ne tenoit pas les affaires en fa main, mais que pluftoft les affaires le tenoyent luy-mefme.Au refte Cleomenes partant de la ville d'Argos gaigna les Trezeniens, les Epidau riens,& les Hermioniens: puis arriua à Corinthe, là où il fit incontinent enceindre la fortereffe de trenchees& de pallis,& enuoyat querir les amis& entremetteurs des affaires d'Aratus, leur commanda qu'ils priffent fa maifon& fes biens pour les luy garder diligemment,& r'enuoya derechef Trity mallus Mefienien deuers luy, le priant de vouloir à tout le moins confentir que cefte fortereife fult gardee par les Achæiens& par les Lacedæmoniens enfemble, luy promettant particulieremet le double de la penfio que luy donnoit le Roy Ptolomæus à quoy Aratus ne voulut condefce dre, ains enuoya fon propre fils à Antigonus auec les autres oftages,& fi fuada aux Achæiens de luy liurer le chafteau de Corinthe entre fes mains: quoy entendu, Cleomenes entrat en armes fur les terres de Sycione, courut& pilla tout le plat pays,& priten do les biens d'Aratus, que ceux de Corinthe par decret public luy do nerent. Et comme defia Antigonus euft paffé le mont de Gerania auec vne groffe& puiffante armee, il ne fut pas d'aduis de remparer l'encoulure du deftroit, par lequel on entre au dedans du Pelo ponefe, ains de fortifier& murer les pas des motagnes Onienes,& en faifant tefte aux Macedoniens à chacun d'iceux, pour les garder& defendre, les y faire confumer par long trait de temps, plus toft que de combatre en bataille ragee cötre vne armee qui eftoit de longue main bien aguerrie.Suyuant lequel adtiis il mit Antigo nus en grande perplexité, pource qu'il n'auoit pas fait de bonne heure prouifion de viures,& fin'eftoit pas chofe facile de gaigner le paffage à force, y eftant Cleomenes arrefté de pied ferme pour le garder: bien effaya- il de fe couler au dedas à la defrobee par le port de Lechæum, mais il en fut rebouté,& y perdit quelque nom bre de fes gens: au moyen dequoy Cleomenes& fes gens foy confians en ceft auantage, fe mirent à foupper:& Antigonus fe defefperoit de fe voir reduit par la neceffité à des partis fort mal- aifez à executer: car il deliberoit de fe retirer fur le chef où eft affis le te ple de Juno,& de là pafler fon armee par mer fur des vaiffeaux en la ville de Sycione, à quoy il falloit vn long temps& vn grand ap pareil: mais fur le foir il arriua deuers luy quelques Argies amis d'Aratus, lefquels venans d'Argos par mer, luy apporteret nouuel les cóme les Argies s'eftoyent rebellez côtre Cleomenes. Celuy qui auoit pratiqué cefte rebellio, eftoit vn nomé Ariftoteles, lequel n'eut pas grade peine à y induire le peuple, eftat mal cotent de ce que Cleomenes n'auoit pas done abolitio des dettes, ainfi come ils auoyent open uy bai les n'at lir la g aida T menes incont s'en al pour des A reux ment nus& donna nomb fonu tant uant mene gnan fages conie, totale re de n'eu bon ileffa Core & arc Ja vill dedar efche ofa pla ytailor gontis pace tout en av ce que cont ES enienderen cele la peninge autres de Ca armes pritend Gerania empa Pelo AGIS ET CLEOMENES 567 atioyent efperé.Parquoy Aratus auec mille cinq cens homes que luy bailla Antigonus, s'en alla par mer à Epidaure: mais Ariftoteles n'attendit pas fon arriuée, ains auec ceux de la ville, alla aflaillir la garnifon des Lacedæmoniens qui tenoit le chafteau,& luy aida Timoxenus auec les Achæiens venus de Sycione, dont Cleomenes eftant aduerty enuiron le fecond guet de la nuit, enuoya incontinent querir Megiftonus,& luy commanda en cholere qu'il s'en allaft proptement fecourir leurs gens qui eftoyent en Argos: pource que c'eftoit luy qui plus auoit affeuré Cleomenes de la foy des Argiens:& qui l'auroit gardé qu'il ne chaffaft hors de la ville ceux qu'il tenoit pour fufpects. Ainfi l'ayant defpeché foudainement auec deux mille hommes, il entendoit cependant à Antigonus& recófortoit le mieux qu'il pouuoit ceux de Corinthe, leur donnant à entendre que ce n'eftoit rien qu'vne mutinerie de petie nombre de gens, qui eftoit furuenue en Argos. Mais come Megis ftonus eftant entré dedans y eut luy- mefme efté occis en combatant vaillamment,& que la garnifon des Lacedæmoniens fe trouwant fort preflee, ut par plufieurs meflages enuoyé deuers Cleomenes le folliciter, de leur enuoyer viftement du fecours, luy craignant que fes ennemis fe faififfans d'Argos& luy clouãs les paffages, n'allaffent fans dager courir& fourrager le pays de la La conie,& afsieger la ville mefine de Sparte, attendu qu'elle eftoit totalement vuide de gens de defenfe, il emmena fon armee arriere de Corinthe, de laquelle il fut incontinent priué, pource qu'il n'eut pas pluftoft le dossourné, qu'Antigonus y entra, qui laiffa bonne garnifon dedans Arriué que fut Cleomenes deuant Argos, il eflaya de moter par deflus les murailles,& rallia fon armee encore efcartee du chemin qu'elle auoit fait, puis rompit les voutes & arceaux qui fouftienent la place d'Afpis, par où il mota dedis Ja ville,& fe ioignit à fes gens qui refiftoyent encore à ceux de dedans,& fe faififfant de quelques autres quartiers aufsi auec des efchelles, vuida les rues fi bien, que perfonne des ennemis n'y ofa plus comparoir, à caufe des Candiots& gens de trait qu'il y faifoit tirer: mais fur ces entre- faites, il apperceut de loin Antigonus defcendant des coftaux en la plaine auec fes gens de pied,& vit que defia les gens de cheual à la foule fe iettoyent dedans la ville: alors defefperant de la pouuoir plus tenir, il raffembla tous fes gens,& defcendant à fauueté au long de la muraille, fe retira fans rien perdre, ayant en bien petite efpace de temps conquis grand pays,& efté bien pres de tenir tout entierement ce qui eft dedans le Peloponefe: mais aufsi en ayant efté puis apres bien to ft debouté totalement, pource que des alliez qui eftoyent en fon camp, les vns fe retirerent incontinent à la premiere desfaucur de la fortune, les autres: bien teft apres rendirent, depuis leurs villes entre les mails: legar parle 000 ete xen ndap amis ou Cela 508 AGIS ET CLEOMENES. Gene ma Roy P foit en te aufsi adu appointe fin a la g mere: a roit eft fans cra ure vie fte Da pris la tinee, ment, a mone, fa iufq le de c d'Antigonus.Eftat donc fes affaires de la guerre en tel eftat, quâd il fut de retour à Tegee auec le refte de fon armee, fur le foir luy vindrent nouuelles de Lacedæmone, qui ne luy furent pas moins griefues que la perte de fes conqueftes: car il fut aduerty, que fa femme Agiatis eftoit decedee, laquelle il aimoit fi cheremēt, que au plus fort de fes grandes profperitez, il ne fe pouuoit tenir qu'il ne filt fouuent des courfes iufques à Sparte pour l'aller trouuer.Si luy fut vne griefue douleur& vn grand creue- cœur, comme on peut penfer, à luy qui eftoit ieune homme, d'auoir perdu vne fi belle& fi honnefte ieune Dame, dont il eftoit tant amoureux: toutesfois fi n'en fit il point de honte à fa magnanimité premiere, ne pour regret qu'il en euft ne r'abbaiffa point la hauteffe de fon courage, ains retint toufiours la mefme voix, la mefme parole, la mefme contenance,& le mefme vifage qu'il auoit touffours eu auparauant. Et ayant ordonné aux Capitaines particuliers ce qu'ils auoyent à faire,& prouueu à la feureté des Tegeates, le fendemain au point du iour il s'en alla à Sparte, là où ayant demené le dueil de la mort de fa femme en fon priué, auec fa mere & fes enfans, il fe remit aufsi toft à penfer& prouuoir aux affaires publiques. Or auoit- il entioyé deuers Ptolomæus le Roy d'Aegypte, qui luy promettoit bien de le fecourir, mais il vouloit auoir en oftage fa mere& fes enfans. Si demeura longuement fans l'ofer defcouurir à fa mere de honte,& allant fouuent deuers elle expreffément pour le luy expofer, quand ce venoit à luy declarer il n'en ofoit ouurir la bouche: tellement qu'elle mefme s'en douta la premiere,& demanda à fes plus familiers s'il y auoit point quelque chofe que fon fils ne luy ofaft defcouurir toutef fois, à la fin ayant pris la hardiefle de luy dire, elle s'en prit fort à rire,& luy dit, Comment, eft- ce donc ce que tu as fi fouuent efté entre deux de me dire,& que tu n'as ofé? mets- moy, mets moy viftement dedans vne nauire& m'enuoye là où tu verras que ce mien corps pourra feruir au bien de Sparte, premier que vieilleffe acheue de le confommer fans rien faire. Quand donc toutes chofes furent appreftees pour leur voyage, ils allerent par terre iufques au chef de Tænarus, accompagnez de l'exercite en armes:& comme Crateficlea fuft prefte à monter dedans la nauire, elle tira Cleomenes à part au temple de Neptune,& en l'ambraffant& baifant, fentit que le cœur luy foufleuoit& fendoit de regret& de douleur, fi luy dit: Orfus, Roy de Lacedæmone, que perfonne n'apperçoiue quand nous ferons hors de ce temple, que nous ayons ploré, ny fait chofe aucune indigne de Sparte, car cela feul eft en noftre puiffance: au demeurant les affaires iront comme il plaira à Dieu. Ces paroles dites, elle rafsit fon vifage& fa contenance, pifis s'en alla droit embarquer auec vn petit fils de Cleomenes,& commada au pilote qu'il fit voile inconsinent: la trou gonus grand Megal puifan commu pour Cleo quoy ne ne de pre vers S mais & aya droit fut affe bandes tain pan fans deg quel tain Es peta Tegra aya s cfa mee aux af le Roy ment ent de Doy que ce viel par cite la en ndoit ple AGIS ET CLEOMENES. 509 inent: mais arriuee qu'elle fut en Aegypte, elle fut aduertie que le Roy Ptolomæus receuoit des ambaffadeurs d'Antigonus,& e- ftoit en termes d'appointement auec luy. D'autre cofté elle fut aufsi aduertie que les Achæiens follicitoyent Cleomenes de faire appointement auec eux, mais qu'il n'ofoit y entendre, ny mettre fin à la guerre fans le confentement de Ptolomæus, à caufe de fa mere: à Poccafion dequoy elle luy efcriuit, qu'il fift ce qu'il verroit eftre le plus expedient pour le bien& l'honneur de Sparte, fans craindre de defplaire à Ptolomæus pour le regard d'vne poure vieille& d'vn petit enfant: tant fe portoit vertueufement cefte Dame és aduerfitez de fon fils. Au refte, Antigonus, ayant pris la ville de Tegee,& faccagé celles d'Orchomene& de Mantinee, Cleomenes fe voyant reduit à defendre la Laconie feulement, affranchit tous les Ilotes, qui font les efclaues de Lacedæmone, pourueu qu'ils peuflent payer cinquate efcus, dont il amaffa iufques à la fomme de trois cens mille efcus,& arma deux mille de ces efclaues affranchis à la Macedoniene, pour faire tefte à la trouppe des Leucafpides, c'eft à dire, boucliers blancs d'Antigonus: puis luy vint en l'entendement de tenter vne entrepriſe grande,& de laquelle perfonne ne fe fuft iamais douté. La cité de Megalipolis eftoit pour lors grande,& de rien moindre ne moins puiflante que celle de Sparte,& fi auoit encore le fecours de la communauté des Achæiens& d'Antigonus, qui eftoit toufiours à fes coftez,& que les Achæiens auoyent, ce fembloit, appellez à la pourfuyte& à l'inftance des Megalopolitains principalement. Cleomenes fe mit en fantafie de l'aller rauager( car il n'eft rien à quoy reffemble mieux la foudaineté de ceft exploit, dont perfonne ne fe fuft iamais douté, qu'à vn rauage) Si comanda à fes gens de prendre des viures pour cinq iours,& fe mit aux champstirat vers Selafie, comme s'il euft voulu aller au dommage des Argies: mais de là il tourna tout court fur les terres des Megalopolitains, & ayant fouppé pres de Retium, prit incontinent fon chemin droit vers la ville mefme paffant par Elicunte: puis quand il en fut affez pres, il enuoya deuant en diligence Panteas auec deux bandes de Lacedæmoniens, luy enfeignant de fe faifir d'vn certain pan de muraille entre deux tours, qu'il fauoit eftre le plus defert endroit& le plus mal gardé de toute la ville,& luy auec le refte de l'armee marchant tout bellement apres. Panteas trouna non feulement ce quartier- là, mais grande partie de la muraille fans garde ny defence quelconque. Si en occupa de prim- faut v ne partie,& fe mit à en abattre vne autre, mettant à l'efpee autat de gardes qu'il en trouua, iufques à ce que Cleomènes arriua lequel fut dedans auec toute fon armee, premie que les Megalopolitains en feuffent rien. Toutesfois la furprife eftant à la fin diuulguce par la ville, les vns des citoyens s'en fuyrent foudaine 510 AGIS ET CLEOMENES. erfit tra fuina ou tourna a neantmo confeile bune au robbe a lant, lu galipo chaien uenien met auec ce qu'ils peurent prédre de leurs biens à la hafte de ceft effroy les autres fe rengerét enfemble auec leurs armes, pour cuider faire tefte à l'ennemi: mais pour quelque effort qu'ils fiffent de s'attacher à eux,& de les combattre, ils ne peuvent neantmoins venir à bout de les rechaffer hors de la ville: bien donnerent- ils moyen& loifir aux fuyans de fé retirer à fauueté, de forte qu'il n'y demeura pas plus de mille perfonnes.cartous les autres fe retirerent auec leurs femmes& leurs enfans dedãs la ville de Meffene: aufsi fe fauna la plus part de ceux qui firent tefte& qui cobatirent,& y en eut bien peu de pris, entre lefquels furent Lyfandridas& Thearidus, les deux plus nobles& plus puiffans hommes qui fufleut entre les Megalopolitains. A l'occafion dequoy fi toft que les foldats les eurent pris, ils les menerent à Cleomenes:& Lyfandridas incontinent qu'il l'aduifa de tout loin, Juy cria, Tu as auiourd'huy, fire Roy des Lacedæmoniens, le moyen de faire vn acte encore plus gräd& plus royal que celuy que tu as executé,& qui te denera vne plus glorieufe renommee. Cleomenes fe doutant bien de ce qu'il luy vouloit dire, luy demada, Et qu'eft- ce, que tu veux dire, Lyfandidras? car ia ne me cofeilleras- tu pas que ie vous rende cefte ville- Mais c'eft, luy repliqua Lyfandridas, ce dot ie te veux aduertir que tu ne la deftruife point, ains que pluftoft tu la remplifles d'amis& alliez, qui te feront cy apres loyaux& fideles: ce que tu feras en rendat aux Megalopolitains leur ville,& en preferuant vn fi grand peuple qui en eft ferty. Cleomenes demeura vne efpace fans dire mot a cela, puis refpondit, 11 eft bien mal aifé de pouuoir croire& s'afJeurer de cela: toutesfois vainque toufiours endroit nous l'houeur pluftoft que le profit. Ces paroles dites, il enuoya incontinens vt heraut deuers ceux qui s'en eftoyent fuis à Meffene par lequel il leur fit entendre qu'il eftoit preft de leur rendre leur ville, pourueu qu'ils vouluffent deuenir bons alliez& confederez des Lacedæmoniens, en abandonnant l'alliance des Achæiens: mais Philopcemen ne voulut pas,& empefcha qu'ils n'acceptaffent cefte gracieufe& humaine offre de Cleomenes, ne qu'ils fe departiffent de l'alliance des Achæiens, difant que Cleomenes ne leur vouloit pas rendre leur ville, ains vouloit auoir les habitans& la ville tout enfemble. Et à cefte caufe chafla Thearidas& Lyfandridas hors de Meffene, qui conduifoyent cefte pratique.C'eft ceJuy Philopamen, qui depuis fut le premier home des Achæiens, & qui acquit vne tref- grande gloire entre les Grecs, ainfi come nous auons efcrit particulierement en fa vie. Ce qu'eftant rapporté à Cleomenes, qui iufques à fà auoit efpargné la ville& coferué en fon entier, fans qu'o y eut touché à rien, ne pris la moindre chofe du monde: alors il en entra en fi grande cholere& s'en irrita fi aigrement, qu'il abandonna aux foldats les biens à pil nus y c fes ges & leur la ville re:& p ble de elle f proud les ge garnil que no entra e ou Ar desfe grac Struil tience crians la pri eltoy meur merair tufiou Telu tigo mee Poind Medz s ba rent Clea emed repl Aruile te fe Mequi - ez des mals ce 7 celify AGIS ET CLEOMENES. 514 Jer, fit tranfporter à Sparte les tableaux, images& peintures,& ruina ou gafta les plus beaux quartiers de la ville, puis s'en retourna à la maifon, craignant Antigonus& les Achæiens: lefquels neantmoins ne firent rien: car ils tenoyent d'aduenture lors leur confeil en la ville d'Aegium, là où Aratus eftant moté fur la tribune aux harangues demeura longuement, tenant vn pan de fa robbe au deuat de fes yeux, dequoy toute l'aflemblee s'efmerueillant, luy commanda de dire qu'il auoit:& adone il refpödit, Megalipolis a efté prife, ruinee& deftruite par Cleomenes. Les A- chæiens effrayez de la foudaineté& perte grande de ceft inconuenient, rompirent aufsi toft l'affemblee de ce confeil,& Antigonus y cuida aller au fecours, mais il ne feut iamais tirer à temps fes gés hors des garnifons, où il les auoit departis pour hyuerner, & leur contremanda qu'ils ne bougeaffent: mais luy s'en alla en la ville d'Argos, accompagné de petit nombre de gens de guerre:& pourtant la feconde entreprife& faillie de Cleomenes femble de prime- face faite d'vne temerité furieufe& forcenee: mais elle fut entreprife& executee d'vn bon fens,& auec vne grande prouoyance, ainfi comme l'a defcrite Polybius. Car fachant que les gens de guerre Macedoniens eftoyent efpars çà& là par les garnifons,& qu'Antigonus paffoit fon hyuer en Argos auec quelque nombre de gens de pied eftrangers,& fa maifon feulemét, il entra en armes fur les terres des Argiens, faifant ce difcours que ou Antigonus meu de honte fortiroit aux champs,& que là il le desferoit, ou s'il n'ofoit fortir, au moins le mettroit- il en la male grace& mauuaife opinion des Argiens: lefquels voyans qu'on deftruifoit leur pays,& qu'on y pilloit& gaftoit tout, perdoyent patience,& s'amaffoyent deuant la porte du logis d'Antigonus, crians qu'il fortift en campagne pour combatre, ou qu'il cedaft la principauté de la Grece& la charge de Capitaine, à ceux qui eftoyent plus vaillans que luy.Mais Antigonus comme Capitaine meur& fage, eftimant que c'eftoit deshonneur de fe hafarder temerairement& ne fe tenir pas bien für fes gardes, non pas eftre iniurié par eftrangers, ne fortit point aux champs, ains perfifta A toufiours en fa refolution. Au moyen dequoy Cleomenes ayant mené fon armee iufques au plus pres des murailles d'Argos:& ayat ruiné, pillé& gafté tout à l'enuiron fans aucun danger, s'en retourna à la maifon. Quelque temps apres il fut aduerty, qu'Antigonus eftoit venu iufques à Tegee, pour de là entrer fur le pays de la Laconie,& luy s'en alla par vn autre chemin auec fon armee, fans que les ennemis s'en apperceuffent, de maniere qu'au poin du iour on fut tout esbahy, qu'on le vit tout pres de la ville d'Argos, qui deftruifoit tout le plat pays, non point en fiant les bledz, auec des faucilles ou des efpees, comme font les autres, ains les battant& foulät auec de longues perches, faites en forme de AGIS ET CLEOMENES. rançons, de forte que les foldats en paffant leur chemin, fans peine, ne faifans que fe iouer abatoyet& renuerfoyer tous les bleds. Quand ils furent aux faux- bourgs où eft le parc aux exercices, qui s'appelle Cyllabaris, il y eut des foldats qui voulurent y mettre le feu, mais Cleomenes les en garda, leur remonftrant que ce qu'il auoit fait à Megalipolis eftoit plus par cholere que par deuoir. Quant à Antigonus il s'en retourna premierement tout court, comme pour aller droit en Argos: mais depuis s'eftant ra uifé, il faifit toutes les cimes des coftaux& montagnes d'alentour: dequoy Cleomenes faifant femblant de ne tenir conte, enuoya par des herauts demander les clefs du temple de luno,& qu'il fe retireroit apres y auoir facrifié.& ainfi s'eftant ioué& moqué de Antigonus, apres auoir facrifié à la deeffe, au deffous du temple qui eftoit fermé, il enuoya fon armee à Phiunte,& de la, ayant dechaffé la garnifon qui eftoit dedans Ologunte, alla paffer au long de la ville d'Orchomene, ayant non feulement affeuré& en couragé grandement fes citoyens, mais auffi acquis enuers les ennemis mefmes reputation de tref- grand homme de guerre,& digne d'auoir de grands affaires en main. Car il n'y auoit celuy qui ne iugeaft que c'eftoit bien ceuure de grande magnanimité& de grade fuffifance& maiftrife en l'art militaire, qu'auec les forces d'vne feule ville faire& fouftemir la guerre contre toute la puiffance du royaume de Macedoine, contre tous les peuples du Peloponefe,& contre les finances d'vn puiffant Roy,& cependat garder que non feulement il ne fuft aucunement touché au pays de Laconie, ains au contraire aller endommager ceux des ennemis,& prendre fur eux tant& de figroffes villes.Mais celuy qui dit premierement, que l'argent eftoit le nerf des affaires, le dit, à mon aduis, principalement pour le regard des affaires de la guerre.Et Demades l'orateur, comme vn iour les Atheniens commandaffent qu'on tiraft en diligence des galeres de l'arcenal enla mer,& qu'on les armaft promptement, combien qu'ils n'euffent point d'argent.Celuy, dit- il, qui guide la proué, doit defcouurir& * Autuas fonder deuant.* Et dit- on, que l'ancien Archidamus, comme les vieux exem- peuples alliez& confederez de Lacedæmone requiffent au complaires liset, mencement de la guerre Peloponefiaque, qu'on taxaft combien τοῦ πρώρα chacun auroit à contribuer, leur refpondit, La guerre ne fe nourTou pop- rit pas à pris certain& arrefté.Car tout ainfi qu'entre les combaquieft le tans és ieux de prix, ceux qui de longue main ont par continuels fens, quenous exercices endurci& enforce leurs corps, abatent toufiours auec auons fuyui. le temps,& gaignent ceux qui n'ont rien que l'art& l'agilité de Autres liser l'adreffe& de l'efcrime: auffi Antigonus qui auec la puiffance de Teppes yn grand royaume fouftenoit la defpenfe de cefte guerre, laffa& Touparat, desfit à la fin Cleomenes, parce qu'il ne pouuoir plus fournir la c'est à dire, paye aux eftrangers qu'il auoit à fa folde, ny nourrir mefme fe: s citoyens toyens caufe qu royaume quen mefmen ec gro pilez Et fi le comm donne de dec lors vn Contin dit fon Antig Cleom batail chale cedon efpera vec vin lybius Citoye gers des a Mace trahy tigonu Woit en Parme per pa en bat mesdes enquer de de on d ciaft & qu tate adr fen enuen gueme out cel mimiret les for ure la les da penda au pays senne quernan Men r& les m- ien ur. bauels auec le: s Ens AGIS ET CLEOMEN S. 513 que s'embar sitoyens: car au refte le temps faifoit certainement pour luy, à le paiftrirva caufe que les affaires qui furuindrent à Anugonus dedans fon devant la t royaume, le rappelloyent a la maison. Pource que les barbares, prone, qui eft quien font voifins, couroyent& pilloyent toute la Macedoine, bon auffi, mefmement les hauts Efclauons qui lors y eftoyent defcendus a- plus aiguque uec groffe puiffance, à raifon dequoy les Macedoniens fe troudas Pautre, compilez de tous coftez, enuoyerét en diligece rappeller Antigonus. me qui dirois Et fi les lettres luy euffem efté apportees vn peu deuat la bataille il fautdu comme elles le furent apres, il s'en fuft aufsi toft alle,& euft aba- biscuit denat donné les Achæiens: mais la fortune qui a toufiours accouftumé de decider les plus grandes chofes à vn point pres du but, moftra quer. lors vn fi grand poids& fi grande efficace de l'occafion, qu'incontinent apres la bataille de Selafie, en laquelle Cleomenes per dit fon armee& fa ville, arriuerent les meflagers qui rappelloyés Antigonus: ce qui rendit de tant plus pitoyable la defcöuenue de Cleomenes: car s'il euft reculé deux iours feulement à donner la bataille, il n'en euft plus efte de befoin, ains euft appointé les A- chæiens à toutes telles conditions qu'il euft voulu, quand les Macedoniens s'en fuffent allez: mais à faute d'argent, n'ayat plus de efperance qu'en fes armes, il fut contraint de döner la bataille a- uec vingt inille combatans contre trente mille, ainfi qu'efcrit Po lybius, là où il fe monftra excellent Capitaine, quant à luy& fes citoyens aufsi y firent tref- vaillamment leur deuoir,& les eftran gers meime ne le firet pas trop mal: mais il fut des fait par la faço des armes de fes ennemis& l'esfort du batailló des gens de pied Macedoniens. Toutesfois Philarchus dit, qu'il y eut encore vne trahyfon, qui fut la principale caufe de la desfaite, pource qu'Antigonus auoit ordonné aux Acarnaniens& aux Efclauons, qu'il a- uoit en fon oft, de fe couler à la defrobee au long de la pointe de l'armee, où eftoit Euclidas frere de Cleomenes, pour l'enuelopper par derriere, pedant que luy rangeoit le demeurant defes gés en bataille. Au moyen dequoy Cleomenes qui eftoit monté fur vn haut, pour voir la contenance de l'ennemi, ne voyant point les ar mes des Acarnaniens& Efclauons, eur peur qu'Antigonus ne s'en vouluft feruir à quelque telle rufe de guerre.Si fit appeller Demo teles, qui auoit la charge de la patrouylle, qui eft de recercher& enquerir les chofes fecretes,& luy commanda, qu'il allaft regarder comment fe portoit le derriere de l'armee,& qu'il aduifaft de defcouurir bien tout à l'enuiró.Demoteles, qui auoit, comme on dit, efté la corrompu par argent, luy refpondit, qu'il ne fe fouciaft point de la queue de fon armee, pource que tout y eftoit bie: & qu'il entendift feulement à forcer& rompre ceux qu'il auoit en tefte deuant luy.Cleomenes fe repofant fur ces paroles, marcha droit contre Antigonus,& firent les naturels Spartiates, qu'il auoit autour de luy, fi grand effort qu'ils contraignirent de recukk j. XD $ 14 AGIS ET CLEOMENES ler le bataillon des Macedoniens bien vn quart de lieuë en les pouffant& preffant toufiours à force, mais cependant Euclidas a- uec l'autre pointe de l'armee fut enveloppé par derriere,& Cleomenes fe retournant& voyant la des confiture s'efcria tout haut, Hal mon tref cher frere, tu es perdu, tu es perdu, mais au moins meurs- tu en homme de bien,& fera ta mort proprofee pour exéple de proueffe aux enfans,& chantee par les Dames de Sparte. Ainfi eftant Euclidas& fes gens mis au fil de l'efpee, ceux qui les auoyent desfaits coururent auffi toft fus à ceux de l'autre pointe. Adonc Clomenes voyant les fiens effrayez de telle forte, qu'ils n'auoyent pas le courage d'arrefter, il fe fauua de vifteffe. En cefte bataille mourut grand nombre de foldats eftrangers,& tous les naturels Lacedæmoniens, qui eftoyent fix mille, il ne s'en falloit que deux cens. Quand Cleomenes fut arriué à Sparte, il confeilla luy mefme aux citoyens qui le vindrent, voir: qu'ils fe rendiffent volontairement au vainqueur Antigonus,& au regard de luy que s'il pouuoit faire aucune chofe pour le bien& l'honneur de Sparte, fuft en viuant ou en mourant, qu'il le feroit:& voyant les Dames de la ville qui couroyent au deuant de ceux qui s'eftoyent fauuez quand& luy,& les defchargeans de leurs armes leur prefentoyent à boire, il entra dedans fon logis, là où vne ieune garce qu'il auoit prife en la ville de Megalipolis,& dont il s'eftoit ferui depuis la mort de fa femme, luy vint au deuant come elle auoit accouftumé& le voulut refrefchir, comme venant tout chaud de la bataille: mais il ne voulut ne boire, encore qu'il enduraft foif extreme, ne fe feoir, encore qu'il fuft fort las: ains tout ainfi comme il eftoit armé appuya fa main contre vne colomne, & mit fon vifage fur fon coude,& apres s'eftre repofé vn peu de temps en cefte forte,& auoir difcouru en fon entendement tous Jes partis qu'il pouuoit prendre, il s'en alla auec fes amis au port de Gythium, là où il s'embarqua fur des vaiffeaux qu'il auoit expreffément fait tenir tous prefts,& fit voile incontinent. Bien toft apres entra Antigonus dedans la ville de Sparte, où il traitta humainement les habitans qu'il y trouua,& n'iniuria ny n'outragea point fuperbement l'ancienne dignité de Sparte: ains leur ayant rendu leurs loix& leur gouuernement, apres y auoir facrifié aux dieux pour leur rendre graces de fa victoire, trois iours apres y eftre entré, il s'en partit, ayant nouuelles qu'il luy eftoit furuenu vne groffe guerre en fon Royaume de la Macedoine,& que les Barbares luy pilloyent& couroyent tout fon pays.Ia eftoit- il faifi de la maladie dont il mourut à la fin, laquelle fe termina en vne Phtyfie forte par vn violent caterre: mais toutefois encore ne de meura- il point pour cela, ains fe maintint toufiours en vigueur, iufques à combatre pour fes propres affaires,& à gaignervne tres belle victoire auec fort grand meurtre& occifion des Barbares, pour pour p les pou ce de c & com efcho qu'en par l mou nes, qui s rene s'efto ge a Hant fuy 1 taill que fino Core Seco poss cerch eft p lex en fem que ded arm qui Ferie meus guer q Lac ce пои ce S en A Das a ES es de ceur que gets& panel con & VOR xquise irs armes yne leu til s'eCome mant tout qu'il en ains to olomae pau de ent tous buagea yant é aux res y ruenu que le es Fine rede etres ares, pour 3* 3 AGIS ET CLEOMENES. pour puis apres en mourir plus glorieufement: car il fe defchira les poulmons& le dedans du corps, encore plus qu'il n'eftoit, à for ce de crier en l'ardeur du combat, ainfi qu'il eft vray- femblable, & comme Phylarcus mefme l'efcrit, toutesfois on conte par les efcholes qu'apres la bataille gaignee, il fe treuua fi efpris de ioye qu'en criant, O la belle tournee! il rendit grande quantité de fang par la bouche,& que là deffus vne groffe fieure le faifit, dont il mourut.Voila quat à Antigonus. Mais pour rerourner à Cleome nes, partant de l'Ifle de Cythere, il alla pofer l'ancre en vne autre qui s'appelle Agialia, de là où voulant trauerfer en la cité de Cyrene, il y eue l'vn de fes amis nommé Thery cion, qui aux affaires, s'eftoit toufiours monftré homme de grand cœur,& enfon langage auoit auffi toufiours parlé hautement& brauement,& lors pre want à part Cleomenes, luy commença à dire: Nous auos, fire Roy fuy la mort qui nous eftoit la plus honorable, de mourir en la bataille, combien que parauant tout le monde nous euft ouy dire, que iamais Antigonus ne pafferoit au deffus du Roy de Sparte, finon qu'il fuft mort eftendu: mais au moins nous en refte- il encore vn autre, qui fans point de doute, eft en vertu& en gloire feconde à la premiere. Où eft ce, que nous nauigeon's fans propos? pourquoy fuyons- nous la mort? ou pourquoy l'allons- nous, cercher bien loin, quand elle eft tout aupres de nous? Car fr ce ne eft poins de honte ny de des- honneur à ceux qui font extraits de la race d'Hercules, de feruir aux fucceffeurs de Philippus& d'Alexandre, gaignos fe trauail& le dager d'vne longue nauigatio, en nous allant rendre entre les mains d'Antigonus, lequel vrayfemblablement doit eftre, meilleur que n'eft Ptolomæus, d'autant que les Macedoniens valent mieux que les Ægyptiens. Et fi nous dedaignons eftre commandez par ceux qui nous ont vaincus en armes, pourquoy voulons- nous donc faire noftre maiftre celuy qui ne nous a point vaincus, en nous monftrant au lieu d'vn, inferieurs à deux, l'vn Antigonus, que nous fuy ons& l'autre Ptolomæus, à qui nous allons faire la court? Pouuos- nous là deffus alleguer que nous allons en Ægypte pour le regard de ta mere qui y eft? vrayement tu luy feras vn beau& ioyeux fpectacle, quad elle monftrera aux Dames de la cour de Ptolomæus fon fils prifonnier& fugitif,& au lieu qu'il fouloit parauant eftre Roy.Ne vaut pas doc mieux, pendant que nous voyons encore le pays de la Laconie,& que nous auons nos propres armes en noftre puiffance, nous deliurer nous- mefmes de celle des- fortune,& en ce faifat nous iuftifier enuers ceux qui font morts à Selafie pour la defence Sparte, plus toft que d'aller lafchement perdre noftre temps en Ægypte, en attendant des nouuelles pour fauoir qui Antigonus aura laiffé pour fon lieutenant& gouuerneur en Lacedæmo. ne? Therycion ayat dit de femblables paroles, Cleomenes luy reil kk ij * Quatorze mille efcus. 316 A GIS ET CLEOMENES. fpódit, Tu penfes donc que ce foit à toy magnanimité que de cercherla mort, qui eft I'vne des plus faciles& plus aifees chofes qui puiffe aduenir à l'homme,& celle qu'il a plus à commandement & a main toutes les fois qu'il luy plaift:& cependant, mefchant q tu es, tu fuys d'vne fuyte plus lafche& plus honteufe que la premiere.Car plufieurs vaillas hommes, autres que nous ne fommes, ont bien autrefois cedé à leurs ennemis, ou pour quelque accidét de fortune qui leur a efté contraire ou ayans efté forcez par plus grand nombre de gens: mais celuy qui fe laiffe aller& qui fuccombe aux trauaux& labeurs, ou aux blatmes& louanges des hommes, il faut qu'il confeffe, qu'il eft vaincu par fa propre lafcheté: car il ne faut pas que la mort, qu'on fe donne volontairement, foit pour fuyr à faire des actes laborieux, ains faut que celle mort mefme foit vn acte louable, pource que c'eft honte de vouloir viure ou mourir pour l'amour de foy- mefme, comme tu me enhortes que ie face maintenant, pour me tirer hors des trauaux où nous fommes de prefent, fans faire autre a& te quelconque, ny vtile ny honorable, là où au contraire ie fuis d'aduis q toy ne moy ne deuons iamais abandonner l'efperance de feruir encore quelque iour à noftre pays: car là où toute efperance nous defaudra, alors nous fera il toufiours affez aifé de mourir toutes& quantes fois que nous voudrons.A cela Therycion ne repliqua rien, mais à la premiere occafion qu'il eut de fe pouuoir vn peu efcarter de Cleomenes fur le riuage en fe deftournat le long de la marine, il fe tua luy-mefme.Et Cleomenes partat de ce mefme riuage, cingla tant qu'il arriua en Afrique, là où il fut conduit par les gés du Roy iufques en la ville d'Alexandrie,& là Prolomæus à la premiere arriuee luy fit yn recueil affez commun: mais depuis quad il eut vn peu doné preuue de fon bon fens& entendement,& fait conoiftre que parmy la fimplicité ronde de fa vie Laconique, il y auoit vne grace gentile& vne grandeur de courage qui ne faifoit point de hote a la nobleffe haute de fon fang, ny ne flefchiffoit point à la fortune, le Roy commença à le goufter dauantage & à prendre plus de plaifir à fa compagnie, qu'à ceux qui luy difoyent& faifoyent toutes chofes pour le flatter& pour luy complaire:& adonc fe repentit- il à bon efciant d'en auoir parauant fait fi peu de conte,& de l'auoir ainfi abandonné à Antigonus, le quel par fa desfaite auoit grandement augmenté fa puiffance& fa gloire.Si comença lors à le recoforter par toutes les careffes& faueurs dont il fe peut aduifer, luy promettát qu'il le renuoyeroit auec vaiffeaux& argent en la Grece,& qu'il le remettroit en fon royaume:& cependant luy ordonna pour fon entretenement vne penfion de vingt& quatre tales par an, defquels il s'entretenoit luy& fes gens fimplement& fobrement,& defpendoit tout le de meurant à recueillir& fouftenir ceux qui fe retiroyent de la Grece en ceen A peult a en la G toute d de Cle tant p plus plusi bour ftele amie uerno core men entre au m en f pou luy mo tres tir en celu d'av les lay cela fra fero uec & fi Phe Clear reg ind Dau NE adfees d comma DOUS DE quelque an forcer pa & lounge La prope ne volomie faut questi houted Comme des tra Iconque toy ne m core que defaudre quantes en, mais carter de marine, age, cir les ges du la preuis quad faire ique, il une fat chil tage ydiComuant mus, le ce& ffes& yeroit en fon AGIS ET CLOMENES, ce en Ægypte. Mais de mal- heur ce vieil Ptolomæus, auant qu'il peuft accomplir ce qu'il auoit promis à Cleomenes, de le réuoyer en la Grece, deceda,& depuis fa mort la Cour eftant tombee en toute diffolution, yurongnerie& gouuernemet de femmes, le fait de Cleomenes fut aufsi mis à nonchaloir: car le ieune Roy eftoit tant perdu d'amour de femmes& de vin, que lors qu'il eftoit le plus fobre& en fon meilleur fens les plus grads de fes affaires où plus il s'appliquoit, eftoyent faire feftes, facrifices, fonnier d'vn ta bourin parmy fon palays pour affembler le monde& faire du bafteleur& triacleur, cependant qu'vne Agathoclea qui eftoit fon amie,& la mere d'elle,& vn maquereau nommé Oenanthes gouuernoyent tous les principaux affaires du royaume. Toutefois encore à fon aduenement à la couronne il fe feruit vn peu de Cleomenes, pource qu'il craignoit fon frere Magas qui auoit credit entre les gens de guerre, à caufe du port que luy faifoit fa mere: au moyen dequoy il approchoit de luy Cleomenes,& l'appelloit en fon eftroit confeil, là où il delibereit des moyens comment il pourroit faire mourir fon frere: ce que tous les autres du confeil luy confeilloyent excepté Cleomenes qui luy diffuadoit fort, remonftrant que pluftoft il valloit mieux engendrer plufieurs autres freres au Roy pour feureté de fa perfonne,& pour leur depar tir entr'eux les charges du Royaume.A quoy Sofibius, qui eftoit celuy des mignons du Roy qui auoit le plus grand credit& plus d'authorité aux affaires, refpödit que tant come Magas viuroit, les gens de guerre eftrangers, qui eftoyent à la folde du Roy, ne luy feroyet point trop affeurez.Cleomenes luy repliqua, quant à cela qu'ils ne s'en donaffent point de peine, pource que de ces e- fträgers- là il y en auoit plus de trois mille Peloponefies, lefquels feroyet tout ce qu'il voudroit,& qu'ils viendroyet próptemét a- uec leurs armes par tout où il les mäderoit, au moindre clin d'œil & figne de la tefte qu'il leur feroit. Cefte parole fembla bien fur l'heure faire foy de la bone affectio qu'il portoit au Roy,& de la puiffance qu'il auoit: mais depuis, la lafcheté de Ptolomæus luy augmentat fa desface come il aduiet ordinaire mét, que ceux qui ont faute de fens, reputent le plus feur eftre, redouter toutes chofes& foy desfier d'vn chacun, la fouuenance de ce propos rendit Cleomenes redoutable à ceux qui auoyent credit en cour, pource qu'il auoit authorité enuers les foldats eftrangers,& y en auoit plufieurs qui difoyet, Voyez- vous ceftuy- cy, c'eft vn Lion parmy des brebis.Car à la verité aufsi fembloit- il tel propremet aux ges du Roy, quand ils confideroyent fes façons de faire, comment il regardoit de trauers fans faire femblat de rien,& auoir toufiours vn œil pour efpier ce qu'o y faifoit.Si fe laiffa à la fin de demader nauires& armee: mais ayat nouuelles qu'Antigonus eftoit mort, * que les Achæiens eftoyent empefchez de la guerre contre les kk iij Greeen 318 Ætoliens, de maniere que les affaires le defiroyent& l'appelfoyent eftant tout le Peloponefe en trouble& en combuftion, il demada qu'on le laiffaft aller feulement luy feul auec fes amis: mais perfonne ne luy vouluft accorder: car quant au Roy, il n'en entédoit rien, pource qu'il eftoit continuellement entre des femmes à danfer, yurongner, iouer& mommer:& quant à Sofibius, qui a- noit la fuperintendence de tous les affaires, il eftimoit d'vn cofté que de retenir Clomenes contre fa volonté il leur feroit mal- aifé & fi y auroit du danger:& d'autre cofté aufsi de le laiffer aller, luy qui eftoit homme aduentureux,& perfonnage de grade entreprife,& qui auoit coneu les vices& les fautes qui eftoyent en leur gouuernement du royaume, ce ne feroit pas trop feurement fait: car il n'y auoit ny dos ny prefens qu'on luy feaft faire, qui le peuffent addoucir, Mais ne plus ne moins que le boeuf facré, qu'ils appellent en Ægypte Apis, encore qu'il ait à boire& à manger tout font facul,& qu'il femble eftre en grandes delices, defire neantmoins toufiours fa vie naturelle,& fa liberté de courir & fauter à fon plaifir,& monftre euidemment qu'il fe fafche d'eftre toufiours entre les mains du preftre qui à charge de le gar der: aufsi n'y auoit il rien és delices de la cour qui pleuft à Cleomenes, ains comme dit Achilles en Homere, AGIS ET CLEOMENES. Il languiffoit d'eftre tenu en ferre, Ne demandant que d'aller à la guerre. Eftat donc Cleomenes& fes affaires en tel eftat, il arriua en Alexandrie vn Mefsien nommé Nicagoras, qui le hayffoit particulierement en fon cœur, mais au dehors faifoit femblant de l'aimer: car il luy auoit autrefois vendu vn beau lieu de plaifance,& n'en auoit pas receu l'arget, fuft ou pource que Cleomenes n'euft pas le moyé de luy payer, ou pource qu'il n'euft pas le loifir pour les guerres qui l'occupoyent. Vn iour donc que Cleomenes d'aduenture fe promenoit fur la greue du port, il apperceut ce Nicagoras defcendant d'vne nauire, qui ne faifoit qu'arriuer,& l'ayat reconeu, le falua amiablement,& luy demanda qu'elle occafion l'amenoit lors en Ægypte. Nicagoras luy ayant rendu bien amia blement aufsi fon falut, refpondit qu'il auoit amené de beaux che uaux de feruice pour la guerre au Roy. Cleomenes s'en prit à rire & luy dit, il euft mieux valu que tu euffes amené de belles courth fanes, des baladines& des putains: car c'eft ce qui plus agreemain tenant au Roy. Nicagoras fur l'heure fit femblant de rire, mais peu de iours apres il luy vint ramenteuoir le lieu, qu'il luy auoit autrefois vendu,& le prier qu'à tout le moins lors il luy en vouluft bailler l'argent, l'affeurant qu'il ne l'en euft point encore im portuné, n'euft eft é qu'il auoit perdu à la marchandiſe. Cleomenes luy refpondit qu'il n'auoit rie de refte de la penfion qu'o luy donA donnoit, d Solibius Roy.Sof encore p menes, luy, com Parget Nicag qu'il f ceve à donné Juy ba luy de nes, m nir pa pello au par pris enfe Ptolo Jes fuf fait en ne pre ques a des vne fois e au de derri tedu uoye iure noit à me mo Pource Prince drie Bant va cof mal- a er aller rent en COUT ede gar Cleo Ale eult Pad A GIS ET CLEOMENES. 519 donnoit, dont ce Nicagoras eftat courroucé, s'en alla rapporter à Sofibius le trait de moquerie qu'il luy auoit ouy dire contre le Roy.Sofibius fut bien aife de l'auoir entendu: mais defirât auoir encore plus grande occafion d'irriter le ieune Roy contre Cleo menes, il fuada à Nicagoras d'efcrire vne lettre au Roy contre luy, comme ayant confpiré fi le Roy luy donoit des vaiffeaux, de Parget& des gés de guerre, de fe faifir de la ville de Cyrene.Ce q Nicagoras fit:& ayat efcrit la mifsiue, fit voile.quatre iours apres qu'il fut paty, Sofibius porta la lettre au Roy- come s'il l'euft receue à l'heure.Et irrita telle met le ieune Roy, qu'il fut deflors or donné, qu'on referreroit Cleomenes en vne grade maifon, où on ley bailleroit fo viure ordinaire, tome de couftume excepté qu'o luy defendroit de fortir du logis.Cela defia fafcha bien Cleome nes, mais encore eut- il bien pire efperace de fon affaire à l'aduenir par vn tel accidét: Il y auoit l'vn des mignos du Roy, qui s'ap pelloit aufsi Ptoloma' fils de Chryfermus, lequel auoit toufiours au parauat deuifé affez familieremet auec Cleomenes,& auoyent. pris vne liberté& priuauté de parler librement de toutes chofes enfemble. Cleomenes, l'éuoya vn iour prier de venir parler à luy. Ptolomæus y alla, où en deuifat, il tafcha de luy deftourner toutes les fufpicions qu'il auoit,& de luy excufer tout ce q le Roy auoit fait en fon endroit puis quad ils euret affez deuifé, il s'é retourna, ne prenat pas garde q Cleomenes le fuyuoit& eftoit derriere iuf ques à la porte, à laquelle Ptolomæus tafa bien afprement les gar des, de ce qu'ils gardoyent fi negligement& fi peu foigneufemet vne befte fauuage& fr furicufe,& fi mal- aifee à reprendre fi vne fois elle efchapoit. Cleomenes ouyt ces paroles,& s'en retourna au dedans du logis fans que Ptolomæus euft apperceu qu'il fuft derriere luy:& retourné qu'il fut, cota à fes amis ce qu'il auoit en tědu& ouy.Parquoy tous adoc icttás en courroux le refte qu'ils a uoyent de bone efperace, refolurēt de fe venger du tort& de l'in iure q leur faifoit Ptolomæus, en mourat ainfi come il apparte noit à des Spartes, fans attédre qu'o les vinft hacher en pieces co me moutons, apres qu'on les auroit longuement tenus à l'engres. Pource que ce feroit vne gräd hōte à Cleomenes apres auoir refufé d'appointer auec Antigonus, qui eftoit homme de guerre& Prince de fait, attedre le loyfir de ceft autre Roy bafteleur& tri acleur iufques à ce qu'il luy pleuft laiffer fon tabourin,& rōpre fa dafe& fa mõmerie, pour le venir faire mourir. Ayas pris cefte refolution entre eux, le Roy Ptolomæus alla d'aduéture à la ville de Canobus,& eux firét premieremét courir vn bruit par Alexadrie, que le Roy eftoit en propos de le deliurer de prifon,& fuytant vne couftume que ces Roys d'Egypte auoyent, quad ils vou loyent eflargir vn prifonnier& le remettre en fa pleine libertés оп גור he ire th ain mais 1015 kk Mij 320 AGIS ET CLEOMENES. qu'il luy enuoyoyent le foir de deuant à foupper auec des prefés, les amis de Cleomenes ayas preparé plufieurs tels prefens, les luy enuoyerent, en trompant les gardes,& leur donnant à entendre que c'eftoit de la part du Roy qu'on les luy enuoyoit: car Cleome nes mefme facrifia aux dieux,& enuoya à fes gardesbone part des viandes, qu'on luy auoit enuoyees de dehors:& fouppa le foir en feftin auec fes amis, ayans des chapeaux de fleurs for les teftes,& dit on: qu'il fe hafta d'executer ce qu'il auoit entrepris pl toft qu'il n'euft fan autrement, pour auoir apperceu qu'il y auoit vn de fesvalets fachant leur confpiratio, qu'il alloit hors du logis coucher auec vne feme dont il eftoit amoureux, ayans peur qu'il ne defcouurift leur entreprife. Quand ce vint fur le midy,& qu'il vit que les gardes eftans yures dormoyent, il prit fon faye fur fon dos,& en ouurant la coufture à l'endroit de l'efpaule droite, fe iet ta hors la maifon l'efpee nue en la main auec fes amis accouftrez tout de mefme, qui eftoyer treze en tout. Entre lefquels y en auoit vn nomé Hippotas, qui eftoit boiteux, lequel fortit auec eux bien deliberément à la premiere faillie: mais quâd il vit que pour l'attendre ils marchoyent trop bellemét, il les pria qu'ils le tuaffet, & qu'ils ne l'aiffaffent point à executer leur entrepriſe pour le re gard d'vn home inutile. Toutefois ils rencótrerent d'auëture vn de la ville, qui paffoit fur vn cheual par deuant la porte de leur logis, ils le firet defcédre& moterent Hippotas deffus, puis s'é al lerent couras parmy les rues, crias au peuple, Liberté, Liberté: mais tout ce populaire n'auoit de vertu fino iufques à louer Cle menes& admirer fa hardieffe, car au demeurat de le fuyure ou de luy porter faueur perfonne n'en eut le courage,& en courat par la ville ils rencótrerent Ptolomæus, celuy que nous auons dit qui eftoit fils de Chry fermus, ain fi qu'il fortoit du Palays,& fe rueret trois fur luy, qui le tuerent en la place. Il y aucit vn autre Ptolomæus, qui auoit charge de garder la ville d'Alexandrie, lequel ayant ouy le bruit, s'en venoit vers eux dedãs vne coche: ils luy allerét alecotre,& ayas premieremet fait efcarter fes fatellites& archers, qui marchoyer deuant luy, le tirerent à bas de deffus fon chariot& le tueret aufsi: puis s'en allerent vers le chafteau en intention de deliurer tous les prisonniers, qui y eftoyent& s'en fer uir, mais les Geoliers qui en auoyet la garde, auoyet bié fermé& muny les prifons, de forteq Cleomenes fut rebouté de cefte enté te.Au moyen dequoy il s'en alla errat çà& là par la ville, fãs que perfone fe ioignift à luy, ne qui luy fit tefte auffi, pource q le mode s'en fuyoit de peur deuat luy: parquoy à la fin apres auoir bien couru, fe retournant deuers fes amis, il leur dit, Ce n'eft pas de merueille fi des femmes comander à vn fi lafche peuple, veu qu'il fuyt ainfi fa liberté. Si les pria qu'ils vouluffent donc tous mourir aufsi magnanimemét, come il appartenoit à ceux qui auoye elte nour faites. Et d'vn cou gnie à f apres, f eftoit e jeune en la d en auc le ver nier: p alla to de fon pas er aupre fage fair r fus lu ans, fesio par to meura gener ciden mais trou COU redo fut en pas la uelle ant d toutes femme deplas de re nuid barq efté acc syena ceur pourla tuaffe our le re ture vn e leur sé al Liberté: uer Cle e ou de maripat dit qui tueret lequel res& fon 10ler & nte 110Olea 525 AGIS ET CLEOMENES efté nourris auec luy,& à la dignité de belles chofes qu'il auoit faites. Et lors le premier qui fe fift tuer fut Hippotas, leql mourut d'vn coup d'efpee, que luy bailla l'vn des plus ieunes de la copagnie à fa requefte, puis chacu des autres fe tua aufsi cófequément apres, facilement& fans rien craindre, excepté Pateus, celuy qui eftoit entré le premier dedans la ville de Megalipolis: c'eftoit vn ieune home fort beau de vifage,& qui auoit fort bie efté nourry en la difcipline Laconique,& mieux qu'autre de fon aage, aufsi en auoit Cleomenes efte amoureux, qui luy comanda, que quad il le verroit tobé mort& tous les autres aufsi, q lors il fe tuaft le der nier: parquoy eftans ia tous les autres gifans par terre, Pante' les alla tous reuifiter les vns apres les autres,& foder auec la pointe de fon efpee, pour voir s'il y en auoit point quelqu'vn qui ne fuft pas encore mort,& come ayat entre les autres piqué Cleomenes aupres du talon, ileuft apperceu qu'il fronçoit encore le vifage, il le baifa& s'afsit aupres de luy puis quand il vit qu'il eut à fair redu l'efprit, alors l'abraffat tout mort, il fe tua luy mefme de fus luy. Cleomenes doc ayat efté Roy de Sparte l'efpace de feze ans,& ayat efté tel perfonnage que nous l'auons defcrit, acheua fes iours en cefte forte: dequoy le bruit s'eftat incontinent efpadu par toute la ville, Crateficlea fa mere, encore qu'elle fuft au demeurant femme magnanime, oublia neantmoins vn peu lors fa Kpɛuaraj generofité, pour l'excefsiue douleur qu'elle fentit de ce grand ac xaraßupcident,& ambraffant les enfans de Cleomenes fe prit à lamenter, sasa rass mais l'aifné des enfans, fans que perfonne s'en fuft iamais douté, le prendre a- trouua moyen de fe defpeftrer de fes mains,& montant deffus la pres Pauoir couuerture de la maifon, fe ietta du haut en bas la tefte la premie defaché& re, dont il fut tout froiffé, mais il n'en mourut pas pourtant, ains conroyé. Aufut emporté criant& fe courrouçant de ce qu'on ne le vouloit tres vux lipas laiffer mourir. Le Roy Prolomæus ayant entendu cefte nou- fent xarauelle commanda qu'on pendit le corps de Cleomenes l'ay uprav ant deuant* conroyé& qu'on fit mourir fes enfans, famere& ra, c'est à toutes les fémes qui eftoyent auec elle, entre lefquelles eftoyét la dire, l'ayat femme de Panteus, l'vne des plus belles Dames de fon temps& premierement de plus gentil cœur.Il n'y auoit guere qu'ils eftoyent mariez en- embafmé, à- feble quand ces mal- heurs leur aduindret,& eftoit encore leur a fin qu'il demour en fa plus grade chaleur, fes parets ne l'auoyent par voulu meir ft plus laiffer aller& s'embarquer auec fon mary, ains l'anoyet enfermee longuement pour la retenir à force: mais peu de teps apres ayant trouué moye entier au gide recouurer vn cheual& quelque peu d'arget, elle s'en fuyt vne bet, comme nuit, piquat à toute bride vers le port de Tænare là où elle s'em- ftoit la fage barqua fus vne nauire qui partoit pour aller en Egypte,& s'en des Ægypti alia trouuer fon mary, auec lequel elle fupporta doucemet& ioy ens de garder eufement le viure hors de fa maifon en pays efträge. Et lors que les corps.Die tes forgés vindrée prédre Crateficlea pour la mener mourir, elle dere Siciliens 522 AGIS ET CLE OMENES. la conduy fit par deffous le bras, en luy aidant à porter fa robbe& la reconfortant.combien qu'elle ne fuft point autremēt eftonnee pour l'apprehenfion de la mort,& qu'elle demandaft feulement cefte grace, qu'on la fit mourir deuant fes petis enfans: toutefois quand ils furet au lieu où on auoit accouftumé de faire telles exe cutions, les bourreaux tuerent premierement les enfans deuant fes yeux,& puis elle apres, laquelle en fi grifue angriffe de doleur ne dit autre parole finon, Helas! mes enfans, cu eftes vous allez? Et la femme de Pantheus eftant grande& forte, ceignant fa robbe par deffus, accouftra& enveloppa les corps des autres à me fure qu'elles furent executeees de ce qu'elle peur recouvrer fans dire vn feul mot, ny monftrer aucun figne d'eftre troublee:& fi-.. nalement s'eftant elle mefme accouftree,& ayant auallé fon veftement autour d'elle, fans vouloir fouffrir qu'autre perfonne s'ap prochaft d'elle ny la regardaft, finon le bourreau qui eftoit ordo né pour luy coupper la tefte, elle mourut aufsi conftamment que fauroit faire le plus vertueux home du monde, fans aucur befoin de perfonne qui couurift fon corps ny l'envelopaft apres fa mort, tät elle fut foigneufé de garder, mefme à la fin, l'honefteté qu'elle auoit toufiours obferuee en fa vie,& retenant encore en mourat le foin de l'honneur, dont elle auoit toufiours muny fon corps tant come elle auoit vefcu. Ainfi fes Dames Lacedæmonienes en cefte piteufe tragedie ayans ioué leur rolle à l'enuie des homes en leur derniers iours, à qui plus magnanimement endureroit la mort fourniroit de preuue euidente, pour verifier que la Vertu ne peut eftre outragee par la fortune.Peu de iours apres, ceux qui e ftoyent ordonnez pour garder le corps de Cleomenes pendu, en croix, appercenrent vn fort grad ferpent entortillé à l'enteur de fa tefte, quiluy couuroit tout le vifage, de forte que nul oifeau de proye n'en approchoit pour en mäger, dont le Roy entra en vne fuperftition& frayeur craignant d'auoir offenfé les dieux: ce qui donna occafion aux femmes de fa cour de faire plufieurs facrifices de purification pour nettoyer ce peché fe perfuadans qu'ils a uoyent fait mourir vn perfonnage bien voulu& aimé de la diuinité,& qui auoit quelque chofe de plus qu'homme. Les citoyens mefmes de la ville d'Alexandrie allans fur le lieu luy faifoyent prieres& l'inuequoyent comme vn demy- dieu, en le nomant fils des dieux, iufqués à ce que les plus fanans les ofterent de ceft erreur, en leur remonftrant que tout ainfi comme des bœufs, quand ils viennent à fe pourrir, s'engendrent les abeilles: des chenaux les moufches guefpes:& femblablement des afnes, quand ils vien nent aufsi à putrefaction, grouyllent des efcarbots: aufsi le corps des hommes, quad la liqueur de la mèuelle viet à fe fondre& à le figer enfemble au dedans produifent des ferpens: ce que les anci ens ayans entendu& coneu, ont choifi entre tous les animaux le dragon pour l'approprier à homme. TRIBVNI Conf triop fe del Corne re: ceb foft ad lift va vouloi de le ment portero Come elcha douze quell 523 TIBERIVS ET GAIV S GRACCI. H TRIBVNVS TIB.GR RACCVS 0 G RA eté que en mo n corps nes en homes eroit la Vertune Endu en cur de eau de GUA U ce qui crifiFils a yens yent mt fils erquand corps ale C x le INS I donc eftant l'hiftoire des deux Grecs expofee, il refte que nous efcriuions aufsi celle des deux Romains, en laquelle nous ne verrons pas de moindres inconueniens aduenus à Tiberius & à Gaius, qui tous deux furent fils de Tiberius Graccus: lequel encore qu'il euft efté deux fois Conful,& vne fois Cenfeur,& qu'il euft eu l'honneur de deux triophes, auoit neatmoins plus de dignité& plus de gloire à caufe de fa vertu feule, pour laquelle il fut eftimé digne d'efpoufer Cornelia fille de Scipio, qui desfit Hanibal apres la mort du pere: cobien que de fon viuant il ne luy euft point efté ami, ains plu ftoft aduerfaire& ennemi. On dit qu'il trouua vniour dedãs fon lict vie couple de ferpens,& que les deuins ayans confideré que vouloit fignifier ce prefage, luy defendiret de les tuer tous deux, & de les laiffer aufsi efchapper tous deux, mais ouy bien l'vn feulement, luy affeurans que s'il faifoit mourir le mafle, cela luy apporteroit la mort à luy- mefme,& s'il tuoit la femelle, q ce feroit à Cornelia. Tiberius donc aimant fa femme, ioint qu'il eftimoit eftre plus raisonnable que luy mouruft premier qu'elle, attendu qu'il eftoit le plus vieil,& elle encore ieune, tua le mafle,& laiffa efchapper la femelle, mais il mourut aufsitantoft apres laiffant douze enfans viuans, lefquels il auoit tous eus de Cornelia, laquelle apres le trefpas de fon mary, prenant tout le foin de fa maifon& de fes enfans, fe monftra fi honefte, fi bonne enuers fes enfas,& fi magnanime, qu'on iugea Tiberius auoir fagemet fait, d'auoir voulu mourir plu oft qu'vne telle femme. Car eftant en fa viduité, le Roy Ptolomeus luy voulut comuniquer l'honneur 324 TIBERIVS ET GAIVS. 1entoit qu hors de ton quel Gaius cholere ferences o re les en de leurs prez, eft que Tibe fur caufe blique, pourquo forirent leur pui mefmet Il nous f de celu eftimé, qu'on ap rer les f que pour du diademe royal,& la faire Royne, la demädant à femme: mais elle le refufa,& perdit en fa viduité tous fes enfans, exceptee vne fille, qu'elle donna en mariage au ieune Scipion Africain, & Tiberius& Gaius dont nous efcriuons prefentement, lefquels elle nourrit& inftitua fi diligemment, qu'eftans deuenus plus höneftes& mieux conditionnez que nuls autres ieunes hommes Romains de leur temps, on eftima que la nourriture en valoit mieux que la nature: mais tout ainfi qu'es images de Caftor& de Pollux on apperceuoit ne fay quoy de difference qui fait conoiftre, que l'vn valoit mieux à la lufte& l'autre à la courfe: auffi entre ces deux ieunes freres parmy les autres grandes fimilitudes qu'ils auoyent, d'eftre tous deux heureufement nez à la prouëffe de leurs perfonnes, à la temperance, à la liberalité, aux lettres& à la magnanimité, il fourdit de grades differeces quant aux effets& quant à leurs adminiftrations en la chofe publique, & me femble qu'il vaudra mieux les declarer premier que d'entrer plus auant en matiere. En premier lieu donc, quant à la forme du vifage, quant au regard& au mouuement de la perfonne, Tiberius eftoit plus doux& plus pofé,& Gaius plus vehement, de forte que l'vn en harangant fe maintenoit conftamment en v- ne place:& l'autre fut le premier des Romains qui commença à fe promener par la tribune aux harangues en prefchant,& à tirer fa robbe de deffus fon efpaule comme on efcrit de Cleon A- thenien, qu'il fut le premier des Orateurs qui ouurit fa robbe,& frappa fur la cuiffe en parlat. Dauatage la parole de Gaius, parmy la force perfuafiue qu'elle auoit eftoit terrible& pleine d'affections:& celle de Tiberius au contraire, plus douce& plus attrayante à pitié, la diction propre& pure,& exquifement bien ordonnee:& celle de Gaius figuree, embellie& fardee. La mefme difference fe conoiffoit aufsi en leur table& en leur defpenfe ordinaire: car celle de Tiberius eftoit fimple& fobre:& celle de Gaius, à comparaifon des autres Romains, eftoit bien fobre& eftroitte aufsi, mais au regard de fon frere il fe trouuoit curieux, delicat& fuperflu, comme Drufus luy reprocha vn iour, qu'il a- * autres li- uoit acheté des* dauphins d'argent au prix de douze cens cinfent en ce quante drachmes pour chafque liure pefant. Et quat aux mœurs lien, & à leur inclination naturelle, fuyuant la difference du langage, Senoixas I'vn eftoit doux& gracieux, l'autre violent& cholere, de forte c'eft à dire, qu'en haranguant il fe laiffoit aller quelques fois à fon courroux tables d'ar- contre fa volonté, iufques à hauffer fa voix en vn ton plus aigu, à gent de l'ou- dire des iniures,& à confondre fon parler: mais pource qu'il fe urage de fentoit fuiet à femblables faillies, il vfa d'vn tel remede: Il auoit Delphes. vn feruiteur nommé Licinius, homme de bon entendement, qui * Six vingt auec vn inftrumét de mufique, dont on enfeigne à hauffer& baifcing efcus. fer fur les tos, fe tenoit derriere luy quand il haranguoit:& quad Clodius, dignite anoit- 1 comme lue& ca me de v lontiers tr'eux: porte ap e noftre quet b stu peu pour m ambue c de Sci autres me n'a pere.Ti cond S fous tain Th es de C nce lacode ment Libert perlom chemen Clic ent env mença & àn eon A- obbe,& us, par plus at TIBERIVS ET GAIVS. 525 il fentoit que fa voix efclatoit vn peu trop,& par cholere fortoit. hors de ton, il luy foufloit par derriere vn ton doux, au fon duquel Gaius fe moderoit incontinent, relafchant la vehemence de fa cholere& de fa voix,& fe reuenoit facilement. Voila les differences qui eftoyent entr'eux.Au demeurant leur vaillance cotre les ennemis, iuftice vers les fuiets, foin& diligence és charges de leurs offices, temperance& continence à l'encontre des voluptez, eftoyent en tout& par tout femblables és deux. Il eft vray que Tiberius eftoit plus aagé que fon frere de neuf ans, ce qui fut caufe, que leur entremife du gouuernement de la chofe publique, fut diuifee de temps,& I'vne des principales occafions pourquoy leurs entreprifes ne fuccederent pas, pource qu'ils ne florirent pas en vn mefme temps, ny ne peurent pas conioindre leur puiffance enfemble, laquelle fi elle fe fuft rencontree en vn mefme temps, euft efté tref- grande,& à l'aduenture inuincible.. Il nous faut donc efcrire feparément de chacun,& premierement de celuy qui eft l'aifné, lequel dés l'iffue de fon enfance fut tant eftimé, que tout incontinent on l'affocia au college des preftres, qu'on appelle à Rome les Augures, qui ont la charge de cöfiderer les fignes& prefages de chofes à aduenir, plus pour fa vertu que pour fa nobleffe, ainsi que monftra le tefmoignage d'Appius Clodius, perfonnage qui auoit efté Conful& Cenfeur,& de telle dignité qu'il auoit efté declaré& nommé Prince du Senat, aufsi auoit- il plus d'authorité que nul autre de fon temps. Et vn iour comme tous les Augures mangeaffent enfemble, apres auoir falué& careffé fort amiablement Tiberius, il le recercha luy- mefme de vouloir efpoufer fa fille: ce que Tiberius accepta bien vo lontiers& fut fur l'heure mefme paffé l'accord du mariage entr'eux: parquoy Apius retournant en fon logis, dés le fueil de la porte appella fa femme à haute voix, criant Antiftia, l'ay fiancé noftre fille Clodia: dequoy elle s'efmerueillant, Dea dit- elle, quel befoin eftoit- il de foy hafter& precipiter tant? Qu'euffes tu peu faire dauantage, fi tu luy euffes trouué Tiberius Graccus pour mari? le n'ignore pas toutes fois, que quelques vns ont attribué cefte hiftoire à Tiberius pere de ceux- cy,& à Scipion l'Africain: mais la plufpart des hiftoriens la met ainfi que nous l'efcriuons à prefent:& Polybius mefme efcrit, qu'apres la mort de Scipion les parens affemblez choifiret Tiberius entre tous les autres ieunes hommes pour luy donner Cornelia en mariage co me n'ayant efté ny fiancee ny promife à autre quelcoque par fon pere. Tiberius donc le ieune eftant à la guerre en Afrique fous le fecond Scipion, qui auoit fa foeur en mariage,& logeant auec luy fous vne mefme tente, coneut incontinent la nature de fon Capitaine douée de plufieurs belles, bonnes& grandes parties pour attirer les cœurs des homme à imiter& defirer enfuyure fa nt bien nanie ellede [ re& eux, laUT curs age, Horte Troux File qui Dail TIBERIVS ET GAIVS. prouders de l ne donna calomni manie. prieren debout les off $ 26 vertu. Si deuint en peu de temps le plus humble& plus obeyf fant& le plus vaillant de fa perfonne, qui fuft entre tous les ieunes homes de fon temps, tellemet que ce fut le premier qui mota fur la muraille des ennemis, ainfi comme dit Fannius, affermat y auoir moté quant& luy,& l'auoir fecódé en ceft a& te de effe: au moyen dequoy, eftant prefent, il eftoit fort aimé de tout le camp,& abfent fort defiré& regreté de tout le monde. Apres cefte guerre il fut efleu Quæfteur,& luy efcheut par le fort d'aller à l'encontre des Numantins auec l'vn des Confuls, Caius Mancinus lequel n'eftoit point mauuais homme, mais bie le plus mal fortuné& le plus malheureux Capitaine que les Romains cuffent:& neantmoins en fortune fi contraire,& en fi grand malheur reluy fit encore plus clairement, non feulement le bon fens & la proueffe de Tiberius, mais, qui eft encore plus efmerueillable, la reuerence& l'obeyffance qu'il portoit à fon fuperieur, cóbien qu'il fuft fi trauaillé& fi troublé de fes mef- aduentures, qu'il ne faucit luy- mefme, s'il eftoit Capitaine ou non. Car ayat efté desfait& battu en de groffes batailles, il fe partit de nuit abandonnant fon campice que les Numantins ayans apperceu, faifirent premierement fon camp, puis coururent apres les fuyas, là où donnans fur la queue ils en occirent les derniers,& enuelopperenttoute fon armee, de forte qu'ils la rangerent en lieux mal- aifez, dont il n'y auoit aucun moyen d'efchaper: parquoy Mancinus defefperant en pouuoir fortir à force, leur enuoya par vn heraut demander appointement, à quoy les Numantins firet refponfe qu'ils ne fe fieroyent à perfonne, finon à Tiberius feul,& luy demanderent qu'il l'enuoyaft deuers eux, ayans pris cefte affection en partie pour les vertus du ieune homme, à caufe qu'on ne parloit que de luy en toute celle guerre,& en partie aufsi, par la fouuenance qu'ils auoyent de fon pere Tiberius, qui faifant la guerre en Hefpagne,& y ayant fubiugué plufieurs nations, donna la paix à ceux de Numance, laquelle il fit depuis ratifier& confirmer au peuple Romain. Ainfi y fut enuoyé Tiberius qui parla à eux,& leur faifant paffer partie de ce qu'il vouloit,& auffi leur accordant partie de ce qu'ils demandoyent, arrefta la paix auec eux en quoy faifant il fauua affeurément la vie à vingt mille citoyens Romains, outre les efclaues& autres volontaires qui fuyuoyent le camp fans eftre des bandes: mais au demeurant les Numantins prirent& pillerent tous les biens, qui eftoyent demeurez.dedans le camp des Romains, entre lefquels fe trouuerēt les papiers où eftoyent contenus les contes de la charge de Tiberius touchant l'adminiftration des deniers, lefquels defirant fingulierement recouurer, il s'en retourna à Numance auec deux ou trois de fes amis feulement, cóbien que l'armee Romaine fuft defia bien auant en chemin:& appellant les gouuerneurs& officiers par la mis, a Tiber couare les Nu il fuc toute ger v Juy of eux d quel cho & se temer desho qui au peup yau drea nobr mied fois f Cap tez q vie fa Chef deme Nu en d le p Tite Con alas, Cas Cara It de n pperce es fays, enuenlieux arquoy oya par tins feul,& qu'on dunr& qui auf baix nilt les deuerét T- rant deux fuft offiTIBERIVS ET GAIVS. 537 ciers de la ville, les pria de luy faire rendre fes papiers, afin qu'il ne donnaft point d'occafion à fes enuieux& mal- vueillans de le calomnier, quand il ne pourroit rendre conte de ce qu'il auroit manié. Les Numantins furent bien aifes de cefte aduenture,& le prierent d'entrer dedans leur ville& comme il s'arreftaft tout debout à confulter en foy- mefme, s'il y deuoit entrer ou non, les officiers de Numance s'approcherent de luy,& le prirent par la main, le fupplians de croire qu'ils n'eftoyent plus ennemis, ains bons amis,& qu'il fe vouluft fier en eux, de façon que Tiberius fut d'opinion de le faire, pour l'enuie qu'il auoit de recouurer fes papiers,& aufsi pour la doute qu'il faifoit d'irriter les Numantins, s'il euft monftré qu'il fe fut desfié d'eux. Quand il fut dedans, ils luy firent appareiller à difner,& le prieret auec toute l'inftance qu'il leur fut pofsible, de fe vouloir feoir& manger vn peu auec eux, puis luy rendirét fes papiers,& dauantage luy offrirent tout ce qu'il voudroit de ce qui auoit efté pris par eux dedãs le cap des Romains, dequoy il ne voulut prendre chofe quelconque fino l'encens dont il vfa au facrifice qu'il fit pour la chofe publique:& cela fait il prit congé d'eux en les remerciât, & s'en retourna.Quad il fut de retour tout le fait de ceft appointemet fut grandemet repris& blafmé, comme indigne& faifant deshonneur à la dignité de Rome: mais les pares& amis de ceux qui auoyent efté en cefte guerre, faifans la plus grande partie du peuple, s'afseblerent aletour de Tiberius, difans, q des fautes qui y auoyent efté lafchement faites, il s'en falloit addreffer& prendre au Conful,& au refte, q c'eftoit luy qui auoit fauué vn fi grad nobre de citoyens: toutesfois ceux qui eftoyent marris de l'infamie de ceft appointemét, vouloyét qu'on fit come auoyent autrefois fait leurs anceftres en cas pareil: car ils renuoyerent leurs Capitaines tous nuds aux ennemis, pource qu'ils s'eftoyent cóten tez q les Sanites les defpouyllaffent& les laiffaffent efchaper la, vie fauue,& ne leur enuoyerent pas feulement les Capitaines en Chef, ains aufsi tous ceux q auoyet eu aucune charge en l'armée & qui auoyét cofenty à la cópofitio pour couertir fur leurs teftes tout le peché de la cotrauction au fermét qu'ils auoyet prefté& à l'appointemet qu'ils auoyet iuré. Mais en cela fe moftra bié euidemet l'amour& bie- vueillace q le peuple portoit à Tiberius: car il ordona q le Cóful Macinus feroit redu pieds& poings liez aux Numatins,& pardona à tout le refte pour le regard de Tiberius: en quoy il m'eft bien aduis q S cipio luy aida, qui eftoit pour lors le premier home de la ville de Rome& qui plus y auoit d'autho rité, qui toutesfois fut blafmé de ce qu'il n'auoit aufsi fauué le Conful Mancinus,& fait cófermer l'appointement accordé aux Numatins, veu q ç'auoit efté Tiberi' fon ami& fon allié q l'auoit traitté. Ces plaintes pour la plufpart procedoyent de l'ambition ciers 528 TIBERIVS ET GAIVS. des amis de Tiberius,& quelques hommes de lettre, qui Pirritoyent& le mettoyent en pique à l'encontre de Scipion, laquelle zoutesfois ne proceda point iufques a haine declaree ny n'en enfuluit mal aucun:& me femble que Tiberius ne fuft point tombé és inconueniens où il tomba depuis, fi Scipion euft efté prefent quand il entreprit ce qu'il mit en auant: mais il eftoit defia à la guerre deuant Numance, quand Tiberius commença propofer fes edicts pour vne telle occafion. Quand les Romains anciennemet auoyent vaincu quelques vns de leurs voifins, pour l'améde ils leur oftcyet bien fouuent vne portió de leurs terres, dot partic fe vendoit au profit de la chofe publique,& partie fe ioignoit au domaine, qui fe bailloit puis pres à ferme ou à rente aux poures citoyens qui n'auoyent point d'heritages, en payant vn bien peu de rente tous les ans: mais les riches commencerent à hauffer la rente& à en debouter par ce moyen les poures: à l'occafion dequoy fut faite vne ordonnance, qu'il ne fuft loifible à citoyen Ro main de tenir plus de cinq cens arpens de terre.Cefte ordonnace refrena pour vn peu de temps l'auarice des riches,& aida aux poures qui demeuroyent aux champs fur les terres qu'ils auoyent prifes à ferme de la chofe publique,& viuoyent de ce qu'eux ou leurs anceftres en auoyent eu des le comencement: mais par laps de temps leurs voifins riches, fous noms de perfonnes fuppofees trouuoyent moyen de transferer en eux les arrente més,& à la fin fans plus defguifer rien, en tindrent eux- mefmes publiquement & notoirement en leur nom& la plus grande partie, de maniere que les poures en eftans ainfi deboutez, n'alloyent plus de bon courage à la guerre, ny ne fe foucioyent plus de nourrir& efleuer des enfans, tellement qu'en peu de téps l'Italie fe fuft trouuee depeuplee d'hommes de libre condition,& remplie de Barbare,& d'efclaues, par lesquels les riches faifoyent labourer les terres, dont ils auoyent chaffé les citoyens Romains: auquel inconuenient effaya de pouruoir& de remedier Caius Lælius l'ami de Scipion, mais pource q les gros de la ville luy furét à ce contraires, craignant qu'il n'en fortift autre effet qu'vne fedition ciuile, il s'en deporta:& pour cefte caufe fut furnommé Lælius le fage ou le fauat: car il femble q ce mot Sapiens, fignifie l'vn& l'autre. Toutesfois Tiberius, aufsi toft qu'il fuft efleu Tribun du peuple, fe mit incontinent fur fes brifees à la fufcitation, ainfi que la plus part des hiftoriens efcrit, de Diophanes rhetoricien,& de Blof fius philofophe, qui le poufferent à ce faire. Diophanes eftant banny de la ville de Mitylene,& Blofsius natif de l'Italie en la ville de Cumes, ayant efté difciple& familier d'Antipater de Tarfe à Rome mefme, où il luy fit l'honneur de luy dedier quelques fiennes compofitions de la philofophie. Aucús en accufent auffi leur mere Cornelia, laquelle leur reprochoit que les Romains maine Pa des Gra bumius d'eloqu trouua bien e hardie fon fr loit à le pay gardo pays e trepri à leur plus Pinu tre le Prio terre il pa hom Cra Jors e lama pro qui & a ment paye publ valo que n Et co pro que Pou ans ec es Cicoyale orde auoye reux on ar laps polees uement maniere de bon lever deide alle, re. ple, plus Blof fant de ent 0- ins TIBERIVS ET GAIVS. 5.9 mains l'appelloyent encore belle- mere de Scipion, non pas mere des Gracques. Les autres veulēt dire que ce fut vn Spurius Pofthumius compagnon de Tiberius& fon concurrent en la gloire d'eloquence: pource que Tiberius à fon retour de la guerre le trouuant fort auancé deuant luy en honneur& reputation,& bien eftimé de chacun, le voulut furmonter en attentant cefte hardie entreprife,& qui eftoit de tref- grande expectation. Mais fon frere mefme Gaius en vn fien liure a efcrit, que comme il alloit à la guerre de Numace, en paffant par la Thofcane il trouua le pays prefque defert,& ceux qui y labouroyent la terre ou y gardoyent les beftes, pour la plufpart efclaues barbares, venus de pays eftrange, à l'occafion dequoy, deflors il fe mit en la tefte l'en treprife de códuire ceft ceuure à chef, qui fut caufe d'infinis maux à leur maifon: mais quand tout eft dit, ce fut le peuple mefme qui plus enflamma fa conuoitife d'honneur,& hafta fa deliberation, P'inuitant à y entrer par efcriteaux qu'on trouuoit par tout contre les murailles, és portiques, fur les fepultures, efquels oa le prioit de vouloir faire rendre aux poures citoyens Romains, les terres appartenates à la chofe publique. Toutesfois encore ne fitil pas feul de fa tefte l'edict, ains le fit auec le confeil des premiers hommes de la ville en vertu& en reputation, entre lefquels eftoit Craffus le fouuerain Pontife, Mutius Scuola le Iurifconfulte, qui lors eftoit Cóful,& Appius Clodius fon beau- pere:& fi feble que iamais ne fut faite loy fi douce ne fi gracieufe, que celle- la qu'il propofa cotre vne fi griefue iniuftice& fi grade auarice: car ceux qui deuoyent eftre punis de ce qu'ils auoyet contreuenu aux loix, & à qui on deuoit after par force les terres, qu'ils tenoyet iniuftement contre les ordonnances expreffes de Rome,& leur en faire payer l'amende, il voulut que ceux- la fuffent rembourfez par le public de ce que les terres qu'ils tenoyét illicitement pouuoyent valoir,& qu'elles fuffent remifes és mains des poures bourgeoys qui n'en auoyent point,& qui auoyent befoin d'aide pour viure. Et cobien que la reformation que fon edict introduifoit fuft ainfi gratieufe, le peuple neantmoins fe cótentoit, en oubliant le paffé, que pour l'aduenir au moins on ne luy fift plus de tort: mais les riches& ceux qui fe fentoyent bien heritez, hayffoyent l'edict pour leur auarice,& par vn defpit& vne opiniaftreté de ne vouloir point ceder, en vouloyent mal de mort à celuy qui l'auoir propofé, tafchans à en diuertir& defgouter le peuple, en difant que Tiberius introduifoit vn nouueau departement des heritages, pour mettre la chofe publique en combuftion& renuerfer tout fans defius deffous: mais ils n'y gaignoyent rien, pource que Tiberius defendant cefte caufe, qui de foy- mefme eftoit bonne& iufte, auec vne eloquence qui en euft peu prouuer& iuftifier vne mauuaife, eftoit inuincible,& n'y auoit perfonne qui le peut refuter I j 530 TIBERIVS ET GAIVS. Heleur efe qui touch Petre bie de Phom repaffer Courroux Auquel Odau pria à p du fie p combie vius n'e alant v tout exe prouue ny fouftenir, quad il venoit à difcourir& a deduire en faueur des poures citoyens Romains, eftant tout le peuple efpandu au deuat de la tribune aux harangues, Que les beftes fauuages, qui eftoyent par l'Italie, auoyent à tout le moins leurs giftes, leurs tefnieres& leurs cauernes où elles fe retiroyent: là où les hommes qui combatoyent& mouroyent pour icelle, ny auoyent chofe quelconque, finon l'air& la lumiere, ains eftoyent contrains d'aller erräs çà& là auec leurs femmes& leurs enfans, fans feiour& fans maifon où ils fe peuffent heberger.de forte que les Capitaines( difoitil) mentent ordinairement, quand pour encourager les foldats ils les prient& admonneftent de combatre vaillamment pour les Sepultures, lestéples& les autels d'eux& de leurs predeceffeurs: car il n'y a pas vn de tant de poures bourgeoys Romains, qui feuft monftrer ny vn autel domeftique, ny vne fepulture de fes anceftres: ains vont les poures gens à la guerre combattre& mourir pour les delices, la richeffe& fuperfluité d'autruy:& les appelle- on à fauffes enfeignes feigneurs& dominateurs de laterre habitable, là où ils n'ont pas vn feul pouce de terre qui foit à eux. Ces paroles& autres femblables prononcees auec grauité grande& vne compafsion veritable, efmouuoyent tellement le commun peuple,& le rauiffoyent hors de foy, qu'il n'y auoit perfonne des aduerfaires qui le peuft fouftenir parquoy laiffans le contredire& refuter par raifon, ils fe tournerent deuers Marcus Octauius, l'vn des compagnons de Tiberius en l'office de Tribun du peuple, c'eftoit vn ieune homme fage, pofé& rafsis de fa nature, familier ami de Tiberius, tellement que la premiere fois qu'on s'addreflà à luy, pour le faire oppofer à l'enterinement& confirmation de ceft edict, il s'en excufa, pour le regard de la familiarité & amitié qu'il auoit auec Tiberius.Mais à la fin comme forcé par Ja multitude& l'authorité de tant de gros perfonnages qui l'en preffoyent, il refifta à Tiberius,& s'oppofa à fon ordonnance: ce qui eftoit fuffifant pour la rompre: car s'il y a vn feul Tribun qui empefche& qui contredife, encore que tous les autres cófentent, il l'emporte,& ne peuuent tous les autres enfemble rien faire, s'il y a vn feul oppofant. Dequoy Tiberius s'eftant irrité, fe defporta de mettre en auat cefte premiere loy gratieufe,& par defpit en remit vne autre plus agreable au menu peuple,& plus afpre à l'encontre des riches, par laquelle il vouloit, que ceux qui tenoyet des serres en plus grande quantité que ne permettoyent les ancienes ordonnances, fuffent contraints d'en vuider promptement leurs mains: furquoy il auoit tous les iours ordinairement de grandes altercations en la tribune aux harangues alencontre d'Octauius, efquelles combien que l'vn conteftaft a lencontre de l'autre aucc vne vehemence d'affection,& auec vne obftination extreme, fi ne dirent- ils iamais vne feule mauuaife parole fyn contre l'autre, ny ne leur me def les cof peufle de gro diction de man ne, laille les riche Hobbes coten ges p tout le Courte premer renter peuple es ou eftoy parce q mesqui e Man qu'il qui ef aufsi kur de Pande les folda redealers fepultured combate e qui f c graut ement le oit per ans le Marcus Tribun fanat ois qu'on Contr ce ce s'il orta TIBERIVS ET GAIVS. : 53* he leur efchappa iamais, en quelque colere qu'ils fuffent, vn mot qui touchaft l'honneur de fon compagnon par où il appert, que Peftre bien né& bien nourry, modere& arrefte l'entendement de l'homme, non feulement es chofes de plaifir, le gardant d'outrepaffer les bornes d'honneur ny en fait ny en dit, mais aufsi en courroux,& és plus ardentes ambitions& couoitifes d'honneur. Auquel propos Tiberius voyant que fa loy touchoit entre autres à Octauius, à caufe qu'il tenoit beaucoup des terres publiques, le pria à part de ne plus debattre contre luy, promettant luy rendre du fie propre la valeur des terres qu'il feroit cötraint de lafcher, combien qu'il ne fuft pas autrement des bien riches: mais Octavius n'en ayant voulu rien faire pour fes prieres, il mit adonc en auant vn edict, que tous magiftrats ceffaffent toute iurifdiction& tout exercice de leur eftat, iufques à ce que fa loy euft efté ou approuuee ou reprouuee par les voix du peuple:& fi feella luy- mefme de fon propre cachet les portes du teple deSaturne, où eftoyét les coffres de l'efpargne, à fin que les Quæfteurs ou threforiers n'y peuffent ce temps pendant rien prendre ny rien mettre, impofant de groffes amendes aux Præteurs& autres magiftrats ayas iurifdiction ordinaire, qui contreuiendroyent aucunement à fon edicta de maniere que tous les officiers craignans d'encourir cefte peine, laifferent l'exercice de leur iurifdition. A l'occafion dequoy, les riches qui auoyent grand nombre d'heritages changerent de robbes, fe promenás par la place auec vne chere dolente,& trifte cótenance,& efpierent fecrettement de le furprédre, ayans attitré gés pour l'occire, qui fut caufe que luy- mefme au veu& feu de tout le monde, porta aufsi deffous fa robbe longue vne forte de courte dague dont vfent les brigans, que les Latins appellent proprement Dolon. Quand le iour prefix fur efcheu pour proceder à Penterinement& publication de fon edict, Tiberius appella le peuple pour donner fes voix:& les riches rauirent à force les vafes où le mettoyent les buletins des voix, de maniere que les chofes eftoyent pour tomber en grand trouble& grande confufion, pource que Tiberius y pouuoit eftre le plas fort en nobre d'hommes, qui ia s'affembloyent autour de luy pour ceft effet, n'euft efté que Manlius& Fuluius tous deux perfonnages de dignité Cófulaire, s'addrefferent à luy en le priant les mains icintes,& les larmes aux yeux, qu'il s'en vouluft deporter. Tiberius tant pource qu'il voyoit qu'il y auoit danger de quelque grand inconueniéta qui eftoit pour aduenir tout promptement, que pour la reueréce aufsi qu'il portoit à deux fi nobles perfonnes, fe retint vn peu, leur demandant qu'ils vouloyent donc qu'il fift: ils refpondirent qu'ils n'eftoyent pas fuffifans pour le confeiller en affaire de fi grande confequence, mais qu'ils le prioyent de vouloir remettre le tout à la deliberatio du Sematice qu'il leur accorda fur l'heure; are' entdes enes leurs Eny 11 ij TIBERIVS ET GAIV S. $ 32 mais depuis voyant que le Senat affemblé la deffus ne concluoit rien, à caufe que les riches y auoyent trop d'authorité, alors il fe mit à pourfuiure vne autre chofe qui n'eftoit ny honefte ny legitime, c'eftoit de faire priuer& depofer Octauius de fon magiftrat, fachant bien qu'il ne viendroit iamais à bout autrement de faire authorifer fon decret: mais premier q de ce faire, il le pria publiquement deuat tout le peuple auec tref- gracieufes paroles, en luy touchant en la main, qu'il fe vouluft defpartir de fon oppofition, & faire ce plaifir au peuple, qui le requercit de chofe iufte& raifonnable,& qui demandoit cefte recompenfe bien petite au lieu de tat de peines& de trauaux qu'il enduroit pour la chofe publique. O& auius reietta toutes fes prieres:& adonc Tiberius dit tout haut, qu'eftans tous deux en magiftrat d'authorité pareille& de puiffance efgale, contraires I'vn à l'autre en chofe de fi grade importance, il eftoit impofsible que ce differet à la fin fe vuidaft fans guerre ciuile,& qu'il ne voyoit remede aucun à ceft inconueniet, finon que l'vn d'eux fuft depofé de fon magiftrat,& dit à Octauius qu'il le mit en ieu le premier,& qu'il defcendroit bien volótiers du tribunal,& fe rendroit homme priué, fi ainfi plaifoit au peuple. Oftauius n'en voulut rien faire:& Tiberius luy repliqua qu'il le feroit donc contre luy, s'il ne chageoit d'aduis apres auoir eu temps d'y penfer:& à tant fit rompre l'affemblee du peuple pour ce iour- là. Le lendemain s'eftant le peuple raffemblé, Tiberius montant deffus la tribune, effaya derechef de perfuader& O& auius qu'il fe deportaft: mais à la fin, voyant qu'il ne le pouuoit diuertir aucunement, il mit la chofe aux voix du peuple, s'il luy plaifoit qu'Q& tauius fut depofé de fon magiftrat.Or y auoitil trente& cinq lignees du peuple, defquelles les dixfept auoyent ia donné leurs voix contre luy,& n'en falloit plus qu'vne feule pour le faire deftituer: parquoy il fit vn peu furfeoir la procedure fur ce poin&,& fupplia encore derechefo& auius en l'embraflane deuant tout le peuple, auec toute l'inftance de prieres qu'on fauroit faire, qu'il ne vouluft point par opipiaftreté fouffrir qu'vne telle honte luy fuft faite, d'eftre publiquemét deftitué de fon eftat, ny eftre aufsi caufe qu'on luy peuft imputer qu'il euft efté miniftre d'vn fi piteux acte. On dit qu'Octauius en ceft endroit fut vn peu efmeu& attendry de fes prieres,& qu'ayant les larmes aux yeux, il demeura affez longuement fans refpondre: mais quand il jetta fes yeux deuers les riches& poffeffeurs desterres qui eftoyét enfemble en groffe trouppe, il eut à mo aduis höte& peur d'eftre mal- voulu& mal eftimé d'eux,& aima mi: ux prendre genereufement le hafard de fa deftitutio, difant à Tiberius qu'il fift ce que il voudroit. Ainfi eftant fon abrogation paffee& authorifee par les voix du peuple, Tiberius commanda à l'vn de fes ferfs affranchis, qu'il le tiraft a bas hors de la tribune aux harangues: car il fe feruoit fruoit core pl tius à mais le he l'ot ainfie deleg yeux de ha les te Comm Comm beau dedar fous Tibe plus qual pell indig Senat il dem quan terre deb plat boles fon e tité d force & en eftant tugue dont rent Core Contr paral incuri & dit it bien plai yrepl res aux peuple blé, Tifuader me le pou euple, Invent ychc elenle Adura vne ftat, minitvn aux nd il oyee Ife Out TIBERIVS ET GAIVS. 533 feruoit de fes affrachis au lieu de Sergens.Cela rédit la chofe encore plus pitoyable de voir tirer ainfi ignominieufement Octatuius à force:& qui plus eft, la commune liy voulut' courir fus, mais les riches accoururent a fon aide, qui empefcherent qu'on ne l'outrageaft dauatage:& luy fe fauua de vifteffe tout feul, ayat ainfi efté refcoux de la fureur du peuple: mais vn fien ferviteur fidele qui fe mettoit au deuant pour luy fauuer les coups, y eut les yeux creuez cótre la volôté de Tiberius, lequel y accourut à grãde hafte, quand il en entendit le bruit. Cela fait, l'edict touchant les terres publiques fut adonc paffé& confirmé,& efleut- ontrois Commiffaires pour en faire l'inquifition& la diftribution. Les Commiffaires furent Tiberius luy- mefme; Appius Clodius fon beau pere,& Gaius Graccus fon frere, qui n'eftoit pas pour lors dedans Rome, ains eftoit au camp deuant la ville de Numance fous Scipion l'Africain. Ces chofes furent faites paifiblement par Tiberius, fans que perfonne luy ofaft plus aller à l'encontre:& qui plus eft, il fit fubftituer au lieu d'O& auius non vne perfonne de qualité, ains feulement vn de fes fuyuans& dependans qui s'appelloit Mutius, dont les riches& les nobles eftoyent grandement indignez contre luy,& redoutans fon accroiffement, faifoyent au Senat tout ce qui eftoit en eux pour luy faire defpit& honte: car il demanda qu'on luy baillaft vne tente au defpens du public, quand il iroit par les champs pour proceder au defpartement des terres, comme on faifoit aux autres, qui alloyent bien fouuent en de beaucoup moindres commifsions. Ils la luy refuferent tout à plat,& pour fa defpenfe ordinaire luy taxerent par iour* neufo-* Ce font boles, à la fufcitatio de Publius Nafica, lequel fe declara en ce fait environ cinq fon ennemi à toute outrance, pource qu'il poffe doit grande qua- fols detité des terres publiques,& eftoit fort marri de fe voir contraint à force d'é vuider fes mains.Mais le peuple à l'oppofite s'en irritoit & enflammoit encore dauantage contre les riches: tellement que eftant mort foudainement vn des amis de Tiberius, fur le corps duquel, aufsi toft qu'il fut trepaffé, il apparut de bien mauuais fignes, la commune accourut à fon enterrement, criant tout haut qu'on l'auoit empoisonné,& chargeans le lict fur leurs efpaules afsifterent au feu de fes funerailles, là où fe defcouurirent aucuns indices, qui firent penfer, qu'ils n'eftoyent pas hors de propos de prefumer qu'il y euft eu du poifon, pource que le corps fe creuas dont il fortit vue quantité d'humeurs corrompues qui efteignirent le feu, de maniere qu'il en fallut apporter d'autres lequel encore ne fe voulut point prendre ny brufler, iufques à ce qu'on fut contraint de tranfporter le corps ailleurs, là où on eut beaucoup d'affaire à l'allumer.Ce que voyat Tiberius, pour plus encore mutiner la commune, fe veftit de dueil,& apportant fes enfans en public, fupplia le peuple de les vouloir auoir pour recomandez eux 11 iij my. 534 TIBERIVS ET GAIV S. & leur mere, comme ia defefperant quant à luy de fon falut. En uiron ce těps deceda Attalus furnommé Philopater,& Eudemus Pergamenien apporta fon teftament à Rome, par lequel il inftituoit le peuple Romain fon heritier parquoy Tiberius pour toufjours fe mettre de plus en plus en la bone grace de la commune, mit incontinent en auant vn edict, que l'argent content qui prouiendroit de la fucceffio de ce Roy fuft diftribué entre les poures citoyens, aufquels efcherroit d'auoir part au departemet des terres communes, pour eux meubler& fe prouuoir des chofes neceffaires à labourer la terre.Au demeurant, quant aux villes qui eftoyent du royaume d'Attalus, il dit qu'il n'appartenoit point au Senat d'en rien ordonner,& que c'eftoit à faire au peuple à en difpofer,& que luy mefme le propoferoit.Cela fut caufe de le fai re encore hayr dauantage du Senat& y eut vn Senateur nommé Pompeius, qui fe dreffant en pieds dit, qu'il eftoit prochain voifin de Tiberius,& que pour ce voifinage il fauoit comme le Pergamenien Eudemus luy auoit donné l'vn des bandeaux royaux du Roy Attalus, auec vne robbe de pourpre, en fignifiance qu'il deuoit vn iour eftre Roy de Rome:& quintus Metellus luy reprocha, que fon pere eftant Cenfeur, quand les Romains ayans foupé en ville retournoyent apres foupper en leurs maifons, ils efteignirent leurs torches& flammeaux, de peur qu'il ne femblaft, fi on les voyoit retourner, qu'ils demeuraffent trop tard és compagnies& és banquets: là où, au contraire, les plus feditieux& plus neceffiteux du menu populaire efclairoyent à fon fils,& luy faifoyent compagnie, quand il alloit par la ville toute la nuit.Or y auoit il lors vn nommé Titus Annius, homme qui n'eftoit ne bon ny honnefte, mais on le tenoit pourvn grand argueur& pour hom me nompareil à fubtilement interroguer& cautement refpondres celuy la prouoqua Tiberius à compromettre à l'encontre de luy, s'il vouloit dire qu'il n'euft pas imprimé vne note d'infamie à vn fien compagnon, en vn magiftrat qui par les loix Romaines deuoit eftre faint& de tout poinct inuiolable. Le peuple prift cefte prouocation à courroux,& Tiberius fe tira toft en auant,& ayant fait affembler le peuple, comanda qu'on amenaft ceftuy Annius, auquel il vouloit faire faire le proces fur le chap: mais luy fe fentant de beaucoup inferieur à Tiberius en dignité& en eloquence, recourut à fes fubtilitez de finement interroguer vn homme pour le prendre par fa parole, priant Tiberius, auant que d'entrer en fon accufation, qu'il luy vouluft premierement refpondre à v- ne feule demande qu'il luy feroit, Tiberius luy permit de deman der ce qu'il voudroit:& leur eftant donné filence, Annius luy demanda, Si tu me voulois diffamer& iniurier,& que i'appellaffe I'vn de tes compagnons à mon aide, lequel fe leuaft pour me fecourir,& que tu en fulles defpit, luy voudrois- tu pour cela ofter fon Anthagi rafi con ler& de il deme caufer fant qu feulem vne pa euft al ce tem pour s fera p cuns a force Tribu il efte ftabli il fac yen med се, ро Tees a fembl fois c Qup Pau ment appa toute peup imagi Juy a Tribu Souuer des cen Je ma boly Vene de co elles des rod mak aux fance luy re yans fo ils efte blat, Compa Ory ondre ant ius, enдеп. mme tre 2% TIBERIVS ET GAIVS. 53% fon magiftrat? On dit, que Tiberius à cefte interrogatoire demeu ra fi confus, que combien qu'il fuft I'vn des plus prompts à parler& des plus affeurez à haranguer de fon temps, ce neantmoins il demeura tout mixet fans pouuoir rien refpondre,& pour cefte caufe rompit l'affemblee für l'heure mefme. Et depuis conoiffant qu'entre tous fes actes, la depofition d'Octauius fembloit, non feulement aux nobles, mais auffi au commun populaire, iffue de vne paffion trop deuoyé de raifon, pource qu'il fembloit qu'il euft abbatu& anilé la dignité des Tribuns du peuple, qui iufqu'à ce temps- là auoit efté tenue fi grande& fi honnorable: parquoy pour s'en iuftifier il fit vne harangue au peuple de laquelle il ne fera point impertinent d'extraire& mettre en ceft endroit aucuns argumens, afin que de là on puiffe eftimer, quelle eftoit la force, la richeffe& vehemence de fon eloquence.Car il dit, que le Tribunat eftoit voirement facré, faint& inuiolable, à caufe que il eftoit particulierement deuoué à la protection du peuple,& e- ftabli pour procurer fon bien: mais fi au cötraire il fe trouue que il face tort au peuple, il retrenche fa puiffance,& luy ofte le moyen de declarer fa voloté par fes voix, alors il fe priue foy- mefme des priuileges& prerogatiues de fon eftat, en ne faifant pas ce, pourquoy telles preeminences luy ont efté premieremét bailTees: autrement il faudroit donc endurer qu'vn Tribun fi bon luy fembloit, demolift le Capitole& mit le feu en l'arcenal,& toutes fois quand bien il feroit tous ces exces- la, encore feroit- il Tribun du peuple pour le moins mauuais: mais quand il tache à ofter l'authorité& la puiffance du peuple, alors il n'eft plus aucunement Tribun.Ne feroit- ce donc pas chofe de tout poinct hors de apparence de faifon, que le Tribun peuft emmener en prifon toutes& quantes fois que bon luy femble vn Conful,& que le peuple ne peuft ofter à vn Tribun la puiffance que luy donne le imagiftrat, quand il en voudroit vfer au preiudice de celuy qui la Buy a donnee? car c'eft le peuple qui eflit autant le Conful que le Tribun. Dauantage, la dignité royalle pource qu'elle comprend fouuerainemet en foy l'authorité& la puiffance de toutes fortes de magiftrats enfemble, eft cofacree auec tref- grades& treffain- êtes ceremonies, come approchate fort pres de la diuinité:& neat moins le peuple chaffa le Roy Tarquin, pource qu'il vfoit vioJemment de fon authorité,& pour l'iniuftice d'vn feul homme, le magiftrat le plus ancien,& celuy qui auoit fondé Rome, fut a- boly Et qu'y a- il en toute la ville de Rome, qui foit fi fain& ne fi venerable, que font les religieufes Veftales, lefquelles ont charge de cóferuer& entretenir le feu eternel? Et toutesfois fi aucune de elles eft conuaincue d'auoir forfait à fon honneur, elle eft enfedelie en terre route viue:& quand elles viennent à mefprendre co tre les dieux, elles perdent toute la franchife qu'elles ont pour la 11 j on 536 TIBERIVS ET GAIVS. #euerence du feruice des dieux Auffi n'eft- il done point raifonna ble, qu'il iouyffe de la franchife qu'il a pour defendre le peuple, quand luy- mefme l'offenfe: ca il veut abolir la puiffance dont il tiet la fiene.Et s'il a efté efleu tribun, pource qu'il s'eft trouué que la plupart des lignees du peuple l'ont efleu pour tel, comme n'eft il plus iufte, qu'il en foit priué, pource que toutes les lignees enfemble l'ont declaré indigne,& l'ont deftitué? Il n'eft rien fi fainct ne fi inuiolable que font les chofes offertes, donnees& cofacrees aux dieux:& toutesfois iamais il ne s'eft trouué perfonne, qui ait voulu defendre au peuple de s'en feruir, de les remuer& tranfporter de lieu à autre toutes& quantes fois qu'il luy a pleu: par ainfi luy a- il efté loifible de transferer le Tribunat, auffi bien come vne offrande confacree, en vn autre. Dauantage qu'il n'y ait pas vn magiftrat qui ne fe puiffe legitimement depofer, il appert parce qu'il s'eft trouué fouuent, que ceux qui les ont eus, s'en font eux- mefmes depofez, ou ont prié qu'on les en defchargeaft. Voila les principaux chefs& fondemens de la iuftification de Tibe gius.Mais fes amis voyans les menaces& les menees que les riches& nobles faifoyent à l'encontre de luy, furent d'aduis qu'il deuoit encore pourfuiure, pour la feureté de fa perfonne, vn fecod Tribunat pour l'annee enfuyuant,& adonc il commença à reflater encore de plus en plus le comun peuple par edicts nouueaux qu'il mit en auant, par lefquels il oftoit le temps& le nobre prefix des annees que le citoye Romain eftoit tenu d'aller à la guerre, quand il y eftoit appellé,& que fon nom eftoit enrollé. Il donnoit permiffion d'appeller de la fentence de tous iuges deuant' Ie peuple,& mefloit parmi les Senateurs, qui lors auoyent feuls la preeminence& authorité de iuger, nombre pareil de Cheualiers Romains, allant ainfi par toutes voyes diminuant& affoibliflant l'authorité du Senat, en augmentant celle du peuple plus par opiniaftreté que par difcours de raifon qui iugeaft que ce fuft chofe iufte ne profitable à la chofe puublique. Qui plus eft quad on comença à recueillir les voix& fuffrages du peuple fur l'authorifation de fes edicts nouueaux, fentant que fes aduerfaires eftoyés les plus forts en celle affemblee, à caufe que tout le peuple n'eftoit point encore amaffé, il commença à tanfer& dire iniures à fes compagnons, pour toufiours gaigner temps,& encore à la fin rompit- il l'affemblee,& commanda, qu'on retournaft le lendemain, auquel il fe trouua le premier fur la place en robbe de dueil sout efploré& affligé à fa contenance, fuppliant l'affiftance du peuple qu'il euft pitié de luy, pource qu'il difoit auoir peur, que fes ennemis ne vinfent la nuit forcer ou abbatre fa maifon pour Ie faire mourir.Cela emeut tellement le monde, qu'il y en eut plu fieurs qui drefferent des tentes à l'entour de fa maifon.& y firent le guet toute la nuit pour le garder. Mais au point du jour le ponlallies paulaille mine les germa Core fu cher à le gau ge.Ce rauan bien a s'end ce qu fage que au for pierr doti res c tre f ne f de c de lu ce fer à fes Pio te d que faut tour de le fes a dant y fut ceut & ler & de DADS leg pou Our entr erleri eti oler rgea ion de que Paduise vn fec arefa Queaux re pre feuls la aliers TIBERIVS ET GAIVS 537 poulailler qui gardoit les poulets, par les fignes defquels on deMine les chofes à aduenir, les apporta,& leur ietta deuât eux à mager: mais il ne voulurent point fortir de la cage, excepté vn, encore fut- ce apres qu'il l'eut bie fecouee;& fi ne voulut point toucher à la mangeaille qu'on luy prefenta, ains hauffa feulemét l'ai le gauche& eftendit la cuifle, puis s'en refuit au dedans de la cage.Ce prefage fit fouuenir à Tiberius d'vn autre qu'il auoit eu parauant: car il atioit fon armet qu'il portoit à la guerre fort beau& bien accouftré, dedans lequel fe glifferent deux ferpens fans qu'o s'en donnaft de garde,& firent des œufs dedas& les efclouyrēt, ce qui fut caufe que Tiberius s'eftona encere plus du finiftre pre fage des poulets, toutesfois fi fortit il de fa maifon quand il feur, que le peuple eftoit defia tout affemblé dedans le Capitole, mais au fortir il donna fi grand coup de la pointe du pied contre la pierre du fueil de l'huys, qu'il fe rompit l'ongle du gros ortueil dot il fortit du fang qui perfa outre fon foulier,& n'euft pas guieres cheminé que deux corbeaux luy apparuret, fe cóbatasi'vn l'au tre fur les tuyles d'vne maifon à main gauche,& paffant par là v- ne fi groffe foule du peuple, toutesfois vne pierre que pouflà l'va de ces corbeaux vint à rober au pied de Tiberius feul.Cela arrefta & y fix péfer les plus audacieux mefme de ceux qui eftoyét autour de luy Mais Bloffius de Cumes qui l'accompaignoit, luy dit, que ce feroit gråde hōte à luy,& bien affez pour faire perdre le cœur à fes adheres, que Tiberius, qui eftoit fils de Graccus, neueu deScipió l'Africain,& chef de la part du peuple Romain, pour la crain te d'vn corbeau Paiffaft d'obeir à fe citoyens qui l'appelloyent,& que fes aduerfaires& mal- vueillans ne tourneroyent pas cefte faute en rifee, ains prefcheroyent au peuple que ce feroit ia vn tour de tiran tout formé, qui par arrogance& mefpris abuferoit de leur facilité. Dauantage, il accourut plufieurs meffagers, que fes amis eftans defia au Capitole luy enuoyoyent, en luy man dant qu'il fe haftaft& que tout s'y portoit bien pour luy: auffi y fut fon arriuee fort honorable, car fi toft que le peuple l'apperceut de tout loin, il ietta vn grand cry de ioye pour fa bien venue, & le recueillit- on, quand il fut monté, auec grande demonftratio & de grand foin de fa perfonne& de merueilleufe affection, prenans garde que homme quelconque ne s'approchaft de luy, qu'il ne fuft bien conu. Et là comme Mutius commençaft à rappeller les lignees du peuple pour proceder à donner leurs voix, on ne pouuoit rien faire de ce qu'on auoit accouftumé en tel cas, pour le grand bruit que demenoyent les derniers de l'affemblee, tat ils pouffoyent& eftoyent repouffez en s'esforçant de penetrer toufiours plus auat,& s'entre- meflans les vns parmi les autres, Sur ces entrefaites Flauius Flaccus I'vn des Senateurs monta en lieu dot toute l'affiftance le pouuoit voir,& quand il vit que fa voix ne chole deueil du 58. TIBERIVS ET GAIVS. pouuoit arriuer iufques aux oureilles de Tiberius, il luy fit figne de la main, qu'il auoit quelque chofe d'importance à luy dire.Tiberius commanda incontinent qu'on fendift la preffe,& ainfi monta Flauius à grande peine,& s'approchant luy dit qu'en plein Senat les plus riches& les plus gros de la ville n'ayans peu induž re& attirer le Conful à leur intention, auoyent refolu de le tuer eux- mefmes ayans autour d'eux grand nombre de leurs fuiuans & de leurs ferfs armez pour ceft effet. Tiberius incôtinent declara cefte confpiration à fes amis& adherens, lefquels ceignirent auffi toft leurs longues robbes par deffus,& rompirent les iauelines que pertoyent les Seigneurs en leurs mains pour faire retirer Je peuple, dot ils prirent les tronçons pour en repouffer& combatre ceux qui les affaudroyent, dequoy ceux, qui eftoyét plus loin, s'esbahy foyent& demandoyent que cela vouloit dire. Tiberins pour leur monftres par figne le danger auquel il eftoit, touchoit à fa tefte auec les deux mains, à caufe qu'o ne pouuoit pour le gräd bruit entendre fa voix mais fes aduerfaires ayans veu ce figne- las s'en coururent viftement au Senat crier, que Tiberius demandoit au peuple vn diademe& bandeau royal,& que s'en eftoit vn certain figne qu'on l'auoit veu toucher de la main à fa tefte. Ce rapport mit la compagnie en grand trouble,& adonc Nafica requit au Conful prefident au Senat qu'il vouluft fecourir la chofe publique,& exterminer celuy qui attentoit de fe faire tyra. Le Co. ful luy refpondit doucement, qu'il ne commenceroit point a vfer de force ny de main mife,& qu'il ne feroit mourir aucun citoyen, qui n'euft efté iugé premierement& condané: mais que fi le peuple feduit ou forcé par Tiberius ordonnoit chofe aucune qui fuft contraire aux loix, qu'il ne le receuroit ny le garderoit point. Na fica adonc fe leuant en cholere, Puis que donc le fouuerain magiftrat ne fait conte de fecourir la chofe publique, ceux qui voudront conferuer l'authorité des loix, qu'ils me fuyuent. Ayant dit ces paroles, il tira le reply de fa robbe deffus fa tefte,& s'en alla droit au Capitole,& ceux qui le fuyuirent entortillerēt tous leurs robbes à l'étour de leurs bras, chaffans& faifans retifer ceux que ils rencontroyent en leur chemin, combien que peu de gens s'o faffent prefenter au deuat de tels perfonnages pour les arrefter, à caufe que c'eftoyent tous les plus dignes& les plus notables hōmes de la ville: ains s'enfuyoit tout le monde deuant eux,& en tombant de hafte, fouloyent les vns les autres aux pieds.Ceux qui les fuyuoyent, auoyent apporté de la maifon de gros leuiers& gros baftons,& en allant prenoyent en leurs mains les efelats& les pieds des tables,& des chaires, que la foule du peuple en fuyat renuerfoit par terre& brifoit,& marchoyét à tout le grand pas Ja part où ils penfoyent trouuer Tiberius, frappans fur ceux qu'ils s'encontroyent en leur chemin, de maniere qu'en peu d'heure ils eureng furent Ce que ainti q robbe en co et se for met Des C VI CO deua frap gno felle Luc d'a nes qu'i tion eff ca eft ne per fu Thes arks vn ce Ce rap TIBERIVS ET GAIV S. 539 burent fait efcarter la commune,& y en eut de tuez en cefte fuite Ce que voyant Tiberius, fe voulut auffi fauuer de viftefie: mais ainfi qu'il fuyoit, il y eut quelqu'vn qui le prit par le bout de fa robbe, pour l'arrefter,& luy la laiffant s'enfuit tout en faye, mais en courant il broncha& tomba fur d'autres qui eftoyent tombez deuant luy:& ainfi comme il fe cuidoit releuer, le premier qui le frappa, au moins qu'on vift appertement, fuft I'vn de fes compagnons au Tribunat, Publius Satureius, qui luy donna d'vn pied de felle fur la tefte,& le fecond coup qu'il receut, luy fut donné par Lucius Rufus, qui s'en glorifioit, comme s'il euft fait vn beau chef d'œuure.ll mourut en ce tumulte plus de trois cens autres perfonnes qui tous furent affommez à coups de baftons& de pierre, fans qu'il y en euft vn feul occis de ferrement.Ce fut la premiere fedition entre les citoyens de Rome, qui fut decidee auec meurtre& effufion de fang, depuis que les Roys en auoyent eflé dechaffezz car toutes les autres diffentions du parauant qui n'auoyent point efté legeres ne petites, s'eftoyent pacifices doucement, les deux parts ayas cedé l'vne à l'autre, le Senat pour la crainte de la comu ne,& la comune pour reuerence du Senat:& fi femble q Tiberius mefme euft alors facilemét cedé, s'ils y euffent procedé par amiable voye de remonftrâces:& encore pluftoft euft- il cedé, quádils y fuffent allez par voye de fait, fans toutesfois tuer ny meurtrir perfonne: car il n'y auoit pas lors à l'entour de luy plus de trois mille hommes du peuple. Mais il femble que cefte confpiration fut executee alencontre de luy, plus par la haine& rancune que Buy portoyent les riches, que pour les autres occafions, qu'ils faignoyent& fuppofoyét a lenco ntre de luy, en pretue dequoy on peut alleguer la cruauté& inhumanité dont ils vfereut encontre fon corps mort: car ils ne voulurent iamais permettre à fon frere, qui les en requit, de l'enteuer pour l'enfeuelir de nuit, ains le etterent auec les autres morts dedans la riuiere, encore nejfuftse pas tout, car de fes amis, ils en bannirent les vns fans y garder forme de procez,& firent mourir les autres fur qui ils peurent mettre les mains, entre l'efquels fut occis le rhetoricien Diophanes,& vn Gaius Billius qu'ils enfermerent dedans vn tonneau auec des ferpens& viperes,& le firent en ce point mourir.Bloffus de Cumes fut mené deuant les confuls qui Pinterroguerët fur ce qui s'eftoit fait: il leur confefla franchement qu'il auoit executé tout ce que Tiberius luy auoit commadé.Et comme Nafica luy demandaft.Et quoy, s'il teuft commandé d'aller mettre le feu au Capitole? il refpondit, que Tiberins ne luy euft iamais commandé vne telle chofe. Et comme plufieus autres par plufieurs fois recoupaffent, luy demandans, Mais s'il te l'euft commadé? le l'euffe refpondit- il, fait: car il ne me l'euft point commade, s'il n'euft efté profitable pour le peuple. Toutesfois il fe fauua lors,& depuis s'é equit ver 140 TIBERIVS ET GAIVS. fuit en Afie deuers Ariftonicus, les affaires duquel eftans ruinez, il fe tua luy- mefme. Au demeurant, le Senat pour contenter& appaifer le peuple de ce qui lors fe prefentoit, ne s'oppofa plus au de partement des terres publiques, ains luy permit de fubftituer vn autre Commiffaire pour ceft effet au lieu de Tiberius. Si fut efleu Publius Craffus qui eftoit fon allié, pource que fa fille Licinia e- ftoit mariee à Gaius Graccus, combié que Cornelius Nepos dit, que ce ne fut pas la fille de Craffus que Gaius efpoufa, mais celle de Brutus qui triompha des Lufitaniés: toutesfois la plus part des hiftoriens le met ainfi, que nous l'efcriuons. Mais quoy qu'il y euft, le peuple eftoit tref- mal content de cefte mort,& voyoit- on euidemment, qu'il ne cerchoit& n'attendoit que quelque occa fion pour la venger,& defia menaçoit- on Nafica de l'en appeller en iuftice. A raifon dequoy, le Senat craignant qu'il n'en euft à faire, ordonna fans qu'il en fuft autrement befoin, de l'enuoyer en Afie: car le commun peuple ne diffimuloit point fa mal- vueillance quand il le rencontroit, ains s'irritoit, bien aigrement à l'en contre de luy, en l'appellant tyran& meurtrier, excommunié& maudit, ayant fouylle fes mains du fang d'vn magiftrat facré,& dedas le plus faint, le plus deuot& le plus venerable temple qui fuft en toute la ville, tellement qu'il fut contraint de fortir en fin de la ville, combien qu'il fuft obligé pour le deu de fon office de faire les principaux& plus grads facrifices, à caufe qu'il eftoit le fouuerain Pontife:& allant hors de fon pays errant, fans honneur,& atiec grand trauai 1,& troublé d'entendement, il mourut bien toft apres, non guere loin de la ville de Pergamum.Et ne fe faut pas esbahyr fi le peuple hayffoit ainfi fort Nafica, attendu que Scipion l'Africain mefime, que le peuple Romain auoit autant& plus aimé qu'il ne fit onques autre homme,& plus iuftement, en cuida perdre de tout point l'amour& bien- vueillance que le peuple luy portoit, pource qu'eftant au fiege deuant Numance, quand il entendit cefte mort de Tiberius, il prononça tout haut ces vers d'Homere, Que deformais autant en puiffe- il prendre A qui voudra telle chofe entreprendre. Auec ce qu'en pleine affemblee du peuple eftant interrogué par Gaius& par Fuluius, qu'il luy fembloit de cefte mort de Tiberius il fit vne refponfe, par laquelle il donna à entendre, que les actios du defunct ne luy plaifoyent point: car depuis cela le peuple le ra broua,& luy ropit le fil de fon propos quand il cuida haranguer: ce que jamais auparauant il ne luy auoit fait,& luy auffi fe laifla aller à la cholere, iufqu'à dire des parolles iniurieufes à l'affiftance du peuple. Au refte, Gaius Graccus du commencement, fuft ou pource qu'il craignift les ennemis de fon feu frere, ou pource qu'il cerchaft les moyens de les faire encore plus hayr au peuple, demeura demeur entrep tenir b petite qu'il appro re au ce qu quel Jete fa na tes a Pelo fe ie euid Car juf l'oe cux bur Sa ma aux enc mo am OCC fant me aud 714444 unie ré, k de 000 TIBERIVS ET GAIVS. 541 demeura vn temps fans hater la place en public& fe tint fans rie entreprendre dedans fa maifon, comme perfonne contente de fe tenir baffement,& qui deflors en auat fe deliberoit de viure à foy petitement fans plus s'entremettre daffaire quelconque, de forte qu'il donna occafion à quelques vns de penfer& de dire qu'il ne approuuoit point, ains trouuoit mauuaifes les chofes que fon fre re auoit mifes en auant: mais il eftoit encore lors bien ieune, parce qu'il auoit neuf ans entiers moins que fon frere Tiberius, lequel n'auoit pas encore trente ans quad il fut tué toutesfois auec le temps, il commença petit à petit à faire conoiftre fes mœurs& fa nature, qui n'eftoyent amies des delices ny de pareffe, ny fuiettes à plaifir& moins à la conuoitife d'amaffer: ains s'exercitoit à Peloquéce,& en faifoit prouifion comme d'ailes, pour puis apres fe ietter aux affaires de la chofe publique, de forte qu'il eftoit tour euident, que quand fon temps feroit venu, il ne chommeroit pas. Car comme I'vn de fes amis nommé Ve& ius, euft efté appellé en juftice, il prit la charge de le defendre en iugemet: auquel le peuple affiftant treffaillit& fut tout rauy, en maniere de dire, d'aife,& de ioye qu'il eut de le voir& ouyr:& fut trouué fi bien difant, que les autres orateurs ne fembloyent qu'enfans aupres de luy. A Foecafion dequoy les riches& les nobles commenceret derechef à entrer en vne nouuelle peu,& murmuroyent defia fort entre eux qu'il le falloit bien engarder qu'il ne paruint à l'office du Tri bunat du peuple:& aduint de fortune qu'eftant efleu Quæfteur, il Juy efcheut par le fort d'aller auec le conful Oreftes en l'ifle de Sardagne, dequoy fes ennemis furēt bié ioyeux,& luy n'é fut pas marry: come celuy q eftoit home de guerre,& nó moins exercité aux armes qu'au plaider& à l'eloquece: ioint auffi qu'il redoutoit encore la tribune aux haragues& l'entremife des affaires,& ncat moins ne pouuoit du tout refifter à la volonté du peuple& de fes amis qui l'y appelloyent: au moyen dequoy il fut bien aife d'auoir occafion legitime de s'abfenter pour vn temps de la ville en faifant ce voyage, combien que plufieurs foyent d'opinion, que ceftuy cy eftoit encore plus populaire& pl ambitieux de la faueur & de la bonne grace de la commune que n'anoit efté fon frere, touz tefois la verité eft au contraire, car il fut conduit plus par contrain te au commencement de fon entre- mife des affaires, que par iuge ment ny de propos deliberé:& efcrit l'orateur Ciceron, qu'il auoit refolu de fuyr toute a dminiftration de magiftrat,& de viure per-fonne priuee en paix& tranquilité: mais fonfrere luy apparut en fonge, qui l'appellant par fon nom, luy dit, Que differes- tu, mon frere? ll n'eft poffible que tu puiffes efchapper, pource qu'vne mef me vie& vne mefme mort nous eft à tous deux predeftinee pour auoir procuré l'vtilité du peuple.Eftant donc Gaius arriué enSardagne, il y fit voir toutes les preuues qu'vn homme fauroit faire 542 TIBERIVS ET GAIVS: de fa valeur,& fe monftra plus vaillant que nul autre des ieunes hommes de fon aage encontre les ennemis, plus iufte enuers les fuiets,& plus obeyffant enuers fon Capitaine, en honeur qu'il luy rendoit,& en bien- vueillance qu'il luy portoit: mais en temperan ce, fobrieté& tolerance de labeurs, it furpaffa ceux mefines qui e- toyent encore plus aagez que luy.Or fat d'auenture l'hyuer fort fafcheux& maladifen Sardagne,& manda le Capitaine aux villes qu'elles euffent à fournir quelques veftemens pour les foldats: mais elles enuoyerent en diligence à Rome fupplier le Senat, que on les exemptaft de celle charge.Le Senat troua leurs remonftra ces raifonnables,& efcriuit au Capitaine, qu'il trouuaft autre moyen de reueftir fes gés. Le Capitaine ne le pouuoit faire autremět, parquoy les foldats cependant enduroyent beaucoup de mal: mais Gains alla luy- mefme par les villes,& leur allegua tant de belles raifons, que d'elles mefmes elles en enuoyerent& fecoururent le camp des Romains à ce befoin: ce qu'ayant efté rapporté à Rome, on interpreta incontinent que c'eftoit vn commencement de gaigner la bonne grace du peuple: ce qui donna bien à penfer au Se nat.La deffus arriuerent d'Afrique les ambaffadeurs du Roy Micipfa, lefquels dirent que leur maiftre en faueur& pour l'amour de Gaius Graccus auoit enuoyé des bleds à leur armee en Sardagne: dont les Senateurs furent fi defpits, qu'ils chafferent les amBaffadeurs hors du Senat,& ordonnerent qu'on y enuoyeroit d'au tres gens de guerre au lieu de ceux qui y eftoyent, mais qu'Oreftes y demeureroit toufieurs comme Capitaine, faifans leur conte que Gaiusy demeuroit auffi pour Quæfteur: mais luy ces nouvelles anyes, monta incontinent for mer,& s'en retourna à Rome en cho lere. Quand on le vit ainfi de retour à Rome contre l'efperance de chacun, il en fut blafmé, non feulement par fes ennemis, mais auffi par le commun peuple, à qui il fembla eftrange qu'il s'en fuft renenu auant le Capitaine, duquel il eftoit Quafteur. Dequoy e- ftant accufé par deuant les Cenfeurs, il démanda audience pour s'en iuftifier:& ayant refpondu, renuerfa tellement les opinions des efcoutans, qu'il n'y eut celuy qui ne iugeaft, qu'on luy auoit fait vn tref- grand tort: car il remonftra qu'il auoit efté douze ans à la guerre, là où les autres n'eftoyent contrains d'y aller que dix: & qu'il auoit demeuré Quæfteur aupres de fon Capitaine l'efpace de trois ans, là où la loy luy permettoit qu'au bout de L'an il s'en peut retourner:& que luy feuf de tous ceux qui auoyent efté à cefre guerre auoit porté fa bourfe pleine,& l'auoit rapportee toute vuide, là où les autres ayant beu le vin qu'ils y auoyent porté dedans des barrots, les auoyent depuis rapportez tous pleins d'or& d'argent Depuis on le voulurencore charger d'auoir efté conlentant d'vne confpiration qui s'eftoit d'efcouverte en la ville de Fre gelle: mais ayant effacétout foupçon,& s'eflant à pur& à plein juffe fifie d at du pe mes de grande de l'Ita plufieu ce du de mu deffus noble Pelper pourc Tribu fut in temps grand matie rame les y men du pa der& Ou ce Som Cor tous y gar de to eft ac tion de for Compa de la de, auo 201 A deg y Mi mout rdaصلاة thee ке TIBERIVS ET GAIVS. 543 Juftifié de tout, il fe mit à demander incontinent l'office du Tribunat du peuple, en quoy il eut pour aduerfaires iurez, tous les hommes de qualité vniuerfellement: mais auffi à l'oppofite, il eut fi grande faueur de la commune, qu'il accourut de toutes les parties de l'Italie gens pour affifter à fon election, en fi grand nombre que plufieurs ne pouuoyent pas trouuer à loger:& n'eftant pas la place du champ de Mars affez fpacienfe pour contenir vne fi grande multitude de peuple, il y en auoit qui donnoyent leurs voix de deffus les couuertures,& les tuiles des maifons, Si ne peurent les nobles forcer d'autre chofe la volonté du peuple, ny rabatre de l'efperance de Gaius, finon d'autant qu'efperant eftre le premier, pource qu'il eftoit autant ou plus eloquent que nul autre de fon Tribun, il fut declaré feulement le quatrieme: mais fi toft qu'il fut inftalé en fon magiftrat, il fe trouua incontinent le premier, temps,& auoit le fuiet d'vn accident, qui luy donnoit hardieffe grande de parler, en deplorant la mort de fonfrere: car de quelque matiere qu'il parlaft, il faifoit toufiours tomber là le propos, leur ramenant en memoire les chofes paffees,& leur mettant deuant les yeux les exemples de leurs anceftres, qui aueyentanciennement fait la guerre aux Falifques, à caufe d'vn Genucius Tribun du peuple, auquel ils auoyent dit iniure,& condamnerent à mou rir vn Caius Veturius, à caufe que luy feul n'auoit pas voulu ceder& donner lieu à vn Tribun du peuple paffant par la place: là où ceux- cy, difoit- il, en voftre prefence& deuant vos yeux ont af fommé à coups de bafton Tiberius mon frere,& en ont trainé le corps mort depuis le mont du Capitole par toute la ville, pourle ietter en la riuiere,& quand& luy ont aussi cruellement occis tous ceux de fes amis, fur qui ils ont peu mettre les mains, fans y garder aucune forme de iuftice:& neantmoins par la couftume de tout temps obferuee en cefte ville de Rome, quand quelqu'vn eft accufé de crime capital,& qu'il faut de fe trouuer à l'affignation qui luy a efté donnee, encore enuoye- on le matin à la porte de fon logis vne trompette, pour le fommer à fon de trompe de comparoir:& n'ont point les iuges accouftumé de le condamner, que cefte ceremonie n'ait efté premierement obferuee: tant nos predeceffeurs ont efté retenus& referuez là où il a efté queftion de la mort d'vn citoyen Romain. Ayant donc Gayus partels langages premierement efmeu le peuple, car il auoit vne voix forte & puiffante à merueilles, il propofa deux loix la premiere, Que celuy qui auroit vne fois efté depofé d'aucun magiftrat par le peuple, ne fuft plus capable d'en pouuoir tenir d'autre: la feconde, Que fi quelque magiftrat auoit banny aucun citoyen, fans luy auoir prealablement fait fon procez, le jugement& la conoiffance en appartint au peuple. Defquelles loix, la premiere notoit dinfamie cuidemment Octaurus, que Tiberius auoit fait depofer 544 TIBERIVS ET CAIVS. de fon Tribunat par le peuple:& l'autre touchoit Popilius, lequel eftant Præteur auoit banni les amis de Tiberius, au moyen dequoy il n'attendit pas l'iffue du iugement, ains s'en alla volontairement en exil hors de l'Italie.Mais quant à la premiere, luy- mefme la reuoqua depuis, difant qu'il donnoit O& auus aux prieres de fa mege Cornelia, qui l'en auoit requis, dont le peuple fut bien aife,& le Tuy ottroya, honnorant cefte Dame non moins pour le regard de fes enfans, que de Scipion fon pere, pource que depuis ayant fait dreffer vne ftatue de cuyure en fon honneur, il y fit mettre& gra uer cefte infcriptio, Cornelia mere des Gracques. On troque par efcrit plufieurs propos affez affetez,& fentans trop fon vulgaire plaideur, que Gaius dit en fa defenfe contre quelqu'vn de fes enne mis: comme quand il dit, Ofes tu bien mefdire de Cornelia, celle qui a enfanté Tiberius? Et eftant celuy qui en auoit me fdit fufpect & noté du peché de Sodomie: Sur quoy, luy dit- il, prens tu lahardieffe de te comparer à Cornelia? as- tu enfanté come elle? Ettou tesfois il n'y a celuy dedãs Rome qui ne fache, qu'elle, qui eft fem me, a plus longuement efté fans homme, que toy qui es homme. Ainfi eftoyet piquans& aigres les traits de Gaius: car on en pour roit extraire beaucoup de femblables de fes efcrits.Au refte, il mit en auant depuis plufieurs loix pour augmenter la puifiance du peuple& diminuer celle du Senat: Pvne fut touchant le repeuple met de plufieurs citez, par laquelle il diftribuoit toutes les terres communes aux poures citoyens qu'on y enuoyeroit habiter: l'au tre portoit, qu'on donnaft des habillemens aux ges de guerre aux defpens de la chofe publique, fans que pour cela leur folde diminuaft de rien,& qu'on ne peut enroller ny receuoir a la folde citoyen, qui n'euft dixfept ans paffez pour le moins. Vne autre don noit pareil droit és elections des magiftrats à tous les alliez& co federez habitans toute l'Italie, qu'aux propres bourgeois, mapar nans& habitans dedans la ville de Rome mefme. Vn autre taxoit le pris bien petit, auquel fe diftribueroit le bled au poure peuple: vne autre appartenoit à l'inftitution de ceux qui pourroyent eftre iuges, par laquelle il retrenchoit beaucoup de la preeminence& authorité du Senat, pource que parauant les Senateurs eftoyent feuls iuges de tout proces, à l'occafio dequoy ils eftoyet grande ment honorez& redoutez du peuple& des Cheualiers Romains, & luy y adiouftoit trois cens Cheualiers Romaius, autant comme il y auoit de Senateurs,& fit que les iugemens de toutes caufes furent communs entre ces fix cens hommes. En faifant paffer cefte loyson dit qu'il obferua diligemmět toute autre chofe,& mef mement ce point, que là où tous les autres harangueurs en prefchant le peuple fe tournoyent deuers le palays auquel fe tenoit le Senat,& deuers l'endroit de la place qui fe nomme Comitium, Juy au contraire commença lors à fe tournes en haranguant au dehors dehors d ferna tou fint, par remua re, toute dant le bleffe, pofoy lost vi Mais touch de ch pour e lue, pa conte auant le de Prat nora uover ny, d pource aux fui re& Dau ftrui grads tes lef perint pail q Iqu entrep ueille qu'vne & qui le dif& e Dame offici foira vfant moda trowu loyent ent& ace d bona Тепроц elm nce d cuple Serres re aux don ma re & ent ns, me ufes -3330 DTS TIBERIVS ET GAIVS. 545 dehors deuers l'autre bout dela place,& depuis ce temps- la l'obferua toufiours foigneufement, fans iamais y faillir, en quoy faifant, par vn petit deftour& changement de regard feulement, il remua vne tref- grande chofe: car il transfera, par maniere de dire, toute la force de la chofe publique du Senat au peuple, entendant le gouuernement, qui parauant eftoit en la main de la nobleffe, entierement populaire, par enfeigner aux orateurs qui pro pofoyent les matieres en public, que c'eftoit au peuple où il falloit vifer,& là où il conueuoit s'addreffer,& non pas au Senat. Mais ayant le peuple non feulement receu& approuué fa Loy touchant les iugemens, ains luy ayant dauantage donné pouчoir de choifir entre les Chevaliers Romains ceux qu'il voudroit pour eftre iuges, il fe trouua auoir en main vne puiffance abfo lue, par maniere de dire, tellement que le Senat mefme receuoit confeil de luy: auffi luy confeilloit- il toufiours& luy mettoit en auant chofes appartenantes à fa dignité, comme fut entre autres le decret, qu'il propofa touchát quelques bleds que Fabius VicePræteur auoit enuoyez d'Hefpagne, qui fut tref- iufte& tref- honorable: car il fuada au Senat de faire vendre le bled& en renuoyer l'argent aux villes,& communautez qui l'auoyent fourny,& quant& quant d'en faire vne reprimende à ce Fabius, pource qu'il rendoit l'empire Romain odieux& infupportable aux fuiets d'iceluy.Cefte propofition luy engendra grande gloire& grande bien- vueillance és prouinces fuiettes aux Romains. Dauantage il mit en auant plufieurs repeuplemens de villes deftruites, de faire pauer& accouftrer les grāds chemins,& baftirde grāds greniers pour y faire prouifio& munition de bledz, de tou tes lefquelles ceuures luy- mefme entreprenoit la charge& la fuperintendance de les códuire à chef ne fe laffant point pour trauail qu'il euft, de prouuoir& donner ordre à tant& de fi grandes entrepriſes, ains les acheuât toutes auec fi grad labeur& fi merueilleufe diligence& promptitude, qu'il fembloit qu'il n'en euft qu'vne feule à faire, tellement que ceux- mefmes qui le hayffoyét & qui le craignoyent,& s'esbahyffoyent de voir commét il eftoit actif& expeditif en toutes chofes. Le peuple femblablement s'efmerueilloit auffi à le regarder feulemét, voyant toufiours autour de luy vne tourbe grande d'ouuriers, manceuures, ambaffadeurs, officiers, gens de guerre, gens de lettres, à tous lefquels il fatisfaifoit auec vne facilitémerueilleufe, retenat toufiours fa dignité, en vfant toutefois de courtoyfie& d'humanité grande, en s'accom modant particulierement à chacun d'eux, de forte qu'il faifoit trouuer fes calomniateurs importuns& fafcheux, quand ils alloyent difans qu'il eftoit à craindre, en l'appellent homme violent& infupportable, tant il fauoit bien gaigner la bien vueillance de la comune, eftant encore plus populaire en fa conuer. mm j 546 en TIBERIVS ET GAIVS. facien& en fes a& tions, qu'il n'eftoit en fes harangues. Mais la charge en laquelle il employa plus de diligence& de folicitude, fut à dreffer& accouftrer les gráds chemins, ayant le foin, que la grace& beauté y fut coniointe auec la commodité: car il les faifoit tirer à droite ligne à trauers les chaps folides,& les affermir en les pauant de pierre dure taillee,& les fondant deffus force a- rene entaffee, qu'il faifoit conduire fur les lieux. Quand il fe rencontroit des vallees& des fondrieres que les torrens cauet, il les faifoit combler, ou bien baftir de ponts par deffus de hauteur e- gale aux deux coftez, de forte que l'ouurage venoit à fe trouuer tout aplany& tout vny au niueau, qui eftoit chofe belle à voir. Qui plus eft, il fit compartit& diuifer tous ces chemins, cótenant chafque mille enuiró huit ftades, qui font vne demie lieuë, mettât au bout de chafque mille pour le marquer vne pierre:& fi fit encore mettre aux deux orees de ces chemins ainfi pauez deçà& dela d'autres pierres vn peu releuees, moins diftantes l'vne de l'autre, pour aider les voyageans à monter à cheual fans auoir.befoin de perfonne qui les montaft. Pour lefquelles caufes, le peuple le magnifiant& haut louant à merueilles,& eftant preft à luy faire toutes demonftrations de bien- vueillance& d'amour, il dit vn iour en haranguát publiquemet, qu'il auoit vne feule grace à leur demäder, laquelle s'il plaifoit au peuple luy ottroyer, il fe fentiroit entierement fatisfait,& s'il la luy refufcit, il ne s'en plaindroit point autrement.Chacun penfa lors que ce fuft le Cofulat qu'il vouluft demander,& s'attendoit tout le monde qu'il deuft briguer le Cofulat& le Tribunat tout enfemble: mais quad le iour de l'election des Cófuls fut efcheu, chacun eftant fort attentif à voir qu'il feroit, on fut esbahy qu'on le vit defcendre fur le champs de Mars, amenat Gaius Fanius auec fes amis pour luy fauorifer à la pourfuyte du Confulat. Cela feruit tant à Fannius, qu'il en fut promptemet efleu Coful,& Gaius fut aufsi efleu Tribun du peuple pour la feconde fois fans qu'il l'euft demandé ne pourfuyui, mais le peuple le voulut ainfi. Et voyant qu'il auoit le Senat pour ennemi declaré,& que Fänius le Conful fe monftroit en fon endroit froid ami, il recommença derechefà recercher la bonne grace du peuple par edicts nouueaux& nouuelles loix, mettant en auant qu'on enuoyaft de poures bourgeoys pour repeupler les villes de Tarente& de Capoue,& qu'on dónaft droit entier de bourgeoyfie Romaine à tous les peuples Latins. Ce que voyant le Senat& craignant qu'il ne deuinft à la fin fi puiffant, qu'il n'y euft pl'd'ordre de luy pouuoir refifter, delibera d'eflayer vn nouueau& non accouftumé moyen de diuertir la faueur du people, en luygratifiát,& luy concedant des chofes qui n'eftoyent point du tout raisonnables: car il y auoit l'vn des compagnős de Gaius enl'office du Tribunat nommé Liuius Drufus, perfonnage anffi affi bie dedans & pour plus de blique. prians point lonte fes po fa ma chofe aupr à autr flatte que c fe- te que past à que peup Citoy au co en re trois Gai bou Cont ender eft, G pare turels Yne of pitaine toldat us a gues qu laire paux ce, qu ueur tacion mour, gra s'en Co squad tat X, e- Olt que 20 QUE TIBERIVS ET GAIVS. 547 auffi bien né& auffi bien nourry, que nul autre qui fut de fon teps dedans Rome,& qui ia faifoit tefte à ceux qui pour leur richeffe & pour leur eloquence eftoyent les plus eftimez,& qui auoyent plus de credit& d'authorité en l'adminiftration de la chofe publique. Les principaux hommes du Senat s'addrefferent à luy, le prians de fe vouloir bander auec eux,& s'attacher à Gaius, non point en effayant de forcer le peuple, ny de contreuenir à fa volonté, ains à l'oppofite en luy gratifiant,& luy cocedant des chofes, pour aufquelles contrarier, il euft efté plus honefte d'encourir fa male grace. Liuius offrät fon Tribunat pour feruir en telles chofes au bon plaifir du Senat, propofa des loix qui n'eftoyent ny au profit ny à l'honneur de la chofe publique,& qui ne tendoyét à autre fin qu'à faire à l'enuie,& à furmonter Gaius à force de flatter le peuple,& de luy agreer& complaire, ne plus ne moins que ceux qui font iouer leurs commodies pour luy donner du paffe- temps.En quoy ceux du Senat monftroyent bien euidemment que les chofes que Gaius mettoit en auant, ne leur desplaifoyent pas tant comme ils defiroyent le ruiner,& luy rabatre fon credit à quelque pris que ce fuft: car là où Gaius ne propofoit que le repeuplement de deux villes,& y vouloit enuoyer des plus honeftes citoyens, ils crioyent contre luy qu'il corrompoit la commune:& au contraire ils fauorifoyent à Drufus, qui mettoit en auất qu'on en repeuplaft douze,& qu'il vouloit qu'on enuoyaft en chacune trois mille des plus poures bourgeoys,& au lieu qu'ils hay floyent Gaius, lequel auoit chargé de quelque rente annuelle, les poures bourgeoys à qui il auoit departy les terres publiques: Liuius au contraire, leur eftoit agreable, qui oftoit cefte rente à ceux à qui il endepartoit, en les leur baillät toutes franches& quittes.Qui plus eft, Gaius leur defplaifoit, pource qu'il donnoit à tous les Latins pareil droit de voix és eflections des magiftrat, qu'auoyét les na turels Romains:& neantmoins comme Drufus euft mis en auant vne ordonnance, que d'orefnauant il ne fuft plus loyfible à Capitaine Romain, de faire batre& fouëter de verges à la guerre vn foldat Latin.ils en trouuerét l'edi& t bon,& le fauoriferet: car Liuius à chafque loy qu'il propofoit, difoit toufiours en fes harangues qu'il le faifoit par l'aduis du Senat, lequel auoit foin du bien du poure peuple,& n'y eut rien en toute fon adminiftration, qui fuft vtile ny profitable à la chofe publique, que cela, à caufe que le peuple en deuint plus doux vers le Senat,& que là où le populaite auparauant hayffoit& auoit pour fufpects tous les principaux hommes d'iceluy, Liuius efteignit toute celle mal- vueillan ce, quand le peuple vit que tout ce qu'il propofoit, eftoit en faueur& au profit du comun peuple du confentement& à la fufcitation du Senat.Mais ce qui faifoit encore plus croire que Drufus alloit droitement& iuftement en befongne,& qu'il ne vifoit mm ij 548 qu'au bien du peuple feulement, eftoit qu'il ne mettoit iamais rien en auant de foy, ny pour foy car en tous les repeuplemens de villes, dont il fut autheur, il y enuoya toufiours d'autres Commiffaires aufquels il en fit deleguer la charge,& ne voulut iamais a- uoir maniement d'argent: là où Gaius fe faifoit commettre la plus part de toutes telles adminiftrations mefmement des principales & plus grandes.Et comme Rubrius vn autre Tribun du peuple euft mis en auant qu'on rebaftift& repeuplaft Carthage, laquelle auoit efté toute rafee& deftruite pas Scipion, il efcheut par le fort à Gaius d'en eftre Commiffaire: à l'occafion dequoy montant fur mer, il paffa en Afrique.Drufus cependant faififfant l'opportunité de fon abfence, paffa encore plus outre à s'infinuer en la bonne grace de la commune, mefmement par ce qu'il accufoit & chargeoit Fuluius qui eftoit l'vn des plus grads amis de Gaius, qu'on quoit efleu Commiffaire quand& luy, pour faire le departement des terres entre les bourgeoys, qu'on enuoyoit à ce nouueau repeuplement.Il eftoit homme feditieux,& pour cefte caufe notoiremét hay& mal voulu du Senat: mais encore eftoit- il auffi fufpect à ceux qui tenoyent le party du peuple, que fous main il efmouuoit les alliez,& follicitoit fecrettement les peuples de l'Italie à fe rebeller: toutesfois on n'en auoit point de preuue fuffifante, ny moyé de le verifier cotre luy, fino d'autant que luymefmes en faifoit foy, pource qu'il möftroit auoir mauuaife volonté,& qu'il luy ennuyoit de voir les chofes en paix& en ropos. Cela fut l'vne des principales caufes de la ruine de Gaius, pource que fur luy fe deriua partie de la hayne qu'o portoit à ce Fuluius. Et quand Scipion l'Africain fut vn matin trouué tout roide mort en fa maifon, fans aucune caufe apparente dont peut eftre procedee cefte mort fi foudaine, finon qu'on apperceut deffus le corps quelque marque de coups orbes qu'on luy auoit baillez,& de la violence qu'on luy auoit faite, ainfi comme nous auons efcrit en fa vie, la plus part de la fufpicion en fut iettee fur ce Fuluius, pour ce qu'il eftoit fon ennemi mortel,& que le iour mefme il auoit eu de groffes paroles auec luy dedans la Tribune aux harangues: mais aussi en fut Gaius mefme aucunement foupçonné: tant y a que ce cas fi enorme commis en la perfonne du premier& plus digne perfonnage de Rome, ne fut aucunement vengé, ny n'en fit- on inquifition quelcoque, pource que la comune empefcha q le proces& iugement n'en prit trait, craignat que Gaius ne s'en trouuaft coulpable, fi on en enqueroit à bonefciant: mais cela fut quelque temps auparauant Au refte Gaius eftant lors en Afrique à faire le repeuplemet de Carthage, laquelle il fur- noma Iunonia, ondit qu'il luy aduint plufieurs fignes& prefages finiftres: car le bafto de la premiere enfeigne y fut ropu par la violece du vent pouffant d'vn cofté,& la refiftance du Port- enfeigne qui la TIBERI VS ET GAIVS. tint tint rei porta pris q en vin ner le cela: foixa qu'i Dru pre ble prec 200 cell & s Ga loi in pro & C men mo ple da a ceu ded crie me le blaf ton You Car Carly le CE fte ca -il a main Les de euue Luy YOwww ource mort ce en it S: 2 US en 70 12 TIBERIVS ET 5.49 GAIVS. tint reide de l'autre:& y eut aufsi vn tourbillon de vent, qui emporta les facrifices eftas deffus les autels,& les ictta hors du pourpris qu'on auoit traffé pour rebaftir la ville: qui plus eft les loups en vindret arracher les marques qu'on y auoit plantees pour borner le pourpris,& les emporterent au loin. Mais nonobftant tout cela: Gaius ayant difpofé& ordonné toutes chofes en l'efpace de foixante& dix iours, s'en retourna incontinent à Rome, pource qu'il eut nouuelles que Fuluius eftoit fort preffé& perfecuté par Drufus,& que les affaires auoyent neceffairement befoin de fa prefence, à caufe que Lucius Hoftilius grand partifant de la nobleffe,& homme qui auoit bon credit au Senat, ayant l'annee precedente efté debouté du Confulat par la menee de Gaius, qui auoit fait eflire Fannius, s'attendoit bien de l'eftre à tout le moins celle annee, pour le grand nombre de gens qui luy fauoritoyents, & s'il y pouuoit paruenir, il auoit bien deliberé de defarçonner Gains, de tant plus mefmemét que fon credit& la grace qu'il fou loit auoir enuers la commune, commençoit par maniere de dire, à fe fener, à caufe que le peuple eftoit defia comme faoul de telles inuentions que les fienes, pource qu'il y en auoit plufieurs qui en propofoyent de femblables pour agreer au peuple, y accordant & confentant le Senat volontairement. Retourné qu'il fut à Rome, il changea de maifon,& au lieu qu'il demeuroit parauant au mont Palatın, il s'alla tenir au deffous de la place, pour fe monftrer en cela plus populaire, à caufe qu'il y auoit en ces quartierslà beaucoup de menuës gens& de baffe condition: puis propofa le refte de fes loix, pour les faire paffer& authorifer par les voix du peuple, s'eftant amaffé pour ceft effet grand nombre de peuple de toutes parts des enu irons de Rome: mais le Senat perfuada au Conful Fannius de faire faire commandement, que tous ceux qui n'eftoyent point naturels Romains, manans& habitans dedans la ville mefme, euffent à vuider de Rome,& fut faite vne criee bien eftrange& fans exemple, que nul allié ny confederé ne fe trouuaft pour quelques jours de dans Rome: mais au contraire Gaius mit és lieux publiques vne affiche, par laquelle il blafmoit le Conful d'auoir fait publier vne fi inique proclamation,& promettoit aux alliez& confederez de les fecourir, s'ils vouloyent demeurer contre le mandement du Conful: ce que toutefois il ne fit pas, ains voyant que les Sergens de Fannius trainoyent en prifon vn de fes hoftes& amis, il paffa outre fans faire femblant de rien,& ne le fecourut point, fuft ou pource qu'il crai gnift d'efprouuer fon credit enuers le peuple, lequel s'e alloit paffant, ou pource qu'il ne vouluft pas, comme il difoit, commencer à donner occafion de venir aux mains,& d'attacher quelque ef carmouche à fes mal- vueillans, qui ne demandoyent autre chofe.Dauantage il aduint qu'il eus different& querelle contre fes mm iij nt 550 TIBERIVS ET GAIVS. compagnons mefmes pour vne telle occafion: Le peuple deuoit auoir le paffe- temps de voir combatre des efcrimeurs à outrance dedans la place mefme,& y eut plufieurs des officiers qui pour voir l'esbatement firent faire des efchafaux tout à l'entour qu'on louoit pour de l'argent.Gaius leur fit comandement de les ofter, à fin que fans rien payer les poures peuffent voir les jeux de ces lieux- là- Perfonne d'eux n'en voulut rien faire,& luy attendit iuf ques à la nuit de deuant les ieux: en laquelle prenant tous les ou uriers& mancuures qu'il auoit fous luy, il alla abatre tous leurs efchafaux, de maniere que la commune le lendemain eut la place toute vuide, pour regarder les ieux à fon aife, dot le peuple luy feut bon gré,& l'en eftima homme de cœur.Mais fes copagnons luy en volurent grad mal, comme à vn audacieux& temeraire: & femble que cela fut caufe de le faire debouter d'vn troifieme Tribunat, combien qu'il euft le plus grand nombre des voix en fa faueur, par ce que fes compagnons, en vengeance du tour qu'il leur auoit fait, en firent iniuftement& malicieufement vne fauffe relation: toutefois cela n'eft pas du tout certain. Mais bie eft- il vray, qu'il fut fort marry de ce rebut,& trouue on qu'il dit vn peu trop arrogament à fes ennemis qui s'en rioyent,& s'en moquoyent de luy, qu'ils rioyent vn ris Sardonien, ne conoiffan pas de quelles tenebres fes actions les auoyent enueloppez. Au re fte fes contraires ayas inftalé Opimius au Confulat, ils commencerent incontinent à effacer plufieurs des loix de Gaius, comme entre autres celle du repeuplement de Carthage, cerchans tous moyens de l'irriter, à fin que luy leur donnaft quelque occafion de courroux pour le tuer: toutefois il endura tout en patience du commencement: mais fes amis à la fin, mefmement Fuluius, l'aiguillonnerent tant, qu'il fe remit derechef à amaffer gens pour faire tefte au Conful: à quoy on dit, que Cornelia me fine fa mere le feconda, louant fecretement bon nombre d'eftrangers qu'elle enuoya dedans Rome, comme fi c'euffent efté des moiffonneurs, & que c'eft ce qu'elle entend fous couuertes paroles és epiftres q elle efcrit à fon fils en maniere de iargon: toutefois il y en a d'au tres qui tiennent au contraire, qu'elle fut fort marrye de ce qu'il fe mit à faire de telles chofes. Quand vint doc le iour afsigné, auquel on deuoit proceder à la recifion de fes loix, l'vn& l'autre de grad matin fe faifit du Capitole,& apres q le Coful y eut facrifié, Pyn des Sergens du Conful, nommé Quintus Antyllius, portant les entrailles des hofties immolees, dit à Fuluius& aux autres de fa ligue qui eftoyent autour de luy.Faites place aux gens de bie, mauuais citoyens que vous eftes. Et y en a qui difent d'auantage, qu'auec ces paroles iniurieufes la, il leur tédit encore le bras nud en vne façon deshonnefte pour leur faire honte: à raifon dequoy il fut par eux occis fur le chap à coups de grads poinçons à efcriIC, & en 2 fa ho Ce ded Te 2 requ trou parts ry& difa ma re, ter res qu pla ua & de te e e d bie ell vn pa en mo oiffan Au re Comme ns tous cation Cour PTA IC 75, = 4 aut de fre tant TIBERIVS ET GAIVS. 35% resqu'ils auoyent expreffement fait faire à cefte intention. Si fe trouua la comune troublee de ce meurtre.& les Chefs des deux parts diuerfement affectionnez, pource que Gaius en fut fort mar ry& en tanfa bien aigrement ceux qui eftoyent aupres de luy, difant qu'ils auoyent donné occafion à leurs ennemis, qui ne demandoyent autre chofe, q s'attacher à eux:& Opimius, au cótrai re, prenant cefte occafion, s'en eleua:& fe mit à efmouuoir& inci ter le peuple d'en faire la vengeance toutefois fur l'heure il fur uint vne pluye qui les fepara. Et le lendemain le Conful ayant affeblé le Senat au poinct du iour, ainfi come il depefchoit affai res au dedans, il y en eut d'autres qui prirent le corps d'Antyllius, qu'ils mirent tout nud deffus vn lit& le porterent à travers la place, comme ils auoyent parauant proietté entre eux, iufques de uant la porte du Senat, là où ils commencerent à faire des regrets & lametations, fachant bien Opimius que c'eftoit, mais faignant de n'en rien fc auoir,& de s'en efbahyŕ, de maniere que les Senateurs fortirent dehors pour voit que c'eftoit,& trouuans ce lit emmy la place, fe prirent les vns à deplorer le trefpaffé, les autres à crier que c'eftoit vn cas trop indigne,& qu'il ne falloit nulemet endurer: mais au cotraire, cela renouvella la haine& le courroux du peuple à l'encontre de la mauuaiftie des nobles ambitieux, lefquels ayas eux- mefmes occis Tiberius Graccus qui eftoit Tri bun,& dedans le Capitole mefme, en auoyét encore letté le corps enla riuiere, là où ils faifoyent monftre honnorablement en public au milieu de la place du corps d'vn Sergent Antyllius, lequel à l'aduenture auoit efté iniuftement occis, mais pour le moins a- uoit- il luy- mefme donné la caufe à ceux qui le fraperent, de luy faire ce qu'il fouffroit,& eftoit lors tout le Senat à l'entour de fon lict à deplorer la mort& honorer le conuoy des funerailles d'vn homme mercenaire, pour irriter le monde à occire encore.celuy qui feul eftoit demeuré des protecteurs& defenfeurs du peuple. Cela fait, ils retournerent derechef au dedans, là où ils firent vn decret, par lequel ils donneret pouuoir& puiffance extraordinai re au Conful Opimius de prouuoir par main fouueraine au falut de la chofe publique, preferuer la ville,& exterminer les tyrans. Ce decret conclud& arrefté, le Conful commanda incontinent aux Senateurs afsiftans qu'ils allaffent prendre leurs armes:& of dóna aux Cheualiers, que le lendemain matin chacun d'eux enft à amener quand& foy deux feruiteurs armez: à l'encontre dequoy Fuluius fe prepara aufsi& affembla de la commune:& Gaius s'en retournant de la place, s'arrefta deuant l'image de fon pere, & la regarda d'vn œil fiché fans mot dire, feulement le prit- il à plorer,& iettant vn grand foufpir paffa outre.Cela emeut à gran de compafsion le peuple qui l'apperceut, tellement qu'ils alloyét difans entre eux qu'ils cftoyent bien lafches de faillir au befoin an m iiij 552 TIBERIVS ET GAIVS. & abandonner vn tel perfonnage. Si s'en allerent en fa maifon, là où ils demeurerent toute la nuit à faire le guet deuant fa porte, non pas à la façon que faifoyent ceux qui gardoyent Fuluius, Jefquels pafferent toute la nuit à boire& à yurongner, à crier& à bruire, s'eftät Fuluius enyu é luy- mefme le premier, qui difoit & faifoit plufieurs chofes mal feantes& conuenables à la dignité où il eftoit. Car au contraire, ceux de Gaius eftoyét en dueil, fans mener bruit, ne plus ne moins qn'en vne calamité publique de leur pays,& deuifoyent entre- eux de ce qui eftoit pour en aduenir, veillans& dormans les vns apres les autres à leur tour.Quad le matin fut venu, ceux de Fulutus l'éfueillerent qu'il dormoit en core fort ferré pour le vin qu'il auoit beu la nuit,& s'armerent des defpouyl es des Gauloys pendues à l'entour des parois de fa maifon, les ayant desfaits en bataille l'annee qu'il auoit efté Co ful,& auec grands cris& fieres menaces s'en allerent occuper le mont Auetin: mais Gaius ne fe voulut point armer ains fortit de fa maifon en robbe longue, come s'il euft voulu aller fimplement fur la place felon qu'il eftoit couftumier, excepté qu'il auoit vne courte dague ceinte pas deffous fa robbe.Amfi comme il vouloit fortir de fon logis, fa femme l'arrefta à la porte,& le tenant d'vne main,& vn fien petit enfant de l'autre, elle luy dir, Helas! Gaius, tu ne vas pas maintenat, comme tu foulois, Tribun de peuple fur la place pour prefcher le peuple, ny pour mettre en auant des loix nouuelles, ny ne vas point a vne guerre honnefte, à fin que fi d'aduenture il t'y aduenoit ce qui eft ordinaire& commun à tous hommes, à tout le moins ie peuffe porter le dueil de ta mort auec honneur: ains te vas expofer aux meurtriers homicides qui ont Cocciston frere,& encore y vas- tu fans armes, comme en intentio de fouffrir plus tcft que d'y faire aucune chofe mais ta mort ne portera aucune vtilité à la chofe publique: pource que ce qui eft le pire, eft ores le plus fort, attendu que les iugemens fe font defia auec violence à l'efpee. Si ton frere euft efté tué par les ennemis deuant la vi le de Numance, au moins nous en euft on rendu le corps pour l'enfepulturer: mais à l'aduenture faudra- il que i'aille tantoft moy- mefme fupplier la riuiere ou la mer de me rendre ton corps qu'on aura aussi ietté dedans: car quelle fiance pourroit on plus auoir aux loix ny aux dieux, depuis que Tiberius à efté tué? Ainfi comme Licinia faifoit ces piteufes complaintes, Gaius fe tira tout doucement d'entre fes bras,& s'en alla fans luy refpondre rien auec fes amis:& elle le cuidant reprědre par fá robbe tomba tout de fon long par terre, la où elle demeura toute e- fendue fans parler, affez longuemens, iufques à ce que fes feruiteurs l'enleucrec toute efuanouye pafmee,& la porterent à fon frere Craffus. Au demeurat Fuluius, quand tous ceux de leur part fprent affemblez à la perfuafion de Gaius, enuoya le plus ieune : de de les en cee en f Ceft en James de reco aduis il ne fa parole mefm iuftic le cou Cong 200it refes ily al fon fi Opin dre cont de g mage de ma etta de co aifo fe p temp que f car ce pee,& пойх la pri dupe ceux q mus le rent Jed me ques Tent Phil pan imple auo il voul nt d'v Gatus, ple fur es loix 2 tous rt avec ont entio ne eft STUD lle re Olt lus reob art ле de TIBERIVS ET GAIVS. 553 de fes enfans, qui eftoit vn fort beau petit garçon, auec vn caducee en fa main, qui eft vne verge de heraut portant fauue- garde. C'eft enfant fe prefentant honneftement, en humilité grande, les larmes aux yeux, deuant le Conful& le Senat, leur porta paroles de reconciliation,& y auoit beaucoup des afsiftans, qui furent de aduis qu'on y deuoit entendre: ma is Opimius luy fit refponce, que il ne falloit point enuoyer de meffagers pour cuider par belles paroles gaigner le Senat, ains eftoit befoin qu'ils y vinfent euxmefmes en pefonnes, fe prefenter comme fuiets& criminels, à la iuftice,& eu cefte maniere requerir pardon,& tafcher à amollir le courroux du Senat.Et au demeurant fit defenfe au ieune garçon, qu'il ne reuinft plus deuers eux, finon à la condition qu'il luy auoit preferite. Gaius, à ce qu'on dit, y voulut bien aller pour fai re fes remonftrances au Senat, mais les autres ne voulurent pas q il y allaft: au moyé dequoy Fuluius y renuoya encore derechef fon fils pour leur tenir les mefmes propos que deuant. Mais Opimius, qui ne demandoit qu'à combatre, fit incontinent prendre le ieune garçon,& le baillat en garde, marcha tout aussi toft contre Fuluius: auec bon nombre de gens de pied bien armez,& de gens de trait Candiots, qui à coups de trait firent plus de dom mage,& troublerent plus les aduerfaires que nulle autre chofe, de maniere qu'ils fe tournerent en peu d'heure tous en fuyte,& fe ietta Fuluius dedas vne mefchante eftuue dont on ne faifoit plus de conte, là où eftät trouué vn peu apres, il fut occis auec fon fils aifné. Quant a Gaius, il ne combatit point, ains fe tourmentant& fe pafsionnant de voir vn fi fanglant defordre fe retira dedans le temple de Diane, là où il fe voulut luy- mefme desfaire, n'euft efté que fes plus feaux amis, Pomponius& Licinius l'en engarderent: car ces deux là fe ti ouuans lors aupres de luy, luy ofterent fon efpee,& luy confeillerent de s'en fuyr: Et là on dit, qu'il fe mit à genoux,& que tendat fes deux mains iointes à l'image de la deeffe, la pria pour vengeance de cefte ingratitude& de cefte trahyfon du peuple, que iamais il ne fortift de feruitude: car la commune, ou la plupart d'icelle, tout ouvertement tourna fa robbe, quand ils entendirent crier à fon de trompe, qu'on pardonnoit à tous ceux qui fe tourneroyent. Ainfi Gaius s'eftât mis à fuyr, fes enne mis le pourfuyuirét de fi pres, qu'ils l'attaignirent deffus le pont de bois, là où deux de fes amis qui l'accompagnoyent, s'arrefterent pour faire tefte aux pourfuyuas,& luy dirent qu'il gaignaft le deuant cependant qu'ils combatroyent au deuant du pont: come its firent fi bien qu'il ne paffa perfonne par deflus le pont iufques à ce qu'ils eurent efté tous deux tuez.Il n'y euft homme qui s'en fuyft quand& luy, finon vn de fes feruiteurs, qui fe nommoit Philocrates: car tout le monde l'éhortoit affez& luy confeilloit comme s'il cuft efté en vn ieu de pris, où on encourage ceux qui 554 TIBERIVS ET GAIVS. d'eftre ballade pre pa gnom lach rié de bien mais deux voul facra fonne tent подх neli combatent, mais perfonne ne mettoit la main à l'œuure pourle fecourir, ny ne luy prefentoit vn cheual, combien qu'il en demadaft affez, à caufe qu'il voyoit fes ennemis qui le pourfuyuoyent de bien pres: mais il les deuança de tat, qu'il eut loifir de fe ietter dedans vn petit bocage qui eftoit confacré aux Furies, là où fen feruiteur Philocrates le tua& fe tua puis apres aufsi luy- mefme deffus luy. Toutefois les autres efcriuent, q& le maiftre& le fer uiteur furent tous deux attains& pris encore viuans: mais que le feuiteur ambraffa fi eftroitement fon maiftre, que nul des ennemis ne le peut frapper, qu'on ne le tuaft luy- mefme le premier de plufieurs coups qu'on luy tira. Si y eut vn des meurtriers, qui coupala tefte à Gaius pour la porter au Conful: mais vn des amis de Opimius, qui fe nomoit Septimuleius, la luy ofta par le chemin, pource qu'auant le combat il auoit efté crié à fon de trompe, que qui apporteroit les teftes de Fuluius& de Gaius, on luy payeroit autant pefant d'or: parquoy ce Septimuleius la porta fichee au bout d'vne iaueline à Opimius,& fut apportee vne balance pour la pefer, où on trouua qu'elle pefoit dixfept liures deux tiers, pour ce que Septimuleius outre le peché de l'homicide y auoit encore adioufté cefte mefchanceté, qu'il en auoit tiré toute la ceruelle, & y aucit mis du plomb fondu au lieu. Ceux qui apporterent la te fte de Fuluius, pource que c'eftoyent gens de baffe& ville condi tion n'eurent rie. Les corps de ces deux& des autres adheres auf fi qui fe trouuerent iufques au nombre de trois tnille morts, furent tous iettez dedans la riuiere, leurs biens confifquez,& defendu à leurs vefues de porter le dueil de leur mort: qui plus eft, ils firent perdre à Licinia femme de Gaius, fon douaire: mais encore fe porterent- ils plus cruellement& inhumainement enuers le ieune fils de Fului, lequel n'auoit n'y leué les mains, ny ne s'eftoit trou ué au combat contre eux, ains eftoit allé pour parler d'appointe ment auant le combat,& l'ayans fait lors retenir prifonnier, le fi rent depuis mourir apres la bataille: toutefois ce qui greua& of fenfa encore plus le peuple, que rcut cela, fut le temple de Concorde qu'Opimius fit baftir, pource qu'il fembloit qu'il fe glori fiaft,& que par maniere de dire, il triomphaft pour auoir fait mourir rant de citoyens Romains. Et pourtant y en eut- il qui efcriuirent la nuit au deffous de l'infeription de ce téple ces vers, Vnfurieux acte forfait Le temple de Concorde afait. Ceftuy Opimius fut le premier à Rome qui en eftat de Cóful v- furpa la puiffance abfoluë de Dictateur:& qui codana fans forme de procez trois mille citoyens Romains, outre Fuluius Flaccus, perfonnage Confulaire,& qui auoit eu l'honneur du triomphe,& Gaius Graccus ieune homme, qui furpaffa en vertu& en reputaNon tous ceux de fon aage neatmoins ne fe peut Opimius garder d'eftre ceft aux tell pre de ceg lese dea ap ne qu fait enc 2001 Gell que la troub these Com on t orulan bal uott en a ceruct erent late le condi heres auf sturent ils frea ncore le le jeune out trou pointe de fi dof Conlori fait iefvers AMA TIBERIVS ET GAIVS. 55$ d'eftre concufsionnaire& larron: car ayant efté enuoyé en ambaffade deuers Iugurtha le Roy de Numidie, il fe laiffa corrompre par argent: dequoy eftant appellé en iuftice, il en fut tref- i- gnominieufement conuaincu& condamné: au moyen dequoy il acheua fes iours auec cefte note d'infamie, hay, moqué& iniurié de tout le peuple, lequel fur le fait de la defconfiture fe porta bien lafchement vers ceux qui combattoyent pour fa querelle: mais bien toft apres donna à conoiftre combien il regretoit ces deux freres Gracques, pource qu'il leur fit faire des ftatuës,& voulut qu'elles fuflent dreffees en lieu public& honnorable, cofacrant les lieux où ils auoyent efté tuez:& y auoit plufieurs perfonnes qui leur offroyent des premiers fruits& fleurs que portent les faifons,& y alloyent faire leurs prieres& oraifons à genoux, ne plus ne moins qu'és temples des dieux. Leur mere Cornelia, ainsi qu'on efcrit, porta conftamment& magnanimement cefte calamité:& quant aux chappelles qu'on baftit& confacra aux lieux où ils auoyét efté tuez, elle dit feulement qu'ils auoyēt telles fepultures qu'ils auoyent meritees: mais depuis elle fe ting prefque toufiours au pres du mont de Mifene fans rien changer de fa maniere de viure, car elle auoit beaucoup d'amis,& pource qu'elle eftoit Dame honnorable, aimant à receuoir& traitter les eftrangers, elle tenoit ordinairement bonne table: au moyen dequoy elle auoit toufiours autour d'elle compagnie de Grecs& gens de lettres,& n'y auoit Roy qui ne receuft d'elle,& qui ne luy enuoyaft aufsi des prefens. Si prenoyet grand plaifir ceux qui l'alloyent vifiter& qui la hantoyent, à luy ouyr conter les faits& la maniere de viure de fon pere Scipion l'Africain: mais encore s'efmerueilloyent- ils dauantage de luy ouyr reciter les actes& la mort de fes enfans, fans en ietter l'arme d'œil,& fans autrement en faire des regrets, ny en mener dueil, non plus que fi elle euft raconté quelque ancienne hiftoire à ceux qui les luy demandoyent, tellement qu'il y eut quelques vns qui eferiuirent, que la vieilleffe, ou bien la grandeur de fes mal- heurs, luy auoyét troublé le fens,& hebeté le fentiment de douleur: mais eux- mef mes eftoyent infenfez, quand ils difoyent cela, n'entendans pas combien l'eftre bien né& bien nourry fert aux hommes à conftamment fupporter vne douleur,& que fouuent la fortune eft bien plus forte que la vertu, laquelle veut garder tous les poin& s du deuoir; mais toutesfois elle ne luy peut ofter la conftance de porter, en tombant, patiemment fon aduerfé. de he,& Dutarder eftre 356 LA COMPARAISON DE TIBERIVS ET GAIVS AVEC AGIS ET CLEOMENES. M ritablem 2001C LI remettr core pe princip contra Cleom AIS eftans deformais arriuez à la fin, il ne refte plus que de comparer& de conferer ces vies enſemble, en les mettant l'vne deuant l'autre. Quant eft donc aux deux Gracques, ceux mefmes qui les hayffoyet le plus, & qui en difoyent au demeurant tous les maux du monde, n'oferent unques nier qu'ils ne fuffent mieux nez à la vertu, que nuls autres Romains de leur temps,& qu'ils n'euffent aussi bien efté efleuez& nourris: mais il femble q la nature fut encore plus forte en Agis& en Cleomenes: pource qu'ayans efté mal nourris& efleuez des mœurs& faços de viure, qui de pieça auoyent ia corrompu les plus anciens, neantmoins, ils fe monftrerent eux- mefmes les premiers guides& maiftres de fobrieté, téperance& fim plicité. Dauantage ceux- là ayans vefcu du teps que Rome eftoit en fa plus claire& plus grande dignité,& lors qu'y regnoit plus le zele de toutes belles& bonnes chofes: ils eurent, par maniere de dire, honte d'abandonner la fuccefsió de vertu, qu'ils auoyent comme hereditaire par les mains de leurs anceftres:& ceux- cy eftans nez de peres qui auoyent eu volonté toute contraire, ayans trouué leur pays corrompu& malade, n'en furent point pour cela plus mouffes à cercher les moyens de bien faire,& puis le plus grand los qu'on done aux Gracques, d'abftinence, de ne prendre point argent, eft qu'en tous leurs magiftrats& en toutes leurs entremifes des affaires publiques, ils eurent toufiours les mains nettes,& ne prirent onques rien iniuftement, là où Agis fe fuft courroucé fi on l'euft loué de ne prendre rien de l'autruy, attendu que de luy- mefme il mit en commun,& donna à fes citoyens tout fon * Trois cens bien, qui montoit en argent contant feulement* fix cens talents. foixante Par où on peut iuger, combien il eftimoit eftre grief peché de mille efcus. gaigner iniuftement, puis qu'il eftimoit que c'eftoit vne efpece d'auarice, que de poffeder iuftement plus que les autres. Au demeurat, il y auoit bien difference de grandeur entre les innouations, les vns& les autres oferent mettre en auant: car les actios des deux Romains eftoyent, racouftrer les grands chemins, rebaftir ou repeupler des villes:& le plus magnanime fait de Tiberius fut, auoir ramené en commun les terres publiques:& de fon frere Gaius fut, d'auoir meflé les iugemens, en adiouftant aux Senateurs trois cens Cheualiers Romains, qui auroyet puiffance ce de iuger: là où Agis& Cleomenes ayas opinion que vouloir corriger de petites fautes,& y remedier par le menu, feroit autat come couper vne des teftes de l'hydre, ainfi que dit Platon, dont il en reuenoit fept au lieu d'vne, entreprirent vn remuement& vne nouuelleté, qui pouuoit à vn coup exterminer& defraciner tous les maux qui eftoyent en leur pays: ou pour parler plus veritaque fu ces de fitue Quip point menes mand tre de pour ftoit Efcla defc fre tre le Agis OCCIS tant fion me gis m fe qu Cleo prife prem deuar mains eacell mes Ction dep hard faite roc Rah regis art В сека ire ava our c le plus rendre Cuts enains net t cour ution lents. hé de pece deDuaAGIS ET CLEOMENES. 557 ritablement, qui pouuoit ofter l'alteration& le defreglement qui auoit introduit tout mal& tout vice en leur chofe publique, pour remettre la ville de Sparte en fon propre& ancien eftat: car encore peut- on dire cela du gouuernement des Gracques, que les principaux perfonnages& les plus gens de bien de Rome furent contraires à leurs deffeins: là où en ce qu'Agis attenta,& que Cleomenes acheua, ils auoyent le plus beau& le plus magnifique fuiet du monde, qui eftoyent les anciennes loix& ordonances de Sparte, touchant la temperance& l'egalité, les vnes inftituees iadis par Lycurgus, les autres confirmees par Apollo. Qui plus eft, par les nouuelletez de ceux- la, Rome n'en deuint point plus grade qu'elle eftoit au parauant: là où de ce que Cleomenes fit, la Grece en peu de temps vid la ville de Sparte com mandant à tout le refte du Peloponefe,& combattant à l'encontre de ceux qui pour lors eftoyent les plus puiffans de la Grece, pour la principauté d'icelle, dont le but& la finale intention e- ftoit vuider& deliurer la Grece des armes des Gauleys& des Efclauons, pour la remettre fous l'honnefte gouuernement des defcendans d'Hercules. Encore me femble- il que leur mort móftre quelque differece de leur vertu: car ceux- la combattans contre leurs propres citoyens, furent occis en fuyant:& de ceux- cy, Agis pour n'auoir voulu faire mourir pas vn de fes citoyens, fut occis luy- mefme prefque volontairement,& Cleomenes fe fentant iniurié& outragé, fe mit en deuoir de fe venger:& l'occa fion ne luy permettant pas de le pouuoir faire, il fe tua luy- mefme hardiment. Mais au contraire aufsi peut- on alleguer, qu'Agis ne fit onques acte de Capitaine ny d'homme de guerre, à caufe qu'il fut tué auant que d'en pouuoir faire:& aux victoires de Cleomenes, qui furent belles& en bon nobre on peut oppofer la prife de la muraille de Carthage, fur laquelle Tiberius monta le premier, qui ne fut pas petit exploit,& l'appointement qu'il fit deuant Numance, par lequel il fauta vingt mille cobattans Romains, qui n'auoyent autre moyen de fauuer leurs vies:& Gaius en celle mefme guerre, deuant Numance,& depuis en Sardagne fit plufieurs beaux actes de prouëffe, tellement qu'il eft tout certain qu'ils euffent efté comparables aux plus excellents Capitaines Romains, fi on ne les cuft fi toft tuez. Au refte, quant aux a- & tions ciuiles, il femble qu'Agis s'y prit trop froidement, s'eftant laiffé abufer à Agefilaus,& ayant fraudé fes poures citoyens du departement des terres qu'il leur auoit promis: brief à faute de hardieffe, pource qu'il eftoit trop ieune, il laiffa les chofes imparfaites qu'il auoit proietté de faire:& à l'oppofite Cleomenes proceda vn peu trop rudement& violemment à la mutation du gouuernement de la chofe publique, en tuant mefchamment les Ephores, lefquels il pouuoit gaigner facilement, ou eftre le plus Etios babefon AUX Tance Duloir dont & ciner verita 358 TIBERIVS ET GAIVS. efoyent on qu'ils a tranfp rents, iu en plus reuft eft eurs loi elle, I'v here, qu y pas me la di ' en fen Tiberiu Agis eft fort en armes: car ce n'eft fait ny en fage medecin ny ea bon adminiftrateur d'eftat politique, de mettre la main au fer, finon en extreme necefsité, quand il n'y a point de remede:& eft faute de fuffifance en l'vn& en l'autre, mais pis en l'vn, pource que l'iniuftice y eft coniointe auec la cruauté: là où des Gracques, nyl'vn ny l'autre ne commença à mettre les mains au fang de leurs citoyens, ains dit- on, que Gaius quoy qu'on frappaft fur luy, samais ne fe voulut mettre en defenfe,& que là où il eftoit tref- vaillant en bataille les armes au poing contre les ennemis, il fe monftra tres- froid en fedition ciuile contre fes citoyens: car il fortit de fa maifon fans armes,& fe retira quand il les vid combattre, fe donnant plus garde de ne faire point de mal, que de n'en fouffrir point, tellement qu'on ne doit point imputer leur fuyte à lafcheté ny à couardife, ains pluftoft à foin de n'offenfer perfonne: car il falloit où qu'ils cedaffent à ceux qui les pourfuyuoyent, où s'ils s'arreftoyent qu'ils fe miffent en defenfe, pour ne point fouffrir qu'on leur fift outrage en leurs perfonnes.Et quant aux obiectios qu'on fait à Tiberius, la plus griefue eft d'auoir fait priuer vn fié compagnon du Tribunat,& que luy- mefme en pourfuyuit vn fecond:& quát à Gaius on luy imputa fauffement& à tort la mort d'Antyllius, pource qu'il fut occis contre fa volonté,& à fon gräd regret: là où Cleomenes, encore que nous laifsions à part l'occifion des Ephores, affranchit tous les efclaues,& tint la royauté feul en effet: mais pour l'apparéce feulement, il y affocia fon propre frere, qui eftoit de la mefme maifon:& ayant perfuadé à Archidamus, auquel appartenoit le droit de fucceder à la royauté de l'autre maifon royale, qu'il retournaft bardiment de Méfsine à Sparte, il le laiffa tuer,& en ne faifant point de pourfuite ny de vengeance de fa mort, il confirma l'opinion qu'on eut qu'il l'euft fait occire luy- mefme: au contraire de Lycurgus, lequel il faifoit femblant de vouloir imiter, attendu qu'il rendit volontairement la royauté au fils de fon frere Charilaus,& craignant encore que fi le ieune enfant venoit autrement à mourir, il n'en fuft aucunement foupçonné, il s'abfent du pays& fut long temps vagabond par le mode, ny ne retourna point à Sparte, que Charilaus n'euft engendré vn fils pour luy fucceder à la royauté: mais aufsi n'y a- il nul autre Grec, qui foit comparable à Lycurgus.Et nous auons monftré que parmy les actions de Cleomenes, il y eut plufieurs autres encore plus grandes nouuellete z,& plufieurs autres tranfgrefsions des loix. Ainfi ceux qui blafment les mœurs des vns& des autres, difent que les deux Grecs de leur comencement eurent vne volonté tyrannique, tendant à exciter& faire guerre, là où aux Romains leurs mal- vueillans,& ceux mefmes qui leur portoyent le plus d'enuie, ne leur pouuoyent imputer autre chofe, finon vne ambition defmefuree,& confeffoyent qu'ils s'eftoyent dieffe G mune que po ३०) ne de alte mes auils gent uer mit vals la mor En grad Occ yauté проAr elsine faienFuft ps maais Et eut 530 DEMOSTHENES. 559 s'eftoyent efchauffez& allumez outre leur naturel en la contention qu'ils auoyent eue contre leurs aduerfaires,& s'eftoyent laiffez transporter au defpit& à la cholere comme à des mauuais vents, iufques à faire les chofes qu'ils firent à la fin: car eftoit- il rien plus iufte ne plus honnefte que leur premiere intention, fi n'euft efté que les riches voulans d'authorité& d'audace reietter leurs loix, les firent tous deux entrer mal- gré eux en cefte querelle, l'vn pour fauuer fa vie, l'autre pour venger la mort de fon frere, qu'on auoit occis fans ordonnance, ny forme de procedure, ny pas mefme par aucun magiftrat? Ainfi peux- tu voir toy- mefme la difference qu'il y eup entr'eux:& pour en prononcer ce qui m'en femble particulierement de chacun d'eux, il m'eft aduis que Tiberius a efté le plus vertueux de tous les quatre, que le ieune Agis eft celuy qui a le moins peché,& qu'en execution& har dieffe Gaius n'approcha point beaucoup pres de Cleomenes. DEMOSTHENES. DEMOSTENES ELV, qui a compofé le petit traitté qu'on trouue efcrit à la louange d'Alcibiades, touchang la victoire qu'il gaigna de la courfe des cheuaux en la fefte des ieux Olympiques, foit que ç'ait efté le prête Euripides ainfi que la plus commumune opinion le tient, ou quelque autre( ami Sofius) dit que pour faire l'homme heureux, il faut premierement qu'il foit né en quelque noble& fameufe cité. Mais quant à moy, il me femble, que pour auoir la vraye felicité, de laquelle la plus grande partie gift és mœurs, qualitez& condi- tions de l'ame, il ne peut chaloir que l'homme foit né en la ville 560 DEMOSTHENES. obfcure& de peu de renomee, no plus q s'il eftoit né d'vne mere laide ou petite: car ce feroit vne moquerie, de penfer que la villette de Iulide, laquelle n'eft qu'vne petite partie de l'Ifle de Ceo, qui elle- mefme tout entiere n'eft guere grade,& que l'Ifle d'Agine, laquelle eft de fi peu d'eftendue, que quelque Athenien mit vn iour en auant qu'on la deuoit ofter, pource qu'elle eftoit comme vne paille en l'oeil du port de Piræe, puiffent porter de bons poëtes& d'excellés roueurs de Comedies,& qu'elles ne puiffent porter ne produire vn homme de bien, iufte, conftat, fage& magnanime: car il eft bien raifonnable de croire que les arts& fciéces, lefquelles ont efté inuentees pour faire aucunes chofes neceffaires à l'vfage des hommes, ou bien pour en acquerir bruit& hôneur fe vont abaftardiffant& aneantiffant és petites& poures villes: mais auf i faut- il eftimer que la vertu, ne plus ne moins qu'vne forte& vigoreufe plante, peut prendre pied& racine en tout lieu où elle rencontre vne bonne nature, gentille& patiente de labeur. Au moyen dequoy, fi nous venos à commettre quelque erreur, ou que nous viuions autrement qu'il n'appartient, nous n'en accuferons point la petiteffe de noftre pays, ains en attribuerons iuftement la coulpe à nous- mefmes. Il eft bien vray que celuy qui a entrepris de cópofer quelque ceuure, ou d'efcrire quelque hiftoire, en laquelle doyuent entrer plufieurs diuerfes chofes non familieres en fon pays,& qu'on ne trouue pas toufiours par tout à la main, ains estrangeres pour la pluf- part, difperfees çà& là,& qu'il faut recueillir de la lecture de plufieurs diuers lieux& plufieurs autheurs, à la verité il faut que premierement& deuant toutes chofes il foit demeurant en vne groffe& noble cité, pleine de peuple& de grand nombre d'hommes, aimant les chofes belles& honneftes, afin qu'il ait abondance de toutes fortes de liures,& qu'en cerchant çà& là,& entendant dire de viue voix beaucoup de chofes que les autres hiftoriens auront à l'aduenture omis à efcrire,& qui feront de tant plus croyables, qu'elles feront encore demeurees en la memoire des hommes viuans, il puiffe rendre fon œuure de tout poin& accomply,& non defectueux de plufieurs chofes y neceffaires. Mais moy qui fuis habitant en vne petite ville,& qui m'y tiens volontiers, de peur qu'elle ne foit encore plus petite, pendant que l'eftoye en Italie,& dedans Rome, n'ay pas eu le loifir d'eftudier & de m'exerciter en la langue Latine, tant pour l'occupation des affaires que l'auoye lors en main, que pour fatisfaire à ceux qui me hantoyent pour apprendre de moy la Philofophie: tellement que bien tard, eftant ia fort auant au decours de mon aage, i'ay commencé à prédre en main les liures Latins; en quoy il m'eft aduenu vne chofe eftrange, mais veritable neantmoins, c'eft que ie n'ay pas tant appris ny tant entédu les chofes par les paroles, Paroles des chof au deme la lang dre le ations gage mais a conue encor prefer compa pris a derer mau trem conf quel fon Ceque tendu raifon auff Cono bué l venu lu dés re de d plufie bitieux de coeu te mell eine tr bade co W elte fuys difcer fortun N ena ICH Cles eurs mieTe& 21 ant ns us les C n e 100 on es ess DEMOSTHENES. 56% paroles, comme par quelque vfage& conoiffance que l'auoye des chofes, ie fuis venu à entendre aucunement les parolles. Mais au demeurant, de fauoir bien goufter en quoy gift la beauté de la langue Romaine, ou la parler proprement, ou bien d'entendre les figures, tranflations& belles liaifons des fimples dictions les vnes auec les autres, qui ornent& embelliflent le langage, ie penfe bien que ce foit vne belle chofe& bien delectable, mais auffi requiert- elle vne longue& labourieufe exercitation conuenable à ceux qui ont plus de- loifir que ie n'ay,& qui font encore en aage pour vacquer à telles gentilleffes. Pourtant en ce prefent liure, qui eft le cinquieme de l'œuure, où l'ay entrepris de comparer les vies des hommes illuftres, I'vne auec l'autre, ayant pris à efcrire celles de Demofthenes& de Ciceron, nous confidererons,& examinerons quelles ont efté leurs natures, leurs mœurs& leurs conditions par leurs faits& leurs actions en l'eneremife du gouuernement de la chofe publique, fans autrement conferer leurs efcrits& leurs œuures d'eloquence; ny definir lequel des deux eft le plus vehement en fon dire, ou le plus doux en fon parler.Car comme dit le poëte Ion, Là le Dauphin courant grand erre, A force mefme fur la terre. Ce que Cecilius homme exceffif en toutes chofes, n'ayant pas en tendu, a bien ofé efcrire& mettre hors en lumiere vne comparaifon de l'eloquence de Demofthenes auec celle de Ciceron.Mais auffi fi c'eftoit chofe commune& facile à tout le monde que fe conoiftre bien foy- mefme, à l'aduenture n'en euft on pas attribué le commandement aux dieux, ny n'euft- on pas dit qu'il fuft venu du ciel. Quant à moy il me femble que la fortune ayant vou lu dés le commencement former à vn mefme moule, par maniere de dire, Demofthenes& Ciceron, a imprimé en leurs natures plufieurs qualitez toutes femblables, comme d'eftre tous deux am bitieux, tous deux aimas la liberté de leurs pays, tous deux de peu de cœur, és dangers de la guerre:& fi me femble qu'elle y a encore meflé plufieurs aduentures toutes femblables auffi, pource qu'à peine trouueroit- on deux autres orateurs, qui de petit lieu& de baffe condition foyent deuenus fi grands& fi puiflans, comme ces deux- cy, ne qui ayent encouru la haine& mal vueillancé des Roys& des grands Seigneurs, come ces deux- cy, qui ayent perdu leurs filles, qui ayent efté bannis de leur pays,& qui y ayet depuis eftè reftituez& remis auec honneur,& qui derechef s'en foyent fuys,& ayent efté repris, ne qui ayent acheué leurs iours quand& la liberté de leur pays: de maniere qu'il eft mal- aifé de pouuoir difcerner, fi la nature les a faits plus femblables en mœurs, ou la fortune en aduentures, comme fi elles cuffent fait à l'enuie I'vne de l'autre, ne plus ne moins que deux ouuriers, à qui les feroit an j 552 DEMOSTHENES. mieux reflembler: mais il nous faut commencer à efcrire premier de celuy qui eft le plus ancien. Demofthenes done, le pere de l'orateur Demofthenes, eftoit vn homme de bien& d'hōneur, ainfi que l'efcrit Theopompus,& le furnommoit- on Macharopoeus, c'eft à dire, forgeur d'efpees, pource qu'il auoit vn grand at telier où il tenoit plufieurs outuriers efclaues qui en forgeoyent. Mais quant à ce que l'orateur AEfchines dit de fa mere, qu'elle e- ftoit fille d'vn nommé Gelon, qui s'en- fuyt d'Athenes, pource que il fut accufé de trahyfon,& d'vne femme de nation barbare, ie ne fay s'il a dit en cela verité, ou s'il l'a controuué pour le cuider iniurier.Comment que ce foit, il eft certain que fon pere luy faillit en l'aage de fept ans,& le laiffa affez aife, car fon bien ne valoit #Newfmille guere moins de* quinze talens: mais fes tuteurs luy fireut vn fort #saw grand tort, car ils luy defroberent vne partie de fon bien,& luy laifferent aller à mal l'autre, à faute d'en auoir tel foin qu'ils deuoyent, pource qu'ils ne vouloyent pas feulement payer le falai re de fes maiftres d'efchole: ce qui fut caufe qu'il n'apprit pas és ars liberaux& qu'on a accouftumé de faire apprendre aux enfans de bonne& honnefte maison: ioint auffi qu'il eftoit fort delicat& de petite complexion, au moyen dequoy fa mere ne vouloit pas qu'il trauaillaft beaucoup à l'eftude, ny fes maiftres ne le ofoyent pas preffer ny contraindre, à caufe qu'il eftoit en fes premiers ans fort foible, grefle& maladif. Et dit- on, que le nom de Battalus, dont on le furnommoit par moquerie, luy fut donné par les autres enfans fes compagnons pour la debilité de fa perfonne.Ce Battalus, ainfi qu'aucuns difent, eftoit vn ioueur de fluftes trop effeminé, contre lequel le poëte Antiphanes compofa vne petite farfe en fe moquant de luy. Les autres font mention d'vn Battalus poëte lafcif,& qui efcriuoit des poemes impudiques,& fi femble que lors les Atheniens appelloyent vne des parties du corps humain, qu'il n'eft pas honefte de nommer, Battalus. Mais quant à Argas, pource qu'on dit qu'il eut encore ce furnom- la, il luy fut impofé, ou pour la rudeffe farouche& afpreté beftiale de fes mœurs, à caufe que quelques poètes appellent vn ferpent Argas ou pour fa façon de parler, laquelle eftoit mal plaifante à ouyr, à caufe qu'Argas eft le nom d'vn poete qui faifoit de mauuaifes& fafcheufes chanfons. Mais à tant eft- ce affez de cela, com me dit Platon. Au refte, l'occafion qui l'incita d'eftadier à l'eloquence fut telle, comme on trouue par efcrit: L'orateur Calliftrais deuoit plaider en iugement la caufe d'Oropus,& attendoit vn chacun en grande deuotion le iour de ce plaidoyer, tant pour le excellence de l'orateur, qui pour lors auoit le bruit, que pour la matiere& le fait du proces qui eftoit notable& diuulgué par tout.Demofthenes donc ayant ouy les maiftres d'efchole qui faifoyent leur complot enfemble de fe trouuer à ce iugement, fit tant enuers Anuers quand шоуе fon di affisa perfo beau meil цоу gran men Jeft d'efp les c lem fre prit tint mo qui fer tois nom nes feru Cre Jeu le par le quoy plaido mife fut pas cede le cr depu de la c bene mayer ' app rendre it fort ne you es ne le fes prenom donne par de fuftes mola vne d'vn & fi pies du Mais -la, il le de Arante à mau3, com Pelo det va our la tattant -ouers DEMOSTHENES. 563. enuers fon pedagogue, qu'il luy perfuada de l'y mener auffi quand& luy. Ce pedagogue ayant conoiffance aux officiers qui auoyent charge d'ouurir la falle de l'audience, fit enuers eux que fon difciple eut vn lieu propre, dont il pouuoit voir& ouyr eftant affis à fon aife, tout ce qui fe feroit& diroit en ce proces, fans que perfonne le vift.Au moyen dequoy l'enfant ayant tout ouy, eftima beaucoup l'honneur qu'y auoit acquis l'orateur, quand il vit com me il eftoit accompagné de grande fuite de gens qui le reconuoyoyent iufques en fa maison: mais il eut bien encore en plus grande admiration la force de l'eloquence, laquelle pouuoit ainfi mener& manier toutes chofes à fon plaifir.Si abandonna dés lors l'eftude de toutes autres fciences,& de tous autres exercices. d'efprit& de corps, auquel on a accouftumé d'inftruire& dreffer les enfans,& commença de fe trauailler& exerciter continuellement à compofer& prononcer des harangnes, en intention d'eftre vne fois du nombre des orateurs.Le maiftre fous lequel il apprit la rhetorique fut Ifæus, combien qu'Ifocrates pour lors en tinft efchole, fuft ou pource qu'eftant orphelin il n'auoit pas le moyen de payer le falaire que demandoit Ifocrates à les difciples, qui eftoit cent efcus, ou pluiftoft, pource qu'il trouuoit la maniere de parler d'Ifæus plus propre à l'vfage à quoy il fe vouloit feruir de l'eloquence, comme eftant plus rufee& plus fine.Toutefois Hermippus efcrit auoir eu entre fes mains des memoires fans, nom d'autheur certain, efquels eftoit faite mention que Demofthe nes auoit efté auditeur de Platon,& que cela luy aucit beaucoup feruy à former fon ftile& fon eloquence,& mentionne aufsivn Crefibius, lequel efcrit que Demofthenes auoit fecrettement eu& leu les cuures de Rhetorique d'Ifocrates,& celles d'Alcidamas, par le moyen d'vn Callias Syracufain,& de quelques autres: parquoy fitoft qu'il fut en aage de fortir hors de tutelle, il commença à mettre fes tuteurs en proces,& à compofer les harangues& plaidoyers contre eux, lefquels alloyent trouuas des fubterfuges, remifes& delais, pour confiours fuyr à luy rendre compte de l'ad miniftration de fon bien:& s'exercitant en tel apprentiffage, ainfi que parle Thucydides, il fit fi bien qu'il l'obtint à la fin, mais ce ne fut pas fans peine& fans danger:& neantmoins, encore ne peutil pour cela retirer à beaucoup pres de ce que fon pere luy auoit laiffé. Mais en ayant pris vne affeurance& quelque accouftumance de parler en public,& auffi ayant vn peu goufté l'honneur& le credit qu'on acquiert par fauoir bien dire en plaidant, il effaya depuis de foy tirer en auant,& de s'entremettre du gouuernement de la chofe publique. Tout ainfi qu'on conte d'vn certain Orchomenien nommé Laomedon, qu'eftant trauaillé d'vne indifpofition de rate, par le confeil des medecins il s'exercita à courir de Longues carrieres pour remedier à fon mal:& en continuant ceft 564 DEMOSTHENES exercice rendit fon corps fi difpos, que depuis il entreprit de cou rir és ieux de pris,& deuint l'vn des meilleurs& plus viftes cou reurs de fon temps. Autant en aduint- il à Demofthenes: car s'eftat du commencement mis à l'exercice d'eloquence pour recouurer Je fien,& en ce faifant y ayant acquis fuffifance, force& veheméce grande en l'art de bien dire, il ofa bien depuis entreprendre de prefcher le peuple en public touchant le gouuernement des affaires, ne plus ne moins que s'il fe fuft prefenté au combat d'vn jeu de pris,& deuint à la fin le premier de tous les orateurs de fon temps qui montoyent en chaire pour haranguer, combien que la premiere fois qu'il s'aduentura de parler en public, le peuple fit tant de bruit, qu'à peine peut- il onques auoir audience,& fe moqua- on de fa maniere de parler, laquelle eftoit auffi efträge, pource qu'il vfoit de longues claufes confules,& enuelop poit fon dire de tant d'argumens les vns fur les autres, qu'il en eftoit fafcheux & ennuyeux à ouyr:& fi auoit dauantage la voix foible& debile, la langue empefchee& l'haleine courte: ce qui engardoit encore qu'on ne pouuoit aifément entèdre ce qu'il vouloit dire, pource que les longues trainees de fes claufes venoyent à eftre a chafque coup plufieurs fois entrerompues auant qu'il fuft au bout de la fentence: fi que finalement le voyant ainfi rebuté, il abandonna fon entreprise de haranguer deuant le peuple,& fe retira par defefpoir au port de Piræc, là où Eunomus le Theffalien eftant is fort vieil& ancien, le trouua, qui le tanfa à bon efciant, en luy remonftrant qu'il fe faifoit grand tort, attendu qu'ayant vne façon de parler fort approchante de celle de Pericles, il fe defailloit à foy- mefme par couardife& lafcheté de cœur, en ne cerchant pas les moyens de s'affeurer contre le bruit d'vne commune,& de ren forcer fon corps pour pouuoir porter le faix& la peine des harangues publiques, ains le laiffant à faute d'exercice de plus en plus affoiblir:& neantmoins ayant encore vne autre fois efté rebuté & fifflé, ainfi qu'il s'en retournoit la tefte cachee de honte en fa maifon fort defconforté, Satyrus excellent ioueur de Comedies, eftoit fon familier, s'en alla apres luy& paria auec luy. Demo fthenes fe plaignit à luy de ce que combien qu'il prift plus de peine que nul autre des orateurs,& qu'il euft prefque defpendu toute la vigueur& force de fon corps à l'eftude, neantmoins il ne pouuoit trouyer moyen de fe rendre aggreable au peuple, là où d'autres qui ne faifoyent tout le long du iour qu'yurongner,& des mariniers qui ne fauoyent du tout rien, eftoyent patiemment efcoutez,& occupoyent toufiours la tribune aux harangues:& au contraire, on ne faifoit conte de luy. Satyrus adonc luy refpondit Tu dis la verité Demofthenes, mais ne te foucie, i'y remedieray bien toft,& t'en ofteray la caufe, pourueu que tu me vueilles reciter par cœur quelques vers d'Euripides ou de Sophocles. Demoqui fthenes ther en m yne affe nes Pa fte ge de fte a tie ft fe fe Ch ве fen on a ther 瓦 con par a trepa por le& dot re, po Cacha bout de donna a par laye ant pas de ren aran ebute en fa emo pei-под I ne Τὰ οὐ r,& ment & au adic ray DEMOSTHENES. 568 fthenes en prononça fur le champ quelques vns qui luy vindrent en memoire,& Satyrus les repetant apres luy, leur donna toute vne autre grace, en les pronóçant auec vn accent, vn gefte& vne affection conuenable à la fentence, de maniere que Demofthenes mefme les trouua tout autres: par où conoiffant combien Paction, c'eft à dire, la belle maniere de prononcer auec gefte de mefme, adioufte d'ornement& de grâce au parler, il iugea adonc que c'eftoit peu de chofe,& prefque rien du tout, que de s'exerciter à bien dire, qui n'eftudie à auoir la bonne prononciation& belle action. quant& quant. A l'occafion dequoy.il fic depuis baftir vn cabinet fous terre, lequel eftoit encore entier de mon temps,& y defcendoit tous les iours pour former fon ges fte& fa prononciation,& pour exerciter fa voix, auec fi grande affection, que bien fouuent il y demeuroit deux& trois mois entiers tout de fuitte, fe faifant expreffement rafer la moitié de la té fte, à celle fin qu'il n'ofaft de honte fortir hors en tel eftat, encore qu'il luy en vinft bien grande volonté& neantmoins il prenoit & argument& matiere de declamer& de s'exerciter à bien diré, des propos& deuis qu'il auoit eus, ou des affaires qu'il auoit cependant traittez auec ceux qui l'eftoyét venus voir en famaifon: car foudain qu'il eftoit departy d'auec eux, il s'en alloit auffi toft defcendre en fon cabinet, là où il repetoit de bout à autre toutes les matieres dont il auoit efté parlé, deduifoit toutes les refponfes qui auoyent efté faites d'vne part& d'autre:& s'il auoit d'aduenture affifté à quelque long difcours, il le repetoit à part luy,& fe prenoit à le coucher en belles claufes,& en belles fentences, changeant& diuerfifiant en plufieurs manieres de dire, les propos que quelques autres luy auoyent tenus, ou luy à quelques autres. De la vint qu'on eut opinion qu'il n'auoit pas l'entendement vif ne prompt de fa nature,& que fon eloquence n'eftoit pas vne cho fe nayfue: ains acquife par force de labeur: en cófirmation dequoy on allegue pour vn euident figne, que iamais on ne vit Demothenes haranguer à l'improuueu:& que bien fouuét qu'il eftoit prefent& feant en l'affemblee, le peuple l'appelloit par fon nom, à fin qu'il dift fon aduis fur ce qui eftoit lors en deliberation: mais que iamais il ne fe leua pour ce faire, s'il n'y auoit premierement penfé,& qu'il n'euft bien preueu& bien eftudié ce qu'il auoit à dire, tellement que les autres orateurs s'en moquoyent bien fouuent de luy, comme entre les autres Pytheas qui luy dit vne fois, que fes raifons fentoyent l'huyle de la lampe: mais Demofthenes luy repliqua bien aigrement, Auffi y a- il grande difference, Pytheas, entre ce que toy& moy faifons à la lumiere de la lampe.Et luy- mefine en parlant aux autres ne le nioit pas du tout, ains leur confeffoit franchement, qu'il ne redigeoit pas toufiours au long par eferit tout ce qu'il auoit à dire, ny auffi ne fe prefentoit pas à na iij nes 566 DEMOSTHENES. parler qu'il n'en euft premierement fait quelques memoires:& fi difort que cela eftoit yn figne d'homme populaire, de bien penfer à ce qu'on a à dire deuant le peuple: car cefte preparation- la monftre qu'on l'honnore& le reuere:& au contraire quand on ne fe foucie point comment, ny en quelle part le peuple doyue prendre fes paroles, cela eft figne d'homme mefprifant l'authorité du peuple,& qui vferoit volontiers, s'il pouuoit, de la contrainte de force, pluftoft que de la perfuafio de raifon. Et pour confirmer encore dauantage se propos, qu'il n'auoit pas la hardieffe de fe prefenter pour haranguer à l'improuueu, on allegue encore ceft argument, que Demades fouuentesfois s'eft leué pour fouftenir prōptement& conforter les raifons de Demofthenes, quad quelquesfois le peuple rebutoit:& que Demofthenes au côtraire, ne fe leua onques pour confirmer, ny pour fouftenir le dire de Demades. Mais quelqu'vn pourroit demander, Si Demofthenes eftoit ainfi craintif à parler en public à l'improuueu, pourquoy donc eft- ce qu'Aefchines dit, qu'il auoit vne merueilleufe audace en paroles:& comment eft- ce que fe leuant promptement, il refpondit fur le champ à l'orateur Pyton natif de Bizance, qui brauoit en fon parler,& eftoit violent en fon parler comme vn torrent à l'encontre des Atheniens:& comment eft- ce que Lamachus Myrrhineien, ayant compofé vne harangue à la louange de Philippus& d'Alexandre Roys de Macedoine, en laquelle il difoit tous les maux du monde des The bains& des Olynthiens,& l'ayant leue& prononcee en l'affemblee des ieux Olympiques, Demofthenes fe dreffant en pieds tout fur l'heure, deduifit ne plus ne moins que s'il euft leu en vne hiftoire,& monftra au doigt à l'affiftance les grands feruices& belles chofes que les Chalcidiens auoyent faites par le paffé au profit& à l'honneur de la Grece; & au contraire de combien de maux auoyent efté& eftoyent caufe les flatteurs qui alloyent ainfi flattant les Macedoniens: il efineur& tourna tellement les efcoutans, que le rhetoricien Lamachus, craignant la murmure& la mutination du peuple, fe defroba fecrettement hors de l'affemblee. Mais pour dire ce qu'il m'en femble, il m'eft aduis que Demofthenes ayant entrepris dés fon commencement de fe former au patron de Pericles, penfa que fes autres parties ne luy eftoyent pas tant neceffaires,& qu'il voulut imiter& reprefenter fa grauité& fa contenace repofee& fage de ne parler pas foudainement de toutes chofes à la voleeny à tout propos, eftimant qu'il s'eftoit fait grand par cefte prudencela:& comme il n'euft pas voulu laiffer efchapper vne bonne occafion de fe faire honneur en parlant, aufsi n'euft- il pas voulu fouuent hafarder fon credit& fa reputation à la mercy de la fortune. Et qu'il foit vray, les oraifons qu'il fit promptement fans les a- uoir premierement ferites, monftrent plus d'affeurance& plus de har. de har de lon fatoft car E fois jour Com difa Et thr vol tor Il lab ce ne la n Δ re te te De feb lof lors don orat hese tes dem ma Vu cred ༢ དག་ ཡ Cotran Hire de then rquo audac til refp ui braud orrentà us Myr Philip ottous Tayanc Demo plus ne cidiens Grece yent Ladef qu'il des que fany ncefeuшле DEMOSTHENES. 569 de hardieffe, que ne font celles qu'il auoit efcrites& premeditees de longue main, fi nous voulons adioufter foy à ce qu'en difent E- ratofthenes& Demetrius le Phalerien,& aux poëtes Comiques: car Eratofthenes efcrit, qu'en fes harangues il deuenoit quelquesfois comme transporté hors de foy,& Demetrius niet qu'vn iour en prefchant le peuple, il fe prit à iurer vn ferment en vers comme s'il euft efté rauy d'vne füreur& infpiration diuine, en difant, Par la terre& par les eaux, Par les fleuues ruiffeaux. Et des poètes Comiques, il y en a vn qui l'appelle Ropoperpere thra, come qui diroit grad caufeur, qui parle de toutes chofes à la volee,& vn autre fe moquat de ce qu'il vfoit d'vne figure de rhetorique qui s'appelle Antithete, comme qui diroit, Oppofition, dit: Il a receu comme il a eu pource qu'il auoit ce terme affecté Paralabon, fi ce n'eft que le poète Antiphanes fe foit voulu moquer de ce qu'il confeilloit au peuple, de ne prendre point l'ifle de Halonefe du Roy Philippus, mais de la reprendre, voulant dire qu'il ne la falloit point receuoir en don comme chofe gratuitement donhee, ains la receuoir comme legitimement reftituée. Toutesfois il n'y auoit celuy qui ne confeffaft que Demades vfant de fon natutel feulemét fans aucun artifice eftoit inuincible,& que bie fouuet parlant à l'improuueu, il renuerfoit fans deflus deflous toutes les raifons que Demofthenes auoit eftudices, preueues& premeditees de longue main:& Arifton de l'ifle de Chio à laiffé par efcrit vn iugement que fit Theophraftus touchant les orateurs de ce teps- la: car eftaht vn iour enquis, quel orateur luy fembloit eftre Demofthenes, il refpondit, Digne de cefte ville:& puis, Que luy febloit eftre Demades: par deffis cefte ville, dit- il.Le mefme phi lofophe efcrit aufsi, que Polyeu& us Phettié, l'vn de ceux qui pour Jors s'entremettoyent du gouuernement de la chofe publique, donna cefte fentence, que Demofthenes eftoit veritablement grad orateur, mais que le parler de Phocion auoit neatmoins plus d'ef ficace, pource qu'en peu de paroles il coprenoit beaucoup de fub ftance. Auquel propos on dit aufsi que Demofthenes mefme toutes& quantes fois qu'il voyoit Phocion en la chaire aux harangues pour luy contredire, fouloit dire à fes amis: Voici la congnee de mes paroles qui fe leue. Toutesfois il eft mal- aifé de iuger s'il difoit cela pour le regard de fő parler, cu piuftoft pour la reputa tion qu'il auoit acquife, à caufe de fa grande preud'hommie, eftimant comme il eft veritable, qu'vne feule parole; vn clin d'œil, où vn feul figne de tefte d'vn perfonnage qui par fa vertu a acquis credit, a plus d'efficace à perfuader, que toutes les trainees de rai fons& d'argumens de rhetorique.Mais quant aux defauts corpo* tls qu'il auoit de nature, Demetri lePhalerie efcrit auoir entéd 568 DEMOSTHENES. de luy- mefme eftant defia vieil, qu'il y remedia par tels moyens premieremēt quât au vice de fa langue qui eftoit graffe,& quine pouuoit pas prononcer toutes Syllabes diftin& ement, il le corrigea en mettant dedans fa bouche des petis cailloux qu'on trou ue fur les greues des riuieres,& pronoçant ainfi la bouche pleine quelques oraifons qu'il fauoit par cœur:& quant à fa voix qui e- ftoit petite& foible, il la renforça à courir contremont des coftaux qui eftoyent droits& roides, en prononçant quãd& quand à la groffe haleine quelques harangues ou quelques vers qu'il fa uoit par cœur:& fe dit, qu'il auoit en fa maifon vn grand miroër, deuant lequel fe tenant debout fur fes pieds, il s'exercitoit& fe apprenoit à prononcer fes oraifons. Auquel propos on raconte qu'il s'addreffa vn iour à luy quelqu'vn, qui le pria de prendre fa caufe en main pour la plaider, luy contant comme vn autre l'auoit batu,& que Demofthenes luy dit, Voire mais de tout ce que tu me dis, il n'en eft rien: car l'autre ne te baftit onques. Adonc le complaignant renforça fa voix,& commença à crier plus haut, Comment? il ne m'a pas batu? Si a vrayement, refpondit lors Demofthenes: car ie te reconois maintenant la voix d'vn homme qui a veritablement efté batu: tant il eftimoit que le tō de la voix, Paccent& le gefte de prononcer en vne forte ou en vne autre, a- uoyent de force pour faire croire ou decroire ce qu'on dit. Sa cotenance en haranguant deuant le peuple plaifoit merueilleufement à la commune: mais les hommes d'honneur& d'entendement la trouuoyent trop baffe, trop raualee& trop molle, entre Jefquels eft Demetrius le Phalerien:& Hermippus efcrit qu'vn nommé Aefion interrogué des anciens orateurs& de ceux de fon temps, refpondit qu'il n'eftoit homme, qui ne fe fuft efmerueillé s'il euft veu, auec quelle dignité, reuerence& grauité ils parloyés au peuple: mais que les oraifons de Demofthenes à qui les lifoit à part, auoyent trop plus d'artifice& trop plus de vehemence: aufsi eft- il facile à iuger que les oraifons efcrites de Demofthenes ont beaucoup plus de nerfs& plus de pointe que n'ont les autres. Ce neantmoins encore rencontroit- il quelquefois plaifamment en deuifant& parlant promptement, Comme vn iour que Demades Buy dit, Demofthenes me veut enfeigner: c'eft bien ce qu'on dit en commun prouerbe, La truye veut enfeigner Minerue: il luy ref pondit foudainement, Cefte Minerue- la fut n'aguere en la rue de Collytus furprife en adultere.Et à vn larro appellé Chalchus, qui vaut autant à dire comme de cuyure, lequel s'auança de vouDoir dire quelque chofe de fes veilles,& de ce qu'il eftudioit& efcriuoit la plus part de la nuit à la lampe: Ie fay bien, refpondit- il, que ie te fafche beaucoup de tenir toute la nuit la lape allumee: mais vous autres, feigneurs Atheniens, ne vous esbahiffez pas s'il fe fait beaucoup de larsine en veftre ville, veu que nous auos des lar des larro terre. N contres de cell fa natu werner quand meut dit,& contr guer ques certa deux qui f gent ain ma eftr pare adue temp pour de for Grece treme de r culd pen hom deme tion S Hour labo nt qua gra exerc opos d de p de tou ues. A plus dit lors bom de la voi antrea Sa co entende qu'vn de fon DEMOSTHENE S. 569 que des larrons de cuyure,& les parois de nos maisons ne font de terre. Nous pourrions encore alleguer plufieurs autres telles récontres aigues& plaifantes de luy: mais nous nous contenterons de celles- la pour cefte heure,& viendrons à confiderer au refle fa nature& fes mœurs par les chofes qu'il a maniees au gouuernement de la chofe publique. Son commencement donc, quand il vint à s'entremettre des affaires, fut au temps que s'efmeut la guerre qu'on appella Phocaique, comme luy- mefme le dit,& come on le peut conoiftre par fes harangues qu'il fit à l'encontre de Philippus, defquelles les dernieres furent faites apres la guerre ia toute acheuee,& les premieres touchent encore quelques faits particuliers d'icelle.Bien eft- ce chofe toute affeuree& certaine qu'il efcriuit Poraifon contre Midias en l'aage de trente deux ans, n'ayât encore lors authorité ne reputation quelconque: qui fut la caufe principale, à mon aduis, de le faire compofer à argent auec luy pour l'iniure qu'il luy auoit faite: བྷནྡྲི པྤདྡྷནྡྷཝཾ ། བྷོརྞྞ སྒྱུ ཋ ཤཱནྟུ སྦྲུ སུ རྞྞ ཝཱ སྠཱ བྷོ ལྔ ཉོ སྟེ ཐ ཎྜ ཥ ont Ce ades it en ref rue chus VOU & el Car il n'eftoit en fon ire fi doux, Ne fi facile à remettre un courroux: ains au contraire, eftoit violent& roide à executer fes vengeaces mais conoiffant que ce n'eftoit pas entreprife legere, ne qui peuft eftre conduite à chef par homme de fi petite authorité& fi petite puiffance que luy, de ruiner vn tel perfonnage come Midias, qui eftoit fort de biens, d'amis& d'eloquence, if fe laiffa aller à ceux qui prioyent& intercedoyent pour luy,& ne me femble pas que les trois mille drachmes qu'il en receut, euffent peu faire reboucher la pointe de fon afpreté naturelle, s'il y euft veu quelque apparence,& qu'il euft efperé en pouuoir venir au deffus: mais à for aduenemét à la chofe publique ayant trouué vn fubiet honorable de parler contre Philippus, pour defendre les droits de la liberté des Grecs,& s'y eftant employé dignement, il en acquit en peu de temps reputation tref- grande,& fut incontinent fort renommé pour fou eloquence& pour fa franchife de parler ainfi libremēt, de forte qu'il s'en trouua fort honnoré& fort eftimé par toute la Grece, entretenu& careffé par le grad Roy de Perfe,& en fit Philippus mefme plus de conte que de nul autre qui pour lors s'entremeflaft du gouuernemét des affaires d'eftat à Athenes, iufques à ce que fes mal- vueillans& contraires eftoyer cötraints de confeffer eux- mefmes, qu'ils auoyet à faire à vn perfonnage de grãde reputatio.Car Aefchines& Hyperides és haragues où ils l'accufoyent, on dit de telles chofes de luy.Pourtant ne fay ie à quoy penfoit Theopompus, quand il efcriuit que Demofthenes eftoit homme inconftant& variable de nature,& qu'il ne pouuoit pas demeurer long temps auec mefmes perfonnes, ny en mefme opinion au gouuernement des affaires: car au contraire, il me femble qu'il perfeuera toufioute sonftamment iufques à la fin en va 570 DEMOSTHENES. Paigent harane, faits de поп Si tres Or loit plu contre repren peut fois le voulo mefme party,& au mefme rang qu'il auoit efleu& choify dés té commencement:& que non feulement il ne fe changea point en fa vie, ains à l'oppofite, qu'il y laiffa la vie pour ne fe vouloir point changer. Car il ne fit point côme Demades, lequel fe voulant iuftifier de ce qu'il auoit tourné fa robbe en matiere de gouuerne ment de la chofe publique, dit qu'il s'eftoit bien contredit à foymefme aflez de fois felon les occurrences des affaires, mais contré le bie de la chofe publique iamais.Et Menalopus qui tenoit touffours le party contraire de Calliftratus,& neantmoins fe laiffoit toufiours gaigner à luy par argent,& puis montoit en chaire& difoit au peuple, Il eft vray que Calliftratus, qui fouftiet l'opinion contraire à la tiene, eft mon ennemi, toutesfois ie luy cede pour ce coup: il faut que le bien public l'emporte.Et vn autre Nicodemus Meffenien, lequel ayant premierement tenu le party de Caffander fe tourna du cofté de Demetrius,& puis alla difant, qu'il ne fe contredifoit point à foy- mefme, pource qu'il eft vtile& expedient d'obeyr toufiours à ceux qui font les plus puiffans. On ne fauroit pas dire le femblable de Demofthenes, qu'il ait gauchy ne flefchy iamais, ny en fait ny en parole quelconque: car il perfeuera toufiours immuablement en vne mefme teneur de volonté en l'adminiftration des affaires: tellement que le Philofophe Panatius dit, que la plufpart de fes oraifons font efcrites fur ce fondement, qu'il n'y a que ce qui eft honnefte feulement, qui fe doiue choifir& eflire pour l'amour de foy- mefme comme celle de la Coronne, celle qu'il fit contre Ariftocrates, celle des frachifes& immunitez,& toutes les Philippiques: efquelles il n'induie point fes citoyens à choifir ce qui eft plus plaifant, ou plus facile, bu plus vtile, ains prouue que bien fouuent il faut preferer ce qui eft honnefte& louable à ce qui eft feur& falutaire, de forte que fi en fes actions& en fes deportemens, il euft conioint a l'honnefteté, genulleffe& magnanimité de fon parler, la vaillance de fa perfonne en guerre,& la neteté de ne prendre point d'argent, il auroit merité d'eftre mis, non point au rang de Myrocles, Polieuctus, Hyperides& autres tels Orateurs: mais plus haut, au nombre de Cimon, de Thucydides& de Pericles. Et qu'il foit vray, Phocion qui au gouuernement de la chofe publique fuyuoit Je party qui n'eftoit point loué, pource qu'on auoit opinion qu'il fauorifoit aux affaires des Macedoniens, neantmoins pour fa vailJance, faiuftice& fon entiere pretid'hommie n'a iamais efté teDu moins homme de bien qu'Ephialtes& Ariftides. Mais Demofthenes, ainfi que dit Demetrius, eftoit homme à qui il ne fe falloit pas beaucoup fier quant aux armes, ny bien remparé& fortifié contre les corruptions des prefens& des dons: car combien qu'il fuft imprenable du cofté de Philippus& de la Macedoine, il fe laifloit neantmoins gaigner à l'or& à l'arre,& drefla Ather le bie Hier Vous il fi C10 Pau plee Ja cou malPhil Cou gieu conc tient a lodor qu'il auffic que Eres blig Ou V to,& Coma Poure Tans it gay marive. de to Philofo ices fur quife teachi rachi ce qui nonent, ац loit ilteDeefe & & DEMOSTHENES 571 Pargent qui venoit d'amour deuers les citez de Sufe& d'Ecbatane,& eftoit bien prompt à louer les beaux& glorieux faits de leurs vieux anceftres, mais à les enfuyure& imiter non. Si eftoit- il toutesfois plus homme de bien que tous les autres Orateurs de fon temps, excepté toufours Phocion:& fi parJoit plus franchement au peuple& plus rondement que nul autre, contredifant ouuertement aux fols appetis de la commune, en reprenant afprement les Atheniens de leurs fautes, comme on peut voir par les oraifons.Et fi efcrit Theopompus que quelquefois le peuple voulut qu'il prit à accufer vn homme, auquel on vouloit à toute force faire le proces criminelice qu'il refufa de fai re,& le peuple s'en courrouça& mutina contre luy: mais luy fe dreffant en pieds, leur dit publiquement haut& clair, Seigneurs Atheniens, ie confeilleray toufiours ce que ie penfcray eftre pour le bien public, encore que vous ne le vouliez pas: mais de calommier& accufer fauffement vn autre à voftre appetit, encore que vous me le commandiez, ie ne le feray pas.Au demeurant ce que il fit alencontre d'Antiphon, monftra bien clairemét qu'il fe foucioit bien peu de la commune,& qu'il deferoit beaucoup plus à l'authorité du Senat: car ayant efté Antiphon abfous par le peuple en affemblee de ville, il le prit neantmoins& le tira encore à la cour des Areopagites, fans fe foucier d'encourir l'ire& la mal- vueillance de peuple,& là le conuainquait d'auoir promis à Philippus de brufler PArcenal d'Athenes: fi que par arreft de celle cour, il en fut condamné& executé à mort.ll accufa auffi la religieufe Theoride d'auoir commis plufieurs faufictez,& entre autres, d'auoir enfeigne à des efclaues à tromper leurs maistres:& concluant à la mort contre elle, la fit condamner& executer. On tient auffi qu'il auoit compofé la harangue que prononça Apóllodorus contre le Capitaine Timotheus, par laquelle il prouua qu'il eftoit redeuable au public,& confequemment infame,& auffi celles, qui font intitulees à Phormion& à Stephanus, pour Jefquelles il fut à bon droit repris& blafmé: car Phormion combatit Apollodorus auec l'oraifon, que Demofthenes luy auoit com pofee: ce qui eftoit tout autant comme fi d'vae mefme boutique d'armurier, il euft vendu à des ennemis des efpees, pour s'entretuer.Quat aux publiques, celles qu'il fit cötre Androtio, côtre Timocrates& cótre Ariftocrates, il les cópofapour les bailler à d'au tres, auát qu'il fe fuft entremis du gouuernement de la chofe publiq: car il les publia qu'il n'auoit pas encore plus de vingt frpe. ou vingt huit ans: mais il pronoca luy- mefme celle cötre Ariftog! to,& celle auffi des immunitez contre Ctefippus fils de Chabrias comme il dit luy mefme, ou comme quelques autres elcritent, pource qu'il pretedoit à efpoufer fa mere ce qu'il ne fit pas pourtant, ains efpoufa vne Samiene comme le met Demetrius le Mag 572 DEMOSTHENES. proFar toute Pamba de fort Contre que ce mille les bo la gu volon dema bien s'entr nefien au liure qu'il a compofé des Synonymes,& celle qu'il fit à l'encontre d'Aefchines, où il l'accufe d'auoir mal& defloyaument verfé au fait de fon ambaffade. On ne fait fi elle fut iamais noncee, combien qu'Idomeneus efcriue, qu'il ne s'en fallut que trente voix feulement, qu'Aefchines ne fuft abfous: en quoy tou tesfois il me femble qu'il ne dit pas la verité,& le tire par conieature de ce que l'vn& l'autre difent en leurs harangues aduerfai res de la Couronne, là bù ne l'vn ne l'autre ne fait expreffement & à certes mention, qne ce proces foit venu iufques à diffinition de iugement: ce neantmoins nous en laifferons vuider& decider la doute aux autres.Au demeurant, attant thefme que la guerre commençaft, il eftoit bien euident en queile part inclineroit Demofthenes au gouuernement de la chofe publique: carii ne omettoit rien à contreroller& reprendre de tout ce que faifoit Philippus: à raifon dequoy eftant plus parlé de luy en fa cour, que de nul autre, il fut enuoyé dixieme auec autres neufen ambaffade deuers luy. Philippus leur donna bien audience à tous particulierement les vns apres les autres: mais il refpondit plus attentiuement,& auec plus de folicitude& d'affection à la propofition de Demofthenes, qu'à nulle des autres: mais au refte, il ne luy fit pas hors de là tant d'honneur, ni tant de fefte& de careffe, qu'à quelques vns de fes compagnons: car il monftra bien plus de priuautez à Aefchines& à Philocrates qu'à luy: à l'occafion dequoy, comme eux le haut louaffent, difant que c'eftoit vn Prince qui parloit tres- bie, qui eftoit fort beau de vifage,& qui vrayement beuuoit fort bien,& eftoit plaifant en compagnie, il ne fe peut tenir de s'en moquer,& de le deftourner en la pire part, difant que toutes ces qualitez- la n'eftoyent point louanges dignes ni propres à vn Roy, pource que la premiere eftoit pluftoft qualité d'aduocat, la feconde d'vne femme,& la troifieme d'vne efponge.Mais à la fin les chofes eftans tournees à la guerre, pour ce que Philippus d'vn cofté ne pouuoit demeurer en paix,& les Atheniens de l'autre cofté eftoyent pouffez& fufcitez par les ordinaires harangueurs de Demofthenes: les Atheniens enuoyerent premierement en l'Ifle d'Eubce, laquelle par le moyen de quel ques particuliers tyrans, qui s'eftoyent faifis des villes, auoit efté de nouueau afferuie à l'obeyffance de Philippus, fuyuant vn decret qui fut mis en auant par luy,& en alla on dechaffer les Ma cedoniens: puis fit auffi enuoyer du fecours aux Byzantins& aux Perinthiens, aufquels Philippus faifoit la guerre: car il prefcha fi bien les Atheniens, qu'il leur fit oblier la haine& rancune qu'ils auoyent contre ces deux peuples- là,& les offenfes que l'vne& l'autre ville auoyent commifes contre eux en la guerre de la rebellio de leurs fuiets& alliez,& leur fit enuoyer du fecours qui les preferua contre toute la puiflance de Philippus:& depuis allãt par P re ne penf tela s'eft ba die mo ce tiq ten Que nag Phi C M P ES ang neu Hience pond à la po urelte de ca ra bien Pocca toit va & qui repart, es di June pour les orrent ch fé deMa $& rel une la qui las pas DEMOSTHENES. 573 par toutes les autres bonnes villes& citez de la Grece en charge d'ambaffadeur, il leur fit tant de remonftrances,& les prefcha de forte qu'il les affembla prefque toutes en vne ligue à l'encontre de Philippus, tellement que la defcription de l'armee, que cefte ligue deuoit fouldoyer en commun, eftoit de quinze mille hommes de pied eftrangers,& de deux mille cheuaux, fans les bourgeois de chacune des villes, qui à leurs defpés iroyent à la guerre,& fut l'argent pour cefte folde payé& contribué volontiers. Theophraftus efcrit, que ce fut lors que les alliez demanderent qu'on arreftaft vne fomme certaine d'argent, combien il faudroit que chacun contribuaft,& que Crobylus vu qui s'entremettoit du gouuernement des affaires, refpondit, Laguerre ne fe nourrit pas à mefure certaine, voulant dire, que la defpenfe de la guerre ne fe peut mefurer ne definir.Eftant donc toute la Grece foufleuee en l'attente de ce qui en deuoit aduenir,& s'eftans ces peuples& citez liez enfemble, ceux de l'ifle d'Eubae, les Atheniens, les Corinthiens, les Megariens, les Leucadiens,& ceux de Corfou, le plus fort à faire reftoit encore à Demofthenes, qui eftoit d'induire les Thebains à vouloir entrer en cefte alliance, à caufe que leur pays confine auec celuy de l'Attique, ioint que leurs forces eftoyent de grande confequence, attendu mefmement que lors ils eftoyent plus renommez en armes que nuls autres des Grecs. Mais ce n'eftoit pas chofe facile que de gaigner les Thebains& les diftraire d'auec Philippus, lequel de frefche datte les auoit obligez à foy par plufieurs grands plai firs qu'il leur auoit faits durant la guerre Phocaique, auec ce qu'il y auoit toufiours entre ces deux citez, à caufe de leur voifi nage, quelques hargnes& quelquesquerelles à demefler, lefquelles fe reuouuelloyet aifémet à tout propos. Ce nonobftant, quand Philippus efleué pour la victoire qu'il venoit de gaigner pres la ville d'Amphiffe, fe fut ietté dedans la contree d'Elatie,& faifi de la Phocide, les Atheniens fe trouuerent fi eftonnez, que perfonne n'ofoit prendre la hardieffe de monter en la tribune aux harangues,& ne fauoit- on quel confeil prendre. Eftant toute l'affemblee en grande doute& en grand filence.Demofthenes feul fe tira en auant, qui de rechef cofeilla de recercher l'alliace des' The bains,& au furplus reconfortant le peuple, luy donna bonne efperance, comme il auoit toufiours accouftumé: fi fut enuoyé pour ceft effet ambaffadeur auec d'autres à Thebes,& Phillippus y enuoya auffi de fa part Amyntas& Clearchus, deux gentils- homes Macedoniës,& auec eux Daochus, Theffalus& Thrafydæus, pour refpondre& contredire à ce que propoferoyent les ambaffadeurs d'Athenes Si comprirent bien alors les Thebains en leurs entendemens ce qui leur eftoit le plus vtile,& fe ramenerent deuant jeurs yeux tous les maux& miferes que la guerre apporte quand $ 74 DEMOSTHENES & elle, pource que les playes, qu'ils auoyent receues en la guerre Phocaique, eftoyent encore toutes frefches: neantmoins la vie force de l'eloquence de Demofthenes, ainfi que dit Theopompus leur allumat le courage,& les enfiammant du defir d'honneur, of fufqua toutes les autres confiderations,& les rauit tellement en l'amour du deuoir& de l'honefteté, qu'ils oublieret toute crainte de danger, toute obligation de bien- faits,& toute raifon tendant au contraire. Si fut ceft a& te pour vn Orateur trouué fi grand& de telle confequence, que Philippus incontinent enuoya des ambafladeurs deuers les Grecs pour les recercher de paix,& fe fouflena toute la Grece, attendant à quelle fin fortiroit cefte efmeuter de maniere que no feulemét les Capitaines d'Athenes obeyffoyet à Demofthenes, faifans tout ce qu'il leur ordonnoit, mais auffi les gouuerneurs de Thebes& du pays de la Boce:& eftoyent les af femblees de confeil à Thebes auffi bien regies par luy, come celles d'Athenes, y eftant egalement aimé des vns& des autres,& y ayant pareille authorité de commander, non point fans caufe, co me bien le dit Theopompus, ains meritoirement& tref- iufitemēt: mais quelque fatale deftinee& reuolution des affaires, auoyent prefix& arrefté le but dernier de la liberté des Grecs à ce tempsfà ce qui fut contraire à fes deffeins,& y eut plufieurs fignes cele ftes qui monftrerent& pronoftiquerent quelle en deuait eftre l'if fue: entre lefquels la propheteffe Pythia en donna des refpófes ter ribles:& chantoit- on publiquement cefte ancienne prophetie des Sybilles: Efre puiffe- ie an iour de la bataille De Thermadon loin des coups, que t'aille A mont enl'air, comme vn aigle volant, Pour fans danger en voir l'eftour fanglant Où le vainqueur perdu demeurera, Er le vaincu fa perte plorera. On dit que ce Thermodon eft vn petit ruiffeau de noftre territoi re de Cheronee, lequel va tomber dedans la riuiere de Cephifus, mais pour le prefent il n'y a ne riutere ne ruiffeau en toute noftre contree, que ie fache, qui s'appelle Thermodon:& penfe que cel le qui fe nomme auiourd'huy Aemon s'appelloit anciennement Thermodon, car elle paffe le long du temple d'Hercules, là où les Grecs eftoyent camper:& pourroit eftre que pour auoir efté rem plie de corps morts& de fang au iour de la bataille, elle chagea de nom,& fut fur- nommé Aemon, a caufe que Aema en langage Grec fignifie le fang: toutesfois Duris eferir, que ce Thermodo ne eftoit pas vne riuiere, mais que quelques vns en dreffant leur tente,& là foffoyant a legtour, trouuerent vne petite ftatue de pierre fur laquelle y auoit des lettres engrauces, qui tefmoignoyent que deftoit vu homme nommé Thermodon, lequel emportoit entre fes Les bras modon Ce no la ver & en nomb que l fallo pheti thia rame das, per ftoy ftre en b Chem belle ran pas auo ford tat e Jeces ce, Qu come FOLK ga Wee Perf pa ns ca , auoye temps nexcele Are lif fester US, tre 30 es em gea ge ne re ue cre fes DEMOSTHENES. 575 fes bras vne Amazone blecee,& que pour cefte image de Thermodon on chante encore vn autre tel oracle ancien. Oyfeau tout noir, atten que la journee De Thermadon foit vne fois donnee: Car la fera pour te donner pafture, Decorps humains grande defconfiture. Ce nonobftant il feroit bie mal- aifé de pouuoir affeurément dire la verité de telles chofes.Mais Demofthenes fe cófiant aux armes & en la prouëffe des Grecs,& prenant courage de voir fi grand nombre de vaillans homes fi bien deliberez, qui ne demandoyer. que l'ennemi pour le combatre, leur donna à entendre, qu'il ne fe falloit point amufer à tels oracles, ni prefter Poureille a telles pro pheties:& qui plus eft, dit dauatage, qu'il auoit la propheteffe Pythia pour fufpecte, comme fauorifant aux affaires de Philippus,& ramenat en la memoire des Thebains leur Capitaine Epaminondas,& Pericles aux Atheniés leur remöftrât come ces deux grāds perfonnages- là auoy et toufiours eftimé que tellespropheties n'eftoyét autre chofe q couuerture de belle couardife,& que fas y a- uoir efgard ils aucyet toufiours fait les chofes qu'ils voyoyent e- ftre à faire par raifo.Iufques icy demofthenes fe porta toufiours en home de bie: mais quad fe vint à la bataille il s'é fuyt trei- lachement fans y faire aucun acte de vertu, ne qui correfpódit aux belles haragues dot il auoit prefché le peuple car il abadonna fon rang,& ietta lafchemét fes armespour fuyr plus habilemēt, n'ayat pas à tout le moins eu hôte comme dit f'ytheas, des paroles qu'il auoit fait efcrire en grofles lettres d'or de flus fon efcu, A la bone fortune.Or Philippus ayant gaigné la bataille en fut fur l'heure tât efpris de ioye, qu'il fe lafla aller iufqu'à faire quelques infoléces: car apres auoir bien beu auce fes amis, il s'en alla fur ta place, où gifoit la defcöfiture,& là fe prit à chanter par moquerie, le comecemět du Decret qu'auoit propofé Demofthenes, fuyuat lequel laguerre auoit efté cóclue à Athenes contre luy, hauffant fa voix,& batant lamefure à chafque pied: Demofthenes fils de Demofthenes Paanien a mis en auant ceci: mais puis apres quand il fe fut vn peu reucnu de fon' yureffe,& qu'il eut vn peu penfé au diger où il auoit efté, adoc luy drefferent les cheueux en la tefic, quand il vint à cofiderer la force& vehemence d'vn tel orateur, qui l'auoit cotraint de mettre en vne petite partie d'vn jour fon eftat,& fa propre vie au hafard d'vne bataille.Si en fut fa renomwee fi grande, qu'elle penetra iufques à la cour du grand Roy de Perfe, icql efcriuit à fes lieutenas& Satrapes qu'ils fiflent de prefens à Demofthenes,& eflayafient de l'entretenir& gaigner plus qu'autre perfonne de la Grece, comme celuy qui pouuoit mieux diftraire& diuertir Philippus,& l'embrouiller és tumultes& troubles de la Grece qnul autre ce qui depuis fut defcouuert& DEMOSTHENES. Dature, e ment tel ne fauro tous as fig de fleur mort'd' vi& oir cruaut bas& citoye efté fi ter, ain en cha melm $ 76 aueré par lettres de Demofthenes mefme, que le Roy Alexandre trouua en la ville de Sardis,& par autres papiers des Satrapes& lieutenans du Roy de Perfe, efquels eftoit nomément contenue la fomme d'argent, qu'ils luy auoyent enuoyee. Mais pour lors ayans les Grecs efté desfaits en bataille, les autres orateurs qui tenoyent le parti contraire à Demofthenes au gouuernement des affaires, commencerent à luy courir fus,& à fe preparer pour luy faire fai re fon proces: mais le peuple non feulement l'abfolut de toutes les charges& imputations qu'on propofa contre luy, ains continua dauantage à l'honnorer toufiours comme deuant,& l'appeller aux affaires comme perfonnage bien affectionné à l'honneur& au profit de la chofe publique: tellement que quand les os de ceux qui eftoyet morts en cefte bataille, de Cheronnee furēt apportes pour eftre publiquement inhumez, fuyuant la couftume, le peuple luy defera Phonneur de faire, la harangue funebre à la fouage des trefpaffez, fans monftrer d'auoir le cœur aucunement rabbaiffé ny failly pour perte qu'il euft faite, ainfi que Theopompus le tefmoigne,& le prefche magnifiquement, ains pluftoft au contraire, monftrant de ne fe repentir point d'auoir fuyui vn tel confeil, en honnorant celuy qui l'auoit donné. Demofthenes donc fit alors luy- mefme la harague des funérailles: mais depuis és decrets qu'il propofa au peuple, il n'y voulut iamais foufcrire, pour euiter le finiftre prefage& la mal- encontreufe fortune de fon nom, ains les fit mettre en auant fous les noms de fes amis les vns apres les autres, iufques à ce que quelque temps apres il reprit encore cœur, quand il entendit la nouvelle de la mort de Philippus, lequel fut tué bie toft apres la victoire qu'il gaigna à Charonee:& femble q c'eftoit ce que predifoit la prophetie és deux derniers vers, Oule vainqueur perdu demeurera, Et le vaincu fa perte plorera. Ayant donc feu cefte mort, auant que la nouuelle, en fuft diuulguee, il voulut preuenir à döner au peuple bone efperance de l'ad uenir: fi s'é alla auec vne, chere gaye, en l'affemblee du confeil là où il dit, qu'il auot eu en dormant vn fonge, qui promettoit quelque grande profperité prochaine aux Atheniens,& incontinent apres arriuerent ceux q apportoyét la nouuelle certaine de Philippus: dont les Atheniens firent aux dieux facrifices de ioye pour la bonne nouuelle,& en decernerent vne courone à Paufanias qui qui l'auoit tué.Demofthenes auffi fortit en public auec fa plus bel le robbe, ayant fur fa tefte vn chapeau de fleurs, fept iours apres q fa fille luy eftoit decedee, ainfi que luy reproche AEfchines, le notant d'eftre homme de peu d'affection& de peu de charité enuers fes propres enfans: là où il eftoit plus à reprendre& à blafmer luy mefme d'auoir le cœur fi foible& fi mol que de croire que le plorer& lamenter foyent fignes d'vne douce& charitable natare, bie la le plo ce qu que c gran ferm fes affe fa dign de com & des T rire pa ce qu ner l'af ains lay leur,& tis: ne garder terde ve pos meil quand le Gions& trer fia qu'Ac paffion demea mofthe ecouut tau tel c donch ecrets eu nom apres encore lequel fem rs, Pad elent hi our qui -sq 10er Це le -re, DEMOSTHENES. 577 nature, en condamnant ceux qui portent patiemment& conftam ment tels accidents de la fortune. Mais quant aux Atheniens ie ne fauroye penfer ne dire qu'ils fiffent bien de monftrer ainfi tous fignes de publique refiouyffance, comme de porter courones de fleurs fur leurs teftes, ny mefme de facrifier aux dieux pour la mort'd'vn Prince qui s'eftoit porté fi humainement enuers eux és victoires qu'il auoit gaignees fur eux: car outre ce qu'il y a de la cruauté fuiette à eftre vengee par les dieux, encore eft- ce acte de bas& vil courage d'auoir honnoré& fait vn perfonnage viuant, citoyen de leur ville,& puis apres qu'vn autre l'eut tué, en auoit efté fi furpris de ioye, que de ne la pouuoir pas moderément porter, ains en fauter, pas maniere de dire, à deux pieds fur le mort& en chanter des cantiques de victoire, comme fi c'euffent efté euxmefmes qui l'euffent vaillamment desfait.Au contraire, ie loue bie la conftance de Demofthenes, en ce que laiffant aux femmes Je plorer& lamenter, fes aduerfitez domeftiques, il fit ce pendant ce qu'il iugeoit appartenirau bien de la chofe publique,& eftime que cela eftoit fait en homme magnanime& digne de manier grands affaires, de ne filefchir iamais, ains eftre toufiours droit& ferme pour le bie public, en remettät toutes fes aduétures, toutes fes affections& pafsions à celles de la chofe publique,& retenant fa dignité auec beaucoup plus grad foin, que ne font les ioueurs de commodies& de tragedies quad ils iouent les rolles des Roys & des Princes, lefquels nous voyons és theatres ne plorer ny ne rire pas à leur plaifir, quand ils veulent, ains quand la matiere de ce qu'ils recitent le requiert& le merite. Mais outre ces raifonslà, s'il n'eft pas raifonnable( come il n'eft) de laiffer& abandonner l'affligé en fon affliction fans luy donner quelque reconfort, ains luy doit- on tenir quélques propos feruas à addoucir fa douleur,& luy deftourner fa penfee à confiderer chofes plus plaifantes: ne plus ne moins qu'on doit diuertir les yeux malades de regarder les couleurs trop brillantes& trop vines,& leur en prefen ter de vertes& de plusföbres: d'où pourroit on tirer plus à propos meilleure confolation aux ennuys& mal- heurs domeftiques quand le public fe porte bien, qu'en incorporant les priuees affe& ions& pafsions auec les publiques, afin que les meilleures obfcurciffent& amortiffent les pires? Mais à tant ce qui m'a fait entrer fi auant en ce difcours hors du fil de l'hiftoire, c'eftque ie voy qu'Aefchines attendrit le cœur à plufieurs,& les amollit de compaffion feminine fans propos en ceft endroit de fon oraifon. Au demeurant les citez de la Grece eftans derecheffufcitees parDe mofthenes, refiret vne autre ligue enfemble:& les Thebains ayas recouuré des armes par fon entremife, fe rueret vn iour fur la gar nifon des Macedoniens qui eftoyent dedans leur ville,& en tuerent plufieurs.Les Atheniens fe preparerent auffi pour fouftenir oo j $ 78 DEMOSTHENES la guerre auec eux,& eftoit Demofthenes ordinairemět à toutes les affemblees du confeil en la tribune aux harangues à prefcher le peuple,& efcriuit en Afie aux Lieutenãs& Capitaines du Roy de Perfe pour allumer la guerre de ce cofté- là contre Alexandre en l'appellant vn enfant,& le fur- nomant Margites, qui vaut autant à dire comme fot, Mais apres qu'Alexandre ayant donné bo or dreauxaffaires de dedans fon Royaume, s'en vint lay mefme en perfonne auec fon armee au pays de la Becece, adonc fe diminua grandement la fierté des Atheniens,& ne prefcha plus Demofthenes comme il auoit accouftumé. Finalement les poures The bains abandonnez de tout le monde, furét cótraints de fouftenir tous feuls le faix de cefte guerre, dot leur ville fut entierement deftruite à raifon dequoy les Atheniés fe trouuans en gräd trouble& merueilleux effroy, efleuret foudainement des ambaffadeurs pour enuoyer deuers ce ieune Roy, mefmement Demofthenes entre autres, lequel redoutant fon ire& fa fureur n'ofa, onques aller iufques là, ains s'en retourna du mont de Cytheron & quitta l'ambaffade: mais Alexandre enuoya fommer les Atheniens de luy mettre entre fes mains dix de leurs orateurs, ainfi que Idomeneus& Duris efcriuet, ou huit, ainfi que le met le plus grad nombre,& des plus nobles hiftoriens, qui furent Demofthenes, Polyeucus, Ephialtes, Lycurgus, Myrocles, Damon, Callifthenes & Charidemus:& fut lors, à ce qu'on efcrit, que Demofthenes cota au peuple d'Athenes la fable des brebis,& des loups qui demá deret vne fois aux brebis que pour auoir paix auec eux, elles leur Jiuraffent entre leurs mains les maftins qui les gardoyent: en coparant luy& fes compagnons trauaillans pour le bien du peu ple, aux chiens qui gardent les troupeaux des moutons,& appelJant Alexandre le loup. Dauantage, dit- il, tout ainfi que vous voyez que les marchans vont portans vn peu de bled dedans vne efcuelle pour monftre,& par- ce peu- là vendent tout ce qu'ils en ont: auffi ferez- vous tous efbahys, qu'en nous liurant, vous vous rendrez vous mefmes entre les mains de voftre ennemi. Ariftobulus de Caffandrie l'a ainfi efcrit. Mais comme les Atheniens eftoyent pres à en deliberer ne fachans quelle refolution ils depoyent prendre.Demades ayant pris cinq talens de ceux qu'Alexandre demandoit, s'offrit& promit d'aller en ambaffade deuers Juy interceder pour eux, fuft ou pource qu'il fe confiaft en l'amitié que le Roy luy portoit, ou pource qu'il efperaft qui le trouueroit appaifé, ne plus ne moins qu'vn lion qui s'eft foulé du fang des beftes qu'il a tuees. Comment que ce foit, il perfuada au peuple de l'y enuoyer,& fit de forte qu'Alexandre leur pardonna,& fe reconcilia auec la ville d'Athenes: à l'occafion dequoy s'eftant Alexandre retiré. Demades& fes femblables eurent la vogue& Demofthenes fe tint fort bas: vray eft que quand Agis le Roy de LacedæLaced in pe niens qui f da la le pr que ans mer ren tre que req fen affe tie il s ter fes ce qu re& tere gal Woit cont Supp nes a ville feuler Mais Harpa Pouura pelees bien ditel luy e homm ature re C Jes A ainfi lus gra thenes, henes es co dema lles leve cen co - реце ppelYOUS syne s en VOUS iftomiens deAleuers ami fang eu J& ant e& y de dzDEMOSTHENES. 579 Lacedæmone fe mit aux champs, il fe remua auffi vn petit,& leua vn peu la tefte: mais il fe referra bien toft, pource que les Atheniens ne fe voulurent point fouleuer auec les Lacedæmoniens, qui furét desfaits,& Agis tué en la bataille. Ce fut lors qu'on plai da la caufe de la Couronne contre Ctefiphon, en ayant bien efté le proces intenté vn peu deuant la bataille de Charonee, l'annee que Charondas fut Preuoft à Athenes: mais il ne fut iugé que dix ans apres en l'annee qu'Ariftophon fut preuoft. Ce fut vn iugement publique autant renommé qu'il en fut onques, tant pour la renommee grande des orateurs qui yplaiderent à l'enuie P'vn cotre l'autre, que pour la magnanimité des iuges qui le iugeret, lefquels n'abandonnerent point Demofthenes à fes ennemis, encore qu'ils fuffent lors beaucoup plus puiffans que luy,& qu'ils euffent la faueur& la grace des Macedoniens, ains l'abfolurent fi affeurément, qu'Efchines n'eut pas feulement la cinquieme partie des voix& opinions en fa faueur: à raifon dequoy tatoft apres il s'en alla de hote hors d'Athenes,& fe retira au pays d'Ionie& à Rhodes, là où il fit profefsion d'enfeigner la rethorique.Peu de temps apres Harpalus s'en eftant fuy du feruice d'Alexadre, fe re tira à Athenes, fe fentant coulpable de plufieurs mauuaifes chofes qu'il auoit faites par fa defordonnee prodigalité,& auffi pour ce qu'il redoutoit la fureur d'Alexádre, lequel eftoit deuenu feue re& cruel enuers fes principaux feruiteurs. S'eftât donc venu ietter entre les bras du peuple Athenien auec fon or, fon argët& fes galeres, les autres orateurs haletans apres l'or& l'argent qu'il a- uoit apporté, commencerent incontinent à parler pour luy,& à confeiller au peuple de le receuoir& donner feureté à vn poure fuppliant qui eftoit recouru à eux en franchife: mais Demofthenes au contraire confeilla, premierement de le chaffer hors de la ville,& fe garder bien d'en rer en guerre pour vne caufe qui non feulement n'eftoit point neceffaire, ains eftoit dauantage iniufte. Mais quelques iours apres come on faifoit inuentaire de fes bies, Harpalus voyant qu'il prenoit plaifir à regarder vne coupe* du Roy,& alloit confiderant fort curieufement le tout, la façon& l'ouurage qu'il y auoit deffus, il luy fit foufpefer à luy- mefme, pour fat. luy faire eftimer combien elle pefoit. Demofthenes l'ayant fouf- apapun. pefee s'efmerueilla du poids qui eftoit grand,& demanda com. c'est à dire bien de poids elle emportoit:& Harpalus en fe riant luy refpon- barba refque dit, elle temportera* vingt talens:& fi toft que la nuit fur venue luy enuoya la coupe auec les vingt tales: car ceft Harpalus eftoit homme aduifé, qui coneut bien incontinent au vifage de Demofthenes, qu'il aimoit l'argent,& feut bien promptement iuger fon naturel à luy voir la chere efiouye,& les yeux fichez à confiderer de presce vafe: aufsi ne refifta- il point, ains eftät abatu parce prefent, ne plus ne moins que s'il euft receu garnifon en fon logis 00 ij * Autres li * Douge mi le efcus. * Thy κύλικα ἔχοντες. c'est à dire, coupe d'or. Il 580 DEMOSTHENES. fe rangea tout aufsi toft du cofté de Herpalus. Et le lendemain au matin s'en alla en l'affemblee du peuple, ayant le col tout enueloppé de laine& de bandes:& comme on l'appellaft par fon nom a la tribune aux harangues, pour parler comme il auoit fait les iours paffez, il fit figne de la tefte, qu'il auoit la voix empefchee & qu'il ne pouuoir parler: mais les gens de bon entendement fe moquans de celle fiene feinte, difoyent que ce n'eftoit pas vne ef quinance qui luy auoit eftoupé la nuit le conduit de la voix, come il vouloit faire à croire, mais que c'eftoit l'argent qu'il auoit receu d'Harpalus:& depuis le peuple ayant entendu qu'il s'eftoit laiffé corrompre, ainfi qu'il s'en cuida iuftifier, iamais ne le voulut ouyr,& ne fit que crier& tempefter, iufques à ce qu'il fe leua quelqu'vn de gentil efprit qui dit tout haut, Comment Seigneurs, refufez- vous à ouyr vn perfonnage qui a le langage fi bien do. ré? Le peuple adonc chaffa fur l'heure mefme Harpalus& craignant que le Roy Alexandre ne leur demandaft conte de l'or& de l'argent que les orateurs auoyent defrobé& butiné entre eux, celuy qui ala en firent vne tres- feuere inquifition,& alla- on fouyller& cercher par toutes leurs maifons, excepté celle de Calicies fils d'Ary a vne illu- renidas, en la maifon duquel ils ne voulurent pas qu'on allaft rie fion a ce mot remuer, pource qu'il eftoit nouuellement marié,& auoit fa nouuelle efpoufe en fa maifon, ainfi quel'efcrit Theopompus.Et Deκαλέση, mofthenes voulant monftrer qu'il ne s'en fentoit point coulpable, qui fignifie mit en auant vn decret que la cour d'Areopage prift la conoifrefour par fance de ce fait,& qu'elle punift ceux qui auroyent mefpris en ceft endroit,& de fait fe prefenta en iugemet: mais il fuft I'vn des chanter. La Premiers que la cour en condamna en l'amende de* cinquante talens,& à faute de payement fut pris au corps& conftitue prigrace de cefte fonnier, là où il ne peut pas longuement fouftenir la prifon, tant fe peut trou pour l'infamie de la caufe, pour laquelle il auoit efté condamné, come auffi pour la debilité de fa perfonne: fi s'enfuyt moitié fans le feu de ceux qui l'auoyent en garde,& moitié de leur confentement, car ils luy donerent moyen de pouuoir efchaper:& dit- on, qu'il ne fuyt pas loin de la ville, là où il fut aduerty que quelques vns de fes aduerfaires le fuyuoyent,& fe voulut cacher de peur qu'ils ne le trouuaffent: mais eux- mefmes l'appellerent les premiers par fon nom,& s'approchans de luy le prierent de prendre argent d'eux, qu'ils luy auoyent apporté de leurs maisons pour s'entretenir en fon exil,& que c'eftoit la caufe pour laquelle ils eftoyent courus apres luy, en le reconfortant au refte& l'admoneftant qu'il euft bon courage& qu'il ne fe defefperaft point pour fortune qui luy fuft aduenue.Cela luy attendrit encore le eceur dauantage de douleur, tellemêt qu'il leur refpödit.Cóment ne voulez- vous que ie porte impatiemment ce mal- heur qui me contraint d'abandonner vne ville en laquelle l'ay de fi courtois In douxchat comme en rencontre ne mer à propos en autre langue. * Trente mil le efcus Сппеtane Ainfi temp il tou cuei ne f nim dit ma cite 20 4 qui s'en feu mi il CO tes plu enc fe fo me d d'A ville ne le Dem enuo Youl dre le de d retou temen ante P ge pala ller& filsd allat i fa no Et De pable, concif melprisen Andes quante me pri tant amné, lans fente t- on, Iques peur preendre pour leils dmo point re le ment me rtois DEMOSTHENE S. 58% ennemis qu'il feroit mal- aifé de trouuer ailleurs de fi bons amist Ainfi porta- il fon exil fort lafchement, fe tenant la plus part du temps en la ville d'Agine, ou en celle de Træzene, là où fouuent il tournoit fa veuë vers le pays d'Attique en plorant,& a- on recueilly par memoire aucuns mots& propos qu'il y dit, lefquels ne font pas d'home conftant,& qui ne refpódent pas à la magna nimité des belles chofes qu'il fouloit dire en fes harágues: car on dit, qu'en fortant hors d'Athenes, il fe retourna,& qu'eftendat fes mains vers le chafteau, il dit, O Dame Minefue, patrone de cefte cité, pourquoy prés tu plaifir à trois fi mauuaifes beftes, au hibou, au dragon,& au peuple?& alloit prefchant les ieunes hommes qui le vifitoyent, ou qui fe tenoyent auec luy, que iàmais ils ne s'empefchaffent du gouuernement de la chofe publique, leur affeurant que fi du commencement on luy euft propofé deux chemins, l'vn pour aller en l'affemblee du peuple,& monter en la tribune aux harangues,& l'autre pour aller à la mort certaine,& il euft aufsi bien coneu, comme il faifoit lors les maux qu'on eft contraint d'endurer en s'entremettât des affaires d'eftat, les crain tes, les enuies, les calomnies, les peines& trauaux qu'il y à, il euft plus toft choify celuy qui conduifoit à la mort. Mais luy eftant encore en ceft exil, le Roy Alexandre vint à mourir,& la Grece à fe fouleuer derechef, tellement que Leofthenes fe portant en home de valeur, auoit enfermé Antipater dedans la ville de Lamia, là où il le tenoit afsiegé bié à deftroit.Et lors Pytheas& Callimedon fur- nommé Carabos, deux orateurs, tous deux bannis auffi d'Athenes, fe rangerent du cofté d'Antipater,& allans de ville en ville auec fes ambaffadeurs& fes amis, prechoyent les Grecs de ne fe remuer point,& ne vouloir adherer aux Atheniens: mais Demofthenes au contraire fe ioignant aux ambaffadeurs, qu'on enuoyoit d'Athenes çà& là pour foliciter les villes Grecques de vouloir entendre au recouurement de liberté, les fecondoit& aidoit de tout ce qu'il pouuoit à foliciter les Grecs, de vouloir prédre les armes auec les Atheniens, pour chaffer les Macedoniens hors de la Grece:& efcrit Philarchus, qu'en quelque ville de l'Ar cadie il s'attacha mefme de paroles à Pytheas en pleine affemblee du peuple: pource que Pytheas ayant parlé le premier auoit dit.Ne plus ne moins que nous prefumons toufiours qu'il y ait quelque mal en la maison, où nous voyons porter du lait d'af neffe, auffi eft- il force que la ville en laquelle entre vne ambaffa de d'Athenes, s'en trouue mal. Et Demofthenes luy refpondant, retourna corre luy fa comparaifon, en difant, qu'on portoit voirement du lait d'aneffe où il fait befoin pour aider à recouurer fanté, aufsi les ambaffadeurs d'Athenes eftoyent enuoyez pour le falut& la guairifon de ceux qui eftoyet malades, Dequoy le peu ple d'Athenes l'ayant entendu, fut& aife, qu'il ordóna fur le chad ii) DEMOSTHENES. 382 qu'il fut rappellé de fon exil. Celuy qui propofa le decret de fon rappel, fut vn nommé Dæmon Pæanien, qui eftoit fon neueu,& Juy fut enuoyee vne galere pour le rapporter de la ville d'Aegi ne à Athenes: là où arriué qu'il fut au port de Pirae, il n'y euft ny magiftrat, ny preftresne prefque citoyen quelconque qui demeu-. raft ea la ville,& qui n'allaft au deuant de luy pour le recueillir: de forte que Demetrius le Magnefien efcrit, que leuant alors les mains deuers le ciel, il dit, qu'il fe reputoit bie- heureux pour l'hô neur de celle iournee, en laquelle il retournoit de fon exil plus honorablement& plus glorieufement que n'auoit fait Alcibiades du fie, pource qu'Alcibades auoit efté rappellé par force,& luy l'eftoit du bon gré de fes citoyés: toutefois il demeuroit toufiours condamné à l'amende, car felon les ordonnances le peuple ne la luy pouuoit pas remettre, ny luy en faire grace: mais ils s'ad uiferent de faire fraude à la loy: car ayans accouftumé de fournir & payer quelque argent à ceux qui prenoyent à preparer& orner Pautel de Iupiter Sauueur, pour le iour du folennel facrifice qu'on luy faifoit publiquement tous les ans, ils luy donnerent la charge de ce faire pour le pris de cinquante tales, qui eftoit la fomme en laquelle il auoit efté condamné: toutefois il ne iouyt pas longuement de l'heur d'auoir efté reftitué en fa maifon& en fes biens: car les affaires des Grecs furet tatoft apres ruinez de tout point: par ce que la bataille de Cranon qu'ils perdirent, fut au mois de fuillet: le mois d'Aouft enfuyuant entra la garnifon des Macedo niens dedãs la fortereffe de Munychia,& le mois d'O& obre prochain d'apres, Demoftenes mourut en cefte maniere: Quand la nouuelle vint qu'Antipater& Craterus venoyent en armes à A- thenes, Demofthenes,& fes adherens en fortirent vn peu deuant qu'ils y entraffent, les ayant le peuple condamnez a mourir à la fufcitation de Demades:& s'eftans efcartez les vns deçà les autres delà, Antipater enuoya des ges de guerre apres pour les pré dre, defquels eftoit Capitaine vn Archias qui fut fur- nomé Phy gadoteras, qui vaut autant à dire, come pourfuyuant les bänis.On dit q ceftuy Archias eftoit natif de la ville de Thurius,& qu'il auoit autrefois efté ioueur de Tragedies:& mefme q Polus natif d'Aegine: le pl' excellet ouurier de ceft art qui fut iamais, auoit efté fon difciple, cóbien que Hermippus le mette au nobre des difciples de L'orateur Lacritus:& Demetrius efcrit qu'il auoit e- fté à l'efchole d'Anaximenes. Ceft Archias doc ayat trouué en la ville d'Aegine l'orateur Hyperides, Ariftonicus Marathonie,& Himeræus frere de Demetrius le Phalerie, qui s'eftoyet iettez en frächife dedãs le teple d'Aiax, il les en tira par force& les enuoy a à Antipater, qui pour lors fe trouuoit en la ville de Cleones, là où il les fit tous mourir:& dit- on qu'il fit coupper la langue à Hy perides.Et entendant que Demofthenes s'eftoit aufsi ietté en fráchife chile Alla d & lat taire roit vne que hon po app qua les re mo ile an & C tem nes mo tre e en Que SUJ dla A- ant aupre DEMOSTHENES. 583 chife dedans le temple de Neptune en l'ifle de Calauria, il s'y eni alla dedans des efquifs auec quelque nombre de foldats Traciens & là tafcha premierement à luy perfuader qu'ils s'en allaft volótairement auec luy deuers Antipater, luy promettant qu'il n'auroit aucun mal. Mais Demofthenes la nuit de deuant auoit joué vne tragedie a l'euie de c'eft Archias,& qu'il luy fuccedoit fi bie que toute l'afsiftance du theatre eftoit pour luy,& luy donnoit le honneur de mieux iouer, mais qu'au refte il n'eftoit pas fi bien en point, ne luy, ne fes ioueurs, comme ceux d'Archias,& qu'en tout appareil il eftoit vaincu& furmonté par luy: pourtant le matin quand Archias alla parler à luy, en luy vfant de gratieufes paroles pour le cuider induire à fortir volontairement du temple, Demofthenes le regardant entre deux yeux fans bouger du lieu où il eftoit afsis luy dit, O Archias, tu ne me perfuadas iamais en iouant, ny ne me perfuaderas encore ia en promettant. Archias adoc commença à fe cholerer& à le menacer en courroux,& Demofthenes luy repliqua lors, A cefte heure as- tu parlé à bon efciant & fans feintife ainfi que l'oracle de Macedoine t'a commandé, car o'aguere tu parlois en mafque au plus loin de ta penfee: mais ie te prie attens vn petit, iufques à ce que l'aye efcrit quelque cho fe à ceux de ma maifon.Ces paroles dites, il fe retira au dedans du temple, comme pour efcrire quelques lettres,& mit en fa bouche le bout de la canne dont il efcriubit,& le mordit, comme il eftoit affez couftumier de faire quand il penfoit à efcrire quelque chofe,& teint le bout de cefte canne quelque temps dedans fa bouche puis s'affubla la tefte auec fa robbe& fe coucha. Ce que voyás les fatellites d'Archias, qui eftoyent à la porte du temple, s'en moque rent cuidans que ce fut pour crainte de mourir qu'il fit ces mi nes- la, en l'appellat lafche& couard- Et Archias s'approchant dé luy, l'admonefta de fe leuer,& recommença à luy dire les mefmes paroles qu'il luy auoit dites au paravant, luy promettant qu'il moyenneroit fa paix auec Antipater. Adonc Demofthenes fentat que le poifo auoit defia pris& gaigné fur luy, fe defaffubla,& re gardant Archias fermement au vifage, luy dit, Orique maintenant quand tu voudras le rolle de Creon,& fais ietter ce mien corps aux chiens, fans permettre qu'on luy done fepulture. Quat à moy, Sire Neptune, ie fors de ton téple eftant encore vif, pour nele prophaner de ma mort: mais Antipater& les Macedoniens n'ont pas efpargné ton fanctuaire, qu'ils ne l'ayer pollu de meurtre. Ayant proferé ces paroles, il dit, qu'on le fouftinit par deffous les aixelles, pource qu'il commençoit defia fort à trembler fur fes pieds,& en cuidant marcher, ainfi qu'il paffoit au log de l'autel de Neptune, il tomba en terre, là où en iettant vn foufpir il rendit l'efprit Or quant au peifen, Ariften dit, qu'il le fuesa& le tira • iiij DEMOSTHENES. 584 ainfi comme nous auons dit du bout de fa canne. Mais vn autre, Pappus, duquel Hermippus à recueilly P'hiftoire, efcrit que quad il fut ainfi tombé tout contre l'autel, on luy trouua le commencemet d'vne mifsiue, où il y auoit, Demofthenes à Antipater,& no autre chofe.Et ayat efté fa mort ainfi merueilleufemet foudaine, les foldats Thraciens qui eftoyent a la porte du temple rappor terent, qu'ils luy auoyent veu tirer de dedans vn petit drappeau le poifon qu'il auoit mis en fa bouche,& cuiderent eux fur l'heure, que ce fuft de l'or qu'il euft auallé: mais vne chambriere qui le feruoit eftant interroguee là deffus par Archias, luy dit, qu'il y auoit long temps qu'il portoit cela enueloppé dedans vn petit linge, comme vn preferuatif. Et Eratofthenes efcrit, qu'il gardoit ce poifon dedans vn petit tuyau d'or creux par le dedans qu'il portoit comme vn bracelet alentour. du bras.Il y a beaucoup d'hiftoriens qui racontent fa mort en diuerfes autres manieres, qu'il n'eft ia befoin de reciter toutes, finon qu'il y en a vn nommé Demochares, qui e- ftoit fon familier ami, qui dit, que ce ne fut point poifon qui l'efteignit ainfi foudainement,& que ce fut vne fpeciale grace des dieux, qui le voulurent preferuer de la cruauté des Macedoniens, qui l'ofterent ainfi foudainemement de cefte vie fans luy faire fentir grande pafsion ny griefue douleur. Il deceda le fezieme iour du mois d'O& tobre, auquel iour fe celebre à Athenes la fefte de Ceres, qui s'appelle Thefmophoria, qui eft la plus trifte folennité de toute l'annee, en laquelle les femmes demeurent tout le long du iour dedans le tem ple dela deeffe fans manger& fans boire. Peu de temps apres le peuple Athenien luy rendant l'honneur qu'il auoit merité, luy fit fondre vne image de cuyure,& ordonna que le plus ancien de fa race feroit à perpetuité nourri dedans le palais au defpens de la chofe publique:& furent ces vers engrauez fur la bafe de ladite image, Demofthenes fi autant de puiffance Tu euffes eu comme d'entendement, La Macedoine auec efeu lance, N'enfifur les Grecs onc en commandement. Car ceux qui tiennent que ce fut Demofthenes mefmes qui les fit en l'ifle de Calauria deuant que prendre le poifon, s'abufent grandement. Mais vn peu auant que ie fuffe la premiere fois à Athenes on dit qu'il y aduint vne telle chofe: Vn foldat eftant adiourné pour comparoir en perfonne deuant fon Capitaine.mic quelques pieces d'or qu'il auoit, és mains de celle ftatue, pource qu'elle auoit les doigts des deux mains entrelaffez les vns dedans fes autres,& eftois creu tout ioignant vn grand Platane, duquel pluplufieu euft ab miles fans e trouu elpan qui P de D Au qu'i veng ne p hon nuy feu f foit & d pet file Cal entre An cela en En Er fam de es, qu грошл ne fp cruauté de cedou eliour en la le tem apres DEMOSTHENES. 585 plufieurs fueilles, foit ou que le vent par cas d'aduenture les euft abatues, ou que le foldat mefme les y euft expreffément mifes, couurirent ceft or, tellement qu'il y fut bien long temps fans eftre apperceu de perfonne, iufques à ce que le foldat le retrouua tout ainfi qu'il l'y auoit mis.Si en fut incontinent le bruit efpandu par tout,& y eut plufieurs hommes de bon entendement qui prirent ce fuiet pour en faire des epigrammes à la louange de Demonfthenes, come n'ayant en fa vie point efté corrōpable. Au demeurat, Demandes ne jouyt pas longuement de la gloire qu'il cuidoit bien auoir de nouuean acquife: car la iuftice diuine, vengereffe de la mort de Demofthenes, le conduy fit en Macedone pour y eftre puny de mort iuftement par ceux qu'il flattoit des höneftement, combien que dés auparavant il leur fuft defia ennuyeux: mais depuis il tomba encore en vne faute, dont il n'euft feu fe fauuer: car il fut furpris des lettres, par lefquelles il aduertif foit& prioit Perdiccas de tafcher à s'emparer de la Macedoine, & deliurer la Grece de feruitude, difant qu'elle ne tenoit qu'à vn petit filet, encore tout pourry entendant le vieil Antipater par ce filet. Dinarcus Corinthien l'accufa d'auoir efcrit ces lettres, dont Caffander fut fi aigrement courroucé, qu'il luy tua fon propre fils entre fes bras,& commanda qu'on le tuaft apres luy- mefme, luy faifant fentir par telles calamitez, qui font les plus griefues qui pourroyent aduenir à homme, que les traiftres qui vendens leur pays fe vendent eux- mefmes les premiers: ce que Demofthenes luy ayant fouuent predit, iamais il ne l'auoit voulu croire. Voila, amy Sofus, ce que nous auons leu ou bien ouy dire, touchant les faits& la la vie de Demofthenes. es 386 M.TVLLI CICERO. VS. CICERO mere de Ian maint facrifi qu'il nour tous firef mof wenu tre l nier efch s'il e ond TOU rues Aug VANT à la mere de Ciceron, qni s'appelloit Heluia, on dit bien, qu'elle eftoit nee noblement,& qu'elle a toufiours vefcu honnorablement: mais quat à fon pere, on en parle fort diuerfement& fans moyen, pource que les vos difent, qu'il nafquit& fut nourry en l'ouurouer d'vn foulon: les autres le font defcendre de Tullius Actius, qui en fon temps fut honnoré comme Roy entre les Volfques,& fit la guerre fort& ferme aux Romains: bien femble- il que le premier de celle race, qui fut furnommé Ciceron, fur quelque perfonnage notable,& que pour l'amour de luy, fes defcendans ne reietterent point ce fur- nom, ains furent aifes de le retenir, encore que plufieurs s'en moquaffent, pource que Cicer en langage Latin fignifie vn poy chiche,& celuy- la auoit au bout du nez, comme vn poireau, ou vne verrue, qui fembloit proprement vn poy chiche, dont il fut pour cela fur- nommé Ciceron. Mais ceftuy duquel nous efcriuos prefentement refpondit bien vn iour gaillardement à quelques fiens amis, qui luy confeilloyent de laiffer& changer ce nom- là au premier magiftrat, qu'il demanda,& quand il commença à fe entremettre du gouuernement de la chofe publique: car il leur dit, qu'il mettroit peine de redre le nom des Cicerons plus clair & mieux luyfant que ceux des Scaures ny des Catules:& depuis eftant Quæfteur, c'eft à dire, fuperintendant des finances en la Sicile, il donna vne offrande de quelque vafe d'argent aux dieux, fur fequel il fit engrauer tout du long fes deux premiers noms, Marcus Tullius,& au lieu du troifieme commanda, par ieu, à l'ou urier qu'il y entaillaft la forme d'vn poy chiche. Voila ce qu'on trouue par sferic quant à fon nom.Au demeurant, on dit que fa mere den phi art fi eft meil eu de perd des 餐食: 影 pello blement ment& fans elefon ble,& paint ce проу 0,00 il fat nuos ques afe leur You ' on fa ere CICERO. 587 mere l'enfata fans peine ne douleur quelcoque, le troifieme iour de Ianuier: auquel iour les officiers& magiftrats de Rome ont maintenat accouftumé de faire tous les ans folennelles prieres& facrifices pour la faté& profperité de l'Empereur:& dit- on plus, qu'il apparut vn efprit à fa nourrice, lequel luy predit qu'elle nourriffoit vn enfant, qui feroit vn four caufe d'vn grand bien à tous les Romains,& cobien q telles chofes femblet à plufieurs e- ftre fonges& refueries, fi eft ce, que luy- mefme bien toft apres, möftra que c'eftoit prophetie veritable, incontinet qu'il fut paruenu en l'aage d'apprédre, tant il acquit de bruit& de reno entre les enfans, pour la viuacité de fon bon entendement: de maniere que les pères des autres enfans venoyent eux- mefines aux efcholes pour le voir au vifage,& pour fauoir plus affeurément s'il eftoit vray qu'il euft l'efprit fi aigu& fi vifà apprendre, come on difoit: mais quelques vns qui eftoyet plus ruftiques, s'en courrouçoyent,& tanfoyet leurs enfans de ce, qu'en allant parmy les rues ils le mettoyent toufiours au milieu d'eux par honneur. Or auoit- il l'entendement& la nature toute telle comme Platon la demande pour eftre propre aux lettres,& idoine à l'eftude de la philofophie: car il ambraffoit toute forte de fauoir,& n'y auoit art ny fcience quelconque liberale qu'il defdaignaft, neantmoins fi eftoit- il en fes premiers ans plus enclin à l'eftude de la poëfie qu'à nul autre,& trouue- on iufques auiourdhuy vn petit poëme qu'il efcriuit eftant encore enfant, qui fe nomme Pontius Glau cus, en vers iambiques de huict pieds:& depuis s'eftant addonné plus chaudement à ceft eftude, il fut tenu non feulement pour le meilleur orateur, mais aufsi pour le meilleur poëte des Romains de fon temps toutesfois la gloire de l'eloquence,& l'honneur de bien dire luy eft toufiours demeuré iufques icy, encore qu'il y ait eu depuis grande mutation en la langue Latine: mais fa poëfie a perdu tout bruit& toute reputatio, pource qu'il y en a eu depuis d'autres beaucoup plus excelles que luy.Sorty qu'il fut de l'eftude des premieres& pueriles lettres, il fut auditeur de Philō philofophe Academique, celuy de tous les difciples de Clitomach', qles Romains eftimerent pour fon eloquece,& aimerent le plus pour fes mœurs& fes façons de faire. Il hanta aufsi à l'entour de Mutius Scuola, q pour lors eftoit home d'affaires,& la premiere perfonne du Senat, duquel il apprenoit le droit& l'intelligéce des loix,& fi fuyuit encore les armes quelque teps fous Sylla en la guerre Marfique: mais voyat q les affaires efto yet tabees en fedi tios& guerres ciuiles,& de guerre ciuile en Monarchie, il fe remit à l'eftude& à la vie contemplatiue, hantant les homes Grecs fauans,& eftudia toufiours aux fciences iufques à ce que Sylla fue demeuré vainqueur,& que les troubles de la chofe publique comencerent à fe raffeoir Mais enuiré ce temps- laayant Sylla fait * Deux CICERO. 588 mettre en criee& fubhaftation les biens d'vn qu'on difoit auoir efté occis, pource qu'il eftoit du nombre des proferits, c'eft à dire, bannis par affiches, Chryfogonus vn des ferfs affranchis de Sylla, fauorifé de fon maiftre, les acheta pour la fome de* deux cens eftus, mille drachmes: dequoy le fils& heritier legitime du defund, appellé Rofcius, eftät fort defplaifant, moftra que c'eftoit vn manifefte abus: pource que le bien de fon pere montoit iufques à la * Cent cin fomme de* deux cens cinquante talents. Sylla fe fentit piqué de quante mil- cela, fe voyant couaincu d'auoir fait cefte fraude au public, pour be efcus. gratifier à vn fien valet: fi fit mettre fus à ceftuy Rofcius par la fubornatio de ce Chryfogonus, que c'eftoit luy- mefme qui auoit tué fon propre pere.Il n'y auoit orateur qui s'ofaft prefenter pour defendre ce poure Rofcius, ains s'en tiroit chacu arriere, pource qu'ils craignoyent l'aufterité& la cruauté de Sylla. Parquoy le poure ieune homme Rofcius fe voyant deftitué de tous autres, fut contraint de recourir à Ciceron, auquel fes amis confeillerét qu'il entreprift hardiment cefte defenfe, pource qu'il ne recouureroit iamais vne fi belle occafion ne fi honnorable commencement de le mettre en reputation, que celuy- la: fi fe refolut de prendre en main cefte caufe,& la plaida fi bien qu'il obtint tout ce qu'il voulut, dont il fut merueilleufement eftimé: mais redoutant l'indignation de Sylla, il s'abfenta de Rome,& s'en alla en la Grece, faifant courir le bruit que c'eftoit pour fe faire penfer de quelque indifpofition qu'il fentoit en fa perfonne: car à la verité il eftoit aufsi fort maigre& fort defcharné,& mägeoit bien peu,& encore fur le tard, pour l'imbecillité& la foibleffe grade de fon eftomac: toutesfois il auoit la voix bone& forte, mais elle eftoit vn peu rude,& non encore bien forntee:& pour la vehemence& affection de fon parler montoit toufiours,& efclatoit iufques aux plus hauts tons, de maniere qu'il y auoit dager qu'vn iour cela ne luy apportaft quelque notable accidét en fa perfonne. Arriué qu'il fut à Athenes, il ouyt Antiochus natif de la ville d'Afcalone, prenant plaifir à la douceur coulante& à la bonne grace de fon langage, encore qu'il n'approuuaft par les nouvelletez qu'il auoit introduites en la philofophie: car Antiochus a- uoit ia abandonné les opinions de la fecte de philofophie, qu'on appelloit la nouvelle Academie,& auoit laiffé la ligue des Carneades, foit ou pource que l'euidence manifefte des chofes,& la certaineté des fens le fift flefchir& chäger d'opinion, on comme aucuns veulent dire, pource que parialouzie& enuie de contredire aux efcholiers& adherens de Clitomachus& de Philo, il euft reprouué les refolutions des Academiques, qu'il auoit long teps defendues, pour adherer à celle des Stoiques en la plufpart. Mais Ciceron aimoit plus les Academiques,& y eftudioit plus qu'aux autres, faifant fon cote, q s'il fe voyoit de tout point forclos& F nes loin publiq phie: qu'il v d'affer les io & gra fance fes pa qu'il fort mit d ce co dem faire orat ren entr Dio Rho & di pria uant MON ue d pend & qua mot d lay d Grece boone par poll relence Pa tou onfel De ret comme nt tout dou lea enfer bien elle 7- CICERO. 589 clos& priué du maniemet des affaires, il s'en iroit viure à Athenes loin de toute plaiderie,& de toute adminiftratio de la chofe publique, pour vfer fes iours au repos de l'eftude de la philofophie: mais quand la nouuelle luy fut venue, q Sylla eftoit mort, qu'il vid a fon corps eftät renforcé par exercices, s'en alloit eftre d'affez bone& forte coplexion,& que fa voix fe façonnant tous les iours de plus en plus venoit à emplir l'oreille d'vn fon doux & gracieux,& fi eftoit affez forte pour la proportion de la puiffance de fon corps, auec ce qu'il receuoit tous les iours lettres de fes parens& amis, qui luy efcriuoyent de Rome,& le prioyent qu'il s'en retournaft au pays,& qu'Antiochus aufsi l'admoneftoit fort de fe mettre à l'action& au maniement des affaires, il fe remit derechef à eftudier en rhetorique,& à cultiuer fon eloquence come vn vtil neceffaire à qui fe veut entremettre du gouuernement de la chofe publique, en s'exercitant continuellement à faire des harangues fur arguments fuppofez,& s'approchant des orateurs& maiftres d'eloquence qui pour lors eftoyent les plus renommez: car pour ceft effet, il s'en alla en Afie& à Rhodes,& entre les orateurs Afiatiques il hanta Xenocles Adramettin,& Dionyfius Magnefien,& eftudia aufsi auec Menippus Carien,& à Rhodes il ouyt Apollonius Molon,& le philofophe Pofidonius: & dit on, qu'Apollonius n'entendant pas la langue Romaine, le pria qu'il vouluft par maniere d'exercice declamer en Grec deuant luy: ce que Ciceron fit fort volontiers, eftimant que par ce moyen fes fautes en feroyent mieux corrigees.Quand il eut ache ué d'haranguer, tous les autres afsiftans fe trouuerent fortesbahys,& le louerent tous à l'enuie l'vn de l'autre: mais Apollonius pendat qu'il parla, ne moftra onques femblant de ioyeufe chere, & quand il eut acheué, demeura loguement afsis tout penfif fans mot dire. Dequoy Ciceron eftant mal- contét, Apollonius à la fin luy dit: Quant à moy, Ciceron, non feulement ie te louë, ains qui plus eft, iet admiré aufsi: mais bien ay- ie compafsió de la poure Grece, voyant que le fauoir& l'eloquence, les deux feuls biens& honneurs qui nous eftoyent demeurez, font par toy conquis fur nous& attribuez aux Romains. Ainfi eftant Ciceron en volonté & en train de s'en aller gayement& auec bonne efperace ietter au gouuernement de la chofe publique, it en fut vn peu refroidy par vn oracle qui luy fut refpondu. Car ayant enquis le dieu A- pollo Delphique, comment& en quelle forte il pourroit acque rir tres- grande renomee,& fe rendre fort illuftre, la prophetiffe Pythie luy refpondit, qu'il le feroit moyennant qu'il fuyuift pat la guide de fa vie pluftoft fa nature que l'opinion populaire: au moyen dequoy, quand il fut à Rome da comencement il fe gouuernoit affez referuément,& s'approchoit mal volotiers des magiftrats, encore quand il y alloit, n'en faifoit on pas grand cote 1 590 CICERO. car on l'appelloit communement le Grec,& Pefcholier qui font deux paroles que les artifans,& telle maniere de gens mechaniques à Rome, ont affez accouftumé d'auoir en la bouche. Maise. ftant de fa nature defireux d'honneur,& pouffé par les enhortemés de fon pere& de fes amis, il fe mit à la fin à aduocaffer, là où il ne paruint pas au premier lieu petit à petit& par le menu, ains tout aufsi toft qu'il s'y fut mis, reluyfit en eftime de bien dire par deffus tous les autres orateurs qui fe mefloy ent de plaider en ce temps- la,& les laiffa tous derriere luy. Si dit- on neantmoins, qu'ayant eu au comencement les mefmes defauts de nature, quat au gefte& à la pronunciation, qu'auoit eu Demofthenes, pour les emender, il eftudia foigneufemet à imiter Rofcius, qui eftoit excellent ioueur de comedies,& fopus ioueur de tragedies: duquel Æfopus on efcrit que iouant vn iour en plein theatre le rolle d'Atreus, qui delibere en foy- mefme comment il fe pourra véger de fon frere Thyeftes, il y eut d'auenture quelqu'vn des feruiteurs qui voulut foudain paffer en courant par deuant luy,& q luy eftat hors de foy- mefme pour l'affectio veheméte,& pour Pardeur qu'il auoit de bien reprefenter au vifla furieufe passion de ce Roy, luy donna fur la tefte vn tel coup du fceptre qu'il tenoit en la main, qu'il le rua mort fur la place: aufsi ne donoit pas la grace de la prononciation peu de force de perfuader aux paroles de Ciceró, lequel fe moquat des orateurs qui en haraguant crioyent à pleine tefte, fouloit dire qu'ils faifoyent come les boiteux, lefquels montent à cheual, pource qu'ils ne peuuent aller à pied: aufsi eux( ce difoit- il) crient, pource qu'ils ne fauent pas parler. Or quant à cefte ioyeufeté de fe moquer,& rencontrer ainfi plaifamment, c'eft bien chofe feante à qui fe veut mefler de plaiderie,& qui part de bon efprit: mais par en vfer trop fouuent & à tout propus, il fafchoit beaucoup de gés,& fe faifoit eftimer homme piquant& malin. Il fut efleu Quæfteur en temps de cherté, qu'il y auoit faute de bleds à Rome,& lay aduint la Sicile pour fa prouince, là cù du comencement il fut mal voulu des Siciliens, à caufe qu'il les contraignit d'enuoyer du bled à Rome: mais depuis quand ils eurent vn peu effayé fa diligence, fa iuftice& fa clemence, ils l'honorerent& aimerent autant ou plus que gouuerneur qu'ils cufset onques eu de Rome. Or y auoit- il plufieurs ieunes hommes Romains de bonnes& nobles maifons, qui eftans accufez d'auoir lafchement fait faute à leur honneur& deuoir contre les ordonnances de la guerre, auoyent efté renuoyez par deuant le Præteur de la Siçile: Ciceron parla pour eux,& les deferdit excellemment, de forte qu'ils furent abfous: au moyen dequoy fe promettant beaucoup de foy, quand fon teps fut acheué, il s'en retourna à Rome,& luy aduint par le chemin vne chofe digne de rifeç: car en paffant par le pays de la Champagne, autrement trement princip quel co fes fait nom,& que no fur l'h Rom en fu en l acqu me q retre tesfo fionn iufqu la ra bon fear ils les fuft ne Citov men tiers aux c qu'ils quelo mer de bie S'esba erics en no les pa tant o e,& p e palsi quilte oit pas ux paguant les boi tallera went pas ontrer er de pent mer herOut AS, tefa -110 LIPS ans fe ent CICERO. 592 trement dite Terre de labeur, il rencontra d'aduenture l'vn des principaux Romains qui eftoit de fes amis: auquel il demanda quel cote on faifoit de luy à Rome,& quelle opinion on auoit de fes faits, pefant bie auoir emply toute la ville de la gloire de fon nom,& de fes geftes: l'autre luy deměda, Et où eftois- tu, cependat que nous ne t'auos point veu, Ciceron? Cela le defcouragea fort fur l'heure, quad il vid q le bruit de fon nom entrat en la ville de Rome, come en vne mer infinie, s'eftoit ainfi efuanouy, fans qu'il en fuft mention notable: mais depuis quand il vint à confiderer en luy- mefme auec difcours de raifon qu'il fe trauailloit pour acquerir vne chofe infinie q la gloire, où il n'y auoit but ne terme quelconque prefix, auquel l'homme peuft aduenir, cela luy retrecha beaucoup de l'ambitio qu'il auoit mife en fa tefte.Tontesfois l'eftre extrememét ioyeux de fe fentir louër,& l'eftre paffionné du defir d'honneur luy demeura toufiours tät qu'il vefcut iufques à la fin,& le fit plufieurs fois deuoyer du droit chemin de la raifon. Au demeurant quand il commença de s'entremettre à bon efciant des affaires de la chofe publique, il luy fembla mal feant que les artifans mechaniques euffent plufieurs inftruments & vtils fans ames, defquels ils fauent tous les noms, les lieux où ils les deuoyent prendre,& I'vfage auquel ils feruet,& qu'vn ho. me d'eftat, qui fait fes actions auec l'aide& le feruice des homes, fuft negligent& pareffeux d'apprendre& retenir les noms de fes citoyens: à l'occafion dequoy il s'accouftuma à fauoir non feule ment les noms des homes de quelque qualité, mais aufsi les quar tiers de la ville où ils demeuroyent, les beaux lieux qu'ils auoyet aux champs, les amis auec lefquels ils hantoyent,& les voifins qu'ils frequentoyent: de maniere qu'en allant par l'Italie en quelque endroit que ce fuft, Ciceron pouuoit monftrer& nommer les poffefsios& maifons de fes amis.Il n'auoit pas beaucoup de biens,& fi en auoit affez pour fournir à fa defpenfe, dont on s'esbahyffoit,& l'eftimoit- on grädement de ce qu'il nereceuoit falaire ny prefent quelconque, pour caufe qu'il plaidaft, mefmement lors qu'il entreprit de plaider la caufe côtre Verres.Ceftuy Verres auoit efté Pręteur& gouuerneur de la Sicile, là où il auoit commis plufieurs mefchancete z, pour lefquelles les Siciliens l'auoyent appellé en iuftice,& Ciceron ayant pris en main la caufe pour eux, le fit codaner no en plaidat, mais, par maniere de dire, en non plaidat, pour autant que les Præteurs qui eftoyent comme les prefidens és iugemens, vouloyet gratifier à Verres;& auoyent tant donné de remifes& de delais, qu'ils auoyent reietté la caufe iufques au dernier iour plaidoyable. Parquoy Cicero voyant que le iour ne fuffiroit pas à pronocer tout ce qu'il auoit à dire contre luy:& que par ce moyen le proces ne feroit point vuidé ne la caufe iugeesil fe leua en pieds,& dit qu'il n'eftoit point autremer que cean. 592 CICERO. befoin de harangues, ains produy fit feulement fes tefmoins aux iuges:& les ayant fait interroguer, leur requit qu'ils iugeafent fur les depofitions des telmoins qu'ils auoyet ouys. Toutefois on conte encore plufieurs plaifantes rencontres qu'il dit en cefte cau fe- la.Les Romains appellet vn pourceau qui n'eft point chaftré, Verres, c'eft à dire, vn verrat. Or y auoit- il vn nommé Cecilius fils d'vn ferf affranchy, qui eftoit foupçonné d'adherer à la loy des Iuifs, Ceftuy Cecilius vouloit debouter les Siciliens de cefte accufatio de Verres,& que la charge de l'accufer luy fuft baillee à luy feul. Ciceron fe moquant de cefte fiene pourfuyte, luy dit, Peurantat Quelle chofe peut auoir vn luifà demefler auec vn* Verrat? Celes Iuifs ftuy Verres auoit vn fils qui eftoit ia à l'entree de fon adolefcenme mangent ce,& auoit le bruit de peu honeftemet vfer de fa beauté: parquoy point de vn iour que Verres fe cuida moquer de Cicero, difant qu'il eftoit chair de pour trop delicat.C'eft à tes enfas dit- il qu'il faut faire ces reproches. la en fecret, à la maifon En cefte caufe l'orateur Hortenfius n'ofa pas directement prendre la defenfe de Verres: mais quant à la có damnation de l'amende, il fe laiffa bien induire à coparoir pour luy,& pour ce faire en eut en don vne image de Sphinx d'yuoire, Verres luy donna, dequoy Ciceró luy ietta quelque mot piquat à la trauerfe:& Hortenfius ne l'ayant pas entédu, dit qu'il n'auoit point appris à foudre les anigmes: Si as- tu vn Sphinx en ta maifon, luy refpondit incontinent Ciceron.A la fin Verres ayant efté condamné en la fomme de foixante& quinze mille efcus pour l'amende, Ciceron fut foupçonné de s'eftre laiffé gaigner& cor rompre par argent pour conclurre contre luy en fi petite fomme: ce neantmoins quand il vint à eftre efleu Ædile, les Siciliés fe fen tans fes redeuables, luy apporterent& enuoyerent plufieurs prefens de leur ifle, dont il ne tourna chofe quelconque à fon particulier profit,& vfa de leur liberalité feulemet à faire raualler les pris des viures en la ville.Il auoit vn beau lieu dedans le territoire de la ville d'Arpos,& vne autre poffefsio aupres de Naples,& vne autre à l'entour de la ville de Pompeii, qui n'eftoyent pas gueres grades:& depuis eut encore le douaire de fa femme Teretia, qui pouuoit monter à la fomme de douze mille efcus,& vne fuccefsion qui pouuoit valoir enuiron neufmille efcus, dont il vi uoit honeftement& fobremet fans fuperfluité auec fes familiers Grecs& Romains q aimoyet les lettres, fe mettät à table bie peu fouuent auant le coucher du Soleil, non tant pour occupations grandes qu'il euft, que pour la foibleffe& imbecillité de fon efto mac: car il eftoit au' demeurant exquis& diligêt au foin de fa per fonne, iufques à vfer de frottemés& de tours, de promeneme, en nombre certain:& par ce moye traittat& gouuernant fon corps, il fe le maintint non feulement fans maladie, mais aufsi fort& ro bufte pour fupporter plufieurs gråds labeurs& trauaux qu'il luy conuint Count & luy viend traua gens cheff entre mes mef feru tho teur de g Texe iam àce bea fou ver WO tira eftan cela afleu mai ilau dot tre a de re Wor autre ueren tout p Cacer tout b fon chol Se piqul n'auoit amaint efte s pour & cor fe fen prearti rles toi ,& pas re vne vi ers peu ons per en S To uy int CICERO. 595 Conuint fouftenir depuis.Il ceda la maifon paternelle à fon frere, & luy s'en alla tenir au mont Palatin, à celle fin que ceux qui le viendroyent vifiter par honneur,& qui luy feroyent la cour, ne fe trauaillaffent pas tant d'aller fi loin: car il n'y auoit pas moins de gens tous les matins à fa porte, qu'à celle de Craflus pour fes richeffes, ou de Pompeius pour l'authorité& le credit qu'il auoit entre les gens de guerre, qui eftoyent les deux plus puiflans hommes qui fuffent pour lors à Rome:& qui plus eft, Pompeius luy- mefme luy faifoit la cour, à caufe que l'entre- mife de Cicero luy feruoit de beaucoup à l'accroiffement de fa gloire& de fon au thorité. Quand il vint à briguer& demander l'eftat de Præteur, qui eft comme iuge ordinaire, encore qu'il eut beaucoup& de grands competiteurs, il fut le premier de tous declaré effeu: en l'exercice duquel eftat il fe gouuerna fi honneftement, qu'il ne fut iamais foupçonné de corruption ni de concuffion quelconque.Et à ce propos on raconte que Licinius Macer, homme qui pouvoit beaucoup de luy- mefme,& qui outre cela eftoit encore porté& fouftenu par Craffus, qui fut accufé deuant luy de larcin& male verfation en fon eftat,& que fe confiant au credit qu'il cuidoit a- troir,& à la brigue grande que faifoyent fes amis pour luy, il fe re tira en fa maifon auant que la fentence de fon procez fuit donee, eftans encore les iuges fur les opinions,& que la il fit en diligence fa barbe,& veftit vne belle robbe longue, come fe tenant tout affeuré d'auoir gaigné fon procez, puis s'achemina vers la places mais Craffus luy alla au deuant,& le rencontrant, luy dit comme il auoit efté condamné par toutes les fentences de tous les iuges, dót il fut fi defplaifat, qu'il s'en retourna tout court,& s'alla mettre au lit, dont il ne releua onque puis.Ce jugemēt apporta gran de reputation à Ciceron, pource qu'on luy donna la louange d'auoir diligemment tenu la main à ce que la iuftice euft lieu. Vi autre nomé Vatinius, homme effronté,& qui portoit peu de reuerence aux magiftrats en plaidant, ayant au demeurant le col tout plein d'efcruelles, fe prefentoit vn iour arrogamment deuant Ciceron eftant en fon fiege prætorial,& luy demandoit quelque chofe, que Ciceron ne luy voulut point ottroyer fur le champs ains s'en vouloit confeiller à loifir,& Vatinius luy dit, qu'il ne fe roit point de difficulté de cela s'il eftoit Præteur.Ciceron fe tour nant vers luy, luy refpódit, Auffi n'ay- ie pas le colfi gros que toy. Enuiron la fim de fon magiftrat, deux ou trois iours auant que fon temps expiraft, il y eut quelqu'vn qui mit en iuftice par deuant luy Manilius, l'accufant femblablement d'auoir defrobé la chofe publique.Ceftuy Mamilius eftoit bien voulu& fauorifé du peuple, lequel auoit opinion qu'on le perfecutoit non tant pour fa faute, que pour faire defplaifir à Pompeius de qui il eftoit parti culierement ami 11 demanda quelques jours pour refpondre aux PP 594 CICERO. charges qu'on luy mettoit fus,& Ciceron ne luy bailla pour tous delay que le iour enfuyuant feulement, dont le peuple fe courrou ca fort, à caufe que les autres Præteurs auoyent accouftumé de donner en tels cas dix iours de delay pour le moins.Le ledemain, comme les Tribuns du peuple le tiraffent en iugement,& propofaffent leur occafion contre luy, il pria Ciceron de le vouloir patiemment ouyr:& Ciceron refpondit que fa couftume eftant de vfer de toute gracieufeté, douceur& humanité qui luy eftoit loyfible par les loix enuers ceux qui eftoyent accufez, il luy fem bloit qu'il tiendroit grand tord à Manilius, s'il ne faifoit le femblable en fon endroit,& que pour cefte caufe n'ayant plus qu'vn feul iour à eftre en fon office de Præteur, il luy auoit expreffèment donné ce iour- la, afin qu'il peut refpondre deuant luy, pource qu'il luy fembloit, que de remettre le iugemét de ceBe caufe& le renuoyer par deuant vn autre Preteur, n'euft pas efté fait en homme qui euft eu ennie de luy faire plaifir. Ces patoles changerent merueilleufement l'opinion& Paffection du peuple enuers luy,& en difant tous les biens du monde de luy, le prierent de prendre la protection& defenfe de Manilius: ce qu'il fit bien volontiers,& fe prefentant en iugement comme orateur, pour plaider pour luy, fit vne belle harangue, en laquelle il parJa bien aigrement& franchement à l'encontre des gros de la ville;& de ceux qui portoyent enuie à Pompeius. Et neantmoins quand il vint à demander& prochaffer l'office du Confulat, il ne trouua pas moins de port& de faueur enuers les nobles& les principaux de la ville, qu'enuers le menu peuple: car ils luy aiderent à obtenir ce qu'il demãdoit pour le regard du bien& de l'vtilité publique, à caufe de telle occafion.La mutatio du gouuernement qu'auoit introduit Sylla, du commencement a- uoit femblé bien eftrange au peuple, mais lors s'y eftans ia les hommes accouftumez par trait de temps, elle cómencoit à prendre pied,& à n'eftre plus trouuee mauuaife: toutesfois il y auoit quelques particuliers qui vouloyét chager& renuerfer tout fans deffus deffous pour feruir à leur propre auarice,& non point pour aucun bien publrque, attendu mefmement que lors Pompeius e- ftoit encore en Leuant, où il faifoit la guerre aux Rois de Pont & d'Armenie,& qu'il n'eftoit demeuré à Rome aucune force qui fuft fuffifante pour refifter à ces feditieux, qui cerchoyét de faire quelque nouuelleté, lefquels auoyét pour leur Chef Lucius Cati lina, home hardi& hafardeux à entrepredre toute grande chofe, cauteleux& malitieuxde nature,& qu'on chargeoit entre autres forfaiteurs enormes, dont il eftoit foupçonné d'auoir depucellé vne fiene fille propre,& d'auoir tué fon frere Germain, duquel. meurtre craignat d'efire appellé en iuftice, il pria Sylla de le faire mettre au nombre des condamnez& proferits; come s'il euft encore Core e leur C par p quel vneg fro com arg tou dep ftor pou nob pen qu pe fal de trep four uen by autr d'ho peup comb Cheu pas en Vue ftes Syll ue Trib ans C delay ce qu rateur il parde la MeantCon mers les euple rd du tatio nt a- les enoit ans cur e- ont qui ire fe, es el. TC -U CICERO. 59% core efté viuat.Ces mefchas feditieux dóc ayas vn tel home pour leur Capitaine, s'eftoyent affeurez& obligez les vns aux autres par plufieurs moyens:& entre autres auoyent tué vn home duquel ils auoyent mangé la chair enfemble,& auoyent corrompu vne grande partie de la ieuneffe: car le Capitaine leur fubminiftroit à chacun tous les plaifirs aufquels la ieuneffe eft encline, comme banquets, amours de folles femmes,& leur fourniffoit argent largement pour fouftenir toute celle defpenie.Dauantage toute la Thofcane eftoit en branfle de fe rebeller,& la plus grande partie de la Gaule auffi, qui eft entre les Alpes& l'Italie:& fi e- ftoit la ville de Rome d'elle mefme en grand danger de mutatio pour l'inegalité des biens des habitans, à caufe que ceux des plus nobles maifons,& qui auoyent le cœur plus grand, auoyens defpendu tous leurs patrimoines en ieux& en feftins, ou en edifices qu'ils faifoyent baftir à leurs defpens pour gaigner la grace du peuple, à fin d'obtenir le magiftrats, de forte qu'ils en eftoyent deuenus poures& les richeffes eftoyent deuolues entre mains de petits perfonnages qui auoyent les coeurs bas, de maniere qu'il falloit bie peu de chofe pour faire tourner l'eftat des affaires fans deffus deffous,& eftoit en la puiflance de quiconque l'euft ofé entreprendre, de remuer le gouuernement, tant la chofe publique e- ftoit corrompue& gaftee au dedas de foy- mefme. Toutesfois Catilina voulant encore fe faifir d'vn fort, pour mieux pouuoir paruenir au but de fon entente, demäda le Confulat, ayant grande efperance qu'il feroit efleu Conful auec Caius Antonius, home qui de foy- mefme n'eftoit pas pour comencer à faire ny grand bien ny grad mal, mais qui pouuoit adioufter beaucoup de force à va autre qui l'euft mené: ce que preuoyant plufieurs gens de bien& d'honneur, foliciterent Ciceron de demander le Confulat,& le peuple l'ayant agreable, Catilina vint par ce moyen à dechoir de fon efperance,& Antonius& Ciceron furent declarez Confuls, combien que Ciceron fuft feul entre les pourfuyuans, né de pere Cheualier feulement,& non Senateur Romain,& fi ne fauoit pas encore la commune les fecretes menees de Catilina. Mais dés le commēcement de fon Cofulat il eut de grands travaux& grāds affaires, pource que d'vn cofté ceux à qui il eftoit defendu par les ordonnances de Sylla de tenir magiftrats àRome, qui n'eftoyent point foibles ny en petit nombre, alloyent pratiquant la bienvueillance du peuple, en difant& alleguant plufieurs chofes iu ftes& veritables contre la violente domination& tyrannie de Sylla, mais en temps qu'il n'eftoit pas feur de rien changer ny remuer au gouvernement de la chofe publique& d'autre cofté les Tribuns du peuple mettoyent en auant des loix& des edicts feruans à ce propos: car ils vouloyent qu'on eleuft dix Commiffais res auec puiffance& authorité fouueraine par tonte Italie, pas re 596 CICERO toute la Syrie& encore partous les pays& prouinces, que Pompeius auoit nouuellement acquifes à l'empire Romain, de vendre & aliener ce qui appartenoit à la chofe publique, faire le procezà qui bon leur fembleroit, banir& enuoyer en exil, peupler villes, prendre argent au threfor de l'efpargne, leuer ges de guerre, les entretenir& foudoyer tat& fi log téps que bon leur fembleroit. Pour cefte grade puiffance il y auoit plufieurs homes de qualité, qui adheroyét& fauorifoyēt à ces lois, mefmemet Antonius com pagno de Ciceron, pource qu'il auoit efperace d'eftre l'vn de ces dix Comiffaires:& fi pefoit- on qu'il fauoit bien la menee de Catillina,& qu'il n'en eftoit pas mal cótent, pource qu'il fe trouuoit fort chargé de dettes: ce qui donoit plus de crainte aux gés de bie que nulle autre chofe:& pourtat Ciceron voulant premierement remedier à ce danger, fit que la prouince du royaume de Macedoine luy fuft deftinee,& luy eftant à luy- mefme prefentee celle de la Gaule, il s'e excufa,& par le moyé de ce benefice gaignaAn tonius côme vn ioueur de farces mercenaire, luy faifat promettre pourle bie de lachofepublique, qu'il le fecoderoit,& nediroit finő ce qu'il luy nomeroit. Quand il eut gaigné celuy- là,& qu'il l'eut rendu maniable à fa volonté, il fe commença à affeurer dayantage,& à refifter plus hardiment à ceux qui mettoyent en auant ces nouuelletez: car en plein Senat il fe prit vn jour à reprouuer& condamner la loy que les Tribuns vouloyent faire paffer,& e- ftona tellement ceux qui en eftoyent autheurs, qu'il n'y eut perfonne d'eux qui luy ofaft contredire. Ce neantmoins les Tribuns attenterent encore vne autre fois depuis de la faire authorifer,& donnerent affignation aux Confuls de comparoir deuant le peuple: mais Ciceron ne s'eftonna point pour cela, ains commandant au Senat de le fuyure, non feulement fit reietter la loy de ces Tri buns du peuple, mais dauantage leur fit perdre efperance de pouuoir rien conduire à chef de tout ce qu'il auoyent entrepris: tant il les abaiffa& fupplanta par fon eloquece.Car ç'a efté le perfonnage qui plus a fait conoiftre aux Romains, combien l'eloquence adioufte de plaifir& fait trouuer doux ce qui eft honnefte,& que le droit& la raifon font inuincibles quand on les fait bien dire,& qu'il faut que celuy qui veut faire deuoir d'homme lage au gouuernement d'vne chofe publique, voife toufiours de fait preferant ce qui eft vtile, à ce qui chatouille& qui flatte la multi tude: mais de paroles qu'il doit auffi cercher de faire, q ce qui eft vtile ne foit defplaifant. Auquel prepos on peut auffi alleguer, ment Lucius Pour monftrer combien il auoit de grace en fon parler, ce qu'il fit du temps de fon Cofulat, touchant l'ordre de feoir au theatre à voir iouer lesieux car au parauat les Cheualiers Romains feoyer pefle mefle parmi le menu peuple, ainfi que chacun fe rencontroit,& le premier qui y mit diftinction fut* Marchus Otho lors * Autres no Rofrius O- tho, Tribun du peuple. Preteur, C Prate tez p en au a for thea te gra CH Co no re Co al t P re Prod mene de C gag prometre qu'il le Hayanta ant ces uer& ,& e- ut per Tribuns riler,& le peu andant es Tri pou tant fon Jen ,& Dien age fait multi i eft Tuer rea vés 1- ors cur CICER O. 597 Præteur, lequel fit vn edict, par lequel il ordonna des fieges feparez pour les Cheualiers Romains, de là où ils verroyent dés lors en auant iouer les ieux. Le peuple prit cela à cœur, come eftat fait a fon deshoneur, de forte que depuis quand Otho entra dedans le theatre, tout le menu peuple fe prit à le fiffler pour luy faire honte,& au contraire les Cheualiers luy firent place entre eux auec grāds batemens de mains, en figned'honneur à Poccafion dequoy le peuple de rechef commenca à fiffler plus que deuant,& les Chaualiers à battre des mains,& de la fe tournerent à s'entredire vilenie les vns aux autres de manere que tout le theatre eftoit en confufion: ce qu'entendant Ciceron s'y en alla luy- mefme& ap pella le peuple au temple de la deeffe Bellone, le tanfa& le prefcha fi bien, que retournans fur l'heure mefme au theatre, ils honorerent& recueillirent auffi de batemens de mains Otho,& firent à l'enuie des Cheualiers, à qui plus luy feroit de careffe& de honneur.Mais les complices de la coniuration de Catilina, qui du commencement s'eftoyent vn petit refroidis pour la peur qu'ils auoyeht eue, recommencerent de nouueau à prendre cœur en fe trouuant enfemble,& s'entr'encourageant de mettre la main à l'oeure plus hard ment, deuant que Pompeius fußt de retour, lequel on difoit eftreia en chemin pour s'en retourner auec fon armee: mais fur tout les foldats qui iadis auoyent efté à la guerre fous Sylla, s'eftans efcartez çà& là par toute l'Italie,& la plus part d'iceux, mefmement les plus belliqueux, eftans efpandus& femez par les villes de la Thofcane follicitoyent& haftoyent Catilina, fe promettans bien qu'ils auroyent encore vne autre fois des richef fes toutes preftes à piller& robber à leur plaifir. Ces foldats ayas pour leur Capitaine vn nommé Manlius, qui autrefois auoit eu charge notable fous Sylla, eftoyent bandez auec Catilina,& s'eftoyent troutez à Rome pour luy aider à fa brigue: car il s'eftoit mis à demander de rechefle Confulat, ayant deliberé de tuer Ciceron, durant le bruit& le tumulte de l'election.Les dieux monAtroyent affez eüidemment par tremblement de terre, par foudres & tonnerres,& par vifions de fantofmes qui apparoiffoyent, les menees fecrettes qui fe machinoyent,& en auoit on des indices veritables par perfonnes qui les venoyent reueler, mais ils n'eftoyent pas encore fuffifans pour proceder à l'encotre d'vn homme noble,& qui pouuoit beaucoup, comme Catilina. Parquoy Ci ceron dilayat le ieur de l'election, fit appeller Catilina au Senat, là où il l'interroga fur ce qui fe difoit contre luy:& luy fe perfua dant qu'il y en auoit beaucoup dedans le Senat mefme, qui ne demandoyent autre chofe que la nouvelleté& la mutation,& auffi fe voulant monftrer preft à ceux qui eftoyent de fa coniuration, Se vne refponfe molle à Ciceron, difant, Quel mal fais- ie, fi y aya PP iiij 398 CICERO. vn Chef,& l'autre grand, gros& fort,& qui n'en a point, ie luy en mets vn? voulant par cefte refponfe enueloppee& couuerte, fignifier le peuple& le Senat. Cefte réfponfe ouye, Ciceron eut en core plus grande crainte que deuant, de forte qu'il s'arma d'vn corps de cuiraffe pour la feurté de fa perfonne,& fut accompagné par tous les gens de bien,& grand nombre des ieunes hommes à l'aller de fon logis iufques au champ de Mars, où fe faifoyēt les elections,& auoit expreflement laiffé fon faye lafche au colJet, afin qu'on peut voir le bout de la cuiraffe qu'il auoit fur fon dos, pour faire conoiftre à ceux qui le regardoyent le danger auquel il eftost: ce que tout le monde trouuoit fort mauuais,& fe ran geoit on autour de luy pour le defendre, qui l'euft voulu affaillir.Si fut la chofe à tant conduite, que par la voix du peuple Cati lina fut vne autre fois débouté de l'office de Confulat,& furent ef Jeus Confuls, Syllanus& Murena. Peu de temps apres cefte election, eftans ia enfemble les foldats de la Thofcane qui deuoyětve nir à Catilina,& eftant le iour prochain qu'il auoit prefix pour e- xecuter leur entreprife, enuiron la minuie vindrent en la maifon de Ciceron trois des principaux& plus puiffans hommes de la vil le, Marcus Craffus, Marcus Marcellus,& Scipion Metellus,& batans à la porte, appellerent le portier,& luy dirent qu'il allaft efueiller fon maiftre,& luy faire entendre comme ils eftoyent eux trois à la porte,& qu'ils auoyent à parler à luy pour vne telle occa fion: Le foir apres fouper le portier de la maifon de Craffus luy a- uoit baillé vn paquet de lettres qu'vn homme inconu auoit appor tees, lefquelles s'addreffoyent à diuerfes perfonnes,& y en auoit vne qui n'eftoit point foufcrite, laquelle s'addreffoit à Craflius mefme. Cefte lettre portoit que bien toft il fe deuoit faire vn fort grand meurtre en la ville, par Catilina, à raifon dequoy il Padmonneftoit& confeilloit de fortir de la ville. Crafius ayant Jeu cefte lettre, ne voulut point ouurir les autres, ains s'en alla tout droit vers Ciceron, meu de la crainte du danger,& en partie auffi pour fe iuftifier de quelque foupçon qu'on auoit für luy pour l'amitié qui eftoit entre luy& Catilina. Ciceron donc ayant deliberé auec eux fur ce qui eftoit à faire en tel cas le lendemain au plus matin fit affembler le Senat,& portat auec foy les lettres, Jes diftribua à ceux à qui elles s'addreffoyent, leur commandant de les lire tout haut. Ces lettres toutes efgalemét& conformemēt defcouuroyent la coniuration:& dauantage Quintus Arrius homme d'authorité, comme celuy qui auoit autrefois, efté Præteur, dit publiquement les amas de gens de guerre qui fe faifoyent par la Thofcane:& rapporta- on encore que Manlius auec vne groffe trouppe de foldats, tenoit les champs à l'entour des villes de la Thofcane, n'attendant autre chofe que les nouuelles de quelque remuement qui fe deuoit faire à Rome. Toutes lefquelles chofes confiConfide temett celle fi fouuer ce que fte ma pren que fanc à lu Je e pai de la дер mel tir Con des ne for Yon fail de la Qu de Ca on che a dungera an le Ca cel Ξεκινάτα хром a majic de la vil & ba aftef eux осса CICER O. $ 99 confiderees, il fut fait vn arreft& decret au Senat, par lequel on remettoit entierement les affaires entre les mains des Confuls, à celle fin qu'eux prenans la charge proueuffent auec authorité fouueraine, ainfi que mieux ils pourroyent& fauroyent faire, à ce que la chofe publique ne tombaft en aucun inconuenient. Cefte maniere de decret& de conclufion, ne fe fouloit pas fouuent prendre au Senat, ains feulement alors qu'ils redoutoyent quefque grand danger euident.Parquoy Ciceron ayat cefte pleine puif fance, commit les affaires de dehors à Quintus Metellus,& recint à luy la charge du dedans de la ville:& le iour en allant par lavil le eftoit enuironné d'vn fi grand nombre d'hommes, que quand il paffoit à trauers la grande place, elle eftoit prefque toute remplie de la trouppe qui l'accompagnoit. A l'occafion dequoy Catilina ne pouuant plus differer ny attendre, refolut de s'en aller luymefme deuers Manlius, là où eftoit leur armee: mais auat que par tir il attira vn nommé Marcius& vn autre Cethegus, aufquels il commanda s'en aller le matin à la porte du logis de Ciceron auec des dagues couuertes, pour le tuer, fous couleur de luy venir don ner le bon iour& le faluer. Mais il y eut vne Dame de noble mai fon nommee Fuluia, qui la nuit de deuant en alla aduertir Ciceron, l'admonneftant qu'il fe donna garde de Cethegus lequel ne faillit pas à venir le lendemain de bon matin,& luy eftat l'entree de la maifon defendue, commença à fe courroucer& à crier deuát la porte: ce qui le rendit encore plus fufpect.A la fin Ciceron fortät de fa maifon, fit appeller le Senat au temple de Iupiter Stator, qui vaut autant à dire comme, Arrefteur, lequel eft fitué à l'entree de la Rue facree, ainfi qu'on monte au mont Palatin. Là fe trouua Catilina auec les autres, comme pour fe iuftifier des chofes dont on le foupçonnoit, mais il n'y eut pas vn des autres Senateurs, qui fe vouluft affeoir aupres de luy ains fe leuerent tous du banc fur lequel il auoit pris place,& quand il cuida commencer à parler, ne peut onques auoir audience pour le bruit qui fe leua contre Juy, iufques à ce que finalemet Ciceron fe leua,& luy commanda de fortir de la ville,& qu'il falloit neceffairemét qu'il y euftfeparation de murailles entre eux, attendu que l'vn fe feruoit de parolles,& l'autre vouloit vfer d'armes& de voye de fait. Parquoy Ca tilina fortant incontinent de laville auec trois cens homes armez, ne fuft pas pluftoft hors de l'enceinte des murailles, qu'il fit par des Sergens porter deuant luy des verges liees auec des haches co me s'il euft efté magiftrat legitime,& fit leuer des enfeignes de gens de guerre,& en ceft equippage s'en alla rendre la part où es ftoit Malius, n'ayas pas moins de vingt mille homes, auec lefquels il alloit effayat de prattiquer& gaigner les villes, de forte que la guerre eftat par ce moyé declaree ouuertemet, Antonius le compagnon de Ciceron au Confulat, y fut enuoyé pour le combattre PP iiij flis evn il Ent Ja Y 600 CICERO Cependant Cornelius Lentulus, fur- nommé Surá, homme de neble maifon, mais de mauuais gouuernement,& qui pour fa mefcha te vie auoit efté ietté hors du Senat, affembla le demeurat de ceux qui ayans efté corrompus par Catilina, eftoyent encore demeuré en la ville apres luy,& les admonnefta de ne s'eftonner de rien. II eftoit lors Præteur pour la feconde fois, comme la couftume ek, quand quelqu'vn vient à recouurer de nouueau la dignité de Sena teur qu'il a perdue:& dit- on que ce fur- nom de Sura luyfut donné pbur vne telle occafion: eftant Quæfteur du temps que Sylla auoit le gouuernement de la chofe publique en maiu, il defpendit& co fomma follement vne bonne groffe fomme d'argent du public: dequoy Sylla eftant courroucé contre luy,& luy en demandant compte deuant le Senat, il fe tira en auant fort nonchalamment,& en homme qui monftroit bien de ne s'en foucier guere,& dit qu'il ne fauroit autrement rendre compte, mais qu'il prefentoit le gras de fa iäbe, come font les enfans quad ils ont failly au ieu de la paus me.De là vint que depuis on le fur- nomma toufiours Sura, pource que Sura en Latin fignifie le gras de la iambe. Vne autre fois e- ftant appellé en iuftice pour quelque autre malefice, il corrompit par argent aucun des iuges,& ayant efté abfous par deux voix de plus tant feulement, qu'il eut en fa faueur, il dit qu'il auoit perdu P'argent qu'il auoit baillé à l'vn de ces deux iuges la, pource que ce luy eftoit affez d'eftre abfous par vne feule voix de plus. Ceft homme donc eftant de telle nature auoit premierement efté esbrä lé par Catilina,& acheué de gafter par certains pronoftiqueurs& faux deuins qui l'auoyent abufé de vaine efperance, en luy chantant des vers qu'ils auoyent feints& controuuez,& des fauffes pro pheties, qu'ils difoyent eftre extraittes des liures de la Sybille, par lefquelles eftoit porté, qu'il deuoit auoir trois Corneliens Monarques à Rome, defquels les deux auoyent ia accompli la deftinee, Cinna& Sylla:& qu'au refte la fortune luy prefentoit à luy, comme au troifieme, la Monarchie,& qu'il la falloit embraffer chaudement,& non pas laiffer perdre les occafions en trop dilayant, comme auoit fait Catilina. Si n'auoit pas ceftuy Letulus entrepris chofe petite ne legere, ains auoit propofé de tuer tout le Senat entierement,& des autres citoyens autant qu'ils en pourroyent occi re, de brufler toute la ville, fans pardonner à perfonne quelcoque, finon aux enfans de Pompeius, defquels ils fe deuoyent faifir& les garder pour gages& oftages de faire puis apres leur appointement auec luy: car il eftoit ia grand bruit,& le tenoit- on pour tous affeuré, qu'il retourneroit des grandes guerres& conqueftes que il auoit faites és pays d'Orient. Si prirent afsignation pour execu ter leur entreprife à vne nuict des Saturnales:& auoyent porté for ce eftouppe& fouffre, auec grande quantité d'armes en la maifon de Cethegus,& outre ce, auoyent deputé eens homes en cent quar GAGES ders de Seuts yauor duits Foudr trefai natio te,& mai 10 les con fe& neft il po tus Jett me no Ber Coll auo & le jetto que CO Ho Ara les a laid tem le Se Cuc d quelo re tre fais a qu' an TO Eurapure tre fose corromp voir de it perdu ce que Ceft esbra eurs& y chan es pro epar onar nee, om aunts ris n- cci le, te DUG J 功 CICERO. 602 tiers de la ville, à fin que le feu eftant mis tout à vn coup en plufieurs endroits, elle en fut tant pluftoft embrafee de tous coftez.II y auoit d'autres hommes commis pour eftoupper les canaux& co duits par où l'eau venoit en la ville,& pour occire auffi ceux qui voudroyent prendre de l'eau pour efteindre le feu.Mais en ces entrefaites il fe trouua d'auenture à Rome deux ambaffadeurs de la nation des Allobroges, laquelle eftoit pour lors tref- mal- conten te,& portoit fort impatiemment le ioug de la domination des Romains. Lentulus penfa que c'eftoyet perfonnes idoines pouremou uoir& faire fouleuer toute la Gaule: fi fit tant qu'il les gaigna& les tira à leur confpiration,& leur donna lettres addreffantes au confeil de leur pays, par lefquelles il leur promettoit toute frächi fe:& d'autt s adreffantes à Catilina, par lefquelles il l'admonneneftoit de propofer liberté aux ferfs,& de s'envenir le pluftoft que il pourroit droit à Rome:& enuoya quant& eux vn nommé Titus, natif de la ville de Crotone, qui auoit la charge de porter les lettres: mais tous leurs confeils& toutes leurs de liberations, com me d'hommes eftourdis, qui ne fe trouuoyent iamais enfemble fi non en yurognant auec folles femmes, eftoyent facilement decou Biers par Ciceron, qui les alloit efpiant& recerchant auec grande follicitude, fobre iugement,& fens fort agu& clair voyant: car i auoit mis plufieurs gés au guet hors de la ville, qui les guettoyét & les fuyuoyent auffi à la trace pour defcouurir tout ce qu'ils pro iettoyent:& fi parloit encore fecrettement à quelques vns, def quels il fe fioit, que les autres cuidoyent eftre participans de leur confpiration: par le moyen defquels il feut comme les coniurez a- uoyent eu prattique& communication auec ces ambaffadeurs e- ftrangers:& finalement les fit efpier la nuit, fi bien qu'il furprit les ambaffadeurs,& le Crotoniate auec les lettres qu'il portoit, à I aide des ambaffadeurs Allobroges, lefquels s'entendirent fecrettement auec luy. Le lendemain au point du iour il fit affembler le Senat dedans le temple de Concorde, là où il leut publiquement les lettres,& cuyt les depofitions des complices& sefmoins. Il y eut dauantage vn Senateur Iunius Syllanus qui tefmoigna, que quelques vns auoyent ouy dire à Cethegus, qu'ils deuoyent occire trois Confuls& quatre Præteurs.Pifo auffi Senateur, qui autre fois auoit efté Conful, declara prefque femblables chofes.Et Gaius Sulpitius, l'vn des Præteurs qui fut enuoyé en la maifon de Cethe gus, rapporta qu'il auoit trouué force traits, force armes, grand no bre de dagues& d'efpees toutes frefchement emolues. Finaleměs le Senat ayant promis impunité à ce Crotoniate pour deceller ce qu'il fauoit de cefte coniuration, Lentulus fe trouua par luy conMaincu,& fut contraint de renoncer à fon magiftrat de Præteur de uant tout le Senat,& changeant fa robbe de pourpre en prendra Yne autre comuenable à fa mal- heurté.Cela fait, luy& fos cofor 602 CICERO. furét baillez en garde par les maifons des Præteurs:& le foir eftat ia venu, tout le peuple attendant à l'entour du lieu où le Senat e- ftoit affemblé, Ciceron fortit à la fin,& declara à l'affiftace du peu ple comme les chofes eftoyent allees: fi fut reconuoyé par tout ce peuple iufques en la maifon d'vn fien ami fon voifin, à caufe que Jes Dames de la ville occupoyent la fienne, y fuifant en fecret vne fefte& vn facrifice folennel en l'honeur d'vne deeffe que les Ro mains appellent la Bonne deeffe,& les Grecs la nomment Gynæ cia, comme qui diroit Feminine, à laquelle tous les ans fe fait vn fo Jennel facrifice par la femme ou mere du Conful dedãs fa maifon, en prefence des vierges religieufes Veftales. Ciceron donc eftant entré en la maifon de celuy fien voifin, fe mit à penfer en foy- mef me, ayant bien peu de gens autour de luy, comment il fe deuoit gouuerner en ceft affaire: car de punir les criminels à la rigueur, Yelo que leurs mesfaits l'auoyet deferuy, il doutoit& craignoit de Je faire, tant pource qu'il eftoit doux& humain de fa nature, que pource qu'il ne vouloit pas fembler auoirvolontairement embraf fé Poccafion d'employer fa puiffance abfolue, pour aigrement pu nir à la rigueur des citoyens qui eftoyent des plus nobles maifons de la ville,& qui y auoyét beaucoup d'amis.Et au contraire aufsi, sil fe portoit en ceft affaire trop mollement, il redoutoit le danger qui pendoit, de leur temerité, fe doutant bien que s'il leur faifoit fouffrir punition moindre que de la mort, ils ne fechaftieroyēt pas pour cela, faifans conte d'en eftre efchappez à bon marché, ains en deuiendroyent plus audacieux& plus temeraires que iamais, adiouftans vn aguillo de nouueau courroux à leur ordinaire mefcha ceté:& luy, en feroit reputé couard& homme de peu de cœur, a- aec ce que d'ailleurs il n'eftoit pas tenu pour fort hardy.Ainfi que Ciceron eftoit en ces doutes, il apparut aux Dames qui facrifioyet en fa maifon vn miracle: car le feu femblant ia eftre du tout a- morty fur l'autel où on auoit facrifié, il fe leua foudainement des cendres d'efcorces qu'on y auoit bruflees vne grande& claire flamme, dequoy les autres femmes furent fort esbahyes: mais les vierges facrees Veftales dirent à Terentia la femme de Ciceron, qu'elle s'en allaft incontinent deuers fon mary l'aduertir qu'il ne cignift point d'executerhardiment ce qu'il auoir en penfee pour Pvtilité de la chofe publique,& que la deeffe auoit fait fourdre ce fte grande lumiere pour luy monftrer que cela luy deuoit reffor tir a grand bien& grand honneur. Terentia qui n'eftoit point femme molle ne craintiue de fa nature, ains ambitieufe,& qui plus auoit tiré de fon mary touchant la conoiffance des affaires publiques, qu'elle ne luy auoit monftré ny communiqué des affaires du mefnage& domeftiques, ainfi que Ciceron luy mefme le tefmoigne, luy alla faire ce rapport,& le follicita de faire la pu nition de telles gens: autant en fit Quintus Ciceron/ fon frere,& femSemble confer phie paux du Se quel en tres adu for ja e fuy Mo Jury Con Ci ind eu qu cau drea tour dit fifa en plai tre celle mefr ten parti de Ca veh dem mations autsi Das en 2 CICERO. 60% femblablement Publius Nigidius, qui eftoit fon familier pour la conference qu'ils auoyent enfemble des efludes de la philofophie,& du confeil duquel il vfoit fort au maniement des principaux affaires. Le lendemain le propos eftant mis en deliberation du Senat, comment on deuoit punir les mal- faiteurs, Silanus auquel premier en fut demandé Paduis, dit qu'on les deucit mener en la prifon pour illec eftre punis de l'extreme fupplice: les autres qui opinerent confecutiuement apres luy, furent tous de fon aduis, iufques à Caius Cæ far, qui depuis fut Dictateur,& lors e- ftoit encore ieune& ne faifoit que commencer à venir, mais qui ia en tous fes deportemens& en fon efperance prenoit le chemin, fuyuant lequel depuis il tourna la chofe publique Romaine en Monarchie: car alors mefme Ciceron eut plufieurs foupçons fur luy, mais nulle fuffifante preuue pour le conuaincre:& y en a- uoit qui difoyent qu'ayant approché bien pres d'eftre attaint& convaincu, il s'en eftoit fauué: les autres difent au contraire, que Ciceron fciemment ne fit pas femblant d'ouyr ny de fauoir les indices qu'on luy vint defcouurir contre luy, pour crainte qu'il euft de fes amis& de fon credit, pource qu'il eftoit tout apparent que fi on mettoit Cæfar au nombre des accufez, il feroit pluftoft caufe de leur faire fauver la vie à eux, que eux de la faire perdre à luy. Quand donc ce vint à luy à dire fon opinion à fon tour touchant la punition des prifonniers, il fe leua en pieds,& dit qu'il n'eftoit point d'aduis qu'on les fit mourir, ains qu'on cofifquaft leurs biens,& quant à leurs perfonnes, qu'on les garda en prifon I'vn deçà l'autre delà, par les villes d'Italie, telles qu'il plairoit à Ciceron, iufques à ce que la guerre fuft acheuee contre Catilina. Cefte fentence eftant plus douce,& l'autheur d'icelle tref- eloquent pour la faire trouuer bonne, Ciceron luymefme y adioufta encore vn grand poids, enclinant en I'vne & en l'autre opinion, en approuuant en partie la premiere,& en partie celle de Cæfar. Ses amis mefmes penfans que la fentence de Cæfar eftoit plus feure pour Ciceron, à caufe qu'il feroit moins fubiet à eftre calomnié quand il n'auroit point fait mourir les prifonniers, fuyuirent pluftoft la feconde.de maniere que Silanus mefme fe reprit de ce qu'il auoit dit,& interpreta fon opinion, difant qu'il n'auoit point entendu qu'on les deuft faire mourir, pource qu'il eftimoit le dernier fupplice à vn Senateur Romain eftre la prifon. Mais le premier qui contredit à cefte fentence fut Catulus Lutatius,& apres luy Caton, lequel auec vne grande vehemence de parler rendit Cæfar fort fufpect,& remplit au demeurant tout le Senat de courroux& de hardieffe, tellement que fur l'heure mefme fut arrefté à la pluralité des voix, qu'ils feroyent executez à mort: mais Cæfar derechef s'oppofa à la confifcation de leurs biens ne voulant pas qu'on reietaft anfi 604 CICERO tout ce qu'il y auoit d'humanité en fon opinion,& qu'on n'en te= tinft que ce qu'il y auait de feuerité feulement: mais pource que le plus grád nombre le gaignoit& l'emportoit contre luy, il appella à fon aide les Tribuns du peuple, à fin qu'il s'y oppofaflent, toutesfois ils n'y voulurent point entendre. Mais Ciceron cedant de luy- mefme, remit la confifcation des bies,& auec le Senat s'en alla trouuer les prifonniers, lefquels n'eftoyent pas tous en vné feule maifon: car les Præteurs en auoyent en garde chacun vn: fi alla prendre Lentulus le premier, qui eftoit au mont Palatin,& le mena tout le long de la rue facree à trauers la place accompagné des plus gens de bien& des plus apparens de la ville, qui l'enironnoyent tout à l'entour,& luy tenoyent la main forte: ce que voyant le peuple fe heriffoit& trembloit de peur& paffoit outre fans mot dire,& mefmement les ieunes homes qui cuidoyent proprement que ce fuft comme quelque myftere folennel pour le falut du pays, qui fe iouaft de puiffance abfolue par les plus gros perfonnages de la ville auec terreur& frayeur: quad il eut paffé à trauers la place& qu'il fut arriué à la prifon, il deliura Lentulus entre les mains du bourreau,& luy commanda de le faire mourir, puis apres Cethegus& confequemment tous les autres, qu'il conduifit tous luy- mefme en la prifon,& les y fit desfaire.Et en voyat encore plufieurs de leurs complices en trouppe fur la place qui ne fauoyent rien de ce qui s'eftoit fait& attendoyent feulement que la nuit fuft venue pour cuider aller prendre par force leurs compagnons là où ils feroyent, penfans qu'ils fuffent encore viuans il fe tourna vers eux& leur cria tout haut, Ils ont vefcu. Ca qui eft vne faço de parler, dont vfent quelque fois les Romains: quand ils veulent euiter la dureté de cefte rude parole de dire, I eft mort. Quad le foir fut venu,& qu'il fe voulut retirer en fa maifon paffant par la place, le peuple le reconuoya non ia plus en filence fans mot dire, ains auec grandes clameurs à fa louange& battemens de mains par tout où il paffoit, en l'appellant fauueur& fecond fondateur de Rome,& y auoit à toutes les portes des maifons force flabeaux, torches& lumieres, de forte qu'il faifoit clair comme de iour parmy les rues. Les femmes mefmes efclairoyent du plus haut des maifons, pour luy faire honneur& pour le voir accompagné& reconuoyé fort honnorablement d'vne logue fuyte des principaux hommes de la ville, defquels plufieurs auoyent acheué de groffes guerres, dont ils eftoyent retournez en triomphe,& auoyent fait de grandes conqueftes à l'empire Romain, tat par mer que parterre, confeffans entre eux les vns aux autres, que le peuple Romain deuoit bien à plufieurs Capitaines& Chefs d'armee de leurs temps le grad mercy de beaucoup de richeffes, de defpouilles& d'accroiffement de puiffance qu'ils luy auoyeng acquifes: mais que la grace de fon falut& de fa conferuation, il la deuoig devoit & fi ex d'auo & d'a qu'ef gere WOL ble, ama Jus Juy meu tout fait pen Pra nou ren fou OU pe d pou dre fent hou me, leco COLIC Cont qu Pala Lentol mourty ' il con voyat e qui ement leurs ore vi Ca ains: rel f & & air ent 30 CICERO. 605 deuoit toute à Ciceron feul, lequel l'auoit preferué d'vn fi grand & fi extreme danger: non que ce leur femblaft acte fi admirable d'auoir empefché que l'entreprife des coniurez ne fortift à effet, & d'auoir puny ceux qui la vouloyent executer: mais pource qu'eftant la coniuration de Catilina la plus grande& la plus dangereuse qui euft iamais efté faite contre la chofe publique, il l'auoit efteinte& affopie auec fi peu de maux,& fans tumulte.trouble, ne fedition quelconque: car la plus part de ceux qui s'eftoyét amaffez autour de Catilina, quand ils entendirent comme Lentu. lus& les autres auoyent efté desfaits, fe retirerent incontinent:& Juy combatant en bataille rengee auec ceux qui luy eftoyent demeurez contre Antonius, fut mis en pieces fur le champ luy& toute fon armee. Ce neantmoins encore y en auoit- il, qui pour ce fait mefdifoyent de Ciceron,& fe preparoyent pour l'en faire repentir, ayans pour leur chef Cæfar, qui ia eftoit defigné& efleu Præteur pour l'annee enfuyuant,& vn Metellus& Beftia, quide voyent aufsi eftre Tribuns du peuple, lefquels foudain qu'ils furent entrez en poffefsion de leurs magiftrats, ne voulurent iamais fouffrir ne permettre que Ciceron harangaft deuant le peuple, quoy qu'il euft encore quelques iours à eftre en fon office de Coful:& pour l'empefcher firent mettre leurs bancs deflus la tribune des harangues qu'on appelloit à Rome Roftra,& ne l'y voulurent iamais laiffer entrer, ny le fouffrir parler au peuple, finon pour fe depofer de fon magiftrat feulement,& cela fait, en defcédre tout incontinent: à quoy il s'accorda,& y monta fous cefte códition:& luy eftant prefté filence, il fit yn ferment, non tel come les autres magiftrats ont accouftumé de iurer quand ils fe depofent de leur authorité,& renoncent à leurs eftats, mais vn tout nouueau& non vfité, iurant qu'il auoit preferué la ville de Rome,& gardé de ruiner l'empire Romain, tout le peuple afsiftant le confirma,& iura le mefme ferment: dequoy Cæfar& les autres Tribuns du peuple fes mal- vueillans eftans encore plus irritez contre luy, s'eftudierent à luy machiner& fufciter d'autres nouyeaux troubles:& entre autres, mirent en auant qu'on rappellaft Pompeius auec fon armee, pour refrener la tyrannie de Ciceron. Mais Cato, qui lors eftoit aufsi Tribun du peuple, luy feruit beaucoup& à toute la chofe publique, s'oppofant à leurs menees, a- uec meilleure puifface que la leur, à caufe de fon magiftrat,& a- uec pareille reputation qu'eux: de forte que non feulement il ropit plus aifément tous leurs coups, mais en vne belle harangue qu'il fit en pleine affemblee deuant tout le peuple, il magnifia& haut loua tellemét le Confulat de Ciceron,& les chofes faites en iceluy, qu'on luy decerna les plus grāds honeurs que iamais euffent parauant efté decretez& ottroyez à perfonne du monde: car il fut appellé par decret du peuple, Pere du pays, ainfi que Caton D 606 CICERO Y'auoit nommé en la harangue, ce que iamais homme n'auoit efte auparauant luy,& eut pour lors plus grade authorité que nul autre en toute la ville: mais il fe rendit luy- mefme odieux,& acquit la male- grace de plufieurs gens, non pour aucun mauuais a& te qu'il euft fait ou attenté de faire, ains feulement pource qu'il fe louoit& magnifioit trop luy- mefme: car il ne fe faifoit affemblee ny du peuple, ny du Senat, ny de iugement, là où on n'euft la tefte rompue d'ouyr à tout propos ramener en ieu Catilina& Letulus, iufques à emplir fes liures& les œuures qu'il compofoit de fes propres louanges, ce qui rendoit fon langage& fon ftyle, qui autrement eftoit fi doux& agreable, fafcheux, ennuyeux& defplaifant à tous ceux qui l'entendoyent: car il falloit toufiouts que cefte fafcherie y fut attachee, come vn mal- heur feé, qui luy oftoit toute fa bonne grace. Toutesfois quoy qu'il euft cefte extreme ambition& conuoitife d'honneur en la tefte, il ne portoit enuie quelconque à la gloire des autres, ains eftoit fort liberal à louer les hommes excellens, tant ceux qui auoyent efté parauant luy, que ceux qui eftoyent de fon temps, comme on peut voir par fes efcrits:& a- on encore mis par memoire quelques mots notables qu'il dift d'aucuns des anciens, comme d'Ariftote, que fon ftyle eftoit vn fleuue d'or coulant:& de Platon, que fi Iupiter mefme vouloit parler, il parleroit comme luy:& de Theophraftus, qu'il appelloit fes delices:& des oraifons de Demofthenes, vn iour qu'on luy demanda laquelle luy fembloit la meilleure, il refpondit, La plus longue. Toutesfois il y en a quelques vns, qui pour monftrer qu'ils font grands zelateurs de Demofthenes: s'attachet à vne parole que Ciceron met en quelque epiftre qu'il efcrit à I'vn de fes amis, difant que Demofthenes s'endort en quelques v- nes de fes oraifons:& cependant ils oublient à dire les grandes& merueillenfes louanges qu'il luy donne ailleurs,& qu'il appella Jes oraifons qu'il eferiuit contre Antonius, efquelles il employa plus de peine& plus d'eftude qu'en nulles autres, Philippiques, à J'imitation de celles que Demofthenes efcriuit contre Philippus Roy de Macedoine. Et des hommes qui de fon temps ont efté renommez ou en eloquence, ou en fauoir, il n'y en a pas vn, duquel il n'ait encore efclarcy la renommé en efcriuant ou parlant honnorablement de luy, comme il impetra de Cæfar ayant ia la Monarchie en fa main, que Cratippus philofophe Peripateticion fuft fait citoyen Romain,& fit encore que par arreft& ordonnance de la cour d'Areopage, il fut requis& prié de demeurer à Athenes pour enfeigner& inftruire les ieunes gens, comme faifant grand honneur& eftant vn fingulier ornement de leur ville:& trouue- on encore des lettres mifsiues de Ciceró efcrites à Herodes,& d'autres à fon propre fils, par lefquelles il luy commande de hanter& conferer de fes eftudes auec Cratippus:& vne autre au rheTent cho a en cho Go lett 8. Pe trib fti bi Lite hau Jou lie Ce Deup Madi દેશી વ ceC neur Se જય notables on ftyle mefme qu'il 10ur achet ferità & Ella US el ft ce e- t CICERO. 601 au rhetoricien Gorgias, par laquelle il luy defend de frequenter à l'entour de fon fils, pource qu'il auoit entendu qu'il le desbauchoit en l'induifant à yurögneries& voluptez deshonneftes.Il n'y a entre fes cpiftres Grecques, que celle feule qui foit efcrite en cholere,& vne autre qu'il efcrit à Pelops Byzantin:& quant à Gorgias, il auoit raifon de fe courroucer à luy& le piquer par fa lettre, s'il eftoit homme de mauuaife vie& de mauuaife couerfation, comme il femble qu'il eftoit: mais quant à ce qu'il efcrit à Pelops, fe plaignant de luy de ce qu'il n'auoit tenu conte de prochaffer enuers les Byzantins, qu'ils fiffent quelques ordonnances publiques à fon honneur& à fa gloire, cela procedoit de fa trop grande ambition, laquelle en plufieurs endroits le transportoit aufques à luy faire oublier le deuoir d'homme de bien, pour s'attribuer la gloire de bien dire: comme ayant quelquesfois defendu en iugement Munatius, lequel peu de temps apres mit en iuftice vn fien ami nommé Sabinus, on dit qu'il s'en courrouça à luy fi aigrement, qu'il ne fe peut tenir de luy dire, Ne fais- tu pas bien, Munatius, que tu ne fus pas dernierement abfoubs en iugement pour ton innocence, mais pource que ie iettay de la poudre aux yeux des iuges, tellement qu'ils ne peurent voir la verité de ton forfait? Vne autre fois ayant loué publiquement en chaire Marcus Craffus auec paifible audience de tout le peuple, peu de iours apres au contraire, il dit au mefme lieu tous les maux du monde de luy. Craffus adonc luy dit, Comment, ne me louas- tu pas l'autre iour fi hautement toy mefme en ce mefme lieu? Ouy luy refpódit Ciceron, pour plus exerciter mon eloquéce l'auoye pris vn mauuais fubiet à louer. Quelque autre fois il aduint à ce mefme Craffus de dire en pleine allemblee deuant le peuple, que nul de la maifo de Craffus n'auoit onques paflé l'aage de foixate ans:& depuis s'en repentant il le nia tresbien, difant, le ne fay à quoy ie penfoye, quand i'allay dire cela.Ciceron luy refpondit, Tu fauois bie que ce feroit vn propos agreable au peuple, c'eft ce qui te le fit dire, pour gaigner la grace de la comune.Vne autre fois come Craffus dift, que les raifons des philofophes Stoiques luy plaifoyet, en ce qu'ils difoyet, q l'home fage eftoit riche: Actius eft Ciceron luy refpondit, Regarde à ce ne foit plufteft pource qu'ils vnnom prodifent que tout eft au fage.Or eftoit ce Craftus mal nomé, pource pre Romain, qu'il eftoit extremement auaricieux. Il y auoit vn des enfans dedos, ce Craffus, qui reffembloit fort à vn qui fe nomoit Actius:& pour enGrec fignicefte caufe en eftoit la mere foupçonnee d'auoir forfait à fon ho- fie digne: neur auec ceftuy Actius. Et vn iour ce fils fit vne harague deuat ainfi la grace le Senat que plufieurs trouuerent bonne: fi fut demandé à Cice- de la renconron qu'il luy en fembloit.Il me femble, refpondit- il, qu'il eft* A- treeft inta& ius de Craffus. Enuiron le temps que Craffus eftoit fur le point biguité de ce de partir pour s'en aller en Syrie il voulut auoir Cicero pour amis mot Axius. 608 CICERO. pluftoft que pour ennemi. Et à cefte caufe vn foir en la careffant Juy dit, qu'il auoit enuie de foupper auec luy. Ciceron s'offrit bie volontiers à luy en donner. Quelque peu de iours apres, il y eut de fes amis qui luy parlerent de Vatinius, difans qu'il cerchoit de faire fon appointement auec luy,& de deuenir fon amy, car il e- ftoit fon ennemi: Veut- il point donc, dit- il, foupper aufsi chez moy? Voila comment il fe deporta enuers Craffus. Au demeurant ce Vatinius auoit des efcrouelles au long du col, à raifon dequoy Ciceron l'ayant vniour ouy plaider l'appella orateur enflé. Vne autre fois ayant ouy dire qu'il eftoit mort,& tout incontinent a- pres ayant entendu certainement qu'il eftoit viuant. Male mort, dit- il, vienne à celuy qui a fi mal menty. Et comme Cafar euft fait paffer par les voix du peuple, que les terres du pays de la Campagne feroyent departies entre les gens de guerre, plufieurs en furent trefmal contens,& Lucius Gellius entre autres, lequel eftoit fort vieil, dit, qu'il n'endureroit iamais que cela fe fit tant qu'il viuroit Attendos vn petit, dit adonc Cicero, car le bon home Gellius ne demande pas long delay.Il y auoit vn autre nomméO* Pource que& tauius, qu'on foupçonnoit eftre natif de l'Afrique*: ceftuy dit vn sAfri- iour, ainfi que Ciceron plaidoit vne caufe, qu'il ne l'oyoit point. quains ont er Ciceron luy refpódit tout promptement, Si as- tu Pereille percee. dinairement Vn autre coup Metellus Nepos luy dit, qu'il auoit affolé plus de les oreillesper hommes par fon tefmoignage, qu'il n'en auoit fauué par fon beau parlerle le confeffe, refpódit Ciceron, autfi y a- il plus de foy que d'eloquence en moy.fly eutvn ieune homme, lequel eftant foufpçonné d'auoir empoifonné fon pere dedans vntourteau, faifoit du mauuais& menaçoit Ciceron de luy dire iniure: Encore aime- ie mieux cela de toy, dit Ciceron, que ie ne fais de ton tourteau. Publius Sextius en vn proces criminel qu'il eut, le prit pour fon aduo cat auec encore quelques autres: mais neantmoins il vouloit luymefme toufiours parler,& ne donnoit pas loifir à fes orateurs de rien dire. A la fin quand on vit euidemment, que les iuges le vouloyent abfoudre, ainfi qu'ils eftoyent defia aux opinions, Ciceron Juy dit, Employe bien auiourd'huy le temps, car demain tu feras homme priué. Vn autre Publius Cotta vouloit eftre tenu pour fauant homme en droit,& n'y entendoit rien& fi n'auoit point d'entendement.Ciceron en quelque caufe le fit appeller en tefmoigna ge,& luy eftant interrogué, refpondit qu'il n'en fauoit rien. Ciceron luy repliqua incontinent, Tu penfes à l'aduenture qu'on te demande du droit. Metellus Nepos en quelque noife& debat qu'il eut auec Ciceron, luy repetoit fouuent, Qui eft ton pere? Ciceron luy refpondit: Ta mere a fait de forte, qu'il te feroit bien plus malaifé de refpondre à cefte demande. Car la mere de ceftuy Nepos auoit le bruit d'eftre peu honnefte,& luy eftoit homme inconftant & legercar eftant Tribun du peuple, il abandonna l'exercice de cees. fon fon e quel folle inhu fa fe Cic tae Clo for pr tu de car uer fer acc 1CV to qu'il chea que car elto On a pere d lest d Cicer TOX C Chears par to part meub fiches hans bontine nomme tuy được t point perce lus de beau toy que loup fost du me- se Pu aduo luy rs de Ou ron ras -faenna cedequ'il ron alDOS ant de fon CICERO. 609 fon eftat pour s'en aller en Syrie deuers Pompeius fans propos quelconque,& puis s'en retourna de là tout foudain encore plus follement. Et eftant mort, fon precepteur nomé Philager, il le fic inhumer& enfepulturer fort foigneufement& fit mettre deffus fa fepulture le pourtrait d'vn corbeau de pierre. Ce que voyant Ciceron, dit, Tu as fait en cecy fort fagement: car ce maiftre icy t'a enfeigné pluftoft à voler qu'à parler. Vne autrefois Appius Clodius plaidant vne caufe au proëme de fon plaidoyer dit, que fon ami l'auoit bien inftamment requis& prié d'employer enfon proces toute diligence, fauoir& fidelité: Et dea, dit Ciceron, astu bien puis apres efté homme fi dur de ne faire entierement rie de tout cela que ton ami t'a requis? Or quant à vfer de tels brocards aigres& picquants alencontre de fes ennemis, ou de fes aduerfaires, c'eft vne partie de bon orateur, mais d'en piquer indiferemment tout le monde pour faire rire les afsiftans, cela luy acquit la mal- vueillance de beaucoup de gens dont ie mettray icy quelques exemples: Marcus Aquinius auoit deux gendres, qui tous deux eftoyent bannis: Ciceron pour cela l'appelloit Adraftus. Lucius Cotta d'aduenture eftoit Cenfeur lors que Ciceron briguoit& prochaffoit fon Confulat,& eftant à la pourfuite le iour.de l'election, il eut foif,& fut force qu'il beuft: mais pendant qu'il beuuoit, tous fes amis fe rengerent alentour de luy,& luy a-. cheué qu'il eut de boire, leur dit: Vous faites bien d'auoir peur que le Cenfeur ne fe courrouce à moy de ce que ie boy de l'eau: car le Cenfeur auoit le bruit d'aimer fort le vin. Rencontrant vn iour Voconius, lequel menoit quant& luy trois fiennes filles, qui eftoyent fort laides, il s'efcria tout haut, Ceftuy- malgr: Phoebus a femé des enfans. On auoit quelque opinion que Marcus Gellius n'eftoit pas né de pere& mere francs& de condition libre,& vniour au Senat il leut des lettres auec vne voix haute& claire à merueilles: adonc Ciceron fe print à dire à ceux qui eftoyent autour de luy, Ne vous en efbahyffez pas, car il eft de ceux qui ont autrefois efté crieurs. Fauftus le fils de Sylla qui vfurpa vn temps puiffance fou ueraine comme Monarque à Rome,& qui fit par affiches profcrire plufieurs Romains, à ce qu'on les peuft, fans danger, occire par tout ou on les trouueroit, apres auoir dependu la meilleure part de fon patrimoine, fe trouua encore fort endetté: de forte qu'il fut contraint d'expofer en vente par affiches iufques à fes meubles.Ciceron ce voyant, dit, Encore me plaifent plus ces affiches& profcriptions, que celles de fon pere. Ces brocards poignans fans propos le rendirent odieux à plufieurs. Mais la malvueillance grande que luy porta Clodius, commença par telle occafion: Ceftuy Clodius eftoit de bien noble maifon ieune d'aage,& au demeurant homme temeraire& infolent:& eftant amou 99 j 610 CICERO. reux de Pompeia la femme de Cæfar, il trouua moyen d'entrer fecrettement dedans la maison en habit& auec l'equippage d'vne ieune garce meneftriere, pource que ce iour- là les Dames Re maines faifoyent en la maison de Cæfar ce facrifice là folennel& fecret, qu'il n'eft pas loifible de voir aux mafles,& pour cefte cau fe n'y auoit homme du monde finon Clodius, qui efperoit qu'on ne le conoiftroit point, à caufe qu'il eftoit encore ieune garçon n'ayant point de barbe,& qu'il pourroit par ce moyen s'appro cher de Pompeia parmy les femmes: mais eftant entré la nui dedans cefte maifon grande, dont il ne fauoit pas les eftres, il y eut vne des chambrieres d'Aurelia mere de Cefar, qui le voyant aller errant çà& là par la maifon, luy demanda qu'il eftoit& comme il auoit nom: fi fut cótraint de parler,& dit qu'il cerchoit I'vne des feruantes de Pompeia qui s'appelloit Abra. La chambriere coneut incontinent que ce n'eftoit point la voix ny la parole d'vne femme,& s'efcria,& appella les autres femmes, lefque! les fermerent tres- bien les portes,& cercherent par tout, tellemét qu'elles le trouuerent dedans la chambre de la feruante auec la quelle il eftoit entré. Le bruit de ce fcandale fut incontinent diuulgué par tout: car Cafar en repudia fa femme,& l'vn des Tribuns du peuple appella Clodius en iuftice, le chargeant d'auoir pollu les faintes ceremonies des facrifices. Ciceron pour lors e- ftoit encore fon ami, comme de celuy qui luy auoit toufrours tresaffe& tueufement afsifté,& l'auoit accompagné pour le defendre fi aucun luy euft voulu faire violence en l'affaire de la coniuration de CatilinaClodius maintenoit fort& ferme qu'il n'eftoit rien de ce dot on le chargeoit difant qu'en ce temps- là il n'auoit point efté à Rome, ains en lieux bien efloignez de la ville.Et Ciceron porta tefmoignage contre luy, par ce qu'il depofa, que le iour mefme il eftoit venu en fa maifon luy parler de quelques af faires: ce qui eftoit veritable: toutefois il femble que Ciceron ne Je faifoit pas tant pour le regard de la verité, que pour fe iuftifier enuers fa femme Terentia, laquelle hayffoit Clodius de mort, à caufe de fa fœur Clodia qui vouloit efpoufer Cicero,& faifoit coduire cefte menee par vn nommé Tullus, qui eftoit fort priué& familier ami de Ciceron:& pource qu'il hantoit fort fouuent& vifitoit cefte Clodia, laquelle demeuroit tout ioignant Ciceron, Terentia en prit vne ialoufie en fa tefte.Cefte Terentia eftät fem me peruerfe,& qui maiftrifoit fon mari, follicita Ciceron de courir fus à Clodius en fon aduerfité,& de tefmoigner cótre luy, come plufieurs autres gens de bien tefmoigneret auffi, les vns qu'il eftoit periure, les autres qu'il faifoit mille infolences, qu'il corropoit le menu peuple par arget, qu'il auoit feduit& violé plufieurs femmes. Luculus mefme produifit des feruantes, lefquelles depoferent que Clodius auoit conçu charnellement fa propre four la plus plus autr Cius que VO qu eu T tre la fer tet Pa s'e O 10, te n dre ce & d QUIC con. trouu tinen toutes Mace bre d trois Verbeel of d elperant open a les eines, a qu a.Lut mms out tele nte aue's ntinent d ndes Tri d'avoir lors e- Utstres efendre l'etait n'auoit Et Ci que le ues af ne 4 1 1 0 1 2 3 1 1 1 1 1 1 1 ftifier ort, it coué& nt& eron, fem : כסV.co qu'il orrofieurs epour la plus CICERO. 6 张 Aucuns plus ieune, durant qu'elle eftoit mariee auec luy,& fi eftoit grand bruit qu'il auoit femblablement eu encore à faire auec les deux autres, dont l'vne s'appelloit* Terentia,& eftoit mariee à Marcius Rex,& l'autre Clodia, que Metellus Celer auoit efpoufee, la- vieux textes quelle on fur- nommoit publiquement Quadrantaria, pource que lifent Tertia vn de fes amoureux luy enuoya vne bourfe pleine de quadrins, qui font petites monnoyes de billon, au lieu d'argent. Clodius eut plus mauuais bruit pour celle- là, que pour nulles des autres. Toutes fois le peuple vouloit mal à ceux qui tefmoignoyent contre luy& qui le pourfuyuoyent.Ce que craignans les iuges, firent mettre des gens armez, à l'entour d'eux au iour du iugement pour la feurté de leurs perfonnes:& és tablettes où ils efcriuirent leurs fentences, les lettres en la plufpart eftoyent toutes confules. Toutefois on trouua qu'il y auoit plus grand nombre de ceux qui l'abfouloyent que d'autres. Aufsi difoit on, qu'il y en auoit qui s'eftoyent laiffé gaigner& corrompre par argent. A raifon de.. quoy Catulus les rencontrant en fon chemin, apres qu'ils eurent donné leurs fentences, leur dit: Vrayement vous auiez bien raifon de demander des gardes pour vofire feureté, car vous craignez qu'on ne vous oftaft l'argent que vous auez receu. Et Ciceron dit à Clodius, qui luy reprochoit que fon tefmoignage n'auoit point eu de foy. Mais au contraire, dit- il, vingt& cinq de tes iuges m'ont creu, car autant y en a il eu qui t'ont condamné,& les tréte ne t'ont pas voulu croire toy, car ils ne t'ont pas voulu abfou dre, que premierement ils n'euffent touché argent. Toutefois en ce iugement iamais Cæfar ne porta tefmoignage contre Clodius, & dit, qu'il ne tenoit pas fa femme pour adultere, mais qu'il l'auoit repudiee, pource qu'il falloit que la femme de Cæfar fuft no feulement nette de tout acte deshonnefte, mais auffi de tout foup çon. Ainfi eftant Clodius efchappé de cefte accufation,& ayant trouué moyen de fe faire eflire Tribun du peuple, fe mit incontinent à perfecuter Ciceron, remuant toutes chofes,& irritant toutes fortes de gens enfemble contre luy: car premierement il gaigna le menu peuple par ordonnances nouuelles qu'il propofa au profit& à l'aduatage de la commune,& fit decerner à l'vn& à l'autre des Confuls de grandes& amples prouinces, à Pifo la Macedoine,& à Gabinius la Syrie: il fit donner droit de bour geoyfie à plufieurs poures perfonnes:& auoit toufiours grand nobre de ferfs armez à l'entour de luy. Or y auoit- il en ce temps- là trois perfonnages à Rome qul auoyent le plus d'authorité: l'vie eftoit Craffus, qui ouuertement fe declaroit ennemi de Ciceron: l'autre Popeius, qui fe faifoit faire la cour par l'vn& par l'autre: le tiers eftoit Cæfar, lequel s'en deuoit bien toft aller en la Gaule auec armee.Cicero fe ietta fous l'aile de ceftuy- là, encore qu'il ne luy fuft pas bié affeuré ami,& qu'il fe desfiaft de luy pour les cho૧૧) 612 CICERO.) fes paffees en la coniuration de Catilina,& le pria qu'il peuft aller à la guerre auec luy comme l'vn de fes lieutenans. Cæfar en fut content: parquoy Clodius voyant que par ce moyen il euitoit l'annee de fon Tribunat, fit femblant de fe vouloir reconcilier auec luy difant qu'il fauoit plus mauuais gré à Terentia de ce qu'il auoit fait contre luy qu'à luy- mefme,& parloit amiablemet de luy par tout où il en venoit à propos, en difant toutes bonnes& douces paroles, qu'il ne luy vouloit point de mal, ny n'auoit point autrement de rancune contre luy: mais qu'il s'en plaignoit feulement vn peu, comme ami ayant efté offenfé de fon ami.Ces propos ofterent toute crainte à Ciceron, tellement qu'il renonça à la lieutenance de Cæfar,& fe remit derechef au maniement des affaires comme deuant: dequoy Cæfar eftant defpis, irrita& aiguillonna encore dauantage Clodius contre luy:& qui pluseft aliena fort Pompeius de luy,& luy- mefme dit& tefmoigna publique. ment deuant tout le peuple, qu'il luy fembloit que Ciceron auoit mal& iniuftement contre les loix fait mourir Lentulus, Cethegus& les autres, fans auoir efté premierement conuaincus& códamnez en iugement: car c'eftoit l'accufation de Ciceron,& ce pourquoy on l'appelloit en iuftice. Parquoy fe voyant accufe& pourfuiuy de ce fait, il changea fa robbe ordinaire en veftement de dueil,& laiffant croiftre fa barbe& fes cheueux fans les accouftrer ne peigner, alla par tout fuppliant humblement le peuple: mais en tous lieux Clodius fe trouuoit au deuant de luy parmy les rues, ayant autour de luy des hommes outrageux, infolens & iniurieux, qui s'alloyent deshontément moquans de ce qu'il a- uoit ainfi changé de robbe& de contenance,& bien fouuent luy iettoyent de la fange& des pierres,& entrerompans les prieres & requeftes qu'il faifoit au peuple. Ce neantmoins prefque tous les Chevaliers Romains changerent leurs robbes quant& luy,& y auoit ordinairement bien vingt mille ieunes hommes de bonne maifon, qut le fuyuoyent les cheueux nonchalamment a- uallez,& alloyent priant& intercedant pour luy. Dauantage le Senat s'affembla pour decerner que le peuple fe veftit de dueil comme en vne calamité publique: mais les Confuls s'y oppoferent:& Clodius eftoit auec vne troupe d'hommes armez alentour du Senat, tellement qu'il y eut plufieurs Senateurs qui s'en coururent hors,& fortirent du Senat en criant& defchirant leurs habillemens par deftreffe: mais pour voir tout cela, ces hommes n'en auoyent point plus de pitié ny de honte, ains eftoit force que Ciceron s'en allaft volontairement en exil, où qu'il combatift par armes contre Clodius. Adonc fe tourna Ciceron à prier Pompeius de luy eftre en aide: mais il s'eftoit expreffement retiré de la ville pour ne luy point aider,& fe tenoit en vne de fes maifon aux champs pres la ville d'Alba: fi luy enuoya premierement Pife Pilo fonn eat auo en na NO ช ne fu ta fa b e Clo tem gra vne me. men re at qu'on peup tanle Conte Vibi entr Con mit o Sicile Loin ether toutes plaignar am.Cespe plantena Ciceroni ulus, Cal incos& eron,& t accule& veftement s les acle peuely par ce qu'ila quent lay prieres que tous & luy,& mes de ment a age le dueil ppofe aleni s'en t leurs ommes force ombapries retire maiment Pife CICERO. 613 Pifo fon gendre, pour le prier& puis y alla luy- mefme en perfonne: mais Pompeius aduerty de fa venue, n'eut pas le cœur de le laiffer venir en fa prefence pour le regarder au vifage: car il euft eu trop grande honte de refufer la requefte d'vn perfonnage, qui auoit autrefois tant trauaillé pour luy,& tant fait& dit de chofes en fa faueur: mais eftát gendre de Cæfar, à fa requefte il abandóna mal- heureufement au befoin celuy à qui il eftoit obligé pour infinis plaifirs qu'ils en auoit receus par le paffé,& pour cefte cau fe quand il le fentit venir, il fortit, par la porte de derriere,& ne voulut pcint parler à luy.Ainfi Ciceron fe voyant trahy de luy,& n'ayant plus au demeurant autre à qui recourir fe ietta entre les bras des deux Confuls, defquels Gabinius luy fut toufiours afpre & rude, mais Pifo luy parla plus gratieufement, le priant& admo neftant de s'abfenter pour quelque temps, en cedant vn petit à la furieufe impetuofité de Clodius,& de porter patiemment la mutation des temps, pource qu'en ce faifant, il feroit vne autrefois fauueur de fon pays, lequel pour l'amour de luy eftoit tout en cobuftion.Cefte refponfe ouye, Cicero s'en confeilla auec fes amis, entre lefquels Lucullus eftoit d'aduis qu'il deuoit demeurer,& qu'il feroit le plus fort: les autres furent d'opinion qu'il s'en allaft plus toft, pource qu'il ne pafferoit guere de temps, que le peuple le regreteroit, quand il auroit bien enduré de la folie& fureur de Clodius. Ciceron aima mieux fuyure ce confeil,& ayant de long temps en fa maifon vne ftatue de Minerue, laquelle il reueroit grandement, la porta luy- mefme& la donna au Capitole, auec vne telle infcription. A Minerue cóferuatrice& gardiene de Rome.Et luy ayans fes amis baillé des gens pour le conduire feurement, fortit de la ville enuiró minuit,& prit fon chemin par terre à trauers le pays des Lucaniens, voulant tirer en Sicile.Si toft qu'on feut qu'il s'en eftoit fuy, Clodius le fit bannir par arreft du peuple& le fit declarer par affiches publiques interdict auec defenfe de le receuoir à couuert à cinq ces mille à la ronde de toute l'Italie: mais les autres portans reuerence à Ciceron, ne firent conte aucun de cefte defenfe, ains apres luy auoir fait tout le plus courtois recueil qui leur fut pofsible, le couoyerent encore au de parti: excepté en vne ville de la Lucanie, qui lors s'appelloit Hipponiú,& maintenat s'appelle Vibone, où vn Sicilien nommé Vibius, à qui Ciceron auoit fait plufieurs plaifirs,& notamment entre autres l'auoit fait eftre maiftre des ouuriers l'anee qu'il fut Conful, ne le voulut onques receuoir en fa maison: mais luy promit qu'il luy defigneroit vn lieu aux champs où il fe pourroit retirer.Et Gaius Virgilius, pour lors Præteur& gouuerneur de la Sicile, qui parauant fe monftroit eftre fon grand ami, luy efcriuit qu'il ne s'approchaft point de la Sicile.Ces chofes luy creuerent le cœur: fi dreffa fon chemin droit à la ville de Brundufium, là où 99 Hj 6$ 4 CICERO. le cœur: fi dreffa fon chemin droit à la ville de Brundufium, là o il s'embarqua pour trauerfer a Dyrrachium,& eut du commen ement le vent à gré: mais quand il fut en haute mer, il fetorna cle ramena le lendemain dont il eftoit party: depuis il fit voile & e autre fois,& dit- on qu'à fon arriuee à Dyrrachium, quant il vn cendit& fortit hors du vaiffeau, la terre trembla deffous luy, & la mer fe retita tout enfemble, par où les deuins interpreterent que fon exil ne feroit pas long pource que l'vn& l'autre eftoit figne de mutation. Mais encore qu'il vinft beaucoup de gens levifiter pour l'amitié qu'ils luy portoyent,& que les villes Greques fiffent à l'enuie les vnes des autres, à qui plus l'honnoreroit, ce neanmoins il demeuroit toufiours trifte,& ne pouuoit faire bonne chere, ains retournoit toufiours fes yeux vers l'Italie, comme font les paffionnez amoureux deuers leurs amours: fe monftrant plus foible de coeur,& plus lafchement abattu& abaiffé de cefte fiene aduerfité, qu'on n'euft peu efperer d'vn perfonnage qui auoit fi bien eftu dié,& qui fauoit tant comme luy:& toutefois il prioit fes amis bien fouuent d'e ne l'appeller point orateur, mais plus toft philofophe, difant que la philofophie eftoit fa principale profeffion,& que de l'eloquence il n'en vfoit finon comme d'vn vtil neceffaire à qui s'entremet du gouuernement des affaires. Mais l'opinion à grande force à effacer le difcours de la raifon, ne plus ne moins qu'vne teinture des ames de ceux qui s'empefchent du gouuernement des affaires publiques,& à leur imprmer les mefmes paffions que fentent les hommes vulgaires pour la communication& frequentation ordinaire qu'ils ont auec eux, fi ce n'eft qu'ils prennent bien garde à eux,& qu'ils vienent au maniement de la chofe publique, auec cefte ferme refolution d'auoir à traiter de mefmes affaires que le vulgaire, mais non pas s'embrouyller des mefmes paffions que leur engendrent les affai res. Or ne fut ce pas'affez à Clodius d'auoit chaffé Ciceron hors de toute l'Italie: car il luy brufla encore fes maifons aux champs & celle de la ville fur la place, de laquelle il fit edifier vn temple de liberté,& fit porter fes biens meubles à l'encan, là cù tout le long du iour on crioit biens à vendre,& ne fe trounoit perfonne qui en vouluft acheter: pour lefquelles violences il commença à eftre redoutable aux autres gros perfonna ges de la ville& titant à fon plaifir, comme il vouloit, le menu peuple abandonné à toute licence& toute infolence il cercha de s'attacher à Pompeius, en parlant mal de quelques cho fes qu'il auoit ordonnees du temps qu'il faifoit la guerre, dot tout le monde difoit que c'eftoit tres- bien employé,& luy fe blafmoic grandement foy- mefme, de ce qu'il auoit abandonné Ciceron,& s'en repentoit, tafchant par tous moyens auec fes amis de le faire rappeller. Clodius au contraire s'y oppofoit tant qu'il pouuoit: mais mais ne s pre ftoi cef pla les M ma bl R qu ra fr na re fe to ren que dep le me fant ftoit qu'il tuec tomp ce qu 100 cree fad сес tout toar and 615 e pur & Tami coup de g lenotot fonnag rout rateur principale mme d'va affaires, raifon, Sempe impemer pour la цессий tau ma Hondapas à saffai hors hamps er VA an, la trouolenfonna it, le ence il CICERO. mais le Senat vnanimement ordonna qu'il ne fe defpecheroit ny ne s'arrefteroit chofe quelconque appartenant au public, que premierement le retour de Ciceron ne fuft decreté. Lentulus e- ftoit lors Conful,& proceda la fedition& le tumulte fi auát fur ce fait, qu'il y eut des Tribuns du peuple qui furent blecez fur la place mefme,& Quintus Ciceron le frere fut abatu& caché fous les morts: adóc le peuple comença à chager de volóté:& Annius Milo l'vn des Tribus du peuple fut le premier qui ofa mettre la main fur Clodius& le tirer par force en iuftice:& Popeius affem bla autour de fa perfonne bon nobre d'hommes tat de la ville de Rome mefme que des villes voifines, auec l'affeurance defquels il fortit de fa maifon,& contraignit Clodius de fe retirer de la place,& lors il appella le peuple pour doner fes voix fur le rappel de Ciceró. Ondit q iamais le peuple ne decreta chofe auec frgrade affection, ne fi vnanime confentemét ce retour:& le Se nat faifant à l'éuie du peuple ordonna que les villes qui auoyent receu& honoré Ciceron durant fon exil, en feroyent lonees,& q fes poffefsions& maifons qui auoyent efté demolies& rafees par Clodius feroyent reftablies aux defpens du public. Ainfiretorna Ciceron feze mois apres fon banniffement,& en monftrerent les villes& citez par où il paffa fi grande refiouy flances que toutes fortes de gens luy allerent par honneur au deuant de fi bonne affection& de fi bon cœur, que ce que Ciceron en dit depuis eftoit encore moindre que la verité: car il dit, que l'Italie le rapporta fur fes efpaules iufques dedans Rome: ià où Craffus mefme qui auant fon banniffement luy eftoit ennemi, luy alla diligemment au deuant,& fit fon appointement auec luy, difant que c'eftoit pour l'amour de fon fils qu'il le faifoit, lequel e- ftoit grand amateur de Ciceron.Si ne fut pas plus toft de retours qu'il efpia vn iour que Clodius eftoit hors de la ville,& s'en alla auec bonne compagnie de fes amis au Capitole, là où il arracha, rompit& gafta les tables, efquelles eftoit enregistré& efcrit tout ce que Clodius auoit fait durant fon Tribunat: ce que Clo dius voulut depuis tourner en crime à Ciceron: mais Ciceron luy refpondit quil auoit induement& contre les loix efté cree Tribun: ce qu'il ne pouuoit eftre, arrenda qu'il eftoit des familles qu'on appelle Patricienes,& par ce, que tout ce en quoy il eftoit entretenu en fon Tribunat, eftoit nul.Caton fe courrou ça de cela& s'y oppofa, non pource qu'il trouuaft rien bon de ce que Clodius auoit fait: car au contraire, il blafmoit bien fort toute fon adminiftration: mais pource qu'il luy fembloit que ce fe roir chofeltrop violente& defraifonnable, que le Senat caffaft& annullaft tant de chofes qui auoyent efié faites& paffees durant fon Tribunat, mefmement qu'entre icelles eftoit ce que luy- mef me auoit manié en l'ifle de Cypre,& en la ville de Byfance. Cala escho tout moit on,& faire uoit: mais 6161 CICERO. fut caufe qu'il y eut quelque alienation de volontez entreux, laquele toutefois ne proceda point iufques à en faire aucune demöftration apparente au dehors, mais feulement iufques à fe hanter& careffer moins familierement l'vn l'autre qu'ils ne faifoyent ou parauant. Quelque temps apres Milo tua Clodius,& en eftant appellé en iuftice comme homicide, il pria Ciceron de pré dre la defenfe de fa caufe: mais le Senat craignant que cefte accu fation de Milo, qui eftoit homme courageux& perfonnage de qualité, ne fuft caufe de quelque trouble& fedition en la ville, donna commifsion à Pompeius de tenir la main forte à la iuftice, tant en cefte caufe come és autres criminelles, à ce que la ville demeuraft en paix,& que les iugemens fe peuffent exercer en tou te feureté. A l'occafion dequoy, Pompeius dés la nuit precedéte ayant fait faifir les plus hauts lieux de la place par hommes de guerre armez qu'il difpofa tout alenuiron, Milo craignant que Ciceron ne s'eftonnaft de voir reluire ces armes autour de luy, pource que c'eftoit chofe non accouftumee,& que, cela ne l'épefchaft de bien plaider fa caufe, le pria de fe faire porter de bone heure en litiere fur la place,& là fe repofer en attendant que to les iuges fuffet venus& le parquet tout reply.Pource que Ciceró n'eftoit pas feulement craintif aux armes, mais aufsi à plaider: car il ne començoit iamais à parler que ce ne fuft en crainte,& à peine ceffa il de vaciller& trembler de peur lors que fon eloquence eftoit ia paruenue à fa fleur,& auoit attaint à la cime de fa perfectio: tellemét qu'e vne caufe de Lucius Murena, qui fut ac cufé par Caton, fe perforçant de furmonter Hortenfius, duquel le plaidoyer auoit efté bien eftimé, il ne repofa point de toute la nuict& pour auoir trop veillé& trop trauaillé, fe fétit mal, de for te qu'il ne fut pas trouué auoir fi bien plaidé come l'autre. Eftät donc alors allé pour defendre la caufe de Milo, quand au fortir de fa litiere, dedans laquelle il s'eftoit fait porter, il apperceut Po peius afsis en haut lieu, comme s'il euft efté en vn camp,& la pla ce environnee d'armes reluyfantes tout à l'éntour, il fe troubla de telle maniere, qu'à peine cuida- il iamais commancer à parler tant tout le corps, luy trembloit fort,& ne pouuoit auoir fa voix: là où au contraire, Milo luy- mefme afsiftoit affeurément& fans apparence de crainte quelconque à ce iugement de fa caufe, fas que iamais il daignaft ny laiffer croiftre fes cheueux, comme fou loyent faire les autres accufez, ny fe veftir de robbe noyre, ce qui femble auoir efté l'vne des principales caufes de fa codamnatió: toutefois on eut opinion que cefte timidité de Ciceron procedoit pluftoft de bonne affection qu'il auoit enuers les fiens: que de fau te de cœur ne par couardife. Il fut aufsi efleu l'vn des preftres de uins qu'ils appellent Augures, au lieu de Craffus le ieune, apres qu'il eut efté tué au pays des Parthes.Depuis luy eftant efcheute au aufo hom pour fon qu'i aill Voy pou po CO CO me Qu ne far tie du na ver hom de a AUD ren nea ce qu chall tagn Dom nan 100 men Cink enla OUR r de bo t que to Cicero laider: te,& à nelofu ac quelle Elat Po pla bla ler S fas fou qui tro: es te CICERO. 617 au fort la prouince de la Cilicie auec vne armee de douze mille homes de pied,& deux mille cinq cens cheuaux, il móta fur mer pour y aller,& arriué qu'il y fut rendit la Cappadocie obeyffante à fon Roy Ariobarzanes, fuyuant la comiffion& le mandement qu'il en auoit du Senat: il rangea& ordonna toutes chofes là& ailleurs fi bien fans guerre, qu'on n'y euft feu rien defirer:& voyant que les Ciliciens eftoyent deuenus vn peu fors en bride pour la fecouffe que les Romains auoyent receue des Parthes,& pour les mouuemens de la Syrie, il les ramena à la raifon, en leur commandant gracieufement,& ne receutiamais prefent quelconque qu'on luy enuoyaft, no pas des Princes ny des Roys mefmes,& fi defchargea ceux de fa prouince des banquets& feftins qu'ils auoyent accouftumé de faire aux autres gouuerneurs auat luy. Mais luy au contraire auoit tous les jours à fa table les hon neftes ges de fauoir à manger auec luy,& les traitoit honeftemét fans aucune fuperfluité toute fois.Sa maifon n'auoit point de portier, ny iamais home ne le vit couché en fo lict, car dés la pointe du iour il fe leuoit,& en fe promenant deuant fon logis où fe tenant debout, recueilloit gracieufement tous ceux qui le venoyet faluër& vifiter.Et dit- on, que iamais il ne fit fouetter ny batre, de verges perfonne, ny defchirer les veftemes: iamais ne dit iniure, à homme quel qu'il fuft par cholere, ny n'en condamna a l'amende auec outrage.Et trouuant plufieurs chofes appartenantes au public, que des particuliers auoyent vfurpees& defrobees, il les rendit aux villes, lefquelles par ce moyen en deuindrent riches:& neantmoins encore fauua il l'honneur à ceux qui les auoyent v- furpees, fans leur faire autre mal que de les contraindre à rendre ce qu'ils detenoyent du public. Il fit aufsi vn petit de guerre,& chaffa quelques brigans qui fe tenoyent aux enuirons de la mon tagne d'Aman', pour lequel exploit fes foldats le declareret& le nommerent Imperator, c'eft à dire fouuerain Capitaine. Il y eut enuiron ce temps- là vn orateur Cecilius qui le pria par lettres de luy enuoyer des leopars& des pantheres de la Cilicie pour quelque esbatement qu'il vouloit donner au peuple à Rome.Cice ron fe glorifiant de fes faits, luy refcriuit qu'il n'y auoit plus de leopars en la Cilicie,& qu'elles s'é eftoyent fuy es en la Carie, de defpt qu'elles auoyet de voir que toutes chofes eftans en paix en la Cilicie, on n'y faifoit plus la guerre q cötre elles. En s'e retournant de fon gouuernement, il paffa par Rhodes:& fit quelque feiour à Athenes auec grand plaifir pour la memoire du contentement qu'il y auoit eu autrefois, du temps qu'il y demeuroit à l'eftu de.Si fut vifité par les premiers homines en fauoir& en lettres qui y fuffent,& vit fes familiers& amis qui pour lors y refidoyét. Et finalemet apres auoir receu de la Grece le recueil& l'honeur qui luy appartenoit, il s'en retourna à Rome, là où il trouua les 618 CICERO. partialitez ia tellement enflammees, qu'on voyoit euidemment qu'il en fortiroit à la fin vne guerre ciuile. A l'occafion dequoy le Senat ayant decerné qu'il entreroit en triomphe dedās la ville, il refpódit que plus volontiers il fuyuroit le chariot triomphant de Cæfar, y ayant vn bon accord fait entréux, dequoy faire il les enhorta& confeilla fort, en efcriuant par plufieurs fois à Cæfar, & en priant de bouche Pompeius luy- mefme en prefence, tafchat à addoucir& appaifer l'vn& l'autre par tous moyes: mais le mal eftat fi incurable, qu'il n'y auoit plus ordre ne moyen de les pouuoir accorder, quand Pompeius fentit Cæfar approcher, il n'ofa demeurer en la ville, ains en fortit auec plufieurs autres gens de bien& grāds perfonnages.Cicero ne le fuyuit point en cefte fuy te:& pourtant eftima- on qu'il fuft pour fe ioindre au party de Ca far,& eft certain qu'il fut entref- grande perplexité, ne fachant comment s'en refoudre,& en grande deftreffe en fon entendement. Car il efcrit en fes Epiftres: De quel cofté me doy- ie tour ner? Pompeius a bien la meilleure& la plus honefte caufe de fai re la guerre, mais Cæfar conduit mieux fon affaire,& fe gouuerne mieux pour s'affeurer luy& les fiens: de forte que l'ay bien qui fuyr, mais non pas à qui recourir. Sur ces entrefaites, il y eut vn des familiers de Cæfar nommé Trebatius, qui luy eferiuit vne lettre par laquelle il luy mandoit que Cæfar eftoit d'aduis qu'il s'en deuoit principalement venir vers luv pour courir fa fortune & participer à fon efperance: mais s'il faignoit de ce faire pour le regard de fa vieilleffe, qu'il s'en deuoit aller en la Grece fe repo fer& s'ofter de deuant les vns& les autres. Ciceron troulant e Strange comment Cæfar ne luy auoit efcrit luy- mefme, refpondit en cholere, qu'il ne feroit rien indigne de ce qu'il auoit fait au de meurât de fa vie.Voila ce qu'il en efcriuit en fes lettres mifsiues. Mais s'en eftant Cæfar allé en Hefpagne, il monta incontinet en mer pour s'en aller trouuer Pompeius là où arriué qu'il fut tous les autres le virent volontiers, excepté Caton, lequel à part en fe cret le reprit bien fort de ce qu'il s'eftoit venu ioindre à Popeius: difant que quant à foy il ne luy euft pas efté honnefté d'abandonner alors le party qu'il auoit dés le commencement choify & fuiny au gouvernement de la chofe publique: mais quant à luy qu'il euft efté plus vtile& pour le bien public du pays,& particu lieremét pour tous les amis, qu'il fuft demeuré neutre entre les deux parties, en s'accommodant felon ce qui aduiendroit,& qu'il n'y auoit nulle raifon, ny caufe neceffaire qui le contraignift de fe declarer ennemi de Cæfar,& de venir là fe letter en vn fi grad peril, ces remonftraces de Caton renuerferent toute la refolutio de Ciceron, auec ce que Pompeius ne fe feruoit de luy en nulle chofe de confequence: dequoy toutefois il eftoit plus caufe luymefme que Popeius, par ce qu'il confeffoit ouuertemét qu'il fe re pegDento les p tout Hoit & d me tu Ro per aut fer D loi foi pe tes fto fo ya m C dor Ses qui auc com Sur 1 Vaa મોલમે eachy ilyeu qu'il ortune our le етеро ant 24 ondit ude ues. ten Ous mfe US: ify CH Tes vil id re r CICERO. 615 pentoit d'eftre là venu,& qu'ordinairement il raualloit& faifoit les preparatifs de Pompeius petits& qu'il trouuoit mauuaifes toutes leurs deliberations, ce qui le rendoit fufpe& t:& fi ne fe pou uoit pas tenir de laiffer efchapper toufiours quelque mot de rifee & de moquerie encontre ceux de fon party, cobien que luy- mefme n'euft aucune enuie de rire: car il alloit par le camp trifte& penfif, mais il difoit toufiours quelque brocard qui faifoit rire les autres, encore qu'ils en euffent aufsi peu de volonté que luy.Si ne fera poit hors de propos en mettre quelques vns en ceft endroit. Domitius tafchoit d'auacer vn certain perfonnage auquel il vou loit faire donner place de capitaine,& pour le recommander difoit, qu'il eftoit homme honnefte, fage& modefte. Ciceron ne fe peut tenir de luy dire, Que ne le gardes- tu donc pour gouuerner tes enfans? Il y en auoit qui louoyent Theophanes Lesbié, qui e-) ftoit maiftre des ouuriers du camp, de ce qu'il auoit bien reconforté les Rhodies touchant la perte qu'ils auoyent faite de leurs vaiffeaux: Voyez, dit Ciceron, quel grand bien c'eft d'auoir vn maiftre des ceuures Grec? Quand ce vint à ioindre de pres, que Cæfar auoit quafi par tout l'auantage,& les tenoit prefque afsiegez, Lentulus dit vn iour qu'il entendoit que les amis de Cæfar eftoyer tous triftes& melacholiques: Ciceron luy refpondit, Distu qu'ils portent mauuaife voloté à Cæfar? Vn autre nomé Marcius, venant tout frefchement d'Italie dit, que le bruit eftoit à. Rome, Popeius eftoit afsiegé. Ciceron luy dit, coment t'es- tu donc embarqué pour le venir voir toy- mefme, afin q tu le creuffes quand tu l'aurois veu? Apres la desfaite illy eut vn Nonnius qui dit qu'on deuoit encore auoir bonne efperace, pource qu'on aucit pris fept Aigles dedans le camp de Popeius, Ten admoneftement ne feroit pas mauuais, luy dit Ciceron, fi nous auions à combattre contre des Pies ou des Gays. Labienus alloit affeurat fur la fiance de quelques oracles, qu'il eftoit force que Popeius en fin demeuraft fuperieur: Voire mais, dit Ciceron, auec toute cefte belle rufe de guerre, nous auons naguere perdu noftre cap pourtant. Apres la iournee de Pharfale, en laquelle il ne fe trouua pas, pource qu'il eftoit malade, s'en eftant Popeius fuy, Caton fe trouuant à Dyrrachium, là où il auoit ramaffé bon nombre de gens de guerre,& groffe flotte de vaiffeaux, le pria de prendre la charge& la fuperintendance de toute cefte armee, comme il luy appartenoit ayant efté Conful: Ciceron non feulemet le refufa, mais aufsi luy declara qu'il ne vouloit plus en forte quelconque s'entremettre de cefte guerre: ce qui fut prefque caufe de le faire tuer, pource que le ieune Pompeius& fes amis qui là eftoyent le appellerent traiftre,& defgainerent leurs efpees fur luy pour le tuer, n'euft efté Cato qui fe mit entre- deux,& eut beaucoup d'af faire à le fauuer,& à l'enuoyer à fauueté hors du camp. Quand 620 CICERO. prefut arriué à Brundufium il feiourna là quelque temps, attendant Cæfar qui tardoit à venir pour les affaires qu'il trouua, tät en A- fie qu'en Ægypte: mais finalement la nouuelle eftant venue qu'il eftoit arrivé à Tarente:& qu'il s'en venoit de là par terre à Brundufium, il fe partit pour aller au deuant de luy, ne fe desfiant pas que Cæfar ne fuft pour luy pardonner, ains ayant hote de fe fenter à vn fié ennemi victorieux en prefence de tant de gés qu'il y auoit alentour de luy, toutesfois il ne fut point contraint de faire ne de dire chofe aucune derogeante à fa dignité: car Cæfar le voyant venir au deuant de luy bien loin deuat la trouppe des autres, defcendit de cheual& l'ambraffa,& chemina bien longuemet deuifant toufiours auec luy feul à feul,& de là en auant continua toufiours à l'honnorer& careffer, de forte que Cicero ayat efcrit vn traitté à la louange de Cató, Cæfar en efcriuit alencotre vn autre, auquel il loua l'eloquence& la vie de Ciceron, comme femblable à celle de Pericles& de Theramenes, ce traitté de Ciceron, eft intitulé Cato,& celuy de Cæfar Anticaton, c'eft à dire, contre Caton. Et dit- on dauantage, que Quintus Ligarius eftant accufé d'auoir porté les armes contre Cæfar, Cicero le prit à defendre,& q Cæfar dit à fes amis, qui eftoyent autour de luy, Que nous nuyra d'ouyr Ciceró qu'il y a long temps que nous n'ouyi mes: car au demeurant Ligarius eft, quant à ma refolution, pirça tout condamné, pource que ie le tiens pour vn mauuais homme, & pour mon ennemi. Mais Ciceron n'eut pas pluftoft commencé à entrer en propos, qu'il l'efmeut merueilleufement, eftant fon parler fi plein de bonne grace,& fi vehement en affections, qu'o dit, que Cæfar changea fur l'heure de plufieurs couleurs, monftrant euidemment à fa face qu'il fentoit toutes fortes de mouuemens en fon cœur, iufques à ce que finalemet l'orateur vint à toucher la bataille de Pharfale: car alors Cæfar tranfporté hors de foy, treffaillit de toute la perfonne, de forte que quelques papiers qu'il tenoit, luy tomberent des mains,& fut contraint malgré luy contre fon preiudice, d'abfoudre Ligarius. Depuis eftant la chofe publique reduite en Monarchie, quitant de tout point le maniement des affaires, il fe mit à enfeigner la philofophie aux ieunes homes qui le vouluret hanter, par la frequentation defquels, pource que c'eftoyent prefque tous les premiers& les plus nobles de la ville, il vint derechef à auoir autant ou plus d'authorité en la ville que iamais. Son eftude& occupation eftoit de compofer des difcours de philofophie, en maniere de dialogues& deuis,& d'en tranflater de Grec en Latin, mettant peine de rendre les paroles Grecques, qui font propres aux Dialecticiens ou aux Phyficies, par autres Latines: car ç'a efté, come on dit, le premier qui a donné noms Latins à ces mots Grecs qui font propres aux philofophes, Phantafia, c'eft à dire, apprehenfion, Catathefis, cofentements teme diail bles en a term cha foit ils' Or au de for po fire fta fou elt ch elles té d' fien y m fab il f part pour tere геро tourn tes: grad he ie 611 Ce dedi def Cicia ius eftan rit à deQue Touyl pirga Hume, qu' nonJue 00rs uy J- $ S 5 CICERO. tement, Epoché, doute, Catalepfis, comprehenfion, Atomon, indiuifible, Ameres, fimple, cano, vuide,& plufieurs autres femblables: au moins fi ce n'a efté le premier, ç'a bie efté celuy qui plus en a inuenté& vfé, en tournant aucuns par tranflation en autres termes propres, fi bien qu'ils eftoyent receus, vfitez& entédus de chacun. Quant à la facilité& promptitude d'efcrire vers, il en v- foit aucune fois par maniere de paffe- temps: car on dit, que quad il s'y mettoit vne fois, il en efcriuoit bie cinq cés pour vne nuict. Or durant tout ce temps- la, il fe tenoit prefque ordinairement aux champs, en quelques maifos qu'il auoit aupres de Thufculú, de là où il efcriuoit à fes amis, qu'il menoit vne vie de Laërtes, foit qu'il le dift en iouant, comme c'eftoit bien fa couftume, ou pource qu'il fentift des pointures de l'ambition qui luy fiffent defirer de retourner au maniement des affaires,& s'ennuyer de l'eftat prefent de la chofe publique: tant y a qu'il venoit bien peu fouuent à la ville, pour vifiter& entretenir Cæfar feulement,& eftoit toufiours le premier à approuuer& cófirmer les honneurs qui luy eftoyent decernez,& s'eftudioit à dire toufiours quelque chofe de nouueau à la louage de luy& de ce qu'il faifoit, comme fut ce qu'il dit touchant les ftatues de Pompeius, lefquelles ayas efté abattues, Cæfar commada qu'elles fuffent redreffees, comme elles le furet: car Ciceron dit alors que Cæfar par cefte humanité d'auoir fait red reffer les ftatues de Pompeius, auoit affeuré les fienes. Mais ayant propofé d'efcrire toute l'hiftoire Romaine,& y mefler parmy beaucoup de Grecques en y adiouftant toutes les fables& fictions entierement q les Grecs efcriuent& racontent, il fut furpris de plufieurs affaires& accidés publiques& priuez, l'accueillirent outre fon gré, dot toutesfois il s'en pcura la plus part luy- mefme: car premieremet il repudia fa femme Terentia, pource qu'elle n'auoit tenu conte de luy durat la guerre, de maniere qu'il fe partit de Rome fans auoir ce qui luy eftoit neceffai re pour s'entretenir hors de fa maifon,& encore quad il s'en retourna ne fit- elle aucu acte nydeuoir de bone affectio enuers luy: car elle ne vint onques à Brundufiú, là où il feiourna lög teps:&, qpis eft, à fa fille qui eut bie le cœur de fe mettre en chemin pour faire vn fi lög voyage, elle ne luy dóna ny fuite ny copagnie, ny argent& equipage tel come il luy appartenoit, ains fit en forte q Ciceró à só retour trouua fa maifon vuide,& ayat faute de toutes chofes neceffaires,& au cótraire bie lourdemet chargee de dettes: c'eftoit les plus honeftes caufes qu'on allegaft de leur diuorce. Mais outre ce que Terétia les nioit, luy- mefme luy dona bien grad moyé de s'e iuftifier, par ce q peu de teps apres il efpoufa v- ne ieune fille, dot il eftoit deuenu amoureux, come difoit Terétia, pour fa beauté, ou, come Tiro fon feruiteur a efcrit, pour fa richef fe, afin q des bies d'elle il peut payer fes dettes: car elle eftoit fort riche,& luy gardoit Ciceron fes bies ayat efté inftitué heritier, q CICERO. comiffaire pour ceft effet:& pource qu'il deuoit vne groffe fome d'argét, fes parets& amis luy confeillerét d'efpoufer cefte ieune fille, encore qu'il fuft hors d'aage pour elle, afin q des biens d'elle il peuft fatisfaire à fes creaciers: mais Antonius faifant mêtion de ce mariage és refpófes qu'il fit alecontre des Philippiques de Cicero, luy reproche qu'il auoit chaffé de fa maifon vne femme, aupres de laquelle il eftoit enuieilly: fe moquat aufsi plaifammét en passat de ce qu'il auoit efté home oifeux, qui ne s'eftoit iamais party de fa maifon, ny n'aucit efté en guerre pour faire feruice à la chofe publique, Peu de téps apres qu'il eut efpoufé cefte fecóde femme, fa fille mourut en trauail d'enfant en la maifon de Letulus, auquel elle auoit efté mariee en fecodes noces, apres la mort de Pifo fon premier mari: fi le vindrent voir les philofophes& gens de lettres de tous coftez, pour le reconforter: mais il porta fi impatiément cefte mort, qu'il en repudia fa feconde féme, pource qu'il luy fut aduis qu'elle fe refiouyt de la mort de fa fille. Voi la l'eftat auquel eftoyent les affaires de fa maifon.Quant à la cojuration alencótre de Cæfar, il n'en fut point participant, encore qu'il fuft des plus grands amis de Brutus,& qu'il fuft defplatfant de voir les chofes reduites en l'eftat qu'elles eftoyent,& qu'il regretaft le paffe autat q nul autre: mais les coiurez eurēt peur de fa nature, qui auoit faute d'hardieffe,& de fon aage, auquel bien fouuent l'affeurace vient à faillir aux plus fortes& plus conftantes natures. Toutesfois la cófpiration ayat efté executee par Brutus& par Cafsius, les amis de Cæfar s'eftans bandez enséble, on eut grade doute la ville ne tóbaft derechef en guerres ciuiles. Et Antonius, qui lors eftoit Conful, fit affembler le Senat, là où il parla quelque peu de reduire les chofes à cocorde: mais Cice ayat fait plufieurs remöftrances propres au téps, propofa finalement au Senat de decerner à l'exéple des Atheniés vne generale abolition& oubliace des chofes faites à l'encotre de Cæfar,& de diftribuer à Brutus& à Cafsius quelques gouuernemens de prouinces: mais il ne s'en fit du tout rien: car le peuple de luy mefme s'efmeut à pitié& copafsion quad il vid porter le corps à trauers la place. Et quãd Antonius dauâtage leur möftra fa robbe toute pleine de fang, percee& detaillee de coups d'efpee, adóc deuindrent- ils prefque furieux de courroux, cerchas par la place s'ils trouueroyet aucus de ceux qui l'auoyet tué:& prenäs des tifons de feu s'en coururet vers leurs maifons pour les y brufler: mais eux ayas bie preueu ce dager s'en fauueret:& fe doutãs q s'ils demeu royet à Rome, ils auroyét beaucoup de telles alarmes, ils abado neret la ville- Parquoy Antonius incótinent leua la tefte baute,& deunt redoutable à tous, come pretendant à fe faire Monarque, mais plus encore à Ciceró qu'à nul autre: car Antonius voyant q Ciceron començoit à entrer en authorité au maniemét des affaires, & Ca rolotie treux d natures aller a les lie Panne lateur ner p fance quoy tout feroi fon folut ainfi reta nell mer Y'au fa pr me co Rome tant 1 fuma ceux de la Anto pour Dep tre, ladan il re rde Dien 20ruon e CICERO. 633 res,& fachat qu'il eftoit familier ami de Brut', ne le voyoit point volótiers aupres de luy,& fi y auoit encore d'ailleurs foupço entr'eux deux pour la diuerfité de leurs mœurs& differéce de leurs natures: ce craignit Cicero, fut premieremet en propos de s'en aller au gouuernemer de la Syrie fous Dolabella, comme l'vn de fes lieutenants: mais ceux qui eftoyét defignez pour eftre Cöfuls l'annee enfuyuat apres Antonius, deux homes de bien, grāds zelateurs de Cicero, Hircius& Panfa, le prierent de ne les abandoner point, prenäs fur eux qu'ils aboliroyet cefte trop grande puif fance d'Antonius, pourueu qu'il vouluft demeurer auec eux Parquoy Ciceron ne les croyant, ny ne les decroyant pas aufsi du tout, laiffa aller Dolabelia,& promit à Hircius& Pafa qu'il pafferoit fon Etté à Athenes,& que fi toft qu'ils auroyent pris poffeffion de leur Confulat, il s'en retourneroit à Rome:& en cefte refolution mota fur mer tout feul pour s'en aller en la Grece. Mais ainfi qu'il aduient fouuent, il y eut quelque empefchement qui le retarda qu'il ne peut faire voile,& luy venoyet tous les iours nou uelles de Rome, come eft bien la couftume, qu'Antonius s'eftoit merueilleufement changé,& qu'il ne faifoit plus rien, finon auec l'authorité& le cófentemét du Senat,& qu'il ne tenoit plus qu'à fa prefence que toutes les chofes n'allaffent bien. Adóc luy- mefme condamnant fa trop grande crainte, s'en retourna derechef à Rome, là où il ne fe trouua point deceu de fa premiere efperace, tant il fortit de gès qui allerent au deuat de luy, de forte qu'il co fuma prefque tout vn iour à ambraffer& toucher en la main de ceux qui par honneur l'eftoyent venu rencontrer tant à la porte de la ville, que par le chemin iufques en fa maiffon. Le ledemain Antonius fit affembler le Senat,& le fit nommément appeller: il n'y voulut pas aller, ains fe mit au lit, feignant fe trouuer mal pour le trauail qu'il auoit enduré le iour precedent: mais la vraye caufe pour laquelle il n'y alloit pas, eftoit la crainte& le foupçon d'vne embufche qu'on luy auoit dre ffee fur le chemin s'il y fuft allé, a infi qu'il luy auoit efté reuelé par vn de fes amis. Antonius fut marry de ce qu'o le calonnioit à tort de le faire agueter, & enuoya des foldats en fa maifon, aufquels il commanda de l'amener commét que ce fuft, ou de mettre le feu dedans fa maifon: toutesfois plufieurs s'en entremiret, q le prieret de n'en faire rié, & fe contenta de faire feulemet prendre des gaiges en fa maifon. Depuis cefte heure- là, ils continuerent toufiours à s'entre- harceler, tout doucemet neantmoins en fe donnant garde l'vn de l'autre, iufques à ce que le ieune Cæfar, retournit de la ville d'Apollonie, fe porta pour heritier de Iulius Cæfar,& vint en different auec Antonius pour la fomme de deux millions cinq cens milte efeus, qu'il retenoit riere luy des biens de Cafar. A l'occafion dequoy Philippus qui auoit efpoufé la mere de ce ieune Cefar,& 624 CICERO. Marcellus qui eftoit mary de fa four, s'en alleret auec luy deuers Cicero,& couindrent enseble, Ciceron prefteroit au ieune Cr far la faueur de fo authorité& de fon eloquece, tát enuers le Senat qu'enuers le peuple,& le ieune Cæfar en recópefe affeurercit Ciceró par le moyé de fon arget& de fes armes.car le ieune home auoit defia autour de luy plufieurs des vieux foldats q auoy et efté à la guerre fous Cæfar.Et dauatage il y auoit vne autre caufe qui faifoit Cicero acceptoit bien volótiers l'amitié de ce jeune Cæfar: c'eft q du viuant de Põpeius& de Iulius Cæfar, il luy fut aduis vne nuict en fongeat, qu'on fit appeller les enfans des Senateurs au Capitole, pource q Iupiter auoit ordoné de monftrer ceJuy qui deuoit vn iour eftre Chef& Price de Rome,& q tous les Romains de grad defir qu'ils auoyét de voir q ce feroit eftoyent tous accourus autour du téple:& q tous les enfans femblablemet eftoyét là, attendas auec leurs belles robbes bordees de pourpre, iufques à ce q foudainement les portes du teple s'ouurirent:& a- donc les enfans fe leuerent les vns apres les autres,& alleret paffer au log de la ftatuë de Iupiter, qui les regarda tous,& les renuoya bie mal cotens, excepté ce ieune Cæfar, auquel, quâd il vint à paffer deuat luy, il tédit la main,& dit, Seigneurs Romains, ceft enfant icy eft celuy qui mettra fin à vos guerres ciuiles quand il fera voftre Chef. On dit q Ciceron euft cefte vifion en dormant, & qu'il imprima bie fermemet en fa memoire la forme du vifage de l'enfant, mais qu'il ne le conoiffoit point,& le ledemain il s'en alla expreffemét au chap de Mars où fe fouloyent aller efbatre les ieunes gés, là où il trouua q les enfans ayas acheué leurs exercices, s'en retournoyer en leurs maifons,& qu'entr'eux il apperceut le premier celuy qu'il auoitveu en fongeat,& le reconeut fort bien, dequoy eftant encore plus esbahy: il luy demanda qui eftoit so pere& fa mere. Il eftoit fils d'vn Octauius, home no autrement de grad renom,& de Accia foeur de Iulius Cæfar, lequel n'ayat point d'enfant, l'inftitua par teftament fon heritier, en luy laiffant fes biens& fa maifon.Depuis ce teps- la, on dit, q Ciceró eftoit bien aife de parler à luy quand il le pouuoit rencontrer,& que luy aufsi receuoit amiablemet le bon recueil& la chere que luy faifoit Ciceron; car encore de bonne aduenture il auoit efté né l'annee mefme de fon cofulat.Voila les caufes qu'on alleguoit de l'inclination que Ciceron auoit à ce ieune Cæfar: mais à la ve rité la haine grande qu'il portoit à Antonius premierement,& puis fa nature qui eftoit ambitieufe, furent à mon aduis, les principales caufes qui luy acquirent l'amitié de Cæfar, eftimat que le port de fa puiffance en armes luy feruiroit à fortifier fon authorité au maniemét des affaires, auec ce que le ieune homme le fauoit fi bie flatter, qu'il l'appelloit fo pere, dequoy Brutus fe courrouçant fort és Epiftres qu'il efcrit à Attieus, reprent aigrement Ciceron, Cicer Coume mettr doux ner a foph uire rité qu' ce lav Culs des pen pub les en qu & ce po deve ca ble def CO meu bitio C CO fic Fan de alle & les ad il vi ains cet uand il mant, vilaemain aller ef leurs ilap oneut a qui 30quel luy ero -,& que fté Olt ve ,& 1010-ID ent CICERO 625 Ciceron, difant que pour la crainte qu'il auoit d'Antonius, il fe Soumettoit à ce ieune Cæfar,& monftroit ne tafcher pas tant à remettre Rome en liberté, comme il pourchaffoit d'auoir vn maiftre doux& gracieux. Tout sfois Brutus ne laila pas pour cela d'émener auec luy le fils de Ciceron qui eftudion à Athenes en la philofophie,& luy donner charge de gens aupres de luy,& de s'en feruir en plufieurs endroits, efquels il fe porta tresbié.Mais l'authorité& la putlance de Ciceron fut alors en vigueur plus grande qu'elle n'auoit encore iamais efté: car il faifoit& obtenoit tout ce qu'il vouloit,& embrouilla fi bien Antonius, qu'il le chaffa de la ville,& enuoya cótre luy pour le combattre tous les deux Confuls, Hircius& Panfa,& fit que le Senat ordonna au ieune Cæfar des Sergens pour porter les haches deuant luy,& tout Pautre ornement& equippage de Præteur, comme combattant pour le bie public. Mais apres qu'Antonius eut perdu la bataille,& que tous les deux Confuls y eurent efté tuez, toutes les armees fe regerene enfemble à Cæfar. Le Senat adonc ayant peur de ce ieune home qui auoit la fortune fi grande, tafcha de rappeler par honneurs & par prefens les armees qu'il auoit autour de luy,& luy diftraire cefte fi grande puiflance, difant qu'il n'eftoit pas befoin de force pour la defenfe de la chofe publique, puis que l'ennemi Antonius s'en eftoit enfuy.Ce que craignat Cæfar, enuoya fecrettemét deuers Ciceron gés pour luy fuader& le prier de procurer qu'ils fuffent eux deux efleus enfemble Confuls,& que quad ils feroyét en l'eftat, il ordonneroit de toutes chofes ainfi que bon luy fembleroit,& manieroit ce ieune homme à fon plaifir, lequel n'en defiroit auoir que le titre& l'honneur feulement. Cæfar mefme confeffa depuis, que craignant d'eftre tout à plat ruiné,& de demeurer tout feul, il s'eftoit feruy bie a point à fon befoin de l'am bition de Ciceron,& qu'il l'auoit enhorté& follicité de demâder le Confulat auec le port& la faueur qu'il luy feroit- Là fut Cicegon bien abufé& affiné tout vieil qu'il eftoit, par ce ieune homme, quand il fe laiffa conduire à fauorifer fa pourfuite du Confulat,& luy rendre le Senat fauorable, dont fur l'heure mefme il fut grandement repris par les amis,& peu apres il s'apperceut bien qu'il s'eftoit ruiné luy mefme,& auoit quand& quad perdu la liberté de fon pays: car ce ieune homme fe trouuant grand par fon moyen, fi toft qu'il fe vit prouueu du Cofulat: le planta là,& s'accorda auec Antonius& Lepidus:& affemblant fes forces auec les leurs, partagea auec eux l'empire Romain, ne plus ne moins que fi c'euft efté vn heritage commun entre eux,& fut fait vn rolle de plus de deux cens perfonnes qu'on deuoit faire mourir: mais le plus grand different& plus mal- aifé à accorder qu'ils eurent entr'eux, fut de la profcription de Ciceronicar Antonius ne vouloie entendre à appointemét quelconqué, que celuy- la premierement rr, j CICERO. 10 626 ne mournft.Lepidus eftoit de fon aduis:& Cæfar leur contredifoit à tous deux. Leur entreueue fut auprès de la ville de Boulogne, là où ils furent trois iours à parlementer eux trois tous feuls en fecret dedans vn lieu enuiróné tout à l'entour d'vne petite riuiere,& dit- on que les deux premiers iours Cæfar tint bon pour Ciceron, mais que le troifieme il fe laiffa aller,& qu'il l'abandonna. Le contre efchange qu'ils firent entre eux fut tel: Cæfar abadonna Ciceron,& Lepidus fon propre frere Paulus,& Antonius bailla aufsi Lucius Cæfar, qui eftoit fon oncle, frere de fa mere, tät ils fe ietterét hors de toute raifon& de toute humanité pour feruir à la pafsió de leur furieufe haine& enragé courroux, ou pour mieux dire, ils monftrerent qu'il n'y a befte fauuage au monde fi cruelle que l'homme, quand il fe trouue en main la licence& le moyen d'executer fa pafsion.Pendant que fes chofes fe faifoyent, Ciceron eftoit en vne de fes maifons aux champs pres la ville de Thufculum, ayant fon frere Quintus Ciceron auec luy, là où leur eftant venue la nouuelle de fes profcriptions, ils refolurēt de defcendre à Aftyra, qui eft vn lieu ioignant la marine, où Ciceron a- aoit vne maifon, pour la s'embarquer,& s'en aller en Macedoine deuers Brutus: car il eftoit ia bruit qu'il fe trouuoit fort& puiffant: fi fe firent porter tous deux en litieres eftans fi affoiblis d'ennuy& de douleur, qu'à peine euffent- ils peu autrement aller:& par le chemin faifans approcher leurs litieres cofte à cofte I'vne de l'autre, alloyent deplorans leurs miferes, mefmement Quintus qui perdoit patience. Si luy fouuint encore qu'il n'auoit point pris d'argent au partir de fa maifon,& Ciceron fon frere en auoit luymefme bien petit,& à cefte caufe qu'il valoit mieux que Ciceron gaignaft toufiours le deuant, cependant que luy iroit vn tour courant iufques en fa maifon pour predre ce qui luy eftoit neceffaire,& s'en recourir incontinent apres fon frere. Ils furent tous deux de ceft aduis,& s'entr'ambraffans en plorant tendrement, fe departirent l'vn de l'autre. Peu de iours apres Quintus ayant efté trahy& decelé par fes propres feruiteurs à ceux qui le cerchoyét, fut occis luy& fon fils: mais Ciceron s'eftant fait porter iufques à Aftyra,& y ayant trouué vn vaiffeau, s'embarqua incontinent dedans,& alfa cinglant au long de la cofte iufques au mot de Circe auec bon vent:& de là voulans les mariniers incontinent faire voile, il defcendit en terre, foit ou pource qu'il craignift la mer, ou qu'il ne fuft pas encore du tout hors d'efperace que Cæfar ne l'auroit point abandonné,& s'en retourna par terre deuers Rome bie enuiro fix lieues, mais ne fachant à quoy fe refoudre& changeât d'aduis, il fe fit derechef reporter vers la mer, là où il demeura tou te la nuit en grande deftreffe& grande agonie de diuers penfemens: car il eut quelque fois fantafie de s'en aller fecrettemét en Ja mailon de Cæfar,& fe tuer luy- mefme à fon foyer, pour luy attacher cher pris pa propo aper mteu où il faifol Ethe lo to gn bate fis'e ges cord toit cen s'il cor bru Sur tat d bien mait anove eux Sauue miren trefai Ce Cicero Boir o htiere gees d prena la aile de et de ceral acedoine Duilla y& par le Pauus qui tpris it luy ceron tour cef OUS fe efté ét, es à derce ire autou feen ather CICERO: 627 tacher les furies vegereffes de fon fag: mais la crainte d'eftre furpris par le chemin& tourmenté cruellement, le deftourna de ce propos parquoy reprenat derechef autres aduis mal digerez pour Ja perturbation d'efprit en laquelle il eftoit, il fe rebailla à fes feruiteurs à conduire par mer en vn autre lieu nommé* Capites, là aucuns le où il auoit maifon& vne fort douce& plaifante retraite pour la fint Caiete faifon des grandes chaleurs, quad les vents du Nort, qu'on appelle Ethefiens foufflent au cœur de l'Efté,& y a vn petit téple d'Apollo tout fur le bord de la mer, duquel il fe leua vne groffe compa gnie de corbeaux, qui auec grands cris prindrent leur vol vers le bateau, dedans lequel eftoit Ciceron, qui voguoit le long la terres fi s'en allerent ces corbeaux pofer fur l'vn& l'autre bout des verges de la voile, les vns crians, les autres becquettans les bouts des cordages, de maniere qu'il n'y auoit celuy qui ne iugeaft que c'e ftoit figne de quelque mal- heur à venir.Ciceron neantmoins defcendit en terre,& entra dedans le logis, où il fe coucha pour voir s'il pourroit repofer: mais la plufpart de ces corbeaux s'e vint encore iucher fur la feneftre de la chabre où il eftoit, faifant fi gräd bruit que merueille,& y en eut vn entre autres qui entra iufques fur le lict où eftoit couché Ciceron ayant la tefte couuerte,& fit tät qu'il luy tira petit à petit auec le bec, le drap qu'il auoit fur le vifage: ce que voyans fes feruiteurs,& s'entredifans qu'ils feroyéç bien lafches s'ils attendoyent iufques à ce qu'ils viffent tuer leur maiftre deuant leurs yeux, là où les beftes luy voloyent aider& auoyent foin de fon falut, le voyans ainfi indignement traitté,& eux ne faifoyent pas tout ce qu'ils pouuoyent pour tafcher à le fauuer: fi firét tant moitié par prieres, moitié par force qu'ils le remirent en fa litiere pour le reporter vers la mer: mais für fes entrefaites les meurtriers qui auoyent charge de le tuer, Herennius vn Centenier,& Popilius Lena Capitaine de mille hommes, que Ciceron auoit autrefois defendu en iugement eftant accufé d'a uoir occis fon propre pere, ayans auec eux fuitte de foldats arriuerent,& eftans les portes du logis fermees, les mirent à force dedãs là où ne trouuans point Ciceron, ils demanderent à ceux du logis, où il eftoit. Ils refpondirent qu'ils n'en fauoyent rie. Mais il y eut vn ieune garçon nommé Philologus ferf affranchy par Quintus, à qui Cicero enfeignoit les lettres& les arts liberaux, qui defcou writ à ceftuy Herennius, que fes feruiteurs le portoyent dedas vne htiere vers la mer par des allees qui eftoyét couuertes& vmbragees d'arbres de cofté& d'autre, Le Capitaine Popilius incótinét prenant auec luy quelque nobre de fes foldats, s'en courut à l'entour par dehors pour Pattraper au bout de l'allee,& Herenuus s'a courut tout droit par les allees.Ciceron qui le fentift aufsi toft venir, commanda à fes feruiteurs qu'ils pofaffent fa litiere;& prenant la barbe auec la main gauche, comme il auoit accoutumés 628 CICERO regarda franchement les meurtriers au vifage, ayant les eheueux & la barbe tous heriffez& poudreux,& le vifage desfait& eoufu pour les ennuys qu'il auoit fupportez, de maniere que plufieurs des afsiftans fe boucherent les yeux pendant que Herennius le facrifioit: fi tendit le col hors de fa litiere, eftant aagé de foixante& quatre ans,& luy fut la tefte coupee par le commandement d'Antonius, auec les deux mains, defquelles il a uoit efcrit les oraifons Philippiques contre luy: car ainfi auoit Ciceron intitulé les harangues qu'il auoit efcrites en haine de luy,& font encore ainfi nommees iufques auiourd'huy. Quand on apporta fes poures membres tronçonnez à Rome, Antonius e- ftoit d'auenture occupé à prefider à l'election de quelques magiftrats,& l'ayant ouy& veu, il s'efcria tout haut, que maintenant eftoyent fes profcriptios excecutees,& commanda qu'on allait porter la tefte& les mains fur la tribune aux harangues au lieu qui fe nommoit Roftra. Ce fut vn fpectacle horrible& effrayable aux Romains, qui n'eftimerent pas voir la face de Ciceson, mais vne image de l'ame& de la nature d'Antonius, lequel entre tant de mauuais actes, en fit vn feul où il y eut quelque apparence de bien, c'eft qu'il mit Philologus entre les mains de Pomponia femme de Quintus Cicero,& elle l'ayant en fa puiffance outre les autres cruels tourmens qu'elle luy fit endurer, le contraignit de coupper luy- mefme de fa chair propre par morceaux,& les roftir,& puis les manger.Ainfi l'efcriuent aucuns des hiftoriens: toutesfois Tiro qui eftoit feruiteur affranchy de Ciceron ne fait aucune mention de la trahyfon de Philologus. Mais Pay entendu que Cæfar Augufte long temps depuis alla vn iour veir vn de fes nepueux, lequel tenoit en fes mains vn liure de Ciceron,& que luy craignant que fon oncle ne fut mal content de Juy trouuer ce lure en la main, le cuida cacher fous fa robbe.Cafar le vit,& le luy prit,& en leut tout debout vne grande partie, puis le rendit au ieune garçon en luy difant, C'eftoit vn fauant homme, mon fils,& qui aimoit fort fon pays. Et apres qu'il cut desfait Antonius eftant Conful, il choifit pour fon compagnon au Confulat le fils de Ciceron, du temps duquel le Senat ordonna que les ftatues d'Antonius feroyent abbatues,& priua fa memoire de tous autres honneurs, adiouftant dauantage à fon decret que de lors en auant nul de la famille des Antoniens ne pourroit porter l'auant nom de Marcus. Ainfi la iuftice diuine fit encore tomber la fin extreme de la punition d'Antonius en la maifon de Ciceron. my pre deu BO app Che & nor LA rer me ac de gu ce & de P C FL or melque mans de la puif rer, le mor as des Cice Mair ioux Ci de Cz. tie, ant cut nau nna moicret Our ten mai LA LA COMPARAISON DE CICERON AVEC DEMOSTHENES. 629 Oyla ce qui eft peti venir à noftre conoiffance, touchât les chofes notables& dignes de memoire qu'on a mis par efcrit de Ciceró& de Demofthenes.Au demeura, laiffant à part la cóparaifon de la fimilitude ou difference de l'eloquence qui eft en leurs oraifons, il me femble que ie puis bien dire iufques là, que Demofthenes employa entierement tout tant qu'il auoit de fens& de fcience ou naturelle ou acquife en l'art de rhetorique,& qu'il furpaffa en force& vertu d'eloquence tous ceux qui de fon temps fe meflerent de haranguer& aduocaffer,& en grauité& magnificence de ftile, tous ceux qui efcriuent feulement pour monftre& pour oftentation: & endiligence exquife& artifice, tous les fophiftes& maiftres de rhetorique. Et que Ciceron eftoit homme vniuerfel meflé de plufieurs fciences,& qui auoit eftudié en diuerfes fortes de lettres, comme on peut conoiftre, par ce qu'il a laiffé plufieurs liures philofophiques qui font de fon inuention, efcrits à la maniere des philofophes Academiques:& fi peut- ou voir encore és oraifons qu'il a efcrites en quelques caufes pour s'en feruir en iugement, qu'il cerchoit les occafions de monftrer en paffane qu'il auoit conoiffance des bonnes lettres. Et dauantage peuton aufsi voir à trauers leurs ftiles quelque vmbre de leur naturel: car le ftile de Demofthenes n'a rien de gayeté, rien de ieu, ny d'embelliffement, ains eft par tout ferré,& n'y a rien qui ne preffe& qui ne poigne à bon eftiant,& ne fent pas feulement la lampe, comme difoit Pytheas en fe moquant, ains fent vn beuueur d'eau, vn grand trauail,& enfemble vne aigreur& aufterité de nature. Là où Ciceron bien fouuent vfoit du moquer iufques à approcher bien fort du plaifant& du gaudiffeur:& tournant en fes plaidoyers des chofes de confequence en ieu& en rifee, pource qu'il luy venoit à propos, oublioit quelquesfois le deHoir bien feant à vn perfonnage de grauité:& de dignité telle qu'il eftoit: comme en la defenfe de Celius, là où il dit, qu'il ne falloit point trouuer eftrange, Gen yne fi grand affluence de richeffes& de delices, il fe donnoit vn peu de bon temps& que c'eftoit vne folie de n'vfer pas des voluptez qui eftoyent licites & permifes, attendu mefmement qu'il y auoit eu des plus renommez philofophes qui auoyent colloqué la fouueraine felicité de l'homme en la volupté:& dit- on qu'ayat Marcus Cató accufé Murena, Ciceron eftant Conful le defendit,& qu'en fon plaidoyer il brocarda plaifammet toute la fecte des philofophes Stoiques à caufe de Caton, pour les eftranges opinions qu'ils tiennes qu'on appelle Paradoxes, de forte que tous le afsiftans s'en mettás Ir j CICERO: @rire haut& clair, iufques aux iuges mefmes, Caton auffi fe fouriant vn petit fe prit à dire à ceux qui eftoyent affis aupres de luy, Que nous auous vn grand rieur& vn grand moqueur de Côful, Seigneurs! Mais fans cela il femble que Ciceron a toufiours fort aimé à rire& à fe moquer, tellement que fa face mefme, feulemēt à la voir, promettoit bien vne nature ioyeufe, gaye& eniouee: là où au vifage de Demofthenes on lifoit toufiours vne actiueté, vn chagrin refueur& penfif qui ne le laiffoit iamais, de maniere que fes ennemis, comme il dit luy- mefme, l'appelloyent fafcheux& peruers. Dauantage en leurs compofitions on voit, que l'vn parle fobrement à fa louange, de maniere qu'on ne s'en fauroit offenfer, & non iamais, finon qu'il en foit befoin pour le regard de quelque chofe de confequence, au demeurat fort referué& modefte à parler de foy- mefme:& au contraire les demefurees repetitios d'vme mefme chofe, dont vfoit Ciceron à tous propos en fes oraifons, monftroyent vne exceffiue cupidité de gloire quand il crioit inceffamment, Cede la force arme e à la prudence. Le triomphal laurier à l'eloquence. Il y a plus, qu'il ne louoit pas feulement fes actes& fes faits, mais auffi les harangues qu'il auoit efcrites ou prononcees, comme s'il euft eu à efprouuer à l'encontre d'vn Ifocrates ou d'vn Anaximenes maiftre d'efcole de rhetorique,& non pas à manier& redref Eer vn peuple Romain. Champion ferme arme pefantement, Pour Pennemi attendre ouvertement. Car il eft bien neceffaire qu'vn gouuerneur d'eftat politique acquiere authorité par fon eloquence: mais d'appeter gloire par fon beau parler, ou, qui pis eft, la mendier, ceft acte de cœur trop bas & pourtat en cefte partie faut- il confeffer que Demofthenes eft plus graue,& plus magnanime, que luy mefme alloit difant, que toute fon eloquence n'eftoit qu'vne rotine acquife par long exercice, laquelle auoit encore befoin d'auditeurs qui le vouluffent ouyr patiemment,& qui reputoit fots& impertinens, comme à la verité ils font, ceux qui s'en glorifient. Cela ont- ils bien egalement commun entr'eux, que tous deux ont eu grand credit& grande authorité à prefche le peuple,& à obtenir ce qu'ils ont voulu propofer, de forte que les Capitaines& ceux qui auoyent les armes en main ont eu à faire de leur eloquence, comme Chares, Diophites,& Leofthenes fe font aidez de Demofthemes& Pompeius& le ieune Cæfar de Ciceron, ainfi que Cxfar mefine le confeffe en fes Commentaires qu'il a efcrit à A- grippa,& à Maecenas. Mais ce qui plus efprouue& qui plus defcouure la nature de l'homme, comme on dit,& comme il eft vray, c'eft la licence& l'authorité d'vn magiftrat, laquelle remile to & fair Dem preu auth gen ou Cil 110 ent fed le der me & fle ra ora me de ne YOU pas mus mais me s'il me 0 S t DEMOSTHENES. 63% ne tout tant qu'il y a de paffions au fond du cœur d'vn homme, & fait venir en euidence tous les vices fecrets qui y font cacheza Demofthenes ne l'a point eu, ny n'a point donné aucune telle preuue de foy, par ce qu'il ne fut iamais en magiftrat de grande authorité ny dignité: car il ne conduifit pas comme Capitaine general l'armee que luy mefme auoit drefiée contre Philippus: là où Ciceron fut enuoyé Quæfteur en la Sicile,& Preconful en la Cilicie& Cappadocie en vn temps que lauarice& conuoitife d'auoir eftoit fi effrenee, que les Capitaines& gouuerneurs qu'on enuoyoit pour regir les prouinces, eftimans que c'eftoit couardife de defrober, rauiffoyent ouuertement par force,& auquel teps le prendre n'eftoit pas reputé mal fait, ains celuy qui le faifoit mo derément en eftoit aimé luy au contraire y monftra vn grand mefpris d'argent,& fit conoiftre vne grande humanité, douceur & debonnaireté qui eftoit en luy.Et dedans Rome ayant efté e- fleu en apparence Conful, mais a la verité Dictateur, auec fouueraine authorité& puiffance de toutes chofes alencontre de Catilina& de fes complices, il porta tefmoignage de verité à l'oracle de Platen, lequel à dit, Que lors les villes feront à la fin de leurs miferes& mal- heurs, quand par quelque bonne& diuine fortune, puiffance grade coniointe auec fapience& iuftice fe rencontreront en vn mefme fuiet. On blafme Demofthenes d'auoir fait gain mercenaire de fon eloquece,& qu'il efcriuit fecretement vne oraifon pour Phormion,& vne autre pour Apollodorus en vne mefme caufe, où ils eftoyent parties contraires:& fut auffi noté de receuoir argent du Roy de Perfe,& de fait attaint& condamné pour l'argent qu'il auoit pris d'Harpalus Et fi d'aduenture on vouloit dire que ceux qui efcriuet cela, qui font plufieurs, ne difēt pas la verité, pour le moins eft- il impoffible de refuter ce point, que Demofthenes n'a pas efté homme de cœur aflez ferme, pous ofer franchement regarder à l'encontre des préfens, que les Roys Juy offroyent en le priant de les accepter pour l'honneur deux,& pour leur faire plaifir auffi n'eftoit- ce pas ate d'homme qui preftoit à vfure nauale la plus éxceffiue de toutes.Et à l'oppofite comme nous auons ia dit, il eft certain, que Ciceron refufa les prefens, que luy offrirent les Siciliens pendant qu'il y eftoit Quefteur,& le Roy des Cappadociens, pendant qu'il e- ftoit en Cilicie Proconful,& mefmes ceux que luy prefenterēt& le prefferent d'accepter fes amis, en bonne& groffe fomme de deniers, quand il fortit de Rome à fon banniffement. Dauantage le baniffement de l'vn luy fut honteux& infame, attendu qu'il fut bani par fentěce comme larron:& à l'autre fut auffi glorieux, que acte qu'il ait onques fait: eftant chaffé pour auoir ofté des homes peftilentieux à fon pays: pourtant ne parla- on point de celuy la depuis qu'il s'en fut allé: mais pour ceftuy- cy le Senat change * iiij 632 CICERO. de robbe,& fe veftit de dueil,& arrefta qu'il n'interpoferoit fo authorité à decret quelconque, que premierement le rapel de Ci ceron ne fut paffé par les voix du peuple.Vray eft, que Cicero paffa en oifiuité le teps de fon banniffemeteftant à ne rien faire en a Macedoine,& l'vn des principaux actes que fit onques Demofthenes en tout le temps qu'il s'entremit des affaires publiques, fut pendant qu'il eftoit en exil car il alla par toutes les villes aydant aux ambaffadeurs des Grecs,& reboutant ceux des Macedo miens: en quoy faifant il fe monftra bien meilleur citoyen, que ne firent Themiftocles ni Alcibiades en pareille fortune. Et foudain qu'il fut rappellé& retourné, il fe mit de rechef àfuiure le mefme train qu'il auoit fuiuy parauant,& continua toufiours de faire la guerre à Antipater& à ceux de Macedoine: là où Lelius en plein Senat dit iniure à Ciceton de ce qu'il fe tenoit coy fans mot dire, fors que le ieune Cæfar requit qu'il luy fuft permis de demander le Cofulat contre toutes les lois, en aage qu'il n'auoit encore poil aucun de barbe:& Brutus mefme luy reproche par lettres, qu'il auoit nourri& efleué vne plus griefue& plus grade tyrannie que celle qu'eux auoyent ruinee.Et apres tout, la mort de Ciceron eft miferable, de voir vn poure vieillard, que par bonne affection enuers leur maiftre fes feruiteurs trainoyent çà& là, cerchans tous moyens de pouuoir efchapper& fuyr la mort, laquelle ne le venoit trouuer guere de temps auant fon cours naturel,& puis enco se à la fin luy voir, tout vieil qu'il eftoit, ainfi piteufement tren cher la tefte: là où Demofthenes, quoy qu'il s'abaiffaft vn petit quand il fupplia celuy qui eftoit venu pour le prendre, fi eft- ce, qu'auoir preparé le poifon de longue main, l'auoir toufiours gar dé,& en auoir vfé comme il en vfa, ne peut eftre finon grandemét Bouable. Car puis qu'il ne plaifoit pas au dieu Neptune qu'il Bouyft de la franchile de fon authel, il eut recours, par maniere de dire, à ne plus grande, qui eft la mort,& s'y en alla, en fe ti sant foy- mefme hors des mains& des armes des fasellites d'vn tyran,& fe moquant de la cruauté d'Antipater. a d fes me le plu Jef fes efm me Com retu Lebestin DE MET RIVS DEMETRIVS MACED REX Mettres ceronch Gion en ans tous leve 030) tren - de EVX, qui furent les premiers autheurs de cefte opi nion, que les fciences& les arts reffemblent aux fens de nature, à mon aduis entendiret tres bien cefte pui fance de iuger, par laquelle tant les fciences comme les fens nous donnent iugement& conoiffance des shofes contraires: car cela leur eft commum à tous deux.Mais il y a difference dautant que les fens naturels ne referent pas les cha fes, dont ils ne nous donnent iugement& conoiffance, à vne mefme fin que font les fciences: car le fens eft vne puiffance naturelle de difcerner& conoiftre autant le blanc comme le noir,& non plus le doux que l'amer, ou le mol& enfoudrant comme le dur& le ferme: ains eft feulemet fon propre quad telles chofes, qui font fes obiects naturels, luy font prefentees, eftre par elle efmeu,& efmouuoir auffi le ingement, en rapportant à l'entendemment, coment il eft trouué affectionné. Mais les arts& fciences, qui fonc compofees auec raifon pour chofir& eflire ce qui eft bon,& pour refufer& fuyr ce qui eft mauuais, confiderent I'vn des contraires principalement& pour l'amour de foy,& l'autre accidentelle ment& pour s'en garder. Carla medecine traitte cafuellement& par accident, que c'eft que maladie,& la Mufique, que c'eft que faux accord, afin de mieux pouuoir faire le contraire, à fauoir entretenir la fanté,& faire de bons accords. Auffi teperance, iuftice, prudence, les plus parfaites fciences de toutes, ne nous donnens pas feulement conoiffance de ce qui eft honnefte, iufte& profitable: mais auffi de ce qui eft deshonnefte, iniufte& dommageable,& tant s'en faut qu'elles louent cefte fotte& niaife fimplicité qui fe glorific come d'vne belle chofe, de ne fauoir que c'eft que de mal, qu'elles reftiment vne beftife,& ignorâce des chofes que doiuent principalement fawoir ceux qui veulent viure droitemét & en gens de bien:& pource les anciens Spartiates és jours de fe DEMETRIVS 534 Ites folennelles, contraignoyent leurs efclaues, qu'ils appelloyēt Ilotes, de boire du vin fanseau outre me fure,& puis les amenoyet tous yuresés lieux où fe faifoyent leurs conuiues publiques, pour donner à conoiftre& möftrer par exemples à leurs enfans, quelle vilenie c'eft que de s'enyurer. Or quant eft à moy, ie trouue celle maniere de vouloir corriger& redreffer l'vn par deuoyer & debaucher l'autre, inciuile& inhumaine: mais peut eftre ne fera il point mauuais d'entrelaffer parmi les exemples de ces grands perfonnages, defquels nous mettos les vies par efcrit, vne couple ou deux de ceux qui eftans colloquez en degré de fouueraine au thorité& puiffance, ont vn peu trop inconfiderément abufé de leur licence, tellement que leurs vices ont efté en veué de tout le monde: non pas certainement pour donner plusgrande delectation & paffe- temps aux lecteurs, en leur monftrant comme vn tableau où il y ait de toutes fortes de peintures: mais pluftoft pource que comme Ifmenias le Thebain, monftrant à fes difciples ceux qui iouoyent bien des fluftes, auoit acouftumé de leur dire, Il faut ainfiiouer,& puis en leur monftrant ceux qui en iouoyent mal, Il ne faut pas ainfi iouer.Et come Antigenidas difoit que les ieunes gens prendroyent plus de plaifir à ouyr iouer vn bon ioueur, apres qu'ils en auroyent ouy de mauuais, anffi m'eft- il aduis que nous ferons plus encouragez& de lire& d'imiter les vies des ho mes vertueux, quad nous fauros l'hiftoire de ceux qui pour leurs fautes& vices font à bon droit blafmez: parquoy en ce prefent traité nous comprendrons les vies de Demetrius furnommé PoJiorcetes, c'eft à dire, Preneur de villes,& d'Antonius l'Empereur, qui tous deux ont porté bon tefmoignage à ce que Plato a laiffé par efcrit, à fauoir, Que les grandes natures, ainfi come elles produifent de grandes vertus, auffi produifent- elles de grands vices: pource que tous deux ont efté addonnez à l'amour, fuiets au vin, vaillans en guerre, faifans de grads dons, fuperflus, infoles,& que ils ont eu de femblables aduentures& accidens de la fortune: car non feulement ils ont eu en toute leur vie tantoft de glorieufes vi aoires,& puis de piteufes desfaites,& font venus au deffus de plu fieurs grades entreprifes,& de plufieurs auffi font decheus:& ayas efté ruinez contre l'opinion& attente de tout le monde, ont auffi efté remis fus contre toute efperance: mais ont acheué le cours de Jeur vie prefque d'vne mefme forte, I'vn eftant prifonnier entre les mains de fes ennemis, l'autre arriué bien pres d'en fouffrir autant. Pour donc venir à l'hiftoire, Antigonus eut deux fils de fa femme Stratonice, fille de Corræus, à l'vn defquels il dóna le nom de fon frere Demetrius,& à l'autre celuy de fon pere Philippus,& en cela s'accorde la plufpartde ceux qui en ont efcrit: toutesfois il y en a aucuns qui tiennent que Demetrius n'eftoit pas fils d'Antigonus, ains fon neueu mais pour autant que fon pere mourut luy te Jay a gon jeu fut qu fe ad O re VI to ent m les ieu oueur, que ho urs DEMETRI VS. 6: 5 Tuy eftant encore en fa premiere enfance,& que fa mere fe remaria incontinent à Antigonus, on eftima qu'il fuft fils dudit Antigonus: comment qu'il en foit, Philippus qui n'eftoit de guere plus ieune que Demetrius mourut. Et quant à Demetrius quoy qu'il fuft de belle& grande taille, fi n'eftoit- il pas de fi haute ftature que fon pere: mais d'vn air& d'vne beauté de vifage fi merueillez fe& fi excellente, qu'il n'y auoit ne peintre ne imageur qui peuft aduenir à le bien tirer& contrefaire nayuement apres le vif: car on voyoit en fa face vne douceur coniointe auec vne grauité, vne reuerence auec vne grace,& y reluyfoit vne heroique apparence de maiefté royale tref- difficile à reprefenter, accompagnée d'vne viuacité& gayeté de ieuneffe: mefme fon naturel& fes mœurs e- ftoyent cöpofees de telle forte, qu'elles eftonnoyent& dele& toyét tout enfemble ceux qui hantoyent& frequentoyent auec luy: car quoy qu'il fuft gay& recreatif en compagnie, quand il eftoit de Toifir,& le plus fuperflu en feftoyemens, delicat en fon viure,& diffolu en toutes manieres de voluptez& de delices, que fut onques Roy, ce nonobftant il auoit vne a& iueté tres- vehemente, vi foin preffant& diligence cótinuelle aux affaires.A l'occafion dequoy il loucit grandement& s'eftudioit à imiter Dionyfius, c'eft àdire Bacchus, entre tous les autres dieux, comme celuy qui auoit efté tref- fage& vaillant Capitaine en guerre,& qui auffi auoit bien feu tourner la guerre en paix,& en icelle prendre du bon temps& faire bonne chere. Il aimoit fingulierement fon pere,& femble que la grande reuerence& obeiffance qu'il portoit à fa me re, eftoit pour l'honneur de luy, plus à caufe de la vraye amour filiale dont il l'aimoit, que pour l'entretenir par acquit à l'occafion de fa puiffance, ny fous l'efperance de fa fuccefsio.A ce propos on lit, qu'vn iour retournat de la chaffe, il alla trouuer fon pere Antigonus come il donoit audiéce à quelques ambaffadeurs,& apres Juy auoir fait la reuerence& l'auoir baifé, il s'affit aupres de luy, tout ainfi comme il eftoit accouftré, ayant encore en la main les iauelots qu'il auoit portez à la chaffe:& lors Antigonus rappellãt à haute voix les ambaffadeurs qui s'e alloyét, par ce qu'ils eftoyee depefchez& auoyét eu refponfe: Seigneurs, dit- il, vous ferez encore ce rapport de mon fils& de moy, que voyla comment nous viuons I'vn auec l'autre Comme fi ce fuft vne grande affeurance des affaires d'vn Roy,& tefmoignage de grande puiffance, que la bonne concorde& confiance du pere au fils: tant vn empire& feigneurie eft chofe mal compagoable en toute forte,& pleine de desfiance, de foupçon& de mal vueillance: tellement que le plus grand& le plus ancien de tous les fucceffeurs d'Alexandre, fe glorifioit de ce qu'il ne craignoit point fon fils, ains le laiffeit approcher de fa perfonne, tenant vne iaueline en fa main. Toute fois cefle maifon feule, par maniere de dire, entre toutes les autres 636 DEMETRI V S. Macedonienes, s'eft maintenue& gardee impollue de telles mef chancetez, iufqu'à plufieurs degrez de fucceision:& à dire vray, il n'y a iamais eu en toute la race d'Antigonus que Philippus qui ait tué fon fils là où prefque toutes les autres maifons& races des Roys ont plufieurs exemples de ceux qui ont fait mourir leurs enfans, leurs femmes& leurs meres: car de tuer fes freres, c'eftoit- ne chofe couftumiere, dont ils ne faifoyent point de difficulté. Et tout ainfi que les Geometriens demandent qu'on leur confeffe cer taines propofitions qu'ils fuppofent fans le prouuer, auffi eftoitce comme va principe que fe permettoyent ces Roys- la pour la feurté& la conferuation de leur eftat.Mais encore pour plus amplement monftrer que la nature de Demetrius eftoit benigne& debonnaire,& qu'il portoit grande affection à fes amis, on en peut alleguer c'eft exemple: Mithridates le fils d'Ariobarzanes eftoit fon familier& ami, pource qu'ils eftoy et tous deux quafi d'vn aage & fuyuoit ordinairemét la cour d'Antigonus, fans qu'il procuraft ne machinaft à l'encontre de luy aucunemefchäceté ne trahy( on, se qu'il fuft tenu pourtelineantmoins Antigonus entra en quelque foupçon de luy, à caufe d'vn tel fonge: Il luy fut aduis qu'en paísat par vn beau& grand champ, il y femoit de la limeure d'or,& que de cefte femence, il fourdit premierement vn beau bled qui auoit les efpics d'or: mais que peu apres quand il y retourna, il n'y trou ua plus rien, finon le chaume tout fie:& comme il en fuft fort def plaifant& marry, il ouyt quelques vns qui luy dirent, que ce a- Bojt efté Mithridates qui auoit moiffonné le bled d'or& l'auoit emporté au pays de Pont. Antigonus grandement troublé de ce fonge, apres auoir fait iurer à fon fils qu'il n'en diroit iamais riée à perfonne luy conta tout au long la vifion qu'il auoit eue,& comme il auoit totalement refolu d'ofter& faire mourir ce ieune ho me.Demetrius en fut merueilleufement marry,& pource le lendemain que ce ieune feigneur l'alla voir pour deuifer& paffer le temps auec luy, comme il auoit de couftume, il ne luy ofa pas defcouurir ne dire de bouche, à caufe qu'il auoit iuré: mais le retirant vn petit à part de fes autres familiers, quand ils furent eux deux tout feuls à l'efcart, il efcrinit en terre du bout d'vn ianelor, l'autre Pourantat prefent& regardant, Fuy t'en Mithridates. Mithridates entendit qu'il difoit incontinent ce qu'il vouloit dire,& s'en finyt la nuit mefme en la que accord et Cappadocie:& en peu de temps fa deftinee fit fortir à effet& acdifcord e- complit la vifion qu'Antigonus auoit eue de luy: car il conquit de fayet les can belles& grandes terres,& fut celuy qui eftablir la maifon& la ra fes efficientes ce des Roys de Pont, que les Romains desfirent puis apres enuiró de la genera la huiftieme fucceffion. Partels argumens& exemples peut- on tion cor- affez conoiftre la douceur& bonté naturelle de Demetrius. Or reption de tout ainfi come entre les elemens, feló l'opinió d'Empedocles, il y tenses chefs. a soufiours* noife& debat, mais principalement entre ceux qui fe joignen Boign Seller muell appa ries Vou pou to no fe Te الت far lo Ja en re m C muck palsa DEMETRIVS. 637 Toignent& qui touchent les vns aux autres: aufsi cobien qu'vniuer fellement entre tous les fucceffeurs d'Alexandre, il y euft vne cöti nuelle guerre ou mal- vueillace: toutefois elle eftoit toufiours plus apparente& plus enflämee entre ceux de qui les terres& feigneu ries confinoyent les vnes aux autres,& qui auoyent à caufe de ce voifinage, quelque chofe à demefler enfemble, comme elle eftoit pour lors entre Antigonus& Ptolomæus.Ceftuy Antigonus faifoir fa refidence ordinaire au pays de Phrygie:& eftat aduerty quePto lomæus eftoit paffé en Cypre& qu'il couroit& fourrageoit toute la Syrie, reduifant ou de gré, ou par force, toutes les villes& citez en fon obeyffance, y enuoya fon fils Demetrius, qui n'auoit encore que vingt& deux ans,& eftoit la premiere fois qu'il auoit eu la charge de lieutenant general de fon pere, en chofe de grande importance. Mais comme celuy qui eftoit ieune& non affez experimenté au fait de la guerre, fe trouuant en champ de bataille à l'en contre d'vn vieil routier, nourry en l'efchole& fous la difcipline d'Alexandre le grand,& qui par foy mefme& en fon nom, auoit defia conduit plufieurs grandes batailles il fut vaincu& fon armee mife en route pres laville de Gaza: en laquelle desfaite il mou rut cinq mille hommes,& en fut pris huict mille,& y perdit dauam tage Demetrius fes tentes& pauillons, fon or& fon argét,& brief, tous fes meubles& tout fon bagage entierement: lefquelles chofes Ptolomæus luy renuoya toutes,& fes amis aufsi qui auoyent e- fté pris en la bataille, auec vne gracieufe& courtoife parole, qu'il ne falloit pas combattre à Pencontre d'eux pour toutes chofes enfemble, ains feulement pour l'honneur& l'empire. Demetrius en les receuant fit prieres aux dieux qu'il ne demeuraft pas long téps redeuable de cefte courtoifie enuers Ptolomæus, mais que bie toft il luy peut rendre la pareille.Et ne s'eftonna point, comme eut fait quelque autre ieune home, qui tout au comencement de fes entre prifes auroit receu vne telle fecouffe, ains comme vn vieil& fage Capitaine qui fouuent auroit effayé les mutations de fortune, mit peine de ramaffer gens, de faire forger harnoys,& retenir en fon obeiffance les villes& pays fous fa main, en exercitant& duifane aux armes les foldats qu'il auoit r'alliez. Antigonus ayant eu nouuelles de cette defconfiture, ne dit autre chofe, finon, que Ptolomaus auoit lors vaincu ceux qui ne portoyét point de barbe, mais que cy apres il combatroit contre hommes faits& portans barbe. Toutefois ne voulat point abattre ne raualler le cœur de fon fils, qui luy demanda congé de pouuoir encore vn coup effayer le cobat cotre Ptolomaeus, il ne luy refufa point ains luy permit.Et pet de temps apres vint Cilles lieutenant general de Ptolomæus auree vne groffe& puiffante armee, pour le chaffer& le depoffeder entierement de toute la Syrie: car defiane faifoit- on pas grand conte de luy a caufe qu'il auoit vne fois efté vaincu mais Demetrius l'al 638 DEMETRIVS: la furprendre& charger au defprouueu,& l'effraya tellemer, que il prit enfemble le camp& le Capitaine, auec enuiron fept mille prifonniers,& gaigna vne bien groffe fomme d'argent, dont il fut tref- ioyeux, non tant pour le gain qui luy en deuoit demeurer, que pour auoir moyen d'acquitter fa dette:& ne fut pas tant aife de la richeffe ny de la gloire qu'il auoit acquife par ceftevictoire, comme d'auoir l'opportunité& le moyen de remunerer la gracicufeté& honefté, de laquelle Ptolomæus auoit vfé enuers luy, & neantmoins encore ne le fit- il pas de fon authoritépropre, ains en efcriuit à fon pere: puis quand fon pere luy eut ottroyé& donné entiere permiffion d'en faire du tout à fa volonté, il renuoya adone Cilles à Ptolomæus,& tous fes autres amis auec grands& riches dos qu'il leur donnalargement.Cefte mefme aduéture debouta totalement Ptolomæus de la Syrie,& tira Antigonus hors la ville de Celænes pour la grande ioye qu'il eut de cefte victoire, & pour l'ardent de fir de voir fon als, lequel tantoft apres il enwoya contre les peuples d'Arabie, qu'on nomme Nabathziens, pour les fubiuguer& mettre en fon obeiffance, là où il encourut vn trefgrand danger, par ce qu'il fe trouua en lieux deferts, où il n'y auoit nulles eaux: mais il ne monftra iamais figne ny apparence d'en eftre efpoumanté:& pource eftonna- il tellement les Barbares, qu'il eut loifir de fe retirer à fauucté auec vn gros butin,& bien fept mille chameaux qu'il en ramena. Enuiron lequel temps Seleucus, qui auoit efté chafsé de Babylone parAntigonus, & depuis y eftoit retourné,& l'auoit reconquife fans autre fecours que de foy- mefme, s'en alla auec groffe puiffance contre les peuples& nations qui confinent aux Indes& és prouinces qui font à l'entour du mont de Caucafe pour les conquerir. Et pourtant Demetrius efperât trouuer la Mefopotamie fans aucune defenfe, paffa foudainement le fleuve d'Euphrates,& fe coula deuant que on s'en apperceuft iufqu'en Babylone, là où il força la garnifon de Seleucus qui gardoit vn des chafteaux& fortereffes de la cité, car il y en auoit deux,& y laiffa fept mille homes de guerre pour la luy garder: puis commanda au refte de fes gens qu'ils fiffent leur profit,& priffent tout ce qu'ils pourroyent porter ou emmener du pays:& cela fait il fe mit en chemin pour retourner vers la mer, laiffant en ce faifant l'eftat& le royaume de Seleucus mieux eftably& plus affeuré qu'il n'eftoit auant qu'il y entraft. Caril fembloit bien qu'il euft quitté à Seleucus le pays comme celuy auquel il n'auoit rien en le pillant& fourrageat ainfi.A fon retour il cut nouuelles que Ptolomæus eftoit au fiege deuant la ville de Halycarnaffus: fiy alla en grande diligence pour luy faire leuér le fiege,& luy ofta par ce moye la ville d'entre les mains.Et pour ee que de ceft exploit leur vint vne trefglorieufe renommee, tous deux, Antigonus& Demetrius, entrerent en vn merueilleux defir d'af Paffra RUS ne fit iufte Poun doit rir g fult ent cer nus tre pre pou n'y ce & re de to en a vers rien yau Il e Hoy & c taft. qu'on pour men IS Cour 323 DEMETRIVS. 639 d'affranchir& remettre en liberté toute la Grece, laquelle Ptolo mæus& Caffander tenoyent en feruitude: Iamais Prince ne Roy ne fit entrepriſe de guerre plus glorieufe, plus honnorable, ne plus iufte que celle- la: car tout tant de puiffance& de cheuance qu'il pouuoit amaffer, en foulant& chargeant les Barbares, il le defpen doit à remettre les Grecs en leur liberté, pour feulement en acque rir gloire.Ainfi donc comme il eftoyent en deliberation,& confultoyent comment ils deuoyent acheminer& conduire leur entreprife, ayans arrefté en leur confeil qu'il failloit coramencer à Athenes, I'vn des premiers& principaux amis d'Antigonus fe prit à dire, qu'il fe falloit emparer de celle eité,& mettre bonne garnifon dedans pour eux, s'ils la pouuoyent vne fois prendre, pour autant, difoit il, que ce fera vne bonne planche pour paffer& monter au deflus de toute la Grece. Antigonus n'y voulut point entendre, ains dit, que l'amitié& bien- vueillan ce des hommes eftoit vne bien meilleure& plus feure planche, & que la cité d'Athenes eftoit comme vne guette de toute la terre, laquelle incontinent feroit refuire par tout le monde la gloire de fes geftes, comme vn brandon qui flamboye deffus vne haute tour.Ainfi Demetrius fe mit à la voile ayant cinq mille talens* Trois mil en argent, auec vne flotte de deux cens cinquante voiles,& cingla lions d'or. vers la ville d'Athenes, dedans laquelle eftoit Demetrius Phalerien qui la tenoit& gouuernoit pour& au nom de Caffander,& y auoit groffe garnifon dedans le port& fortereffe de Munychia. Il eut bon vent& temps à gré, tellement qu'auec la bonne prouuoyance& diligece qu'il y mit il arriua au port de Piræe le vingt & cinquieme iour du mois de May, deuant que perfonne s'en dou taft.Car mefme quandcefte flotte de nauires fut approchee fi pres qu'on la pouuoit de la ville choisir à l'oeil, chacun s'appareilla pour les receuoir, penfant que ce fuffent les nauires de Ptolomæus. A la fin les Capitaines, apres auoir trop tard conu au vray que c'eftoit, fe tirerent en auant pour y cuider remedier. Si y eut vn grand tumulte& grand trouble, comme on peut bien penfer, à caufe qu'ils eftoyent contraints de combattre en defor dre pour engarder de prendre terre& rebouter leurs ennemis qui les venoyent furprendre au defprouueu. Car Demetrius ayant trouué les bouches des haures toutes ouuertes, fe lança foudainement au dedans: fi fut tantoft en veuë de tout le monde,& deffus fa galere monftra par fignes de la main qu'il demandoit filence, & qu'on luy donnaft audience. Puis quand le tumulte& le bruit fut vn peu appaifé, il fit proclamer à haute voix par l'vn de fes He rauts, qui eftoit de cofte luy, que fon pere l'auoit enuoyé pour à la bonne heure deliurer les Atheniens de toute garnifon,& les remettre en leur liberté& franchife ancienne, en leur rendant leurs Joix, leur gouuernement& police telle que l'auoyent de tout 640 DEMETRIVS. eemps eue leurs anceftres.Ce qu'ayant efté proclamé haut& clairs tout le menu peuple incontinent pofa les armes,& mirent tous terre leurs pauoys& boucliers deuät leurs pieds pour battre des mains l'vne contre l'autre, auec grandes acclamations de 1oye, le prians de vouloir defcendre en terre,& l'appellans à haute voix jeur bien- faiteur& fauueur. Quant à ceux qui eftoyent auec De metrius Phalerien, ils furent bie tous d'aduis qu'il falloit receuoir & laiffer entrer celuy qui eftoit le plus fort, combien qu'il ne fift riende ce qu'il promettoit,& neantmoins encore enuoyerent- ils vers luy des amballadeurs pour l'en prier.Demetrius les ouyt gra eieufement,& enuoya quat& eux pour les afleurer, I'vn des plus grands amis de fon pere, Ariftodemus Milefien:& fi ne mit pas à nonchaloir le faut& la feurté de Demetrius Phalerien, lequel à caufe du changement de la police,& du gouuernement de la cho Te publique, auoit plus grande crainte du peuple Athenien, que non pas des ennemis. Mais ayant en reuerence& recommandas tion la renommee& la vertu du perfonnage, le fit conduire iufquer à Thebes, comme il le voulut, auec bonne& fuffifante garde.Et de luy, combien qu'il euft grand defir de voir la ville, fi ditil, qu'il n'y entreroit point, que preallablement il ne l'euft remiſe en pleine& entiere franchife,& chaffé la garnifon qui y eftoit: à l'occafion dequoy il fit enclorre& enuironner de foflez& de palliz la fortereffe de Munichia:& cependant pour ne perdre teps il fe mit à la voile vers la ville de Megare, dedans laquelle Caf fander tenoit aufsi bien garnifon. Mais en ces entrefaites il fut aduerty que Cratefipolis, laquelle auoit efté femme d'Alexandre furnommé Polyperchon, Dame de beauté excellente& tr.f renommee, qui fe tenoit pour lors en la ville de Patras, le verroit volontiers: parquoy laiffant fon armee dedans le territoire des Megariens, il fe mit incontinent en chemin droit celle part, auec bien petit nombre de fes gens, les plus difpos& plus legerement armez:& puis encore fe defroba- il d'eux,& fit faire fon logis à l'ef cart, à celle fin que cefte Dame ne fuft point apperceue quand elle le viendroit voir.Quelques vns de fes ennemis en furent auffi toft aduertis, qui luy allerent incontinent courir fus en furfaut à limprouueu, dont Demetrius fut fort effrayé,& n'eut loifir que de s'affubler d'vn mefchant manteau le premier qu'il peut trouuer, auec lequel il fe fauua de vifteffe, tellement qu'il s'en fallut bien peu, que pour fon incontinence il ne fut pris tres- honteufement par fes ennemis: mais au moins emporterent ils auec eux fa tente& tout l'argent qui eftoit dedans. Depuis la ville de Megare fut prife fur les gens de Caffander,& la vouloyent les foldats de Demetrius piller& faccager mais les Atheniens auec humbles prieres intercederent pour eux, qu'ils ne fuffent abandonnez au pillage.Parquoy Demetrius apres en auoir ietté hors toute toute En ce f perfon Ylure & luy qui f perfo wes d tant en s Tud tout nes, fa la te la de f peu nem leur Bled au no moyen goune perdu la gue presl gouuer appare ed'vn Demet benef grands& ale top DIE TOW donner annue Canet ec ng ef nd uf ut ue U lus fe eux Me fol uec Danhors Coute remile de DEMETRIVS. 641 toute la garnifon de Caffander, la remit en fa pleine liberté. Es en ce faifant il eut fouuenance du Philofophe Stilpon, grand perfonnage& fort renommé, quoy qu'il euft efleuvne façon de viure loin d'affaires en paix& en tranquilité: il l'enuoya querir, & luy demanda fi aucuns de fes gens auoyent point pris chofe qui fut à luy Stilpon luy refpondit que non: car ie n'ay, dit- il veu perfonne qui m'ait emblé ma fcience.Toutefois les ferfs& efclaues de leurs villes auoyent efté prefque tous defrobez. Et purtant comme Demetrius vne autrefois luy fift careffe,& lujidift en s'en allant, Orçà, Stilpon, ie vous laiffe voftre ville franche: Tudis la verité, Sire, refpondit Stilpon: car tu ny as pas laiffé vn tout feul ferf.Tantoft apres il s'en retourna vne autre fois à Athe nes,& mit le fiege deuat le fort de Munychia, lequel il prit& for ça la garnifon qui eftoit dedans: puis raza rez pied rez terre toute la fortereffe.Cela fait, à la femöce des Atheniés qui le prioyet de fe venir refrefchir en leur ville, il y entra,& fit affebler tout le peuple, auquel il redit fon anciene liberté& enfemble le gouuernement de la chofe publique, leur promettant dauantage qu'il leur feroit enuoyer par fon pere cent cinquante mille minots de bled,& tant de bois& de marrien qu'il en faudroit à faire iufques au nombre de cent cinquante galeres. Ainfi les Atheniens par le moyen de Demetrius, recouureret la Democratie, c'eft à dire, le gouuernemet de l'eftat populaire quinze ans apres qu'ils l'auoyet perdue,& vefcurent tout le temps& efpace d'entre deux, depuis la guerre qu'on appelle Lamiaque,& la bataille, qui fut donnee pres la ville de Cranon en eftat d'Oligarchie, c'eft à dire, fous le gouuernement d'vn petit nombre de gouuerneurs, au moins en apparence,& à la verité en Monarchie, c'eft à dire, fous la condui te d'vn feul ayant toute puiffance, pour la grande authorité de Demetrius le Phalerien. Mais ils rendiret leur bien faiteur Demetrius, qui fembloit auoir acquis tant de gloire& d'honeur par fa beneficence, odieux& enuié de tout le monde, pour les trop grands& defmefurez honneurs qu'ils luy decernerent: car tout premierement, ils appellerent Antigonus& Demetrius Roys, lef quels auparauant auoyent toufiours refufé& reietté se nom- là,& auquel feul entre toutes les autres preemineces, priuileges& prerogatiues des Roys, ceux qui auoyent party& diuifé entre eux l'empire de Philippus& d'Alexandre, n'auoyent encore iamais ofé toucher ny l'vfurper. Dauantage ils furent feuls, qui leur donnerent le titre de dieux fauueurs,& abolirent leur Preuoft annuel, qu'ils appelloyét Eponymos, pour autat que de toute ancienneté on denommoit& fpecifioit les annees par le nom de celuy qui l'eftoit: au lieu duquel ils arrefterent en confeil de ville, que tous les ans par les voix du peuple feroit efleu vn qu'on nommeroit le preftre des dieux fauueurs, le nom duquel on efff j I 642 DEMETRI V S. crioit en tous contracts& tous actes publiques, pour ſpecifier l'annee: outre qu'au voile ou banniere facree en laquelle eftoyét les images des dieux, patrons& protecteurs de la ville, portraits de broderie, on y feroit encore pourtraire leurs figures. Dauantage ils confacrerent le lieu auquel Demetrius eftoit premierement defcendu de fon chariot en terre,& y drefferent vn autel, lequel ils nommeret l'autel de la defcete de Demetrius:& àleurs lignees en adioufterent deux, l'Antigonide& la Demetriade. Le grand confeil, qui fe creoit tous les ans de cinq cens hommes, fut lors premier eftably de fix cens, pout autant qu'il falloit que chafque lignee fournift& creaft de fon corps cinquante cofeillers: mais encore le plus eftrange trait,& la plus nouuelle inuétion de flatterie de Stratocles( car c'eftoit luy qui inuentoit& mettoit en auant toutes ces belles flatteries) fut qu'il propofa vn decret, par lequel il fut ordonné que ceux qu'on enuoyeroit publiquement deuers Antigonus& Demetrius feroyent appellez au lieu d'ambaffadeurs Theori, qui vaut autant à dire comme, les commiffaires des facrifices: car ainfi eftoyet appellez ceux qu'on enuoyoit ou en Delphes vers Apollo Pythien, ou en Elide vers Iupiter Olympien aux feftes& folennitez publiques de toute la Grece, pour faire les facrifices& oblations ordinaires pour le falut des villes.Ce Stratocles en toutes autres chofes eftoit homme temeraire,& qui auoit toufiours mené vne vie mefchante& defordonnee,& pour fon impudence effrontee fembloit fortimiter la folle hardieffe& temeraire infolence de laquelle anciennement Cleon auoit vfé enuers le peuple.Il tenoit publiquement en fa maifon vne concubine, qui auoit nom Phylacion. Vn jour qu'elle luy auoit acheté pour fon foupper des teftes& cols des beftes qu'on mange ordinairement, il luy dit, Comment tu m'as acheté ce dequoy nous iouons à la pelote entre nous autres qui manions la chofe publique. Vne autrefois comme l'armee de mer des Atheniens euft efté desfaite aupres de l'ifle d'Amorgos, il fe hafta de preuenir ceux qui en apportoyent les nouuelles,& s'en vint tout le long de la rue du Ceramique, couronné de chappeaux de fleurs, comme files Atheniens euffent gaigné la batailJe,& fut autheur d'vn decret, par lequel on facrifia aux dieux pour leur rendre grace de la victoire,& diftribua- on par les lignees de la chair pour vne publique refiouy flance: mais tantoft apres arriuerent ceux qui apportoyent les reliques du naufrage de celle desfaite: le peuple en fut grandement mutiné,& le fit appeller en courroux,& il eut bien l'impudence de s'aller prefen ter,& fouftint auec vne grande arrogance le mefcontentement du peuple, leur difant tout fierement, Et puis, quel tort vous ay- ie fait, fi ie vous ay tenu bien aifes l'espace de deux iours? Telle& fi grande eftoit l'infolence& la temerité de ceftuy Stratocles: mais mais c Cari mit e droi reill celu cen nale tue, mol de I qu'i pell mo mo fen ona avea proce billon lieu& beur d té de en cel chus, o fait ce brune choren ET CO pelle meis qu'on de ven Dute la Je faomte& 20Va ols tu res de OS, & apaileux slintoft frage le fit prelen ement say- ie elle& ocles: mais DEMETRIVS. mais comme dit le poete Ariftophanes. Il y auoit chofe plus chaude encore. Que n'eft le fen, qui tout mine deuore. 543 Car il y en eut vn autre qui paffa en impudence ce Stratocles,& mit en auant vn decret, que toutes les fois que Demetrius viendroit en la ville, on le receuft auec toutes telles ceremonies& pareille folénité, qu'o vfoit és feftes de Ceres& de Bacchus,& qu'à celuy qui furpafferoit tous les autres en fomptuofité& magnificence d'appareil, quand Demetrius entreroit en la ville, on dou naft du public tant d'argent qu'il en faudroit à faire quelque fta tue, ou autre offrande qu'on confacreroit aux temples en memoire de fa liberalité.Outre plus ils changerent le nom du mois de Ianuier,& l'appellerent Demetrien,& le dernier iour du mois qu'ils appelloyent parauant la vieille& nouuelle Lune, ils l'appellerent lors la Demetriade: les feftes de Bacchus qu'on nommoit Dionyfia, ils les furnommerent Demetria. Mais les dieux monftrerent par plufieurs fignes& prefagesqu'ils en eftoyent offenfez car la banniere en laquelle comme il auoit efté ordonné, on auoit fait portraire les images d'Antigonus& de Demetrius auec celles de Iupiter& de Minerue, ainfi qu'on les portoit en procefsion par la rue du Ceramique, il fe leua vn orage& eftourbillon de vent fi impetueux, qu'il la defchira en deux par le milieu:& tout à l'entour des autels qui auoyer efté dreffez en l'honneur de Demetrius& d'Antigonus, la terre produifit vne quantité de ciguë, laquelle autrement à grande peine pouuoit croiftre en cefte terre- là:& le propre iour qu'on celebre la fefte de Bacchus, on fut contraint de remettre la pompe ou procefsion qui fe fait ce iour- là, tant il auoit gelé hors de faifon:& tomba tant de bruine& de grefil, que non feulement les vignes& les oliues gelerent, mais aussi la meilleure& plus grande partie des bleds qui eftoyent encore en herbe. Au moyen dequoy, le poëte comique Philippides ennemi dudit Stratocles en vne fiene comodie efcriuit contre luy des vers de telle fuftance. Celuy qui a par fon impieté Contre les dieux immortels caufe efté, Que la bruine à nos vignes gelees, Que le fainct voile en deux parts violets A par Peffert d'vn vent eftéfendu, Attribuant aux hommes ce qui deu Eftfeulement à nature diuine, 19 Ceft luy tout feul, non autre, qui ruine L'authorité du peuple, quoy qu'il die A tort que c' fela poure Comedie. Ceftuy Philippides eftoit familier& bien voulu du Roy Lyfima chus, en forte pour l'amour de luy, ce Roy auoit fait beaucoup 11 644 DEMETRIVS. de bien& de plaifir à la chofe publique d'Athenes: car il l'auoit tat agreable, toutes les fois qu'il le voyoit ou qu'il le rencôtroit fur le comencement d'vne guerre ou de quelque autre affaire de grande confequence, il luy fembloit que cela luy portoit bonne encontre: fi n'eftoit pas feulement aimé& eftimé pour l'excellece de fon art, mais aufsi pour fes bonnes& louables cöditions: car il n'eftoit point fafcheux, ny entaché de curieufe affeterie de cour, comme il monftra bien vn iour que le Roy le careffoit,& uy difoit d'vn bon vilage. Que veux- tu que ie te departe de mes Ibiens, Philippides? Ce qu'il te plaira refpondit- il, Sire, pourueu que ce ne foit point de tes fecrets. Nous auons bien voulu dire cela de luy en paffant tout expreffément pour mettre à l'encôtre de ceft effronté harangueur de peuple vn honefte ioueur de comadies: mais encore yeut- il vn autre Democlides dubourg de Sphet tus, qui fongea vne plus extrauagate& plus eftrage façon d'honneur touchant la dedicaffe& confecration des boucliers, qu'on dedioit au temple d'Apollo en la ville de Delphes, c'eft à fauoir, qu'on en allaft demäder l'oracle à Demetrius: mais il vaut mieux coucher tout au log la teneur& les propres termes du decret qui fut tel: A la bone heure: le peuple ordonera, qu'il foit efleu vn des citoyens d'Athenes, lequel fe tranfportera par deuers noftre fauueur:& apres luy auoir deuëment facrifié, demadera à Demetrius noftre fauueur, en quelle forte& maniere le peuple pourra le plus fain& temet& le plus deuotemet fans delay faire la cófecration& offrande des fain& s dons:& felon l'oracle qu'il luy en aura pleu reueler, le peuple le mettra en execution. Ainfi en efpandant toutes ces moqueries fur ceft homme, qui au demeurant ne eftoit pas guere fage, ils le gafterent& l'affolerent encore dauatage. Mais pour lors eftat de loifir à Athenes, il efpoufa vne vefue nommee Eurydice, laquelle eftoit de la noble& anciene maifon de Miltiades,& auoit efté mariee à vn nommé Opheltas, prince de la prouince Cyrenaique,& apres fa mort s'en eftoit retournee à Athenes: duquel mariage les Atheniens furent fort ioyeux,& eftimerent que c'eftoit le grand honneur de leur ville, penfans qu'il l'eut fait pour l'amour d'eux: mais il eftoit ainfi prompt& aifé à faire noces, tellemens qu'il auoit toufiours enfemble plufieurs femmes efpoufees, entre lefquelles toutesfois Philla eftoit celle qui auoit le plus d'honeur& plus d'authorité, en partie pour le regard de fon pere Antipater,& en partie aufsi, pource qu'elle auoit efté en premieres noces mariee auec Craterus, que les Macedoniens auoyent plus aimé en fa vie,& plus regreté apres fa mort que nul de tous les autres fucceffeurs d'Alexandre.Son pere la luy auoit fait efpoufer, à mon aduis, par force, quoy qu'elle ne fuft pas d'aage fortable à luy: caril eftoit fort ieune& elle defja fur- aage:& comme Demetrius monftraft n'en eftre point content cat, fon Renco Mais qu'à f gong marie tre pri En ces alenco force entre Coup tir, il noit a de Si liberte mit à la vaing apres P puiffand de br omæus f oit fag roit aux fare co elailer& anions chacun q royaum le candi vaut m decret eu yn des fre lau metrius urra le fecra en au elmanCipall int ne dauarefue ifon rince rnee ,& fans pt& plu eftoit e pour qu'elle es Mapres fa on pequ'elle le def It con ten DEMETRI V S. ent, fon pere luy dit tout bas en l'oureille. Outre fon gréprendre femme il conuient Contre nature, où le profit en vient. Rencontrant affez à propos fur ces vers d'Euripides, Outre fon gré afferuir fe conuient Contre nature, où le profiten vient. 645 Mais tel eftoit l'honneur que Demetrius portoit tant à Philla qu'à fes autres femmes efpoufees, qu'il auoit toufiours fans vergongne alentour de luy plufieurs courtifanes& autres femmes mariees, defquelles il vfoit:& fut blafmé d'eftre plus que nul autre prince ne Roy de fon temps, fuiet à ce vice& à cefte volupté. En ces entrefaites il fut mandé par fon pere pour aller combatre alencontre de Ptolomæus pour le royaume de Cypre. Si luy fut force d'obeyr, combien qu'il fuft bien marry de laiffer la guerre entreprife pour la deliurance de la Grece, laquelle eftoit beaucoup plus honnorable& plus glorieufe: toutefois auant que partir, il enuoya deuers Cleonides Capitaine de Ptolomæus, qui tenoit auec groffe& puiffante garnifon les villes de Corinthe& de Sicyone, luy offrir de l'argent s'il vouloit laiffer ces villes en liberté: à quoy Cleonides ne voulut entendre. Et pourtant Demetrius monta incontinent fur mer,& auec toute fon armee fe mit à la voile droit la route de Cypre, là où de premiere arriuee il vainquit en bataille Menelaus frere de Ptolomæus: mais vn peu apres Ptolomæus y alla luy- mefme en perfonne auec vne groffe puiffance tant par mer que par terre,& là y eut de fieres menaces & de braues paroles qu'ils fe firent porter l'vn à l'autre: car Ptolomæus manda à Demetrius qu'il fe retiraft de bonne heure, s'il eftoit fage, deuant que toute fon armee fuft affemblee qui le fou leroit aux pieds,& luy pafferoit fur le ventre s'il l'attendoit:& de l'autre cofté Demetrius luy manda, qu'il luy feroit cefte grace de le laiffer efehapper s'il vouloit iurer& promettre de retirer les garnifons qu'il auoit dedãs les villes de Corinthe& de Sicyone. Ainfi l'attente de cefte bataille tenoit en grand foucy& en grande deftreffe non feulement ces deux Princes qui deuoyent combatre l'vn côtre l'autre, mais aufsi tous les autresfeigneurs, Princes& Roys, à caufe que l'iffue eftoit encore incertaine,& ne fauoit- on qui en deuoit auoir le meilleur: mais bien fembloit- il à chacun que la victoire ne donneroit pas feulement au vainqueur le royaume de Cypre& de la Syrie, mais le rendroit incontinent le plus grad& le plus puiffant de tous les autres.Ptolomæus doc luy- mefme en perfonne auec cent cinquante voiles commeça à voguer de front contre fon ennemi,& donna charge à Menelaus fon frere que quand il les verroit joint au combat à coups de main,& qu'ils feroyent au plus fort de la meflee, il fortift du port de la ville de Salamine,& qu'il vinft charger par derriere 646 DEMETRI V S. vaiffeaux de Demetrius, pour les efcarter& rompre leur ordon nance auec foix ante Galeres dont il auoit la conduite. Mais d'au tre cofté, Demetrius ordonna dix galeres àlencontre de ces foixa te, penfant que c'eftoit affez pour fermer l'emboucheure& l'iffue du port qui eftoit petite& eftroire, de façon que nulle de celles qui eftoyent dedans n'en peuft fortir:& au refte il efpandit fon armee de terre fur les pointes& rochers qui fortent auant en la mer à l'enuiron,& puis fe tira luy- mefme en pleine mer auec cet quatre vingt galeres,& alla charger celle de Ptolomæus de fi grande impetuofité&& auec tel effort, qu'il torna vaillamment Ptolomæus en fuyte, le quel incontinent qu'il vit fon armee rom pue fe mit auffi à fuyr le plus legerement qu'il peut auec huit ga ieres tät feulemét: car il ne s'en fauua que ces huit- la feules, pour ce que des autres les vnes furent brifees& mifes à fond en combatant,& les foixante& dix prifes auec tous les gens de guerre q eftoyent dedans.Quant au demeurant du bagage de fon train, fes amis, fes officiers au feruiteurs domeftiques, fes femmes,& dauž tage fon or& argent, armes, engins de batterie,& toute autre tel le munition de guerre qui eftoit és carraques& groffes naues à l'ancre, il n'en efchappa rien que tout ne vinft en la puiffance de Demetrius,& qui ne fuft pris& mené en fon camp: entre lequel butin fe trouua celle tant renommee courtifane, Lamia, laquelle au commecement auoit efté requife& renomee feulement pour fon art, à caufe qu'elle iouoit affez bien des fluftes; mais depuis quand elle commença à mener le train de courtifanie, elle fut en bien plus grande vogue que deuant: tellement que lors, encore qu'elle fuft defia au declin de fon aage& de fa beauté,& qu'elle euft trouué Demetrius beaucoup plus ieune qu'elle, fi eft- ce que elle le gaigna& le retint par fa douceur& bonne grace, de forte qu'il eftoit amoureux decelle- la feule,& toutes les autres femmes amoureufes de luy. Apres cefte vi& toire nauale, Menelaus mefme ne refifta plus, ains rendit à Demetrius la ville de Salamine& fes nauires,& luy mit entre fes mains douze cens hommes de cheual, auec douze mille hommes de pied tous bien armez.Cefte victoi re qui de foy mefme eftoit fi glorieufe& fi triomphante, fut enco re embellie dauantage par la bonté& humanité grande, de la quelle vfa Demetrius, en faifant faire honorables& magnifiques funerailles à fes ennemis qui auoyent efté tuez en la bataille, en laiffant aller francs& fans payer rançon, ceux qui y auoyent eſté pris prifonniers.& en donnant dauantage douze cens harnoys complets de toutes pieces aux Atheniens. Cela fait il enuoya de uers fon pere, Ariftodemus Milefien, pour luy annoncer de bou che les nouvelles de cefte victoire.Or eftoit ce le plus grand flateur qui fuft en toute la cour d'Antigonus, lequel s'eftudia lors, comme ie croy, d'adioufter à ceft exploit le comble de toute flaterie ro lu de ce del VOI nus trius terie re, bou alla te al te P VI m ce C V a depen Con es mes,& es naues fance de lequel quelle t pour depuis fut en ncore v'elle que Horte mes efme fes enal, idoi enco de la fiques Fille, en ent efte arnoys oya de de bou nd fla alors, ute fla teri DEMETRI V S. 647 terie. Cár eftät paffé de l'ifle de Cypre en la terre ferme, il ne vou lut pas que la nauire, fur laquelle il eftoit venu, approchaft de ter re, ains commanda qu'on iettaft les ancres,& que perfonne ne bougeaft de la nauire: luy feul en fortit fur vn petit efquif,& s'en alla deuers Antigonus, lequel eftcit pendant en merueilleufe dou te& crainte de l'iffue de cefte bataille, pafsionné comme il eft aifé de croire, que le font ceux qui auec vne telle deftreffe attendent la fin incertaine de fi grandes chofes:& lors quand on luy vint dire que celuy- là venoit tout feul vers luy, il fut encore plus troublé que deuant, tellement qu'à peine fe pouuoit- il luymefme contenir au logis,& enuoyoit de fes feruireurs& amis les vns fur les autres au deuant de ceft Ariftodemus, pour luy demander,& luy venir viftement redire, quelle auoit efté l'iffue de ceft affaire: mais il ne refpondit iamais rien à perfonne, ains mar cha toufiours lentement pas à pas auec vne contenance graue,& vn vifage compofé, gardant vn merueilleux filence:& pourtant Antigonus totalement, efperdu, ne fe peut plus tenir qu'il ne luy allaft luy- mefme au deuat iufques à la porte, là où il y auoit defia groffe foule du peuple qui fuyuoit Ariftodemus,& accouroit- on de toutes parts au logis du Roy pour ouir fa refponfe. A la fin quand il fut approché bien pres, eftendat la main droite, il fe pric à crier à haute voix: Dieu te gard, fire Roy Antigonus, nous auos defcöfit en bataille par mer le Roy Ptolomæus,& alios gaigné le royaume de Cypre auec feize mille huit cens prifonniers. Adonc luy refpondit Antigonus: Et Dieu te gard aufsi: vrayemét Arifto demus tu nous as long temps tenus en tranfe, mais pour penitence de la gehenne que tu as donee, tu receuras plus tard le prefent de la bonne nouvelle.Et adone premierement le peuple à hante voix appella Antigonus& Demetrius Roys. Et quant à Antigonus, fes familiers& amis fur l'heure mefme luy banderet le chef du bandeau Royal, qu'on appelle diademe: mais quant à Demetrius, fon pere le luy enuoya,& par les lettres qu'il luy escriuit, Pappella Roy. Ce qu'ayans entendu ceux qui eftoyet en Ægypte auec Ptolomæus, le nommerent aufsi& le faluerent Roy, de peur qu'il ne femblaft que pour auoir efté vne fois vaincus, ils euffent perdu le cœur. Ainfi cefte ambition par vne ialoufie& emulatio alla de l'vn à l'autre des fucceffeurs d'Alexadre: car Lyfimachus alors commença à porter le diademe,& Seleucus aufsi toutes les fois qu'il traitoit ou qu'il parlementoit auec des Grecs: car dés. auparauant il befongnoit auec les Barbares come Roy. Mais Caf fander, combien que les autres l'efcriuiffent& le nomaffent Roy fe figna toufiours comme il auoit accouftumé. Si ne fut pas cela feulement vne addition de nouueau nom ou vn changement de pareure& d'habillement, ains fut vne gloire qui leur enfla le sourage, leur hauffa l'opinion qu'ils auoyent d'eux mefmes& Ac ff inj 648 DEMETRIVS. que& en leur maniere de viure,& en leur communication auee les gens, ils deuindret pl' popeus& plus fuperbes qu'ils neftoyet au parauat: ne plus ne moins q les ioueurs de tragedies, qui auec les accouftremens qu'ils veftent quand ils vont au theatre pour jouer leurs ieux, changent de marche, de contenance, de voix,& de façon de fe feoir à table,& de parler: tellemet que depuis ils devindrent plus violens en commadant à leurs fuiets, après qu'ils eurent ofté le mafque& la difsimulation de leur puiffance abfolue, qui les rendoit au parauant en beaucoup de chofes plus tolle rables& plus doux à ceux qui eftoyent en leur obeyffance: tant eut de pouuoir& d'efficace la feule voix d'vn flatteur, qu'elle a- mena& introduifit vne fi grande mutation par le monde. Antigonus doc, efleué pour vne profperité des chofes q fo fils Demetrius auoit faites àl'entour de Cypre, fe delibera d'aller tout incontinent courir fus à Ptolomæus:& luy- mefme en perfonne mena l'armee de terre, ayant toufiours fon fils Demetrius vogaten mer cofte à cofte de luy auec vne groffe flotte de vaiffeaux: mais I'vn de fes mignons appellé Medius eut en dormant v ne vifion, quideclaroit quelle deuoit eftre la detemination& iffuë de ce fte entreprife: car il luy fut aduis qu'il voyoit Antigonus auec tou te fon armee courir en lice à qui auroit& gaigneroit le pris de la courfe double,& qu'il courut d'vne grande force& grande viftef fe à l'aller du commencemet, mais puis apres la force& halaine luy diminuerent tellement, que quad ce vint au retour il fut hors de poulx& d'halaine, en maniere qu'il eut bien de l'affaire à fe retirer. Aufsi en aduint il en la mefme forte: car luy par terre fe trouua en plufieurs grandes difficultez& dangers,& Demetrius aufsi en mer fut bien pres de donner à trauers la cofte,& d'eftre iettté par la tourmente en lieux où il n'y auoit ne ports ne rades ne abri feur pour les vaiffeaux:& finalement, apres auoir perdu grand nombre de fes nauires, il s'en retourna fans rien faire. Or a uoit lors Antigonus bien pres de quatre vingt ans: mais encore e Atoit- il plus mal- aifé de fa perfonne, a caufe de la grandeur& pefanteur de fon corps, que à caufe de fa vielleffe. Parquoy eftant deuenu inhabile aux exercices& trauaux de la guerre, il vfoit de fon fils en fon lieu, lequel, tant pource qu'il eftoit heureux, come aufsi par lexperience qu'il auoit acquife, códuifoit bie& fage ment les plus grads affaires.Et ne s'offenfoit point fon pere pour les infolences, fuperfluitez de defpenfe& yurongneries qu'il fai foit ordinairement: car quand il y auoit paix, il eftoit defordonné en tous ces vices- là,& fi toft come il eftoit forty hors d'affaires, il s'abandonoit diffoluement& fe laiffoit aller à toutes fortes de voluptez: mais en temps de guerre, il eftoit fobre& chafte come ceux qui le font naturellement. Auquel propos on dit qu'vn iour Lamia eftant defia tout apertemet maiftreffe de luy, ainfi qu'il re tourtourno Et An que tu & yur uers cham ouy Chi & d il fi le v neg lay feu ie le gar aut ql les lero yn te fes d fans prou ains arme ter& ures, me erbu evilic de ce ec tou de la aine ors ale fe US те es 3 e nt де ge ar ne 59 He C J e ' DEMETRIVS. 649 tournoit des champs il vint fuyuant fa coustume baifer fon pere, Et Antigonus en le riant luy dit, Te femble- il point, mon fils que tu baifes Lamia? Vne autre fois il fut plufieurs iours à boyre & yurongner fans aller voir fon pere,& puis pour s'excufer enuers luy dit que c'eftoit vn reume qui luy auoit fait garder la chambre,& l'auoit empefché de venir vers luy. Ie l'auoye bien ouy dire, refpondit Antigonus: mais eftoit- il de Thafos ou de Chios, ce reume- la?& ce difoit- il, pource qu'il croift de tref- bons & delicieux vins en l'vne& en l'autre ifle.Vne autre fois encore il fit dire à fon pere qu'il fe trouuoit mal: Antigonus y alla pour le voir& en y allát rencorra à la porte de fon logis vn beau ieune garçon, puis entra en fa chabre,& s'affeant aupres de fon list, luy prit la main pour luy tafter le poulx. Demetrius luy dit que fa fieure s'en eftoit n'aguere allee, C eft mon refpondit Antigonus ie le viés de rencôtrer tout à cefte heure, come il fortoit, ce ieune garçon. Ainfi fupportoit- il doucement ces fautes- là, à caufe des autres belles& vertueufes chofes que Demetrius faifoit. On dit, glès Scythes en beuuât& yurongnat enfeble, font par fois föner les cordes de leurs arcs, come fi cela feruoit à rappeller& retenir la vigueur de leur courage& de leur hardieffe, laquelle s'efcouleroit& fe deftreperoit autremét par la volupté du vin qu'ils pré hét.Mais Demetrius s'addoncit totalemet à vne feule chofe pour vn teps, tantoft à prendre fon plafir, tantoft aux affaires& à cho fes de confequence,& vfoit toufiours de l'vn feul en extremité, fans le miefler auec l'autre,& fi n'eftoit pour cela de rien moins prouidet à faire tous apprefts& toutes prouifios pour la guerre, ains s'il eftoit fage& vaillant Capitaine pour bien conduire vne armee, il eftoit encore plus foigneux& plus diligent à la prepa-, rer& mettre fus: car il vouloit qu'il y euft de toutes chofes neceffaires, plus qu'il n'en faudroit quand ce viendroit au befoin.Mais fpecialement eftoit- il infatiable quand à baftir& conftruire ma gnifiquement nauires& toutes fortes de machines& engins de batterie, mefmemet pour le plaifir qu'il prenoit à les inuenter& deuifer: car ayat bon efprit& eftant naturellement ingenieux à proieter& imaginer tels ouurages qui fe font de l'entendement, & de la main il n'appliquoit point fon efprit ne l'affection qu'il a uoit aux arts mechaniques, à ieux& paffe- temps inutiles, come certains autres Roys qui fe font amufez les vns à louer des fluftes les autres à peindre& portraire, aucuns à befongner du tour, come Aropus Roy de Macedoine, lequel prenoit plaifir& paffoit fon teps à faire de petites tables& de petites lapes:& Attalus fur nomé Philometor, c'eft à dire, Amateur de fa mere, qui iardinoit & cultiuoit certain es herbes medicinales, non feulement l'Elebore& le Iufeyam e, mais aufsi la cigue, l'Aconite& le dorycniú, les femant& plantant luy- mefme és iardins de fon palays royal 650 DEMETRIVS. & s'empefchant d'en recueillir en la faifon la grene, le ius& le fruit,& de conoiftre leur puiffance vertu, ou comme les Roys des Parthes qui prenoyent à Sloire qu'eux- mefmes emou loyent& aiguifoyent les pointes de leurs flefches: mais de Demetrius les ceuures mechaniques mefme fentoyent incontinent leur Roy:& fa façon& maniere de befongner auoit en foy vne certaine grandeur, laquelle parmy l'ingénieufe fubtilité& ar tifice des ouurages, monftroit la hauteffe de courage& la magna mmité de l'ouutier, tellement qu'ils apparoiffoyent dignes non feulement d'vn entendement& d'vne opulence royale, mais auffi d'auoir efté baftis de la main propre d'vn grand Roy: carla grandeur en eftonnoit fes amis mefmes,& la beauté delectoit iuf ques à fes ennemis: ce qui eft encore plus veritable qu'il n'eft beau à dire, pource que fes ennemis s'esbayffoyent grandement quand ils voyoyent voguer le long de leurs coftes fes galeres à quinze& à feze rangs de rames:& fes machines de baterie qu'on appelloit Elepolis, c'eft à dire, Engins à prendre villes, eftoyent vn fpectacle de grande admiration à ceux mefmes qu'il tenoit af fiegez, comme les euenemens le tefmoignent: car Lyfimachus ce luy de tous les Roys qui luy vouloit le plus grand mal, luy eftant venu leuer le fiege qu'il tenoit deunat la ville de Solie Cilicie, l'en uoya prier de luy faire voir fes engins de baterie,& fes galeres vogantes en mer,& l'ayant fait, Lyfimachus s'en retourna auec vn grand esbayffement.Ceux de Rhodes apres qu'ils eurentlong temps fouftenu fon fiege, àla fin firent appointement auec luy,& duy prierent de leur laiffer quelques vnes de fes machines, pour feruir á perpetuité d'vne marque& tefmoignage enfemble de fa puiffance& de leur courage& vaillance Or auoit- il fait la guerre aux Rhodiens, à caufe qu'ils eftoyent alliez& confederez duRoy Ptolomæus,& fit approcher de leur muraille la plus grande machine qu'il euft, de laquelle le pied eftoit en forme de tuile plus long que large,& auoit par le bas en chafque cofté de fa longueur quarante& huit coudees,& foixante fix de hauteur, allant toufiours eftroifsiffant en pointe par le haut, tellement que les bans en eftoyent au deffus plus eftroits, que non pas à la bafe,& par le dedans eftoit bien liee& renforcie de plufieurs eftages& plufieurs entremo yens. Le front qui re gardoit vers les ennemis eftoit ouuert,& auoit chafque eftage des feneftres, par lefquelles on iettoit toutes efpeces de traits, pource qu'elle eftoit plaine d'hommes combatans à toutes fortes d'armes: mais ce qu'elle eftoit fi bien correpefee, qu'elle ne branloit ny ne panchoit d'vn cofté ne d'autre quand on la mouuoit, ains demeuroit droite& ferme deffus fon foubaftement, s'avançant egalement autant en vn endroit qu'en l'au tre, auec vn bruit& vn fon merueilleux i sela dis- ie apportoit porto aux y appo cune fre qu' que te yo ell ba m th qu CO tes cel les D C fen glas i baterega il tenid machus cie, Pen galeres 2 auec long lo,& de fa it la edeplus rme COde aut, que orut re tage raits, Coutes lle ne on la aftePauppor DEMETRIVS. 651 porto it vn grand esbahyffement à l'entendemet,& grand plaifir aux yeux de ceux qui la regardoyent. En cefte guerre luy furent apportees deux cuyraffes de fer du poids de quarante liures chacune, defquelles l'armurier, qui auoit nom Zoilus, voulant monftrer la roideur& bonté de la trempe, les abandona à l'efpreuue, qu'on delafchaft à l'encontre, de fix vingts pas de loin, vn trait de quelque engin de batterie: ce qui fut fait,& fut la cuyraffe attain te, qui neantmoins demeura en fon entier,& à peine y fit le trait vne petite rature, qui n'apparoiffoit comme point, non plus que fi elle euft efté faite d'vn petit burin ou poinçon à efcrire. Demetrius porta celle- là,& Aclimus l'autre, homme natif du pays d'Al banie, le plus robufte& le meilleur combattant qu'il euft en fon oft,& qui feul portoit fon harnoys complet du poids de fix vingts liures là où tous les autres ne le portoyent que de foixante feulement.Il mourut à Rhodes en combattant vaillamment aupres du theatre. En ce fiege- la les Rhodiens fe defendirent fi bien, que Demetrius n'y peut faire chofe aucune digne de memoire: mais quoy qu'il vift bien qu'il y perdoit fon temps, fi s'efto it- il- obftiné à les guerroyer opiniaftrement pour le maltalent qu'il auoit à l'encôtre d'eux à caufe qu'ils luy auoyent pris vn vaiffeau, fur lequel fa femme Philla luy enuoyoit quelques meubles de tapifferie, linge, robbes& des lettres,& l'auoyét enuoyé tout ainfi qu'ils l'auoyent pris à Ptolomæus.En quoy ils n'enfuyuirét pas l'honefteté& la courtoisie des Athenies, lefquels ayas furpris quelques courriers de Philippus, qui leur faifoit la guerre, ouuriret bie tou tes les autres lettres qu'ils portoyent,& les leuret, fors feulement celles q fa ferme Olympias luy efcriuoit, lefquelles ils luy enboyerent toutes clofes& cachetees, come elles eftoy et quand ils les priret. Et cobien q ceft outrage Peut griefuement piqué& irrité,& luy euft fait bie grand defpit, fi n'eut- il pas le cœur de s'en veger& leur redre la pareille vn peu apres qu'il eut bié le moye s'il euft voulu: car d'aduenture en ce teps- la Protogenes exceller peintre natif de la ville de Caunus leur peignoit le portrait de la ville de Ialy fus: Demetrius en trouua le tableau dedans vn logis qui eftoit hors la ville en l'vn des fauxbourgs, eftat prefque tour acheué:& come les Rhodiens luy euffent enuoyé vn heraut pour te fupplier de pardonner à vn fi bel ouurage,& ne fouffrir point qu'il fuft gafté: il leur fit refponfe, qu'il fouffriroit pluftoft qu'on bruflaft les images de fon pere, qu'vn fi excellent chef d'ceuure& de fi grand labeur: car on dit que Protogenes demeura fept ans à le parfaire:& dit- on encore plus qu'Apelles luy- mefme quand il le vid, fur fi fort efpris d'esbahyffemet que la parole luy faillit,& demeura vn long efpace fans mot dire,& qu'à la fin il dit, Voila vnouurage admirable,& vn tref- grad labeur: mais les graces luy 652 DEMETRIVS. defaillent, pour lesquelles ceux que ie peins attaignent iufques au ciel. Ce tableau ayant depuis efté apporté à Rome,& entaffé auec les autres, fut bruflé& confumé par le feu. Ainfi comme les Rhodiens demãdoyent à fe demefler de cefte guerre,& que Demetrius aufsi ne cerchoit que quelque honnefte occafion de ce faire, les ambaffadeurs des Atheniens furuindrent tout à propos, qui les appointeret par conuenance que les Rhodiens demeureroyent alliez auec Antigonus& Demetrius enuers tous& côtre tous, fors feulement contre Ptolomæus. Les Athenies appelloyét Demetrius, à caufe que Caffander eftoit venu mettre le fiege deuant leur ville: parquoy Demetrius fe mit incontinent à la voile vers Athenes auec trois cens trente galeres& grand nombre de gens de guerre bien armez, tellement qu'il chaffa Caffander non feulement de la prouince d'Attique, mais le pourfuyuit iufques au deftroit des Thermopyles, là où il le desfit en bataille rangee, & receut la ville d'Heraclea, laquelle volontairement fe rendit à luy,& fix mille Macedoniens qui fe tournerent de fon cofté.Puis en s'en retournat remit en liberté tous les Grecs, qui habitet deçà le deftroit, fit alliance auec les Bootiens,& prit la ville de Cechrees,& les chafteaux de Phyle& de Panaptos és frontieres de P'Attique, efquels Caffander auoit laiffé des garnifons pour tenir le pays en fuietion,& apres les en auoir chaffees il rendit les pla ces aux Atheniens. Adonc quoy qu'au parauant les Atheniens femblaffent auoir defployé entierement leur arriere efpargne à luy decerner toutes fortes d'honneurs à l'enuie l'vn de l'autre, fi trouuerent- ils encores d'autres tous nouueaux moyés de luy gra tifier: car ils ordonnerent q le derriere du teple de Minerue, qui s'appelloit Partheno, comme qui diroit le teple de la vierge, luy feroit preparé& accouftré pour fon logis& pour y faire fa refidéce:& difoit- on que c'eftoit la deeffe Minerue qui le receuoit& le logeoit chez elle. Mais à la verité c'eftoit vn hofte trop peu chafte& pudique, pour penfer qu'vne deeffe vierge prift à gré qu'il fuft logé auec elle. Et toutesfois fon pere Antigonus, s'eftat vne fois apperceu qu'on auoit fait le logis de fon frere Philippus en vne maifon où il y auoit trois ieunes femmes, ne luy en dit rien quad à luy, mais en fa prefence fit appeller le Marefchal des logis,& luy dit, Ne me deflogeras- tu point mon fils de ce logis fi eftroit? Et Demetrius qui deuoit auoir en reuerence la deeffe Mi nerue, fino pour autre regard, à tout le moins comme fa fœur aifnee( car ainfi vouloit- il qu'on l'appellaft) cotamina tout le chafteau, dedans lequel eftoit ce faint temple virginal, des vilenies qu'il commit, tant és perfonnes de ieunes enfans d'honnefte mai fon, que de ieunes femmes de la ville: tellement qu'il fembloit que le lieu fuft le plus net& le plus faint lors qu'il y paillardoit fimplement auec fes courtifanes publiques Chryfis, Lamia, DeTRO& mo& A re claire qui y fu eft dign Demo be, de! nom q cles le toutes fible. fin le de fre uoyer corps vne p resy feul, Caft l'eau frant Cœur autre tres de tercels te tale yeme quoy me, ma mende que de Demet mal co gremer Dantage nage eftor le ren coffe P birer de de Ce res de teni Mens gra U es it Dit Po DEMETRIVS. 655 mo& Anticyra.Il n'eft ia befoin pour l'honneur de la ville de di re clairement& par le menu, toutes les vilenies& mefchancetez qui y furent cömifes. Mais la vertu& l'honnefteté de Democles eft digne de n'eftre point paffee ny enfeuelie en filence. Ceftuy Democles eftoit vn ieune enfant qui n'auoit encore point de bar be, de la beauté duquel Demetrius fut tantoft informé par le furnom qu'on luy bailloit: car on le nommoit par la ville, Democles le bel.Si le fit folliciter& pourfuyure de fon deshonneur par toutes fortes de prieres, promeffes, dons& menaces qu'il fut poffible. Quand il vid que perfonne ne le pouuoit gaigner,& qu'à la fin le ieune garçon fe voyant fi fort importuné& preffé, laiffoit de frequenter les lieux publiques où les autres ieunes enfans a- uoyent accouftumé de s'esbatre à la lucte& autres exercices da corps,& que pour euiter les eftunes communes, il s'alloit lauer en vne poure eftuue priuee, Demetrius ayant efpié le téps& l'heure, y entra incötinent apres luy, qui eftoit feul. L'enfant fe voy at feul,& ne pouuất autrement empefcher que Demetrius ne le for çaft& ne le violaft, ofta le couuercle de la chaudiere où eftoit l'eau toute bouyllante,& fautant dedans s'y boulut& eftouffa: e- ftant certes indigne d'vne fi piteufe mefaduenture, mais ayant le cœur digne de fa beauté& de fon pays: car il ne fit pas come vn autre nommé Cleanetus fils de Cleomedon, lequel apporta lettres de Demetrius addreffantes au peuple,& fit tant, que par l'in tercession& la requefte dudit Demetrius, l'amende de* cinquan* Trente te talets, en laquelle fon pere auoit eftà condané,& à faute de pa- mille efcus. yement en eftoit detenu prifonnier, luy fut remife& donnee: en quoy faifant, non feulement il fe deshonnora& diffama luy- mefme, mais aufsi troubla toute la ville: car le peuple remit bien l'amende à Cleomedon, mais il fit vn edict, par lequel il defendit, que de lors en auant nul des citoyens n'apportaft plus lettres de Demetrius. Et depuis eftant aduertis come Demetrius eftoit tref mal content de ceft edict,& qu'il s'en eftoit courroucé bien aigrement, non feulement ils cafferent leur premier decret, mais aufsi de ceux qui en auoyent efté autheurs, ou qui y auoyent tenu la main, ils en firent mourir les vns& bannirent les autres.Et dauantage firent vn autre decret, par lequel il fut declaré que le peuple Athenien trouueroit deformais religieux, quat aux dieux, & iufte, quant aux hommes, tout ce qu'il plairoit au Roy Demetrius ordonner. Et lors y eut quelqu'vn des plus notables perfonnages& des plus gens de bien de la ville, qui dit que Stratocles eftoit homme hors du fens de mettre telles chofes en auant: Mais bien dit il hors du fens voirement, s'il ne l'eftoit de la forte, refpondit Demochares furnomé le Laconien: ce qu'il difoit, pourautant que ce Stratocles auoit receu de grãds bien faits de Demetri'pour cefte flatterie, Mais Demochares accufé& couaincu DEMETRI VS. chemin squ'il confrairi oit qu'on is les pl ponies, oir à l'o premiere n'efton tant que 654 d'auoir dit ces paroles, en fut bany de la ville.Voila que faifoyer les Atheniens, qui fembloyer eftre deliurez de la garnifon qu'ils auoyent auparavant,& eftre remis en leur premiere liberté& franchife. De là Demetrius paffa au Peloponefe, là où il n'y cut pas vn de fes ennemis qui l'ofaft attendre, ains s'en fuyrent tous deuant luy,& luy quitterent les places& les villes.Par ainfi tirail à fon party toute la contrec qu'on appelle Acte& toute l'Arcadie, excepté la ville de Mantinee:& deliura les citez d'Argos, * Soixante Sicyone& Corinthe, moyennant* cent talents qu'il dóna à ceux mille efcus. qui eftoyent en garnifon dedans. Enuiron ce téps efcheut la faifon, en laquelle on celebre la grade fefte de Iuno en Argos, qu'o appelle Herza. Parquoy Demetrius voulant celebrer& honnorer cefte fefte auec les Grecs, efpoufa là Deidamia, fille de Æacides Roy des Moloffes& fœur de Pyrrus,& perfuada aux Sicyo+ niens de laiffer leur ville,& fe venir baftir& habiter en vn autre plus beau lieu qui eftoit tout aupres, auquel ils habitent maintenant:& auec la place& fituation changea aufsi le nom de la ville: car pour Sicyone il la fit appeller Demetriade. Puis en vne affemblee des eftats de la Grece, qui fe fit au deftroit du Peloponefe, qu'on appelle Ifthmos, là où il eftoit cóuenú vne fort grande multitude d'homes de toutes parts de la Grece, il fut efleu Ca pitaine general de tous les Grecs, come auparauant l'auoit efté Philippus& Alexandre Roys de Macedoine, aufquels no feulement il fe cóparoit, mais pefoit eftre beaucoup plus grand, à cau fe q pour lors fortune luy rioit,& q fes affaires fe portoyet fi bie: là où Alexandre n'ofta iamais aux autres Roys le titre& nom de Roy, ne iamais ne fe noma le Roy des Roys, cobien qu'il eut dóné à plufieurs le nó& la puiffance de Roy:& à l'oppofite, ceftuyey fe rioit& fe moquoit de ceux qui appelloyent quelqu'vn des autres Princes Roy, fors que fon pere& luy:& fi eftoit bien aife & prenoit plaifir d'ouyr fes mignons, qui en banquetant demandoyent du vin pour boire au Roy Demetrius,& puis à Seleucus le maitre des Elephans, à Ptolomæus Admiral, à Lyfimachus garde du threfor, àAgathocles Sicilien gouuerneur des ifles.Les autres Roys quand on leur rapportoit ces galanteries ne s'en fai foyent& rire, hors- mis Lyfimachus feul qui s'en courrouçoit,& prent à grand defpit q Demetrius l'eftimaft chaftré, pource q la couftume ancienne eftoit de bailler ordinairemét la garde du threfor à vn Eunuque Si eftoit Lyfimachus celuy qui luy portoit plus grande inimitié que nul des autres Princes,& le voulant piquer, à caufe qu'il auoit toufiours Lamia à l'entour de luy, de laquelle il eftoit amoureux, Ie n'auoye, difoit- il, iufques à maintenät iamais veu qu'vne putain iouaft en tragedie. Demetrius luy refpondit, que fa putain eftoit plus pudique, n'eftoit pas la Penelope de luy.Mais pour lors fe partant du Peloponefe, il reprit fon au mois point les des cere grad In'y eu quand fon con Strato mois de repute leurs dec confrairie Mars qu' Auft,& yfteres eclufes Philippi pon viole Louis to arius lu Ce V Mis enco inyene Comme tent del en ve Pelope granen Ca it efte euleасац es 7- IS S Es Dit E DEMETRIVS. 655 fon chemin vers Athenes,& manda deuant par lettres aux Atheniens, qu'il vouloit incontinent qu'il feroit arriué, eftre receu en la confrairie& religion de leurs faints myfteres,& qu'il entendoit qu'on luy en monftraft en vn coup tout ce qui en eftoit, depuis les plus petites iufques aux plus hautes& plus fecrettes cere monies, qui s'appelloyent Epoptiques, à caufe qu'on les faifoit voir à l'œil aux confreres long temps apres qu'ils auoyent efté premierement receus aux premieres& petites ceremonies: ce qui n'eftoit pas loifible, ne parauant n'auoit iamais efté fait, pourautant que les petits myfteres fe celebroyent en toute ancienneté au mois de Nouebre,& les grands au mois d'Aouft,& fi n'eft yet point les confreres admis à voir à l'œil ces dernieres& plus fin& es ceremonies, qu'il n'y euft vn an entier pour le moins apres les grads myfteres. Quand ces lettres furent leues publiquement, il n'y eut perfonne que Phitodorus le preftre qui porte la torche quand on monftre les myfteres, qui y ofaft contredire: toutesfois fon contredit ne feruit de rien, pource q fuyuat la propofition de Stratocles, il fut dit& arrefté en pleine affemblee de ville, que le mois de Mars, auquel ils eftoyent pour lors, feroit tenu, nomé& reputé Nouebre. Et par ainfi entant qu'ils pouuoyent faire par leurs decrets&& edits de ville, ils receurent Demetrius en la confrairie de leurs myfteres:& puis derechef, ce mefme mois de Mars qu'ils auoyent conuerty en Nouebre, deuint foudainement Aouft,& en iceluy mefme fut celebree l'autre folénité des gráds myfteres,& par mefme moyen Demetrius admis à voir les plus reclufes& plus fecrettes ceremonies. Parquoy le poëte Comique Philippides reprochant ce facrilege& cefte impieté de la religion violee à Stratocles, fit quelques vers de telle fuftance: Celuy qui a le cours& le circuit De l'an cntier à vn fiul mois reduit. Et puis touchant ce qu'il auoit efté autheur que le logis de Demetrius luy fuft apprefté au temple de Minerue, qui eftoit dedans le chafteau: Celuy qui a fait de vostre fortereffe Vne tauerne, qui chez la deeffe Vierge Pallas a logé des putans: Mais encore de toutes les diffolutions, vilenies& mefchancetez, qui lors furent faites à Athenes, combie qu'il y en eut beaucoup, il n'y en eut pas vne come on dit, qui greuaft tant les Atheniens, comme fit cefte- cy. Demetrius leur fit comandement qu'ils euffent à luy bailler& fournir promptement la fomme de* deux cens cinquante talents. Le recòuurement de ces deniers leur fut* Cent cinfort dur, tant pour la brefueté du temps qui leur fut prefy, que quante milpource qu'il ne fuft iamais pofsible d'en rie rabatre. Quid il eut le efcus. veu tout ceft argit, q luy fut rapporté deuất luy en yn monceau, 00 656 DEMETI V S.' il commanda qu'on le baillaft à Lamia& aux autres courtifanes qui eftoyent auec elle, pour leur auoir du fauon: car la vergoigne leur faifoit plus de mal que la perte de leur argent:& la parole dont il vfa au grand mefpris d'eux& de leur cité, les greua plus que ne fit ce qu'ils payerent: toutesfois aucuns difent que ce pas aux Atheniens à qui il fit ce vilain tour- la, ains aux ne fut Theffalies. Mais encore, outre tout cela, Lamia de fon authorité priuee rançona& exigea de l'arget de plufieurs particuliers pour vn feftin qu'elle fit à Demetrius, duquel l'appareil fut fi fomptueux& fi magnifique, que Lycæus natif en l'ifle de Samos en mit l'ordonnance par efcrit:& pourtant vn certain poëte comique, nó moins plaifamment que veritablemet appella ladite Lamia Elepolis, c'eft à dire engin à prendre villes:& Demochares natif de la ville de Soli, appelloit Demetrius Fable, pourautant qu'il a- uoit toufiours cefte Lamia auecques luy, comme és fables que les vieilles côtent aux petits enfans, il y a volotiers vne Lamie, c'eft à dire, vne Fee ou vne forciere: en maniere que le grand credit& authorité qu'auoit ladite Lamia,& l'amour que luy portoit Demetrius, ne luy caufoyent pas la ialouzie feulemēt& l'enuie des femmes efpoufees dudit Demetrius, mais aufsi la haine de fes familiers& priuez amis. Et pource aucuns fiens gentils- hommes qu'il auoit enuoyez en ambaffade vers le Roy Lyfimachus.com. me ce Roy deuifaft priuément auec eux,& en paffant le téps leur monftraft de grandes& profondes cicatrices des ongles du Lio, qu'il auoit aux cuiffes& aux bras, en leur contant comment il a- uoit efté côtraint de combattre à l'encontre du Lion, quand par la fureur du Roy Alexandre, il fut enfermé dedans vne cage a- uec le Lion: eux en riant fe prirent à dire, que le Roy leur maifire portoit aufsi au col les marques& morfures d'vne mauuaife befte qui eftoit Lamia. Aufsi a vray dire, c'eftoit vne chofe merueilleufement eftrange, veu qu'il auoit tant enuie& à fi grad regret efpoufé fa femme Philla, pourautant qu'elle n'eftoit pas de aage pareille à luy, comment il eftoit ainfi efpris de Lamia,& co ment il l'aima ainfi conftamment fi long temps, attendu qu'elle eftoit defia paffee& furaagee:& pourtat Demo, celle qui fut furnome e Mania, c'eft à dire, l'enragee, luy refpondit plaifamment vn foir que Lamia auoit fonné des fluftes durat le foupper, quad Demetrius luy demanda, Et bien, que te femble- il maintenant, Demo, c'eft de Lamia? Vne vieille, dit- elle, Sire. Vne autrefois qu'o auoit feruy le fruit à l'iffue de table, Voyez- vo', dit Demetrius, combien de petites gétilleffes m'enuoye Lamia? Ma mere, refpondit Demo, t'en enuoyera encore dauantage, fi tu veux cou cher auec elle. On conte aufsi de cefte Lamia vn cötredit qu'elle firau iugement de Bocchoris.Il y eut en Ægypte vn ieune hōme qui deuint amoureux d'vne courtifane nomee Thonis: mais elle elle lay Je ieune reux de nuict qu fir, tell il cut e efueil geme amag ne ho dedar en au de la Jeme & Po Hoit feul la c dui tena tran Com legere Princ tron Parq Vint 1 sume d mod pag tout e lee de chant de Fabeles and c porton Penuie s defes fahommes 15.com ps leur Lio, tilapar geamaluaife merreas de & co ' elle furment quad nant, refois Deme mere, UX COU qu'el ne ho mais elle DEMETRIVS. 65% elle luy demandoit fi grand argent pour coucher auer fury, que Je ieune homme ne le pouuoit fournir: à la fin ce ieune amoureux de la grande affection& defir qu'il en auoit, fongea vne nuict qu'il eftoit couché aupres d'elle,& qu'il en prenoit fon plaifir, tellement que pour l'apprehenfion& fatisfactio du plaifir que il eut en dormant, fon enuie& fon defir luy en paffà quand il fut efueillé. Cela feu, la courtifane le fit adiourner& cóuenir en iugement, pour auoir fon falaire de la volupté qu'il auoit eu par imagination.Ce qu'ayant entendu Bocchoris, commanda au ieune homme, qu'il aportaft en iugement à la premiere affignation dedans quelque vafe, autant d'argent bien conté comme elle luy en auoit demádé pour coucher auec luy,& puis le luy fit remuer de la main ça& là deuant la courtifane, fin qu'elle en euit feulement I'vmbre& la veue: pourautant, difoit- il, que l'imagination & P'opinion n'eft que l'vmbre de la verité. Mais Lamia ne trouuoit point ce iugement equitable ne droit: car, difoit- elle, I'vmbre feule ou la veuë de l'argent n'appaifa pas la couoitife d'auoir de la courtifane, comme le fonge auoit allouuy la paffion& l'amour du ieune amoureux- Mais à tat eft- ce affez parlé de Lamia.Maintenant les geftes& aduentures de celuy duquel nous efcriuons tranfportent le difcours de noftre narration comme d'vn theatre Comique en vn Tragique, c'eft à dire, d'vne matiere plaifante& legere en vne lamentable& pleine de pleurs: car tous les autrec Princes& Roys fe banderent& firent ligue enfemble contre An tigonus,& affemblerent en vn toutes leurs forces& puiffances Parquoy Demetrius fe partit incontinent de la Grece,& fe vint ioindre à fon pere, lequel il trouua plus courageufement a- nimé& affectionné à cefte guerre que fon aage ne portoit, outre que fa venue l'affeura& l'encouragea encore dauantage:& toutesfois, comme il me femble, fi Antigonus euft voulu ceder quelques petites chofes,& euft peu ou voulu vn peu refrener fa trop immoderee cupidité de dominer, il euft retenu pour foy tout le long de la vie& encore laiffé à fon fils apres fa mort le premier degré d'authorité& de puiffance entre tous les autres Roys fuccefleurs d'Alexandre: mais il eftoit fier& outrecuidé de nature, & non moins en faits qu'en paroles infolent& braue, dont il aigrie & irrita contre luy plufieurs grands& puanians hommes.Car il di foit encore lors, qu'il diffipperoit& efcarteroit cefte ligue& com pagnie coniuree contre luy, auffi aifément comme on efpouuante roit en iettant vne pierre, ou faifant quelque peu de bruit, vne vol lee de petits oyfeaux qui viennent enleuer la femece quand on fe me: auffi mena- il en bataille plus de foixante& dix mille homes de pied, dix mille hommes de cheual, auec foixante& quinze Ele phans.Ses ennemis auoyent foixante& quatre mille hommes de pied, cing cens hommes de cheual plus que luy, auec quatre cens et i 658 DEMETRIVS. Elephans,& bien fix vingts chariots à cobattre. Quand les deux armees furet pres I'vne de l'autre, il me femble, qu'il fe mit en l'en tendement quelques apprehenfions qui luy changerent fon efperance,& non pas fon courage: car ayant toufiours accouftumé aux autres batailles& rencontres d'eftre en contenance audacieux,& d'auoir la voix haute& forte,& d'vfer de paroles braues& fieres, & mefme de dire quelque mot de rifee aucunefois au plus fore du combat, en demonftrant vnę certaine confiance de foy& consemnement de fon ennemi, alors on le voyoit fouuent à part foy, morne& penfif fans mot dire.ll fit vniour affembler tout fon olt, & prefenta fon fils aux gens de guerre en leur recommandant, co me fon fucceffeur& heritier,& parla à luy feul à feul dedans fa tente, dequay on s'efmerueilla encore dauantage pource qu'il n'ayoit iamais auparauant accouftumé de communiquer à perfonne le fecret de fon confeil, non pas à fon propre fils, ains deliberoit de toutes chofes à part foy,& puis commandoit appertement ce que il auoit arrefté luy tout feul. Auquel propos on dit, que Demetrius eftant encore bien ieune luy demanda vn iour quand le cap delogeroit,& qu'il luy refpondit en cholere, As- tu peur que toy feul n'entendes pas le fon de la trompette? Qui plus eft, il aduint lors beaucoup de mauuais& finiftres prefages qui leur abaifferent& affoiblircut fort le cœur: car il fut adus à Demetrius en dormant qu'Alexandre le grand s'apparut à luy armé de toutes pieces,& qu'il luy demanda quel mot ils auoyent deliberé de döner le iour de la bataille il refpondit, qu'ils auoyent deliberé de donner Iupiter& Victoire:& que lors Alexandre luy dit, le m'e vois donc vers les ennemis: car ils me receuront.Et puis le jour mefme de la desfaite, comme toute l'armee eftoit defia ordonnee en bataille, Antigonus en fortant de fa tente fe heurta fi rudement, qu'il tomba tour de fon long le vifage contre terre, de forte qu'il fe bleça bien fort: puis quand il fut releué, dreffant les mains au ciel, il fit prieres aux dieux qu'il leur pleuft luy donner la victoire, ou bien la mort foudaine fans fentir grande douleur, auant que fe voir vaincu& fon armee desfaite. Quand donc les deux batailles furent iointes,& qu'ils commencerent à combattre main à main, Demetrius qui auoit la plus grande& meilleure partie des gens de che ual auec luy, alla charger Antigonus le fils de Seleucus,& comba tit fi vaillamment qu'il rompit de ce cofté là les ennemis,& les tourna en fuyte: mais par vne ardeur outrecuidee& vne ambitio vaine de challer les fuyans auant qu'il en fut temps, il gafta tout, & fut caufe de perdre la victoire: car quad il fut retourné de cha fer, il ne fe peut pas reioindre à leurs gés de pied, pour autant que les Elephans fe trouuerent entre deux:& adonc Seleucus voyant Ja bataille d'Antigonus de fnuee de gés de cheual, ne donna pas dedans tout incontinent, ains tourna à cofté come pour les enuiFonner p Its voul ner de d'Anti mis en fureu quie car Con Cel à co tous Cor Ay ga CO ת & ple d & au gre ceay theni mia al pouuo erlite ballad Come doce & qu rage tel alka mente De cap de toy fe int lors rent& mant = s,& iour lupi c vers mba Dien nela inent me che mba les bitio tout, echa at que oyant pas enut DEMETRIVS. 659 ronner par derriere& les effrayer, faifant toufiours femblant de les vouloir charger pour leur donner cependant loifir de fe tourner de leur cofté, comme ils firent: car vne grande partie de l'oft d'Antigonus l'abandonna& fe rendit à fes ennemis,& le refte fut mis en route.Et comme vne groffe trouppe de gês allaft de grand fureur doner fur l'endroit où eftoit Antigouus, quelqu'vn de ceux qui eftoyent à l'entour de fa perfonne luy dit, Sire, penfez à vous, car ceux- ci vous viennent courir fus: Il refpondit, Et à quoy me conoiffent- ils& puis, mon fils Demetrius me viendra fecourir. C'eftoit fa derniere efperance,& regardoit toufiours çà& là, s'il l'apperceuroit venir de quelque part, iufques à ce que finalement à coups de traits, de dards& de piques il fut porté par terre:& de tous fes amis ne de fes gardes il ne demeura perfonne aupres du corps qu'vn nommé Thorax de la ville de Lariffa en Theffalie. Ayant cefte bataille en telle iffue, les Princes& Roys qui auoyés gaigné vne fi belle victoire, comme s'ils euffent couppé vn grand corps en plufieurs pieces, departirent entre eux l'empire d'Antigo nus,& eurêt chacun fa part des prouinces, pays& contrees qu'Antigonus auoit tenues, lefquelles ils adiouft. rent à celles qu'ils a- uoyent au parauant.Et Demetrius auec cinq mille homes de pied & quatre mille cheuaux fuyant à la plus grade diligence qu'il peut, gaigna la ville d'Ephefe, là où tout le monde eftimoit, qu'eftant en fi grade necefsité d'argent, il n'efpargneroit point le téple de Diane Ephefienne, ains pilleroit l'or& Parget qui y eftoit: & au contraire, craignant que fes gés de guerre ne le fiffent malgré luy, il s'en fortit foudainement,& fe mit à la voile vers la Gre ce, ayant la meilleure& plus grade part de fon efperance aux A- theniens, pour- autant qu'il auoit laiffé à Athenes fa femme Deida mia auec quelques nauires& quelque fomme d'argent, penfant ne pouuoir auoir plus feure retraite, ne plus certain refuge en fes aduerfitez qu'é la bie- vuellace des Atheniés.Parquoy quad des am bafladeurs d'Athenes le vindret trouuer pres des ifles Cyclades, come il cingloit à toute diligëcevers l'Attique,& qu'ils luy curet denőcé qu'il fe deportaft de vouloir entrer en la ville, pourautant que le peuple auoit fait vne ordonnance& vn edict, de ne fouffris plus nul des Roys entrer en la ville,& qu'ils auoyer enuoyé Deidamia( a femme auec fuyte,& compagnie honorable en la ville de Megare, alors de defpit& de courroux il perdit toute cótenan ce, combié qu'il euft iufques là porté bie patiément fa desfortunes & qu'il fe fuft möftré au demeurat non failly ne rabaiffé de courage: mais ce luy eftoit vn grand creue- coeur, de fe voir contre fon elperance deceu des Atheniés qui luy failloyét au befoin,& d'efprouuer au plus fort de fes affaires, que l'amitie& bié- vueillance qu'ils luy auoyent monftree au parauant eftoit feinte& vaine A quoy fe peut quidemment compittre que le plus incer ct 660 DEMETRIVS tain& le plus deceuable argument d'amitié des peuples, citez& communautez enuers les Princes& les Roys, font les honneurs defmefurez qu'ils leur deferent& decernent. Car comme ainfi foit la verité& certaineté de l'honneur pend de l'affe& tion de que ceux qui le deferent, la crainte que les peuples& communautez ont ordinairement de la puiflance des Roys, eft affez fuffifante fe desfier qu'ils le facent de bon vouloir& de bon cœur, atpour tendu que par crainte ils decernent de mefines chofes qu'ils feroyent par vraye& cordiale amitié. Pourtant les fages& bien ad uifez Princes doyuent regarder non tant aux ftatues qu'on leur dreffe, ou aux tableaux& diuins honneurs qu'on leur decerne, come à leurs propres faits& cuures,& felon iceux les croire& receuoir comme vrais honneurs, ou les defcroire& refufer, comme chofes faites par contrainte: pource que bien fouuent c'eft ce qui fait que les peuples ont en plus grande haine les Roys, quand ils acceptent les honneurs qui leurs font decernez outrageufement, & defme furément,& le plus fouuent par ceux qni le font malgré eux.Demetrius donc voyant le mauuais& lafche tour que luy fai foyent les Atheniens, mais n'ayant pour l'heure moyen de s'en re uenger, leur enuoya feulement faire fes plaintes& doleances mo derement,& leur redemander fes nauires, entre lefquelles eftoit celle gallere qui auoit feze rangs de rames,& fi toft qu'il les ent, fe mit incontinent à la voile vers le deftroit de Peloponefe, là où il trouua que tout alloit mal pour luy: car de tous coftez, ceux à qui il auoit laiffé les places en garde, les quittoyent, où le tournoyent & les tenoyent encontre luy. Parquoy laiflant Pyrrhus fon lieute nant en la Grece, il monta fur mer,& cingla vers la Cheronefe, li où du dommage qu'il faifoit,& du butin qu'il gaignoit fur les ter res de Lyfimachus, il entretenoit fes gens& en enrichiffoit fon armee, laquelle derechef commençoit à fe remettre fus& eftre redoutable à fes ennemis. Mais quat a Lyfimachus, les autres Roys ne faifoyent conte,& ne s'embefongnoyét gueres de le fecourir, à caufe qu'il n'eftoit de rien plus equitable que Demetrius, ayant plus de terres& plus de puiffance que les autres,& leur en eftat fufpe& t& redoutable.Peu de temps apres Seleucus enuoya demader en mariage Stratonice la fille de Demetrius& de Philla, com bien qu'il euft defia vo fils nomé Antiochus de fa femme Apama Perfienne, mais 1 eftimoit que fes affaires& la grandeur de fon eftat& feigneurie eftoit bien fuffifante pour plufieurs fucceffeurs:& dauantage il penfoit auoir besoin d'entrer en alliance auec luy, à caute qu'il voycit que Lyfimachus prenoit l'vne des filles de Ptolomæus pour luy,& l'autre pour fon fils Agatocles. Demetrius voyant cefte bone fortune qui fe prefentoit à luy con tre fon efperance, fans delayer prit la fille auec foy,& fe mit à la volle auec toutes fes nauires droit vers la Syrie, auquel voyaFois, tenoi fa pa Ned du & all es me as end dil we tr che Pe fem phe il o Phi cula fa fe Moir રીયા Cet ge bon ca oles arb me lay e scare ces mo effort city ter. tre Ent m- ma fon cef ance edes cles. Con DEMETRIV s. 661 ge il luy fut force de peceffairement defcendre en terre quelque fois, mefinemet en la Cilicie, que Pliftarchus le frere de Caffander tenoit pour lors, luy ayant efté baillee par les autres Roys pour fa part& portion de la defpouylle d'Antigonus apres qu'il euft e- fé desfait.Ceftuy Pliftarchus eftimant que Demetrius fuft defcedu en fa terre, non point pour fe refrefchir, mais pour la fourrager & piller,& fe voulant auffi plaindre à Seleucus de ce qu'il faifoit alliance auec leur commun ennemi, fans le confentemét de tous les autres Princes& Roys confedereż, s'en alla deuers luy. Demetrius en eftant aduerty, fit foudainement vne courfe iufques en la ville de Cyndes,& en enleua* douze cens talens, qu'il trouua* Sept cens encore de refte des threfors de fon pere:& puis à la plus grande vingt mille diligéce qu'il luy fut poffible, s'en retourna rembarquer en fes na efcus. ues,& fe remit à la voile. Tantoft apres fa femme Philla le vint trouuer:& ainfi les recueillit Seleucits pres la ville d'Oroffus, où ils firet vne entreueue royale qui fuit tres- frâche, fans dol ne foup ço aucun I'vn de l'autre.Seleucus le feftoya le premier au milieu de fon camp dedans fa tente:& puis apres luy Demetrius dedas fa galere à treze rangs de rames:& fi furent plufieurs iours à paffer Le temps& deuifer enfemble tout le long du iour, faifans bőné chere I'vn à l'autre fans eftre armeż,& fans auoir aucunes gardes à l'entour de leurs perfonnes, iufques à tant que Seleucus auec fa femme Stratonice fe departit;& prit fon chemin en grand triomphe& magnificence vers la ville d'Antioche. Quant à Demetrius il occupa& tint la prouince de la Cilicie,& enuoya fa femme Philla vers fon frere Caffander, pour refpondre aux plaintes& ac cufations de Pliftarchus encótre luy.En tes entrefaites Deidamia fa femme fe partit de la Grece pour le venir trouter:& apres à- uoir efté quelque temps auec luy elle mourut de maladie.Depuis eftat retourné en grace auec Ptolomæus par le moyen de Scleucus, il fiança fa fille Ptolomæide. Iufques icy Seleucus fe porta ho heftement& gracieufement enuers luy: mais depuis ille fomma de luy rendre la Cilicie, en prenant quelque fomine d'argét qu'il luy offroit: ce que Demetrius luy refufa tres- bie. Et adonc monftra Seleucus vne auarice violente& tyrannique: car il luy deman da en courroux auec fieres menaces, pour le moins les villes de Tyr& de Sidon: en quoy il me femble qu'il faifoit vn tour qui n'eftoit beau ny honefte, comme fi luy, qui auoit en fon obeyffance tout ce qui eft entre les Indes& la mer de Syrie, fuft encore f poure& fi indigent, que pour deux villes feulement il deuft trou bler& chaffer celuy dont il eftoit gendre,& qui auoit fouftend vne fi grande& fi dure mutation de fortune, donnant vn trefleur & certain tefmoignage à ce que nous enfeigne Platon, Que celuy qui veut deuenir veritablement riche, doit mettre peine, non d'accroitre& augmenter fa ricbeffe, mais pluftoft de diminuer a it j efcus 662 DEMETRI V S. tonuoitife d'auoir, pourautant que celuy qui ne fiche point de but & ne met point de bornes à fa cupidité, n'eft iamais hors d'indi gence& de poureté. Si eft- ce que Demetrius pourtant ne flefchit point par crainte, ains prouucut les villes de bones& groffes garmifons pour les tenir& garder cotre luy, difant, qu'encore qu'il euft efté vaincu dix mille autres fois en bataille, il ne luy entreroit pourtant iamais en la fantafie, qu'il fe deuft contenter& fe reputer bien- heureux d'acheter fi cherement l'alliance de Seleucus. D'autre part, il fut aduerty qu'vn certain Lachares ayant efpié Toccafion que les Atheniens eftoyent en fedition ciuile, badez les vns contre les autres, les auoit opprimez,& s'eftoit fait tyran& feigneur de la ville, il eut efperance que facilement il la pourroit reprendre, s'il y venoit foudainement à l'improuueu: fitrauerfa la mer auec grade flotte de nauires fans aucun dager: mais il eut vne groffe tourmente en la cofte d'Attique, là où il perdit bonne partie de fes vaiffeaux& grand nombre de fes gens aufsi, mais quant à luy il fe fauua& commença à faire vn peu de guerre aux Atheniens. Toutesfois voyant qu'il perdoit fon temps& qu'il n'y faifoit rien, il enuoya de fes gens pour derechef raffembler dés nauires,& luy cependant s'en alla au Peloponefe mettre le fiege deuant la ville de Meffene, là où il fut en grand danger de fa perfonne: car en combattant tout ioignant la muraille, il recent va coup de trait qui luy paffa par la bouche& luy perça la iouë.Ce nonobftat apres que fa playe fut guairie, il remit en fon obeiffance quelques villes qui s'eftoyet rebellees à l'encôtre de luy:& puis s'en retourna derechef en l'Attique, là où il prit les villes d'Eleufine& de Rharfinus, dont il courut& gafta toute la contree,& prit vne nauire chargée de bled, dont il fit pendre le marchand& qui eftoit le bled,& le pilote de la nauire, à fin d'efpouuanter& intimider les autres marchans, à ce qu'ils n'y en ofaffent plus a- mener,& que par ce moyen la famine fuft dedans la ville,& qu'il y euft dauantage grande indigence de toutes chofes neceffaires pour la vie humaine: comme il aduint, de forte que le minot de ve fel fe vendoit* quarante drachmes d'arget,& le boiffeau de bled * trois cens. En cefte extreme necefsité les Atheniens eurent vne courte ioye pour cent cinquate galeres qu'on apperceut pres de Aegine, que Ptolomæus enuoyoit à leur fecours.car quand les gés de guerre qui eftoyent dedans virent qu'on en amenoit à Demeerius grad nombre du Peloponefe, de Cypre& de tous autres coAtez, tellement qu'il en pouuoit bien auoir en tout iufques au nombre de trois cens, ils leuerent les ancres& fe mirent à fuyr. Adonc Lachares mefme abandonna la ville& fe fauua fecrettement. Et lors les Atheniens quoy qu'ils euffent ordonné peine de mort à l'encontre de ceux qui feroyent aucune mention de traitter pair ou accord avec Demetrius, luy ouurirent incontinensles Trante elre loit milli tref- a eurs hares * ISLE*** to portes p luy enu quelqu necels plufie conte de to uan Je p dita sout bua vefo té, cito fite cha me 100 perd auf Berre mbler fege per Ce Jouis k & ts de ed ne de géo me S CO es au fuyr ede $ DEMETRIVS. 66% portes plus prochaines de l'endroit auquel eftoit afsis fon cáp,& luy enuoyerent des ambaffadeurs, non qu'ils euffent efperance de quelque grace ou appointement, mais pour autant que l'extreme necefsité les y contraignoit. Durant ce fiege fi eftroit il furuine plufieurs cas efträges& merueilleux: mais entre les autres on en conte vn rel: qu'eftant le pere& le fils en leur maifon afsis, hors de toute efperance de pounoir plus fouftenir leur vie, il cheut deuant eux du comble de fa maifon vne fouris toute morte,& que le pere& le fils fe combatirent à qui l'auroit pour la manger. On dit aufsi qu'en ce mefme fiege le philofophe Epicurus nourrit& Touftint luy& fes familiers adherans à fa doctrine, en leur diftribuant par conte iour à iour, certain nombre de feues, dont ils vefcurent.Eftant donc la ville d'Athenes reduitte à telle extremité, Demetrius entra dedans,& fit faire commandement à tous les citoyens qu'ils euffent à eux affembler dedans le theatre, où il les fit enuironner de foldats armez, puis mit tout à l'entour de l'efchaffaut des ioueurs fes gardes en armes.Cela fait il defcédit luymefine dedans le theatre par les hautes galeries& entrees, come ont accouftumé de faire ceux qui iouent les tragedies: dequoy les Atheniens furent encore plús effrayez que parauant, mais il appaifa leur tremeur incontinent qu'il commença à parler: car il n'entonna point fa harangue d'vne voix ireufe& courroucee, & n'vfa point de paroles afpres ny aigres, ains feulement apres fe efère plaint tout amiablement d'eux,& leur auoir monftré gra cieufement leurs fautes, il dit qu'il leur pardonnoit,& qu'il vouloit retourner en grace auec eux:& dauantage leur fit donner dix millions de mines de bled,& eftablit des magiftats, qui furrent tref- agreables au peuple.Et adoc voyant Democles l'orateur que le peuple iettoit de grands cris de ioye à la louage de Demetrius, & q les orateurs, à l'enuie I'vn de l'autre montoyét en la tribune aux harangues pour luy decerner tous les iours nouueaux honneurs à qui furpafferoit fon copagnon, il propofa vn decret, qu'on mift& liuraft entre les mains du Roy Demetrius les ports& haures de Pireus& de Munychia pour en faire à fon bo plaifir.Ce que luy ayat efté accordé& paffé par les voix du peuple, luy mefme encore de fo authorité priuee mit vne groffe& puiffante garnifon dedans le fort appellé Mufæum, de peur que de là en auant le peuple ne fe rebellaft contre luy& ne le deftournaft d'autres entrepriſes. Apres qu'il eut ainfi pris les Atheniens, il s'en alla efpier les Lacedemoniens: mais leur Roy Archidamus auec vne puiffante armee luy vint au deuant lequel il desfit en bataille& le tourna en fuyte pres la ville de Mantinee: puis entra en main armee dedans la Laconie,& y penetra iufques au plus pres de la ville de Sparte, où il desfit encore vne autre fois en bataille rangee les Lacedæmoniens, dont il en prit cinq cens prifonniers,& ts w} 664 DEMETRIVS. en occit deux cens:& fembloit bien à chacun, que tout de ce pas fans aucun empefchement il deuft aller prendre la ville de Sparte, laquelle iufques alors n'auoit encore iamais efté prife. Mais il n'y eut onques Roy, de qui la fortune euft de fi grades& foudaines mutations& changemens, comme de ceftury- cy, ny ne fut iamais en autres affaires fi fouuent petite,& puis grande tout foudain abbaiffee,& puis efleuee, foible,& puis derechef puiffante:& pource dit on qu'en ces grandes aduerfitez quand la fortune fe tournoit ainfi contre luy, il auoit accouftumé d'efcrire addreffang fa clameur à la fortune, ce que dit Aefchylus en vn paffage, Tu as voulu premierement me faire, Et il femble or, que tu me veux desfaire. Car lors que fes affaires eftoyent fi bien acheminez pour recouurer encore derechef grand empire& grande puiffance, on luy vint apporter nouuelles, premierement que Lyfimachus luy auoit pris toutes les villes qu'il tenoit en l'Afie,& d'autre cofté, que Ptolomæus luy auoit ofté tout le Royaume de Cypre, excepté feulement la ville de Salamine, dedans laquelle encore il tenoit fa mere& fes enfans qu'il y auoit eftroittement afsiegez.Ce noobftant encore luy faifoit la fortune, comme la mauuaife fem me que dit Archilochus, laquelle En vne main portoit l'eau trompereffe, Et l'ardent feu en l'autre vengereffe. Car le deftournant& quafi luy oftant d'entre les mains la ville de Sparte par ces tant effrayantes& efpouuatables nouuelles, fur le point qu'il eftoit certain de l'emporter, elle luy vint aufsi toft prefenter& offrir efperances d'autres grandes& nouuelles chofes, par le moyen qui s'enfuit: Apres le trefpas de Caffander, Philippus qui eftoit l'aifné de tous fes enfans& fo fucceffeur au royaume de Macedoine, ne regna pas log temps fur les Macedoniés, ains deceda tantoft apres fon pere:& les deux autres freres entrerent en gros differens,& firent la guerre l'vn côtre l'autre, de forte que l'vn qui auoit nom Antipater tua fa mere nommee Theffalonice,& l'autre appella à fo aide& fecours Demetrius& Pyrrhus, l'vn du Royaume d'Epire,& l'autre de la contree du Peloponefe.Pyrrhus y vint le premier& occupa vne grande partie de la Macedoine, qu'il retint pour recompenfe& loyer de ce qu'il l'eftoit venu fecourir à fa requefte: en maniere qu'il eftoit defia redoutable voifin à Alexandre mefme qui l'auoit appellé. Dauatage eftant aduerty que Demetrius incontinent apres auoir receu fes lettres s'eftoit mis en chemin auec toute fon armee pour le venir fecourir, le ieune homme en fut encore dauantage eftonné & efpouuanté doublement pour la dignité& la reputation grande de Demetrius. Si luy alla- il toutesfois au deuant& le recueilis pres du lieu qu'on appelle Dejon là où il le falua& l'embraffa ន្ថ យ ខ្លួន Rec gra affaires befoin mencer Vn tou fin ef qu'on qu'il dequ ment ner c der à & di les of efto entra fent gen fair Man bien Je led nu nou dre de comp autre Pen Deme de la furent con b Lost Dem cefte Dem gran Top re co ypre, ore il gez Cen hile re ન mef yt e de qu'il Hefia ata re DEMETRIVS. 665 Atec grandes carefles: mais puis apres luy dit incontinent, que fes affaires eftoyent en tel eftat,( que graces aux dieux) il n'auoit plus befoin de fa prefence pour le fecourir.Depuis cefte parole, ils comencerent à entrer en doute& desfiance I'vn de l'autre.Si aduine vn iour come Demetrius s'en alloit au logis d'Alexandre où le feftin eftoit appreflé, que quelqu'vn luy vint defcouurir l'embufche qu'on luy dreffoit,& comment on auoit deliberé de le tuer, ainfi qu'il cuideroit fe refiouir en faifant bonne chere à ce banquet: dequoy Demetrius ne fe trouua aucunement troublé, mais feulement retarda vn peu fon pas,& ne s'auança point tant de cheminer comme il euft fait autrement,& cependant enuoya commander à fes Capitaines qu'ils tiefent leurs gens en armes tous prefts, & dit à fes gentils- hommes, qui eftoyent à l'entour de luy,& tous les officiers de fa maifon qui fe trouuerent lors auec luy, lefquels eftoyent en bien plus grand nombre que ceux d'Alexandre, qu'ils entraffent tous quant& luy dedans la falle,& qu'ils y demeuraffent iufques à ce qu'il fe leuaft de la table: au moyen dequoy les gens qu'Alexandre auoit ordonnez pour Paffaillir, ne l'oferent faire, tant ils eurent de peur le voyant ainfi bien accompagné.DaMantage Demetrius feignant qu'il n'auoit pas pour lors le corps bien difpofé à faire bonne chere, fortit incontinent de la falle,& le léde main fe delibera de partir faifat à croire qu'il luy eftoit venu nouuelles de quelques affaires qui le preffoyet,& prioit Alexa dre de luy pardonner ce qu'il ne luy pouuoit faire plus longue compagnie, ains eftoit contraint de fe partir d'auec luy,& qu'vne autre fois ils fe verroyent plus amplement, quand ils feroyent& Pvn& l'autre de loifir. Alexandre eftoit tref- ioyeux de voir que Demetrius s'en alloit ainfi de fon bon gré,& non en male grace, de la Macedoine: fi le conuoya iufques en Theffalie,& quand ils furent arriuez en la ville de Lariffe, ils commencerent derechefà fe conuoyer& feftoyer l'vn l'autre pour s'entrefurprendre ce qui fut caufe que Demetrius eut Alexandre en fa main, tout ainfi come il demandoit: car Alexandre expreffément ne voulut point a toir fa garde autour de foy, de peur qu'il n'éfeignaft à Demetrius de fe tenir fur fes gardes aufsi:& par ainfi luy aduint de fouffrit premier ce qu'il auoit proietté& machiné de faire à autruy, pour ce qu'il auoit bie deliberé de ne le laiffer plus efchapper s'il le pou uoit vne autre fois tenir.Eftät doc femond de venir foupper chez Demetrius, il y vint,& comme tout au milieu du foupper Demetrius fe fut leué de la table, Alexãdre fe leua aufsi tout effrayé de cefte faço de faire,& le fuyuit pas à pas iufques à la porte:& lors Demetrius ne fit que dire à fes gardes qui eftoyet à la porte, Tue celuy qui me fuyt.En difant cela il fortit dehors,& Alexandre qui le fuyuoit fut occis en la place,& auec luy aucuns de fes gentilshommes qui accoururens au fecours, defquels I'va ainfi qu'on le 666 DEMETRIVS. terieure fent, que fon mal p qui il ef tout le ily ent me, il feruo thens affec marqu fuft, il tonice tuoit, dit, que Demetrius ne les auoit preuenu que d'vn iour? Toure celle nuit, comme il eft vray- femblable, fe paffa en grand tumulte: mais le lendemain matin, les Macedoniens qui fe trouuoyent merueilleufement troublez& efponuantez,& qui craignoyent fort la grande puiffance de Demetrius, quand ils virent que perfone ne leur venoit courir fus, ains que Demetrius au cotraire enuoya vers eux leur dire, qu'il vouloit parler à eux& leur rendre raifon de ce qu'il auoit fait, alors commencerent- ils à fe affeurer,& luy donnerent bien volontiers audience. Si ne luy fut ia befoin d'vfer de beaucoup de paroles, ne faire de longues harangues pour les gaigner& attifer à foy: car pour autant qu'ils auoyent en haine Antipater, comme parricide& meurtrier de fa mere,& qu'ils n'en auoyent point d'autre meilleur, ils efleurēt facilement Demetrius Roy des Maca doniens:& par ainfi le remmenerent en Macedoine pour le mettre en poffefsion& le faire iouyr du Royaume.Cefte mutation ne fut point def- agreable aux autres Macedoniens, qui eftoyent demeurez au pays& en leurs maifons, pour la fouuenance qu'ils auoyent encore du mefchant & defloyal tour que Caflanderauoit fait à Alexandre le grand, à raifon duquel ils auoyent toute fa pofterité en haine& en horreur:& s'il y auoit encore quelque refte de memoire en leurs cœurs de la bonté& douceur de leur ayeul Antipater, Demetrius en receuoit le fruit, ayant pour fa femme Philla, de laquelle il a- uoit vn fils qui luy deuoit fucceder au Royaume,& eftoit defia en fon adolefcence au camp auec fon pere. Luy eftant donc aduenue vne fi grade profperité& fi bonne rencontre, il eut encore nouuelles que Ptolomæus auoit non feulement leué fon fiege de deuant la ville où il tenoit fa mere& fes enfans afsiegez, ains leur a uoit fait dauantage de grands honneurs& de riches prefens. Deautre part il fut aduerty comme fa fille Stratonice, laquelle auoit efté mariee premierement à Seleucus, eftoit pour lors efpoufee auec Antiochus fils dudit Seleucus,& come elle auoit efté couronnee Royne des nations Barbares qui habitent és hautes prouinces de l'Afie: ce qui s'eftoit fait en ĉefte maniere: Il aduint que ce ieune prince Antiochus, ainfi que l'amour furprend les hommes, deuint amoureux de fa belle mere Stratonice, qui defia auoit eu vn fils de Seleucus: mais eftant ieune& fingulierement belle, il en fut fi viuement efpris& attaint que combien qu'il effayaft& fift tout ce qui luy eftoit pofsible pour vaincre fa pafsio, fi fe trou uoit- il toufiours le plus foible, tellement qu'à la parfin fe condanant luy- mefme à la mort, pourautant qu'il fentoit fon defir reprochable, fa pafsion incurable,& fa raifon de tout point fupplätee, il refolut d'abädonner fa vie,& petit à petit la laiffer decliper en s'abitenant de boire& de manger,& ne faifant conte de cercher remede à fon mal, faignant auoir quelque maladie inte il app des ar fage de ce haft te d Me tra Staple linice poit de feroit conha fon fils fon fils dont il MOLL ur cel For au Wasten de S CS E & ea mecha grand en hor n leurs trus en J 0- ше 7- oit , il & Ou da It DEMETRIVS 667 Interieure& fecrette dedans le corps.Si ne peut- il faindre fi finefent, que le medecin Erafiftratus ne s'apperceuft bien aifémét q fon mal procedoit d'aimer: mais il eftoit difficile à coniecturer de qui il eftoit amoureux. Ce que voulant defcouurit il demeuroit tout le long du iour en la chambre de ce ieune Prince,& quand il y entroit quelque bean ieune fils, ou quelque belle ieune fem me, il regardoit tref- ententiuement au vifage d'Antiochus& ob feruoit foigneufement toutes les parties du corps& les mouvemens exterieurs, qui ont accouftamé de refpondre aux paffions& affections fecretes de l'ame. Comme donc il euft plufieurs fois remarqué que quand les autres y venoyét pour le voir, qui que ce fuft, il demeuroit toufioers en vn mefme eftat: mais quand Stra tonice y arriuoit ou feule ou en compagnie de fon mari Seleucus, il apperceuoit ordinairement en luy les fignes que Sapho efcrit des amoureux, à fauoir, que la parole& la voix luy failloit, le vi fage luy deuenoit rouge& enflámé, qu'il luy iettoit à tous coups de ceillades,& puis luy prenoit vne fucur foudaine, fon poulx fe haftoit& fe hauffoit,& finalement apres que la force& puiflance de l'ame eftoit toute profternee, il demeuroit comme perfonne tranfportee& rauie en efprit hors de foy,& paliffoit. Adonc Erafiftratus par ces fignes& demonftrances fi claires, faifant vn vray- fernblable difcours, que ce ne pouuoit eftre autre que Stratonice de qui ce ieune Prince fuft amoureux,& qu'il fe parforçoit de le taire& le celer iufques à la mort, il penfa bien que ce feroit chofe fafcheufe, que de le declarer au Roy: neantmoins fe confiant à la grande amour& affection paternelle qu'il portoit fon fils, il prit le hafard vn iour de luy dire, que la maladie de fon fils n'eftoit autre chofe qu'amour: mais que c'eftoit vn amour dont il eftoit impoffible qu'il iouyft,& pource qu'il falloit qu'il en mouruft: car il eftoit incurable. Seleucus fut fort efperdu de ouir cefte nouuelle: fi luy demanda, Et comment eft- il incurable? Pour autant, Sire, refpodit le medecin, qu'il eft amoureux de ma femme.Et lors Seleucus, Et dea, dit il, Erafiftratus, ie t'ay toufiours tenu au nombre de mes meilleurs amis,& maintenant ne me voudrois- tu point faire ce plaifir, de laiffer ta femme en mariage à mon fils, veu mefmement que tu fais bien que ie n'ay que ce luy- là,& que ie fuis affeuré de le perdre, fi tu ne me veux fecourir? Mais tu ne le ferois pas toy- mefme, dit Erafiftratus, fi c'eftoit de Stratonice qu'il fuft amoureux.Pleut aux dieux refpondit incontinent Seleucus, que quelqu'vn ou des dieux cu des hommes peuft diuertir fon amour en cet endroit: car quant à moy ie luy quitteroye non feulement mon affection, mais bailleroye volontiers mon royaume pour luy fauuer la vie. Adonc voyant Erafi Stratus que le Roy difoit ces paroles d'vn cœur merueilleufemen pallionné,& auec grande abondance de larmes, illuy prit la mai 668 DEMETRIVS. fon obe Beotiens enfemble a gran tre des B taille pa la ville me tep entra fur con bes, per dainem hom e du pa Thebe droite,& luy dit franchement, Tu n'as, Sire, que faire en ceci de l'aide d'Erafiftratus: car eftant pere, mari& roy ,, tu peux encore feul eftre le medecin de la maladie de ton fils, Cela entédu Seleucus fit afferabler le peuple,& deuät toute l'affiftance declara, qu'il auoit propofé& arrefté de couronner fon fils Antiochus Roy des hautes prouinces de l'Afie,& Stratonice Royne, pour les marier enfemble,& qu'il fe perfuadoit q fon fils lequel s'eftoit toufiours monftré obeyffant& rendu fuiet au vouloir de fon pere, ne luy contrediroit point encore quant à ce mariage:& quant à Stratonice, fi elle eftoit mal contente de telles noces, ou qu'elle fit difficulté de s'y accorder, pour autat que c'eftoit chofe non accouftumee, qu'il vouloit que fes amis luy remonftraflent& donaffent à entendre, qu'elle deuoit trouuer bon& honnefte tout ce qui plaifoit au Roy,& qui eftoit pour le bie vniuerfel du royaume& I'vtilité de la chofe publique. Voila cóment fut fait le mariage d'An tiochus& de Stratonice.Mais pour rerourner à l'hiftoire de Demetrius, il receut le royaume de Macedoine& de Theffalie par le moyen que nous auos dit,& fi tenoit dauätage la meilleur partie du Peloponefe,& deçà le deftroit, les villes de Megare& d'Athenes: encore mena il fon armee côtre les Bootiens, lefquels du commencemet voulurent bien entrer en quelque voye d'accord & traiter paix auec luy: mais depuis que Cleonymus Spartiate a- uec fon armee fut entré dedans la ville de Thebes, les Bootiens efleuez& encouragez par les belles paroles& fufcitations d'vn Pifis natif de la ville de Thefpis, qui pour lors eftoit le premier home d'entr'eux en credit& en authorité, ils renocerent à ce que ils auoyent commencé de traiter,& fe refolurét à la guerre.Par quoy Demetrius alla mettre le fiege deuant la ville de Thebes,& fit approcher fes engins de batterie, de forte que Cleonymus, de peur qu'il eut, fortit fecretement de la ville, à l'occafion dequoy Jes Thebains effrayez fe renditent à la merci de Demetrius, lequel apres auoir mis de bonnes garnifons dedans les villes,& a- uoir leué vne groffe fomme d'argent fur la prouince, leur laiffa pour gouuerneur& fon lieutenant l'historien Hieronymus: en quoy il femble qu'il les traita fort humainement,& leur fit de grace, mefmement à Pifis: car l'ayant pris prifonnier, il ne luy fit nul defplaifir, ains le receut doucement& luy fit bonne chere, & dauantage luy donna le magiftrat de Polemarche, c'eft à dire, maiftre de la guerre qui a la fuperintendence au fait des armes en la ville de Telpis Peu de téps apres que ces chofes eurent eſté ainfi faites, le Roy Lyfimachus de fortune fut pris par vn autre Prince barbare nomé Dromichetes. Parquoy Derdetrius ne vou lant perdre vne fi grande occafion de faire fes befongnes, alla à main forte pour enuahir le pays de la Thrace, eftimant qu'il ne trouueroit perfone qui l'empefchaft de prendrerous& le reduire granen rede b rauant gra on ad tiens& The op pour bee de s'ex ngrand parque ane ne uce lu an du b qu'il ty ofa time, ta the bi Faincus royaum aftoire Thefal meilleur are&& A efquels da Paccord rate a- cotiens πομένη reque Par es,& , de quoy le2- aiffa : en ranluy here, à diarme nt elé YOU la 2 ne uire DEMETRIVS 669 en fon obeyffance. Mais auffi toft comme il eut le dos tourné, les Baotiens fe rebellerent encore vne autre fois,& eut nouuelles enfemble que Lyfimachus eftoit deliuré de prifon: fi s'en retourna à grande hafte merueilleufement courroucé& irrité à l'encon tre des Bootiens, lefquels il trouua auoir defia efté desfaits en bataille par fon fils Antigonus,& alla derechef mettre le fiege deuat Ja ville de Thebes capitale de toute la prouince.Mais en ce mefme teps Pyrrhus vint courir& fourrager toute la Theffalie,& entra iufques au deftroit des Thermopyles:& pourtat Demetrius fut contraint de laiffer fon fils à la continuation du fiege de Thebes, pendant qu'il alla alencontre de Pyrrhus, lequel fe retira fou dainement en fon royaume.Et par ainfi Demetrius laiffa dix mille homes de pied,& mille cheuaux en la Theffalie pour la defenfe du pays,& s'en retourna auec le refte de fon armée pour forcer Thebes.Si fit approcher de la muraille celle fiene grande machine de baterie, qu'on appelloit Elepolis, comme nous auons dit parauant, laquelle fe pouffoit petit à petit auec grade difficulté pour fa grandeur& pefanteur, tellement qu'à grande peine la pouuoiton aduancer de demy quart de lieue en deux mois. Mais les Bocotiens& Thebains fe defendoyent vaillamment:& Demetrius par vne opiniaftreté& cupidité de vengeance, plus fouurent que pour bien qui en aduinft, contraignoit fes gens d'aller à l'affaut & de s'expofer au peril, tellement, qu'il en mouroit tous les iours vn grand nombre.Ce que voyant Antigonus fon fils: Dea, dit- il pourquoy faifons- nous ainfi perdre& mourir nos gens fans aucune neceffité ne befoin qu'il en foit? A quoy Demetri' tout cour roucé luy refpondit: Mais dequoy te foucies- tu? dois tu* diftribu- Lebled fe dition du bled à ceux qui meurent? Ce neantmoins afin qu'on penftibuoit.com faft qu'il vouluft feulement expofer les autres au danger, qu'il me la foldes. ne s'y ofaft luy mefme prefenter, il combattoit quant& eux luy- aux gens de mefme, tant qu'il eut le col percé de part en part d'vn coup de querve tous fiefche bie pointue qui luy fut delafchee de deffus la muraille, les mais dont il fut bien fort malade, mais pourtant fi n'en leua- il point le fiege, ny n'en rompit point fon camp, ains print vne autre fois la ville de Thebes, d'affaut, laquelle de naguere repeuplee& rebaftie, fut en l'efpace de dix ans prife par deux fois. Si mit les Thebains en grande frayeur, pour les furieufes menaces dont il vfa en entrant dedans: de forte qu'ils s'attendoyent bien de recenoir toutes les plus extremes afflictions& peines, que peuuet fouffrir les vaincus d'vn vainqueur iuftement indigné:& toutesfois apres en auoir fait mourir feulement treze,& en auoir banny quelques vns, il pardonna au demeurant. Enuiron ce temps efcheut la faique fe deuoyent celebrer les ieux& la fefte qu' on nome Pythia, en l'honneur d'Apollo:& pourautant que les Aetoliens a- Hoyent preoccupé toutes les aduenues& paffages, par lefquels il fon 670 DEMETRIVS. falloit paffer pour aller en la ville de Delphes, en laquelle de tou te ancienneté auoyent accouftumé de celebrer les ieux fufdits, il les fit folénifer à Athenes, comme au lieu là où plus raifonnableament fe deuoit honorer& reuerer celuy dieu, pourautât qu'il e- ftoit le patró de la cité,& que les Atheniens maintenoyét qu'il ca ftoit leur progeniteur. De là il s'en retourna en Macedoine,& co noiffant que ce n'eftoit point fon naturel que de viure en oifiueté& en repos,& voyat auffi d'autre part, que les Macedoniës luy eftoyent plus feruiables& plus obeyflans en temps de guerre,& qu'en temps de paix ils deuenoyent feditieux, pleins de curiofité, de murmure& de querelles, il s'en alla faire la guerre aux Aeto liens,& apres auoir gafté& pillé tout leur pays, il y laifla vne bo ne partie de fo armee fous la charge de Patauchus qu'il y eftablic fon lieutenant:& luy cependant auec le refte de fes gens s'en alla cotre Pyrrhus,& Pyrrhus auffi marcha côtre luy, mais ils faillirēt à fe rencotrer l'vn l'autre parquoy Demetrius tira outre, iufqu'au royaume d'Epire, lequel il courut& fourragea tout. Et Pyrrhus d'autre part chemina frauat qu'il trouua Patauchus, auquel il pre fenta la bataille tout incontinent,& vint iufqu'à combatre main à main auec luy, tant qu'ifle bleça& fut auffi blecé par luy: mais à la fin Pyrrhus en demeura vainqueur,& tourna Pantauchus en fuyte, en laquelle il occit grad nobre de gés,& prit cinq mille pri foniers: ce qui fut la principale ruine de Demetrius. Car Pyrrhus n'encourut pas tant la haine des Macedoniens pour le mal& le dommage qu'il leur auoit fait, comme il acquit enuers eux grand renom de prouefle, pour auoir fait de fa propre main la plus gran de partie des beaux faits d'armes qui furent faicts en cefte iournee, dont il en fut de là en auant en tres grande eftime& reputation enuers les Macedoniens.Si y en auoit plufieurs à qui il ve noit en péfée de dire, qu'il eftoit le feul Roy entre tous les autres. auquel on pouuoit voir l'image de la hardieffe& vaillance d'Alexandre le grand emprainte au vif,& que tous les autres,& mefmement Demetrius, ne faifoyent que contrefaire fu grauité, magnificence& ma efté Royale, comme feroyent les bafteleurs, qui fur vn efchaffaut voudroyent iouer& reprefenter, fon perfonnage.Auffi à dire la verité, il y auoit bien de la tragedie& de la po pe à l'entour de Demetrius: car non feulemet il auoit toufiours cu rieufemet la tefte couuerte d'vn grad chapeaux à large rebras& doubles cordons,& eltoit veftu de robbes de pourpre brochees Cor: mais auffivfoit ordinairement d'vne chauffure à fes pieds faite de laine teinte en pourpre pure, non tifue, mais ferree en façon de feutre,& doree par deffus.Et fi faifoit faire long temps y auoit, vn manteau d'vn ouurage merueilleufement fuperbe& arrogát car deffus y eftoit pourtraite la figure du monde, des aftres & des cercles du ciclequel demeura imparfait par la mutation & le He char cedoine ay plu Maced fesqu' grand ment de di OU S ayoy des A il fem cité d moni dit l'a Dem en ar fort Jairen de facil PiGen lefo m as a pa uadil etta tou Mac Log, ma alls aud HOE O & b com foit reen de edavisin gera de canci re uel ilye re man : mais hus en DEME TRIV S. 671 & le changement de la fortune: mais il n'y eut iamais Roy de Ma cedoine depuis qui l'ofaft porter, combien qu'il y en ait eu apres luy plufieurs fort arrogans& prefomptueux Si n'eftoyent pas les Macedoniens feulement marris& defplaifans de voir telles chofesqu'ils n'auoyent point accouftumees, mais auffi s'offenfoyent grandement de fes dolices& de fa maniere de viure,& mefmement de ce qu'il eftoit fi mal aifé à aborder,& qu'il y auoit fi grā de difficulté à parler à luy, Car ou il ne donnoit point d'audience, ou s'il en donnoit, il eftoit rude,& rabrouoit fierement ceux qui auoyent à faire à luy, comme il tint deux ans les ambaffadeurs des Atheniens fans leur faire aucune refpófe, aufquels neãtmoins il fembloit qu'il portaft plus d'affection qu'a nul autre peuple ne cité de la Grece,& fi fe courrouça vne fois, de ce que les Lacedæ moniens n'auoyent enuoyé vers luy qu'vn homme feul en ambaffade, pefant qu'ils l'euflent fait en me fpris de luy.Si luy refpo dit l'ambaffadeur fort plaifamment,& à la Laconiene: Car cóme Demetrius luy dift, Comment, les Lacedæmoniens n'enuoyét- ils en ambaffade vers moy qu'vn homme? Non, dit- il, Sire vers vn. II fortit quelquefois en public vn peu plus priuément& plus popuJairemét que de couftume: parquoy il dona efperance au peuple de facile acces,& que benignemet il orroit les plaintes de chacu Plufieurs y accoururent, qui luy prefenterent humblement leurs requeftes par efcrit, llles receut toutes,& les mit dedans le reply de fo mâteau, les poures fuppliãs en furét bié ioyeux,& le fuyuirét pas à pas, en afleurace qu'ils feroyét là próptemét defpechez: mais quad il fut fur le pot du fleuue Axius, il deue lopa fon mâteau& les ietta toutes enfemble dedas la riuiere. Cela greua fort les cœurs des Macedoniens, qui lors s'eftimeret eftre no gouuernez par va Roy, mais outragez par vn tira:& d'autat leur eftoit- il plus grief qu'ils auoyent encore fouuenance d'auoir veu eux- mefmes, ou d'auoir ouy dire à leurs peres, comment le Roy Philippus eftoit doux& benin en telles chofes,& cöment vniour ainfi qu'il paffoit par la rue, vne poure vieille femme le tira par la robbe, en le fuppliant inftamment par plufieursfois de la vouloir efcouter: il Juy refpondit qu'il n'auoit pas le loifir pour l'heure,& lors la.bone femme fe prit à crier haut& clair, Ne vueilles donc point eftre Roy. Cette parole le toucha fi viuement au cœur,& y péfa fi bien, qu'il s'en retourna tour cour à fon logis, là où toutes autres chofes mifes en arriere, il ne fit rié par plufieurs iours, que vaqueur à ouyr les plaintes& les requeftes de ceux qui auoyét à faire à luy, en commençant à cefte poure vieillote. Car certes il n'y a rien qui foit tant propre ne fi bien feant à vn Prince, que faire& exercer iuftice: pour autant que Mars, qui fignifie la force, eft vn tyra, que dit Timotheus: mais la iuftice& la loy, feló que dit Pindarus eft la Royne de tout le monde:& ne dit point le fage poete le pri thus kle and rin - CS. 臺 S y le ainfi ce, ne DEMETRI VS. 672 Homere, que les princes& Rois ayet receu de Iupiter en depof & en garde des machines d'artilleries pour ruiner& demolir les villes, ni femblablement des nauires fortes& puiffantes, mais bie les fain& es lois,& les droits:& pourtant appelle- il le difciple& fa milier ami de lupiter, non celuy des Rois, qui eftoit le plus fanguinaire ou le plus violent& le plus grand conquerant, mais bie fe plus droit& le plus iufte.Et Demetrius s'efiouiffoit d'auoir vn titre& eftre appellé par vn furnom du tout contraire à celuy de Jupiter: car on le nomme Polieus on Poliouchos, qui fignifie protecteur& conferuateur des villes,& luy eftoit furnomme Poliorcetes, c'eft à dire, fourceur& preneur de villes: par ainfi le mal e- ftoit pris pour le bie,& le vice mis au lieu de la vertu par vne forfachát difcerner le vray du faux qui luy tournoit fon iniuffice à gloire,& fon iniquité à honneur.Mais pour retourner là d'où nous fommes partis. Demetrius tomba en vne groffe& dangereufe maladie en la ville de Pella, pendat laquelle il perdit pref que toute la Macedoine, par vne foudaine courfe que fit Pyrrhus, qui la cheuaucha toute,& penetra iufqu'à la ville d'Edeffa: mais incontinent qu'il commença à fe bien porter, il l'en dechaffa aifément,& puis fit quelque appointement auec luy, pour autant qu'il ne vouloit pas en s'attachat à luy, lequel il auroit continuellement à fa porte,& en s'amufant à le combattre par rencontres, tantoft cy, tantoft la, perdre l'occafion& fe rendre moins puiffant pour executer ce qu'il auoit entrepris.Or n'etreprenoit- il pas peu de chofe, ains penfoit de recouurer toutes les terres& feigneurie's que fon pere auoit tennes:& fi n'eftoit point l'appreft qu'il fai foit moindre ne moins fuffifant que requeroit le deflein de fon en treprife: car il auoit defia leué& affemblé vne armee de cent mil le hommes de pied, il ne s'en falloit que deux mille,& outre cela no guere moins de douze mille cheuaux:& faifoit faire bien iufques au nombre de cinq cens nauires, qui fe batiffoyent partie fur le port de Pyræus, partie à Corinthe, partie en la ville de Calehis,& partie aux enuirons de Pella.Luy- mefme en perfonne alloit par tous les atteliers, monftrant aux ouuriers comment il falJoit faire,& leur aidant à les deuifer, tellement que tout le monde s'esbahyffoit non feulement de la multitude, mais aufsi de la gradeur& magnificence de fes ouurages: car il n'y auoit pour lors homme viuant qui euft iamais veu galere à quinze ny à feze rags de rames: bien eft- il vray que depuis, Ptolomæus furnommé Philopater en edifia vne à quarante rangs de rames, laquelle auoit de Jongueur deux cens quatre vingts coudees,& de hauteur depuis la quille iufques au haut de la pouppe quarante& huit,& y falloit pour la conduire quatre cens matelots,& bien quatre mille forçaires pour la faire voguer,& outre tout cela, encore pouuoit- elle tenir deffus letillac peu moins de trois mille cobattans: mais mais ce fembl muee & no pour té d fent leu rep ptu Roy figr Roy men rent ale ftra me pou zand fance thus a tendo grade ler co cofte en arm Mac Ame roudo aller Son Deme les a cele Derdpre Pyrus hafla a autan Inuel ntres, fant Прец neufai mil ela f- tie alalalde -- rs S . lle U- ns: mais DEMETRI VS. 67% mais cefte galere ne feruit iamais que de möftre,& eftoit prefque femblable aux edifices fermes& immobiles,& ne fut iamais remuee de la place où elle fut baftie qu'auec tres- grade difficulté, & no moins de dager, plus pour faire efmerueiller le monde, que pour aucun feruice ou vtilité qu'on en euft feu tirer: mais la beauté des vaiffeaux de Demetrius n'empefchoit point qu'ils ne fuffent bos& agiles pour cobatre, ny la grandeur de la ftructure ne leur oftoit point l'vfance, ains leur legereté& agilité eftoit encore plus digne d'eftre regardee, que no pas la magnificece& fumptuofité. Ainfi doc come cefte grade puiffance eft telle que iamais Roy auparauant depuis Alexandre le grand ne l'auoit affemblee fi grade, fe preparoit& leuoit pour aller enuahyr l'Afie. Ces trois Roys Ptolomæus, Seleucus& Lyfimachus s'allierent premierement enfemble contre luy,& puis apres au nom de tous enuoyerent leurs ambaffadeurs vers Pyrrhus pour le pratiquer& le tirer à leur ligue, en l'incitat de defcedre en la Macedoine, luy remonftrant qa'il ne fe deuoit point fier ny repofer fur le traité que Demetrius auoit fait auec luy comme fur vne bonne& feure paix, pource qu'ils difoyent que Demetrius ne luy donnoit point affeu rance de ne luy faire iamais la guerre, ains prenoit pour luy l'aifance de la faire premier corre qui bon luy fembleroit.Ce q Pyr rhus ayant confideré& trouué veritable, la guerre fourdit fort& afpre de tous coftez à Demetrius, qui differoit de comencer& attendoit encore: car tout en vn mefine téps Ptolomæus auec vne grade flotte de nauires defcedit en la Grece,& la fit toute rebeller côtre luy:& Lyfimachus du cofté de la Thrace,& Pyrrhus du cofté que l'Epire cófine au royaume de Macedoine, y entrerent en armes& la pillerent& fourrageret toute. Parquoy Demetrius laiffant fon fils Antigonus en la Grece, s'en retourna tout court en Macedoine, pour aller premieremét contre Lyfimachus: mais comme il fe preparoit pour y aller, on luy apporta nouuelles, que Pyrrhus auoit defia pris la ville de Berrhoea.Incontinent que ces nouuelles furent efpandues entre les Macedoniens, il n'y eut plus d'ordre aux affaires de Demetrius: car tout le camp fut aufsi toft plein de pleurs& de lamentations,& commencerent fes gens à de clarer& monftrer ouuertement leur courroux encontre luy, difans tout plein d'outrages& de vilenies de luy, tellemét qu'ils ne vouloyent plus demeurer, aias demandoyent chacun cogé de s'en aller, fous couleur de vouloir döner ordre aux affaires de fa maifon, mais à la verité pour s'aller rendre à Lyfimachus. Parquoy Demetrius penfa qu'il feroit expedient de fe reculer le plus loin qu'il pourroit de luy,& de tourner fes forces côtre Pyrrhus, pour autant que l'autre eftoit de leur pays,& qu'il eftoit familieremét coneu de la plus part d'entre eux, pour auoir efté enfemble fous Alexandre le grand,& que à fon aduis les Macedoniens ne prefe vv j DEMETRI V S. 674 seroyent point Pyrrhus home eftranger à luy: mais il fut en cela deceu de fon opinion: car incontinent qu'il eut planté fon camp aupres de luy, les Macedoniens qui auoyent toufiours eu en finguliere admiration& recommandation fa vertu& proueffe,& qui de toute ancienneté fouloyent eftimer celuy plus digne d'eftre Roy, qui eftoit le plus adroit aux armes,& le plus vaillant à la guerre,& qui dauantage entendoyent conter comment il a- uoit traitté doucement ceux qu'il auoir pris prifonniers: ioint auffi que de long temps ils auoyent bonne enuie& cerchoyent les moyens de laiffer Demetrius,& fe redre à Pyrrhus, ou à quelque autre qui qu'il fuft: alors comenceret ils à fe defrober& s'en aller fecrettement les vns apres les autres par petites trouppes du commencement: mais puis apres il fe leua vne efmeute& mutinerie vniuerfelle de tout le camp contre luy, tellement qu'il y en eut à la fin qui eurent bien la hardieffe d'aller iufques en fa rente luy dire qu'il fe retiraft,& qu'il fe fauuaft, pourautant que les Macedoniens eftoyent deformais las de porter les armes& de combatre pour fes delices: encore trouua Demetrius ces paroles les plus modeftes& plus douces, à comparaifon des outrageufes & afpres que luy en dirent d'autres.Si fe retira dedans fa tente,& s'affubla d'vn manteau noyr au lieu du fomptueux& fuperbe accouftrement qu'il fouloit porter, comme feroit, non vn Roy, mais vn ioueur de tragedies, apres que les ieux font finis:& puis s'abfenta fecrettement: ce qu'eftant diuulgé par le camp, plufieurs foldats accoururent in continent à fa tente pour la piller,& la tirerent tant chacun en voulant auoir fa part, qu'ils la mirent en pieces,& vindrent iufques à defgainer les efpees pour fe batre: mais Pyrrhus qui y furuint, appaifa tout leur debat,& d'arriuee fans coups ferir gaigna tout le camp de Demetrius,& apres partit par la moitié tout le royaume de Macedoine auec Lyfimachus, en laquelle Demetrius auoit regné paifiblement l'efpace de fept ans. Demetrius done ainfi miferablement decheu de fes affaires,& priué de tout fon royaume, s'enfuyt en la ville de Caffandrie, là où eftoit fa femme Philla, laquelle outree de douleur, ne peut fouftenir de le voir encore vn coup homme priué, debouté& chaffé de fon royaume,& le plus miferable Roy de tous ceux qui furent onques. Parquoy ne voulant plus recéuoir aucune efperance,& deteftant la fortune de fon mary trop plus arreftee& plus ferme en calamitez qu'en profperitez, elle fe fit mourir par poifon qu'elle prit. Mais Demetrius fe retira en la Grece, en intention de recueillir& ramaffer encore les pieces & reliques de fon naufrage,& là affembla tous fes Capitaines,& tous les amis qu'il y auoit.Si me femble que la comparailon que Menelaus fait de fa fortune en l'vne des tragedies de Sophocles en ces vers. InceffamC m m af C m Jami Mais Mere mença me no les m form ren གདག་ ཀ ། ད que ala autanque rmes de es pardes rageun tente,& rbe acmais s'abfol tireple mais iuee pres yfiPef hea wille ede priRoy eceCrop elle a en eces $,& que phoffam. DEMETRIVS. Inceffamment ma deftinee tourne Comme oneroue, iamais ne feiourne En vn eftat, non plus que fait la Lune, Qui iamais n'eft deux nuicts de vang en vne. Mifme figure, ains de non apparente, Se manftre vn penfur le foir efclairante, Premierement in fun nouueau croiffant Quipeu à peu fe va tant accroiffant, Qu'elle remplit de lumiere feconde Entierement fa belle face rondes Puis derecheffe va diminuant, Et s'en retourne en fon premier neant. 675 Cefte comparaifon, di- ie, fe pourroit trop mieux& plus proprement accommoder aux aduentures de Demetrius, à fes accroiffemens,& aneantiffemens,& aux ruinemens& releuemens de fes affaires, attendu mefmement que lors qu'il fembloit bien à chacun que fa force& puiffance fuft du tout amortie, encore commeçaft- elle derechef à fe reffoudre& fe remettre fus, pource que quelques gens de guerre fe rallierent petit à petit à l'entour de luy qui le remirent en bonne efperance. Ce fut la premiere fois qu'on le vit iamais aller fimplement veftu comme vn home priué par pays, fans aucunes enfeignes ne marques de Roy:& y eut quelqu'vn quile voyant en ceft eftat à Thebes, luy appliqua plaifamment certains vers d'Euripides qui font de telle fuftance. Ayant mue fa figure immortelle, Et fafortune en nature immortalle, Il eft venu au fleune de Dircé, Et tout le long d'Imenus a paffe. Mais quand il fut vne fois rentré en efperance, comme par maniere de dire, au grand chemin des Roys,& que derechefil commença à fe raffembler& ramaffer autour de luy quelque nombre de gens, qui firent comme vn corps& vne apparence de puiffance royale, il rendit à ceux de Thebes leur liberté& leur gouuernement: mais les Atheniens l'abandonnerent encore v- ne autre fois,& reuoquerent la dignité& preftrifel de Diphilus, lequel auoit efté celle annee creé Preftre des Sauueurs, au lieu du Preuoft, qu'on appelloit anciennement Eponymos, comme nous auons dit parauant,& ordonnerent que de là en auant les magiftrats anciens,& ordinaires feroyent remis& efleus à la forme& maniere ancienne,& enuoyerent en Macedoine vers Pyrrhus plus pour donner terreur à Demetrius, qu'ils voyoyent derechef croiftre& redeuenir puiffant, que pour efpoir qu'ilseuffent qu'il deuft venir à leur fecours. Mais Demetrius les alla affaillir en grande fureur,& mit le fiege bien eftroit deuant la ville:& lors les Atheniens enuoyerent vers luy le philofophe CraVV 676 DEMETRIVS. tes, hommes d'authorité& de reputation grande, lequel fit tät en uers luy, partie par prieres& partie aufsi par les remonftrances& fages aduertiffemens qu'il luy donna touchant ce qui luy eftoit profitable, qu'il leua incontinent fon fiege. Parquoy apres auoir ramaffé tout tant de nauires qui luy eftoyent demeurees,& auoir embarqué douze mille hommes de pied,& quelque nombre de gens de cheual, il monta fur mer& cingla vers l'Afie, en intétion dofter à Lyfimachus,& faire tourner contre luy les prouinces, de Carie& de Lydie:& là Euridice la foeur de fa femme Philla, le receut pres la cité de Milet, ayant auec elle l'vne des filles de Pto lomæus& d'elle, nommee Ptolomaide; laquelle auparauant luy auoit efté accordee& fiancee, par le moyen de Seleucus: ainfi l'ef poufa- il là du vouloir& confentement de fa mere Eurydice. Et incontinent apres les noces faites il fe mit aux champs,& fe tira auant pour gaigner les villes defquelles plufieurs le receuret volontairement,& les autres furent prifes à force, entre lefquelles il prit la cité de Sardis,& y eut des Capitaines du Roy Lyfimachus, qui s'allerent rendre à luy,& luy menerent quelque nombre de foldats& bonne fomme d'argent. Mais eftant aduerty qu'Agathocles fils de Lyfimachus le fuyuoit à la trace auec vne groffe& puiffante armee, il paffa en la Phrygie, pource qu'il faifoit fon co te,& efperoit que fi vne fois il pouuoit gaigner l'Armenie, facile met il efmouuroit& feroit rebeller la Medie,& qu'il effayeroit à conquerir les hautes prouinces de l'Afie, là où il pourroit auoir plufieurs retraites, s'il aduenoit par fortune qu'il fuft preffé. Mais Agathocles le pourfuyuoit de bien pres,& neantmoins toutes les fois qu'ils s'attachoyent aux efcarmouches, Demetrius auoit touf jours du meilleur: mais Agathocles luy trenchoit viures de tous coftez,& le te noit fi à deftroit, que fes gens ne s'ofoyet nullemet efcarter du camp, pour aller au fourrage, dont ils enduroyent grande difette de viures:& commencerent lors fes gens à fe douter& entrer eu foupçon, qu'il les vouloit trainer apres luy,& les transporter en l'Armenie& en la Medie. La famine croiffoit tous les iours de plus fort en plus fort dedans fon oft,& fi aduint que pour auoir failly le chemin,& n'auoir pas bien tenté le gué en trauerfant le fleuue de Lycus, la force& impetuofité du fil de l'eau emmena à val& noya vn grand nombre de fes gens:& tourefois entre tant de mal- heurs encore fe gaudiffoyent ils de luy: car il y eut quelqu'vn qui efcriuit fur l'entree de fon pauillon le premier vers de la tragedie d'Oedipus le Colonien efcrite par Sophocles, en changeant feulement quelque mot. O fils du vieil aungle Antigonus, Où fommes nous en quels lieux venus? Mais à la fin la pefte comença a fe mefler parmy la famine, come il a accouftumé de fe faire,& eft force qu'il aduiene, pourau. tadt tant qu tour ce сере moin Qua qu'o bey CO pou Aga du n pret ne, Boir pite & c le c uer per foil Patro de loy nourri faute mais d laiffer tout te prendr tenant aftur repr te leur groep pres du premie tir que lears en tan de Pro mbrede Aga fe& nco ile ità DEMETRI VS. 677 tant que les homes cótraints par la necefsité, fe mettent à mager_ tour ce qu'ils peuuent trouuer,& luy fut force de ramener arriere ce peu de gens qui luy eftoit demeuré: car il n'en auoit pas perdu moins de huict mille à tout comprendre, que bons que mauuais. Quand il fut defcendu en la prouince de Tharfe, il comanda bien qu'on n'y touchaft aucunemet, pource qu'elle eftoit lors en l'obeyffance de Seleucus, auquel il ne vouloit dénet occafion quelconque de luy malfaire: mais quand il vit qu'il eftoit impofsible, pource que fes gens eftoyent reduits à l'extreme necefsité,& que Agathocles auoit fait murer& remparer les deftroits& paffages du mont de Taurus, il efcriuit vne lettre à Seleucus, qui contenois premieremet vne longue lamentation& deploration de fa fortune,& puis par humbles fupplications& prieres qu'il vouluft a- uoir pitié d'vn fie alié, lequel eftoir tobé en vne fi miferable& fi piteufe desfortune qu'elle pourroit ou deuroit efmouuoir à pitié & copaffion fes plus grāds ennemis.Ces lettres attédrirét vn pea le cœur à Seleucus, tellement qu'il efcriuit à fes lieutenans& gou uerneurs qu'il auoit en ces lieux- là, qu'ils luy fourniffent pour fa perfonne tout ce qui fait befoin à la maifon d'vn Roy,& viures à foifon pour fes gens. Toutesfois vn certain perfonnage nommé Patrocles, qui eftoit en grande reputation de bie fage homme,& de loyal ami de Seleucus, luy vint remonftrer, que la defpenfe de nourrir les gens de guerre de Demetrius, n'eftoit pas la grande faute qu'il fift en cecy,& de laquelle il deuft faire plus de contes mais que ce n'eftoit point fagement entendu à fes affaires, que de laiffer& fouffrir Demetrius feiourner en festerres, veu que de tout temps ils auoit efté plus violent& plus adueutureux à entreprendre toutes grades chofes que nul des autres Princes,& main tenant eftoit reduit à telle extremité& à tel defefpoir, qu'il a accouftumé de faire les plus retenus& plus craintifs temeraires à entreprendre,& violens à executer toutes chofes hazardeufes cotre leur naturel.Seleucus efíeu de telles remonftrâces, fe mit incontinent en chemin vers la Cicilie auec vne groffe armee:& De metrius eftonné de cefte foudaine mutation,& craignant vne fi groffe puiffance, fe retira aux endroits les plus forts& les plus afpres du mont de Tauras: puis enuoya vers Seleucus, le prier em premier lieu, qu'il luy vouluft permettre de fubiuguer& conque rir quelque contree des Barbares de là à l'entour qui viuoyent à leurs loix,& n'auoyent point encore de Roys, à ce que là il peuft en feurté vfer le demeurant de fa vie& mettre fin à fon exil, s'ar reftant en la fin en quelque lieu qui luy fuft affeuré: ou bien fi cels ne luy plaifoit, qu'il luy vouluft pour l'hyuer feulement nourrit fon armee au lieu où il eftoit,& qu'il n'euft le cœur fi dur, que de le chaffer nud& deftitué de toutes chofes neceffaires, pour l'expo fer à fes plus cruels& plus morsels ennemis. Mais Seleucus ayant TV iij Dir IS es af IS t t 678 DEMETRIVS. fufpe& t tout ce qu'il demandoit, luy manda, s'il vouloit, qu'il hyuernaft deux mois,& non plus, au pays de Cataonie, en luy baillant pour oftage les principaux de fes amis: mais cepédant il faifoit murer& räparer tous les pas& les chemins par où on peut de là paffer en la Syrie. Parquoy Demetrius fe voyant enclos& enfermé de tous coftez, comme vne befte qu'on veut predre aux toilles, par neceflité eut recours à la force: fi courut tout le Pays à Penuiron:& toutes les fois qu'il venoit à s'attacher par rencótres à Seleucus, tlen auoit toufiours le meilleur: mefme quelque fois q on lafcha& chaffa cótre luy les chariots remparez de faulx, il paf fa par deffus& les mit en route: puis dechafla ceux qui tenoyent le haut des montagnes,& muroyent les paffages pour le garder de paffer en la Syrie,& les occupa luy- mefme.Brief, voyat fes gés affeurez& encouragez, le cœur luy creut aufsi, iufques à fe prapa rer& deliberer de prefenter la bataille à Seleucus,& de mettre toutes chofes en hafard, en maniere que Seleucus ne fauoit qu'il deuoit faire: car il auoit fait retourner le fecours q Lyfimachus luy enuoyoit, à caufe qu'il craignoit,& ne fe fioit point en luy:& d'autre part il doutoit de cobatre feul cótre Demetrius, craignat de fe hafarder contre vn home defefperé:& auffi doutant l'inftabilité de fa fortune, laqlle fouuet d'extreme neceffité l'auoit eleué en trefgrande profperité. Mais en ces entrefaites, il print vne groffe maladie à Demetrius, qui luy affoiblit& debilita grandement la force& vigueur de fon corps,& acheua de ruiner du tout fes afaires pource que de fes gens de guerre, les vns s'allerent ré dre aux ennemis, les autres fe defbanderent& s'efcoulerent çà& là fans congé Puis quad il eut à grand peine recouuré fa fante,& qu'il fe fut vn peu refait en l'efpace de quarate iours, auec ce peu de gens de guerre qui luy eftoyent demeurez, il fit femblat& do na apparence à fes ennemis, de fe vouloir aller ruer furla Cilicie, puis tout à coup de nuict, fans faire fonner tropete, il deflogea,& s'en alla d'vn autre cofté,& ayant paffé le mont Amanus, il pilla tout le pays qui eft au deffous iufques à la contree Cyrreftique. Mais Seleucus le fuyuit à la trace,& s'alla caper tout au plus pres de luy:& adonc Demetrius fit foudainement armer fes gens,& la nuict toute noyre fe partit pour l'aller trouuer, qu'il dormoit& ne fe doutoit de rien: tellement qu'il ne feut point cefte furprife que bien tard, iufques à ce que quelques trayftres du camp de De metrius qui s'en fuyrent deuant, l'en allerent viftement aduertir come il dormoit encore,& luy porterent la nouuelle du danger où il eftoit.Et alors Seleucus tout effrayé fe ietta incontinent en pieds& fit fonner l'alarme,& en fe chauffant& habillant, cria tout haut, adreffat fa parole à fes amis& à fes domeftiqs. Or auos mous à faire à vne mauuaife& dangereufe befte.Mais Demetrius coniecturant par le grand bruit qu'il oyoit au camp des ennemis misique & le le bataill la cha Feaux des defc ron mee les a mol leur Dem lay f Roy uan fort aux Am bera Wyen dre le cofte quand conqu fees& famili Pentou rela il bin la ans Zuere f pec & le Pas ign niftaclene ut S DEMETRI V S 679 mis que fon entreprife eftoit defcouuerte, fe retira haftivement: & le ledemain à la pointe du iour Seleucus luy alla prefenter la bataille. Demetrius fe prepara pour la receuoir,& ayant donné la charge de l'vne des pointes de fon armee à l'vn de fes plus feaux amis, luy prit à conduire l'autre,& rompit quelques vns, des ennemis de fon cofté. Mais Seleucus au milieu du combat defcendit de cheual,& oftant fon armet feulement, prit vae rondelle fur fon bras,& s'en allá aux premiers rangs de fon armee; fe prefenter& faire conoiftre aux gens de Demetrius les admoneftant de fe tourner deuers luy,& de reconoistre au moins à la fin, qu'il y auoit long temps qu'il differoit toufiours à leur donner la bataille, plus pour les efpargner eux, que non pas Demetrius. Cela entendu, les gens de guerre de Demetrius luy firent la reuerance,& le faluans& reconoiffans pour leur Roy, fe rendirent tous à luy. Alors Demetrius qui auoit parauant effayé tant de trauerfes, de changemens& mutations de fortune, cuidant encore efchapper cefte derniere cy, s'en fuye aux portes Amanides, qui font certains pas& deftroits du mont Amanus, là où il trouua vn petit bois fort efpez,& fe delibera d'y attendre la nuit aucc quelques gentils- hommes de fa maifon,& quelques officiers& feruiteurs domeftiques qui l'auoyent fuiuy en petit nombre, voulant, s'il luy eftoit pofsible, pre dre le chemin de la ville de Caunus,& fe couler iufques à celle cofte de mer, pource qu'il efperoity trouuer fes nauires: mais quand on luy dit qu'il n'auoit ne viures, ny autre prouifion quelconque pour ce iour la feulement, il comença à auoir d'autres pen fees& a faire d'autres difcours, tant que Sofigenes I'vn de fes familiers arriua, lequel auoit en vne ceinture, qu'il feignoit a l'entour de luy bien quatre cens pieces d'or. Ainfi efperäs qu'auec cela il pourroit efchapper iufques à la mer, ils prirent leur chemin la nuit toute noyre, droit à la cime de la montagne: mais voyans que les ennemis y estoyent defia aux efcoutes,& qu'ils faifoyent de grands feus tout aupres ils defefpererent de pouuoit paffer fans eftre apperceus: fi retournerent au mefme lieu dont ils eftoyent partis, non pas tous, car les vns s'en eftoyent fuys, ny ceux qui eftoyent encore demeurez, fi bien animez que la premiere fois. Si y en ent vn qui s'aduentura de dire, qu'il ny auoit autre moyé de fe fauuer, que de mettre la perfonne de Demetrius entre les mains de Seleucus. Demetrius adonc defgaina fon efpee,& fe voulut occire luy- mefme mais fes amis l'en garderent, & fe mirent tous à luy perfuader qu'il le deuoir faire: au moyen dequoy il enuoya par deuers Seleucus, luy dire qu'il fe rendoit à luy dont Seleucus eut fi grande ioye, qu'il dit que ce n'eftoit point la bonne fortune de Demetrius qui le fauuoit, ains la fienne propre, laquelle autre plufieurs autres grands biens& lioneurs YY i 648 DEMETRIVS. elle luy auoit faits, luy offroit encore vne fi honnorable occafion & ce bon heur, de mettre' en veuë de tout le monde fa clemence & fon humanité.Si fit incontinent apeller fes maiftres d'hoftel, & leur commanda qu'ils fiffent dreffer vn pauillon royal,& que ils appareillaffent toutes autres chofes conuenables pour le receuoir& traiter magnifiquement. Il y auoit en la cour de Seleucus vn gentil- homme nommé Apollonides, lequel autrefois auoit efté fort familier de Demetrius: Seleucus l'éuoya tout incontinet au deuant de luy pour l'affeurer qu'il fit bonne chere,& qu'il vint hardiment fans aucune crainte deuers le Roy, lequel il trouueroit fon allié& bon ami. Si toft qu'on eut coneu le vouloir du Roy, quelques vns des courtifans allerent au deuant, en petit nombre pour le commencement: mais puis apres chacun y courut à l'enuie l'vn de l'autre à qui y feroit le premier, pource qu'ils efperoyent tous, qu'in continent il auroit tout credit& toute authorité empres Seleucus: mais cela luy fut caufe de luy conuertir la pitié en enuie,& donna occafion& couleur aux enuieux& gens de maligne nature, d'empefcher,& deftourner la benignité& huma nité du Roy: car ils luy mirent deuant les yeux plufieurs desfiäces & foupçons, difans, que fans plus long delay, dés incontinent que les gens de guerre le verroyent, il fouldroit de grandes nouuelletez& grandes mutations en leur camp. Et pourtant vn peu apres qu'Apollonides fort ioyeux de porter ces bonnes nouuelles fut arriué deuers Demetrius, comme les autres y accouroyent à la file les vns fur les autres: luy apportans chacun quelque bonne& gracieufe parole de Seleucus,& que Demetrius luy- mes me, apres vne fi grande mefaduéture( encore qu'auparauant il pe faft auoir fait vn lafche tour, d'auoir liuré fon corps& fa perfonne entre les mains de fon ennemi) changeoit d'aduis a l'heure,& commençoit à s'affeurer& à reprendre efperance de recouurer encore fon eftat: voicy arriuer vn des Capitaines de Seleucus no mé Paufanias, ayant enuiron mille hommes tant de pied que de cheual, auec lefquels il enuirona Demetrius,& fit retirer tous les autres qui y eftoyent venus deuat, ayant charge de le mener, non en la cour du Roy, mais en la Cherronefe de Syrie, là où il fut cófiné,& y eut toufiours depuis groffe garnifon eftablie pour le gar der. Au demeurant, Seleucus luy enuoya officiers, argent& tout ce qui fait befoin pour la maifon d'vn Prince,& luy appareilloie on tous les iours fon viure fi opulement, qu'on n'y euft feu rien de firer.Et dauantage luy furent afsignez certains lieux de plaifance, efquels il y auoit de belles carrieres, où il fe pouuoit es batre& piquer cheuaux, où à fe promener, des vergers, des parcs pleins de beftes, là où il pouuoit chaffer:& fi eftoit permis à ceux de fa maifon qui l'auoyet fuiuy& accopagné en fa fuyte, de demeurer & viure auec lay s'ils vouloyent:& venoit encore toufiours quel qu'vn qu'en c & le re qu'An femb atel mis sull cac Jes Juy de ftit men en luy tez pro ne me pou troch & loit Enco tilem fon Altost SHUL mein chee trou C qu'il vint trouveroit Roy gens huma shaces Inent nou peu elque es DE METRI VS. qu'vn de la part de Seleucus luy apporter quelque bonne parole & le reconforter, en luy donnant toufiours efperance, que fi toft qu'Antiochus& Stratonice feroyent venus, qu'ils feroyent enfemble quelque bon appointement. Eftat donc Demetrius reduir à tel eftat, il efcriuit à fon fils Antigonus,& à fes lieutenans& a- mis qu'il auoit à Corinthe& Athenes, qu'ils n'adiouftaffent foy nullement à lettres qui fuffent efcrites en fon nom, non pas à fom cachet mefme: mais qu'ils gardaffent à fon fils Autigonus les villes qu'ils tenoyent,& le refte de fa puiffance, tout ainfi comme luy eftoit mort. Antigonus apres auoir entendu la pitoyable prife de fon pere, porta fort durement& grifuement fa fortune, fe veftit d'vne robbe de dueil,& efcriuit à tous les autres Roys, mefme ment à Seleucus, le fuppliant qu'il le vouluft receuoir& prendre en oftage pour fon pere,& qu'il eftoit preft de quitter tout ce qui luy reftoit pour fa deliurance: autant luy en requirent plufieurs ca tez,& quafi tous les Princes, excepté Lyfimachus, lequel luy promettoit pas fes ambaffadeurs vne bien groffe fomme d'argent s'il le vouloit faire mourir.Mais Seleucus qui defia de tout teps ne l'aimoit guere,& l'auoit en grad mefpris, leftima encore plus mefchant plus cruel& plus barbare pour cefte l'afche& vilaine pourfuite: mais il reculoit toufiours& prolongeoit le temps, pource qu'il vouloit que Demetrius fuft deliuré par fon fils Antiochus& par Stratonice, à celle fin qu'il leur deuft fa deliuran. ce,& leur en feuft à toufiourfmais bo gré. Quat à Demetrius, s'il a uoit dés le commencement porté affez patiemment fa fortune, encore s'accouftuma- il à la iournee de plus en plus à porter facilement l'eftat auquel il eftoit: car premierement il exerçoie fon coprs à chaffer, autant que le lieu le comportoit,& qu'il lug eftoit permis: mais petit à petit il commença à fe remplir& deuenir pefant& nonchalant de prendre tels exercices, puis tout à vn coup il fe plongea en yurongnerie& ieu de dez, tellement qu'il y paffoit la plus grande& meillieure partie du temps, fuft ou pour euiter les ennuyeufes penfees defa fortune, qui luy reuenoyent en memoire quand il viuoit fobrement, ou pour couurir ce qu'il auoit en l'entendement par cefte gourmandife& yurongnerie, ou bien reconoiffant en luymefme que c'eftoit celle vie- là qu'il auoit par fi leng temps cerehee, prochaffee& defirees& par vne folie de vaine ambition il s'eftoit foruoyé& en auoit failly la droite voye, en fe donnant à luy& aux autres beaucoup de peines& de trauaux pour cuides arouuer en exercites& armees de mer& de terre, la felicité& le fouuerain bien qu'il auoit trouvé en repos& en oifiueté, lors qu'il ne l'efperoit ny ne l'attédoit pas. Car quelle autre fin de leurs trauaux perils& guerres, fe peuuent propofer les mauuais& mal co feflez Princes& Roys lefquels font grädement abufez, non fea DEMETRIVS: mez Dem des Illyri Proloma vefcute Corrha par fuc Royd obey apres lement en ce qu'ils pourfuyuent& prochaffent les delices& la volupté, comme leur bien fouuerain, au lieu de vertu& de vraye honefteté: mais aufsi en ce que veritablement ils ne fe fauent pas donner du bon temps,& prendre bien leur plaifir.Demetrius dóc aqres auoir efté trois ans confiné en cefte Cheronefe, encourut d'oifiueté, de graiffe& d'yurongneriesvne maladie dot il mourut en l'aage de cinquante& quatre ans, dont Seleucus fut grandement blafmé,& luy- mefme lors fe repentit fort d'en auoir eu fou pçon,& de n'auoir à tout le moins enfuiuy l'honnefteté& la cour toifie de Dromichetes, homme barbare,& né en Trace, lequel a- uoit fi humainement& fi royalement traité Lyfimachus fon prifonnier de bonne guerre:& toutefois encore y eut- il quelque po pe tragique& theatrale en l'ordre& appareil de fes funerailles. Car fon fils Antigonus incontinent qu'il fut aduerty qu'on ame noit les reliques& cendres du corps, monta luy- mefme fur mer auec toutes fes nauires& alla au deuant pour les recueillir iufqs aux ifles,& puis quand il les eut receuës fit mettre l'vrne d'or, de das laqlle elles eftoyét, fur la pouppe de fa galere Capitaineffe,& toutes les villes, deuant lefquelles ils paffoyent, ou là où ils abordoyent les vnes enuironnoyet l'vrne de chapeaux de fleurs, les au tres enuoyoyent quelque nombre d'hommes veftus en duèil pour l'accompagner& pour faire honeur,& afsifter aux funerailles iuf ques au bout. Ainfi cingloit toute la flotte vers la ville de Corinthe,& voyoit- on de loin cefte vrne qui eftoit eminete fur la poup de la maiftreffe galere, la place tout à l'étour tédue de pour pre & deffus, le diademe ou bandeau royal,& y auoir à l'enuiron de beaux ieunes homes en armes, qui eftoyent les archers de la garde.Et dauantage Xenophatus le plus excellent muficien qui fuft de ce teps- là, eftant afsis aupres fonnoit de la flufte vn chant tref deuot& piteux, auquel fe rapportat le mouuemét des rames& de la vogue, le fon venoit auec quelque grace à fe rencontrer, come en vn conuoy, où les lamentans fe battent les poitrines à la caden ce de chacun couplet de la chanfon.Mais ce qui plus efmouuoit à plorer& lamenter par pitié tout le peuple de Corinthe qui eftoit efpandu fur le haure,& tout le long du rinage de la mer, c'eftoit Antigonus, lequel ils voyoyent tout efploré fimplement veftu en dueil. Apres dóc qu'on eur porté& iette force chapeaux de fleurs, bouquets& feftons fur l'vrne,& qu'on eut fait aux reliques du corps tous les honneurs qu'il fuft pofsible à Corinthe, Antigonus fit emporter l'vrne pour l'inhumer en la ville de Demetriadei, la queHe portoit le nom du defunct,& eftoit vne ville neuue, qui a uoit efté peuplee& baftie des petites villes qui font à l'étour d'Iolcos.Demetrius laiffa deux enfans de fa premiere femme Philla à fauoir Antigon'& Stratonice,& deux autres fils tous deux no pe en pla TET Que manda hafsin be c D at grade ANTONIV S. 683 mez Demetrius, l'vn furnommé le Grefle d'vne femme du pays des Illyriens,& l'autre qui fut Prince de Cyrenes, de fa femme Prolomæide,& de Deidamia vn autre appellé Alexandre, lequel vefcut en Ægypte,& dit- on qu'il eut encore vn autre fils nommé Corrhæbus de fa femme Eurydice,& dura fa pofterité regnant par fuccefsion de pere en fils iufques à Perfeus, qui fur le dernier Roy du temps duquel les Romains fubiugueret& mirent en leur obeyffance le royaume de Macedoine. Or eft- il maintenant teps, apres que le Macedonien à ioué fon rolle que le Romain viene en place pour iouer aufsi le fien à fon tour. ANTONI V S. qu'on ame el bet eillis ne d'ore aineffek ils abor s, les au il pour les iuf orinpoup pre Onde garM. ANTONIVS fuft tref -de me Hen it à Colt coit en rs, du us 8 ilПо E grand pere d'Antonius fut celuy fameux orateur que Marius fit occire, pourautant qu'il eftoit du party de Sylla,& fon pere fut vn autre Antonius furnommé le* Cretique, qui ne fut pas tant* Pourantat renommé ny n'eut pas tant d'authorité au gou- qu'il achena uernement de la chofe publique, mais qui au demeurant fut homme de bien& de bonne nature,& mefmement & termina par fa mort liberal à donner, comme on peut iuger par vn fien tel acte: il la guerre n'auoit pas grands biens,& pource fa femme le gardoit d'vfer de fa liberalité& bonté naturelle. Comme donc vn iour il qu'il auoit heureufemet fuft venu vers luy I'vn de fes familiers, amis le prier de luy don- coduite Fonner quelque argent, dont il auoit neceffairemet à faire, il fe trou- tre ceux de ua d'aduenture qu'il n'en auoit point pour luy bailler, mais il co- Crete, c'eft& manda à l'vn de feruiteurs qu'il luy apportaft de l'eau dedans va dire, Camilie. bafsin d'argent,& apres qu'il luy eut apporté, il fe mouylla la Florus en l'e barbe comme s'il l'eut voulu rafer, puis trouua quelque occafion pitome du pour faire abfenter le feruiteur,& donna à celuy fien ami le baf tre 97. fin d'argent, luy difant qu'il s'en aidaft. Quelques iours apres ANTONI VS. tous les feruiteurs de la maifon furent en grande peine à cercher ce bassin,& voyant que fa femme s'en tourmentoit fort,& qu'elJe vouloit faire donner la queftion à tous fes feruiteurs I'vn apres l'autre, pour fauoir qu'il eftoit deuenu, il confeffa l'auoir donné, & la pria de luy pardonner. Sa femme eftoit Iulia, de la famille & maifon de Iulius Cæfar, laquelle en honnefteté& pudicité ne cedoit à nulle Dame de fon temps. Antonius fut nourry& efleué fous elle eftant remaryee après la mort de fon premier mary à Cornelius Lentulus, que Ciceron fit mourir, pourautant qu'il e- ftoit de ceux qui auoyent coniuré contre la chofe publique auec Catilina: ce qui femble auoir efté le commencement& la premiere fource de celle vehemente& mortelle haine que portoit Antonius à Ciceron: par ce qu'Antonius mefme dit que iamais on ne leur voulut bailler le corps de fon beau- pere pour le faire inhumer, que premier fa mere n'en fuft allé requerir la femme de Ciceron: ce qui manifeftement& fans doute eftoit faux: caril n'y eut pas vn de tous ceux que Ciceron fit executer par iuftice, à qui on deniaft fepulture. Antonius donc eftant deuenu beau ieune homme en la fleur de fon aage, s'alla accointer de Curio, l'amitié& accointance duquel, à ce qu'on dit, luy fut vne pefte, à caufe que c'eftoit vn homme perdu& abandoné à toute volupté, qui pour auoir mieux Antonius à fon commandement, le ietta en grandes& folles defpenfes à entretenir femmes,& faire des bãquets& feftins, de forte qu'en peu de temps il l'endetta d'vne bie groffe fomme de deniers,& trop plus grande q fon aage ne por* Cent cin- toit, à fauoir de* deux cens cinquate talents, de laquelle fomme quante mil- totale Curio eftoit refpondant: dequoy fon pere s'eftant. le, fcus. apperceu, chaffa Antonius d'aupres de luy,& luy defendit fa maifon. Et adonc il s'alla allier de Clodius, le plus temeraire& le plus mefchant homme de tous ceux qui pour lors s'entremettoyent du gouuernemet de la chofe publique,& fut pour quelque temps participant de fa temerité, laquelle mettoit en grand trouble tou te la ville de Rome: mais il s'en retira bien toft, pource qu'il fut tantoft las& ennuyé de fa fureur, ou pourautant qu'il craignoit Ja puiffance de ceux qui s'eftoyent bandez à l'encotre dudit Clodius. Si fe partit de l'Italie& s'en alla en Grece, là où il employa le temps partie aux exercices militaires,& partie à l'eftude d'elo quence. Il vfoit du ftile& faço de dire, qu'on appelle Afiatique, Jaquelle floriffoit& eftoit en grande vogue en ce teps- là,& fiauoit grade coformité auec fes mœurs,& fa maniere de viure qui eftoit väteufe, pleine de brauerie vaine,& d'ambition inegale& qui ne s'entretenoit point. Apres qu'il y eut efté quelque temps, Gabinius homme cofulaire allant en la Syrie luy voulut perfuader qu'il fift le voyage auec luy, mais il refpondit qu'il n'y iroit point comme perfonne priuce: parquoy Gabinius luy bailla la charge charge premie ner& la mur lus ho auec cont rifto d'E bini luy e s'il le Capi nius comb maif fions tifier incit plus eftre en profo douce tiens mais il ment d erre, a eclam pas de Pel pas de dans les au and MA x: cail fticed uie fte, a té, en e ANTONI V S. 685 charge de fa cheualerie,& ainfi l'emmena quant& luy,& tout premierement l'enuoya contre Ariftobulus, qui auoit fait foufleuer& rebeller les Juifs, là où il monta luy- mefme le premier fur la muraille de la plus forte place qu'ils euffent,& ietta Ariftobulus hors de toutes fes fortereffes,& auec peu de gens qu'il auoit auec luy, desfit en bataille rangee les Juifs, qui eftoyent plufieurs contre vn,& les mit prefque tous à l'efpee,& dauantage prit A- riftobulus prifonnier auec fon fils. Apres cela Prolomæus le Roy d'Egypte qui auoit efté chaffé de fon pays, s'en alla deuers Gabinius pour le prier& l'induire à vouloir entrer en armes auec luy en Ægypte, afin de le remettre en fon royaume, luy promettät * Six mils'il le vouloit faire,* dix mille talents. La plus grande partie des Capitaines fut d'opinion qu'on n'y deuoit point aller,& Gabi- lios d'efcus. nius mefme faifoit quelque difficulté d'entrer en cefte guerre, combien que l'auarice de ces dix mille talents le dominaft& le maiftrifaft fort: mais Antonius qui ne demandoit que les occafions& moyes de faire de grades chofes,& qui defiroit aufsi gratifier à Ptolomæus en fa requefte& priere, fe mit à perfuader& inciter Gabinius d'entreprendre ce voyage. Or craignoyent- ils plus le chemin qu'il leur falloit tenir pour arriuer à la ville de Pe lufium, qu'ils ne faifoyent pas tout le refte du danger qui pouuoit eftre en cefte guerre, pourautant qu'il leur falloit paffer par des * profondes fablonieres,& lieux aufquels il n'y auoit point d'eau* Autres douce le log du marets, qu'on appelle Serbonide, que les Ægy- lifent ptiens difent eftre les foufpiraux par où le geant Typhon refpire: deus Camais il femble à la verité, que c'eft vne deriuation& vn regorge- θείας, ment de la mer rouge qui s'efcoule& fe refpand la par deffous la qui feroit à terre, à l'endroit où elle eft diuifee du plus eftroit interualle d'a- dire, chemin uec la mer de deçà. Antonius donc y fut enuoyé deuant auec les creux mais gens de cheual,& gaigna non feulement ce paffage, mais aussi le premier eft prit Pelufium, qui eft vne groffe& puiffante ville, auec tous les meilleur. gens de guerre qui eftoyent dedans: en quoy faifant il rendit enfemble le chemin feur au refte de l'armee,& l'efperance de la victoire certaine à fon Capitaine. Mais là les ennemis mefmes fe fentirent de fa gentilleffe,& du defir qu'il auoit de fe faire honneur: car comme Ptolomæus incontinent qu'il fut entré dedans Pelufium, pour le courroux qu'il auoit encontre ceux de la ville, vouluft qu'on mift à l'efpee tous les Ægyptiens qui eftoyent dedans, Antonius s'y oppofa& engarda qu'il ne fe fift:& en toutes les autres rencontres& batailles qui furent donnees groffes& en grand nombre, Antonius fit plufieurs grandes proueffes& actes de vaillant& fage Capitaine: mefmement en vne iournee, en laquelle il enferma& enuironna par derriere les ennemis, donnant la victoire à ceux qui combattoyent de front il recent depuis le prix& loyer d'honneur, qui en eftoit deu à fa vertu.Aufsi fut af * Vingt einq mille efcus. 686 ANTONI VS. fez notoirement coneuë de tous l'humanité& honnefteté, de laquelle il vfa enuers Archelaus: car ayant efté fon familier ami & fon hofte, il luy fit la guerre par contrainte de fon viuant, mais apres fa mort il fit cercher fon corps& l'honora d'obfeques& fu merailles royales. Pour ces caufes& raifons il laiffa vne trefglorieufe renommee de luy à ceux d'Alexandrie,& fut eftimé trefgentil perfonnage par les Romains qui furent en ce voyage,& fi auoit outre cela vne dignité liberale& fentant fon homme de bone maison en la face, la barbe forte& efpeffe, le frot large, Je nez aquilin,& apparoiffoit en fon vifage vne telle vtilité qu'o void reprefentee és medailles& images peintes ou moulees d'Hercules. Aufsi eftoit- ce vne chofe qui fe difuit de toute ancienneté, que la famille des Antoniens eftoit defcendue d'vn Anton, fils d'Hercules, de qui elle tenoit& portoit le nom: laquelle opinion il tafchoit à confirmer non feulement par la forme& figure naturelle de fon corps, qui eftoit tel q nous l'auós deferit, mais aufsi par la façon de s'habiller& veftir. Car toutes les fois qu'il deuoit fortir en public& eftre veu de plufieurs, il portoit toufiours quelque hoqueton ceint bien bas prefque fur la cuifie, auec vne grande efpee pendant à fon cofté,& par deffus cela quelque groffe cappe: qui plus eft, ce qu'aucuns trouuoyent fafcheux& infupportable en luy, qu'il fe vantoit ordinairement& fe gaudiffoit toufiours de quelqu'vn, qu'il ne faifoit point de difficulté de boire deuant tout le monde,& de s'affeoir aupres des foldats quand ils difnoyent,& de boire& manger auec eux à leur table, il n'eft pas croyable combien cela le faifoit aimer, fouhaitter& defirer d'eux. Dauantage ce qu'il eftoit adonné à l'amour, le rendoit defirable,& attrayoit pas ce moyen plufieurs à Juy vouloir bien: car il eftoit bien aife d'aider ceux qui eftoyent amoureux à iouyr de leurs amours,& fi ne prenoit point à defplai fir qu'on le gaudift des fienes:& auec cela fa liberalité, qu'il donnoit tout fans rien efpargner aux gens de guerre,& à fes amis, luy bailla grand commencement de venir en auant,& quand il fut deuenu grand, luy accreut encore& augmenta de beaucoup plus fon authorité& fa puiffance, laquelle au demeurant il ruinoit& perdoit luy- meime par mille autres fautes qu'il faifoit or dinairement. Ie reciteray en ceft endroit vn exemple feulement de fa largeffe& liberalité grande: Il commanda vn iour à celuy qui manioit fes finances, qu'on donnaft à vn fien familier* deux cens cinquante mille drachmes d'arget que les Romains appellent en leur façon de parler Decies: dequoy fon threforier s'efmerueillant& en eftant marry, apporta deuant luy tout ceft argent en vn moceau, pour luy möftrer& faire voir quelle groffe fomme c'eftoit. Antonius l'apperceur en paffant,& demanda que c'eftoit: le threforier luy refpondit, q c'eftoit l'argent qu'il auoit commanmande Phomin fomme yne au Roma gues Po du p Gau fend efté a la gra plea fe qu fut ef pref fes a fut Cal prem cellus Levees youuo guerre Syrie thes: ver,& herens ede fa Quemen gille tous teme tade firme& detrit, es lesbis ponit a cuiffe, us cela faf ent& dif des eur 04' a- -s à Cat lai n- is, il up - or nt y X fe que moit ANTONI V S. 687 mandé qu'on donnaft:& lors Antonius conoiffant la malice de P'homme, Ie penfoye, dit- il, que Decies fuft vne bien plus groffe fomme, car cela eft peu de chofe,& pource baille- luy en encore vne autrefois autant: mais cela fut depuis. Pour lors eftans les Romains bandez les vns contre les autres& diuifez en deux ligues, dont ceux qui defendoyent l'authorité du Senat, adheroyét Pompeius, lequel eftoit prefent,& ceux qui tenoyent le party du peuple, appelloyent à leur aide Cæfar, qui faifoit la guerre en Gaule, Curio l'ami d'Antonius, qui auoit tourné fa robbe,& defendoit pour lors le party de Cafar, auquel il auoit vn peu deuất efté aduerfaire, tira à fa corde Antonius,& fit tant en partie par la grande vogue& credit qu'il auoit enuers la multitude du peuple, à caufe de fan beau parler,& en partie, par l'excefsiue defpefe qu'il faifoit de l'argent que Cæfar luy fourniffoit, qu'Antonius fut efleu Tribun du peuple,& puis apres admis au college des preftres, qui par le vol des oifeaux conoifset& predifent les cha fes à aduenir, que les Romains appellent les Augures. Ce qui ne fut pas de peu de confequence pour les pratiques& menees de Cæfar: car fi toft qu'il eut pris poffefsion de fon magiftrat, tout premierement il s'oppofa à ce q mettoit en auant le Conful Mar cellus, lequel vouloit que certaines legions qui auoyet defia efté leuees& enrollees, fuffent baillees à Pompeius auec comissió& pouuoir d'en leuer encore d'autres,& mit en auant que les gés de guerre, qui eftoyéet tous leuéz& affemblez, fuffent enuoyez en la Syrie pour refort à M. Bibulus, qui faifoit la guerre côtre les Par thes:& au refte, q defenfes fuffent faites à Popeius de plus en leuer,& aux ges de guerre de luy obeyr.Secondemet come les adherens de Pompeius empefchaffent que les lettres de Cæfar ne fuffent receues& leues au Senat, luy ayant puiffance& affeurance de fa perfonne pour la fainteté du Tribunat, les leut publiquement,& fit que plufieurs changerent d'opinion, pourautant qu'il leur fembla que Cæfar par les lettres ne demandoit q chofes iuftes& raifonnables. A la fin comme on euft propofé& mis en deliberatio du Senat deux points: I'vn, le Senat eftoit d'aduis que Pompeius quittaft& laiffaft fes exercites: l'autre que Cxfarily eut peu de Senateurs qui fuffent d'aduis que Popeius pofaft les armes, mais de Cæfar prefque tous le commanderent. Et adonc Antonius fe leuant demanda s'il leur fembloit bon que & Pompeius& Cæfar enfemble pofaffent les armes,& caffaffent tous deux leurs armees: ce que d'vn grand& affectueux confentement tous les Senateurs entierement approuueret,& auec grades acclamations louans Antonius, le prierent qu'il le fift mettre en deliberation& paffer par les opinions du Senat. Mais les Cofuls ne le voulurent pas permettre.Et pourtant les amis de Cæfar propoferent derechef aux autres demandes& requeftes qui an 688 ANTONIVS. & Quant lefquel qui fa Maist gne, tre l trep Cipa piti pag palle roye Gab acau fembloyent eftre ciuiles& raisonnables, aufquelles Caton s'oppofa:& Lentulus I'vn des Cófuls chaffa par force Antonius hors du Senat, lequel en fortant fit à l'encotre d'eux plufieurs griefues proteftations& imprecations: puis veftit la robbe d'vn efclaue,& s'en courut à grand hafte vers Cæfar auec Quintus Cafsius fur v- ne coche de louage: là où fi toft qu'ils furent arriuez, ils fe prirét à crier que tout eftoit renuerfé fans deffus deffous à Rome, attédu qu'il n'y eftoit pas loifible aux Tribuns du peuple de parler frachement,& en eftoyent dechaffez en grand danger de leurs perfonnes ceux qui ofoyent defendre le droit& l'equité.A cefte cau fe Cæfar fe ietta incontinent dedans l'Italie auec fon armee, pourtant dit Ciceron en fes Philippiques, que tout ainfi comme Helene fut caufe de la guerre de Troye, aufsi auoit efté Antonius autheur de la guerre ciuile: ce qui indubitablement eft faux: car C.Cæfar n'eftoit point fi leger ne fi facile à trafporter de la raifon par courroux, que s'il n'euft de long temps proietté& propéfé de ce faire, il euft ainfi tout fur le chap efte entreprendre la guerre contre fon pays, feulemet pour auoir veu Antonius& Caf us mal habillez, s'en eftre fuys vers luy fur vne coche de louage. Mais comme ainfi fut que de pieça il ne cerchaft que quelque couleur, cela luy feruit de couuerture,& luy donna vn apparent weile de iufte guerre. Et à la verité ce qui le ftimuloit à guerroyer ainfi tout le monde, n'eftoit autre chofe que la mefme caufe, laquelle auoit incité premierement Alexandre,& encore auparauant Cyrus, affauoir, vn defir infatiable de regner, auec vne cu pidité forcenee d'eftre le premier& le plus grad home du monde: ce qu'il ne pouuoit obtenir, que preallablement il n'euft ruisé& desfait Pompeius. Apres donc que Cæfar fe fuft emparé de la ville de Rome,& qu'il eut chaffé Popeius de l'Italie, il fe deliBera d'aller premieremet en Hefpagne, contre les legios q Pope ius y auoit,& cependant faire prouifion de nauires& d'equipage de mer, pour apres pourfuyure Popeius. Durant lequel teps al laiffa le gouuernemet de la ville à Lepidus qui eftoit Præteur: & Antonius qui eftoit Tribun, la charge des gens de guerre& de la garde de l'Italie. Si fut incótinent Antonius fort prifé& aimé des foldats, pourautant qu'il s'exercitoit ordinairement,& beuuoit& mangeoit auec eux le plus fouuent,& leur faifoit des dos felon le moyen& la puiffance qu'il en auoit. Mais il encourut de autre cofté la haine& mal- vueillance des autres hommes, à cau fe que par nonchalance il ne tenoit conte de faire iuftice à ceux qu'on outrageoit,& rabrouoit rudement ceux qui auoyent à faire à luy,& fi auoit mauuais bruit de desbaucher& corrompre les femmes d'autruy. Brief, les amis de Cæfar& ceux qui gouuermoyent fous luy, eftoyent caufe qu'on le calomnioit& haiffoit fa domination, combien qu'elle ne fuft rien moins que tyrannie quant gran qui gran bo, l de l de ba galere dellus ne mer ale po eleua Indes drema colte p wille e Dombr fort ches parleri leurs per ceffe cau tan: car de lara e& o- rendela us& Caf de loua uelque parent -01.1 ufe, upaне си on-uide lipe paps ur: de mé -0de UX es fa nie ant ANTONIVS 680 Quant à fuy, pour les infolences& outrages qu'ils faifoyent, entre lefquels Antonius, comme celuy qui auoit plus de puiffance,& qui faifoit auffi de plus grandes fautes, en eftoit le plus blafmé. Mais toutesfois Cæfar, quand il fut retourné de la guerre d'Hefpa gne, ne fit conte des plaintes& doleances qu'on propofoit contre luy: ains au contraire, pourautant qu'il le fentoit homme d'entreprife& bon& vaillant Capitaine, il fe feruit de luy en fes principaux affaires, en quoy il ne fe trouua nulle part deceu de fon o- pinion. Si paffa la mer lonique à Brundufium auec petite compagnie de gens,& puis reuoya les nauires fur lesquelles il eftoit paflé,& mada à Antonius& Gabinius, que le plus toft qu'ils pourroyét ils ambarquaffet leurs gens,& les paffallent en Macedoine. Gabinius cut peur de fe mettre fur la mer qui eftoit defia enflee, à caufe que c'eftoit la faifon d'hyuer,& fit faire à fon armee vn grand circuit par terre.Mais Antonius craignant qu'il r/ aduinft quique inconuenient à Cæfar, pource qu'il eftoit enclos d'vn bie grand nombre d'ennemis, repoufla& chaffa premierement Libo, lequel auec vne armee de mer eltoit à l'ancre, tout au deuant de la bouche du port de Brundufium.car il luy mit tant defquifs, de barques& d'autre petits bateaux à l'entour de chacune de fes galeres, qu'il fut contraint de s'ofter de là.Cela fait il embarqua dellus fes nauires vingt mille hommes de pied,& huit cens cheuaux auec laquelle trouppe il fe mit à la voile& fe ietta en plei ne mer.Si toft que les ennemis l'apperceurent, ils fe mirent apres à le pourfuyure,& efchappa ce dager, parce que le vent du midy fe leua impetueux,& eurent fi groffe tourmente en la mer, que les vndes empefcherent les galeres des ennemis de le pouuoir attein dre: mais auffi alloit- il donner auec toute fa flotte à trauers vne cofte pierreufe où la mer eftoit fort haute, de forte qu'il n'auoit nulle efperance de fe pouuoir fauuer: mais de bonne fortune, tout faudain le vent fe tourna en Lebeche, qui eft entre le Midi& le Ponant, lequel foufloit du cofté du Golphe,& reiettoit les vndes du riuage au dedans de la haute mer. Et par ainfi Antonius relafchant arriere de la terre,& cinglant en feureté& à fon gré, vift tantoft apres toute la cofte pleine de naufrages: car la force& violéce du vent y ietta les galeres qui le pour fuyuoyent, defquel les plufieurs furent brifees& perdues,& y gaigna Antonius grad nombre de prifonniers,& vne bien grofle fomme d'argent: prit dauantage la ville de Lyfus,& apporta a Cæfar vn grand recon fort& grande affeurance, d'eftre arriué fi à point auec telle puiffance. Or fe faifoit- il continuellement de groffes efcarmou ches& rencontres, efquelles Antonius fe portoit fi vaillamment qu'il emportoit le pris deuant tous les autres, fpecialement pas deux fois que les gens de Cæfar tournoyent le dos,& s'enfuyoyent à val de routé: car il leur alla au deuant,& les contrai ** j 690 ANTONIVS. gnit de s'arrefter& retourner au combat, tellement qu'à la fin la victoire luy en demeura. Pourtant auoit- il au camp entre les gens de guerre la feconde authorité,& ne parloit- on que de luy apres Cæfar, lequel monftra bien quelle opinion il auoit de luy, quand à la derniere bataille de Pharfale,& celle qui deuoit decider le total,& attribuer l'empire du monde au vainqueur, il mena luy la pointe droite de fon armee,& bailla à conduire la feneftre à Antonius, comme au plus vaillant& mieux entendu au fait de la guerre de tous ceux qu'il auoit autour de luy Apres la victoire gaignee, Cæfar ayat efté créé Dictateur, fe mit à pourfuyure à la trace Pompeius: mais deuant il noma Antonius Maiftre de la cheualerie,& l'enuoya à Rome, pourautant que le Maiftre de la cheualerie eft le fecond magiftrat, quand le Dictateur eft en la ville, mais quand il n'y eft pas, c'eft le premier& prefque le feul qui demeure,& font tous les autres officiers& magiftrats fupprimez depuis qu'il y a vn Dictateur eflet. Toutesfois eftant pour lors Dolabella Tribun du peuple ieune home qui ne demandoit que toutes nouuelletez,& mettoit en auant ce que les Romains appellent nonas tabulas, c'eft à dire vne refcifion de toutes obligations& abolition generale de toute maniere de detes,& l'appelloit- on Nouuelles tables, pource qu'il falloit lors fal re de nouueaux papiers iournaux de mife& de recete,& fuadoit à Antonius qui eftoit fon ami,& qui ne demandoit auffi que moyen de gratifier& complaire au menu peuple, de luy aider à mener à chef cefte befongne: au contraire Trebellius& Afinius l'en deftournoyent& diuertiffoyentle plus qu'il leur eftoit poffible.Si aduint de bonne fortune qu'Antonius entra en grande ialoufie& foupçon que Dolabella entretenoit fa femme,& le prit à cœur fi aigrement qu'il en chaffa hors de fa maifon fa femme, laquelle eftoit fa coufine germaine, fille de C.Antonius, qui auoit efté compagnon de Ciceron au confulat,& fe ioignant à Afinius refifta à Dolabella iufques à combatre: car Dolabella c'eftoit faifi& auoit occupé la place où fe faifoyent les affemblees du peuple,& y auoit mis des hommes en armes, en intention de faire paffer& ratifier au peuple fon edit par force. Antonius par le commandement du Senat mefme, qui auoit decerne pouuoir de faire amas de gens pour refifter par armes à ce Dolabella, luy alla à l'encontre,& combatit fi bien qu'il y demeura des homes morts fur la place d'vne part& d'autre: au moyen dequoy il encourut d'vn cofté la mal- vueillance de la commune& du menu populaire pour ceft acte,& d'autre cofté il ne plaifoit point aux gens de bien& d'honneur, à caufe du refte de fa vie defordonee& diffolue, comme dit Ciceron, ains eftoit hay d'eux, pourautant qu'ils auoyent en abomination les banquets& yurongneries qu'il faifoit ordinairement, à heure induc, fes defpenfes exceffiues,& qu'a qu'il e dormo qu'il a ftins, farce & au plai Jel ple dit Ca ces n auo ther noit pas Atele neft apre ala ve monit chemi Vert bo Accou scha ffoit lent car s de aifor and Diene dore digi me gine que les cifionde de de ors fal adoit que Her à nius offi13prit me, 0it ius aleuire le de lla rts rut DLLens dif ' ils u'il 5,& Ju'l ANTONI V S. 691 qu'il eftoit ordinairement entre femmes folles,& puis de iour il dormoit ou fe promenoit tout yure pour cuire& digerer le vin qu'il auoit trop pris la nuit. Ce n'eftoyent en fon logis que feftins, danfes& mommeries,& paffoit le temps à ouyr iouer des farces, ou faire les nopces de quelques farceurs, baficleurs, plaifäs & autre telles gens.Auquel propos on conte, qu'es noces d'vn fie plaifant nommé Hippias il beut tat toute la nuit, que puis apres le lendemain matin quand il vint pour haranguer deuant le peuple affemblé fur la place qu'il auoit fait appeller, ayant encore P'eftomac tout chargé de vin& de viande, il fut contraint de rendre fa gorge deuant tout le monde,& que l'vn de fes amis luy tedit fa robbe au deffous 11 auoit vn autre plaifant ioueur de farces nomé Sergius, q eftoit le principal de tous fes mignos,& qui auoit le plus de credit àl'étour de luy,& vne femme appelleeCytheride du mefme meftier, de laqlle il eftoit amoureux: il la menoit par toutes les villes où il alloit, dedas vne litiere,& n'y auoit pas moins de feruiteurs& de train autour de la liticre de cefte bafteleufe, que de fa propre mere.Si defplaifoit grandement aux ho neftes gens, de voir quand il alloit par les champs qu'il trainoit apres luy grand nombre de buffets& de vaifelle d'or& d'argent à la veué de tout le monde, comme fi c'euft efté la pompe& la monftre de quelque triomphe,& que bien fouuent au milieu du chemin il faifoit dreffer fes tentes& pauillons à l'oree de quelque vert bocage, ou le long de quelque plaifante riuiere, là où on luy accouftroit fon difner fomptueufement,& qu'il faifoit atteler à fes chariots des lions pour les trainer,& falloit par les villes où il paffoit, qu'és bonnes maifons des honneftes hommes& femmes, fuffent logees des putains publiques, courtifanes& meneftrie- res: car il leur faifoit grand mal de voir que Cafar luy mefme fuft hors de l'Italie à pourfuyure les reliques de fes ennemis, pour mettre fin à cefte groffe guerre, auec tant de perils& tant de tra uaux,& que d'autres ce pendant fous fon authorité& fon nom fiffent telles infolences& tels outrages à leurs citoyens. Cela me femble auoir efté caufe q la mutatio côtre Cæfar s'alla de plus en plus augmentat,& lafcha la bride aux gés de guerre, qui de là prirét hardieffe de cómettre plufieurs extorfions, violences& larrecins.Et pourtant Cæfar apres qu'il fut de retour pardonna à Dolabella,& eftant créé conful pour la tierce fois, ne prit pas Antonius, ains choifitLepidus pour fon compagnon- Depuis quand la maifon de Pompeius fut mife en vente, Antonius l'acheta: mais quand on luy en demanda l'argent il le trouua eftrange,& s'en courrouça:& efcrit luy mefme qu'il ne vouluft pas aller auecCafar en la guerre d'Afrique, à caufe qu'il n'auoit pas efté bien recopenfé des grands feruices qu'il auoit faits auparavant.Si eft- ce que Gafar refrenavne partie de fon infolence& folie, ne luy laa XK 41 692 ANTONI VS fant plus paffer legerement fes fautes, en faifant femblant de n@ les voir pas: pourtant delaiffa- il celle fiene diffolue maniere de viure,& efpoufa Fuluia, laquelle auoit parauat efté mariee à Clo dius, femme qui n'auoit point le coeur fi bas que de ne pëfer qu'à filer, ou à garder fon mefnage,& qui ne fe contentoit point d'eftre maiftreffe de fon mari en fon priué, ains le vouloit maiftrifer eftant en magiftrat,&& luy commander ayant commandement fur les legions& groffes armees, tellement que Cleopatra deuoit à cefte Fuluna l'apprětiffage de l'obeiflance que portoit Antonius aux femines Car elle luy bailla bien inftruit& appris de faire le commandement de fes femmes,& pource qu'elle cftoit de nature graue& feuere.Antonius s'eflaya de la redre vn petit plus gaye, Juy faifant quelques petits tours de ieunefle en fe iouant quelque fois à elle, comme il fit lors que Cæfar retourna la derniere fois victorieux d'Hefpagne: tout le monde luy alla au deuant,& Antonius auffi.Mais foudainement il courut vn bruit par toute l'Italie, que Cæfar eftoit mort,& que fes aduerfaires reuenoyent en ar mes: il s'en retourna tout courtà Rome,& prit la robbe d'vn va. let,& auec ceft habillement s'en vint la nuit toute noire en fa maifon, difant qu'il apportoit à Fuluia des lettres d'Antonius: on Je fit entrer& le mena- on vers elle comme il eftoit le vifage affu blé de peur qu'on ne le coneuft:& elle toute efperdue, deuant que prendre les lettres, luy demanda fi Antonius faifoit bonne chere, Antonius luy tendit les lettres fans rien refpondre,& puis quand elle les eut ounertes& qu'elle commeça à les lire, il luy fauta au col& la baifa.Nous auons allegué ce conte pour exemple feulement, car nous en pourriós reciter beaucoup d'autres Au retour donc de la derniere guerre que fit Cæfar en Hefpagne, tous les plus gros perfonnages& les premiers hommes de la ville luy al lerent au deuant iufques à plufieurs iournees loin de Rome, là où Cæfar honnora grandement Antonius par deffus tous les autres quiy allerent: car il le fit toufiours monter fur fa çoche auec luy par toute l'Italie,& derriere Brutus, Albinus& Octauius le fils de fa niece, qui depuis a efté appellé Cæfar,& à tenu l'empire de Rome bien long temp. Et apres encore comme Cæfar euft efté efleu Conful pour la cinquième fois, il choifit incontinent Antonius pour fon compagnon,& voulut en fe depofant& defchargeant du Cofulat le mettre entre les mains de Dolabell, le fubftitu aut en fon lieu:& defia l'auoit inis en auant au Senat, mais Antonius s'y oppofa rudement,& dit tout plein de vilenies& de outrages à Dolabella en plein Senat. Dolabella ne luy en rendit pas moins: parquoy Cæfar ayant vergongne d'vn tel fcandale, s'en deporta. Va autre fois encore que Cæfar voulut faise fubro guer Dolabella Coful en fa place, Antonius fe prit à crier que les prefages des oyfeaux ne le permettoyent pas: tant qu'à la finCafar Cafa en all dit q que ftoi ilf m feft yne COU bat jou ce tou ce Cu de enfer auri me d il fu luy, lant d'en v joyeux Tent a les ad moins ber luy apre atra devic A algover Coutelta yent en ar d'vara ire enfa 05: 0 geaffu t que here, uand ta au Euletour les y al jou tres luy fils de efté nto mar ub. mais de ndit ale, bro eles finCafar ANTONI V S. 993 Cafar fut contraint de luy ceder,& abandonner Dolabella,, qui en auoi. grand defpit. Si ne les eftimoit- il guere tous deux: car on dit que quelque fois il refpondit à vn qui luy venoit rapporter quelque chofe d'eux,& les luty vouloit rendre fufpe& s, que ce n'e ftoit pas de ces muguets- là, fi bien nourris& fibien pignez, dequi il fe doutoit.Mais bien, dit- il, craindrois- ie plufloft ces pafles& maigres: entendant de Brutus& de Caffius, qui depuis auffi cófpi terent fa mort& le tuerent. Aufquels Antonius, en n'y penfant pas,& ne le cuidant pas faire, en dona vne tref honefte couleur & occafion qui fut telle: Les Romains d'auenture celebroyent la fefte& folennité qu'ils appellovent Lupercalia,& Cæfar veftu de vne robbe triomphale eftoit affis en la tribune, dont on auoit accouftumé de faire les harangues au peuple,& de là regardoit l'ef batement de ceux qui couroyent.Car la couftumeeft telle, qu'à ce jour il y a plufieurs ieunes hommes de noble maifon,& mefmes ceux qui ont les plus grāds magiftrats cefle annee- la, qui courent tous nuds par la ville oingts d'huyle d'Olif,& frappent par ieu ceux qu'ils rencontrent en leur chemin auec des courroyes de cuyr blanc qu'ils tiennent en leurs mains. Antonius quicftoit l'vn de ceux qui deuoyent courir, laiffant les ceremonies anciennes, enfemble les vs& couftumes de celle folénité, s'en courut vers la tribune où eftoit Cæfar affis,& portoit en fa main vn chapeau de laurier, à l'entour duquel eftoit entortillé vn bandeau qu'on nom me diademe,& eftoit anciennement la marque des Rois. Quand il fut tout aupres il fe fit fou fleuer par ceux qui couroyent auec luy,& affit le chapeau de laurier fur la tefte de Cæfar, come voulant dire, qu'il auoit merité d'eftre Roy: Cafar faifaut femblat de n'en vouloir point, deftourna fa tefte, dont tout le peuple fut fort joyeux,& le tefmoigna: auec batemens de mains. Antonius de rechef luy approcha de la tefte,& de rechef Cæfar le rebouta,& fu tent ainfi long temps à debatre mais toutes les fois qu'Antonius le preffoit de receuoir cefte couronne de laurier petit nombre de fes adherens luy applaudiffoit:& toutes les fois que Cæfar la re fufoit, tout le peuple eufemble frappoit des mains: qui eftoit- chofe merueilleule, que ceux qui fouffroyent de fait tout ce que font les Rois à leurs fuiets, deteftoyent& abherriffoyent encore neatmoins ce nom dd Roy, come l'abolition& la deftruction de leur Ilberté. Parquoy Cafar'tout troublé fe leua de fon fiege,& retität fa robbe d'aletour de foncol, le prefenta tout nud, criat qu'on luy trenchaft la tefte qui voudroit.Cefte couronne de laurier fut apres mife fur la tefte de l'vne des ftatues de Cæfar, mais quelqs Tribuns du peuple l'en arracherent, dont le peuple les loua gran dement,& les conuoya par honneur iufques en leurs maifons auce grads batemens de mains mais Cæfar les en depofa de leurs xx ij 694 ANTONI V S. magiftrats.Cela donna coeur& hardieffe à Brutus& à Cafsius de confpirer fa mort, lefquels efleurent& affocierent auec eux leurs featix amis pour executer leur entreprife,& furent en doute s'ils s'en deuroyent defcouurir& le communiquer à Antoniús, dequoy tous les autres furent bien d'aduis, hors mis Trebonius: car il dit, que quand ils allerent au deuant de Cæfar à fon retour du dernier voyage d'Hefpagne, ils auoyet toufiours cheuauche par les chaps & logé enfemble,& que des lors couuertement& de loin il auoit fondé fon vouloir,& qu'Antonius entendit tres- bien là où il vouJoit venir, mais qu'il n'y voulut iamais prefter l'oreille,& neantmoins n'auoit iamais defcouuert à Cæfar le propos qu'il luy en auoit tenu, ains l'auoit fidellement teu.Apres cela ils delibererent s'ils deuoyent occire C.Antonius auec Cæfar: ce que Brutus empefcha, difant qu'il falloit qu'vne telle entreprife qu'on hafardoit pour la de fente des loix& de la iuftice, fuft pure& nette de toute iniquité. Toutefois craignas la force de corps& la dignité du ma giftrat d'Antonius, ils crdonnerent quelques vns des coniurez, fefquels quand Cæfar feroit entré au Senat, pendant qu'on executeroit ce qui eftoit entrepris, detiendroyent Antonius hors de la falle, fous couleur de luy parler de quelque affaire. Comme ces chofes anoyent efté proiettees& propofees, tout ainfi furent- elles executees,& fut Cæfar mis à mort au milieu du Senat: dequoy An tonius eftant effrayé, prit fur l'heure la robbe d'vn efclaue& fe ca cha: mais depuis quand il feut, que ceux qui auoyent fait le meurtre ne mettoyent la main à perfonne,& qu'ils s'eftoyet feulement retirez au Capitole, il leur manda qu'ils defcendiffent hardiment fur fa foy,& leur enuoya pour oftage fon fils:& ce mefme iour- la, dona à foupper à Cafsius,& Lepidus à Brutus. Le lendemain il fit affembler le Senat,& luy- mefme mit en auant, qu'on oubliaft toutes chofes paffees,& qu'on afsignaft des prouinces à Cafsius& à Brutus: ce que le Senat authorifa& confirma:& dauantage ordonna que rien ne feroit changé de tout ce qu'auroit fait ou eftably Cæfar. Ainfi fortit Antonius du Senat en la meilleure eftime de chacun,& auec la plus grande louange que fit onques homme, pource qu'il fembloit à tout le monde qu'il euft retrenché& ofté toute matiere& occafion de guerre ciuile,& qu'il s'eftoit monftré höme tres- fage& bien entendu au gouuernement d'vne cho fe publique, d'auoir fi prudemment feu demefler& appaifer ces chofes où il fembloit auoir tat de troubles& de difficultez. Mais P'opinion qu'il conceut de foy- mefme, apres auoir vn peu ouy la voix& fondé le vouloir du peuple, auec l'efperance, par laquelle il fe promettoit qu'il feroit affeurément le premier homme du monde, quand il auroit desfait Brutus, luy chafla bien tantoft de l'entendemét ces premiers difcours.Et pource le iour qu'o portoit le corps au lieu où il deuoit eftre inhumé, fit vne harangue gue fur me efto aleurs ment far& les ef qui men gue les h delp vn te par to rent banc ftez: és m attir rer les an Calpu fes ma monter Cafar d'il a que bo ders, is qui iers:& par Ca rent a toy mece efte in Ap inal an dil vou neant te du ma опыше execu rs de la me ces -elles An ca urent ft & де 7- 0 S ANTONIVS. 699 gue funebre tout au milieu de la place à la louange de Cæfar, come eftoit la couftume ancienne de louer les grands perfonnages à leurs funerailles:& voyant que le peuple prenoit merueilleufement grand plaifir,& fe paffionnoit fort,& oyant parler de Cafar& reietter fes louanges, il mefla parmy fa narration des paroles efmouuantes à commiferation,& toucha les lieux des affe& tiós qui incitent les cœurs à pitié& compafsion, en amplifiant& augmentant les chofes. Puis quand fe vint à la conclufion de fa haran gue, il deueloppa& deploya deuant toute l'affiftance du peuple les habillemens du defunct tous enfanglantez& percez de coups d'efpee qu'il auoit receus, en appellant ceux qui auoyent commis vn tel cas, meurtriers& hommes maudits& damnez: tellemét que par telles parolles il emplit le peuple de fi grade fureur, qu'ils pri rent le corps de Cæfar,& le bruflerent deffus la place auec les banes& les tables des changeurs qu'ils affemblerent de tous coftez: puis prirent des tifons quand le feu fut allumé,& coururent és maifons de ceux qui l'auoyent occis, pour y mettre le feu& les attirer à cobattre.A cefte caufe Brutus& fes coplices, pour affeu rer leurs perfonnes, furent contraints de fortir de la ville:& lors les amis de Cæfar fe retirerent vers Antonius: mefme fa femme Calpurnia, fe fiant en luy, fit porter en fa maifon,& luy mit entre fes mains la plus grande partie de fon argent, lequel pouuoit bien monter* quatre mille talens,& prit d'auantage tous les papiers de* Deux milions quatre Cæfar, entre lefquels eftoyent les regiftres& memoires de tout ce qu'il auoit fait& ordonné. Antonius y aiouftoit tous les iours ce cent mille ef que bon luy fembloit,& par ce moyen creoit de nouueaux offi- cus. ciers, faifoit de nouueaux Senateurs, il r'appelloit& reftituoit aucus qui eftoyēt bannis, il deliuroit ceux qui eftoyet detenus prifon niers:& puis difoit que tout cela auoit efté aufsi ordoné& arrefté par Cæfar. Et pourtant les Romains fe moquans de ceux qui e- ftoyent ainfi promeus, les appelloy et Charonites, à caufe que quad ils eftoyent conuaincus, ils n'auoyent autre recours, finon à dire, qu'on l'auoit ainfi trouué par efcrit aux papiers& regiftres de Ca far, lequel auoit paffé en la naffelle de Charon,& eftoit decedé.Pa reillement en toutes autres chofes vfoit Antonius de puiffance abfolue, par ce qu'il eftoit Conful,& I'vn de fes freres Caius Præteur,& l'autre Lucius Tribun du peuple. Ainfi comme ces chofes fe faifoyent à Rome, le ieune Cæfar y arriua, qui eftoit fils de la niece de Iulius Cæfar, comme nous auons dit auparauant,& auoit efté inftitué par teftament fon heritier vniuerfel, eftant en la ville d'Apollonie lors que fon grand oncle fut tué. Il alla d'arriuee faluer Antonius, comme l'vn des amis de fon feu pere Cæfar, qui l'a uoit adopté par fon teftament,& luy fit incontinent mention de Pargent& des autres chofes qui auoyent efté mifes en depoft entre les mains, pourautant que Cæfar par fonteftament auoit le xx iiij コー ue * Environ fept efcus demy. 696 ANTONI V S. gué au peuple Romain* foixante& quinze drachmes d'argent pour tefte, dont luy eftoit tenu comme heritier vniuerfel. Anto nius du commencement l'eut en mefpris& n'en fit conte, pource qu'il eftoir fort ieune& difcit qu'il n'eftoit pas fage, ains deftitué de bon fens& de bons amis, s'il fe refoluoit de charger für fes efpaules vn fi gros& pefant fais, que de fe porter pour heritier de Cæfar.Mais comme il ne fe laiffaft point mener par telles paroles ains perfiftaft à luy demander fon bien,& mefmement l'argent contant, Antonius commença à dire& à faire plufieurs chofes en contumelie& au defaduantage de luy car premierement il l'empefcha qu'il ne fuft efleu Tribun du peuple,& quand il fe voulut entremettre de dedier la chaire d'or, qui auoit efté par le Senat or donnee en l'honneur de Cæfar, il le menaça de le faire mener en prifon, s'il ne defiftoit de folliciter& efmouuoir le peuple à fedi tion.Ce que voyant ce ieune Cafar, s'alla ranger à Ciceron& aux autres qui vouloyent mal à Antonius, par le moyen defquels il s'infinuoit en la grace du Senat:& luy cependant alloit gaignant par tous moyens la bien- vueillance du menu peuple, retirant& prattiquant les vieux foldats& gens de guerre de Cæfar defunct, qui eftoyent efpars par les villes: dequoy Antonius fe trouua fort eftonné,& parlerent enfemble dedans le Capitole, où ils firent entre eux quelque appointement. Mais celle nuit mefme Antonius en dormant eut vne vifion fort eftrange: car il luy fut aduis que la foudre tomba fur luy& luy foudroya& brufla la main droite. Peu de iours apres on luy rapporta que Cæfar luy drefloit embuf che,& le guettoit pour le faire tuer. Cæfar s'en defendoit& pur- p geoit enuers luy, difant qu'il n'en eftoit rien: mais Antonius ne Pen creut point pourtant. Si recommença derechef leur inimitié plus afpre que deuant,& coururent toute l'Italie I'vn& l'autre, pour gaigner& enleuer les vieux foldats qui eftoyent defia retirez des armes,& domiciliez par les villes, en leur faifant de belles & grandes promeffes,& s'efforcerent chacun de fon cofté de gaigner auffi& attirer à foy les legions qui eftoyent encore en armes D'autre part Ciceron, qui eftoit lors le premier homme de la ville en authorité& reputation, irritoit& mutinoit tout le mon de à l'encontre d'Antonius, tellement qu'à la fin il fit tant que le Senat le declara& iugea ennemi de la chofe publique,& decer na au ieune Cæfar des Sergens qui porteroyent des haches deua Juy,& autres marques& enfeignes du magiftrat& de la dignité Prætoriale,& enuoya Hircius& Panfa, qui pour lors eftoyét Con fuls auec deux armees, pour debouter& chaffer Antonius hors de toute l'Italie.Ces deux Confuls enfemble auec Cæfar, qui auoit aufsi vne armee, allerent trouuer Antonius au fiege deuant laville de Modene,& là le desfiret en bataille: mais tous les deux Confuls y moururent Antonius en s'enfuyant de sefte defaite le trouua en gleheurs nece preflante foit foyBerfité,& yn hom à tous c entend peu qu Tez fer pour fu te fe la aife,& leurs p leux a ure en cileme nes fa d'arbr en pa joindre Lepidus par fon m Fits de fen alla noit per ceil del fecroft tellemen pagner, te fort dus, la quil ro niferal paroll infon Ciaoyen Crettemen guilezen dimen nombre das, s'il toucha oles en Pem roalus of que gt rant fund fort enHIS це te. uf T I e S A ANTONI V S. 697 fieurs neceffitez& deftreffes grades tout à vn coup, done la plus preffante eftoit la faim mais il auoit cela de nature qu'il fe furpa foit foy- mefme en patience& en vertu, quand il fe trouoit en ad nerfité,& plus la fortune le prefloit, plus il deuenoit femblable à vn homme veritablemet vertueux- Or eft- ce bien chofe commune à tous ceux qui tombent en tels deftroits de neceffité, de fentir& entendre ce que requiert alors le deuoir& la vertu: mais il en eft peu qui entelles trauerfes& fecouffes de fortune ayent le cœur af fez ferme pour faire& imiter ce qu'ils louent& qu'ils eftimét, ou pour fuyr ce qu'ils blafment& reprenent, ains pluftoft au contraite fe laiffent aller pour l'accoufumance qu'ils ont de viure à leur aife,& par foibleffe& lafcheté de cœur fefchiffent& changent leurs premiers difcours. Pourtant eftoit- ce vn exemple merueilleux aux foldats, de voir Antonius qui auroit accouftumé de viure en delices& en fi grande affluence de toutes chofes, boire facilement de l'eau puante& corrompue, manger des fruits& raci nes fauuages:& dit on encore plus, qu'ils mangerent des efcorces d'arbres,& des beftes dont parauant iamais homme n'auoit tafté, en pafiant les monts des Alpes. Sieftoit leur intention de s'aller ioindre aux legions qui eftoyent delà les monts fous la charge de Lepidus, lequel Antonius penfoit eftre fon ami, pour autant que par fon moyen il auoit receu plufieurs grands auantages& bienfaits de Cæfar Quand il fut arriué aux lieux on eftoit Lepidus, il s'en alla loger tout au plus pres de luy: mais voyant qu'il ne venoit perfonne au deuant de luy, qui luy donnaft quelque efperance, il delibera de s'auéturer& y aller en perfonne Or auoit il laif fé croiftre toufiours fa barbe depuis fa desfaite, fans l'accouftrer, tellement qu'elle eftoit fort longue,& fes cheueux auffi fans les peigner,& outre cela il fe veftit d'vne robbe noire, en dueil,& en cefte forte s'approcha tout ioignant les trenchees du camp de Lepidus, là où il fe prit a haranguerfi y auoit beaucoup des foldats à qui il rompoit le cœur, feulement de le voir ainfi pouurement & miferablement accouftré: les autres s'efmouuoyent à pitié par fes parolles, tant que Lepidus en eut peur,& pource commanda qu'on fonnaft des trompettes toutes enfemble, à fin que cela empefchaft que les foldats ne peuffent ouyr ce qu'il difoit, mais ils en auoyent d'autant plus grande compaffion,& parlerent à luy fecrettement par Clodius& Lælius qu'ils enuoyerent vers luy def guifez en habit de garces,& luy confeillerent qu'il s'efforçaft hat diment d'entrer dedans le camp, pource qu'il y auoit bien grand nombre de foldats qui le receuroyent,& tueroyent encore Lepidus, s'il vouloit. Antonius ne vouluft iamais permettre qu'on luy touchaft: mais le lendemain auec fon armee il vint pour tenter le gué d'vne petite riuiere qui eftoit entre deux,& luy- mefme le premier fe mit dedans l'eau pour gaigner Pautre rie, voyant def 698 ANTONI V S. ia plufieurs du cap de Lepidus qui luy tendoyent les mains,& qui arrachoyent les paux& esbouloyent la leuee de la clofture du camp pour luy donner entree. Quand il fut entré dedans& qu'il eut tout en fa puiffance, il fe porta fort humainement enuers Buy: car en l'embraffant ill'appella fon pere:& combien qu'à la verité il fit tout,& que tout paffaft par fon commandement, fi luy garda- il toufiours l'honneur& le nom de Capitaine: ce qui fut caufe que Munatius Plancus, lequel eftoit campé affez pres de là auec vne armee, fe vint encore ioindre à luy. Ainfi Antonius remis fus& deuenu grand& puiffant, repaffa vne autre fois les Alpes, menant quand& luy en Italie dix& fept legions,& dix mille cheuaux, outre fix legions qu'il laifla pour la garde des Gaules, fous la charge d'vn nommé Varius, I'vn de fes familiers qui luy tenoit compagnie à boire,& pource le furnommoit par moquerie Cotylon, comme qui diroit boutillon. Et adonc ne voulut pas Cæfar adherer à Ciceron, voyant qu'il trauailloit totalement,& n'auoit autre volonté ne autre intention, que de remettre la chofe publique en fa premiere liberté: fi enuoya femondre Antonius par fes amis de traitter appointement,& pour ce faire s'affemblerent enfemble ces trois, Cæfar, Antonius& Lepidus, en vne iflete, enuironnee tout alentour d'vne petite riuiere, là où ils furent fans en bouger par l'efpace de trois iours. Et quant à toutes autres chofes, ils en accorderent aifément,& partirent entre eux tout l'empire Romain, ne plus ne moins que fi c'euft efté leur paternel heritage: mais ils eurent grande difficulté à s'accorder de ceux qu'on feroit mourir, pour- autant que chacun d'eux vouloit perdre fes ennemis,& fauuer fes parens& amis: toutefois à la fin, pour la grande enuie qu'ils a- moyent de fe venger de leurs aduerfaires, ils abandonnerent& mi rent fous le pied la reuerence de confanguinité,& la fainteté de amitié: car Cæfar ceda à Antonius Ciceron,& Antonius luy aban donna Lucius Cæfar, qui eftoit fon oncle, frere de fa mere:& tous deux enfemble permirent à Lepidus de faire mourir fon propre frere Paulus. Toutefois aucuns difent que ce furēt eux qui le demanderent,& que Lepidus le leur ottroya. Ie penfe qu'il ne fut iamais fait chofe plus horrible, plus inhumaine, ny plus cruel le que cefte permutation- la: car en efchangeant ainfi meurtre pour meurtre, ils tuoyent aussi bien ceux qu'ils abandonnoy ent aux autres, comme ceux que les autres leurs abandonoyent: mais d'autât eftoyent- ils plus iniuftes enuers leurs amis, qu'ils les faifoyet mourir fans auoir aucune occafio de ce faire, ny de les hayr. Apres que fes conuenances furent àinfi paffees, les gens de guerre, qui eftoyent aux enuirons voulurent qu'ils affeuraffent encore cefte amitié par alliace de mariage,& quæ Cæfar efpoufaft Clau dia la Fille de Fuluia, femme d'Antonius: ce qu'ayât auffi efté accorcorde, ilse principa en eurent trenchal Jes ora porta ment a aife qu regard chaire ple.com trit,& honte, oncle voit p meurt chamb voix p prem taine minatio rapour mendo autant dus,& q ordonne & outre foit enc aquelle fimé& cu ho il leu Capitaine nation fermen grand che partie de violence mentils crits, en poures GbGdes les a Antonias fis les dr , qu pour S& S ANTONI V S. 699 cordé, ils condamnerent à mourir, par profcription trois cens des principaux citoyens de Rome,& Antonius comanda à ceux qui en eurent la charge, apres qu'ils auroyent tué Ciceron, qu'ils luy trenchaffent la tefte& la main droite, de laquelle il auoit efer les oraifons inue& iues Antonienes contre luy. Quand on luy apporta ces poures membres tronçonnez il les regarda longuement à grande ioye, en riant tresfort,& à plufieurs fois, de grande aife qu'il en auoit. Puis apres auoir bien faoulé fon cœur de les regarder, il les fit mettre au lieu plus eminent de la place, fur la chaire publique, dont il fouloit en fon viuant haranguer au peuple, comme s'il euft fait iniure à celuy qu'il auoit fait ainfi meurtrir,& non pas à fa fortune propre, en fe monftrant à fa grande honte,& fi cruellement, indigne de la puiffance qu'il auoit Son oncle Lucius Cæfar, ainfi qu'on le cerchoit& qu'on le pourfuyvoit par tout pour le tuer, s'en fuyt chez fa fæeur, là où comme les meurtriers fuffent allez,& vouluffent par force entrer dedans fa chambre, elle fe tint fes bras eftendus à la porte criant, à haute woix par plufieurs fois, Vous ne tuerez point Lucius Cæfar, que premierement vous ne me tuez mey qui ay enfanté voftre Capitaine par ce moyen fauua elle la vie à fon frere. Or eftoit la domination de ces trois perfonnages qu'ils appelleret le Triumui rat, pour beaucoup de caufes odieufe& haye des Romains: mais on en donnoit la plus grande partie du blafme à Antonius, pourautant qu'il eftoit plus vieil que Cæfar,& plus puiflant que Lepidus,& qu'd fe desborda derechef à viure voluptueufemér& defordonnémet comme deuant, aufsi toft qu'il fe vit hors d'affaires & outre le mauuais bruit qu'il auoit par fon intemperance. Ileftoit encore grandement hay à caufe de la maifon où il habitoit, laquelle auoit efté au grand Pompeius, perfonnage non moins e- ftimé& renommé pour fa temperance,& pour auoir toufiours vefcu honneftement& fimplement, que pour fes trois triomphes: car il leur faifoit grand mal de la voir le plus fouuent clofe aux Capitaines, aux magiftras,& mefme aux ambaffadeurs des eftrages nations, qu'on repouffoit quelquefois violemment& iniurieufement arriere de la porte,& qu'elle fuft pleine de bafteleurs, farceurs, ioueurs de paffe- paffe,& de plaifans, yurongnäs& faifäs grand chere, aufquels fe donnoit& defpendoit la plus grande partie de l'argent qu'on amaffoit pas toutes les fortes d'extorfiós violences& pilleries qu'il eftoit pofsible de dire: car non feulementils vendoyent à l'ancanles bien de ceux qu'ils auoyét prof crits, en defraudant calomnicufemeut les poures vefues& leurs poures enfans orphelins,& mettoyent fus toutes fortes d'imposs fubfides& tailles: mais aufsi eftas aduertis que les religieufes Veftales auoyent quelques confignations& autres deniers mis eff depoft& en garde entre leurs mains, tant de ceux de dehors que * Cinq cens efcus. 700 ANTONI V S. de ceux de la ville, ils les aller et enleuer par force. Parquoy Cz far voyant qu'il n'y auoit arger qui peuft fuffire à Antonius, voulut partir les finaces auec luy,& diuiférét aufsi l'armee pour aller tous deux en Macedoine faire la guerre contre Brutus& Cafsins, & cependant laifferent le gouuernement de la ville de Rome a Lepidus.Quand ils eurent trauerfé la mer& qu'ils commencerét à faire la guerre, eftans campez tout aupres de leurs ennemis, à fauoir Antonius à l'encontre de Cafsius,& Cafar de Brutus, Cafar ne faifoit pas grande chofe, ains eftoit Antonius qui vainquoit toufiours,& qui faifoit tout: çar à la premiere bataille Cæfar fut desfait par Brutus,& perdit fon camp, tellement qu'à grande peine fe peut- il fauuer de vifteffe& efchappa à ceux qui le pourfuitoyent: toutesfois il efcrit luy- mefme en fes commentaires, qu'il s'eftoit retiré deuant que la charge fuft commencee, pour vne vifio qu'auoit eu en fonge l'vn de fes familiers: là où Antonius deffit Cafsius en bataille, combien qu'auctins ayent efcrit qu'il ne fut pas prefent au combat, mais qu'il y furuint apres la desfaite, comme fes gens chaffoyent defia. Si fut Cafsius occis à fa grande inftance& requefte par vn fien fidele feruiteur nommé Pindarus, auquel il auoit donné liberté,& ce, pource qu'il ne fut pas aduerty d'heure, que Brutus aitoit vaincu de fon cofté. Peu de iours entre deux ils combatirent vne autre fois, en laquelle bataille Brutus fut desfait, qui fe tua luy- mefme puis apres:& Antonius eut la principale gloire de la victoire, attendu mefmement que Cæfar pour lors efloit malade. Et ayant trouué le corps de Brutus, il luy dit quelques iniures; en luy reprochat la mort de fon frere Caius, qu'il auoit fait mourir en Macedoine, en vengeance de la cruelle mort de Ciceron: mais neantmoins il dit, qu'il en chargeoit plus Hortefius, que non pas luy,& pourtant le fit- il mourir fur le tombeau de fon frere:& au contraire il ietta fa cotte d'armes deffus le corps de Brutus, laquelle eftoit fort riche& donna charge à l'vn de fes ferfs affrichis, qu'il mit ordre à fa fepulture:& depuis ayant entendu que le ferf affrachy n'auoit pas fait brufler la cote d'armes auec le corps, pourautant qu'elle valoit beaucoup d'argent, & qu'il auoit fuftrait bonne partie des deniers ordonnez pour fes funerailles& pour fa fepulture, il l'en fit mourir. Apres celaCafar fe fit reporter à Rome,& n'efperoit- on pas qu'il deuft furuiure 15g temps, ny efchapper de la maladie qu'il auoit.Et Antonius tira vers les prouinces& regions de l'Orient, pour exiger& leuer argent,& paffa premierement par la Grece, trainant apres luy vn nombre infiny de gens de guerre. Car pourautant qu'ils auoyent promis à chafque foldat* cinq mil'e drachmes d'argent, il eftoit befoin d'impofer de bien groffes tailles& faire de griefues& excefsiues exactions. Si ne fut- il pas à fon arriuce importun du comencement ne molefte aux Grecs, ains s'amufa& prit plaifir à ouy Supe Tes tendre& dant dro ftoit bie Amate de gra cuida Voir feil. Et bie ble, di prend Senat PAfe & qu les P logis uie le lay v tout co plus ac Rome tant en ler en fa Contine Auftes, miniftre plaifant hay d'Ita nques detelles ute PA Traged Bilers en & ne vo loven & ben test cr mes,& Batteu oye utus, Cali quali ite.com andein ndarus duer senBru it la lle us le vn nt T- tỷ es ar e d er A st ANTONIVS. 701 Buyr les difputes des hommes fauans, à voir iouer les ieux,& entendre& voir les ceremonies& les facrifices de la Grece, en ren dant droit à chacun benignement auec vne equité grande,& fi c- ftoit bien aifé de s'ouyr faluer& nommer Philellen, c'eft à dire, Amateur des Grecs,& mefmement des Atheniens, aufquels il fit de grads biens. Parquoy les Megariens à l'enuie des Athenies, luy cuidans monftrer aufsi quelque chofe de beau, le prierēt de venir voir leur palais, là où s'affembloit le Senat& fe tenoit leur confeil.Il y alla: puis quand il l'eut bie regardé, ils luy demanderent, Et bien, feigneur, que vous femble- il de cefte falle? Elle me femble, dit- il, petite, pourrie& prefte à aller en ruine.Dauantage il fir prendre la mesure du temple d'Apollo Pythius, ayant promis au Senat de le faire paracheuer. Mais quand il fut vne fois paffé en PAfie, laiffant pour gouuerneur en la Grece Lucius Cenforinus, & qu'il eut vn peu tafté des richefles& delices de l'Orient, que les Princes Seigneurs& Roys vindrent attendre à la porre de fon logis pour luy faire la cour, que les Roynes& Princeffes, à l'enuie les vnes des autres, luy firent de beaux& riches prefens,& luy vindrent faire la rauerence, foigneufes de fe parer,& faifans tout ce qu'elles pouuoyent pour eftre trouuees belles, à fin de plus acquerir fa bonne grace, cependant que Cæfar fe trauailloit Rome le coeur& le corps en guerres& feditions ciuiles, luy eftant en grande paix& plein de loifir, fe laiffa aifément recouler en fa façon accouftumee de viure voluptueufement: car incontinent vn Anaxenor ioueur de cithre, vn Xouthus ioueur de fluftes, vn Metrodorus baladin,& toute telle bade des Muficies& miniftres des voluptez de l'Afie, qui furpaffoyent en affeterie& plaifanterie les autres telles peftes, qu'il auoit amenez quand& Juy d'Italie, fe glifferent en fa cour, qui y gouuernerent tout,& onqués depuis rien n'y alla droit. Car tout le monde fe mit à faire de telles infolences, quand on vit qu'il y prenoit plaifir,& eftoit toute l'Afie comme la ville de qui parle Sophocles en l'vne de fes Tragedies, Pleine de chants, parfums, encenfemens, De pleurs aufside gemiffemens. Car en la cité d'Ephefe les femmes allerent au deuât de luy habillees en bacchantes, les hommes& enfans en Faunes& Satyres, & ne voyoit on autre chofe par toute la ville, que lierre& iauelines entortillees de lierre, pfalteriós, fluftes& hautbois.lls appelJoyent Antonius en leurs cantiques Bacchus, pere de lyeffe, doux & benin: aufsi l'eftoit- il à aucuns, mais à la plus grande partie c- ftoit cruel& inhumain: car il oftoit les biens à des nobles hommes,& à des gens d'honneur, pour les bailler à des pendars& des flatteurs, lefquels demandoyet bien fouuent les biens de ceux qui viuoyent comme s'ils euffent efté morts,& fe mettoyent dedans 703 ANTONI V S. par force: comme il donna la maifon d'vn citoyen de Magnefie à vn cuifinier, pourautant, à ce qu'on dit, qu'il auoit bien appareflé vn foupper- A la fin il doubla la taille,& en impofa vne feco de fur l'Affe:& alors Hybræas l'Orateur, comis& deputé par les eftats pour luy aller faire les remonftrances du pays, ofa bien predre la hardieffe de luy dire: Si tu veux auoir la puiflance de nous impofer deux tailles en vne mefme annee, il faut aufsi que tu ayes le pouuoir de nous donner deux Eftez& deux Autonnes, deux moiffons& deux vendanges. Qui fut bien gentilement& plaifamment parlé à luy,& affez au gré& felo l'humeur d'Antolius, mais il y adioufta puis apres qui fut bien plus hardiment dit,& Six vt plus viuemet touché au point pour feruir: L'Afie t'a payé* deux millies d'or. cens mille talens: fi toute cefte fomme de deniers n'eft venue en tes coffres, demandes- en conte à ceux qui l'ont leuee: mais fi l'a yant receue, tu n'en as plus rië, nous fommes deftruits& perdus. Ces paroles de Hybræas toucherent& piquerent fort Antoniuss car il n'entendoit pas beaucoup de l'arcins& maluerfatios qu'on comettoit en fes affaires& en fes finances fous fon authorité, non tant par fa nonchalance, come pource qu'il fe fioit de toutes chofes à fes gens par vne grande fimplicité qui eftoit en luy: car il e- ftoit grofsier& peu fubtil de nature,& s'apperceuoit à tard des fautes qu'on luy faifoit: mais aussi quand il les conoiffoit, il en eftoit bien fort marry,& les confeffoit rondement à ceux à qui Lous fon authorité on auoit fait tort: bien auoit- il le cœur grand, tant à punir les forfaits, comme à remunerer les bien- faits: neantmoins il femble qu'il paffoit plus le moyen& la mefure en trop donnant, qu'il ne faifoit en puniflant. Quant à celle façon infoléte de railler, dont il vfoit ordinairement en fe moquant& broquardant d'vn chacun, elle portoit auec foy fa medecine: car il eftoit loifible de luy rendre fon change en le moquant aufsi,& eftoit aufsi aife d'eftre gaudi, que de fe gaudir des autres: mais c'eftoit ce qui gaftoit tout le plus fouuent. Car eftimant que ceux qui Juy difoyent fi bien la verité& parloyent fi franchement à luy en gaudiffant, ne le flatteroyent iamais en traitant de chofe de confequence,& en parlant à bon efciant, il eftoit par ce moyen aifément abufé des louanges qu'on luy donnoit, ne s'apperceuano pas que ces flatteurs mefloyent cefte priuauté de parler franchement à luy parmy leur flatterie, comme vne rufe de defguifer& differenter les viandes auec quelque fauffe aigre& piquante, pour esgarder par cefte liberté de gaudir& de plaifanter auec luy franchement à la table, qu'il ne s'ennuyaft de leurs flatteries, ordinaires& continuelles, comme on fait des chofes dequoy on. eft feruy trop founent,& qu'ils pratiquoyent fubtilement par là ,, quand en maniere d'importance ils luy cederoyent& condefccndroyent à fon aduis, qu'ils ne femblaft qu'il le fiffent pour luy complai complai Luy Eft de tous quitef en luy flois fourc aupa faire à com licie, à l'en dea O luy. gnifie fidere douta aucu feroit de Juy vint en qu'elle plus cou mais y Dellius eu aupa grand P , que Antonius une fill en allo ar de le prouific targe cable q enchant qu'elle f que de [ ays qu betre Boit d'o & tures plai e en qu'aa te, non chole des En ANTONI V S. 703 complaire, ains pour n'eftre par fi bien entendus ne fi aduifez que Luy Eftant donc Antonius de telle nature, le dernier& le comble de tous fes maux, c'eft affauoir, l'amour de Cleopatra, luy furuint, qui efueilla& excita plufieurs vices qui s'eftoyent encore cachez en luy,& ne s'eftoyent iufques à là point monftrez:& s'il luy e- fois refté quelque fcintille de bien& quelque efperance de reffource, elle l'efteignit du tout,& le gafta encore plus qu'il n'eftoit auparauant. Si fut pris en cefte maniere: Ainfi qu'il alloit pour faire la guerre contre les Parthes, il enuoya adiourner Cleopatra à comparoir en perfonne par deuant luy, quand il feroit en la Cilicie, pour refpondre aux charges& imputations qu'on propofoit à l'encontre d'elle, c'eft à fauoir, qu'elle auoit donné confort& aide à Cafsius& à Brutus en la guerre qu'ils auoyent euë contre luy. Celuy qui fut enuoyé vers elle appellé Dellius pour luy fignifier c'eft adiournement, apres qu'il eut bien regardé& con fideré fa beauté, la grande grace attrayante de fon langage, fe douta bien incontinent qu'Antonius fe garderoit bien de faire aucun mal ne defplaifir à vne telle Dame, ains que pluftoft elle feroit en peu d'espace en grand faueur& grand credit à l'entour de luy: fi fe mit à luy porter honneur& l'admonnefter qu'elle vint en Cilicie au meilleur equipage qu'il luy feroit pofsible,& qu'elle n'euft point de doute ny de peur d'Antonius qui eftoit le plus courtois& le plus humain Seigneur de tous ceux qu'elle euft iamais veus. Elle d'autre part adiouftant foy à ce que luy difoit Dellius,& faifant coniecture par l'acces& le credit qu'elle aubit eu auparauant auec Iulius Cæfar,& Cneus Pompeius, le fils du grand Pompeius, feulement pour fa beauté, elle entra en efperance, que plus facilement encore pourroit elle prendre& gaigner Antonius: car ceux- la l'auoyent coneue lors qu'elle eftoit encore ieune fille, qu'elle ne fauoit que c'eftoit du monde mais lors elle s'en alloit deuers Antonius en l'aage où les femmes font en la fleur de leur beauté,& en la vigueur de leur entendement. Si fic prouifion de grande quantité de dons& de prefens, de force or& argent, de richeffes& de beaux ornemens, comme il eft croyable qu'elle pouuoit apporter d'vne fi grande maifon,& d'vn fi opulent& fi riche royaume comme celuy d'Aegypte. Mais pourtant elle ne portarien auec elle, en quoy elle eut tant d'efperance ne de confiance, comme enfoy- mefme,& aux charmes& enchantemens de fa beauté& bonne grace. Parquoy, combien qu'elle fuft mandee par plufieurs lettres, tant d'Antonius mefme que de fes amis, elle en fit fi peu de conte,& fe moqua tant de luy, qu'elle n'en daigna autrement s'aduancer, finon que de fe mettre fur le fleuue Cydnus dedans vn bateau, dont la pouppe eftoit d'or, les voiles de pourpre, les rames d'arger qu'on mamioit au fon& a la cadence d'vne aufique de fluftes, hautbois, cythres, 784 ANTONI V S. A fit, effo agrand pource plufieu tel lang de nati 4 mefm Aeth violes& autres tels inftrumens dont on iouoit dedans. Et au refle quant à fa perfonne elle eftoit couchee deffous vn pauillon d'or tiffu, veftue& accouftree toute en la forte qu'on peint ordinairement Venus,& aupres d'elle d'vn cofté& d'autre de beaux petits enfans habillez ne plus ne moins que les peintres ont accouftumé de pourtraire les Amours, auec des efuentaux en leurs mains dont ils l'efuentoyent.Ses femmes& damoy felles femblablemét, les plus belles eftoyent habillees en Nymphes Nereides, qui font les Fees des eaux,& come les Graces, les vnes appuyees fur le timo, les autres fur les chables& cordages du bateau duquel il for toit de merueilleufement douces& fouefues odeurs de perfums, qui remplifloyent deçà& delà les riues toutes couuertes de monde innumerable: car les vns accompagnoyent le bateau le long de la riuiere, les autres accouroyent de la ville pour voir que c'eftoit,& fortit vna fi grande foule de peuple, que finalement Antonius eftant fur la place en fon fiege imperial à donner audience, y demeura tout feul,& couroit vne voix par la bouche du commu populaire, que c'eftoit la deeffe Venus, laquelle venoit iouer chez le dieu Bacchus pour le bien vniuerfel de toute l'Afie. Quand elle fut defcédue en terre, Antonius l'enuoya conuier de venir foup per en fon logismais elle luy manda qu'il valoit mieux, que luy pluftoft vinft foupper chez elle. Parquoy pour fe monftrer gracieux à fon arriuee enuers elle, il luy voulut bien obtemperer,& y alla, où il trouua l'appareil du feftin fi grand& fi exquis qu'il n'eft poffible de le bien exprimer: mais entre autres chofes, ce dequoy plus il s'efmerucilla, fut la multitude des lumieres& flambeaux fufpendus en l'air& efclairans de tous coftez, fi ingenieufement ordonnez& difpofez à deuifes les vns en rond, les autres en quarré, que c'eftoit I'vne des plus belles& plus fingulieres cho fes à voir, que l'œil euft feu choifir, dont il foit fait mention par les liures.Le lendemain Antonius la feftoyant à fon tour, eflaya de la furpaffer en magnificence& en belle ordonnance: mais il fut vaincu en l'vn& en l'autre, tellement que luy mefme le premier commença à fe moquer de la grofferie& lourderie du feruice de fa maifon aupres de la fomptuofité, proprieté& elegance de ceJuy de Cleopatra.Et elle voyant que les rencontres& brocards d'Antonius eftoyent fort groffiers,& qu'ils fentoyent leur foldat à pleine bouche, elle commenca à luy en bailler hardiment,& à le blafonner à tout propos fans rien craindre car fa beauté feule, à ce qu'on dit, n'eftoit point incomparable, qu'il n'y en peut bien a- uoir d'auffi belles comme elle, ni telle, qu'elle rauift incontineut ceux qui la regardoyent: mais fa conuerfation à la häter en eftoit fi amiable, qu'il eftoit impoffible d'en euiter la prife,& auec fa beauté, la bonne grace qu'elle auoit à deuifer, la douceur& gentileffe de fon naturel, qui affaitonnoit tout ce qu'elle difort ou faifoit doys appris d'Aeg yen cu prit te me Fu pour dont le à Lab trer d touche il delpe oifeux es fauroit de faire eux de, la oyans qui exce ropos pas qu' come de med Antonius comm and ap ers to de rafte& le t tout a qu'il tra entr rafou lil for rfums lelong ece dience Commi er che and el foup luy ra& e- 1- es 10 S t e S t t ANTONIVS Bas foit, eftoit vn aiguillon qui poignoit au vif.& fi y auoit outre cela grand plaifir au fon de fa voix feulement& à fa prononciation, pource que fa langue eftoit comme vn inftrument de mufique à plufieurs ieux& plufieurs regiftres, qu'elle tournoit aifément en tel langage comme il luy plaifoit, tellement qu'elle parloit à peu de nations barbares par truchement, ains leur rendoit par ellemefme refponfe, au moins à la plus grande partie, comme aux Aethiopiens, Arabes, Troglodytes, Hebrieux, aux Syriens, Medoys& aux Parthes,& à beaucoup d'autres encore dont elle auoit appris les langues, là où plufieurs de fes predeceffeurs Roys d'Aegypte à peine auoyent peu apprendre l'Aegyptiene feule,& y en eut aucuns qui oublierent la Macedoine. Parquoy elle furprit tellement Antonius de fon amour, que combien que fa femme Fuluia fuft à Rome en grand different,& en guerre ouuerte pour fes affaires à l'encontre de Cæfar,& que l'armee des Parthes, dont les lieutenans du Roy auoyent donné la principale conduite à Labienus fuft toute affemblee en la Mefopotamie prefte à entrer dedans la Syrie, neantmoins comme fi tout cela ne luy euft touché en rien, il fe laiffa emmener par elle en Alexandrie, là où il defpendit& perdit en ieux d'enfans, par maniere de dire,& oifeux esbatemens, la plus chere& plus precieufe chofe qu'on fauroit defpendre; come dit Antiphon, c'eft le temps: car ils firent entre eux vne bande qu'ils appellerent Amimetobion, c'eft à dire, là vie non pareille,& qu'autres ne fauroyent imiter, fe feftoyans I'vn l'autre par tour, en quoy il fe faifoit vne defpenfe qui excedoit toutes bornes& toute mefure de raifon. Auque propos i'ay autres fois ouy raconter à mon grand pere Lamprias, qu'vn Philotas medecin natif de la ville d'Amphiffa, luy cotoit côme en ce temps- là il eftoit en Alexandrie eftudiant en fon art de medecine,& que l'vn des maiftres cuifiniers de la maiforz d'Antonius, auquel il auoit pris conoiffance, le mena quand& luy, comme vnieune homme curieux de voir, pour luy monftrer Je grand appareil& la fomptuofité d'vn feul foupper.Quad il fut en la cuifine, il y vit vne infinité de viandes,& entre autres, huid fangliers tous entiers qu'on roftiffoit, dont il fut fort esbahy, difant qu'il deuoit auoir gräd nombre de gens à ce foupper.Ce cuifinier s'en prit à rire,& luy refpondit, qu'il n'y en auoit pas beau coup, ains enuiron douze feulement: mais qu'il falloit que tout ce qui eftoit mis furtable, fuft cuit& ferui à fon point, lequel fe gafte& fe paffe en vn momét,& Antonius voudra peut eftre, foup per tout à cefte heure, ou bien d'icy à vn peu de temps, ou poffible qu'il le differera plus tard, pource qu'il aura beu fur iour, ou q il fera entré en quelque long propos:& à cefte caufe on prepare non vn foupper feul, mais plufieurs, pourautant qu'on ne fauroig deuiner l'heure qu'il voudra foupper Philotas faifoit ce conte à yy i ANTONI V S foutesfo de cefte ment& comiq dire, a recite raco pefch 706 mon grand pere,& fi luy difoit davantage, que quelque temps depuis il fut au feruice du fils aifné d'Antonius, qu'il auoit eu de Fuluia,& qu'il mangeoit ordinairement à fa table auec fes autres familiers, toutes les fois qu'il ne mägeoit point auec fon pere: come donc il fut vn iour venu vn medecin, qui faifoit merueille de alleguer,& d'arguer, tant qu'il ropoit la tefte à tous ceux qui e- ftoyent à table, pour luy clorre la bouche, Philotas luy fit ceft argument fophiftique: Il eft bon de donner à boire de l'eau froide à vn malade qui a fieure en quelque maniere: Or eft- il que tout malade qui a fieure, l'a en quelque maniere: 11 s'enfuit donc qu'il eft bon de döner de l'eau froide à tout malade qui a fieure. Le medecin demeura muet,& fut fi eftonné qu'il ne feut plus que dire. Dequoy le ieune enfant fe prit à rire,& en fut fi aife qu'il luy dit, Philotas, ie te donne tout cela, en luy monftrant vn buffet tout chargé de grads pots d'or& d'argét.Philotas Pen remercia,& dit qu'il fe fentoit bien tenu à luy de cefte tant liberale volőté: mais il n'euft iamais penfé qu'il euft eu la permifsion de pouuoir donner tant de chofes& de fi grande valeur toutesfois il fut tout efbaby qu'vn peu apres l'vn des feruiteurs de la maifon, luy apporta dedans vne corbeille tous lefdits pots, luy difant qu'il les fift marquer de fa marque& ferrer.Philotas renuoya le porteur, crai gnant eftre repris s'il les acceptoit:& adonc le ieune Seigneur luy dit, Coment poure homme que tu es, pourquoy fais tu difficulté de les prédre? ne fais- tu pas que c'eft le fils d'Antonius qui les te donne, qui a le pouuoir de ce faire? toutesfois fi tu me croys, prés pluftoft de moy Pargent qu'ils peuuent valoir, pource que mon pere à l'aduenture pourroit demander quelqu'vn de ces vafes qui font faits à l'antique,& font beaucoup eftimez pour l'excellence de l'ouurage. Pay fouuent ouy reciter ces contes à mon grand pere. Mais pour reuenir à Cleopatra. Platon efcrit, que l'art& fcience de flatter fe traitte en quatre manieres, toutesfois elle en inuenta beaucoup plus de fortes: car fuft ou en ieu, ou en affaire de confequence, elle trouuoit toufiours quelque nouuelle volupté, par laquelle elle tenoit fous la main& maiftrifoit Antonius, ne l'abandonnant iamais,& iamais ne le perdant de veuë ne de iour ne de nuict: car elle iouoit aux dez, elle beuuoit, elle chaffoit ordinairement auec luy, elle eftoit toufiours prefente, quand il prenoit quelque exercice de la perfonne; quelquefois qu'il fe defguifoit en valet pour aller la nuitroder par la ville,& s'amufer aux feneftres& aux huys des boutiques des petites ges mechaniques, à contefter& railler avec ceux qui eftoyent dedas, elle prenoit l'accouftrement de quelque chambriere,& s'en alloit battre le paué& courir auec luy dont il reuenoit toufiours auec quelques moqueries,& bien fouuent auec des coups qu'on luy Connoit,& combien que cela defpleut& fuft fufpe la plufpart, ( DN+ ftoit f Comm té fal fent ac royent fois fa testos comm famili pour bre,& aulsi la iteurs, Ecomme i cuida donc, c rt à rire Us autre la lig querir preno nauuaife here& tenferm & a endor elle Si tiniques par out m qu'il et medeedire. y dit, et tout dit it don tout ef appor Jes fit crai luy ulté ste res qui ce nd & en f- le de wit, n- oit ANTONIVS. 707 toutesfois communément ceux d'Alexandrie eftoyent bien aifes de cefte ioyeufeté,& la prenoyent en bonne pare, difans elegamment& ingenieufement qu'Antonius leur monftroit vn vifage comique, c'eft à dire, ioyeux,& aux Romains vn tragique, c'eft à dire, auftere. Si feroit trop grade fimpleffe de vouloir ramaffer& reciter tous les esbatemes qu'ils firent lors en fe iouant: mais l'en raconteray feulement vn entre les autres: Il fe mit quelque fois à pefcher à la ligne,& voyant qu'il ne pouuoit rien prendre, en e- ftoit fort defpit& marry, à caufe que Cleopatra eftoit prefente.Si commanda fecrettemet à quelques pefcheurs, quand il auroit ietté fa ligne, qu'ils fe plongeaflent foudain en l'eau,& qu'ils allaf fent accrocher à fon hameçon quelque poiffon de ceux qu'ils auroyent eux pefchez au parauant,& puis retira ainfi deux ou trois fois fa ligne auec prife.Cleopatra s'en apperceut incôtinent, toutesfois elle fit femblant de n'en rien fauoir,& de s'efmerueiller comment il pefchoit fi bien: mais à part, elle conta le tout à fes familiers,& leur dit que le lendemain ils fe trouuaffent fur l'eau pour voir l'esbatement: Ils y vindrent fur le port en grand nombre,& fe mirent dedans des bateaux de pefcheurs,& Antonius aufsi lafcha fa ligne,& lors Cleopatra commada à l'vn de fes feruiteurs, qu'il fe haftaft de plonger deuat ceux d'Antonius,& qu'il allaft attacher à Pham. çon de fa ligne quelque vieux poifion fallé, comme ceux qu'on apporte du pays de Pont: cela fait Antonius qui cuida qn'il y euft vn poiffon pris, tira incontinent fa ligne:& adonc, comme on peut penfer, tous les afsiftans fe prirent bien fort à rire,& Cleopatra en riant luy dit, Laiffe nous, Seigneur, nous autres Aegyptiens habitans de Pharus& de Canobus, laiffe nous la ligne: ce n'eft pas ton meftier: ta chaffe eft de prendre& conquerir villes& citez, pays& royaumes. Ainfi comme Antonius prenoit fes esbats en telles folies& télles ieuneffes, il luy vine de mauuaifes nouvelles de deux coftez: l'vne de Rome, que Lucius fon frere& Fuluia fa femme auoyent premierement eu noife& debat enfemble,& puis eftoyent entrez en guerre ouuerte contre Cafar,& auoyent tout gafté, tant qu'ils auoyent efté cótraints de vuider& s'enfuyr de l'Italie: l'autre qui n'eftoit point meilleure uy art celle là, c'eft que Labienus auec l'armee des Parthes fubiuguoit & conqueroit toute l'Afie, depuis le fleuue d'Euphrates,& depuis la Syrie, iufques au pays de Lydie& de Ionie. Et adone comença- il à toute peine à s'efueiller va petit, comme s'il euft efté bien fort endormy,& par maniere de dire, à fe reuenir d'vne grande yureffe.Si voulut aller à l'encontre des Parthes premierement,& tira iufques à la côtree de la Phoenicie: mais là il receut des lettres de Fuluia pleines de lamētations& de pleurs: parquoy il tourna tout court deuers P'Italie auec deux cens nauires,& en allant reCoflit par les chemins tous fes amis qui s'enfuyoyent de Fitali yy j 708 ANTONI V S. vers luy,& par lefquels il fut informé que Fuluia eftoit la feute caufe de cefte guerre, laquelle eftant d'vne nature fafcheufe, peruerfe& temeraire, auoit expreffement efmeu ce trouble& tumulte en Italie, pour l'efperance de le retirer par ce moyen d'auec Cleopatra.Or aduint- il de borne fortune, que cefte Fuluia en allant trouuer Antonius, mourut de maladie en la ville de Sycione, & pourtant fut l'appointement entre luy& Cafar plus aifé à traitter: car quand il eut pris terre en Italie,& qu'o vit que Cæfar ne luy demandoit rien quant à luy,& qu'Antonius d'autre cofté reiettoit tout ce dont on le chargeoit fur fa femme Fuluia, les a mis de l'vn& de l'autre ne voulurent point qu'ils entraffent plus auant en conteftation ne inquifition pour auerer qui auoit le tort ou le droit,& qui eftoit caufe de ce trouble, de peur d'aigrir dauantage les chofes, ains les accorderent& diuiferent entre eux; T'empire de Rome, faifans la mer Ionique borne de leur partage: car ils baillerent toutes les prouinces du Leuant à Antonius,& celles de l'Occident à Cæfar laiffans à Lepidus l'Afrique,& arrefterent que l'vn apres l'autre ils feroyent leurs amis Confuls quand ils ne le voudroyent eftre eux- mefmes. Cela fembloit e- ftre bien aduifé, mais qu'il auoit befoin de plus eftroit lien& de plus grande feureté, dont fortune bailla le moyen. Car il y auoit Octauia feur aifnee de Cæfar, non d'vne mefme mere, car elle eftoit nee d'Ancaria,& luy apres d'Accia. Il aimoit fingulieremet cefte fiene fœur: aufsi eftoit ce à la verité vne excellente Dame, vefue de fon premier mary Caius Marcellus, qui n'aguere eftoit decedé,& fembla qu'Antonius eftoit vefue aufsi depuis le decez de Fuluia: car il ne nioit point qu'il n'euft Cleopatra, mais aufsi ne confefloit- il pas qu'il la tinft pour fa femme, ains debatoit encore de cela la raifon côtre l'amour de cefte Aegyptiene- Parquoy tout le monde mit en auant ce mariage, efperans que cefte Dame octauia, laquelle auoit la grace, l'honnefteté& la prudence conjointe à vne fi rare beauté, quand elle demeureroit auec Antonius, eftant aimée& eftimee, comme la raifon vouloit que le fuft vne telle Dame, qu'elle feroit caufe d'vne bonne paix,& certaine a- mitié entre eux. Apres donc qu'ils en furent tous deux d'accord, ils s'en allerent à Rome pour faire les nopces, combien que la loy defendift qu'vne femme vefue ne fe remariaft de dix moix apres la mort de fon premier mary: mais le Senat l'en difpenfa ainfi fut accompli le mariage. Or tenoit alors Sextus Pompeius la Sicile, & de là couroit& pilloit toute l'Italie auec vn grand nombre de fuftes& autres nauires de courfaires, que conduifoyent Menas& Menecrates deux efcumeurs de mer, dont ils trauailloyent tellement toute la mer, que perfonne ne s'ofoit mettre à la voile:& fi y auoit plus, que Sextus Pompeius s'eftoit honneftement porté enuers Antonius, car il receut humainement fa mere, laquelle s'enfuy cit Penfupe falloit a mont d la mer & An Pend auro roit nau Ro & tire prem peron Capit le ma Anto pere ftir v fa gal du felt de l'amo ardage bile& d Popeiu le deuo le ce q hauffer m boyerent bya deu uder de confer en qu thecaril confide fera C it fram que Cali a, les a letort Conil bloite n& de auoit elle met me, toit cez fsi en10y me フロー US ne 20 -rd, oy res ut e- rté elle ANTONI V S. 709 s'enfuyoit de l'Italie auec Fuluia: parquoy ils aduiferent, qu'i falloit aufsi appointer auec luy. Si conuindrent enfemble pres le mont de Mifene fur vne leuee qui eft iettee affez auant dedans la mer, ayat Pompeius la flotte de fes nauires là aupres à l'ancre, & Antonius& Cæfar leurs armees fur le bort de la mer tout à l'endroit de luy, là où, apres qu'ils eurent arrefté que Pompeius auroit la Sicile& la Sardaigne, par tel conuenant qu'il nettoyeroit la mer de tous courfaires& larrons,& la rendroit feure& nauigable,& outre enuoyeroit quelque certaine quatité de bleds à Rome, ils fe conuierent les vns les autres à manger enfemble, & tirerent au fort à qui premier feroit le feftin. Le fort efcheut premier à Pompeius: parquoy Antonius luy demanda, Et où foupperons- nous? Là, refpondit Pompeius, en luy monftrant fa galere Capitaineffe qui eftoit à fix rangs de rames: car c'eft, dit- il, la feule maifon paternelle qu'on m'a laiffee.Ce qu'il difoit pour piquer Antonius, à caufe qu'il tenoit la maifon de Pompeius le grand fon pere: fi fit ietter en mer force ancres pour affeurer fa galere,& baftir vn pot de bois pour paffer depuis le chef de Mifene iufques en fa galere, où il les receut& feftoya à bonne chere: mais au milieu du feftin come ils començoyet à s'efchauffer,& à gaudir Antonius de l'amour de Cleopatra, Menas le courfaire s'approcha de Pompeius,& luy dit tout bas en l'oreille, Veux- tu que ie couppe les cordages des ancres,& que ie te face feigneur no feulemet de Sicile& de Sardaigne, mais aufsi de tout l'eftat& empire de Rome? Popeius apres auoir vn petit péfé en foy- mefme, luy refpódit, Tu le deuois faire fans m'en aduertir, mais maintenât contentos- nous de ce que nous auons: car quant à moy ie n'ay point appris de fauffer ma foy, ny de faire acte de trahifon. Les autres deux le feftoyerent à leur tour dedans leur camp: puis il s'en retourna en la Sicile. Et Antonius, apres qu'ils eurent ainfi tout appointé, entoya deuat en Afie Ventidius pour arrefter les Parthes,& les engarder de paffer plus auant:& luy cependant pour gratifier à Cæfar, confentit eftre efleu preftre& facrificateur de Iulius Cæfar,& vuiderent ainfi amiablement enfemble plufieurs grandes chofes concernantes l'eftat de l'Empire: mais en tous esbats& en tous ieux en quoy ils paffoyent quelque fois le temps I'vn auec l'autre, Antonius perdoit& auoit toufiours du pire, dont il eftoit fort fafché: car il auoit auec luy vn deuin Aegyptié de ceux quife meflét de iuger les natiuitez,& predire les aduentures des hommes, en confiderant l'heure de leur naiffance, lequel, fuft, ou pour gratifier à Cleopatra, ou pource qu'il le trouuoit ainfi par fon art, difoit franchement à Antonius, que fa fortune, laquelle eftoit de foy tref- illuftre& tref- grande, s'effaçoit& s'offufquoit aupres de celle de Ca far,& pourtant luy cofeilloit de fe reculer le plus loin qu'il pourroit de ce ieune Seigneurs: Car to Demo difoit- il, c'eft yy j 718 ANTONI VS. Pequels froit de lion,& tonius tonius dius ploit poin allo quan ble co ques a de ho fre.E à dire, le bo ange& l'efprit qui t'a en garde, craint& redoute le fien,& eftant courageux& hautain quand il eft feul à part luy, il deuient craintif& peureux quand il s'approche de l'autre.Quoy que ce foit, les ennemis approuuoyent ce que difoit ceft Aegyptien Car on dit, que toutes les fois qu'ils tiroyēt au fort par maniere de paffe- teps, à qui auroit quelque chofe, ou qu'ils iouoyent aux dez, Antonius perdoit toufiours. Quelque fois par ieu ils faifoyent ioufter des coqs ou des cailles qui eftoyent duites,& fai ees à fe battre, celles de Cæfar vainquoyent toufiours, dequoy Antonius eftoit marri en foy- mefme, combien qu'il n'en monftraft rien par dehors& pourtant en adiouftoit plus de foy à ceft Aegyptien tant qu'à la fin il recommanda les affaires de fa maifon à Cæfar,& s'en partit de l'Italie auec Octauia fa femme, qu'il mena iufques en la Grece, en ayant defia eu vne fille. Mais comme il paffoit l'hyuer à Athenes, les nouuelles luy vindrent des victoires de Ventidius qui auoit vaincu les Parthes en bataille rangee, en laquelle eftoyent morts Labienus& Pharnabates Je meilleur Capitaine qu'euft le Roy Orodes. Pour ces bonnes nouuelles il fit vn feftin public,& tint cour pleniere à tous les Grecs:& furen faits ieux& combats de pris à Athenes, efquels il voulut luy- mefme eftre le iuge. Parquoy il laiffa en fon logis fa garde, fes haches& enfeignes de fon empire,& s'en vint au parc où fe faifoyent les ieux& exercices, auec vne robbe longue& des pantoufles aux pieds à la Grecque,& portoit- on deuant luy les baftons que les fergens ont accouftumé de porter deuant les iuges,& feparoit luy- mefme les ieunes hommes, en les retirant par le col, quand ils auoyent affez combatu. Puis quand il voulut partir pour aller à la guerre, il prit vn chapeau de la fainte oliue,& emporta auec luy vn vafe plein de l'eau de la fontaine de Clepfydra, pour autant qu'il auoit eu quelque oracle qui luy comandoit ainfi le faire.Cependant Ventidius desfit vne autre fois en bataille, qui fut donee en la cotree Cyrre ftique, Pacorus le fils du Roy des Partes, lequel eftoit derechef venu auec groffe puiffance pour enuahyr& occuper la Syrie, en laquelle iournee il mourut vn grand nombre de Parthes,& entre les autres y demeura Pacorus luy- me fine. Ceft exploit d'armes excellent entre les plus glorieux qui furent onques faits, donna aux Romains pleine& entiere vengeance de la honte& perte qu'ils receurēt à la mort de Marcus Craffus,& fit retirer les Parthes,& fe côtenir au dedas des limites de la Mefopotamie& de la Medie, après auoir efté defconfits& desfaits par trois fois tout de rag en bataille ordonnee: mais Větidius n'ofa pas entreprendre de les pourfuyure plus outre, à caufe qu'il craignoit qu'il ne s'acquit Penuie& la male- grace d'Antonius: bien mena il fon armee à rencontre de ceux qui s'eftoyent rebellez& les reconquit, entre lefquels cens ordre fait à pour auiou hetipe petite a matie hement Cafa guer fus I'v les cho ie, la co Alban Cauca ince d' tre les Recour vers H.Gre frece tra Cala Les deux plus spar equoy An den mona ceft de la mai fille. Mais en batal arnabates bonnes tous les fquels on lovint obbe -on Dor mes tu. Vn de l- us re ef en re es 2 e ANTONIVS 7 lefquels il affiegea Antiochus Roy de la Commagene, lèquel of. froit de bailler* mille talens,& qu'on luy pardonnaft fa rebel-* Six ettas lion,& promettoit faire de là en auant le commandement d'An- mille efcus tonius: mais Ventidius luy fit refponfe qu'il enuoyaft deuers Antonius, lequel approchoit bien fort,& ne vouloit pas que Ventidius appointaft auec ledit Antiochus, à celle fin que ce petit exploit à tout le moins fuft fait en fon nom,& qu'on n'eftimaft point qu'il ne fift rien que par fon lieutenant Ventidius. Le fiege alloit en longueur, pour autant que ceux qui eftoyent dedans, quand ils virent qu'on ne les vouloit receuoir a aucune raifonnable compofition, eurent recours à fe defendre vertueufement iufques au bout.Par ainfi Antonius n'y faifoit rien& en auoit grande honte, fe repentant fort qu'il n'auoit accepté leur premiere offre.Encore à la fin fut il bie aife d'accorder& appointer à trois* Cent qua cens talens auec ledit Antiochus. Ainfi apres auoir mis quelque tre vingts ordre aux affaires de la Syrie, il s'en retourna à Athenes:& ayant mille efcus, fait à Ventidius les honneurs qu'il meritoit, il l'enuoya à Rome pour triompher des Parthes.C'eft celuy feul qui a iamais iufques auioud'huy triomphé des Parthes, homme de bien bas lieu& de petite maifo, à qui'l'amitié d'Antonius valut cela, quelle luy bailla matiere& moyen de faire de grades chofes, dont il vfa fi dextrement& fi bien, qu'il confirma ce qu'on difoit d'Antonius& de Cæfar, à fauoir qu'ils eftoyent plus heureux, quand ils faifoyée la guerre par leurs lieutenans, que par eux- mefmes. Car Sof fius l'vn des lieutenãs d'Antonius en la Syrie fit beaucoup de belles chofes,& Canidius qu'il auoit laiffé és confins de l'Armenie, la conquit& fubiugua toute auffi fit- il les Rois des Yberiens & Albaniens, tant qu'il penetra par fes conqueftes iufques au mot de Caucafus. Au moyen dequoy le bruit& le renom de la puiffance d'Antonius alloit toufiours croiffant,& eftoit redoutable entre les barbares natios: mais pour quelqs rapports qu'on luy fit, il fe courrouça de rechef à l'encontre de Cafar, s'embarqua pour aller vers l'Italie auec trois cens nauires:& pource que ceux de Brundufium ne voulurent pas receuoir fon armee en leur port, i! tira à Tarente, là où Octauia fa femme, qui eftoit venue auec luy de la Grece, le fupplia que fon plaifir fuft de l'envoyer vers fom frere: ce qu'il fit.Elle eftoit pour lors enceinte,& fi auoit defia em vne feconde fille de luy,& neantmoins fe mit en voye,& rencontra Cæfar en chemin, qui menoit auec luy Mecenas& Agrippa fes deux principaux amis, lefquels elle tira à part,& leur fit toutes les plus affeQueufes prieres& fupplications de quoy elle fe peut aduifer, qu'ils ne vouluffent permettre, qu'elle qui eftoit la plus heureufe femme du mode, deuint la plus miferable& plus inforunee qui fut onques.Car maintenant tout le monde, difoit- elle. les yeux fur moy ponrautant que ie fuis fœur de l'vn des Empe yy/ üij a He it 2 re را 712 ANTONI V 2. reurs& femme de l'autre. Or fi( ce que ia à Dieu ne plaife) le pira confeil a lieu,& que la guerre fe face, quant à vous il eft inçertain auquel des deux les dieux ayent deftiné d'eftre vainqueur ou vaincu: mais quat à moy, de quelque cofté que la victoire fe tour ne en tout euenement ma condition fera toufiours mal- heureufe.Ces prieres d'O& auia amollirent le coeur de Cæfar, tät qu'il af la pacifiquement à Tarente: fi fut vn fpectacle fort plaifant aux yeux de ceux qui y furent prefens, de voir vne figroffe armee fur terre fans fe bouger,& tant de nauires flotter à la rade en paix& en fureté:& dauantage les entreueues& careffes des amts qui fe entr'embraffoyent& accolloyent amiablement les vns les autres. Antonius feftoya premier Cæfar, ce qu'il ottroya à l'amour de fa four: puis ils accorderent enfemble que Cæfar bailleroit à Anto nius deux legions pour aller cötre les Parthes,& Antonius à Cæfar cent galeres armees d'efperos d'airain par les proues Mais outre cela Octauia impetra de fon mary pour fon frere vingt brigatins,& de fon frere pour fon mary mille hommes de guerre. A- pres qu'ils fe furent ainfi departis, Cæfar incótinent s'en alla faire la guerre à Sextus Pompeius pour auoir la Sicile,& Antonius luy laiffant entre fes mains O& auia auec fes enfãs d'elle,& ceux auffi de Fuluia, s'en alla en Afie: adoc ce grief& peftilēt mal, l'amour de Cleopatra, qui auoit ia log téps dormy,& fembloir qu'il fut di tout affopy,& qu'il euft donné lieu à meilleur aduis, comença à fe r'allumer derechef& reprendre fa force, incontinet qu'Antonius approcha de la Syrie:& à la fin ce cheual de l'ame qui eft tät difficile à doter, come dit Plato, c'eft à dire, la cócupifcence effrenee, ietta hors& reuerfa toutes péfees honeftes& falutaires: car il enuoya Foteius Capito pour amener Cleopatra en la Syrie, à laquel le pour fa bie- venue, il ne donna point peu de chofe sains outre ce qu'elle auoit, luy adioufta les prouinces de la Phoenicie, de la baffe Syrie, l'ifle de Cypre, vne grande partie de la Cilicie,& celle co tree de la Iudee qui porte le vray baufme, le quartier de l'Arabie où habitent les Nabateiens qui s'eftend vers l'Ocean. Ces donations- la defpleurent fort aux Rotmains.Et combien qu'il donnaft facilement des feigneuries& royaumes de grandes& puiffantes nations à quelques hommes priuez,& qu'il oftaft à d'autres Roys de vraye fucceffio les leurs, come dAntigonus Roy des luifs, lequel il fit publiquement decapiter, quoy qu'il n'y euft iamais eut Roy puni de telle forte: fi n'y auoit- il toutesfois rien qui tant of= fençaft le cœur des hommes, que ces demefurez honneurs qu'il faifoit à Cleopatra: mais encore augmenta- il bien l'enuie& le murmure encontre luy, parce que Cleopatra luy ayant fait deux enfans iumeaux fils& fille, il nomma le fils Alexandre,& lafille Cleopatra,& les fur- nomma l'vn le Soleil,& l'autre la Lune. Et toutesfois luy qui fauoit bis pallier& colorer de belles paroles fes le's faits ficence mains fe fe d Rois que face poir ne ord des e mens pres me.p rent grad le re pule donn para pela f prouue tuyent & enfe en la b homme Et cepe par l'A de tou doyend redef Rom de pied la reg beant defir hors paix& autres Anto CzMasou la faire ius lu auff nour du àfe us ロー el e 4 S S ANTONIVS. 713 fes faits honteux& reprochables, difoit que la grandeur& magná ficence de l'Empire Romain fe demonftroit, non par ce que les Ro mains prenoyent, mais par ce qu'ils donaoyent,& que la nobleffe fe dilatoit& multiplicit entre les hommes par la pofterité des Rois, quand ils laiffoyent de leur femence en plufieurs lieux,& que par ce moyen fon premier anceftre& premiere fouche de fa face auoit efté engendré d'Hercules, lequel n'auoit point mis l'ef poir de la continuation de fa lignee& de fa pofterité au vētre d'v ne feule femme, craignant les loix de Solon, ou ayant regard aux ordonnances que les hommes ont faites touchant la procreation des enfans, ains auoit voulu donner à nature& eftablir les fondemens de plufieurs nobles races& familles en diuers lieux.or a- pres que Phraortes eut tué fon pere Orodes,& occupé le royaume, plufieurs gentils- hommes des Parthes le laiflerent& s'enfuy tent, du nombre defquels fut Monefes homme tres- noble& de grade authorité entre les fiensslequel eut recours à Antonius, qui le recueillit& accopara fa fortune à celle de Themiftocles,& l'o pulence& magnificence fiene à celle des Rois de Perfe: car il luy donna trois villes, Lariffa, Aretufa& Hierapolis, qu'on appelloit parauat Bobycé mais le Roy desParthes peu de téps apres le rap pela fur fa foy& parole.Antonius fut bien aife de luy doner con gé de s'en retourner, efperant par là furpredre Phraortes au defprouueu: car il luy manda qu'ils demeureroyent bons amis,& auroyent paix enfemble s'il vouloit feulement rendre les eftédards & enfeignes des Romains, queles Parthes auoy et pris& gaigneż en la bataille, où Marcus Grafiusauoit efté occis,& enfemble les hommes qui reftoyent encore prifonniers de cefte defconfiture. Et cepedant il renuoya Cleopatraen Aegypte,& prit fon chemin par l'Arabie& l'Armenie, là où il fit la moftre& reueuë generale de tout fon oft qui s'affembla là,& des Rois fes confederez qui eftoyent venus à fon mandement pour le fecourir en grand nombre: defquels le principal eftoit ArtuafdesRoy d'Armenie,& four nifloit fix mille homes de cheual,& fept mille de pied,& y auoit des Romains nattirels foixante mille hommes de pied,& de gens de cheual Hefpagnols& Gaulois, qui eftoyent conteż pour Romains, iufques au nombre de dix mille,& d'autres nations trente mille hommes en coprenant enfemble les gens de cheual& gens de pied legerement armez Cefte fi groffe puiffance& figrad ap preft de guerre, lequel effraya mefme les Indiés qui habitét delà la region Bactriane,& qui fit trembler toute l'Afie, luy reuint à heant,& ne feruit de rien pour l'amour de Cleopatra: car le grād defir qu'il auoit d'eftre Phyuer auec elle, luy fit comecer la guerte hors de faifon auant qu'il en fut teps,& precipiter toutes cho fes à la hafte, eftant tranfporté de fon entendement,& tellement Gashanté& charmé du poifon d'ameur, qu'il ne penfoit à autre 714 ANTONI V S chofe qu'a elle,& comment il s'en pourroit bien toft retourner, plus que comment il pourroit vaincre fes ennemis: car premierement là où il falloit hyuerner en l'Armenie pour refraifchir& repofer fes gens qui eftoyent agrauez& recreuz du lög chemin qu'ils auoyet fait, qui eftoit bien de cinq cens lieues,& puis für le commencement de la nouuelle faifon, aller enuahir la Medie deuant que les Parthes bougeaffent de leurs maifons& garnifonsal n'eut pas la patience d'attendre le temps, ains les mena tout inco tinant en la prouince Atropatene, laiflant l'Armenie à main gauche,& fourragea tout le plat pays.Dauantage de grãd hafte qu'il auoit il laiffa fes engins de baterie qu'o trainoit apres luy en trois cens chariots, entre lefquels il y auoit vn mouto de quatre vingts pieds de long, qui eftoit la chofe dont il auoit le plus grad befoin, & qu'il ne pouuoit affez à temps recouurer fi vne fois ils venoyet à eftre perdus ou gaftez, pourautant que les hautes prouinces de l'Afie ne portet point d'arbres fi hauts, ne fi longs, ne quifoyent affez forts& droits pour faire telles machines de baterie:& neatmoins il les laiffa derriere comme vn empefchement de toft mener à chef ce qu'il auoit entrepris,& laiffa quelque nombre de gens pour les garder, defquels il bailla la charge& códuite à vn nommé Tatianus, puis s'en alla mettre le fiege deuant Phraata la principale& la plus grande ville qu'euft le Roy de laMedie, en la quelle il auoit fa femme& fes enfans.Si luy monftra incontinent le befoin& la grande faute qu'il auoit faite de laiffer derriere fon artillerie: car pourautant qu'il n'auoit dequoy faire brefche, à fin que fes gens peuffent combattre de main à main à l'encontre de ceux qui defendoyent la muraille, il fit dreffer vne leuee de terre tout ioignant les murs de la ville, laquelle on hauffoit petità petitauec tres- grade difficulté& grand peine.Et cependant le Roy Phraortesdefcendit à groffe puiffance, lequel aftant aduerty que Antonius auoit laiffe derriere fes machines de batterie enuoya au deuant grand nombre de gens de cheual lefquels enuelopperent Tatianus auec tout fon chariage,& le tuerent luy& dix mille ho mes qu'il auoit auec luy.Cela fait les Barbares prirent ces machines& les bruflerent,& gaignerent beaucoup de prifonniers, entre lefquels eftoit le Roy Polemon. Cefte mefaduenture, comme il eft aifé à croire, troubla grandement tout l'oft d'Antonius, d'auoir receu vne fi groffe perte tout au commencement de leur entreprife contre leur efperance, tellement qu'Artabazus Roy des Armeniens defefperant du fait des Romains fe retira auec fes gés combien qu'il euft efté le principal autheur d'entreprendre c'efte guerre.D'autrepart les Parthes s'approcherent brauement du cap d'Antonius, qui eftoit au fiege deuant leur ville royale,& luy vferent de fieres& outrageufes menaces. Parquoy craignant s'il fe bougeoit fans rien faire, que fes gens n'en demeuraflent faillis ne cœur de cour Legions Coulon gés de il pou geen journ de l fem bata sila mét le eft de ch fez a qu'e les P à paf cher caren Pautre Ment ARO Contre cement Parcm approc ellemen Ende e E ala plu deure fois & la cu the pr cur ch Patches incede iloy ne ft me. re de vn la la 30 n ANTONI V S. 715 de cœur,& ne s'effrayaffent toufiours de plus en plus, il prit dix legions auec trois cohortes Prætoriennes, qui font les copagnies coulonnelles ordonnees pour la garde du Capitaine,& tous fes gés de cheual,& les mena au fourrage, efperant que par ce moye il pourroit aifément attirer les Parthes à cobatre en bataille rangee: mais quand il eut marché& eflögné fon cap enuiron d'vne iournee, il apperceut les Parthes qui s'efpandoyent tout à l'entour de luy, pour luy courir fus& Pefcarmoucher quand il cuideroit fe mettre en chemin parquoy il fit expofer en veue le figne de la bataille,& neantmoins fit trouffer les tentes& le bagage comme s'il n'euft pas voulu combattre, ains remener fes gens tant feulemét puis s'en alla paffer tout deuant l'armee des Barbares, laquel le eftoit ordonnee en forme de croiffant,& enchargea aux gens de cheual fi toft qu'il leur fembleroit, que les legions feroyent affez approchees des ennemispour en pouuoir chargerles premiers, qu'eux couruffent à bride auallee, comencer la charge.Si eftoyer les Parthes en bataille qui regardoyét la côtenance des Romains à paffer,& leur fembloyent bien gens de guerre à les voir marcher en fi bonne ordonnance qu'il n'eftoit pas poffible de mieuxe car en allant ils gardoyent leurs rangs egallement diftans I'vn de Pautre, fans aucun defordre,& branlans leurs iauelots fans mot di re: mais quand l'alarme comença à fonner les gés de cheual tour nerent tout court,& auec grads cris coururent de grand random contre les Parthes, qui les attendirent& fouftindrent du commen cement, car ils furent tantoft ioins de plus pres que n'eft vn trai& d'arc: mais quand les legionnaires vindrent auffi à les ioindre& approcher auec grads cris faifans bruire leurs armes, cela effraya tellement les cheuaux des Parthes,& eux- mefmes, qu'ils fe miret tous à fuyr deuant que fe pouuoir attacher à combattre main à main. Et adonc Antonius fe mit à les chaffer& pourfuyure: em grande efperance d'auoir par cefte rencontre mené à chef le tout ou la plus grande partie de celle guerre: mais apres que les gés de pied curent chaffé bien trois grandes lieues,& les gens de cheual trois fois autant, ils trouuerent qu'en tout& par tout il n'y a- uoit que trente hommes pris prifonniers,& enuiron quatre vingts zuez feulemét: ce qui les mit en grand deftreffe& grad defefpoir, quand ils vindrent à confiderer en eux mefmes, que là où ils a- uoyent la victoire ils tuoyent fi petit nombre de leurs ennemis & là où ils eftoyent vaincus ils perdoyent tant de leurs gens, com me ils en auoyent perdu en la desfaite où tout le charroy auoir efté pris. Le lendemain ils trouffèrent leurs hardes& reprirent leur chemin vers le camp:& en retournant ils rencontrerent les Parthes en petit nombre premierement,& puis tiras vn peu plus outre, ils en trouuerent d'auantage, tant qu'à la fin quand ils fe fia Tent tous r'alliez enfemble ils leur vindrent dire outrages,& iss 716 ANTONIVS. Hayent & les ad Gance d'e Roy luy encore ne fem tent de ger ou aux en ne, mai harceller de tous coftez auffi frais& aufsi difpos comme s'ils ne euffent point efté rompus, de forte qu'à grand peine fe peurent les Romains retirer à fauueté dedans leur camp.D'autre part les Medoys qui eftoyent affiegez en leur ville capitale, firent vne faillie fur ceux qui gardoyent la leuee qu'on dreffort contre la muraille de la ville,& leur firent abandonner la place d'effroy qu'ils eurent: dont Antonius fut fi courroucé qu'il vfa de celle ancienne punition militaire, qu'on nomme decimation: car il les diuifa par dizaines,& puis en fit mourir de dix I'vn fur lequel tomba le fort,& aux autres leur fit bailler de l'orge au lieu de fromēt pour leur viure. Ainfi eftoit cefte guerre fafcheufe à l'vne& l'autre partie,& l'attente de l'iffue encore plus efpouuantable, , pourautant qu'Antonius ne pouuoit autre chofe attendre de fon cofté que la famine: car il ne pouuoit plus allet fourrager, ny enuoyer au recouurement de viures fans faire blecer& tuer beaucoup de fes gens:& d'autre cofté Phraortes fauoit bien qu'il ny auoit rie que les Parthes ne fiffent pluftoft que de tenir camp& de demeurer hors du couuert l'hyuer, au moyen dequoy il craignoit fi les Romains s'obftinoyent à continuer ce fiege& perfiftoyét à luy faire la guerre tout l'hyuer, que fes gens ne le laiffaffent, mefmement que la faifon commençoit fort à fe paffer,& l'air à fe groffir & refroidir apres l'equinocce Automnal parquoy il s'aduifa d'vne telle rufe: Il donna charge aux principaux& plus coneus gentils- Hommes d'entre les Parthes, quand ils rencontreroyent les Romains hors de leur cap, qui feroyent fortis pour aller au four rage, ou pour abbreuuet leurs cheuaux, ou bien pour quelque autre prouifion, qu'ils ne leur fiffent pas du pis qu'ils pourroyents ains leur laiffaffent prèdre& emporter quelques chofes,& louane & magnifiant leur vertu& leur proueffe, come de tref- vailläs ho mes,& que leur Roy auoit en tref- grande eftime& admiration, & non pas fans caufe.Apres ces premieres amorces, ils commengoyent petit à petit à s'approcher de plus pres& à parlementer a- uec eux tout à cheual, en blafmant& reprenant grandement l'opiniaftreté d'Antonius, lequel ne donnoit pas à Phraortes, qui ne defiroit autre chofe que d'efpargner& fauuer vne fi belle compa gnie de tant de gens de bien, le moyen de faire vne bonne paix, ains s'oppiniaftroit follement à attendre deux les plus grands ennemis& les plus à craindre qu'il fauroit auoir, c'eft à fauoir, l'hy uer& la famine, defquels il feroit mal- aifé qu'ils fe peuffent gare tir, encore que les Parthes fiffent tout deuoir de les accópagner& de leur aider.Ces paroles eftans rapportees à Antonius par plufieurs fois, luy deftremperent vn peu le cœur pour l'efperâce qu'il eut de fon retour:& toutefois ne voulut point enuoyer deuers le Roy des Parthes, qu'il n'euft premierement fait enquerir de ces Barbares qui parloyent fi gracieufement auec fes gens, fice qu'ils dfoyent ille po nius ap Je baga cobier entret faire, fois de à eux bus.ce deldain Continen iseftime fane, qu beyla chemin beis ne pays des Bication Dans en le vi inla,& moys a nes ca court ge& lep trauers par ou on of Touloit tre fon omba pour deme it files à luy fmeoffic ' v ent es r $ ANTONIV S 717 difoyent venoit de leur maiftre:& come ils affeuraffent que ouy, & les admonneftaffent qu'ils n'euffent point de doute ny de deffiance d'eux, Antonius enuoya quelques vns de fes amis vers le Roy luy redemander les enfeignes& les prifonniers qu'il auoit encore des Romains depuis la defconfiture de Craffus, afin qu'il ne femblaft s'il ne demandoit rien, qu'il fuft bien aife& bien content de fe pouuoir feulement retirer à fauueté,& efchapper du dãger où il fe trouuoit.Le Roy des Parthes luy fit refpofe, que quat aux enfeignes& aux prifonniers, il ne s'en donnaft point de peine, mais bien, que s'il le vouloit retirer incontinent& fans delay, il le pourroit faire en bonne paix& fans danger. Parquoy Antonius apres auoir donné quelque peu de iours à faire charger tout le bagage, leua fon camp& fe mit en chemin pour fe retirer:& cóbien qu'il euft le langage à comandement& fort propre pour entretenir les foldats& gens de guerre,& qu'il le feuft tref- bien faire, autant ou plus que Capitaine qua fuft de fon temps: toutefois de honte& de vergongne qu'il eut, il ne voulut point parler à eux au departir, ains en commit la charge à Domitius AEnobar bus: ce que plufieurs prirent à defpit, eftimans qu'il le fit par v defdain ou melpris: mais la plus grande part en entendit bien incontinent la vraye caufe,& en eut honte auffi: au moyen dequoy ils eftimerent qu'ils deuoyent porter mefme refpect à leur Capitaine, que leur Capitaine leur portoit à eux,& luy en eftre plus obeyflans.Si auoit Antonius deliberé de retourner parle mefme chemin qu'il eftoit venu, qui eftoyent grandes plaines rafes, fans bois ne buiffon.Mais il vint à luy vn homme de guerre natif du pays des Mardiens, lequel par la longue frequentatio& communication qu'il auoit ene auec les Parthes, conoifloit fort bien leurs façons de faire,& auoit fait ia preuue de fa leyauté vers les Romains en la iournee où le charroy& l'artillerie fut perdue. Ceftuy le vint aduertir, qu'il fe donnaft bie garde de prendre ce che min là,& d'aller expofer en bute fon armee pefante& chargee de harnoys à vn fi grand nombre de gens de cheual tous archers en pleines campagnes, ou il n'y auroit rien qui les empefchaft de pou uoir courir& voltiger tout à l'entour de luy,& que c'eftoit l'occafion pourquoy Phraortes luy auoit fait offrir fi amiables conditions,& porter fi gracieufes parolles, pour luy faire leuer le fiege& le pouuoir rencontrer en pays defcouuert mais que s'il vou loit il le guideroit bien par vn autre chemin à la main droite, à trauers le pays boffi& les montagnes, qui eftoit le plus court,& par où il trouueroit plus grande foifon de ce qui feroit befoin à fon oft.Ce qu'entendant Antonius, tint confeil là deflus: car il ne vouloit pas apres auoir traitté auec les Parthes, leur donner à co noiftre qu'il fe desfiaft d'eux,& d'autre part, il vouloit bien abreger fon chemin& paffer par lieux bien habitez& où il peuft re 718 ANTONIVS eouurer toutes chofes neceffaires:& pource demanda il quelle af feurance luy donneroit ce Mardien de ce qu'il luy promettoit. Le Mardien fe bailla à lier& garroter, iufqu'à ce qu'il euft rédu l'armee dedans le pays d'Armenie.Si guida l'exercite ainfi lié& garrotté deux iournees fans aucun deftourbier ny empefchemet quel conque.Le troifieme iour, comme Antonius ne penfoit defia plus que les Parthes le deuffent fuyure,& pour cefte confiance lailfoit marcher fes gens en defordre ainfi que chacun vouloit, ce Mardié voyant qu'on auoit frefchemét rompu les leuees d'vn fleuue qu'il leur falloit trauerfer,& que la riuiere en eftoit hors de riue,& noyoit tout le chemin par là où il leur falloit paffer, il fe douta bien que les Parthes auoyet fait cela,& qu'ils leur auoyet ainfi desbor dé cefte riuiere pour les arrefter,& les garder de gaigner pays: fi aduertit Antonius de prendre garde à foy,& luy dit que fes ennemis eftoyent pres de luy.Et fi toft qu'il eut mis fes gens en ordre, comme il difpofoit les tireurs de trait& ceux qui vfent de fondes pour faire reculer les ennemis, on defcouurit les Parthes qui rouoyent tout al'entour de l'armee pour l'éclorre de tous coftez& la mettre en defarroy: mais les armez à la legere firent vne courfe fur eux:& ainfi apres auoir blecé à coups de trait plufieurs des Ro mains,& auoir auffi efté naurez par eux à coups de iauelots& de plombees, ils fe retirerent vn peu,& puis rechargerent encore vne autre fois, iufques à ce que les gens de cheual Gauloys tourneret leurs cheuaux& coururent de grande roideur fur eux& les efcar terent fi bien, qu'ils ne fe ramafferent plus de tout ce iour- la. Par cela Antonius fut aduerti de ce qu'il auoit à faire,& renforça non feulement la queue de fon armee, mais auffi les deux flancs, de for ce gens de trait& de tireurs de fonde,& fit marcher fon armee en quarré, donnant en mandement aux gens de cheual, que quand les ennemis les viendroyet affaillir, qu'ils les repouffaffent, mais qu'ils ne les pourfuyuiffent pas loin: tellement que les quatre iours en fuyuans, les Parthes voyans qu'ils ne faifoyent point plus de domage aux Romains qu'ils en receuoyent eux- mefmes, ne furent plus fi afpres qu'ils auoyent appris,& s'excufans fur l'hyuer qui les preffoit, delibereret d'eux en retourner. Le cinquieme iour Fla uius Gallus hardy combatat de fa perfonne,& homme de fait, qui auoit quelque charge en l'armee, vint deuers Antonius, luy dema der qu'il luy baillaft quelque nombre de gens legerement armez d'auantage qu'il n'y en auoit à la queue,& quelque gens de che ual de ceux qui eftoyent à la tefte,& qu'auec cela il efperoit faire vn grand exploit: ce que luy ayant ottroyé Antonius, quand les en nemis vindrent, comme ils auoyent accouftumé, harceler& efcarmoucher les derniers des Romains il les repoufla courageufemét, mais non pas comme on auoit toufiours fait anparauant, en fe retirant tout incontinent& fe rejoignant à l'armee car il s'ahurta à GO mbatt qui auo de Parm lut ong prit le qui le teme celd cofte quoy pouf de qu de to qui co uoit g car al luy e la eft ment en fuy le auec da de ch perfo ng m Merced mour atres en air de went Traye a grac ace la e qu' & no a bien desbor efondes ui ro ez& la courfe Ro de ne ret JE 1 S ANTONIVS 719 combattre de pied ferme par trop temerairement. Les Capitaines qui auoyent la conduite de la queue, voyas qu'il s'efloignoit trop de l'armee, luy enuoyerent dire qu'il fe retiraft, mais il n'en voulut onques rien faire:& dit- on que Titius le Quæfteur luy- mefme prit les enfeignes,& fe perforça de faire retourner arriere ceux qui les portoyét, difant iniure à ce Gallus, pour- autant que par fa temerité& fon opiniaftreté, il faifoit blecer& tuer, fans apparen ce'de raifon, beaucoup de bons& vaillans hommes.Gallus de fon cofté l'iniuria auffi,& commanda à fes gens de demeurer, parquoy Titius s'en retourna en l'armee,& Gallus en rompant& re pouffant toufiours ceux qu'il rencontroit de front, ne fe donna gar de qu'il fe trouua enueloppé:& fe voyant ainfi enclos& enfermé de tous coftez, enuoya lors dire qu'on l'allaft fecourir, là où ceux qui conduifoyent les legions, entre lefquels eftoit Canidius qui a- uoit grand credit à l'entour d'Antonius, firent de lourdes fautes: car au lieu qu'il falloit faire tourner toute l'armee entierement, ils luy enuoyerent du fecours par petites trouppes:& puis quad ceux la eftoyent desfaits, ils luy en enuoyoyent encore d'autres: tellement que par leur beftife ils cuiderent mettre tout l'often route& en fuyte, fi Antonius luy- mefme ne fuft venu du front de la batail le auec la tierce legion, laquelle paffa au trauers de ceux qui fuyoyent, iufques à ce qu'elle vint à affronter les ennemis,& les garda de chaffer plus auant: mais il ne mourut pas moins de trois mil le perfonnes en cefte rencontre,& en rapporta- on dedans le camp cinq mille blecez, entre lefquels eftoit Gallus qui auoit le corps percé d'outre en outre de coups de flefches en quatre endroits, dot il mourut. Antonius alloit par les tentes vifiter& reconforter les autres en grande compaffion, de forte qu'il ne le pouuoit pas contenir de plorer,& eux monftrans le meilleur vifage qu'ils pouuoyent, luy touchoyent en la main,& luy prioyent qu'il s'en allaft luyemefme fe traitter,& qu'il ne fe donaft point de mefaife pour eux, l'appellans en grande reuerence leur Empereur& leur Capi caine,& qu'au regard d'eux ils eftoyent fains& faufs, mais qu'il fuft luy- mefme en fanté. Car aufsi, à bien confiderer tout à la veri té, il n'y eut de ce téps- la Empereur ne Capitaine qui affemblaft vne fi belle& fi puiffante armee que celle- la, tant en force& fleur de ieuneffe des foldats, comme auffi en patience& fouffrance de tous labeurs& trauaux:& fi y auoit plus, que l'obeyffice& reueré ce qu'ils portoyent à leur Capitaine, auec vne bien- vueillance& vraye amitié, eftoit& grande,& eftoyent egalement tous, autant grads que petits, nobles que roturiers, Capitaines que foldats, fi af fectionez& fi deuouez à preferer l'efire en la bonne eftime& bo ne grace d'Antonius à leur propre vie& feureté, qu'é cefte partie de la difcipline militaire les anciens Romains n'en euffent feu fai ge dauantage: dequoy plufieurs chofes cftoyent caufes, comme ANTONIVS nous aucsde fia dit auparauant, la nobleffe d'Antonius,& l'ancien neté de fa maifon, fon eloquence, fa fimplicité naturelle, fa libera lité& magnificence, fa priuauté à iouer& gaudir en compagnie; & mefmement le deuoir qu'il fit lors en vifitant, fecourat& plai gnant ceux qui eftoyent malades,& leur fourniflant ce dont cha cun auoit befoin, eut tant d'efficace, qu'il fit que ceux qui eftoyent malades& naurez luy demeurerent mieux affectionnez& plus deliberez de le feruir, que ceux qui eftoyent fains& entiers, Cefte victoire accreut fort le cœur aux ennemis, qui autrement fe laffoyent& fe fafchoyent de fuiure plus, que toute la nuit ils tindrent les champs& roderent à l'entour du camp d'Antonius, penfans que les Romains deuffent incontinent prendre la fuyte, & puis qu'ils iroyent piller& faccager leur camp. Si fe trouuerent le matin à l'aube du iour encore plus beaucoup qu'ils n'eftoyent auparauant: car on dit qu'il n'y auoit pas moins de quarante mille cheuaux, pource que leur Roy y enuoya iufques à ceux de fa garde, comme à vne victoire toute certaine& defia gaignee, à fin qu'ils fuffent participans du butin& de la defpouille: car de luy il ne fe trouua iamais à pas vne rencontre. Et adonc Antonius voulant prefcher fes gens, demanda vne robe noire, à celle fin qu'il fuft plus pitoyable à voir, mais fes amis l'en diuersirent parquoy il veftit fa cote d'armes d'Empereur,& en ceft habit fit vne harangue à toute fon armee, en laquelle il loua grandement ceux qui auoyent vaincu& repouffé les ennemis,& blafma ceux qui auoyent lafchement tourné le dos, tellemet que ceux qui auoyent vaincu le prierent eux- mefmes d'auoir bon courage: les autres pour fe purger s'offrirent volontairement à eftre decimez, fi bon luy fembloit, où à receuoir toute autre forte de pu nition qu'il luy plairoit, moyennant qu'il oubliaft le mefcontentement qu'il auoit d'eux,& qu'il ne s'ennuyaft plus. Quoy voyant Antonius leua les deux mains vers le ciel,& fit prieres aux dieux, s'il y auoit quelque mefchef à aduenir en conttepois de fes profperitez paffees, qu'ils le vouluffent faire tomber fur luy tout feul, & donner la victoire au refte de fon armee.Le lendemain ils donnerent meilleur ordre à tous les coftez de l'armee,& fe mirent en chemin, tellement que quand les Parthes les cuiderent retourner affaillir, ils fe trouuerent bien loin de leur compte: car là où ils pefoyent venir no au cobat mais au pillage& au butin, ils fe trouuerent aux approches enferrez& naurez de force traits, de dards & d'autres tels baftons que les Romains leur lancerent,& les efprouuerent aufsi rudes& auffi afpres au combat, comme s'ils euffent efté tous frais: au moyen dequoy ils commencerent derechef à perdre le cœur: toutefois quand ce vint à la defcëte de quelques coftaux& montaignes affes roides: ils fe ruerent yn autre fois fur eux à grads coups de flefches& de traits à caufe que les Romains Пероц перои les leg & enfe remen deuan prem cond nier font femb treffe Quan mains qu'ils leurs ques fouda tuere en fu dange aire gr ede b elails a qu'vn i les p eftor achmes en tr ganit confeque echof vers Cele ut ils ins La fuyte efpoul tadonc oire, uerharan laf a- 19 n- nt Хя -0 واد 1- en es ur ns OL ANTONI V S. 721 ne pouuoyent defcendre que lentement& pas à pas. Mais adonc les legionnaires qui portoyent de grands pauoys fe retournerét, & enfermerent au milieu d'eux ceux qui eftoyent nuds ou legerement armez,& eux mirent vn genouil en terre, puis ietterent deuant eux leurs pauoys,& ceux du fecond rang couurirent ces premiers des leurs,& ceux du troifieme aufsi pareillement les feconds,& ainfi confequamment des autres, tellement que celle ma niere de fe targer& couurir eftoit cópofee ne plus ne moins que font les tuiles arrangees fur la couuerture d'vne maifon,& reffembloyent à voir aux degrez& fieges d'vn theatre,& fi eft vn treffeur rempart contre les coups de traits qui coulent par deffus. Quand les Parthes virent cefte contenance des legionnaires Ro mains qui auoyent ainfi vn genouil ployé en terre, ils penferent qu'ils fuffent aggrauez& recreus de trauail: fi pofetét incontinet leurs arcs,& prenans leurs lances& bourdós s'approcherét iufques à combatre main a main.Et lors les Romains fe redrefferent foudainement en pieds,& auec leurs iauelots qu'ils dardent, en tuerent les premiers à coups de main,& tournerent tout le refte en fuyte,& autant en firent- ils les iours enfuiuant.Mais pour ces dangers& empefchemens, l'armee d'Antonius ne pouuoit pas faire grand chemin par iour, à raifon dequoy la famine commen ça à les preffer, pource qu'ils ne pouuoyent recouurer que bien peu de bleds,& fi falloit toufiours combatre pour l'auoir,& outre cela ils auoyet faute des vtils à le moudre& à faire du pain, à caufe qu'vne grande partie auoit efté laiffee, par ce que les fommiers qui les portoyent eftoyent morts, ou bien employez à porter ceux qui eftoyent malades& naurez.Si fut la famine fi grande, que la huictieme pattie d'vn boiffeau de froment fe vendoit cinquante drachmes,& qu'on vendoit le pain d'orge au poids de l'argent. A la fin ils furet contraints d'vfer d'herbages& de racines: mais ils n'en trouuoyent que bien peu de celles qu'ou mange ordinairement,& eftoyet contraints d'effayer de celles dont on n'auoit iamais mangé auparauant, entre lefquelles ils en trouuerent vne qui les faifoit mourir hors da fens, tranfportez de l'entendement: car celuy qui en auoit mangé ne fe fouuenoit de rien du monde, & ne conoiffoit chofe quelle qu'elle fuft, ains feulement s'embefongnoit à fouyller& remuer d'vn lieu en autre toutes les pierres qu'il pouuoit trouuer, comme fi c'euft efté vn affaire de grande confequence,& qui' euft requis grande celerité. On ne voyoit autre chofe parmy le camp, que ges courbez vers la terre qui fouylloyent des pierres& les tranfpofoyent d'vne place en autre: mais à la fin ils vomiffoyent grande quantité de cholere& mouroyet foudainement, pour autant que le vin mefme, qui eftoit le fouverain remede contre telle maladie, leur defailloit. On trouue par efcrit qu'Antonius voyant qu'il mouroit tous les iours fi gräd zz j * Cinq efcu 722 ANTONIVS. Sonius fes an de gu auou lap &! nombre de fes gens,& que les Parthes ne fe retiroyet point,& ne les laiffoyent point en paix, faifoit fouuent de grandes exclamations en foufpirant& difant, O dix mille! tant il auoit en grande admiration la vertu de dix mille Grecs que Xenophon ramena apres la desfaite de Cyrus, pourautant qu'ils auoyent fait plus de chemin eftans venus depuis Babylone,& fi auoyent cobatu contre ennemis qui eftoyent beaucoup de fois plus qu'eux,& neantmoins s'eftoyent retirez à fauueté. Les Parthes donc voyãs qu'ils ne pouuoyet ropre ne mettre en defarroy l'armee des Romains, & au contraire qu'eux- mefmes auoyent defia efté plufieurs fois batus& tournezen fuyte, recoururet derechef à leurs tromperies: car là où ils trouuoyer quelques vns des Romains efcartez de l'oft pour aller au fourrage querir du bled ou autres viures, ils s'appro choyent d'eux, comme s'ils euffent efté amis,& leur monftroyent leurs arcs deftendus, difans qu'ils s'en retournoyent quant à eux en leurs maifons,& qu'ils ne les pourfuyuroyet point plus outre, mais feulement qu'il y auroit quelques Medoys qui les fuyuroyet encore vn ou deux iours, pour engarder qu'on ne fit mal aux bourgs vn peu efcartez du grad chemin,& en tenat ces proposla les faluoyent prenans congé amiablement d'eux, auec grandes careffes, en maniere que les Romains s'en affeuroyet fort.Et Antonius mefme cela entendu, auec la bonne enuie qu'il en auoit fe delibera de prendre fon chemin par le pays plain& defcendre en la campagne, peuraurant mefmement que par les motagnes, à ce qu'on difoit, ils ne trouueroyent point d'eaux:& comme il propofoit de ce faire, il arriua en fon oft vn gentil- homme nommé Mithridates du cap des ennemis, lequel eftoit coufin de Monexes celuy qui s'en eftoit fuy vers Antonius,& auquel Antonius auoit donné trois villes. Quad il fut arriué, il demanda qu'on luy amenaft quelqu'vn qui feuft la langue Parthiene ou Syriene: on luy amena vn certain Alexandre Anthiochien familier d'Antonius,& lors le gentil- homme declara qu'il eftoit,& dit que Monæxes l'enuoyoit pour rendre la pareille à Antonius du bie& de P'honneur qu'il luy auoit fait. Apres qu'il eut vfé de cefte preface, il demanda à Alexandre s'il voyoit des hautes montagnes que il luy monftroit au doigt deuant luy bien loin. Alexandre refpodit, que ouy.Les Parthes, dit- il, fot embufchez au pied de ces mo tagnes- là, au deffous defquelles il y a de grades plaines& larges campagnes,& penfent les Parthes que vous abuzes de leurs troperies& feintes paroles, laifferez le chemin de la motagne& deftournerez en la plaine.Quant à l'autre chemin, il eft bie plus penible,& y endurerez grand trauail& grand foif, à quoy vous e- ftes defia tous accouftumez: mais fi Antonius prent fon chemin par le bas qu'il fe tiene tout affeuré d'auoir toute telle fortune cóme l'eut Marcus Craffus.Apres qu'il eut dit cela, il s'en alla.Antonius lan cun te d d'en ded 00 à la lepo qui dorn quinz 020 forent moem toyen e qui a neufe a en a me do bien Was pri enco les en mons brent s fois eries: de l'oft appro movent nt à eu yuret mal au ropos andes Anquoit dre nes, il m- uy on to 10de ces que no es 0 e- semin COAnius ANTONI V& 723 tonius fut fort eftonné quand il ouyt ce propos,& affembla tous fes amis pour en deliberer,& aufsi celuy Mardié qui leur feruoit de guide, lequel dit qu'il n'en auoit iamais moins péfé que ce que auoit dit le gentil- homme, Car encore, difoit il, qu'il n'y euft en la plaine nulles einbufches d'enemis, fi eft- ce quele pays eft fort, & le chemin de longue torfe& bien mal- aifé à tehir, là où le che min de la montagne afpre& boffu n'a autre difficulté, finon que il faudra marcher vne iournee entiere, fans trouuer nulles eaux. Par ainfi Antonius diuerty de fa premiere deliberation deflogea la nuit& prit fon chemin parla montagne, comandant que chacun portaft fa prouifion d'eau: mais la plus grand part auoit faute de vaiffeaux pour la porter: parquoy les vns eftoyent côtraints d'en emplir leur cabaffers& morrions, les autres en chargeoyent dedans des peaux de cheures. Come ils eftoyent defia en chemin, on le vint dire aux Parthes, qui fe mirent incontinet à les fuyure à la trace la nuit mefme contre leur couftume, tellement que fur lepoint du iour ilsattaigniret la queue de l'armee des Romains, qui eftoyent fi foulez& aggrauez, tant de trauail que de faute de dormir, que plus n'en pouuoyent: car ils auoyent fait celle nui& quinze liues de chemin,& les mettoit en grad defefpoir, ce qu'ils voyoyent fi foudain, contre leur efperance, les ennemis à leur dos: dauautage le combat leur augmentoit la foif, à caufe qu'ils e- ftoyent contraints de combatre en marchat pour repouffer leurs ennemis en gaignant toufiours pays petit à petit. Or ceux qui e- ftoyent au front de l'armee, rencontrerent d'aduenture vne riuie re qui auoit l'eau froide& claire, mais elle eftoit falee& venimeufe à boire: car elle efcorchoit incontinent les boyaux de ceux qui en auoyent beu,& leur caufoit vne foif ardente, auec vne extreme douleur de trenchees:& combien que ce Mardien leur pre dift bien, toutefois ils repouffoyent par force ceux qui les en vou loyent garder,& en beuuoyent.Mais Antonius allant deçà& delà, les prioit qu'ils euffent vn peu de patience,& qu'ils enduraf fent encore vn petit de temps, pource qu'il y auoit bien pres de là vne autre riuiere dont l'eau eftoit bonne à boire,& que de là en auant le chemin eftoit fi afpre& fi mal- aifé pour gens de cheual que les ennemis ne les pourroyent plus fuyure:& en difant cela, il fit fonner la retraite pour rappeller ceux qui combatoyent,& commanda qu'on dreffaft les tentes& pauillons, à celle fin au moins que les foldats euffent de l'vmbre pour fe refrefchir. Apres que les tentes furent tendues,& les Parthes retirez comme ils a uoyent accouftumé, le gentil- homme Mithridates duquel nous auons parlé retourna vne autre fois,& on luy amena Alexandre pour truchement. Si confeilla apres que l'armee feroit vn peu repofee que les Romains deflogeaffent& tafchaffent de gaigner à toute diligence la riuiere, pource que les Parthes ne pafferay et discos 2Z 1) 724 ANTONI V S. pas outre, mais ils auoyent deliberé de les pourfuyure bien afprement iufques là. Alexadre en alla faire le rapport à Antonius, qui Juy bailla grande quantité de vaiffelle d'or pour döner à Mithridates: lequel en prit tant comme il en peut cacher dedans fa robbe,& s'en alla à tout.Si deflogea Antonius qu'il eftoit encoreiour & le mit tout l'oft en chemin, fans que les Parthes leur fiffent aucum empefchement: mais eux- mefmes fe donnerent la plus male nuit& la plus effrayable qu'ils euffent encore point euë: car il y eut des mefchans qui couperent la gorge à ceux qu'ils fauoyent auoir de l'or& de l'argent,& pillerent celuy qu'on portoit fur les fommiers:& à la fin miret la main aux fommiers mefmes qui portoyent les hardes& le bagage d'Antonius, briferent en pieces de belles tables& des vafes fort riches, qu'ils butinerent entre eux, dont tout le camp fut incontinet plein de tumulte& deffroy, pour autant que les autres penferent que ce fuffent les Parthes qui leur fuffent venus donner cefte alarme,& qu'ils euffent ainfi mis tout l'oft en defordre& defarroy: tellement qu'Antonius appella l'vn de fes affranchis nommé Rannus, qui eftoit vn de fes gardes,& luy fit promettre fa foy, qu'il luy pafferoit l'efpee au trauers du corps quand il l'en requerroit,& puis luy couperoit la tefte, afin qu'il ne fuft pris vif des ennemis, ne reconeu mort, dont tous fes familiers& amis fe prirent à plorer par compaffionimais le Mardien le reconforta,& luy affeura que le fleuue qu'ils demandoyer. eftre bien pres de là, ce qu'il conie& uroit par vn doux vent humi de qui les halenoit,& par l'air qu'ils trouuoyent plus frais que de couftume, dont ils refpiroyent plus à leur aife,& auffi pource que depuis qu'ils eftoyent partis, ils pouuoyent à peu pres auoir ache né le chemin qu'ils auoyent à faire, car il ne reftoit plus guere de la nuit:& d'autre part on le vint aduertir que ce grand trouble n'eftoit point venu des ennemis, mais de l'auarice& mefchanceceté de quelques foldats.Parquoy Antonius voulant remettre fon oft en ordre& ap paifer l'efmeute& le defarroy qui y eftoit, fit fonerà la tropette qu'on fe logeaft. Or començoit defia le iour à poindre,& l'armee à fe remettre en bon ordre,& le trouble à s'ap paifer, quand les Parthes approcherent,& ia les flefchés qu'ils tiroyent de leurs arcs attai gnoyent les derniers de l'armee. Parquoy on bailla le figne de la bataille aux armez à la legere,& les legionnaires fe couurirent comme deuant de leurs pauoys, dont ils fouftindrent les coups de traits des Parthes, qui ne les ofoyét plus ioindre de pres:& en cefte maniere ceux qui eftoyent deuant à la premiere pointe, fe coulerent petit à petit tant qu'ils apperceurent la riuiere, là où Antonius ordonna& difpofa fur la greue fa gendarmerie pour fouftenir& repouffer les ennemis:& puis paffa premierement ceux qui eftoyent blecez ou malades,& puis les autres apres. Mais ceux mefmes qui eftoyent demeurez pour combatre comba incon leurs fans a qu'il hale for Jei me que daua foy faill pres ils e falu mie mer yeux ils en opuler encour tropifi cite, tro tre mil mnem demeti P'Arm t bat Cureme Anton de c Ant tro challen lahard topus t ten de c carly auevent qui por pieres de es qui leat mus tout ella n rdes,& ners du afin sfes Mar yec umi de que he de ble ceon fit ra ap ils 1- es nt nt T- ue S Out tre ANTONI V S. .725 pas combátre, eurent bien le loifir de boire à feureté& à leur aife: car incontinent que les Parthes virent la riuiere ils defbanderent leurs arcs,& dirent aux Romains qu'ils paffaffent bardiment fans auoir peur, en louant grandement leur vertu. Apres donc qu'ils eurent paffé la riuiere tout à leur aife, ils reprirent vn peu haleine,& puis fe remirent derechefen chemin, ne fe fiant fort aux Parthes. Et le fixieme iour d'apres cefte derniere bataille ils arriuerent au fleuue d'Araxes, lequel diuife le pays de l'Armenie d'auec la Medie, fi leur fembla, tant pour la profondeur que pour la roideur de l'eau, qu'il eftoit dangereux à paffer. Ec dauantage il courut vn bruit parmy le camp, que les Parthes e- ftoyent en embufche là à l'entour,& qu'ils les viendroyent affaillir quand ils feroyeut empefchez à paffer la riuiere: mais a- pres qu'ils furent tous paffez à fauueté fans aucun danger,& que ils eurent gaigné l'autre riue en la prouince d'Armenie, alors faluerent& adorerent- ils celle terre, comme fi c'euft efté la pre miere qu'ils euffent veuë, apres vn long& perilleux voyage de mer eftans arriuez à port de falut:& leur töberent les larmes des yeux à tous:& s'entrebrafferet les vns les autres de grade ioye que ils en euret: mais en tenat les chaps par cefte cótree plätureufe& opulete de tous bies, apres auoir enduré fi grade difere, ils fe replirét tát,& priret de toutes viades fi excefsiuemet q plufieurs en encoururet en groffes maladies de flux de vêtre enfleures& hydropifies.Et là Antonius faifant la monftre& reueue de fon exercite, trouua qu'il auoit perdu vingt mille hommes de pied,& qua tre mille de cheual, lefquels n'auoyent pas efté tous tuez par les ennemis: car il en eftoit mort plus de la moitié de maladie, ayans demeuré fur le chemin à venir depuis la ville de Phraata iufques en l'Armenie vingt fept iours,& ayat vaincus les Parthes en dixhuit batailles: mais ces victoires n'auoyent point efté completes ny entieres, par ce qu'ils ne chaffoyét pas loin, à quoy on pouuoit clairement conoiftre qu'Artabazus le Roy d'Armenie auoit gardé Antonius de mener à chef cefte guerre. Car fi les feze mille ho mes de cheual qu'il emmena auec luy, de la Medie, euffent efté à ces batailles, veu qu'ils eftoyent armez& accouftrez prefque à la façon mefmes des Parthes,& vfitez de cóbatre à l'encotre d'eux, quand les Romains euffent rompu& mis en fuyte ceux qui fe fuf. fent trouuez en bataille deuant eux,& que ces Armeniens euffent chaffez les fuyans, ils ne fe fuffent pas r'alliez,& n'euffent pas eu la hardieffe ne le cœur de reuenir au cobat fi fouuent apres eftre topus tant de fois:& pourtant tous ceux qui auoyét quelque credit en l'armee, follicitoyet& irritoyet Antonius à fe vouloir véger de ceft Armenien: mais luy vfant plus de raifon de paffio, ne luy reprocha point fa trahyfon, ny ne luy en fit point pire chere, ne moins d'honneur qu'il auoit parauat accouftumé à caufe qu'il z z iij 726 ANTONI V S. fentoit fon armee fort affoiblie& fouffreteufe de toutes chofes. Mais depuis il retourna vne autre fois auec grande puiffance en Armenie,& fit tant par belles promeffes, par follicitations& mef fages, qu'Artabazus fe vint rendre entre fes mains:& i lors il le retint prifonnier,& le mena en triomphe en la ville d'Alexandrie. Ce qui offenfa merueilleufement les Romains,& les aliena de luy, quand il virent que pour lamour de Cleopatra, il eftoit le propre honeur& principale gloire de fa patrie, pour en gratifier aux Egyptiens. Cela fut quelque teps apres: mais pour lors de la grande hafte qu'il auoit de s'en retourner vers Cleopatra, il preffa fi fort fes gens, leur faifant tenir les chaps au cœur d'hyuer, où il negeoit inceffamét qu'il en perdit fur le chemin bie huit mille,& puis defcendit auec bien petite copagnie en vn certain lieu qu'o appelle Blancbourg, lequel eft afsis entre les citez de Berythus & de Sidon, la ou il attendit Cleopatra. Er pourautant qu'elle demeuroit trop à fon gré, il languiffoit d'amour& perdoit toute pa tience, de forte qu'il ne fauoit qu'il deuoit faire, finon qu'il fe met toit à boire& à faire bone chere pour paffer fon ennuy: mais il e- Roit fi efpris& fi pafsionné d'amour, qu'il n'auoit pas la patience de fe tenir à table iufques à ce que le feftin fuft acheué, ains fe leuoit par plufieurs foins pendat que les autres banquetoyét,& s'e couroit fur le bord de la mer, pour voir fi elle venoit. A la fin elle arriua,& apporta quat& elle vn grád nobre de veftemes& d'arget pour doner aux ges de guerre: toutefois il y en a qui difent, qu'elle apporta bien des habillemens, mais quant à l'argent, qu'il le prit du fien,& le fit diftribuer aux foldats au no d'elle, come fi ce fuft elle qui le leur euft donné. Sur ces entrefaites il aduint que le Roy des Medoys& Phraortes le Roy des Parthes entreret en grand different& groffe querelle l'vn contre l'autre, laquelle co mença, comme on dit pour les defpouylles des Romains,& prit tel accroiffement quelle mit le Roy des Medoys en grande crain te,& non moindre danger de perdre tout fon royaume: fi enuoya deuers Antonius le folliciter de venir faire la guerre au Parthes luy promettant qu'il luy aideroit de toute fa puiffance. Cela mit Antonius en tref- grande efperance, voyant que la feule chofe qui luy auoit de failly pour desfaire& fubiuguer les Parthes, c'eft à fauoir, qu'il n'auoit pas mené auec luy affez de cheualierie& de gens de trait, luy eftoit infperément offert,& offert en telle for te, qu'il faifoit plus de plaifir en l'acceptant, qu'on ne luy en faifoit en luy prefentant: à cefte caufe fit- il fes apprefts pour faire en core vn coup le voyage par l'Armenie,& recommencer de plus fort que jamais la guerre aux Parthes, apres qu'il auroit parlemé té auec le Roy des Medoys fur le fleuue d'Araxes. En ces entrefaites O& auia fa femme qu'il auoit laiffee à Romie, voulut monter fur mer pour s'e venir vers luy ce que Cæfar fon frere luy per ni hit, non des auth Antoni nefte c elle f mang fony new ce qu guer aux deux mes Nig port com fant Anto Je reg des att blant d par fau fipro fur luy partoit hance m cente fo Haver voul po Car Of legitim Kelle grather lor de la prefa il Bernhus ' elle de tout: pa ais il e Pence tience Je lese elle arFil f це en co rit 10 es r en 0- per ANTONIV S. 727 mit, non tant pour luy gratifier& cöplaire, ainsi que la plus part des autheurs le tient, comme à celle fin que le tort que luy feroit Antonius,& le peu de conte qu'il en tiendroit, luy fuft vne honnefte couuerture& couleur de luy mouuoir la guerre. Mais quad elle fut à Athenes elle receut lettres de luy, par lefquelles il luy mandoit qu'elle l'attendift là,& luy faifoit fauoir l'entrepriſe de fon voyage: dequoy côbien qu'elle fuft fort marrie,& qu'elle coneuft bie qc'eftoit vne desfaite, toutefois par les lettres qu'elle luy refcriuit, elle luy man da là où il vouloit qu'on luy enuoyaft ce qu'elle luy portoir, qui eftoit force habillemens pour gens de guerre, force cheuauxsarget& prefens pour donner à fes amis& aux Capitaines qu'il auoit à l'entour de luy,& outre cela encore deux mille homes de guerre tous gés d'eflite: armez de belles armes, ne plus ne moins q le font les cohortes Prætorienes. Quand Niger l'vn des familiers d'Antonius qu'il y auoit enuoyé, eut rap porté ces nouuelles de la part d'O& auia,& enfemble l'euft louee come elle en eftoit digne& qu'elle meritoit, Cleopatra cognoiffant qu'Octauia luy en vouloit& s'efforçoit de luy fouftraire Antonius,& craignant que fi auec fa vertu& fon honefteté, auec le regard de la puiffance de Cefar fon frere, elle s'aidoit encore des attraits& careffes d'amour pour flatter fon mary, elle ne fuft trop forte pour elle,& qu'elle ne le gaignaft à la fin, elle fit femblant de languir de l'amour d'Antonius, amaigriffant fon corps faute de prendre fuffifante nourriture,& copofant fes geftes fi à propos, que quad Antonius la venoit voir elle iettoit fes yeux fur luy comme vne perfonne rauie de ioye puis quand il s'en dé partoit, elle fondoit en larmes,& auoit la chere trifte, la contenance morne, faifant tout à propos qu'Antonius la trounaft fou uentefois plorat,& puis quand il furuenoit elle faifoit femblant deffuyer fes yeux,& deftornoit fon vifage comme fi elle n'euft pas voulu qu'Antoni' la vift plorer. Toutes ces chofes fe faifoyet fur le poinct qu'il deuoit partir de la Syrie pour aller parleméter auec le Roy des Medoys:& lors les flateurs qui fecondoyent la volonté de Cleopatra, blafmoyent Antonius, comme vn homme dur, inhumain& de peu d'affection, qui tormentoit& affligeoit ainfi cefte poure femme, laquelle ne tenoit fa vie que de luy feul. Car Octauia, difoyent ils, quia efté mariée auec luy comme par contrainte, à caufe que les affaires le requeroyent ainfi pour le re gard de fon frere, à l'honeur d'eftre appellee l'efpoufe& femme legitime d'Antonius:& Cleopatra eftant nee Royne de tant de milliers d'hommes eft feulement nommee l'amie d'Antonius,& neantmoins ne refufe, ny ne defdaigne point ce nom la, tant que fon bon plaifir foit qu'elle iouiffe de fa prefence,& qu'elle puiffe viure auec luy: mais fi vne fois elle en eft prinee, il eft imboffible qu'elle puiffe furuiure.Brief par leurs flateries attitrees ils amelli par ** iiij 728 ANTONI V S. chapeau portent Aud'vn & vn c ftoit P d'Ale werer des trou lors, mode audie chofe ple R nius rent& effeminerent fi bien ceft homme, que de peur qu'elle ne fe laiffaft mourir, il s'en retourna en Alexandrie,& remit le Roy Medoys à l'annee enfuyuant, combien quiil eut nouuelles que les Parthes eftoyent lors en grand different& grandes feditions entre eux: toutefois il alla depuis faire paix& alliance auec luy: car il fiaça fa fille, qui eftoit encore bien ieune, à l'vn des fils que Cle opatra auoit euz de luy:& puis s'en retourna eftant defia du tout en propos& en penfement de guerre ciuile, pource que quand & tania s'en fut retournee d'Athenes à Rome, Cæfar luy comanda qu'elle fe retiraft de l'hoftel d'Antonius,& quelle fe tinft à part chez elle, pourautant qu'il luy auoit fait iniure: mais elle refpondit quelle n'abandoneroit point la maifon de fon mary,& que s'il n'auoit autre occafion de luy faire la guerre, elle le prioit qu'il ne fe fouciaft point d'elle, pource que ce feroit vne chofe qu'on blafmeroit grandement que deux fi grands& fi puiffans Empereurs euffet ietté les Romains en guerre ciuile, l'vn pour l'amour d'vne femme, lautre pour la ialouzie d'vne autre. Or fi elle le di foit de parole, encore le faifoit- elle mieux de fait: car elle demen ra en la maifon d'Antonius, ne plus ne moins que s'il eut efté pre fent,& entretint honneftement& honorablement fes enfans, non feulemét ceux qui eftoyent nez d'elle, mais aufsi ceux qu'il auoit euz de Fuluia.Et quand Antonius enuoyoit quelqu'vn de fes gens à Rome pour obtenir aucun office cu magiftrat de la chofe publi que, ou pour quelque autre affaire, elle le receuoit,& faifoit tant qu'elle impetroit de fon frere ce qu'il demandoit: mais en ce faifant, fans y mal penfer, elle portoit grand dommage à Antonius: car cela luy engendroit la haine de tout le monde, quand on voyoit qu'il traitoit fi mal vne tant honnefte Dame:& fut encore bie hay dauantage pour vn partage qu'il fit entre fes enfans dedans la ville d'Alexandrie: aufsi à vray dire eftoit- il par trop infolet & trop fuperbe,& quafi comme fait en defpit& en mefpris des Romains. Car il fit affembler tout le peuple dedans le parc, là où les ieunes gens s'addreffent aux exercices de la perfonne,& là deffus yn haut tribunal argenté fit mettre deux chaires d'or, l'vne pour luy,& l'autre pour Cleopatra,& d'autres plus baffes pour fes enfans: puis declara publiquement deuant toute l'affiftence, qu'il eftabliffoit premierement Cleopatra Royne d'Egypte, de Cypre, de Lydie& de la baffe Syrie,& quand& elle Cæfarion aufsi Roy des mefmes royaumes: on eftimoit ce Cæfarion fils de Iulius Cæfar, qui auoit laiffé Cleopatra enceinte. Secondement il appella fes enfans de luy& d'elle, les Roys des Roys,& donna pour appanage à Alexandre l'Armenie, la Medie& les Parthes quad il les auroit fubiuguez& coquis,& à Ptolomæus la Phænicie la Syrie& la Cicilie mais quant& quant il amena en public A- lexandre veftu d'vne robbe longue à la Medoyfe, auec vn haut chacufer yant baill nauir re: Tie umulra leg au elque epofe abu mes, q dils ne Empire and a de to toute Ta par quand apart Agesil mole qu'on ns Emp elle ledi e deme efté pre 35, поп auoit gens ubli ant alUS: y- bie ns et es là 7- ur e, 0 e 2 S ANTONI V S. 729 chapeau pointu fur la tefte, dot la pointe eftoit droite, ainfi que le portent les Roys des Medoys& des Armeniens,& Ptolomæus ve ftu d'vn manteau à la Macedoine, auec des pätoufles en fes pieds, & vn chapeau à large rebras bandé d'vn bandeau royal, car teleftoit l'accouftrement que fouloyent porter les Roys fucceffeurs d'Alexandre le grand.Ainfi apres que fes enfans eurent fait la re uerence& baifé leur pere& mere, incontinent vne troupe de gar des Armeniens attitrez expreffement jen enuironna l'vn,& vne troupe de Macedoniens l'autre.Quant à Cleopatra, non feulemet lors, mais aufsi de tout téps quand elle fortoit en public deuant le mode, elle veftoit l'accouftrement facré de la deeffe Ifis,& donoit audience à fes fuiets come vne nouuelle Ifis. Cæfar rapportat ces chofes au Senat,& l'en accufant fouuentefois deuant tout le peuple Romain, fit tant qu'il irrita tout le monde contre luy. Antonius de l'autre cofté enuoya à Rome pour le contrecharger& ac cufer aufsi: mais les principaux points des charges eftoyét, qu'ayant defpouyllé Sextus Popeius de la Sicile, il ne luy auoit point baillé fa part de l'ifle: Secondement, qu'il ne luy rendoit point les nauires& vaiffeaux qu'il auoit empruntez de luy pour cefte guer re: Tiercement qu'ayant debouté Lepidus leur copagnon au Tré umuirat de fa part de l'épire,& l'ayant deftitué de tous honneurs il retenoit par deuers luy la perfonne, les terres& reuenus d'icel les q auoyét efté afsignees pour fa part,& apres tout, qu'il l'auoic prefque diftribué à fes gendarmes toute l'Italie,& n'en auoit rien laiffé aux fiens.Cæfar luy refpondit, quand à Lepidus qu'il auoit depofé voirement,& priué de fa part de l'Empire, pourautat qu'il en abufoit outrageufement:& quant à ce qu'il auoit conquis par armes, qu'il en feroit volotiers part à Antonius, pourueu qu'il luy fit aufsi le femblable de l'Armenie. Quant à fes gens de guerre, qu'ils ne deuoyent rien quereller en l'Italie, pourautant qu'il pof fedoyent la Medie& la Parthe, lefquelles ils auoyét adiouftees& l'Empire Romain, en cobatant vaillament auec leur Empereur. Antonius eut ces nouvelles come il eftoit encore en l'Armenie: fi comanda à Canidius qu'il defcendit incontinent vers la cofte de la mer, auec feze legions qu'il auoit,& luy auec Cleopatra s'e al la en la ville d'Ephefe, là où on luy affembloit fes galeres& nauires de tous coftez, qui eftoyent iufques au nombre de huit cens, en contat les groffes naues de charge, defquelles Cleopatra en fout niffoit deux cens,&* vingt mille talens,& viures pour nourrir toute l'armee en cefte guerre.Si commanda Antonius à Cleopatra par les remonftrances& fuafions de Domitius, quelle fe retiraft en l'Egypte, attendant l'iffuë de cefte guerre: mais elle crai gnant qu'Antonius ne retournaft encore vne autre fois en grace auec Cæfar, par le moyen d'Octauia, fit tant à force d'argent en uers Canidius qu'il parla pour elle,& remonftra à Antonius qu'il ut 2- 530 ANTONI V S. n'eftoit point raisonnable de rebouter& chaffer de cefte guerre, celle qui en defrayoit& fouftenoit vne fi grande partiene profi table auec, pource que cela defcourageroit les Ægyptiens, qui eftoyent la principale force de l'armee de mer, veu mefmement qu'il ne voyoit point qu'il y euft Roy entre tous ceux qui eftoyét leurs alliez, à qui Cleopatra cedaft en prudence ny en bon fens, attendu que defia parauant elle auoit long temps à part foy fagement gouuerné vn fi grand royaume comme l'Egypte& outre cela auoit aufsi long temps conuerfé auec luy, là où elle auoit appris comment il falloit traiter&& manier de grads affaires.Ces belles remonftrances le gaignerent: car il eftoit predeftinė& fal loit que le gouuernement de tout le monde fuft reduit fous la puif fance de Cæfar. Par ainfi toutes leurs forces iointes enfemble, ils firent voile vers l'ifle de Samos, là où ils fe mirent à faire grande chere& prendre leur plaifir: car tout ainfi come il eftoit mandé à tous Roys, princes, potentats, communautez, peuples& citez, qui font depuis la Syrie, iufques aux marets Motides,& depuis les Armeniens, iufques aux Illyriens, qui font les Efclauons, d'enuoyer& apporter tous apprefts& munitions neceffaires pour la guerre: aufsi eftoit- il enioint à tous farceurs, ioueurs d'inftrumés plaifans, bafteleurs& muficiens, de fe trouuer en l'ifle de Samos: tellemet que là où prefques toute la rondeur de la terre habitable eftoit en lamentations, en foufpirs& en plurs, en cefte ifle feule par plufieurs iours on n'ouyt autre chofe que châtres& fonneurs d'iftrumens,& eftoyent les theatres pleins de ioueurs de Comadies& de muficiens, chantans& fonnans des inftrumens à l'en uie les vns des autres. Outre cela chafá ville y enuoyoit vn bœuf pour facrifier,& les Roys eftriuoyent les vns contre les autres à qui feroit de plus magnifiques feftins& de plus riches prefens, tellement que chacun difoit, Que pourront- ils faire, s'ils gaignet la bataille pour la refiouyffance de la victoire, veu qu'ils font de fi fomptueufes feftes aux apprefts de la guerre? Apres que cela fur paffé, il donna& afsigna pour leur demeurance, pendant la guerre aux muficiens& autres telles gens, la ville de Priene, puis s'en alla vers Athenes,& là fe remit de rechef à voir iouer les ieux,& à hanter les theatres: d'autre part Cleopatra ialouze des honneurs qu'O& auia auoit receus en cefte ville là, où elle auoit veritablement efté fort aimee& honoree des Atheniens, pour s'infinuer en la bien- vueillance du peuple Athenien, leur fit de grāds biens & eux reciproquement luy defererent plufieurs grands honneurs & deputerent certains ambaffadeurs pour luy en porter le decret en fon logis, defquels Antonius fut l'vn comme citoyé d'Athenes qui luy porta la parole,& fit la harangue au nom de la ville: puis enuoya à Rome chaffer Octauia hors de fa maifon, laquelle, com me on dit en fortit auec tous les enfans d'Antonius excepté l'aif de ceux mentant pour l'v mains a ment ce Gauia deur& ne, cra Efted & les ex grande contrai leur reu qui les la huy fourdo grand que ian il dona plaines grid ar awyer pa des pr mur les g qu'ils a refte g Boit le t bideda deeffe pren Cary all ges le public Cleop mour de en ortay fires.Cea Fanegade & dis ons d'e pour la Arumés amos: itable feule eurs mceел euf -sà ns, net de fuc eren rs Pa $ TS ANTONI V S. 73% ste de ceux de Fuluia, qui eftoit auec fon pere, en pleurant& lamentant fon mal- heur qui l'auoit à ce conduite, qu'on la tenoit pour l'vne des principales caufes de cefte guerre ciuile.Les Ro. mains auoyent pitié d'elle, mais encore plus d'Antonius, mefmement ceux qui auoyent veu Cleopatra, laquelle ne furpaffoit O-' Gauia ny en beauté, ny en fleur d'aage. Cæfar aduerty de la gran deur& foudaineté de l'appareil d'Antonius, fe trouua fort eftőné, craignant qu'il ne fuft contraint de combattre en ce premier Efté, à caufe que plufieurs chofes à ce neceffaires luy defailloyét, & les extorfions& exactions de l'argent qu'on leuoit, greuoyent grandement le peuple: car toutes autres fortes de gens eftoyeng contraints de contribuer la quarte partie de leurs fruits& de leur reuenu: mais ceux qu'on nomme Libertins, c'eft à dire, de qui les peres ou autres predeceffeurs auroyet efté autrefois ferfs, la huy& tieme de tous leurs biens vne fois payee:& pourtant en fourdoit- il vne merueilleufe crierie,& en eftoit toute l'Italie en grand trouble, de forte qu'on conte entre les plus grandes fautes que iamais fit Antonius, la remife& dilation de la bataille. Car il dóna à Cæfar le loifir de faire fes apprefts,& d'appailer les plaintes& doleaces des peuples: car quad on leur demandoit vr fi grad arget, ils fe courrouçoyent& fe mutinoyét, mais quid ils auoyét payé, ils ne s'en fouuenoyet plus. Dauatage Titius& Placus des principaux amis d'Antonius, tous deux homes Cófulaires pour les grands torts& autrages& Cleopatra leur faifoit, à caufe qu'ils auoyent empefché de tout leur pouuoir qu'elle ne vinft à cefte guerre, s'allerent rendre à Cæfar,& luy enfeignerent où eftoit le teftament qu'auoit fait Antonius, fachans bien ce qui e- ftoit dedas. Il eftoit entre les mains des vierges facrees& vouees à la deeffe Vefta, aufquelles Cæfar le demanda. Elles firent refponfe qu'elles ne luy bailleroyent point: mais que s'il le vouloit aller prendre, qu'elles ne l'empefcheroyent point aufsi. Parquoy Cafar y alla,& l'ayant premieremét leu à part, en nota quelques paffages les plus reprochables, fit affembler tout le Senat,& le leut publiquement, dequoy plufieurs ne furent pas contents: car il leur fembla eftrange, qu'vn homme viuant portaft la peine de ce qu'il ordonnoit par teftamét eftre fait apres fa mort. Cæfar s'atchoit principalemet à ce qu'il ordonoit touchat fa fepulture: car il vouloit& fon corps, encore qu'il mouruft à Rome, fuft en pope funebre paffé par le milieu de la place,& enuoyé en Alexandrie à Cleopatra.Dauantage Caluifius I'vn des familiers de Cæfar, en tre autres charges& forfaitures qu'Antonius auoit comifes pour l'amour de Cleopatra, luy reprochoit qu'il luy auoit doné en pur do les librairies de la la ville royale de Pergamon, efquelles il y auoit deux cens mille volumes fimples:& qu'en vn conuiue, où ily auoit plufieurs alsis à la table, il luy marcha fur le pied,& c es m if 732 ANTONI VS. guerre co Anton femme. fre de amato royen ras, te neux faires ces fig faurum leua foudain de la table pour quelque afsignation& coplot qu'ils auoyent enfemble: qu'il auoit fouffert, luy prefent, que les Ephefiens appellaffent Cleopatra leur Dame: que plufieurs fois eftät en fon tribunal rendant droit aux Princes& aux Roys, il auoit receu d'elle des lettres d'amour, efcrites en tablettes de Cornaline ou de cryftal,& les auoit leuës feant en fon fiege Imperial: qu'vn iour comme Furnius homme de grande authorité,& le plus eloquent de tous les Romains, plaidoit vne caufe deuat luy, Cleopatra d'aduenture paffa dedans fa litiere par la place où fe faifoit le plaidoyer, Antonius faillit incontinent en pieds& laiffa là l'audience pour l'aller conuoyer& fuyure fa litiere. Mais on eftima que Caluifius en auoit controuué la plus grande partie: toutesfois ceux qui vouloyent bien à Antonius alloyent fuppliäs le peuple pour luy,& enuoyerent vn d'entre eux nommé Geminius vers Antonius, le prier qu'il ne fouffrit pas par fa nonchalance qu'on luy oftaft fon Empire,& qu'on le iugeaft ennemi du peuple Romain. Ceftuy Geminius arriué qu'il fut en la Grece par mer, mit incontinent Cleopatra en foupçon, pource qu'elle penfa qu'il n'eftoit venu que pour parler en faueur d'Octauia: parquoy elle luy fit plufieurs tours de moquerie: car tant que le foupper dura, elle ne ceffa de le brocarder& luy donner des attaintes. Et pour luy faire plus de defpit, elle le fit feoir à table aux lieux moins honnorables: ce qu'il endura patiemment, en attendant l'occafion de parler à Antonius. Mais comme Antonius luy commandaft en fouppant de dire qui le menoit, il refpondit que ce n'eftoyent point propos de table,& qu'il luy diroit le matin à ieun: mais bie, ou yure ou ienn qu'il fuft, il eftoit affeuré d'vne chofe, que tout n'iroit iamais bien qu'on n'euft renuoyé Cleo patra en Ægypte. Antonius prit mal ces paroles:& Cleopatra luy refpondit. Tu fais que fage, Geminius, de confeffer la verité auant qu'on te done la gehene pour te la faire dire. Peu de iours apres Geminius s'enfuyt à Rome. Et les flatteurs pour gratifier à Cleopatra, firent pareillement chaffer plufieurs autres des meil leurs feruiteurs& amis qu'euft Antonius, lefquels ne pouuoyent plus fouffrir, n'endurer les iniures& contumelies qu'on leur faifoit, entre lefquels mefme eftoit Marcus Syllanus,& Dellius l'hi ftorien, lequel efcrit qu'il s'enfuyt pourautat qu'il fut aduerty par le medecin Glauc', que Cleopatra le faifoit guetter pour le tuer. Il auoit encouru l'inimitié d'elle, pourautant qu'vn iour en fouppant il dit, qu'on leur faifoit boire du vin aigre,& que Sarmentus à Rome beuuoit du vin de Phalerne. Ce Sarmetus eftoit vn ieune enfant plaifant, tel que les Seigneurs de Rome ont accouftumé d'auoir aupres d'eux pour leur faire paffer le téps, qu'ils appellent leurs delices,& eftoit à Cæfar. Apres donc que Cæfar eut fuffifamment fait fes apprefts, il fit publiquement decerner la guerre de la m englou doyen parpl fa poin tonius ba def Contre tourbill Dans dit fon de effe ab leur out quels Emal a ineffe yne c raid d feren qu Ant abec Roys Libyens place oule Mais on ennenida la Gitte ce qu'elle Octavia que le sattable natnius ndit ma' v- leo tra Fité urs rà il. ent i ar r. - IS 1- 1- p- ut la te ANTONIVS. 733 guerre contre Cleopatra,& abroguer la puiffance& l'Empire d'Antonius, attendu qu'il l'auoit ia preallablement cedé à vne femme. Et difoit dauantage Cæfar, qu'Antonius n'eftoit pas maiftre de foy, ains que Cleopatra par quelques charmes& poifons amatoires l'auoit fo: rait de fon bon fens,& que ceux qui leur feroyent la guerre feroit vn Mardion Eunuque, vn Photinus, vn I- ras, femme de chambre de Cleopatra, qui luy accouftroit fes che ueux,& vne Charmion, lefquelles manioyent les principaux affaires de l'Empire d'Antonius. Auất cefte guerre, comme on dit, ces fignes& prodiges aduindrent: Premierement la ville de Pifaurum qui auoit efté repeuplee par Antonius, alsife au riuage de la mer Adriatique, par vn violent tremblement de terre fut engloutie& fondit en abyfme. L'vne des ftatues de pierre qui a- uoyent efté dreffees à l'honeur d'Antonius en la ville d'Alba, fua par plufieurs iours:& combien qu'aucuns l'effuaffent, elle ne ceffa point pourtant de fuer. En la ville de Patras, cependant qu'An tonius y eftoit le téple d'Hercules fut bruflé de la foudre qui toba deffus,& à Athenes en vn endroit où eftoit la guerre des geas contre les dieux reprefentees en ftatues, celle de Bacchus par vn tourbillon de vent en fut arrachee& iettee dedans le theatre.Or fe difoit Antonius extrait de la race d'Hercules, comme nous a- uons dit ailleurs,& en fa maniere de viure imitoit Bacchus, à raifon dequoy on l'appelloit le nouueau Bacchus. La mefme tepefte abattit les Coloffes, qui font des images excefsiues en gradeur outre le naturel, faites à l'honneur d'Eumenes& d'Attalus, lefquels on auoit nomez& infcrits les Antonies:& fi ne fit point de mal aux autres, cobien qu'il y en eut plufieurs. La galere Capitaineffe de Cleopatra s'appelloit Antoniade, en laquelle il aduint vne chofe de finiftre prefage: Des arondelles auoyent fait leur nid deffous la pouppe: il y en vint d'autres puis apres qui chafferent ces premieres,& demolirent leurs nids. Quand tour fut preft& affemblé,& qu'ils approcherent pour combattre, il fe trouua qu'Antonius n'auoit pas moins de cinq cens vaiffeaux de guerre, entre lefquels y auoit plufieurs galeres à huit& à dix rags de rames, qui eftoyent parees& accouftrees fuperbement,& non tat pour le combat que pour le triomphe, cent mille hommes de pied, auec douze mille cheuaux,& auoit auec luy pour so fecours les Roys, fes fuiets& vaffaux, qui s'enfuyuent, Boccus Roy des Libyens, Tarcondemus celuy de la haute Cilicie, Archelaus celuy de la Cappadocie, Philadelphus Roy de Paphlagonie, Mithridates Roy de la Commagene, Adallas celuy de la Thrace, lefquels y eftoyent tous en perfonne. Les autres qui eftoyent abfens y ennoyerent leurs armees, comme Polemon Roy de Pont, Manchus celuy d'Arabie, Herodes Roy des Iuifs:& outre Amyn tas celuy des Lycaoniens& des Galates:& fi auoit dauantage, le 734 ANTONIVS. Toryn mis a vog novent a feaux le forçair des na les ra tre le poind fi elles de gue guerre bien f voifin & de à Pen Secours que luy enuoyoit le Roy des Medoys. Quant à Cæfar, il auoit de nauires de guerre pour le combat, deux cens cinquante, quatre vingt mille hommes de pied,& de ges- de cheual prefque autant que fon ennemi:& tenoyent en leur obeyffance, Antonius d'vne part, toute la terre qui eft depuis l'Armenie& le fleuue Eu phrates, iufques à la mer Ionique& à l'Efclauonie:& Cæfar d'au tre part, tout ce qui refte en noftre hemifphære, depuis l'Efclauonie iufques à la mer Oceane de Ponant,& puis tout ce qui eft en core depuis l'Ocean iufques à la mer de la Sicile,& de l'Afrique, tout ce qui eft à l'oppofite de l'Italie, de la Gaule& de l'Helpagne: ce qui eftoit depuis la prouince Cyrenique iufques à l'Æthiopie, eftoit fous Antonius, lequel eftoit fi abefty& fi afferuy au vouloir d'vne femme, que combien qu'il fuft de beaucoup le plus fort parterre, il voulut neantmoins que l'affaire fe vuidaft par vn combat de mer pour l'amour de Cleopatra, encore qu'il vift deuant fes yeux qu'à faute de forçaires fes Capitaines prenoyent& enleuoyent de la poure Grece par force toutes gens qu'on pouuoit trouuer par les champs, viateurs paffans, mulatiers, moiffonneurs, de ieunes garçons,& encore ne pouuoyentils pas fournir à emplir les galeres, tellement que la plus grande partie eftoit vuide,& ne pouuoit voguer qu'à peine, à caufe qu'il n'y auoit pas affez gens de rame dedans. Mais au contraire, celles de Cæfar n'eftoyent point bafties pompeufement en grandeur& hauteur pour vne oftentation de magnificence, ains eftoyent legeres& faciles à manier, armees& fournies de forçaires autant comme il leur en falloit, lefquelles il tenoit toutes preftes és ports de Tarente& de Brundufium.Si manda à Antonius qu'il ne reculaft plus en perdant temps,& qu'il vinft auec fon armee en Italie:& quant à luy, qu'il luy bailleroit haures & rades, pour pouuoir feurement& fans empefchement prendre terre,& qu'il fe reculeroit auec fon armee arriere de la mer au dedans de l'Italie, autant que fe peut eftendre la courfe d'vn cheual, iufques à ce qu'il euft expofé fon armee en terre& qu'il fuft logé. Antonius brauant à l'oppofite, luy remanda qu'il le desfioit à combattre feul à feul en champ clos, combien qu'il fuft le plus vieil,& s'il fuyoit ce combat, qu'il le combattroit en bataille rangee és campagnes de Pharfale, comme auoyent fait auparauant Iulius Cæfar& Pompeius. Cependant qu'Antonius eftoit à l'encre à ne rien faire à l'abry du Chef d'A& tium, au lieu où eft maintenant afsife la ville de Nicopolis, Cæfar eut pluftoft trauerfé la mer Ionique& pris le lieu qu'on appelle Toryne, qu'Antonius ne feut les nouuelles de fon partement: parquoy fes gens s'en trouuerent eftonnez, à caufe que leur armee de terre eftoit demeuree derriere. Mais Cleopatra s'en moquant, Et bien, dit- elle, quel danger y a- il, fi Cæfar eft de feiour à Toryau loi tius, fuft a fleurs tout for & deflo quelq , Con foit in ice, le d rder la del aproch SOUS QU Footre refts Di & Chatia ce qui et e Help Liferay utes gens s, mula moyent grande ANTONI V S. l'ambi 35 ** Toryne? Le lendemain au point du iour les ennemis s'eftans La grace mis à voguer en bataille contre luy, Antonius eut peur s'ils ve- de la renconnoyent à le choquer, qu'ils ne priffent& emmenaffent fes vaif- trene fe peut feaux lefquels eftoyent vuides de gens de guerre: fi fit armer les exprimer en forçaires& les ordonna en bataille fur les bords& chafteaux autre langue des nauires,& puis fit enleuer& dreffer contremont en l'air tous pour les rags des rames tat d'vn cofté que d'autre, la proue dreffee co- guite de ce tre les ennemis à l'entree& bouche du golfe, qui comence à la mot, Toryne, pointe d'Actiu,& les tint ainfi en ordonnance de bataille come qui fignifie fi elles euffent efté armees& fournies, tat de forçaires q de gens vne ville de guerre pour combattre, Ainfi Cæfar deceu par cefte rufe de d'Albanie, guerre fe retira:& auec cela Antonius luy trencha& ofta l'eau ne cueil bien fubtilemet& ingenieufemét: car fachant q les lieux circon- ler dont on uoifins de l'endroit où il eftoit defcédu en terre, auoyent bié peu efcume lepot, & de mauuaife eau, il les enferma de tréchees& de forts, qu'il fit comme fi elle à l'enuiron pour les garder de faillir à leur aife& en aller querir difoit, fi Caau loin:& fi fit vn honnefte tour& de grande courtoifie à Domi- far eft aẞis tius, mefmemet contre la volonté de Cleopatra: car come il s'en au long du fuft allé fur vn petit efquif rendre au cap de Cæfar ayant defia la foyer à efcufieure, Antonius en fut bie marry: neat moins il enuoya apres luy mer le pot. tout fon bagage, fon train& fes gens:& ledit Domitius quafi come pour donner à entendre qu'il fe repentoit fort de fa trahyfon & defloyauté defcouuerte mourut incontinent apres. Il y eut auffiquelques Roys qui le laifferent& fe tourneret du cofté de Cafar, comme Amintas& Deiotarus.Qui plus eft fon nauigage qui eftoit infortuné en toutes chofes,& nó preft à téps pour faire feruice, le cotraignit derechef de chager d'aduis,& de vouloir ha farder la bataille fur la terre ferme:& Canidius qui auoit la charge de l'armee de terre, quand le téps de mettre la main à l'œuure approcha, comença à changer aufsi d'opinió, confeillant à Antonius qu'il renuoyaft Cleopatra,& q de luy il fe retiraft en la Macedoine pour y cobattre fur terre à pied ferme, veu mefmemet q Dicones le Roy des Getes luy promettoit de venir à fon fecours auec groffe puiffance,& q ce ne luy feroit point de honte de ceder la mer à Cæfar, pourautant qu'il s'eftoit exercité& fes gens duits& addreffez aux cobats de mer en la guerre de la Sici le cótre Sextus Popeius: mais pluftoft q ce feroit vne chofe hors de tout bon fens& de raifon, fi luy qui eftoit tant efprouué& experimenté aux combats de terre ferme, ne fe feruoit de la force & vaillance de tant de bons combattans à pied qu'il auoit tous prefts, ains alloit affoibliffant fon armee en la diuifant& diftri buant par les navires. Mais nonobftant toutes ces raifons& remonftrances, Cleopatra le contraignit de commettre tout au hafard d'vne bataille de mer, regardant defia comment elle s'en pourroit fuyr,& difpofant de fes affaires, non pour aider à gaigner la victoire, mais pour plus legeremét efchapper quand tour caufe ntraint ea ains forutes touec res en mer Fil le ' il Dis nt ar Je -0 : 30 ur ry 736 ANTONI V S. bien com caule d pilotes eltoye qu'ils deuar vifite vna dit le me b poure peron dreffe feroit perdu. Or y auoit- il depuis le camp d'Antonius iufques à la flotte de fes vaiffeaux, comme vne logue chauffee ou leuee qui eftoit affez auant iettee en la mer, par laquelle il alloit& venoit bien fouuent fans fe desfier ne fe douter de rien. Vn des gens de Cæfar s'en aduifa, qui en alla aduertir fon maiftre, difant qu'il Teroit bien aifé de furprendre& trouffer Antonius, ainfi comme il fe promeneroit le long de cefte leuce:& pourtant Cæfar y enuoya quelques gens en embufche pour le guetter,& s'en fallut fi peu qu'ils ne le priffent, qu'ils empoignerent celuy qui marchoit deuant luy, pourautant qu'ils fe leuerent vn peu trop toft,& à tou te peine fe peut- il luy fauuer de vifteffe. Apres doc qu'il fut tout conclud& arrefté qu'on combattroit par mer, il fit brufler toutes les autres naues fors que foixante Ægyptiennes,& ne retint que les meilleures& les plus grandes galeres depuis trois rangs de rames iufques à dix, fur lefquelles il mit vingt& deux mille com battans, auec deux mille hommes de trait: mais ainfi qu'il ordonoit fes gens en bataille, il y eut vn Chef de bande vaillat homme,& qui s'eftoit trouué en plufieurs affaires& rencontres fous fa charge, tellement qu'il en auoit le corps tout detaillé& cicaaricé de coups, lequel ainfi qu'Antonius paffoit au long de luy s'efcria& dit tout haut, Sire Empereur, comment mets- tu ton efperance en ces mefchans& frefles bois icy? te desfies- tu de ces mienes cicatrices& de cefte efpee? laiffe combattre les Phæni ciens& Ægyptiens fur la mer,& nous baille la terre ferme, fur laquelle nous auos accouftumé de vaincre, ou de mourir debout. Antonius paffa outre fans luy refpondre rien, feulement luy fit- il figne de la main& de la tefte, comme s'il l'euft voulu admonnefter qu'il euft bon courage, toutesfois il n'auoit pas luy- mefme guere bonne efperance: car comme les patrons des galeres& pilotes vouluffent laiffer les voiles il commanda qu'ils les chargeaffent, difant pour couleur qu'il ne falloit pas qu'il efchappaft vn tout feul des ennemis. Tout le log de ce iour- la,& les trois enfuyuans la mer fut fi haute& fi tourmentee de grands& impetueux vents, que la bataille en fut differee. La cinquieme iournee le vent s'appaifa,& fut la mer calme,& adonc voguerent- ils à force de rames en bataille l'vn contre l'autre, Antonius menat. la pointe droitte auec Publicola,& Celius la feneftre, Marcus O& auius& Marcus Infteius le milieu. De l'autre cofté Cæfar a- uoit mis à la pointe feneftre de fon armee Agrippa,& auoit retenu la droitte pour luy. Quat aux armees de terre Canidius auoit la fuperintendace de celle d'Antonius,& Taurus de celle de Cafar, qui les tindret en bataille l'vne deuant l'autre fur le bord de la mer fans fe choquer. Et quat aux deux fouuerains Chefs, Anto nius fe faifoit menerà force de rames fur vne fregate par toute fon armee,& alloit prefchant fes gens pour les encourager de bien tout v quif fes en car à res à tes de il fe le patiens hauteur grables royant ere& hors du i eftoy ner le yent f is fure Contre prouer unctes groffe res Calaya en falur marchoi fur tour Mertoutes tres lous & cica de lay on ef le ces æni fur Dout. St- il neme piarDaft enDeur-ils nat. Cus 2. e oit 2- de ANTONI V S. 737 bien combattre, comme s'ils euffent le pied fiché en terre ferme,& caufe de la fermeté& pefanteur de fes vaiffeaux, commâdant aux pilotes& patrons de galeres, que fans fe bouger no plus que s'ils eftoyent a l'ancre, ils fouftinfient le premier choc des ennemis,& qu'ils n'abandonnaflent point le deftroit du golfe.Cæfar le matin deuant iour comme il fortoit de fa tente pour aller tout àl'entour vifiter fes nauires, rencontra vn homme qui touchoit deuant luy vn afne: fi luy demanda qui il eftoit& comment il auoit nom, l'ay dit le bon homme, à nom Eutychus, qui vaut autant à dire comme bien fortuné:& mon afne Nicon, c'eft à dire, vainqueur:& pource Cæfar apres la bataille gaignee, ornant le lieu auec les efperons des galeres captiues pour marque de fa victoire, y fit auffi dreffer vn homme& vn afne de bronze. Quand il eut bien par tout vifité l'ordonnance de fon armee, il fe fit mener dedans vn efquif à la pointe droite,& s'efmerueilla grandement de voir que fes ennemis fe contenoyent ainfi fans fe bouger dedãs le deftroit; car à les voir de loin on euft proprement dit que c'eftoyent nauires à l'ancre,& le creut- on long temps, fi retint fes galeres diftantes des ennemis d'enuiron demie lieue. Quand ce vint fur le midy il fe leua vn petit vent de la mer,& adonc les gens d'Antonius im patiens de fi longue demeure,& foy confians à la grandeur& hauteur de leurs vaiffeaux, comme s'ils fuffent totalement inexpu gnables, commencerent à auancer leur poincte feneftre; ce que voyant Cæfar en fut fort ioyeux,& commença à fier vn peu en ar riere& reculer de la pointe droite, voulat les attirer encore plus hors du deftroit& golfe, à celle fin qu'il peuft auec fes vaiffeaux, qui eftoyent legers& bien garnis de forçaires, tournoyer& enui ronner les galeres des ennemis, lefquelles eftoyent vuides& pefantes, tant pour leur grande maffe, comme aufsi pource qu'elles auoyent faute de gens de rame. Quand la meflee commença,& qu'ils furent ioints à combattre main à main,' il n'y eut point à la rencontre de grand heurt, ny ne fe choquerent point les vaiffeaux impetueufement I'vn l'autre': comme il fe fait ordinairement és combats de mer, à caufe que d'vn cofté les nauires d'Antonius pour leur pefanteur ne pouuoyent auoir la roideur& la vifteffe qui fait que les coups de poinde ont grande force& effet,& d'autre cofté les vaiffeaux de Cæfar fe gardoyent non feulemet de cho quer& heurter de front contre ceux d'Antonius, qui auoyeng les proues reueftues& armees de groffes poinctes d'airain: mais n'ofoyent pas mefme leur donner par les flancs, à caufe que leurs poinctes fe brifoyent aifément par quelque cofté qu'ils vinffent à donner d'impetuofité à fes vaiffeaux, qui eftoyent faits de groffe pieces de bois quarré liees enfemble à groffes bandes & lieures de fer: tellement que la bataille eftoit prefque femblable à vn combat de terre, ou pour mieux dire à l'affaut de nto ute de Dien aaa j 738 ANTONI VS. ne ville, car il y en auoit toufiours trois ou quatre de celles de Cæfar à l'entour d'vne de celles d'Antonius,& combattoyent les foldats à grads coups de picques, de halebardes& deiauelines,& iettoyent des pots& lances à feu:& ceux d'Antonius auec Arbale ftes& engins de batterie leur lafchoyent force coups de traict du haut des tours de bois, qui eftoyent fur leurs vaiffeaux. Or Publicola voyant qu'Agrippa eftédoit& elargiffoit la pointe gauche de l'armee de Cæfar pour enclorre ceux d'Antonius qui combattoyent, fut contraint de prendre le large auffi,& en fe tirat vn peu à cofté efloigner ceux qui eftoyent au milieu de la bataille, lef quels s'en effrayerent.car ils eftoyent defia fort preffez par Arrun tius: toutefois le combat eftoit encore efgal,& la victoire en doute, fans incliner plus d'vn cofté que d'autre, quand on vit foudainement les foixante naues de Cleopatra dreffer les mats,& defployer les voiles pour prendre la fuyte: fi s'enfuyrent tout à tra uers de ceux qui combattoyent.car elles auoyent efté mifes derriere les grands vaiffeaux,& mirent les autres en grand trouble & defarroy: pource les ennemis mefmes s'efmerueillerent fort de les voir ainfi cingler à voiles defployees vers le Peloponefe:& là Antonius monftra tout euidemment qu'il auoit perdu le fens& le cœur, non feulement d'vn Empereur, mais auffi d'vk vertueux homme,& qu'il eftoit transporté de l'entendement:& que cela eft vray, qu'vn certain ancien à dit en fe iouant, Que l'ame d'vn a- man vit au corps d'autruy, non pas au fien: tant il fe laiffa mener & trainer à cefte femme, come s'il euft efté collé à elle,& qu'elle n'euft feu fe remuer fans fe mouuoir aufsi. Car tout auffitoft que il vit partir fon vaiffeau, il oublia, abandonna& trahyt ceux qui combattoyent& fe faifoyenr tuer pour luy,& fe ietta en vne galere à cinq rangs de rames pour fuyurę celle qui l'auoit defia commencé à ruiner,& qui le deuoit encore du tout acheuer de de ftruire.Quand elle coneut de loin cefte galere, elle Sit leuer de la pouppe de fa nauire vn pannonceau,& ainfi Antonius s'en appro cha, puis fut tiré à mont où eftoit Cleopatra: mais il ne la vit point de prime face, ne elle luy, ains s'en alla feoir tout feul fans mot dire en la prouë de la nauire, tenant fa tefte entre fes deux mains:& cependant approcherent quelques fuftes de Cæfar, qui le pourfuy uoyent: fi fit Antonius incontineut retourner la proue de la nauire, & fit tantoft bien retirer tous les autres, fors vn certain Eurycles Lacedæmonien, qui le fuyuoit& preffoit de grand courage, branlant vne iaueline qu'il tenoit en la main de deflus la proue, comme s'il l'euft voulu lancer contre Antonius: lequel fe vint prefenter au chafteau de deuant,& demanda, Qui eft ceftuy- cy qui ofe bien pourfuyure Antonius? le fuis, refpondit- il, Eurycles fils de La chares, qui par le moyen de la bonne fortune de Cæfar cerche avenger la mort de mon pere.Car ce Lachares auoit efte accufá de quel & quelq Eurycles il donna de la p noyer, quant fut re meil part de Ta ment fembl de nau chapp mee d reten uinft a delibe charg fes am cercha ils ne le Adonc A ement eur de ahl les i leur Hippa Kalar, don er eul ga in pea We, lef en dou ifes d trouble fort de nefe:& fens& tueux la eft 03ener Pelle que qui ne fia de ela TO inc di=& uy es -II ANTONI V S. 739 de quelque vollerie,& l'auoit Antonius fait decapiter: toutefois Eurycles fe garda bie d'inueftir la nauire où eftoit Antonius, mais il donna à l'autre capitaineffe, car il y en auoit deux, fi grad coup de la poincte qui eftoit groffe& maffiue d'airain, qu'il la fit tournoyer,& la prit auec vne autre laquelle eftoit chargee de grande quantité de meuble fort riche& precieux. Apres que celuy la fe fut retiré, Antonius s'en retourna en la mefme place,& fe tint com me il eftoit parauant fans mot dire,& vefcut trois iours ainfi à part foy fans parler à perfonne, iufques à ce qu'il arriua au chef de Tænarus, là où les femmes de Cleopatra les firent premierement parler l'vn auec l'autre,& puis apres, foupper& caucher enfemble. Defia commençoyent à fe rallier à eux grand nombre de nauires marchans,& aucuns de leurs famlliers, qui eftoyent efchappez de la desfaite, lefquels apportoyent nouuelles que l'armee de mer eftoit perdue, mais qu'ils eftimoyet que l'armée de ter re tenoit encore:& lors Antonius manda à Canidius qu'il s'en re uinft auec fon armee par la Macedoine en Afie. Quant à luy, il fe deliberoit de trauerfer en Afrique,& prit I'vne de fes carraques chargee d'or& d'argent& d'autres meubles, laquelle il donna à fes amis, leur commandant qu'ils la partiffent entre eux,& qu'ils cerchaffent moyen de fe fauuer. Ils refpondirent en pleurant que ils ne le feroyent point,& qu'ils ne l'abandonneroyent iamais. Adonc Antonius les reconforta fort humainement& affectueufement, les priant de fe retirer: fi efcriuit à Theophilus le gouuerneur de Corinthe qu'il leur donnaft moyen d'eftre en feureté,& qu'il les cachaft en quelque lieu fecret iufques à ce qu'ils euffene fait leur appointement auec Cæfar. Ce Theophilus eftoitle pere de Hipparchus, lequel auoit eu trefgrad credit empres Antonius: ce fut le premier de tous fes affranchis, qui fe tourna& fe rendit à Cæfar,& puis apres s'en alla demeurer à Corinthe. Voila com ment il alla d'Antonius. Quant à fon armee de mer qui combatoit deuant le chef d'A& tium, elle refifta long temps,& n'y eut rien qui luy portaft fi griefue nuy fance, qu'vn grand vent, qui fe leua & luy donna par le deuant en prouë, encore à toute peine fut- elle à la fin desfaite à cinq heures du foir. Il n'y mourut pas plus de cinq mille hommes mais il y eut trois cens nauires prifes, ainfi que Cæfar luy- mefme l'efcrit en fes commentaires. Plufieurs a uoyent euidemment veu fuyr Antonius,& toutefois à peine le pouwoyentils croire, que luy qui auoit dixneuf legions encore toutes entieres,& douze mille homme de cheual fur le riuage de la mer, les enft abandonnez,& s'enfuy ainfi lafchement, comme s'il n'euft pas fouuentesfois experimenté l'vne& l'autre fortune, & qu'il ne fuft exercité aux variations& changemens des batailles:& toutefois encore le defiroyent fes gens,& efperoyent touftours qu'il reviendroit de quelque part:& fe monftrerent fi very 11° fe La the ufá aaz ij 740 ANTONIVS. tueux,& de fi grande loyauté enuers luy, qu'encore apres qu'ils furent tous certains de fa fuyte, ils fe maintindrent fept iours entiers, ne faifans conte des ambaffadeurs que Cæfar leur enuoyoit tous les iours. A la fin leur Chef Canidius lieutenant d'Antonius s'en eftant fuy de nuit,& ayant abandonné fon camp, quand ils fe virent deftituez& abandonnez de tous leurs principaux chefs, ils fe rendirent au plus fort.Cela fait, Cæfar fe mit à la voile vers la ville d'Athenes, là où il fit appointement auec les Grecs,& diribua ce qui reftoit des bleds qu'on auoit amaffez pour l'armee d'Antonius, aux villes& citez de la Grece, lefquelles eftoyent reduytes à extreme poureté& mifere, efpuifees d'argent, de ferfs,& de cheuaux& autres beftes de voiture: tellement que mon bif ayeul Nicarchus racontoit qu'alors tous les citoyens de noftre ville fans en excepter vn, furent contraints de porter eux- mefmes fur leurs efpaules vne certaine mefure de bled iufques à la coffe de la mer, qui eft deuant l'ifle d'Anticyra,& encore les chaffoiton à grands coups de fouet.Ils n'en porterent qu'vne fois en cefte forte: car à la feconde coruee, comme ils en deuoyent porter vne autrefois,& que les charges eftoyent de fia preftes& mefurees, les nouutiles vindrent qu'Antonius auoit perdu la bataille: ce qui fauua noftre pouure ville: car les commiffaires& gens de guer re d'Antonius s'enfuyrent incontinent,& les citoyens departirent le bled entre eux Arriué que fut Antonius en la Libye, il enuoya deuant Cleopatra en Aegypte de la ville de Parætonium,& luy demeura en tref grande folitude, n'ayant pour toute compagnie quec luy que deux de fes familiers, auec lefquels il alloit errant çà & là, tous deux rhetoriciens, l'vn Ariftocrates Grec,& l'autre Lu cilius Romain, duquel nous auons efcrit ailleurs, comme en la iournee que Brutus futdesfait pres la ville de Philippes, il fe vint luy- mefme de fon bon gré mettre entre les mains de ceux qui pourfuyuoyent Brutus, difant que c'eftoit luy, à celle fin que Bru gus cependant euft loyfir de fe fauuer,& depuis pourautant qu'An tonius luy fauua la vie, il demeura toufiours auec luy,& luy gar da foy& loyauté d'amitié iufques à la fin de fes iours. Mais quand encore Antonius fut aduerti, que celuy auquel il s'eftoit fié du gouuernement de la Libye,& à qui il auoit commis la charge de l'armee qu'il y auoit, s'eftoit tourné du cofté de Cæfar contre luy, il en fut fi defplaifant qu'il fe voulut occire,& l'euft fait, fi fes amis, qui eftoyent autour de luy, ne l'en euffent engardé. Si fe fit porrer en Alexandrie, là où il trouua Cleopatra embefongnee a- pres vne entrepriſe merueilleufe& d'vne trefgrande hardieffe.Il y a entre la Mer rouge& celle d'entre les terres qui bat la cofte d'Aegypte, vn bien petit efpace de terre qui fepare les deux mers, & fait la diuifion de l'Afrique& de l'Afie, lequel deftroit eft fi co traint à l'endroit où les deux mers le ferrent& eftraignet le plus, qu'il qu'il n'a tra entte mer,& deftroit golfed auec v fur l' dange Arabe mieres mee de de cell aduen la con presl ter en gnie d ine Ti & que qui il au tefcote elequ peat ang sil eft main tres ha aquel il equoy s pourg oit tou bien hemen is pour le to. Et T qu' Honne La valkves Grecs& elyen te de notre e- elmes les chili fois excele portere efureesle e: ce qui de guer artirent enuoya & luy pagnie ant ça re Lu en la e vint xqui Bru u'An ygar Mais it fé arge ntre fifes fe fit e a- Te- Il cofte ners, fico plus qu ANTONIVS 721 qu'il n'a de largeur qu'enuiron dixhuit lieues& demie. Cleopatra entreprenoit& tafchoit de faire enleuer fes nauires de l'vne ner,& les faire trainer& charier iufques en l'autre par deffus ce deftroit,& apres que fes nauires feroyent defcendues dedans ce golfe d'Arabie, emporter tout fon or& fon argent,& s'en aller auec vne groffe compagnie de fes gens habiter en quelque terre fur l'Ocean lointaine de la mer Mediterranee pour efchapper le danger de cefte guerre& de la feruitude: mais pourautant que les Arabes qui font à l'entour de la ville de Petra, bruflerent les premieres nauires qu'on y trainas& qu'Antonius penfoit que fon armee de terre qui eftoit pres d'Actium, tinft encore, elle fe deporta de celle fienne entreprife,& fit bien garder les ports, paffages& aduenues de fon Royaume. Quant à Antonius, il laiffa la ville& la conuerfation de fes amis,& fit baftir vne maifon dedans la mer; pres l'ifle de Pharos fur certaines chauffees& leuees qu'il fit ietter en la mer,& fe tenoit leans, comme fe banniffant de la compagnie des hommes,& difoit qu'il vouloit mener vne telle vie comine Timon, pourautant qu'on luy auoit fait le femblable qu'à luy, & que pour l'ingratitude& le grand tort que luy tenoyent ceux a qui il auoit bien fait& qu'il eftimoit fes amis, il fe desfioit& fe mefcötentoit de tous les autres. Ce Timon eftoit vn citoyé d'Athe nes, lequel auoit vefcu enuiron la guerre du Peloponefe, come on peut iuger par les coma dies de Platon& d'Ariftophanes, efquelles il eft moqué& touché come mal- vueillät& ennemi du genre humain, refuyat& abhorrifsat toute copagnie& comunicatió des autres homes, fors que d'Alcibiades ieune, audacieux& infolent, auquel il faifoit bonne chere,& l'embraffoit& baifoit volontiers: dequoy s'esbahyffant Apemantus,& luy en demandant la caufe, pourquoy il cherifloit ainfi ce ieune homme- là feul,& abominoit tous les autres: Ie l'aime, refpondit- il; pourautant que ie Tay bien& fuis feur, qu'vn iour il fera caufe de grands maux au Atheniens. Ce Timon receuoit auffi quelquefois Apemantus en fa compagnie, pourautant qu'il eftoit femblable de nature& de moeurs à luy,& qu'il imitoit fort fa maniere de viure. Vnious donc qu'on celebroit à Athenes la folennité qu'on appelle Chox c'eft à dire la Fefte des morts, là où on fait des effufions& facrifi ces pour les trefpaffez, ils fe feftoyoyent eux deux enfemble tous feuls,& fe prit Apemantus à dire, Que voyci vn beau banquet, Ti mon.Et Timon luy refpondit, Ouy bien fi tu n'y eftois point. On dit, qu'vn iour comme le peuple eftoit affemblé fur la place pour ordonner de quelque affaire, il monta en la tribune aux harangues, comme faifoyent ordinairement les orateurs quand ils vouloyent haranguer& prefcher le peuple: fi y eut vn grand filence,& eftoit chacun trefententif à ouyr ce qu'il voudroit dire & caufe que c'eftoit vne chofe bien nouuelle& bien eftrange que аза м 742 ANTONIVS. de le voir en chere: à la fin il commença à dire, Seigneure Athes miens, i'ay en ma maifon vne petite place, où il y a vn figuier, auquel plufieurs fe font defia pendus& eftranglez,& pourtant que y veux faire baftirsie vous en ay bien voulu aduertir deuant que faire coupper le figuier, à celle fin que fi quelques vns d'entre vous fe veulent pendre qu'ils fe depefchent. Il mourut en la ville de Hales,& la fut inhumé fur le bord de la mer.Si aduint que tout à l'entour de fa fepulture le riuage s'esboula, tellement que la mer qui alloit flottant à l'enuiron, gardoit qu'on n'euft feu approcher du tombeau, fur lequel il y auoit des vers engrauez de telle hubftance, Ayant finy ma vie mal- heureufe En ce lieu cy, on m'y a inhumé:. Mourez mefchans, de mort mal- encontreufe, Sans demander comme ie fus nommé. In remi non, c'e Jaquell la prem des C chere pend qui qui Fella porto gran graci ne de mort forte tous toute pidla ne pela peu fans qu On dit que luy- mefme viuant fit ce bel Epitaphe: car eeluy qu'on allegue communement n'eft pas de luy, ains eft du poëte Callimachus, Icy ie fais pour toufiours ma demeure Timon encor les hommes hayfant, Paffe lecteur, en me donnant mal- heure, Seulement paffe, me va maudiffant. Nous pourrions efcrire beaucoup d'autres chofes dudit Timon, mais ce peu que nous en auős dit, eft affez pour le prefent. Pour donc retourner à Antonius, Canidius luy- mefme vint apporter les nouuelles, qu'il auoit perdu fon armee de terre pres d'Actium. D'autre cofté, il fut aduerty aufsi, qu'Herodes le Roy des Iuifs, Jequel auoit quelques legions& quelques cohortes auec luy, s'eftoit tourné de la part de Cæfar,& tous les autres Roys pareillement, de forte, que hors mis ceux qui eftoyent à l'entour de fa perfonne, il n'y auoit plus rie qui tint pour luy Neantmoins il n'y eut rien de tout cela qui le troublaft,& fembloit qu'il fuft bien côteat de laiffer toute efperance, à fin qu'il fe defchargeaft aufsi de toute la follicitude de fes affaires: fi fortit hors de celle demeurace qu'il auoit fait baftir dedans la mer,& qu'il appelloit la maison Timoniene,& le receut Cleopatra en fon palays royal. Soudain qu'il y fut retourné, il remit toute la ville à faire banquets& grades cheres,& foy- mefme à donner: car il fit enroller felon la couftume des Romains, le fils de Iulius Cæfar& de Cleopatra au nombre des ieunes hommes,& donna la robbe virile, qui eftoit vne robbe longue pure fans brodure ny enrichiffeure de pourpre, à AntylJus fon fils aifné qu'il auoit eu de Fuluia: pour lefquelles chofes par plufieurs iours on ne vit en Alexandrie que ieux, danfes, banquets& feftins. Il eft vray qu'ils abolirent celle premiere bande, qu'il auoyent nommee la Bande de la vie non imitable: mais ils en is: de dou es leu ont bie des am Aegy Athen deux ara fen efto tnt cont Ca tonius Ereter & tr duint quem ement que la z de telle ete Calf mon, Pour orter um ifs, s'eleereut te ' il 0- Ly e 7- Is ANTONIV S. 748 en remirent fus vne autre qu'ils appellerent Synapothanumenon, c'eft à dire, la bande de ceux qui veulent mourir enfemble; Jaquelle en fomptuofité, defpenfe& delices, ne cedoit de rien à la premiere: car leurs amis fe faifoyent enroller en cefte bande des Commourans,& par ainfi ils eftoyent toufiours à faire grand chere, pource que chacun à fon tour feftoyoit la compagnie. Cependant Cleopatra faifoit vn recueil& amas de tous poifons qui ont pouuoir d'efteindre les hommes:& pour efprouuer ceux qui faifoyent mourir auec la moindre douleur, elle en faifoit Peffay fur les criminels de mort qui eftoyent detentis és prifons, mais quand elle vit que ceux qui eftoyent foudains& promps, ap portoyent celle promptitude de mort auec griefues douleurs& grands tourments:& au contraire, que ceux qui eftoyent plus gracieux& plus doux, n'auoyent pas la force prompte& foudaine de faire mourir l'homme, elle fe mit à eflayer puis apres les morfures des ferpens,& en faifoit deuant elle appliquer d'vne forte aux vns,& d'vne autre aux autres:& combien qu'elle en fit tous les jours de nouuelles efpreuues, elle n'en trouua pas vne de toutes celles qu'elle effaya, plus propre que la morfure d'vn Afpid, laquelle fans pafmoifon ne gemiffement, attire feulement v- ne pefanteur de tefte,& caufe vne grande enuie de dormir auee vn peu de fueur au vifage,& amortit ainfi petit à petit les fens, fans qu'on apperçoiue aucunement que les patiens endurent gråde douleur: car ils font aufsi marrys quad on les efueille, ou qu'on Jes leue, comme font ceux qui font fort efpris de fommeil,& qui ont bien grande enuie de dormir.Mais nonobftant ils enuoyerent des ambaffadeurs vers Cæ far en Afie, elle requerant le royaume d'Aegypte pour fes enfans,& luy priant qu'on le laiffaft viure à Athenes comme perfonne priuee, fi Cæfar ne vouloit qu'il demeuraft en Aegypte. Et pour autant qu'ils n'auoyent à l'entour d'eux autres perfonnes de quelque apparence, à caufe que les vns s'en eftoyent fuys,& qu'ils ne fe fioyent guere aux autres, ils fu rent contrains d'y enuoyer Eupronius le precepteur de leurs enfans. Car Alexas Laodicien, qui auoit efté introduit en la maifon & amitié d'Antonius par le moyen de Timagenes,& depuis auoit acquis entour luy plus de credit& de faueur que nul autre des Grecs, pourautant qu'il auoit toufiours efté l'vn des inftrumens & miniftres de Cleopatra à gaigner Antonius,& à renuerfer toutes fes bones deliberatios de rappeller& bie traitter Octauia, Antonius l'auoit enuoyé vers Herodes le Roy des Tuifs, pour cuider le retenir en fo amitié,& le garder de fe tourner: mais il demeura là,& trahit Antonius: car au lieu de diuertir l'autre, il luy perfuada de fe tourner,& eut bie la hardieffe de fe venir prefenter à Ca far, fe cófiant à Herodes. Toutesfois Herodes ne luy feruit de ries car il fut incontinent pris& mené prifonnier enferré en fon pays aaa iij 744 ANTONI V S. mefme, là où par le commandement de Cæfar, il fut mis à more! Voila comment ceft Alexas du viuant d'Antonius fut puny de la trahyfon& defloyauté qu'il auoit commife enuers luy. Au dezmeurant Cæfar ne voulut point ouyr les prieres& requeftes d'Antonius: mais quand à Cleopatra, il luy fit refponfe qu'il ne Juy refuferoit rien qui fut iufte ou equitable, moyennant qu'elle fit mourir, ou qu'elle chaffaft hors de fon pays Antonius,& enuoya quant& quant l'vn de fes feruiteurs nommé Thyreus homme clair- voyant& bien aduifé,& qui apportant lettres de creace d'vn ieune feigneur à vne femme hautaine,& qui fe contentoit grandement& fe fioit de fa beauté, l'euft par fon eloquence facifement peu efmouuoir. Ceftuy parloit à elle plus longtemps que les autres,& luy faifoit la Royne tref- grand honneur, tellement qu'il mit Antonius en quelque imagination& foupçon: file fit faifir au corps& fouetter à bon efciant, puis le renuoya ainfi accouftré à Cæfar, luy mandant qu'il l'auoit irrité, pourautant qu'il faifoit trop du fuperbe,& l'auoit eu en mefpris, niefmement lors qu'il eftoit facile& aifé à aigrir pour la mifere en laquelle il fe trouuoit.Brief, fi tu le trouues mouuais( dit- il) tt as par deuers toy vn de mes affranchis Hipparchus, pēds- le fi tu veux, ou le fouëtte à ton plaifir, à fin que nous foyons egaux.De là en auant Cleopatra, pour fe purger des imputations qu'il luy mettoit fus,& des foupçons qu'il auoit encontre elle, l'entretint& le careffa le plus foigneufement& le plus diligemment qu'elle peut: car tout premier, là où elle folennifoit le icur de fa natiuité petitement& ef charfement, comme il conuenoit à fa fortune prefente, au contraire elle celebroit le iour de la fiene de telle forte, qu'elle outrepaffoit toutes les bornes de fomptuofité& de magnificence, en maniere que plufieurs des conuiez au feftin, lefquels y eftoyens venus poures, s'en retournoyent tous riches. Ainfi que ces chofes paffoyent, Agrippa par plufieurs mifsiues les vnes fur les autres, madoit à Cæfar qu'il retournaft à Rome,& que les affaires requeroyent fa prefence neceffairement, parquoy la guerre fut differee & remife à l'annee enfuyuant: mais fi toft que l'hyuer fut paffé, il s'en retourna vne autre fois cötre Antonius par la Syrie,& fes autres Capitaines par le cofté de l'Afrique. Or come la ville de PeJufium euft efté prife, il courut vn bruit de ville que Seleucus l'auoit rendue du confentement de Cleopatra: mais pour monftrer que non, elle mit entre les mains d'Antonius, fa femme& fes enfans, pour en faire la vengeance à fa volonté.Datâtage elle auoit de longue main fait baftir des fepultures& monuments fort fomptueux, tant en beauté d'ouurage, qu'en hauteur& grandeur d'edifice, tout ioignant le téple d'ifis: elle y fit porter touttat qu'elle auoit de riches& de precieux meubles des ancies Roys fes predeseffeurs, d'or, d'arget, d'efmeraudes, de perles, d'hebene, d'yuoire, de cin decinna lemet qu cefte fe gran toit v серег chat Jes 1 Laux bien iufqu grand com hom fon d vn a riche uoya me a moye ne rel tant va par me dà fe ble, q meille m'en f tent- e tend en larm Depen de que mou tout a toner porting hyreus bre res de crea Le contenti que faci nga que கெட் polefi ya ad mementos nelle ille euers toy e fouet Cleo& des plus preRef* raiANTONI V S 745 de cinnamome,& outre cela, force torches, fagots& eftoupes, tellemét que Cæfar ayat peur que tât de cheuace ne fe perdift,& que cefte femme par defefpoir ne mift le feu dedãs& ne bruflaft vne grande richeffe, luy enuoyoit toufiours quelqu'vn qui luy portoit vn bon mot de fa part, pour l'entretenir en bonne efperance, cependant qu'il approchoit de la ville auec fon armee. Siapprocha tant qu'il vint planter fon camp tout ioignant la ville, dedans les lices, où on auoit accouftumé de piquer& manier les chetaux.Antonius fit vne faillie fur luy& combattit vaillamment, fi bien qu'il repouffa les gés de cheual de Cæfar,& les mena battat iufques dedans leur camp, puis s'en reuint au palais fe glorifiant grandement de cefte victoire,& baifa Cleopatra tout ainfi armé comme il eftoit venu du combat, luy recommandant l'vn de fes hommes d'armes, lequel en cefte efcarmouche auoit tresbien fait fon deuoir,& elle pour loyer de fa vertu luy dóna vn corfelet& c vn armet d'or: mais l'homme d'armes apres qu'il eut eu receu ce riche prefent, la nuit s'en alla rendre à Cæfar. Et Antonius enuoya vne autre fois desfier Cæfar,& luy prefenter le cobat d'home à homme.Cæfar luy fit refponfe, qu'il auoit beaucoup d'autres moyens de mourir que celuy- la- Parquoy Antonius voyant qu'il me reftoit point de plus honnefte moyen de mourir qu'en combattant vaillamment, fe delibera de faire tout fon dernier effort, tant par mer comme par terre:& en fouppant, comme on dit, commanda à fes feruiteurs& officiers domeftiques qui le feruoyent à table, qu'ils luy verfaffent largement à boire,& le traitaffent à la meilleure chere qu'ils pourroyer: Car, dit- il, vous ne fauez fi vous m'en ferez demain autant, ou fi vous feruirez autres maiftres,& peut- eftre ne fera- ce plus rien que de moy, finon vn corps mort eftendu: toutesfois voyant que fes gens& fes familiers fondoyés en larmes en luy oyant dire ces paroles, pour r'habiller ce qu'il a- troit dit, il adioufta qu'il ne les meneroit point en bataille, dont il ne penfaft pluftoft retourner feurement auec la victoire, que y mourir vaillamment auec gloire. Au demeurant cefte nuict mefime enuiron la minuit prefque comme toute la ville eftoit en filece, frayeur& trifteffe, pour l'attente de l'iffue de cefte guerre, on dit que foudainement on ouyt l'harmonie& les fons accordez de toutes fortes d'inftrumens de mufique, auec la clameur d'vne grade multitude, come fi c'cuffent efté des gens qui euffent danfé,& qui fuffent allez chantas ainfi qu'on fait és feftes de Bacchus, auec mouuemés& dafes Satyriques:& fembloit que cefte danfe paffaft tout à travers de la ville par la porte qui refpondoit au camp des ennemis,& que par celle porte toute la trouppe dont on oyoit le bruit, fortift hors de la ville. Si fut aduis à ceux qui auec quelque taifon cercherent l'interpretation de ce prodige, que c'eftoit le dieu, auquel Antonius auoit finguliere devotion de le contrefaire, reen ent fes ee 746 ANTONIVS & affectio de le reflembler, qui les laiffoit. Le ledemain à la point & e de iour il alla parquer le peu de gés de pied qu'il auoit, fur les coftaux, qui font au deu int de la ville,& de là fe prit à regarder fes galeres qui partoyent du port& voguoyent contre celles des ennemis. Si s'arrefta tout de pied coy, attendant de voir quelque exploit des gens de guerre qui eftoyent dedans: mais incontinent que à force de rames ils fe furent approchez, ils faluerent les premiers ceux de Cæfar& ceux de Cafar les refaluerent auffi,& firent des deux vne feule armee, puis tous d'vne flotte voguerent vers la ville. Antonius n'eut pas pluftoft veu cela, que fes gens de cheual l'abandonnerent& fe rendirent à Cæfar,& fes gens de pied furent rempus& desfaits: parquoy il fe retira dedans la ville, criant que Cleopatra l'auoit trahy à ceux contre qui il auoit entrepris& fait la guerre pour l'amour d'elle. Adone elle craignant fa fureur& fa defperance, s'enfuit dedans la fepulture qu'elle auoit fait baftir, là où elle fit ferrer les portes& abatre les grilles& les harfes qui fe fermoyent à groffes ferrures & force barrieres,& cependant enuoya vers Antonius, luy denoncer qu'elle eftoit morte: ce qu'il creut tout aufsi toft,& dit en luy- mefme, Qu'attens- tu plus, Antonitis, quand la fortune ennemie t'a ofté la feule caufe quite reftoit, pour laquelle tu aimois encore à viure? Apres qu'il eut dit ces paroles, il entra en vne chambre& deflaça le corps de fa cuyraffe:& quand il fut defcouuert il fe prit à dire, Cleopatra ie ne fuis point dolent d'eftre priué& feparé de ta compagnie, car ie me rendray tantoft par deuers toy: mais bien fuis ie marry qu'ayant efté fi grand Capitaine& fi grand Empereur, ie foye par effect conuaincu d'eftre moins magnanime& de moindre cœur qu'vne femme. Or auoit- il vn fien feruiteur nommé Eros, duquel il fe fioit,& auquel il auoit long temps auparauant fait donner la foy qu'il l'occiroit quand par luy il en feroit requis: il le fomma lors de tenir fa promeffe: parquoy le feruiteur defgaina fon efpee& l'eftendit comme pour le frapper, mais en deftournant fon vifage d'vn autre cofté, il fe la fourra à foy mefme tout au trauers du corps,& tomba tout mort aux pieds de fon maiftre:& adonc dit Antonius, O gentil Eros, ie te fay bon gré,& eft vertueufement fait à toy, de me monftrer qu'il faut que ie face moy- mefme ce que tu n'as peu faire en mon endroit. En d fant ces paroles il fe donna de Pefpee dedans le vetre,& puis fe laiffa tomber à la réuerfe fur vn petit lict: fi n'eftoit pas le coup pour en mourir foudainement& pourtat l'effufion du fang fe reftreignit vn peu quand il fut couché,& apres qu'il fe fut vn peu réuenu, il pria ceux qui eftoyét là prefens de l'acheuer d'occire: mais ils s'enfuyret tous de la cha bre& le laifferent là criant& fe tourmentant, iufques à ce qu'vn certain fecretaire nommé Diomedes vint par deuers luy, lequel ано Auch cha patra de affe té entr Cleop à des des, de fe dans Gack roit mort mie mon de bas & ti & ti mel fus v Juy, re& voyo du Vin cemo Tuy có Faire f e Pro tour d elle Pe neurs c limm enuo aliserentak cela que les Cala& Tes erinde Pelle Mone dedans la fe sportes Tes ferries Jury de f.& di tune en aimois en vne def de ntoft and ncu me. C- mir Hit 1- & و ANTONI V S. 747 auoit charge de le faire porter dedans le monumet où eftoitCleopatra Quand il feut qu'elle viuoit encore, il commanda de grande affectio à fes gens qu'ils y portaffent fon corps,& fut ainfi porté entre les bras de fes feruiteurs iufques à l'entree: toutesfois Cleopatra ne voulut pasouurir les portes, mais elle fe vint mettre à des feneftres hautes,& deualla en bas quelques chaines& cordes, dedans lefquelles on embarqua Antonius& elle auec deux de fes femmes feulement qu'elle auoit fouffert entrer auec elle de dans ces fepulchres, le tira amont- Ceux qui furent prefens à ce fpe & tacle, difent qu'il ne fut onques chofe fi piteufe à voir: car on tiroit ce poure homme tout fouyllé de fang tirant aux traits de la mort,& qui tendoit les deux mains à Cleopatra,& fe foullenoit le mieux qu'il pouuoit. C'eftoit vne chofe bien malaifee que de le monter, mefmement à des femmes, toutesfois Cleopatra en grande peine s'efforçant de toute fa puiffance, la tefte courbee contre bas lans iamais lafcher les cordes, fit tant à la fin qu'elle le monta & tifa à foy, à l'aide de ceux d'abas qui luy donnoyent courage, & tiroyent autant de peine à la voir ainfi trauailler, comme elle mefme.Apres qu'elle Peut en cefte forté tiré amont,& couché def fus vn lidt, elle defrompit& defchira adonc fes habillemens fur Juy, batant fa poitrine,& s'efgratinant le vifage& l'eftomac: puis luy effuya le fang qui luy auoit fouillé la face, en l'appellant fon feigneur, fon mary& fon Empereur, oubliant prefque fa mifere& fa calamité propre, pour la compaffion de celle où elle le voyoit Antonius luy fit ceffer fa lamentation& demanda à boire du vin, fuft ou pource qu'il auoit foif, ou pource qu'il efperaft par ce moyen pluftoft mourir.Apres qu'il eut beu, il l'admonefta,& luy confeilfa qu'elle mift peine à fauner fa vie, fi elle le pouuoit faire fans honte ne deshonneur,& qu'elle fe fiaft principalemet en Proculeius plus qu'à nul autre de ceux qui auoy ent credit autour de Cæfar:& quant à luy qu'elle ne le lamentaft point pour la miferable mutation de fa fortune fur la fin de fes iours, ains que elle l'eftimaft pluftoft bien- heureux pour les triomphes& honneurs qu'il auoit receu par le paffé: veu qu'il auoit efté en fa vie le plus glorieux, le plus triomphant& le plus puiflant homme de la terre,& que lors il auoit efté vaincu, non lafchement, mais vail lamment, luy qui eftoit Romain par vn autre Romain auffi.Sur le point mefme qu'il rendoit l'efprit, Proculeius arriua que Cæfar enuoyoit: car apresqu'Antonius fe fut frappé, ainfi qu'on le portoie dedans les fepulchres à Cleopatra, l'vn de fes gardes nommé Der cetaus prit l'efpee de laquelle il s'eftoit frappé,& la cacha.puis fe defrobba fecrettement,& fut le premier qui porta la nouvelle de la mort à Cæfar,& en monftra l'efpee encore toute teinte de fang. Cæfar ces nouuelles ouyes, fe retira incontinent au plus fecret de tente& illec fe prit à plorer par copaffion,& a plaindre fa miV's S ANTONIVS. 748 ferable fortune, come de celuy qui auoit efté fon allié& fon beati frere, fon egal en Empire,& copagnon en plufieurs exploits d'ar+ mes& grands affaires: puis appella tous fes amis,& leur monftra les lettres qu'il luy auoit efcrites& fes refpöfes auffi durât leurs differêts& querelles,& comment à toutes les chofes iuftes& raifonnables qu'il luy efcriuoit, l'autre luy refpondoit fierement& arrogamment.Cela fait, il y entoya Proculeius, luy commandant qu'il fift tout deuoir& toute diligéce de faifir Cleopatra viue, s'il pouuoit, pourautat qu'il craignoit que fon threfor ne fuft perdu, & dauantage qu'il eftimoit que ce feroit vn grand ornement& embelliffement de fon triomphe, s'il la pouuoit prendre,& mener viue à Rome. Mais elle ne fe voulut iamais mettre entre les mains de Proculeius: toutesfois ils parlerent enfemble: car Proculeius fe approcha pres des portes, qui eftoyét groffes& fortes& feuremét barrees: mais il y auoit quelques fentes par où lavoix pouuoit paffer,& entendoit on qu'elle demãdoit le royaume d'Aegypte pourfes enfans,& que Proculeius luy refpödit qu'elle euft bonne efperance,& qu'elle ne doutaft point de commettre tout au bon vouloir de Cæfar. Apres qu'il eut bié regardé& confideré le lieu, il vint faire fon rapport à Cæfar, lequel enuoya derechef Gallus pour parlamenter encore vn coup auec elle:& luy fit expreffemět durer le propos cependant que Proculeius faifoit dreffer vne efchelle contre la feneftre haute, par laquelle on auoit monté Antonius& defcendit au dedans auec deux de fes feruiteurs tout cotre la porte, přes de laquelle eftoit Cleopatra, entendant à ce que Gallus luy difoit. L'vne des femmes qui eftoyent leans enfermees auec elle, aduifa d'auenture Proculeйus ainfi qu'il defcendoit& fe prit à crir, Poture femme Cleopatra, tu es prife. Et adóc quad elle vit en fe retournant Proculeius derriere elle, elle cuida fe do ser d'vne courte dague qu'elle auoit tout expreflèment ceinte å fon cofté: mais Proculeius s'aduaça foudainemét, qui l'embraffa à deux mains,& luy dit, Cleopatra, tu feras tort àtoy mefme preinierement,& puis à Cæfar, luy voulant ofter l'occafion de mettre en euidence fa grande bonté& clemence,& donant à fes malwueillans matiere de calomnier le plus doux& le plus humain Prince qui fut onques, comme s'il eftoit perfonne fans merci,& auque il n'y euft point de fiance.En difant cela, il luy ofta la da gue qu'elle portoit,& fecoua fes habillemes de peur qu'elle n'euft dedans quelque poifon cache Depuis Cæfar enuoya I'vn de fes affanchis appellé Epaphroditus, auquel il comanda tres- expreffement de la garder feuremenr,& empefcher, commet que ce fuft qu'elle ne fe desfit,& au demeurat de la traiter le plus doucement & le plnsgracieufement qu'il luy feroit poffible:& de luy il fit ce pendät fon entree en la ville d'Alexandrie,& en allant deuifa auec le philofophe Arrius, le tenant par la main, à celle fin que fescitoyeng forens Phonno là mon mantle pled пои clar Fof pre eco beau ami & in le pl de f tapt ouy bar re en ef de Ce qu tus de enule Quan the po guerre reprec coulut trouue patra e adan Paro Frerenalk alt penda menet tre las mins rooke uft bo tau bo le lieu Gallus emet ef Anque es ANTONI V S. 749 Foyens l'en euffent en plus grande reuerence, voyans que Cafar l'honnoroit fi hautement.Si alla iufques au parc des exercices,& là monta fur vn tribunal haut efleué, qu'on luy auoit preparé, deuant lequel estoit affemblé par fon commandement tout le peuple d'Alexandrie, tremblant de frayeur,& fe iettat par terre à genoux deuant luy, demãdant mifericorde.Cæfar les fit leuer,& declara publiquement qu'il abfoluoit le peuple,& leur pardonnoit Toffenfe& la felonnie qu'ils auoyent commife en cefte guerre, premierement à caufe du fondateur de la ville, Alexadre le grad: fecondement pout la beauté d'icelle, qu'il eftimoit& admiroit beaucoup tiercement pour l'amitié qu'il portoit à fon familier& ami Arrius.Tel honneur fit Cæfar à Arrius, qui luy requit pardo, & interceda pour plufieur autres, mefmement pour Philoftratus le plus difert& le plus eloquét de tous les fophiftes& rhetoriciës de fon temps, pour parler promptement& à l'improuueu, mais qui fe difot philofophe Academique à fauffes enfeignes:& pourtant Cæfar qui hayfloit fa nature& fes mœurs, ne vouloit point ouyr fes prieres: à l'occafion dequoy il laiffoit croiftre vne logue barbe blanche,& fuyuoit Arrius pas à pas veftu d'vne robbe noire en dueil, luy repetant toufiours& aileguant vn vers Grec, qui eft de telle fubftance: Gens de fauoir les fauans vont fauuant. Ou ils ne font eux- mefmes pas fawans. Ce qu'entendant Cæfar,& voulant non tant deliurer Philoftratus de la peur qu'il auoit, comme defcharger Arrius de la haine& enuie quien pourroit fourdre encontre luy, le receut à merci. Quant aux enfans d'Antonius, Antillus le fils aifné de Fuluia fut tué, pource que Theodorus fon gouvernant le liura aux gens de guerre qui luy couperet la tefte:& luy ofta le mefchant, vne pierre precieufe de bien grande valeur qu'il portoit au col, laquelle il coufut en fa ceinture,& puis nia qu'il l'euft prife, mais il en fuit trouué faifi, parquoy Cæfar le fit mettre en croix. Ceux de Cleopatra eftoyét gardez auec leurs gouuerneurs& ceux qui auoyét foin de leurs perfonnes,& les nourriffoit- on honnorablement. Quant à Cæfarion, qu'on difoit eftre fils de Iulius Cæfar, fa mere Pauoit enuoyé aux Indes par l'Aethiopie auec vne groffe fomme d'argent: mais vn autre fien gouuerneur nommé Rodon, femblable à Theodorus, luy perfuada qu'il s'en retournaft,& que Cæfar le rappelloit pour luy bailler le royaume de fa mere:& come Ca far deliberoit qu'il en deuoit faire, Arrius luy dit, Pluralité de Cæfars n'eft point bonne: faifant allufion à vn vers d'Homere, où il y a, Pluralité de feigneurs n'eft point bonne. Parquoy Cæfar le fit depuis mourir apres la mort de Cleopatra Plufieurs Princes, Capitaines& Rois requirent à Cæfar le corps 730 ANTONIVS. Palla pr Poing elle ador bien da ceft ho mifera Pay p propr en par Odau tu me ce pro fluy f d'Antonius pour l'enfepulturer: mais il ne le voulue point ofter à Cleopatra,& fut inhumé royalement& magnifiquement par les mains d'elle mefme, à qui il fut permis de prendre pour employer à fes funerailles tout tant qu'elle voulut.Or eftoit elle ou tree de trifteffe& de melancolie,& enfemble auffi de douleur, pourautant qu'elle s'eftoit cant batu la poitrine par deftreffe, que elle en auoit le fein tout meurtri,& eftoit en plufieurs lieux viceree aucc inflammation, tellement qu'elle en prit la fieure: dont elle fut bien aife, penfant que ce luy feroit vne bonne couleur pour s'abftenir de manger, au moyen dequoy elle pourroit finir & efteindre fa vie fans empefchement. Elle auoit vn medecin nommé Olympus, auquel elle fe defcouurit,& luy confeffa la verité, afin qu'il fuy aidaft à fe deliurer de fa vie, ainfi cóme Olym pus mefme a faillé par efcrit, lequel a compofé& mis en lumiere vne hiftoire de ces chofes: mais Cæfar s'en douta par quelques coniectures qu'il en eur,& luy fit peur, en la menaçant de faire mourir fes enfans honteufemět: aufquelles menaces elle fe rendit incontinent, ne plus ne moins que fi c'euffent efté coups de baterie,& depuis fe laiffa medeciner& nourrir, comme on voulut.Peu de iours apres, Cæfar luy- mefme en perfonne l'alla vifiter pour parler à elle& la reconforter: elle eftoit couchee fur vn petit lict bas en bien poure eftat: mais fi toft qu'elle le vit entrer en fa chambre, elle fe leua foudain,& s'alla ietter toute nue en chemife à fes pieds eftant merueilleufement des figuree, tät pour fes cheueux qu'elle auoit arrachez, que pour fa face qu'elle auoit def chiree auec les ongles,& fi auoit la voix foible& tremblate, les yeux battus& fondus à force de larmoyer continuellement:& fi pouuoit- on voir la plus grande partie de fon eftomac defchiré & meurtri.Bref le corps ne fe portoit guere bie mieux q l'efprit: neantmoins fa bonne grace,& la vigueur& force de la beauté n'eftoit pas du tous efteins: ains encore qu'elle fuft en fi piteux eftat, elle apparoiffoit du dedans,& fe demonftroit aux mouuemens de fon vifage.Apres que Cæfar l'eut fait recoucher,& qu'il fe fut affis aupres d'elle, elle commença à vouloir deduire fes defenfes,& alleguer fes iuftifications, s'excufant de ce qu'elle auoit fait,& s'en defchargeant fur la peur& la crainte d'Antonius.Cafar au contraire la conuainquoit à chafque point& article: parquoy elle tourna tout foudain fa parole à luy requerir, pardon & implorer fa merci, comme fi elle euft eu grande peur de monzir& bonne enuie de viure.A la fin elle luy bailla vn bordereau des bagues& finaces qu'elle pouuoit auoir.Mais il fe trouua là de aduenture I'vn de festhreforiers nommé Seleucus, qui la vint debant Cæfar conuaincre, pour faire du bon valet, qu'elle n'y auoit pas tout mis,& qu'elle en recefoit fiemmet& retenoit quelques chofendent elle fat fi fort pieffee d'impatience de cholere, qu'el le l'alla retenu traiter fauroi l'auoi il vnie I'vn de wers Ch auoit pr Syrie fes enfan Cafar, derni tant pe toux em armes au eftant fertes& fend on , do Roy:' a de mo ale Se Receux eine heure: do couleur Telecin Sme Olym entre ques t detare le fe re Coups de on you vifiter -пред eren heANTONI V S. 750 le Palla prendre aux cheueux,& luy donna plufieurs coups du poing fur le vifage, Cæfar s'en prit à rire,& la fit cefler.Helas! dic elle adonc, Cæfar, n'eft ce pas vue grande indignité, que tu ayes bien daigné prendre la peine de venir vers moy,& m'ayes fait ceft honneur de parler auec moy chetine reduite en fi piteux& miferable eftat,& puis que mes feruiteurs me viennent accufer fi Pay peut eftre mis à part& referué quelques bagues& ioyaux propres aux femmes, non point, helas! pour moy mal- heureuſe en parer, mais en intention d'en faire quelques petits prefens à O& auia& à Liuia, à celle fin que par leur intercefsion& moyen tu me fuffes plus doux& plus gracieux.Cæfar fut tres ioyeux de ce propos, fe perfuadant de là, qu'elle defiroit fort affeurer fa vie: fi luy fit refpofe, qu'il luy donnoit non feulement ce qu'elle auoir retenu pour en faire du tout à fon plaifir, mais qu'outre cela il la traiteroit plus liberalement& plus magnifiquement qu'elle ne fauroit efperer:& ainfi prit conge d'elle:& s'en alla penfant bien l'auoir trompee, mais eftant bien trompé luy- mefme. Or y auoitil vn ieune gentil- homme nommé Cornelius Dolabella qui eftoit I'vn des mignons de Cæfar,& n'eftoit point mal affectionné enuers Cleopatra: ceftuy luy manda fecrettement, comme elle l'en auoit prié, que Cæfar fe deliberoit de reprendre fon chemin par la Syrie,& que dedans trois iours il la deuoit enuoyer deuat auec fes enfans.Quand elle eut entendu ces nouuelles, elle fit requefte à Cæfar, que fon bon plaifir fuft de luy, permettre, qu'elle offrift les dernieres oblations des morts à l'ame d'Antonius: ce que luy eftant permis, elle fe fit porter au lieu de fa fepulture,& là à genoux embraflant le tombeau auec fes femmes, le prit à dire, les larmes aux yeux, cher feigneur Antonius, ie t'inhumay n'agueres eftant encore libre& franche,& maintenant te prefente ces offertes& effufions funebres eftant prifonniere& captiue,& me defend on de defchirer& meurtrir de coups ce mien efclaue corps, dont on fait foigneufe garde feulement pour triompher de soy: n'attens donc plus autres honneurs, offrandes, ne facrifices de moy: celles- ci font les dernieres que Cleopatra te peut Saire, puis qu'on l'emmeine. Tant que nous auons vefcu, rien ne nous a peu feparer d'enfemble: mais maintenant à noftre mort ie fais doute qu'on ne nous face echanger les lieux de noftre naiffan ce:& comme toy Romain as efté ici inhumé en Aegypte, auffi moy mal heureufe Aegyptiene ne fois enfepulturee en Italie, qui fera le feul bien que l'auray receu de ton pays. Si donc les dieux de là où tu es à prefent, ont quelque authorité& puiffance, puis que ceux de par deça nous ont abandonnez, ne fouffre pas qu'on emmeine viue ten amie,& n'endure qu'en moy on triomphe de toy, ains me reçoy auec toy,& m'enfeueli en vn mefme tombeau: Gar combien que mes maux foyent infinis, il n'y en a pas vn qui fes def es ré t: é 752 ANTONIVS. c'em'ait efté fi grief à fupporter, come le peu de temps que i'ay elté contrainte de viure fans toy.Apres auoir fait telles lamentations, & qu'elle eut enuironné le tombeau de bouquets, feftons& chapeaux de fleurs,& qu'elle l'eut ambraffé fort affectueufement, elle comanda qu'on luy appreftaft vn bain: puis quand elle fe fut baignee& lauee, elle fe mit à table, où elle fut feruie magnifiquemēt, Et cependant qu'elle difnoit, il arriua vn payfant des champs qui apportoit vn pannier: les gardes luy demanderent incontinent, que c'eftoit qu'il portoit leans: il cuurit fon pannier& ofta les fuenles de figuier qui eftoyent deffus,& leur monftra que ftoyet des figues. Ils furet tous efmerueillez de la beauté& groffeur de ce fruit.Le payfant fe prit à rire,& leur dit qu'ils en priffent s'ils vouloyent: il creurent qu'il dift vray,& luy dirent qu'il les portaft leans. Apres que Cleopatra eut difné, elle enuoya à Cæfar vnes tablettes efcrites& feellees,& commanda que tous les autres fortiffent des fepultures où elle eftoit, forts fes deux fëmes: puis elle ferma les portes.Incontinent que Cæfar eut ouuert ces tablettes& eut commencé à y lire des lamentations& fupplications, par lefquelles elle le requeroit qu'il vouluft la faire inhu mer auec Antonins, il entendit foudain, que c'eftoit à dire,& y cui da aller luy mefme: toutesfois il enuoya premierement deuant en diligence voir que c'eftoit.La mort fut fort foudaine, car ceux que Cæfar y enuoya, accoururent à grande hafte,& trouuerent les gar des qui ne fe doutoyent de rien, ne s'eftans aucunement apperceus de cefte mort: mais quand ils eurent ouuert les portes ils trouuerent Cleopatra roide morte couchee fur vn li& d'or, accouftree de fes habits Royaux,& I'vne de fes femmes, celle qui auoit nom I- ras, morte auffi à fes pieds:& l'autre Charmion à demi morte& ia tremblante, qui luy raccouftroit le diademe qu'elle portoit à lentour de la tefte: il y eut quelqu'vn qui luy dit en courroux. Cela eft- il beau Charmion? Tres- beau, refpondit- elle,& conuenable à vne Dame extraite de la race de tant de Roys. Elle ne dit iamais autre chofe, ains cheut en la place toute morte aupres du li& t. Aucuns difent qu'on luy apporta l'afpid dedans ce pannier auec les figues,& qu'elle l'auoit ainú commandé qu'on le cachaft de fueil les de figuier, à fin que quand elle penferoit prendre des figues, le ferpet la picquaft& mordift, fans qu'elle l'apperceuft premiere: mais que quad elle vouluft ofter les fueilles pour prédre du frui elle l'apperceut,& dit, Es- tu donc icy?& qu'elle luy tendift le bras tout nud pour fe faire mordre.Les autres difent qu'elle legardoit dedans vne buye,& qu'elle le prouoqua& irrita auec yn fufeau d'or, tellement que le ferpent courroucé fortit de grand roideur, & luy picqua le bras: mais il n'y a perfonne qui en fache rien à la verité.Car on dit mefme qu'elle auoit du poifon caché dedas vne petite rape oueftrille creufe qu'elle portoit entre fes cheueux,& tou coutefoi apperce cofte er dit- on la me tes.A bras ble phe bras fuft fo la gra huma Anto Dora ans, nius cut c ftaru tra de Bable don C llas. Edona hean& ' apre tour c andil Marcel Remov de pri es deafe Cut ouert aire in & y c anten que es gar rceus ние ede mlxia en" ela e à ais U- es eil le e: & $ Ա 13 ne & nc ANTONI V S. 753 toutefois il ne fe leua nulle tache fur fon corps, ne n'y eut aucune apperceuance ne figne qu'elle fuft empoifonnee: ny auffi d'autre cofté trouua- on iamaisdedans le fepulchre ce ferpent, feulement dit- on, qu'on en vit quelque fray& quelque trace fur le bord de la mer là où regardoit ce fepulchre, mefmemét du cofté des portes. Aucuns difent qu'on apperceut deux picqueures en l'vn de fes bras fort petites,& qui n'apparoiffoyet quafi point: à quoy il femble que Cæfar luy- mefme adioufta foy, pource qu'en fon triomphe il fir porter l'image de Cleopatra, qu'vn afpid mordoit au bras. Voila comme on dit qu'il en alla.Quat à Cæfar cóbien qu'il fuft fort marry de la mort de cefte femme, fi eut- il en admiration la grandeur& nobleffe de fon courage,& commanda qu'on inhumaft royalement& magnifiquement fon corps auec celuy de Antonius,& voulut aufsi que fes femmes euffentpareillement honorables funerailles.Cleopatra mourut en l'aage de trete& huit ans, apres en auoir regné vingr& deux,& gouuerné auec Antonius plus de quatorze. Touchat Antonius, les vns difent qu'il vefcut cinquante trois ans, les autres cinquante& fix: mais toutes fes ftatues, images& medalles furent abbatues,& celles de Cleopotra demeurerent en leurs places, moyennant qu'Archibius l'vn de* Six cens fes amis donna à Cæfar mille tales, à ce qu'on ne leur fift le femmille efcus blable qu'à celles d'Antonius: illaiffa fept enfans de trois femmes dont Cæfar en fit mourir l'aifné feulement de Fuluia nomé Antyllus.O& auia prit tous les autres& les fit nourrir auec les fiens, & dona en mariage Cleopatra fille d'Antoniusau Roy Iuba tresbeau& gracieux Prince:& fut Antonius fils de Fuluia fi grand, qu'apres Agrippa, qui auoit le premier lieu& degré d'honneur autour de Cæfar,& apres les enfans de Liuia qui auoyent le fecond, il eftoit au troifieme:& dauantage Octauia ayant eu de fon premier mari Marcellus deux filles,& vn fils nommé auffi Marcellus, Cæfar donna à ce fils fa fille en mariage,& par mefme moyen l'adopta pour fon fils,& O& auia donna en mariage I'vne de fes filles à Agrippa. Mais quand Marcellus fut mort, vn peu de temps apres qu'il eut efté marié, voyant que Cæfar fon frere eftoit empefché de choifir& eflire d'entre fes amis quelque vn de qui il fe fiaft pour en faire fon gendre, elle luy porta parole qu'il falloit qu'Agrippa efpoufaft fa fille, vefue de Marcellus, en laiffant la fiene d'elle: à quoy s'accorda Cæfar premierement,& puis apres Agrippa,& par ainfi elle retira fa fille& la maria à An tonius,& Agrippa efpoufa Iulia la fille de Cæfar.Il reftoit encore les deux filles d'O& auia& d'Antonius. Domitius Anobarbus en efpoufa l'vne:& l'autre la ieuhe Antonia Dame tant renommee pour fa finguliere beauté& pour fa pudicité, fut mariee à Drufus le fils de Liuia& beau fils de Cæfar, duquel mariage nafquirent Germanicus& Clodius, defquels, Clodiusfut depuis Empereur:& bbb 754 ANTONIVS. des enfans de Germanicus l'vn qui eut nom Caius le fut auffi,& apres auoir regné defordonnément quelque peu de temps, fut tué quec fa femme& fa fille:& Agrippina ayant vn fils Lucius Domi tius de fon premier mari Enobarbus, fut remariee à Clodius, qui adopta fon fils,& l'appella Nero Germanicus, lequel a tenu l'Em pire de noftre temps,& a fait mourir fa mere,& s'en a peu fallu qu'il n'ait ruiné l'Empire des Romains par fa mefchanceté& furieufe folie, eftant en nombre le cinquieme fucceffeur de l'Empire depuis Antonius. LA COMPARAISON DE DEMETRIVS AVEC ANTONIVS, R comme ainfi foit que l'vn& l'autre, à fauoir Demetrius& Antonius, ayent cela commun entre eux, que tous deux ont efté fuiets à plufieurs changemens& gra des mutations de fortune, confiderons maintenât quelJe à efté& dont eft procedee la puiffance de l'vn& de l'autre,& comme ils font venus à fi grande authorité. Premierement, il eft certain que la puiffance de Demetrius luy eftoit hereditaire& de uant acquife par fon pere Antigonus, lequel s'eftoit fait le plus puiffant de tous les fucceffeurs d'Alexandre,& auoit conquis la meilleure& la plus grande partie de l'Afie auant que Demetrius fuft en aage. Antonius au contraire eftant né d'vn pere homme de bien, mais qui au demeurant n'eftoit point homme de guerre, & qui ne luy auoit laiffé nul moyen d'acquerir fi grande gloire, s'ofa entremettre de l'Empire de Cæfar, qui par droit hereditaire ne luy appartenoit en rien,& fe fit de luy- mefme fucceffeur de la puiffance que l'autre par fon labeur& trauail auoit conquiſe,& deuint fi grand fans aide d'autruy par fon moyen feulement, que eftant l'Empire du monde diuifé en deux parties, il en eut l'vne,& prit celle de la plus grade apparéce. Luy abfent par fes miniftres & lieutenans desfit en bataille plufieurs fois les Parthes,& ragea les nations barbares qui habitent à l'entour du mont de Caucafus, iufques à la mer de Hyrcanie. Et cela mefme qu'on luy tour ne à blaíme& à reproche porte tefmoignage de fa grandeur. Car le pere de Demetrius luy fit efpoufer a grand ioye Philla la fille d'Antipater, combien qu'elle fuft fur- aagee pour luy, à caufe que elle eftoit de plus noble maison que luy:& ce qu'on reprochoit à Antonius, eftoit le mariage de Cleopatra, Dame qui furpaffoit en puiffance& nobleffe de fang tous les Roys de fon temps, excepté Arfaces:& fe fit de luy- mefme fi puiffant, que les autres l'eftimoyent digne de plus grandes chofes que luy mefme ne vouJoit. Quant à la volonté& intention qui mouuoit l'vn& l'autre à conquerir Empire: elle eftoit droite& irreprehenfible en Demetrius rias, qui de tout doming rannid guere plus ton tus, à fon uant la Gr vies, n occis fes qu cence fes en fuft b hon inhu renuo dons qu proper dre que calions hut en ement ait que fort que drs de The fo selb J.M Herc Cleopa ancete TRIVA reely mensura renat qel Paurre mental e ire& de le plus uis la etrius Omme erre oires taire de la ,& que e,& tres gea ca Cour Car ille que en pté fti-nore à me trius DEMETRI VS. 555 erius, qui vouloit dominer& regner fur des peuples qui auoyent de tout temps accouftumé,& qui demandoyent à eftre regis& dominez par Roys: inais celle d'Antonius eftoit mefchante& tyrannique, par laquelle il vouloit afferuir le peuple Romain, nagueres efchappé& deliuré de la Monarchie de Cæfar. Mefine le plus grand& le plus fameux exploit d'armes que fit onques Antonius, à fauoir la guerre en laquelle il defconfit Caffius& Bru tus, ne fut entrepriſe à autre fin, finon pour ofter à fes citoyens& à fon pays leur liberté& franchife: là où Demetrius encore deuant que fortune l'eut reduit à l'extremité, ne ceffa d'affranchir la Grece,& de chaffer les garnifons qui tenoyent les villes afferuies, non pas comme Antonius qui fe glorifioit& ventoit d'auoir occis ceux qui auoyent remis Rome en fa liberté. L'vne des chofes que plus on loue en Antonius, c'eft fa liberalité& magnifi cence, en quoy Demetrius le furpaffa de tant qu'il donna plus à fes ennemis, que ne fit onques Antonius à fes amis, combien qu'il fuft bien eftimé à caufe qu'il ordonna que le corps de Brutus fuft honnorablement& fomptueufement enfeuely. Mais ceftuy- cy fit inhumer tous fes ennemis qui eftoyent morts en la bataille,& renuoya à Ptolomæus tous ceux qu'il auoit pris auec prefens& dons qu'il leur fit.Ils eftoyent bien tous deux infolens en leurs profperitez& diffolus en voluptez& delices: mais on ne fauroit dire que, iamais Demetrius ait laiffé efchapper ne perdre les occafions de faire de grandes chofes, pour vaquer à fes plaifirs, ains fe laiffoit aller aux delices& voluptez feulement alors qu'il e- ftoit en trop grand loifir:& prenoit fon plaifir de Lamia veritablement, comme on feroit à ouyr conter des contes, quand on ne fait que faire,& qu'on a grande enuie de dormir: mais quand il e- ftoit queftion de faire les apprefts de la guerre, il n'y auoit point alors de lierre à fa lance, ny fon armet ne fentoit point les perfus, ny ne fortoit point des cabinets des Dames poly& mignon pour aller à la bataillezains laiffo it repofer les danfes& faifoit ceffer tous efbatemens,& deuenoit comme dit le poëte Euripides. Soldat de Mars cruel inhumain. Briefil ne luy mef aduint iamais par fa pareffe, ny par fe troparrefter& eftre fuiet à fon plaifir: mais comme nous voyons destableaux de pourtraiture, là où Omphaleofte fecrettemet la maffue à Hercules,& luy defpouylle fa peau de Lion: auffi fouuentefoisCleopatra defarmoit Antonius& l'attiroità foy, luy faifant laiffer efchapper de fes mains des affaires de grade importace& des vo yages& expeditios neceffaires, pour s'en venir iouer& folaftrer auec elle à l'entour des riuages de Canobus& de Taphofiris.Età la fin tout ainficôme Paris s'efayt de la bataille& s'e alla cacher, entre le bras d'Helene, auffi fit- il luy au fein de Cleopatra, ou pou mieux dire, Paris fe cacha dedas le cabinet d'Helene, mais Anter bbb ij 756 ANTONIVS. nius pour future Cleopatra s'enfuyt& laiffa perdre la victoire. Dauantage Demetrius auoit plufieurs femmes efpoufees en va mefme temps, ce qui n'eftoit point reprochable ne defendu entre les Roys de Macedoine, ains eftoit vne chofe vfitee depuis Philippus& Alexandre, ainfi comme en auoyent auffi Lyfimachus & Ptolomæus,& portoit honneur à toutes celles qu'il efpoufoit. Mais Antonius premierement efpoufa deux femmes enfemble, ce que nul Romain n'auoit iamais ofé faire.Secondement il delaiffa & chaffa la Romaine,& celle qu'il auoit legitimement efpoufee, pour l'amour d'vne eftrangere,& qu'il auoit feulement prife par amourettes,& non felon l'ordonnance des loix: pourtant ne mefcheut- il iamais à celuy- là pour tort qu'il euft fait à fes femmes,& à ceftuy- cy fes plus grands maux luy en aduindrent. Il est bien vray qu'entre les faits d'Antonius, il n'y a point vne telle mefcha ceté qu'il y a entre ceux de Demetrius: çar les hiftoriens efcriuet qu'on ne laiffoit point entrer les chiens entour le chafteau d'Athenes, pourautant que c'eft la befte entre toutes les autres qui fe mefle le plus publiquement auec les femelles,& luy dedans le temple mefme de Minerue couchoit auec des courtifanes,& illec corrompit& viola plufieurs bourgeoyfes de la ville:& outre ce le vice qu'on penferoit eftre le moins meflé parmy ces diffolutions & delices, à fauoir la cruauté, eft coniointe à la concupifcence de Demetrius, lequel laiffa, ou pour mieux dire, contraignit de mou rir piteufement le plus beau& le plus chafte ieune enfant de tous les Atheniens, pour euiter qu'il ne fuft pris à force.Et pour en dire ce qui eft en fomme, Antonius par fon incontinence ne faifoit tort qu'à luy- mefme,& Demetrius qu'à autruy.Quant à fes parés, Demetrius ne forfit iamais aucunement,& Antonius abandonna le frere de fa mere à la mort pour pouuoir occire Ciceron, chofe qui de foy eft fi damnable, fi mefchante& fi cruelle, qu'à grande peine meriteroit- il qu'on la luy pardonnaft, encore qu'il euft efté contraint de faire mourir Ciceron pour fauuer la vie à fon oncle. Quant à ce qu'ils faufferent leur foy& violerent leur ferment, I'vn arreftant Artabazus prifonnier,& l'autre en tuant Alexander, Antonius fans point de doute auoit vne couleur de caufe veritable car l'autre l'auoit trahy& abandonné en la Medie: mais Demetrius, à ce que plufieurs difent, controuua les charges qu'il mit fus fauffement à Alexander pour couurir le meurtre qu'il a- uoit commis:& tienent qu'il calomnia celuy auquel il auoit fait tort luy mefme& ne fe vengea pas de celny, qui luy en vouloit faire D'autre part Demetrius luy- mefme faifoit fes beaux faits & exploits d'armes que nous auons recitez de luy,& au contraire Antonius quad il n'y eftoit pas en perfonne, gaignoit de tres- bel les& grandes vi& oirespar fes lieutenas:& furent deftruits& desfais tous deux cftans en perfonne à la bataille, mais no pas pourtant M Wat tout Que les bandon bien& que la nemi gard Touer repre & apr gaign comm Pray grand en la elpaule pile per ARTOXERXES. 757 tant tout d'vne mefme forte: car l'vn fut deftitué de fes ges, pource que les Macedoniens l'abandonnerent:& l'autre au contraire, a- bandonna les fiens: car il s'en fuyt laiffant ceux qui pour fon bien& fon höneur fe hazardoyent au peril de la mort, tellement que la faute que fit l'vn, gift en ce qu'il aliena& fe rédit ainfi ennemis ceux qui combatoyent pour luy,& de l'autre en ce qu'il de laiffa fi lafchement ceux qui luy portoyent fi grand amour,& luy gardoyent fi loyaument la foy. Touchant la mort, on ne la fauroit fouer ny en l'vn ny en l'autre, mais encore y a- il plus à blafmer& reprendre en celle de Demetrius, qui fe laiffa prendre prifonnier, & apres qu'il fut pris& cofiné, eut bie le cœur de vouloir encore gaigner trois ans de refpit, pour feruir à fon vetre& à fa bouche comme les beftes mues: quant à Antonius, il fe desfit luy- mefme, vray dire bien timidement& miferablement à grand regret& à grande peine, mais au moins fut- ce deuant que fos corps vint en la puiffance de fon ennemi. at e mel emmes& Debien telle tech An eith affeaud rres quife dedans le ARTO XERXES. ,& illec tre cele lutions nce de e mod e tous en diaifoit ares, Onna hole nde efté cle. ents kanve mais u'il 1afait Toit its ire -bel desourtang PERS.R RIHAXERCES RTO XERXES le premier de ce no entre les Roys de Perfe, Prince debonnaire& magnanime autant que nul autre de fa maifon, fut fur- nommé Longue main, pourautant qu'il auoit la main droite plus longué que la gauche,& fut fils du Roy Xerxes: mais le fecond duquel nous entendons efcrire prefentement fut fur- nom thé Mnemon, c'eft à dire, grande memoire,& fut fils de la fille du premier car le Roy Darius& fa femme Paryfatis eurent quatre enfans mafles, dont l'aifné fut ceftuy Artoxerxes, le fecond fut Cyrus,& deux autres plus ieunes, Oftanes& Oxathres. Cyrus Porta dés le commencement le nom du premier ancien Cyrus, qui vaut autant à dire en langage Perfien, comme le Soleil: mais bbb ij 758 ARTOXERXES. Arroxerxes parauant s'appelloit Arficas, combien que Dinon efcriue qu'il fe nommoit Oarfes: toutefois il n'eft pas vray- feniblable que Ctefias, encore que fes liures au demeurant foyent pleins de toute forte de fables, non feulement incroyables, mais auffi folles& fottes, aitignoré le nom du Prince a- nec lequel il fe tenoit, qu'il feruoit& fuyuoit ordinairement, luy, fa femme& fes enfans. Or fut toufiours Cyrus des fon ieune aage de nature ardente& vehemente,& Artoxerxes au co traire plus doux& plus attrempé en toutes fes actions,& eftoyet fes affections& paffions plus moderees& moins violentes. Il eut pour femme vne belle& honnefte Dame, laquelle il efpoufa par de commandement de fon pere& de fa mere,& depuis la recint contre leur volonté& par deflus leur defenfe: car le Roy Darius fon pere ayant fait morir le frere d'elle, v oloit qu'elle mefme mouruft auffi: mais il fupplia tant fa mere,& fit tant par fes larmes& prieres enuers elle, qu'il obrint en fin à grade peine, nó fett lemét qu'elle ne mourroit point, mais auffi quelle ne feroit point feparee d'auec luy.Ce neantmoins la mere portoit toufiours plus d'affectio à Cyrus qu'à luy,& defiroit qu'il fuft Roy apres la mort de fon pere. A l'occafion dequoy Cyrus eftant en fon gouuernement des prouinces maritimes de l'Afie, quad on luy manda qu'il s'en vint à la cour, lors que fon pere, deuint malade de la maladie dont il mourut, il s'y en alla en aref grande efperance, que fa mere auoit fait enuers fon pere qu'il le declareroit par teftament fon fucceffeur au royaume de Perfe: pour autant mefmement que Paryfatis alleguoit vne raifon où il y auoit quelque apparence de laquelle l'ancien Xerxes s'eftoit autrefois aidé en cas peril, par le confeil de Demetrius: car elle difoit auoir eufanté Arficas auant que Darius fon mari fuft Roy,& Cyrus depuis qu'il eftoit venu à la courone: toutefois elle ne le peut obtenir, ains fut le fils aifné Arficas declaré fucceffeur du royaume de Perfe,& fur- nomé Artoxerxes,& Cyrus gouuerneur de la Lydie,& lieutenant general du Roy en toutes les prouinces baffes& maritimes de PAfie.Or peu de tours apres le deces de Darius le nouueau Roy Artoxerxes s'en alla à Pefargades, pour illec eftre facté par les preftres du Pays de Perfe.Ce lieu de Pefargades eft vn teple dedié à vne deeffe des armes, qui eft Minerue, come ie penfe,& faut que le Roy qui y entre pour eftre cofacré, defpouylle fa robbe,& vefte celle que l'ancien Cyrus portoit auparauat qu'il fuft Roy: faut encore qu'il mange d'vn tourteau fait de figues auec du terebinte, qu'il boiue d'vn bruuage compofé de vinaigre& de lait.S'il y a deuãtage quelques autres ceremonies fecrettes qu'il foit tenu de faire, il n'y a perfonne que les preftres qui en fache rien.Mais fur le point qu'Artoxerxes eftoit preft de faire toutes ses ceremonies, Tiffaphernes s'en vint deuers luy,& luy amena I'va Findes fon enf fon de n'auo plus cufa Te lors ple uent fur le faire cheu pleu le in Her pas fait dre enco les ar pas re Belper tu aut euft v qu'il e aint c anned Quers PROST Ro leco Cyardesin teres aud foret let elpala pat Roy Dorins elle nime roit point ours plas la mort uernequ'il malaue fa ment que nce ril, cas nt de py S t C. e es TE ARTOXERXES. 759 I'vn des preftres, qui auoit efté precepteur& maiftre de Cyrus en fon enfance, luy ayant enfeigné l'art de la Magie,& qui par raifon deuoit eftre autant ou plus que nul autre, marry de ce qu'il n'auoit point efté declaré Ray. Ce qui fut caufe qu'on adioufta plus de foy aux charges, qu'il vint propofer contre luy.car il l'ac cufa d'auoir confpire à l'encontre de la perfonne du Roy fon fre re,& d'auoir entrepris de le tuer en trahyfon dedans le temples lors qu'il defpouylleroit fa robbe.Aucuns difent que fur cefte fim ple accufation verbale, Cyrus fut faifi au corps. Les autres efcriuent qu'il entra dedans le temple, là où s'eftant caché, il fut pris fur le fait& defcouuert par le preftre: mais ainfi qu'on le voulois faire mourir, fa mere le prit entre les bras,& des treffes de fes cheueux luy entourtilla le col,& le lia eftroitemet auec le fien, en pleurant fi chaudement, criät& fuppliant le Roy fon fils auecte le inftance, qu'elle luy fauua la vie,& le fit renuoyer en fon gouuernement: duquel neantmoins il ne fe contenta point& ne mic pas tant en fa memoire la grace que le Roy fon frere luy auoit faite en luy donant la vie, que le defpit de ce qu'il l'auoit fait pré dre prifonnier: de maniere que pour ce mal taler, il defira depuis encore plus que iamais, fe faire Roy. Aucuns ont efcrit qu'il pric les armes& fe rebella contre fon frere, pouraurant qu'il n'auoit pas renenu fuffifant pour entretenir l'eftat de fa maifon& defa defpenfe ordinaire: mais c'eft folie de dire cela: car quad il n'euft eu autre moyé que de fa mere, il pouuoit auoir d'elle tout ce qu'il euft voulu prendre,& qu'il euft feu demander:& pour monftrer qu'il eftoit de foy affez riche, il ne faut alleguer que les gens de guerre eftrangers qu'il entretenoit à fa folde en plufieurs lieux, ainfi come l'efcrit Xenophon: car il ne les mit pas enfemble tout à vn coup, pource qu'il defiroit tenir fon entreprife cachce le plus qu'il pourroit, ains auoit des feruiteurs& amis qui les leuoyent en diuers lieux& fous diuerfes occafions,& fi auoit fa mere, laquelle eftant aupres du Roy deftournoit tous les foupçons qu'on conceuoit à l'encontre de luy:& luy aufsi de fa part pendant qu'il fai feit fes apprefts, eferiuoit toufiours fort humblement à fon frerea en luy demandant aucune fois quelque chofe,& aucune fois coritrechargeant& accufant Tiflaphernes, à celle fin qu'il fuft aduis au Roy que c'eftoit à luy, à qui il en vouloit,& contre qui tout for courroux& toute fa ialoufie s'addreffoit: auec ce que la nature du Roy de foy- mefine eftoit yn petit pefante& endormie, ce que le comun eftimoit proceder de douceur& d'humanité.Il eft bien tray qu'à fon aduenement à la couronne, il enfuyuit fort la benignité& debonaireté du premier Artoxerxes dot il portont le no: car il efcoutoit plus gracieufement ceux qui auoyent à faire à luy honorcit& recompenfoit plus largement ceux qui l'anoyent the sité,& faifoit punir les delinquas aure telle mordeartio, qu'il daw bbb itij TR ARTOXERXES. que 760 noit affez à conoiftre que ce n'eftoit point par appetit de vengea ce, ne par volonté defordonnee d'outrager perfonne qu'il le faifoit: quand il receuoit des prefens, il ne monftroit pas moins Juy d'aife& de bonne chere enuer ceux qui les luy donnoyent, & donnoit auec autant de franchife& de bonté: car toute chofe qu'on luy prefentoit, pour petite ou legere qu'elle fuft, il ne la def daignoit point, ains l'acceptoit de bié bon cœur.Come il dit vn iour d'vn nommé Romifes, qui luy faifoit prefent d'vne pōme de grenade belle& groffe à merueilles: Par le Soleil, dit- il, c'eft ho me icy en peu de temps feroit d'vne petite ville vne groffe cité, qui luy donneroit à gouuerner. Vne autre fois il y eut vn poure homme de meftier, qui voyant que chacun offroit quelque prefent au Roy, l'vn d'vne chofe,& l'autre d'vn autre, ainfi qu'il paffoit,& ne trouuant promptement autre chofe en fon chemin qu'il luy peuft offrir, s'en courut à la riuiere, là où il puifa de l'eau en fes deux mains,& la luy alla prefenter. Le Roy Artoxerxes en fut fi aife& le trouua; fi bon, qu'il luy enuoya dedans vne coupe d'or mafsif mille Dariques, qui eftoyent pieces d'or ainfi nommees, pource que l'image de Darius y eftoit imprimee. Et à vn Lacedæmonien nommé Euclidas, qui luy difoit audacicufemét plufieurs paroles fafcheufes, il fe contenta de luy faire refpondre par vn de fes Capitaines: Il t'eft loyfible de me dire ce qu'il te plaift: mais a moy q fuis Roy, il m'eft loifible& de dire& de fai ye ce qu'il me plaift.Vne autre fois eftant à la chaffe, Tiribazus luy monftra fa robbe qui eftoit toute defchiree: Et bien dit le Roy, que veux- tu que ie t'en face? Tiribazus luy refpondit, Sire, prensen vne autre,& me donne celle que tu as veftue. Le Roy le fit ainfi,& luy dit, Tiribazus, ie te donne cefte miene robbe, mais ie te defens de la porter. Tiribazus la prit,& ne fe foucia point de ce que le Roy luy auoit defendu de la porter, non qu'il fuft hó me de mauuaife volonté, mais feulement eftourdi& temeraire fans fe foucier de rien: fi veftit incontinent cefte robbe du Roy, & non content de ce, y attacha encore plufieurs ioyaux d'or, que Jes Roys feuls auoyét accouftumé de porter,& plufieurs affiquets de Dames, de maniere que tous ceux de la cour en murmuroyent pource que c'eftoit chofe defendue par les ordonnances de Perfe: mais le Roy ne s'en fit que rire,& luy dit, le te donne congé de porter ces affiquets d'or comme à vne femme,& cefte robbe royale comme à vn fol. Dauantage la couftme eftant en Perfe, que iamais perfonne ne mangeoit à la table du Roy, finon fa mere ou fa femme, dont la mere fe feoit au deffus,& la femme au deffous, Artoxerxes y fit manger auec luy fes deux ieunes freres Oftanes& Oxathres; mais encore ce qui plus agrea aur Perfes fut qu'il voulut que fa femme, qui auoit nom Statira, allaft teufiours en chariot defcourert,& qu'elle fe laiffaft vifiter& fatuer. her par Paima fi pelletez que les ftoit li ensal nece conu pritl fance aufsi e demo prome cheua riots, ges to ner d qui p à conte l dilo mieux to quil be tt au Co lachaffe verent ferent a rant all de egrand ader n ala co alon du EOIT C lavic Come il den Sve pomele poure Lon mun oxerlesen ne core of non Et av ufemét efponARTOXERXES. fuft 763 luer par les autres Dames du pays: ce qui fut caufe que le peuple l'aima fingulierement. Vray eft, que ceux qui defiroyent les nouuelletez,& qui ne pouuoyent demeurer en paix, alloyent difans que les affaires requeroyent vn Prince tel comme Cyrus, qui e- ftoit liberal de fa nature, aimoit les armes,& faifoit de grands bi ens à fes feruiteurs,& que la grandeur de l'Empire de Perfe auoit neceffarement befoin d'vn Roy qui euft le cœur haut,& qui conuoiteux de gloire& d'honneur: de maniere que Cyrus entreprit la guerre contre le Roy fon frere, non feulement fous la con fiance de ceux qui eftoyent és pays bas à l'entour de luy, mais aufsi és prouinces hautes aupres du Roy,& en efcriuit aux Lacedæmoniens, les requerant de luy enuoyer de leurs gens de guerre, promettant à ceux qui viendroyent à pied, de leur donner des cheuaux,& à ceux qui auroyet des cheuaux, de leur döner des cha riots, à ceux qui auroyent des heritages de leur donner des villa ges tous entiers,& à ceux qui auroyent des villages, de leur donner des villes.Au demeurant, quant à la folde ordinaire de ceux qui porteroyét les armes pour luy, qu'il la leur payeroit, non poit à conte mais à mefure:& parlant de foy- mefme auantageufement il difoit qu'il auoit le cœur plus grand q fon frere, qu'il enduroit mieux toutes necefsitez que luy, qu'il entendoit mieux la Magie, qu'il beuuoit plus de vin& le portoit mieux:& que le Roy fon fre re au contraire eftoit fi delicat& fi couard, que quand il alloit à la chaffe, à peine ofoit- il monter fur vn chenal,& à la guerre, fur vn chariot. Les Lacedæmoniens fes lettres veues, enuoyerent va petit billet à Clearcus, par lequel ils luy commanderent qu'il euft à obeyr à Cyrus en tout ce qu'il luy commanderoit. Ainfi fe partit Cyrus pour aller faire la guerre à fon frere ayant affemblé grand nombre de combatans des nations barbares,& de Grecs peu moins de treze mille, en donnant à entendre tantoft vne caufe,& tantoft vne autre, pour laquelle il faifois ce grand amas de gens: mais fi ne peut- il pas longuement diffimaler ny celer fon intention: car Tiffaphernes alla luy- mef me à la cour porter la nouuelle de fon entreprife, dont toute la maifon du Roy fut fort troublee.On reiettoit la plus grande partie de la coulpe d'auoir fufcité cefte guerre fur la mere du Roy. & eftoy ent fes amis& feruiteurs fort foupçonnez d'auoir intelligence auec Cyrus: mais ce qui plus fafchoit Paryfatis la mere du Roy, eftoit la Royne Statira, laquelle fe tourmentoit fort de voir cefte guerre entreprife contre fon mary,& ne faifoit auwe chofe que crier, Où eft la foy que tu as iuree? où font les prieres par lefquelles tu refpireras de mort celuy qui auoit attenté& coniuré contre la propre perfonne de fon frere? en luy ayant fauué la vie, n'es- tu pas caufe de cefte guerre& de tous ces maux& trænam od news- nous voyons maintenant? Pour ces plaintes& il te He fai azus it le ire, yle 31s int re le ts it e 9 2 S I ft 762 ARTOXERXES. egens,& tendroye fort bien uoit dif & atte tout f uriro fent i deferi par ma qui la fionna & au n fagem reproches Páryfatis, qui eftoit femme aigre& vindicatiue,& qu gardoit fort fon courroux, fe prit à hayr Statyra fi cruellement, qu'elle cercha dés lors par tous moyens de la faire mourir:& dit P'hiftorien Dinon, que ce fut durant la guerre mefme qu'elle exe cuta en cela fa mauuaife intention. Mais Crefias efcrit que ce fut apres:& eft plus vray- femblable que luy, qui refidoit lors ordinai rement en la cour du Roy de Perfe, ait feu certainement le téps auquel elle executa fon aguet& fa trahyfon,& fi n'y a point de caufe pour laquelle il l'air pluftoft deu mettre en autre temps qu'en celuy auquel le cas fut fait: encore qu'en plufieurs autres li eux il foit affez couftumier de fouruoyer de la verité pour efcri re des menfonges& contes fais à plaifir.Pourtant remettros- noug le recit de ce fait en l'ordre mefme du temps& du lieu qu'il l'a mis. Mais quand Cyrus commença à s'approcher du pays où e- ftoit fon frere, il luy vint nouuelle,& courut vn bruit parmy fon camp, que le Roy n'eftoit pas deliberé de le combatrei fi toft, ny de venir promptement à la bataille contre luy,& qu'il auoit pro pofé de foy retirer au fond de la Perfe, pour illec attedre que fes forces s'aflemblaffent de tous coftez. Et qu'il foit vray, le Roy a yant fait tirer à trauers la campagne vne tranchee de dix braffees de largeur,& autant de profondeur, par lefpace de bien vingt& cinq lieues de long, il l'abandonna& la laiffa gaigner à Cyrus, lequel penetra fans trouuer aucune refiftance iufques bie pres de la ville mefme de Babylone. Toutefois à la fin Tiribazus comme on dir, fut le premier qui prit la hardieffe de luy dire qu'il ne falloit point ainfi fuyr la lice, ny s'aler cacher au fond de la Perfe, abandonnant en proye à fon ennemi les royaumes de la Medie, de Babylone& de Sufe: attendu mefmement qu'il auoit plufieurs fois aurant de combatansia tous prefts: comme fon ennemi,& inumerables Capitaines plus experimetez,& meil leurs& pour confeiller& pour combatre, que luy.Ces paroles de Tiribazus firent changer de propos& d'aduis au Roy,& prendre refolution de combatre le pluftoft qu'il pourroit. Si fe mit incontinent en chemin pour aller au deuant de fon ennemi auec neufcens mille combatans fort bien equipez& marchans en bon ordre. Cela de prime face eftonna& troubla fort les gens de Cyrus, quand ils les apperceurent en fi bon equipage deuant eux, pourautant qu'eux eftoyent efcartez, çà& là fans ordonnance, tous defarmez, à caufe qu'il fe confioyent trop en eux mefmes,& mefprifoyent leur ennemi: de maniere que Cyrus eut beaucoup à faire à les ranger en bataille, encore fuft- ce auec grand tumul te& grand bruit: mais fur tous les autres, les Grecs en furent les plus esbalys, quand ils virent l'armee du Roy marcher en fi bo ne ordonnance,& fans bruit: car ils s'attendoyent bien d'y voir vn grand defordre& grande confufion en vne telle multitude de. ques p mifes naxa barail taillon premie moy q Mais ay gardes, Clearch fut, droit de ins les a tre enu tres,& p fre aucu bres aud elon pe Pandor oyer a Peff Cronen autre temps autres li re quel le Roya x bra He bien ner à sbie tibadire fond mes qu'il me heil de dre n: дес 00 de X, ej ARTOXERXES. 763 de gens,& penfoyent qu'il y auroit tant de crierie, qu'ils ne s'en tendroyent pas les vns les autres: là où au contraire tout y eftoit fort bien ordonné, mefmement qu'au deuant de fa bataille il a- uoit difpofé les meilleurs chariots de guerre armez de faulx,& & attelez des plus grands& plus puiffans courfiers qui fuffent en tout fon oft, efperant que par l'impetuofité de leur courfe ils ouuriroyent& romproyent les rangs des ennemis, auant qu'ils peuf fent ioindre ny choquer les fiens. Mais ayant efté cefte bataille deferite par plufieurs hiftoriens, fpecialement par Xenopho, qui par maniere de dire, la fait voir à l'œil,& la reprefenté à ceux qui la lifent, non comme chofe paffee, mais prefente, en les paffionnant ne plus ne moins que fi eux- mefmes eftoyét fur le fait, & au milieu du peril, tant illa deferit clairement, ce ne feroit pas fagemét fait à moy de la vouloir deferire dauantage, finon quelques particularitez digues d'eftre feues qu'il a paraduenture obmifes, come que le lieu où la bataille fut donnee s'appelloit Counaxa, loin de Babylone peu plus de trente lieues,& qu'auant la bataille Clearchus confeilla à Cyrus, qu'il fe tinft derriere le bataillon des Grecs, fans autrement hafarder fa perfonne entre les premiers:& Cyrus luy refpódit, Que dis- tu Clearchus? veux- tu q moy qui cerche de me faire Roy, me möftre indigne de l'eftre? Mais ayant Cyrus fait cefte faute de ne fe tenir pas affez fur fes gardes, ains trop temerairement fe ietter au plus fort du danger, Clearchus luy- mefme en fit vn autre non moins lourde, fi plus me fut, quand il ne voulut pas ranger& oppofer fes à l'endroit de la bataille des ennemis où eftoit la perfonne du Roy, ains les alla ferrer au long de la riuere, de peur qu'ils ne peufset eftre enveloppez par derriere: car s'il vouloit regarder ainfi de pres,& prouuoir de tout point à fa feureté, à ce qu'il ne peuft e- ftre aucunement offenfé, il ne deuoit bouger de la maison. Mais apres auoir fait tät de chemin qu'il y a depuis le pays bas de l'A fie, iufques au lieu où ils combattirent, fans que perfonne l'y cotraignift, feulement pour mettre Cyrus dedans le throne Royal de fon pere, aller choifir vn endroit de la bataille, non point auquel il peuft faire plus de feruice au Seigneur qui le foudoyoit, ains auquel il peuft combattre plus à fon aife,& auec moins de danger, c'eftoit tout autant comme fi par faute de cœur il euft perdu le fens au befoin, ou que par defloyauté il euft lafchement abandonné l'entreprife: car qu'il foit vray que les trouppes qui e- ftoyétà l'entour de la perfonne du Roy, n'euffent iamais fouftenu l'effort des Grecs,& q celles- la desfaites, le Roy euft efté occis fur le chap, ou cótrait de fuyr,& Cyr' euft gaigné la iournee, & fut par cefte victoire demeuré Roy, l'iffue de la bataille le mo fire& le tefinoigne affez euidément. Au moyen dequoy on doit pluftoft donner la coulpe de la perte de cefte bataille à la trop up ul es bá oit gens 764 ARTOXERXES. grande eircunfpeétion de Clearchus, qu'à la temerité de Cyrus, car fi le Roy Artoxerxes euft luy- mefme choifi par fouhait vn endroit auquel les Grecs fe deuffent mettre pour moins luy faire de dommage, il n'en euft peu trouuer d'autre mieux à propos, que celuy qui eftoit plus efloigné de luy,& de là où les Grecs n'euffent feu ne voir ny ouyr ce qui fe faifoit à l'endroit où il eftoit comme il apparut à l'effet: car Cyrus fut mis en pieces auất qu'il fe peuft aucunement valoir de la victoire de Clearchus, tant il e- ftoit loin de luy:& fi y a dauantage, que Cyrus en cela coneut bie auant le fait, ce qui eftoit plus expedient de faire: car il commi da à Clearchus qu'il fe rangeaft auec fa compagnie au milieu de la bataille,& Clearchus luy refpondit, qu'il ne fe fouciaft de rie, & qu'il y donneroit fi bon ordre que tout fe porteroit bien. Ayar dit cela, il gafta puis apres tout: car à l'endroit où furent les Grecs, ils rompirent les Barbares qu'ils trouuerent en tefte de vant eux,& les chafferent tant comme ils voulurent. Cyrus eftant monté fur vn cheual ardent& courageux, mais qui auoit mauuaife bouche& eftoit rebours& farouche, qu'on appelboit Pafacas, ainfi que dit Ctefias, le gouuerneur de la prouince des Cadufiens qui fe nommoit Artagerfes le choifit de tout loin,& fi toft qu'il l'euft apperceu, piqua droit à luy en criat à haute voix, O trayftre, le plus defloyal& le plus infenfé qui foit auiourdhuy au monde, tu fais bien deshonneur au nom de Cyrus, qui eft le plus beau& le plus honnorable qui foit entre les Perfes, d'auoir icy amené les Grecs fi vaillans combattas, à vne fi mal heureufe entreprife pour faccager les biens des Perfes,, en efperance de ruiner& desfaire ton fouuerain feigneur& ton propre frere, lequel a innumerables feruiteurs& efclaues, qui font trop plus gens de bien que tu ne feras de ta vie:& tu le conoiftras icy prefentement par experiece, car tu y laifferas la vie premier que su puiffes voir la face du Roy ton frere. En difant ces paroles il Juy laça de toute fa puiffance la iaueline qu'il tenoit en fa main: mais la cuyraffe de Cyrus fut fi bonne, qu'elle ne la perça point: toutesfois le coup fut fi violent qu'il le fit chanceller fur le cheual. Ce coup donné Artagerfes retourna aufsi toft fon cheual,& adonc Cyrus luy tira vn coup fi à point qu'il l'affena au deffus de l'os qui conioint les deux efpaules, tellement que le fer de la iaueline luy perça le col de part en part.Et quant à cela que Cyrus ait occis de fa main Artagerfes fur le champ, tous les hiftoriens en font bien d'accord, mais quat à la mort de Cyrus, pource que Xenophon n'en dit qu'vn mot en paffant, à caufe qu'il n'eftoit pas prefent au lieu où il fut occis, il ne fera point à l'adventure manuais de defcrire à part la façon comme la comte Dinon,& celle de Ctefias à part aufsi. Dinon donc efcrit que Cyrus, apres auoir occis Artagerfes, alla de grande fureur donner à tra itravers var de la fon cheu bazus q en luy ne me trefoi xerxe Conter ourt lequel coups firent t niere que ce fent q le Ro tes ba d'vne i de la C guerre raconte efend b piqua d a feul ara le p bute fa lle fail par de l tia vn c ece fois il mothe monte lefes chez a ไก ซ์ ชน fure les en the yrus chee oit ma loit Pa ince des in,& f VOIX, iour qui fes, mal pepre -op cy ue il n: t: se IS ARTOX ERXES. 765 à travers la trouppe de ceux qui eftoyent les plus proches au deuat de la perfone du Roy,& qu'il le ioignit de fi pres, qu'il luy tua fon cheual deffous luy, de forte qu'il tomba a terre: mais Tiribazus qui fe trouua là le remonta incontinent deffus vne autre, en luy difant, Sire, te fouuiene cy apres de cefte iournee: car elle ne merite pas d'eftre mife en oubly. Et Cyrus elançant vne autrefois fon cheual, tira vn fecond coup, duquel il attaignit Artoxerxes: mais à la troifieme recharge le Roy ne fe pouuant plus contenir dit à ceux qui eftoy et autour de luy, qu'il aimoit mieux mourir que de plus en endurer: fi piqua à l'encontre de Cyrus, lequel fe iettoit furieufement la tefte baiffee à trauers infinis coups qu'on luy tiroit de tous coftez,& luy darda fon iauelot: fi firent tous ceux qui eftoyent au plus pres de fa perfonne, de maniere qu'en cefte meflee Cyrus fut porté par terre. Les vns difent que ce fut du coup que luy donna le Roy fon frere: les autres difent que ce fut vn homme d'armes du pays de la Carie, auquel le Roy en recópenfe donna depuis le priuilege de porter en toutes batailles deuant le premier rang vn coq d'or attaché au bout d'vne iaueline, pourautant que les Perfes appellent ceux du pays de la Carie, les coqs, à caufe qu'ils ont accouftumé de porter en guerre des cretes deffus leurs armets. Voila comment Dinon le raconte: mais Ctefias, poureftraindre en peu de paroles ce qu'il eftend bien au long, dit que Cyrus apres auoir occis Arthagerfes piqua droit contre le Roy- mefme,& le Roy contre luy, fans dite vn feul mot ne l'vn ne l'autre.Ariæus I'vn des mignons de Cyrus tira le premier coup, mais il n'affena point le Roy,& le Roy de toute fa puiffance lança fon iauelot, pefant attaindre Cyrus: mais ille faillit,& au lieu de luy affena Tiffaphernes l'vn des plus vaillas hommes& des plus loyaux feruiteurs que Cyrus euft autour de luy,& de ce coup le ietta mort par terre. Adoc Cyrus luy tira vn coup, qui l'affena en l'eftomac fi rudement, qu'il fauffa la cuyraffe,& entra bien deux doigts dedans la chair.Le Roy tomba de ce coup en terre, dont la plupart de ceux qui eftoyent autour de fa perfonne s'effroyerent de forte qu'ils s'enfuyrent: toutesfois il fe releua à l'aide des autres qui demeurerent aupres de luy, entre lefquels Ctefias dit qu'il eftoit,& fe retira fur vne petite motte affez pres de là, pour vn peu reprendre fon haleine. Ce pendant le cheual de Cyrus qui eftoit ardent, comme nous auons dit,& auoit fort mauuaife bouche, le porta malgré luy bien loin de fes gens au milieu de fes ennemis, fans que perfonne le coneuft, pource qu'il eftoit ia nuit,& efto yet fes gens bien empef chez à le cercher: mais luy fe confiant en ce qu'il cuidoit auoir gaigné la victoire, ainfi qu'il eftoit bouyllant de nature& plein d'ardeur& d'hardieffe, aloit çà& là à trauers la preffe des ennemis, criant en langage Perfien, Sauuez- vous poures gens, fauuez 766 ARTOXERXES. cependan Artoxer mal def pour le nuque uelle Fut fi T'heur ras, vous. Quoy entendans, les vns s'ouuroyent pour le laiffer paffers en luy faifant la reuerence; mais de male aduenture fa tyare, qui eft le haut chapeau royal à la Perfiene, luy tomba de la tefte:& adonc vn ieune homme Perfien nommé Mithridates paffant au long de luy, luy donna vn coup de fa iaueline par l'vne des temples affez pres de l'oeil fans autrement fauoir qui il eftoit. Il couia incontinent de cefte playe fort grande effufion defang, à l'occafion dequoy Cyrus fe pafmant tomba efuanouy en terre,& fon cheual s'enfuyt: mais la baftine dont il eftoit couuert teba à terre toute enfanglantee,& vn page de celuy qui l'auoit frappé l'amaffa.Peu apres Cyrus eftant reuenu de pafmoifon, quelques vas de fes Eunuques, c'eft à dire, valets de chambre chaftrez, qui e- ftoyent demeurez aupres de luysle releuerent pour le cuider remonter fur vn autre cheual,& le tirer hors de la preffe: mais il ne peut iamais fe tenir à cheual: fi effaya s'il pourroit mieux aller à pied,& les Eunuques le prirent par deffous les bras tout eftourdi qu'il eftoit, ne fe pouuast fouftenir deffus les pieds, encore qu'il cuidaft bien aucir gaigné la bataille, pource qu'il entendoit fes ennemis fuyans autour de luy qui crioyent, Viue le Roy Cyrus, & le prioyent de leur pardonner& auoir pitié d'eux. Mais en fes entrefaites il y eut quelques poures ges natifs de la ville de Cau nus qui fuyuoyent le camp du Roy, gaignans leur vie à faire tous les plus bas& plus vils feruices que l'homme peut faire. Ces poures gens par cas d'aduenture fe ioignirent à la trouppe où eftoit Cyrus penfans que ce fuffent gens du Roy, toutesfois à la fin ils apperceurent aux hoquetos rouges qu'ils portoyent fur leurs armes, que c'eftoyet ennemis, pource que ceux du Roy en portoyet de blancs,& y en eut vn d'entr'eux qui prit la hardieffe de tirer à Cyrus vn coup de parthifane par derriere, fans qu'il coneuft que ce fuft Cyrus. Le coup Pattaignit au iarret& luy en coupa les nerfs, de maniere qu'il tomba par terre,& en tombant encore de mal- heur donna il de la temple où il auoit parauant efté blecé, deflus vite pierre fi rudemet qu'il en rendit l'efprit tout fur l'heu re Voyla comment le recite Ctefias, là où il femble proprement qu'il luy coupa la gorge auec vne dague moffue& ayant le trenchant rabattu tant il a de peine à le faire mourir. Tantoft apres qu'il eut rendul efprit, Artafyras l'vn des Eunuques d'Artoxerxes qu'on appelloit en fa cour l'œil du Roy, paffant par là à cheual reconeut les Eunuques de Cyrus qui demenoyent fort grand dueil,& lamentoyent la mort de leur maiftre. Si demada à celuy duquel Cyrus fe fioit le plus: Qui eft ce mort, ô Parifcas, que tu pleures fi chaudement? Parifcas luy refpondit, Ne vois- tu pas, Artafyras que c'eft Cyrus qui vient de trefpaffer? Artafyras fut bien esbahy quand il le vid, fi reconforta l'Eunuque,& l'admonnefta qu'il fe tinft aupres du corps pour le garder fans fe partit:& cepenfeille des Gr champ gnie d rappo refta ches& ribar peu d fort lo fin ces p vne mel tecorro beut tou demand ceur,& beu vin, fuaued Pa baille ent& bi burnere bon 10 ye Ut poin Drce tor Perfe er la te Lorit p -me anders deling line leculer reail ne mie der à routedi Encore l endors ау Сулик, ais en fes de Cau re tous es poeftoit En ils rsaroyet rer à que les e de ecé, heu ept enARTOXERXES. 767 cependant luy galoppat à bride abattue s'en alla trouuer le Roy Artoxerxes, lequel penfoit auoir tout perdu,& fi fe portoit affez mal de fa perfonne tant pour la foif extreme qu'il enduroit, que pour le coup qu'il auoit receu en l'eftomac. Arriué que fur l'Eunuque deuers le Roy, il luy conta, auec vne chere ioyeufe, la nouuelle comment il auoit veu Cyrus tout roide mort, dont le Roy fut fi refiouy, qu'il luy prit enuie de s'en aller luy- mefme tout fur l'heure au lieu où il eftoit pour le voir,& commanda à Artafyras, qu'il l'y menaft: mais apres y auoir vn peu penfé, il fut confeillé de n'y aller point en perfonne pour la crainte& le danger des Grecs qu'on difoit auoir tout gaigné,& eftre encore par les champs à chaffer& tuer, ains pluftolt y enuoyer bonne compagnie d'hommes qui pourroyent plus à plein s'en informer,& luy rapporter feurement fi la nouuelle eftoit vraye ou non, Ons'ar refta à ceft aduis,& y enuoya- on trente hommes auec force torches& flambeaux:& cependant l'vn des Eunuques, appellé Saribarzanes alla courant çà& là pour voir s'il trouueroit quelque peu d'eau pour le Roy, qui eftoit bien pres de mourir de foif, car il n'y auoit eau du monde au lieu où il s'eftoit retiré,& fi eftoit fort loin de fon camp. Apres auoir bien couru, il rencontra à la fin ces poures porte- fais Cauniens, defquels l'vn portoit dedans vne mefchante peau de cheure enuiron huict verres d'eau ia toute corrompue& gaftee: fi la porta incontinent au Roy, qui la beut toute entierement:& apres qu'il l'eut beuë, l'Eunuque luy demanda fi cefte mauuaife eau luy auoit point fait de mal au cœur,& le Roy luy iura par tous les dieux, qu'il n'auoit iamais beu vin, quelque delicieux ny eau, quelque frefce& nette qu'elle fuft, auec tant de plaifir come il auoit fait celle- la:& pourtät, ditil, ie prie aux dieux, fi d'auenture ie ne puis trouuer celuy qui te l'a baillee pour l'en recompenfer, qu'il leur plaife le faire content& bien- heureux. Ainfi comme il eftoit fur ce propos, retournerent les trente hommes auec leurs fläbeaux, quitous d'vn bon ioyeux vifage luy confirmerent la bonne nouuelle qu'il n'auoit point efperee,& ia de tous coftez s'eftoit rallié fi grad nobre de gens de guerre autour de luy,& en venoit encore toufiours à la fille, qu'il commença à s'affeurer: fi defcendit en la plaine auec force torches& flambeaux,& s'en alla au lieu où eftoit gifant parterre le corps de Cyrus, là où fuyuat vne ancienne ordonnäce de Perfe à l'encotre des criminels de læfe maiefté, il luy fit couper la tefte& la main droitte, puis fe fit apporter la tefte, laquelle il prit par les cheueux que Cyrus portoit logs& efpez,& l'alloit luy mefme monftrant à ceux qui fuyoyent encore,& eftoyent en doute, pour les affeurer,& eux s'efmerueillans faifoyent la reuerence,& fe rallioyent à la trouppe du Roy, de forte qu'en peu d'heure il fe raffembla bien foixante& dix mille cobattans, aueç res ere- nd uy tu as, fut кол& en 768 ARTOXERXES. Bona& don pour де почи Juy au il fuft neant mais fion neme riche ale fa n'apar lefquels il reprit fon chemin deuers fon camp. Vray eft que! Ctefias dit, qu'il n'auoit que quatre ces mille cobattans en tout, mais Dino& Xenophon en mettent bien dauatage:& quant au nobre des morts, Ctefias dit qu'on rapporta au Roy qu'il y en auoit enuiro neuf mille, mais qu'il luy fembloit à les voir qu'il n'y en a- uoit pas moins de vingt mille:& quant à c'eft article on le pourroit en l'vne& en l'autre part debatre: mais au refte quat à ce que il dit que le Roy l'enuoya auec Phayllus le Zacynthie deuers les Grecs& quelques autres encore, cela eft vne menterie certaine: car Xenophon fauoit tres bien que ce Crefias eftoit au feruice du Roy, attendu qu'il en fait mention en quelques endroits de fon hiftoire,& s'il euft efté deputé par le Roy pour aller porter aux Grecs paroles de fi grande importance, il eft vray- femblable que Xenophon ne l'euft pas teu ne celé, là où il ne nomme que Phayllus le Zacinthien: mais Crefias, comme il appert affez par fes efcrits, eftoit homme fort ambitieux& partial des Lacedæmoniens, notamment de Clearchus,& va fouuent cerchant& faifant venir à propos des occafions pour parler de foymefme à fon aduantage,& de Lacedæmone& de Clearchus.Or apres cefte bataille, le Roy Artoxerxes enuoya de beaux& riches prefens au fils d'Artagerfes que Cyrus auoit occis de fa main:& honnora auffi Ctefias, ce dit- il,& plufieurs autres grandement,& fi n'oublia pas de faire cercher le poure homme Caunien qui auoit baillé l'eau pour luy apporter à fon trefgrand befoin,& l'ayant trouué, le fit de poure inconeu qu'il eftoit auparauant, homme riche& d'honnorable qualité.Ilvfa auffi de fage & droiturier iugement en la punition de ceux qui auoient failly à leur deuoir, come entre autres d'vn Medoys nomé Arbaces, lequel au iour de la bataille s'en eftoit premieremet fuy du cofté de Cyrus puis quad il entendit qu'il auoit efté tué, s'eftoit retourné de fon cofté: car eftimant que c'eftoit plus toft lafcheté de cœur& couardife, que trahyfo ou mauuaife voloté qui luy auoit fait faire, il le condamna à porter deffus fon col vne putain toute nuë, à l'entour de la grade place, tout le log d'vn iour.Et à vn au tre, qui outre ce qu'il s'eftost allé rendre aux ennemis, fe vantoit encore à fauffes enfeignes qu'il en auoit tué deux, il luy fit percer la langue auec trois coups d'alefne en trois endroits. Au refle, ayant opinion que c'eftoit luy mefme qui auoit tué Cirus de fa propre main,& voulant que tout le monde le penfaft& le dift auf fi, il enuoya des prefens à Mithridates qui l'auoit blecé à la temple le premier& commanda à celuy qui les luy portoit, de luy di ye de fa part, Le Roy t'enuoye ces prefens, pourautant qu'ayant le premier trouué la baftine du cheual de Cyrus tu la luy as apportee. Le Carie femblablemét qui luy auoit coupé le iarret dót leftoit tombé parterre, demada auffi fon prefent, que le Roy luy donna luy fai Cyrus pellan qui au prive & cou trench àce co ce melc voir ofe elle fit pa ritice about d ulement qu'il e zil fut uiez kitabl eQuan ile do cela Bourd ene di the devers les e centaine alerice du de Con obile wa paralles Duent c er de fo rchus.O ux& ri s de fa granCau beRupafage failcess ofté rede oit ute au coit cer le, ( a m di ARTOXERXES. 969 dona& luy fit dire par celuy qui luy prefenta, Le Roy te fait ce don, pourautant que tu as efté le fecond qui luy as apporté la bonne nouuelle: car Artafiras à efté le premier,& toy le fecond, qui luy auez annoncé la mort de Cyrus. Or Mithridates encore que il fuft bien mal content de fes paroles en fon cœur, fi s'en alla il neantmoins fans mot dire fur l'heure n'y repliquer au contraire: mais le mal- heureux Carien fe laiffa aller par fa folie a vne paffion affez commune aux hommes: car la ioye qu'il eut foudainement come il eft vray femblable, de voir deuant foy le beau& riche prefent que le Roy luy faifoit, l'esblouyt& aueugla, iufques à le faire afpirer,& pretendre à plus hautes chofes qu'à fon eftat n'apartenoit: fi ne vouluft point accepter le prefent que le Roy luy faifoit, fous titre de qualité de luy auoir annoncé la mort de Cyrus, ains commença à fe courroucer en criant tout haut,& appellant les dieux en tefmeins, que c'eftoit luy feul,& non autres qui auoir tué Cyrus,& qu'on luy faifoit grand tort de le vouloir priuer de cefte gloire.Ce que le Roy ayant entendu, s'en aigrit & courrouça fi amerement, qu'il commanda incontinent qu'o luy trenchaft la tefte; mais Paryfatis la mere du Roy eftant prefente à ce commandement, luy dit, Ne le fais point ainfi mourir, non, ce mefchant, laiffe m'en faire feulement, ie le chaftieray bien d'auoir ofé parler ainfi temerairemet.Ce que leRoy luy ayat permiss elle fit predre le mal- heureux Carié par les executeurs de la hau te iuftice,& le fit gehener l'efpace de dix iours continuellemēt,& au bout de dix iours luy fit arracher les deux yeux de la tefte,& finalement luy verfer du metail fondu dedans les oreilles, iufques à ce qu'il euft rendu l'ame en ce tourment.Mithridates mefme mou rut auffi peu de temps apres miferablement par vne mefme folic: car il fut femond à foupper en vn banquet, auquel eftoyent auffi conuiez les Eunuques du Roy& de fa mere,& y eftant venu, il fe feit à table auec la mefme robbe d'or que le Roy luy auoit don nee.Quand ce vint à la fin du foupper qu'on commeça à boire les vns aux autres, l'vn des Eunuques de Paryfatis fe prit à luy dire, Le Roy t'a veritablement icy donné vne belle robbe, Mithri dates,& de belles chaines& carquans d'or,& fi eft le cymeterre qu'il, te donna auffi fort riche& fomptueux, de forte que quand tu l'as à ton cofté, il n'y a celuy qui ne t'en eftime bien heureux. Mithridates, à qui les fumees du vin qu'il auoit beu commencoyent à monter au cerueau, luy refpondit foudain. Et qu'eft- ce que cela, Sparamixes? i'en meritay bien dauâtage& de plus beau au iour de la bataille.Adonc, Sparamixes luy repliqua en fouriant, Je ne di pas cela pour enuie que ie porte à ton bien, Mithridates: mais à parler ainfi entre nous franchement, pource que les Greco difent en commun ptouerbe, que la verité eft au vin, ie te prie dis moy, quelle fi grade& fi magnanime proueffe eft- ce que d'auoir ant apdót luy CCC! nna 770 ARTOXERXES. arnaffé la baftine d'vn cheual qui eftoit tombee à terre,& l'auoir apportee au Roy? Ce que l'Eunuque luy difoit malicieufement> non qu'il ne feuft bien la verité, mais pour le prouoquer à parler, & à fe ietter hors des gons, fachant bien qu'il eftoit homme leger de fa nature,& qui ne fauoit pas bien tenir fa langue, mefmement lors qu'ils auoit beu, comme il en aduint: car Mithridates ne fe pouuant contenir repliqua incontinent, Vous parlerez de baftine de cheual& de tols fatras, tant comme vous voudrez, mais ie vous dis à certes, que Cyrus à efté occis de cefte miene main,& nö d'autre, car ie ne tiray point mon coup en vain, comme fit Artagerfes, ains l'affenay en la temple bien pres de l'oeil:& luy ayane percé la tefte de part en part, le portay par terre,& mourut de ce coup là. Il n'eut pas plus toft achtué ces paroles, que les autres qui eftoyent à table ierterent tous les yeux contre bas, preuoyans defia la ruine& la mort de ce poure mal- heureux Mithridates: mais celuy qui faifoit le banquet prenat la parole, luy dit: Mithridates mon ami, beuuons& faifons bonne chere, en adorant& remerciant la bonne fortune du Roy: mais au demeurant laiffons ces propos la, qui font plus hauts qu'il ne nous appartient. Au fortir de là l'Eunuque alla incontinent rapporter à Pary fatis les paroles que Mithridates auoit dite en prefence de gens,& elle au Roy, lequel en fut fort courroucé, comme fe fentant defmenty& conuaincu à perdre ce qui luy eftoit plus honnorable,& qu'il a- uoit plus agreable en fa victoire: car il vouloit que tout le monde autant les Grecs que les Barbares creuffent certainement, qu'en la rencontre de luy& de fon frere il euft bié efté blecé, mais que il l'euft auffi tué de fa propre main.Si commanda qu'on fift mourir Mithridates de la peine des auges, laquelle eft de cefte maniere: On prent deux auges faites expres fi egale, que l'vne n'excede point l'autre en logueur ny en largeur,& couche- on fur les reins à la renuerfe celuy qu'on veut punir, dedans l'vne d'icelles, & puis le couure- on de l'autre,& les couft- on l'yne à l'autre: de forte que les pieds, les mains& la tefte du patient fortent dehors par des trous qu'on y fait expreffement: le demeurat du corps demeure couuert& caché au dedans.On luy donne à manger tant comme il veut,& s'il ne veut manger, on le contraint par force en luy poignant les yeux auec des alefnes: puis quand il a mangé, on luy donne à boire du miel deftré pé auec du lait,& luy en ver fe- on non feulement en la bouche, mais auffi fur tout le vifage en le tournant de forte que le Soleil luy donne toufiours dedans les yeux: tellement qu'il a la face fans ceffe toute couverte de mouches.& faifant dedans fes auges toute les neceffitez qu'il eft force que l'homme beuuant& mangeant face, il vient à s'engendrer de l'ordure& pourriture de fes excrements, des vers qui luy songent tout le corps iufques aux parties nobles: puis quand ils voyent voyent qu went fac iufiques Telpace toute fon e coup fur fe drea qui en & yio depuis Jaiffa ques a bref, laiffoi tira, a qu'ell qu'elle que nul quoy aur dez les Daric de fe e- Le R condit cing g ders,& c ement a underoi yant to squ'il the qu'el defto deTest en ar la pea Hoy fr TOLIC Ardit 200 Dar rez de bai ayayam sutres orant& e Au for is les pa elle au nty& u'il a onde qu'en sque moume' exrles lles, : de ors deant orce gé, ver age ans ' de eft enluy d ils yent ARTOXERXES. 77% voyent que le patient eft mort, ils leuent l'auge de deflus,& trouuent fa chair toute mangee par cefte vermine, qui s'engendre, iufques dedans les entrailles.Mithridates donc apres auoir lagui l'efpace de dixfept iours en cefte mifere, finalement mourut à soute peine: fi ne reftoit plus à Paryfatis pour venir au deflus de fon entente, que Mefabates I'vn des eunuques du Roy, qui auoit coupé la tefte& la main à Cyrus,& voyant qu'il fe tenoit fi bien fur fes gardes, qu'il ne luy donnoit aucune prife, à la fin elle luy dreffa vne telle embufche. Elle eftoit femme de grand efprit,& qui entre autres chofes fauoit fort bien iouer à tous ieux de dez, & y iouoit auant la guerre bien fouuent auec le Roy fon fils,& depuis la guerre encore, apres auoir fait fon appointemet, elle ne laiffa pas de iouer& paffer le temps auec luy comme deuant, iufques à fauoir les fecrets de fes amours,& luy aider a en iouir: bref, elle ne le perdoit de veue que le moins qu'elle pouuoit,& laiffoit le moins qu'il luy eftoit poffible de temps à fa femme Statira, auquel elle le peut gouuerner& eftre auec luy: tant pource qu'elle la hayffoit fur toutes les perfonnes du monde, que pource qu'elle vouloir auoir plus de credit& d'authorité aupres du Roy, que nul autre.Vn iours donc voyant le Roy de loifir,& ne fachät à quoy paffer fon temps, elle le prouoqua à iouer mille Dariques aux dez,& fe laiffant perdre volontairement, paya cotant les mil les Dariques, faifant neantmoins femblant d'en eftre bie marries & de fe fentir piquee: fi le pria de vouloir encore iouer vn Eunu que.Le Roy en fut content mais auant que iouer, ils mirent cefte condition à leur ieu, que l'vn& l'autre excepteroit nomément les cinq qui leur feroyēt les plus feables,& qu'ils auroyet les plus chers,& qu'au refte, celuy qui perdroit, feroit tenu de liurer prom ptement au gaigneur celuy de tous les autres Eunuques qu'il demanderoit.Il fe mirent à iouer fous cefte condition:& elle employant tout ce qu'elle fauoit à ce ieu,& y prenant garde le plus pres qu'il luy fut poffible, auec ce que les dez luy fauorifoyet, fit fibie qu'elle gaigna& demada Mefabates pour fon gain, pource qu'il n'eftoit point de ceux que le Roy auoit exceptez. Si toft que elle l'eut entre les mains, auant que le Roy fe peut douter de ce qu'elle en vouloit faire, elle le bailla à des bourreaux,& leur comanda qu'il l'efcorchaffent tout vif,& puis qu'ils le crucifiaffent & attachaffent fon corps en trauers à trois croix,& qu'ils eftendif fent fa peau fur vne autre piece de bois à part, ce qui fut fait, dót le Roy fut fort deplaifant& mal content quand il le feut,& s'en bien aigrement à elle: mais elle ne s'ent fit que moquer & luy dit en riant, Vrayement tu as bone grace de te courroucer pour auoir perdu vn mefchant vieilla rd chaftré, là où ie perdis mille Dariques,& eu bie patiece, fans en dire mot. Ainfi n'en futl autre chofe, fino que le Roy en fut fort marri,& fe repetit bien courrouça ccc i 772 ARTOXERXES. fourdie bocage gea tou petit f bien mais cau Roy rite q qu'ill kredit qu'il qu'il mach teme me d d'auoir ioné,& de s'eftre ainfi laiffé affiner.Mais la Reine Statira. outre ce qu'en toutes autres chofes elle luy eftoit toufiours contraire, ne ceffoit encore en ce cas de dire ouuertement, que c'eftoit mefchäment fait à elle, de faire ainfi cruellemét mourir à tort les bos& loyaux feruiteurs du Roy,& pour l'amour de Cyrus. Mais au demeurant, apres que Tiffaphernes lieutenant du Roy Artoxerxes eut trompé Clearchus& les autres Capitaines Grecs, en fauffant mal- heureufemét la foy qu'il leur auoit promife,& qu'il les eut enuoyez pieds& poings liez au Roy, Crefias dit q Clearchus le pria de luy faire recquurer vn peigne,& qu'en ayat eu vn par fon moyé,& s'en eftät peigne, il eutce plaifir fi agreable, qu'il luy donna en recopéfe l'anneau duquel il feeloit& cachetoit fes lettres pour luy feruir d'éfeigne& de tefmoignage enuers fes parés& amis de l'amitie qui auoit efté entre eux deux,& dit qu'il y auoit en la pierre de ceft anneau vne danfe de Caryatides engra uee.Il dit danatage que les autres gens de guerre qui eftoyet pri fonniers auec Clearchus, luy oftoyet la plus part des viures qu'on Juy enuoyoit,& ne luy en laiffoyét que bien peu pour luy,& que luy y remedia, en procurant qu'on leur en enuoyaft plus grande quatité,& qu'on mit la portion de Clearchus à part,& des autres foldats à part auffi: ce qu'il faifoit, dit- il, du feu& par le commandement de Paryfatis, laquelle fachat qu'on enuoyoit tous les iours à Clearchus du iambon entre les autres viures, l'aduifa vne fois qu'il ne falloit que cacher vn petit coufteau dedãs la chair de ce abon& le luy enuoyer, afin que l'iffue de la vie d'vn fi vaillant Capitaine& fi homme de bien, ne demeuraft point en la difpofitio de la cruauté du Roy, mais qu'il eut peur de l'entreprendre,& ne Pofa pas faire,& que le Roy promit& iura à fa mere, laquelle l'en pria fort affectueufement, de ne le faire point mourir toutesfois que depuis eftant folicité& perfuadé du contraire par la Roine Statira, il les fit tous mourir, excepté Menon: à l'occafiodequoy Pa ryfatis depuis cefte heure- la, dit- il, commença a efpier tous les moyés de faire mourir& d'empoifonner la Roine Statira. Mais il ne me femble pas vray- femblable, que Paryfatis fe fut mife à pro chaffer vn fi mal- heureux, fi mefchant& fi dangereux acte, que de faire mourir la femme legitme du Roy, de laquelle il auoit ia des enfans qui eftoyent pour venir vn iour à la couronne, feulement pour l'amour& pour le regard de Clearchus:& eft affez aifé à voir qu'il va controuuant cela pour plus honorer& magniGer la memoire de Clearchus:& qu'il foit vray, on le peut facilement coiecturer par les euidens menfonges qu'il adicufte apres, difat que les Capitaines ayas efté tuez, les corps de tous lesautres furent defchirez par les chiens& oifeaux: mais qu'il furuint vn tourbillo de vent qui couurit celuy de Clearchus, d'vn grad moceau de poudre,& qu'à l'entour de ce moceau peu de teps apres il fourdit & de exe feut ca lone toutest reconce PADOC leurs qu HOU ce nean tenoy es vian ailfelle foit b lemanie kle nou Crefi pe Elemen fois D reime cofte lade tes to de Crulia ines Grets Clean it eu va ཟུམ་ 2) ལྡན་ ནི ། emeler pa daily atidesea effo ures c Juy,& ge s grand es autres ARTOXERXES. 773 fourdit de la terre plufieurs palmiers, dot il fe fit comme vn petit bocage fort& efpez à merueilles, de forte qu'il couurit& vmbra gea tout ceft endroit la, tellemet q le Roy mefme puis apres fe re pétit fort de l'auoir fait mourir, come ayat efté homme de bie& bien voulu des dieux.Ce ne fut donc pas l'amour de Clearchut mais bie vne ancienne racune q Paryfatis auoit imprimee en for cœur,& vne ialouzie conceuë de longue main à l'encontre de la Royne Statira, pourautat qu'elle voyoit bie, que le credit& autho ritè qu'elle auoit aupres du Roy, procedoit d'vne reuerece finale qu'il luy portoit pour l'honorer feulement,& au contraire que le Credit de Statira eftoit bien mieux fondé& plus afleuré, attendu qu'il procedoit de la bonne amour qu'il luy portoit,& de la fiace qu'il auoit enjelle. Voila la vraye caufe qui l'incita à confpirer& machimer la mort de la Roine, ayant refolu qu'il falloit neceffairement qu'elle ou la Roine mouruffent. Or auoit- elle vne femme de chambre nomee Gifis, qui pouuoit beaucoup enuers elle, & de qui elle fe fioit entierement. Dinon efcrit qu'elle luy feruie à executer ceft empoifonnement. Toutesfois Ctefias dit qu'elle le feut tant feulement: mais au demeurant, que ce fut contre fa volonté,& que celuy qui fournit le poifon fut vn nommé Belitaras toutesfois Dinon l'appelle Melantas:& cobien qu'elles fe fuffent reconciliees en apparence.faifans femblant d'auoit oublié toutes leurs querelles& inimitiez paffees,& qu'elles commençaffent à fe trouuer l'vne auec l'autre,& à boire& mager enfemble, fi eftce neantmoins qu'elles fe desfioyent toufiours I'vne de l'autre,& fe tenoyent diligemment fur leur gardes, en mangeant de meftes viandes,& eftans feruies par mefmes officiers& en mefme vaiffelle.Or y a- il en Perfe vn petit oifeau, auquel n'y a rien qui ne foit bon à manger, car il eft tout plein de graiffe par le dedass de maniere qu'on eftime qu'il fe nourriffe du vent& de la rofee, & le nomme- on en lagage Perfien Ryntaces, Paryfatis, ainfi que dit Ctefias, en prit vn qu'ellecoupa par le milieu en deux parts a- uec vn petit soufteau, lequel eftoit empoifonné de l'vn des coftes feulement,& mis incontinent en fa bouche la partie qui eftoit nette, n'ayant point touché au cofté du coufteau empoifonné,& donna à Statira la moitié qui eftoit infe& tee& enuenimee. Toutesfois Dinon efcrit que ce ne fut pas Paryfatis qui luy donnaelle mefme, ains que ce fut fon efcuyer Melantas qui trenchoit deuse elle,& qui feruoit toufiours à la Roine la chair qui auoit touché au cofté de fon coufteau enuenimé. Sitomba incontinent Stätira malade de la maladie dont elle mourut auec griefues douleurs& afpres torfions& trenchees és parties interieures,& coneut bien euidemment qu'elle auoit efté empoifonnee par le moyen de Patyfatis,& le dit au Roy, lequel en eut la mefme opinion côtre fa ere memement pource qu'il comoiffoit bien fa nature cruelle mman siours e fois de ce illant fitio ne l'en sfois Pa les is il pro Que 13 e- ses vn noes il rdit CGC iij 774 ARTOXERXES & vindicatiue, qui ne pardonnoit iamais depuis qu'elle auoit pris vne chofe à cœur.Parquoy s'en voulant du tout efclaircir, inconti nent que fa femine fut morte il fit faifir tous les feruiteurs domeftiques& les officiers de fa mere, qu'il fit tous gehener, pour leur faire dire la verité, excepté Gigis, que Pary fatis tint en fa chabre longuement cachee, fans la vouloir iamais liurer au Roy qui la demandoit toutefois à la fin elle- mefme pria Paryfatis de la laiffer aller en fon logis vne nuict: dequoy le Roy ayant efté aduerty, la fit guetter au paffage,& prife qu'elle fut, la condamna à mou rir du tourment dont on punit les empoifonneurs en Perfe, qui eft tel: On leur fait mettre la tefte deffus vne pierre plate,& auec vne autre pierre la leur preffe& bat- on tant& tant, qu'on la leur brife& froiffe toute.Gigis fut ainfi executee.Et quant à Paryfatis, le Roy ne luy fit, ny ne luy dit iamais autre mal, finon qu'il la cofina en Babylone, comme elle- mefme luy requit,& iura que tang comme elle viuroit, iamais Babylone ne le verroit. Voila l'eftat auquel eftoyent fes affaires domeftiques: mais ayant Artoxerxes fait tout fon effort pour auoir entre fes mains les Grecs qui luy eftoyent venus faire la guerre iufques au centre de fon royaume, & l'ayant autant defiré comme de desfaire Cyrus mefme,& conferuer fon eftat, il n'en peut neantmoins iamais venir à bout: car encore qu'ils euffent perdu celuy qui les foudoyoit qui eftoit Cyrus,& tous leurs particuliers Capitaines qui les auoyent conduits, ils fe fauuerent du fond de fon royaume, en monftrant par experience, que tout le fait des Perfes n'eftoit qu'or& argent, force delices& belles femmes,& au demeurant pompe vaine& mine feulement, dont toute la Grece en prit vne, merueilleufe affeuran ce& en eut les Barbares en trefgrand mefpris, tellement que les Lacedæmoniens eftimerent que ce leur feroit vne grande honte, s'ils ne deliuroyent les Grecs habitans en l'Afie de la feruitude des Perfes,& ne les garentiffoyent des infolences outrageufes des Barbares. Ce qu'ayans autrefois attenté de faire par leur Capitaine Thimbron,& encore depuis par Dercyllidas qu'ils y enuoyerent auec armee, fans y auoir peu faire chofe digne de me moire, finalement ils refolurent d'y enuoyer leur Roy mefme Age filaus, lequel trauerfant en Afie aucc des vaiffeaux, commença incontinent qu'il fut defcendu en terre à mettre la main à l'œuure à bon efciant: car d'arriuee il desfit en bataille Tiffaphernes le lieutenant du Roy,& fit rebeller côtre luy la plus part des citez Grec ques, qui font en l'Afie. Ce que confiderant le Roy Artoxerxes i- magina fagement& trouua le moye, par lequel il falloit qu'il fift Ja guerre aux Grecs: car il enuoya vn Rhodie nommé Hermocra _res, duquel il fe fioit, auec force or& argent, en la Grece, pour doner& diftribuer à ceux qu'il verroit auoir credit& authorité és principales citez d'icelle, à fin de faire vne ligue de tous les autres tres Gre 12 bien de la que to bafti gef PA tre gur ceda taine gaig nom pre auff res d difc pou te d ploye fee de aporte Candic in Pol fdaud pour tre fes quiyel mperf Roy de ' Arto e la b Belle, Antalcic Leon, le raité d es to ifes f ille& H fau www Roy g nelle aduer mon ente, qui paucc raque cila fe Artoxers qui luy yaume & cont: car Cy Huits, хреш orce ARTOXERXES. 7750 tres Grecs à l'encontre des Lacedæmoniens.Hermocrates executa bien& fagement fa commifsion: car les plus puiffantes citez de la Grece fe banderent contre celle de Lacedæmone, tellement que tout le Peloponefe en eftant en grand trouble& grande.com buftion, le confeil de Lacedæmone fut contraint de rappeller A- gefilaus lequel fe voyant à fon grand regret forcé de le partir de PAfie, dit à fes amis, que le Roy de Perfe P'en chafloit hors auec trente mille archers, pource qu'en la monnoye de Perfe il y a la fi gure d'vn archer imprimee.Il debouta auffi femblablemet les La cedæmoniens de la principauté de la mer, par le moyen du Capitaine Conos Athenien, que Pharnabazus I'vn de fes lieutenas luy gaigna: car Conon depuis la bataille nauale qu'il perdit au lieu nomé la riuiere de la Cheure, s'eftoit toufiours tenu en l'ifle de Cy pre, non pour y eftre en feureté de fa perfonne feulement, mais auffi pource que c'eftoit vn feiour propre à entendre que les affai res de la Greceprinffent quelque changemét:& conoiffant que les difcours qu'il auoit en fon entendemét auoyét faute de puiffance pour les executer,& au côtraire que la puiffance du Roy auoit fau te d'vn homme de bon difcours& de bon entendement pour l'em ployer, il luy efcriuit vnes lettres touchant ce qu'il auoit en penfee de faire, comandant expreffément à celuy auquel il les bailla à porter, que s'il luy eftoit pofsible il les luy fit prefenter par vn Candiot qui s'appelloit Zenon qui eftoit baladin du Roy, ou par vn Polycritus natif de la ville de Mende, qui eftoit fon Medecin:& fi d'auenture ces deux- la n'y eftoyent, qu'il les baillaft à Ctefias, pour les prefenter au Roy.Il aduint que les lettres tomberententre les mains de ce Ctefias, lequel, à ce qu'o dit y adioufta outre ce qui y eftoit, que le Roy l'enuoyaft deuers luy pource que c'eftoit vn perfonnage qui feroit fort vtile à fon feruice, mefmement quat aux affaires de la marine.Ctefias ne dit pas cela, ains efcrit que le Roy de fon propre mouuemet luy dóna cefte charge.Mais apres qu'Artoxerxes par la coduite de Cono& de Pharnabazus eut gai gné la bataille nauale pres de Pifle de Gnidus,& que par le moyé d'icelle, il eut chaffé& depoffedé les Lacedæmonies de la feigneu rie de la mer, il fut en tref- grande eftime& grande reputatio par toute la Grece, tellement qu'il donna aux Grecs à telles conditios qu'il voulut, celle tant renommee paix, qui fut appellee la paix de Antalcidas.Ceftuy Antalcidas eftoit vn citoyen de Sparte fils de Leon, lequel fauorifant aux affaires du Roy, fit tant que par le traité de cefte paix, les Lacedæmoniens abandonnerent à Artoxer xes toutes les citez Grecques, qui font enAfie,& toutes les ifles co prifes fous icelle, pour en iouir paifiblement,& leur faire payer taille& tribut à fa voloté.Cefte paix ayat efté faite auec les Grecs ( s'il faut appeller paix vne trahifon, vn reproche& vne infamie. de totite la Grece, fignominieufe, que nulle guerre n'eut iamais i ine ran les te, -nU- ur y e e 3 S - CCG 776 ARTOXERXES. fue plus honteufe, ne plus infame pour les vaincus) le Roy Atto xerxes qui autrement hayffoit de mort tous les Lacedæmoniés,& qui les eftimoit, ainsi que Dinon efcrit, les plus effrontez hommes du monde, au contraire aima fingulierement Antalcidas,& luy fit la meilleure chere dont il fe peut aduifer, quad il alla deuers luy en Perfe: fi dit- on qu'vn jour le Roy prit vn chapeau de fleurs, qu'il trempa dedans vne huyle de parfum la plus precieufe& la plus odorante qu'on euft appreftce pour le feftin,& l'enuoya à An talcidas, tellement que tout le monde s'efmerueilla de voir fi gra des careffes,& fi grande faueur que le Roy luy faifoit: mais aufsi eftoit- ce vn homme tel qu'il falloit pour viure entre les delices& fuperfluitez Perfiennes,& qui meritoit qu'on luy enuoyaft vn tel chapeau, attendu qu'il auoit bien eu le cœur de danfer vn bal deWant les Perfes, auquel il contrefaifoit par derifion Leonidas& Callicratidas deux des plus vaillans homes qui furent onques en toute la Grece.Pourtant y eut- il quelqu'vn qui dit alors en la pre fence du Roy Agefilaus, O combien eft auiourd'huy mal- heureu fe la pouure Grece, en laquelle les Lacedæmonies Perfifent, c'eft * Ou enfuy- à dire, adherent aux Perfes*& le Roy Agefilaus luy refpondit esant les promptement, Non font, mais pluftoft les Perfes Laconifent, c'eft maurs des à dire, adherent aux Lacedæmoniens. Toutefois l'arguce de cefte Perfes refponfe fi à poin& retournee n'effaça point la vergongne du faits & peu de temps apres les Lacedæmoniens perdirent la iournee de Leutres,& enfemble la principauté qu'ils auoyét longuement te nue fur toute la Grece, combien que ia auparauant ils euffent per du la reputation pour auoir confenty& accordé le traitté d'vne honteufe paix.Or tant que la cité de Sparte demeura fur fes piedss & qu'elle retint le premier lieu de dignité entre les Grecs', ArtoXerxes entretint auffi toufiours,& fit conte d'Antalcidas, en le no triant fon hofte& fon ami: mais apres que les Lacedæmoniens eurent perdu la bataille de Leuctres fe trouuas fort rabaiffez,& ayas faute d'argent, ils enuoyerent Agefilaus en AEgypte,& Antalcidas s'en alla en Perfe vers Artoxerxes pour le prier de vouloir a der& fecourir les Lacedæmoniens: mais le Roy en fit fi peu de co te,& l'eut en figrand mefpris en le reiettant lay& toutes fes requeftes, qu'il s'en retourna tout confus à Sparte fans auoir rie fait, & là fe voyant moqué de fes ennemis,& craignant encore que les Ephores ne le fiffent faifir au corps, il fe fit luy- mefme mourir de farm.Enuiron ce mefme temps allerent aufsi en la cour de Perfe deuers Artoxerxes Ifmenias& Pelopidas tous deux Thebains, depuis qu'ils eurent gaigné la iournee de Leuctres: Pelopidas n'y Eien d'indigne ny deshonnefte: mais Ifmenias, luy eftant commadé qui s'enclinaft pour faire la reuerece au Roy, laiffa choig fon anneau à fes pieds,& fe baiffa pour le ramailer, ce qu'on eftia qu'il fit pour s'cliner deuant le Roy. Vas autrefois Artoxer teries ay Timago ha dix foin de Juy qu par c uert Je lu faire brasi la cou ment luy di doit Cefte de g Tima Arto tes au Conter afore& ce faire Roy ne teains Moit P er ving chemen foudro muy a kcomp enetro at tel e que ment a | blamai oup me aparl race rande finde eciale k rigri onquista en laps beurs nt, c'e Spondi c'ell cefte faits de te er 31 ARTOXERXES. 777 terres ayant trouué bon vn fecret aduertiffemet que luy enuoya Timagoras Athenien, par vn fecretaire nommé Belluris, il luy do ha dix mille Dariques:& pource qu'eftant indifpofé, il auoit befoin de lait de vaches pour fe reforcer, leRoy luy fit mener apres Juy quatre vingts vaches pour les tirer,& en auoir du lai& frais par chacun iour, fi luy enuoya vn lict fourny de fes materas; coubertures& de toute autre chofe auec des valets de chambre pour le luy accouftrer difant que les Grecs n'entendoyent rien à bien faire vn lict,& luy bailla dauantage des hommes pour le porter à bras iufques à la mer, à caufe qu'il eftoit malade,& tant qu'il fut à la cour le fit toufiours traitter fort plantureufement& magnifique ment, de forte qu'vn iour I'vn des freres du Roy nommé Oftanes, luy dit, Timagoras, fouuienne toy de ce feruice de table: car ce ne doit pas eftre pour chofe legere qu'ō te fert ainfi magnifiquemēt. Cefte parole eftoit pluftoft vn reproche de trahyfon qn'vn record de grace receue Auffi les Atheniens depuis condamnerent ledis Timagoras à mourir pour auoir pris argent du Roy de Perfe: mais Artokerzes en recompenfe de tant d'autres chefes qu'il auoit faites au grand defplaifir des Grecs, en fit vne qui leur apporta grad contentement, quand il fit mourir Tiffaphernes, qui eftoit le plus afpre& le plus aigre enniemi qu'ils euffent. Parifatis aida bien à se faire, en aggrauant les charges qui eftoyent contre luy: car le Roy ne garda pas log temps le courroux qu'il auoit contre fa metesains fe reconcilia auec elle,& la renuoya querir voyant qu'elle auoit l'entendement& le courage tel qu'il falloit pour gouteruer vn grand Royaume,& outre ce qu'il n'y auoit plus d'empef chement quiNe gardaft d'eftre& hanter enfemble tant comme ils voudroyent, pour crainte de ne donner occafion de ialoufie ou de ennuy à autruy.Parquoy de là en auant Paryfatis fe mit à feruir & complaire à tous les appetits du Roy fon fils, en faifant femblas de ne trouuer rien mauuais de tout ce qu'il faifoit, par où elle ac quit tel credit aupres de luy qu'il ne luy refufoit chofe quelconque qu'elle luy feuft demander.fi s'appercent qu'il eftoit defefperément amoureux de l'vne de fes propres filles, qui s'appelloit A- toffa, mais qu'il diffimuloit fon affection le mieux qu'il pouuoit,& la defguifoit pour le regard d'elle principalement, combien qu'au cuns veulent dire qu'il l'auoit ia defpucelee. Incontinent que Paryfatis euft defcouuert cefte amour, elle commença à faire beaucoup meilleure chere& plus de careffes à la fille que parauant,& en parlant à fon pere, luy louoit tantoft fa beauté, tantoft fa bonne grace& fon doux maintien, difant qu'elle fentoit fa Royne& fa grande Princeffe: de maniere que peu à peu elle luy perfuada la fin de l'efpoufer publiquement fans ausrement s'arrefter aux loix& aux opinions des Grecs, attendu que Dieu l'auoit donné Aux Perfes pour leur cftablis loy,& leur definir ce qui est iufte aa d ARTOXERXES. 738. honefte.Il y a bien quelque hiftoriens, entre lefquels eft Heraclla des natif de Cumes, qui efcriuent qu'Artoxerxes n'efpoufa pas feu lement la premiere de fes filles, mais auffi la feconde qui s'appelJoit Ameftris, de laquelle nous parlerons peu apres: mais ayant ef pouté la premiere, il l'aima fi affectueufemet& fi ardement, que encore qu'il luy fuft furuenu la maladie qu'on appelle vulgairement le mal de faint Main, qui luy occupa tout le corps, il ne l'en aima de rien moins pour cela, ains fit continuellement prieres pour elle à Iuno, n'adorant n'y priant autre deeffe que celle- la feule, en fe profternant à terre deuant fon image,& luy enuoyant & faifant enuoyer par fes amis& lieutenants tant& tant d'offran des, que tout le chemin qu'il y auoit depuis fon palais royal iufques au temple de Juno, qui eftoit à vne grande lieuë de là, rompoit de ioyaux d'or& d'argent, de riches draps teins en pourpre, & de cheuaux qu'on y enuoyoit.Il entreprit auffi la guerre contre les AEgyptiens,& fit fes lieutenans Pharnabazus& Iphicrates Athenien, qui ny firent rien, pource qu'ils tomberent en debat& en diffention P'vn contre l'autre: mais depuis il alla luy- mefme en perfonne à l'entreprife de la conquefte des Cadufiés auec trois cens mille combattans à pied,& dix mille cheuaux: fi entra dedans leur pays, qui eft fort afpre& toufiours obfcur& nubileux: la terre ny porte fruit quelconque que les hommes fement, ains nourrit fes habitas de poires, de pommes& autres tels fruits,& y font neatmoins les hommes forts, hardis& courageux. Entré qu'il fut auant en pays, il ne fe donna garde qu'il fe trouua en eftroitte di fette de tous viures,& confequemment en grand danger: car fes gens ne trouuoyent en tout le pays chofe quelconque qui fuft bonne à manger,& fi n'en pouuoit- on faire apporter d'ailleurs pour la rudeffe& afpreté du pays.de maniere que fon camp ne fe fouftenoit plus que de la chair des beftes de voiture, qu'on y tuoit, encore vint- elle à eftre fi chere, que la tefte d'vn afne y couftoit Six feus.* foixate drachmes d'arget.Bref, la neceffité y fut fi extreme, que la prouifion mefme pour fa bouche vint à faillir,& n'y auoit plus que bien petit nombre de cheuaux, pource que tous les autres a uoyent ia efté mangez: là Tiribazus qui auoit plufieurs fois tenu le premier lieu de credit& d'honneur aupres du Roy, pource que il eftoit vaillant homme,& plufieurs fois auffi en auoit efté debou sé pour fa folie& fa legereté, comme alors mefmement qu'il n'y auoit nulle authorité, s'aduifa d'vne rufe, par laquelle il fauua le Roy& tout fon camp: Il y auoit en ce pays des Cadufiens deux Roys, qui tous deux eftoyent en campagne auec leurs armees capez à part l'vn de l'autre. Tiribazus apres auoir parlé au Roy Ar toxerxes,& luy auoir communiqué ce qu'il entendoit de faire, s'en alla deuers I'vn d'eux,& au mefme temps enuoya fecrettement fens deuges l'autre, abufant I'vn l'autre, en leur donnant à Petendr xes pou pagho gnes entre I'v man моу ribaz tant Foxer malfort Jont à la cha Ja p en pare Cœur aucun Courag Eure, qu pinion es aut tour de me on ne alon leefpa montag urag fleger da vers oit fque foldat re qu melm enten at prieres que celle- la oyant fran erit phicres debar meine ec trous ARTOXERXES. 719 entendre à chacun que l'autre Roy auoit enuoyé deuers Artoxer. xes pour traitter de paix& d'alliace auec luy, au defceu de fon copagnon:& pourtant luy difoit- il, Si tu es fage, il fant que tu gaignes le deuant,& que tu te haftes auant que le traité foit conclud entre eux,& de ma part ie t'aideray en tout ce que ie pourray. I'vn& l'autre de ces Roys adioufta foy à ces paroles, chacú eftimant que fon compagnon luy portafl enuie, de forte que l'vn enuoya foudainement fes ambafladeurs deuers Artoxerxes auec Tiribazus,& l'autre aufsi femblablement auec fon fils: mais pourautant q Tiribazus demeuroit beaucoup en ce voyage, le Roy Artoxerxes commeçoit ia à entrer en quelque foupçon de luy,& fes mal- vueillans à le calomnier en fon abfence,& en eftoit le Roy fort fafché fe repentant bien de s'eftre fié en luy,& preftant volontiers l'oreille à ceux qui difoyét quelque chofe côtre luy: mais à la fin il retourna& fon fils aufsi pareillement,& amenerent chacun quand& eux des ambaffadeurs Cadufiens, auec lefquels Ta paix fut accordee. Adonc Tiribazus fut en plus grand credit& en meilleure eftime que iamais,& fe partit auec le Roy: lequel par effet monftra lors slairement, que la couardife& lafcheté de coeur ne procede point des delices, pompes& fuperfluitez, come aucuns eftiment, croyans que c'eft ce qui amollift& effemine les courages des hommes, ains vient d'vne baffe, vile& mauuaife nature, qui s'attache ordinairement pluftoft à fuyure la mauuaife o- pinion que la bonne: car ny les ioyaux d'or, ny la robbe royale, ny les autres bagues& ornemens, que le Roy auoit toufiours à l'entour de fa perfonne, iufques à la valeur de douze mille talens, co- Sept milme on dit, ne l'empefchoyent point de trauailler& de prédre pei- lions de ne alors, autant que le moindre homme de fon oft: car il marchoit cens mille luy- mefme le premier à pied, portant fa trouffe en efcharpe fur efcus. fes efpaules,& fon bouclier fur fon bras,& cheminoit à trauers montagnes roides& afpres, de maniere que les foldats voyas le courage& la peine que le Roy mefme prenoit, en chemzinoyent fi legerement, qu'il fembloit qu'ils euffent des aifles: car il faifoit par chafque iour douze lieues& demie,& plus. Si fit tant par fes iournees qu'il arriua en l'vne de fes maifons royales, où il y aubit des vergers& des parcs d'arbres beaux à merueilles,& qui e- foyet fingulieremet bien accouftrez, mais tout à l'entour le pays eftoit rez& defcouuert, de forte qu'il n'y auoit arbre quelcoque iufques à bien loin de là,& faifoit fort grand froid: il permit aux foldats de coupper les beaux pains& cypres de fes parcs,& pource qu'ils n'ofoyent prendre la hardieffe d'y mettre la main, luymefme prenant vae cognee tout ainfi qu'il eftoit, alla coupper par le pied le plus beau& le plus grâd qui y fuft: ce que voyat les foldats, fe mirët aufsi à en coupper chacun de fon coflé, de forte qu'e eu d'heure ils eurent bonne prouifion de bois, dont ils fent- de teruront tut di " S 780. ARTOXERXES. grands feus en plufieurs lieux, à l'entour defquels ils pafferent la nuit à leur aife.Toutesfois il perdit en ce voyage bon nombre de vaillans hommes,& prefque tous fes cheuaux entierement à l'occafion dequoy penfant en eftre mefprifé des fiés pour auoir failBy à fon entreprife, il commença à entrer en foupçon& à fe desfice des premiers hommes qu'il euft autour de luy tellement qu'il eri fit mourir plufieurs par defpit, mais plus encore en demeura- il de ceux dont- il auoit desfiance: car il n'eft rien fi cruel ne fi aimant le fang qu'eft vn tyran couard, comme au contraire, il n'eft rien fi doux ne fi humain, qui ne foit moins foupçonneux qu'vn homme vaillant& hardy:& pourtant les beftes qui ne s'appriuoifent iamais; font ordinairement toutes couardes& craintiues,& à l'oppofite, celles qui font nobles& courageufes, s'affeurent incōtinent,& s'accouftument à l'homme, pource qu'elles n'ont point de peur& ne refuyent point les careffes& priuautez que l'homme leur fait. Depuis, Artoxerxes eftantia fort auant en fon aage, entendit qu'il y auoit debat entre fes enfans qui fuccederoit au royaume apres fa mort,& que ce debat fe demenoit mefme entre fes amis& perfonnes de grande qualité. Les plus raifonnables vouloyent, que comme luy par le droit d'aifneffe auoit fuccedé à fon pere au royaume, aufsi il le laiffaft apres fa mort à fon fils aifné, qui auoit non Darius: mais le puif- né qui s'appelloit Ochus, e- ftant homme prompt à la main,& ardent de nature, en auoit d'au tres à la cour qui tenoyent aufsi fon party,& efperoit bien venig an deffus de fon entente par le moyen de fa foeur Artoffa, à laquelle il faifoit fort la cour, luy ayant promis de l'efpoufer,& de la faire Royne s'il pouuoit paruenir à eftre Roy apres le decez de fon pere,& fi eftoit quelque bruit que du viuant mefme de leur pere il l'entretenoit fecrettement: toutesfois Artoxerxes n'en feug iamais rien: mais voulant de bonne heure ofter à Ochus toute efperance de luy fucceder au royaume, de peur que cefte attente ne luy fit entreprendre ce que Cyrus auoit mis en fa tefte,& que par ce moyé fon royaume ne vinít à eftre diuifé& trauraillé de guerres ciuiles& inteftines, il declara fon fils aifné Darius, qui auoit ia cinquante ans, Roy apres fa mort,& luy donna priuilege de porter dés lors la pointe de fon chappeau droite. Or eft- ce la couftume au royaume de Perfe, quad aucun vient à eftre ainfi declaré fucceffeur de la couróne, qu'il requiere vn do à celuy qui le declare fon fucceffeur: ce q l'autre luy ottroye, quelque chofe que ce foit qu'il luy demande, pourueu qu'elle foit pofsible. Darius demäda lors à fon pere vne concubine, qui s'appelloit Afpafia, laquelle a- toit premierement efté à Cyrus, plus cheremens aimee de luy que nulle autre,& lors feruoit Artoxerxes: elle eftoit du pays d'Ione, nee de pere& de mere francs& libres,& ayant efté nourrie pudiquement& honneftemét, fur vn for amence à Cyrus ainfi come S Alsupp Faire le Comm quelq ges & e me rep Lotte en el Moit Dep ard ma fut Con fac Joux du Re cham fois fa encor exquil vouloi fon bo Artoxe con trop au etou ment Pitoit tien ge Proit a entre mables dé aif ARTOXERXES 782 fouppoit auce d'autres femmes, lefquelles s'afsirent, fans trop fe faire femondre, aupres de luy,& furent bien aifes quand Cyrus commeça à fe iouer à elles& à les tafter, en leur difant à chacune quelque mot de ioyeufeté en paffant,& ne firent point des eftranges: mais elle fe tint tout debout fans mot dire aupres de la table, & encore que Cyrus l'appellaft, iamais elle ne voulut aller à luy, ains comme les valets de chambre la vouluffent prendre pour l'y mener, elle leur dit, Le premier qui mettra la main fur moy, s'en repentira: tellement que tous les afsiftans dirent que c'eftoit vne fotte mal apprife, qui ne fauoit ny bien ny honneur: mais Cyrus en eftant bien aife ne s'en fit que rire,& dit à celuy qui les luy a- uoit amenees, Ne vois- tu pas que toutes celles que tu m'as amenees, il ny en a pas vne qui foit entiere ny honnefte, que cefte- cy? Depuis ce iour- la Cyrus commença à la careffer,& l'aima plus ardemment& plus continuellement que nulle autre, la furnommant la fage. Elle fut prife auec le reste du bagage quand Cyrus. fut desfait,& que fon camp fut entierement faccagé,& Darius comme nous auons dit, la demanda en don à fon pere, lequel en fat fort marry, car les Barbares entre autres chofes font fortialoux de leurs voluptez& plaifirs, de forte que non feulement ccTuy qui auroit ofé parler ou toucher en paffant à vne concubine du Roy, mais qui fe feroit feulement approché en allant par les champs des chariots où elles font, feroit puny de mort:& toutef fois fa fille Atoffa qu'il auoit efpoufee contre toutes loix, viuoiť encore,& fi auoit autres trois cens foixante concubines toutes exquifes en beauté:& neantmoins quand fon fils luy demáda celle- la, il refpondit qu'elle eftoit libre& franche,& que fi elle le vouloit, il eftoit contét qu'il la prift: mais fi elle ne vouloit aller de fon bon gré auec luy, qu'il ne vouloit point qu'il la forçaft. Si fut Afpafia enuoyee querir,& luy demanda- on à qui elle aimoit mieux eftre. Elle refpondit, à Darius, contre l'efperance du Roy Artoxerxes, lequel par la necefsité de la couftume& de la loy fut contraint de la luy bailler: mais peu de temps apres il la luy ofta, difant qu'il la vouloit rendre religieufe à Diane, qui eft au pays d'Ecbatane, là où on appelle Anitis, pour illec feruir la deeffe,& viure chaftement tout le refte de fa vie: faifant fon conte, que par ce moyen il chaftieroit fon fils d'vne punition non point trop aigre, ains moderee& meflee de ieu& de rifee parmy la peine: toutesfois fon fils ne porta point ce tour moderément ny patiément, fuft ou pource qu'il eftoit tout outre- pafsionné de l'amour d'Afpafia, ou pource qu'il fe fentoit outragé, moqué& mefprifé par fon pere en cela parquoy voyat Tiribazus,& apperceuät qu'il eftoit ainfi piqué au vif dedans fon coeur, fe mit à l'aigrir& l'irriter encore dauantage, reconoiffant en luy la mefme pafsion qu'il fentoit en foy- mefme pour vne telle occafio: Le Roy Artoxerxes ARTOXERXES 782 auoit plufieurs filles,& auoit promis en mariage à Pharnabazus, celle qui s'appelloit Apama,& à Orontes Rodogoune,& à Tiribazus Ameftris. Il donna aux deux autres celles qu'il leur auoit promifes,& fruftra Tiribazus de la fienne: car il efpoufa luy- mefme Ameftris,& au lieu d'elle luy promit qu'il luy donneroit la plus ieune Atoffa, de laquelle il deuint encore luy- mefme amoureux,& l'efpoufa: dont Tiribazus fut fi defpit& fi defplaifant, qu'il luy en voulut mal de mort, non qu'il fuft de nature homme traftre ny feditieux, mais bien eftourdi& leger: au moyen dequoy Il eftoit tätoft en authorité& en dignité pareille aux plus grands, puis tout foudain il faifoit quelque chofe qui defplaifoit au Roy, pour laquelle il eftoit reculé,& ne fe comportoit bien ny en l'vne ny en l'autre fortune: car quand il eftoit en credit, il fe faifoit hayr pour fon arrogance,& quand il eftoit reculé, il ne fe pouuoit plier ny humilier, ains eftoit plus fier& plus hautain que iamais. Si fut adioufté du feu au feu quand Tiribazus commenca à s'approcher de Darius: car il luy fouffloit tous les iours aux oreilles, que rien ne luy feruoit de porter la pointe de fon chappeaudroitte, s'il ne faifoit que fes affaires allaffent droit aufsi:& qu'il eftoit bien abufé s'il ne conoiffoit que fon frere, par le moyen des femmes qu'il entretenoit, afpiroit fecrettement à la couronne,& qu'eftant fon pere ainfi radoté& variable come il eftoit, il ne falloit point qu'il s'affeuraft en aucune forte de luy fucceder au royaume, quelque declaration qu'il euft faite en fa faueur: Car celuy difoit- il, qui pour vne femmelette Grecque a fait fraude à la plus faincte,& plus inuiolable loy qui foit en Perfe, il ne faut pas que tu penfes qu'il tienne iamais ferme chofe quelconque qu'il t'ait promife:& fi ne luy remonftreroit dauantage que ce ne feroit pas rebut pareil à Ochus de ne pouuoir paruenir là où il pretendoit comme à Juy eftre deftitué& priué de ce qui luy eftoit ia acquis: pource que quand Ochus voudroit viure en homme priué, il le pourroit faire feurement fans que perfonne luy donnaft empefchement: mais à luy qui ia auoit efté declaré& defigné Roy, il eftoit force forcee qu'il fuft Roy, ou qu'il ne vefcut point du tout. Or eft à l'aduenzure vniuerfellement vray ce que dit le poëte Sophocles, Suafion de mal faire chemine Legerement àfa parte ruine. Pourautant mefmement que le chemin eft vny& plain qui conduit l'homme à croire ce qu'il veut,& les homes ordinairement veulent pluftoft le mal que le bien, pource que le plus fouueng ils n'ont point de conoiffance ny d'experience du bien. Mais ouvre cela, la grandeur du royaume,& la crainte que Darius auoit de fon frere Ochus, donnoyent grande force aux remonftrances de Tiribazus:& peut- eftre aufsi que Venus mefme y faifoit quelqué chofe, pour la ialoufie& le defpit de ce qu'on luy auoit ofté Afpafia Afpafia que pere au partie Roy furp le tu pen defi que c PE faire l'adu part perc fe co venu Eu tend faged pos de les dag retira e haute y Yeus& fyrent tifait de is vns is fur Royen iluy dechacu uncles tre de la fo homme rands Roys ne Crocier ue r quil ARTOXERXES. 783 Afpafia: mais comment que ce foit la chofe fut tellement conduite, que Darius fe laiffa aller à confpirer contre la perfonne de fon pere auec Tiribazus:& y ayant ia grand nombre de cóiurez de la partie, I'vn des Eunuques s'en apperceut qui l'alla defcouurir au Roy,& luy declara le moyen comment ils auoyent deliberé de le furprendre, eftant bien certain qu'ils auoyent refolu entre eux de le tuer la nuit en fon lict. Artoxerxes ayant eu ceft aduertiffemēt, penfa qu'il ne falloit pas du tout mettre à nonchaloir vne chofe de fi grande confequêce qui luy portoit danger de fa vie,& aufsi que ce feroit trop legerement fait d'adioufter fi foudainemet foy à l'Eunuque, fans en auoir autre preuue ou indice. Si s'aduifa de faire en cefte forte: Il commanda à l'Eunuque qui luy auoit donné l'aduertiffement, qu'il fe tinft pres des coniurez,& qu'il les fuiuift par tout, pour fauoir tout ce qu'ils feroyent:& cependant il fit percer la muraille de derriere fon lift, où il fit faire vn huis qui fe couuroit auec vne tapifferie:& quand le iour& l'heure furent venus que les coiurez auoyet pris pour leur afsignation, ainfi que l'Eunuque l'auoit de poinct en point aduerty, Artoxerxes les attendit deffus fon lit,& ne s'en leua point qu'il n'euft veu au vifage,& coneu certainement chacun de ceux qui venoyêt de propos deliberé pour l'occire: puis quand il les vit venir droit à luy les dagues nues au poing, foudainement il leua la tapifferie,& fe retira en fon arriere chambre,& ferra l'huys apres luy, criant à haute voix, Au meurtre. Ainfi les coniurez ayans efté clairement veus& reconeus par luy fans auoir peu executer leur deffein, s'en fuyrent par où ils eftoyent entrez,& dirent à Tiribazus qu'il aduifaft de fe fauuer, pource qu'il auoit efté coneu,& eux s'efcartãs les vns çà, les autres là, fe fauuerent de vifteffe: Mais Tiribazus fut pris fur l'heure, apres auoir toutefois occis plufieurs des gardesdu Roy, en fe defandant vaillamment, encore ne fut- il point faify au corps iufques à ce qu'il fut porté par terre d'vn coup de iaueline qui luy fut tiré de loin. Darius femblablement fut aufsi pris& mené prifonnier auec fes enfans,& luy donna le Roy des iuges royaux pour luy faire fon proces: car il ne voulut point eftre prefent au iugement,& commit d'autres en fon lieu pour l'accufer: mais il commanda aux greffiers de mettre par eferit la fentence de chacun des iuges& la luy apporter Il n'y eut pas vn dès iuges qui ne prononcaft contre luy,& ne le condamnaft à mourir. A- donc les Sergens le faifireut au corps,& le menerēt en vne chambre de la prifon, là où on fit venir le bourreau auec le rafoir en la main, dont il auoit accouftumé de coupper la gorge à ceux qui e- ftoyent executez par iuftice:& entrant dedans la chambre, fi toft qu'il apperceuft que c'eftoit Darius, il s'effraya,& s'e retourna tour court vers la porte par où il eftoit entré, n'ayant pas la hardiefle ny la force de mettre la main fur la perfonne du Roy mais les iufon ARTOXERXES. 584 ges, qui eftoyée au dehors de la chambre, luy crierent qu'il paffa outre, s'il ne vouloit luy- mefme en porter la peine. Il r'entra dedans adonc,& prit Darius par les cheueux d'vne main,& luy faifant baiffer la tefte, luy couppa le col auec le rafoir qu'il tenoit en Pautre.Les autres efcriuet que ce iugemēt fut fait en la prefence mefme du Roy Artoxerxes,& que Darius fe voyat couaincu pag les preuues qu'on alleguoit cótre luy, feietta aux pieds de fon pere, luy requerant mercy,& que fon pere fe leua en cholere,& def gainant fon cymeterre, luy en donna tat de coups, qu'il le fit trefpaffer en la place deuant luy: puis retournant en fon palais adora le Soleil,& fe retournat vers les autres feigneurs Perfiens qui le fuiuoyent, leur dit, Allez vous- en, Seigneurs Perfiens, faire bonne chere en vos maifons,& dites à ceux qui n'ont efté prefens, que le grad Oromazes a fait la vengeance de ceux qui auoyent ma chiné d'executer leur mefchante& mal- heureufe trahyfon contre moy.Voila quelle fut l'iffue de la coniuration de Darius.Depuis laquelle Ochus entra en grande efperance de fucceder au royaume, mefmement pour le port& faueur que luy faifoit fa four Atoffa: toutes fois encore craignoit- il de fes freres legitimes celuy qui s'appelloit Ariafpes, qui eftoit demeuré feul,& des bas ftars, Arfames: no pource qu'Ariafpes fuft plus aagé que luy, mais pource qu'il eftoit dous, benin& fimple de nature, les Perfes defiroyent qu'il fut leur Roy: d'autre cofté Arfames eftoit homme de bon entendement,& voyoit bien Ochus qui eftoit fort a- greable à fon pere. Si delibera de leur dreffer embufche à tous, deux:& eftant homme cauteleux, cruel& malicieux de fa nature, il employa fa cruauté à l'encontre d'Arfames,& fa malice contre Ariafpes: car pource qu'il le fentoit fimple, il luy enuoyoit tous tes iours quelques vns des Eunuques valets de chambre& domeftiques du Roy, qui luy rapportoyent des paroles& menaces efpouuantables du Roy, en luy donnant à entendre qu'il auoit propofé de le faire mourir cruellement& ignominieufement,& en luy controuuant ces nouuelles de iour à autre, comme chofes fort fecrettes, luy mettoyent des terreurs en l'entendement, difans que le Roy auoit refolu d'en executer aucunès de fes menaces de là à quelque temps,& les autres tout promptement, de forte que le poure homme en prit telle frayeur,& entra en tel defefpoir, qu'il fit prouifion de poifon qu'il beut,& fe priua volontairement luy- mefme de la vie. Le Roy fon pere ayant entendu comment il eftoit mort, le regretta& fe plaignit fort,& cut quelque foupçon de la caufe pour laquelle il s'eftoit fait mou rir: mais il ne la peut pas auerer ny recercher pour fa trop grande vieilleffe& luy donna ceft accident occafion d'aimer encore plus cherement Arfames que parauant, monftrant euide ment qu'il fe fioit plus en luy, qu'à Ochus,& fe defcouuroit de touN fon Routes pas la fils de toxer emp futa inc Cu deu pled Och da m le for tre is adora , que DION. 785 toutes chofes à luy familierement à raifon dequoy Ochus n'eut pas la patience de plus differer fon entreprife,& attitra Harpaces fils de Tiribazus, par lequel il fit occire Arfames. Or eftoitia Artoxerxes fi caduc& fi caffé, qu'il falloit bien peu de chofe pour le emporter: parquoy fi toft que l'accident du meurtre d'Arfames fut aduenu, il ne peut le fupporter, ne plus refifter, ains mourut incontinent de regret& de douleur qu'il en eut, apres auoir vefcul'espace de quatre vingts quatorze ans,& regné foixante& deux. Il fuft eftimé Prince doux& humain,& qui aimoit fon peu ple& fes fuiets, mefmement quand on eut effayé fon fucceffeur Ochus, qui en cruauté& inhumanité furpaffa tous les hommes du monde. DION. ceder a foit gitimes es bas mais de om 3- usg reg tre us D N e- < S S INSI comme Simonides, ô Soffius Senecion, dit que la ville d'Ilion ne fauoit point mauuais gré aux Corinthiens de ce qu'ils luy eftoyent venus faire la guerre aeuc les autres Grecs, poutautant que Glaucus, duquel les anceftres eftoyet anciennemet venus de Corinthe, auoit pris les armes& combatu affectueufement pour elle. Auffi certainement me femble- il, que les Grecs ny les Romains n'ont point occafion de fe plaindre de l'Academie, attendu qu'ils rapporterent egale louange d'elle par ce prefent liure, auquel ie comprens les vies de Dion& de Brutus, dont l'vn ayant famillierement vefcu auec Platon mefme, l'autre ayat efté dés fon enfance nourry en la doctrine de fes efcrits, tous deux for par maniere de dire, fortis d'vne mefme efchole, où d'vne mefme falle d'efcrime, pour aller executer les plus grads cobats qui ce facet entre les hommes.Et n'eft point de merueille, s'ils ont tous deux faits plufieurs actes germains& tous femblables les vns auxautres, en rendant tefmoignage à ce qu'à efcrit leur precepteur de ddd j DION. lement melme fably dered la vi mee cul Cap il les Seut a jours geoy choy peup Peftr nyfi fora 786 vertu.Que pour faire des exploits au gouuernement d'vne chofe publique, qui ayent enfemble la gradeur coniointe auec la beauté, il faut que puiffance& fortune foyent concurrentes en vn, a- uec iuftice& prudence.Car comme vn certain maiftre de lude & d'efcrime nommé Hippomachus, difoit qu'il conoiffont bien de tout loin ceux qui auoyent appris ces exercices du corps fous luy, à les voir tant feulement reuenir du marché apportans de la chair en leurs mains: Auffi eft- il vray femblable que la raifon ac compagne egalement toutes les actions de ceux qui ont efté bien nourris& bien inftituez, laquelle outre le deuoir& l'honnefteté leur apporte vne certaine confonance& conformité des vns aux autres. Mais dauantage les fortunes qui leur font aduenues toutes pareilles& femblables, plus par cas d'aduenture que par difcours de iugement, font vne grande fimilitude entre leurs vies: car ils ont tous deux efté tuez auant que d'auoir peu conduire leur entreprife iufques à la fin qu'ils s'eftoyet propofees.Et ce qui eft en core plus efimerueillable, c'eft qu'à tous deux la mort a efté diuinement predite par va mauuais efprit& fantofme finiftre, qui vifiblement s'apparut à l'vn& à l'autre, cóbien qu'il y en a aucuns qui reiettent entierement toutes telles opinions,& maintiennent que iamais ces apparitions d'efprits& ces vifions n'aduiennent à perfonne de fain entendement, ains que ce font quelques petits enfans, quelques femmelettes, ou bien quelques hommes debili, tez de cerueau par maladie, qui fe trouuans en quelque deuoyement d'efprit ou indifpofition dé corps, inpriment en leur fantafie de telles eftranges apprehenfions, ayans cefte fuperftitieufe opinion, qu'il y ait vn malın efprit& mauuais ange en eux. Mais fi Dion& Brutus, hommes graues, bien verfez en la philofophie, & qui n'eftoyent point legers ny faciles à troubler, ou aifez à vain çre aucune paffion, ont efté tellement efmeus par vn fantofme, qu'ils en ont conté la vifion à leurs amis, ie ne fay fi nous ne ferons point contraints de receuoir l'vne des plus eftranges& plus anciennes opinions, laquelle tient qu'il y a des malins efprits qui portent enuie à la vertu des gens de bien,& pour empefcher leurs vertueufes actions, leur fufcitent des troubles& frayeurs, tafchas par là à esbranler& faire tomber la vertu, de peur que s'ils perfiftent fermes& entiers en la vertu, ils ne foyent apres leur mort recompenfez de meilleure& plus heureufe condition de vie, que n'eft la leur: mais remettons cefte difpute à vne autre œuure, maintenant en cefte douzieme couple des hommes illuftres, mettons en auant premierement la vie de celuy qui eft le plus ancien des deux.Dionyfius l'aifné incontinent apres auoir occupé la feigneurie de Sicile, efpoufa la fille d'Hermocrates citoyen de Syra cufe, mais n'eftant pas encore fa tyrannie bien affeuree, les Syra cufains fe fouleuerent encontre luy, lefquels outragerent fi cruel& lement ryee auoir Mottin mache ament pour de wars qu qu'i at que net le fie Ene Eberte porta prom CO Peleus portan railona efe bien s aux ire lenne quiden efte requi С ennent nent à vetits bili oyentaeufe Mais ie, ain me, fe. qui Jts t- rt де & t- en ra DION. 787 lement& fi mefchamment le corps de celle femme fiene, qu'elle mefme fe fit volontairement mourir. Depuis ay at recouuré& e- ftably fa domination plus feurement qu'au paranant, il efpoufa derechef deux autres femmes tout enfemble, l'vne eftrangere de la ville de Locres, nomee Doride, l'autre du pays- mefme, nommee Ariftomache fille de Hipparinus le premier home de Syracufe,& qui auoit efté compagnon de Dionyfius en la charge de Capitaine fouuerain la premiere fois qu'ille fut eflcu.On dit que il les efpoufa toutes deux en vn iour,& que iamais homme ne feut à laquelle premiere il eut à faire: au demeurant, que toufiours depuis il fit efgale faueur à l'vne& à l'autre, car elles mangeoyent ordinairement toutes deux enfemble auec luy,& y couchoyent l'vne apres l'autre chacune à fon tour', combien que le peuple de Syracufe vouluft que celle de fa nation fuft preferee& l'efträgere: mais elle eut ceft heur d'enfanter le fils aifné de Dio❤ nyfius, qui luy feruit à fe fouftenir,& defendre de ce qu'elle eftois foraine.Et au contraire, Ariftomache demeura long temps maryee à Dionyfius fans faire enfans, combien qu'il defiraft fort ea auoir d'elle, de forte qu'il fit mourir la mere de la Locriene, luy mettant fus que par charmes& forcelleries elle gardoit Ariftomache de conceuoir: de laquelle Dion eftant frere, du commencement fut en honneur& credit pour l'amour d'elle: mais depuis le tyrant l'ayant efprouué homme de bon fens, l'aima pour l'amour de luy- mefme: tellement qu'outre beaucoup d'autres faneurs qu'il luy fit, il commanda à ceux qui manioyent fes finances, qu'ils luy deliuraffent tout tant qu'il leur demäderoit, moyenant que le iour- mefme ils luy vinfent dire, ce qu'ils luy auroyet baillé.Et combien que de tout temps auparauant, il euft naturellemét le cœur grand,& que fon naturel fuft genereux& magnanime, fi eft- ce que celle magnanimité luy creut encore bien da uantage, quand par vne diuine fortune Platon arriua en la Sicile: ce qui ne fe fit point par humaine prouidence, comme ie croy, ains fut quelque dieu, qui voulant de loin proieter les fondemens de liberté à ceux de Syracufe,& dreffer l'euerfion de la tyrannie, trafporta Plató de l'Italie en la ville de Syracufe,& le fit parler& auoir communication auec Dion, qui lors eftoit bien fort ieune, mais d'entendement le plus docile à comprendre,& de vouloir le plus prompt à fuyure la vertu, que fut onques ieune homme qui hantaft à l'entour de Platon, ainsi que Platon luy- mefme l'a efcrit,& comme fes faits auffi le tefmoignent: car ayant efté nourry de ieuneffe en mœurs feruiles fous vn tyran,& accouftumé à vne vie fuiette& craintiue, à vn traitement fuperbe& infolent, à vne fuperfluité de delices, qui met fon fouuerain bien en volupté & auarice, neatmoins fi toft qu'ileuft vn peu goufté des precepres & des difcours de philofophie qui enfeignent le chemin de la ra elent add ij 788 DION. vertu, fon ame s'enflamma incontinent du defir de la fuyure:& pourautant qu'il fe fentoit auoir efté fi aifément perfuadé& induit à aimer les chofes honneftes& vertueufes, efperant par vne grande fimplicité& nayfue bonté qui eftoit en luy, que les mefmes raifons imprimeroyent vne mefme affection en Dionyfius, il fit tant que Dionyfius eftant de loifir, fut content de voir Platon& de l'ouyr parler. Quand ils furent enfemble, leurs deuis en fomme furent tous de la vertu.mais principalement difputerentils que c'eftoit que la vraye force& proueffe, là où Platon luy ve rifia& prouua que les tyrans n'eftoyent rien moins que vaillans hommes.Et de là tournant fon propos à parler de la iuftice, il luy monftra que la vie des iuftes eftoit bien- heureufe:& au contraire celle des hommes iniuftes mal heureufe: tellement que le tyran fe fentant conuaincu, ne le feut plus endurer difcourir,& fut marry de voir que les afsiftans l'auoyent en merueilleufe eftime, & qu'ils prenoyét tref- grand plaifir à l'ouyr raifonner: fi luy demanda à la fin tout courroucé, quel affaire l'auoit amené en Sicile.Et come Plato luy euft refpondu qu'il eftoit venu cercher vn home de bien, Dionyfius luy repliqua: Commet, il femble par les dieux, à te ouyr parler, que tu n'en ayes encore point trouué. Dió péfa que fon courroux ne tireront point outre,& à cefte caufe reuoya Platon, qui luy en faifoit grande inftance, fur vne galere à trois rangs de rames, laquelle remenoit Pollis Capitaine Lacedæ monien en la Grece: mais Dionyfius fecrettemet fit requefte à ce Pollis que fur tout il le tuaft par le chemin, s'il luy vouloit faire yn bien grand plaifir: finon à tout le moins qu'il le vendift comment q ce fuft: car il ne luy en fera, dit- il, de rie pis pour cela, par ce que s'il eft homme iufte, il fera( ce dit- il) auffi heureux eftant ferf, comme autrement. Voila comme on dit que ce Pollis mena Platon en l'ifle d'Egina, là où il le vendit, pource que les Ægine tes ayans pour lors la guerre contre les Atheniens, auoyent fait vn edict, que tous les Atheniens, qui feroyent pris en leur ifle, fuffent vendus. Ce nonobftant Dionyfius ne laiffa point pour cela à faire autat d'honeur à Dion,& à fe fier autant en luy côme il faifoit auparauat, ains fe feruit de luy en ambaffades de tres- grande importace: come quad il l'ennoya vers les Carthaginoys, là où il fe gouuerna tellemét qu'il en rapporta bien grande reputatio:& enduroit le tyran patiemmet fa liberté de parler: car il n'y auoir que luy feul qui luy ofaft dire franchement& fans crainte, tout ce qui luy venoit en la bouche, come quand il le reprit de ce qu'il blafmoit Gelon: car vn iour qu'on fe moquoit en fa prefence du gouuernement de Gelon,& que Dionyfius luy- mefine difoit( faifant illufion à fon nom, lequel fignifie rifee) que c'auoit efté la moquerie mefme de la Sicile, les autres courtifans faifoyent femblant de trouuer fingulierement bonne l'arguce de ce mot Bot der Pamour mais po belle fou rien Crie filles fius f frere ce.Et help ler de grati cher dire auo ofter nec le UCC C undren parla te dient, en fr demen leure MMA Telpa te le C Fan loy raillam merte ne en erchern le parl ue. Dio ufe re alereà aceda te à ce faire comapar ftant mena gine fait fuf ela à fainde ار شد & cout е се fendiauoit faide ce mot DION. 789 mot de rifee, mais Dion en eftant marry luy dit.Et coment, pour l'amour de luy on s'eft fié en toy, au moyé dequoy tu t'es fait tyra, mais pour le regard de toy on ne fe fiera iamais en perfonne.Car auffi à la verité, le gouuernement de Gelon monftra que la plus belle chofe qu'on fauroit voir, eft vne cité regie par vn Prince fouuerain,& celuy de Dionyfius au contraire, monftra qu'il n'eft rien plus infame à voir. Ceftuy Dionyfius eut de fa femme Locriene trois enfans,& d'Ariftomache quatre, dont il y auoit deux filles, l'vne appellee Sophrofyne, l'autre Arete, defquelles Diony fius fon fils aifné efponfa Sophrofine,& Arete fut maryee à fon frere Thearides, apres la mort duquel, Dion l'efpoufa eftät fa nie ce.Et comme le pera fuft tombé en vne groffe maladie, dont on n'efperoit pas qu'il peuft iamais efchapper.Dion luy vouloit parler des enfans de fa fæeur Ariftomache, mais les medecins pour gratifier à celuy qui deuoit éftre fucceffeur de la tyrannie, empef cherent qu'il n'euft iamais temps opportun de luy pouuoir rien dire, ou comme efcrit Timæus, ils luy donnerent ainfi qu'il leur auoit commandé, vn breuuage ayant force de faire dormir,& luy ofterent par ce moyen tout fentiment, en conioignant la mort a- uec le dormir. Toutefois en la premiere affemblee de cofeil, que tindrent fes amis touchant les affaires du ieune Dionyfius, Dion parla tellement de ce qui eftoit pour le temps profitable& expedient, qu'il moftra qu'en fageffe les autres n'eftoyent qu'enfans, & en franchife de parler que ferfs de la tyrannie, confeillant lafchement& timidement tout ce qu'ils fauoy ent eftre aggreable à ce ieune tyran: mais ce qui plus les eftonna en fon dire, fut, que comme ils craigniffent plus que toute autre chofe, le danger qui pendoit à l'eftat de Dionyfius du cofté de Carthage, il promit, fi Dionyfius vouloit la paix, qu'il s'en iroit incontinent en Afrique, & qu'il trouueroit le moyen d'appaifer honnorablement la guer re: ou s'il aimoit mieux la guerre, qu'il luy equiperoit à fes defpés & entretiendroit de fon reuenu cinquante galeres preftes à voguer, de laquelle magnanimité& magnificence Dionyfius s'efmerueilla grandement,& luy feut fort bon gré de la bonne affe& tion qu'il auoit monftree enuers fes affaires. Mais les autres efti mans que la magnificence de Dion fuft reprehenfio de leur auařice,& fon credit& authorité diminution de la leur, prirent incontinent de ceft offre, occafion de le calomnier, fans omettre ny efpargner aucunes paroles qui fuffent propres à aigrir& irriter ce ieune homme contre luy, mettans en auant qu'il pratiquoit finement les moyens d'occuper la tyrannie, en fe faifant fort par mer, tachant par fes galeres de faire tomber le feigneurie entre les mains des enfans d'Ariftomache, qui eftoyent fes neueux enfans de fa fœeur: mais les plus grandes& les plus apparetes caufes de la baine& de l'enuie qu'ils luy portoyent, eftoyent la diuerfité ddd iij 5790 DION. de fa vie,& qu'il ne les vouloit aucunement hater ne viure à leu guife.Car eux, qui des le commencement s'eftoyent infinuez en fa grace& familiarité de ce ieune tyra mal nourry, en le flattant, & fe rendans miniftres de fes voluptez, ne cerchoyent autre cho fe qu'à l'étretenir toufiours en quelques amouretes,& autres vaines occupations, comme à faire feftins, entretenir folles femmes, & tous autres tels vicieux paffe- temps, par lesquelles chofes laty rannie deuenant molle, ne plus ne moins que le fer par le feu, fembloit aux fuiets douce:& de fait, auffi en eftoit la trop grande feuerité& aufterité vn perit relafchee, non tant pour la begninité, que pour la nonchalance& pareffe du feigneur: tellement que cefte lafche negligéce croiffant par chafque jour de plus en plus, & gaignant toufiours petit à petit fur ce ieune tyransfondit& ro pit à la fin ces fortes chaine de dyamant, desquelles Dionyfius Paifné fe vantoit qu'il laiffoit fa principauté& monarchie enchainee à fon fils: car il demeura quelquefois trois iours entiers à yurongner continuellement, fans interualle depuis qu'il eut Commencé, durant lequel temps fon palays fut toufiours clos& fermé à toutes graues perfones,& à tous honneftes deuis,& plein d'yurongneries, farces, plaifanteries, danfes, mommeries,& de toutes autres diffolutions. Pourtant eftoit- il aifé à penfer que Dion leur eftoit ennuyeux, lequel ne fe laiffoit aller à nulle vo lupté ny gayeté de ieuneffe, au moyen dequoy ils le calomnoyết en fur- nommant fes vertus par les noms des vices ayans quelque femblance d'icelles, comme en appellant fa grauité arroga se, fon rond parler opiniaftreté: s'il admoneftoit, ils difoyent qu'il accufoit, s'il ne fe rendoit compagnon de leurs folies, qu'il les mefprifoit.Car auffi à la verité, fes mœurs auoyent de nature vne certaine hautaineté& aufterité mal- aifee à aborder& mal gracieuse à accointer: tellement que fa compagnie n'eftoit pas tant feulement fafcheufe& defplaifante à ce ieune homme qui auoit les oreilles fi delicates qu'elles ne pouuoyent patiemment ouyr rien que flatteries, ains plufieurs de fes familiers& plus pri uez amis, qui aimoyent la franchife& tendre generofité de fon naturel, reprenoyent neantmoins fa maniere de communiquer auec les ges: pource qu'il leur febloit qu'il negocioit& par loit plus rudemét,& plus aufteremēt auec ceux qui s'adreffoyer à luy, que les affaires d'eftat ne veulent eftre traittez: touchant lequel propos Platon mefme luy efcriuit quelquefois, comme prophetifant ce qui luy eftoit à aduenir, qu'il fuyft opiniaftreté, laquelle demeure auec folitude, c'eft à dire, qui fait qu'on eftn fin abandonné de tout le monde: toutefois on luy faifoit pout lors plus d'honneur qu'à nul des autres à caufe des affaires, & pource qu'on eftimoit qu'il eftoit feul, ou à tout le moins celuy qui mieux pouuoit affeurer&, entretenira tyrannie, laquelle Laquell n'eftoi le plus dute fius & bug naf по aue re ble fer bie que tour bem entre tre ro crire gard re.D dat q toyer ton p aloit renue mon & fe Mes choles Herpar le fr grande o es Dustins Ours eers is qu'ile urs clost is,& plen ies,& de fer que lle vo noyet quel roga oyent qu'il ature mal pas qui ment pri nipar Je -0out res, oins nnie, DION. 791 laquelle eftoit en grand branie. Or conoiffoit- il tres- bien, que co n'eftoit pas tant de la volonté du tyran qu'il eftoit le premier& le plus grand, come maugré luy, pour la necefsité des affaires& du temps.Et penfant que l'ignorance& faute de fauoir de Diony fius en fut caufe, il s'eftudia de le ietter en honneftes occupations & luy faire goufter les fiences& les lettres, mefmement celles qui feruent à reformer les mœurs, à celle fin qu'il ceffaft de crain dre la vertu,& qu'il s'accouftumaft à prendre plaifir aux chofes honneftes: car Dionyfius de fa nature n'eftoit pas des plus mauuais tyrans, mais fon pete craignant s'il venoit à fentir fon cœurs ou qu'il hantaft quelques gens de bon entendemet, qu'il ne machi naft aucune chofe,& ne le deboutaft en fin de fa feigneurie, le tenoit enfermé en vne chabre fans fouffrir que perfonne parlaft auecques luy, là où, à faute d'autres occupations il s'amufoit à fai re de petits chariots, des chandeliers, des felles, efcabelles& tables de bois: car ce Dionyfi' Paifné eftoit fi desflät, fi foupçoneux, de tout le monde,& fi miferablemet craintif, qu'il n'euft pas fouf fert qu'on luy euft roigné les cheueux auec des cifeaux de barbier, ains faifoit venir vn de ceux qui font des images de terre le quel auec vn charbon ardent luy brufloit la perruque tout à l'en tour. Il n'entroit perfonne en la chambre, où il eftoit, auec fa rob be, non pas fon propre frere, ny fon fils, ains falloit auant que d'y entrer qu'il pofaft fon habillement,& que les gardes de fa cham bre le viffent tout nud, qui qu'il fuft, puis on luy bailloit vne autre robbe que la fienne.Vn iour Leptines fon frere luy voulat def crire l'afsiete de quelque place, prit la halebarde de l'vn de fes gardes,& auec la pointe fe prit à luy en traffer le portrait en ter re.Dionyfi' s'e courrouça bié aigremét à luy,& fit mourir le fol dat qui luy auoit baillé fa halebarde.Il difoit auoir peur de fes a mismefmemet des plus aduifez, par ce qu'il fauoit bie qu'ils aime royent mieux dominer que no pas eftre dominez,& comander q non pas obeyr.Il tua vn de fes Capitaines nomé Marfyas, qu'il auoit auancé,& à qui il auoit doné charge de gês de guerre, pour autat qu'ilauoit fongé qu'il le tuoit.difat que cefte vifio luy eftoit venue la nuict en dormant, par ce que le iour en veillant il auoit péfé& propofé de le faire:& cependait luy qui eftoit fi poureux, & qui pour fa timidité auoit l'ame pleine de tant de miferes& de maux, fe courrouça à Platon de ce qu'il ne le prononça& ne le ingea pas eftre le plus magnanime& le plus vaillant homme du monde.Dion donc voyant, come nous auons dit, fon fils corrópu, & fes mœurs gaftees& perdues à faute d'auoir efté bie nourry, le admonefta le pl' qu'il peut de s'adoner à l'eftude des lettres& de prier par toutes les prieres qu'il luy feroit pofsible, le Price des philofophes de s'e venir en la Sicile:& s'il pouuoit tät faire qu'il vint quad il y feroit yenu qu'il fe mift du tour entre fes mais, à ddd iiij quelle 992 DION. celle fin qu'en reformant fes mœurs à la vertu par la conoiffance des lettres,& fe conformant à la diuinité qui eft le plus bel exemplaire qui fauroit eftresau gouuernement duquel l'vniuers obeyffant eft de fait& de nom monde, qui autremet ne fercit que defordre& confufion immunde il s'acquift à luy- mefme premier yne tref- grande felicité,& confequemment à fes citoyens aufsi qui deformáis feroyent de bone volonté par la téperance& iufti ce d'vn pere, les mefmes chofes que maintenant ils faifoyent à re gret par la crainte d'vn feigneur, en quoy faifant, il deuiendroit de tyran Roy pour autant que les chaines de diamât pour bien re tenir& affeurer vne, feigneurie n'eftoyét point la force& la crai te, come difoit fon pere, ny grande multitude de ieunes foldats, ou vne garde de dix mille Barbares: mais au contraire que c'eftoy ent la bien- vueillance, la bone affe& tion& la grace& amour des fuiets que le Prince acquier par vertu& iuftice, lefquelles chaines, bien qu'elles foyent plus lafches q celle- là fi dures& fi roidement tedues, font neantmoins plus fermes& plus fortes pour long temps garder& entretenir vne principauté. Et dauantage Je Prince difoit- il, n'eft point defireux d'honneur, ny homme qui merite d'eftre grandement loué ny eftimé, lequel a bié le foin de veftir fomptueufement fon corps,& qui fait gloire que fa maifon foit richement meublée& delicatement feruie,& cependant ne donne point ordre que fon parler, fa compagnie& conuerfation foit plus graue& plus fage que de quelque baffe& vulgaire per fonne ne tenant conte d'auoir le royal palays de fon ame accouftré royalement,& ainfi qu'il appartiet à vne royale magnificence.Dion repetant fouuent ces exhortatios à Dionyfius,& luy entremeflant aucune fois quelques vnes des raifons qu'il auoit ouy difcourir à Platon, luy imprima vn merueilleux,& par meniere de dire, furieux defir d'auoir Platon en fa campagnie,& d'appre dre de luy. Si vindret incótinent à Athenes force lettres de Dio nyfius, force prieres de Dion,& force requeftes du cofté d'Italie de la part de certains philofophes Pythagoriens, qui prioyent& enhortoyent Platon de s'en venir en Sicile, pour arrefter& contenirdedans les bornes de raifon par graues difcours& fages en feignemens, l'ame legere de ce ieune homme, qui en effrenee licence,& puiffance no limitee, vaguoit fans bride çà& là. Et pour tant Platon comme il dit, fe vergoignant plus de foy- mefme que d'autre,& craignant qu'il ne donnaft occafion aux hommes de croire que ce n'eftoyent que paroles de luy,& qu'il n'euft iamais volontairemět mis la main à aucune ceuure louable& daua tage efperant qu'en purgeant vn feul homme qui eftoit comme la guide de tous les autres, il gueriroit toute la Sicile eftant corrompue& malade: il fit ce qu'on luy mandoit.Mais les aduerfaires de Dion craignans la mutation de Dionyfius, luy perfuaderent rent de & acco de con Phili ftabl le,& qu' aud ne f mar mier cefte ftus d misc feble re: ca apre fut c tyran fenir nies en tenu pr de Dio on ref uner elibere ins de adi aleme re au andre qu moyens ad doyentiane endroin bien re la crai melles t & ortespor auantage mme qui fain de DION. 795 rent de rappeller d'exil Philiftus, qui eftoit homme docte, nourr & accouftumé aux mœurs des tyrans à celle fin qu'il leur fervir de contrepois à l'encontre de Platon& de la philofophie: cap Philiftus dés le commencemet que la tyrannie commençoit à se ftablir, s'eftoit monftré fort affectionné à l'eftabliffement d'icelle,& auoit eu en garde le chafteau bien long temps,& difoit- on qu'il entretenoit la mere de Dionyfius laifné, non point du tout au defceu du tyran: mais depuis Leptines ayant eu deux filles d'v ne femme, qu'il debaucha eftant maryee auec vn autre, donna en mariage l'vne de fes filles à ce Philiftus fans en auoir parlé premierement à Dionyfius, dont le tyra fut fi courroucé, qu'il en mir cefte femme de Leptines en prifon bien enferree,& chaffa Philiftus de la Sicile, lequel s'en alla en exil deuers quelques fiens a- mis qui fe tenoyent fur la cofte de la mer Adriatique, là où, come feble il eferiuit eftant de loyfir, la plus grâde partie de fon hiftoi re: car il ne fut point reuoqué du viuat de Dionyfius l'aifné: mais apres fa mort l'enuie que les autres courtifans portoyent à Dion, fut caufe de le faire rappeller, ainfi que nous auons dit, comme ce luy qui leur eftoit plus idoine,& qui tiendroit plus ferme pour la tyranie. Aufsi ne fut- il pas plus toft retourné qu'il fe mit à la fou ftenir:& d'autre cofté les autres dreffoyent des charges& calom nies enuers le tyran àl'encotre de Dion, luy mettãs fus qu'il auoit tenu propos à Theodotes& Heraclides de ruiner la domination de Dionyfiuscar Dion, à mo aduis, efperoit par la venue de Pla ton refrene rvnpetit la trop imperieufe& immoderee licence de la tyranie de Dionyfius,& en faire par ce moyen vn fage& dro turier gouuerneur: mais s'il refiftoit& ne s'amoliffoit, il auoit deliberé de le chaffer,& de remettre le gouuernement entre les mains de ceux de Syracufe, non qu'il approuuaft la Democratie, c'eft à dire, le gouuernement où le peuple eft fouuerain, mais eftäs totalemet d'opinion que celle Democratie valoit encore mieux que la tyrannie, quand on ne pouuoit aduenir a l'Ariftocratie, ceft à dire au gouuernemet d'vn petit nobre des plus ges de bie. Eftas les affaires en tel eftat, Plato arriua en la Sicile, là où à fon arriuée il fut merueilleufemet car effé& honoré par Dionyfius: car incótinet qu'il fut defcédu de la galere, fur la lle il eftoit venu, i! trouua vn beau chariot royal paré magnifiquemét, qui luy eftoit apprefté pour le porter au chafteau,& fit le tyravn facrifice pour rendre graces aux dieux de fa venue, come de quelque grade feli cité aduenue à fa feigneurie. Dauantage vne merueilleufe hōnefteté qu'on comença à garder les baquets, la cour toute reformee, & vne grande benignité& douceur du tyran en toutes chofes, qui fe traittoyent& depefchoyent, apporterent aux Syracufains tref- bonne efperace de changemet,& n'y auoit celuy en la cour, qui de grande affection ne fe mit à l'eftude des lettres& de la phi aifon nt ne tion per 010EN- не 0 1794 DION. Ou bien que lofophie, tellement* quon ne voyoit au palais du tyran, comme Palais e on dit, autre chofe que le fable& le pouçier où les eftudians traf ftoit tout pli foyet les portraits& figures de Geometrie.Quelque peu de iours de poucier apres que Plato fut arriué, d'aduenture le temps efcheut de faire pour la gran- vn certain facrifice ordinaire qui fe deuoit faire dedans le chafte de mult tude au, auquel facrifice le heraut, come parauant eftoit la couftume de ceux qui proclama tout hautement la priere folennelle qu'on auoit accou eftudioynt ftumé d'y faire, qu'il pleuft aux dieus maintenir longuement en en Geometrie. fon entier l'eftat de la tyrannie,& que Dionyfius eftant aupres de luy dit, Ne cefferas- tu point de me detefter& maudire? Cefté parole fafcha bien fort Philiftus& fes copagnoseftimás qu'auec le tcps petit, àpetit Platon acquerroit fi grade authorité enuers Dionyfius& fi grande puiffance, que puis apres il ne luy pourroyent refifter, attendu que pour fi peu de temps qu'il començoit à le hanter, il auoit defia tellement changé la volonté& mué le courage de ce leune homme pourtant comencerent- ils non plus à part vn à vn ny fecretement en derriere, mais tous enfemble apertement à iniurier Dion, difans qu'il eftoit bon à voir qu'il charmoit& enchantoit Dionyfius par le moyen de l'eloquence de Platons, à celle fin que volontairement il quittaft& cedaft la feigneurie, laquelle il vouloit faire tomber entre les mains des enfans d'Ariftomache, defquels il eftoit oncle. Les autres faifoyent femblant d'eftre courroucez de ce que les Atheniens eftans venus quelque temps au parauant en la Sicile auec grande puiffa ce, tant de mer que de terre, y eftoyent tous peris,& y auoyent efté desfaits, fans qu'ils peuffent prendre la ville de Syracufe,& que maintenant par vn feul Sophifte, ils ruinaffent l'Empire& la fei gneurie de Dionyfi, luy perfuadas de caffer les dix mille foldats qu'il auoit toufiours autour de fa perfonne pour fa garde,& fe def faifir de quatre ces galeres, de dix mille hommes de cheual,& de plufieurs fois autant de gens de pied, pour aller en l'Academie cercher ie ne fav quel fouuerain bie, dont on n'ouytiamais parler& le faire bie- heureux par la Geometrie, en quittat l'heur& la felicité d'eftre grand feigneur, d'auoir force argent& de viure fomptueufement, à Dio& à fes neueux.Par telles calonies& mauuais language, comença premierement Dionyfius à fe desfier de Dion,& puis à fe courroucer ouuertemet à luy,& luy monftrer mauuais vifage:& fur ces entrefaites on luy apporta fecretemét vnes lettres que Dion efcriuoit aux gouuerneurs de la ville de Carthage, par lefquelles il leur mandoit que quand ils voudroyent traiter de la paix auec Dionyfius, qu'ils ne fiffent point ce parlement qu'il n'y fuft prefent,& qu'il leur aideroit à appointet toures chofes, fi bien qu'il n'y auroit deformais plus rié à raccoin ter.Dionyfius ayant leu ces lettres à Philiftus,& s'eftant confeillé á luy de ce qu'il auoit à faire, ainfi que dit Timeus, abufa Dion ga parfa Point deua fous ma me ny mai que ale que Di tres ne mes ban de pe ture c opinia nauire get& efoye feruice yran, des mau | tons qu Po entr turoy Paton edap s'en r Maation la com befte fa moure Platon edu m & le s non dis enfemi it qu' quence daft la des oyans fté que fei ats de n par DION. 793 faux femblant de reconciliation, faignant ne luy vouloir point de mal,& difant qu'il vouloit retourner en amitié comme deuant auec luy. Si le mena vn iour fur le bord de la mer au deffous du chafteau,& luy monftra ces lettres, le chargeant d'auoir machiné& confpiré auec les Carthaginoys encontre luy:& cóme Dion s'appreftaft de luy refpodre pour fe defcharger, iamais il ne le voulut ouyr, ains le fit mettre incontinent, tout ainfi qu'il eftoit, dedans vne fufte,& commanda aux mariniers qu'ils le me naffent en la cofte d'Italie.Quad cela eut efté fait& diuulgué, it n'y eut celuy à qui le cas ne femblaft eftre cruel, tellement que la maifon mefme du tyran en fut toute troublee pour le grad ducil que les femmes en menerent,& la ville de Syracufe commença à leuer la tefte, s'attendant de voir bien toft quelque nouuelleté quelque changement pour le tumulte qui aduiendroit de ce que Dion eftoit chaffé,& aufsi pour la desfiance que tous les autres auroyent de Dionyfius.Ce que luy voyant,& craignant qu'il ne luy en mef- aduinft, reconforta de paroles fes amis,& les femmes de fa maifon, leur donnant à entendre qu'il ne l'auoit point banny: mais qu'il auoit bien voulu qu'il s'abfentaft pour vn teps, de peur que par quelque foudain courroux, il ne fuft à l'aduenture contraint de luy faire pis, s'il fuft demeuré, à caufe de fon opiniaftreté: dauantage il bailla aux domeftiques de Dion deux nauires pour y charger tant qu'ils voudroyent des biens, de l'arget& des feruiteurs de Dion,& les luy mener au Peloponefe.Or eftoyent les biens de Dion grands à merueilles,& la pompe du feruice& des meubles de fa maifon fentant en fomptuofité fon tyran, toute laquelle opulence les amis de Dion chargerent fur des nauires,& la luy menerent, outre plufieurs autres riches dons que les femmes& fes familiers luy enuoyerent, tellement qu'à l'occafion de fes grandes richeffes, Dion eftoit fort renommé entre les Grecs, qui par l'opulence d'vn citoyen banny con iecturoyent quelle deuoit eftre la puiffance du tyran. Quant à Platon Dionyfius le fit, aufsi toft qu'il eur chaffé Dion, loger dedans le chafteau, luy donnant finement par ce moyen vne gar de honnorable fous couleur d'hofpitalité amiable, de peur qu'il ne s'en retournait quand& Dion en Grece, pour refmoigner le tort& l'iniure qu'il luy auoit fait: mais par trait de temps& continuation de hanter autour de luy, Dionyfius s'accouftuma fibie à fa compagnie& à fes propos& deuis( ne plus ne moins qu'vne befte fauuage qui s'appriuoife à hater l'homme) qu'il en deuint amoureux, mais c'eftoit vne amour tyrannique: car il vouloit que Platon n'aimaft autre que luy,& qu'il l'eftimaft plus que perfonne du monde, eftant preft& appareillé de luy mettre entre les mains tous les affaires de fa feigneurie, toutes fes forces& fatytannie, moyennant qu'il voulut preferec l'amitié fiens à celle de 796 DION. Dion, de forte que cefte pafsionnee affe& tion de Dionyfius eftoit vn malheur à Platon, car il en eftoit affolé, ne plus ne moins que font les ialoux de leurs amours, fi qu'en peu de temps il fe courrouça plufieurs fois à luy,& plufieurs fois le raccointa& le pria de luy pardonner: car à la verité il auoit affection merueilleufe de l'ouyr difcourir& d'eftudier en la Philofophie auec luy: mais d'autre cofté, il reueroit ceux qui l'en diuertiffoyent luy remonftrans qu'il fe perdroit& fe gafteroit, s'il s'y mettoit fi auant. Sur ces entrefaites il furuint vne guerre, à l'occafion de laquelle il renuoya Platon, luy promettant que fur le temps nouueau il rappelleroit Dion, en quoy neantmoins il faillit de promeffe, mais bien luy renuoya il le reuenu de fes biens, priant Platon de luy pardonner s'il n'auoit tenu en ceft endroit fa promeffe au temps qu'il auoit promis, parce que la guerre en eftoit caufe,& que tout aufsi toft comme la guerre feroit finie, il renuoyeroit querir Dió, lequel cependant il requeroit d'auoir patience,& de ne rien remuer ou attenter aucune nouuelleté contre luy, ny derracter& mefdire de luy entre les Grecs: ce que Platon s'effaya de faire: carle deftournant à l'eftude de la Philofophie, il le contenoit en PAcademie. Or eftoit- il logé dedans la ville chez vn nommé Callippus, auquel il auoit ancienne familiarité& conoiffance; mais il acheta vne terre pour s'aller quelquefois esbattre aux champs, laquelle puis apres quand il voulut faire voile en SiciJe, il donna en pur don à Speufippus qui luy fit compagnie,& vefcut ordinairement auec luy, plus qu'autre ami qu'il eut à Athenes, par le confeil de Platon, qui vouloit vn petit adoucir& refiouyr les mœurs de Dion par la conuerfation de quelque homme recreatif, qui feuft bien en temps& lieu modeftement iouer & plaifanter, comme eftoit Speufippus, pour laquelle caufe Timon en fes Satyriques brocards l'appelle bon gaudiffeur.Et ayat Platon luy- mefme entrepris de faire la defpenfe és ieux publiques de la danfe des ieunes enfans, Dion prit la peine de les exerciter& apprendre,& fi fornit toute la defpenfe qu'il y conuenoit faire du fien, luy permettant Platon de faire cefte liberalité & honnefteté aux Atheniens, laquelle apportoit plus de bienvueillance à Dion, que d'honneur à luy.Si ne fe tint pas toufiours Dion à Athenes, ains alla vifiter aufsi les autres bonnes villes de la Grece paffant le temps,& fe trouuant aux feftes folennelles& publiques affemblees, auec les plus gens de bien& les mieux enzendus au gouuernement des chofes publiques, fans y monftrer vne feule apparence de diffolution, ou de fierté& d'arrogance tyrannique en fon viure, ny d'homme qui euft efté nourry en fuperfluité& en delices, ains d'hommevertueux, attrempé, magnanime& bien verfé és honneftes eftudes des lettres& de la phi-. lofophie ,, au moyen dequoy tout le monde l'aimoit& l'eftimoit: les les vil des d eft, qu CO leu qu fe & ba br Que de b mAn וונו fion foyPauo deuo fonn Manto fauo ce qu fance Loya trou tres P rapdais eric D e rien re racter& efaires ort en amme nce BUX -13 DION. 797 les villes luy deferoyent honneurs publiques,& luy enuoyoyent des decrets faits en affemblee de confeil à fa gloire,& qui plus eft, les Lacedæmoniens le firent Spartiate, c'eft à dire, leur bour. geoys, ne tenans conte du mefcontentement qu'en auoit Dionyfius, combien que lors il leur fift yn grand fecours en la guerre qu'ils auoyét à l'encontre des Thebains. On dit, que quelquefois Præodorus Megarien pria Dion de le venir voir en la maifon, ce qu'il fit. Ce Ptoeodorus eftoit homme puiffant& riche,& pourtat Dion voyant à la porte de fon logis vne fi grande multitude de gens qu'il eftoit malaifé d'entrer& de parlerà luy, tant il auoit d'affaires fe retourna vers fes a mis qui l'accompagnoyent eftas courroucez& marris dequoy on le faifoit attendre à la porte,& leur dit, Quelle raifon auons nous de nous plaindre de luy, veu que nous en faifions tout autant, quand nous eftions en Syracufe? Mais auec le temps Dionyfius conceur vne ialoufie corre luy, & craignant la bien- vueillance que les Grecs luy portoyent, cef fa de luy plus enuoyer fon reuenu,& fit faifir fes biens, lefquels il bailla à regir à fes propres receueurs:& voulat abolir le mauuais bruit qu'il auoit acquis entre les Philofophes à caufe de Platon, il affembla plufieurs hommes qu'on eftimoit doctes& fauans, lef quels il s'efforçoit par vne ambition de furmonter tous en fauoir de bien dire: fi eftoit contraint de fe feruir mal& impertinemment des beaux difcours qu'il auoit ouy faire à Platon, à l'occafion dequoy il recommença derechef à le defirer& à fe blafmer foy- mefme, de ce qu'il n'en auoit feu vfer durant le temps qu'il l'auoit eu à fon commãdement,& qu'il ne l'auoit autant ouy qu'il deuoit:&, comme vn tyran qu'il eftoit, toufiours träfporté& paffionné de cupiditez,& aifé à fe tourner tantoft à vne affection,& tantoft à vne outre, il luy prit foudain vn impatient defir de le r'auoir. Si employ a tous les moyens qu'il peut imaginer, iufques à prier Archytas Philofophe Pythagorien de luy' mander qu'il vinft affeurémét,& de le vouloir pleiger& cautioner enuers luy, ce qu'il luy promettoit: car ils auoyent eu premierement conoiffance& amitié enfemble par fon moye: parquoy Archytas y enuoya le Philofophe Archidemus. Dionyfius aufsi de fon cofté y enuoya quelques. galeres,& quelques vns de fes amis pour le prier de venir,& luy- mefme efcriuit notamment, que Dion fe trouueroit mal fi Platon ne venoit en Sicile: mais s'il fe laiffoic perfuader de venir, qu'il feroit tout ce qu'on voudroit. Force lettres& prieres venoyent à Dion de fa femme& de fa fœur, qu'il fift tant, comment que ce fuft, que Platon obeyft à Dionyfius,& qu'il ne luy allegaft excufe aucune, Voila comment Platon mef me efcrit, qu'il fut contraint de venir pour la troifieme fois au deftroit de Sicile, $ Six efcus. sens 798 Pour repaffer DION. encore vn voyage De Charybdis le dangereux paffage. Eftant arriué, emplit Dionyfius de grande refiouyffance,& tou te la Sicile derechef de grande efperance, laquelle defiroit fort, & faifoit tout tant qu'elle pouuoit, afin que Platon furmontait Philifthus,& que la Philofophie vainquift la tyrannie. Les femmes de la maifon de Dionyfius mettoyent toute peine à l'entrezenir: mais fur tout, Dionyfius monftroit auoir finguliere confiace en luy,& plus grande qu'à nul autre de fes amis: car il le laiffoit approcher de luy sas le faire vifiter ne fouyller,& luy offroit fouuent en don grade fomme d'argent, mais Platon n'en vouloit point prendre: parquoy Ariftippus le Cyrenien, qui lors eftoit aufsi en la cour de Sicile, difoit que Dionyfius faifoit fes liberalitez& magnificences feurement: car il donne peu à nous qui demandons beaucoup,& beaucoup à Platon qui ne prend rien. A- pres les premieres careffes de la bien venue, Platon comença à luy parler de Dion,& Dionyfius pour le commencement vía de remifes& delais, mais puis apres en monftra quelque mefcontentement: à la fin il entra en debat& conteftation auec Platon, fans que toutesfois les autres s'en apperceuffent encore: pourautant que Dionyfius difsimuloit cela,& luy faifoit au demeurant toutes les careffes, bons traittemens& honneurs dequoy il fe pouuoit aduifer, tafchant à le retirer par ce moyen de l'amitié de Dion: no pas que Platon n'euft bien entendu du premier coup, qu'il n'y auoit point d'affeurance en fes promeffes,& que ce n'eftoyent fautes& menfonges de tout ce qu'il difoit qu'il feroit, mais il ne luy en defcouuroit rien pourtant, ains enduroit toufiours pour le taifant femblant de le croire. Ainfi qu'ils eftoyent tous deux en ces mines& difsimulations,& qu'ils penfoyent que perfonne ne feuft rien de leurs fecrets, Helicon Cyzicenien l'vn des familiers de Platon predit Peclipfe du Soleil,& eftant aduenuë ainfi come il l'auoit predite, il en fut fort eftimé du tyra, qui pour ce luy fit don* d'vn talent d'argent.Et adonc Ariftippus dit en fe iouant qu'il fauoit bien aufsivne fort eftrange chofe qui deuoit bien toft aduenir.Et comme les autres le priaffent de dire q c'eftoit. Je vous pronoftique, dit- il, que dedans peu de téps Platon& & Dionyfius feront ennemis. La fin fut, que Dionyfius védit publiquement à l'ancan les biens de Dion,& en retint l'arget,& mit Platon, qui parauant eftoit logé dedans le verger prochain de fon palais, entre les foldats de fa garde, lefquels de long téps luy vouloyent grand mal,& cerchoyent à le tuer, comme celuy qui perfuadoit à Dionyfius de quitter la tyrannie& viure fans gardes: auquel danger eftant Platon, Archytas enuoya foudain va ambaffade deuers Dionyfius fur vne fregate à trente rames, le redemander, remonftrant que fous l'affeurance& faufconduit de mieux, fa fa cauti monit depart demo Juy mau & a fe cem ton, guer teps them fous le ca Plat fero pon efte ce ma como Athen lettres tres ch Gule f ma avoit d ire de paren impere han endi refto Let e confi froit exualoit dries omenai ntyla Conten On, lans utant Outes Host on: пе le US DION. 799 fa caution il eftoit venu à Syracufe. Dionyfius pour s'excufer& monftrer qu'il n'auoit point de courroux encontre luy, fit à fon departement force feftins,& le conuoya auec grandes careffes& demonftrations d'amitié. Et vn iour entre les autres s'avança de luy dire, Certes ie me doute bien, Platon, que tu diras bien des maux de moy quad tu feras en l'Academie entre tes compagnons & amis:& alors Platon en fe fouriant luy refpódit, Ia dieu ne plai fe, qu'il y ait fi grade faute de propos en l'Academie, qu'on y face mention de toy. Voila quel on dit auoir efté le renuoy de Platon, cóbien que ce que Platon mefme en a efcrit ne s'y accorde guere.Ces chofes defpleurent fort à Dion, de forte qu'en peu de teps apres, il fe declara ouuertement ennemi de Dionyfius, mefmement quand il entendit ce qu'il auoit fait de fa femme.Platon fous paroles couuertes le manda à Dionyfius par fes lettres:& eft le cas tel: Apres que Dion eut efté chaffé, Dionyfius renuoyant Plato luy donna charge de fentir fecrettement de Dion, s'il ne feroit point marri q fa femme fuft donce en mariage à vn autre, pourautât qu'il couroit vn bruit, foit qu'il fuft vray, ou qu'il euft efté controuué& rapporté par ceux qui vouloyent mal à Dion, ce mariage ne luy auoit iamais efté agreable,& qu'il ne pouuoit comodement viure auec fa femme. Parquoy quand Platon fut à Athenes,& qu'il eut parlé de toutes chofes à Dio, il efcriuit vnes lettres au tyran Dionyfius, par lefquelles il luy expofà toutes autres chofes fi clairement q chacu les pouuoit entédre,& cefte- cy feule fi obfcuremet, q celuy feul à qui il efcriuoit l'euft entendue, luy mandat qu'il auoit parlé à Dió de ce qu'il fauoit,& qu'il luy auoit donné à conoiftre qu'il feroit griefuement irrité fi Dionyfius le faifoit:& pour lors à caufe qu'il y auoit encore gräde efperace de recociliation entr'eux, le tyran ne fit rie de nouueau touchant fa fœur, ains la fouffrit toufiours demeurer auec le fils de Dion: mais quand ils furent tellement alienez, qu'il n'y eut plus apparence de retourner en grace,& qu'il eut renuoyé Platon en male grace& inimitié, alors donna- il en mariage fa foeur Arete femme de Dion mal- gré qu'elle en euft à l'vn de fes amis nomé Timocrates, n'enfuyuant pas à tout le moins en cela, l'equité de fon pere: car Polyxenus qui auoit efpoufé fa fæeur Thefta eftant aufsi deuenu fon ennemi, fe retira& s'enfuyt de peur hors de la Sicile. Dionyfius enuoya querir fa fœur,& la tanfà fort de ce que fachant bien que fon mari s'en vouloit fuyr, elle ne luy en auoit rien dit: elle luy refpódit magnanimemet certes, fans fe troubler ny eftonner, Et coment te femble- il, Dionyfius, que se fois fenme fi lafche& de fi peu de cœur, fi i'euffe feu que mon mari s'en vouluft aller, que ie ne me fuffe mife fur la mer quant& luy,& que ie n'euffe voulu eftre compagne de fa fortune? ie n'en ay rie feu deuant qu'il foit party: car il m'euft efté plus honnorable 0 e 800 DION. mais tous gilles ils s corps au les meil fans po eux to en Sic dire q d'eftre dite femme de Polyxenus banny, que fœur de toy tyran. Dionyfius fut bien esbahy d'ouyr fa fæcur ainfi frachement parler,& les Syracufains eurent en grande admiration fa vertu, de forte qu'encore apres que la tyrannie fut ruinee, ils ne laifferent point de luy faire tout l'honneur qu'ils euffent feu faire à vne Royne:& quand elle fut morte, tous les citoyens par ordonnance publique cónuoyeret le corps iufques à la fepulture. Cefte digrefsion, quoy qu'elle foit hors de noftre hiftoire, n'eft à l'aduenture point inutile.Mais pour reuenir'à noftre propos, Dion de là en auant tourna toutes fes penfees à la guerre, contre le confeil & aduis de Platon qui l'en diuertiffoit, tant pour la reuerence de de l'hofpitalité& bon traittement que luy auoit fait Dionyfius, comme aufsi pour la vieilleffe de Dion: mais au contraire, SpeuSippus& fes autres familiers l'incitoyent à ce faire,& l'enhortoyent d'aller affranchir& deliurer de feruitude tyrannique la Sicile, laquelle luy tendroit les bras,& le receuroit auec grande deuotion.Car durant le téps que Platon eftoit à Syracufe, Speufippus qui hantcit plus auec les citoyens parmy la ville, que ne faifoit Platon, auoit coneu quelles eftoyent leurs humeurs& volontez, combien que du comencement ils euffent peur de fe defcouurir,& de dire franchement ce qu'ils en penfoyent, craignas que ce ne fut vne efpie que le tyran enuoyaft ainfi par les maifons pour fonder leurs affections: mais auec le temps ils s'affeurerent de luy,& eftoit la voix& patole de tous vne, qu'ils prioyet & enhortoyent Dion de venir, fans fe foucier de mener quant& luy, nauires, foldats, ny cheuaux: qu'il montaft feulemét fur quel. que nauire de louage& qu'il preftaft só corps& fon nom aux Siciliens à l'encontre de Dionyfius. Ces nouuelles que Speufippus raconta à Dion, luy donnerent courage.Si comença à leuer gens fecrettement par perfonnes interpofees pour couurir ce qu'il a- uoit en penfee. Plufieurs citoyens manians les affaires de la.chofe publique luy aiderent,& de ceux aufsi qui entendoyent feulement à l'eftude de la Philofophie, entre lefquels Eudemus le Cy priot,( fur la mort duquel Ariftote efcriuit fon Dialogue de l'ame)& Timonides Leucadien, qui luy affocierent aufsi Miltas Theffalien homme entendu en l'art de deuiner,& qui auoit efté fon compagnon d'eftude en l'Academie, là où de tous ceux que le tyran auoit bannis, qui n'eftoyent pas moins de mille en nombre, il n'y en eut iamais que vingt& cinq feulement qui ofaffent l'accompagner en cefte guerre: tous les autres eurent le cœur fi lafche, qu'ils l'abandonnerent. Le lieu où ils fe deuoyent trouuer& affembler, eftoit l'Ifle de Zacynthe, en laquelle ils amafferent leurs foldats, qui n'eftoyent point en tout huit cens, mais tous ges de fait,& hommes efprouuez en plufieurs guerres, efquelles ils amafferent leurs foldats qui n'eftoyent point en tout huit cens, mais fius, qu & cond parence Dion, yeux c pourta Jeuez, le com leur e & mal la Sicile des Syra que l'occ menes co chiens, t heure pener. pelle G vn fac ena fes f le fac esbais qu'vn cheuanc bon fon far beauc urin& or budaine fideran c'eft v erre Ce beinin de deflant.com Celeb Dion de la confe Dofus, annige la ec grave Spe que ne S& vo fedel ignas maifeuoyec 28 J el. Sipus ens a- 10e- Cy as le DION. 80% mais tous ges de fait,& homes efprouuez en plufieurs guerres, ef qlies ils s'eftoyét trouuez adroits aux armes,& exercitez de leurs corps autat qu'il eft pofsible de l'eftre,& en experièce& hardieffe les meilleurs qu'on euft feu choifir: bref tels, qu'ils eftoyent fuffifans pour animer& encourager à combattre vaillamment auec eux toute la trouppe qu'efperoit auoir Dion quand il arriueroit en Sicile.Ces foldats mercenaires, la premiere fois qu'ils ouyrent dire que c'eftoit pour aller en Sicile faire la guerre contre Dionyfius, qu'on drefloit ce voyage, furent de prime face bien eftonnez, & condamnerent l'entreprife, comme eftant faite fans aucune apparence de raifon, pour quelque defpit& cholere forcence de Dion, lequel à faute d'vne meilleure efperance s'alloit ietter les yeux clos à entreprědre des chofes impofsibles& defefperees,& pourtant fe courrouçoyent- ils à leurs Capitaines qui les auoyent Jeuez, de ce qu'ils ne les auoyent pas aduertis de cefte guerre dés Je commencement. Mais quand Dion par vne belle harangue, leur eut donné à entendre, combien les tyrannies font ruineufes & mal fondees,& leur eut declaré, qu'il ne les menoit pas tant en la Sicile come foldats, qu'il faifoit, comme pour eftre Capitaines des Syracufains& autres Siciliens, qui de long teps ne cerchoyet que l'occafion de fe foufleuer,& quand encore apres Dion, Alci menes compagnon de l'enteprife& le premier homme des A- chæiens, tant en nobleffe qu'en reputation, eut parlé à eux, à cefte heure- la furent ils tous contens d'aller où on les voudroit mener. Or eftoit- il lors au cœur d'Efté,& fouffloit le vent qu'on appelle Grec, la Lune eftant au plain,& Dion ayant fait appareiller vn facrifice fomptueux& magnifique en l'honneur d'Apollo, mena fes foldats tous armez à blãe en procefsion au temple,& a- pres le facrifice leur fit vn feftin dedãs le parc des lices des Zacynthiens, là où eftoyent les tables dreffees, dont les foldats furent bien esbais, voyans la grande quantité& magnificence des pots d'or& d'argent, des tables& autres meubles qui furpafloyent la richeffe d'vn homme priué,& penferent adonc bien en eux- mefmes, qu'vn homme ia vieil& paffé eftant feigneur d'vne fi grande cheuance, n'attenteroit point chofes fi hazardeufes fans quelque bon fondement,& fans que fes amis de par delà luy euffene offert beaucoup de bien grands moyens: mais apres les oblations du vin,& oraifons accouftumees és feftins faits aux dieux, la Lune foudainement eclipfa: ce qui ne fembla point eftrange à Dion, confiderant les reuolutions des eclipfes,& entendant tres- bien que c'eft vne vmbre qui tobe fur le corps de la Lune, à caufe que la terre fe trouue directement entre elle& le Soleil: mais pouraupant que les foldats qui s'en troubloyent& eflonnoyent, auoyent befoin de quelque reconfort qui les affeuraft, Miltas le deuin fe dreffant en pieds au milieu de la compagnie, fe prit à dire, Copaent es ece j ens, mais Soa DION. gnons, ayez bo courage,& vous affeurez que tout ira tres- bien pour nous, car la diuinité nous predit& nous monftre à l'œil qu'il y aura eclipfe de quelqu'vne des chofes qui font maintenant les plus claires& plus illuftres. Or n'eft- il rien plus clair ne plus reJuifant auiourd'huy, que la tyrannie de Dionyfius: par ainfi faut- il penfer, que fi toft que vous ferez arriuez en la Sicile, vous en e- teindrez la fplendeur. Voila l'interpretation de l'eclipfe que fit le deuin Miltas publiquement deuant toute la compagnie.Mais quat à la ruchee d'abeilles qui fe vint pofer fur la pouppe de la nauire de Dion, il luy dit particulieremet à luy& à fes amis, qu'il fe doutoit fort que les actes feroyét beaux& glorieux, mais qu'ils ne dureroyent pas long temps, ains qu'apres auoir fleury peu de iours ils fe feneroyent& pafleroyent incontinent. On dit, qu'il aduint aufsi pareillement à Dionyfius plufieurs eftranges prefages& fignes merueilleux par permifsion diuine. Entre les autres il y eut vne aigle qui arracha des mains de l'vn de fes gardes la iaueline qu'il tenoit, qu'elle emporta bien haut en l'air, puis la laiffa tomber dedans la mer:& l'eau de la mer à l'endroit qu'elle bat le pied du chafteau, fut tout vn iour douce& bone à boire, come chacun qui en voulut tafter le peut experimenter:& luy nafquirét de petis pourceaux qui n'eftoyent defectueux de nulles autres parties de leurs corps, finon que des oreilles: ce que les deuins interpreterent eftre fignifiance de rebellion& defobeiffance, par ce que les citoyens ne voudroyent plus prefter l'oreille, ny obeir a fa tyrannie:& declarerent aufsi, que la douceur de l'eau de la mer promoftiquoit aux Syracufains mutation de cruel& mauuais temps en bon& doux gouuernement:& que l'aigle miniftre de Iupiter, & la iaueline marque de feigneurie& d'empire, fignifioyent que Iupiter le plus grand des dieux auoit deliberé de deftruire& aboJir la tyrannie.Theopompus l'a efcrit en cefte forte.Si furent embarquez les foldats de Dion dedans deux grades nauires de charge,& vn autre troifieme vaiffeau qui n'eftoit pas guere grand,& deux fuftes à trente rames alloyent apres. Quant aux armes, outre celles qu'auoyent les foldats, il portoit deux mille boucliers, grande quantité de traits, de iauelines, de piques& munitions de viures à foifon, à fin que rien ne leur faillift durant le temps qu'ils auroyetà eftre fur la mer, attendu que tout leur paffage& voyaà caufe ge gifoit entierement en la mercy des vents& de la mer, qu'ils craignoyent la defcente en terre,& qu'ils auoyent nouuelJes que Philiftus eftoit à l'ancre en la cofte de l'A pouylle auec v- ne flotte de vaiffeaux qui les guettoit au paffage. Si cinglerent pouffez par vn doux& gracieux vent l'espace de douze iours,& la trezieme iournee arriuerêt à l'endroit du chef de Sicile, qu'on appelle Pachynus, là où le pilote fut d'aduis qu'on defcendift le pluftoft qu'on pourroit, pource que fi de leur gré ils efloignoyét Ja terre laterre plufie Jors a gnan auan la T te Pel que tem rinie pout men en la pier bien con leur parl te s'ap duque appelle erroyer fort cal qu'ils reuffer ent pet tremen rs la m lette d des C garde Do'y t peny d ant allec chiyoye de la fe fur la vil ny le que de la navire dou ne du pakivers tres iyut la laude aidat at le pied chacun depe arties preque ty-01mps zer, ue 0- - 1 $ 9 e vec Tre DION. 803 da terre,& laiffoyent celle poincte, ils eftoyent affeurez de perdre plufieurs iours& plufieurs nuicts en haute mer à attedre en vain, fors qu'il eftoit la faifon d'Efté, le vent de Midy. Mais Dion craignant de faire defcente fi pres des ennemis,& voulant aller plus auant, pafla outre le chef de Pachynus:& adonc fe leua le vent de la Tramontaine fort& impetueux, qui auec vne grande tourmete rechaffa leurs vaiffeaux loin de la coite de Sicile:& dauantage Pefclair& le tonnerre meflé parmy, à caufe que c'eftoit le temps que l'eftoille d'Arcturus commence à fe monftrer, firent vne telle tempefte,& efpandirent du ciel vne fi violente pluye, que les mariniers s'en trouuerent tous eftonnez, ne fachans où le vent les pouffoit, iufques à ce que foudain ils apperceurent que la tourmente alloit ietter leurs vaiffeaux contre l'ifle de Cercina, qui eft en la cofte de la Libye, mefmement du cofté qu'elle eft la plus pierreufe, plus afpre& plus dangereufe à abborder,& s'en fallut bien peu qu'ils n'allaffent döner à trauers,& brifer leurs vaiffeaux contre les rochers d'icelle: mais ils repoufferent les nauires auec leurs longues perches à bien grande peine,& voguerent ça& là par la mer, fans fauoir où ils alloyent, iufques à ce que la tourmēte s'appaifa:& lors ils rencontrerent vn vaiffeau, par le moyen duquel ils feurent qu'ils eftoyent en la plage, que les mariniers appellent vulgairement les teftes de la grande Syrte.Et comme ils erroyent ainfi, bien fafchez& ennuyez de ce que la mer eftoit fort calme, il fe leua de la terre vn petit vent de Midy, combien qu'ils n'attendiffent lors rien moins que ce vent- la,& qu'ils ne creuffent point qu'il fe deuft ainfi changer mais voyans que le vent petit à petit fe reforçoit, ils defployeret toutes les voiles entierement,& faifans vouz& prieres aux dieux, cinglerent à trauers la mer droit de la cofte de Libye vers la Sicile,& eurent le vent fi à gré, que au cinquieme ils fe trouuerent pres d'vne petite villette de la Sicile appellee Minoa, laqlle eftoit fous la feigneurie des Carthaginoys.Celuy qui en eftoit Capitaine,& qui l'auoit en garde homme Carthaginoys nommé Synalus, hofte& amy de Dion, s'y trouua d'aduenture lors,& ne fachant rien de fon entreprife, ny de fa venue, s'efforça de garder de defcendre fes gens de guerre, qui nonobftant fortirent foudain auec leurs armes fans occire perfonne, car Dion leur auoit defendu pour l'amitié qu'il auoit auec le Capitaine:& fuyuans de pres ceux de la ville, qui fe enfuyoyent deuant eux, entrerent pefle mefle auec eux,& fe faifirent de la place par ce moyen. Mais apres quad les deux Capitaines fe furent entreucus,& qu'ils eurent parlé enfemble, Dion remit la ville entre les mains de Synalus, fans qu'il y fuft fait aucun exces ny dommage:& Synalus de fon cofté fit deuoir de recueillir& traitter les gés de guerre, en aidat à Dion à preparer les cho es qui luy eftoyent neceffaires. Mais ce qui donna plus grande eee ij 804 DION. affeurance aux foldats, ce fut que par cas d'aduenture Dionyfius fe trouua abfent de la Sicile quant ils y arriuerent: car il s'en e- ftoit peu de iours auparauat allé auec quatre vingts voiles en Italie:& pourtant comme Dion les inuitaft à feiourner la quelques jours pour eux refrefchir, à caufe qu'ils auoyent fi long teps elté trauaillez de la marine, eux- mefmes ne le voulurent pas, tant ils eurent grand defir d'ambraffer l'occafion qui s'offroit d'ellemefme,& dirent à Dion qu'il les menaft droit à Syracufe.Parquoy Dion laiffant ce qu'ils auoyent trop de harnoys& de hardes entre les mains de Synalus,& le priant de les luy enuoyer quad il en feroit temps, fe mit en chemin vers Syracufe:& en allant deux cens hommes de cheual Agrigentins de ceux qui habitent au quartier nommé Ecnomus, fe vindrent les premiers ioindre à luy,& apres ceux- la les Geloiens. Le bruit de leur venue fut tätoft couru iufques à Syracufe: parquoy Timocrates celuy qui auoit efpoufé la femme de Dion, foeur de Dionyfius,& à qui Dionyfius auoit baillé Ja garde& la fuperintendence de fes gens& amis qu'il laiffoit en Ja cité, luy enuoya foudain en diligence vn meffager auec des lettres, par lefquelles il luy mandoit les nouuelles de la venue de Dion,& luy cependat auoit l'oeil à donner ordre qu'il ne fe leuaft aucun tumulte ne mutination dedans la ville: car ils auoyent bien tous bone enuie de fe foufleuer, mais pource qu'ils ne s'affeuroyek pas encore que ce bruit qui couroit fuft vray,& qu'ils en auoyent peur, chacun fe tenoit coy.Or aduint- il vne aduenture bien nouuelle au meflager qui portoit les lettres à Dionyfius: car apres qu'il eut paffé le deftroit,& qu'il fut arriué en la ville de Rege du cofté d'Italie, il fe voulut hafter de gaigner la ville de Coulonia, où eftoit Dionyfius,& rencotra fur le chemin quelqu'vn de fa conoiffance qui portoit vne hoftie de facrifice, laquelle venoit d'eftre n'agueres immolee.Ce cópagnon luy bailla vn morceau de la chair,& l'autre tira fon chemin à la plus grande hafte qu'il peut: mais quand il eut cheminé vne bóne partie de la nuit, il fe trouua fi las qu'il fut contraint de repofer& dormir vn petit: fi fe cou cha tout ainfi qu'il eftoit deffus la terre dedans vn bois, le long du grand chemin. La fenteur de cefte chair attira celle part vn loup, qui emporta la chair& le biffac aufsi, dedãs lequel il Pauoit enueJoppee& où il auoit mis les lettres qu'o luy auoit baillees à porter. Quad il fut efueillé,& qu'il s'apperceut qu'il auoit perdu fon biffac, il fe mit en quefte à le cercher& alla& vint çà& là bié long temps: mais ce fut en vain, car il ne le peut onques trouuer, à raifon dequoy il luy fut aduis qu'il ne deuoit point aller fans fes lettres vers le tyran, ains pluftoft s'enfuir en lieu où on ne feuft qu'il feroit deuenu. Par ainfi fut force que Dionyfius euft l'aduertiffemet bien tard,& par autres, de la guerre qu'on luy faifoit en Sicile:& cependant les Camariniens fe vindrent rendre à la trolipp en he trou hien uec Di con pou troup. ayan fieu te nu difta S'atr uant dicu que pour renta Sur le pliant loir, te prirent Pyn Pau ment de plus not Cellor a peuples agea ce s corra be faifoy eller pa dant, fa an: ce Cups de l fem auec illey& en deffro qu'il ne fer erdre& bufiours idemm arnois T Here,& Max de Bircha Pargary kilen fe les cens epo ucit ba laifoit des le enue de leuaft tbien oyet yent Dres ege ཙྩུ ཙྩཎྜཎྜ ༄ ༅ ཟླས ༴ ༐ ཟཟང་ fa la ut: uft d- loit la up DION. 80% trouippe de Dion fur le chemin de Syracufe,& y arriuoit d'heure en heure grand nombre de Syracufains foufleuez, qui lors fé trounoyent parmy les champs: d'autre cofté quelques Campaniens& Leontins, qui s'eftoyent mis dedans le fort d'Epipoles a- uec Timocrates, en intention de le garder, pour vn faux bruit que Dion fit courir deuant vers eux, qu'il vouloit premierement aller contre leurs villes, abandonnerent Timocrates,& s'en allerent pour donner ordre à defendre leurs propres biens. Ce que Dion ayant entendu, qui lors eftoit logé auec fa trouppe en vn lieu qui s'appelle Macre, il deflogea fur l'heure qu'il eftoit encote nuit,& chemina tant qu'il arriua au fleuue d'Anapus, qui n'eft diftant de la ville que d'vne bonne demie lieuë feulement,& là s'atrekant vn petit, facrifia au fleune,& fit fa priere au Soleil leuant: au mefme inftant les deuins luy vindrent annoncer que les dieux luy promettoyent certaine victoire. Et voyans les afsiftans que Dion auoit vn chappeau de fleurs fur la tefte qu'il auoit pris pour la ceremonie du facrifice, tous d'vn mefme vouloir en prirent aufsi, n'eftans pas moins de cinq mille qui s'eftoyent amaffez fur le chemin mal arinez de ce qu'ils auoyent peu finer: mais fuppliant le defaut de leurs armures par l'affection de leur bon vouloir, tellement que quand Dion commanda qu'on marchaft, ils fe prirent à courir de grande ioye qu'ils auoyent, s'encourageans Pvn l'autre auec grád cris de fe monftrer vertueux au recouureiment de la liberté. Quant à ceux qui eftoyent dedans la ville, les plus notables perfonnages& les plus gens de bien les allerent receuoir aux portes, vellus de leurs belles robbes: mais le menu peuple s'alla ruer fur ceux qui tenoyent le parti du tyran,& s'accagea ceux qu'on appelloit les Profagogides, comme qui diroie les corratiers, hommes mefchans hays des dieux& du monde, qui he faifoyent autre meftier que fe promener parmy la ville,& fe mefler parmy les citoyens, s'enquerans de ce que chacun alloit difant, faifant ou penfant, pour puis apres l'aller rapporter att tyran: ceux- la furent les premiers punis, car on les affomma à coups de bafton:& Timocrates n'ayant peu entrer dedans le chafteau auec ceux qui le gardoyent, monta à cheual& s'enfuit de la ville;& en fuyant, par où il paffoit il empliffoit tout de tumulte & d'effroy, amplifiant de paroles la puiffance de Dion, à celle fin qu'il ne femblaft que pour crainte de peu de chofe, il eut laiffé perdre& abandonner la ville. Ce temps pendat Dion appzoshoit toufiours auec fes gens,& eftoit ia fi pres qu'on le pouuoit voir quidemment de la ville, marchant le premier armé à blanc d'vn harnois reluifant, ayant autour de luy d'vn cofté Megacles for frere,& de l'autre cofté Calippus Athenien, couronnez de chaypeaux de fleurs,& apres luy fuiuoyent cent foldats efträgers qu'il auoit choifis pour fa garde, les autres venoyét apres en bo ordreg eot iij 806 DION. marchans en bataille, fous la conduite de leurs Capitaines: les Sy racufains les regardoyent venir,& les receuoyent come vne fain & e& facree proceffion, qui leur rapportoit la liberté& la domi nation populaire quarate& huit ans apres qu'elle leur auoit efté oftee. Apres que Dion fut entré en la ville par la porte qu'on appelle Menitide, il fit à fon de trompe appaifer le bruit& le tumulte du peuple, puis fit crier à haute voix par vn heraut, que Dion& Megacles, qui eftoyent venus pour abolir la tyrannie, affranchiffoyent lea Syracufains,& enfemble tous les autres Siciliens de la feruitude du tyran,& voulant luy- mefme parler& haranguer au peuple, monta au haut de la ville par le quartier qu'on appelle Acradine. Les Syracufains le long des rues par où il alloit, auoyet apprefté de cofté& d'autre des facrifices, dreffé des tables& des taffes deffus,& au pris qu'il paffoit par deuât leurs maifons, luy iet toyent des fruits& des fleurs,& luy addreffoyent leurs prieres& oraifons, ne plus ne moins que fi c'euft efté vn dieu. Or y auoit- il au deffus du chafteau& du lieu appellé Pantapyla, vn horologe à conoift re les heures au Soleil que Dionyfius auoit fait faire, lequel eftoit haut efleué& en lieu eminent: Dion monta deflus,& de là fit fa harangue au peuple qui eftoit efpadu tout à l'encontre de luy, prefchant& enhortant fes citoyens de fe mettre en deuoir pour recouurer entierement& garder leur liberté:& eux efpris de grande ioye,& voulans gratifier à Dion, l'efleurent luy& fon frere Capitaines generaux auec puiffance& authorité fouueraine, puis en efleurêt encore autres vingt du confentewêt de Dion mefme,& de fon frere,& à leur requefte, defquels la moitié eftoit de ceux qui auoyét efté chaffez par le tyra,& qui eftoyét retournez auec Dion Les pronoftiqueurs& deuins trouuoyet bien que c'eftoit vn tres- heureux prefage pour Dio, ce qu'il auoit mis def fous fes pieds en faifant fa harangue celle magnifique ftructure du tyran mais pource que c'eftoit vne monftre du cours du Soleil qui tourne toufiours inceffamment, fur laquelle il eftoit mon té quand il fut efleu fouuerain gouuerneur& Capitaine, ils, euret peur, doutans que ce ne fuft figne qu'és affaires de Dion, il y auroit bien toft foudaine mutation de fortune. Cela fait Dion ayant prins la fortereffe d'Epipoles deliura les citoyens qui y eftoyent detenus prifonniers en grande captiuité par le tyran,& enuironna de murailles le chafteau tout à l'étour.Sept iours apres Diony fius retourna par mer au chafteau de Syracufe,& auffi arriuerent les chariots chargez des armes& harnois que Dion auoit laiffer entre les mains de Synalus, lefquels Dio diftribua aux bourgeois de Syracufe qui n'en auoyent point: les autres s'equipperent le mieux qu'il leu fut poffible, fe monftrans bien deliberez& encouragez de combattre pour la liberté.En ces entrefaites Diony fius enuoya des ambaffadeurs, premierement à Dion en privé, pour ten Dion ne Syracu Et ad douc ils n & n roye Les relpo cu il peup cefte dem tr'eu le b dans me fo chafte Sentair meque que ce t tint& lement foldats petuofit re du c moin bardieff Bautre arre s de g quels i Det en farole, ta le cruel gens Or pous Don't Sallivan de ix elle cable des ifone spries Dry an horologe faire le effus,& ncontre deuoir elpris & fon eraiDion ftoit Cour que def Eure Soдоп réc Bu ant ent 1- ny Ent ez le enonyiué, Pong DION. 887 pour tenter s'il voudroit entendre à quelque compofition: mais Dion ne les voulut point ouyr,& leur dit qu'ils parlaffent aux Syracufains en public, comme à ceux qui eftoyent frács& libress Et adonc les ambaffadeurs parlerent de par le týran en paroles douces& gracieufes au peuple de Syracufc, leur promettás que ils ne payeroyent plus ne tailles ne fubfides, finon que bien peu, & ne feroyent plus trauaillez de guerres finon de celles qui feroyent entreprifes du vouloir& confentement d'eux- mefmes! Les Syracufains ne fe firent que moquer de telles offres,& Dion refpondit aux ambaffadeurs, que Dionyfius n'enuoyaft plus parler à eux que prealablement il n'euft quitté la týranie,& que la où il la voudroit quitter, il luy aideroit à impetrer& obtenir du peuple toutes chofes iuftes& raifonnables. Dionyfius trouva tefte ouuerture bonne,& pourtant renuoya- il fes ambaffadeurs demander aux Syracufains, qu'ils deputaffent quelques vns d'entr'eux pour venir au chafteau parlamenter auec luy touchant le bien& vtilité publique, en allegant leurs raifons,& entendans les fienes. On y enuoya quelques perfonnages que Dion mefme choifit,& couroit defia vn grand bruit qui eftoit venu du chafteau, entre les Syracufains, que Dionyfius fe demetroit volontairement de la tyrannie,& qu'il le feroit plus pour foy- mefme, que pour la venue de Dion, mais c'eftoit vne fraude& feinte que ce tyran ourdiffoit pour furprendre les Syracufains: car il retint& enferma ceux qu'o luy auoit enuoyez de la ville pour parlementer,& vn matin apres auoir bien fait boire& enyurer les foldats qu'il auoit à fa folde, les enuoya affaillir de grande impetuofité la muraille que les Syracufains auoyet baftie à l'encom tre du chafteau& pourautant que ceux de la ville n'attendoyens rié moins que ceft affaut,& que de ces Barbares les vns auec vne hardieffe merueilleufe& grand tumulte, abatoyent la muraille, les autres couroyent fus aux Syracufains, il n'y eut pas vn qui o- faft arrefter en place pour les repouffer& cóbattre, exceptez les gens de guerre eftrangers que Dion auoit amenez quant& luy, lefquels incontinent qu'ils entendirent le bruit, accoururent au fecours,& encore ne fauoyent- ils pas bien eux mefmes, commet ni en quelle maniere ils s'y deuoyent gouuerner: car ils ne pouuoyent rien ouyr pour le grand bruit& defordre des Syracu fains fuyans en confufion, qui fe mefloyent& couroyet à trauers eux, iufques à ce que Dioh voyant que perfonne n'entendoit fa parole, voulant par effet les guider à ce qu'il auoyent à faire, fe ietta le premier fut fes Barbares,& là y eut autour de luy vn afpre & cruel combat: car les ennemis le coneurent auffi bien comme fes gens,& coururet tous de grande fureur& auec grads cris far luy.Or quant à luy, vray eft qu'il eftoit defia, à caufe de laages plus pefant qu'il n'euft efté requis pour fupporter le travail de sce wy 808 DION tels combats, mais neantmoins il eut le courage fi vertueux& S bon, qu'il le fouftint,& mit en pieces ceux qui fe ruerent fur luy, auffi y eut il la main percee divn coup de pique,& à grand peine peut fa cuyraffe refifter aux coups de trait& de main qu'il receut, tant elle fut martelee à travers l'efcu fauffé de coups de iaute line& de picques, qui furent rompues contre luy en fi grand nom bre, qu'à la fin il en fut porté par terre: mais fes foldats le retirerent incontinent. Et adonc il leur bailla pour Capitaine Timonides,& montant à cheual, s'en alla par toute la ville arreftant& r'appalfant la fuyte des Syracufains, puis alla querir les gens de guerre eftrangers qu'il auoit mis en garnifon au quartier de la ville qui s'appelle Acradine pour le garder,& les mena tous frais & bien deliberez côtre les Barbares du chafteau ia recreus& laf fez,& dauantage de fia tous defcouragez de plus auant tenter ce qu'ils auoyent entrepris car ils auoyent fait cefte faillie en efperance de furprendre& occuper toute la ville de prim- faut, en la courant feulement: mais quand ils rencontrerent contre leur efperance& opinion ces hommes propts à la main& bons.combatas, ils commencerent à reculer vers le chafteau:& au contrai re, les foldats Grecs les fentas tirer le pied arriere, les prefferet dauãtage, de forte qu'ils furent à la fin contrains de monftrer le dos, & furét rebarrez iufques au dedans de leur muraille apres auoir tué foixante& quatoze homes de ceux de Dion,& perdu grad no bre des leurs.Cefte victoire fut belle& illuftre, parquoy les Syra eufains donnerent aux foldats eftrangers, pour loyer de leur bon * Mille efcus. feruice* cent mines d'argent:& eux donnerent à leur Capitaine Dion vne courone d'or.Apres cela de la part de Dionyfius il def cendit quelques trompettes du chafteau, qui aporterent à Dion de lettres que luy efcriuoyent les femmes de fa maison:& entre les autres y en auoit vne qui eftoit infcrite au deffus, Amon pere, que luy efcriuoit Hipparinus: car ainfi s'appelloit le fils de Dion, combien que Timeus efcrit qu'il s'appelloit Aretus du nom de farhere Areta: mais il me femble qu'en telles chofes on doit adioufter plus de foy à Timonides, lequel eftoit ami& compagnon d'armes de Dio. Toutes les autres miffiues furet ouuertés& leues deuant tout le peuple de Syracufe,& ne contenoyent autre chofe que fupplicatios& prieres de fes femmes à Dion- Les Syracufains ne vouloyent pas qu'on ouurift publiquement celle qu'on eftimoit efire de fon fils: mais Dion contre leur vouloir l'ouurit& fe trouua que c'eftoit Dionyfius luy mefme qui de parole addref foit fon efcriture à Dion,& de fait parloit aux Syracufains: car elle contenoit en apparence vne forme de priere& iuftification: mais à la verité elle eftoit attitree& compofee expreffement pour calommier& faire foupçonner Dion: car premieremens il luy ramenteuoit& luy mettoit en auant les chofes qu'il auoit autrefois feruatio tre des femme & ob elme toye Baits ranc Curet en p deu qui iufti & d trai luy, de no que H lay. fer& pour le meuro ger en pagnie ence Pelo pat& ilar Syra arant de enus men gens de frais ie en d Cauta me lear ons come contra rét da doty auoir no DION. 809 Autresfois faites de grande affection pour l'eftabliffement& conferuation de la tryannie,& puis de tres- cruelles menaces à l'enco tre des perfonnes qu'il deuoit auoit les plus cheres, comme la femme, fon fils& fa foeur,& finalement de tres- humbles prieres & obferuations auec regrets& lamentations. Mais ce qui plus efmeut Dion que tout le demeurant, fut, qu'il le requeroit de ne ruiner pas la tyrannie, ains pluftoft la prendre pour luy- mefme & de n'affranchir point des homme qui le hayfloyent,& qui autoyent toufiours en memoire les maux qu'il leur auoit autresfois faits, mais qu'il vouluft luy- mefme fe faire feigneur, en affeurant par ce moyen la vie de fes parens& amis. Quand ces lettres euret efté leues deuant toute l'affiftance du peuple, il ne vint point en penfee aux Syracufains de reuerer auec admiration comme ils deuoyent, la conftance inflexible, ni la magnanimité de Dion, qui contre tant de paffions de confanguinité tenoit ferme pour la iuftice& la vertu, ains en prirent vn commencement de crainte & de desfiance, comme de celuy qui feroit neceffairement contraint de pardonner au tyran pour les grads oftages qu'il auoit de luy, au moyen dequey ils commencerens dés lors à vouloir efliré de nouueaux gouuerneurs, inefmement quand ils ouyrent dire que Heraclides s'en venoit vers eux,& eurent affection finguliere à luy.Ceftuy Heraclides eftoit vn dé ceux qui auoyent efté chaffez& bannis, homme de guerre, bon Capitaine& bien coneu pour les charges qu'il auoit eues fous les tyrans, mais qui ne demeuroit iamais ftable en vn propos, ains eftoit inconftant& leger en toutes chofes,& moins encore ferme qu'ailleurs en compagnie d'affaires& de charges où il eftoit queftio de fuperintendence& d'honneur: il auoit eu quelque different auec Dion eftat au Peloponefe, à l'occafion dequoy il fe delibera de tenir fon rag à pat& s'en venir auec fa flotte feule contre le tyran. Sifit tant qu'il arriua à Syracufeauec fept galeres& trois autres vaiffeaux, là où il trouua Dionyfius derechef emmuré dedans le chafteau,& les Syracufains ayas les teftes leuees: fi fe mit incôtinent à s'infihuer par toutes manieres de careffes en la grace du menu peuple, ayant de nature vne certaine façon de faire attrayante à mahier& mener vn populaire qui ne demade qu'à eftre flatté:& luy fut d'autant plus aife à les gaigner, que defia ils fe fafchoyent de la grauité de Dion, côme d'vn homme trop auftere& trop feuere pottr gouuerner vne chofe publique: car ils eftoyent defia detenus fi pleins de leur vouloir,& fi fiers de fe voir les plus forts, qu'ils vouloyent eftre flattez& careflez, comme on fait ordinairement és citez franches vn peuple feigneur, auant qu'ils fuffent entierement affranchis:& tout premierement fans eftre affemblez, de l'autorité des gouuerneurs, ils s'en coururent de leur propre meuuement au lieu des affemblees publiques, là où ils eflcurens Syra bon ine ef 0 re 810 DION. Heraclides Admiral:& comme Dion, cela entendu, fuft venu vers eux fe plaindre du tort qu'ils luy faifoyent, en leur remöftrát, que bailler maintenant cefte puiffance à Heraclides, eftoit luy ofter celle qu'ils luy auoyent premierement baillee, pourautant qu'il ne demeuroit plus fouuerain, fi on elifoit autre que luy Chef de la marinesles Syracufains adonc par acquit& mal volontiers renoquerent le pouuoir qu'ils auoyent donné à Heraclide. Cela faits Dion l'enuoya prier de venir parler à luy en fa maifon,& quand il y fut venu, le tanfa vn petit luy remonftrant que ce n'eftoit ny honneftement, ny vtilement fait à luy, de briguer,& eftriuer pour Phonneur encontre luy, en temps fi perilleux qu'il ne falloit que la moindre occafion du monde pour perdre tout: puis derechef luy mefme tint affemble de ville, en laquelle il eftablit Heraclides Admiral,& fuada à fes citoyens de luy decerner des gardes comme il en auoit Heraclides de paroles& de mines, faifoit la cour à Dion, confeffant en public qu'il eftoit bien tenu à luy, e- ftant toufiours à fa queue tout humblement,& faifant ce qu'il luy comandoit: mais cependant en fecret il alloit fufcitat& mutinat le menu populaire, en irritant ceux qu'il conoiffoit plus enclins à nouuelletez par lefquelles menees il embrouylla Dion de tant de troubles& le mit en telle perplexité qu'il ne fauoit plus que faire ne que dire: car s'il eftoit d'opinion qu'on laiffaft fortir du chafteau Dionyfius en paix, on le calomnioit qu'il le faifoit pour l'efpargner& luy fauuer la vie: fi ne les voulant fafcher, il continuoit le fiege fans rien mettre en auant, il leur fembloit qu'il faifoit durer cefte guerre expreffément, à celle fin qu'il fuft plus Jong temps Capitaine en chef,& qu'il tinft en crainte plus longuement fes citoyens.Or y auoit- il pour lors à Syracufe vn nommé Sofis, qui n'eftoit coneu n'y renommé entre les Syracufains pour autre chofe, que pour fa mefchanceté& temerité, eftimant que c'eftoit d'abondance de liberté, que d'auoir licence iufques là effrenee, d'ofer dire de telles chofes comme il fit: car efpiant les moyens de faire defplaifir à Dion, premierement vn iour qu'il y auoit affemblee de ville, il fe dreffa en pieds,& appella les Siracufains beftes entre plufieurs autres iniures qu'il leur dit, s'ils ne s'ap perceuoyent, qu'eftans fortis d'vne folle& yure tyrannie, ils a- uoyent maintenant receu vn maiftre fobre, vigilant,& auifé tyra. Apres qu'il fe fut monftre appertement ennemi de Dion, pour ce iour la il s'abfenta de la place,& le lendemain on le vit courir parmy la ville tout nud ayant la tefte& le vifage plein de fang, comme s'il y euft eu quelques gens à fa queue qui l'euffent pourfuyui,& fe iettant en tel eftat au beau milieu de la place, alla criat par tout que c'eftoyent les foldats de Dion quiauovent failly à le tuer, moftrant fa tefte blecee.Il y auoit beaucoup des affiftans qui prenoyent le cas bien à cœur,& qui fe partialifoɣent auec luy, Griang Crians& queme batu Comb te.D fail pre STUD pou de le tre e les c fis, fupe car fond mer blab Lot trefai emple chemi il s'ent Theure Contine onne. WHLIC deffous ment Sofis s ferui qu'i Barten doyen Dement yent c cours eft ac Rece de Cela ti pour que chef desples muting nclins à de tant que ir du pour Conqu'il lug Onns nt DION. 813 erians à l'encontre de Dion, que c'eftoit mefchamment& tyranni quement fait à luy, de vouloir par crainte& d'anger d'eftre ainfi batu& meurtry ofter la liberté de parler aux citoyens. Toutefois combien que ce fuft vne affemblee confufe, feditieufe& turbule te, Dion y vint,& refpondit aux charges qu'on luy mertoit fus, faifant promptement apparoir, que ceftuy Sofis eftoit frere propre de l'vn des gardes& fatellites de Dionyfius, qui luy auoyent mis en tefte de troubler ainfi;& mettre en combuftion la cité, pourautant queDionyfius n'auoit plus d'autre efperance ny moyé de fe fauuer, finon en fufcitant ainfi des feditions& partialitez entre eux, tant qu'ils fe desfiaffent les vns des autres, incontinent les chirurgiens furent appellez pour vifiter la bleceure de ce So fis, lefquels trouuerent que c'eftoit pluftoft vne efgratigneure fuperficielle, , que bleceure faite d'vn coup violemment donné: car les playes de coups d'efpee font toufiours au milieu plus profondes,& celle de Sofis eftoit par tout legere, ayant plufieurs comencemens,& faite à plufieurs reprifes, comme il eftoit vray- fem blable que pour la douleur il auoit lafché la coupure,& puis y a- uoit remis le ferrement à plufieurs fois. Dauantage fur ces en trefaites furuindrent quelques vns de fes familiers qui apporteret en pleine affemblee vn fafoir,& conteret, comme en paffant leur chemin ils auoyent rencontré Sofis tout enfanglanté, difant que il s'enfuyoit deuant les foldats de Dion, qui ne faifoyent tout à Pheure que de le venir blecer, au moyen dequoy' ils s'eftoyent in continent mis à les pourfuyure, mais qu'ils n'auoyent trouué perfonne, ains auoyent apperceu en allant ce rafoir qu'on auoit ietté deffous vne pierre creufe à l'endroit de là où ils l'auoyent premie rement veu venir vers eux par ainfi fe portoit defia malle cas de Sofis: mais quand encore outre toutes ces preuues& indices, fes feruiteurs domeftiques vindrent porter tefmoignage contre luy, qu'il eftoit forti de la maifon tout feul, de grand matin auant iour, tenant en fa main vn rafoir, alors ceux qui chargeoyent& ac cufoyent Dion, ne feurent plus que dire,& fe retirerent,& le peuple condamnant Sofis à mourir, fut appaifé enuers Dion: toutefois fi auoyent- ils toufiours les foldats eftrangers pour fufpects, melmement quand ils virent que la plufpart des combats qu'ils a uoyent contre le tyran fe faifoit par mer, depuis que Philiftus fue venu de la cofte de l'A pouylle auec grand nombre de galeres au fecours du tyran: car alors ils eftimerent que ces foldats efträgers qui eftoyent armez de toutes pieces pour les combats de terre fer me, ne leur feruoyent plus de rien à leur guerre, ains qui plus eft, que c'eftoyent eux- mefmes qui les tenoyet en feureté, parce que als eftoyent gens de marine exercitez aux combats de mer,& que áls eftoyent les plus forts par le moyen de leurs nauires.mais enco de les eleua& jeur hauffà bis le cœur dauatage la bonne forting es y y Eng : DION. 812 d'une bataille qu'ils eurent fur la mer, en laquelle ayant vaincul Philiftus, ils fe porterent cruellement& barbarement enuers luy. Il eft bien vrayquEphorus efcrit qu'il fe desfit luy- mefme, quand il vit que fa galere eftoit prife: mais Timonides qui fut toufiours quand& Dion, depuis le commencement que ces chofes fe firent; efcriuant au Philofophe Speufippus, dit qu'il fut pris vif, par ce que fa galere donna en terre,& que les Syracufains luy ofterent premierement fa cityraffe& le mirent tout nud,& apres luy auoit fait& dit plufieurs vilenies, luy coupperent latefte puis en baillerent le corps aux ieunes enfans, leur commandant qu'ils le trainaf fent tout le long du quartier de la ville nommé l'Acradine,& que ils l'allaffent puis apres ietter dedans les quarrieres. Et Timæus le outrageant encore dauantage, dit que les petits enfans en attache rent le corps mort par la iambe dont il eftoit boiteux,& qu'ils le trainerent par toute la ville, où il fut iniurié& outragé par tous ceux de Syracufe, eftans bien aife de voir trainer par la abe, celuy qui auoit dit qu'il ne falloit pas que Dionyfins s'éfuift de la tirannie fur vn cheual leger, ains qu'il falloit qu'on l'enriraft par la iabe pluftoft que d'en fortir volontairemet. Et toutefois Philiftus re cite cefte parole, no come dite à Dionyfius par luy, ains par vn ai tre Mais Timæus prenant pour couleur& occafion non inufte de mefdire, l'affection, la diligence& la fidelité que Philiftus auoit toufiours monftré à l'entretenement& defenfe de la tirannie, s'em plit à cœur faoul d'outrages& de vilenies qu'il luy dit en ceft en droit.Or quant à ceux qu'il auoit de fait outragez, s'ils furent inhumains iufques à perdre par courroux le fentiment des cruautez qu'ils luy faifoyent, à l'aduenture leur eftoit- il pardonnable: mais ceux qui depuis fa mort ont efcrit les geftes, qui ne furent onques offenfez de luy en fa vie,& qui doiuent en efcriuant vfer de raifon, il me femble que le foin de letir eftime& reputation requerroit, qu'ils ne luy reprochaffent point outragenfement& auec v- ne fotte moquerie, les aduerfitez& mal heurs qui peuuent par for tune auffi toft aduenir au plus homme de bien du monde qu'à luy. Auffi peu fagement fait Ephorus de louer Philiftus, lequel combien qu'il foit tref ingenieux à pallier de belles excufes, beaucoup de mefchans actes& de mauuaifes mœurs,& eloquent à inuenter des raifons fardees de paroles honeftes, fi ne fe fauroit- il luy- mefme, encore qu'il y employaft tous fes cinq fens de nature, fauuer de cefte charge, qu'il n'ait efte l'homme du monde qui a le plus fa uorifé les tirans,& qui a toufiours aimé, fur tout defiré& admiré les delices, la puiffance, les richeffes& les alliances des tyrans: mais celuy qui ne loue les actes de Philiftus, ny auffi ne luy repro che fes calamitez, tient le vray moyen qu'il faut tenir à vn hiftoriographe. Apres la mort de Philiftus, Dionyfius eniroya deuers Dion, luy faire offre de luy liurer entre fes mains le chafteau, les aimes beau mes& doyer mis de ne cer Syra depu Je. fall dro Quy entre port ger aued voil que oye tem me part Libert upyen mutin hoit, durre mais a red'au feue Nidre de,& TARCS at tou by offeri age paris abe, ce He latina par la liftas tvo ai fte de auoit s'em ften tinutez mais DION. 813 aymes& les foldats qui eftoyent dedans, aucc'argent pour les fou doyer l'efpace de cinq mois entiers, moyennant qu'il luy fuft permis de s'en aller à fauueté en Italie,& illec iouyr des fruits d'vne certaine contree qu'on appelle Gyarta, eftant au territoire de Syracufe, où il y a beaucoup& de bien bonne terre qui prend depuis le bord de la mer,& monte contremont au dedans de PifJe. Dion ne voulut point receuoir ceft offre, ains refpondit qu'il falloit le requerir aux Syracufains, lefquels efperans qu'ils prendroyent aifément Dionyfius vif, chafferent& ne voulurent point ouyr fes ambaffadeurs.Quoy voyant Dionyfius, laiffa le chafte au entre les mains de fon fils aifné Apollocrates,& ayant efpié l'opportunité d'vn vent impetueux& violent: fit fecrettement charger fur quelques nauires les perfonnes qu'il auoit les plus cheres auec fes plus riches& plus precieux meubles, puis fe mit à la voile fans eftre apperceu d'Heraclides, Admiral de Syracufe, auquel pour cefte caufe les Syracufains voulurent grand mal,& crioyent inceffamment apres luy: mais pour appaifer cemefconten tement du peuple, il attira vn certain orateur fait à fa pofte nommé Hippon, qui mit en auant au peuple qu'il falloit diftribuer& partir efgallement tout le territoire,& que le commencement de liberté eftoit l'egalité,& de feruitude la poureté à ceux qui n'aчoyent nuls heritages. Heraclides fauorifant à cefte fentence,& mutinant le menu populaire à l'encontre de Dion qui y contra rioit, fit tant qu'il perfuada aux Syracufains, non feulement de cóclurre& arrefter ce qu'il auoit propofé en affemblee de confeil, mais auffi de ne payer plus la folde des foldats cftrangers,& d'efli re d'autres Capitaines& gouuerneurs, fe deliurans de l'ennuyeufe feuerité de Dion.Mais en fe cuidant tout à coup releuer& reffoudre de la tyrannie, ne plus ne moins que d'vne longue maladie',& voulans hors de faifon faire tout ce que font les peuples francs de longue main: ils ruinoyent eux- mefmes leurs affaires,& empefchoyent les deffeins de Dion qui vouloit comme vn bó me decin, contenir la ville en eftroitte& reiglee diette.Ainfi come ils eftoyent affemblez pour eflire de nouueaux officiers au cœur d'E fté, il furuint des orages de tonerres horribles& d'autres finiftres prefages de l'air, qui l'efpace de quinze iours continuellement firent toufiours leuer& retirer le peuple toutes les fois qu'il s'afsé bloit: tellement que pour crainte de ces celeftes prodiges ils n'ofe rent onques durat ce temps, creer de nouueaux magiftrats. Quel ques iours apres, ainfi que ceux qui manioyent le peuple par leur beau parler ayans choifi vn ferain affeuré procedoyent à l'electio des officiers, il y eut vn bœuf attelé à vn chariot,& qui auoit affez accouftumé de voir du monde& d'ouyr du bruit, lequel toutefois, ne fait- on comment s'esfaroucha lors contre le bouuier qui le menoit,& rompant le joug auquel il eftoit lié, prit fa courfe de ques raterY- for ty. -U er N S: pro toers les 814 DION. Aryans en LesLeo Soldats спису monit love cule qui apres & da acqu eltoy Hoyer pitain grande roideur droit au theatre, là où il fit bien fourdre le peuple, & Pefcarta fuyant en grand defordre, çà& là, puisalla regimbant & renuerfant tout ce qu'il trouua. en fon chemin, courir autant de Javille, come les ennemis en occuperent depuis.Ce neatmoins les Syracufains ne faifans cote de tout cela, eleurēt vingt& cinq Capitaines, dont Heraclides fut I'vn,& enuoyerent fecrettemét vers fes foldats efträgers pour fonder s'ils les pourroyent fouftraire à Dion,& les retirer à eux en leur faifant de grades promeffes,& en tre autres de leur doner droit de bourgeoifie egale à eux. Les foldats n'y voulurent onques entendre, ains fidelement& de grande affection prirent Dion entre eux auec leurs armes,& l'enfermans, au milieu d'eux, le menerent hors de la ville, ne faifans defplaifir à perfonne, mais bien reprochans l'ingratitude& la mefchanceté à tous ceux qu'ils rencontroyent en leur chemin.Adonc les Syra cufains les mefprifis pour leur petite trouppe,& pource qu'ils ne les aflailloyent point les premiers, fe confians au contraire en ce qu'ils eftoyent en bien plus grand nombre qu'eux, leur allerent courir fus, cuidas qu'ils viendroyent facilemet à bout d'eux, mef mement dedas la ville,& qu'ils les occiroyent tous.Dion fe voyat reduit à cefte contrainte de fortune, qu'il falloit neceffairement ou qu'il combatift à l'encontre de fes citoyens, ou qu'il fuft tué a- nec fes foldats, tendoit les mains aux Syracufains,& les prioit le plus affectueufement qu'il pouuoit, leur monftrant le chafteau tout plein d'ennemis, qui fe monftroyent de deffus les murailles ,, & regardoyent tout ce qu'ils faifoyent: à la fin quad il vit qu'il n'y auoit ordre d'appaifer l'impetuofité de cefte multitude& que tou te la ville eftoit menee par les fouflemes de ces feditieux flatteurs du peuple, ne plus ne moins que la mer eft agitee de vents, encore defendit il à fes foldats, de les aller charger, mais bien firentils feulement femblant de leur vouloir courir fus auec gráds cris, en faifant bruire leurs armes,& lors il n'y eut homme des Syracu fains qui ofaft arrefter en place, ains fe mirent tous à fuir courans à trauers les rues, fans que perfonne les chaffaft: car Dion rappella incontinent fes gens& les mena droit au territoire des Leontins, dont les officiers& nouueaux gouuerneurs de Syracufe, voyans que les femmes mefmes fe moquoy ent d'eux,& voulans reparer Ja honte qu'ils auoyent receue, firent derechefpredre les armes à leurs gens,& fe mirent derechef à pourfuyure Dion à la trace lequeliis trouuerent fur le bord d'vne riuiere, comme il la vouloit trauerfer. Si commencerent leurs gens de cheual à efcarmoucher vn petit fa trouppe: mais quand ils virent qu'il ne fupportoit plus doucement ni paternellement leurs fautes, ains leur monftroit vifage courroucé,& mettoit en bataille fes gens contre eux, ils tournerent le dos vne autre fois plus lafchement encore& plus vilainement qu'ils n'auoyent fait la premiere fois,& fe retirerent fuyans les co Dion Viure Ilye Goire du tyr pource refound nces, led fyent Nypfiu roye aiour Frau fo es efto poyent peupl as'offr est em Barb rencon Byra 12: car Times& ide le fe SIS e. Les bole ne grande ur allere eux, mel fe voyat irement tué a- mot le Reau lles In'y tou urs 0 ntCL DION. fryans en la ville, fans qu'il y euft guere de leurs gens tuez. Les Leontins receurent Dion auec grands honneurs, prirent les foldats eftrangers à leur folde,& les firent leurs bourgeois,& fi enuoyerent des ambaffadeurs vers les Syracufains pour leur remonftrer qu'ils euffent à leur faire la raifon. Les Syracufains enuoyerent auffi de leur cofté vers les Leontins pour charger& accufer Dion.si furent affemblez en la cité des Leontins tous ceux qui eftoyent de leur ligue& confederation, en laquelle affemblee apres que les raifons fur ceeuret efté deduites& ouyes d'vne part & d'autre, il fut dit que les Syracufains auoyent le tort: mais ils n'acquiefcerent pas pourtant à la fentence de leurs alliez: car ils eftoyent defia deuenus infolens& fuperbes, à caufe qu'ils n'auoyent plus perfonne qui leur commandaft, ains auoyent des Capitaines qui ne cerchoyent qu'à leur complaire,& craignoyét de les courroucer. Apres cela arriua à Syracute quelques galeres de Dionyfius, dont eftoit Capitaine Nypfius Neapolitain, qui menoit viures& argent à ceux qui eftoyent affiegez dedans le chafteau. Il y eut rencontre, de laquelle les Syracufains gaignerent la vi& oire,& prirent quatre galeres à trois rangs de rames de celles du tyran: mais ils abuferent outrageufement de leur victoire:& pource qu'il n'y auoit ame qui leur commandaft, employerét leur refioufance en banquets diffolus,& affemblees folles& defordő nees, fe donnans fi peu de foin de leurs affaires, que lors qu'ils pefoyent de fia tenir le chafteau, ils perdirent prefque leur ville: car Nypfius voyat qu'il n'y auoit nul endroit en la cité qui ne fuft defarroyé& que le menu populaire ne faifoit autre chofe tout le log du iour iufques bien auant en la nuit, que boire, yurongner,& da fer au fon des fluftes& hautbois,& que les gouuerneurs eux- mef mes eftoyent auffi bien aifes de voir vne telle fefte, ou bien feignoyent& n'ofoyent vfer de comandemét& de cótrainte enuers ce peuple qui eftoit tout yure, ambraffa tres- fagement l'occafion qui s'offrit d'elle- mefme,& fit affaillir la muraille, dót le chafteau eftoit emmuré, laquelle il gaigna& la rompit: puis enuoya les fol dats Barbares en la ville, leur comandat de faire de tous ceux que ils rencontreroyent ce qu'ils voudroyent ou pourroyent.Parquoy les Syracufains s'apperceurent tantoft bien de leur mal, mais tard & à grâde peine y donerent- ils aucune prouifio, tat ils furet efto nez: car c'eftoit vn vray fac de ville que ce qui s'y faifoit, car ce qu'on tuoit les homes, on demoliffoit la muraille, on emmenoit les fémes& petis enfans prifoniers, crias& pleuras, dedas le chafteau, & fi defefperoyet les Capitaines d'y pouuoir mettre aucun ordre ni de fe feruir de leurs gens contre les ennemis qui fe iettoyent de tous coftez pefle mefle parmi eux. Eftant la ville en tel eftat & approchant defia le peril du quartier, qu'on nommoit Acradiوك S S S nt ns où on n'auoit encore point touché,& fur lequel feul fe pou 816 DION. uoit plus appuyer l'efperance de leur resource, il n'y auoit celuy qui ne fentift bie en foy mefme qu'il falloit rappeller Dion, mais perfonne n'en parloit pourtant, ayans honte de leur ingratitude, & de la grande folie qu'ils auoyent faite en le chaffant: toutesfois la neceffité les preffant, il y eut aucus des alliez& des gés de che ual qui crierent qu'il falloit rappeller Dion,& enuoyer querir les foldats Peloponefiens, qui eftoyét auec luy au territoire des Leotins.Si toft que la premiere parole fut ouye,& qu'il fe trouua quelqu'vn qui prit la hardieffe de le dire, tous les Syracufains fe. prirent à crier que c'eftoit le point,& en furet fi ailes, que les lar mes en vindrent de ioye aux yeux à chacun, prias aux dieux qu'il leur pleuft le leur ramener, tant ils defiroyent de le rauoir: car ils ramenoyent en memoire comment il eftoit ferme& courageux aux dangers,& comme non feulemet il ne s'effrayoit iamais, ains les affeuroit de fa hardieffe,& les encourageoit de forte qu'ils ne craignoyent point d'aller fous fa conduitte affronter leurs ennemis. Si luy furent enuoyez incontinent de la part des alliez Archonides& Telefides,& de la part des nables qui feruoyét a cheual, cinq autres auec Hellanicus, lefquels fe mirent en chemin courans fur leurs cheuaux à bride abatue, de forte qu'ils arriuerét en la ville des Leótins qu'il eftoit defia enuiron le foleil couchat, & defcendans le plus habilement qu'ils peurent, s'allerent tout premierietter aux pieds de Dion, auquel ils expoferent en plorat les miferes des Syracufains.Defia y furuenoyet aucuns des Leotins,& plufieurs des foldats Pelopone fiens s'amaffoyent à l'entour de Dion, fe doutans bien qu'il eftoit furuenu quelque chofe de nouueau à voir la grade inftance,& Phumble priere que faifoyet ces deputez de Syracufe.Parquoy Dionles prit incontinent& les mena luy- mefme au theatre où fe faifoyet les affemblees de vilJe: tout le monde y accourut aufsi toft de gräde affection,& adóc Archonides& Hellanicus par luy introduits, conterent fommairement deuant toute l'affiftance, la grandeur de leurs maux, requerans les gens de guerre eftrangers de venir porter aide aux Sy racufains fans tenir leur cœur, ny fe refentir des tors qu'on leur a- uoit faits, attendu qu'ils en auoyent defia payé plus griefue amen de, qu'eux mefmes qu'ils auoyent outragez, n'euffent daigné pre dre ny exiger d'eux. Quand ils eurent acheué de dire, il'y eut vne grande filence en tout le theatre,& adonc fe leua Dion,& commença à parler: mais les groffes larmes qui luy toboyent des yeux luy empefchoyent la voix,& les foldats eftrangers ayans compaffion de le voir plourer, le prierent de ne fe fafcher point,& d'a uoir bon courage. Parquoy Dion, apres s'eftre yn peu reuenu de la douleur qu'il auoit fentie, fe prit à dire, Seigneurs Peloponefies, & vous feigneurs alliez, ie vous ay icy affemblez, pour deliberer & confulter entre vous de ce que vous auez à faire: car quant à moy, moyi faire ce, fi ture aue CO la ue VO Лош mo dor yer les pr ad eux leur Qu'ils au fec Capit de fai fereti prirent 30yer d'ils d Hears ebien elmes neurs Fou on a oire des Speculains t te que leurs enne alliez A vera che chemin rineret uchat tout lorat Leo tour de yēt les viloc ai e- Sy a- en e X rer τα шоу, DION. 817 moy, il ne me feroit point honnefte de confulter de ce que ie doy faire maintenant, que la ville de Syracufe s'en va perdue,& pour ce, fiie ne la puis fauuer, à tout le moins me veux- ie faire enfepul turerau feu& en la ruine de mon pays: mais quant à vous, fi vous auez vouloir de fecourir encore à cefte fois nous autres tref- mal confeillez,& non moins infortunez, vous releuerez fur fes pieds la poure cité de Syracufe, qui eft voftre ouurage: ou, fi pour la fouuenance des griefs& tors que vous- on fait les habitans d'icelle, vous les voulez laiffer exterminer, au moins ie prie aux dieux que illeur plaife vous payer condigne recompenfe de la vertu, loyauté& bonne volonté que vous auez iufques icy monftré enuers moy, vous fuppliant d'auoir memoire de Dion, lequel n'a abandonné ny vous cy deuant quand on vous a outragez, ny fes citoyens quand ils ont efté affligez. Ainfi comme il parloit encore, les foldats eftrangers faillirent en auant auec grands cris,& le prierent qu'il les menaft en diligence au fecours de Syracufe:& adonc les enuoyez des Syracufains les faluerent en les embraffant,& priant aux dieux qu'ils enuoyaffent tant à Dion comme à eux le comble de leurs defirs. Apres que le bruit fut appaife, Dio leur commanda qu'ils s'en allaffent tout de ce pas apprefter,& qu'ils fe trouuaffent auec leurs armes, fi toft qu'ils aurcyent fouppé, la mefme, ayant propofé de partir la nuit mefme pour aller au fecours de fon pays: mais à Syracufe, tant que le iour dura, les Capitaines& gens de guerre de Dionyfius ne cefferent onques de faire tous les maux du monde en la ville,& quand il fut nui& t fe retirerent dedans le chafteau n'ayans perdu que bien peu de leurs gens:& adonc les feditieux gouuerneurs des Syracufains reprirent cœur, efperans que les ennemis fe tiendroyent à ce qu'ils auoyent fait,& commencerent à mettre en tefte à leurs citoyens, qu'ils deuoyent laiffer là Dion,& ne le receuoir point s'il venoit àleurs fecours auec fes eftrangers, difans qu'ils eftoyent plus gens de bien qu'eux pour fauuer leur ville,& defendre leur liberté eux mefmes, fans aide d'autruy. Ainfi furent derechef enuoyez d'autres ambaffadeurs vers Dion, les vns de partles Capitaines& bu verneurs de la ville pour le diuerrir de venir,& d'autres au traire de par les gens de cheual& de par fes familiers& amis, pour le faire hafter: au moyen de laquelle diuerfité il cheminoit lentement& tout à fon aife.Quand la nuit fut bien auacee, ceux qui vouloyent mal à Dion fe faifirent des portes pour le garder d'entrer:& Nypfius fit derechef fortir du chafte au fes foldats bie mieux deliberez& en plus grand nombre qu'ils n'eftoyent auparanant, auec lefquels il abbatit incontinent toute la muraille qu'on auoit baftie deuant le chafteau, courut& faccagea toute la ville. A cefte faillie on tuoit non feulement les hommes, comme on auoit fait à la premiere fois, mais aufsi les femmes& les petits fff j con 8: 3 DION enfans,& ne s'amufoyent plus guere au pillage, mais à tout perdre& exterminer.Car pource que defia Dionyfius voyoit bie que tout eftoit defefperé pour luy, il conceut fi grande haine côtre les Syracufains, qu'il delibera d'enfeuelir par maniere de dire, fa tyrannie, puis qu'il falloit qu'il la perdift, en la ruine& defolation totale de leur cité:& pour preuenir le fecours de Dion,& plus promptement defoler, ruiner& reduire tout à neant, ils vferét de feu, ambrafans à la main ce qui eftoit le plus pres d'eux auec des torches& des flambeaux,& femans des lances& flefches à feu a- uecides arcs és parties plus lointaines& plus reçulees de la ville: par ainfi ceux qui s'enfuyoyent pour le feu, eftans rencontrez és zues par les foldats, eftoyent paffez au fil de l'efpee: ceux qui s'etoyent iettez en leurs maifons, eftoyent contraints pour le feu d'en refortir: car il y auoit defia grand nombre de maifons ambrafees,& qui tomboyet deffus ceux qui alloyet& venoyent.Cefte calamité fut principale caufe que tous les Syracufains d'vn ac cord ouurirent les portes à Dion; car depuis qu'il auoit ouy dire en chemin que les gens de guerre de Dionyfius s'eftoyent retirez. & r'enfermez dedans le chafteau, il ne s'eftoit pas guere hafté de venir mais quand il fut iour, il vint premierement au deuant de luy quelques gens de cheual, qui luy apporterent les nouuelles que les ennemis auoyent vne autre fois repris la ville: puis vint aucuns de fes aduerfaires mefmes le prier de fe hafter.Et comme le mal tiraft outre en croiffant& empirant toufiours, Heraclides y enuoya fon frere,& puis Theodotes fon oncle, le fupplier de ve nir viftemet au fecours, pource qu'il n'y auoit plus perfonne qui refiftaft aux ennemis, à caufe qu'il eftoit blecé luy,& que la ville eftoit bien pres d'eftre du tout entierement deftruite& bruflee. Quand ces nouuelles vindrent à Dion, il eftoit encore loin des portes de la ville enuiron quatre lieues: fi declara aux foldats e- ftrangers le danger auquel eftoit la ville,& les ayat vn peu prefchez, les mena, non plus le pas, mais courant vers la ville, renconant toufiours en fon chemin des meflagers les vns fur les autres qui luy venoyent au deuant le foliciter de fe hafter,& au moyen que les foldats firent vne extreme diligence& d'vne fingulierement bonne affectio, il entra par les portes au quartier de la ville qui fe enomme Hecatompedon,& d'arriuee enuoya deuant contre les nnemis, ceux qu'il auoit le plus legeremet armez, à celle fin que ceux de Syracufe, les voyans priffent courage, cependant qu'il mettoit en bataille fes autres foldats pefamment armez,& les citoyens qui y accouroyent& fe venoyent ioindre à luy, defquels il fit plufieurs efquadrons plus longs que larges,& ordonna ceux qui auroyent la charge de les conduire, à celle fin, qu'en cou rant fus aux ennemis de plufieurs coftez tous enfemble, il leur fuft plus efpouuantable. Quand il eut preparé tout fon cas& fait fa priere prier cont blic pr lo me bl Je tou foar roy's pel se rou Do Is Sy Dent 05060 tres fold tales Di C mailon noven ains& cay de nt retire hafte de ant de uelles Vint mme lides He ve qui ville flee. des es e- refonres Jen relle п- Te ant & ef nna COU fuft it fa Drier DION. 819 priere aux dieux, qu'on le vit paffer à trauers la ville marchant contre les ennemis, adonc fe leua vn bruit, vne refiouyffance publique,& vne grande clameur militaire entremeflee de væus, prieres& admonneftemens de tous les Syracufains, qui appelloyent Dion leur fauueur& leur dieu,& les foldats efträgers leurs concitoyens& leurs freres. Et n'y eut homme en Syracufe fi aimant fa perfonne, ny tant craignant la mort, qui ne monftraft e- ftre pour lors en plus grand efmoy du falut de Dion tout feui que de tous les autres enfemble: car ils le voyoyent s'aller ietter au pe ril le premier à trauers le feu, marchant dedas le fang& par deffus les corps morts qui gifoyet emmy les rues& places de la ville. Or eft- il vray, que feulement aller ioindre& affröter les ennemis, eftoit bien chofe dangereufe, pource que c'eftoyent gens totalement enragez,& fi c'eftoyent rangez en bataille au long du mur qu'ils auoyent abbatu, en lieu dot l'approche& l'aduenuë eftoit bien mal- aifee& difficile à gaigner: mais le danger du feu troubloit& eftónoit encore plus les efträgers& leur empefchoit plus. le chemin: car de quelque cofté qu'ils fe tournaffent, ils voyoyent tout à l'enuiron d'eux la flamme qui brufloit les maifons d'alengour,& falloit qu'ils marchaffent par deffus les ruines ardentes, & qu'ils couruffent en grand danger entre les grands pans de paroys& de murailles qui tomboyet,& en paffant à travers la fumee efpeffe meflee de force poucier, qu'ils tafchaffent à entretenir& ne rompre point l'ordonnance de leurs rengs. Quand ce vint à charger les ennemis, ils ne peuret combatre main à main, que pea en nobre côtre peu, à caufe que le lieu eftoit eftroit& boffu: mais les Syracufiens à force de crier& d'inciter encouragerent tellement ceux de leur party, que finalement Nypfius& fes gens furent cótraints d'abandonner la place. La plus grade partie fe fau ua de vifteffe dedans le chafbeau, duquel ils eftoyent bien pres, les autres qui n'y peurent entrer affez à teps, s'enfuyrent çà& là, que les foldats Grecs occirent en courat apres. La qualité du téps ne permit point aux vainqueurs receuoir propte met le fruit de leur victoire, ny la refouyffance, les careffes& ambraffemens conue nables à vn fi grand effet: car les Syracufains s'en allerent chacu en fa maison pour efteindre le feu, qui a grand peine peut eftre e- fteint de toute la nuit: incontinet que le iour fut venu, il n'y eut pas vns des autres mutins flatteurs du peuple quiofaft arrefter en la ville, ains fe códamnas eux- mefmes, prirent la fuyte. Heraclides & Theodotes feuls fe vindret d'eus mefmes redre entre les mains de Dion, cofeffans qu'ils luy quoyet fait tort,& le fuppliant qu'il fe vouluft monftrer meilleur enuers eux, qu'ils n'auoyét fait enuers luy,& que c'eftoit chofe feante& conuenable à luy, qui n'auoit fon pareil en toute autre vertu, de fe faire conoiftre plus magnanime à vaincre fon courroux, que n'auoyent fait fes ingrass fff j 820 DION. aduerfaires, lefquels venoyent prefentement aduouer, confeffet & reconoiftre qu'ils eftoyent moindres que luy en vertu, de laquelle ils auoyent aup arauant voulu eftriuer à l'encontre de luy. Telles prieres faifoyent Heraclides& Theodotes à Dion: mais fes amis l'enhortoyent qu'il ne pardonnaft plus à deux fi mefchäs hommes, qui portoyent malignement enuie à fa gloire,& que s'il vouloit faire plaifir aux foldats eftrangers, il leur mift Æraclides entre leurs mains,& qu'il extirpaft du gouuernement de la chofe publique de Syracufe celle fiene façon de careffer& flatter le peuple, qui eftoit vne pefte non moins pernicieufe en vne cité que la tyrannie.Dion en les reconfortant leur refpondit, que les autres Capitaines& Chefs de l'armee ont accouftumé d'employer le plus de leur eftude aux exercices des armes& de la guerre,& que de luy il auoit par long temps eftudié& appris en Pefchole de l'Academie à furmonter l'ire, l'ennie& toute, conten tieufe opiniaftreté, de laquelle magnanimité la preuue& demon ftration fe fait non pas en fe portant moderément enuers fes a- mis ou enuers les gens de bien, ains en pardonnant, doucement, & remettant humainement fon courroux à ceux par qui on a efté offenfé:& que de luy il aimoit beaucoup mieux furmonter Heraclides en bonté& iuftice, que non pas en puiffance ny en pruden ee, pourautant que là eftoit ce qui plus veritablement fe doit appeller bien,& que és beaux& glorieux faits d'armes, encore que nulle autre perfonne n'y querelle pas, fi eft- ce que la fortune en pretend la plus grande partie eftre fiene.Et fi Heraclides, difoitil, par enuie à efté defloyal& mefchant, eft- ce pourtant à dire que Dion par courroux doiue maculer fa vertu? Vray eft, que les loix des hommes portent qu'il eft plus iufte de fe reuenger d'vne iniure faite, que de la faire premier: toutefois nature monftre que l'vn& l'autre procede d'vne mefme imbecilité:& combien qu'il foit bien difficile de changer la mauuaiftié d'vn homme, depuis qu'il a pris vne habitude d'eftre mefchant, toutefois fi n'eft pas l'homme de nature fi brutal, fi farouche, ne fi fauuage à manier, que fa mefchanceté ne fe puiffe bien vaincre à la fin par beneficence, quand il voit qu'on retourne fouuent à luy faire plai fir.Dion vfant de tels difcours, pardonna à Heraclides,& fe remettant à renfermer d'vne clofture le chafte au tout à l'entour, fit commandement aux Syracufains, que chacun euft à couper va pau,& à l'apporter là aupres: puis qnand la nuit fut venue, mettant les foldats eftrangers apres, pendant que les Syracufains fe repofoyent, on ne fe donna garde qu'il eut enuironné le chaftean d'vne cloifon de pallis: tellement que le lendemain ceux qui virent la grandeur& foudaineté de l'ouurage s'en efmerueillerent grandement, autant les ennemis que ceux de la ville:& apres auoir inhumé les morts,& racheté ceux qui auoyent efté faits prifonniers pilonn emble demoi fance trou ple qu 13 Dio del grie te q tre tou des de & l'end pend Spart Syrac Uneri bute tanie & fco com heade com A top rec Cona eeme cite ait que le apprise mute.com & dem ers fest cement na efte Heraruden itapque me en foitdire que ger Onomm. is fi ge Dar e- V etsfe ean V1rent pres DION. 821 atprifonniers, qui neftoyent pas moins de deux mille, tint vne femblee de ville, en laquelle Heraclides mit en auant, qu'on le deuoir elire Capitaine fouuerain de Syracufe auec pleine puiffance, tant par mer que par terre: ce que tous les plus gens de bien trouuerent bon,& voulurent le faire paffer par les voix du peuple, mais vne tourbe de mariniers& autres gens mechaniques qui viuent de leurs bras, ne voulans fouffrir qu'on depofaft Heraclides de l'Admirauté, fe mutinerent, penfans encore qu'il ne valuft rien à autre chofe, qu'au moins feroit- il en tout& par tout plus populaires que Dion,& plus fous la main de la commune. Dion leur conceda cela,& rendit pour l'amour d'eux la charge de la marine à Heraclides: mais il les offenfa d'autre cofté bien griefuement, quand non feulement il refifta à la chaude pourfuyte qu'ils faifoyent, que les terres, maifons& heritages fuffent entre tous diuifez par egales portions, mais auffi caffa& annulla tout ce quien auoit defia parauant efté fait. Parquoy Heraclides eftant de feiour à Meffine, prit de là nouueau commencement de rentrer en fes menees,& fe mit à careffer les gens de guerre & de marine, qu'il auoit là menez quant& luy,& à les irriter à l'encontre de Dion, difant qu'il fe vouloit faire tyran,& luy cependant traitoit fecrettement auec Dionyfius par le moyen d'vn Sparte nommé Pharax, dequoy les plus notables perfonnages des Syracufains fe douterent bien,& en fourdit vne fedition& mutinerie en leur camp, à l'occafion de laquelle y eut cherté& grad faute de viures à Syracufe, de forte que Dion eftoit en fi grande perplexité, qu'il ne fauoit qu'il devoit faire,& eftoit blafmé& tanfé de fes amis de ce qu'il auoit ainfi auancé& mis en aɩ thorité grande contre luy- mefme vn homme fi mal- aifé à manier, & fi corrompu d'enuie& de malignité comme eftoit Heraclides. Et comme Pharax fuft auec vne armee logé pres la ville de Nea polis en la marche des Agrigentins. Dion mit aux champs l'armee des Syracufains, ayant toutefois deliberé d'attendre encore à le combatre à vn autre temps: mais par les crieries de Heraclides& de fes gens de marine, qui alloyent crians qu'il ne vouloit pas vuider cefte guerre par vne bataille, ains vouloit qu'elle duraft toufiours, à celle fin qu'il demeuraft auffi toufiours Capitaine en Chef, il fut contraint de donner la bataille, laquelle il perdit: toutefois la route ne fut pas grande,& aduint plus par ce que fes gens fe troublerent eux- mefmes, à caufe de leurs partialitez, qu'autrement. Au moyen dequoy Dion fe preparoit pour venir derechef à la bataille,& raffembloit fes gens, les prefchat& leur donnant courage, quad fur le commencement de la nuict on luy vint apporter nouuelles que Heraclides auec toute la flotes'é alloit cinglat droit à Syracufe en intention d'occuper la ville,& da Pen forelorte luy& fon armee. Parquoy il prit incontinent awee fff#) taib len $ 22 DION. luy ceux qui auoyent le plus d'autorité en la ville,& qu'il conoiffoit de meilleure volonté, auec lefquels il cheuaucha toute la nuict en fi grande diligence, que le lendemain enuiron les neuf heures de matin, ils fe trouuerent aux portes de Syracufes ayans fait quarante& quatre lieues de chemin. Heraclides qui auoit fait tout fon effort de le preuenir auec fes nauires, voyant qu'il eftoit demeuré derriere, tourna voile,& en errant par la mer fans auoir aucun but certain en fes affaires, rencontra par cas d'aduenture Gæfylus Lacedæmonien, foy difant eftre envoyé de Lacedæmone pour feruir de chef aux Siciliens en cefte guerre, comme autrefois Gylippus y auoit eft enuoyé Il fut bien aife de l'auoir rencontré,& s'en munit comme d'vn preferuatif à l'encontre de Dion, le monftrant aux confederez& alliez de Sy # acufe,& enuoyant deuat aduertir& fommer par vn heraut ceux de Syracufe de receuoir le Capitaine Lacedæmonien, qui leur eftoit enuoyé pour les gouuerner.Dion fit refponfe que les Syracufains auoyent affez de gouuerneurs;& encore que les affaires sequiffent neceffairement vn Capitaine Lacedaemonien, que luymefme l'eftoit, ayant efté fait bourgeois de Sparte: parquoy Gafylus defefperant de pouuoir obtenir la charge de Capitaine general, s'en alla à Syracufe vers Dion, la où il fit l'appointement de Heraclides moyennant les plus grands iuremens& fermens du monde qu'il prefta,& moyennant aufsi que Gæfylus iura qu'il vengeroit luy- mefme Dion,& puniroit Heraclides fi iamais il luy aduenoit d'attenter ou machiner aucune mefchäceté.Depuis cela les Syracufains cafferent& rompirent leur armee de mer, pource qu'elle ne leur feruoit plus de rien,& leur couftoit beaucoup à entretenir,& fi eftoit occafion de diuorce& de fedition entre leurs gouuerneurs,& fe mirent à afsieger le chafteau encore plus eftroitement que deuant, reedifians tout à l'entour la muraille qui auoit efté abbatue. Parquoy voyant le fils de Dionyfius qu'il ne leur venoit fecours de nulle part, que viures leur failloy ent,& que les foldats deuenoyent mauuais& mefchans, n'ayant plus moyen de tenir, fit appointement auec Dion,& luy rendit entre fes mains le chafteau auec toutes les armes& autres meubles qui eftoyent dedans:& de luy il prit fa merefes fours& char gea cinq galeres, auec lefquelles il fe retira deuers fon pere, moy ennant la fauure- garde que Dion luy fit, à ce qu'il s'en peuft aller en feureté. Il n'y eut homme en toute la ville de Syracufe qui faillift à voir ce fpectacle, ou fi aucuns d'aduenture en e- ftoyent abfens, les autres les appelloyent à haute vois, tant qu'ils pouuoyent crier, difans qu'ils ne voyoyent pas le beau iour& le beau Soleil qui lors premier pouuoit voir à fon leuet la cité de Syracufe plainement affranchie.Car fi iufques auiourd'huy entre les rares exemples de mutation de fortune on conte & des pente teme ΠΟΥ en en che tou no Con pre No tu. tre fre yeux Ainf yeux Hoir AYA cafe, hor la pu pet ment Brem Here's alley here en, que eles Se saffaires que lay y Gr negement mens qu'il is il QUIS er, 10оп -0 S J t- DION. 823 la fuyte de Dionyfius, come l'vn des plus grāds, des plus infignes & des plus notables qui furent onques, quelle lieffe deuons nous penfer que receurent alors ceux qui le chafferent,& quel conten tement d'eux- mefmes deuoyent auoir ceux qui auec le moins de moyen qu'il eft poflible, ruinerent la plus grande& la plus puiffante tirannie qui fut iamais au monde? Quand Apollocrates fut embarqué,& que Dion voulut entrer dedans le chafteau, les femi thes qui y eftoyent ne fe peurent contenir ny attendre qu'il y fuft entré: ains luy coururent au deuant iufques à la porte, Ariftomache menant par la main le fils de Dion,& Areta la fuyuant apres toute efplouree,& doutant en elle- mefme comme elle deuoit nommer& faluer fon mary, pourautant qu'vn autre auoit eu fa Compagnie.Quant à luy, il falua premierement fa fœur,& puis a- pres fon fils:& adonc Ariftomache luy prefentant Area, luy dit: Nous auons efté en gräde captiuité& mifere, Dion, pendant que tu as efté en exil: mais maintenant que tu es retourné& es demeu ré victorieux, tu nous as deliuré de trifteffe,& as fait que nous o- fons bien maintenant leuer la tefte, excepté cefte- cy feule, laque le, ie miferable ay veue, toy viuant, mariée par force auec vn autre, puis qué donc maintenant la fortune t'a fait feigneur& mai ftre de nous, quel iugement fais tu de cefte contrainte? comment veux- tu qu'elle te falue, ou comme fon oncle ou come fon mary. Ainfi qu'Ariftomache difoit ces paroles, les larmes vindrent aux yeux à Dion,& prenant fa femme doucement& amiablement, luy bailla fon fils,& luy comanda qu'elle s'en allaft en la maison où il faifoit pour lors fa demeurance, ayant mis le chateau en( a puiffance.Les affaires luy eftans ainfi fuccedez, il ne voulut rece uoir aucun fruit ny aucun plaifir de fa profperité prefete auant que rendre graces à fes amis, faire des prefens aux alliez de Syracufe,& principalemet auant que departir à fes familiers citoyes & aux foldats eftrangers à chacun quelque portion de profit& d'honneur felon fon merite, furpaflant en cela de magnanimité fa puiffance:& cependant il fe maintenoit quant à luy fobremét & petitement, fe contentat de ce que primier luy venoit en main dont chacun auoit fa vertu en grande admiration, confideré non feulement toute la Sicile& Carthage, mais auffi vniuerfelle ment toute la Grece auoit les yeux iettez fur luy en vne profperi té fi grande,& n'eftimoit pour lors, rien au mode plus grand que luy, ne qu'il y euft autre Capitaine, dont la proueffe ou la fortune fuft plus illuftre que la fienne:& neatmoins fe contentoit aufsi fobrement& modeftement tant en habillemens qu'en furyte de fer uiteurs& feuice de table, comme s'il euft efté en l'Academie viMant auec Platon,& nó pas conuerfant entre gens de guerre, Ca pitaines& foldats, qui n'ont autre reconfort des travaux qu'ils endureut& des dangers où il faut qu'ils feistent ordinairemess fff.sitj 824 DION. finon que de boire& manger leur faoul,& prendre leur plaifir tous les iours.Platon luy efcriuit que tous les hommes de la terre auoyent les yeux fifchez fur luy: mais luy, à mon iugement, ne regardoit quen vn feul lieu d'vne feule ville, c'eft à fauoir, en l'Academie,& ne vouloit autres iuges, ny autres fpectateurs de fes faits que les eftudians d'icelle, qui n'admiroyent ny aucun de fes exploits, ny fa hardieffe, ny fa victoire, ains regardoyent feulemet s'il vferoit moderément& attrempément de fa fortune,& s'il fe fauroit bien contenir dedans les bornes de temperance, ayant fait de fi grandes chofes. Quant à la grauité qu'il tenoit en parlant aux gens,& à la rigueur auftere& inflexible, dont il vfoit enuers le peuple, il s'opiniaftra à n'en vouloir iamais rien diminuer ne relafcher, cobien que fes affaires requiffent fort qu'il vfaft de douceur& de grace,& que Platon l'en reprift,& luy eferiuift que l'opiniaftreté demeuroit auec folitude, comme nous auons defia dit: mais il me feble qu'il le faifoit pour deux raifons: l'yne pour ce qu'il n'auoit point de nature celle gratieufeté de douceur attrayante,& que fon naturel y repugnoit, l'autre qu'il s'eftudioit de tirer au contraire les Syracufains qui eftoyent trop delicats& corrompus par telles flatteries& femblables careffes: car Heracli des fe remit derechef à le harceller. Tout premier quad Dion l'e uoya prier de venir au confeil, il lu y manda qu'il n'y iroit point, & qu'eftant citoyen priué il fe trouueroit à l'affemblee come les autres quand il y en auroit:& puis il le chargea de n'auoir pas de moly& rafé le chafteau,& de n'auoir pas voulu laiffer faire le peuple, lequel vouloit ouurir la fepulture de Dionyfius l'aifné pour en ietter le corps dehors:& qu'il enuoyoit querir des confeil lers à Corinthe,& dedaignoit auoir pour compagnos au gouuerne ment de la chofe publique les citoyens de la ville. A la verité auf fi Dion voirement auoit enuoyé querir des Corinthiens, efperat qu'il eftabliroit mieux la forme de police qu'il auoit en l'entendement, quand ceux- là feroyent venus,& auoit en penfee de ropre& enfraindre la pure Democratie, c'eft à dire, le gouuernement de ville où le peuple a fouueraine puiffance de toutes chofes, come eftant non vne police, mais pluftoft vne foire& vn mar che là où tout fe vend, ainfi que dit Platon,& d'eftablir vne forte de police Laconiene& Cretique, meflee du gouuernement populaire,& du royal, qui feroit vne Ariftocratie, c'eft à dire, vn pe tit nombre des plus gens de bien qui gouuerneroyent& difpoferoyent des principales& plus grandes chofes. A quoy faire il efti ma que les Corinthiens luy feruiroyent bien voyant qu'il gouuernoyent leurs affaires plus par vn petit nombre de gens de bis eleus qu'autrement,& qu'ils ne commetroyer point beaucoup de chofes aux voix du peuple:& pourautant qu'il fe tenoit tout affeuré que Heraclides luy refifteroit& contrarieroit en cela,& que deme feditieu fa fe rent t bien пог vec par re qu & He ill'v Plat Dio moy res que cop tre d'vn toutes Callip auoye mort, tage q Paffed mefch & fon cile:& vingt Sife m bldats dina The te cun eux perleden eferite Prae pu uceur eftudioit icars& Heracli l'e int, les né ne DION. 825 au demeurant il conciffoit bien que c'eftoit vn homme turbulet, feditieux, inconftant& muable, il permit adonc à ceux qui de pieça l'euffent fait, s'il ne les en euft gardez, de l'aller tuer,& l'allerent trouuer en fa maifon, où ils le firent mourir. Cefte mort fut bien defplaifante aux Siracufains: mais Dion luy fit preparer hō norables obfeques,& accompagna le corps iufqu'à la fepulture a uec toute l'armee qui le fuyuit puis fit vne harangue au peuple, par laquelle il leur donna à entedre qu'il eftoit impofsible de fai re qu'il n'y euft des troubles& feditions en la ville, tant que Dio & Heraclides euffent efté au gouuernement enfemble. Or y auoit il l'vn des familiers de Dio nomé Callippus, natifd'Athenes, que Platon dit n'eftre point venu à la conoiffance& familiarité de Dion pour l'occafion de l'eftude de la Philofophie, ains par le moyen de ce qu'il luy auoit efté guide à le mener voir les myfteres& fecretes ceremonies des facrifices,& pour autre telle frequentation& communication vulgaire: neantmoins il l'auoit ac copagné en cefte guerre, eftant bien honnoré de luy,& auoit entré quant& luy en la ville le premier de tous fes amis couronné d'vn chapeau de fleurs,& s'eftoit bien fait voir& conoiftre en toutes les rencontres& combats qui s'eftoyent faits. Ceftuy Callippus voyant que les premiers& les meilleurs amis de Dion auoyent efté tous tuez en cefte guerre, que Heraclides eftoit mort,& que le peuple de Syracufe n'auoit plus de Chef,& dauatage que les foldats qui eftoyent auec Dion, luy portoyent plus d'affection qu'à nul des autres, deuint le plus defloyal& le plus mefchant des mefchans, efperant que pour loyer d'occir fon hofte & fon ami, il gaigneroit affeurément la feigneurie de toute la Sicile:& comme difent aucuns, ayant pris dauantage des ennemis* vingt talens pour falaire de commettre le meurtre qu'il commit.* at mille Si fe mit à pratiquer, corrompre& fuborner quelques vns des efcns. foldats eftrangers à l'encontre de Dion, commençant par vne tref malicieufe& cauteleufe voye car en luy rapportant ordinairement quelques paroles mutines, ou veritablement dites par les foldats ou bien controuuees par luy il gaigna vne telle licence pour la fiance que Dion auoir en luy, qu'il luy eftoit loifible de parler à feureté à qui il vouloit d'entre eux,& mefdire franchement de Dion, par le commandament de luy- mefme, à celle fin qu'il feut affeurement s'il y en auoit aucuns qui fuffent mal- contents de luy, ou bien qui luy vouluffent mal de mort. De là aduint que Calippus trouua incontineus ceux qui auoyent mauuaife volonté,& qui eftoyent defia gaftez, lefquels il tira à fa ligue,& fi aucun ne le voulant ouyr parler, alloit defcouurir à Dion, qui l'auoit follicité contre luy, que Dion ne s'en efmouuoit, ny ne s'en courrouçoit point à luy, penfant que il ne fit que ce qu'il luy auois commandé de faire. Ainfi que ce, ' DION. Fate de choifi toufio frere cont fis d Moit tout de la koy elped port ne fo Dio qu'i ded fuffe Si fur 816 fte trahyfon fe menbit& fe machinoit contre Dion, il s'apparut à luy vn grand& monftrueux fantofme: car il eftoit d'aduenture en vne galerie de fon logis afsis fur le foir tout feud, penfant pro fondement quelque chofe en luy- mefme,& va tout foudain ouyr vn bruit.fi ietta fa veue à l'autre bout de la galerie( il eftoit enco ré iour)& vit vne grande femme de vefture& de vifage reffemblant totalement aux Furies qu'on introduit quelque fois és tragedies laquelle nettoyoit la maifon auec vn ballay: Cefte vifion Feftonna fort,& en fut fi effrayé, qu'il enuoya querir fes amis, aufquels il la recita,& les pria de demeurer auec luy,& y paffer la nuit, eftant totalement tranfporté hors de foy, pour la crainte qu'il auoit que ce fantofme ne fe prefentaft encore deuant luy quand il feroit tout feul, ce qui toutefois ne luy aduint onques puis: mais quelque peu de iours apres, fon fils, qui eftoit prefque defia en l'aage d'adolefcence, pour quelque courroux dont l'origine auoit efté vne chofe puerile& legere, fe precipita du haut en bas de la maifon la tefte la premiere,& le tua. Eftant Dion en ceft eftat, Callippus pourfuy uit de plus en plus fa tralyfon,& fema vn bruit par my les Syracufains, que Dion fe voyat priué d'enfans auoit deliberé d'appeller Apollocrates le fils de Dionyfius,& le faire fon heritier& fucceffeur, comme eftant cou fin germain de fa femme& fils de la fille de fa fæcur.Defia commençoit Dion.& fa femme& fa fæeur à fe douter des menees de Callippus,& leur en venoit- on faire des defeouuertures,& apporter des indices de tous coftez: mais Dion eftant marry de la mort de Heraclides, ainfi que ie penfe,& ayant toufiours fur le cœur auec grande desplaifance ce meurtre- là, comme eftant vne tache qui maculoir fa vie& fes actes, dit qu'il aimoit mieux mou rir de plufieurs mors,& offrir fa gorge a couper à qui voudroit, pluftoft que de viure en telle deftreffe, qu'il fuft contraint de fe donner garde, non feulement de fes ennemis, mais aufsi de fes a- mis. Et Callippus voyant que fes femmes en faifoyent grande & vehemente inquifition,& craignat que fon fait fuft defcouuert s'en vint vers elles leur dire en pleurant qu'il n'en eftoit rien,& qu'il eftoit preft& appareillé de leur en donner toute telle affeu rance qu'elles luy demanderoyent. Elles luy demanderent qu'il iuraft le grand ferment, lequel eftoit tel: Celuy qui doit prefter fe iuremet, entre dedans le temple des deeffes Thefmofphores, qui font Ceres& Proferpine:& apres quelques facrifices faits, il veft la chape de pourpre de la deeffe Proferpine, tenant en fa main ne torche ardente,& iure en ceft eftat. Callippus ayant fait toutes ces ceremonies,& preftéle ferment en la forte que iay dit, fit fi peu de côte des deeffes, qu'il n'attendit à faire le meurtre qu'il auoit entrepris, que iufques à ce que la fefte follenelle de la deeffe par laquelle il auoit iuré, fuft venue,& le qua au jour mefme de la fefte la fin i par la perent long te Le me me qui elle s'a rent de burent Call faires quelqu ten ef que donn ront vied beure Cuba rion mi quie COUTUR precipi Eta fa tra vorat fils de COU m de e DION. 817 fefte de Proferpinè: non que ie penfe qu'il euft expreffément choifi ce iour la, fàchant tref- bien qu'il offenfoit& pechoit toufiours contre elle, en quelque temps qu'il euft tué fon confrere, mefmement luy qui l'auoit introduit en la religion& confrairie des myfteres de Ceres& de Proferpine. Or eftoyeritils plufieurs confors de cefte trahyfon:& comme Dion eftoit af fis deuifant auec aucuns de fes amis en vne chambre, où il y a- uoit plufieurs lies à fe feoir, les vns enuironnerent la maifon tout à l'entour: les autres fe mirent aux huys& aux feneftres de la chambre:& ceux qui deuoyent mettre la main fur luy, qui estoyent foldats Zacynthiens, entrerent dedans tous en faye fans efpee. Si toft qu'ils furent entrez, ceux de dehors tirerent les portes apres eux,& les tindrent ferme es de peur que perfonne ne fortift:& ceux qui eftoyent entrez, fe ruerent incontinent fur Dion, tafchans à l'eftrangler& l'eftouffer: mais quand ils virent qu'ils ne pouuoyent, ils demanderent vne efpee. Perfonne de dedans n'ofoit s'entremettre d'ouurir les portes combien qu'ils fuffent plufieurs auec Dion: car chacun d'eux penfoit, qu'en le laiffant tuer il fauueroit fa vie,& par ainfi ne l'oferent fecourirs Si furent les meurtriers long temps à attendre fans rien faire: à la fin il y eut vn Syracufain nommé Lycon, qui tendit vne dague par la feneftre à l'vn de ces Zacynthies, de laquelle ils luy couperent la gorge, ne plus ne moins qu'à vn mouton qu'ils tenoyēts long temps y auoit, entre leurs mains tout efperdu de frayeur. Le meurtre executé, ils ietterent en prifon fa fœur,& fa femme qui eftoit groffe,& fit la poure Dame vne piteufe gefine: car elle s'accoucha en la prifon d'vn beau fils qu'elles fe delibererent de nourrir pluftoft qu'en faire autre chofe: ce que leur permirent aifément ceux qui les auoyent en garde, à caufe que def ia Callippus commençoit à eftre troublé& embrouyllé en fes affaires:: car du commencement apres qu'il eut tué Dion, il eut quelque temps la vogue,& tint en fa main la ville de Syracufes & en efcriuit à la ville d'Athenes, laquelle il deuoit, apres les dieux immortels, la plus redouter, ayant fouyllé fes mains d'vne fi danable forfaiture: mais il ne fut à mon aduis, iamais mal dit, que c'eft la ville qui produit les meilleurs hommes du mode, quand ils s'adonnent à bien,& les plus mefchans aufsi, quand ils s'adonnent à mat: comme leur region porte le meilleur miel qu'on trouve point,& la ciguë qui le plus foudainement efteine la vie de l'homme. Toutesfois les dieux& la fortune ne fouftindrent pas long temps ce crime& ceft impropere de fouffrir demeurer en regne vn homme ayat acquis domination& feigneurie par vne grande mefchäceté, ains en paya tätoft apres la peine qu'il auoit meritee: car s'eft mis aux chaps pour aller predre la 828 DION. upoxy- ville de Catane, il perdit aufsi toft celle de Syracufe,& trouueGwvne on qu'il dit lors, Ayant perdu vne ville, l'ay pris vne* rappe poile, pource rapper du formage. Depuis il alla affaillir ceux de Messine, là où que les fim- il perdit la plus grande partie de fes gens, entre lefquels furent ples gens ap- ceux qui auoyent tué Dion:& pource qu'il ne trouna ville aucupelloyent ne en toute la Sicile qui le vouluft receuoir, ainsle hayffoyent κατάνην toutes,& l'auoyent en abomination, il alla occuper la ville de xará Rege en la cofte d'Italie, là où eftant en grand difette de toutes Os ce que chofes,& ne pouuant qu'à grand peine nourrir fes foldats, il fut les bien par- occis par Leptines& Polyperchon de la mefme dague de lalans appel- quelle Dion auoit efté tué: ce qu'on coneut à la façon, pource loyent ara- qu'elle eftoit courte come les Laconienes,& aufsi à l'ouurage de Tan on deffus, qui eftoit fingulier. Telle fut l'amende que paya CallipTavior, pus. Quant à Ariftomache& à Arete, elles furent mifes hors de e'eft à dire prifon,& Icetes Syracufain, qui auoit efté autre: ois des amis de ne poile, Dion, les retira en fa maifon,& les traitta pour quelque temps qui autre- fidelement& bien, mais depuis il fut gaigné par les ennemis de ment s'ap- Dion: fi leur fit preparer vne nauire faifant à croire qu'il les vou pelle rupa- loit enuoyer au Peloponefe,& donna charge à ceux qui les me BASIS. noyent de les tuer par le chemin,& les ietter dedans la mer: les Voyez lu- autres difent qu'elles y furent iettees toutes viues,& le petit enlius Pollux. fant auec. Mais la peine du peché qu'il ofa commettre en ceft endroit retourna à la fin fur fa tefte aufsi bien comme des autres: car il fut pris par Timoleon qui le fit mourir,& fi luy tuerent encore les Syracufains deux de fes filles en vegeance de la defloyauté dont il auoit vfe vers Dion: defquelles chofes nous auons efcrit par le menu de poin& en point en la vie de liure 10. chap.24. Timoleon. la r natu * de bain pres tena par Cite exec pofe pour net Seru reR tion la pl mun aini પી MARCVS BRVTVS. M. BRVTVS 8: 9 Clip desamle que temp onemis d les v les me mer: les tenceft res: ent M * ψυχρής ara, c'ef à dire battues à froid de mot à ARCVS Brutus eftoit defcendu de celuy Iunius Brutus, auquel les anciens Romains drefferent vno ftatuë de bronze au Capitole entre celle des Roys, tenant vne efpee nue en la main, à caufe qu'il auoit tref- vertueufement chaffé& debouté les Tarquins de la royauté de Rome: mais celuy- la ayant les mœurs aufteres de nature,& non addoucies par la raifon, reffemblant aux efpees * de trop aigre trempe, fe laiffa tranfporter au courroux& à la baine, qu'il auoit contre les tyrans, infques à en occire fes propres enfans, Et au cótraire, ceftuy dequoy nous efcriuons main tenant, ayant temperé fes mœurs par la conoiffance des lettres& par la raifon apprife en l'eftude de la Philofophie,& ayant excité fon naturel, qui de foy- mefme eftoit doux& graue, à faire& executer de grades chofes, me femble auoir efté tres- bien com- mot. pofé à la vertu: tellement que ceux mefmes qui luy veulent mal, pource qu'il coniura à l'encôtre de Cæfar, s'il y a eu aucune chofe genereufement faite en toute la coiuration, l'attribuent à Brutus,& tous les actes afpres ou aigres à Cafsius, lequel eftoit bien familier& ami de Brutus, mais non pas en fes moeurs fi entier ne fi net comme luy. Seruilia fa mere fe difoit extraitte du fang de Seruilius Hala, lequel comme Spurius Mælius attentaft de fe faire Roy,& à ces fins follicitaft& efmeuft le menu peuple à fedition prit vn poignard qu'il cacha fous fon aixelle& s'en alla fur la place, là où il fit femblant d'auoir quelque chofe à luy communiquer,& pour ce faire s'approcha tout aupres de luy, mais ainfi que l'autre baiffa la tefte pour ouyr ce qu'il luy vouloit dire, il luy donna vn coup de poignard dont il le tua:& quant à cela, il n'y a perfonne qui die du contraire.Mais quant au cofté paternel, il y en a eu aucuns qui pour haine& mal vueillace qu'ils, She MARCVS BRVTV S. ont conceue encontre Brutus, à caufe de la mort de Iulius Cæfar, fouftiennent qu'il n'eftoit point iffu de celuy qui chafla les Tarquins, pourautant qu'il ne demeura nul de fa race, attendu qu'il tua fes enfans,& que ceftuy eftoit defcendu d'vne maison populaire, laquelle depuis peu de temps auoit commencé à eftre auacee aux eftats& honneurs de la chofe publique. Au contraire le philofophe Pofidonius efcrit, que Iunius Brutus tua voirement deux de fes enfans, qui eftoyent defia en aage, comme on trouue par les hiftoires, mais qu'il en demeura vn tiers qui eftoit pour lors encore en fa premiere enfance, duquel la maifon a depuis e- fté deriuce:& dauantage, que de fon temps il fe trouuoit quelques hommes illuftres de celle famille, defquels la forme& les traits de vifage reffembloy et fort à celle ftatue de Brutus. Mais à tant c'eft affez parlé de ce propos.Marcus Cato le philofophe e- ftoit frere de Seruilia mere de Brutus,& celuy de tous les Romains que plus il fe propofa à imiter, eftant fon oncle, duquel il efpoufa encore depuis la fille. Quant aux philofophes Grecs, il n'y en a pas vne fe& te, par maniere de dire, de qui il n'en ait ouy quelqu'vn, ny dont il ait efté aduerfaire: mais fur tous les autres il aima fingulierement les Platoniques,& ne s'appliquät pas fort à la noquelle ny à la moyenne Academie qu'on appelle, il s'eftoit du tout adonné à l'ancienne: au moyen dequoy il eut bien toufiours en grande admiration le philofophe Antiochus de la ville d'Afcalon, mais il fe fit ami familier de fon frere Arifton,& le voulut auoir pour domeftique, lequel en lettres& fauoir n'eftoit pas fi excellent comme ont efté beaucoup d'autres Philofophes, mais en fag effe& en douceur il coteftoit auec les premiers. Touchant Empilus, de qui luy- mefme fait mention en fes Epi. ftres,& fes amis aufsi en plufieurs lieux, c'eftoit vn orateur, lequel a laiffé vn petit liure qui n'eft pas mauuais, de la mort de Cæfar, intitulé Brutus. Il eftoit fuffifammēt exersité en la lague Latine, tant pour faire vn long difcours, comme pour haranguer& plaider: mais en la langue Grecque, on note& obferue par quelques vnes de fes epiftres qu'il a affecté celle graue& fentétieufe brefueté de parler, qui eft propre aux Lacedæmoniens: comme ayant defia la guerre commencée il efcriuit aux Pergameniens en cefte forte, l'entes que vous auez baillé de l'argét a Dolabella: fi vous l'auez fait volontairemét, vous cófeffez m'auoir offenfé: fi malgré vous, declarez- le, en m'en baillat volotairement. Vne autre fois aux Samiens, Vos confeils font logs, vos effets font lets, pefez quelle en fera la fin. Et vne autre qu'il leur efcrit des Patareiens, Les Xithiens pour auoir mefprifé ma grace, ont fait de leur pays vn fepulchre de defefpoir:& les Partareiens pour s'eftre mis en ma fauue- garde, n'ont perdu pas vn feul point de leuf liberté. Parquoy pendant qu'il vous eft loyfible, choififfez ou le ingemet des des P font enco ton des no phy are ton que fea em qu des Jap Pon pire party Pomp loit p dant foit r de Po tré Po cefero pere: blique gouuer 1001t p ar& F lemeur ande d que mon plus gr bude, mede us les daqalil Grecs ait our sal Κρασ Dien la & 0- l es MARCVS BRVTV S. 837 des Patareiens, ou la fortune des Xathiens. Voila la forte dequoy. font les mifsiues de Brutus, qu'on note pour la brefueté. Eftant encore en fon adolefcence, il alla en Cypre auec fon oncle Caton, qu'on auoit enuoyé contre le Roy Prolomæus, lequel s'eftat desfait luy- mefme, Caton ayant quelque affaire qui le retenoit neceffairement en l'ifle de Rhodes, auoit defia enuoyé deuant I'vn de fes familiers* Caninius pour garder l'argent& les biens:* Ou, Gani mais craignant qu'il ne fe tiendroit iamais de defrober, il efcri. dius. uit à Brutus qu'il s'en vinft en Cypre tout incontinent de la Pam phylie, où il eftoit fe reuenat d'vne maladie: ce qu'il fit, mais bie à regret, tant pour la vergongne qu'il auoit de Caninius que Ca ton reiettoit à fon aduis ignominie ufement, comme aufsi pource que cefte charge& adminiftration luy fembloit trop vile& mal feante à luy qui eftoit ieune& defdié à l'eftude: toutesfois il s'y employa fi bien& fi diligemment, que Caton l'en loua:& apres que tous les biens eurent efté vendus, il prit la plus grande partie des deniers, auec lefquels il s'en retourna à Rome. Depuis quand la puiffance Romaine fut diuifee en deux ligues, que Cæfar& Pompeius prirent les armes I'vn contre l'autre:& que tout l'Empire de Rome fut troublé, on s'attendoit bien qu'il fuyuroit le party de Cæfar, pourautant que quelque temps auparauant Pompeius auoit fait mourir fon pere: mais eftimant qu'il falloit prepofer les affections publiques aux priuees,& fe perfuadant que la caufe qui faifoit prendre les armes à Pompeius e- ftoit meilleure& plus iufte que eelle de Cefar, il fe mit de la part de Pompeius, combien qu'au parauant ayant quelquefois rencotré Pompeius, il ne le daigna pas feulement faluer, penfant que ce feroit à luy vn grand peché, que de parler à l'homicide de fun pere: mais lors fe foumettant à luy come au Chef de la chofe publique, il fit voile en Sicile comme lieutenant de Seftius, à qui le gouuernemet de celle prouince eftoit efcheu:& voyant qu'il n'y auoit pas là moyen de faire de grandes chofes,& que defia Cafar& Pompeius eftoyent l'vn aupres de l'autre combattans à qui demeureroit le maiftre, il s'en alla volontairement fans eftre mandé en Macedoine pour eftre participant du danger, là où on dit que Pompeius eftant ioyeux& efmerueillé de fa venue, quad il le vid venir, fe leua de fon fiege& l'alla ambraffer deuất tout le monde aufsi honnorablement come il eut feu faire à l'vn des plus grāds de fa ligue. En ce camp- là tout le long du iour, excepté le teps qu'il eftoit auec Popeius, il vaquoit aux liures& à l'eftude, no feulemer tous les iours precedens, mais aufsi celuy mefme de deuant la grade bataille de Pharfale. Il eftoit au cœur de Efté& faifoit yn fort grand chaut, auec ce qu'on auoit logé le camp pres de lieux marefcageux,& ceux qui portoyent fa tente auoyent beaucoup demeuré à venir: au moyen dequoy tout las& 832 MARCVS BRVTVS. arauaillé qu'il eftoit, à peine fe mit- il fur le midy à manger vn morceau: puis au lieu que les autres dormoyent, ou bien penfoyent& le foucioyent de ce qui aduiendroit le lendemain, il e- ftudia& efcriuit tout le long du iour iufques au foir, compofant vn fommaire de Polybius. On dit, que Cæfar ne le mit point à nonchaloir,& qu'il dit deuat la bataille à fes Capitaines& Chefs de bandes, qu'ils fe gardaffent de tuer Brutus en la bataille,& s'il fe rendoit volontairement qu'ils le luy amenaffent: mais s'il fe mettoit en defenfe pour n'eftre point pris, qu'ils le laiffaffent aller fans luy faire autre violence:& dit- on, qu'il le faifoit pour l'amour de Seruilia mere dudit Brutus: car eftant encore bien jeune il auoit coneu Seruilia qui auoit efté demefurément amoureufe de luy pour autant que Brutus eftoit né enuiron le temps que leur amour eftoit en fa plus grande ardeur, il fe perfuadoit qu'elle l'auoit conceu de luy. Auquel propos on raconte que du temps qu'on traittoit au Senat des affaires de la coniuration de Catilina, laquelle fut bien pres de ruiner& deftruire toute la vilJe de Rome, Cæfar& Caton fe trouuerent pres I'vn de l'autre, fouftenans contraires opinions,& qu'en ces entrefaites on appor ta de dehors quelque petit efcrit à Cæfar. Cæfar le prit& le leut à part tout bas,& adone Caton fe prit à crier que Cæfar faifoit mefchamment de receuoir aduertiffemes& lettres des ennemis, dequoy plufieurs des afsiftans murmureret. Parquoy Cæfar dóna la lettre tout ainfi comme elle eftoit à Caton, qui la leut,& trouua que c'eftoit vne lettre amatoire,& lafciue de fa fæeur Seruilia: fi la ietta à Cæfar,& luy dit, Tien, yurogne. Et cela fait il reprit fon propos,& pourfuyuit le difcours de fon opinion comme deuant: tant eftoit publiee& coneuë de tous l'amour& l'affetion& Seruilia portoit à Cæfar. Mais apres la desfaite de Pharfale que Pompeius s'en fut fuy vers la mer,& qu'on vint afsieger le camp, Brutus en fortit par les portes fans eftre apperceu,& fe ietta dedans vn marefcage plein d'eau& de rofeaux paluftres: puis quand la nuict fut venue, il fortit& fe retira en la ville de Lariffa, de là où il efcriuit à Cæfar, lequel fut bie aife de ce qu'il eftoit fauné,& luy manda qu'il s'en vint vers luy:& quand il fut venu, il ne luy pardona pas feulemét, ains le retint autour de luy, en aufsi grand honneur que perfonne qui y fuft. Il n'y auoit hom me qui feuft dire là où s'enfuyoit Pompeius,& eftoit- on en peine de le fauoir: pourtant Cæfar marchant quelque efpace de che min feul à feul auec Brntus, enquit de luy ce qu'il en penfoit:& Auy fembla par quelque difcours qu'il luy ouyt faire, qu'il iugeroit tres- bien par conie& tures de fa fuyte;& pource, laiffant tout autre aduis& confeil, il prit chemin vers Ægypte. Mais Pompeius qui comme Brutus auoit coniecturé, s'eftoit retiré en Ægypte, fut là furpris de l'heure de fa deftinee.Au demeurant Brutus impetra Impetra fedu* poids pour fes te gue hom men tous meue fes lo quel ne de car p faire prie port nable ne ch pource qui ne Heur de ler en Gaule, gulier aillee plus ne aux Ga me aupa hereme que e plaif heime unc gaie de Pra pteroy ature geoit rent ur qu ade yasana ole e TourCoffet ene bien perica ration ute lar Pautre appot leleut aifoit mis, Hona TOU금 을 rui reme fearger fe es: de ' il ut e Dut -W gy MARCVS BRVTVS. 833 Tuya impetra encore de Cæfar grace pour Caffius:& defendant la caufe du* Roy de Libye, vray eft qu'il fuccomba à la multitude& au* C'eftoit Ess poids des charges qu'on luy mettoit fus, mais intercedant& priant ba, mais il pour luy, encore luy fauua- il grande partie de fon royaume& de eft certains fes terres.Et dit- on que la premiere fois que Cæfar l'ouit haran- que Brutus guer deuant luy, il dit à fes amis: ie ne fay pas que veut ce ieune interceda auf homme: mais tout ce qu'il veut, il le veut d'vne merueilleure vehe fi pour Deio mence. Car comme fa grauité ne fe laiffoit pas aller aifément à tarus, Roy tous ceux qui le venoyent requerir de leur faire plaifir, ains eftant de Galatie meue par confeil& par raifon, elle tendoit toufiours à faire cho- qui neantfes louables& honneftes: auffi, là où elle fe mettoit à pourfuyure moins fut quelque chofe, elle vfoit d'vne inftance veheméte& preffante, qui par Cafar ne defiftoit iamais qu'elle ne fuft venue à chef de fon entreprife: priué d'vne car par le flatter on n'euft iamais feu obtenir de luy, ne luy faire grande partie faire aucune chofe iniufte,& eftimoit que fe laiffer vaincre de de fon pays. prieres& requeftes par ceux qui fans vergongne preffent& im- Et pource feportunent ceux de qui ils veulent obtenir aucune choſe defraifon voit plus à nable, ce qu'aucuns font par honte de n'ofer rien refufer, eftoit v- propos enten ne chofe bien laide& mal conuenable à vn grand perfonnage:& dre ce lies de pource, il auoit accouftumé de dire, qu'il luy fembloit que ceux qui ne pouuoyent rien refufer, auoyent tres mal gouuerné la fleur de leur ieuneffe. Quand Cæfar voulut paffer la mer pour aller en Afrique contre Caton& Scipion, il luy laiffa à gouuerner la Gaule, qui eft deçà les Alpes du cofté d'Italie, qui fut vn heur fingulier à celle prouuince: car au lieu que les autres eftoyent trauaillees& pillees par l'infolence& l'auarice des gouuerneurs, ne plus ne moins que fi c'euffet efté pays de conquefte. Brutus eftoit aux Gaulois repos& reconfort des trauaux qu'ils auoyent mefme auparauant endurez, duquel bon traittement la grace eftoit en tierement par luy attribuee à Cæfar, de forte qu'à fon retour d'Afrique en vifitant l'Italie, ce qu'il y vit plus volotiers,& auec plus de plaifir, furent les villes du gouuernement de Brutus,& Brutus mefme qui luy faifoit honneur de fa perfonne,& duquel la compagnie luy eftoit fort agreable.Ory auoit- il à Rome plufieurs for te de Præteures,& s'attendoit- on bien que Brutus ou Caffius emporteroyent celle qui eft de plus grande dignité, qu'on nommoit 12 Præture vrbaine, a caule que celuy qui l'exerçoit, faifoit droit& iugeoit entre ceux de la ville, à raifon dequoy ils entrerent en dif ferent I'vn contre l'autre, combien que les vns veulent dire, que pour quelques autres caufes precedentes, il y auoit de fia quelque peu de pique entre eux,& que cefte concurrence les mit encore plus auant en querelle, quoy qu'ils fuffent alliez.car Caffius auoit efpoufé Iunia la foeur de Brutus.Les autres difent que ce debat en tre eux vint de Cæfar mefme, lequel fecrettement donnoit e- fperance de fa faucur à l'vn& à l'autre: fi tira leur brigue ggg i petra 234 MARCVS BRVTVS. and do Moit pri delliere tir fus s'enfu cruel ce qu Caff Calli tes de à vne flus fo narchi ple de parati en eng manda ue efc redite fi auant,& fe piquerent tellement à cefte pourfuitte, qu'ils en eurent procez l'vn contre l'autre. Brutus combattoit de fa vertu & bonne renommee à l'encontre de plufieurs beaux exploits d'ar mes que Caffius auoit faits contre les Parthes:& Cæfar, a- pres auoir ouy leurs allegations, dit à fes amis aufquels il fe confeilloit fur ceft affaire. Il eft vray que les raifons que Caffius allegue, font plus iuftes: neantmoins il faut preferer Brutus. Et par ainfieut Brutus la premiere,& Caffius la feconde, tequel ne luy voulut pas tant de bien pour celle qu'il auoit obtenue, que de mal pour celle qu'il auoit perdue. Mais Brutus en beaucoup d'autres chofes fe fentit encore de la puiffance de Cæfar autant comme il voulut: car s'il euft voulu il euft peu eftre le premier de fes amis,& auoir le plus de credit autour de luy: mais ceux de la faction de Caffius l'en diuertiffoyent( car à Caffius, ils n'eftoyent point encore retournez en grace, quant depuis le different de leur brigue)& eftoyent inceffamment apres luy à l'admonefter& prefcher de ne fe laiffer point deftremper ny amollir par allechemens de Cæfar, ains fuyr toutes fes careffes& fes graces tyranniques, defquels ils difoyet que Cæfar v- foit enuers luy non pour honorer fa vertu, mais pour affoiblir la force de fon courage. Si n'eftoit point Cafar luy mefme fans en auoir quelque foupçon,& fans en ouyr quelques rapports, ains craignoit fon grand coeur, fon authorité& les amis: mais d'autre cofte il fe fioit à la bonté de fes mœurs& de fon naturel: car comme on luy euft vn iour rapporté qu'Antonius& Dolabella machinoyent quelque nouuelleté côtre luy, il refpondit que ces gras & perruquez ne luy faifoyent point de peur, mais ouy bien ces pal les& maigres, entendant cela de Brutus& de Caffius.Vne autre fois qu'on accufoit& chargeoit Brutus enuers luy,& l'admoneftoit- on de s'en donner de garde, il refpondit en touchant de la main à fon eftomac, Comment, vous femble- il que Brutus n'aura pas la patience d'attendre que ce poure corps ait fait fon temps? comme s'il euft voulu dire, qu'il n'appartenoit à nul autre qu'à Brutus, d'auoir apres luy aufsi grande puiffance que luy. Et me femble quant à moy, qu'il euft peu eftre affeurément le premier home de la ville, s'il euft peu endurer de fecoder Cæfar quelque efpace de téps,& laifler vn peu fener, par maniere de dire, la fleur de fon authorité,& paffer la gloire qu'il auoit acquife par fes grades victoires: mais Caffius homme cholere, qui hayffoit plus Cæfaren priué, qu'il ne faifoit le tyran en public, l'enflamma& le pre cipita:& diton que Brutus portoit mal patiemment la feigneurie, mais que Caffius hayffoit le feigneur, fe plaignant de plufieurs tors qu'il luy auoit faits,& entre autres, qu'il luy auoit ofté des lios.Cafsius enauoit fait prouifio pour fes ieux, quad il feroitAEdile.& furēt trouuez en la ville de Megare lors qu'elle fut prife par Calenus,& Cæfar les retint. On dit que ces beftes porterent mes par techefie Callius N les cito pello Clous d in des R aresia HuyBru ence dur rels efcr Batteu exceff elpera ende Foami La moye prife ama referer be Bucus en lace de Ved pea Toyen car en grace, ment apa rempe fes c afarv blir la fans ains MARC VS BRVTVS. 835 grand dommage aux Megariens: car fur l'inftant que la ville s'en alloit prife, ils rompirent les cages où ils eftoyent enfermez,& les deflierent penfans qu'ils empefcheroyent les ennemis de leur cou rir fus: mais les lions fe tournerent contre eux- mefmes, ainfi qu'ils s'enfuyoyent çà& là tous defarmez,& en defchirerent aucuns fi cruellement, que les ennemis mefmes eurent pitié de le voir. Voila ce qu'aucuns difent auoir efté caufe principale de faire confpirer Caffius à l'encontre de Cæfar: mais ils ne difent pas la verité. Car Caffius auoit dés fa naiffance vne nature impatiente de toutes for tes de tyrans, comme il monftra eftant encore ieune enfant allant à vne mefme efchole que Fauftus fils de Sylla: car come ce Fauftus foy glorifiant entre les autres enfans louaft hautement la mo narchie de fon pere, Caffius fe dreffant en pieds, luy dona vne cou ple de foufflets: de quoy les tuteurs de Fauftus voulurent auoir re paration& pourfuyure cefte iniure en iuftice: mais Pompeius les en engarda& fit venir les deux enfans deuant luy, aufquels il demanda comment la chofe eftoit allee,& là Caffius, ainfi qu'on trou ue efcrit, dit à l'autre, Or fus Fauftus, prens encore la hardieffe de redife vne autre fois en la prefence de ce perfonnage icy, les mefmes paroles qui m'irriterent alors encontre toy, à celle fin que de rechef ie te rope la tefte à coups de poing, tel eftoit le naturel de Caffius. Mais quant à fes familiers amis par plufieurs follicitatios, & fes citoyens par plufieurs bruits de ville& plufieurs efcriteaux Pappelloyent nommément,& l'incitoyent à faire ce qu'il fit: car au deffous de celuy fien anceftre Iunius Brutus qui abolit la domina tion des Roys à Rome, on efcriuift, Pleuft à Dieu que tu fuffes maintenant, Brutus:& vne autre fois, Que vefcuffes- tu auiourdhuy, Brutus.Le tribunal mefme, fur lequel il feoit& donnoit au dience durant le teps de fa Præture, fe trouuoit le matin tout plein detels efcriteaux, Brutus, tu dors,& n'es pas vray Brutus.Dequoy les flatteurs de Cæfar eftoyent caufe, lefquels outre plufieurs autres exceffifs& demefurez honneurs qu'ils luy inuentoyent tous les iours, mettoyent la nuit des diademes fur les teftes de fes ftatues efperans par ce moyen attraire la commune à l'appeller Roy au lieu de Dictateur: mais il en auint tout autremēt, ainfi que nous auons efcrit bien au long en la vie de Iulius Cæfar. Comme donc Caffius alloit fondant& follicitat fes amis à l'encontre de Cæfar, tous vnanimement luy promettoyent d'entrer en cefte coniuration, moyennant que Brutus en fuft le Chef, difans qu'vne telle entreprife auoit befoin, non tant de hardieffe ne de gens qui mif fent la main à l'efpee, que d'vn perfonnage de telle reputation co me eftoit Brutus, pour commencer à faire à chacun affeurément, penfer par fa feule prefence, que l'acte feroit faint& iufte: autrement, que à le faire ils auroyent moins de cœur,& apres l'auoir fait en feroyent plus foupçonnez, pource que chacun eftime. To que iamais ce perfonnage n'auroit refufé à eftre participant utre m- a- ras Dal Fre $ 35 MARCVS BRVTVS. d'vne telle execution, fi la caufe en euft efté bonne. Parquoy Caf fius apres auoir difcouru ces raifons en luy- mefme, parla le premier à Brutus, depuis le different qu'ils auoyent eu enfemble:& apres s'eftre reconcilié auec luy,& qu'ils fe furent entr'ambraffez l'vn l'autre, il luy demada s'il auoit deliberé de foy trouuer au Senat le premier iour du mois de Mars, pour autant qu'il auoit entendu que les amis de Cæfar deuoyent ce jour- la mettre en auant au Cófeil que Cæfar fuft par le Senat appellé& declaré Roy.Bru tus refpondit qu'il ne s'y trouueroit point. Mais fi on nous y appelle, dit Caffius? Alors fera- ce à moy, refpondit Brutus, à ne point me taire, ains à y refifter,& à mourir pluftoft que de perdre la liberté.Caffius adonc encouragé& pouflé par cefte parole: Et qui fera( dit- il) celuy des Romains qui te vueille laiffer mourir pour la liberté Ignores- tu que tu es Brutus? eftimes- tu que ce foyent tif fiers, cabaretiers, ou autres telles baffes gens mechaniques, qui efcriuent ces billets& efcriteaux qu'on trouue tous les tours en ton fiege Prætorial,& non les premiers homes,& les plus gens de bien de la ville qui le facent? Car il faut que tu faches qu'ils attendent des autres Præteurs quelques donnees& diftributions populaires, quelques ieux,& quelques combats d'efcrimeurs à outrance pour donner paffe- temps au peuple mais ils te demandent à toy nommé ment, comma vne dette hereditaire à laquelle tu leur es obligé, l'a bolition de la tirannie, eftans bie deliberez de faire& fouffrir tou tes chofes pour l'amour de toy, moyennant que tu te vueilles mo ftrer tel comme ils penfent que tu le doyues eftre,& qu'ils s'atten dent que tu fois.Cela dit, il baifa Brutus& l'embraffa,& ainfi prenans congé l'vn de l'autre, s'en alleret chacun parler à leurs amis. Ailleurs il Or y auoit- il vn des amis de Pompeius nommé* Caius Ligarius, s'appelle qui pour auoir fuyui fon parti, auoit efté accufé deuant Cafar,& Quintus. Cæfar l'en auoit abfous: mais ne luy fachat pas tant de gré de fon abfolution, comme eftant indigné de ceique pour fa tyranique domination il auoit efté en danger, il luy en eftoit demeuré fort af pre ennemi en fon ecour,& fi eftoir au refte fort familier de Bru tus, lequel l'alla voir malade en fonlit,& luy dit, O Ligarius en quel temps es- tu malade? Ligarius incontinet fe foufleuant fur le coude,& luy prenant la main droite, Si tu as( dit- il) Brutus, volon té d'entreprendre chofe digné de toy, ie fuis fain. Depuis cela ils comencerét à tenter tous ceux de leur conoiffance, defquels ils fe fioyent, à leur communiquer leur entreprife, choifi flans nonleurs familiers& amis feulement, ains tous ceux qu'ils eftimoyent a- uoir le cœur affez ferme pour attenter chofes perilleufes,& qui ne craigniffent point la moreà raifon dequoy ils n'è defcouurirét rien à Ciceron, combien que ce fuft le perfonnage que plus ils ai moyent,& auquel plus ils fe fioyent, de peur qu'outre ce que de nature il auoit faute de hardieffe, luy ayant encore l'aage apporté de de la c moula de le cha Cou Br ton ter Tone pire Stat den fols ftin eu dre rati pant me A lant d pour auth c en par mais q tus luy Pentre poutio induite tion de pris ne acuans helme kmen rpre US CO bour umes for kee Ropar դունա ours en t ens de bi attende pulaires nce pour nomme ge, l'a r tou mé atten premis jus, & fon Ho af en le de rté de MARCVS BRVTVS. 837 de la crainte dauantage, il ne rebatift, par maniere de dire,& n'emoufaft la pointe de leur deliberee affection,& refroidift l'ardeur de leur entreprife, laquelle auoit principalement befoin d'eftre chaudement executee, en voulant par difcours de raifon reduire toutes chofes à fi grande feureté, qu'il n'y euft aucune doute. Car Brutus laiffa mefme de fes autres amis, Statilius l'Epicurie& Fac nius, celuy qui faifoit profeffion d'imiter& enfuyure Marcus Caton, à caufe que leur en ayant ietté de loin quelques parolles couuertes en deuifant& difputant ensemble de la Philofophie, pour fonder leur volonté, Faonius refpondit qu'vne guerre ciuile eftoit pire qu'vne principauté de monarchie vfurpee contre les loix:& Statillius auoit dit, que ce n'eftoit point le fait d'vn homme prudent& fage, q de fe mettre en dager& en peine de fa vie pour des fols& des ignorans.Labeo eftoit prefent à cefte difpute, qui fouftint le cotraire à tous deux: mais Brutus s'en teuft come s'il y euft eu en cela quelque doute,& quelque difficulté mal- aifee à refoudre en ce propos: mais depuis hors de là il communiqua fa deliberation à ce Labeo, lequel s'offrit bien volontiers à en eftre partici pant,& furent d'aduis de prattiquer auffi vn autre Brutus furnom mé Albinus, non qu'il fuft autremer homme à la main ny fort vail lant de fa perfonne, mais pource qu'il pouuoit beaucoup, à caufe d'vn grand nombre de ferfs efcrimans à outrance, qu'il nourriffoit pour donner au peuple le paffe- temps de les voir combattre: ioint auffi qu'il auoit credit à l'enteur de Cafar. Caffius& Labeo luy en parlerent premierement enfemble, aufquels il ne refpondit rie, mais quand il en eut luy- mefme parlé à Brutus à part,& que Brutus luy euft declaré qu'il en eftoit le chef& conducteur de toute l'entreprife, adonc il promift bien volontiers d'y aider de tout fon pouuoir. Bref la meilleure& plus grande partie des coniurez fut induite à entrer en cefte confpiration par la dignité& la reputation de Brutus:& fans auoir iamais iuré enfemble, fans auoir ne pris ne donné affeurance, ne s'eftre obligez Les vns aux autres par aucuns religieux fermens, tous tindrent la chofe fi fecrette en cux mefmes, tous la feurent fi bien celer,& fi couuertement manier & mener entre eux, que combien que les dieux la defcouuriffeng par predictiós de deuins, par fignes& prodiges celeftes,& par pre fages de facrifices, iamais neantmoins elle ne fut creue. Mais Bru tus comme celuy qui fauoit tres- bien qu'à fon adueu& pour l'amour de luy tous les plus nobles, les plus vertueux& plus magná nimes hommes de la ville fe mettoyent en ce hafard, confiderant en foy- mefme la grandeur du peril, quand il eftoit hors de fa maifon tafchoit à fe contenir,& à compofer de forte fa contenance & fon vifage, qu'on ne conuft point qu'il eut aucune chofe qui è trauaillaft en fon entendement: mais la nuit& en fa maifon, ge le pouvoit pas ainfi faire: sar ou fon foucy l'efueilloit mal 1838 MARCVS BRVTVS. Pes aux fon ent finob mieu quel deli tou Con plus gran fence du lic gré luy,& le gardoit de dormir, ou de luy- mefme il fe mettoit le plus fouuent à penfer fi profondement en fes affaires,& s'arreftoit à difcourir en fon efprit toutes les difficultez qui eftoyent en fon entreprife, fi fort, que fa femme eftat couchee aupres de luy, s'apperceut bien qu'il eftoit plein d'agonie& de trifteffe d'entendement qu'il n'auoit point accouftumee,& qu'il remuoit à part luy en fon efprit quelque deliberatio, qui luy pefoit beaucoup,& luy eftoit bien mal- aifee à refoudre& defuelopper. Sa femme Porcia eftoit, comme nous auons defia dit, fille de Cato,& l'efpoufa Brutus qui eftoit fon coufin, non point fille, mais bien ieune vefue a- pres la mort de fon premier mary Bibulus, duquel elle auoit eu vn petit garçon nomimé Bibulus, qui depuis à efcrit vn petit liure des faits& geftes de Brutus qu'on trouue encore auiourd'huy. Cefte ieune dame eftant fauante en la Philofophie, aimant fon mary,& ayant le cœur grand, ioint auec vn bon fens& vne prudence grande, ne voulut point attenter d'interroguer fon mary de ce qu'il auoit fur le cœur, que premierement elle n'eut fait vne telle efpreuue de foy- mefme: Elle prit va petit ferrement, auec lequel les barbiers ont accouftumé de roigner les ongles,& ayat fait fortir de fa chambre toutes fes femmes& feruantes, elle fe fit vne playe bien profonde dedans la cuiffe, tellement qu'il en fortit incontinent vne grande effufion de fang,& tantoft apres pour Pafpre douleur de celle incifion la groffe fieure le commença à faifir:& voyant que fon mary s'entourmentoit fort,& en eftoit en fort grand efmoy, au plus fort de fa douleur elle luy parla en cefte maniere, le( dit elle) Brutus eftät fille de Caton t'ay efté dónee, non pour eftre participante de ton lit& de ta table feulemét comme vne concubine, ains pour eftre aufsi parfonniere& compagne de toutes tes bonnes& mauuaifes fortunes.Or quant à toy, il n'y a que plaindre ne reprendre de to cofté en noftre mariage: mais de ma part, qu'elle demonftration puis- ie faire de mon deuoir enuers toy,& de combien ie voudroye faire pour l'amour de toy, fi ie ne fay fupporter conftamment auec toy vn fecret accident, ou vn foucy qu'il foit befoin de celer fidelement? le fay bien que le naturel d'vne femme femble communemét trop debile pour pouuoir feurement contenir vne parole de fecret: mais la bonne nourriture Brutus,& la conuerfation des gens vertueux ont quelque pouuoir de reforrner vn vice de la nature:& quant à moy, i'ay cela dauantage que ie fuis fille de Caton,& femme de Brutus, à quoy neantmoins ie ne me fioye pas du tout parcy deuant, iufques à ce que maintenant l'ay coneu que la peine mefme& la douleur ne me fauroyent vaincre. En difant ces paroJes, elle luy monftra fa blefceure,& luy conta comment elle fe l'atoit faite pour s'efprouuer elle- mefme. Brutus fut fort esbahy quand il eut ouy ces paroles,& leuans les mains au ciel fit prieges a Cond carc lequ tour dre de la Pento droite appelle quelqu vengea Brutus Afrob feule: life re fattend Princip shom bivent Hammer Cafe de faire tts gra y eu ant Ca el de unit eu & ve fon mary ment, auc & ayit lle fe fit en for pour ça a effor la en domet m- by MARCVS ER VT VS. 839 tes aux dieux de luy faire tant de grace qu'il peut mener à chef fon entrepriſe fi bien, qu'il fut trouué digne d'eftre mary d'vne fi noble Dame comme Porcia: laquelle pour lors il reconforta le mieux qu'il peut. Au refte ayant efté prefix vn iour de confeil, auquel on efperoit que Cafar ne faudroit pas de venir au Senat, ils delibererent d'executer adonc leur entreprife, pource que lors tous les coniurez fe pourroyent trouuer enfemble fans foupçon,& qu'ils auroyent là les premiers hommes de la ville& les plus gens de bien tous portez, lefquels quand ils verroyent vn fi grand exploit executé, tiendroyet au demeurant la main à la defence de la liberté:& fi leur fémbla dauantage, que l'afsignation du lieu auquel fe deuoit tenir le confeil, eftoit proprement chofe conduite par expreffe prouidence diuine,& qui faifoit pour eux: car c'eftoit I'vn des portiques qui font à l'étour du Theatre, dedas lequel portique y auoit vn Conclaue garny de fieges tout à l'entour,& en iceluy vne image de Pompeius que la ville y auoit fait dreffer en fon honneur, lors qu'il orna& embellit ce quartier là de la ville du theatre qu'il y fit baftir,& des portiques qui font à T'entour d'iceluy.En tel lieu doc fut afsignee l'affemblee du Senat droitement au quinzieme iour du mois de Mars, que les Romains appellent Idus Martias, de forte qu'il fembloit proprement que quelque Dieu menaft expreffement là Cæfar pour y eftre tué, en vengeance de la mort de Pompeius. Quand le iour fut efcheu, Brutus fortit de fon logis ayant vne dague ceinte par deffous fa robbe longue fans que perfonne en feut rien que fa femme feule:& les autres coniurez eftoyent tous affemblez chez Caffius, pour accompagner& conduire iufques fur la place fon fils, qui ce iour la prenoit la robbe qu'on appelle virile:& de là fe rendirent tous en trouppe dedans ce portique de Pompeius, s'attendans que Cæfar deuft incontinent venir au Senat: là où principalement fut certes admirable la conftance affleuree de tes hommes- la, en chofes de fi grand peril, attendu ce qu'ils a- uoyent entrepris: car plufieurs d'iceux pour le deu de leurs offices, à caufe qu'ils eftoyent Præteurs, eftans contraints de faire droit aux parties, non feulement efcouterent doucement& patiemment ceux qui voulurent parler à eux, ou plaider quelque caufe deuat eux, de fens aufsi rafsis comme s'ils n'euffent eu autre affaire quelconque en tefte, ains qui plus eft donnerent des fentécès graues& de repofé iugement, eny vaquant tres attentiuemēt. Si y eut quelque partie, qui ayant efté condamnee ne vouloit pas payer, ains en criant& proteftant difoit qu'il en appelloit par deuant Cæfar:& Brutus adonc regardant les afsiftans, Cæfar( dit il) ne m'empefchera point de faire ce que comandent les loix.Et toutesfois il leur furuint, par cas de fortune, plufieurs accidens qui e toyent bien pour les troubler, dont le premier& le principal fut 840 MARCVS BRVTV S. que Cæfar demeura beaucoup à venir, de forte qu'il eftoit defia biê tard quand il arriua au Senat, à caufe que ne fe trouuãs par les fignes des facrifices bons ny propices, fa femme le retenoit en la maifon,& les deuins luy defendoyent d'en fortir. Le fecond fur, que quelqu'vn s'approchant de Cafca, qui eftoit I'vn des cóiurez, & le prenant par la main droite luy dit, Dea Cafca, tu m'as bien celé ton fecret, mais Brutus m'a le tout defcouuert: dequoy Cafca Le trouuant eftonné, l'autre continua fon propos en difant, Comment par quel moyen es- tu foudainement deuenu fi riche, que tu brigues d'eftre Aedile? tant peu s'en fallut que Cafca deceu par l'ambiguité des paroles que l'autre luy auoit dites, ne decelaft tout le fecret de leur coniuration. Vn autre Senateur nommé Popilius Læna, apres auoir falué plus affectueufement que de couftume Brutus& Cafsius, leur dit tout bas en l'oreille, Le prie aux dieux que vous puissiez venir à chef de ce que vous auez entrepris, mais ie vous confeille& vous admonnefte de vous aduäcer, car voftre fait n'eft point celé. Leur ayant dit ces paroles il s'en, alla incontinent,& les laifla en grande doute que leur cofpiration ne fuft defcounerte.Et fur ces entrefaites accourut à grande hafte Pvn des domeftiques de Brutus pour luy dire que fa femme fe mouroit, à caufe que Porcia pafsionnee du foucy de l'aduenir,& n'eftant pas affez puiffante pour fupporter vne fi grande agonie d'efprit, à peine fe pouuoit contenir dedans la maifon, ains treffailloit de frayeur à chafque bruit ou cry qu'elle entendoit, ne plus ne moins que font ceux qui font efpris de la fureur des Bacchantes, demandant à tous ceux qui reuenoyent de la place que faifoit Brutus,& y enuoyant continuellement des meffagers les vns fur les autres pour en fauoir des nouuelles. A la fin la chofe allant en longueur, fa force corporelle ne peut plus refifter, ains fe laiffa aller& defaillir tout à coup: tellement qu'elle n'eut pas feulement loifir d'entrer en fa chabre, car il luy prit vne foibleffe ainfi qu'elle eftoit afsife emmy la maifon, dont elle fe pafma incontinent& perdit la parole entierement: ce que voyant fes feruantes, fe pritent à crier,& les voifins y accoururent à la porte, au moyen dequoy le bruit fur incontinent efpandu par tout qu'elle eftoit trefpaffee: toutesfois elle fe reuint bien toft de cefte pafmoifon,& fut couchee& traittee par fes femmes. Quand a Brutus, ayant ouy cefte nouuelle il en fut bien troublé, comme on peut eftimer: toutefois il n'en abandonna point le public, ny ne s'en retira onques en fa maifon pour chofe qui y fuft aduenue. Et ia difoit- on que Cæfar eftoit en chemin, fe faifant porter dedans vne litiere: car il auoit deliberé de n'arrefter rien au Senat de tout ce iour- la, pource qu'il craignoit les finiftres prefages des facrifices, ains de remettre les affaires de confequece à vne autre affemblee de sonfeil, faignant qu'il fe trouuoit mal. Au fortir de fa litiere, Popilius prioit borde reille les f par bied ains pro defi robb tena Qui eux fe de monft ce long mier de tres co me s'il moins tofte re Entra au isi to z, er quel bus ta ma tement aces vo is repo fa ro par es de vaderd legany Co aller par sauez entre oles il se fpiration de hafte me fe & onie traf MARCVS BRVTVS. 8.4* Popilius Læna, celuy qui vn peu deuant auoit dit à Brutus qu'il prioit aux dieux qu'il peut conduire à fin fou entrepriſe, l'alla a- border,& le tint longuement à parler à luy.Cæfar luy prefta l'oreille& l'efcouta bien attentiuement parquoy les coniurez( s'il les faut ainfi appeller) n'entendans pas fa parole, mais coniecturas par ce qu'il leur auoit vn peu auparauant dit, que ce parlement n'eftoit autre chofe que la defcouuerte de leur confpiration, furet bien eftonnez,& s'entreregardans les vns les autres, donnerent bien à conoiftre à leurs vifages, qu'ils eftoyent bien tous d'aduis, qu'il ne falloit pas attendre iufques à ce qu'on les faifift au corps, ains que pluftoft ils fe dettoyent occire eux- mefmes auec leurs propres mains:& comme Cafsius& quelques autres iettaflent defia les mains fur les manches de leurs efpees par deffous leurs robbes pour les defgainer, Brutus regardant le gefte& la contenance de Læna& confiderant qu'il auoit la façon d'vn homme qui prie humblement& affectueufement, non pas d'vn qui accufe, il n'en dit mot à fes compagnons, à caufe qu'il y auoit parmy eux plufieurs qui n'eftoyent pas de la confpiration: mais aufsi va vilage ioyeux& vne chere gaye affeura Cafsius,& tantoft apres fe defpartit Læna d'auec Cæfar en luy baifant la main, ce qui monftra que c'eftoit pour quelque affaire qui le concernoit que ce long parlement s'eftoit fait. Eftant donc le Senat entré le premier dedans le Conclaue où fe deuoit tenir le confeil, tous les autres coniurez enuironnerent incontinent la chere de Cæfar, com me s'ils luy euffent voulu dire quelque chofe.Et d'it- on que Caffius, iettant la veuë fur l'image de Pompeius, la pria, ne plus ne moins que fi elle euft eu fens& entendement. Trebonius d'autre cofté retira à part Antonius à l'entree du Conclaue,& luy commença vn long propos pour l'arrefter au dehors. Quand Cæfat entra au dedans, tout le Senat fe leua par honneur deuant luy,& aufsi toft qu'il fut afsis, les coniurez l'enuironnerent de tous coftez, en luy prefentant vn d'entre eux, nommé Tullius Cimber, lequel fupplioit pour la reftitution de fon frere qui eftoit banny, tous faifoyent femblant d'interceder pour luy, en luy touchant aux mains,& luy baifant l'eftomac& fa tefte. Cæfar du commencement reietta fimplemet leurs careffes& leurs prieres: mais pui apres voyat qu'ils ne defiftoyer point de toufiours l'importuner: i les repouffa à force:& adóc Cimber auec les deux mains luy aualla fa robbe de deffus les efpaules,& Cafca qui eftoit tout ioignat luy par derriere, defguaina le premier,& luy donna vn coup aupres de l'efpaule, mais la playe n'entra pas guere auant,& Cafar fe fentaut blecé, luy faifit incontinent la main dont il tenoit fa dague,& s'efcria à haute voix en langage Romain, Mefchat traiftreCafca, que fais- tu? Et Cafca de l'autre cofté s'efcria aufsi en lâ Sage Gres, appellant fon frere a fon aide Et comme ia plufieursà ng ac Jes SU 642 MARCVS BRVTVS: la foule chargeaffent fur luy, en regardant tout à l'entour de foy, & s'en voulant fuit, il apperceut Brutus qui tenoit vne efpee nue au poing pour le frapper:& adonc il lafchala main à Cafca qu'il tenoit encore,& couurant fon vifage auec fa robbe, abandonna fon corps à qui le voulut naurer:& lors les coniurez s'entrepreffans les vns les autres pour l'affection qu'ils auoyet de ne le point efpargner, en frappat de tat de dagues& efpees fur vn feul corps, fe blefferent les vns les autres, entre lefquels Brutus fut attaint en la main, en voulant eftre participant de ce meurtre,& tous les autres furent aufsi enfanglantez- Ayant donc efté Cæfar ainfi tué, Brutus fe prefentat au milieu de la falle, voulut parler,& arrefter Ies autres Senateurs qui n'eftoyent point de la confpiration, pour rendre raifon de leur fait: mais ils s'enfuyrent tous effrayez en grand defarroy, s'entrepreffans& pouffans à la porte de grande hafte qu'ils auoyét de fortir, fans que perfonne toutesfois les chaf faft: car il auoit expreffement efté dit& arrefté entre eux, que or ne tueroit autre que Cæfar feul, ains qu'on conuieroit au refte tous les autres à tafcher de recouurer la liberté. Tous les autres auoyent bien efté d'aduis en deliberant fur ceft affaire, qu'on deuoit aufsi tuer Antonius, pource que c'eftoit vn homme infolent, & qui de fa nature fauorifoit à la monarchie, outre ce qu'il auoit grande faueur& bon credit enuers les gens de guerre pour la longue frequentation& conuerfation qu'il auoit eue entre eux, & mefmement pource qu'eftant homme de fa nature entreprenat & conuoiteux de grandes chofes, il auoit encore dauantage lors Pauthorité du Confulat, eftant Conful auec Cæfar: mais Brutus empefcha qu'il ne fe concluft, premierement pource qu'il dit que la chofe feroit iniufte de foy:& fecondemét, par ce qu'il leur propofa quelque efperance de changement en luy: car il n'eftoit point hors d'efpoir qu'Antonius eftant homme magnanime de nature & defireux d'honneur& de gloire, quand il verroit que Cafar feroit mort, ne peut eutrer en volonté d'aider à fon pays à recou urer la liberté, eftant par l'exemple d'eux attiré à aimer& fuiure Ja vertu. Ainfi fut Brutus caufe de fauuer la vie à Antonius, lequel fur P'heure de ce grand effroy fe defguifa de l'habillement de quelque baffe& ville perfonne,& fe defroba: mais Brutus& fes có fors ayans les mains toutes fanglantes& leurs efpees toutes nues aux poings, s'en allerent droit au Capitole, admonneftans, par tout où ils paffoyent les Romains de reprédre leur liberté. Or y eut- il du commencement, foudain que le cas eut efté fait, quelques clameurs& quelques gens qui s'en coururent çà& là par la ville, ce qui augmenta le trouble, l'effroy& le tumulte dauantage: mais quand on vit qu'on ne tuoit perfonne, qu'on ne pilloit ny ne forgoit chofe quelcoque, adonc aucuns des Senateurs& plufieurs du peuple, prenans affleurance de là, s'en monterent vers eux au Capitole, Brut Ho Po d B pa ce Vit ma te, tus qu a no ca Sch tinal urez gnan eltoy nable fent p affer & en avant de tou refte dauan honne Anton ur en gons abbra chacu Leio ret fa Cat lenteeler Sports your fois les c eux, que it au rel les autres wonde folent, auoit mur la eux, MARCVS BRVTV S 843 pitole, là où s'eftant à la file affemblé grand nombre de perfonnes Brutus leur fit vne harangue pour gaigner la grace du peuple,& iuftifier ce qu'ils auoyent fait. Tous les affiftans dirent qu'ils a- uoyent bien fait,& leur crierent qu'ils defcendiffent hardiment:& Poccafion dequoy Brutus& fes compagnons prirent l'affeurance de defcendre fur la place: les autres fuyuoyent en troupe, mais Brutus marchoit deuant enuironné tout à l'entour fort honorablement des plus notables perfonnages de la ville qui l'accompagnerent& l'amenerent du mont du Capitole à treuers la pla ce, iufques en la tribune aux harangues. Quand la commune le vit monté là deffus, encore que ce fuft vne tourbe de gens ramaffez de toutes pieces,& bien deliberez de faire quelque emeu te, elle eut neantmoins honte de le faire pour la reuerece de Brutus,& prefta filence pour entendre ce qu'il voudroit propofer:& quand il commença à parler prefterent audience fort paifible à fa harangue: toutesfois fi donnerent- ils bien clairement à conoiftre incontinent apres, que le fait ne leur plaifoit point à tous: car quad vn autre nomé Cinna voulut parler,& qu'il commença enat Jorg tus Que TOnt re ar charger& accufer Cæfar, ils entreret en vn courroux& vne mu tination grade,& luy dirent plufieurs iniures, tellemét que les coiurez s'ê retireret derechefau mot du Capitole, là où Brutus craignant y eftre affiegé, renuoya plufieurs gros perfonnages qui y eftoyent montez quant& luy eftimant, qu'il n'eftoit pas raifonnable que ceux qui n'auoyent point efté participans du fait, fuffent participans du periltoutesfois le lendemain s'eftant le Senat affemblé dedans le temple de la deeffe Tellus, c'eft à dire, la terre & en icelle affemblee ayans Antonius, Plancus& Ciceron mis en auant, qu'il falloit ordonner vne generale oubliance& abolition de toutes chofes paffees,& vne concorde pour l'aduenir, il fut arrefté que non feulement ils auroyent impunité du fait, mais que dauantage les Confuls mettroyent en deliberatio du Senat, quels honneurs on leur decerneroit. Cela conclud, le Senat fe leua,& Antonius le Conful pour affeurer ceux qui eftoyent au Capitole, leur enuoya fon fils en oftage.Sur cefte fiance Brutus& fes compa gnons defcendirent, là où chacun pefle mefle les falua, careffa& ambraffa, entre lefquels Antonius mefme donna à foupper en fon logis à Caffius,& Lepidus à Brutus,& ainfi des autres felon que chacun auoit eu ou familliarité ou amitié auec qu'elqu'vn d'enx. Le iour en fuyuant, le Senat eftät derechef affemblé en cofeil loua premierement Antonius de ce qu'il auoit fagement efteint& afTopy vn comencement de guerre ciuile: puis donna auffi de grandes louanges à Brutus& à fes cofors qui là eftoyent prefens:& fi malement leur affigna des gouuernemens de prouinces: car à Bruus fut ordonee la Cadie, à Caffius la Lybie,& à Treboni' Prafie, à Cimberla Bithynie,& à l'autre Brut' la Gaule de deça les Alpes 844 MARCVS BRVT VS. Cela fait on vint à parler du teftament de Cafar, de fes funerailles & de fa fepulture, là où eftant Antonius d'aduis qu'on deuoit lire fon teftamet haut& clair en public,& auffi inhumer le corps honorablement,& non point à cachetes, de peur que cela ne fuft oc cafion au peuple de s'irriter& aigrir dauantage fi on le faifoit autrements Caffius y contredit fort& ferme: mais Brutus y confentit& s'y accorda: en quoy il femble qu'il fit vne feconde fautes car la premiere fut quand il empefcha de conclurre qu'en occiroit Antonius, pource qu'à bon droit on le chargea d'auoir en cé faifant fauué& fortifié vn tref- grief& inexpugnable ennemi de leur confpiration:& la feconde fut, quil accorda qu'on fift les funerailles de Cæfar en la forte qu'Antonius voulut ce qui fut caufe de perdre& gafter tout.Car premierement quad on eut leu en, public le teftament, par lequel eftoit porté qu'il leguoit& donnoit à chafque citoyen Romain* foixante& quinze drachmes * Sept efem d'argent pour tefle,& qu'il laiffoit au peuple fes iardins& verdemy. gers qu'il auoyt deçà la riuiere du Tybre, au lieu, où maintenan eft balty le téple de la Fortune, le peuple l'en aima& regreta mer ueilleufemět: puis quand le corps fut rapporte fur la place, Antonius qui fit la harangue à la lotiange du defunct felon l'ancienne couftume de Rome, voyant que la commune s'efmouuoit à compaffion par fon dire, tourna fon eloquence à l'inciter encore d'auantage à commiferation,& prenant la robbe de Cæfar toute enfanglantee la defploya deuant toute l'affiftance, monftrant les decoupeures d'icelle,& le grand nombre de coups qu'il auoit receus.Dequoy le peuple fe mutina& s'irrita fi fort, qu'il n'y eue plus d'ordre en la commune, par ce que les vns crioyent qu'il fal loit faire mourir les meurtriers qui Pauoyent occis, les autres alloyent arracher les eftaux, les tables, felles& bancs des boutiques d'alentour de la place, comme on auoit fait és funerailles de Clodius,& en ayant fait vn monceau, mirent le feu dedas,& fur iceluy poferent le corps, qu'ils bruflerent au milieu de plufieurs lieux facrez& inuiolables& fan& tifiez,& auffitoft que le feu fut bien ambrafé, les vns deçà les autres delà en prirent des tifons ardets auec lefquels ils s'en coururer és maifons de ceux qui l'auoyent tué, pour les y brufler: toutesfois eux qui s'eftoyent bien auparauant munis& proueus, fe fauuerent aifément de ce danger: mais il y eut vn poëte nommé Cinna, lequel n'auoit aucunement efté participant de la coniuratio, ains auoit toufiours efté ami de Cafar,& la nuit deuat auoit fongé que Cæfar le conuioit à foupper auecluy,& que l'ayant refufé, il l'en auoit preffé à grande inftance, iufques à le forcer, tant qu'à la fin il l'auoit mené par la main en vn grand lieu vague& tenebreux, là où tout effrayé il auoit e- fté contraint de le fuyure mal gré luy Cefté vifion luy auoit donte la ficure toute la nuit& neantmoins le matin quand il feus qu'on alla du ne fa m оп na de m adue fous ville deda de vo bien Cans c bre d The a qu qu ufic Grec Cic hent drach ins& ver maintena reta met Anto Cenne com d'aeenles realv Jes -0 en ES ta MARCVS BRVTVS. 845 qu'on portoit le corps pour l'aller inhumer, ayant honte de ne fe trouuer au conuoy de fes funerailles, il fortit de fon logis:& fé alla mettre parmi la commune qui eftoit ia mutinee& irritee:& pource que quelqu'vn le noma par fon nom Cinna, le peuple péfa que ce fuft celuy, qui n'agueres auoit en fa harangue blafmé& iniurié publiquement Cæfar,& feruant deffus luy en fureur le defchira en pieces fur la place.Cela effraya plus Brutus& fes có pagnons, que nulle autre chofe apres la mutination d'Antonius: à Poccafion dequoy ils fe retirerent hors de Rome,& fe tindrent du commencement en la ville d'Antium, en efperance de retourner à Rome, quand la fureur du peuple feroit vn peu appaifee: ce qu'ils eftimoyent deuoir eftre bien toft, attendu qu'ils auoyent à faire à vne multitude inconftante& facile à efmouuoir,& que le Senat eftoit pour eux, lequel pourtant ne tint conte de faire infor mer à l'encontre de ceux qui auoyent defmembré le poure Cinna, mais bien fit recercher& prendre ceux qui auec des tifons ardens eftoyent allez affallir les maifons des coniurez. Le peuple mefme eftant defia ennuyé de l'infolence d'Antonius, lequel faifoit prefque toutes chofes de puiffance abfoluene plus ne moins que s'il euft efté Roy, defiroit que Brutus retournaft:& s'attédoiton qu'il viendroit luy- mefme en perfonne faire iouer les ieux qu'il deuoit au peuple, à caufe de fon office de Præteur: mais eftät aduerti que plufieurs foldats de ceux qui auoyent efté à la guerre, fous Cæfar,& qui auoyent des heritages de luy& des maifons és villes où il les auoit logez, le guettoyent pour le tuer,& que tous les iours par petites trouppes ils fe couloy et fecrettement à la file dedans Rome, il n'y ofa retourner, ains eut le peuple le paffe teps de voir en fon abfence ces ieux& autres esbatemets, qui furent bien& magnifiquemet fournis de toutes chofes à ce neceffaires, fans qu'il y euft rien efpargné: car il auoit fait acheter grand nobre de beftes eftranges, defquelles il ne voulut qu'on donnait pas vne à aucun particulier, ni auffi qu'o en laiffaft pas vne, ains voulut qu'elles fuffent toutes employees à fes ieux,& alla luy- mefme iufques à Naples pour parler à aucuns ioueurs de comedies& muficiens qui s'y tenoyent:& efcriuit à fes amis touchant vn Canutius, qui lors eftoit vn excellent ioueur, qu'ils fiffent tant enuers luy, comment que ce fut, qu'il voulut iouer à fes ieux, pource qu'il n'eftoit pas raifonnable, te difoit il, de forcer aucun des Grees, s'ils n'y venoyent de leur bon gré:& fi efcriuit dauantage à Ciceron, en le priant tres- inftamment d'y vouloir affifter comment que ce fuft.Les affaires eftans en tel eftat à Rome, il furuint vne autre mutation, quand le ieune Cæfar y fut arriué, il eftoit fils de la niece de Iulius Cæfar, qui l'auoit adopté pour fon fils,& inftitué fon heritier vniuerfel par fon teftament: mais bors que fon pere adoptif fut tué, il eftoit en la ville d'Apollonie, là où il eftu 846 MARCVS BRVTVS dioit en l'attédant, pource qu'il auoit deliberé d'aller faire la guer re aux Parthes,& fi toft qu'il ouyt les nouuelles de la mort, s'en retourna à Rome, là où pour commencer à s'infinuer en la bon me grace du peuple, tout premierement il prit le nom de fon pere adoptif,& diftribua l'argent qu'il leur auoit laiffé par fon teftament: au moyen dequoy il embrouilla fort Antonius,& à force d'argent retira grand nombre de foldats qui auoyent efté à la guerre fous fon pere.Et Cicero mefme, pour la haine grande qu'il portoit à Antonius, fauorifoit à fes affaires, dequoy Brutus le reprenoit& le blafmoit fort, luy efcriuant qu'il monftroit par fes deportemens de n'eftre pas marri d'auoir maiftre, mais feulement d'en auoir vn qui le hayft,& que fes confeils en l'adminiftration de la chofe publique tefmoignoyent qu'il cerchoit& choififfoit de fe foumettre à vne feruitude gratieufe& humaine, en difant & efcriuant que ce ieune Cæfar eftoit homme doux& debonnai fe:& nos predeceffeurs, ce difoit- il, ne fe font iamais voulu affervir à aucuns maiftres quelques doux qu'ils fuffent:& q de fa part il n'auoit iamais refoluément arrefté en foy- mefme de faire ni la paix, ni la guerre, mais que fa refolution& fa deliberation arreftee eftoit de iamais ne feruir:& qu'il s'efmerueilloitgrandement, come Ciceron redoutoit vne guerre ciuile pour eftre perileuſe, & ne craignoit point vne paix ignominieufe,& que pour debouter Antonius de la tyrannie qu'il vfurpoit, il cerchoit d'eftablir ce ieu ne Cæfar tyran en recopenfe: telle eftoit la fubftace des premieres Nettres, que Brutus efcriuit à Cicero.Mais eftant ia la ville diuifee en deux parts, les vns fe rangeas du cofté d'Antonius,& les autres du cofté de ce ieune Cafar,& les gés de guerre vendas leur ferui ce, ne plus ne moins qu'à vn ancan, à qui plus leur offroit. Brutus defefperat que les affaires fe peuffent bien porter, delibera de for tir d'italie,& s'en alla à pied par le pays de la Lucanie en la ville d'Elea, quieft affife fur le bord de la mer, là où Porcia eftät fur le point de fe departir d'auec luy pour s'en retourner à Rome, tafchoit le plus qu'elle pouucit à diffimuler la douleur qu'elle en portoit en fon coeur: mais vn tableau la defcouurit à la fin quoy qu'elle fe fuft au demeurant iufques à là toufiours coftamment& vertueufemet portee.Le fuiet de la peinture eftoit pris des narra tions Grecques, coment Andromache accopagnoit fon mari Hector, ainfi qu'il fortoit de la ville de Troye, pour aller à la guerre, & coment Hector lay rebailloit fon petit enfant: mais elle auoit les yeux& le regard toufiours fichez fur luy. La coformité de cel le peinture auec fa paffion la fit fondre en larmes,& retournant plufieurs fois le iour à reuoir cefte peinture, elle fe prenoit toufjours à plorer.Ce que voyant Acilius I'vn des amis de Brutus recita les vers qu'Andromache dit à ce propos en Homere, Hector, tu tiens lies de pared demere Adonc part di me li Car per pour deme de Po mont receu ge& Cure Crat foph il ne main tus en gens de noit tou Feftude Cice you lufeme e ter hant ad Lomain mme adeuar alant en di debona la part ire nila arre ter es ES MARCV S. BRVTV S. En mon endroit, de mari& de frere 847 Adonc Brutus en fe fouriant, Voire mais( dit il) ie ne puis de ma part dire à Porcia, ce qu'Hector refpondit à Andromache au mef me lieu du pote. Il ne te faut d'autre chofe mefler Que d'enfigner tes femmes à filler. Car il eft bien vray, que la naturelle foibleffe de fon corps ne luy permet pas de pouuoirfaire les mefmes actes de proueffe que no pourrions bien faire, mais de courage elle fe porta auffi vertueufement en la defenfe du pays, comme l'vn de nous. Bibulus le fils de Porcia l'a ainfi efcrit en fon hiftoire. Au partir de là Brutus montant fur la mer cingla droit vers Athenes, là où le peuple le receut bien volontiers auec force decrets honorables a fa louange,& fe logea chez vn fien ami, allant tous les iours ouyr les leatures& difputes de Theomneftus Philofophe Academique& de Cratipus Peripatetique,& communiquant auec eux de la Philofophie, tellement qu'il fembloit que tous affaires mis en arriere, il ne vaquaft feulement qu'à l'eftude: toutesfois cependant fous main il faifoit fes apprefts pour la guerre: car il enuoya Heroftra tus en Macedoine pour pratiquer& gaigner les Capitaines& les gens de guerre qui eftoyent en celle marche, attiroit& entretenoit tous les gentils- homes Romains, qui eftoyét à Athenes pour l'eftude des lettres& de la philofphie, entre lefquels eftoit le fils de Ciceron, lequel il loue fingulieremét difant que foit qu'il veik laft, ou qu'il fongeaft en dormant, il le trouuoit de cœur merueilleufement gentil, tant il hayffost naturellement les tyrans. Quelque temps apres il comença à manier ouuertement les affaires,& eftant aduerti qu'il venoit de l'Afie quelque flotte de vaiffeaux Romains, où il y auoit de l'argent,& que le Capitaine qui eftoit homme de bien& fon familier, prenoit la route d'Athenes, il alla au deuant iufques aupres de l'ifle de Cary ftos, là où ayant parlé auec luy, il fit en forte que l'autre fut content de luy mettre.fes vaiffeaux entre mains: à l'occafio dequoy Brut' le voulut bie traiter magnifiquement en fon logis, attendu mefmement que c'eftoit le iour de fa natiuité.Quand ce vint au milieu du feftin, qu'on comença à boire les vns aux autres, les conuiez fe prirent à boire à la victoire de Brutus& à la liberté des Romains,& Brutus les voulant encore plus confirmer& encourager, demanda vne plus grande couppe,& la tenant pour boire, il fe prit à pronocer à hau te voix fans occafion quelconque apparence ces versa Mais toutesfois ma trifte deftinee Et Phoebus ont ma vie terminee. Suyuant lequel propos, on dit que le iour qu'il eut la derniere ba taille pres la ville de Philippes, au fortir de fa tente il donna pour le mot de la bataille à fes gens, Phoebus: tellement que depuis on 848 MARCV BRVTV S. Brutus ilabar il per feser & a les don tus le bons temps & eflo tranc à fes f bien Hint: que B re aut Juy of que pla fmour Ferret au mettre d a iugé qcefte foudaine exclamatio eftoit vn prefage du mal.heur * Cinquate qui luy deuoit aduenir. Apres cela Antiftius luy deliura* cinq mille efcus. cens mille Drachmes de l'argét qu'il portoit en Italie,& tous les foldats de Pompeius qui eftoyent encore errans çà& là par la Theffalie, fe retirerent bien volontiers par deuers fuy:& fi ofta à vn nommé Cinna cinq cens hommes de cheual, qu'il conduifoit en Afie à Dolabella: puis s'en alla par mer en la ville de Demetriade, là où il fe faifit d'vne grande quantité d'armes qu'on portoit à Antonius,& qui par le commandement de Iulius Cæfar a- uoyent là efté faites& forgees pour feruir à la guerre Parthique: qui plus eft. Hortenfius gouuerneur de la Macedoine luy en mit le gouuernement entre fes mains,& tous les princes, Rois & Seigneurs d'alenuiron fe ioignoyent& entroyent en ligue a- uec luy, quand il fut aduerti que Caius frere d'Antonius venât de l'Italie auoit paflé la mer,& tiroic en diligence vers les villes de Dyrrachium& d'Apollonia pour s'emparer des gens de guerre que Gabinius y tenoit. Parquoy Brutus voulant gaigner le deuất & le preuenir, mit- incontinent aux chaps ce peu de gés qu'il auoit autour de luy, prenant fon chemin par pays afpres& malaifez en la faifon d'hyuer qu'il negeoit bien fort,& diligenta fi bien qu'il deuança de beaucoup fes fommiers qui portoyent les viures: tellement que quad il fut aupres de Dyrrachium, il luy prit vne maJadie que les medecins appellent Bulimia, c'eft à dire, famine, à caufe du froid& du trauail qu'il auoit enduré.Ceft accidét de maladie aduient fouuent aux hommes& aux beftes qui trauaillenglonia quad il a negé, foit ou pource que la chaleur naturelle eftát toute retiree& refferree au dedans du corps par la froidure de l'air enuironnant& efpefsiffant le cuyr, digere& confume incontinent la viande, ou qu'vn petit vent fubtil, aigu& perçant, qui fort de la nege quand elle fe fond, penetre au dedans du corps& en chaffe la chaleur natelle, qui s'en efpand au dehors, car il femble que la chaleur efteinte par la froid qu'elle rencontre au fortir de la peau du corps, foit caufe des fueurs qui aduiennent en telle maladie, defquelles chofes nous auons ailleurs difputé plus amplemét. Mais Brutus s'eftant efuanouy,& ne fe trouuat en fon camp chofe aucune qu'on luy peut bailler pour manger, fes gens furent contraints de recourir à leurs ennemis,& approchans de la porte de la ville, demaderent de grace du pain aux gardes: lefquels entendans l'inconuenient qui eftoit arriué à Brutus, y allerent euxmefmes,& luy porterent à boire& à manger: en fouuenance dequoy puis apres quand il eut la ville entre fes mains, non feulement il les traitta humainement& gracieufement quant à eux, ains auffi tous les autres habitans pour l'amour d'eux.Eftant donc Caius Antonius arriué en la ville d'Apollonia, il manda aux gens de guerre quieftoyét aux enuirons quils fe retiraffent par deuers Juy: Ovent mais Rom aine p rent co appre ratio o ifié d' mais ça à e andoin tenoit n befo elale to Tordo Lome, adol -me MARCVS BRVTV S. 849 luy: mais entendant qu'au contraire ils fe retiroyent tous deuers Brutus,& dauantage, que ceux d'Apollonia luy fauorifoyet auffi il abandonna la ville,& s'en alla en celle de Buthrotus: toutefois il perdit premierement en chemin trois enfeignes qui furent mifesen pieces: puis s'efforça de gaigner à force quelques lieux forts & auantageux d'afsiete, qui font à l'entour de Billis,& en chaffer les gens de Brutus qui les auoyent preoccupez:& pour ce faire dona la bataille à Ciceron le fils, par lequel il fut vaincu.car Bru tus fe feruoit defia de luy, comme d'vn Capitaine,& fit plufieurs bons exploits par fon entremife& fon moyen. De là à quelque temps, ayant furpris Caius en quelque pays de marets fort efcarté & efloigné de fa retraite, il ne luy voulut pas courir fus à toute ou trance, ains feulement le fit cheualer tout à l'entour, comandant à fes foldats qu'ils l'efpargnaffet luy& fes gens, comme ceux qui bien toft apres fervent à eux fans coup ferir, ainfi qu'il en aduint: car ils fe rendirent eux& leur Capitaine à fa mercy: tellemet que Brutus auoit defia vne bone groffe trouppe de gens de guerre autour de duy. Or tint- il long temps ce Caius en honneur, fans luy ofter mefmes les marques& enfeignes de magiftrat, combie que plufieurs,& entre les autres Ciceton, luy efcriuiffent qu'il le fit mourir: mais quand il apperceut qu'il començoit à parler en fecret aux Capitaines,& à pratiquer quelque nouuelles, il le fit mettre dedans vn nauire& là le fit garder. Les foldats qui defia auoyent efté par luy fubornez, s'eftoyent retirez en la ville d'Apollonia, de là où ils manderent à Brutus qu'il s'y en allaft vers eux: mais il leur fit refponfesque cela n'eftoit point la couftume des Romains,& qu'il falloit qu'eux mefmes vinfent vers leur Capitaine pour le fupplier de leur patdonner la defloyauté qu'ils a- uoyent commife: ce qu'ils firent,& il leur pardonna. Ainfi come il s'appreftoit pour paffer en Afie, luy vindrent nouuelles de la mutatio qui eftoit aduenue à Rome; car le ieune Cæfar auoit efté fortifié d'honneur& d'authorité par le Senat à l'encotre d'Antonius: mais apres qu'il l'eut des fait& chaffe hors de l'Italie il comença à eftre luy- mefme redoutable au Senat, pourautant qu'il demandoir le Confulat, qui eftoit chofe defendue par les loix,& entretenoit de groffes armees fans que la chofe publique en euft aucun befoin. Et d'autre cofté, voyant que le Senat non content de cela, fe tournoit deuers Brutus, lequel eftoit hors l'Italie,& que il luy ordonoit& decernoit des gouuernemens des prouinces, il eut auffi luy- mefme peur de fon cofté,& enuoya deuers Antonius luy offrir fon alliance& amitié puis approchant fon armee pres de Rome, fe fit eflire bon gré mal gré Conful, n'eftant pas à peine en fon adolefcence: car il n'auoit encore que vingt ans, ainfi co me luy- mefme l'efcrit en fes Commentaires,& tout incontinent commit des iuges pour faire le proces criminel à Brutus& à fes hhh j 850 ge MARCVS BRVTVS par complices, pour auoir occis le premier& le plus grand perfonna de Rome, tenant le plus haut& le plus honnorable magiftrat d'icelle, fansauoir efté iugé, ouy, ny condamné iudiciellement, fai fant accufer Brutus de ce crime par Cornificius,& Cafsius Agrippa- Si furent les accufez condanez par contumace, pource que les iuges furent contraints d'ainfi iuger. Et dit- on qu'ainfi comme vn huifier fuiuant la couftume des iugemens, montant fur la tribune aux harangues appellaft à haute voix Brutus, l'adiournant à comparoir en perfonne deuant les iuges, tout le peuple afsiftant foufpira manifeftement,& les gens d'honneur baifferent la tefte fans ofer dire mot, entre lefquels on vit les larmes tomber des yeux de Publius Silicius, à l'occafion dequoy tantoft apres il fut au nombre de ceux qui par affiches furent prefcrits& abandonnez à eftre tuez. Apres cela, ces trois, Cæfar, Antonius& Lepidus, firent vn accord& vne ligue enfemble, par les capitulazions de laquelle ils partagerent entre eux les prouinces de l'Empire Romain,& firent par affiches condamner à mourir deux ces des principaux perfonnages de Rome, au nobre defquels fut Ciceron: dequoy les nouuelles eftans venues en Macedoine, Brutus adonc contraint, efcriuit à Hortenfius, qu'il fift mourir Caius Antonius pour vengeance de la mort de Ciceró,& de l'autre Brutus, dont l'vn eftoit fon ami& l'autre fon parer. Pour cefte caufe, Antonius depuis ayant pris Hortenfius en la bataille de Philippes, le fit occire deffus le fepulture de fon frere. Mais Brutus dit, adoc qu'il auoit plus de honte de fa caufe, pour laquelle Ciceron eftoit mort, qu'il n'auoit de compaffion de la morr,& qu'il ne pouuoit que blafmer& reprendre grandemet les amis qu'il auoit à Rome lefquels eftoyàt fefrs plus par leur faute, que par la vertu de ceux qui vfurpoyent la tyrannie fur eux, attendu qu'ils auoyent bien Ja volonté fi lafche, que de fouffrir voir faire deuät leurs yeux, ce qui feulemét à ouyr leur deuoit creuer le cœur.Quand il eut paffé fon exercite, qui ia eftoit gros& puiffant, en Afie, il donna ordre à affembler grand nombre de vaiffeaux, tant en la cofte de la Bithynie, comme en la ville de Cizicum, à fin de mettre fus vne armee de mer:& cependant il alla par les villes y ordonnant& difpofant toutes chofes,& donnant audience aux Princes& Seigneurs du pays, qui auovent à faire à luy. Puis il enuoya deuers Caffius en Syrie pour le deftourner d'aller en Egypte, luy mandant que ce n'eftoit point pour acquérir Empire ne feigneurie à eux- mefmes, qu'ils alloyent ainfi errans par le monde, ains que c'eftoit au contraire pour affranchir leur pays& le remettre en li berté,& que l'amas qu'ils faifoyent d'armes& degens de guerre, eftoit pour deftruire les tyrans qui les vouloyét afferuir: au moye dequoy eu efgard à leur premier but& principal deffein, ils ne deuoyét que le moins qu'il leur feroit poffible efloigner l'Italie, ains plufto creat& s cafemble s'eftover de Pira doine. virente amallees les plus ny nauir yne feule pres ils & de ge principa autant Brutus le uers lu qu'il n'e muneme demeura plufto mol en is à l'opp édes fiel daires me rea mer lupte, n roite, far toit la bie- vu refte p rtainer de Ca it pour Car Brutus, Fad ARN TATA les larmes prec Antonis es capila esdelEn deux ces sfur C Brutus us Anrutus, Anes, le Hoit 101 me eux en ce f pr12 ne & ts 1- Je li MARC VS BRVTV S. 85 ains pluftoft fe hafter d'y allerpour fecourir leurs citoyes. Caffius le creut& s'en retourna. Brutus luy alla au deuant,& fe trouuerét enfemble pres la ville de Smyrne, qui fut la premiere fois qu'ils s'eftoyent reueus depuis qu'ils fe departirent d'enfemble au port de Piræe à Athenes, l'vn pour aller en la Syrie,& l'autre en Mace doine. Si eurent grande ioye,& non moins d'affeurance quand ils virent enfemble les puiffantes armees qu'ils auoyent tous deux amaffees, veu qu'eftans partis de l'Italie come le plus defnuez& les plus poures bannis du monde, fans armes, fans argent, nayant ny nauire aucune equippee, ny vn tout feul homme de guerre, ny vne feule ville en leur deuotion, neantmoins vn peu de temps a- pres ils fe tronuoyent enfemble affez puiffans de nauires, d'arget & de gens de guerre tant à pied qu'à cheual pour combatre de la principauté de l'Empire Romain. Or vouloit bien Caffius faire autant d'honneur à Brutus, comme Brutus luy en faifoit: mais Brutus le preuenoit le plus fouuent,& s'en alloit le premier deuers luy, tant pource qu'il eftoit le plus aagé, come auffi pource qu'il n'eftoit pas fi difpos ny fi aifé de fa perfonne:& eftimoit on comunement qu'il eftoit bien entendu au fait de la guerre, mais au demeurant cholere& violent, qui vouloit comander aux autres pluftoft par crainte qu'autrement:& puis au contraire eftoit trop mol entre fes familiers, aimant par trop à railler& gaudir. Mais à l'oppofite, Brutus eftoit pour fa vertu bie voulu du peuple aimé des fiés, eftimé des gés de bie,& hay de nul, no pas de fes ad uerfaires mefmes, à caufe qu'il eftoit home de douce& benigne nature à merueilles, magnanime, qui ne fe paffionoit iamais d'ire, de volupté, ny d'auarice, ains auoit toufiours la voloté& l'intentio droite, fans iamais flefchir ne varier, pour le droit& la iuftice, qui eftoit la principale fource de fa gloire, de fon accroiffemet,& de fa bie- vueillance q chacun luy portoit, pource q tout le mode auoit cefte perfuafio, q fon intétion eftoit droite: car on n'efperoit pas certainement, q le grand Popeius mefme s'il fuft demeuré au deffus de Cæfar, euft voulu foumettre fon authorité aux loix, ains penfe- on, qu'il euft toufiours retenu la fouueraineté de puiffance, en prenat pour contenter le peuple le titre de Cóful, ou de Di& ta teur, ou de quelque autre plus ciuil& plus gratieux office:& quat à Caffius home violent& cholere, qui en mainte paffion fe fouruoyoit du droit chemin de la iuftice pour fuyure fon vtilité, on eftimoit affeurément qu'il faifoit la guerre,& alloit çà& là s'expofant aux dangers des armes, plus pour s'acquerir domination à foy- mefme, q pour rendre la liberté à fes citoyens: car qui cöfiderera les autres encore plus vieux ceux- cy, comme vn Cinna, vn Marius, vn Carbo, il est tout certain qu'ils fe propofoyent come vn pris& vn butin de leur victoire, la domination fur leur pays, & par maniere de dire, ils confeffoyet prefque, qu'ils cobatoyét hhh ij. ne Tie, ains 852 MARCVS BRVTV S. pour occuper la tyrannie& fe faire Seigneurs de l'Empire Ro. main:& au contraire, fes ennemis mefmes ne reprocheret onques à Brutus vne telle mutation, ains dit- on qu'Antonius declara par plufieurs fois publiquement, qu'il eftimoit que de tous ceux qui auoyent mis la main fur Cæfar, il n'y auoit que Brutus feul qui euft efté meu à ce faire par auoir feulement eftimé l'acte en foy Jouable& vertueux, ains que tous les autres coniurerent fa mort ou par haine particuliere, ou par enuie qu'ils luy portoyens. Par où il appert que Brutus ne fe confioit pas tant en la puiffance de fon armee qu'en fa propre vertu,& le peut- on voir par fes efcrits mefmes: car eftantia fort prochain de l'extreme peril, il efcrit a Pompeius Atticus, que fes affaires eftoyent au plus beau degré de fortune qu'ils euffent feu eftre: Car ou l'affranchiray tout le peuple Romain en gaignant la bataille, ou ie me deliureray de feruitude en mourant,& que toutes les autres chofes leurs eftans affeurees& certaines, vn feul poin& leur eftoit encore en doute s'ils viuroyent, ou s'ils mourroyent auec liberté. Il efcrit dauantage qu'Antonius receuoit la punition que fa folie meritoit: car au lieu qu'il pouuoit participer egalement à la gloire de Brutus, de Caffius& de Caton,& eftre mis en leur rang, il auoit mieux aimé eftre feulemét vn adioint d'Octauius, auec lequel, encore qu'il ne foit par nous maintenant vaincu, fi aura- il bien toft apres la guerre contre luy:& qnant à ce point, certainement il prophetifa tref- bien ce que depuis en eft aduenu. Mais pour lors, ainfi come ils eftoyenten la ville de Smyrne, Brutus requit à Caffius qu'il Juy baillaft partie des deniers qu'il auoit amaffez en grande quantité, pource que ce qu'il en auoit peu finer de fon cofte, il l'auoit defpendu à faire baftir fi grand nombre de nauires, que par le moyen d'icelles, ils tiendroyent toute la mer d'entre les terres en leut fuietion: ce que les amis de Caffius empefchoyent,& luy diffuadoyent bien fort, luy remonftrans qu'il n'eftoit point raifonnable que Brutus euft l'argent que Caffius auoit amaffé en efpargnant,& leué auec grand mefcontentement des peuples fujets, pour en faire largeffe à fes foldats,& par ce moyen en acque rir leur bien- vueillance aux defpens de Caffius: neantmoins Caffius luy en bailla la tierce partie de la fomme totale.Et là fe partans derechef d'enfemble pour aller chacun de fon cofté prouuoir à leurs affaires, Caffius prit la ville de Rhodes, là où il ne fe porta ny humainement, ny honneftement, quoy qu'en entrant dedans il euft refpondu à quelques vns des habitans, qui en le faluat l'appelleret Seigneur& Roy, qu'il n'eftoit ny Seigneur ny Roy, mais bien celuy qui auoit puny& tué celuy qui fe vouloit faire Seigneur& Roy.Brutus au partir de là enuoya demander argent & fecours de gens de guerre aux Lyciens: mais il y eut vn certain orateur nommé Naucrates: lequel fit rebeller les villes, tellemen que dans pa tus en Com nan pay cel pay pou resyo men toute les d nag uec y au quan nuid tet reba perceus amme ue les g rutus foud ille: ma Citation en exp ritable senfe ors, aille Rom & du ville menter ble. tous tus en க்கம் omens Par plance de pariselerits bealegre delturers de leurs et een dou it dauante oit: car a Brutus, de mieux alre qu'il pres la pheti fcoqu'il ande Pae par erres luy ralé en sfuque Cal ar COU mele deluat Roy faire rgent certain lemen MARCVS BRVTV S. 85% que ceux du pays occuperent quelques petites montagnes, cuidans par ce moyen empefcher le paffage à Brutus. Parquoy Bru tus enuoya contre eux fes gens de cheual, qui les furprirent ainfi comme ils difnoyent,& en desfirent enuiron fix cens,& en prenant toutes les petites vilettes& bourgades, il laiffoit aller fans payer rançon tous ceux qu'il prenoit prifonniers, efperant par cefte gratieufeté les gaigner pour luy attraire tout le refte du pays: mais ils eftoyent fi obftinez& fi fiers, qu'ils fe mutinoyent pour vn peu de domage qu'on leur faifoit en paffant par leurs ter res,& mefprifoyet fa böté& fon humanité, iufquesà ce que finalement il alla mettre le fiege deuant la ville des Xanthiens, en laquelle s'eftoyent enfermez les plus fiers& les plus belliqueux de toute la Lycie.Or y a- il vne riuiere qui paffe au long des murailles de la ville, par dedas laquelle fe fauuoyent aucuns d'entre eux nageans entre deux eaux,& s'enfuyoyent: mais on y prouueut a- -uec des rets qu'on fit tendre à trauers la riuiere, au deffus defquels y auoit de petites fonettes attachees, qui par leur fo aduertiffoyet quand il y auoit quelqu'vn pris dedans les filets. Ces Xanthies de nuict firent yne faillie,& vindrent mettre le feu à quelques engins de baterie, dont on bat oit leurs murailles mais ils furent incótinet rebarrez au dedas par les Romains auffi toft qu'ils furet apperceus. Le vent d'aduêture fe trouua impetueux qui augmeta la flamme,& la porta iufques aux creneaux des murailles, tellemet que les prochaines maifons furent incontinent efprifes. Parquoy Brutus craignant que toute la ville n'en fuft embrafee, comman da foudain qu'on efteignift le feu,& qu'on tafchaft à fecourir la ville: mais il prit fur l'heure à ces Lyciens vne rage& furieufe in citation à defefpoir fi eftrange& fi horrible, qu'on ne fauroit bien exprimer ny defcrire,& ne la pourroit- on mieux ne plus veritablement accomparer, qu'à vn forcené defir de mourir: car tous enfemble auec leurs femmes& leurs enfans, maiftres& feruiteurs, de quelque aage qu'ils fuffent, combatoyent de deffus la muraille,& iettoyent pierres, traits& toutes autres telles chofes aux Romains qui tafchoyent à amortir la flamme pour fauuer la ville:& au contraire, apportans des fagots, des cannes& rofeaux fecs& du bois, attiroyent le plus qu'ils pouuoyent le feu au dedas de la ville, en luy donnant toute matiere propre à entretenir& augmenter le feu,& l'irritant par toute maniure qui le ur eftoit poffible.Quand la flamme fut coulee par tout,& que ia embraffant tous les quartiers de la ville, elle commença fort à reluire, Brutus en ayant grande compaffion, monta à cheual,& enuironna tout le circuit des murailles pour voir s'il y pourroit donner quelque ordre, tendant les mains aux habitans, en les priat hu'ils vouluffent pardonner à leur propre ville,& fe fauuer eux- mefmes; maisperfone ne preftoit l'oureille à fes paroles, ains faifoy st hh iij 854 MARCVS BRVTV S. pres la garde tindr efto CO red PA tif Ace tout ce qu'ils pouuoyent pour fe ruiner& fe perdre eux- mefmes; non feulement les hommes& les femmes, mais aufsiles petis enfans, dont les vns en plorant& criant fe iettoyent eux- mefmes dedans le feu, les autres fe precipitans du haut en bas des murailles fe rompoyent le col, les autres prefentoyent leurs gorges nues aux glaiues de leurs peres,& delaçans leurs veftemens, les prioyent qu'ils les tuaffent eux- mefmes. Et quand la ville fut arfe& bruflee, on trouue vne femme qui s'eftoit pendue& eftranglee a- uec vn cordeau tenant de l'vne de fes main fon enfant mort atta ché par le col,& de l'autre mettant le feu dedans fa maifon auec vn flammeau ardent. On la voulut monftrer à Brutus, mais il ne voulut point voir vn fi horrible& fi tragique fpectacle, ains fe prit à plorer quand il l'entendit,& fit à fon de trompe crter par vn heraut, qu'il donneroit certain pris d'agent à tout foldat qui pour roit fauuer vn Xanthien: il ne s'en trouua, à ce qu'on dit, que cinquante feulement, qui furent fauuez mal- gré eux. Ainfiles Xanthiens apres vn long efpace de temps ayans acheué la reuolution de leur fatale ruine, renouuellerent par leur temerité, la memoire de la calamité de leurs anceftres, lefquels femblablement és guerres des Perfes bruflerent leur ville,& fe desfirent eux- mefmes. A raifon dequoy Brutus voyant celles des Patareiens refifter& tenir fort contre luy, eftoit en doute,& ne fauoit s'il la deuoit faire affallir ou non, craignant qu'ils n'entraffent en vn pareil defefpoir: mais ayant pris quelques vnes de leurs femmes pri fonnieres, il les renuoya fans leur faire payer rançon:& elles qui eftoyent filles& femmes des principaux hommes de la ville, ra contans à leurs parens la grande preud- hommie, iuftice, contine ce& honnefteté, qu'elles auoyent trouuee en Brutus, leur perfuaderent de foy foumettre à luy,& luy liurer leur ville entre fes mains: apres lefquels tous les autres firent le femblable,& s'allerent rendre& foumettre tous à luy, lequel ils trouuerent humain, doux& gratieux trop plus qu'ils n'auoyent efperé, mefmement à comparaifon de Cafsius, qui enuiron le mefme temps, apres auoir contraint les Rhodiens de contribuer tout l'or& l'argent contant qu'ils auoyent particulierement chacun en fa maifon, dont il amaffa bien iufqu'à la fomme de* huict mille talens, encore có damna- il la ville en public à la fomme de cinq cens autres talens là où Brutus apres auoir leué fur tout le pays de la Lycie cent cinquante talens feulement, fans leur auoir fait autre dommage ne deplaifir, s'en partit du pays d'Ionie.Or fit- il en tout ce voyagelà plufieurs actes notables& bien dignes de memoire, tant en remuant, comme en puniffant ceux qui l'auoyent merité: mais l'en raconteray icy vn entre les autres, dont luy mefme& tous les plus gens de bien des Romains furent fort aifes. Lors que le graad Pompeius, ayant perdu la bataille con** Quarante but anillions cens mille efcus. tre filan ceux on l de s qu' pin поп trou ainl quand avoyer ten m auquel Core ve her en Переме qu'il ac er en reftan laduie qui s eux de P mbre fon co & ac Cyne rer. L valer Mesba drange fort atta Cailin aut ne dit que infles Xa reuolain la memo lement& eux- mef ens ref lla devapames pri squi le, ra ntiné Erluafes alleMARCV S. BRVTV S. 855 ere Iulius Cæfar, alla defcendre en la cofte de l'Ægypte pres la ville de Pelufium, ceux qui auoyent la tutelle& la garde de la perfonne du Roy, qui eftoit encore prefque enfant, tindrent confeil auec fes feruiteurs& amis paternels, fur ce qui eftoit à faire en ce cas.Ils ne furent pas tous d'vn aduis en cefte confultation, pource que les vns furet d'opinion qu'on le deuoir receuoir, les autres qu'on le deuoit chaffer& debouter arriere de l'Egypte: mais vn certain Rhetoricien nommé Theodotus, natif de l'ifle de Chio, qui eftoit là pour enfeignet la Rhetorique à ce ieune Roy, eftant appellé à ce confeil à faute de plus fuffifans perfonnages, dit que les vns& les autres s'abufoyent, tant ceux qui eftoyent d'aduis de le receuoir, que ceux qui difoyent q on le deuoit chaffer,& que le plus expedient, veu le temps, eftoit de s'en faifir,& le faire mourir, adiouftant à cefte, fiene fentence, qu'vn homme mort ne mord point. Le confeil s'arrefta à cefte o- pinion: tellement que pour vn notable exemple des aduentures non croyables,& qu'on ne penferoit iamais, le grand Popeius fe trouua occis par la rhetorique de ce plaidereau de Theodotus, ainfi que luy- mefme en s'en glorifiant puis apres le difoit: mais quand Iulius Cæfar fut depuis arriué en Ægypte, les mefchas qui auoyent efté de ce confeil, en furent punis felon leur demerite, & en moururent tous mal- heureufement, excepté ce Theodotus, auquel la fortune prefta vn refpit de peu de téps, durat lequel en core vefcut- il pouremét& ignominieufemét, fás iamais ofer arre fter en vn lieu: mais lors que Brutus alloit par le pays d'Afie, il ne fe peut plus cacherains luy fur amené, là où il fut puny, de forte qu'il acquit plus de bruit a fa mort, qu'il n'auoit onques fait en tou te fa vie.Enuiro ce temps Brutus enuoya prier Cafsius de fe trou uer en la ville de Sardis: ce qu'il fit,& Brutus eftant aduerty de fa venue, luy alla au deuant auec tous fes amis,& là tout leur exercite eftant en armes, les appella tous deux* Empereurs:& comme il aduient ordinairement en grads affaires entre deux perfonna-* Imperatoges, qui ont l'vn& l'autre beaucoup d'amis,& tant de Capitaines res c'eft à di fous eux ils auoyent quelques plaintes& quels mefcontentemens re, fountains I'vn de l'autre: parquoy deuant que faire autre chofe, incontinet Capitaines. qu'ils furent arriuez au logis, ils fe retirerent à part en vne petite chambre, firent fortir tout le monde,& fermerent les portes fur eux:& lors commencerent à fe plaindre reciproquement chacun de fon compagnon,& finalement vindret iufques à s'entre- char ger& accufer, en fe difant haut& clair leurs veritez l'vn à l'autre auec vne grande vehemence,& puis à la fin fe prirent tous deux à plorer. Leurs amis qui eftoyent au dehors de la chambre, les oyans tafer ainfi hautement,& fe courroucer fi aigrement, en furent bien esbahys,& eurer peur qu'ils ne tiraffent outre, mais ils auoy ent defendu que perfonne n'allaft parler à eux: toutefois vn nomé Main, ent à oir onont co ens 10 ne e- reen tous Lors сод tre bhhiiij 856 MARCVS BRVTV S. Marcus Faonius, qui auoit efté par maniere de dire, amoureux de Caton en fon viuant,& fe mefloit de contrefaire le philofophe non tant auec difcours de raifon, que auec vne impetuofité& vne furieule& pafsionnee affection, voulut entrer dedans, quoy que les feruiteurs luy empefchaffent l'entree: mais il eftoit trop mal- aifé de retenir ce Faonius, à quoy que ce fuft que fa pafsio l'incitafticar il eftoit homme vehement& foudain en toutes cho fes, qui n'eftimoit rien la dignité d'eftre Senateur Romain:& có bien qu'il vfaft de celle franchife de parler audacieufement, de laquelle faifoyent profefsion les Philofophes qu'on appelloit anciennement Cyniques, comme qui diroit, Chiens, fi eft- ce que le plus fouuent on ne trouuoit point fon audace fafcheufe ny importune, pource qu'on ne fe faifoit que rire de tout ce qu'il difoir. Ce Faonius donc alors maugré les huyfsiers pouffa la porte au dedans,& entra en la chambre, prononçant auec vne groffe voix & vn accent graue, qu'il contrefaifoit expreffément, les vers que dit le vieux Neftor en Homere.asq Efcoutez- moy, mon confeil fuyuez Pay plus vefcu, que tous deux vous n'avez Mailow lor la te tu que im ac ge Con ils fe prel me v $ 100 cont mo fair Ma faire apis & de Come pelche wir do que liu s Ca né de Cafsius s'en prit à rire: mais Brutus le ietta dehors, l'appellant chien de mauuaife grace,& chien contrefait à fauffes enfeignes: toutefois ils firent en ceft endroit fin à leur conteftatio,& fe depar tirent incontinent d'enfemble. Le foir mefme Cafsius fie apprefter le foupper en fo logis, auquel mena fes amis:& côme ils eftoy ent defia à table Faonius y furuint s'eftant laué. Brutus le voyant fe prit à dire tout haut qu'il ne l'auoit point mandé,& comanda * Comme qui qu'on le mift* au plus haut lift mais luy à force fe coucha en cediroit au bas luy du milieu, ce qui donna à la copagme matiere de rire,& en fut bout dela ta- la chere du feftin plus gaye,& non fans proposde Philofophie.Le ble. lendemain Brutus codamna iudiciellemét en public,& nota d'infamie Lucius Pella home qui auoit efté Præteur des Romains,& à qui Brutus auoit donné charge, à la pourfuyte de ceux de Sardis, qui l'accuferent& conuainquirent de pilleries, concussions & mal- verfations en fon eftat.Ce iugement defpleut merueilleu fement à Caffius, à caufe que peu de iours auparauat, luy- mefme auoit feulement admonefté de paroles en priué deux de fes amis attains& conuaincus de mefmes crimes,& en public les auoit ab fous,& ne laiffoit pas de les employer& de s'en feruir come deuant: à l'occafion dequoy il reprenoit Brutus, comme voulant eftre trop iufte& garder trop feueremet la rigueur des loix en vn téps auquel il eftoit pluftoft befoin de difsimuler vn petit,& ne prendre pas les chofes au pied leué.Brutus au contraire luy refpondit qu'il fe deuoit fouuenir d'es Ides de Mars, auquel iour ils auoyent tué Cæfar, lequel ne pilloit ny ne trauailloit pas luy- mefme tout le mondesains feulement eftoit le fupport& l'appuy de ceux qui lc en Eur dans for ec vin que cho quelqu he mer le, led Meura mme Philip aje te even w penter nap sius falchelewin ala e grofe les vers qu Pappellane eignes: e depar appre selfoy voyant manda en ceen fut ie.Le d'in ,& Sarons leu fme ab eps enndit yent tout qui MARCVS BRVTV S. 857 le faifoyent fous fon authorité& fous luy,& que s'il y a aucune occafion, pour laquelle on puiffe honeftement mettre à nonchalor la iuftice& le droit, il euft mieux valu laiffer defrober,& fai re toutes chofes iniques& contre la raifon aux amis de Cæfar, que de le fouffrir aux leurs: car lors on ne nous euft peu, difoit- il impure: que lafcheté de cœur feulement,& maintenant on nous accuferad'iniuftice, outre la peine que nous fupportons,& les da gers iufquels nous- nous expofons.A cela peut- on euidemment conoiftre quelle eftoit l'intention de Brutus. Mais ainfi comme ils fe preparoyet pour repaffer de l'Afie en Europe, on dit qu'il fe prefenta à luy vn grand& merueilleux prodigue. Il eftoit homme vigilant de nature,& qui dormoit bien peu, tant pource qu'il viuoit fort fobrement, que pource qu'il s'exerçoit& trauailloit continuellement.Iamais il ne dormoit de iour,& la nuit ne dor moit finon autant qu'il euft efté contraint ne demeurer fans rien faire, ou fans parler à perfonne, quand tout le monde repofoit. Mais lors qu'il auoit la guerre& la fuperintendece de tous les af faires, ayat toufiours l'entendemet tendu à 1 cogitatió de l'iffue, & de ce qui en deuoit aduenir, depuis quil auoit feulemétvn petit fömeillé apres foupper, il employoit tout le refte de la nuit à def pefcher fes pl' preffas affaires,& apres les auoir expediez& y a- uoir doné prouifion, s'il luy reftoit du téps il fe mettoit à lire que! que liure iufques au troifieme guet de la nuit, à laquelle heure les Capitaines, Centeniers& Chefs de bandes auoyent accouftu mé de s'en venir vers luy. Sur le point donc qu'il deuoit paffer en Europe vne nuit bien tard, tout le monde eftant endormy dedans fon camp en grand filence, ainfi qu'il eftoit en fon pauillon auec vn peu de lumiere, penfant& difcourant profondemet quel que chofe en fon entendement, il luy fut aduis qu'il ouyt entrer quelqu'vn,& iettant fa veue à l'entree de fon pauillon, appercent vne merueilleufe& monftrueufe figure d'vn corps efträge& hor rible, lequel s'alla prefenter deuant luy fans dire mot: fi eut bien Paffeurance de luy demander qui il eftoit,& s'il eftoit dieu ou homme,& quelle occafion le menoit là. Le fantofme luy refpoudit, Ie fuis ton mauuais ange, Brutus,& tu me verras pres la ville de Philippes. Brutus fans autrement fe troubler, luy repliqua, Ee bien, ie te verray donc.Le fantofme incontinent fe difparut:& Brutus appella fes domeftiques qui luy dirent n'auoir ouy voix, ne veu vifio quelconq.A cefte caufe il fe remit pour lors à veiller & penfer comme deuant: mais le matin fi toft qu'il fuft iour, il s'e alla deuers Cafsius luy conter la vifion qu'il auoit euë la nuit. Cafsius qui tenoit les opinions d'Epicurus en la Philofophie,& auoit accouftumé d'en difputer& debatre fouuent auec Brutus, luy dit là deffus, Nous tenons, Brutus, en noftre fecte de Philofo phie, que nous ne fouffrons, ny ne voyons pas à la verité, tout C 758 MARCVS BRVTV S. ce que nous penfons voir ou fouffrir:& que c'eft chofe bier incertaine& trompereffe, que le fens naturel de l'homme,& que l'entendement qui eft encore plus leger& plus foudain, letemue& le tourne facilement, fans matiere ne fuiet aucun, er toutes formes& toutes efpeces, ne plus ne moins qu'on imprime fa cilement fur de la cire:& par ainfi qu'il eft bien aifé à l'ame de P'homme, laquelle a en foy ce qui fait& qui reçoit l'imprefsion, de diuerfifier& differenter vne chofe par elle- mefme: ce que nous monftrent affez euidemment les diuerfes mutations des fon ges qui nous aduiennent en dormant, que la partie imaginatiue, ou l'apprehenfion de noftre entendement, de bien petit commen cement tourne en toutes efpeces d'accidens, pource que le naturel de noftre entendement eft de toufiours fe mouuoir,& fon mouuement n'eft autre chofe qu'imagination ou apprehenfion: mais encore y a- il dauantage maintenant en toy, c'eft que le corps trauaillé tient par nature l'entendement fufpendu en tranfe & en trouble. Mais au refte de dire qu'il y ait des efprits ou des anges,& encore qu'il y en euft, qu'ils ayent forme d'hommes, oa voix, ou puiffance aucune qui paruiene iufques à nous, il n'eft pas vray- femblable.Quant à moy ie voudroye qu'il y en euft, à fin que nous eufsions confiance, non feulement en fi grand nombre d'armes, de cheuaux, de nauires& de vaiffeaux, mais aufsi au fecours des dieux, attendu que nous fommes autheurs& defenfeurs de tres- beaux, treffaints& tref- vertueux actes. Partels dif cours Cafsius remit& appaifa vn petit Brutus. Au defloger de Parmee y eut deux aigles qui fondans de grande ioideur s'alleret ranger aux premieres enfeignes,& fuyuirent touhours les foldats, qui les nourrirent iufques au pres de la ville de Philippes, là où vn iour feulement deuant la bataille elles s'en volerent toutes deux. Or auoit ia Brutus reduit en fon obeyffance la meil leure partie des peuples& nations de tout ce pays- là: mais s'il y eftoit encore demeuré à ranger quelque ville ou quelque Seigneur, alors ils acheuerent de les fubiuguer tous,& tireret outre iufqu'à la cofte de Thaffos: là où Norbanus ayant planté fon cap en certains pas qu'on appelle les Deftroits pres d'vn lieu qu'on nomme Symbolon, Cafsius& Brutus l'enuironnerent tellement qu'il fut contraint de fe retirer de là,& abandonner le lieu qui e- ftoit fort auantageux pour luy,& s'en fallut bien peu qu'il ne luy priffent toute fon armee: car Cæfar ne l'auoit peu fuyure à caufe Strabon liure de fa maladie, pour raifon de laquelle il eftoit demeuré derriere, & l'euffent fait, n'euft efté le fecours d'Antonius, qui fit vne fi ex treme diligence que Brutus ne la pouuoit croire. Cæfar n'arriua que dix iours apres:& fe camperent Antonius à l'encontre de Caf fius,& Brutus à l'oppofite de Cæfar. Les Romains appellent la pleine qui eftoit entre leurs deux ofts, les Chaps Philippiens,& C'eft le no port de d'vn mer, voyez 7. * Fatoit- 0 hains l' Brutus far, m foit b leurs larg a fest quat avent far le nature comb qu'ils leurs de leu camp gent p deman pourete amps alque chmes d bien pla lela bat ceremon erges de moir fur te aupa tyne in ce que les io at les ch beilles, des cre Horre de fourcom it tocale dors d'a qu'on eftor mes apprehensive yocet qrk menduen tra prits ou de hommes, ca n'eft pa euft, fin nombre au fedefenrels dif de alleret fol ppes erent meil sily Seitre cap on ent res ex iua Caf tla MARCVS BRVTV S. 859 * Environ demy. n'auoit- on iamais veu deux fi belles ne fi puiffantes armees de Ro mains l'vne deui l'autre preftes à cobattre. Il eft vray q celle de Brutus eftoit en nobre d'homes beaucoup moindre à celle deCe far, mais en beauté de harnois en föptuofité d'equipage il faifoit beaucoup meilleur voir celle de Brutus: car la plus part de leurs armes n'eftoyent qu'or& argét, q Brutus leur auoit donné largemet, cobien qu'en toutes autres chofes il enfeignaft tref- bie à fes Capitaines à viure reglémet fans fuperfluité quelcoque mais quat à la fomptuofité des armes, qu'il faut que les gens de guerre ayent toufiours en leurs mains, ou qu'ils les portent ordinairemée fur leur dos, il eftimoit qu'elle augmentoit le cœur à ceux qui de nature font conuoiteux d'honneur,& quelle rend plus afpres au combat ceux qui aiment à gaigner& craignent à perdre, à caufe qu'ils combatest pour fauuer leurs armes, comme leurs biens& leurs heritages. Quand ce vint à faire là reueue& la purification de leurs armees, Cæfar fit la fienne au dedas des trenchees de fon camp,& donna vn peu de bled feulemet,&* cinq drachmes d'argent pour tefteà chafque foldat pour facrifier aux dieux, en leur dix fept fols demandant la victoire: mais Brutus condǎnant cefté chicheté ou poureté, premieremet fit la reueue de so exercite,& le purifia aux champs ainfi come eft la couftume des Romains:& puis donna à chafque bande force moutons pour facrifier,&* cinquante dra-* Cing efcus chmes d'argêt à chafque foldat.de maniere que leurs gés eftoyet bien plus contens d'eux,& mieux deliberez de bien faire au iour de la bataille, que ceux de leurs ennemis. Toutefois en faifant les ceremonies de cefte purification, on dit qu'il aduint à Caffius vne chofe de finiftre prefage: car I'vn de fes fergens qui portoyent les verges deuant luy, luy apporta le chapelet de fleurs qu'il deuoit auoir fur la tefte en facrifiat, renuerfé à l'enuers,& dit- on qu'encore auparauant en quelque ieux& quelque pompe, où on portoit vne image de la victoire de Caffius qui eftoit d'or, elle tomba par ce que celuy qui la portoit trebufcha.Dauantage on voyoit , tous les iours dedans le camp grand nombre doifeaux qui mangent les charoignes des corps morts,& fi trouuua on des ruchees d'abeilles, qui s'eftoyét amaffees en vn certain lieu dedãs le pour pris des crenchees du cap, lequel lieu les deuins furent d'aduis de forclorre de l'enceinte du camp pour ofter la fuperftitieufe crain te& foupçon qu'il en auoyent, laquelle commençoit mefme à retirer& demouuoir vn petit Caffius des opinions d'Epicurus,& auoit totalement efpouuanté fes foldats: tellement qu'il n'eftoit pas lors d'aduis qu'o deçidaft cefte guerre par vne feule bataille, ains qu'on dilayaft pluftoft,& qu'on tiraft en longueur, attendu qu'ils eftoyent les plus forts d'argent,& les plus foibles en nobre d'hommes& d'armes: mais au contraire, Brutus toufiours aupazauant,& lors mefmement ne demandoit autre chofe, que de 860 MARCVS BRV TVS. mettre tout au hafard d'vne bataille le pluftoft qu'il feroit poffible, afin que viftement ou il recouuraft& rendift la liberté à fon pays, ou qu'il deliuraft de ces maux tout le monde, qui eftoit trauaillé à fuyure, nourrir& entretenir tant de groffes& puiffantes armees. Et encore voyant qu'és courfes& efcarmouches qui fe faifoyent tous les iours, fes gens eftoyent toufiours les plus forts, & auoyent toufiours du meilleur, cela luy efle uoit le cœur dauan tage.Et outre cela pource que defia il y auoit eu quelques vns de leurs gens qui s'eftoyent allez rendre aux ennemis,& en foupconnoit on encore d'autres d'en vouloir faire autat, cela fir que plufieurs des amis mefmes de Cafsius, qui parauant effoyent de fon opinion, quand fe vint au confeil à debattre fi on donneroit la bataille ou non, furent de l'aduis de Brutus:& neantmoins y eut l'vn de fes amis, qui s'appelloit Atellius, qui y contredit,& fuft d'aduis qu'on attendift l'hyuer paffé. Brutus luy demanda quel profit il efperoit d'attendre encore vn an:& Atellius luy refpondit, Si autre profit il n'y a, au moins auray ie d'autant plus longuement vefcu.Cafsius fut fort marry de cefte refponfe,& en fut Atellius tref- mal voulu,& pis eftimé de tous les autres: tellement qu'il fut fur l'heure conclu& arrefté, que le lendemain on donneroit la bataille. Si tint Brutus tout le long du foupper contenance d'homme qui auoit bien bonne efperance,& fit de beaux difcours de la Philofophie: puis apres foupper s'en alla repofer. Mais quant à Cafsius, Meffala dit qu'il fouppa à part en fon logis auec bien peu de fes plus familiers,& que tout le long du foupper il eut la façon morne, trifte& penfiue combien que ce ne fuft point fo naturel,& qu'apres foupper il le prit par la main, & la luy ferrant eftroittement, comme on fait par maniere de careffe, ainfi qu'il auoit accouftumé, il luy dit en langage Grec, Ie te protefte& appelle à tefmoin, Meffala, que, comme le grand Pompeius, ie fuis contre mó vouloir& aduis contraint d'aduenturer au hafard d'vne bataille la liberté de noftre pays:& neant moins fi deuons- nous aucir ben courage, ayans regard à la for tune, à laquelle nous ferions tort fi nous nous desfions d'elle, encore que nous fuyuions mauuais confeil. Meffala efcrit que Caffius luy ayant dit ces dernieres paroles, lay dit, A dieu,& que luy l'auoit conuié de foupper le iour enfuyuant en fon logis, pource que c'eftoit le iour de fa natiuité. Le lendemain donc aufsi toft comme il fut iour, nt hauffé au camp de Brutus& de Cafsius le figne de la bataille, qui eftoit vne cotte d'armes rouge:& parlerent les deux Chefs enfemble au milieu de leurs deux armées, là où Cafsius le premier fe prit à dire, Plaife aux dieux, Brutus, que nous puissions ce jourd'huy gaigner la bataille,& viure deformais tout le refte de noftre vie l'vn auec l'autre en bonne profperité mais eftant ainfi, que les plus grandes& principales chofes Nous n qu'as Brut te e de te ny eux, pas c ains 20 m s'il n nous tre mile aux yne au dire ce crons, tes ils f donna la cond conuen age, q Calsius del'vne elle po efto E210S| 5 Vne gez, P uns fo gens ment t poyent her de venc ent d TYS rodert utit, ela fr qu ant chode fi on dime contredie, ly demand ellius laye autant p ponfe& en res: telle main on er con beaux pofer. bolo ng du ue ce main, C- , le and ennt D це -0 00 fes MARCVS BRVTV S. 861 fes qui foyent entre les hommes, font les plus incertaines,& que fi l'iffue de la iournee d'huy eft autre que nous ne defirons& q nous n'efperons, il ne fera pas aifé que nous- nous puissios reuoir, qu'as- tu en ce cas deliberé de faire? ou de fuyr, ou de mourir? Brutus luy refpondit, Eftant encore ieune& non affez experimeté és affaires de ce monde, ie fis ie ne fay comment, vn difcours de Philofophie, par lequel ie reprenoye& blaímoye fort Caton de s'eftre desfait foy- mefme, comme n'eftant point vn acte licite ny religieux, quant aux dieux, ny quant aux hommes vertueux, de ne point ceder à l'ordonnance diuine,& ne prendre pas conftamment en gré tout ce qu'il luy plaift nous enuoyer, ains faire le reftif& s'en retirer: mais maintenant me trouuant au milieu du peril, ie fuis de toute autre refolution: tellement que s'il ne plaift à dieu q l'iffue de cefte bataille foit heureufe pour nous, ie ne veux plus tenter d'autre efperace, ny tafcher à remettre fus derechef autre equipage de guerre, ains me deliureraydes miferes de ce monde, me contentant de la fortune: car ie donnay aux Ides de Mars ma vie à mon pays, pour laquelle l'en viuray Celieu eft vne autre libre& glorieufe. Cafsius fe prit à rire, luy ayant ouy conrompu au dire ce propos,& en l'ambraffant, Allons, doc, dit- il, trouuer nos texte Gree ennemis pour les combattre en cefte intention: car ou nous vaincrons, ou nous ne craindrons plus les vainqueurs. Ces paroles dites ils fe mirent à deuifer en prefence de leurs amis touchant l'or donnance de la bataille, là où Brutus pria Cafsius de luy laiffer la conduite de la pointe droitte, laquelle on eftimoit eftre plus conuenable& mieux feante à Cafsius, tat pource qu'il eftoit plus aagé, que pource qu'il eftoit plus experimenté:& neantmoins Cafsius le luy ottroya,& voulut que Meffala qui auoit la charge de l'vne des plus belliqueufes legions qu'ils euffent, fuft auffi en celle pointe.Si mit incontinet Brutus aux champs fa cheualerie, qui eftoit fort bien en point,& les gens de pied ne furent pas moins prompts à donner dedans. Or faifoyent les gens d'Antonius vne trenchee depuis le marets, au long duquel ils eftoyent logez, pour couper à Cafsius le chemin de la mer,& Cæfar, au moins fon armee ne bougeoit: car quant à luy il n'eftoit pas en fon camp, pource qu'il fe trouuoit malade,& ne s'attédoyent pas fes gens que les ennemis leur deuffent döner la bataille, ains feulement faire quelques faillies pour empefcher ceux qui befongnoyent à la trenchee,& à coups de trait les troubler& empef cher de faire leur ouurage,& ne fe donnans point garde de ceux qui venoyet droit à eux pour leur doner la bataille, s'efmerueil. loyent du grand bruit qu'ils oyoyent, venant de l'endroit auquel fe faifoit la trenchee. Cependant Brutus enuoya aux Chefs des bandes& particuliers Capitaines de petits buletins, efquels e- ftoit efcrit le mot de la bataille,& luy- mefme paffant à cheual 862 MARCVS BRVTV S. rent de la en tefte eu& eut ri pas n'atte foit v parce fur leu eux. N tu, p point au long de toutes les trouppes, alloit prefchant& priant les foldats de bien faire leur deuoir, tellement qu'il y en eut bien peu qui entendiffent quel mor de bataille auoit efté donné, ains la plus part, fans attendre qu'on le leur dift, coururent de grande impetuofité charger les ennemis, de forte que pour ce defordre il y eut grande inegalité entre les legions, qui furent fort diftraites& efloignees les vnes des autres.Celle de Meffala la premiere,& les plus prochaines apres, pafferent outre la pointe feneftre des ennemis, fans faire autre chofe que gliffer feulement au long & en renuerfer quelques vns en paffant,& tirans outre, allerent döner droit dedas le cap de Cæfar, hors duquel, comme luy- mefme efcrit en fes Commentaires, il auoit vn peu deuãt efté tranfporté par le confeil& aduertiffement de l'vn de fes amis nom. mé Marcus Artorius, qui la nuit en dormant auoit eu vne vifion, laquelle commandoit qu'il fut tranfporté hors de fon camp: tellement qu'on penfa qu'il y euft efté tué, à caufe que fa litiere, où il n'y auoit rien dedans, fut percee& fauffee à coups de traits & de iauelines en plufieurs endroits. Il y eut grad meurtre dedas ce cap:& entre autres y furent mis en pieces deux milles Lacedæmoniens, qui peu deuant eftoyent arriuez au fecours de Cafar, les autres qui n'auoyent point gliffé au long, ains auoyent chargé de front à droit fil la bataille de Cæfar, les mirent facilement en route, à caufe qu'ils eftoyent ia troublez pour la perte de leur camp,& y furet desfaites à coups de mains trois legions: puis de la grande ardeur qu'ils chaffoyent& pourfuyuoyent les fuyans, ils fe retterent pefle mefle parmy eux dedans leur camp ayans Brutus quant& eux. Mais ce que les vainqueurs n'auoyet point aduifé, l'occafion le monftra aux vaincus, c'eftoit la pointe gauche de la bataille des ennemis toute nue,& defemparee de ceux de la pointe droite, qui s'eftoy et efcartez trop loin à pourfuyure ceux qu'ils auoyent rompus. Si s'alierent afprement ruer deffus:& neantmoins quelque effort qu'ils fiffent, ne peurent encore forcer ny ropre le milieu de la bataille, où ils trouuerent gens qui les fouftindret& leur firent tefte vaillamment: mais bie rompirent- ils& mirent en fuyte la pointe gauche en laquelle e- ftoit Cafsi, pour le defordre qui s'y trouua,& aufsi pource qu'ils n'eftoyent point aduertis cóment leur pointe droitte s'eftoit defia portee.Si les chafferent battans iufques dedans leur cap, qu'ils pilleret, fans que ny l'vn ny l'autre des Capitaines en chef y fuffent prefent: pource qu'Antonius à ce qu'on dit, euitant la fureur de la premiere charge, c'eftoit ietté dedans le prochain marets, & ne fauoit- on qu'eftoit deuenu Cæfar depuis qu'il s'eftoit fait träfporter hors de fon camp, de maniere qu'il y eut quelques foldats qui monftrerent leurs efpees fanglantes, defquelles ils difayent l'auoir occis,& notammet en defcriuoyent la face,& fpecifioyent loit, me ils terre d'auto oyent gentez mas que bredes h camp and no oir, fit aire do es gens trapp under en cefte gens mot de as end ntinen senne duerfa e desba nevo 1'effo enfeig comb it fes 2215 000 de fon cam efa lirier pside tra es Lace de Ca Jorent facile natta perte ons: les mp Inte orer 0- nt 5 MARCVS BRVTV S. 863 eifioyent l'aage qu'il pouuoit auoir. Qui plus eft le front& le milieu de la bataille de Brutus auoit defia mis en route, auec grande effufion de fang, tout tant qu'ils auoyent rencontré d'ennemis en tefte deuant eux, de forte que Brutus auoit entierement vain- eu& gaigné tout de fon cofté,& Cafsius tout perdu du fie,& n'y eut rien qui ruinaft tant leurs affaires que cela, que Brutus n'alla pas fecourir Cafsius, penfant qu'il fuft perdu come luy:& Cafsi n'attendit pas Brutus, penfant qu'il euft vaincu come luy:& qu'il foit vray que la victoire fuft de leur cofté, Meffala le monftre, par ce qu'ils gaignerent trois aigles& plufieurs autres enfeignes fur leurs ennemis,& leurs ennemis n'en gaignerent pas vne fur eux. Mais Brutus en s'en retournat de la chaffe apres auoir battu, pillé& faccagé ceux de Cæfar, s'efmerueilla qu'il ne voyoit point la tente de Cafsius dreffee& haut efleuee comme elle fouloit, ny les autres tentes& pauillons en fon camp ordonez comme ils auoyent accouftumé, pource que tout auoit efté ietté par terre& defchiré à la premiere entree des ennemis: mais ceux d'autour de luy qui auoyent meilleure veuë, luy diret qu'ils voyoyent grand nombre d'armes reluyfantes,& force boucliers argentez qui alloyent& venoyent par dedans le camp de Cafsius, mais que ce n'eftoyent point à leur aduis ny les harnois, ny le nobre des hommes qui auoyét efté laiffez& ordunez pour la garde du camp,& neantmoins qu'ils ne voyoyent point au delà vn fi grand nombre de morts ay vne telle defconfiture, qu'il y deuroit auoir, fi tant de legions y auoyent efté desfaites. Cela commença à faire douter Brutus de ce qui eftoit aduenu. Si ordonna quelques gens pour garder le camp de fon ennemi, qu'il auoit pris, & fit rappeller fes gens qui chaffoyent encore& les r'allia pour les cuider mener au fecours de Cafsius, duquel l'affaire eftoit allé en cefte forte: premierement il fut fort marry de voir comme les gens de Brutus couroyent fus aux ennemis, fans attendre ny le mot de la bataille, ny le commandement de charger,& moins encore luy pleuft ce qu'apres auoir vaincu: ils fe mirent incontinent au pillage, fans fe foucier d'aller enuelopper le refte des ennemis par derriere: mais aufsi par trop attendre& trop differer, plus que par la prouoyance ou vaillance des Capitai nes aduerfaires, il fe trouua luy- mefme enueloppé par la pointe droitte de l'armee des ennemis: tellement que fes gens de cheual fe desbanderenr incontinent, fuyans à val de routte vers la marine: voyant fes gens de pied braler aufsi& reculer en arriere, il s'efforça de les retenir& ofta à vn Port'enfeigne qui fuyoit, l'enfeigne qu'il portoit, laquelle il planta en terre deuant fes pieds, combien qu'à grande peine peuft- il ia plus tenir enfemble feulemet fes gardes. Ainfi fut- il à la fin cótraint luy- mefme de fe retirer auec vne petite trouppe de fes ges fur vne motte, de là où ent 864 MARCVS BRVTV S. Ероши en reco Hoir C & le fian efte Sans qu'au foye fent c on pouuoit clairement voir& defcouurir ce qui fe faifoit en la plaine: mais quant à luy, il n'y vid rien, car il auoit mauuaife veue finon qu'il vid, encore fut- ce à gräde peine, comme les ennemis pilloyent fon camp deuant fes yeux. Il vid aufsi venir vne groffe trouppe de gens de cheual que Brutus enuoyoit à fon fecours,& penfa que ce fuffent ennemis qui le pourfuyuiffent:& neantmoins enuoya l'vn de ceux qui eftoyet autour de luy, nommé Titinnius, pour fauoir au vray que c'eftoit. Ces gens de cheual l'apperceurent de tout loin:& fitoft qu'ils concurent que c'eftoit l'vn des meilleurs& plus feaux amis de Cafsius, fe priret à ietter vn grand cry de ioye,& ceux qui eftoy ent fes plus familiers, mirent pied à terre pour le faluer& l'ambraffer; les autres l'environnerent tout à l'entour à cheual auec gens de victoire& grand bruit de leurs armes, dont ils faifoyent retentir la campagne pour l'excefsiue ioye qu'ils auoyent: mais ce fuft ce qui fit plus de mal que tout le refte: car Cafsius penfa que Titinnius à la verité fuft pris des ennemis,& dit adonc ces paroles. Pour auoir trop aimé à viure, i'ay attendu iufques à voir pour l'amour de moy, prendre deuat mes yeux l'vn de mes meilleurs amis.Et cela dit, il fe retira à part en vne téte où il n'y auoit perfonne,& y tira quant& luy I'vn de fes affrachis nommé Pindarus, qu'il auoit toufiours tenu aupres de luy pour vne telle necefsité, depuis le mal- heureux voyage contre les Parthes, auquel Craffus mourut: toutesfois il fe fauua bien de celle defconfiture, mais lors entortillant fon manteau à l'entour de fa tefte,& luy tendät le col tout nud, il luy bailla à trencher fa tefte( car on la trouua feparee d'auecle corps) mais iamais depuis homme ne vid ce Pindarus, dont aucuns ont pris occafio& matiere de dire, qu'il auoit occis fon maiftre fans fon commandement. Incontinent apres on aduifa& reconeut clairement ces gens de cheual,& Titinnius couronné d'vn chapeau de triomphe, qui s'en venoit deuant en diligence pour trouuer Cafsius: mais quand il entendit par les cris, pleurs& lamentations de fes amis qui fe tourmentoyent, l'inco uenient& l'erreur qui eftoit aduenu par l'ignorance de fon Ca pitaine, il defgaina so efpee, en fe difant mille iniures à foy- mef me de ce qu'il auoit tant demeuré,& s'en tua luy- mefme fur le champ. Brutus cependant approchoit toufiours,& ayant defia bien entendu que Cafsius auoit efté rompu: mais de fa mort il n'en feuft rien qu'il ne fuft bie pres de fon camp: là où, apres l'auoir bien lamenté& ploré, en l'appellat le dernier des Romains, comme eftant impossible que plus il peuft à Rome naiftre vn perfonnage d'aufsi grand cœur comme il auoit efté, il fit enfeuelir le corps,& l'enuoya en la ville de Thaffos, de peur que fi on faifoit fes funerailles dedans le camp, elles ne fuffent caufe de quelque defordre: puis affembla fes gens de guerre,& les reconforta: les en blab Ily feru dese deux nuve ta alla fin mai lafleur le lende taille m & trou ifonn Caffius avoit qu Contre de int bien la ba grand les fol eftoy ls efto e qu s en fi Entre familie que to mog S Cergens de ce Calina le pire s de vidaoine ntir la cam Titinnius Pour a l'amour d mis.Et cel me,& y tiilauoit puis le mourut: Sentor coltout paree darus, occis n adCOUdilicris, ncoCa mef rle efia til T'ains, vn eue fion fe de conforta: MARCV BR VTV S 86% forta:& voyant qu'ils auoyent perdu tout leur bagage, dont ils ne fe pouuroyent paffer, il leur promit à chacun deux mille drachmes en recompenfe.Les gens de guerre furent tous confolez apres l'a uoir ouy haranguer, s'efmerueillans grandement de fa liberalité, & le conuoyerent auec grands cris, quand il fe retira, en le magni fiant comme celuy feul des quatre Capitaines qui n'auoit point efté vaincu de la bataille.Auffi à laverité l'effet monftra que non fans caufe il auoit eu efperance de demeurer vainqueur: pource qu'auec peu de legions il auoit batu& chaffé tous ceux qui s'eftoyent trouuez en tefte deuant luy:& encore fi tous les fiens euffent combatu,& que la plus part d'iceux n'euft point outrepaffé les ennemis, pour courir au pillage de leurs biens, il eft vray- fem blable qu'il les euft tous desfait,& qu'il n'en fuft demeuré pas vn. Il y mourut de fa part enuiron huit mille hommes, en contant les feruiteurs des foldats, que Brutus appelloit Brigas,& de la part des ennemis. Meffala efcrit qu'il en mourut à fon aduis, plus de deux fois autant: à l'occafion dequoy ils eftoyent auffi plus ennuyez& plus defcouragez que luy, iufques à ce que le foir bien tard il y eut l'vn des feruiteurs de Caffius nomé Demetri', qui s'é alla deuers Antonius,& luy porta les veftemens dont le corps de fon maiftre auoit n'aguere efte defpouillé,& fon efpee auffi.Cela affeura les ennemis de Brutus,& leur dona vn tel courage, que le lendemain dés le matin ils fe prefenterent aux champs en bataille: mais du cofté de Brutus, les deux caps eftoyét en branfle& & trouble, non fans grand dager, par ce que le fien eftant plein de prifonniers auoit befoin de grande& foigneufe garde:& celuy de Caffius portoit impatiément la mutation de fon Capitaine,& fiy auoit quelque fourde enuie de ceux qui auoyent efté batus, à l'encontre de ceux qui auoyét vaincu: à l'occafion dequoy Brutus les tint bien tous prefts en armes, mais il fe garda neantmoins de donner la bataille.Et quant aux prifonniers ferfs, defquels il y auoit vn grand nombre, qui non fans foupçon alloyent& venoyět parmi les foldats armez, il commanda qu'on les tuaft:& quant à ceux qui eftoyent de libre códition, il les renuoya tous deliurez, difant qu'ils eftoyent mieux prifonniers auec fes ennemis qu'auec luy: pource qu'auec eux ils eftoyét ferfs& efclaues,& auec luy libres & citoyes:& voyant que fes amis& fes Capitaines en auoyêt aucuns en fi grande haine qu'ils ne leur vouloyent aucunement par donner, luy- mefme les cacha& les enuoya fecrettement à fauueté.Entre fes prifonniers eftoyent Volumnius vn plaifant,& Saculio ioueur de farces, defquels rutus Bne faifoit côte aucun: mais fesfamiliers les amenerent deuant luy, les accufant& leur mettat fus, que tous prifonniers qu'ils eftoyent, ils ne s'abftenoyent pas de fe moquer d'eux,& de les brocarder iniurieufemēt. Brutus ne refpondit rien à cela, ayant l'efprit tendu à autres chofes,& Mefiii j 866 MARCVS BRVTV S. bien d feruir her leu ue fala Coruinius dit que ce feroit bié fait de les faire tres- bié foueta ter deffus vn efchaffaut,& puis les renuoyer tous nuds bien fouet tez aux Capitaines de leurs ennemis, pour leur monftrer leur ver gogne en ce qu'il falloit qu'ils euffent de tels ruftres que ceur- la eftans en camp, pour les faire rire,& leur faire paffer leur temps à la table.Quelques vns des affittas fe prirent à rire de ce propos: mais Publius Cafca, celuy qui donna le premier coup à Cæfar, quand il fut tué, dit adoc, nous ne faifons pas le deuoir que nous deurions aux funerailles de Caffinis, de nous amufer à plaifanter & à rire en ce poina:& quant à toy, Brutus, tu monftreras quelle fouuenance tu auras d'vn tel Capitaine ton pair& compagnon, en faifant mourir, ou en fauuant fes galans ici, qui fe moqueront cy apres de luy,& diffameront fa memoire. A quoy Brutus refpondit en grande cholere.Pourquoy donc m'en venez- vous parler vous autres, Cafca,& que vous n'en faites de vous- mefmes ce que bon vous femble? Ces paroles ouyes, ils prirent cefte refpöfe pour vn confentement à l'encontre de ces poures mal- heureux, & vne permiffion d'en faire ce qu'ils voudroyent: files emmenerent hors de là,& les firent mourir. Cela fait, Brutus donna aux foldats ce qu'il leur auoit promis, apres les auoir premierement vn petit tanfez& repris de ce que fans attendre qu'on leur dounaft le mot de la bataille, ils eftoyent ainfi allez à la desbandee choquer les ennemis en la premiere bataille,& leur fit promefie, que fi en la feconde ils faifoyent deuoir de bien combatre, il leur donneroit à piller& faccager deux villes, aflauoir Theffalonice & Lacedæmone.Eu toute la vie de Brutus il ne fe trouue que cefte feule faute, à laquelle il n'y a point de refponfe, combien que Cæfar& Antonius ayat depuis payé à leurs gens beaucoup pire loyer de la victoire, ayas de fchaffé prefque de toute l'Italie les na turels habitans& vrais proprietaires, pour döner à leurs foldats des terres& des villes, efquelles ils n'auoyent rien mais ceux- là ne fe propoferent iamais autre but en cefte guerre ni autre fin, finon vaincre pour dominer: là où on auoit fi grande opinion de la vertu de Brutus, que la voix commune& opinion du monde ne luy permettoit ni de vaincre, ni de fe fauuer, s'il n'eftoit iufte& honnefte mefmemét depuis que Caffius fut mort, lequel on chargeoit& mefcroyoit de pouffer aucune fois Brutus, à faire des chofes violentes.Mais ainfi come fur la mer, apres que le timon& le gouuernal de la nauire eft brifé par la tourmente, les mariniers tafchent à y reclouer.& attacher encore quelque autre piece de bois au lieu, en combatant le moins mal qu'il leur eft poffible contre la neceffité: auffi Brutus ayat à gouuerner vne fi groffe puiffance, fes affaires eftas en grand branile& n'ayant plus de Capitaine qui fuft en dignité& en authorité pareil à luy, eftoit contraint de foy feruir neceflairement de ceux qu'il auoit,& cofequen D ce q bien aul grad Jons nen uel car. deg rent prefle Cordag derech nes nou taille accider ua qu eut feu ndu qu on arme unde m fe par Ble feis later efpera feble eurs S Da voul paruer e aduer ennem de la comb da poin devi muler & comp qui fe mo venez- vous p Tous- meimers celte relpo mal- heureun lesemment denna aus kur dou destandee primele, nice que Dire les na fldats fn, fide nde fe& harcho& lo mari piepolfi grof is de eftoit & coquen MARCVS BRVTVS. 867 fequement de faire beaucoup de chofes felon leur aduis,& eftoit bien de luy- mefme d'opinion de leur ottroyer tout ce qu'il péfoit feruir à faire qu'ils fe monftraffent gens de bie au befoin: car les gés de Caffius eftoyent fort mal- ailez à manier,& fe monftroyer fiers& braues au camp, pource qu'ils n'auoyent point de Chef qui leur commandaft fouuerainement, mais lafches& couards enuers les ennemis, pource qu'ils auoyent efté ia par eux desfaits. D'autre cofté les affaires de Cæfar& d'Antoni', ne fe portoyét de rien mieux: car premieremet ils auoyét faute de viures:& pource qu'ils eftoyent logez en lieu bas, ils s'attendoyent d'auoir vn bien fort afpre& mauuais hyuer, à caufe qu'ils ettoyent campez. au long d'vn marets,& que depuis la bataille il eftoit furuenu de grades pluyes en la faifon d'Autone, dont toutes les tétés& pauillons eftoyent pleins de fange& d'eau, laquelle fe geloit incontinent pour le froid,& encore fur fes entrefaites leur vindrent nouuelles de la grande perte de gens qu'ils auoyent faite fur la mer: car les galeres de Brutus recontrerent au pallage vn gros renfort de gens de guerre qu'on leur amenoit encore d'Italie,& les desfirent, tellement qu'ils s'en fauua bien peu, lefquels furent encore fi preffez de famine, qu'ils furent contraints de manger iufques aux cordages& aux voiles de leurs vaiffeaux: fi defiroyent fort venir derechef à la bataille premier que Brutus fuft aduerty de ces bones nouuelles pour luy: car il aduint par cas de furtune que la bataille de mer fe donna au mefme iour que celle de terre: mais par accident, plus toft que par la malice ou pareffe desCapitaines, il ar riua que Brutus n'en feut rien que vint iours apres.Ce que s'il eut feu deuant, il ne fut point derechef defcendu à la bataille, attendu qu'il auoit bonne prouifion de toutes chofes neceflaires à fon armee pour vn long teps,& eftoit logé en vn lieu fort opportun, de maniere que fon camp ne pouuoit pas eftre grädement of fenfé par l'hyuer, ny auffi forcé par fes ennemis,& qu'il eftoit pai fible feigneur victorieux fur la mer, ayat de fa part encore vaincu fur la terre.Cela luy deuoit bié hauffer le cœur,& luy doner bone efperance: mais eftas les affaires de l'Empire Romain, à ce qu'il me feble, reduits à tel eftat, qu'ils ne pouuoyet plus eftre regis par plufieursSeigneurs, ains auoyét befoin d'vn fouuerain Monarque, Dieu voulat ofter celuy qui feul pouuoit empefcher celuy qui de uoit paruenir à celle Monarchie, engarda que celle victoire ne vint à la conoiffance de Brutus, quoy qu'il fuft bien pres d'en eftre aduerti neantmoins: car le jour de deuant que fut la derniere bataille fur le foir bien tard il fe vint rendre en fon camp vn des ennemis nomé Clodius qui declara que Cæfar ayat eu la nouuelle de la desfaite de fon armee de mer, ne cerchoit autre chofe qu'à combattre premier que Brutus ec fut aduerty: mais on n'ad eufta point de foy à fon dire,& furtellement mefprifé qu'on no 868 MARCVS BRVTVS. daigna pas feulement le mener deuant Brutus, par ce qu'on efti ma que c'eftoit vne menterie qu'il auoit controuuee pour e- ftre le bien venu en apportant bonnes nouuelles.Celle nui& on dit que le mefme fantofime qui s'eftoit vne fois apparu à Brutus, fe prefenta derechef à luy en la mefme forme& figure,& puis fe difparut fans luy mot dire: Mais Publius Volumnius homme fauane& Philofophe, qui fuft des le commancement de cefte guerre toufiours auec Brutus, ne fait point de mentio de ce fantome: bien dit- il que la premiere& principale aigle fut toute couuerte d'abeilles,& qu'il y cut I'vn des Capitaines à qui foudainement I'vn des bras fua& rendit de Phuyle rofat,& que plufieurs fois on tafcha à l'effuyer,& fecher, mais que cela n'y feruit de rien:& que deuant le choc de la bataille, il y eut deux aigles qui combattirét entre les deux armees, durant lequel combat, il fe fit vn fi grand filence, qu'il n'eft pas croyable, en toute la pleine, eftans les deux exercites l'vn deuant l'autre ententif à les voir combatre,& qu'à la fin celle de deuers Brutus ceda,& s'enfuyt. C'eft bien vne chofe toute notoire& certaine, que quand la porte du camp fut ouuerte, le premier homme que rencontra le Porte- enfeigne qui portoit l'aigle, fut vn Aethiopien que les foldats mirent en pieces à coup d'efpees pour le prefage.Et depuis que Brutus eut mis aux champs fon armee en bataille,& l'eut prefentee droit en front à fon ennemi, il demeura long temps à donner le figne de la bataille: pource qu'en allant çà& là vifiter les compagnies, il luy tom-, ba en l'efprit quelques foupçons à l'encontre d'aucunes d'icelJes,& luy en vint- on faire quelques defcouuertures& quelques aduertiffemes:& fi voyoit fes gens de cheual aller lafchement en befongne,& ne vouloir pas franchemencer comencer la charge, ains attendre toufiours ce que feroyent les gens de pied: puis tout foudain I'vn des meilleurs cheualiers qu'il euft en tout fon oft,& qui iufques là auoit efté fort reuommé pour fa proueffe, eftât appellé Camulatius, s'e vint paffer à cheual tout au log de Brutus,& S'alla deuant luy rendre aux ennemis.Brutus en fut fort defplaifant,& partie par courroux, partie par crainte de plus grande rebellion& trahyfon, fit foudain marcher fes gens qu'il eftoit defia plus de trois heures apres midi: fi eut du meilleur à l'endroit où il combatoit de fa perfonne,& enfonça la pointe gauche des ennemis, qui recula deuant luy à l'aide de fa cheualerie, qui chargea auec les gens de pied, quand elle vid les ennemis en branfle: mais ceux de la pointe gauche, quand les Capitaines les voulurēt faire marcher, eurent peur d'eftre enuirónez par derriere, à caufe qu'ils eftoyent en moindre nombre que les ennemis,& à cefte caufe en s'eflargiffant s'efcarteret vn peu du milieu de leur batail le. Au moyen dequoy s'eftans eux mefmes affoiblis, ils ne peurent fouftenir l'effort des ennemis, ains fe tournerent les premiers miers fi tof mell dat re Jes reft def tant bie rec & pere Dott tous le Courag tus: ent lius, qu fans co tous e fter tou dit qu'i pria de far,& eux de reufe fo deuant quel en toyent. very ac ela fort putatio ment pren comment us, e te Marc fur Luton Celle garc de cele ge de che Coutinement La Gehi de ride combati ans les barre,& qu' vine chole fut ouuer qui por pieces a mis aux front à batail e tout redef oit des MARCVS BRVTV S. 869 miers en fuyte:& ceux qui les auoyent mis en route vindrent auf fi toft enuelopper Brutus par derriere, lequel au plus fort de la meflee fit tout ce que fauroit faire vn bon Capitaine& vaillat fol dat, tant de l'entendement que de la main, pour obtenir la victoire: mais ce qui luy auoit donné la bataille gaignee à la premiere iournee, la luy donna perdue à la feconde: car à la premiere fois les ennemis qui furent rompus, furent auffi toft mis en pieces,& à cefte feconde, des gens de Caffius qui furent tournez en fuyte, il n'y en eut guere de tuez,& ceux qui fe fauuerent de vifteffe, eftans efpouuantez pour auoir ia efté vaincus, defcouragerent le refte de l'armee en fe venant ioindre à eux,& emplirent tout de defordre& d'effroy.Si mourut là le fils de Marcus Caton, combatant vertueufement entre les plus vaillans ieunes homes: car com bien qu'il fuft extremement las& trauaillé, il ne voulut iamais reculer ni fuyr: ains en combatant obftinément à coups de main, & declarant tout haut qui il eftoit par fon nom& celuy de fon pere, fut à la fin abatu deffus plufieurs corps des ennemis qu'il a- uoit tuez autour de luy: auffi y demeurerent morts fur le champ tous les plus gens de bien qui fuffent en l'armee, qui s'expoferent courageufement à tout danger pour fauuer la perfonne de Brutus: entre lefquels y auoit vn de fes plus familiers nommé Lucilius, qui voyant vne trouppe d'hommes d'harmes Barbares, ne fai fans cote de tous les autres, qu'ils rencotroyent en leur voye, tiras tous en foule droit à l'encontre de Brutus, fe delibera de les arrefter tout court au peril de fa vie,& eftant demeuré derriere leur dit qu'il eftoit Brutus,& à celle fin qu'ils le creuffent pluftoft, lea pria de le mener à Antonius, pource, difoit il, qu'il craignoit Cæfar,& qu'il fe fioit plus à Antonius. Ces barbares eftans fort ioyeux de cefte rencontre,& cuidans bien auoir trouué vne tres- heureufe fortune ,, le menerent qu'il eftoit defia nuit,& enuoyerent deuant quelques vns d'entr'eux, pour en aduertir Antonius: lequel en fut auffi tres- aife,& vint au deuant de ceux qui le menoyent. Les autres qui entendirent, qu'on ramenoit Brutus prifon hier, y accoururent auffi de toutes parts, les vis ayans compaffion de fa fortune, les autres difans qu'il auoit fait chofe indigne de fa reputation, de s'eftre pour peur de mourir laiffé ainfi lafchement prendre vif aux Barbares. Quand ils approcherent les vn@ des autres, Antonius s'arrefta vn peu, penfant en luy- mefme comment il fe deuoit porter enuers Brutus:& cependant Lucilius luy fut prefenté, qui fe prit à dire d'vn vifage fort affeuré: Antonius, ie te puis bien affeurer, que nul ennemi n'a pris ni ne predra vif Marcus Brutus,& ia dieu ne plaife q la fortune ait tät de pouuoir fur la vertu: mais quelque part qu'on le trouue, foit vif, foie mort, on le trouuera toufiours en eftat digne de luy: au refte quant 2 Roye viés icy deuant toy, ayant abufé ces homes d'armes icy, 20 afte atail peupremiers 870 MARCVS BRVTV S. en leur faifant à croire que l'eftoye Brutus,& ne refufe point de fouffrir pour cefte tromperie, tous tels tourmens que tu voudras.Ces paroles de Lucilius ouyes, tous les affiftans en demeure rent fort eftonnez,& Antonius regardant ceux qui l'auoyent a- mené leur dit le penfe que vous eftes bien marrys d'auoir failly à voftre entente, copagnós,& qu'il vous eft aduis que ceftuy- cy vous à fait vn grand tort, mais ie veux bien que vous fachiez, que vous auez fait vne meilleure prife, q celle que vous pourfuyuiez: car au lieu d'vn ennemi, vous m'auez amené vn ami:& quant à moy, fi vous m'euffiez amené Brutus vif, ie ne fay certes que ie luy eufle fait, là où iaime trop mieux que tels hommes que ceftuy cy foyent mes amis que mes ennemis.En difant cela il l'embraffa Lucilius,& pour lors le configna& bailla en garde à l'vn de fes amis, en le luy recomandat& Lucilius le feruit toufiours depuis loyaument& fidelement iufques à la mort.Mais Brutus ayant paf fé vne petite riuiere bordeé deçà& delà de hauts rochers& ombragee de force arbres, eftant de fia nuit toute noire ne tira guere outre, ains s'arrefta en vn endroit bas au deffous d'vne haute ro che auec aucuns de fes Capitaines& amis.qui l'auoyent fuyui,& regardant vers le ciel tout plein d'eftoilles, prononça en foufpirat deux vers, dot Volomnius en a noté l'vn qui eft de telle fubftace. Appian l'en Iupiter, que celuy dont naiffance end d'Anto mins. Ont tant de maux, n'efchape ta vengeance. Fremais és ma Bancee ainf Paur tira & le ils au ¿ Pe cefte dit, q tus main leur Et dit qu'il auoit oublié l'autre.Vn peu apres nommant fes amis qu'il auoit veu mourir en la bataille deuant fes yeux, il foufpira plus fort qu'il n'auoit encore point fait, mefmement quand il vint à nommer Labeo& Flauius, dont Pvn eftoit fon lieutenant,& l'autre maiftre des ouuriers de fon camp.Sur ces entrefaites, il y eut quelqu'vn de la compagnie, qui ayans foif,& voyant que Brutus l'auoit auffi, s'en courut auec vn cabaffet vers la riuiere. Au mefme inftant on entendit du bruit deuers l'autre cofté: Volumnius c'eftoit, y alla auec Dardanus l'efcuyer de Brutus pour voir que & incontinent apres eftans retournez demãderent s'il y auoit plus à boire.Brutus en riant doucement leur refpondit, Tout eft beu, mais on vous en apportera d'autre:& y renuoya celuy- mefme qui y auoit efté la premiere fois, lequel fut en danger d'eftre pris par les ennemis,& fe fauua à bien gräde peine eftant encore blecé. Au refte Brutus eftimoit qu'il ne fuft pas mort grand nombre de fes gens en la bataille,& pour le fauoir au vray, il y eut vn nommé Statylius qui promit paffer à trauers les ennemis, car autrement n'eftoit il pas poffible, de s'en aller vifiter leur cap,& que là s'il trouuoit que tout s'y portaft bien, il allumeroit vn flambeau & le haufferoit en Pair, puis s'en retourneroit a luy. Le flambeau fut leué: car Statylius alla iufques là:& long temps apres, Brutus voyant qu'il ne reuenoit point, dit, Si Statylius eft en vie, il reuien dra сен de m fort he me ment que se DIS VIC acquer fans i per vn dit, il le цет, ри defquel ce parl & pren de fon e fut p & pr tque tut per prit to le rec presce dit, Cala Car le re auffi lov ur de tem Lanser yrda potupak y censpeic mes que eava de le furs depis us ayant pa chers& om me tira gue ne haute ro fuyui,& fufpirat vint Tauyeut rutus mef mus toit, plus cu, me MARCVS BRVTVS. 872 dra: mais il aduint de male fortune, qu'en s'en retournant il comba és mains des ennemis, qui l'occirent. La nuit eftant ia bien aduancee, Brutus s'enclinant deuers Clitus I'vn de fes domeftiques, ainfi qu'il eftoit affis luy dit quelques mots tout bas en l'aureille: l'autre ne luy refpondit rien, ains fe prità pleurer. Parquoy il attira fon efcuyer Dardanus.auquel il dit auffi quelques paroles:& à la fin il s'addreffa à Volumnius mefme, parlat en langage Grec, & le priant en memoire de l'eftude des lettres& des exercices que ils auoyent pris enfemble, qu'il luy voulut aider à mettre la main à l'efpee& à pouffer le coup pour fe tuer. Volumnius reietta fort cefte pierre.& auffi firent bien les autres, defquels il y euft vn qui dit, qu'il ne falloit pas demeurer là, ains s'en fuyr:& adonc Brutus fe leuant, Il s'en faut fuyr voirement, dit- il, mais c'eft auec les mains,& non pas auec les pieds:& leur touchat à tous en la main leur dit ces paroles d'vn fort bon& ioyeux vifage, le fens en mon cœur vn grand contentement, de ce qu'il s'eft trouué que pas vn de mes amis ne m'a failly au befoin,& ne me plains point de la fortune, finon entant qu'il touche à mon pays: car quant à moy ie me repute plus heureux que ceux qui ont vaincu, non feule+ ment pour le regard du paffé, mais auffi pour le prefent, attendu que ie laiffe vne gloire fempiternelle de vertu, laquelle nos ennemis victorieux ne fauroyent iamais, ny par armes, ny par argent acquerir, ne laiffer à la pofterité qu'on ne die toufiours, qu'eux e- ftans iniuftes& mefchans, ont desfaits des gens de bien pour vfur per vne dominatio tyrannique qui ne leur appartient point. Cela dit, il les admonefta,& pria chacun d'eux qu'ils fe vouluffent fauuer, puis fe retira vn peu à l'efcart auec deux ou trois feulement, defquels eftoit Straton, qui eftoit premierement venu à fa conoifsá ce par l'eftude de la Rhetorique, il approcha le plus pres de luy, & prenant fon efpee à deux mains par le manche, fe laiffa tomber de fon haut fur la pointe& fe tua ainfi. Les autres difent que ce ne fut pas luy qui tint l'efpee, mais que ce fut Straton à fon inftan ce& priere qui la luy tendit en tournant le vifage d'autre cofté, & que Brutus fe ietta de grande roideur deffus: tellement que s'eftaut percé d'outre en outre par le milieu de l'eftomac, il rendit Pefprit tout incontinent.Meffala qui ayant efté grand ami de Bru tus, fe reconcilia depuis auec Cæfar, luy prefenta quelque temps apres, ce Straton vn iour qu'il eftoit de loifir,& en plorant luy dit, Cæfar, voici celuy qui fit le dernier feruice à mon Brutus. Ca far le receut dés lors,& depuis en tous fes affaires s'en eft trouué auffi loyaument feruy que de nul autre des Grecs qu'il euft à l'en tour de luy iufques à la bataille d'Actium.Et dit- on que ce Meffala mefme refpödit vn iour à Cæfar, qui en fa prefece le louoit fort hautement d'auoir cobatu tref vaillament& de trefgrade affectio pour luy en la iournee d'Acium, combien qu'il luy euft efté pars ris lebre Vn 24que eat Deau utus curen 872 DIO N auant tres- apre ennemi en celle de Philippes pour l'amour de Bru tus.l'ay toufiours voulu eftre de la meilleure& plus iufte partie. Au demeurant Antonius ayant lors trouué le corps de Brutus, le fit envelopper de l'vne de fes plus riches cottes d'armes.Et depuis eftant aduerti que la cotte anoit efté defrobbee, fit mourir le larro qui l'auoit prife,& enuoya les cendres& reliques du corps à Seruilia mere de Brutus. Quant à Porcia fa femme, Nicolaus le Philofophe,& Valerius Maximus, recitent qu'ayans pris en foy refolution de mourir, fes parens l'en voulurent engarder,& eurent foi gneufement l'oeil à la garder,& qu'à cefte caufe elle tira du foyer des charbons tous ardens,& les ietta dedãs fa bouche, qu'elle tint fi eftroitrement fermee qu'elle s'en eftouffa. Toutefois on trouue vne lettre miffiue de Brutus à fes amis, par laquelle il fe plaint de leur nonchalance, d'auoir tenu fi peu de conte de fa femms, qu'elle auoit mieux aimé mourir, que de languir plus longuement malade. Ainfi fembleroit- il que ce Philofophe n'auroit pas bien conu le temps, car l'epiftre, au moins fi elle eft veritablemét de Brutus, donne affez à entendre la maladie& l'amour de cefte Dame,& auffi la maniere de fa mort. 1195 LA COMPARAISON DE DION con llamps AVEC BRVT v s. Ensure a urs cito las ioye farda& & fin la do de D Empl quide fon c R pour venir maintenant comparer ces deux perfonna ges, il eft certain qu'ayans tous deux eu de grandes par ties, mefmemét celle- ci pour la premiere, de bie peu. de chofe ils fe font tous deux faits trefgrands, c'eft vne louange propre& finguliere à Dion, qu'il n'a point eu de concur rent, ny d'aide à ce faire, comme Brutus eut Caffius: lequel fans point de doute n'auoit pas la reputation de vertu, ny la gloire pateille à luy: mais aux affaires de la guerre il ne cótribua pas moins de fens, de hardieffe, ny d'entendemet,& de tout exploit, que luy veu mefmement que plufieurs luy attribuent le premier commen cement& l'origine de toute l'entreprife,& difent que ce fut luy qui donna cœur à Brutus de confpirer la mort de Cæfar. Là où comme Dion fournit du fien les armes, les nauires& les foldats: auffi gaigna- il de luy- mefme ceux qui luy furent aides& compagnons à executer ce qu'il auoit entrepris. Et fi ne fit pas de mcfme Brutus, lequel des affaires mefmes prit fa grandeur,& acquit par la guerre fa puiffance& fa richeffe: ains au contraire quança fes propres biens à faire la guerre pour recouurer& rendre la liberté à fes citoyens, y employant l'argent mefme duquel il fe denoit entretenir en fon exil. Dauantage Brutus& Caffius par contrainte eurent recours aux armes, pourautant qu'ils n'euflent peu feurement demeurer en paix quand ils furent hors de Rome, à caufe qu'ils eftoyent condamnez& pourfuyuis à mort:& à cefte caufe pour la feureté de leurs perfonnes, furent contraints de à ceux nom fe car il au cor decin pour befoi regre iamais Syracu re de fon ufiour bien& propre autres e Loit, la lafecon Peut per de cce tant c eus, at enco il efte e qui Que es autres Cang at com anten Waya ens risen by red fe planle ement ma bien con de Brutus Dame,& ON MARCVS BRVTV S. 873 fe mettre au hafard de la guerre, plus par eux mefmes, que pour leurs citoyens là où Dion viuant en fon exil plus feurement& plus ioyeufement que le tyran mefme qui l'auoit banny, fe hafarda& expofa à vn tel peril pour deliurer la Sicile de feruitude: & fi n'eftoit point chofe pareille aux Romains, d'eftre deliurez de la domination de Cæfar, qu'aux Syracufains d'efire defchargez de Dionyfius: car Dionifius ne nioit point qu'il ne fuft tyra, ayant emply la Sicile de maux infinis. Mais la domination de Cæfar quad elle vint à s'eftablir, il eft vray qu'elle fit beaucoup de maux à fon commencement à ceux qui y voulurent refifter, mais depuis à ceux qui eftas vaincus la receurēt, il femble que ce n'eftoit qu'vn nom feulement,& vne apparéce& opinio, pluftoft q chofe vraye: car il n'en fourdift iamais vn feul acte tyrannique ny cruel, ains au contraire fembloit que ce fuft comme vn doux& clement medecin, que Dieu de grace fpeciale euft donné à l'empire Romain pour mettre quelque ordre aux affaires d'iceluy, lefquels auoyent befoin d'eftre reduits en monarchie:& pourtat le peuple Romain regretta fort Cæfar incontinent qu'il eut efté tué,& ne pardonna aamais depuis à ceux qui l'auoyent occis: là où ce dequoy plus les Syracufains accuferent Dion, fut qu'il laiffa efchapper Dionyfius du chafteau de Syracufe,& qu'il ne voulut pas demolir la fepultu re de fon pere.Au refte, quant aux exploits de la guerre, Dion s'eft toufiours monftré Capitaine irreprehenfible, ayant toufiours tref bien& fagement conduit les chofes qu'il auoit luy- mefme de fon propre confeil entreprifes,& emenda les fautes que faifoyent les autres en remettant les affaires en meilleur eftat qu'il ne les trouuoit, là où il femble que Brutus ne fit point fagement de receuoir la feconde bataille, attendu qu'il y alloit de tout:& après qu'il l'eut perdue, ne feut trouuer aucun remede ny refource, ains fail lit de cœur,& quitta toute efperance, n'ayant ofé à tout le moins autant combattre contre la mauuaife fortune, comme fit Pompeius, attendu mefmement qu'il luy eftoit demeuré fur le lieu mef me encore beaucoup de matiere d'auoir efperance aux armes,& qu'il eftoit outre cela indubitablement feigneur de toute la mer. Et ce qui eft le plus grand reproche qu'on obiette à Brutus, aflauoir que Cefar luy ayant fauué la vie,& donné grace pour autant de prifonniers pris en la bataille, comme il en auoit demiandé le reputant fon ami,& l'honorant beaucoup plus que nul de fes autres familiers, Brutus neantmoins auoit fouillé les mains de fon fang, cela ne fauroit- on reprocher à Dion: car à l'oppofite tant comme il fut ami& allié de Dionifius, il luy dreffa,& aida à maintenir toufiours fes affaires:& depuis eftant bany de fon pays luy ayant efté fait vn outrage notable en fa femme,& luy ayant fes biens efté oftez, il entra adonc ouuertement en guerre iufte& legitime contre luy Mais certe sau cótraire c'eft le premier poing fonna espar SUN g 874 DION: qui fe retourne tout au rebours: car ce en quoy confifte feur prin cipale louange, afauoir la hayne contre les tirans& contre les mefchas, eft toute pure& toute fimple en Brutus, pource q n'ayat chofe aucune en priué, pour laquelle il fe peuft plaindre de Cafar, il s'expofa au hafard de le tuer, feulement pour le recouurement de la liberté de fon pays: là où fi Dion n'euft receu en fon priué quelque outrage de Dionyfius, iamais il ne luy euft fait la guerre.Ce qui appert affez par les epiftres de Platon, où on peut voir que Dion ayat efté chaffé outre fon gré de la cour tyranique, & non pas s'en eftant retiré ny eftrangé volontairement, dechaffa Dionyfius.Dauatage le regard du bie public fit que Brutus deuint ami de Pompeius: duquel auparauant il eftoit ennemi,& ennemi de Cefar, duquel il eftoit ami, comme s'il n'euft eu autres bornes pour limiter fon amitié ou inimitié, que le droit& la iuftice feulement,& Dion fit plufieurs chofes en faueur& au profit de Dionyfius, pendant qu'il fe fia de luy,& quand il comença à s'en deffier, alors par defpit il luy commença la guerre, tellement que fes amis mefmes ne creurent pas tous, qu'apres auoir chaffé Dionyfius il ne fe deuft luy mefme faifir de la feigneurie, en abufant le peuple de quelque plus doux& plus gracieux titre que de tyran: mais quat à Brutus, les ennemis mefmes confeffoyet, que de tous ceux qui auoyent confpiré à l'encotre de Cæfar, il eftoit celuy feul qui n'auoit iamais propofé autre but à fon entreprife, finon remet tre le gouuernement de la chofe publique Romaine en fon premier eftat. Et outre cela, encore n'eftoit ce pas chofe pareille d'auoir affaire à Dionyfius, comme d'auoir à faire à Cæfar: car il n'y à perfonne qui ayant premier coneu Dionyfius ne l'euft mefprifé: attendu qu'il employoit la plufpart du temps à yurongner, iouer aux dez& paillarder: mais auoir ofé mettre en fon entendement de ruiner Cæfar,& n'auoit point reftiué pour crainte de fon grand fens, fa puiffance& fa fortune, veu que fon no feulemét tenoit en frayeur,& ne laifoit point repofer les Roys des Parthes& des In des, il falloit bien que cela vint d'vne excellente nature,& q pour crainte n'euft iamais rie diminué de fon courage. Et pourtat auffi toft qu'on vit Dion en la Sicile, plufieurs milliers d'homes s'en allerent ioindre à luy contre Dionyfius: mais la gloire de Cafar fou ftint& remit fus fes amis encore apres qu'il fut mort,& fon nom eut tant d'efficace, que d'vn ieune enfant qui n'auoit aucun moyen ny aucun pouuoir de foy, il en fit incontinent le premier home des Romains,& en vfa- on come d'vn remede ou d'vn contrepoifon cotre la haine, mal- vueillace& puiflice d'Antonius.Et fi on veut dire que Dion chaffa le tyran Dionyfius auec grands combats& grads exploits d'armes.& au contraire, que Brutus tua Cæfar eftät tout nud& n'ayant aucune garde, ie refpons que cela fut vn ade choifir homme fubite ains plu faut bien ou qu à des auoit chas Plato fonn que enne hum Milan ge fai quelqu eltoit fa & pala plufieu fort fo celoit v nez, com quel en adonc fe frongne canetni Laat, cel prit de emenecha e Brunstein autres bones a infice l profit de a s'en de ment que fe fe Diony bulant le de tyran de tous yfeul met -In'y plés Quer ment and en In Our ou BRVTV S. 875 de tref- grand fens& de tres fage Capitaine, d'auoir feu fi bien choifir le temps& le lieu propre pour furprendre vn fi puiffant homme nud,& fans aucune garde: car il ne l'alla point affaillir fubitement en chode chole, ny tout feul, ou à peu de compagnie: ains fut fon entreprife propenfee de longue main,& arreftee auec plufieurs, defquels il n'y eut onques vn feul qui luy faillift: ainfi faut- il croire que dés le commencement il les choifit tous ges de bien, ou que par les auoir choifis, il les rendit tels. La où Dion, foit ou que dés le commencement il ait failli à bien choifir, s'eftant fié à des mefchans, ou que pour n'auoir feu bien vfer de ceux qu'il auoit choifis, il les ait redus de gens de bien, mal- heureux& mefchas, ne I'vn ne l'autre ne peut efire le fait d'vn homme fage: car Platon mefme le reprend de ce qu'il auoit choifi de telles perfonnes pour fes amis, que ce furent ceux qui l'occirent,& apres que Dion eut efté tué, nul ne vengea fa mort:& au contraire, des ennemis de Brutus, l'vn( qui fut Antonius) fit honnorablemet inhumer fon corps& Cæfar luy garda fes honneurs: car il y auoit à Milan cité de la Gaule, qui eft du cofté de l'Italie, vne fienne image faite de cuyure à fa femblance, laquelle Cæfar, paflant par 11 quelque temps apres, regarda fort attentiuement, pource qu'elle eftoit faite d'vn excellét ouurier,& qu'elle retiroit fort au naturel, & paffa outre: puis s'arrefta tout court,& appella en prefence de plufieurs les officiers de la ville, aufquels il dit que leur ville e- ftoit fon ennemie,& criminelle de læfe maiefié, parce qu'elle réceloit vn fien ennemy. Les officiers de prime face furét bien eftőnez, comme on peut penfer,& le nierent fort& ferme:& ne fachas quel ennemi il vouloit dire, fe regarderet les vns les autres: Cæfar adonc fe retournant deuers la ftatue de Brutus auec vn vifage refrongné, leur dit: Et ceftuy- cy que voicy debout, n'eft- il pas noftre enneini? Les officiers adonc furent encore plus effrayez que dèuant, tellement qu'ils ne feurent que refpondre: mais lors Cæfar fe prit à rire,& louant les Gauloys de ce qu'ils eftoyent fermes& loyaux à leurs amis, encore en leurs adpemoberfitez, voulut que la ftatue demeuob noite shins raft en fon plant, ainfi comme elle eftoit, old Com ח- ES 0 t & 876 ARAT V S. diligem afin qu oyant to exemp fuiure: ca હાથી Icup pue neur, fonne a Fortie d villes D defaccor menees de ces m rans, iuf Pour le tables p ville:& eftat ce tendant & amis f fimourir ce trou by ceux q ans troud a dedas ee à Per quelle E Philofophe Chryfippus, amy Polycrates, cral gnant, comme il me femble le mauuais fon d'vn ancien prouerbe, le couche non du tout és propres termes, qu'il doit eftre& qu'il eft en vfage, mais ainfi qu'il eftimoit qu'il feroit mieux, en difant, Qui va louant fon pere genereux, Si ce ne font des enfans bien- heureux? Mais Dionyfodorus le Træzenien, en le prenant, le r'accouftre ainfi qu'il doit eftre à la verité: artoon Qui va louant fon pere genereux, Si ce ne font des enfans mal- heureux? Difant que ce prouerbe cloft la bouche à ceux qui d'eux- mefmes ne valent rien,& fe vont tapiffans fous les vertus de leurs anceftres, ne faifans autre chofe que les haut louer continuellement. Mais ceux qui ont, ainfi que dit Pindarus, Par nature la vertu claire De leurs parens hereditaire, Comme toy, qui vas conformant ta vie aux exemples domeftiques de tes vertueux anceftres, à ceux- la eft- ce vne grande felicité de rememorer fouuent les faits glorieux de leurs parens, en oyant reciter, ou en recitant eux- mefmes fouuent quelque chofe notable d'eux: car ce n'eft point à faute de qualitez recommandables en eux- mefmes, qu'ils fe vont attribuans& attachans la gloire des louanges d'autruy, ains en conioignaut les leurs propres à celles de leurs anceftres, les exaltent, comme ceux qui les ont coduits, non feulement à eftre, mais aufsi à bien eftre. Pourtant ayat compofé la vie d'Aratus ton citoyen& l'vn de tes anceftres, à la memoire duquel tu ne fais point de honte à faute de gloire ny à faute de puiffance, ie te l'enuoye, non que ie penfe que tu n'ayes plus r expre cha au d Argos- A ommença aine à l'e auec ez les ho grand quoy il iques a eurs fois di qu'ile inairemen aduint Paduc tis il y en at en fo lycrates, ch ais fon d' tout és pro ge eux, en efmes ance ment: ues de ant 3- re så 0- my& ayes plas ARAT V S. 877 Plus diligément que nul autre enquis tous fes faits& tous fes dits, mais afin que tes deux enfans Polycrates& Pithocles en lifant& en oyant toufiours reciter quelque chofe, foyet efleuez& nourris en exemples domeftiques de la vertu qu'on leur propofera à enfuiure: car celuy s'aime foy- mefme,& non pas le deuoir ny Phonneur, qni s'eftime fi parfait, qu'il n'ait q faire de fe propofer perfonne à imiter. La cité donc de Sicyone, depuis qu'vne fois elle fut fortie du pur gouuernement de la nobleffe, qui eft le propre des villes Doriques ne plus ne moins que fi fon harmonie euft efté defaccordee& confufe, tomba en diffentions ciuiles& feditieufes menees des harengueurs du peuple:& ne ceffa d'eftre travaillee de ces maux& troubles là, changeant toufiours de nouueaux ty rans, iufques à ce que Cleon ayat efté occis, les citoyens efleurent pour leurs gouuerneurs Timoclidas& Clinias, les deux plus notables perfonnages& de plus grande authorité qui fuffent en la ville:& comme la chofe publique començaft à prendre quelque eftat certain, Timoclidas mourut,& Abantidas fils de Pafeas, pretendant à fe faire feigneur de la ville, tua Clinias,& de fes parens & amis fit mourir les vns& chaffa les autres,& tafcha de faire auffi mourir fon fils Aratus, qui n'auoit encore lors q fept ans: mais en ce trouble& tumulte, il s'enfuit de la maifon de fon pere parmy ceux qui fuyoyent:& en errant parmy la ville tout effrayé, fans trouuer perfonne qui le fecouruft, par cas de fortune il fe ietta dedas la maifon d'vne femme qui eftoit foeur d'Abantidas, mariee à Periphantus frere de Clinias,& s'appelloit la femme Sofo: laquelle eftant de nature magnanime,& eftimant que l'enfant par expreffe preuoyance diuine s'en eftoit ainfi fuy chez elle, le cacha au dedans:& puis la nuit Penuoya fecrettement en la ville d'Argos.Ayant dóc Aratus efté ainfi fauué& refpité de ce peril, commença à conceuoir en fon cœur celle vehemente& ardente haine à l'encontre des tyras, qui depuis alla toufiours en luy croiffant auec l'aage. Si fut honneftement nourry en la ville d'Argos, chez les hoftes& amis de fon pere:& voyant que fon corps deuenoit grand& robufte, il s'addonna aux exercices de la perfonne, en quoy il fe rendit fi excellent, qu'il combattit és ieux de pris publiques à toutes les cinq fortes d'exercices, dont il gaigna par plufieurs fois le pris: aufsi apperçoit- on en la face de fes images& ftatues ne fay quoy de champion de lucte,& parmy la prudence * σκαφίον & façon royale qu'on voit emprainte en fon vifage: conoit on autres le preaufsi qu'il eftoit* grand mangeur& grád beuueur, comme font net en ce lieu ordinairement ceux qui font profefsion de tels exercices du corps pour me dont aduint qu'il ne s'exercita pas tant à bien parler, come il euft marre, come efté à l'aduéture requis à vn gouuerneur de chofe publique: tou- voulans dire tesfois il y en a qui iugent par fes commentaires qu'il eftoit plus qu'il fintois elegant en fon parler,& plus eloquent qu'il ne femble à aucuns, fon marreur. 878 ARA TV S. in du t leftant par où il s teque le la attac dehors aduen alec recono d'attéte à caufe qu'il les efcriuit à la hafte, en faifant autre chofe, auec les premieres paroles qui luy venoyent en l'entendement: mais depuis, Dinias& Ariftoteles le Dialecticien occirent Abantidas, lequel auoit pris vne coutume de fe trouuer ordinairement fur la place à ouyr leurs deuis& de difputer auec eux: ce qui leur dóna moyen d'executer leur aguet, Apres la mort d'Abantidas, fon pere Pafeas occupa la tyranie,& Nicocles depuis le tua aufsi en trahifon,& fe fit tyran en fon lieu. On dit que cefluy Nicocles reffembloit nayfuement de vifage à Periander fils de Cypfelus, comme Orontes Perfien,& Alcmaon fils d'Amphiaraus,& vn autre ieune homme Lacedæmonien à Hector de Troye, lequel Myrfilius efcrit auoir efté foulé aux pieds par la grande preffe du mode qui y ac- b courut pour le voir quand on le feut. Ce Nicocles tint la tyrannie quatre mois durans, efquels il fit beaucoup de maux à la ville, & s'en fallut bien peu qu'il ne la perdift par emblee des Aetolies. Or commençoit lors Aracus d'entrer en fon adolefcence, eftant beaucoup eftimé pour la maifon dont il eftoit iffu,& pour le cou rage qu'on apperceuoit en luy, qui n'eftoit ny lafche ny petit, ains accopagné d'vne grauité& d'vn fens rafsis plus que fon aage ne portoit: à raifon dequoy les bannis de Sicyone fe rengerent plus aupres de luy que de nul autre:& Nicocles ne mettoit point à nochaloir de faire diligemment enquerir ce qu'il attentoit, ains obferuoit& faifoit efpier fecrettement quelle intention il auoit, non qu'il fe doutaft d'vne fi hardie entreprife, ny d'aucun fi aduentureux exploit, ains foupçonnant feulement qu'il follicitaft les Roys, quieftoyent hoftes& amis de fon feu pere: car aufsi à la verité Aratus eflaya premierement de tenir ce chemin- là: mais quad il vit qu'Antigonus tiroit fes promefles en longueur,& laiffoit toufiours couler le temps,& que l'efperance du fecours de Ptolomæus& de l'Aegypte eftoit trop lointaine, il refolut à la fin d'entreprendre de desfaire par luy- mefme le tyran. Si communiqua l le nomme premierement fa deliberation à Ariftomachus& à* Ecdelus, dot ailleurs, Ec- P'vn eftoit aufsi banny de Sicyone,& l'autre Arcadien banny de demus. la ville de Megalipolis, Philofophe& homme à la main tout enfemble, ayat efté familier& difciple d'Arcefilaus Academique en la ville d'Athenes. Ces deux ayans bien volontiers prefté l'oreille à fa femonce, il en parla encore aux autres bannys, defquels il y en eut quelques vns, mais peu, qui eurent honte de n'eftre participans d'vne telle efperance,& fe meflerent de l'entreprife: mais la plus part, non feulement n'y voulut point entrer, ains effayerent d'en diuertir Aratus, difans qu'à faute d'experience& de ne conoiftre pas bien le dager, il entreprenoit vne chofe où il n'y auoit point d'apparence. Et come il fuft en propos d'occuper vne place fur le territoire de Sicyone, de laquelle ils peuffent faire la guerre aux tyrans, il vint deters eux en Argos vn homme efchappé des prifons farder quifer defcou d'vn ty de la H pas ny aifé d tits chi pres a m Laila pa hofe nou lors on ne e faifoi chelles tout pub te occafic mefme, a mis qu'il chacun di quels il fo Pentre anes des le terr le haras tres nuer ta chiens as cach tes cha de( I Myriamicon cence, efta pour le cou petit, alin aage ne rent plus ins ob Ной доп les quád Aloit lo enQua Hot de S . C es ARAT V S. 879 prifons du tyran de Sicyone, frere de Xenocles I'vn des bannis: lequel eftant mené par Xenocles mefme à Aratus, dit qu'à l'endroit par où il s'eftoit fauué, la terre au dedans eftoit prefque aufsi haute que les creneaux de la muraille, laquelle eftoit en ce quartierlà attachee côtre des lieux haut releuez& pierreux,& que par le dehors la hauteur n'y eftoit point fi grande, qu'on n'y peut bien aduenir auec des efchelles. Aratus ayant entendu cela enuoya auec Xenocles deux de fes feruiteurs Seuthas& Technon, pour reconoiftre la muraille, eftant deliberé s'il y auoit apparence, d'attéter pluftoft d'executer fecrettement fon entreprife,& de hafarder promptement tout à vn coup, que de comencer vne guerre qui feroit de longue duree, en y procedant par force euidente à la defcouuerture, luy qui eftoit priué, à l'encontre de la puiffance d'vn tyran. Xenocles eftant retourné apres auoir pris la mcfure de la hauteur de la muraille, rapporta que c'eft endroit- la n'eftoit pas ny impofsible ny difficile à monter, mais qu'il eftoit bien malaifé d'en approcher fans eftre defcouuers, à caufe de quelques petits chiens qu'auoit vn iardinier aupres de là, lefquels eftoyent afpres à merueilles,& ne les pouuoit- on faire taire: toutesfois il ne laiffa pas pour cela de l'entreprendre incontinent. Si ne fut point chofe nouuelle de leur voir faire prouifion d'armes, pource que lors on ne voyoit que voleries& brigandages par les cbamps,& ne faifoit- on que courir les vns fur les autres: mais quant aux efchelles Euphranor qui eftoit charpétier& faifeur d'engins, les fit tout publiquement, pource que fon meftier ordinaire oftoit toute occafion de foupçoner pourquoy c'eftoit faire: car il eftoit luymefme, aufsi bien que les autres, banny de Sicyone, Au refte les a- mis qu'il auoit en Argos, de ce peu qu'ils auoyent, luy prefterent chacun dix homes,& luy arma trente de fes feruiteurs, outre lefquels il foudoya& loua encore quelque petit nombre de foldats, par l'entremise d'vn Xenophilus, qui luy fournirent les Capitaitaines des brigans, aufquels on donna a entendre qu'on les menoit fur le territoire de Sicyone, pour y prendre& emmener les jumes & le haras du Roy,& les enuoya- on deuant, les vns par vn cofié, les autres par vn autre, auec mandement de fe rendre tous enfemble à la tour de Polygnotus, où ils deuoyent attendre: aufsi enuoya- il deuant Caphefias fans armes, auec quatre autres compagnons, qui deuoyent le foir quand la nuit feroit venue, arriuer en la maifon du iardinier comme eftrangers paffans, & fe loger en fa maifon pour le tenir renfermé au dedans auec fes chiens, à caufe qu'il n'y auoit point d'autre chemin pour paffer par ailleurs Quant aux efchelles qui fe mettoyent en pieces, ils les cacherēt dedans des tonnes à porter bieds,& les chargerét fur des chariots qu'ils enuoyerent deuant. Mais fur fes entrefaites on defconurit en Argos des efpies de Nicocles, qui fe premeSU 880 ARAT V S s boug apper Toppolit tefois P tout ou tinent uers pas g julques chien leur ve leiour dinier comm tout b noyent çà& là par la ville efpians fans faire femblant de rien, ce qu'Aratus alloit faifant, parquoy le matin au point du iour, il fortit de fon logis,& s'e alla fur la place promener auec fes amis, comme il auoit de couftume: puis s'en alla au parc des exercices, là où il fe defpouilla, oignit& lucta:& finalement emmena quant & luy en fon logis quelques vns des ieunes gentils- hommess qui auoyent accouftumé de faire bonne chere, boire& paffer le téps auec luy:& aufsitoft apres vit- on fur la place I'vn de fes feruiteurs qui portoyet des chappeaux de fleurs, l'autre qui achetoit des torches& flabeaux, l'autre qui parloit à des balladines& des meneftrieres qui auoyent accouftumé de baller& de iouer des inftrumens és banquets.Ce que voyans les efpions de Nicocles furet a- bufez,& fe rians les vns aux autres, dirent qu'on pouuoit bié voir à cela, qu'il n'y auoit rien au monde plus couard, ne plus craintif qu'vn tyran, veu que Nicocles qui tenoit vne fi groffe ville,& auoit vne fi groffe puiffance, redoutoit vn ieune homme lequel defpendoit tout ce qu'il pouuoit auoir pour l'entretenement de fon exil, en voluptez& en banquet& feftins en plein iour. Voila comment ces efpies furent trompez: mais Aratus incontinent apres le difner fe partit d'Argos,& alla trouuer les foldats, aufquels il auoit donné affignation de fe trouuer à la tour de Polygnotus,& les mena droit à Numee: là où il leur declara à defcou uert fon entreprife, les ayat premierement bien prefchez& leur ayat fait de belles promeffes: puis leur dona pour le mot du Apollo fauorable,& tira droit à Sycione haftant fon pas du commencement à mesure que la Lune baiffoit,& puis le retardant, apres, de maniere que fa clarté leur feruit tout le long du chemin,& qu'il arriuaft à la maifon du iardinier, qui eftoit tout ioignant la muraille, quand la Lune feroit couchee.Si luy vint Caphefias au deuant, lequel n'auoit peu prendre les chiens, pource qu'ils s'en eftoyent fuys: mais bien auoit enfermé le iardinier au dedans de fa maifon. Cela defcouragea la plus part de la copagnie, qui vouloyent à toute force qu'on s'en retournaft: mais A- ratus les reconforta, en leur promettant qu'il les remeneroit s'il voyoit que les chiens leur fiffent trop d'ennuy,& incontinent fit partir& fe mettre deuant ceux qui portoyent les efchelles, que conduifoyent Ecdelus& Mnafitheus,& luy mefme marcha tout bellement apres.Les chiens abbayoyent defia bien fort,& couroyent à l'entour de Ecdelus& de fes copagnons: neantmoins ils approcherent de la muraille feuremēt,& y planterent les efchelles, par lefquelles ainfi que les premiers motoyét, le Capitaine du guet, qui auoit cedé à celuy qui le deuoit faire le matin, paffa d'ad uenture par là deuant, vifitant les gardes auec vne clochette,& y anoit force torches,& grad bruit de gés qui marchoyét apres luy Ce qu'entédás ceux qui oftayet fur les efchelles fe teppiret deffus guet fans ftoit, i tier- la plusan chiesa La quelqu tour, qu deftoit ef foit paff 6ldats d intellig eaucoup Quant ce pur& g iovent f Theure hanter Pour ve A Poc ante te quel anon arc des e adbeni des or mes& mene ouer des ar Nicocletia ne plus cra grafie ville bomme leque iour. Voi incontinent dats, aul de Polydefcou & leur che at ioiCaource r au A- fit que Out -no ila eledu d'ad & y luy effus fans ARATVS. 881 fans bouger au moyen dequoy il fut facile que les paffans ne les apperceuffent point: mais le guet nouueau du matin veneità l'oppofite, qui les mit en extreme dangerd'eftre defcouuerts: tou tefois l'ayans encore efchappé, à caufe que ce fecond guet paffa tout outre fans s'arrefter.Ecdelus& Mnafitheus faillirent incon tinent fur la muraille, puis enuoyerent en diligence Technon de uers Aratus, luy mandans qu'il fe haftaft de venir. Or n'y auoit- il pas grande diftance depuis le iardin où eftoyent les petis chies, iufques à la muraille,& iufques à vne tour, là où on tenoit vn grad chien de chaffe pour y faire le guet: toutefois il ne fentit point leur venue, fuft ou pource que de fa nature il eftoit lafche, ou que le iour de deuant il euft efté trauaillé mais les petis chiens du iar dinier qui iappoyent à bas l'ayans efueillé& conuié à abbayer, il commença à leur refpondre en grongnant vn petit feulement tout bas: mais puis quand ils pafferent au long de la tour où il e- ftoit, il fe prit à iapper à pleine gorge,& fit retentir tout ce quartier- là du bruit de fon abboy, de forte que l'efcoute qui eftoit plus auant, demanda à haute voix au veneur qui gouuernoit les chies, à qui c'eftoit qu'il abbayoit fi afpremet,& s'ily auoit point là quelque chofe de nouueau. Le veneur lay refpondit de dedans la tour, qu'il n'y auoit rien de mal,& que c'eftoit fon chien qui s'eftoitefueillé& mis à abbayer pour les lumieres du guet qui e- ftoit paffé& du fon de la clochette, ce fut ce qui plus affeura les foldats d'Aratus, pource qu'ils eftimerent que le veneur fuft de l'intelligence,& qu'il aidaft à celer leur emblee,& qu'il y en euft beaucoup d'autres dedans la ville adherens à la coniuration. Quant ce vinta monter fur la muraille, il y eut adonc grande lon gueur& grand danger, à caufe que les efchelles branloyent& plioyent fous le faix, s'ils ne montoyent vn à vn tout bellement, & l'heure les preffoit, pource que les cocqs commençoyent defia à chanter,& que les gens de village qui apportoyent quelque cho fe pour vendre au marché, commençoyent à arriuer de tous coftez A l'occafion dequoy Aratus fe hafta de monter, y ayant quarante homme feulement montez auant luy,& en attendant encore quelques vns de ceux qui eftoyent à bas, marcha droit au palays& à la maifon du tyran, là où les foldats qu'il tenoit pour fa garde à fa folde faifoyent le guet,& les furprenat au defprou ueu, les faifit tous au corps fans en occire pas vapuis enuoya par toute la ville és maifons de fes amis les appeller: ils accoururent incontinent de tous coftez.Ia començoir le iour à poindre,& fur tout auffitoft le theatre plein de peuple qui s'eftoit efmeu au bruie de ville, fans fauoir au vray que c'eftoit, iufques à ce qu'vn heraus leur annonça à haute voix, que c'eftoit Aratus fils de Chienas qui appelloit fes citoyens au recouurement de leur liberté:& lors s'affeurans que ce qu'ils attendoyent de pieça eftoit aduenu, s'en kkk j 822 ARATV S. qui Mot de Dcurs ciuile, gaini bliqu lest & d elte s'acc tre: br coururent tous en foule à la maison du tyran, où ils mirent le feu dont il s'en leua vne fi grande flamme quand la maison fut toute embrafee, qu'on la vit iufques à Corinthe, de forte que les Cotinthiens s'efbahyffans q ce pouuoit eftre, furent entre deux d'y aller aufecours.Mais quất a Nicocles il fe fauua& senfuyt horsde le ville par des corremines fecrettes:& les foldats cfteignas le feu auec ceux de la ville, faccageret tout ce qu'ils trouuerét de demeu rat dedas la maison: à quoy Aratus ne mit point d'empefchement, ains mit encore en comú tout le refte des biens qui appartenoyết au tyran.Et fucceda la chofe fi heureufement, qu'il n'y eut perfon ne tué ny blecé de ceux qui eftoyent venus de dehors: ny de leurs ennemis qui eftoyent au dedas, ains conrregarda la fortune tout ceft exploit pur& net de toute effufion de fang ciuil. Si remit A- ratus en leurs biens& maifons quatre vingts bannis qui auoyent efté chaffez par Nicocles,& d'autres qui auoyent aufsi efté iettez Far les tyrans precedens, bien iufques au nobre de cinq cens, auoyer efté longuement errans hors de leurs pays par l'efpace de bien cinquante ans en tout:& s'en eftans retournez la plufpare poures& indigens, voulurent r'entrer en leurs biens qu'ils poffedoyét auparauant:& fe remettãs de fait en leurs terres aux chaps & en leurs maifons à la ville, ietterent Aratus en grande perplexi té, voyant d'vn cofté qu'Antigonus efpioit tous les moyens de s'emparer de Sicyone, depuis qu'elle fut affranchie,& qu'au dedas elle eftoit en trouble& en diffenfion ciuile: parquoy iugeant trefbien,& choififfant le meilleur party felon l'eftat où eftoyent les affaires de ce temps là, il l'affocia à la ligue& communauté des Achæiens. Car ceux de Sicyone eftans de nation Dorique, fe foumirent volontiers à la focieté du gouuernement,& fous le nom des Achæiens, lefquels n'auoyent encore pour lors ny grande authorité ne grande puiffance, pource que c'eftoyent toutes petites villes qui n'auoyent pas grande eftenduë de terre, ny de guere bonnes, eftans fituez au long d'vne cofte de marine, en laquelle il n'y aucit prefque nuls abris ny aucuns ports, ains force pierres& rochers, par entre lefquels la mer batoit la terre ferme:& neantmoins ils firent tres- bien conoiftre que la force des Grecs eft inexpugnable toutes& quantes fois qu'il y a bon ordre,& qu'ils s'accordent bien entre eux fous la conduite d'vn fage Capitaine: attendu que ce n'eft passen maniere de dire, l'vne des moindres parties desforces de la Grece, lors qu'elleeftoiten fa fleur:& pour lots n'ayant pas tous enfemble la puiffance d'vne feule bonne ville, pour s'accorder bie les vns auec les autres à fuyure bon cófe il,& à ne porter point d'enuie à celuy qui eftoit le premier en vertu, ains luy obeyr volontiers, no feulement ils fe maintindret francs& libres au milieu de tat de groffes citez, fi grädes feigneu ries& fi puiffantes tyrannies, ains deliurerent encore& preferuerent de to & de non by h re a que cute qu'il de cell dreicar en teneb lite delie perer au quels eft blent fac Gouberte faut pr perfonnes vent affi fant en me Gen fans ef moiftre tommu de fa liere promptie Capi fuft ou petite w hor qui appear Για αγει μία la fortune il.Si remi as the bes cinq censo mar Pefpace d la plufpan qu'ils poffe aux chaps perplexi rens de adedas rent les des foulenom de aupetites guere elle il es& antAinqu'ils aine dres pour ne ncóer en indret igneu feruerent mœurs ÅR ATV S. 883 rent de feruitude plufieurs autres peuples. Grees. Mais quant aux d'Aratus, il eftoit home qui de fa nature aimoit l'egalité ciuile, laquelle doit eftre entre bourgeoys d'vne mefme ville, ma gnanime, plus foigneux& plus diligent és affaires de la chofe pu blique, que non pasés propres de fa maifon, hayffant mortellemét les tyrans,& mefurat fes amitiez qu inimitiez à fa mefure du bie & de l'vtilité publique. Au moyen dequoy il femble n'auoir pas efté fi entier ne i parfait ami, comme doux& gratieux ennemi, s'accommodant autemps de la chofe publique en I'vn& en l'auere: bref, c'eftoit vne voix coforme& comune de tous les alliez, de toutes les villes confederees, de toutes les compagnies priuees & de toutes les affemblees des theatres, qu'Aratus n'eftoit ami finon des chofes bonnes& honneftes, qu'il n'eftoit pas tant affeuré ny hardy pour donner vne bataille rangee,& pour faire la guerre à defcouuert, comme cauteleux& rufé pour furprendre quelque ville d'emblee:& pourtant combien qu'il ait hardiment executé plufieurs grandes entreprifes dont on n'euft iamais efperé qu'il fuft venu à bout, encore femble- il qu'il en laiffa dauantage de celles qui eftoyent bien pofsibles, à faute de les ofer entreprédre: car il n'y a pas feulement des beftes qui voyent clair de nui en tenebres,& font auengles de iour, par ce que la ficcité& fubtilité delice de l'humeur qui eft en leurs yeux, ne fe peut contemperer auec la lumiere du iour: ains y a auffi bien des homes lefquels eftans au demeurant prudens& fages de nature, fe trou blent facilement és dangers où il faut aller en plein iour à la defcouuerte:& au contraire s'affeurant és entreprifes fecretes, là où il faut proceder à la defrobee: laquelle inegalité d'affeurance en perfonnes autrement bien nees, procede de faute d'auoir le iugement affiné,& le difcours efpuré par raifon de Philofophic, produifant en eux la nature d'elle- mefme, la vertu non regie par cer tame fience, ne plus ne moins qu'vn fruit qui vient de foy- mefme fans eftre cultiué de main d'home. Mais cela fe pourra mieux conoiftre& iuger par les exemples. Aratus donc s'eftant ioint à la communauté des Achæiens foy mefme& fa ville auffi,& feruant de fa perfonne à la guerre entre les hommes d'armes, eftoit fingulierement aimé des Capitaines generaux qui le voyoyent ainfi obey ffant car combien qu'il euft apporté à la communauté vne fi notable contribution, comme eftoit la reputation de luymefme& la puiffance de fa ville, ce neantmoins il fe rendoit auffi prompt à executer tous les commandemens de ceux qui eftoyét efleus Capitaines, comme euft feu faire le moindre foldat, fort qu'il fuft ou de Dyme, ou de Trita, ou de quelque autre encore plus petite vilette:& luy eftant enuoyé par le Roy Ptolomæus vn don d'argent contant, iufques à la fomme de vingt& cinq talens* Quinx m il l'accepta bie, mais il la diftribua tout auffi toft entre fes poures kkk i le efcus. 884 ARAT VS. citoyens, tant pour leur furuenir à leurs autres neceffitez.comme pour rachepter les prifonniers.Ce nonobftat les bannis preffoyết toufiours les vfurpateurs de leur bien pour les en faire fortir,& ne fe vouloyent point contenter autrement: à cefte caufe eftant la chofe publique en danger de tomber en guerre ciuile, Aratus voyant qu'il n'y auoit autre moyen de remedier à tel inconuenient, finon par la liberalité de Ptolomæus, refolut de s'en aller deuers luy le fupplier de luy faire deliurer de l'argent pour appai fer& accorder tous ces differens. Si s'embarqua au port de Methone au deffus du chef de Malee, pour de là predre la route d'Æ gypte mais il eut le vent fi fort contraire& la mer fi haute, que le pilote de la nauire fut contraint de relafcher.Et ainfi eftät ietté hors de fa route eut beaucoup d'affaire à gaigner la ville d'Adria qui luy eftoit ennemie, pource qu'Antigonus la tenoit,& y auoit dedans garnifon de fes gens: mais Aratus le preuint en defcendant habillement à terre hors de la nauire,& fe tirant bien loin arriere de la marine auec vn de fes amis qui auoit nom Timanthes, fe ietterent tous deux dedãs vn bocage où ils pafferent toute la nuit en grand mefaife. Il ne fuft pas pluftoft forty hors de la nauire, que le Capitaine de la garnifon y arriua qui le cerchoit: mais il fut abufé par fes feruiteurs, lefquels il auoit inftruits de ce qu'ils deuoyet dire, qu'il s'en eftoit incótinent fuy,& auoit paffe en l'ifle d'Eubœce. Mais au demeurant le Capitaine retint la nauire, les feruiteurs& tout ce qui fe trouua dedans, comme e- ftant de bonne prife.Quelques iours apres eftant Aratus en grande perplexité, ne fachant ce qu'il deuoit faire, aduint de bo: ne fortune qu'vne nauire Romaine aborda à l'endroit du lieu où il fe tenoit le plus de téps, partie pour fe cacher,& partie auffi pour efpier s'il defcouuriroit rien. Cefte nauire s'en alloit en Syrie, il monta deffus,& fit tant enuers le maiftre, qu'il luy promit de le porter iufques en la Carie, come il fit: mais il ne fut pas en moindre danger de la tourmente fur la mer à cefte feconde fois, qu'il auoit efté en la premiere.Et de la Carie il paffa long temps apres en l'Egypte: où il parla au Roy, lequel eftoit bien affectionné en uers luy, pource qu'Aratus l'entretenoit, en luy enuoyant fouuent des tableaux, de peintures& autres telles fingularitez de la Grece: car ayant bon iugemet, il en amaffoit& achetoit toufiours des meilleures& plus exquifes, mefmement de celles de Päphilius& de Mesanthus, pour les luy enuoyer. Car encore floriffoyent alors les lettres à Sicyone,& y eftoit la peinture en reputation de retenir la vraye perfection, fans y auoir rien de corrompu ny d'alteré: tellementqu'Apelles, combien qu'il fuft defia en grade eftime, s'y en alla,& paya à ces deux ouuriers vn talent pour demeurer quelque temps auec eux, afin d'y acquerir, no tant la perfectio de l'artifice, q la reputation.Et pourtat, fi toft qu'Aratus eut remis la ville leen images ceroit lippy de foll chil de l' toit que larn & c rail La tu v tus Jieu fter au Perc CES P puisq encor furuen il emp Roy lu grande le que ches po & des hyffove de cho nion& Seura erueille author pounoir p toutes les entrepre aux cito inta& les mana erà el in Colva de Renda argent pe appa erfi ba ainfi efic mer la villed fetitant bie inom T s pafferen forty hors qui le cer inftrusts & auoit ne retine pour ie, il de le Onres en ent re& ors teme, ret de is la ville ARAT V S. 88 ville en liberté, il fit incontinet effacer& abatre toutes le autres images des tyrans: mais il fut affez longuement en doute, s'il effa ceroit auffi celle d'Ariftratus, lequel auoit regné du temps de Phi lippus, pource qu'elle eftoit peinte des mains de tous les difciples de ce Melanthus, eftant aupres d'vn chariot de triomphe qui por toit vne victoire,& y auoit Apelles mefme mis la main, ainfi come eferit Polemon le Geographe. C'eftoit vne ceuure finguliere & tref. digne devoir, de maniere qu'Aratus du comencemét Alef chiffoit& fe laiffoit aller à le vouloir conferuer pour l'excellece de l'artifice: toutefois à la fin, pouffé de la haine exceffiue qu'il por toit aux tyrans, encore comanda- il qu'on l'effaçaft. Mais on dit que le peintre Neacles qui eftoit des amis d'Aratus. Je pria les larmes aux yeux de vouloir pardoner à vn fi noble chef d'ceuure: & comme Aratus n'en vouluft rié faire, il luy dit que c'eftoit bie raifon de faire la guerre aux tyrans, mais non pas à leurs images. Laiffons donc le chariot de triophe& la victoire,& ie feray que tu verras Ariftratus fortant volontairement hors du tableau. Ara tus le luy permit,& adóc Neacles effaça la figure d'Ariftratus, au lieu de laquelle il peignit vne palme feulemet,& n'y ofa adioufter autre chofe du fien.On dit qu'au deffous du chariot demeurerent cachez les pieds d'Ariftratus effacé. Aratus doc à raifon de ces peintures eftoit defia bie- voulu du Roy Ptolomæus mais depuis qu'il eut vn peu goufté& effayé fa compagnie, il l'aima bien encore plus cherement que iamais: de forte qu'il luy donna pour furuenir à fa ville la fomme de cent cinquante talens, defquels il emporta les quarante quand& luy au Pelopone fe,& depuis le Roy luy enuoy a le refte à plufieurs fois. Si fut defia chofe de foy grande d'auoir feu finer à fes citoyes vne fomme de deniers telle que les harangueurs, Capitaines& gouuerneurs des villes fraches pour bien petite partie d'icelle, qu'ils prenoyent des Princes & des Roys, s'en laiffoyent corrompre,& leur vendoyent& trahyffoyent leurs pays& leurs villes. Mais encore fut- ce plus grande chofe que par le moyé de ceft argent il remit en bonne paix, vnion& concorde les poures auec les riches,& confequemment affeura le falur de tout le peuple de Sicyone, là où il fe monftra - merueilleuferment referué& moderé en vne fi grande puiffance & authorité comme il eut: çar ayant efté efleu arbitre auec plein pouuoir pour compofer, inger& decider par main fouueraine, toutes les querelles& differens des bannis, il ne le voulut point entreprendre luy feul, ains prit auec luy quinze autres des principaux citoyens, auec lefquels à grande peine& gred labeur il appointa& appaifa à la fin tous fes citoyens,& les mit en bonne paix les vns auec les autres. Araifon dequoy non feulement tous les manans& habitans de Sicyone enfemble luy decernerent honeurs publiques tels comme il luy appartenuit: mais auffi les bankkk iij * Quinze vingt dix milla efcas 886 ARAT V S. nis particulierement luy firent dreffer vne image de cuyure, a deffous de laquelle ils firent engrauer cefte infcription: Les hauts exploits de fens de proueffe. Qu'à faits ceft homme à l'honneur de la Grice Sont approchans des colommes iumilles Don Hercules borna fes cenures belles: Mais nous ftans, Aratus, retournez Parta inftice au lieu où fommes nez, soup Pour bonnorer ton vertueux courage Fait eriger t'en auons cefte image, Tercuerany comme noftre fauueur, Qui moyennant des bons dieux la faueur, A ton pays as rendu liberté Des fainctes loix en toute( galité. Aratus donc ayant fait tous ces actes, vainquit bien l'enute des bourgeoys& habitãs de la ville pour la grandeur des biens qu'i leur auoit faits: mais le Roy Antigonus en eftant marri,& voulat ou le tirer du tout à fon amitié ou le mettre en foupçon& deffiance de Ptolomæus, luy faifoit plufieurs autres grandes courtoi fies, fans qu'Aratus les recerchaft:& mefmement vn iour come i! facrifioit aux dieux à Corinthe, il luy enuoya iufques à Sicyone fa part des hofties qu'il auoit immolees,& au feftin du facrifice, où il y auoit beaucoup de perfonnes notables conuiees, dit tout haut, Te penfoye du commencement que ce ieune Sicyonien ne fuft que franc de fa nature, aimant la liberté de fon pays& de fes citoyens feulement: mais ie conois maintenant qu'il eft homme qui fait bie iuger des mœurs& desaffaires des Princes: car par cy deuant il ne faifoit conte de nous, pource que fon efperace le tiroit hors de ce pays,& qu'il eftimoit beaucoup les richeffes E- gyptienes oyant parler de tant d'Elephans, de fi groffe flotte de vaiffeaux,& de fi grande cour come on fait celle d'Egypte: mais maintenat qu'il a veu de pres& coneu que tout cela n'eft qu'vne apparece vaine, vne pope&& vne fumee, il s'eft du tout retourne deuers nous:& quant a moy, ie le reçoy bien volotiers:& veux que vous l'eftimiez& le teniez tous pour mon ami. Ces paroles ne faillirent pas d'eftre bien recueillies par les enuieux& gés de maligne nature, qui les prenas pour leur fuiet efcriuirêt à l'enuie les vns des autres plufieurs mauuaifes& fafcheufes chofes d'Ara cus au Roy Ptolomæ, de forte q Proloma' luy enuoya vn meflager expres pour s'e plaidre à luy.Voila cómét il y auoit parmyles ardetes amitiez de ces Prices& Roy q faifoyer par ialoufie à l'é uie l'vn de l'autre à qui l'auroit, beaucoup d'énie& de malignité. Au Kademe neral de cride, mais taille lien cha fan la for Conc Ligue inter femb rant ther du R Coi neta Leme Pelop dernie Grecs Car le P'Ioni la pre corint ce: qua pre& ceux q dehors fre ce manie leieun de Cor aplace Prin Gardent amoureur ment co qui la te impoffi Par poil ernem biens qu'il & vou & del courtoi come il Sicrone 20 CH de les me гра ice le - de is ne r- " UX les re mite Ag ARATY S. 887 Au demeurant la premiere fois qu'Aratus fut efleu Capitaine ge neral de la ligue des Achæiens, il courut& pilla le pays de la Lo cride, qui eft vis à vis de la cofte d'Achaie,& la Calydoine aufsi: mais il n'arriua pas à temps pour fecourir les Bootiens en la bataille qu'ils perdirent deuat la ville de Chæronee contre les Æto liens, là où Abeeocritus gouuerneur de la Booce fut occis fur le champ auec mille autres Bootiens: mais l'annee enfuyuant e- ftant derechef efleu Capitaine general, il entreprit de regaigner la fortereffe& chafteau de Corinthe, qui eftoit vne entrepriſe qui concernoit le bie, non feulemet de Sicyone en particulier,& de la ligue des Achæiens, ains aufsi de toute la Greces pource que fon intention eftoit d'en chaffer la garnifon des Macedoniens, laqile fembloit propremét vn ioug qui tenoit en feruitude tout le demeu rant des Grecs: Car tout ainfi comme Chares Capitaine des A- thenies ayant eu qlque austage en vne rencôtre fur les lieutenans du Roy, efcriuit au peuple d'Athenes qu'il auoit gaigné vne vi& toire fœur germaine de celle de Maratho: aufsi me feble- il qu'o ne faudroit point, quad on diroit q cefte executio refembloit nayf uement, comme vn frere à l'autre, à l'occafion des tyrans faite par Pelopidas le Thebain,& par Thrafybulus Athenie, finon que ce dernier acte eft plus excellent en ce, que ce ne fut pas contre des Grecs, ains contre vne domination eftrangere qu'il fut executé. Car l'encouleure du Peloponefe, qui fepare la mer gee d'auec P'Ionique, vnit& conioint la terre ferme du refte de la Grece auec la prefque- ifle du Peloponefe: ainfi le mont qu'on appelle Acrocorinthe, fur lequel eft la fortereffe, fe leuant au milieu de la Gre ce: quant il y a garnifon de gens de guerre dedans, vient à rompre& empefcher tout le commerce, trafic& paffage d'armees de ceux qui fon au dedans du deftroir, d'auec ceux qui en font au dehors, tant par mer que per terre,& en rend feigneur& maiftre celuy feul qui tient la place: de forte que ce n'eftoit point par maniere de ieu ny de moquerie, dins à la verité que Philippus le ieune Royde Macedoine fouloit appeller la ville& chateau de Corinthe, les ceps& les fers de la Grece. A l'occafion dequoy la place eftoit fort requife& defiree de tout le monde, mefmemét des Princes& des Roys: mais le defir qu'Antigon' en auoit, eftoit fi ardent qu'il ne differoit en rie de la fureur des plus paffionnez amoureux: car il ne faifoit autre chofe que penfer continuellement comment il la pourroit ofter par quelque furprife à ceux qui la tenoyent, pource que de l'auoir par force ouuerte il eftoit impoffible.parquoy eftant mort Alexandre, qui tenoit la place, par poifon qu'Antigon' luy fit bailler, comme on dit,& la forte reffe demeuree entre les mains de fa féme Nicæa, qui prit le gouvernement des affaires,& fit foigneufement garder cefte forteref fe d'Asrosorinthe il enuoya incontinent fon fils Demetrius,& kkk iiij 888 ARAT V S. union d Je retirere feleruoi vendire depuis fouue luy dona vne douce efperàce de noces royales, en luy promettär de luy faire efpoufer ce ieune Prince: chofe qui eftoit fort agre able à la Dame encore qu'elle tiraft defia fort fur l'aage, fi la gai gna incontinent quant à elle par le moyen de ce fien ieune fils, dont il via comme d'vn appaft pour la tirer en fes rets: mais pour cela elle n'abandonna point fon chafteau, ains le fit toufiours garder diligemment: dequoy Antigonus monftra femblant de ne fe foucier point, faifant de fomptueux facrifices aux dieux, des fe feins, des ieux, tous les iours dedans la ville de Corinthe pour les noces, comme celuy qui ne vouloit entendre à autre chofe qu'a faire feftes,& la plus grande chere dont il fe pourroit aduifer. Quand l'heure de voir l'eshatement des ieux fut venue,& que le Muficien Amoebeus comença à chanter, luy mefme fit femblant de vouloir accompagner Nicæa iufques au theatre, eftant portee dedans vne litiere paree& accouftree comme pour vne Royne. Elle eftoit fort aife de ceft honneur,& ne penfoit à rien moins qu'à ce qui luy deuoit aduenir: mais quand Antigonus fut àlendroit d'vne ruelle, par où il faut deftourner pour monter contremont au chafteau, illuy dit qu'elle s'en allait toufiours deuant au theatre,& luy cependant la iffa là Ambous auec tout fon chant, & toute la fefte des noces,& monta droit au chafteau, s'efforçant plus que fon aage ne portoit. Quand il fut amont, il trouua la porte fermee,& frappa de fon bafton, commandant à ceux de la garnifon qu'ils ouuriffent.Eux eftonnez de le voir là en perfonne, ouurirent:& luy s'eftant ainfi faify de la place, en fut fi aife, qu'il ne fe peut contenir dedans les bornes de prudence, ains fe mit à banqueter au milieu des rues, de ioye qu'il en auoit,& fur la place ayant des meneftriers qui iouoyent des inftrumens deuant fa table,& portant des chapeaux de fleurs fur fa tefte, en follaftrat ainfi diffoluement, comme fi c'euft efté quelque ieune homme, luy qui eftoit ia vieil& ancien,& qui auoit en fes ans experimenté tant de mutations de la fortune,& neantmoins encore fe laiffoit il tant transporter à fon aifé, qu'il faluoit& ambraffoit tous ceux qu'il rencontroit en fon chemin: par où on peut eftimer que la ioye entrant en l'efprit de l'homme fans raifon, le fait quelques fois fortir hors de foy,& le met en plus grand trouble d'entendement, que ne font ny la douleur ny la peur.Antigonus donc ayat gaigné la fortereffe d'Acrocorinthe, en la maniere que nous a- uons dit, il la mit entre les mains& la donna en garde à ceux dont il fe fioit le plus, dont il bailla la charge au Philofophe Perfæus. Mais Aratus de viuant mefme d'Alexander, fut bien en volonté de l'entreprendre toute fois il s'en deporta, pource qu'il fe fic allié des Atheniens: mais lors il fe prefenta derechefvne autre occafi on de l'attenter, qui fut telle: Il y auoit à Corinthe quatre frere na sifs de la Syrie, defquels l'vn nommé Diocles eftoit foldat de la garJeque delag qu'en a pezila coduif Ce qu ment a Roy, me d'a tains A cefte fus la v des autr conduire de quinze Jedemeur tercin failloit, q nus voulu entre les ans,& fin afion de f prit tout de fa f ains d'A at faire d mondas bien, qui ens qu'o eur pou ent d'aua de lavie p profit defau ncceluy qu perfonnag Fionné a er de la presie re chile al tant pores της Roge MOLD fut alen contreuant au ARAT VS. $ 89 garnifon du chateau,& les autres ayant defrobé de l'or du Roy, de retirerent à Sicyone deuers le banquier Ægias, duquel Aratus fe feruoit en ce qui concernoit fa vocation. Ces trois freres luy vendirent incontinent partie de l'or qu'ils auoyent defrobbé:& depuis, I'vn deux qui fe nommoit Erginus, allant& venant fouuent le voir, luy vendit petit à petit le demeurant: moyennant lequel trafic, Agias prit familiarité auec luy,& le mit en propos de la garnifon de cefte fortereffe d'Acrocorinthe. Ergin luy dit qu'en allat deuers fon frere contremöt les rochers droits& conpez, il auoit apperceue vne fete taillee dedãs' e roc en trauers, qui coduifoit à vn endroit où la muraille du chafteau eftoit fort baffe Ce qu'entendat Ægias luy refpondit en riant, Et dea, mon ami, co ment allez vous pour gaigner fi peu d'or troublat les affaires du Roy, veuq vous pouvez vendre en vne feule heure bien groffe főme d'argent? car aussi bien vous fera on mourir fi vous eftes attains de ce larrecin, come fi vous effiez couaincus de trahyfon. A cefte parole Erginus fe prit à rire,& promit qu'il foderoit là def fus la voloté de fon frere Diocles, pource qu'il ne fe fioit pas trop des autres freres:& peu de iours apres retournat, il fit marché de conduire Aratus en vn endroit de la muraille, qui n'auoit pas pl de quinze pieds de haut, promettant qu'il luy aideroit à executer le demeurant auec fon frere Diocles. Aratus promit de leur don ner* cinquâte talens s'il venoit à bout de fon entreprife,& s'il y* Trente mil failloit, qui leur doneroit à chacun vne maifon& vn talent. Ergi leefcus. nus voulut que les cinquante talens fuffent realement depofez entre les mains du banquier Ægias. Aratus ne les auoit pas con tans,& fi ne les vouloit pas prendre à vfure, de peur de donner oc cafion de faire foupçonner& d'euenter fon entreprife: parquoy il prit toute fa vaiffelle d'or& d'argent,& toutes les bagues& io aux de fa femme, qu'il mit en gage pour la fomme, entre les mains d'Ægias: mais Aratus auoit le cœur fi grand,& defiroit tant faire de belles chofes que fachant comme Phocion& Epaminondas auoyent efté eftimez les plus iuftes& les plus hommes de bien, qui fuffent en toute la Grece, pour auoir refufé de grads prefens qu'on leur faifoit,& n'auoir iamais voulu vendre leur honneur pour de l'argent, luy paffant encore plus outre, eftoit content d'auancer& defpendre le fien fecretement pour mener à chefvne entreprife, là où il failloit que luy feul fe mift en danger de fa vie pour vn bien commun à tous, fans que ceux mefmes au profit defquels tournoit l'entreprife, en feuffent rien. Qui fera donc celuy qui n'aura en admiration la magnanimité grade d'vn tel perfonnage,& ne fera par maniere dire, encore à cefte heure affe& tionné à luy aider, veu qu'il achetoit fi cherement vn fi gräd danger de fa propre perfonne& mettoit en gage ce qu'il auoit de plus précieux meuble, pour eftre mené la nuit au milie chants cant por 890 ARAT V S. der qui mere qu'e defchau bruit, efchel come ville melime les, par comad puis fa fut po ler ver de fes ennemis, là où il luy faudroit combatre pour fa propre vie, fans auoir autre plege ny autre gage que l'efperance de faire vne belle chofe,& rien dauantage? Mais fi lentreprife eftoit de foy pe rilleufe, vn erreur qui furuint par ignorance tout au commencement, la rendit encore plus dangereufe: car Aratus auoit enuoyé deuant vn de fes gens nommé Technon auec Diocles pour recognoiftre la muraille: ce Technon n'auoit encore iamais parlé à Diocles, mais il penfoit bien auoir fa forme emprainte en fon entendement par les enfeignes qu'Erginus luy auoit baillees, qu'il auoit les cheueux crefpes, le vifage noir,& point de barbe. Eftant donc arriué à l'endroit où Erginus auoit dit qu'il fe trouueroit a uec Diocles, il attendit deuant la ville en vn lieu qui fe nommoit Ornis, pendant qu'il eftoit là attendant, le premier frere de Diocles nommé Dionyfius, qui ne fauoit rien de l'entreprife, ny n'eftoit point de l'intelligece,& qui reffebloit de vifage à Diocles, y furuint pas cas d'adueture. Technon efmeu par les marques qu'il apperceuoit en luy toutes femblables à celles qu'on luy auoit bail lees, luy demanda s'il tenoit rien à Erginus: il refpondit qu'il e- ftoit fon frere parquoy il fe perfuada incontinet qu'il parloit cer tainement à Diocles,& fans luy demander fon nom, ny rechercher autre indice quelconque, luy toucha en la main,& luy commença à parler de l'intelligéce qu'il auoit auec Erginus,& à luy en demander. L'autre fe feruant de fon erreur finement luy aduoua tout,& fur l'heure mefme s'en retourna vers la ville deuifät auec luy, fans que Technon fe douraft de rien: mais fur le poin& que ce Dionyfius eftoit tout preft de luy mettre la main fur le col let, Erginus y arriua aufsi, lequel s'eftant apperceu de l'erreur q Technon auoit fait,& du danger où il eftoit, luy fit figne de la tefte qu'il s'en fuyt,& fe prenans tous deux à courir, fe fauuerent de vifteffe vers Aratus: lequel pour cela ne perdit encore point Pefperance, ains enuoya tout aufsi tout Erginus porter de l'argent à ce Dionyfius,& le prier de ne defcouurir rien de ce qu'il auoit entendu,& dauantage le mena quand& luy à Aratus: mais depuis qu'ils le tindrent vne fois, ils ne le laifferent plus aller, ains le lierent& le ferretent en vne chambre enfermé, pendant qu'ils fe preparoyent pout executer leur entreprife. Quand toutef chofes furent preftes, Aratus ordonna au refte de fon armee, qu'ils demeuraffent derriere en armes toute la nuit,& luy auec quatre cens homes des meilleurs qu'il euft, qui ne fauoyent euxmefmes où ils alloyent, ne pourquoystira droit vers les portes de la ville paffat le log du teple de Iuno.Il eftoit lors enuiro le cœur d'Efté,& fe trouuoit la Lune au plein, le ciel clair fans nuce quel cona de forte qu'ils auoyét grade peur que leurs armes reluyfan tes aux rayos de la Lune, ne les decelaffent: mais ainfi que les pre miers approcherent affez pres de la ville fe leuerent des nuces de fe pou Mais guet p caufe Jes voy gens fe pour les mieme b Canemis serent les rues clairo chafte au Aratus c droits& & gra Boit teni ché en bit abou in com anuees de to Lune fe de les troi ple de les au Me ferre bfcur Divdes par le ti qui fe mi er frered Di aged Diocle smarques qu wondit qu1 parloit cer lay com de Perer ncore pou er de l'ar de ce qu'il STEL 3002 aller, endant tou mee, auce et de 10: 200 quel yfan es pre ARAT V S. 8gt la mer qui couuriret toute la ville& les enuirons d'icelle, de ma niere qu'elles y firent vmbre,& là tous les autres fe feans en terre defchaufferent leurs fouliers, tant pource qu'on fait moins de bruit, q pource qu'on gliffe moins en motant à pieds nuds fur des efchelles: mais Erginus& fept autres ieunes copagnos habillez come ges qui voyaget, entreret fecrettemet dedans la porte de la ville, où ils tueret le portier& les gardes qui eftoyét auec luy. Au mefme inftant Aratus fit appuyer les efchelles contreles murailles, par lefquelles il fit monter en diligéce cent foldats,& enuoya comader aux autres qu'ils le fuyuifset le mieux qu'ils pourroyết: puis faifant tirer amont les efchelles à la plus grade hafte qui luy fut pofsible, paffa à travers la ville auec fes cent homes pour aller vers le chafteau, eftät aufsi ioyeux come s'il euft tenu la chofe pour ia toute faite, à caufe qu'il ne fe fentoit point defcouuert. Mais en allant ils apperceurent venir corre eux quatre homes du guet portans de la lumiere: ces hommes ne les voyoyent point, å caufe qu'ils eftoyent encore dedans l'vmbre,& au contraire eux les voyoyent bien clairement de tout loin: parquoy Aratus& fes gens fe ferrerent vn peu contre de vieilles murailles& mafures, pour les attendre,& de primfaut en tuerent les trois: mais le quatrieme blecé d'vn coup d'efpee fur la tefte, s'en fuyt criant que les ennemis eftoyent dedans la ville. Incótinent les trompettes fonnerent l'alarme, toute la ville s'efmeut,& furent aufsi toft toutes les rues pleines de gens, qui couroyent çà& là,& de lumieres qui efclairoyent par tout, tant au bas de la ville, comme en haut au chafteau,& entendoit- on vn grand bruit confus de tous coftez. Aratus cependant s'efforçoit de moter contre mont les rochers droits& coupez pas à pas du commencement,& auec grade peine& grande difficulté, n'eftans pas dedans le fentier qu'il deuoit tenir, ains l'ayant failly à caufe qu'il eftoit fort enfoncé& caché entre les rochers,& qu'auec plufieurs tours& retours il alloit aboutiffant au pied de la muraille du chafteau: mais tout fow dain comme par vn miracle expres, la Lune penetrant à trauers les nuees, mefmement lors qu'ils furent à l'endroit le plus malaifé de tout le chemin, leur efclaira iufques à ce qu'il arriua à l'en droit de la muraille, où il falloit qu'il fe trouuaft, là où derechef la Lune fe recacha, pource que les nuees fe raffemblerent, Au refte les trois cens foldats qu'Aratus auoit laiffez à la porte pres du teple de Iuno, quad ils furet entrez dedas la ville pleine de bruit & de tumulte& de lumieres, ne pouuans trouuer le fentier, par où les autres eftoyent motez ny les fuyure à la trace, fe rangeret & fe ferrerent enfemble au long d'vn flanc de rocher vmbragé & obfcur, attendans en grande deftreffe& grade agonie d'efprit, des nouuelles d'Aratus, qui eftoit defia attaché au combat conre la garnifon du chafteau, laquelle tiroit cótre luy& centre fo 892 ARAT V S. desbordal carelles& aueline nouil& en ce temes & qu' mença munau Jeur fu fur l'h n'auo trouppe à toute puiffance. On oyoit bien au bas du chafteau vn grand bruit de gens qui combattoyent mais le fon en eftoit fi co fus pour le retentiffement des rochers& du mont, qu'on ne fauoit certainement difcerner dont il procedoit. Eux donc eftans en cefte perplexité,& ne fachans en quelle part ils deuoyent tourner, Archelaus Capitaine des gens du Roy Antigonus, ayant bon nombre de cóbattans, monta amont auec grads cris& grad bruit de trompettes pour aller donner fur la queue à Aratus& à fa trouppe: mais paffé qu'il fut outre les trois cens foldats, ils fe leuerent en furfaut come s'ils euffent expreffément efté là mis en embufche,& chargeans fur luy, occirent ceux qu'ils peurent atzaindre les premiers,& effroyerent les autres auec Archelaus mefme, de maniere qu'ils les efcarteret tous en fuyte.les vns d'vn cofté, les autres d'vn autre.Et fur le point qu'ils venoyent d'eftre desfaits, arriua Erginus deuers ces trois cens, venant d'auec ceux qui combattoyent& leur apporta nouuelles come Aratus eftoit attaché au combat de main contre ceux du chateau qui fe defendoyent vaillamment,& qu'ils combattoyent fort afprement pour la muraille, au moyen de quoy il eftoit befoin de le fecourir promptement. Les foldats luy dirent qu'il les menaft donc tout de ce pas fans plus attendre: comme il fit:& en montant fignifierent par leurs cris à leurs gens qu'ils alloyent à leurs fecours: dauantage la Lune qui eftoit au plein, donant fur leurs harnoys, faifoit imaginer& pefer aux ennemis, qu'ils fuffent en plus gräd nombre qu'ils n'eftoyent, pour la longueur du chemin qu'ils faifoyent en montant au long des rochers,& aufsi pource que la refonance de la nuit eftoit caufe que leur clameur fembloit venir beaucoup plus groffe trouppe qu'ils n'eftoyét. En fomme fe ioignans auec les autres ils firent tel effort qu'ils poufferent ceux de la garnifon hors de la muraille, gaignerent le deffus,& furent en fin maiftres de la place à l'inftant propre que le iour commença à poindre, de forte que tout à vn coup de foleil leuant vint à efclaircir leur exploit,& le demeurant de leur armee à arriuer de Sicyone, que les Corinthiens receurent bien volontiers à portes arriere ouvertes leur aidans à prendre les gens du Roy: puis quad il leur fembla que tout eftoit bien affeuré, alors Aratus defcendit du chafteau au theatre de la ville, où il accourut vne multitude innumerable de peuple, tär pour enuie de le voir, que pour ouyr les remonftrances qu'il feroit aux Corinthiens. Parquoy ayant difpofé les Achæiens aux entrees du theatre d'yn cofté& d'autre, luy tout armé comme il eftoit, entra fur la Scene,& fe tira en auất ayat le vifage tout changé, tant pour la peine qu'il auoit enduree, que pour la faute de dormir: tellemet q la lafsitude du corps amortiffoit l'aife& le contentement de l'efprit. Et comme toute l'afsiftance du peuple, aufsi toft qu'il fe prefenta fur la Scene, fe desborPhili pris p phraf feus v ment d fit que qu'vn m bon Cap enaide) plus agr bien fait ment ce continen ingt& feruice p Les Acha garnil tautant garde mu de pour aloit no men har Megar Continenta terent au fifle de moins a Achei vec Aula teles d d'avecc Aratus eh qui fe d premen efecourir one tout figniecours: 101 de ten nça ef de tes ad ARAT V S. 898 desbordaft à luy faire toutes les demonftrations d'honneur, de carefles& de bon recueil qu'il leur eftoit pofsible, il tranfpofa fa iaueline de la main gauche en la droitte,& pliant vn peu le genouil& le corps, s'appuya deffus,& fe tint longuement debout en ce point auat que parler, receuant les cris de ioye& les battemes de mains, que faifoit tout ce peuple louant fa vertu,& beniffant fa bonne& heureufe fortune: puis quand ils eurent ceffé, & qu'ils fe furent rafsis, adonc compofant fa contenance, il commença à leur faire vne harangue au nom de toute la ligue& cómunauté des Achæiens conuenable à ce qu'il venoit d'executer, leur fuadant de fe vouloir ioindre& vnir à icelle:& leur rendie fur l'heure mefme les clefs de leur ville, lefquelles iufques alors n'auoyent point efté en leur puiffance, depuis le temps du Roy Philippus. Et quant aux autres Capitaines d'Antigonus, ayant pris prifonnier Archelaus, il le laiffa aller,& fit mourir Theophraftus, pource qu'il ne vouloit pas fortir de Corinthe: mais Per fæus voyant que le chafteau s'en alloit perdu, fe fauua fecrettement de vifteffe en la ville de Cencrees:& dit- on, que depuis e- ftat quelquefois tombé en propos de la philofophie, come quelqu'vn maintinft qu'il n'y auoit que le parfait fage, qui peuft eftre bon Capitaine: C'eft bien refpódit- il( ainfi me foyent les dieux en aide) I'vne des opinions de Zenon, qui m'a autrefois efté la plus agreable: mais maintenant ce ieune homme Sicyonien m'a bien fait changer d'aduis. Plufieurs hiftoriens efcriuent notamment ce propos de Perfæus. Au refte Aratus fe faifit aufsi lors incontinent du temple de Iuno& du port de Lecheum, là où il prit vingt& cinq vaiffeaux de ceux du Roy,& cinq cens cheuaux de feruice pour la guerre,& quatre cens Syriens qu'il vendit tous. Les Achæiens laifferent dedans la fortereffe d'Acrocorinthe v- ne garnifon de quatre cens hommes de pied, cinquante chiens, & autant de veneurs, qui tous eftoyét nourris& entretenus pour la garde du chafteau. Or les Romains ayant en admiration la vertu de Philopamen, l'appellerent le dernier des Grecs: mais aufsi pourroye ie bien dire q ceft acte( à mô aduis) eft le dernier exploit notable de vertu des Grecs,& eftät( à mo aduis) seblable tant en hardieffe qu'en profperité, aux plus beaux des anciens, comme tefmoigna bien ce qui en enfuyuit incótinent apres: car les Megariens fe defpartans d'auec Antigonus, fe ioignirent incontinent à Aratus,& les Træezeniens auec les Epidauriens en trerent aufsi toft en la ligue& focieté des Achaiens,& à la premiere faillie qu'il fit, il alla courir le pays de l'Attique,& paffa en l'ifle de Salamine, laquelle il pilla& faccagea toute ne plus ne moins que s'il euft deliuré& tiré hors de prifon la puiffance des Achæiens pour s'en feruir à tout ce que bon luy fembleroit: mais il renuoya francs les prifonniers Atheniens fans leur faire nt re, durps oute , fe ber 894 ARAT V S. payer aucune ranço, pour leur faire venir enuie de fe rebeller có tre les Macedonies.Qui pl' eft, il fit le Roy Ptoloma'allié& cofedere des Achæiens, fous códition qu'il auroit la preeminence& fuperintendence en la guerre tät par mer que par terre: à raifon defquels effets, il acquit fi grande authorité& vn tel credit entre les Achæiens, q ne pouuåteftre efleu continuellement d'an en an Capitaine general, à caufe q les loix le defendoyer, il eftoit toufiours pour le moins de deux ans l'vn, mais de fait& de confeil il auoit toufiours l'authorité de comãder, pource qu'ils voyoyet& conoiffoyet euidemment qu'il n'y auoit ny gloire ny richeffe, ny amitié des Princes& des Roys, ny le profit mefme particulier de la cité dot il eftoit né, ny autre chofe quelconque, qu'il preferaft à l'augmetation& l'accroiffement de la cómunauté des Achæies: ayat opinió que les villes eftoyét d'elles- mefmes chacune à part foy foibles,& fe conferuoyent les vnes les autres eftans liees enfeble par la chaine du bien public, ne plus ne moins qu'és corps des animaux, les parties viues fe nourriffent& prenent efprit de vie par la liaison qu'elles ont les vnes auec les autres,& foudain qu'elles font feparees, elles ne prennent plus de nourriture,& fe corropent& pourriffent: femblablement aufsi les villes periffoyent par ceux qui demébroyent leur focieté,& au contraire al loyent en accroiffant lors que fe faifans partie d'vn autre grand corps, elles fe fentoyent de la commune prouoyance:& voyant q les principales villes d'alentour eftoyét libres& viuoyent à leurs loix, il luy fembla chofe indigne de laiffer les Argiens eu feruitude: fi efpia les moyens de faire mourir le tyran Ariftomachus qui les dominoit, tant pour rendre graces à la ville de ce qu'il y auoit efté en fon enfance efleué& nourry, come aufsi pour ioindre celle groffe& puiffante cité à la ligue des Achæiens. Orfe trouua- il affez gens qui eurēt bien le cœur& la hardieffe de l'ofer entreprendre, dot furent les Chefs Efchilus& Charimenes le deuin, mais ils n'auoyent point d'efpees, pource qu'il eftoit tres eftroittement defendu d'en tenir,& y auoit de fort griefues punitions ordonees par le tyran côtre ceux qui en feroyet trouuez faifis. Parquoy Aratus leur fit à Corinthe forger de petites courtes dagues qu'il coufut dedans des baftines qu'on chargea deffus des beftes de voiture, qui portoyenr ne fay quelles mefcha tes hardes: mais le deuin Charimenes communiqua l'entrepriſe à vn tiers,& l'affocia à leur coniuration, dont fchilus eftät mal content, comença à mener fa pratique à part& fe retirer d'auec eux, dequoy l'autre s'apperceuant, en fut fi defpit, qu'il les decela ainfi qu'ils s'en alloyent pour executer leur entreprife. Toutesfois la plupart des complices de la confpiration fe fauua& fe retira à Corinthe: ce nonobftant le tyran Ariftomachus peu de remps apres fut occis par fes propres feruiteurs. Mais vn autre tyran man Ari per la tyr sauec aage d y trou urer porte qu'il geal qu'on mence want caufe l'ame craig à l'ai pref que le point vraye& obleffe celuy m reux, il Pourtan endroit, laquelle de feign duit. Ca inft gra lonne,& mal- v fatelli galer si toft ferrer dumbre etoit fon Her Pelch remetto oir de l on trou par a elementon ne parale une des Ach chacunei setas lees mois qu'es con et efprite & foudain les peri al grand 10LDOrfe Po nes tout hues tes gea Dec cela tes& le de autre сугая ARATV S. 895 tyran Ariftippus plus me fchant que le premier: fe hafta d'vfurper la tyrannie auant qu'on y peuft obuier: ce neantmoins Aratus auec tous les ieunes hommes Achæiens qui fe trouuoyent en aage de porter armes, y alla promptement au fecours, efperant y trouuer les volontez de ceux de la ville bien difpofees à recouurer leur liberté: mais le peuple eftant defia tout accouftumé à porter volontairement le ioug de feruitude, pour le long temps qu'il y auoit qu'il eftoit afferuy, il ne trouua perfonne qui fe rangeaft de fon cofté:& ainfi s'en retourna fans rien faire, finon qu'on imputa aux Achæiens, qu'en pleine paix ils auoyent commencé la guerre,& en furent fur ce appellez en iuftice par deuant les Mantiniens, à l'inftance& pourfuyte d'Ariftippus, La caufe fur plaidee en l'abfence d'Aratus,& furent condamnez en l'amende de trente marcs d'argent. Depuis ceft effay, Ariftippus craignant& hayffant mortellement Aratus, efpia de le faire tuer à l'aide du Roy Antigonus, qui le fecondoit à ce faire,& y auoit prefque par tout gens au guet, qui n'efpioyent& ne cerchoyent que le temps propre pour executer cefte volonté: mais il n'eft point de fi feure garde pour vn Seigneur& vn Capitaine, que la vraye& conftante bien- vueillance des fuiets: car depuis que la nobleffe& le commun peuple font accouftumez à craindre, non celuy, mais pour celuy qui leur cómade, alors il void de plufieurs yeux, il oyt de plufieurs oreilles,& fent de loin tout ce q fe fait. Pourtant veux- ie vn petit arrefter le fil de mon hiftoire en ceft endroit, pour expofer la maniere de viure de ce tyrã Ariftippus, à laquelle cefte tant enuiee domination tyrannique& cefte fumee de feigneurie, que tant on fouhaitte& tant on eftime, l'auoit reduit. Car encore qu'il euft le Roy Antigonus pour allié, qu'il entinft grand nombre de gens de guerre pour la feureté de fa perfonne,& qu'il n'euft laiffé dedans la ville aucun de fes ennemis & mal- vueillans viuant: ce neantmoins il vouloit que fes gardes & fatellites logeafset& fifset le guet au dehors de so palays fous les galeries& portiques d'alentour,& chaffoit fes feruiteurs tout aufsi toft qu'ils auoy et fouppé, puis fermoit fa cour fur luy,& s'al loit ferrer luy feul auec vne fienne concubine dedans vne petite chambre haute qui fe fermoit auec vne trappe, deffus laquelle il mettoit fon lift,& y dormoit de tel fomme que doit dormir vne perfonne qui eft continuellement en telle desfiance& en telle frayeur puis quand il y eftoit monté, la mere de fon amie venoit ofter l'efchelle,& l'enfermoit dedans vne autre chambre& puis l'y remettoir le lendemain au matin, appellant ce beau tyran, qui fortoit de là, ne plus ne moins que fait vn ferpent de fon creux& de fon trou.Là où Aratus au contraire ayant acquis non violemment par armes, ains legitimement par vertu vne principauté perpetuelle, fans eftre ordinairement couuert d'autre chofe que 396 ARAT V S. peu d'vne fimple robbe& d'vn manteau de peu de valeur, s'eftät declaré ennemi mortel de toute forte de tyrans, a laiffé vne race& lignee de fes defcendans, qui dure iufques auiourdhuy tres- noble & tref- illuftre entre les Grecs:& à l'oppofite il fe trouue bien de ces tyras, qui vfurpent les fortereffes des villes libres, qui foudoyent& entretiennent tant de fatellites, qui fe remparent de tät d'armes, tant de portes,& tant de ponts- leuis pour la feureté de leurs perfonnes, qui fe fauuent à la fin de mort violente, non plus que les lieures,& fi ne laiffent ny pofterité, ny maifon, ny fepultu re, dont leur memoire foit honnoree apres leur mort. Ayant doc Aratus effayé par plufieurs fois& d'emblee,& à force ouuerte, de furprendre la ville d'Argos,& l'ofter à ce tyran Ariftippus, il y auoit toufiours failly, mefmement vne nuit entre autres qu'il y Cara fort hafardeufemēt par efchelles auec peu de gens de guer *,& tua les gardes qui accoururent celle part au fecours: mais puis apres quand le iour fut venu,& q le tyra auec toutes fes forces luy vint courir fus, les Argiens comme fi ce n'euft point efté pour leur liberté qu'Aratus euft cobattu, ains tout ainfi que s'ils euffent efté iuges feans à voir l'esbatement des ieux de Nemee, pour adiuger de bonne foy le prix au vainqueur, fans vouloir fauorifer à l'vne ny à l'autre partie, ne fe bougerent aucunement: & cependant Aratus combattant en homme de bien, receut vд coup de pique, qui luy perça la cuiffe de part en part: toutesfois il gaigna à la fin le quartier de la ville où il combattoit,& n'en fut point deboutté iufques à la nuit, quelque effort que fiffent les ennemis,& s'il euft aufsi bien peu durer au trauail toute la nuit, il fuft venu au deffus de fon entreprife: car le tyran ne regardoit plus qu'a fuyr,& auoit defia enuoyé vers la mer beaucoup de fes biens: mais il n'y eut samais home qui en allaft dire aucune nouuelle à Aratus, ioint aufsi qu'ayant faute d'eau,& ne fe pouuant pas aider à caufe de fa bleceure, il fut à la fin contraint de r'emmener fes gens fans rien faire. Parquoy defefperat de la pouupir plus auoir par furprife, il y alla à force ouuerte, pillant& fourrageant tout le plat pays d'Argos, là où il y eut vne groffe rencontre aupres de la riuiere de Chares contre le tyran Ariftippus, en laquelle on donna grand blafme à Aratus d'auoir abandonné la victoire,& de s'eftre lafchement retiré de la meflee, pource que le refte de fon armee auoit fans point de doute eu l'auantage,& ayant chaffé les ennemis iufques bien loin, luy n'eftant pas tant preffé& forcé de reculer, comme foy desfiant d'auoir gaigné,& s'eftant effrayé, fe retira auec fes gens dedãs fon camp tout troublé:& comme les autres recournans de chaffer, fe courrouçaffent de ce qu'ayans rompu les ennemis,& en ayant tué beaucoup plus grand nombre qu'ils n'en auoyent perdu des leurs, neantmoins als laiffoyét, à faute de cœur, dreffer fur eux yn trophee en figne de devido de cela phee. fenta voy dut Pol uer parl gou qu'il nes part poin tut foul par Com Comm ment temps quelqu qu'ille enuoya ligue: plufieu par la taft de lit pas i tournan поуке, dain Par ibleme entreren ret pre sportes taille d cris a tourneren mit fur le Gioy. L fut at Dinia le.com force ouen Ariipp e autres qui gens de ge lecours: ma outes les fu point ef fi que s'ils e Nemee, aloir fa nement: fois il en tut esenardoit de fes nouant empir 00en la Que & nt & ent lus vins ARAT V S. 897 de victoire par ceux qu'ils auoyent batus& desfaits, ayant honte de cela, il propofa d'eflayer le combat vne autre fois pour le trophee.Et vn iour feulement entre deux, il fortit aux champs,& prefenta vne autre fois fon armee en bataille: neantmoins depuis voyant qu'il eftoit arriué vn gros réfort à fon ennemi,& que ceux du tyran venoyent au combat plus franchement que deuant, il ne l'ofa pas attendre, ains fe retira, enuoyant demãder congé d'enleuer fesmorts pour les enfeuelir: toutesfois il feut fi gracieufemét parler,& fi fagement fe conduire pour l'experience qu'il auoit de gouuerner,& aufsi pour la bien- vueillance qu'on luy portoit, qu'il effaça cefte faute là,& acquit aux Achæies la ville de Cleones, là où il fit celebrer la fefte des ieux de Nemee, comme appartenant de toute ancienneté pluftoft aux Cleoniens, que non point aux Argiens. Toutesfois les Argiens la celebrerent aufsi,& fut lors premierement rompue la franchife& la feureté qu'on fouloit donner à ceux qui venoyent pour combattre à tels ieux, parce que les Achæiens arrefterent prifonniers ceux qui auoyent combatu en Argos, en repaffant par leurs terres,& les vendirent comme ennemis: tant Aratus& les Achæiens hayffoyent afprement,& fans vouloir pardonner, toutes fortes de tyrans. Peu de temps apres il fut aduerty comme le tyran Ariftippus efpioit quelque occafion pour luy furprendre la ville de Cleones, mais qu'il le craignoit, à caufe qu'il faifoit fa refidence à Corinthe. Si enuoya mandemens par tout pour faire affembler l'armee de la -ligue:& commanda qu'on euft à faire prouifion de viures pour plufieurs iours,& defcendit à Cencrees, prouoquant Ariftippus par la rufe de ceft efloignement, à fin qu'en fon abfence il atten taft de courir fus aux Cleoniens: comme il en aduint: car il ne faillit pas incontinent de s'y en aller auec fon armee: mais Aratus retournant de Cenchrees à Corinthe, qu'il eftoit defia nuict toute noyre,& ayat mis des gardes fur tous les chemins, mena tout foudain Parmee des Achæiens droit à Cleones, fi viftement& fi paifiblement, qu'ils ne furent point apperceus par les chemins, ains entrerent dedans la ville de Cleones, qu'il eftoit encore nuit,& furet prefts à combattre auant que le tyran en feuft rien. Si furent les portes de la ville ouuertes au point du iour,& le figne de la bataille donné au fon des trompettes,& courans fus auec grands cris aux gens du tyran qui ne fe doutoyent de rien moins, les tournerent d'arriuce tous en fuyte:& pourautant que le lieu où fe fit la rencontre, auoit plufieurs deftours, Aratus en chaffant fe mit fur le chemin qu'il luy fembla que le tyran auroit pluftoft fuiuy. La chaffe dura iufques à la ville de Mycenes, là où le tyran fut attaint par vn Candiot nommé Tragifcus, ainfi comme le met Dinias, qui le tua,& y mourut de fes gens plus de quinze mille combatans.Mais Aratus ayant gaigné vne fi belle& fi heu!!! i I 898 ARAT V S. conde tes le chaf reufe victoire qu'il n'y auoit pas perdu vn feul homme, ne pens pas toutesfois prendre la ville d'Argos, ny la remettre en liberté, par ce qu'vn Aegias,& vn fecond Ariftomachus fe ietterent dedans auec l'armee du Roy, qui la tindrent: mais bien effaça- il par ceft exploit d'armes bonne partie du blafme qu'on luy donnoit,& des brocards& traits de moquerie que difoyent de luy les flatteurs des tyrans, lefquels pour leur complaire, alloyent racontans, que quand on venoit à iouer dex coufteaux, le ventre s'efmouuoit au Capitaine general des Achæiens,& qu'il luy prenoit vn esblouyffement d'yeux& vn tournoyement de tefte foudain qu'il entendoit le fon des trompettes:& que quand il auoit mis fes gens en ordonnance& donné le mot de la bataille, il demandoit aux Chefs des bandes, s'il y eftoit befoin de fa prefence, pource qu'il eftoit blecé aux talons,& puis s'en alloit bien loin attendre qu'elle feroit l'iffue de la bataille. Ces propos eftoyent defia fi communs, que les Philofophes mefmes difputans, à fauoir fi trembler& changer de couleur quand vn peril fe prefente, font fignes de foibleffe de cœur, ou bien d'vne mauuaife complexion& froideur de cœur, alleguoyent toufiours Aratus comme eftant bon& vaillant Capitaine, à qui neantmoins cela toufiours aduenoit à l'inftant que commençoit le combat. Apres donc qu'il eut desfait Ariftippus, il efpia aufsi les moyens de ruiner Lyfiadas Megalopolitain, qui tenoit comme feigneur feuuerain de fon pays la ville de Megalipolis, toutesfois il n'auoit point le cœur bas ne vilain, ny ne s'eftoit point laiffé aller à cefte violente vfurpation de tyrannie par effrenee cócupifcence de viure à fon plaifir, ne par auarice infatiable, comme font la plufpart des Princes: ains eltant pouffé d'vn defir d'honneur& de gloire, eftant encore ieune homme,& ayant receu inconfiderément en fon cœur, qui eftoit haut& grand, les propos faux& vains qu'il entendoit dize de la principauté corame de chofe grandement heureufe& admirable, il trouua moyen de fe faire feigneur de fon pays: mais il fut puis apres bien toft faoul des dangers& trauaux que telle fei- gneurie porte quand& foy,& defirant imiter A'ratus, lequel il voyoit profperer en gloire& en honneur: ioint aufsi qu'il redoutoit les aguets qu'il luy dreffoit, il luy prit vne tres- honnefte& tres louable volonté de fe deliurer premierement de haine& de crainte de prifon& de garde de fatellites,& par confequence d'eftre bien- faiteur de fon pays: fi enuoya querir Aratus, quitta fa feigneurie,& mit fa ville en la ligue& communauté des Achaiens: pour lequel acte ils le louerent hautement,& Pt fleurent Capitaine general de leur ligue:& luy, voulant du premier coup furpaffer la gloire d'Aratus, attenta plufieurs chofes qui ne fembioyet point neceffaires, comme entre autres il commença la guerre aux Lacedæmoniens: A quoy Aratus luy voulut bien refifter, mais on eftima deu ne mo nat qu char & le fimu pur feau fon fini Pop del me& par le Achai du terri Agis, e hortaft contred atteinte & de co la refolu feulemen entrer au Puis voya yuit pl attendant ins plus mble, co ur vfer i à ne fe but entrez incontinent Pentre- batan ent aufsira sils metton autre ne fre de ch dayent a de tete i de La perte eprefente Comme aroufours donc qu'il Lydas Princes несове dou qui fut le& pa oyet re aux ais c eftima ARAT V S. 899 eftima qu'il le fift par enuie: au moyen dequoy il fut pour la feconde fois efleu Capitaine general des Achæiens, nonobftant toutes les menees d'Aratus, qui luy contrarioit ouuertement,& prochaffoit d'en faire eflire vn autre: car luy eftoit toufiours efleu de deux ans I'vn.Si fut ce Lyfiadas efleu par trois fois Capitaine general de la ligue des Achæiens au grand contentement de tout le monde,& auoyent l'authorité fouueraine de commander alternatiuement l'vn apres l'autre, Aratus& luy: mais à la fin, pource qu'il prit vne inimitié declaree encôtre luy,& qu'il le blafmojt& chargeoit ordinairement au confeil des Achæiens, on s'en fafcha, & le reietta- on, parce qu'on eftima que ce fut vne vertu feinte& fimulee, qui vouloit eftriuer& contefter à l'encôtre d'vne vraye, pure& fyncere. Et tout ainfi come Aefopus dit, que les petits oifeaux refpondirent au Cocu qui leur demandoit pour quelle raifon ils le fuyoyent, que c'eftoit pource qu'ils craignoyent qu'à la fin il ne deuinft Efparuier: aufsi femble- il qu'il eftoit demeuré en l'opinion des hommes ne fay quoy de fufpicion de la tyrannie de Lyfiadas, qui faifoit eftimer qu'il ne s'eftoit point mué de bonne& franche volonté. Mais Aratus acquit aufsi grand honneur par les chofes qu'il fit à l'encontre des Aetoliens: car comme les Achæiens à toute force les vouluffent combatre fur les confins du territoire de Megare,& que mefme leRoy des Lacedæmonies Agis, eftant auec fon armee arriué au camp de la ligue, les enhortaft& incitaft à leur donner hardiment la bataille, Aratus y contredifoit fermemét,& endura plufieurs reproches& plufieurs atteintes de moquerie qu'on luy tira, en le chargeant de lafcheté & de couardife: mais nonobftant tout cela, il n'abandonna point la refolution de fon confeil falutaire, pour vne infamie apparete feulement, ains laiffa les ennemis paffer le mont de Gerania,& entrer au dedans du Peloponefe fans les combatre: toutesfois depuis voyant que d'arriuee ils auoyent pris la ville de Pallene, il ne fuyuit plus fon premier aduis, ny ne voulut plus perdre temps, en attendant que ces forces fuffent entierement affemblees, ains fans plus differer, marcha droit auec fi peu de gens qu'il auoit enfemble, contre les ennemis, lefquels s'affoiblirent eux- mefmes pour vfer infolemment& defordonnément de leur victoire, iufques à ne fe tenir point fur leurs gardes: car ils ne furent pas plu ftoft entrez dedans la ville de Paliene, que les foldats s'efcarteret incontinent par les maifons, s'entre- pouffans les vns les autres,& s'entre- batans pour les biens qui y eftoyét:& les Capitaines allerent aufsi rauiffans les filles& les femmes des Pallenies, aufquelles ils mettoyent leurs morrions& armets fur les teftes, à fin que nul autre ne les prift, ains qu'on concuft à l'armet qui feroit le maiftre de chacune. Mais ainfi qu'ils eftoyét en ces termes& entendoyent à cela, on leur vint foudainement apporter nouuelles 111 jj 900 ARATV SA Routier rompue pres p s'il e cefte vra DTI te, qu'Aratus arriuoit. Ce qui mit foudainement vn tel effroy parmy eux, qu'on peut eftimer, fe voyans furpris en defarroy: car auant qu'ils fuffent tous aduertis du danger de la furprife, les Achæiens eftoyent defia attachez au combat iufques dedans les portes de la ville& dedans les faux- bourgs, contre les premiers, qui furent incontinent desfaits:& ceux- la rompus& fuyans à val de route mirent en telle perplexité ceux qui s'eftoyent ralliez enfemblé pour aller au fecours, qu'ils ne fauoyent qu'ils deuoyent faire. En ce tumulte y eut I'vne des Dames captiues fille d'Epigethes I'vn des plus nobles de la ville,& elle grande& belle à merueilles, laquelle eftant afsife dedans le temple de Diane, où l'auoit retiree le Capitaine qui l'auoit prife& choifie pour foy,& qui luy auoit mis fon armet fur la tefte, accourut foudainement quand elle entendit le bruit des combatans,& fe prefenta à la porte du temple auec l'armet fur fa tefte pour regarder la meflee. Ceux de la ville la voyans en ceft accouftrement, la trouuerent plus venerable à voir,& de plus grande maiefté que d'vne creature humaine,& les ennemis en conceurent vne telle frayeur, cuidans voir vn fantofme, qu'il n'y en eut pas vn qui euft le cœur de foy mettre en defenfe. Aufsi difent les Palleniens, que l'image de Diane tout le refte du temps demeure ferree fans qu'on y touche,& que quand la religieufe qui en a la charge la remue pour la porter ailleurs, perfonne ne l'ofe regarder ains tout le mode en deftourne les yeux, pource que la veuë n'en eft pas feulement efpouuantable& dommageable aux hommes, mais aufsi qu'elle rend les arbres par où on la paffe fteriles,& y fait auorter les fruits.Ce fut l'occafion qui troubla lors ainfi l'entendement aux Aetoliens, parce que la religieufe en tranfportant l'image de la deeffe, la tourna deuers eux: toutesfois Aratus en fes Commentaires ne dit rien de tout cela, ains efcrit feulement qu'ayant desfait les Aetoliens,& les chaffant, il entra pefle mefle quand& les fuyans dedans la ville, dont il les ietta hors,& en tua fept cens. Ce fait d'armes a efté renommé depuis entre les plus glorieux,& là le peintre Timanthes exprimé& reprefenté fort au vif. Ce neantmoins, pource que plufieurs Princes, peuples& nations fe banderent incontinent à l'encontre des Achæiens, Aratus appointa depuis,& fit paix& alliance offenfiue& defenfiue auec les AetoJiens par l'entremife d'vn Pantaleon, qui auoit fort grand credit & authorité entre eux. Au furplus, defirant affranchir les Atheniens, il effaya de furprendre d'emblee le port de Piræe, dont il fut repris& blafmé par les Achæions, à caufe qu'il auoit enfraint Ja treue qu'ils auoyent auec les Macedoniens: mais luy en fes Commentaires nie fort& ferme que ç'ait efté luy,& en reiette la coulpe fur Erginus, celuy par le moyen duquel il recouura le chafteau d'Acrocorinthe, difant que ce fut luy qui de fon propre mou Laye puis & tr rent fere der pro Th fion deda Deme de del Maced lacia p incont bu po rae qu milsiu chaich tant qu Corint tourne compa Macedo Aratus aux Mac tout vin fouy lesqu'ile Son arme demiet les Athe b Vint a mo bien Achaiem aft du Faique ller taleable Epigas Pa merele Pai quilya quand elle te du teml de laville venerable maine,& S VOIT VO foy met de Diane porter Ce fut la пе les ans コー ARAT VS. 90% moutement effaya de Pefcheller,& que s'eftant fon efchelle rompue fous luy, il fe prit à fuyr,& que fe fentant pourfuity de pres par fes ennemis, il appella continuellement Aratus, comme s'il eut efté prefent,& qu'il fe fauua ayant abufé les ennemis par cefte rufe de guerre. Toutesfois cefte refponfe ne me femble pas vray femblable: pource qu'il n'eft pas croyable qu'Erginus foldat priué, Syrien de nation, euft mis vne fi grande entreprife en fa tefte, fi ce n'euft efté du feu& par le confentement d'Aratus, qui luy euft baillé gens, temps& moyen de l'entreprendre: ce que depuis il monftra bien euidemment, par ce qu'il n'attenta pas deux & trois fois feulement, mais plus encore, comme ceux qui defirent impatiemment vne chofe, de furprendre ce port de Pirae, ne fe reputant point pour auoir failly vne fois, ains pluftoft affeurant derechef fon efperance pour l'auoir failly de peu& en eftre approché bien pres:& vne fois, entre autres, en fuyant par la plaine Thriafie, il fe defnoua la iambe,& luy fallut faire plufieurs incifions pour le guairir, de forte qu'il fut long temps qu'on le portoit dedans vne litiere à la guerre. Depuis eftant mort Antigonus,& Demetrius fuccedé au royaume, il attenta encore plus que iamais de deliurer la ville d'Athenes, faifant bien fort peu de conte des Macedoniens. Et pource ayat efté desfait en bataille pres de Phylacia par vn lieutenant du Roy Demetrius, nommé Bithys,& eftat incontinent couru par tout vn grand bruit qu'Aratus eftoit mort, ou pour le moins qu'il eftoit prifonnier; celuy qui gardoit le Piræe qui eftoit vn Capitaine nommé Diogenes, efcriuit vne lettre mifsiue à Corinthe, par laquelle il mandoit à la garnifon des A- chæiens qui la tenoit, qu'ils euffent à luy rendre la ville, pourautant qu'Aratus eftoit mort,& il fe trouua d'aduenture lors dedans Corinthe, de forte que ceux qui auoyét apporté les lettres, s'en retournerent moquez, fans faire autre chofe que donner à rire à la compagnie: qui plus eft, le Roy mefme Demetrius enuoya de la Macedoine vne galere, fur laquelle il vouloit qu'on luy amenaft Aratus lié& garrotté:& les Atheniens mefmes pour complaire aux Macedoniens, furpaffans toute legereté de flatterie, porterent tout vn iour des chappeaux de fleurs fur leurs teftes en figne de refiouyflance publique, quand on apporta les premieres nouuelles qu'il eftoit mort: dequoy Aratus eftant irrité mena incontinet fon armee côtre eux iufqs tout ioignant le faux- bourg de l'Academie: toutesfois à leurs prieres il ne fit point de dömage:& depuis les Atheniens reconoiffans fa vertu, quand le Roy Demetrius vint à mourir, prirent enuie de recouurer leur liberté:& luy, combien qu'il y euft cefte annee- la vn autre Capitaine general des Achæiens,& qu'eftant detenu par vne longue maladie il ne bougeaft du licht, toutesfois à ce befoin il fe fit porter dedas vne litiere iufquer à Acbenes,& fit tät enuers le Capitaine de la garnifen 111 iij le pre 903 ARATV S. Diogenes, qui fit rendre aux Atheniens le port de Piree, la for tereffe de Munichia,& l'ifle de Salamine,& le chafteau de Su* Quatre nium, moyennant la fomme de* cent cinquante talens, dont vingts dix luy- mefme Aratus fournit du fien propre douze mille:& cemilleefcus. la fait fe ioignirent incontinent aux Achæiés les Aeginetes& les Hermioniens,& la plus part de l'Arcadie mefme, de forte qu'eftans pour lors les Macedoniens diftraits à autres guerres qu'ils auoyent à l'encontre de leurs voifins, la puiffance des Achæiens prit vn grand accroiffement, ayans mefmement pour alliez les Aetoliens. Adonc Aratus voulant accomplir fon ancienne promeffe,& fe fafchant de voir la cité d'Argos, qui leur eftoit fi voi fine, encore detenue en feruitude, enuoya deuers Ariftomachus, luy remonftrer qu'il fe vouluft contenter de remettre fa ville en liberté& l'affocier à la ligue des Achæiens, comme Lyfiadas a- uoit fait de la fiene,& de vouloir pluftoft eftre Capitaine general auec honneur& louange d'vne fi groffe& fi puiffante communauté, que tyran d'vne feule ville hay,& à toutes les heures du iour& de la nui& en danger de fa perfonne. Ariftomachus prefta l'oreille à fes admonneftemens,& renuoya deuers Aratus, luy Trente mil mandant qu'il auroit donc befoin de* cinquante talens pour de escus. fe desfaire des gens de guerre qu'il auoit autour de luy.L'argent fut trouué foudainement,& Lyfiadas qui eftoit encore Capitaine general de la ligue,& qui defiroit fingulierement q ceft exploit fe conduifit à chef par fon moyen, enuoya fecrettement deuers Ariftomachus accufer Aratus, en luy faifant remonftrer comme de tout temps il eftoit ennemi mortel,& qui ne pardonnoit iamais aux tyrans, a raifon dequoy il luy confeilloit de fe mettre pluftoft entre fes mains, comme il fit:& le prefenta Lyfiadas au confeil des Achæiens, là où ceux du confeilideclarerent bien e- uidemment l'amour& la fiace qu'ils auoyet en Aratus: car quand il contredit à ce qu' Briftomachus ne fuft point receu: ils le chafferent en courroux:& depuis ayant luy- mefme efté gaigné, quad il commença à en parler derechef au contraire deuant le confeil, ils accorderent promptement de receuoir les Argies& les Phliafiens en leur communauté,& mefme l'annee enfuyuât efleurent Ariftomachus Capitaine general de la ligue:& luy fe voyant en credit enuers les Achæiens, voulut entrer à main armee dedans le pays de la Laconie,& enuoya querir Aratus, qui pour lors fe trouuoit à Athenes.Aratus luy efcriuit qu'il luy difluadoit totale met ce voyage, ne voulat point que les Achæiens s'attachaffent à Cleomenes, qui eftoit ieune homme courageux& aduantureux.& qui en peu de temps s'eftoit accreu merueilleufemét: toutesfois y eftant Ariftomachus aheurté de tout point, Aratus luy obeyt,& fut en perfonne à tout ce voyage, là où s'eftant Cleemenes foudainement venu prefenter à eux auec fon armee pres la ville hille de mais A les Acha der la c plural douzi mene nuid bien g lie fes Leté, a s'en d aflail mene DA d deda ce q euffer mes l au lec ner pri trer au tains, q n'efto core e re à vn là où l & fona par fe Hoit pa foy ten celle q mez à l bates i Ara ans les Patr de elotramt foye dre la v de ne P de leur our le les ur elit ir Ariftomachu fa ville Lyfadan ane general Commu beures du chus preratus, luy pour argent ahme me 1, ARA TV S. 903 la ville de Palantium, Ariftomachus luy voulut donner la bataille: mais Aratus l'en deftourna, dont Lyfiadas le chargea enuers les Achæiens,& l'annee enfuyuant luy voulut faire tefte à demader la charge de general: mais il le perdit& en fut debouté à la pluralité des voix, eftant Aratus efleu Capitaine general pour la douzième fois.Cefte annee- la il fut des fait en bataille par Cleomenes, pres du mont de Lycæum,& s'en eftant fuy il s'efgara la nuit, tellement qu'on cuida qu'il fuft mort,& en courut derechef bien grand bruit entre les Grecs: toutes fois il fe fauna,& ayat rallie fes gés ne fe côtenta pas d'eftre efchappé,& de fe retirer à fau ueté, ains fe feruant treflagement de l'occafion, fans que perfonne s'en doutaft, ne qu'on foupçonnaft qu'il peut aduenir, il alla affaillit au defpourueu les Mâtiniens qui eftoyent alliez de Cleomenes,& ayant pris la ville laiffa bonne garnifon dedans,& donna droit de bourgeoiffe aux eftrangers qui eftoyent demeurans dedans. Ainfi fut- il feul, qui eftant vaincu acquit aux Achæiens ce qu'à grande peine euffent- ils peu gaigner, fi eux- mefmes euffent vaincu. Depuis les Lacedæmoniens eftans entrez en armes fur les terres des Megalopolitains, il y alla bien foudainemet au fecours: mais il ne voulut plus hafarder la bataille, ni donner prife à Cleomenes, qui ne demandoit autre chofe que de l'attirer au combat,& refifta'toufiours cöftamment aux Megalopolitains, qui le preffoyent de fortir en la campagne: car outre ce qu'il n'eftoit pas de nature fort propre pour vne bataille affignee, encore eftoit- il lors le plus foible en nobre de cobatás,& auoit à fai re à vn ieune home aduentureux, ayant encore le feu en la tefte, là où l'ardeur de fon courage eftoit defia fort attiedé quát à luy, & fon ambition refroidie:& fi eftimoit que comme Cleomenes par fe hafarder hardiment alloit acquerant reputation, qu'il n'aoit pas au parauant: auffi eftoit- il befoin que luy conferuaft, par foy tenir bien fur fes gardes,& aller referuément en befongne, celle qu'il auoit de fia toute acquife. Ce neantmoins les foldats armez à la legere eftas fortis aux champs,& ayas repouflé les Spartiates iufques dedans leur champ, où ils entreret pefle mefle quat eux, A ratus non pour cela ne voulut onques y mener fes citoyës, ains les arrefta fur le bord d'vne grande baricade qu'il y auoit entre deux,& les engarda de paffer outre: dequoy Lyfiadas fe def efperant& en difant outrage à Aratus, appella les gés de cheual. difant qu'il vouloit à tout le moins aller fouftenir ceux qui chaffoyent, les priant de ne vouloir point ainfi lafchement laiffer perdre la victoire qu'ils aucyent toute certaine entre leurs mains,& de ne l'abandonner point au befoin, combatant pour la defenfe de leur pays. Ainfi ayant affemblé autour de luy bon nombre de cheualerie& d'hommes choifis, il alla par grand effort donner dedans la pointe droite de la bataille des ennemis,& les ayant Y 9- es A 111 j 904 ARATV S. tournez en fuyte, les chaffa d'vne ardeur de courage inconfide ree iufques dedans les chemins tortus, plates d'arbres,& foffoyez de larges foffez, là où Cleomenes l'alla charger fi afprement qu'il y demeura mort fur la place en combatant vaillemment& fort glorieufement, les autres hommes d'armes fuyans s'allerent reietter dedans la bataille de leurs gens de pied,& troublans leurs rang emplirent toute l'armee de fuyte& d'effroy: à l'occafion dequoy on donna grand blaíme à Aratus, d'auoir là abandonné Lyfiadas,& eftant forcé par les Achæiens qui s'en alloyét fans fon congé, il les fuyuit à la fin,& fe retira auffi luy mefme en la ville d'Aegium, là où les Achæiens tenans leur confeil, arrefterent qu'ils ne fourniroyent plus argent à Aratus, ny ne luy foudoyeroyent plus d'eftrangers,& luy dirent qu'il les entretinft du Gen, s'il en vouloit plus auoir pour faire la guerre, dequoy fe fentant grandement iniurić, il fut entre deuix de leur quiter leur feau,& fe depofer promptement de la charge de general: toutesfois a- pres auoir vn peu difcouru l'affaire en luy- mefme, il euft patience,& menat les Achæiés vers la ville d'Orchomene, y combatit à l'encontre de Megiftonus beau pere de Cleomenes, fur lequel il eut auantage: car il luy tua trois cens de fes homes,& le prit luymefme prifonnier. Au refte, ayant parauant accouftumé d'eftre toufiours efleu Capitaine general pour le moins de deux ans I'vn, quand fon tour de l'eftre fut efcheu, on l'appella bien pour luy bailler la charge, mais il s'en excufa,& fut efleuTimoxenus en fo lieu: de laquelle excufe la caufe qu'on allegue, que c'eftoit pour vn defpit& vn mefcontentement qu'il auoit de la commune, ne me femble pas vray- femblable, pource que la caufe vraye fut à mon aduis, l'eftat auquel il voyoit les affaires des Achaiens: car Cleomenes ne marchoit plus pas à pas tout bellement comme il auoit fait à fon cómmencement, quand il eftoit contrerollé par des officiers& magiftrats de ville, ains depuis qu'il en fait occire les Ephores, departy egalement tout le territoire de Lacedæmone,& donné droit de bourgeoyfie Spartaine à plufieurs eftrangers, s'eftant fait feigneur abfolu de Lacedæmone, il courut auffi toft fus à bon efciant aux Achæiens,& voulut auoir preeminence & principauté fur eux. A l'occafion dequoy on reprent fort A- ratus, de ce qu'en vne fi perilleufe tourmente des affaires de fon pays il auoit quitté& abandoné, luy qui eftoit le pilote, la códuite& le gouuernement du timon à vn autre, lors qu'il euft efté honnefte& raifonnable, que de luy- mefme il l'eut pris en main, encore qu'on ne luy euft pas voulu bailler, pour furuenir au faJut commun: ou bien s'il fe desfioit& defefperoit du tout des affaires& de la puiffance des Achæiens, il deuoit pluftoft ceder à Cleomenes,& non pas infecter& corrompre derechef le Peloponefe de mœurs barbares, en y remettant garnifon de Macedoniens & er && E qu'ils auo matiere tout en en les a defgu inique eftoit- i au plus ner la moins la nob Acha au lie aux v Capit ren'en on ne d'Acroc que le c point m param fa pui milon q neantm teen ta bius efc de la b avec An les Meg fil des Cafe qu auelle quel e tot en e it Poly toit a Cl wane te Les Ac fur At trovala eve froy- Tocken bay mete la Lay Tudore stefois a e patien combati requeli epic lay ARAT VS. 905 miens,& empliffant le chafteau d'Acrocorinthe d'armes de Gaulois& d'Efclauons, non pas faire fes feigneurs& maiftres ceux qu'ils auoit tant de fois batus à la guerre,& tant de fois affinez en matiere de gouuernement, dont luy- mefme dit tant de maux par tout en fes Commentaires, ni ne les mettre pas dedans les villes, en les appellant alliez& confederez pour cuider amoindrir& defguifer la vilenie du fait. Car encore que Cleomenes euft efté inique, violent& tyrannique, s'il faut ainfi dire, à tout le moins eftoit- il defcendu du fang d'Hercules,& eftoit natif de Sparte, au plus bas& plus petit homme de laquelle il valoit mieux donner la principauté, que non pas au premier de la Macedoine, au moins à ceux qui ont en quelque recommandation l'honneur& la nobleffe de la Grece:& toutesfois Cleomenes ne demãdoit aux Achæiens que la preeminence& le titre de Capitaine feulement: au lieu duquel tire d'honneur il promettoit beaucoup de bien aux villes de la ligue& alliance, là où Antigonus ayant efté eflew Capitaine general auec puiffäce abfolué, tat par mer que par terre, n'en voulut neantmoins accepter la charge, que premieremet on ne luy euft mis entre fes mains pour fon falaire, la forterefle d'Acrocorinthe, qui eftoit manifeftement faire, ne plus ne moins que le chaffeur d'Aefopus, qui brida le cheual: car il ne voulut point monter deffus les Achæiens, qui l'en requeroyent,& que parambaffades& par decret de leur confeil, fe foummettoyent fa puiflance, quine les euft premieremét fellez& bridez par garnifon qu'il leur fit receuoir,& oftages qu'il leut fit bailler:& neantmoins il allegue tout ce qu'il peut pour fe auer de cefte fata te, en tafchant de faire à croire qu'il y fut contraint. Mais Poly bius efcrit que de longue main auant la contrainte, foy desfiant de la hardieffe de Cleomenes, il auoit fecrettement eu propos auec Antigonus de ce qu'il fit depuis ouuertement,& qu'il attira les Megalopolitains les premiers qui firent cefte requefte au confeil des Achæiens, d'appeller le Roy Antigonus à leur fecours, à caufe qu'ils eftoyent les plus voifins du feu,& ceux qui plus continuellement fentoyent les trauaux de la guerre de Cleomenes, lequel eftoit toufiours à leur porte à les faccager& piller:& autant en efcrit femblablement Philarchus, lequel toutesfois s'il n'a uoit Polybius pous tefmoin, à l'aduenture ne feroit- il pas trop raifonnable d'adioufter grande foy: car pour l'amour qu'il portoit à Cleomenes, il femble eftre raui de quelque infpiration diuine toutes& quantes fois qu'il vient à parler de huy,& fait en fon hiftoire, ne plus ne moins qu'il feroit en vn plaidoyer deuant des iuges, accufant par tout l'vn,& defendant toufiours l'autre. Les Achæiens donc perdirent derechef la ville de Megalipolis, qui fut prife fur eux par Cleomenes,& furent par luy desfaits envne groffe bataille pres d'Hecatombeon, dont ils furent fie defire en lo ne car par 00 -op D ARATVS. 906 ftonnez, qu'ils luy enuoyerent incontinent des ambaffadeurs par lefquels ils luy manderent qu'il fe trouuaft en la ville d'Argos,& que là ils le feroyent leur Capitaine general: mais quand Aratus entendit qu'il venoit,& qu'il eftoit defia auec fon armee pres la ville de Lerna, en ayant peur, il enuoya d'autres ambaffadeurs pour luy faire entendre qu'il vinft en feureté auec trois cens hommes feulement, comme deuers fes alliez& confederez: nonobftant que s'il auoit foupçon d'aucune fraude ou mauuaiftié, qu'on luy bailleroit des oftages pour la feureté de fa perfonne. Cleomenes refpondit que cela eftoit manifeftement vn tour de moquerie& vne iniure qu'on luy faifoit: au moyen dequoy il fe partit de là incontinent,& efcriuit vne letre miffiue au confeil des Achæiens, dedans laquelle il dit toutes les vilenies & infamies qu'il peut d'Aratus, lequel luy repliqua de mefme,& fe piqueret ainfi l'vn l'autre iufques à parler de leurs mariages& de leurs femmes: depuis laquelle lettre Cleomenes enuoya par vn heraut deffier les Achæiens,& leur denoncer la guerre,& s'en fallut bien peu qu'il ne defrobaft la ville de Sicyone par intelligence de quelques traiftres: mais y ayant failli, il fe deftourna tout court,& s'en alla à Pallene, qu'il prit, en ayant chaffé le Capi taine general des Achæiens,& incontinent apres il prit auffi la ville de Phenee& celle de Petenlion: puis fe ioignirent volotairement à luy les Argiens& les Philafiens, qui receurent garnifon de luy, de forte qu'il n'y auoit plus rié qui demeuraft feur ny ferme aux Achæiens de tout cequ'ils auoyent coquis& ioint à leur cómunauté pourtant fe trouuoit Aratus en grand trouble de fon entendement, voyant que tout le Peloponefe braloit ainfi,& que toutes les villes fe foufleuoyent par les menees de ceux qui dema doyet les nouuelletez: car il n'y auoit perfonne qui fe contentaft de l'eftat auquel eftoyent pour lors les affaires, ains y eut plufieurs des Sicyoniens& des Corinthies mefmes defcouuerts, qui auoyet de fecretes intelligences auec Cleomenes,& qui de longue main eftoyent mal affectionnez au bien de la ligue& communauté, pour le defir qu'ils auoy ent de fe faire eux- mefmes feigneurs de leurs villes, contre lefquels ayant efté donné par le confeil à Ara tus commiffion d'informer,& de faire leur procez fouueraine-. ment& fans appel, il fit mourir ceux qu'il trouua attains de celle corruption en Sicyone,& effayant de faire le femblable à Corinthe, il enquit contre eux,& les fit punir, irritant contre foy le com mun peuple qui eftoit ia luy- mefme eftrangé de volonté,& fe faf choit de la fuietion des Achæiens. Parquoy s'eftans affemblez au temple d'Apollo, ils enuoyerent querir Aratus en intention de Je prendre& le retenir prifonnier auant que fe rebeller ouuertement. Aratus y alla, pour monftrer qu'il ne fe doutoit ny ne fe desfioit point d'eux, tirant toutesfois fon cheual apres luy par la bride. File Sile procher fer: mais dit qu' ainfi di foyer Vn pe quelq il parl par le loma dainer de la bien uers que Les C apres rir Cle ma pas auoyet peuple ment places de pal Aratu tour d taine xes cho defia ans, du Grece defert pefte Cuers but& p Boyer le Executio JDOR T Cleom point mette affen part et& confed CATE les viles de melime mariages enuoya pa erre,& par ineltourna ARAT VS. 907 bride.Si fe leuerent incontinent plufieurs encontre luy, qui luy reprocherent& dirent toutes les iniures dont ils fe peurent aduifer: mais Aratus auec vn vifage raffis& vne parole douce, leur dit qu'il fe r'affeiffent en leurs places,& qu'ils ne criaffent point ainfi diffoluement debout,& mefme fit entrer dedans ceux qui e- ftoyent à la porte: mais en leur difant cela, il fe tira tout bellemét vn peu arriere de la preffe, comme pour donner fon cheual à quelqu'vn pour le luy tenir.Puis eftant ainfi forty de cefte preffe il parla pofément& fans effroy à ceux de Corinthe qu'il trouua par le chemin, leur difant qu'ils s'en allaient à ce temple d'Apolio: mais quand il fut à l'endroit du chafteau, alors il monta foudainement deffus fon cheual,& comanda à Cleopater Capitaine de la garnifon des Achæiens, qu'il entendift foigneufement à bien garder le chafteau:& cela dit s'en courut à bride abbatue de uers Sicyone, fuyui par trente de fes foldats feulement, pource que les autres l'abandonnerent, s'efcartans çà& là. Vn peu apres les Corinthiens aduertis comment Aratus s'en eftoit fuy, allerent apres, mais ils ne le peurent atteindre: fi enuoyerent adonc querir Cleomenes-& mirent leur ville entre fes mains, dont il n'eftima pas tant le gain, comme il fut marri de la faute de ce qu'ils auoyēt laiffé efchapper Aratus. Ainfi Cleomenes, s'eftans auffi les peuples habitans au long de celle marine, qui s'appelle comunement la riuiere de Corintбe, rendus à luy,& luy ayans liuré leurs places& lenrs villes, enuironna d'vne trenchee& d'vne clofture de pallis le chafteau d'Acrocorinthe.Au demeurat, arriué que fue Aratus à Sicyone, plufieurs des Achæiens s'y aflemblerent autour de luy,& y eftant tenue affemblee de cöfeil, fut efleu Capitaine general auec plein pouuoir& authorité foueraine de toutzes chofes,& luy donnerent gardes de fes propres citoyens, ayans defia manié les affaires des Achæiens par l'efpace de tréte& trois ans, durant lefquels il auoit toufiours efté le premier home de la Grece en puiffance& en reputation,& lors il fe trouuoit poure, defert& affligé, come en vn naufrage de fon pays battu de la tépefte& en grand danger de fa propre perfonne: car ayat enuoye deuers tes AEtoliens leur demander fecours, ils le luy refuferent tout à plat: qui plus eft, la ville d'Athenes ayant bone volôté d'en 11oyer fecours pour l'amour d'Aratus, fut diuertie de la mettre en execution par les menees d'Euclidas& de Micion. Dauantage il auoit vne maifon à Corinthe, où eftoit tout fon argent, à quoy Cleomenes ne toucha point du commencement, ny ne permit point qu'autre y touchaft, ains enuoya querir fes amis& entremetteurs de fes affaires,& leur dit qu'ils Juy gardaffent& gouuer maffent le tout, pour luy en rendre puis apres bon conte:& outre ce, particulierement enuoya Tripylus deuers luy,& depuis enco & Megiftonus fon beau- pere, luy faire plufieurs grandes offres, Capi taireSI CHI. ARAT V S. Anti s lay ay there affe rencontr en toute de luy ce qu' Stat& agreab bien, qu 908 mefmement vne penfion de douze talens, qui eftoit le double de Sept mille celle que luy donnoit Ptolomæus, qui luy enuoyoit fix talens tous deux cens ef les ans,& ne demandoit autre chofe, finon qu'il fut declaré par la cómunauté Capitaine des Achæiens,& qu'il peuft mettre la moitié de la garnifon dedans le chafteau d'Acrocorinthe pour le gar. der en commun: à quoy Aratus fit refponfe, qu'il ne tenoit pas les affaires en fa main,& que les affaires le tenoyent pluftoft luymefme.Laquelle refponfe Cleomenes prenant pour vne fimulee desfaite, entra incontinent en armes fur les terres des Sicyoniens où il pilla& gafta tout le plat pays,& demeura l'efpace de trois mois, pendant qu'Aratus eftoit apres à deliberer& à fe refoudres s'il deuoit receuoir Antigonus ou non, à caufe qu'il ne vouloit point mettre la main aux armes pour le fecourir, que prealablemét on ne luy liuraft le chafteau d'Acrocorinthe entre fes mains. Parquoy les Achæiens affemblez en la ville d'Agium pour en confulter, y appellerent Aratus: mais il y auoit danger au paffage, à caufe que Cleomenes eftoit campé tout aupres de la ville de Sicyone, auec ce que fes citoyens le retenoyent,& difoyét à toute force qu'ils ne le laifferoyent point aller s'expofer à vn fi euident peril, eftans leurs ennemis fi pres d'eux. Les femmes mefmes& les petits enfans eftoyent pendus à fon col, pleurans& l'en ironnans comme leur pere& leur fauueur commun: toutesfois Aratus les ayant reconfortez& affeurez au moins mal qu'il peut, monta à cheual auec dix de fes amis& fon fils qui eftoit defia fur le commencement de fon adolefcence,& s'en alla vers la marine, où ils monterent fur quelques vaiffeaux qui eftoyent là à lancre,& fe firent porter à Egium, où fe tenoit l'affemblee du confeil, auquel il fut refolu, qu'on apelleroit Antigonus,& luy litreroit- on le chafteau d'Acrocorinthe entre fes mains: ce qui fut fait, & y enuoya Aratus fon propre fils entre les autres oftages: dequoy les Corinthiens eftans griefuement irritez& indignez, pillerent fes biens& donnerent fa maifon à Cleomenes. Et comme defia Antigonus fut en chemin pour aller au Pelopone fe auec fon armee, laquelle eftoit de vint mille hommes de pied Macedoniens & de quatorze cens hommes de cheual, Aratus auec les officiers de la ligue des Achæiens luy alla au deuant par mer, fans que les ennemis en feuflent rien, iufques a la ville de Peges, ne fe fiant pas trop à Antigonus, n'y aux Macedoniens, pource qu'il fauoit tres bien qu'il ne s'eftoit agrandy que par les maux& dommages qui leur auoit faits,& que le premier& plus grand moyen qu'il auoit eu de fe pouffer& mettre en auant aux affaires, auoit e fté la haine qu'il portoit au vieil Antigontis: toutesfois voyat que c'eftoit vne neceffité irremediable, que l'occafion qui le preffoit, à laquelle ceux mefmes qui comandent aux autres, font contraints d'obeyr, il en prit l'aduenture Quand done on en alla dire la nou Relis ment c neceff en tou mais a auoyd hoftie pees fer qu Vouloy de laqu n'adiou aux di depuis Antig de gen de luy vertur point nus lu teurs e perent crifice len Cela donn of cont to 101 bien for enuoya ville fi Ara The Gale des Sicpatico Telpas de a le rela que prea Egiem p danger difoye ler à vaf es mel & len esfois lan COens ers les 0 لاد Dita unts под ells ARATVS. 909 belle à Antigonus, que c'eftoit Aratus en perfonne qui s'en venoit vers luy, ayant falué les autres qui eftoyét en fa compagnie d'vne chere affez commune, il luy fit à luy vn recueil à cefte premiere rencontre qui fut fingulieremet honorable:& depuis le trouuant en toutes chofes homme de bien& de fort bon fens, il aprocha de luy, iufques à communiquer de fes plus priuez affaires, pource qu'il n'eftoit pas feulement vtile au maniement d'affaires d'eftat& gouuernement de grandes chofes, ains eftoit autant ou plus agreable pour eftre à l'entour d'vn Prince,& luy tenir compagnie à luy faire paffer le temps en paix eftant de loifir. Parquoy, com bien, qu'Antigonus fut lors ieune, toutesfois quand il eut entierement coneu la nature d'Aratus, ayant toutes les parties qui font neceffaires pour retenir l'amitié d'vn Prince, il fe feruit de luy en toutes chofes, plus que nul autre, non feulement des Achæiens, mais aufsi des naturels Macedonies. Et ainfi aduint ce q les dieux auoyent fignifié par les fignes& indices des facrifices, car en vne hoftie qui fut immolee, il fe trouua deux bourfes du fiel enuelopees d'vne feule taye: ce que les deuins auoyent interpreté figni-. fier que ceux qui parauant eftoyent tref- grands ennemis& quife vouloyent mal de mort, fe viendroyent à vnir en amitié extreme: de laquelle prediction Aratus fur l'heure ne fit point de conte n'adiouftant pas au demeurant grande foy ny aux facrifices, n'y aux diuinations,& s'arreftant plus au difcours de la raifon. Mais depuis eftans les affaires de la guerre bien acheminez, comme Antigonus fift vn feftin en la ville de Corinthe, auquel beaucoup de gens furent conuiez, il vouluft qu'Aratus couchaft au deflus de luy à la table,& peu apres comanda qu'on apportaft vne cou verture,& fe tournant deuers Aratus luy demanda s'il fentoit point de froid.Aratus luy refpondit qu'il geloit,& adonc Antigo nus luy dit qu'il s'aprochaft plus pres de luy:& comme les feruiteurs, euffent apporté vn tapis pour couurir le Roy ils les enuelop perent tous deux enfemble:& lors Aratus fe fouuenant de ce facrifice fe prit à rire.& conta au Roy le figne qui luy eftoit aduenu en facrifiant,& l'interpretation que les deuins en auoyent faite.Cela fut quelque temps depuis: mais pour lors eftans à Peges, ils donnerent la foy I'vn à l'autre:& cela fait, marcherent auffi toft contre les ennemis: fi y eut entre eux plufieurs efcarmouches tout ioignant la ville de Corinthe, par ce que Cleomenes s'eftoit bien fortifié,& que les Corinthiens fe defendoient de grand courage.Sur ces entrefaites Ariftoteles Argien, eftant ami d'Aratus, enuoya fecrettement deuers luy l'aduertir qu'il feroit rebeller la ville fi luy- mefme y venoit auec quelque nombre de gés de guer re. Aratus le dit au Roy Antigonus, qui luy bailla mil cinq cens hommes, auec lefquels il s'embarqua,& paffa en diligence depuis Fençoulure du deftroit, iufques en la ville d'Epidaure: mais la gro ARAT VS: le chaftem quelques pri obtenir. Et ers les Mantin peuples Gre ' Antigonus perfonage claves& en pied,& fire me efclaues Yne tierce mens. Ma droit de ve les Argiens n'attendirent pas fa venue, ains s'efleuerét deuant, & affaillirent les gens de Cleomenes, qu'ils rangerent iufques dedans le chafteau.Dequoy Cleomenes eftant aduerty,& craignant que fes ennemis tenans la ville d'Argos ne luy coupaffent& ferraffent le chemin de fe pouuoir tirer à fauueté en fon pays quand il en feroit befoin, abandonna le chafteau d'Acro corinthe,& fe partit qu'il eftoit encore nuit pour aller fecourir fes gens qui eftoyent dedans Argos: fi y arriua affez à temps,& y desfit quelque trouppe des ennemis: mais tantoft apres Aratus y eftant arriué,& le Roy auffi Antigonus y furuenu auec toute fa puiffance, Cleomenes fut contraint de fe retirer à Mantinee. Depuis ce recouurement d'Argos toutes les autres villes du Peloponefe fe retournerent derechef du cofté des Achæiens,& Antigonus fe faifit du chafteau d'Acrocorinthe:& Aratus eftant efleu Ca pitaine par les Argiens, leur confeilla qu'ils fiffent prefent à Anti gonus de tous les biens de leurs tyrans& de ceux qui auoyent e- ité traiftres à la chofe publique,& apres auoir bien tourmenté& gehenné le tyran Ariftomachus en la ville de Cenchree, le noyerent finalement dedans la mer.dont Aratus fut fort blafmé, d'auoir ainfi laiffé martyrifer ce poure home, qui n'eftoit point mefchant, & qui luy auoit fait du plaifir, ayant à fa perfuafion volontaireament quitté fa tyrannie,& mis fa ville en la communauté des A- chæiens, auec ce que defia on luy imputoit plufieurs autres chofes, comme d'auoir efté caufe que les Acheiens auoyent donné en don à Antigonus la ville de Corinthe, ne plus ne moins que fi ce euft efté quelque petit village,& qu'apres auoir pillé la ville de Orchomene ils luy auoyent permis d'y mettre garnifon de Mace doniens, qu'ils auoyent arrefté en leur confeil qu'on n'efcriroic plus, ny n'enuoyeroit- on ambaffadeurs quelconques fans le feu & cöfentement d'Antigonus,& qu'ils eftoyent cótraints de payer la folde aux Macedoniens,& qu'on faifoit des facrifices, des offra des, des feftes& des ieux à Antigonus come s'il euft efté vn dieu, en fuyuant l'exemple des citoyens d'Aratus, qui auoyent commen cé les premiers,& auoyent receu Antigonus dedans leur ville, à la fuafion d'Aratus qui le logeoit& feftoyoit en fa propre maifon. De toutes lefquelles fautes ils iettoyent la coulpe fur Aratus, ne confiderans pas que depuis auoir baillé en main à Antigonus les renes du gouuernement, luy- mefme eftoit bon gré malgré qu'il en euft, tiré par la roideur impetueufe de la royale licence,& n'eftoit plus demeuré maiftre ny feigneur, finon de la parole feulement, de laquelle encore n'ofoit- il pas vfer trop librement: car il eft tout certain qu'il fe fit plufieurs chofes qui defpleurent grandement à Aratus, comme entre autres, qu'Antigonus fit releuer les images des tyrans d'Argos, que luy auoit fait abbatre,& qu'il fit auffi ruer par terre celles qu'on auoit dreffees à ceux qui auoyent furter ainfi er & d'vne m commed chiffemen me de def villeon n'e ait fait par donné le co repeuple cerepeuple feroit plus pelle enco Mantinee effacee,& qui ont de Cleomene de Sellafie Antigo ratus, s'e maladie eftante onefe, lu ement p droit p de la Grece benceren angeres elenta auores le noye danoit efchan des A- scho one en efice ville de Mace le feu en nt ARAT VS. 912 fur pris le chafteau de Corinthe, excepté celle d'Aratus toute feule:& quelques prieres qu'il fift au côtraire, iamais pourtant ne le feut obtenir.Et fi fembla que les Achæiens ne fe porterent pas enuers les Mantiniens, auec l'humanité qui eftoit conuenable entre peuples Grecs: car ayans la ville entre leurs mains par le moyen d'Antigonus, ils firent mourir tout les principaux& plus notables perfonnages d'icelle,& des autres en vendirent les vns comme ef claues,& enuoyerent les autres en Macedoine auec les fers aux pieds,& firent les femmes& les enfans ferfs qu'ils vendirent com me efclaues,& de l'argent qui en prouint en departirét entre eux vne tierce partie,& en donnerent les deux autres aux Macedoniens. Mais encore fe peut- il dire que cela fe faifoit par quelque droit de vengeance: car cobien que ce fuft cruauté grande de trai ter ainfi en courroux des peuples qui eftoyent d'vn mefine fang, & d'vne mefme langue, au moins eft- ce chofe douce& non afpre, comme dit Simonides, quand on y eft contraint, donner ce refraifchiffement& ce contentement à fon cœur bouyllant d'ire& enflá mé de defpit: mais quant à ce qui fut encores depuis fait de celle ville, on n'en fauroit aucunement excufer Aratus, ne dire qu'il le ait fait par occafion ny honefte ny neceffaire: car Antigonus ayat donné le corps vuide de la ville aux Argiens, ils refolurent de la repeupler,& eleurent Aratus pour Capitaine& conducteur de ce repeuplement, lequel ordonna que dés lors en auant la ville ne feroit plus appellee Mantinee, ains Antigonide, comme elle s'appelle encores iufques auiourd'huy.Ainfi femble- il que l'amiable Mantinee( car ainfi la fur- nomment les poëtes) ait efté totalement effacee,& eft demeuré vne autre ville qui porte le nom de ceux qui ont deflruit& fait mourir les habitans de la premiere.Depuis Cleomenes ayant efté desfait en vné groffe bataille pres la ville de Sellafie, abandonna la ville de Sparte,& s'enfuyt en AEgypte: & Antigonus ayant vfé de toute honnefteté& gracieufeté enuers Aratus, s'en retourna en Macedoine, là où fe fentant defia attaint de maladie, il enuoya Philippus qui luy deuoit fucceder au royaume, eftant encore fur le commencement de fon adolefcence, au Pe loponefe, luy enioignant expreffentent de foy gouuerner principalement par le confeil d'Aratus,& vfer de fon entremife quand il voudroit parler aux villes,& fe faire conoiftre aux Achæiens. Aratus le recueillant de mefme, le rendit affectioné, de forte qu'il le renuoya en Macedoine plein d'amour& de bien- vueillance enuers luy,& bien deliberé d'entendre à bon efciant aux affaires de la Grece.Mais apres le trefpas d'Antigonus, les AEtoliens com mencerent d'auoir en mefpris la parefle& lafcheté des Achaies, pource qu'eftans ia tous accouftumez à fe defendre par mains e- ftrangeres,& s'eftans de tout point rangez deffous les armes des Macedoniens, ils viuoyet en oifiueté& diffolution grade, à l'occa 81% contre les A rent renom werneur,& quoy les mig que iamais cachetes && le picqu Jatable par forare vine f peren laten les condam encore pour ARAT VS. fion dequoy les AEtoliens entreprirent de fe faire feigneurs du Peloponefe: fi leuerent vne armee,& en paffant chemin prirent quelque beftail& quelque butin feulement fur les terres des Patreiens& des Dymeiens: mais eutrans à main armee dedans le ter ritoire de Meffine, y pillerēt& gafteret tout le plat pays. Dequoy Aratus fe courrouçant,& voyant que celuy qui eftoit lors Capi-' taine general des Achæiens, nommé Timoxenus, dilayoit& reculoit toufiours, en confumant le temps en vain, a caufe que la fin de fon annee approchoit, luy eftant defigné general, pour l'annee enfuyuant, anticipa fon terme de cinq iours pour aller fecourir Jes Meffeniens,& aflemblant les forces des Achæies, qui n'eftoyét plus ny de leurs perfonnes duits aux armes, ny de leurs volontez bien affectionnez à la guerre, il fut vaincu pres la ville de Caphyes. Et pource qu'il fembla qu'il y auoit procedé vn peu trop chaudement& trop courageufement, il fe refroidrit derechef fi fort,& abandonna tellement les affaires, que toute efperance perdue, il endura que les Aetoliens foulaffent aux pieds, par maniere de dire, le Peloponefe deuant fes yeux, auec toute l'infolence& P'arrogance qu'il eft pofsible, combie que par plufieurs fois ils luy donnaffent de belles prifes fur eux Si furent derechefles Achæies contrains de tendre les mains à la Macedoine,& d'attirer aux affaire de la Grece le ieune Roy Philippus, efperans que pour l'amour qu'il portoit& la confiance qu'il auoit en Aratus principalement, ils le manieroyent facilement,& en feroyent tout ce qu'ils voudroyét.Mais lors premier comencerent Apelles& Megareus& quelques autres courtifans à calomnier Aratus, aufquels le Roy preftant l'oreille tint la main à ce qu'vn autre nomé E- peratus de faction cótraire à Aratus, fut par les Achæies efleu Capitaine general: toutesfois eftat ce nouueau general Eperatus extremement mefprifé par les Achæiens,& Aratus ne fe voulat plus ancunement mefler ni entremettre des affaires, il ne fe faifoit ofe quelconque qui rien valuft: à l'occafion dequoy Philippus reconoiffant qu'il auoit grandement failli, fe retourna deuers Aratus,& fe donnant du tout à luy, quand il coneut que fes affaires en alloyent croiflans toufiours de bien en mieux, il voulut dependre toutalement de luy, comme de celuy duquel procedoit tout fon honneur, fa reputation& fagrandeur. A l'occafion dequoy Aratus fot eftimé de tout le monde fage gouuerneur, non feulement d'vn eftat& chofe publique populaire, mais auffi d'vn royaume, pource que fes mœurs, fon intention& fon but principal apparoiffoyent és faits de ce ieune Roy, come vne riche couleur qui les embelliffoit: car la moderatió de laquelle vía ce ieune Prince enurs les Lacedæmonies qui l'auoyent offenfé, le gracieux traitement qu'il fit aux Candiots, moyennant lequel il gaigna toute l'ifle de Cadie en peu de iours,& le voyage qu'il entrepric Mais à la fi fuccedoye violentes mafque do ftrer les vic L me duieun aurant qu'il de four en io eftats pop tus arriere prit de luy vi niens fuffent re fes autres res Philip fitant enc art aux Ca primer l'a Chefs& ur fe defe lay, les C eurs& pre ans tueren ville, iuf Fombuftion onftra quen repr amoureux non pas ombieu ecount dereca rmane olence is ils lay chaies er aux Patout ce quels E- Ca ers ut e Taais prit AR ATV S. 913 prit contre les Ætoliens, qui fut de merueilleufe execution, luy acquirent renom de Prince croyant confeil,& à Aratus, de fage gouuerneur,& d'homme de grand entendement: au moyen dequoy les mignons de ce ieune Roy, luy portans plus grande enuie que iamais:& voyans qu'ils ne gaignoyent rien à mefdire de luy à cachetes, commencerent à luy dire iniures tout publiquement, & à le picquer ouuertement de vilaines& outrageufes paroles à la table, par grande infolence& grande derifion, iufques à le pour fuyure vne fois à coups de pierres, ainfi qu'il fe retiroitapres foupper en fa tente: dequoy Philippus quand il le feut eftant indigné, les condamna fur l'heure à l'amende de vingt talens,& depuis,* Douxe encore pource qu'ils luy troubloyent fes affaires, il les fit mourir. mille escus. Mais à la fin enorgueilly par la profperité de fes affaires qui luy fuccedoyent à fa volonté, il commença à mettre hors plufieurs violentes cupiditez& fa naturelle mauuaiftié, venant à forcer le mafque dont il fe couuroit contre fa nature,& petit à petit à moftrer les vices de fes mœurs: car premieremet il corrompitla femme du ieune Aratus, ce qui fut longuemét couuert& caché, pour autant qu'il eftoit. logé en leur maifon,& commença à deuenir de iour en iour plus rude& plus afpre aux chofes publiques,& aux eftats populaires,& voyoit- on euidemment qu'il reculoit A- ratus arriere de foy: mais le commencement de la desfiance qu'il prit de luy, vint de ce qui fe fit à Meffine: car comme les Meffeniens fuffent tombez en vne grande diffention ciuile les vns cotre les autres, Aratus y alla poury remedier,& y arriua vn iour a- pres Philippus, qui au lieu de les accorder, les alloit aigriffant& irritant encore davantage les vns contre les autres, demandant à part aux Capitaines de la ville s'ils n'auoyent pas des loix pour reprimer l'audace& l'infolence du commu peuple,& puis à part aux Chefs de la partie du peuple s'ils auoyent pas des mains pour fe defendre des tyras: parquoy fe fiant l'vne& l'autre partic de luy, les Capitaines voulurent mettre les mains fur les harangueurs& prefcheurs du peuple,& eux auec la commune fe foufleuans tuerent les Capitaines, officiers& principaux perfonnages de la ville, iufques au nombre de bien pres de deux cens. Philippus donc ayant fait ce mauuais acte,& mis les Meffeniens en telle combuftion les vns contre les autres, Aratus qui y furuint puis apres, monftra d'en eftre fort defplaifant,& ne fit point taire fon fils qui en reprit& blafina publiquement le Roy, auec vne trefgrande aigreur Or fembloit- il que ce ieune Aratus auparauant fuft amoureux de Philippus: mais il ne fe peut tenir lors de luy dire deuant toute l'affemblee du peuple, qu'il ne le trouuoit plus beau, non pas de vifage mefme, ains le plus laid du monde, apres auoir fait vn fi mauuats acte: à quoy Philippus ne luy refpondit rien, combieu qu'on cuidaft qu'il luy deuft bien refpondre en che mam j 914 ARAT V S. armamuais b asy feroit ee de mer it fes befor cuida vine a couverte meren gal totalement delia apperc fis, dont il vouloir rien renir autre attendu qu ce que Ph ge& eftar fte& bien que ce qui ains plus to ait plus pe it efte par lere,& qu'il fe fuft plufieurs fois efcrié pendant que l'autre haraguoit: ains come s'il euft porté patiement les groffes paroles que le fils luy auoit dites,& ne s'en fuft point autrement offenfé pour eftte de nature ciuile& moderee, il prit le pere par la main& l'é mena hors du theatre, où fe tenoit Faffemblee du peuple, vers le chafteau d'Ithome pour y facrifier à lupiter,& pour vifiter la pla ce, laquelle n'eftoit pas moins forte que celle d'Acrocorinthe,& qui quad il y a garnifon dedas, fait beaucoup de maux à ceux d'àlentour,& fi eft bie mal- aifé de l'en dechaffer. Philippus donce stant monté la fus au chafteau,& y ayant facrifié, come le deuin luy euft apporté les entrailles d'vn bœuf qu'on venoit d'immoler il les prit luy- mefme à ces mains,& les monftra à Aratus& à De metrius Phalerien, fe tournat tantoft déuers l'vn& tantoft deuers l'autre, en leur demandant ce qu'ils iugeoyet par les fignes& pre fages de ce facrifice, à fauoir, s'il retiedroit pour luy le chafteau, ou bien s'il le rendroit aux Meffeniens.Demetrius s'en prenatà rire luy refpondit, Si tu as confcience de deuin, tu le rédras: mais fi tu l'as de Roy, tu tiendras le bouf par les deux cornes, entendat par le boufle Peloponefe,& voulant dire que fi vne fois il tenoit, cefte fortereffe d'Ithome auec celle d'Acrocorite, le Peloponefe feroit entierement fous fa main& en fa fuietion. Mais Aratus de meura longuement fans mot dire,& à la fin Philippus l'ayant prié de refpondre, Il y a, dit- il, en Candie plufieurs grandes fortereffes& plufieurs chafteaux afsis fur des motes haut eleuez hors du plain de la terre dedans le pays des Bootiens& des Pho ciens. Aufsi y a- il plufieurs lieux de merueilleufe force és mar ches des Acarnaniens tant au dedans de la terre comme le long des coftes de la marine, de tous lefquels tu n'en as pris pas vn de force,& neantmoins font tout volontairement ce que tu leur commandes: car c'eft à faire à des brigans que de foy fier à des rochers& à fe faifir de hauts precipices: mais vn Roy ne peut a- uoir fortereffe plus forte ne plus munie que l'amour, la foy& bien- vueillance des hommes. C'eft- ce qui t'a ouuert la mer de la Candie: ceft- ce qui t'a mis dedans le Peloponefe: ce font les moyens qui t'ont defia fait en fi ieune aage efire Capitaine des vns,& rendu fegneur abfolu des autres. Comme Aratus pourfuyuoit encore fon propos, Philippus rebailla au deuin les entrailles qu'il luy auoit apportees,& prenant Aratus par la main, Juy dit, Or allons donc fuyuant ce mefme chemin, ne plus ne moins que s'il l'euft ieté à force dehors du chafteau,& qu'il luy euft ofté la ville de Mefsine d'entre les mains. Depuis Aratus fe garda le plus qu'il peut de fe trouer en fa cour,& fe retira petit apetit de fa compagnie: car quad il alla faire la guerre au royau me d'Epire, il pria fort Aratus de vouloir faire le voyage auec luy: mais il s'en excufa,& demeura en fa maifon craignant d'ac querir ele regard fuft mell ar ce qu'il enfant po loy ou cyr m de fes f arge de l ale, mefme miliarite violent leur leng donne Ph pource Pedur naturell teaux am Padulang mite des Ro t pour la d Ayn monum weftimans confe corinthe donce desin Cler prena ras: ma Entendi tenoit ponele tus de ayang estor elevez es Pho es mat elong vnde leur des 2- & ARATV S. 615 querir mauuais bruit& mauuaife reputation des chofes que Philippus y feroit: lequel depuis ayant perdu tref- honreufement fon armee de mer contre les Romains,& ayant au demeurat fort mal fait fes befongnes, s'en retourna derechefan Peloponefe, là où il cuída vne autre fois abufer les Meffeniens: mais fa malice fut def couuerte, à caufe dequoy il fe prit adonc à les outrager ouuertemět en gaftät tout leur plat pays.Párquoy Arat' s'efträge a aufsi totalement de luy,& fe retira de tout point de fon amitié, ayant defia apperceu l'iniure qu'il luy' auoit faite en la femme de fon fils, dont il eftoit fort defplaifant en fon cœur, fans toutefois en vouloir rien defcouurir à fon fils, pource qu'il ne luy en pouuoit venir autre fruit, que de fayoir l'outrage qui luy auoit efté fait attendu qu'il n'auoit pas moyen de s'en refentir& venger, pource que Philippus s'eftoit merueilleufement& eftrangement chan gé,& eftant deuenu de Koy grarieux,& de ieune adolefcent cha fte& bien conditioné, homme vitieux, diffolu, cruel& tyrannique ce qui à dire verité, n'eftoit point vn changement de nature, ains plus toft vne declaration à la defcouuerte, quand il ne craignit plus perfonne, de fa mauuaiftié& mefchanceté, laquelle a- uoit efté par crainte long teps tenue couuerte: car qu'il foit vray que le regard& l'affection qu'il porta dés le comencement à Ara tus fuft meflee de reuerece& de la crainte, il le möftra eu idemét par ce qu'il fit à la fin contre luy: car defirãt le faire mourir,& ne penfant point eftre feulement libre, tât qu'il feroit en vie, non pas Roy ou tyran, il n'ofa attenter de le faire luy- mefme, ains attitra I'vn de fes familiers& Capitaine nomé Taurion, auquel il dona charge de l'executer par le plus fecret moyen qu'il luy feroit pof fible, mefmemét par poifon& en fon abfence. Ce Capitaine prit familiarité auec Aratus,& luy donna du poifon, non point fort ny violent, ains de ceux qui efmeuuent au dedans du corps vne chaleur lente, auec vne petite toux,& qui petit à petit rendent la perfonne Phrifique. Arat' s'apperceut bie qu'il eftoit empoifoné mais pource qu'il voyoit qu'il n'euft rien gaigné à ce defcouurir, il l'edura patiemmet fans en dire mot, come fi c'euft efté ma ladie naturelle finon qu'vne fois eftant l'vn de fes plus priuez& plus feaux amis en fa chabre, qui s'efmerueilloit de luy voir cracher du fang, il luy dit: C'eft, Cephalon mon ami, la recompère de l'amitié des Roys,& mourut de cefte forte en la ville d'Ægiu, e- ftant pour la dixfeptieme fois Capitaine general des Achæiens, lefql vouloyēt qu'il fuft enterré au lieu mefme,& qu'on luy bafift vn monumet cóuenable à l'honneur de fa vie. Mais les Sicyo niens eftimans que ce leur feroir vne honte, fi fon corps eftoit enfepulturé ailleurs qu'en leur ville, firent tant par remonftances en uers le confeil des Achæiens, qu'o leur permit emporter le corps es es e 20 Ec ac crit mmm j 916 ARA TV S. toutefois il y auoit vn ancien ftatut, par lequel il eftoit expreffément defendu d'enterrer perfonne dedans l'enceinte des murailles de leur ville,& outre celle defenfe encore y auoit- il vne fuperftitieufe crainte qui les retenoit, à raifon dequoy ils enuoyerēt au temple d'Apollo en Delphes pour en demander confeil à fa propheteffe, qui leur rendit vne telle refponfe. Confultes- tu, Sicyone où les os D'Aratus font en eternel repos. Comment tu dois à ce grand homme faire Sa fepulture& digne anniuerfaire: Sache, que qui de reuerer empefche Ce perfonnage, ou en ft marry, peche Contre la terre le haut firmament, Contre la mer auffi enfemblement, er des chole eux& repr vint en la fre reputee maux& ma te la vie Tu peine que m desfait en b re à leu mettre a desterres& Ceft oracle ayant efté apporté, tous les Achæiens en furent bien joyeux: mais fpecialement les Sicyoniens, lefquels tournans incotinent leur dueil en fefte publique, eleuerent le corps de la ville Agium,& mettans les chapeaux de fleurs fur leurs teftes,& fe veftans de belles robbes blanches, le conduifirent en maniere de proceffion, auec hymnes& cantiques à fa louange,& auec danfes, iufques à la ville de Sicyone, en laquelle ils choifirent le plus apparent lieu, où ils l'inhumerent, comme le fondateur, pere& fauueur de leur ville,& s'appelle le lieu encore iufques auiourd'huy Aratium, là où on luy fait tous les ans deux folénels facrifices, l'vn le cinquieme iour de Nouebre, auquel il deliura la ville de feruitude,& appelle- on ce facrifice- la Soteria, qui vaut autät à dire, come la fefte de falut:& vn autre, le iour qu'il nafquit, ainfi come ils difent. Quat au premier facrifice, ce fut le preftre de Iupiter fauueur qui le fit,& le fecod ce fut le fils d'Aratus e- ftant ceint d'vne nappe qui n'eftoit pas toute blanche, ains mefpartie de couleur de pourpre:& durát le facrifice furent chantez des hymnes à fa louange fur la lyre pat des Muficiens,& le maiftre des muficiens fit vne proceffion à l'entour eftät accompagné des enfans& des ieunes homes de la ville, apres lefquels fuyuoit le Senat couronné de chapeaux de fleurs,& des autres citoyens ceux qui y vouloyent aller, dequoy ils gardent encore iufques au jourd'huy quelques marques par deuotion. Mais la plufpart des honneurs qui luy furent alors ordonnez, par trait de teps,& chan gement des chofes qui font depuis furuenues, ont efté delaiffez. Voila comment a vefcu,& quel a efté le premier Aratus ainfi come on trouue par les hiftoires. Au refte Philippus homme mefchant& outrageux en fa cruauté, fit auffi empoifonner fon fils, le fecond Aratus, non pas de poifon mortel, ains de ceux qui troublent le fens& l'entendemet de l'home, le faifant par cefte malheurté deuenir fol, en luy offufquant la raifon, iufques à luy faire attenter auoit, fors Pamende,& par pitié le encore fai mes& les d'horreur entre tant tueux, il le eles Ro me à fon fils legi qui fe no in triomph es Roys Incore luid urnans de la vil teftes,& maniere de auec dan le plus pere& es amour raut aupretre Aratus e- mel malagne vuoit yens sau des GALBA. 917 attenter des chofes efträges,& enormes,& à prendre des appetits honteux& reprochables, de maniere que la mort, encore qu'elle luy vint en fa ieuneffe& en la fleur de fon aage, ne luy doit point eftre reputee à calamité, ains à falut& deliurance des plus grāds maux& mal- héurs. Mais Philippus paya bien depuis durant tou te fa vie Iupiter protecteur du droit d'hofpitalité& d'amitié, la peine que meritoit fa mal- heureufe mefchanceté: car ayant efté desfait en bataille par les Romains, il fut contraint de foy foumettre à leur mercy, par lefquels il fut priué de tout le demeurat des terres& feigneuries qu'il tenoit,& de tous les vaiffeaux qu'il* Six cens auoit, fors que de cinq, condamné à leur payer* mille talens pour mille efcuse l'amende,& de bailler fon fils en oftage: feulement luy laiffa- on par pitié le royaume de Macedoine auec fes appartenances: là où encore faifant de iour à autre mourir tous les plus nobles hommes& les plus prochains de fon fang, il emplit tout fon royaume d'horreur& de haine mortelle encontre luy. Qui pis eft, n'ayant entre tant de mal- heurs, qu'vne feule felicité, d'auoir vn fils vertueux, il le fit mourir par l'enuie& la ialouzie de ce qu'il voyoit que les Romains l'honoroyent:& laiffa la fucceffion de fon royaume à fon autre fils Perfæus, lequel on difoit encore n'eftre pas fon fils legitime, ains auoir efté fuppofé, eftant né d'vne coufturie re qui fe nommoit Gnatenium. C'eft celuy qui desfit& mena en triomphe à Rome Paulus Æmilius:& à celuy- là faillit la race des Roys defcendus d'Antigonus, là où la pofterité d'Aratus dure encore iufques à noftre temps és villes de Sicyone& de Pallene. GALBA SER GAL BA. IMP CAES chan iffer. comefls, le troumalfaire tenter DAV PHICRATES Capitaine Athenien difoit qu'il faut que le foldat foit auaricieux, amoureux& voluptueux, afin que pour auoir dequoy fournir à fes cupiditez, il fe hafarde plus hardimet& plus aduentureufemét à tout peril: mais la plupart des autres font d'aduis, que les ges de guer mmm iij 918 GALBA. pereur.co fait des alte det nus eft reurs il vit S'ent Empe defia f aux au vingt maffe de, qu copt dats pas a donn tres p ué ce d & par drent a re doyuent eftre comme vn corps fort& robufte, qui de foy mefme n'ait aucun mouuement, ains fe meuue au branfle& eflancement du Capitaine. Suyuat laquelle opinió on dit q Paulus Æmi lius arriuant en la Macedoine, trouua l'armee qui eftoit pleine de babil& dc curiofité, pourautant que chafque foldat fe mefloit de faire du Capitaine: ce que luy ne trouuant pas bon, fir publier vn mandemét, que les foldats ne s'empefchaffent d'autre chofe, fino d'auoir la main prompte& l'efpee bien trenchante:& qu'au demeurant ils luy laiffaffent faire, pource qu'il auroit l'oeil& le foin de fairece qui appartenoit à fa charge. Pourtant Plato, qui dit que rien ne fert d'auoir vn bon Chef& fage Capitaine, files foldats ne font fages& obeyffans auffi, eftimat que la vertu de bien obeyr a auffi grad befoin d'vne nature genereufe de foy- mefme,& d'vne aide de bonne nourriture, come la vertu royale de bie comander, attendu mefmement que c'eft elle qui tempere en bó accord la vehemence de la cholere actiue auec la douceur& facilité humaine, a affez d'autres exemples& fuffifans tefmoignages ailleurs pour verifier fon dire,& mefmement les miferes& calamitez qui aduindrent aux Romains apres la mort de Neron, monftret affez qu'il n'y a rien qui foit plus à redouter& à craindre en vn Empire, qu'vne puiffance militaire, qui licentieufement fuyt fes appetis forcenez& de fordonnez.Car Demades apres la mort d'Alexandre le grand, accomparoit fon armee au Cyclops Polyphemus depuis qu'il eut l'oeil creué, voyant les.mouuemens infen fez troublez& aueuglez, dót elle fe mouuoit. Mais l'Empire Romain diuifé en plufieurs parts tout en vn mefme temps,& mutinė en plufieurs endroits contre foy. mefme, tomba en femblables accidens& incóueniens, que ceux que les poètes cötent des tyrans, non tant pour l'ambition de ceux qui venoyent à eftre declarez Empereurs, come pour l'auarice& l'infolence des gés de guerre, qui pouffoyent& chaffoyent hors du fiege Imperial les Empereurs les vns par les autres, ne plus ne moins qu'vne cheuille chaf fe l'autre.Et neatmoins Dionyfius le tyra de Sicile fouloit appeller Pheræus, qui auoit efté feigneur& tyran de la Theffalie l'efde dix mois tant feulement, tyran de tragedie, fe moquant pace de la foudaine mutation de fon eftat: là où le palays& la maifon Imperiale des Cæfars à Rome en moins de teps que de dix mois be receut quatre Empereurs, y faifant les foldats entrer l'vn& fortir l'autre, ne plus ne moins que s'ils euflet ioue quelque myftere fur vn efchafaut: mais à tout le moins auoyet les habitas de Rome, quindi eftoyét ainfi opprimez, vne cófolation, c'eftoit qu'il ne leur fa!- loit point d'autre végeance à l'encotre de ceux quieftoyent caufe de leur oppreffion: car ils les voyoy et s'entretuer eux- mefmes,& plus iuftemet que nul autre, celuy qui premier les auoit allechez & qui leur auoit enfeigné d'efperer tant à la mutation d'vn Empereur quant ce les drent picius maifo de dig fife f Catulu en repu edit& it de L felle il kfon C agne il peale reg & de tem firanc Plating teen bo & facili moignages s& calam eron, moncraindre en ement furyt rela mort clop Polyerinden pire Roables actyrans, declarez guerre, Empele chaf appelelef quant alon mois fortir were fur me, qui ur fal caufe mes,& lecher vn Em pere GALBA. 919 pereur, comme il leur ptomit en condamnat vn trèf- bel a& te, qui eftoit de s'eftre fouleuez& rebellez contre Neron,& le rendant acte de trahyfon, par y interpofer falaire.Car Nymphidius Sabinus eftant Capitaine des foldats deftinez à la garde des Empereurs qu'on appelle les foldats Prætories, auec Tigellinus, quand il vit les affaires de Neron totalement defefperez,& luy preft à s'enfuyr en Ægypte, perfuada aufdits foldats de declarer Galba Empereur, comme n'eftant plus Neron à Rome, ains s'en eftant defia fuy, leur promettant fept cens cinquante efcus pour refte,& aux autres qui eftoyent çà& là à la garde des prouinces cent vingt& cinq laquelle fomme de deniers il efto it impofsible d'amaffer, qu'il ne fift dix mille fois plus d'extorfions à tout le monde, que Nero n'en auoit fait. Cefte promeffe fut caufe de faire incontinent mourir Neron,& peu apres Galba, à caufe que les foldats abandonnerent l'vn pour l'efperance de receuoir ce donatif,& bien toft apres occiret l'autre, pource qu'ils ne le receuoyet pas affez toft à leur gré. Puis en cerchant quelqu'vn qui leur en donnaft autantsils fe perditent& mirent à male fin les vns les autres par rebellions& par trahyfons, pluftoft qu'ils n'eurent trouué ce qu'ils efperoyent. Or de vouloir expofer particulierement & par le menu, toutes les chofes qui furent faites, ou qui aduindrent alors, ce feroit efcrire vne hiftoire entiere& complete: mais quant à moy il me fuffira feulement de ne paffer point fous filence les plus notables faits ou accidens& inconueniens qui aduindrent lors aux Cæfars. C'eft donc chofe confeffee de rous, que S picius Galba a efté le plus riche homme priué qui foit entré en la maifon des Cæfars:& cobien que de fon propre eftoc il eut grande dignitéde nobleffe, pour eftre de la race& maifon des Seruiess fi fe fentoit- il encore plus honoré pour eftre parent de Quintus Catulus, qui fut vn des premiers homes de fon temps en vertu& en reputation, cobien qu'au demeurant il cedaft volótairemět le credit& l'authorité à d'autres. Auffi eftoit Galba aucunemet paret de Liuia feme d'Auguftus Cæfar:& pour cefte caufe, en faueur d'elle il fortit du palays Imperial quand il alla prédre poffeffion de fon Cofulat. Et dit- on, qu'ayant eu charge de l'armee d'Alemagne il s'y porta fort bie:& femblablemet au gouuernemét de la Libye, là où il fut Vice- Coful, il eut hōneur en fon fait autant que nul autre: mais la fimplicité de fon viure ordinaire,& fa defpenfe reglee fans fuperfluité quelconque, fut reputee chicheté quand il fut declaré Empereur, pource que la louange de fobrieté & de temperance qu'il vouloit ramener en vfage, eftoit defia cho fe fi rance, par maniere de dire,& fi defaccouftumee, qu'il n'en eftoit plus de nouuelle. Il fut auffi enuoyé pour gouuerner l'Hefpagne par Neron auant qu'il euft appris à redouter les citoyens mmm iij 920 GALBA. plas mobil Heroit fon fe ant ny C du peuple Galbaa de Ner oit poin des Gau re, ce qu Courrou nemi, er de grande authorité: mais ourre ce qu'il eftoit doux& humain de fa nature, la vieilleffe augmenta encore l'opinion qu'on auoit de luy, qu'il fuft craintif. Car comme les mefchans& maudits pro cureurs de Neron tourmentaffent cruellement& inhumainemēt les prouinces, il ne les pouuoit pas autrement fecourir, mais au moins eftoit- ce quelque reconfort& quelque confolation à ceux qui eftoyent adiugez& vendus come efelaues par eux, de voir q Galba plaignoit leur calamité& l'iniure qu'on leur faifoit, autāt que fi on luy cuft faite à luy mefme. Et comme on euft fait des vers diffamatoires à l'encontre de Neron: qu'on portoit& chantoit par tout, il ne les defendit ny ne s'en courrouça point comme faifoyent les procureurs de Neron: à raifon dequoy il eftoit encore plus aimé de ceux du pays, aufquels il auoit pris familiarité, pource que c'eftoit ia la huitieme annee qu'il adminiftroit ce gouuernement- là, lors que funius Vindex eftant gouuerneur de la Gaule fe rebella& fouleua contre Neron: lequel à ce qu'on dit, luy en auoit efcrit. auant qu'il fe rebella ouuertement, mais Galba ny adioufta point de foy, ny aufsi ne le decela, ny ne l'accufa point, comme firent plufieurs autres ayans charge d'armes & de gouuernemens de prouinces, qui enuoyerent à Neron les le tres mefmes que Vindex leur en auoit efcrites,& empefcherent, entant qu'en eux eftoit, l'entreprife, de laquelle ayans depuis efté participans, ils confefferent eftre traiftres à eux- mefmes, autant comme à luy.Mais depuis ayant Vindex ouuertement declaré la guerre à Neron, il efcriuit vne autrefois à Galba, le priant qu'il vouluft accepter l'Empire,& fe vouloir donner pour chef à vn corps fort& puiffant, qui n'auoit befoin que d'vne tefte, c'eftoyent les Gaules, où il y auoit ia cent mille coba tans en armes tous preft,& où on en pouuoit leuer encore dauantage, alors il mit la chofe en deliberation de fes amis, defquels les vns furent d'aduis qu'il differaft encore, attendant quel mouuement& quelle mutation monftreroit Rome à cefte nouuelleté. Mais Titus Iunius Capitaine de la legion Prætoriene luy dit, O Galba comet confultes- tu de cela? car deliberer fi nous demeurerons fideles ou non à Neron, c'eft defia demeurer: il nous faut faire l'vn des deux ou ne retirer point l'amitié de Vindex comme nous eftant Neron ennemi, ou bien il nous le faut accufer& luy faire la pource qu'il defire te voir Empereur de Rome pluftoft que Nero tyran.Depuis cela, par affiches publiques il afsigna iour, auquel donneroit affrächiffemes& liberté à ceux qui l'e iroyet requerir. Ce bruit incótinent efpadu par tout, fit affembler grande multitude d'homes bien deliberez de fe rebeller,& ne fut pas à peine monté fur le tribunal, que tous les afsiftans l'appelleret& declare rent Empereur. Toutefois il ne voulut pas du premier coup receuoir sefte appellation, ains accufant Neron,& deplorant aucuns guerre, des mis, dif pos po yn exp caufe butin de nou qu'il p Ainfi co les biens nettre e Helpa les 10urs rangeo Afrique ordonn leurs af pource ucoup ment qu com dant c yent c pter l' poin ivn au enceme Vindex& garde rides d ille ou ears a www.w ons ta admindin goudernes à ce qu'on ment, mais my ne l'acd'armes on les le Cherent, puis efte aurant ant qu'il hefa va toy mes tous que GALBA. 928 des plus nobles perfonnes qu'il auoit fait mourir, promit qu'il pre fteroit fon fens& fa prudence au bie public de fon pays, ne fe no mant ny Cæfar ny Empereur, ains feulemet lieutenat du Senat& du peuple Romain.Or que Vindex ait fait fagement d'appeller Galba à l'Empire, on le peut verifier parle tefmoignage mefme de Neron: lequel ayant toufiours möftré femblat qu'il ne fe foucioit point de Vindex,& qu'il ne faifoit conte aucun de la rebellio des Gauloys, fi toft qu'il entendift que Galba s'eftoit aufsi decla ré, ce qui fut fur l'heure de fon foupper, il renuerfa la table par courroux& defpit:& neantmoins le Senat ayant iugé Galba ennemi, encore voulut- il faire de l'affeuré,& fe iouer entre fes a- mis, difant q cefte nouuelle ne luy eftoit point venue mal à propos, pource qu'aufsi bien auoit- il à faire d'argent,& que c'eftoit vn expedient qui luy eftoit arriué bie à poinct pour en trouuer, à caufe bien toft il auroit les bies de tous les Gauloys, comme butin de iufte guerre, apres qu'il les auroit recoquis& fubiuguez de nouueau:& que tout proprement s'offroyent les bies de Galba qu'il pouuoit vendre, attendu qu'il s'eftoit declaré fon ennemi. Ainfi comanda il qu'on faifift& vendift à l'ancan au plus offrant les biens de Galba. Quoy entendu, Galba fit aufsi à fon de trope mettre en vente tout ce qui eftoit à Neron ent toute la prouince d'Hefpagne:& trouua encore plus de gens prefts à acheter. Tous les iours fe fouleuoyent gens de tous coftez contre Neron qui fe rangeoyet tous de la part de Galba, exceptez Clodius Macer en Afrique,& Verginius Ruffus en la Gaulejayans charge de legios ordonnees pour la garde de l'Allemagne: lefquels deux faifoyet leurs affaires à part, n'ayans pas tous deux vne mefme intention: pource que Clodius ayant beaucoup defrobé,& fait mourir beaucoup d'homes pour fa cruauté& fon auarice, monftroit euidement qu'il nagoit entre deux eaux, ne fachant ne comme lafcher ne comme retenir la charge de fon gouuernement:& Verginius eftant chef des plus puiffantes legions, qui par plufieurs fois l'auoyent declaré Empereur,& l'auoyent voulu contraindre d'accepter l'Empire: à quoy il auoit toufiours fait refponfe qu'il n'eftoit point deliberé, ny de l'accepter, ny de fouffrir qu'il fuft doné à vn autre qu'à celuy que le Senat auroit efleu. Cela du commencement troubla fort Galba: mais quand les deux armees de Vindex& de Verginius mal- gré les Capitaines, qui ne les peuret engarder, non plus que des chartiers qui ne peuuent retenir les brides de leurs cheuaux, fe furent entrechoquees en vne groffe ba taille, où il demeura vint mille Gauloys morts fur la place& Vin dex qui fe tua luy- mefme apres, il courut vn bruit que les vainqueurs apres eue fi belle victoire contraindroyet Verginius d'ac cepter l'Empire, ou qu'il fe retourneroit à Neron. Alors Galba fe trouuat extremement effrayé, eferiuit à Verginius qu'il fe vou mila Ux 2 e, el ine are ceuns. des 922 GALBA. rets qui fabien d cede fo mais re come tes fi nat po officie ches& & haft qu'ils yenu fer les yas f grat luft entendre auec luy pont conferuer l'Empire& la liberté aux Romains,& fe retira quant& quât en vne ville d'Hefpagne qui Autres li- s'appelle* Colonia, fe repentant plus toft de ce qu'il auoit ia fait fent Cunia.& regrettant fon accouftumee tranquilité de vie, en laquelle il a uoit toufiours efté nourry, que vaquant à faire aucune chofe viile ou neceffaire à fon entrepriſe. Or eftoit- il ia le commencemet de l'Efté,& vn iour fur le foir vn peu auant la nuit, arriua deuers luy vn fien ferf affrächy natif de la Sicile, lequel eftoir venu de Rome en fept iours,& entendant que Galba fe repofoit feul, il s'en courut droit en fa chambre qu'il ouurit,& y entrant mal gré les valets de chambre qui eftoyent à la porte luy annonça comme viuant encore Neron, mais ne comparoiffant plus, le peuple Romain premierement,& puis le Senat l'auoit appellé& declaré Empereur,& que tantoft apres on auoit apporté nounelles come Neron eftoit mort, ce qu'il n'auoit point voulu croire, ains s'en e ftoit allé fur le lieu mefme, là où ayant veu fan corps roide mort eftendu, il s'eftoit alors mis en chemin.Ces nouuelles efiouyrent fort Galba,& accourut grande multitude d'hommes à la porte de fon logis, s'affeurans fur ce qu'ils le voyoyent luy- mefme affeuré combien que la diligence du meffager femblaft incroyable, mais deux iours apres arriua Titus auec quelques autres du camp, qui luy annoça particulieremet tout ce q le Senat auoit ordoné.Si fut ce Titus avancé en degré honnorable,& le ferf affranchy eut le droit de porter anneaux d'or& fe faifant appeller Martianus Vicellus, eut depuis le premier credit entre les affrachys de fon mai ftre. Cependant Nymphidias Sabinus à Rome, alloit non petit à petit, ains tout à vn coup entreprenant& vfurpant toute l'autho rité: faifant fon côte que Galba eftoit fi viel, qu'à peine pourroit il eftre apporté dedans vne litiere iufque à Rome, eftant aagé de foixante& treze ans: ioint auffi que l'armee des Pretoriens qui e ftoyent dedans Rome de long temps, luy vouloit grand bien,& lors ne reconoiffoit autre fuperieur q luy feul, pour la grandeur de la promeffe qu'il leur anoit faite: dont luy auoit le gré& la grace,& Galba demeuroit obligé de la dete. Şi commanda inco tinent à Tigellinus fon compagnon en la charge de Capitaine des Prætoriens, qu'il euft à pofer l'efpee:& faifat force banquets enuoyoit femondre tous ceux qui auoyent efté Confuls, ou qui anoyent eu charge d'armees ou de gouuernement de prouincess & les faifoit conuier au nom de Galba:& fe trouuerent quelques vns des foldats qui femerer ce propos parmy le camp, qu'il falloit enuoyer des ambaffadurs deners Galba, luy requerir Nymphidi pour leur Capitaine perpetuel, feul& fans compagno. Mais encore que le Senat faifoit en Phoneur& faueur de luy, en l'appelJant fon bien faiteur,& luy allant tous les jours faire la cour iufques dedans fon logis, voulant qu'il fuft aucheur de tous les deCřets en to liers Outra ges& nome terre, & plu les va vn M dit en tions pres d vns m PEmp encor jeune Cafar, ilfe tro Cafar he eng anus brit qu met Deurs qu chott a querir a avec elles roide elioayren porte de affeuré le, mais qui mal tho ear CO e ets ess Des eninf decrets GALBA. 923 crets qui fe paffoyent au Senat,& qu'il les authorifaft, luy hauffa bien dauantage le cœur,& luy donna bien plus grande audace: de forte qu'en peu de temps il deuint, non feulement odieux, mais redoutable à ceux- mefme qui luy alloyent faire la cour. Et côme les Cófuls euffent dōné à des courriers publiques les patetes fignees& feellees, efquels eftoyent contenus les decrets du Senat, pour les porter à l'Empereur, en vertu defquelles patentes les officiers des villes aufsi toft qu'ils voyent le feel, font fournir co ches& cheuaux frais aux enuoyez, pour plus diligemment faire & hafter leur voyage, il fe courrouça bien afprement à eux, de ce qu'ils n'auoyet aufsi pris lettres feelles de luy& des foldats pour y enuoyer: qui pis eft, encore dit- on qu'il fut entre deux de depofer les Confuls: toutesfois eux s'eftans excufez enuers luy,& Payas fupplié de leur pardonner, il appaifa fon courroux:& pour gratifier à la commune, il ne les empefcha point de faire mourir en tourment ceux qu'ils pouuoyet tenir des domeftiques& familiers de Neron côme entre autres vn gladiateur& efcrimeur à outráce, qui fe nomoit Spicillus, lequel ils mirent deffous les ima ges& ftatues de Nero, qu'on traina par toute la ville:& vn autre nomé Aponius, l'vn des delateurs de Neron, qu'ils reuerferēt par terre,& firent paffer par deffus des chariots chargez de pierres: & plufieurs autres femblablement qu'ils mirent tous en pieces, les vns fans qu'ils euffent aucunemet forfait. Tellemét qu'il y eut vn Maurifcus des plus gés de bien de la ville,& tenu pour tel, qui dit en plein Senat.I'ay grande peur que bien toft nous ne regrettions Neron. Ainfi Nymphidius approchant en fon efperace bie pres du but où il pretendoit, eftoit bien aife d'ouyr que quelques vns murmuroyent, qu'il eftoit fils de Caius Cæfar, celuy qui tint l'Empire Romain apres Tiberius, pource que ce Caius eftant encore ieune garçon, auoit coneu fa mere qui eftoit affez belle ieune femme de vifage, fille de Calliftus l'vn des affranchis de Cæfar, qu'il auoit euë d'vne lingere, laquelle il entretenoit: mais il fe trouue que ce Nymphidius eftoit defia né auant que Caius Cæfar cuft feu conoiftre fa mere,& auoit- on opinion qu'il auoit efté engendré par vn efcrimeur à outrance, qui fe nommoit Mar tianus, dont Nymphidia fa mere fut amoureufe pour le grand bruit qu'il auoit dedans Rome,& de fait il luy refsébloit de vifa ge mieux qu'à nul autre: tant y a qu'il aduouoit bien eftre voiremet fils de cefte Nymphidia, mais s'attribuant à luy feul la deffaite de Nero, il n'eftimoit pas eftre fuffisamét recópenfé des ho neurs qu'il en auoit,& des bies dot il iouyffoit, ny de ce qu'il cou choit auec Sporus, que Neron auoit tant aimé, lequel il enuoya querir aux funerailles de Neron, q le corps brufloit encore,& le tint auec luy come fi c'euft efté fa femme,& l'appelloit Poppeus: toutesfois non content de ce, encore afpiroit- il fous main à la 924 GALBA. qui eet bum mais ciuile euft enuo jamais i tres qu me& bien to cinile trop ba nefteré grand fuccefsion de l'Empire, faifant partie de fes menees dedans Rome mefme, par l'entremise de quelques femmes& hommes, eftoyent du Senat,& qui luy fauorifoyent fecrettement,& partie par vn Gellianus, qu'il enuoya en Hefpagne pour efpier ce qui s'y faifoit. Mais depuis que Neron fut mort, toutes chofes fuccederent au gré de Galba, excepté que Verginius Ruffus qui na. geoit encore entre deux eaux, le tenoit en grand foucy, par ce qu'il craignoit outre ce qu'il commandoit à vne groffe& tresbelliqueufe armee, ayant mefmemet de frefche date desfait Vindev,& tenat fous fa main vne bonne partie de l'Empire Romain qui eftoit la Gaule totale, laquelle eftoit en branle,& ne demandoit qu'à fe rebeller) qu'il ne preftaft l'oreille à ceux qui l'enhortoyent de prendre pour luy- mefme l'Empire: car il n'y auoic lors Capitaine Romain, qui euft fi grand nom, ne qui fufft de telle reputation que Verginius,& meritoirement, comme celuy qui auoit grandement feruy, au point du befoin, aux affaires des Ro mains, les ayant deliurez tout à vn coup d'vne cruelle tyrannie & du danger des guerres Gauloyfes: toutesfois luy perfeuerant en fa premiere refolution garda au Senat l'eflection de l'Empereur, cobien qu'encore depuis que la mort de Neron fuft toute notoire, la comune des foldats luy en fift grade inftance,& qu'vn Coulonnel de mille homes fuft allé iufques dedans fa tente luy prefenter l'efpee nuë,& luy dire qu'il fe deliberaft d'accepter l'Empire, ou de receuoir l'efpee en fon corps. Mais depuis que Fabius Valens chef d'vne legion eut fait le ferment de fidelité à Galba,& qu'il eut receu des lettres de Rome, par lefquelles on luy efcriuoit ce que le Senat auoit ordonné, à la fin difficilement & auec grande peine perfuada- il aux foldats de declarer& reconoiftre Galba Empereur, lequel luy enuoya pour fucceffeur Flaccus Ordeonius, à qui il ceda volontairement:& luy ayant liuré l'armee entre fes mains, s'en alla trouuer Galba qui tiroit toufiours fon chemin droit à Rome,& l'accompagna toufiours fans que Galba luy fift aucune demonftration de mefcontentement ny d'honneur aufsi: eftant caufe de l'vn Galba mefme qui le reueroit,& de l'autre fes amis, mefmement Titus Iunius pour l'enuie qu'il portoit à Verginius, cuidant empefcher fon accroiffement, là où il fecondoit& aidoit fans le conoiftre, fa bonne fortune, laquelle luy preparoit les moyens de le tirer hors des guerres ciuiles& des maux, efquels tomberent depuis les autres Capitaines, pour le mettre en vne vie tranquille,& en vne vieilleffe pleine de paix& de repos. Au demeurant les ambaffadeurs enuoyez de la part du Senat rencontrerent Galba à Narbonne cité de la Gaule, là où apres l'auoir falué, ils l'admonefteret de fe hafter le pluftoft qu'il luy feroit pofsible, pour fe möftrer au peuple Romain, lequel defiroit fingulierement fa venue. Galba les Тесене & enf penfe conol eftoit fuiet a qu'il f fon Ca foldat a mains a dequoy efchapp bavnp dre le afes of Jarcin de rifee depuis en fa pu jufte ca conuen Continer auove P mime aifon de Fautho it feuler cret, à ca moyen pou trouva o Landes, d& per conte par c res ปลาย celuy o des Ro Vrano Empe Muta qu'vn es on ment rs P es GALBA. 925 receut humainement& gracieufement,& leur fit bonne chere, mais ciuilement toutesfois: car combien que Nymphidius luy euft enuoyé force officiers& force meubles de ceux de Neron, iamais il ne fe feruit en tous les banquets& feftins qu'il fit, d'autres que de fes propres: en quoy il fe monftra homme magnanime& vainqueur de toute folle vanité. Mais Iunius luy donna bien toft àentendre, que cefte magnanimité& cefte moderation ciuile fans pompe ny fuperfluité quelconque, eftoit vne façon trop baffe de flatter le peuple,& que c'eftoit vne certaine honnefteté qui ne fe conoiffoit pas foy- mefme, ains defdaignoit fa grandeur. Si luy perfuada d'vfer des biens& meubles de Neron, & en fes feftins faire, fans rien efpargner, vne fumptuofité de def penfe royale. Brefle vieillard commença à faire euidemment conoiftre qu'il fe laifferoit mener& gouuerner par Iunius, lequel eftoit extremement& plus que nul autre auaricieux,& outre cela fuiet aux femmes: car eftant encore ieune home la premiere fois qu'il fut à la guerre fous Caluifius Sabinus, il mena la femme de fon Capitaine, qui eftoit femme luxurieufe, defguifee en habit de foldat au camp, iufques au logis mefme du Capitaine que les Ro mains appelloyent Principia, là où il la corrompit: pour raifon dequoy Caius Cæfar le fit mettre en prifon, mais à fa mort il en efchappa. Vne antrefois fouppant auec Clodius Cæfar il defroba vn pot d'argent: ce qu'entendant Clodius le fit encore femon dre le lendemain de venir foupper auec luy: mais il commanda à fes officiers qu'on ne le feruift qu'en vaiffelle de terre. Ainfi ce larcin par la facilité comique de Cæfar, fembla pluftoft digne de rifee& de moquerie que de courroux: mais ceux qu'il commit depuis par extreme conuoitife d'argent fors qu'il tenoit Galba en fa puiffance,& auoit tout credit enuers luy, donnerent aux vns iufte caufe,& aux autres apparente couverture de tragiques inconueniens,& de tref- griefues calamitez. Car Nymphidius in-. continent que Gellianus fut retourné de l'Hefpagne où il l'auoit enuoyé pour efpier ce que faifoit Galba, eftant par luy aduerty comme Cornelius Lacon eftoit Capitaine des gardes& de la maifon de l'Empereur,& que Iunius auoit tout le credit& toute l'authorité,& qu'il ne luy auoit iamais efté permis de pous uoir feulement approcher de Galba, ny de parler à luy en fecret, à caufe que tous ceux qui eftoyent autour de luy le te. noyent pour fufpe& t,& auoyent l'œil fur tout ce qu'il faifoit, fe trouua tout troublé: fi affembla tous les Centeniens, Chefs des bandes,& Capitaines particuliers du camp des Prætories, aufquels il remonftra que Gaiba quant à luy, eftoit vn bon vieillard& perfonne moderee, mais qu'il ne fe gouuernoit pas par fon confeil, ains fe laiffoit mener à Iunius& à Lacon qui gaftoyent tout:& pourtant que ce feroit bien fait auant qu'ils vin S ne na les ceuc 926 GALBA. haffaut en nes- la, ence idonner N qui nous don abadonnez donc faire celuy quie phidia.co platolt fa ment ofef moftrer lo lonel cofe autres co Ja foy& en firet Nymph fent à fe fortifier dauantage,& à vfurper au gouuernement des affaires aufsi gräde authorité, comme auoit fait Tigellinus, d'enwoyer deuers l'Empereur des ambaffadeurs au nom de tout le camp, pour luy remonftrer qu'en dechaffant feulement ces deux perfonnes d'alentour de luy, il feroit mieux venu dedans Rome, & plus agreable à tout le monde. Les Capitaines ne trouuerent point cela bon: car il leur fembla eftrange& fans apparence de raifon, de vouloir ainfi inftruire& enfeigner vn vieil Empereur, comme fi c'eftoit vn ieune garçon qui ne fit que comencer à gou fter que c'eftoit d'auoir licence de commander,& luy preferire de quels feruiteurs& amis il fe deuoit feruir,& à qui il deuoit doner credit ou non. Ce que voyant Nymphidius prit vn autre chemin,& efcriuit des lettres à Galba pour l'effrayer, luy mandant vne fois qu'il y auoit beaucoup de gés à Rome qui luy portoyer mauuaife volonté,& qui eftoyent en brafle de fe foufleuer corre luy, vne autre fois que les legions de la Germanie fe remuoyent, & qu'il entendoit le femblable de celles qui eftoyent en la Iudee & en la Syrie,& vne autre fois que Clodius Macer retenoit en Afrique les nauires chargees de bleds qui deuoyent venir à Rome: mais à la fin voyant que Galba ne faifoit aucun conte de luy, & ne luy adiouftoit point de foy, il propofa de luy courir fus le premier, combien que Clodius Celfus natif d'Antioche, homme, fage,& qui luy eftoit fidele ami, luy defconfeillaft fort de ce faire, en luy remonftrant qu'il ne penfoit pas qu'il y euft vne feule famille ny maifon dedans Rome qui fuft pour l'appeller Nymphidius Cæfar. Mais au contraire plufieurs autres fe moquoyent de Galba, mefmement vn Mithridates du royaume de Pont qui le blafonnoit de ce qu'il eftoit chanue& ridé: car les Romains, difoit- il, le tiennent maintenant en quelque conte: mais quand ils l'auront vne fois veu, ils eftimerót que ce foit vne perpetuelte infamie,& vn fempiternel reproche de noftre teps, qu'il y ait efté appellé& nommé Cæfar: fi furent d'aduis de mener Nvmphidius enuiron la minuit au cap,& là le declarer& nomer publiquemet Empereur.Mais le premier Coulonel Antonius Hono ratus quand vint fur le foir afsebla les foldats qui eftoyent fous fa charge,& en leur prefence comença à fe blafmer premierement foy- mefme& eux apres de ce qu'en fi peu de temps ils s'eftoyent tournez& changez tant de fois fans s'arrefter par difcours de raifon, ny eflire ce qui eftoit le meilleur, ains feulemet eftās pouf fez par quelque mauuais efprit qui les trainoit d'vne trahyfon en vn autre. Encore( dit- il) auoit noftre premier chigement quelque couleur apparete, c'eft à fauoir, les crimes& pechez de Neron: mais maintenant dequoy accufons- nous Galba pour auoir conuerture de luy fauffer la foy? a- il tué fa mere? a il fait mourir fa femme? a- il vileinemet fait acte de bafteleur ou de farceur fur. yn qui ia l'a elmeure p alla avec a main vn que luy a feurs auec prochant ment de q par tous d Galba, ce qui le fuyu plus pr orte, Juy ns.Mais coup de eut fur s snues, où ils s des le peu Get my c CURL muorent la fudee enoit en de luy lus le 10 fa 3 en GALBA. 927 vn efchaffaut en plein theatre?& toutesfois pour tous ces cas infames- la, encore n'eufmes nous iamais le cœur de comencer à abidonner Neron: ains adiouftames foy au dire de Nymphidius qui nous dóna à entendre q c'eftoit luy le premier qui nous auoit abadonnez,& qu'il s'en eftoit fuy en Egypte. Que voulos- nous donc faire? occirós nous Galba apres Neron? voulons- nous tuer celuy qui eft paret de Liuia, pour eflire Empereur le fils de Nym phidia, come nous auos defia fait mourir le fils d'Agrippine, ou pluftoft faire payer à ceftuy cy la peine de ce qu'ilà temerairement ofé faire,& en ce faifant venger la mort de Neron,& nous möftrer loyaux& fideles gardes à Galba? A ces paroles du Coulonel cófentiret tous les foldats,& de ce pas alleret deuers leurs autres copagnons, les admonefter& prier de vouloir maintenir Ja foy& loyauté qu'ils auoyet iuree à l'Empereur, de forte qu'ils en firet retourner plufieurs. Sur quoy s'eftät leué vn grand bruit, Nymphidius cuidát, come aucuns difent, q ce fuffent les foldats qui ia l'appellaffent, ou bien voulat de bone heure affopir cefte efmeute pour cótenir ceux qui flottoyent encore en doutte, s'y en alla auec force lumieres de flambeaux& de torches, portant en fa main vne harangue que Ciconius Varro luy auoit compofee, & que luy auoit effudice par ceur pour la prononcer deuant les foldats: mais trouuat les portes du camp fermees,& voyant plufieurs auec leurs armes deffus les murailles, il eut peur,& en s'ap prochant leur demanda qu'ils vouloyent dire,& par comandement de qui ils auoyét ainfi pris leurs armes. Il luy fut refpondu par tous d'vne voix qu'ils ne reconoiffoyent autre Empereur que Galba, ce qu'il fit femblant d'approuuer,& commanda à ceux. qui le fuyuoyent d'en faire autant,& quant& quant s'approcha de plus pres: quelques vns des foldats qui fe trouuerent pres de la porte, luy ouurirent,& le laifferent entrer dedans auec peu de gens. Mais il ne fut pas pluftoft entré, qu'on luy tira premieremet vn coup de iauelot, lequel vn Septimius qui marchoit deuant luy receut fur só pauoys, puis d'autres luy coururet fus auec leurs efpees nues,& le pourfuyuirent fuyant, iufques au logis d'vn fol- m dat, là où ils le maffacrerent puis tireret fon corps en lieu public mettans des barrieres à l'entour, afin que ceux qui en auroyent enuie, le peuffent voir le lendemain. Ayant donc Nymphidius ainfi finy fes iours, Galba qui en fut aduerty, ordona que tous fes complices& confors de fa coniuration, qui n'auoyent point efté occis fur l'heure pour l'amour de luy, fuffent executez à mort: come ils furent: entre lefquels fut Ciconius, celuy qui auoit com pofé la harigue,& Mithridates le Pontique aufsi: mais combien qu'ils l'euffent bien merité, fi eftima- on que ce n'eftoit ny legitimemet ny ciuilemét fait, de comander qu'on fit ainfi mourir ces perfonnages qui efoyent de quelque qualité, fans leur faire faire NeOr urit rfur YO 928 GALBA. de Parge anda qu'on tioueurs maniere de en leur e prude Pauoyer defordon la journe chete qu trouuoit ftendeit le desh nius, c enuers preno premierement quelque forme de procez, pource que tout le mode s'attendoit de voir fous ce nouueau Empereur vne toute autre forme de gouuernement, qu'on n'auoit point encore veuë,& fe trouuoit- on deceu de ce qu'on en efperoit au comencemet: mais encore trouua- on bien plus mauuais ce qu'il commanda de mou rir à vn perfonnage de dignité Confulaire, nommé Petronius * Cornelius* Tertullianus, pource qu'il auoit efté fidele à Neron. Car de Tacitus l'ap Macer, qu'il fit tuer en Afrique par Trebonianus,& de Fonteius pelle Tur- en Alemagne par Valens, il auoit quelque occafion de les crain dre, à caufe qu'ils eftoyent en armes,& auoyent commandement pilianus. fur des exercites: mais Tertullianus qui eftoit homme vieil, nud & fans armes, certainement il le deuoit ouyr en fes iuftifications, s'il euft voulu obferuer de fait la moderation qu'il promettoit de garder à fon aduenement. Voila ce qu'on reprent en luy.Au deIneurant quand il fut pres de Rome, enuiron de lieuë& demye, il fe trouua enueloppé d'vn tumulte des mariniers& de forfaires, qui auoyent occupé le chemin,& le tindrent environné de tous coftez: c'eftoyent ceux que Neron auoit amaffé en vne legion,& les ayant tirez de la ramesen auoit fait des foldats: fi eftoyent là venus pour luy requerir qu'il leur cófirmaft leur eftat de gens de guerre,& le preffoyent fi importunément, qu'ils ne permettoyent pas que ceux qui venoyent au deuant du nouueau Empereur, le peuffent voir ny parler à luy: ains tumultuoyent& menoyent vn grand bruit, demandans des enfeignes à leur legion,& vn lieu de garnifon pour y refider. Galba les remit à vne autrefois, en leur difant qu'ils luy fiffent vne autrefois entendre ce qu'ils demandoyent. Eux difeyent que cefte remife eftoit vne forte de refus,& s'en mutinoyent en le pourfuyuat auec grands cris, iufques à tant qu'il y en eut aucuns qui eurent bien la hardieffe de defgainer leurs efpees:& adonc Galba comanda aux gens de cheual qu'il auoit à fa fuyte, qu'ils chargeaffent deffus. Il n'y en eut pas vn qui fift tefte, ains furent les vns foulez aux pieds des cheuaux fut le lieu mefine, les autres tuez en s'en fuyat. Ce qui fut vn mau uais& finiftre prefage pour luy, d'entrer en la ville de Rome a- uec vne telle effufron de fang humain,& par deffus les corps de tant de poures gens morts: mais au lieu que quelques vns au parauant le mefprifoyent, comme trop vieil& trop caduque, il n'y eut celuy à l'heure qui ne le redoutaft& ne tremblaft deuất luy. Dauantage voulant monftrer vne grande mutation, quant aux largeffes defmefurees& defpenfes fuperflues de Nero, il femble qu'il fe fouruoya du deuoir: car come vn Canus excellet ioueur de fluftes, euft ioué durant fon foupper, pource que c'eftoit vne mufique fort plaifante à ouyr, il la loua& prifa beaucoup: puis commanda qu'on luy apportaft fa bougette, en laquelle il prit quelques efcus& les luy donna de fa main, difant que ce n'eftoit point fiodus Mais lu rempl ' elle l il faifoit fon aut pefchar de faire fit mou tinus& on les m & faind qui auo Neron, preoc ourir le int aba toutes & des hen, ler e qu'on con Carte bles cran & de Forfai me de tou egiona oyent la gens de toyent ur, le Lieu de efus,& sa tant gainer pas v euaux mau ea de areur ne UIS prit Hoit oint GALBA 919 point de l'argent publique, ains du fien propre:& au furplus commanda qu'on repetaft feuerement les dons que Neron auoit faits aux ioueurs de comedies, muficiens, lucteurs& toute autre telle maniere de gens faifans profefsion des exercices de la perfonne, en leur en la ffant la dixieme partie feulement: dont il retira bien peu de chofe, pource que la plufpart de ceux qui en auoyent eu, Pauoyent ia tout defpendu, comme ils font communément gens defordonnez en leur viure& qui viuent ordinairement au iour la iournee:& falloit aller recercher ceux qui auoyent pris ou a- cheté quelque chofe d'eux,& le leur faire rendre: à quoy il ne fe trouuoit point de fin, tant cela alloit loin l'vn de l'autre,& s'eftendoit à grand nombre de perfonnes. De tout cela là honte& le deshonneur tomboyent fur luy: mais l'enuie& la haine fur Iunius, comme celuy qui rendoit le Prince chiche& mechanique enuers tous les autres, pendant que luy en vfant defordonnément, prenoit à toutes mains,& vendoit toutes chofes: car le Poete Hefiodus, dit qu'il faut Boire fon faoul, quand le tonneau eft plein, Et tout autant quand il vient au declin. Mais Iunius voyant Galba ainfi vieil& caduc, fe vouloit gorger & remplir de la fortune, cependant qu'il la tenoit, penfant bien qu'elle luy commençoit& finiffoit tout enfemble& cependant il faifoit vn grand tort au poure vieillard, adminiftrant mal fous fon authorité les principaux affaires,& blafmant, ou du tout empefchant ceux que le Prince de luy- mefme auoit bie bonne enuie de faire iuftement, come de punir les miniftres de Neron: car il en fit mourir aucuns, entre lefquels furet vnElius, vn Polyclitus, Petinus& Patrobius: dont le peuple fut fort aife& crioit ainfi come on les menoit au fupplice à trauers la place, que c'eftoit vne belle & faincte procefsion,& demandoit aux dieux& aux homes, celuy qui auoit eflé le maitre& le conducteur de toute la tyrannie de Neron, Tigellinus: mais le vaillant homme auoit gaigné le deuật en preocccupant Iunius auec de grandes arres,& puis en faifant mourir le poure Tertullianus, pour autant feulement qu'il n'auoit point abandonné ny hay Neron, eftant tel comme il eftoit, fans que toutesfois il fuft aucunemet coulpable ny participant des crimes& des maux qu'il auoit commis en fa vie: là où celuy qui a- uoit rendu Neron digne de mort,& qui depuis l'auoit encore a bandonné, demeura fans qu'on luy fift ny qu'on luy demandaft rien, feruant de bel enfeignement aux autres, qu'il n'y auoit chofe qu'on ne peuft efperer& obtenir de Junius, pourueu qu'on luy donnaft.car iamais le peuple Romain ne defira tant chofe, que de voir conduire ce Tigellinus au fupplice,& ne ceffoit iamais aux affemblees du theatre ou des lices de le demander, iufques à ce q Empereur les en reprit par vne affiche publique: en laqlle eftoit exper 930 GALBA. Et come Coulonnels des vouz pereur G ment pu Les folder ment qua de telles in affaires de penfant q aufsi pow pour fon ville,& Othon fort fubi tait ou p 1 Gument adefa de en luy ime pour AUX, lors ncore que Othon po narré, que Tigellinus ne viuroit plus guere, à caufe qu'il eftoit ma Jade de Phtifie, qui l'alloit tous les iours confumant petit à petit: & requeroit Galba au peuple, qu'il ne voulut poinft aigrir fa prin cipauté, ny la rendre tyranique& cruelle. Dequoy le peuple fut marry, mais eux ne s'é firet q rire:& facrifia Tigellinus aux dieux pour leur rendre graces de fon falut,& fit preparer vn fomptueux feftin, là où Iunius fe leuat d'aupres de l'Empereur apres foupper, s'en alla iouer chez Tigellinus, menant fa fille qui eftoit vefue quand& foy, à laquelle Tigellinus beut, luy offrant vn don de vingt& cinq mille efcus,& commanda à la principale de fes cocubines d'ofter de fon col, pour le luy donner vn carquant qu'elle portoit, du pris& valeur de quinze mille efcus. Depuis lequel a- de les chofes mefmes qui fe faifoyent droitement& auec raifon, eftoyent calomniees& prifes en mauuaife part: comme ce qui fur ottroyé aux Gaulois, pource qu'ils s'eftoyent foufleuez auec Vindex: car on eftima que ce n'eftoit pas tant de la bonté& liberalité de l'Empereur qu'ils auoyent efté affranchis& exemptez des fubfides& tributs qu'ils fouloyent payer,& qu'ils auoyent obtenu droit de bourgeoifie Romaine, comme qu'ils l'auoyent acheté de Iunius. Pour ces caufes& raifos le peuple hayfoit l'Empire de Galba: mais les foldats pour le prefent, qui leur auoit efté promis du commencement s'entretenoyent en quelque efperace, pefans qu'encore qu'ils n'euffent autant comme il leur auoit efté promis, au moins en auroyent- ils autant que Neron leur en auoit baillé. Mais Galba entendat qu'ils fe plaignoyent de luy, dit adóc vne parole digne d'vn grand Prince& magnanime, qu'il auoit accouftumé de choifir les foldats, no pas de les acheter. Cefte parole leur eftant rapportee, engendra en leurs cœurs vne afpre& cruelle haine à l'encontre de luy, pour autant qu'ils eftimeret, que c'eftoit les priner no feylemét du don qu'ils efperoyent receuoir prefentemét, mais aufsi enfeigner& inftruire les Empereurs qui viendroyet apres luy, de ce qu'ils auroyet à faire en leur endroit. Toutesfois le mutinement des foldats Pratoriens qui eftoyent à Rome, eftoit encore fort couuert& caché pour quelque reuerece qu'ils portoyét à la prefence de Galba, lequel retenoit ceux qui a- uoyet bie bone enuie de fe mutiner, pource qu'ils ne voyoyet en core commencemét aucun de mutation.Cela cachoit aucunemet & les gardoit de monftrer en euidence leur mauuaife volonté. Mais ceux qui parauat auoyét efté fous la charge de Verginius,& qui eftoyent lors fous Flaccus en Allemagne, fe reputas dignes de grandes recompenfes pour la bataille qu'ils auoyent gaignee cotre Vindex,& n'en ayans du tout rien, ne fe vouloyent contenter pour chofe que leurs diffent leurs Capitaines,& ne faifoyēt point de conte de Flaccus mefme, à caufe qu'il ne fe pouuoit aider de fa perfonne, tans il eftoit tourmenté de la goutte: joint aufsi qu'il & prenoit fant bien appellat c on s'eftant t precie tle lender rce tuyau n'auoit cefte huy baigne pa,& l'a May perf la rece contentan de la com efors porte elaiffer year lene le ret Tantya zauec & liber mpter d ent obte nt ache fait hepa rot ent à éce ten mét nté. BS,& es de ecoenter point de fa qu'il anon GALBA. 931 n'auoit experience quelconque des affaires de la guerre ny d'eftat.Et côme vn iour il fe fit quelques ieux, à l'entrée defquels les Coulonnels& Capitaines, felon la couftume Romaine, faifoyent des vouz& prieres aux dieux pour la fate& profperité de l'Empereur Galba, il y en eut plufieurs qui firent bruit du commencement: puis come les Capitaines continuaffent leurs prieres, à la fin les foldats refpondirent, S'il en eft digne. Les legions femblablement qui eftoyent fous la charge de Tigellinus, faifoyent fouuét de telles infolences, dequoy les procureurs& entremetteurs des affaires de Galba, l'aduertiffoyent par lettres. Et luy craignant& penfant qu'on le mefprifaft, non feulemet pour fa vieilleffe, mais aufsi pource qu'il n'auoit point d'enfans, il fe delibera d'adopter pour fon fils quelque ieune homme des plus nobles maifons de la ville,& le declarer fon fucceffeur à l'Empire.Ory auoit il Marcus Othon, qui eftoit bien de noble race, mais qui toufiours auoit efté fort fubiet à fon plaifir,& perdu en voluptez dés fon enfance, autant ou plus que nul autre des Romains. Et come Homere appel1 fouuent Paris le mary de la belle Helene, en le nommant par le m de fa femme, pource qu'il n'auoit autre qualité recommadale en luy: aufsi vint Othon à auoir bruit& à eftre coneu dedans Rome pour le mariage de Poppaa, de laquelle Nerodeuint amou reux, lors qu'elle eftoit encore mariee à Crifpinus: mais portant encore quelque honneur à fa femme,& craignant fa mere, il attira Othon pour la folliciter& corrompre. Car Neron aimoit Othon, & prenoit plaifir à fa copagnie, pource qu'il eftoit ainfi diffolu: e- ftant bien aife d'ouyr que quelque fois il fe moquoit de luy en l'appellat chiche& mechanique.Auquel propos on cote que Neron s'eftant vniour oingt d'vne huyle& compofition de parfum fort precieufe, il en afpergea vn petit en paffant Othon: lequel luy fit le lendemain vn feftin en fon logis, où foudainement fortirent force tuyaux d'or& d'arget de tous coftez de la falle, qui ietterét de cefte huyle par fumee, come fi c'euft efté de l'eau toute fimple, & en baignerent toute la fale. Ayant donc le premier desbauché Poppaa,& l'ayant corrompue fous Pefperance de l'amour de Nero, il luy perfuada de faire diuorce aec fon mary. Ce qu'elle fit, & luy la receut puis apres en fa maifon, come fa femme legitime, ne fe contentant pas tant d'y aucir part, comme eftant marry& defpit de la communiquer à vn autre. Et de cefte ialoufie Poppaa mefime n'eftoit point marrye, à ce qu'on dit: car elle ferma quelque fois la porte à Neron, encore qu'Othon ne fuft pas à la maifon, foit ou pource qu'elle le vouluft toufiours tenir en appetit,& ne le laiffer pas prendre fon plaifir à cœur faoul: ou come aucuns eftiment, pource qu'elle ne vouluft point de Cæfar pour mary,& qu'elle ne le refufaft point pour amy, à caufe qu'elle eftoit luxuvi ufe. Tant y a qu'Othon fuft en dager pour ce mariage de Popnnn ij GALBA ime de de Prquoy ay ment fans & le fit fe on penia clareroic firoven p confulter Rebellion clareret to derfellem don quil leguoyer reiette la cobattu punis& c attendu qu ublique o git elte de સી. ropos par les Romai 932 paa:& eftoit chofe eftrange que Neron ayant fait mourir fa ferme& fa foeur pour les nopces de Poppaa, pardonna neantmoins à Othon.Mais ce fut à caufe qu'il auoit Seneque pour ami, à la perfuafion,& par l'admonneftemét duquel, il fut enuoyé tout au bout de l'Hefpagne, le long de la Mer Oceane, au gouuernement des Lufitaniens: où il fe defporta fi fagement, qu'il ne fut ne chargeant ny defplaifant aux naturels habitans du pays: entendant tres bien que cefte commifsion honorable, luy auoit efté baillee, pour addoucir& couurir feulement fon exil. Depuis quand Galba fe rebella luy fut le premier de to' les gouuerneurs des prouin ces, qui fe ioignit à luy:& faifant porter tout ce qu'il auoit de vaiffelle d'or& d'argent au maiftre de la monnoye, la bailla pour la fondre,& en battre de la monnoye:& luy donna de les officiers ceux qu'il fentoit les plus addroits,& les mieux propres pour feruir vn Prince: fe monftrant au demeurant fidele,& aufsi bien entendu aux affaires d'eftat quand on l'eut eflayé, comme nul autre qui fuft en la fuyte de l'Empereur. Tellemet que par tout le chemin il alla plufieurs iournees dedans yne mefme coche auec Galba, là où il cercha fort de s'infinuer bien auant en la bonne grace de Iunius par prefens qu'il luy faifoit,& par propos agreables, dont il l'entretenoit: mais principalement par ce qu'il luy cedoit volontairement le premier lieu, au moyen de quoy il auoit affeurément le fecond lieu de credit apres luy,& le furmontoit en ce qu'il faifoit tout ce, dont on le requeroit, gratuittement& fans rie prendre,& donoit facile accez& gracieufe audience à tous ceux qui vouloyent parler à luy mefmemet aux gés de guerre, aufquels il aida beaucoup,& en fit aduacer plufieurs aux charges honnora bles, partie les demandant luy- mefme fans moyen à l'Empereur, & partie les impetrant de Iunius,& des deux affranchis de Galba, Icellus& Afiaticus: car c'eftoyet les trois perfonnes, qui auoyét le plus de credit en la cour à l'étour de leur maiftre:& toutes les fois qu'il donoit à foupper à l'Empereur en fo logis, il corrópoit touf jours la bande des gardes qui faifoyét le guet, faifant diftribuer à chafque foldat vn efcu: ce qu'il fébloit qu'il fift pour plus honorer l'Empereur: mais c'eftoit pour luy donner vne trouffe, qu'il allois ainfi gaignant les gés de guerre& les gardes qui faifoy et le guet. Comme donc Galba confultaft qu'il efliroit pour fon fucceffeur, Iunius luy mit en auant Othon: ce qu'il ne faifoit pas pour neant, ny fans loyer, ains fous promefle qu'Othon efpouferoit fa fille, pourueu que Galba l'adoptaft pour fon fils,& le declaraft fon fucceffeur à l'Empire.Mais Galba auoit toufiours euidemment monftré qu'il vouloit preferer le public au priué,& cerchoit d'adopter non celuy qui luy feroit plus agreable, ains celuy qui feroit le plus ytile à l'Empire Romain. Et m'eft bien aduis qu'il n'euft pas vouJu inftituer Othon heritier de fon patrimoine feulement, fachane cus euft fa de fidelite par terre Senat Ro rent autan on, Siye Dous, com qu'il e voulons e nous ne tre Chef Ordeon is bien d Fellius s gou edne iour Loma,& par ertaine pre nitrons a m Empere POP res pa menul a our le ch anec G ne grace reables cedoir i allen. ce ous ceux alquels onnora ereur, Galba, er a rer Hoit et 10- ter hus -no ant qu'il GALBA. 41 933 qu'il eftoit homme defordonné, diffolu& desbordé en defpefe,& abyfmé de dettes, côme de celuy qui deuoit cinq cens mille efcus. Parquoy ayant ouy le confeil de Iunius für cefte matiere doucement fans rien refpondre, il en remit la refolution à vne autre fois, & le fit feulement pour lors Conful,& Iunius quant& luy: dont on penfa qu'incontinent au commencement de l'annee, il le declareroit fon fucceffeur à l'Empire. Ce que les gés de guerre defiroyent plus que nul autre: mais ainfi qu'il eftoit encore apres à confulter& arrefter quelle refolution il prendroit fur ce fait, la rebellion des legics de la Germanie, qui fe foufleuerent& fe declareret tout à vn coup, le furprit.Car tous les ges de guerre vniuerfellement le hayffoyent, à caufe qu'il ne leur payoit point le don qui leur auoit efté promis. Mais ceux- la particulierement alleguoyent pour caufe fimulee de leur mal- vueillance, qu'il auoit reietté fãs honeur Verginius Rufus:& que les Gaulois qui auoyet cobattu contre eux, eftoyent remunerez de beaux& grands priuileges,& ceux qui n'auoyét point adheré à Vindex, auoyét efté punis& chaftiez: de forte qu'il fauoit gré feulement à Vindex, attendu qu'il honoroit& recopenfoit, tout mort qu'il eftoit, auec publique oblation& facrifices funebres, comme fi par luy feul il euft efté declaré Empereur. Ia fe tenoyent tout publiquement ces propos parmy le camp quand le premier iour de l'an efcheut, que les Romains appellent les Calédes de Ianuier, auquel come Flaccus euft fait affembler les foldats pour leur faire prefter le fermet de fidelité à l'Empereur felon la couftume, ils abbatirēt& ietteret par terre les images de Galba,& iurerent au nom du peuple& du Senat Romain feulement.Ce que voyans les Capitaines redouterent autant le danger d'eftre fans Chef, que le peril de la rebellion, Si y eur quelqu'vn d'entre eux qui fe prit à dire, Que faifons nous, compagnons? nous n'elifons point d'autre Empereur,& fi ne voulons point de celuy qui l'eft maintenant monftrans par là que nous ne refufons ny ne fuyons pas Galba feulemet, mais tout autre Chef& Empereur qui nous puiffe comander.Et quát à Flaccus Ordeonius, qui n'eft qu'vne vmbre& vne image de Galba, je fuis bien d'aduis que nous le laifsions là pour tel qu'il eft: mais Vitellius gouuerneur de la baffe Germanie', n'eft loin de nous que d'vne iournee feulement, fils d'vn pere qui a efté Cenfeur à Rome,& par trois fois Conful,& qui a efté pair& compagnon, par maniere de dire, de Clodius Cæfar en l'adminiftratió de l'Empire, la pourété duquel, s'il y a aucun qui la luy reproche, eft vne certaine preuue de fa bonté& magnanimité. Elifons- le donc,& monftrons à tout le monde que nous fauons mieux eflire& choifir vn Empereur, que les Efpagnols, ny les Lufitanies. Aucuns des foldats afsiftans approuuerent ces paroles, les autres non:& y euc vn porte enfeigne qui fe defrobbat fecrettement du camp en alla nnn iij 934 GALBA. Malayam G Herkes pa Prelog ins moneftor ' auoir po auquel i fois pre Contra re Toit Emp menceme desfier du qui le pla gratem auoyent de Nym royent rius& ainfi ap pies& afranchy corropir Romelles demadoy & les fold porter la nouuelle à Vitelli', lequel auoit ce iour- la à foupper grå de compagnie en fon logis:& eftant ce propos incontinent couru par tout fon camp, Fauius Valens Coulonnel d'vne legion s'en vint le ledemain auec groffe trouppe de gés de cheual le premier, & nomma Vitellius Empereur, qui parauant fembloit en faire refus& le reietter, come redoutant la charge de l'Empire trop gran de& trop pefante pour luy: mais lors eftant plein de viande& de vin de fon difner, il fortit en public,& receut le nom de Germanicus qu'on luy bailla, ne voulant point encore accepter celuy de Cæfar:& tout incontinent apres ceux de Flaccus laiffans le beau ferment populaire qu'il auoyent prefté au nom du Senat, iurerent d'obeyr fidelement à ce qu'il plaroit à l'Empereur Vitellius leur commander. Voila comment Vitellius fut efleu Empereur en Alemagne Galba entendant ce nouueau mouuement, penfa qu'il n'eftoit plus temps de differer l'adoption qu'il auoit propen fee:& conoiffant que ceux à qui elle donnoit credit autour de luy, eftoyet partis, les vns faifans pour Dolabella,& la plufpart pour Othon, il n'en approuua ne l'vn ne l'autre,& foudainement fans en auoit predit vn feul mot à parfonne, il enuoya querir Pifo qui eftoit petit fils de Craffus& de Pifo, que Neron auoit fait mourir, jeune homme bien conditionné,& qui monftroit à vne grauité mo dere qu'il auoit de nature, qu'il eftoit né à toute vertu. Galba defcendit incontinent du palais,& s'en alla droit au camp pour le declarer Cæfar,& non fuccefleur de l'Empire: mais au fortir du pa Jais, y eut de grands fignes& prodiges celeftes qui l'accompagnerent:& encore quand il fut dedans le camp& qu'il commença à dire par cœur partie de fa harangue,& partie à la lire, il tóna& efclaira tant comme il parla& tomba vne fi groffe pluye,& vn brouillas fi efpes dedans le camp,& fur toute la ville qu'il eftoit fa cile à voir que les dieux n'auoyent point pour aggreable cefte a- doption,& qu'il n'en aduiendroit ia bien. Les foldats mefmes par leur trifte chere monftroyent bien leur mefcontentement& leur mauuaife volonté, mefmement que lors on ne leur fit métion que! conque de larg effe,& s'efmerueilleret fort les affiftans à ce qu'on en pouuoit conie& urer au vifage& par la voix& parole de Pifo, qu'il ne s'efmouuoit aucunement d'vne fi grande grace, combien que ce ne fuft point à faute de fentiment pour la conoiftre. Come auffi de l'autre cofté on remarqua aifemet en la face d'Othon plu fieurs fignes qui tefmoignoyent qu'il eftoit amerement efpris de defpit& de courroux, de fe voir ainfi defcheu de cefte efperance: car eftant celuy duquel on auoit premierement parlé comme du plus digne,& en eftant approché fi pres, fe voir puis apres fruftré. il iugea que c'eftoit bien figne que Galba auoit mauuaife opinio de luy,& qu'il luy vouloit mal en fon cœur, tellement que depuis il fut toufiours en crainte& en doute de fa perfonne: car redoutas Pifo qui fe pe le entre ler tout auquel i fence de qu'il eut es eut re but oute auoit pa fme, و Maffent kefcou ainfi q Portes co macon el as folda foit:& reur Germa Emp part po ement lans Pifo qui mourir, te mo alba deaccompa mença tona& & va elit fa celea leur que! on en me Puis utas GALBA 937 Pifo, hayflant Galba, eftant courroucé à Iunius, il s'en alla plein de diuerfes paffions en fon entendement, pource que les deuins, Aftrologiens& Chaldeiens qu'il auroit toufiours autour de luy, le admoneftoyent de ne quitter point totalement l'efperance,& de n'auoir point le cœur failly, mefmement vn nommé Ptolomæus, auquel il auoit grade fiance, pour ce qu'il luy auoit par plufieurs fois predit& affeure que Neron ne le feroit point mourir,& au contraire qu'il mourroit le premier,& que luy le furuiuroit& feroit Empereur de Rome: car luy ayant defia fait conoiftre le com mencement veritable, il luy maintenoit qu'il ne fe deuoit point desfier du demeurant: mais plus encore l'aiguyllonnoyent ceux qui le plaignoyent fecrettement,& qui foufpiroyent de le voir fi ingratement traiter par Galba, mefmement plufieurs de ceux qui auoyent autrefois tenus lieux honorables aupres de Tigellinus& de Nymphidius, lefquels eftans lors reculez& raualez, fe retiroyent tous deuers luy,& Pirritoyent: comme entre autres, Veturius& Barbius, dot I'vn auoit efté Optio,& l'autre Teffararius: car ainfi appellent les Romains ceux qui feruent de rapporteurs, d'efpies& d'entremetteurs aux Capitaines, lefquels auec vn fien ferf affranchy qu'on appelloit Onomaftus allerent au camp, où ils corropirent aucus des foldats par argent content,& d'autres par promeffes, auec ce qu'ils auoyent defia la volonté mauuaife,& ne, demadoyet que quelque occafion pour la declarer: car autrement fi les foldats euffent tous eu la volonté faine, ce n'eftoit pas œuure qui fe peuft conduire à chef en quatre iours, qu'il y eut d'interualle entre l'adoption& l'occifion, que faire ainfi tourner& rebeller tout vn camp: car ils furent tuez le quinzieme iour de Ianuier, auquel iour Galba facrifia dés le matin dedans le palais en prefence de fes amis:& le deuin qui fe nommoit Ombricius, fitoft qu'il eut les entrailles de Phoftie immolee entre fes mains,& qu'il les eut regardees, il dit, nó en paroles couuertes ny ambigues, ains tout ouuertemet, qu'il voyoit des fignes de grand tumulte,& qu'il y auoit peril de trahyfon, qui pendoit fur la tefte de l'Empereur mefme, de maniere qu'il fembloit proprement que les dieux luy baillaffent Othon pris par la main: car il eftoit lors derriere Galba,& efcoutoit tout ce que le Deuin difoit,& ce qu'il monftroit: mais ainfi qu'il eftoit en cefte agonie d'entendement, changeant de toutes couleurs au vifage pour la frayeur qu'il auoit, Onamaflus fon affranchi luy vint dire, que les maiftres charpentiers& maçons eftoyent venus,& qu'ils l'attendoyent: car c'eftoit le figne qu'ils auoyent pris enfemble, auquel Othon deuoit aller au deuat des foldats.Si dit adonc Othon, qu'ayant acheté vne maifon vieille, il vouloit aller monftrer aux maiftres ouuriers, ce dont il fe desfioit:& ainfi fe partit de la compagnie,& defcendit du palais nnn GALBAD all appro Galba ordonné Je ferme du peup mains tiere f auffle en la pla donna a 936 par le quartier, qu'on appelle le logis de Tiberius, fur la place, Pedroit où eft la colone doree, à laquelle fe redent& aboutiffent tous les grands chemins de l'Italie. Là le rencontrerent ceux qui les premiers l'apellerent Empereur, qui n'eftoyēt pas en tout plus de vingt& trois: à l'occafion dequoy, encore qu'il ne fuft point inconftant, comme il fembloit, pour eftre fi delicat de fa perfonne & fi mol& effeminé de courage, ains pluftoft refolu& immuable és dangers, fi fe voulut- il lors, tant il eut de frayeur, deporter de fon entreprife: mais les foldats ne luy permirent pas, ains enui ronnans fa litiere à bras auec les efpees nues, commanderent à fes porteurs qu'ils le portaffent:& luy, difant& repetant fouuent, Ie fuis mort, alloit haftant fes porteurs: car quelques vns l'ouyrent ainfi comme il paffoit, s'esbahyffans pluftoft que le troublans, de voir autour de luy fi peu de gens qui euffent ofé entrepredre vne chofe fi hardie. Ainfi qu'on l'emportoit à trauers la place, il en re contra autant d'autres qui venoyentiau deuant de luy,& puis encore d'autres trois à trois,& quatre à quatre, qui tous fe ioignirét à fatrouppe crians, Cæfar, Cæfar,& ayans leurs efpees defgainees aux poings. Or celuy des colonnels à qui il touchoit ce jour- la de garder le camp Martialis, ne fauoit rien de la confpiration: mais fe trouuant eftonné& effrayé au defprouueu, il les laiffa en trer. Quand il fut dedans, il ne trouua perfonne qui luy fift refifta ce, pource que ceux qui ne fauoyent que c'efloit, fe trouuans envelopez de ceux qui le fauoyent,& qui par complot fait de longue main s'entr'entendeyent, fe trouuans efcartez çà& là vn à vn & deux à deux, fuyuirent les autres par crainte du commencemet & apres de bonne volonté Cela fut auffi toft rapporté à Galba au palais, eftat encore le deuin apres fes facrifices, de forte que ceux mefmes qui n'adiouftoyent point de foy à telles diuinations,& n'en vouloyent rien croire, s'efmerueillerent lors grandement de cefte diuine fignifiance.Si accourut incótinent de la place au palais grande foule de peuple: parquoy Iunius& Laco& quelques vns, de fes affranchis fe tindrent aupres de fa perfonne, ayans, les efpeestoutes nues,& Pifo fortit dehors pour parler aux gardes du corps:& pource que la legion Efclauone logecit hors du camp dedans le portique qui s'appelle de Vipfanus, on y enuoya viftement Marius Celfus, vn homme de bien, pour la gaigner.Cependant Galba eftoit en doute s'il denoit fortir du palais, ou non: car Iunius ne vouloit point qu'il fortift: mais Celfus& Laco l'admoneftoyent fort de ce faire, iufques à dire de groffes paroles à Iunius qui l'é diuertiffoit.Sur ces entrefaites il courut vn bruit que Othon auoit efté tué dedans le camp:& tantoft apres furuint InJius Atticius I'vn des meilleurs& plus renommez foldats qui fuf fent entre tous les gardes, möftrant fon efpee toute nue,& criant qu'il auoit tué l'ennemi de Cæfaril pouffa tat à trauers la preffe, qu'il & de to le de pe autres doutaf re en c poule fee on piedar femble timent to és porti euft efte Attili ba, qu autres tierem s'en ap fonne d deuoir entre t fut yh culiere oir& & hand les Cap dars q yent fu reur mais 1 Coups car alors berfee demeura ruirafle dufieur fourration: affa en ans ende lon mava e ceux & aupa lques Jes dur GALBA. 937 qu'il approcha de Galba,& luy möftra fon efpee toute enfanglan tee, Galba le regardât entre deux yeux luy demada qui luy auoit ordonné de ce faire: le foldat luy refpondit que c'eftoit la foy& le ferment de fidelité qu'il luy auoit iuré: à quoy toute la tourbe du peuple affiftat luy cria qu'il auoit fort bien fait,& en batit des mains en figne de refiouyffance.Adonc Galba fe mettant en fa litiere fe fit porter hors du palais pour aller facrifier à Iupiter,& auffi fe monftrer en public: mais il ne fut pas pluftoft defcendu en la place, qu'vn vent tout contraire, en maniere de parler, luy donna aux oreilles qu'Othon eftoit feigneur& maiftre du camp & de toute l'armee.Adonc, comme il aduient en vne fi groffe foule de peuple, les vns luy crierent qu'il s'en retournaft arriere, les autres qu'il paffaft outre,& qu'il tiraft auant, les vns qu'il ne fe doutaft de rien, les autres qu'il fe tinft fur fes gardes.Eftant la litie re en ce trouble, ne plus ne moins qu'en yne tourmente de mer, pouffee tantoft çà, tantoft là,& bien fouuent pres d'eftre renuerfee, on apperceut premierement de gens de cheual, puis d'autres à pied armez, venans du cofté du palais de Paulus, crians tous enfemble à haute voix, Dehors, dehors, homme priué. Si fe prit inco tinent tout le peuple à courir, non point d'vne fuyte efgaree, ains és portiques& lieux plus eminens de toute la place: comme fice euft efté pour voir iouer quelque esbatement. Et lors vn nommé Attilius Sarcello renuerfa par terre l'vne des ftatues de Gal-* Tacitus ba, qui fut comme vn commencement de guerre declaree: les appelle autres tout à l'entour tirerent force coups de iauclots contre fa li gilio. tiere: mais quand ils virent qu'ils ne le pouuoyent affener, alorsils s'en approcherent les efpees defgainees aux poings, fans que perfonne de fes gens demeuraft aupres de luy, ni fe mift en quelque deuoir de le defendre, excepté vn que le Soleil vit ce jour- là feul, entre tant de milliers d'hommes digne de l'Empire Romain: ce fut vh Centenier nommé* Sempronius, qui n'ayant receu parti-* Corner culierement aucun bien- fait de Galba, ains feulement pour le de Tacitus Pap uoir& pour le ferment de fidelité fe mit au deuant de fa litiere, pelle Difuso & hauffant vne branche de vigne qu'il tenoit en fa main, dont les Capitaines Romains ont accouftumé de battre& foueter les foldats quad ils l'ont merité, fe prit à crier apres ceux qui luy cola royent fus, en les priant de ne faire point d'outrage à leur Empereur: mais à la fin quand il vit qu'ils ne defiftoyent point,& que c'eftoit à bon efciant, il defgaina fon efpee, dont il fouftint les coups iufques à ce qu'on luy eut à luy- mefme couppé les iarrets: car alors il tomba par terre:& adonc la litiere de Galba eftat renerfee à l'endroit de la place, qui s'appelle le Lac Curtien, Galba demeura gifant tout de fon long emmy la place, couuert d'vne cuiraffe. Les foldats coiurez fe letterent fur luy, qui luy donerent plufieurs coups,& lay leur tendant la gorge leur die Frappez,' il GALBA. Mas apres of defumitis& Ca Pilo la femm celle de Ga Vitellius & de vil Sieu od o Jien s'app permilli chy l'ent noblefie deux en les rega reputa bonne ferce 938 eft ainfi expedient pour le bien du peuple Romain.Il receut plu fieurs coups aux bras& aux cuyfles à ce qu'on dit, mais le foldat qui le tua fut vn nommé Camurius de la quinzieme legion: les autres mettent que ce fut vn Terentius, les Autres Arcatius, les au tres nomment vn Fabius Fabulus, qui luy ayat coupé la tefte l'enuelopa dedans vn pan de fa robbe, pource qu'il ne la pouuoit autrement empoigner, à caufe qu'elle eftoit toute chauue: mais fes compagnons ne vouloyent point qu'il la cachaft, ains pluftoft qu'il monftraft en euidence le beau chef d'eture qu'il auoit fait parquoy il la ficha au bout d'vne l'ance& alla fecouant& branlant la face de ce pauure viellard, Prince fage& moderé, fou uerain Pontife& Conful, courant çà& là, comme font les femmes efprifes de la fureur de Bacchus és feftes des Bacchanales,& croulant fa lance toute teinte du fang qui couloit au long. Quid cefte tefte fut prefentee à Othon, on dit qu'il s'efcria tout haut: Ce n'eft rien de cefte cy, compagnons, fi vous ne me monftrez auffi celle de Pifo, Laquelle luy fut vn peu apres apportee auffi: car le ieune homme ayant efté blecé, s'enfuy oit,& fut pourfuyui par vn * Autres nommé Marcus qui le tua aupres du temple de Vefta: auffi fut fint Marcus tué Iunius, qui confefla tout haut qu'il eftoit participant de la coniuration à l'encotre de Galba: car il crioit à ceux qui le tuoyet qu'Othon n'entendoit pas qu'on le fift mourir. Ce neantmoins les foldats luy couperent la tefte à luy& à Lacon,& les porterent toutes deux à Othon pour en auoir des prefens: mais, comme dis Je Poëte Archilochus. De fept tuez fur la terre gifans, Mille en y a les tueurs s'en difans. Auffi lors plufieurs qui ne s'eftoyet aucunement empefchez de ce meurtre fouyllerent leurs mains& leurs efpees de fang,& les monftrerent toutes fanglantes pour en auoir des prefens, lefquels Vitellius, fit depuis cercher& mourir: auffi vint au camp Marius Celfus que plufieurs accufoyent d'auoir fuadé aux foldats qu'ils portaffent fecours à Galba,& crioit la comune qu'on le fift mourir: ce que toutesfois Othon ne vouloit point faire: toutesfois craignant de contredire à la volonté des foldats, il leur dit qu'il ne le falloit point occire fi chaudement, pource qu'il y auoit des chofes qu'il falloit premierement enquerir& fauoir de luy: fi commanda qu'o le liaft,& le baillaft en garde à ceux dot il fe fioit le plus. Cela fait, le Senat fut incontinent conuoqué, là où comme fi les homes fuffent foudainemét deuenus tous autres qu'ils n'eftoyent, ou qu'il y euft de nouueaux dieux, ils iurerent fidelité au nom d'Othor, que luy mefme qui l'auoit iuree à Galba, ne luy auoit pas obferuee,& luy donnerent les noms d'Auguftus& de Cæfar, eftans encore les troncs des corps fans teftes, tous eftendus fur la place veftus de leurs robbes coafulaires. Quant à leurs teftes, les fol Vos ne Singer fut appe la hard ment, qu lion, fut vn perf pas tan donner comm galtez nemen mains Emper dars& al cchan ez auf par va uffi fut de la 23 GALBA 939. foldats apres qu'ils n'en feurent plus que faire, vendirent celle de Iunius à fa fille deux cens cinquante efcus:& quant à celle de Pifo, fa femme l'impetra par prieres d'vn nommé Veranius: mais celle de Galba ils la baillerent aux feruiteurs de Patrobius& de Vitellius, lefquels apres luy auoir fait toutes les fortes d'outrages & de vilenies dont ils fe peurent aduifer, la ietterent à la fin au lieu où on iette les corps de ceux que les Cafars font mourir, le lieu s'appelle Seftertium Quát à fon corps, Heluidius Prifcus par permiffion d'Othon l'emporta,& la nuit Argius vn fien affranchy l'enfepultura. Voila P'hiftoire de Galba, perfonnage qui en noblefie& en richeffe ne cedoit à guere de Romains, mais en tous deux enfemble eftoit le premier de fontemps, ayant vefcu durant les regnes de cinq empereurs toufiours en honneur& en bonne reputation: de maniere qu'il desfit Neron par fon bon nom& la bonne eftime qu'on auoit de luy, non par fa puiffance ny par fa ferce.Car de ceux qui attenterent lors de fe faire Empereurs, les vns ne trouuerent perfonne qui les en reputaft dignes, les autres s'ingererent,& s'en reputerent dignes eux- mefmes: mais Galba y fut appellé,& obeyt à ceux qui l'appellerent, preftant fon nom à la hardieffe de Vindex, en quoy faifant il fut caufe que fon mouue ment, qui parauant fe nommoit attentat de nouuelleté& rebellion, fut nommé guerre ciuile, depuis que fa faction cut pour Chef vn perfonnage qu'on reputoit digne de l'Empire, pourtat ne fit- il pas tant fon conte de prendre les affaires pour foy, comme de fe donner foy mefme aux affaires: mais il faillit en ce qu'il voulut commander aux foldats, que Tigellinus& Nymphidius auoyent gaftez par leurs flatteries, ne plus ne moins que faifoyent ancienmement Scipion, Fabricius& Camillus aux gens de guerre Romains de leur temps.Et eftant ia vfé de vieilleffe i! fe monftra bon Empereur& de l'ancienne mine en les deportemens enuers les fol dats& gens de guerre feulement: mais au demeurant fe laiffant aller aux cupiditez de Iunius& de Lacon& de fes ferfs affiachis, il ne laiffa perfonne qui regretaft le gouuernement de fom Empire, mais bien plufieurs qui eurent pitié& compaffion de fa mort. 940\ sanodine OTHON. CAESAR OT T IMP I AVG E lendemain le nouuel Empereur au poinct du iour alla au Capitole, où il facrifia,& là fe fit a- mener Marius Celfus, qu'il falua,& parla humainement à luy, l'admonneftant d'oublier pluftoft la caufe de fon emprifonnement, que de fe fouuenir de fa deliurance.Celfus luy fit vne refpófe magnanime& prudente, que le crime dont on l'auoit voulu charger enuers luy, faifoit foy de fes mœurs, fe monftrant fidele enuers Galba, auquel il n'eftoit de nulle grace obligé. Les propos de P'vn & de l'autre pleurent grandement aux affiftans.Les gens de guerre mefmes les trouuerét bos. Et au Senat apres auoir mis en auant plufieurs honeftes& gracieux propos, il departit le temps qu'il a- noit encore à eftre Conful, en donnant partie à Verginius Ruffus: & à tous ceux qui auoyent efté nomez au Confulat par Neron ou par Galba, il leur garda& confirma leur rang:& des prelatures& preftrifes, il en honora les pl' vieux Senateurs,& ceux qui eftoyer de plus grande reputatio.A tous ceux du Senat qui ayas efté banis par Nero, auoyent efté rappellez, il leur rendit ce qu'il peut trouuer encore en eftre de leurs biens qui n'auoit point efté vendu, dőt les premiers& principaux perfonnages de la ville, qui parauant trembloyent de frayeur& d'horreur, penfans que ce ne feroit pas vn homme, mais pluftoft vne furie& vn efprit malin qui feroit ve nu à vfurper l'Empire, furent tous fort refiouys pour la bonne efperance de regne riant& gracieux que leur donna ce commence ment.Mais il n'y eut rien qui tant agrea à tous les Romains enfem ble, ne qui tant luv gaigna la bien- vueillance de tout le monde, que ce qu'il fit de Tigellinus, lequel eftoit defia bien puni, quand il n'y euft eu que la crainte qu'il auoit de la punition, que tout le mo de demandoit de luy, ne pius ne moins qu'vne dette deue à la cho fe publique,& par les maladies incurables, dont fon corps eftoit at cainr int Et com e vn ext dires& ex ordinaire les la de la mor pouuo tel mel re& la rincar ville de feaux to fi befo argent der qu faire de luy Conce gorge tement daucun mun po femble fent re ne le qu'il riers, thon: mes d fta de céa e parce donna qualite s euffe rationa port Septiem que C fong plus te de bom uma char nues 2- eP guer auant ila10 OT HON 941 faint.Et combien que les gens de bien& d'honneur eftimaffent ftre vn extreme fupplice cóparable à plufieurs morts, que les mau dites& execrables diffolutions de luxure, efquelles il fe plógeoit ordinairement auec femmes deshontees& perdues, apres lefquel les fa defordonnee concupifcence brufloit encore, quoy qu'il euft. la mort entre les dents, en les retenant le plus longuement qu'il pouuoit: ce neantmoins encore fafchoit- il au monde de ce qu'vn tel mefchant voyoit le Soleil, apres en auoir fait perdre la lumiere& la veuë à tât de fi grands perfonnages. Ochon l'enuoya que rir: car il fe tenoit en des maifons de plaifance aux champs pres la ville de Sinueffe, ou il faifoit fa demeuráce, ayat toufiours des vaif feaux tous prefts en la cofte de la marine pour s'en fuyr plus loin, fi befoin luy en eftoit. Il effaya premierement de gaigner par argent celuy qui auoit la commiffion de l'emmener,& luy perfua der qu'il le laiffaft efchapper: mais quand il vit qu'il ne le pouuoic faire il ne laiffa pas pourtant de luy donner des prefens,& luy pria de luy donner à tout le moins loyfir de rafer fa barbe: l'autre luy conceda:& lors Tigellinus prit vn rafouer duquel il fe couppa la gorge luy- mefme.Ainfi Othon ayant donné ce tref- iufte contentement au peuple, ne voulut au demeurant fe refentir ny venger d'aucune fiene inimitié particuliere: mais pour gratifier au.commun populaire, il ne refufa point d'eftre appellé és publiques affemblees des theatres, Neron:& comme aucuns particuliers euffent releué& remis en veue publique quelques fienes images, il ne le defendit point: ains, qui plus eft, Clodius Ruffus efcrit qu'il fut enuoyé des lettres patentes en Hefpagne par des courriers, efquelles ce beau nom de Neron eftoit joint à celuy d'Othon: toutesfois conoiffant que les premiers& principaux hommes de Rome ne le trouuoyent pas bon, il s'en deporta& defifta de le mettre en fes lettres. Ayant donc Othon ainfi commencé à eftablir fon empire, les foldats luy donnoyent de l'ennuy, parce qu'à tout propos ils l'admonneftoyent qu'il fe desfiaft& fe donnaft de garde, defendant que les perfonnes d'honneur& de qualité n'approchaffent de luy, foit ou pource que veritablement ils euffent peur qu'il ne fe tramaft fecrettement quelque confpiration à l'encontre de luy, pour l'amour& bien- vueillance qu'ils luy portoyent, ou que ce fuft vne couleur affetce qu'ils cerchaf fent pour troubler tout,& mettre tout en combuftion de guerre: car comme luy mefme euft depefché Crifpinus auec la dixfeptieme cohorte, pour luy amener quelques vns prifonniers,& que Crifpinus fe preparaft auant iour pour aller en fa commiffion,& filt charger les armes de fes foldats fur des chariots, les plus temeraires fe prirent à crier que Crifpinus ne couuoit rien de bon en fon cœur,& que c'eftoit le Senat qui attentoit de remuer quelque nouuelleté,& que ces armes fe portoyent no pour E 942 OTHON. Dalmatie& My firent aulli a pianus dom groffes& p tellius, qu d'vn vieil vine ville fon aile. V cement du tre, ils s'en en fe repro follement mais contre Cæfar. Ces paroles toucherent plufieurs au vif, qui s'en mutinerent: de maniere que les vns mirent les mains for refdits chariots pour les arrefter, les autres occirent de fait deux Centeniers& Crifpinus mefme qui les vouloyent empefcher:& tous enfemble s'encourageans les vns les autres, tirerent droit à Rome, comme pour aller au fecours de l'Empereur:& là entendans qu'il y auoit bien quatre vingts Senateurs qui fouppoyent auec luy, ils s'en coururent droit au palais, crians que c'eftoit vne bonne occafion de tuer en vn coup tous les ennemis de Cæfar. Si fut incontinent toute la ville de Rome en grande combuftion, s'at tendant bien de deuoir eftre incontinent apres faccagee:& couroyent gens çà& là par le palays, fe trouant Othon luy- mefme en trefgrand trouble& grande deftreffe: car on conoiffoit euidem ment qu'il auoit peur pour ceux qu'il auoit conuiez, non pas pour foymefme, les voyant tous tranfis de frayeur fans luy mot dire, te nans les yeux fichez fur luy, mefmement que les vns eftoyent venus à ce feftin auec leurs femmes: fi enuoya foudainement les Capitaines& Chefs des bandes vers les foldats, leur commandant d'aller parler à eux,& faire tout ce qui leur feroit poffible pour les appaifer,& quant& quant fit leuer de table les conuiez,& fortir hors du palays par autres portes fecrettes:& ainfi fe fauuerent ils paffans à travers les foldats bien peu auant qu'ils en traffent dedans la falle où fe faifoit le feftin, crians& demandans, Que font- ils deuenus les ennemis de Cæfar? Et luy fe leuant debout fur fon lict, les appaifa& addoucit de paroles iufques à y employer les larmes mefmes,& fit tant qu'il les renuoya tous à la fin:& le lendemain leur fit diftribuer pour tefte cent vingt& cinq efcus à chacun, puis entra dedans le camp, là ou il loua la commu nauté de la bonne& prompte affection qu'ils auoyent monftree en fon endroit, mais il dit qu'il y en auoit entre eux, qui fous couleur de bien, faifoyent de maunais offices, eftans caufe de faire calomnier fa bonté& fon humanité,& leur conftance& fidelisé, les requerant qu'ils s'en vouluffent reffentir auec luy,& les en punir. Tous approuuerent fon dire,& luy crierent tout haue que il le fift. Si en fit Othon faifir au corps deux feulement, de la pnnition defquels il penfoit bien que perfonne ne fe foucieroit:& à tant s'en alla. Ceux qui l'aimoyent& qui fe fioyent en luy, s'ef merueillerent de cefte mutation: les autres eftimerent qu'il e- ftoit neceffaire qu'il le fift ainfi pour gaigner le cœur des foldats, à caufe de la guerre qui le menaçoir: car defia luy venoyét certaines nouvelles de tous coftez que Vitellius auoit pris authorité d'Empereur& arriuoyent des courriers les vns fur les autres, qui luy apportoyent aduertiffemens, comme il fe rendo t tous les jours quelque chofe à luy. Dautres auffi luy annonçeyet comme les legions qui eftoyent à la garde des Pannonies, de la Dalner leque experime toit- il al mais la p woye per Yne vidour comme elle tenoit en fe te de Gai lariuiere du ne qu'il f Tient ce qu Vefpafian & y eut pl Tybre.car accoutum igrosa'y eftant for de la ville qu'il fut pl mine à R & Valen ments de Emailon, A autr den Cafir. Si andy y- oit eui pas et dire yene ve les C undant po ,& OTHO N. 943 Dalmatie& Myfie auoyent efleu Othon. Incontinent apres, luy furent auffi apportees lettres fort amiables de Mutianus& de V ef pafianus, dont l'vn eftoit en la Syrie,& l'autre en la Iudee, auec groffes& puiffantes armees: fur quoy fe confiant il efcriuit à Vitellius, qu'il ne mift point en fa tefte entreprife plus haute que d'vn vieil foldat,& qu'il luy donneroit force or& argent auec vne ville, là où il pourroit viure ioyeufement en repos& fort à fon aife. Vitellius luy refpondit, en fe moquant de luy, tout doucement du commencement, mais depuis s'eftans irritez P'vn l'autre, ils s'entre- efcriuirêt de fort outrageufes& iniurieufes lettres, en fe reprochant I'vn l'autre, non fauffement, mais fottement& follement, les vices qu'ils auoyent car il feroit mal- aifé à difcerner lequel d'eux deux eftoit plus voluptueux, plus effeminé, moins experimenté, plus poure, ou plus endetté au parauant. Or fe contoit- il alors plufieurs fignes& prefages qu'on difoitefire apparus, mais la plus part eftoyent bruits de ville incertains, qui ne trouuoyet perfonne qui les aduouaft.Mais il y auoit dedãs leCapitole vne victoire montee deffus vn chariot, triophal: tout le monde vit comme elle laiffa aller les renes des brides des cheuaux qu'elle tenoit en fes mains comme ne les pouuans plus retenir. Et vne fta tue de Gaius Cæfar eftant dedans l'ifle, qui eft Rome au milieu de la riuiere du Tybre, fans qu'il y euft aucun tremblement de terre, ne qu'il foufflaft vent quelconque, fe tourna d'Occident vers O- rient, ce qu'on dit eftre aduenu droittement enuiron le temps que Vefpafian commença à prendre à bon efciat les affaires en main: & y eut plufieurs qui tournerent mefme en prefage l'accident du Tybre: car il eft bié vray que c'eftoit la faifon que les riuieres ont accouftumé d'eftre pleines, mais il n'auoit iamais auparauant efté fi gros, n'y n'auoit perdu& gafté tant de chofes comme il fit adóc eftant forty hors de fes riues,& ayant noyé la plus grande partie de la ville, mefmement à l'endroit où on vend le bled, de forte qu'il fut plufieurs iours qu'on enduroit grande difette& grande famine à Rome.Sur ces entrefaites vindrent nouuelles que Cecin na& Valens, deux Capitaines de Vitellius, auoyent defia occupé les monts des Alpes,& dedans Rome Dolabella, homme de noble maifon, fut foupçonné pas les foldats Prætoriens, qu'il ourdiffoit quelque fourde menee. Othon, foit qu'il le craignift luy, ou vn autre, l'enuoya en la ville d'Aquinű, l'affeurat qu'il ne auroit autre mal:& choififfant des perfonnes de qualité ceux que il meneroir quant& luy, il y mena entre les autres Lucius frere de Vitellius, fans luy diminuer ny augmenter rien de Phonneur qu'il auoit:& fi eut dauantage grand foin d'afieurer fa femme& fa mere, à ce qu'elles n'euffent point de peur,& ordonna Flauius Sabinus frere de Vefpafian garde& gouuerneur de Rome en fon abfence, foit qu'il le fift pour l'amour de Neron, qui luy auoit & cing 20 OTHON. reperil que le auec for & ayans des plus eftover à tratte que n'e de prefe frange portant ches,& pitaine tee fur 944 autrefois donné le mefme honneur& la mefme authorité, la quelle Galba luy auoit depuis oftee, ou bien pour donner à en tendre à Vefpafian qu'il l'aimoit& qu'il fe fioit en luy.Si demeura luy derriere à Breffelles, ville affife fur le Po& enuoya deuant fon armee fous la códuyte de Marius Celfus& de Suetonius Paulinus& de Gallus& de Spuriną, tous perfonnages de grande& illuftre qualité, mais qui ne pouuoyent manier ny gouuerner les affaires à leur fantafie, comme ils l'euffent bien voulu, pour l'infolence& la defobeyffance des foldats, lefquels ne vouloyent point d'autres Capitaines,& difoyent qu'il n'appartenoit qu'à P'Empereur feul de leur commander. Vray eft, que ceux des ennemis n'eftoyent pas eux- mefme guere fages non plus, ny faciles à manier à leurs Capitaines, ains eftoyent braues, temeraires & audacieux pour la mefme occafion: mais ils auoyent cela dauantage, qu'ils fauoyent bien combatre,& eftoyent tous aguerris& accouftumez au trauail: lequel il ne fuyoyent point: là où les Prætoriens qui venoyent de Rome, eftoyent delicats, mols& effeminez, pour le long feiour qu'ils auoyent eu fans guerre, en repos& en oifiueté dedans Rome, où ils auoyent vefcu la plus part du temps en feftes& en ieux,& par brauerie& arrogance vouloyent qu'on penfaft qu'il dedaignaffent les charges& couruees que leurs Capitaines leur commandoyent, comme eftas trop dignes pour les faire,& no pas trop lafches pour en porter le trauail, de forte que quand Spurina les y voulut cŏtraindre, il fug en dager de fa perfone,& s'en fallut bie peu qu'ils ne le tuaffent: mais au moins n'efpargnerent- ils vilenie, outrage, ni iniure dis monde qu'ils ne luy diffent, l'appellans traiftre,& luy reprochans qu'il laiffoit perdre les occafions de bien conduire les affaires de Cæfar. Il y en eut mefmes quelques vns, qui eftans yures s'en alJerent la nuit en fa tente luy demander congé, difans qu'ils vouloyent aller: comme que ce fuft, deuers l'Empereur, pour le charger& accufer enuers luy: mais vne pointure que leur donnerent leurs aduerfaires enuiron ce temps- la pres la ville de Plaifance, feruit beaucoup à Spurina& aux affaires mefmes: car ceux de Vitellius approchans des murailles de la ville, fe moquerent de ceux d'Othon qui eftoyent aux creneaux les appellans beaux dãfeurs, & beaux ioueurs de farces, qui n'auoyent iamais rien veu que des ieux& des feftes: mais de guerre ny de faits d'armes& de batailles ne fauoyent que c'eftoit,& que leur plus grande proueffe e- ftoit d'auoir trenché la tefte à vn poure vieillard tout nud, entendans de Galba: mais de fe prefenter en pleine campagne deuant des hommes qu'ils n'en auoyent pas le courage. Ces paroles iniurieufes les piquerent, irriterent& enflammerent fi bien, qu'ils vindrent d'eux- mefmes fupplier Spurina, qu'il leur commandaft ce qu'il d'vne L'autr ennem ptions fe d'auo nant pas fois les a hafta tro demeura legeres temps& battit- il tout per Cremon ba allan ce, qua demeure one fe la fon puis, les ars de le de fold que tommes Taloy cel sagut mols& tre, en la plus gan & ter le ure da chans res de nal ce UX Sp es ils daft OT HON. 945 ce qu'il luy plairoit,& que deformais ils ne refuferoyent trauail ne peril quelconque. Siy eut vn fort violent affaut donné à la vil le auec force engins: mais ceux de Spurina en eurent l'auantage, & ayans repouffé les affaillans auec grand meurtre, fauueret I'vne des plus belles, plus groffes& plus floriffantes citez de l'Italie. Si eftoyer les Capitaines d'Othon plus accointables& plus gracieux à traitter& parler aux villes& aux homes prinez& particuliers, que n'eftoyent pas ceux de Vitellius defquels Cecinna n'eftoit ny de prefence, ny de façons de faire, acceffible ny populaire, ains e- ftrange, hydeux& fafcheux à le voir feulement, vn grand corps, portant à la guife des Gauloys des braguefques& des fayes à mã ches,& parlant en ceft accouftrement aux Porte- enfeignes& Ca pitaines Romains:& fi auoit fa femme quad& luy toufiours montee fur vn braue cheual, veftue pompeufement& accompagnee d'vne trouppe d'homes d'armes choifis de toutes les compagnies. L'autre, Fabius Valens eftoit fi auaricieux, que ny le pillage des ennemis, ny les larcins fur les fuiets, ny les concuffions& corruptions fur les alliez& amis, ne pouuoyent affouuir fa conuoitife d'auoir,& femble que ce fut la caufe pour laquelle ne chemi nant pas affez toft, il ne fe trouua pas à la premiere bataille: toute fois les autres en donnent le tort& la coulpe à Cecinna qui fe hafta trop pour l'enuie qu'il auoit que l'honneur de la victoire luy demeuraft à luy tout feul, qui fut caufe, que outre les autres plus legeres fautes il fit encore celle là, qu'il donna ia bataille hors de temps& de faifon& puis quand ce vint au fait, encore ne la debattit- il pas affez vaillament, de forte qu'elle cuida eftre cause de tour perdre: car ayant efté repouffé de Plaifance, il s'en alla devát Cremone qui eft vne autre groffe& puiffante ville.Et Annius Gar ba allant pour fecourir Spurina quieftoit affiegé dedans Plaifan quand il entendit par le chemin que ceux de dedans eftoyent demeurez bien plus forts, mais que ceux qui eftoyent dedans Cre mone fe trouuoyent bien preffez& en grand danger, il transpor ta là fon armee,& s'en alla camper tout aupres des ennemis. Et depuis, les autres Capitaines d'vne part& d'autre, vindrent au fe cours de leurs gens: mais Cecinna ayant mis en embufche bon no bre de foldats bien armez, en quelques endroits pleins de bois& couverts, commanda aux gens de cheual qu'ils marchaffent deuant,& que fi les ennemis les venoyent choquer qu'ils fe tiraffent en arriere petit à petit faifans femblant de fiur, iufques à ce qu'ils les euffent attirez dedans l'embufche. Il y eut quelques traiftres qui defcouurirent Paguet à Celfus, lequel auce les meilleurs de fes hommes d'armes leur marcha bien à l'encontre, mais il fe garda bien auffi de les pourfuyure à bride abatue, ains enuirona le lieų auquel eftoit l'embufche, qu'il fit leuer,& cependant manda en diligence aux gens de pied qui eftoyent en fon camp, qu'ils fe ha 000 j ce, ice de tou adverfaire faute de v OTHON. 946 ftaffent de venir& femble que s'ils fuflent arriuez à temps il ne fe fuft pas fauué vn tout feul des ennemis,& qué eux euffent paffé fur le ventre de toute l'armee de Cecinna, s'ils euffet fuyui à téps & à propos les gens de cheual. Mais Paulinus eftant arriué trop tard au fecours, pour auoir marché trop lafchement, fut chargé de n'auoir pas fait deuoir de Capitaine, tel comme il en auoit le no: qui plus eft, les communs foldats l'accufoyent de trahyfon enuers Othon,& irritoyent l'Empereur encontre luy, parlas d'eux- mefmes hautement, comme ayans vaincu quant à eux,& n'ayant tenu qu'à la lafcheté de leurs Capitaines qu'ils n'euffent emporté la totale victoire: mais Othon ne fe fioit pas tant à eux, comme il vouloit leur imprimer opinion qu'il ne s'en desfioit aucunemet. Parquoy il enuoya Titianus fon frere au camp,& auec luy Proclus le Maiftre du Palais, lequel auoit de fait toute l'authorité& le pouuoir de commader, mais d'apparence, c'eftoit Titianus qui en auoit le titre d'honneur de lieutenant de l'Empereur.Celfus& Paulinus alloyent apres, ayant le nó de Cófeilliers& d'amis feulement, mais de puiffance& d'authorité au maniement des affaires, rié du tout.De l'autre cofté, les ennemis n'eftoyét pas en moin dre trouble, mefmemět ceux que menoit Valens: car quand on apporta la nonuelle de la rencontre qui auoit efté faite en cefte embufche, ils fe courroucerent à luy, de ce qu'ils n'y auoyer pas efté, & que luy ne les y auoit pas menez pour fecourir leurs gens qui y eftoyent demeurez, de forte qu'il eut beaucoup d'affaires à les ap paifer& à les contenir, tant ils furēt pres de le charger.à la fin tou tefois il deflogea,& s'alla ioindre auec Cecinna.Mais Othon eftät arriué en fon camp à Bebriacu, qui eft vne petite ville voifine de Cremone, tint confeil auec fes Capitaines, à fauoir s'il deuoit donner la bataille, ou non. Si furent Proclus,& Titianus d'aduis attendu que les foldats eftoyent bien deliberez, à caufe de la vi& toire qu'ils venoyent de gaigner, qu'on ne a deuoit point differer, pource que cela ne feroit que refroidir l'ardeur de l'armee, qui ne demandoit qu'à combattre,& donner loyfir à leurs ennemis d'attedre leur chef Vitellius, qui venoit luy- mefme de la Gau Je.Au contraire Paulinus alleguoit que les ennemis auoyent toutes les forces prefentes, auec lefquelles ils efperoyent les combat tre& leur faire la guerre,& qu'il ne leur en defailloit rien, là où Othon attendoit vne autre armee de la Myfie& des Pannonies, tout auffi puiffante que celle qu'ils auoyent- là, pourucu qu'il feut attendre fon occafion, no pas feruir à celle de fes ennemis,& que fi prefentement les foldats eftoyent bien deliberez eftans en moin dre nombre, à plus forte raifon le feroyent- ils encore dauantage quand ils auroyent plus grand nombre de compagnons,& qu'ils combattroyent auec meilleure condition. Qui plus eft, il remonftroit que le dilayer faifoit pour eux, attendu qu'ils auoyent affluence bonnes, ftant ret tombé Cours de devoit p attendu fta poin la batai le& pl qui fon que c'e guerre aife en tez del grande euflent a ennemis porter la guement delicat,& ce qui le va haut ontoit P Yes raco plufieu toutes e de bie mbler Emper fimilit ent lo puiffe bien Gaires Any c author Trianus a Celfus ел щою sales ap U- bat оц es, eut que mon mon ence OTH ON. 948 ence de tous biens& de toutes prouifions, là où à l'oppofité leurs aduerfaires eftans en pays d'ennemis viendroyent à auoir bie toft faute de viures.Marius Celfus trouua ces raifons& remöftrances bonnes,& Annius Gallus n'eftant pas prefent à ce confeil, ains s'eftant retiré pour fe faire penfer d'vne cheute, à caufe qu'il eftoit tombé de cheual: mais Othon luy en auoit efcrit pour auoir le dif cours de fon aduis: il fit refponfe qu'il eftoit d'opinion qu'on ne fe deuoit point hafter, ains attendre l'armee qui venoit de la Myfie, attendu qu'elle eftoit defia par chemin: toutefois Othon ne s'arrefta point à ce confeil, ains le gaignerent ceux qui concluoyent à la bataille, dont on allegue plufieurs occafions: mais la principale,& plus apparente fut, que les foldats qui s'appellent Prætoriens, qui font les gardes ordinaires de l'Empereur, effayas lors au vray que c'eft de faire la profeffion de foldat,& de viure en gens de guerre, regrettoyent la demeurace de Rome, où ils viueyet à leur aife en ieux& en feftes, fans fentir les trauaux& les incommoditez de la guerre,& demandoyent à cefte caufe la bataille auec fi grande inftance, qu'on ne les pouuoit pas contenir, comme s'ils euffent deu à leur premier cry& premier elancement rempre les ennemis:& fi me femble qu'Othon mefme ne pouuoit plus fupporter la doute& l'incertitude de l'aduenir, ny endurer plus longuement le trauail de penfer au danger de fes affaires tät il eftoit delicat,& non accouftumé à porter vn foucy& à prendre peine, ce qui le fit ainfi fe hafter& fe precipiter ne plus ne moins que de vn haut rocher, à yeux clos,& ietter tout à l'aduenture. Ainfi le contoit l'orateur Secundus, qui eftoit Secretaire d'Othon: les autres racontent que les deux armees eurent plufieurs deliberatios & plufieurs volontez, comme de s'aflembler toutes en vn camp, & toutes enfemble eflire, s'ils fe pouuoyent accorder, le plus homme de bien de leurs Capitaines qui eftoyent là prefens, finon d'affembler le Senat en vn lieu,& là permettre aux Senateurs d'elire vn Empereur tel que bon leur fembleroit. Et n'eft point hors de verifimilitude, attendu que ny l'vn ny l'autre des deux qui fe nomoyent lors Empereurs, n'en eftoit eftimé digne, que ces confeilslà ne puiffent eftre tombez en l'entendement des naturels foldats Romains fages& bien experimentez, que c'eftoit chofe qu'ils deuoyent bien abominer, que de fe ietter eux- mefmes és miferes& calamitez, que leurs predeceffeurs auoy et par le paffé fait fouffrir les vns aux autres, pour la caufe de Sylla& de Marius premierement,& depuis pour Cæfar& Popeius,& ce pour attribuer l'Em pire de Rome, ou à Vitellius, à fin qu'il euft dequoy fournir à fon yurongnerie& à fa gourmandife, ou à Othon, fin qu'il peut entretenir fes delices& fa luxure defordonee.C'eftoy Poccafio qui mounoit Celfus à dilayer, efperant que fans trauail& fans dager les affaires fe ponrroyent accorder,& qui fit auffi qu'othon fe ha000 ji 948 OTHON. As part bataille prenoy deuant fent.C cafion taille furent fueréta ias ne relpon de con trouu en des croya fta pour la crainte qu'il eut de cela: mais s'en retournant à Breffet les, il fit vne autre faute, non feulement en ce qu'il ofta à les gens la bonne affection de fe monftrer, que fa prefence& la reuerence qu'on luy portoit, leur donnoit: mais auffi en ce qu'il emmena quand& foy pour la garde de fa perfonne, les meilleurs combattans& les plus deliberez& mieux affe& ionez, qui fuffent en tout fon oft. Or aduint- il enuiron ce temps- la qu'il fe fit vne rencontre le long du Po par ce que Cecinna baftifioit vn pont deffus,& ceux d'Othon le vouloyent empefcher: mais voyans qu'ils ny faifoyent rien, ils mirent dedans des batteaux force fagots& autre bois fec, frotté de fouffre& de poix,& mettans le feu dedans les Jaifferent aller à val: mais quand ils furent au fil de l'eau, il fe leua foudainement vn vent fur la riuiere, qui foufla ce bois qu'ils auoyent preparé pour ietter fur les ouurages des ennemis, dont il fe leua premierement vne fumee,& puis incontinent apres vne grande flamme qui preffa de telle forte ceux qui eftoyent dedans les batteaux, qu'ils furent contraints de foy lancer dedans la riuie re,& ainfi perdirent leurs batteaux,& fe rendirent eux mefmes auec grande moquerie entre les mains de leurs ennemis. Dauantage les Allemans de Vitellius s'eftans attachez au combat à l'en contre des gladiateurs d'Othon, à qui gaignerait vne petite ifle au milieu de la riuiere, furēt les plus forts,& en tuerent plufieurs: au moyen dequoy les foldats d'Othon qui eftoyent dedans Bebriacum, fe defpitans,& demandans la bataille à toute force, Proclus les tira aux champs,& alla camper hors de la ville enti ron trois lieues loin, fi inconfiderément& fi mal à propos, qu'en la faifon du Primtemps, tout le pays d'alentour eftant plein de eaux& de ruiffeaux qui iamais ne tariffent, neantmoins ils auoyet difette d'eau: le lendemain ils voulurent partir pour ce iour mef me aller trouuer les ennemis,& leur conuenoit faire plus de fix lieuës.Paulinus ne voulut pas, remonftrant qu'il falloit aller tout beau,& ne fe trauailler pas trop, ny aller chaudement, auffi toft comme ils feroyent arriuez, las& recreus du chemin qu'ils auroyent fait, courir fus aux ennemis qui eftoyent bien armez,& qui auroyent eu temps de fe ranger en bataille tout à loyfir, pendant que eux auroyent fait vn fi long chemin auec tout leur bagage& leur chariage.Surquoy y ayat contrarieté d'opinion entre les Ca pitaines, il furuint de la part d'Othon vn homine à chcual de ceux qu'on appelloit les Nomades qui leur apporta des lettres, par lefquelles Othon leur mandoit qu'ils ne demeuraffent point,& ne perdiffent point temps: ains qu'ils marchaffent incontinent droit contre les ennemis.Parquoy ces lettres venës, les Capitaines firée incontinent marcher l'armee. Cecinna entendant leur venue fe trouua de prime face eftonné,& foudain abandonna Pouurage de fon pont pour s'en retourner en fon camp: là où il trouna la plus ordre meura car les Tent vn toyent caufe qui les eut qu velopp & vnie ment. leurs p ny iam lius eft leur aa s vind fi ro ng& terent le hoye ecourt 温 哥 enisdt apres ve s la rie melimes Dauar Pen ile au curs au Behri eeni yet qui ant & Ca drest spree ve fe urage pua la pla OTHON. 949 plus part des foldats defia tous armez,& ayans defia le mot de la bataille que Valens leur auoit baillé:& cependant que les legios prenoyent leurs places pour fe ranger en bataille, ils enuoyerēt deuant efcarmoucher les meilleurs hommes de cheual qu'ils euffent.Or eftoit- il courn vn bruit,& ne fait on pour quelle occafion, que les Capitaines de Vitellius fe tourneroyent en la ba taille du cofté d'Othon: de maniere que quad ces homes d'armes furent aupres des premiers de Parmee d'Otho, ceux d'Othō les fa luerét amiablemet,& les appelleret compagnons. Ceux de Vitellius ne receurent point celte falutation en bonne part, ains leur refpondirent en courroux,& en voix d'hommes qui auoyent enuie de combattre tellement que ceux qui les auoyent faluez, s'en trouuerét tous defcouragez,& les autres entreret en foupço& en desfiace de leurs compagnons qui les auoyet faluez, les mefcroyans d'eftre trayftres. Cela fut la premiere caufe de leur defordre lors qu'is eftoyent prefis de venir aux mains. Et au demeurant encore n'y eut- il rien de leur part qui allaft par ordre: car les fommiers s'allerent mefler parmy les combattans, qui firent vn autre grand defarroy. Dauantage le lieu où ils combatoyent les contraignoit de s'efcarter affez loin les vns des autres, à caufe de plufieurs foffez& plufieurs trenchees qu'il y auoit. Ce qui les contraignoit de s'attacher par plufieurs trouppes:& ny eut que deux legions feules, I'vne de Vitellius, qui s'appelloit Ra tiffante,& l'autre d'Othon, qui fe nommoit Secourable, qui fe defueloppant de ces foflez,& s'eftendant deffus vne belle plaine rafe & vnie, combattirent en iufte bataille ordonnee, bien longueament.Ceux d'Othon eftoyent beaux hommes, forts& vaillans de leurs perfonnes: mais ils n'auoyent iamais rien veu de la guerre, ny iamais n'auoyent efté en bataille, que celle- là:& ceux de Vitel lius eftoyent vieux routiers de guerre, ayans defia paflé la fleur de leur aage, qui s'eftoyent trouuez en plufieurs affaires. Quand doc ils vindrent à choquer, ceux d'Othon leur donnerent vne charge fi roide d'arriuee, qu'ils renuerferent& tuerent tout le premier rang,& gaigneret l'enfeigne de l'aigle: dont ceux de Vitellius eu rent fi grande honte& fi grand defpit, qu'ils reprirent cœur,& fe ruerent les teftes baiffees deflus leurs ennemis fi rudement, qu'ils tuerent premierement le Coulonnel de toute la legion,& prirent plufieurs enfeignes:& à l'encontre des gladiateurs d'Othon, qui eftoyent tenus pour hommes affeurez& experimentez à manier les armes, Varus Alphenus oppofa les hommes d'armes Batauies, qui font bas Alemãs, habitas dedans vne ifle à l'entour de laquel le court la riuiere du Rhin.Il y eut bie peu de ces gladiateurs qui arreftaffent, ains s'en fuyt la plus part incontinent deuers la riuiere, là où ils trouuerent quelques enfeignes des ennemis rangees en bataille, qui les mirent tous en pieces, de forte qu'il ne 000 iij 950 OTHON. s'é fauua pas vn feul: mais il n'y en eut point en tout qui fe portaf fent fi lafchement que firent les Prætoriens: car ils n'attendirent pas feulement que les ennemis les affrontaffent, ains tournerent le dos fuyans à trauers leurs gens qui n'eftoyent point desfaits,& les emplirent de trouble& d'effroy: toutesfois il y en eut vn bon nombre de ceux d'Othon, qui ayans rompu ceux qui s'eftoyent rencontrez de front deuant eux, repafler et à force à trauers leurs ennemis victorieux,& s'en retournerent en leur camp: mais des Capitaines, ne Proclus, ne Paulinus, n'oferent retourner quand& eux, ains fe deftournerent redoutans la fureur des foldats qui reiettoyét la coulpe de leur desfaite fur leurs Capitaines: toutesfois Annurs Gallus receut dedans la ville de Bebriacum,& recueillit ceux qui fe rallierent de cefte desfaite, en leur donnant à entendre que la bataille auoit efté efgale,& qu'en plufieurs endroits ils auoyent eu auantage fur leurs ennemis. Mais Marius Celfus afleblant les perfonnes de qualité,& qui auoyent charge en l'armee, mit en deliberation ce qu'ils auoyent à faire en vne telle calamité& fi grande occifion de citoyens Romains, pource qu'Othon luy- mefme, s'il eftoit homme de bien, ne deuroit plus vouloir tenter la fortune, attendu que Cato& Scipion pour n'auoir pas voulu ceder à Cæfar apres qu'il eut gaigné la iournee de Pharfale, fot blafmez d'auoir fait mourir, fans qu'il en fuft befoin, plufieurs ges de bien en Afrique, encore qu'ils combatiffent pour la liberté des Romains:: car la fortune fauorifant au refte tantoft aux vns,& tantoft aux autres, ne peut ofter ce point aux gens de bie de prendre en aduerfité le cofeil felon les mal- heurs qui leur furuiennét. Ces remonftrances perfuaderent incontinent les Capitaines, lefquels s'en allerent de ce pas fonder les volontez des particuliers foldats, qu'ils trouuerent tous defiras la paix fi fut Titianus d'aduis qu'ils enuoyaflent des ambaffadeurs aux ennemis pour parler d'appointemet,& prirét Celfus& Gallus la charge d'y aller pour en ouurir le propos à Cecinna& à Valens: mais fur le chemin ils rencontrerent quelques Centeniers qui leur dirent, comme toute Parmee des ennemis eftoit defia en voye pour venir droit à Bebriacum,& que leurs Chefs les auoyent enuoyez deuat pour ou urir propos d'accord& d'appointement: dequoy Celfus& fon compagnon eftans bien ioyeux, prierent les Centeniers de vouloir donc retourner quand& eux deuers Cecinna: mais quand ils en furent bien pres, Celfus fe trouua en danger de fa perfonne, pource que les hommes d'armes qu'il auoit quelques iours auparanat batus en leurs embufches, marchans lors deuant, fi toft qu'ils l'apperceurent, luy coururent fus auec grads cris mais les Centeniers qui l'accompagnoyent fe mirent au deuant& le couurirent, aufsi firent les autres Capitaines qui leur crierent qu'on ne luy fift aucun defplaifir. Cecinna entendant que c'eftoit, piqua celle part& appaifa ment Cell dant Titia les enner cieux, il courag fence: main to plus fai faluere les port rent,& entrerent le luy.A qui y les par pallove Metrius me, qui e taille, no qui nous confiture autres teur de mais qu dire car dyne me is'y fac e qu'on prendro lienta Surer. remen en ch qelqu pas de m d& & lic endro Cellius a en Parmee calami qu'Othea ten You berte des vas,& ute en Tap niers a- an& pala OTHON. 9j8 appaifa le tumulte de ces hommes d'armes: puis ayat falué amiament Celfus, tira quand& luy deuers Bebriacum. Mais cependant Titianus fe repentant d'auoir enuoyé ambaffadeurs deuers les ennemis,& quelques vns auffi des foldats, faifans les audacieux, il les difpofa fur les murailles de la ville,& tafcha de döner courage aux autres de faire le femblable,& de foy mettre en defence: mais Cecinna s'approcha de la muraille,& leur tendit la main tout à cheual:& adonc il n'y eut perfonne qui luy vouluft plus faire de refiftance, ains ceux qui eftoyent fur les murailles, faluerent les foldats& ceux qui eftoyent par la ville, ouurirent les portes,& fe meflerent parmy ceux de Vitellius, qui les receurent,& ne fut fait outrage à perfonne, ains s'entre- faluerent& fe entre- ambrafferent les vns les autres: puis iureret tous& preftérent le ferment de fidelité au nom de Vitellius,& fe rendirent à Juy.Ainfi racontoyent l'iffie de cefte bataille la plus patt de ceux qui y furent, cófeffans neantmoins qu'ils n'en fauoyét pas toutes les particularitez pour le defordre qu'il y eut: mais ainfi comme ie paffoye quelquefois par le champ où fut donnee la bataille, auec Metrius Florus perfonnage Confulaire, il me möftra vn vieil hōme, qui eftant lors, fut ce fait d'armes ieune, auoit efté en la bataille, non de fon bon gré, mais par contrainte du party d'Othon, qui nous cota qu'apres le cobat il fut fur le chap pour voir la defconfiture, ou il vit des monceaux de corps entaflez les vns fur les autres fi hauts, que ceux qui eftoyent au deffus, arriuoyet à la hauteur de ceux qui en approchoyent,& dit qu'il en cercha la caufe, mais qu'il ne la peut imaginer, ny trouuer homme qui la luy feuft dire: car il y a bien apparence qu'en vne bataille citiile de citoyés d'vne mefme ville, depuis que l'vne des deux armees eft en route, il s'y face plus grade boucherie que côtre d'autres ennemis, àcaufe qu'on n'y prent point de prifonniers, pource que ceux qui les prendroyent, ne fauroyent aufsi bien qu'en faire: mais qu'il foyent ainfi entaffez les vns fur les autres, la caufe en eft mal aifee à coiecturer. Au demeurant, la nouuelle de cefte desfaite en vint premierement obfcure& confufe à Othon, comme il eft affez ordinaire en chofe de fi grande confequéce, mais puis apres eftans venus quelques vns blecez qui en apporterent la certaineté, ce ne fut pas de merueille à l'aduenture fi fes familiers& priuez amis le reconforterent,& luy dirent que pour cela il ne falloit point perdre le cœur ny l'efperance: mais l'affection que monftrerent a- donc les priuez foldats en fon endroit, furmonte& furpaffe toute creance, pource qu'ils ne s'en allerent, ny ne fe tourneret point du cofté des ennemis victorieux, ny ne penferent point à leur propre fait, voyant leur Empereur defefperé, ains tous efgalemét s'en alleret à l'entour de fon logis,& l'appellerent leur Empereur: puis quand il fut forty, fe profternerent à fes pieds ne plus ne moins 000 ij 952 OTHON. qu'on reprefente des ges couchez en vn tropheé,& luy baiferent les mains ayans les larmes aux yeux, le fupplians de ne les vouloir point laiffer ny abandonner aux ennemis, ains fe feruir d'eux & de leurs perfonnes, tant qu'ils auroyét vne feule goutte de fang & de vie en leurs corps. Tous enfeble luy firet ces prières: mais il y eut vn fimple foldat, entre les autres, qui defgainant fon efpee Juy dit, Sache Cæfar, que tous mes copagnons font deliberez de mourir ainfi pour toy:& fe tua deuat luy. Mais toutes fes pitoyables chofes ne rompirent ny n'affoiblirent point le cœur à Othon, lequel regardant d'vn vifage conftant autour de luy,& iettant fes yeux par tout, leur parla en cefte maniere: le repute cefte iournee plus heureufe pour moy, mes compagnos, que celle- la, en laquelle vous m'efleuftes& declaraftes premierement Empereur, vous voyant fi bien affectionez en mon endroit,& me faifant vn tel honneur auec vne grande demonftration d'amitié: mais ie vous prie que ne me vueillez point fruftrer d'vne autre plus grade grace, qui eft de vaillamment& honnorablement mourir pour le falut de tant de gens de bien que vous eltes& de bons citoyens Romains.Si l'ay efté digne de tenir l'Empire Romain par voftre ele& tion, il faut que ie le monftre maintenant, en ne faignant point de defpendre ma vie pour le bien& le falut de mon pays, le fay bien que la victoire n'eft point entiere ne parfaite à mon ennemy. l'ay nouuelles que nos armees de la Myfie& de la Panonie font en chemin pour s'e venir vers moy,& qu'elles ne font pas à guere de iournees loin d'icy, titans vers la mer Adriatique: l'Afie, la Syrie& l'Aegypte& les legios qui font la guerre en la fudee, font pour nous: le Senat eft de noftre cofté,& les femmes& enfans& mos ennemis font entre nos mains: mais cefte guerre n'eft point contre vn Hannibal, ny contre vn Pyrrhus, ou cótre les Cimbres, pour combatre à qui demeurera la poffefsion de l'Italie, ains eft contre des Romains mefmes: de maniere qu'en cefte guerre& le vainqueur& le vaincu offenfent leurs pays, pource que ce qui tourne à bien aux victorieux, cede toufiours au dommage de la chofe publique. Croyez que ie fay mieux mourir que regner, voyant mefmement que ie ne fauroye tant profiter aux Romains quandie demeureroye à la fin le plus fort, comme ie feray en facrifiant ma vie pour la paix, vaion& concorde de mes citoyens, & pour empefcher que l'Italie ne voye encore vne autre iournee, telle comme à efté celle- cy. Ayant dit ces paroles,& redouté ceux qui le vouloyent divertir de ce propos, il commanda à fes amis& à tous les Senateurs qui eftoyent prefens, qu'ils fe retiraffent:& efcriuit à ceux qui eftoyent abfens, enuoya lettres aux villes par où ils auoyent a paffer, à ce qu'ils y fuffent en paffant receus honnorablement,& conuoyez feurement: puis approcha de Juy fon nepueu Cocceus qui n'eftoit encore qu'vn ieune garçon, & le File recor dre Vitel & fes en fiens,& encore guer ment dit- il doane ta me ouyt mena sils cefte leur nye mau Quan deux e fes fer plussa fidera dant d cun: tout le tendo pella uer le tenda ils aud hefme ans qu in affr tendre bec g grand ils efte FOU de gr Ro rede OTHON 913 & le reconforta, en luy remonftrant qu'il ne deuoit point crain dre Vitellius, pource qu'il luy auoit conferué fa mere, fa femme & fes enfans, tout aufsi foigneufement, comme s'ils euffent efté fiens,& qu'il ne l'auoit point encore voulu adopter pour fon fils, encore qu'il le defiraft faire, iufques à ce qu'il vift Piffue de cefte guerre: à fin que s'il en demeuroit vainqueur, il regnaft paifiblement Empereur auec luy:& s'il eftoit vamcu que pour l'adoption il ne fut point caufe de fa mort. Mais bien te commande- ie cela, dit- il, mon enfant pour le dernier aduertiffement que ie te puis donner, que tu n'oublies pas du tout, ny aufsi ne mettes pas trop en ta memoire, que tu as eu vn oncle Empereur. Cela dit& fait, il ouyt du bruit à la porte de fon logis: c'eftoyent les foldats qui menagoyent les Senateurs qui en fortoyent,& les vouloyent tuer, s'ils ne demeuroyent,& s'ils abandonoyent leur Empereur. Pour cefte occafion il fortit encore vne autre fois, craignant qu'on ne leur fift defplaifir,& fit retirer les foldats, non point en les priant ny en parlant plus à eux gracieufement, ains en les regardant de mauuais ceil en cholere, fi afprement, qu'ils s'en allerent de peur. Quand ce vint fur le foir, il eut foif,& beut vn peu d'eau:& ayant deux efpees, fut long temps à en effayer le fil. A la fin il en rendit l'vne,& retint l'autre entre fes bras: puis comença à recoforter fes feruiteurs,& à leur diftribuer liberalement fon argent, aux vns plus, aux autres moins, ne le iettant point prodigalement fans cofideration, comme deniers appartenans defia à autruy, ains y gardant diligemment proportion& mefure felon le merite de cha-cun: puis apres les auoir enuoyez, alors il fe repofa& s'endormit tout le refte de la nuit, tellement que fes valets de chambre l'entendoyent ronfler, tant il dormoit profondement. Le matin il appella vn fien affrachy, duquel il s'eftoit feruy à faire retirer& fau uer les Senateurs,& l'euoya voir s'ils s'e eftoyêt tous allez:& entendant qu'ils eftoyent tous partis,& qu'ils auoyet eu tout ce que ils auoyent vouly. Or fus, luy dit il, aduife donc maintenant toymefme à te monftrer aux foldats, fi tu ne veux qu'ils te tuent, penfans que tu m'auras aidé à me donner la mort. Puis aufsi toft que fon affrächy fut party de fa chabre, il prit fon efpee à deux mains, & en dreffant la pointe contre fon eftomach, fe laiffa tomber deffus de fon haut, fans faire autre demonftration de fentiment de douleur, finon qu'il ietta vn foufpir, à quoy ceux de dehors cogneurent bien qu'il s'eftoit outré: fi fe prirent incontinent fes domeftiques à crier,& aufsi toft le camp& toute la ville fut pleine de pleurs& de lamentations. Les foldats accoururent foudain a- uec grand bruit à la porte de fon logis, là où ils le plorerent en grand regret& grand dueil, s'entredifans les vns aux autres que ils eftoyent bie lafches d'auoir fait fi mauuaife garde de leur Empereur,& de n'auoir pas empefché qu'il ne fe tuaft l'amour pour 9: 4 OTHO NO d'eux: fi n'y en euft pas vn qui partift d'aupres de fon corps, cobien que les ennemis approchaffent fort: ains l'ayans honneftemet enfeuely& bafty vn chadelier de bois, le couoyerent en armes au feu de fes funerailies, fe tenans bien- heureux ceux qui pouuoyent les premiers mettre l'efpaule fous le lit pour aider à le porter: les autres s'approchans à genoux, luy baifoyent fa playe: les autres luy prenoyent& baifoyent les mains: les autres qui n'en pouuoyent approcher, l'adoroyent,& luy faifoyent la reuerence de loin:& y en eut, qui apres qu'on eut mis le feu dedans le bufcher fe tuerét eux- mefmes au long du feu, fans qu'ils euffent receu aucun bienfait du trefpaffé, au moins dont on eut conoiffance, ne qu'ils euffent occafion de rien craindre de luy qui eftoit demeuré victo rieux. Mais il me femble que iamais Roy ne tyran n'euft fi ardete ne fi furieufe conuoitife de regner, comme ceux- là defirent eftre commandez par Othon,& luy obeir, attendu que ce defir- la ne leur paffa point non pas mefme apres fa mort, ains leur demeura fi bien empraint en leurs cœurs, qu'à la fin il fe refolut en vne haine capitale& irreconciliable à l'encontre de Vitellius: mais cela fe declarera ailleurs en temps& lieu. Au refte, ayas mis en terre les cendres d'Ochon, ils luy drefferent vne fepulture, laquelle ne fut point ny en grandeur de ftructure, ny en magnificence d'infcription fubiette à l'enuie: car l'ay veu fon monument en la ville de Breffelles, qui eft de moyenne apparence,& l'infcription de deffus tranflatee de Latin ne contient autre chofe, finon que c'eft la fepulture de Marcus Otho.Il mourut en l'aage de trente fept ans, & ne iouyt de l'Empire que trois mois,& y eut autant de gens en nombre,& d'aufsi notables, qui louerent fa mort, comme de ceux qui blafmoyent fa vie: car n'ayant vefcu guere plus honeftement que Neron, il mourut plus magnanimement. Au refte fes foldats, comme Pollio l'vn de leurs Capitaines les preffaft de iurer promptement fidellité à Vitellius, s'en courroucerent à luy,& entendas qu'il eftoit encore demeuré quelques Senateurs, ils ne demanderent rien aux autres, mais ils firet de la fafcherie à Verginius Rufus: car ils s'en allerent en fon logis en armes,& l'appellans par fon nam, luy commanderent qu'il prift la charge d'eux,& qu'il allaft comme ambaffadeur interceder pour eux: mais luy penfa que ce feroit follement fait à luy d'accepter la charge d'eux lors qu'ils eftoyent vaincus, attendu qu'il l'auoit refufee quand ils auoyent vaincu: ioint aufsi qu'il craignoit d'aller en ambaffade deuers les Alemans, lefquels il auoit forcez à beaucoup de chofes outre leur volonté parquoy il le fauua par vne porte de derriere: ce que les foldats ayans entendu, fe laifferent à la fin conduire à prefter le ferment de fidelité au nom de Vitellius,& fe ioignirent à ceux de Cecinna, moyennant que tout le paffé leur fuft pardonné. LES LES entre authe mé Ba expert gradem aguerr Leme batam portenles 955 LES VIES DE HANNIBAL ET SCIPION L'AFRICAIN, traduites par Charles De PEclufe. HANNIBAL firentel defir- la ne demeuraf ne haine is cela fe ANNI BAL CAR ecefla gens en DUT S I S U -le ES I nous ramenons en memoire la premiere guerre punis que, que les Carthaginoys ont eue côtre les Romains, il fe trouuera beaucoup de Capitaines, lefquels par la gloire de leurs hauts faits ont laifle à leurs fucceffeurs vne grade renommee.Mais il ne s'en trouuera point entre les Capitaines Carthaginoys, qui ait plus efté loué de tous autheurs& Grecs& Latins, qu'Amilcar pere de Hannibal, furno mé Barça, home fans doute vertueux,& pour la faifon d'alors tres expert en l'art militaire.Iceluy fouftint premieremet en Sicile, pl log teps qu'on n'euft péfé, l'effort des Romains, lefquels auoyent grádemét endomagé la chofe publique de fon pays. Puis apres en laguerre d'Afrique, lors que les foldats mercenaires par leur fedi tion mirent la chofe publique des Carthaginoys en extreme danger, il appaifa fi vertueufement ladite fedition qu'au iugement d'vn chacun il eftoit luy feul cóferuateur de fon pays.Il fut apres enuoyé pour gouuerneur& Capitaine en Hefpagne( auquel téps il mena, dit- on, auec luy fon fils Hannibal encore ieune enfant) la où il fit plufieurs actes dignes de memoire. Finalement à la neualieme annee apres fon arriuee en'icelle prouince, il mourut combatant vaillament contre les Vetheons. Or apres qu'il fut mort, Afdrubal fon gedre que les Carthaginoys aidez de la faueur de la 1956 HANNIB A L. tnt aux ye elle& le pr miner l'Em ne ceffoi grand& eftat Ces Hanniba ret occaf Ily auoit deux des Hoyent Iceux s faction& partialité Barciniene auoyét ordonné Capitatne geileral fur toute l'armee, tint le gouuernement enuiron huit ans. Iceluy appella en Hefpagne Hannibal vn peu apres la mort de fon pere, mefmement contre le gré des chefs de la faction contraire, afin que come il auoit auparauant de fon enfance commencé d'eftre inftruit en l'art militaire du vinant d'Amircal, ainfi pareillement eftant partenu à plus grand aage, il s'accouftumaft aux dangers, trauaux,& tous autres exercices de guerre. Or combié qu'au commencement, la memoire du pere luy feruit d'vn grand point pour acquerir la faueur des foldats: luy- mefme toutesfois bie toft apres pratiqua fi bien par fa diligence& induftrie, que les vieilles bades, en oubliant tous autres Capitaines, n'eurēt enuie de choifir aurre gouuerneur que luy, Car il fe trouuoit auoir toutes les perfe Qiós qu'o fauroit defirer en vn fouuerain Capitaine.Il eftoit d'vn cofeil prompt à executer toutes hautes entreprifes,& accopagné d'induftrie& de hardieffe.11 auoit vn cœur inuincible à tous dangers& aduerfitez du corps, par lefquelles plufieurs autres fe trou tient empefchez de faire leur deuoir. Il faifoit de guet non plus ne moins que les autres,& eftoit prompt& adroit à faire toutes chofes requifes, foit en vn vaillant foldat, on en vn bon Capitaine.En cefte forte hanta Hannibal les armes l'espace de trois ans fous la conduite d'Afdrubal, Auquel temps il gaigna fi bien les cœurs de toute l'armee, qu'incontinent apres le deces d'Afdrubal, il fut par vn commun accord de tous les foldats choifi pour eftre Capitaine general. Et fut vne telle prerogatiue militaire fans aucun contredit approuuee des Carthaginois, moyennant la faueur de la partialité Barciniene. Or Hannibal eftoit aagé de vingt fix ans lors qu'il fut declaré Capitaine en chef par les foldats. Car defia au temps que fon pere le meña en Hefpagne, il auoit neuf ans, depuis lequel temps iufques à la mort d'Afdrubal, y a felon Polybe dixfept ans, Or il n'euft pluftoft acquis la fuperintendence deffus le camp& l'adminiftration de la chofe publique, qu'il ne fe refoluft de faire la guerre aux Romains, ainfi que defia long temps auparauant il auoit pourpenfé. Car en premier lieu il nourriffoit vne haine commune prefque à tous les Carthaginois contre les Romains, caufee de la perte de Sicile& de Sardaigne, Puis encore leur portoit- il en fon particulier vne rancune, prife come par fucceffion hereditaire de fon pere Amilcar, lequel auoit efté le plus grand'ennemi des Romains, qu'ils eurent onques entre tous les Capitaines Carthaginois.Sur quoy on trou ue par eferit, que lors qu'il dreffoit fon equipage pour paffer en Hefpagne, il contraignit Hannibal encore ieune enfant de s'obliger par ferment en vn facrifice qu'il fit, qu'auffi toft que l'aage le permettroit il fe monftreroit eftre ennemi aux Rommains. La me moire& recordation defquelles chofes fe reprefentoit inceffammen's au moy à l'Em qu'il m aux Ro uailler Les affa Olcades ceux- la Saguntin encomm fe. Apre fur les print H reduit f fugitifs contre tifs Olc leurs v à defpo ples ne core fer ment vo blez eng faillir levieles dedif lespe copagi us dan fe trou plus toutes ang DOU 84 bal e HANNIBAL 957 ment aux yeux du iuuenceau, comme vne idee de la haine paternelle:& le preffoit toufiours de cercher tous moyes pour pouuoir ruiner l'Empire Romain. Outre ce que la partialité Barciniene ne ceffoit de le ftimuler inftamment à ce, à fin qu'il fe rendift grand& puiffant par le moyen des armes& de la grandeur de fon eftat.Ces caufes donc tant publiques que particulieres incitantes Hannibal d'entreprendre la guerre contre les Romains, donnerét occafio au fier ieune home d'innouer les chofes par tel moye. Il y auoit en ce temps là les Saguntins qui eftoyent come l'entredeux des frontieres des Romains& les Carthaginois, lefquels a- uoyent efté laiffez libres par l'accord& appointemet de la paix. Iceux s'eftoyent depuis toufiours tenu du party des Romains,& au moyen de la ligue faite auec eux, eftoyent eitimez tres- fideles à l'Empire Romain. Parquoy Hannibal penfa en foy mefme, qu'il ne pourroit trouuer occafion plus propice pour faire defpit aux Romains,& allumer le feu à luy tant agreable, que de trauailler par guerre les Saguntins leurs confederez.Mais auant que les affaillir ouuertement, il delibera mener fon armee contre les Olcades& autres peuples de delà le fleune Iberus,& apres que ceux- la fe feroyent rendus, trouuer quelque occafio de nuire aux Saguntins, pour faire fembler que la guerre auroit pluftoft efte encommencée par les Saguntins que efmeue par luy, de fait à péfé. Apres donc auoir forcez les Olcades à fe rendre, il fe vint ruer fur les Vacceiens, degafta leurs plaines, força plufieurs citez,& print Hermandice& Arbocòle villes tres opulentes Or auoit il reduit fous fon obeyffance prefque tout le pays, quand plufieurs fugitifs de Harmandice s'accourageans I'vn l'autre coniurerent contre luy, affemblerent gens,& attirerent à leur party les fugitifs Olcades. Puis perfuaderent aux Carpentatiens, qui efloycat leurs voifins, que d'vn commun accordils affailliffent Hannibal à defpourueu fi toft qu'il feroit de retour.Eux qui eftoyent pcuples ne defirans rien tant que de combatre, veu mefmemét qu'encore fe refentoyent des iniures& outrages receus, receurent aifément vn tel confeil.Si qu'ils prindrent les armes,& s'eftans affemblez en grand nombre( car ils eftoyent plus de cent mille) alleret affaillir Hannibal à fon retour des Vacceiens le log du fleuue Ta gus.A l'arriue e defquels l'armee de Carthaginoys s'arrefta tout court,& y eut par tout l'oft grade crainte& efionement. Et n'eft à douter, qu'ils n'euffent receu vne bien grande playe, fi lors qu'ils fe trouuoyet effrayez par la fondaine arriuce des ennemis& mef mement chargez de gros butin, ils fe fuffent attachez à gens fi furieux. Quoy confiderant, Hannibal, comme prudent Capitalne qu'il eftoit, ne voulut combatre, ains fit affoir fon camp audit lieu. Puis la nuit enfuyuant pafla fon armee outre le fleuve au moindre bruit que fe pouuoi, laiffunt l'endroit où l'ennemi poun e 958 HANNIBAL Rinant plus le ful comme drena Carth la contre la pretende& ga Hela guerre, Certainem her au con ans Pauthe feillovent adroit de le ur& conu tant de maux fe bien requ uoit paffer plus à fon aife, defert& defpourueu de garde, afin que par vne crainte fimulee, il attiraft les Barbares à paffer le fleuue, pour vfer de l'occafion qui fe prefentoit. Et come il eftoit le plus fin& rufé Capitaine de fon temps, auffi ne fut- il fruftré de fon atsente& de l'iffue du bon confeil qu'il auoit pris pour abufer l'ennemi. Car les Barbares farouches de nature,& par trop fe confians en leur grande multitude, penfans que les Carthaginois fuffent efpouuantez, fe vindrent ietter de grande furie das l'eau. Là où fe trouuans en defordre& empeftrez, mefmes auant que du tout peuffent paffer la riuiere, furet affaillis par les Carthaginois, premierement par aucunes gens de cheual,& puis apres par toute l'armee, de forte qu'il y en demeura grand nombre de tuez,& le refte fut tourné en fuyte.A pres laquelle victoire toutes natios de delà le fleuue Iberus fe rendiret, excepté les Sagutins: lefquels combien qu'ils viffent Hannibal fi prochain, fe cofians toutesfois en l'amitié des Romains, fe mirent en defenfe:& defpecherent quant& quant ambaffadeurs à Rome, pour monftrer au Senat le grad danger où ils eftoyent,& pour demader fecours contre leur tres- gräd ennemiqui les pourfuyuoit de fi pres. Les ambafladeurs enuoyez à Rome eftoyent à grand peine fortis d'Efpagne, quand Hannibal en pleine guerre vint auec toute fon armee mettre le camp deuant Saguntus.Laquelle chofe eftant rapportee à Rome, & deliberé qu'on eut vn confeil fur les outrages faits à leurs alliez, les Senateurs allas affez froidement en befongne, enuoyeret par decret P.Valerius Flaccus,& Q.Fabius Pamphilus vers Hänibal, pour luy denocer, qu'il eut à fe retirer de deuant Saguntus: & en cas qu'il n'y vouluft entendre, ils allaffent de là à Carthage les requerir qu'ils euffet à leur deliurer Hannibal leur Capitaine, comme celuy qui auoit rompu la paix. Polybe efcrit que lesdits ambaffadeurs furent ouys d'Hannibal, mais qu'ils eurent vne refponfe bien froide. Liue au contraire dit, qu'onques ils ne furét ouys, ni mefme eurent acces au camp.Tous deux s'accordent touresfois en cela, qu'ils s'en vindrent quant& quant en Hefpagne, puis apres pafferent en Afrique& tirerent à Carthage, là où apres auoir expofé leur charge au confeil, ils eurent la faction Barciniene tant contraire, qu'il s'en retournerent à Rome auec peu de honneur,& mefme fans rien auoir fait. Or y auoit au Senat de Carthage deux partialitez& factions contraires. L'vne defquelles auoit defia pris fon commencement dés le temps que gouuernoit Amilcar furnommé Barca. Eftoit efcheue comme par fucceffion hereditaire à fon fils Hannibal, fi fut- elle depuis fi bien augmentee,& paruiot en vn fi haut degré de puiffance que tant au dehors qu'au dedans elle tenoit la preeminence& premier lieu à T'endroit des caufes& iugemens.De l'autre eftoit chef Hano, home graue& de fouueraine dignité en la mefme Republique: mais eftimant publiques affaires qu auoir recou allieger pa failout la gu mois mefm ( car il auoi cobatans) rent- ils end de ferend Sagutus f ue ne femb fiege tenu ment& e tas efme our fe fa fe reuo prindre yet dep efens du cipaux delibe comme choles as que pre Dot ac mbien urs araus tout le amme lefqua herent Senat le tre leur deurs quand ele " 5 HANNIBAL 959 eftimant plus le repos& trâquillité que non pas la guerre.Ce fut luy feul, comme on dit, qui lors que les ambasadeurs Romains vindrent à Carthage fe plaindre des outrages faits à leurs álliez, aduifa contre la volonté prefque de tout le Senat que la paix fuit entretenue& gardee auec eux,& confeilla qu'on fe donnaft garde de la guerre, qui feroit quelque iour caufe de la ruine de leur pays.Certainement fi les Carthaginois euffent voulu pluftoft fe arrefter au confeil de Hanno, que prendre efgard à fon affection, fuyuans l'autheur de paix,& non point s'amufer apres ceux qui confeilloyent la guerre, ils s'en fulfent mieux trouuez, mefme à l'endroit de leur Republique. Mais en fe luflant mener à la fureur& conuoitife d'vn feul iuuenceau, ils donnerent occafion à tant de maux qui depuis leur font arriuez.Parquoy c'eft vne chofe bien requife aux homes prudens& bós gouverneurs de chofes publiques, d'auoir toufiours plus d'efgard au comencement des affaires qu'à la fin,& d'attenter toutes chofes par confeil auat que auoir recours aux exploit de guerre. Or les Saguntins fe voyans affiegez par Hannibal,& que contre tout droit& raifon on leur faifoit la guerre, ils fouftindrent conftament le fiege par plufieurs mois mefmes. A la fin, nonobftat que Hannibal cult plus de gens ( car il auoit, ainfi qu'on dit, en fon camp cent& cinquante mille cobatans)& qu'vne grade partie des rempars fuft abatue, fi aimerent- ils encore mieux d'attendre le faccagemet de leur ville, que de fe rendre a la merci de leur ennemi mortel. Aucuns difent que Sagutus fut prife huit mois apres le fiege comence, aufquels Liue ne femble accorder, ne mefme declarer autre certain remps du fiege tenu.Or la prinfe de cefte ville tant opulente feruit grandement& en beaucoup de fortes aux entrepris Hannibal: car eftas efmeues de l'exemple de ce faccagement plufieurs villes, qui pour fe fafcher d'eftre fuietes aux Carthaginois eftoyét en bräile de fe reuolter, fe maintindrent en leur deuoir, mefme les foldats reprindrent courage, voyans les riches defpouilles qui leur e- ftoyét departies parmi le camp.Or y enuoya a Carthage de grads prefens du butin des Saguntins, au moyen defquels il pratiqua les principaux de la ville,& les rendit plus prompts à la guerre, qu'il auoit deliberé mener contre le peuple Romain, non en Hefpagne comme plufieurs penfoyent, mais en italic mefme. Durant ces chofes, les ambafladeurs retournerent de Carthage à Rome, & declarerét en plein Senat la froide refpofe qu'ils auoyent euë, lors que prefque au mefme teps furent aduertis du fac de Saguntus.Dot à cefte occafion les Romains fe repentirent grandement ( combien que trop tard) de n'auoir donné fecours& affiftance à leurs amis en va fi extreme danger. Parquoy le Senat enſemble & tout le peuple eímeus de tres- grande pité,& quant& quant enflammez de courroux, departirent la charge des prouinces aux HANNIBAL. e de Hercu le deftroit apprelique Share Helpag que& en He ail auoit fon alant plus age auec gr grand cas de onefta de Arthage,& berus. Ond mant vnu citoit de le de grande defiroir fau entenda qu weiller file prenoit le i fentans la fi emes& aut comme dit repolant te 960 Confuls: fauoir eft, des Hefpagnes à P.Cornelius,& de l'Afrique enfemble& la Sicile à T.Sempronius.Puis apres aucuns des plus grands de la ville furēt enuoyez ambaffadeurs à Carthage, pour faire leurs remonftrances en plein Senat fe complaignans de la treue rompue,& leur mettant deuant les yeux la caufe& origine de la guerre future,& quant& quant leur denoncer hardiment la guerre apres auoir declaré le motif& occafion d'icelle proceder de leur cofté. Qui fut receue des Carthaginois auec vne braua de pareille. En quoy neantmoins furent mal confeillez, ainfi que l'effet& l'iffue de la guerre l'ont à la parfin bien declaré.Or ayant Hannibal entendu ce qui auoit efté fait au Senat de Carthage,& luy femblant aduis qu'il eftoit plus que temps, de paffer en Italie, ainfi que dés le commencement auoit propofé, il fit equipper en tres- grande diligence tout fon bagage& tenir fes vaiffeaux prefts, demanda fubfide& renfort des villes qui luy e- ftoyent les plus fideles,& donna charge que toutes les bandes fe trouuaflent à Carthage la neuue. Et venu qu'il fut à Gades, il ordonna bonnes garnifons és lieux les plus commodes d'Afrique & d'Hefpagne, chofe qui luy fembloit fur toutes autres eftre la plus neceffaire, à fin que quand il tireroit en Italie, les Romains ne s'en vinfent emparer. Pourtant enuoya- il en Afrique douze cens hommes de cheual,& treze mille hommes de pied Hefpagnols.Et fit venir de diuers endroits d'Afrique quatre mille foldats, aufquels il bailla Carthage en garde, ayant par ce moyen& des oftages& des foldats. Et laiffa le gouuernement d'Hefpagne à fon frere Afdrubal, luy baillat vne armee de cinquâte vaiffeaux de guerre& iufques à deux mille hommes de cheual& douze mille de pied. Voila les garnifons qu'il laiffa és deux prouinces: non que pourtat il penfat qu'elles fuffent fuffifantes pour refifter à la puiffance des Romains, là où le fort de la guerre feroit tourné en Hefpagne ou en Afrique: mais par ce qu'il les eftimoit ainſi eftre affez bien munies pour empefcher l'enemi de gaigner pays, iufques à tant, qu'ayant mené fon armee par terre il euft fait entree en Italie. Veu mefmement qu'il n'ignoroit pas, que lesCartha ginoys eftoyent affez puiffans pour leuer nouvelle armee là où ils euffent voulu,& le befoin s'en fuft adonné pour luy enuoyer nou ueau renfortiufques en Italie.Car apres qu'ils eurent repouffé ar riere d'eux cefte tant perilleufe guerre, fufcitee par l'indignatio des mercenaires, ayans toufiours depuis efté victorieux, premieremét fous la códuite d'Almicar, puis fous celle d'Afdrubal,& finalemet fous Hannibal, ils auoyet en telle forte augmété leur puifsa ce, qu'au teps qu'Hannibal vint en Italie, leur empire eftoit d'vne bien grande eftendue. Car ils tenoyent toute la cofte d'Afrique qui eft contre la mer Mediterranee, depuis les autels des Phileniens, qui ne font guere loin de la grande Syrte, iufques aux colomnes à fauoir co & tenoit p renees,& fensil arri ne prent fa & ayan epuis for e efpace & d'autr ufieurs b ent alor e les plu abyfes.L riniere pont empel Rammibal e anier vat de Bo de l'arme erlad binleda ale de prope qui bay bandes Gades, Afriqu effre la omains douze moyen& Helge valeang OUNCES en поч tid vne HANNIBAL. 1961 lomnes de Hercules,& a de longueur* deux millee pas.Et eftans* Ce lieu eft paffez le deftroit qui fait le depart de l'Afrique à l'Europe, aupyet oorrompa. occupé prefque toute l'Hefpagne iufques aux mots Pyrenees qui fepare l'Hefpagne des Gaules.Or ces chofes ainfi cóftituees en Afrique& en Hefpagne, Hannibal retournaà Carthage la neuue, là où il auoit fon armee en bon equipage& defia toute prefte.Et ne voulant plus differer, fit affembler fes gens,& leur donant bon courage auec grandes promeffes, loua la fertilité d'Italie:& leur fit grand cas de l'amitié& alliance des Gauloys. Finalement les admonefta de marcher gayement. Le iour enfuiuant il partit de Carthage,& mena fon armee le log de la plage iufques au fleuue Iberus. On dit que la nuit enfuyuant, s'apparut à Hannibal dormant vn iuuenceau de terrible regard, lequel premierement l'incitoit de le fuyure en Italie: mais que puis apres il vit vn ferpent de grandeur defmefuree faifant vn tref- grand bruit:& comme il defiroit fauoir que cela pouuoit fignifier, il luy fembloit auoir entendu que c'eftoit la deftruction de l'Italie.Il ne fe faut efmerueiller fi le grand foin& folicitude que pour la guerre d'Italie il prenoit le iour, luy engendroyent la nuit des fantofmes reprefentans la fimilitude ou de victoire ou de deftruction& d'ambrafemes& autres calamitez de guerre.Car bien foutent il adueint, comme dit l'Orateur, que nos penfees& paroles engendrent en repofant telles chofes que le Poëte Ennius efcrit d'Homere, c'eft à fauoir comme font celles defquelles le plus fouuent il penfoir & tenoit propos. Or apres que Hannibal eut paffé les monts Pirenees,& qu'il eut gaigné les cours des Gauloys à force de prefens, il arriua en peu de iours à la riuiere du Rhone. Or le Rhofne prent fa fource non guere loin de celle du Rhin& du Danube,& ayant fait enuiron 49. lieues de pays, entre au lac de Geneue, puis fortat de là fe tourne vers Occident, en diuifant par quel que efpace les Gauloys,& puis prenant accroiffement de la Saone& d'autres riuieres, fe vient en la fin defcharger en la mer par plufieurs bouches entre les Volces& Cauariens. Les Volces tenoyent alors les deux riues du Rhofne,& eftoyent fort peuplez, voire les plus riches& plus puiflans d'entre toutes les nations Gauloyfes. Lefquels ayans entendu la venue de Hannibal, pafferent la riuiere,& s'eftans mis en armes fe tindrent au bord d'icelle pour empefcher les Carthaginoys de paffer. Car combien que Hannibal euft pratiqué les autres Gauloys, fi n'auoit- il toutefois tant feu gaignet à l'endroit de ceux- cy ne par prefens, ny par menaces qu'ils vouluffent pluftoft experimenter l'amitié des Carthaginoys, que leur force. Parquoy voyant bien qu'il falloit manier vn tel ennemi, pluftoft par fineffe, il commanda à Hanno fils de Bomilcar, de paffer fecrettement le Rhofne auec vne partie de l'armee,& d'aller charger les Gauloys au defprouueu.IceCO nes PPP j 962 camp HANNIBAL. elaquelle grande ro te louuent grand perm harmees alg le moyen ades pere auoir ou te mille h il luy fal ghes, ains en, qu'en contraint d yant pale pres de T fe le mone ue de Du eft bien di fe trouua a fredes op mes de pie luy donc ainfi qu'auoit efté commandé fit vn long chemin,& ayant paffé la riuiere où elle eftoit plus gueable, fe monftra pres du des ennemis, auant qu'il fut apperceu d'eux, ou mefme qu'ils peuffent fauoir que c'eftoit. Les Gauloys entendans le cry en derriere d'eux& fe voyans preffez de front par Hannibal, lequel auoit plufieurs bateaux tous prefts pour paffer fes gens, fans auoir loyfir ou de prendre confeil, ou de recourir aux armes, abandonnerent le camp& fe mirent à fuyr à val de route. Lefquels eftans ainfi chaffez de l'autre cofté de la riue, le refte de l'armee des Carthaginoys paffa la riuiere fans aucun danger. Or en ces entrefaites P. Cornelius Scipion, qui vn peu auparauant eftoit arrivé à Marseille, oyoit vn continuel bruit de l'armee de Hannibal Dont à fin d'en eftre plus affeuré il enuoya vne bande de gens de cheual d'eflite pour efpier& entendre quel eftoit le confeil des ennemis, lefquels allans en grande hafte, ainsi que leur auoit efté commandé, vindrent à rencontrer cinq cens chevaliers Numidiens auffi enuoyez par Hannibal pour defcouurir l'armee des Romains, lefquels ils vindrent charger foudainement,& apres s'eftre vaillamment combatus d'vn cofté& d'autre, en la fin les Romains victorieux tournerent les autres enfuyte non fans perte de beaucoup de leurs gens, fi que toutefois le plus grand nombre des tuez eftoit du cofté des en-> nemis.Hannibal donc par ce moyen informé du lieu où eftoyent les Romains, fe trouuoit en grand doute s'il deuoit pourfuyure fon chemin en Italie, ou bien mener fon armee à l'encontre du Couful pour lors prefent,& en mettant le tout en hafard en attendre l'iffue. A la fin comme il balançoit d'vn cofté& d'autre, difcourat en fon efprit plufieurs chofes,& incertain à quoy principalement il fe deuoit refoudre, les ambaffadeurs des Boiens luy perfuaderent de mettre toutes autres chofes en arriere pour paffer en Italie. Car auant que Hannibal euft paffé les monts Pyrenees, les Boiens ayans prins les ambaffadeurs Romains par cautelle, porré grand dommage au Præteur Manlius,& follicité les Infubriens, s'eftoyent rebellez& fuiuoyent le party de Hannibal, & ce principalement, à caufe que les Romains auoyent repeuplé Plaifance& Cremonne. Hannibal donc perfuadé par leur confeil, deflogea de là,& marchant le long de la riue contremont la riuiere, paruint en peu de iours au lieu que les Gauloys appellent l'Ifle, laquelle eft faite de la Saone& du Rhofne, qui paflans par diuerfes montagnes fe vienent là rencontrer: où eft maintenant Lionville tref- renommee en la Gaule, laquelle on dit auoir efté long temps apres edifice& baftie par Plancus Munatius. De là vint au pays des Allobroges,& ayat appaifé le difcord qui y e- floit entre deux frere touchant la Royauté, s'en vint par la contree des Caftiniens& Vocetins iufques à la Durãce. Qui eft vne riuiere mes de pie Mais les a tent quat left cro premiers de pertes les lecond er les ha que l'opin ennent le plus gra millec taffez fe vint nt ces n edes Car des Info el parry en Teline deux au שלתאר ότι για να стратор го elper de en gra rencod Hann vindrent mbatus merent dan atles bal, 0 nt par mant Dela -000 fine HANNIBAL. 961 riuiere, laquelle prenant fa fource és Alpes,& de là defcendant d'vne grande roideur, vient s'efpandre dedans le Rhofne:& comme fouuent elle change de cours, auffi ne la peut- on qu'à bien grand peine paffer à gué. Toutefois l'ayant paffee, il mena fon armees iufqu'aux Alpes par lieux defcouuerts, fi auant qu'il en eut le moyen. Mais en les paffant il y receut ainsi qu'on dit de fi grandes pertes, qu'aucuns qui ont vefcu en ce temps- là afferment auoir ouy de Hannibal mefme, qu'il y auoit perdu plus de frente mille hommes auec la plus grande partie de fes cheuaux. Car il luy fallut non feulement combatre les habitans des montagnes, ains auffi forcer les difficultez& deftroits des chemins, fi bien, qu'en aucuns endroits des plus hauts& afpres rochers il fut contraint d'ouurir le paffage à force de feu& de vinaigre. Or a- yant paffé les Alpes en l'efpace de quinze iours, il defcendit aupres de Turin.Dont me femble affez vray- femblable qu'il ait pa fé le mont vulgairement appellé Genua, qui d'vn coflé a le fleuue de Durance,& de l'autre prend fa defcente vers Turin. Or il eft bien difficile de pouuoir dire au vray, quel nombre de gens il fe trouua auoir apres qu'il fut paffé en Italie, à caufe de la diuerfité des opinions.Car les vn efcrinent, qu'il a eu cent mille hommes de pied,& vingt mille de cheual: les autres, vingt mille hom mes de pied,& fix mille de cheual, tous Africains& Heipagnols. Mais les autresen comprenant les Gauloys& Liguriens, en content quatre vingt mille de pied& dix mille de cheual. Toutefois il eft croyable qu'il n'a pas eu fi grande armee comme difent les premiers, mefmement apres auoir paffé tant de pays,& receu tant de pertes& dommages, ne pareillement auffi petit nombre que les feconds luy donnerent par leurs efcrits, fi on vient à confiderer les hautes entreprifes que depuis il a mifes à chef. Tellement que l'opinion de ceux me femble plus approcher de la verité, qui tiennent le milieu entre ces deux: attendu qu'il a mené en Italie la plus grande partie des quatre vingt mille hommes de pied,& dix mille cheuaux, lefquels il auoit leué en Hefpagne, ainfi que il eftaffez notoire, qu'vn grand nombre de Liguriens& de Gauloys fe vint ioindre à luy, pour la grande haine que lors portoyent ces nations aux Romains, qui ne cedoyent mefmement à celle des Carthaginoys. Hannibal donc eftant venu de Turin all pays des Infubriens eut pour rencontre P. Cornelius Scipion, lequel party en grand hafte de Marfeille,& ayant paffe& le Po& le Tefin, s'eftoit campé non guere loin de l'ennemi: de forte que peu de temps apres, eftas tous les deux Capitaines fortis pour defcouurir le camp I'vn de l'autre, il fe fit vne efcarmouche de gens de cheual, qui dura quelque temps fans pouuoir conoiftre lequel des deux auoit auantage. Mais en fin, les Romains voyans le Con ful nauré, mefmement que les cheualiers Numidiens venoyent PPP ij 964 HANNIBAL. es d'ellice. P Mercourir inl harceler pour demeurant Biltre pre pronius au gens de ch fin luy hit- il plein leux enclos on que leu deca le fe petit à petit pour les enclorre par derriere, furent contraints de reculer,& ainfi peu à peu le retirerent,& en fe defendant le mieux qu'ils peurent pour fauuer le Conful, paruindrent iufqu'en leur camp. On dit que P. Cornelius Scipion fut alors fauué par le moyen de fon fils( depuis furnommé Africanus) qui eftoit pour lors de fort bas aage: louange qui certes( tant foit- elle fouueraine, mefmement en fi grande ieuneffe) eft affez vray- femblable & conforme aux hautes chofes depuis par luy executees. Or Scipion ayant ainfi experimenté combien fon ennemi le furpaffoit en force de cheualerie, delibera de fe mettre en lieu où le camp des gens de pied feroit plus affeuré,& pourroit cóbatre auec plus grand auantage.Qui fut caufe que la nuit enfuyuant il paffa le Po, auec le moins de bruit qu'il peut,& s'en alla vers Plaifance. le mefme fit auffi peu de temps apres T.Sempronius Longus, qui quoit efté reuoqué par le Senar hörs de Sicile, à fin que les deux Confuls gouuernaffent la chofe publique d'vne mefme authorité,& commun accord. Hannibal femblablement les fuyuit auec toute fon armee,& afsit fon oft pres le fleuue Trebie, efperat que pour la prochaineté des deux camps s'offriroit quelque occafion de combatre, ce qu'il defiroit fur toutes chofes, non feulement pource qu'il ne pouuoit long temps fouftenir la guerre à faute de viures, mais auffi pource qu'il fe doutoit de la legeretédes Gau loys: lefquels ainfi que bien toft s'eftoyen: ioints à luy& auoyent fon amitié, efmeus d'vne efperance de nouuelleté,& de la renommee de la victoire de par luy obtenue, auffi penfoit- il, que pour quelque occafion legere( comme fi la guerre duroit long temps en leur pays) ils tourneroyent toute la haine qu'ils portoyent aux Romains, contre luy, come le feul autheur de la guerre.Et pourtant cerchoit- il pas tous moyens occafion de pouuoir donner la bataille. Durant lefquelles menees Sempronius l'autre Conful trouua vne troupe d'ennemis chargez de butin& efcartez par la campagne, fur lefquels il chargea& les tourna en fuyte:& faifant coniecture de l'iffuë de toute la bataille par la bonne fortune qu'il auoit eue, conceut vne bonne efperance de la victoire, fi vne fois les deux armees venoyét à s'entrehurter. Parquoy defirat faire quelque chef d'euure, auant que Scipion fur guairi,& que nou ueaux Confuls fuffent efleus, il delibera de fortir en bataille, voire contre le gré de l'autre Conful fon compagnon, lequel eftimoit n'eftre chofe plus hors de propos que de vouloir hafarder l'eftat de la chofe publique, lors que prefque tous les Gauloys e- ftoyent en armes contre eux. Or Hannibal fut aduerti de tous ces differens par efpies qu'il enuoyoit fecretement au camp des ennemis. Parquoy, felon qu'il eftoit fin& rufé, trouua incontinent vn lieu affis entre les deux camps, tout couuert de haye& buyffos, auquel il mit fon frere Mago en embufche auec vne trouppe de gens ils pouuo rent con des Nu refter to plus au Pallia in Jon que Pattend toute pre mença homme ftenir gionau rage q de pied frayoy pres.co & eng de mau gnanim burs, iu erà de Carthag Cenn gets dese part call elcha perfon dit gra tuez. tran Or Sci one camp Plata Longuista les dea me authori aucc pera que ccalion lement Gau Epour parla rne nou 201 yse s ces es en tinent los pe de gens HANNIBAL. 965 gens d'eflite.Puis donna en charge aux cheualiers Numidiens! aller courir iufques aux répars& trenchees des Romains,& les harceler pour les tirer en la bataille. Ec apres auoir fait repaiftre le demeurant de l'armee, il les mena en bonne ordonnance, a fin d'eftre preft à toutes occafions qui s'offriroyent. Le Conful Sempronius au premier tumulte des Numidiens, enuoya foud in fes gens de cheual à l'encontre,& puis fix mille hommes de pied, en la fin luy- inefme fortit de fon camp auec toute l'armee. Or e- ftoit- il plein hyuer& faifoit vn tref- grand froid, mefmement és lieux enclos des Alpes& du mont Appennin. Les Numidiens felon que leur auoit efté enchargé, tiroyent les Romains peu à peu deçà le fleuue de Trebie, iufqu'à ce qu'eftans arriuez au lieu, d'où ils pouuoyent reconoiftre leurs enfeignes, foudain fe retournerent contre l'ennemi qui eftoit en defordre.Car c'eft la couftume des Numediens, de reculer bien fouuent de fait aduifé,& puis s'ar refter tout court, quad il leur femble téps pour recharger l'ennemi plus au vif,& de plus grade furie que deuant. Sur quoy Sepronius r'allia incontinent fes gens de cheual,& ordonna fa bataille, felon que le temps le requeroit pour aller choquer fon ennemi qui l'attendoit en bataille rangee.Car Hannibal auoit ia fon armee toute prefte pour vfer de l'occafion qui s'offroit. La meflee fe cómença premierement par les cheuaux legers, puis apres par les hommes d'armes: mais les cheualiers Romains ne pouuans fouftenir le choc des enuemis, furent bien toft rompus. Si que les legionaires fouftindrent la bataille d'vn tel effort,& d'vn fi vif cou rage, qu'elles euffent peu refifter, là où il n'y eut à faire qu'aux ges de pied. Mais d'vn cofté les gens de cheual& les elephans les effrayoyent,& de l'autre les gens de pied les pourfuyuoyet de fort pres, combatans d'vne grande furie contre des corps& affamez & engelez. Au moye dequoy toutefois les Romains fouftenäs tät de maux qui les affailloyent de tous coftez d'vne hardieffe& magnanimité plus grade que n'eftoyent leurs forces: cóbatirent touf Fours, iufqu'à ce que Mago fortant de fon embufche les vint char gerà defpourueu auec grads cris,& que le bataillo du milieu des Carthaginoys vint par le comandement de Hanibal fe letter fur des Cennomaniens. Alors voyās les Romains que leurs alliez prenoyent la fuyte, ils perdiret courage.On dit qu'il y eut dix mille pietons Romains qui fe retirerent à Plaifance paffans tout à trauers des ennemis. Le demeurant de Parmee qui fuyoit, fut la pluf part taillé en pieces par les Carthaginoys. Le Cóful Sempronius efchappa auffi les mains des ennemis, no fans grand danger de fa perfonne. La victoire coufta auffi bie cher à Hanibal: car il y perdit gräd nobre de fes gens,& fes elephans y furent prefque tous tuez. Apres cefte bataille Hannibal courut tout le pays, mettant tout à feu& à fang:& print quelques villes,& auec bien peu de PPP iij 966 HANNIBAL. fes gens chaffa& mit en fuyre vn grand nombre de payfans qui s'eftoyent affemblez en bataille fans aucun ordre.Puis fur le cô mencement de Prim- temps mit fon armee aux champs pluftoft que le temps ne requeroit,& voulant paffer en la Thofcane, fut repouffé par vne groffe tempefte, tout aupres du fommer de l'Apennin,& par ainfi cótraint de remener fon armee autour de Plai fance: mais bien toft apres il fe mit derechef aux champs pour beaucoup de caufes neceffaires. Car s'il ne fe fuft fauué partelle rufe, peu s'en falloit qu'il ne fuft opprimé par les embufches des Gauloys, lefquels eftans mal- cotens que la guerre duroit trop lo guement en leur pays, en auoyent à luy feul, comme celuy qui e- ftoit la fource& occafion de la guerre.Dont à cefte occafion fe voyant forcé par le danger coneut bien qu'il falloit fe hafter de paffer fon armee en vne autre prouince. Dauantage il penfoit q cela luy feruiroit beaucoup à entretenir fa reputatio enuers les e ftrangers,& à accourager les fiens, s'il pouuoit faire apparoiftre la puiffance des Carthaginoys eftre fi grande,& leur Capitaine eftre de fi grand cœur, que d'ofer aller faire la guerre en lieux fi voifins de la ville de Rome. Toutes chofes donc mifes en arriere, il fit marcher fon camp par le mont Apennin, puis paffant par le pays des Liguriens defcendit en la Thofcane, par la voye qui meine au plat pays& marets d'àl'entour du fleuve Arnus. La riuiere d'Arnus eftoit en ce temps la fort enflee& fe defbordoit par toutes les campagnes circonuoifines. Pour cefte caufe Hannibal trainant vne fi grande armee, ne feut euiter qu'il ne fift gra de perte de gens& de cheuaux auant que pouuoir fortir hors de ces lieux marefcageux.Et de fait luy- mefme, combien qu'il fuft porté fur vn haut elephat, qui luy eftoit demeuré feul d'entre tant d'autres: pour les trauaux toutefois qu'il auoit enduré fans fer ne iour ne nuit,& pour le mauuais air, perdit l'vn de fes yeux. En ces entrefaites C.Flaminius Conful, auquel auoit efté baillee la charge de l'armee de Sempronius, eftoit venu à Arretium con tre la volonté du Senat lequel eftoit fafché, qu'en delaiffant à Ro me fon compagnon Cn.Seruilius il s'eftoit retiré en fa prouince, comme en cachete fans ornemens confulaires,& fans Sergens. Or eftoit- il homme fier de nature,& auoit efté grandement efle. ué par la faueur du peuple, de forte qu'il en eftoit deuenu fi auda cieux, qu'on voit bien à l'œil, qu'il feroit toutes chofes fans confideration. Ce qu'eftant paruenu à la conoiffance de Hannibal, il ingea que ce feroit le meilleur de harceler le Cóful,& de rendre toute peine de l'attirer au combat auant que fon compagnon ioignift à luy Parquoy faifant marcher fon camp par le pays de Fefula& d'Arretium, il gaftoit& brufloit tout le pays d'alen tour& le rempliffoit de crainte& frayeur, fans faire aucune fin de deftruire& brufler, iufqu'à ce qu'il paruint aux montagnes repofe Cretopembulche ques cou emiere les m de fon a hele tien la telte aux e arfaute d pays el bruflees f ennemi, attend aux de que le auore lequel tendo tez en Au mo drent nemy main ent e oftoit que c tion ainfi trois yrent & iam allat d porte Et alo toute e autres e. Ete qui fe ડેસ્ tetre for celte departa Thnicare Sommer deilly emblees des cele e occainele penlo emens lese paroifre Capitaine eux& artiere, apar le HANNIBAL. 967 Cretonenfes,& puis au lac qui fe nomme Trafymene. Ayat reco nu le lieu, il ne tafchoit que de furprendre fon ennemi par quelque embufche, pourtant fit- il cacher des gens de cheual fous quelques couftaux, aupres du deftroit qui meine à Trafymene,& derriere les montagnes il fit aller fes cheuaux legers. Ecauec le refte de fon armee defcendit en la campagne eftimant que le Coful ne fe tiendroit point coy, comme aufsi il aduint.Car ceux qui ont la tefte ainfi efchauffee, s'abandonnent facilement& font expofez aux embufches des ennemis,& foment hafardent le tout par faute de vouloir croire bon confeil. Flaminius donc voyant le pays eftre entierement degafté, les blez coupes,& les maifons bruflees fit incontinent hafter de marcher fon armee contre fon ennemi, contre l'opinion de tous, qui eftoyent d'aduis qu'il deuft attendre fon compagnon.Et eftant au coucher du foleil arriué aux deftroits du lac Trafymene, fit arrefter là fon camp, combien que fes gens ne fuffent las ny rompus du continuel trauail, qu'ils auoyent enduré par le chemi. Et le lendemain au point du iour, fans autrement defcouurir le pays, paffa le mont. Alors Hannibal lequel ayant long temps au parauant tenu fon cas tout preft, n'at tendoit que l'occafion de bien faire, voyat les Romains, s'eftre iet tez en la plaine, fit figne à tous fes gens de courir fus à l'ennemi. Au moyen dequoy les Carthaginois fe leuans de tous coftez vindrent& par deuant& par derriere,& par les flancs charger l'ennemy enclos entre le lac& les montagnes. Au contraire les Romains entrans en bataille fans ordre quelc onque, fe combatoyent eftas ferrez enfemble fous vn brouyllas gros& efpais qui leur oftoit la veuë, comme s'ils euffent efté en tenebres, de forte que c'eft vne chofe efmerueillable, comment& fous quelle inten tion ils fouftindrent fi long temps la meflee, veu qu'ils eftoyent ainfi enuironnez de tous coftez. Car ils combatirent plus de trois heures de long d'vne fi gräde ardeur de courage, qu'il n'ouyrent point le tref- grad tremblement de terre qui fe fit alors, & iamais ne reculerent, iufqu'à ce qu'ils entendirent que le Coful allat de rang en rag pour donner courage à fes gens auoit efté porté par terre& tué par vn homme d'armes appellé Ducarius.* Plutarque Et alors ayant perdu leur Capitaine,& fe trouuans deftituez de en la vie de toute efperace, prind rent la fuyte les vns versles montagnes, les autres vers le lac, defquels plufieurs furent attains en fuyat& tuez.Et en demeura* quinze mille fur le chap,& enuiro dix mille ioufte autant de prifon qui fe fauuerent par divers endroits. On dit dauãtage qu'il y en eut fix mille homes de pied, qui dés le commencement de là mef niers. lee gaigneret par gråd effort la motagne,& s'arrefterent fur vne tetre iufques à la fin de la bataille lors qu'ils defeendiret fous la foy d'Hannibal, mais ils furent trahys& taillez en pieces. Apres cefte grande victoire, Hannibal laiffa aller fás payer rançon pluS100 Ro ce, 15. e da on le PPP inj Fabius Ma ximus en ad efin reto HANNIBAL. 968 fieurs Italiens captifs, apres les auoit traittez fort humainement, à fin que la renômee de fon humanité& clemence s'efpä dift par toutes nations, combien que de fon naturel il fut entiere. ment cótraire à telles vertus. Car il eftoit fier& cruel de nature, & fi auoit il dés fa ieuneffe efté apprinsau maniement des armes, & s'eftoit exercé à meurtres& trahyfons& furprifes enuers les ennemis, fans fe foucier d'ordonnances, ne de loix, ne de conftumes ciuiles. Voila les moyens par lefquels il eft deuenu vn des plus cruels Capitaines,& plus rufez& cauteleux à tromper Penemi, qu'onques il y en ait eu. Car comme il eftoit toufiours ententif à deceuoir l'ennemi, ceux qu'il ne pounoit vaincre en guerre ouuerte, il tafchoit de les furprendre par quelque rufe: ainfi qu'on peut iuger par la bataille prefente,& celle qu'il eut auparauant contre le Cóful Sempronius pres du fleuue Trebie. Mais retornons à nos erres, remettans ce propos à vne autre fois. Quant donc on entendit à Rome la desfaite du Cóful Flaminius lequel auoit efté vaincu& tué auec vne grade partie de l'armee, il fe demena incontinent vn grand dueil par toute la ville. Les vns ayans compaffio de la calamité publique, les autres de leur perte particuliere,& aucuns de tous les deux enfemble. Et de fait c'eftoit vn trifte fpectacle, q de voir courir aux portes de la ville vne infinité d'homes& de femmes pour s'enquerir chacun particulierement de fes pares& amis. On trouve par eferit qu'il y eut deux femmes, lesquelles eftans en grande follicitude& pen fement pour le falut de leurs enfans, moururent foudainement pour la grade ioye qu'elles euret les voyans fains& faufs contre leur opinion.En ce mefme temps Seruilius Conful compagnon de Flaminius luy enuoyoit quatre mille hommes de cheual, n'ay ant encore efté aduerti de la bataille donnee aupres du lac Trafymene. Mais comme au chemin ils entendirent la desfaite de leurs gens,& qu'en cefte occafion penfoyet fe retirer en Vmbrie furent enclos par la cheueliere des ennemis& menez à Hannibal. Or eftant la chofe publique de Rome en tref- grand danger caufe de tât de pertes arriuees l'vne fur l'autre, fuft arrefté qu'on feroit yn Magiftrat ordinaire,& feroit creé vn Dictateur, office qui eftoit couftumierement referué pour dernier remede au plus dur temps& grand danger de la chofe publique. Mais d'autant que le Conful Seruilius ne pouuoit retourner à Rome, eftans tous les paffages occupez de l'ennemi, le peuple d'vne façon non encore accouftumee crea pour dictateur Q. Fabius, lequel acquit depuis le fur- nó de tref- grad,& fut nomé par luy pour chef de la cheualerie M. Minucius.Or Fabius eftoit homme de bon confeil & grande prudence,& en fouuerain degré de reputatio en la cho fe publique, Si bien que tous les citoyés fe repofoyent entieremet fur luy feul, fe perfuadans que l'honneur de la ville fe porroit maine quelcoque grand fain de la ville els Conful Or s'eff porter ent mis a gaffer le p retira en s& Pell apres de l elle find Romains hardiele ftre pas va dequoy to gement d gens en b fe mit à de foit attire de fes all tout cel me fila de la tar fin qu' opportu Ainfi pa ores, a ac Tra bette, pays men cono ure ho de pa faut Ca mence elde an mendes a les emetils de con quelque celle qu'iles Trebia e are route le. Les de leur HANNIBAL. 969 maintenir fous la conduite d'vn tel capitaine, pluftoft que fous autre quelcoque. Ce que conoiffant tref- bien Fabius, apres auoir auec grand foin& diligence donné ordre aux chofes neceffaires, partit de la ville,& receu qu'il eut l'armee d'entre les mains de Seruilis Conful: y adioufta deux legions,& ainfi alla trouuer le ennemi.Or s'eftoit Hannibal retiré du lac Trafymene,& auoit prins la route de Spoletum, àfin de voir fi du premier coup il pour roit emporter la ville. Mais comme il vit que ceux de la ville ce eftoyent mis aux murailles& q tref bie la defendoyent, il fe mift à degafter le pays d'alentour, bruflant maifons& villages,& puis fe retira en Apulie par la marque d'Ancone,& le pays des Marfiens& Pelligniens.Le Dictateur le fuiuit à la trace,& fe campa aupres de la ville d'Arpi, non guere loin du camp des ennemis, à celle fin de trainer la guerre en temporifant. Car les affaires des Romains eftoyent pour lors en tel eftat, pour la temerité& folle hardieffe des Capitaines du paffé, qu'on eftimoit à victoire n'eftre pas vaincu de l'ennemi par tant de fois victorieux. Au moye dequoy toutes chofes furent bien toft changees quand& le chan gement du Capitaine. Car combien que Hannibal rangeaft fes gens en bataille,& puis apres voyant que l'ennemi ne bougeoit, fe mit à degafter tout le pays, efperant que par ce moyen pourroit attirer le Dictateur au combat lors qu'il verroit le plat pays de fes alliez eftre ainfi pillé eu fa prefence: iceluy toutefois pour tout cela ne fut efmeu, ains tenoit toufiours fes gens ferrez, com me fila chofe ne luy euft de rien touché. Hannibal fort marry de la tardiuité du capitaine Romain changeoit fouuert de logis à fin qu'en marchant par diuers lieux, s'offrit quelque occafion& opportunité de tromper l'ennemi, ou bien de donner la bataille. Ainfi paffant l'Apennin, vint à Samnium: mais pource que tantoft apres, aucuns de la Champaigne qui ayans efté prins aupres du lac Trafymene, auoyent efté gratuitement relafchez& mis en liberté, luy faifoyent efperance de pouuoir prendre la ville de Ca poue, il fit marcher fon armee, prenant vne guide qui conoiffoit le pays pour eft re conduit à Cafinum. Or la guide en lieu de Ca finum entendit Cafilinum, deceu par la fimilitude du mot,& les mena par vn chemin tout contraire, a Calentinum& Calenum, & de là aux enuirons de Stella. Mais comme ils fe trouuerent en vn pays enuironné de montagnes& de riuieres, Hanibal vint à conoiftre qu'ils auoyent failly,& fit cruellement mourir le poure homme qui les auoit conduits. Fabius cependant vfoit de gra de patience, laiffant courir librement Hannibal, d'vn cofte& d'autre, iufqu'à ce qu'il eut occupé les montagnes Gallicanum & Caffilinum, là où il mit garnifon, pour eftre lieux de grande co modité.Si que l'armee des Carthaginoys fut quafi toute encloſe, & leur enft efté force de mourir en ce en là à faute de viures, on Ende pa re Te S 970 HANNIBAL. Toute Tour le chacun fo men de fair quelque lle fans le fois vaing armee en Hannibal en pouvoi re pour le ic, qu'à Pr nec fon ar maines, eu cafion Fa ce tant en nibalsen bien prendre la fuyte auec fa courte honte, fi Hannibal n'euft e- uité le danger par vne telle rufe. Car conoiffant le peril auquel il fe trouuoit auec toute fon armee,& ayant efpié l'opportunité du temps commanda à fes foldats de luy amener iufques à leux mille bœufs de ceux qu'ils auoyent pillé par les champs, dont ils e- ftoyent bien prouueus,& leur ayant fait attacher des torches ou flambeaux aux cornes, ordonna à aucus de fes gens les plus idoines de les allumer,& chaffer les bœufs contre- mont vers le fommet des montagnes, lors qu'on feroit le premier changement de guet. Dont rie ne fut omis, ains fut le tout executé, ainfi qu'auoit efté commandé: fi bien que les bœuf couroyent vers les cimes des montagnes auec lefdits flambeaux allumez,& les fuyuoit l'armee tout le petit pas. Or les Romains qui long temps au parauant auoyent mis bonne garnifon fur les montagnes en furent effrayez pour la nouueauté,& craignans quelque embufche abandonnerent incontinent leurs forts. Fabius mefme, fe doutant bien que c'eftoit quelque rufe de l'ennemi, retint fes ges au camp, ne pouuant bonnement fauoir que c'eftoit. Cependant Hannibal paffa la montagne non guerre loin des bains Sueffaniens, que ceux du pays appellent maintenant la Tour des bains, & fe retira auec toute fon armee fauue aux environs d'Albe:& bien toft apres la fit marcher comme s'il euft voulu tirer droit à Rome, mais apres il rebrouffa chemin& s'en retourna en Apulie, dont il print Glerene, ville riche& abondante en toutes cho fes: là où il delibera de paffer l'hyuer. Le Dictateur fuyuoit de pres& fe vint camper non gueres loin du camp des Carthaginoys aupres de Laurinum. Mais eftant rappellé à Rome pour les affaires de la chofe publique, il fallut qu'il y allaft en diligen ce: mais il donna charge à fon general de fe tenir coy,& de ne s'attacher à l'enemi,& ne cobatre aucunemet durat fonabfence. Car il eftoit entieremét refolu de toufiours pourfuyure fa premi ere deliberatio: c'eft à fauoir de ne point harceller l'enemi ny de cobatrequãd bie l'enemi l'irriteroit. Toutefois M. Minucius( car ainfi s'appelloit so General) fe fouciat bie peu du comdemét du Dictateur, aufsi toft qu'il euft le dos tourné, il fe vint ruer fur vne troupe d'enemis q eftoy et allez fourrager, ainfi qu'ils eftoy et.ef. cartez par la capagne, defils il en tua grád nobre,& les autres il les alla batant iufques au dedans de leur cap. Le bruit de cefte ef carmouche courut incótinent iufques à Rome,& on en fit fi gräd cas, qu'elle fut reputee pour vne victoire,& pleut tant au populai re, que foudain ils egalerent la puiffance du lieutenant à celle du Dictateur Fabius: ce que iamais n'auoit efté fait au parauant. Fa bius endurant patiemment& d'vne grande magnanimité cefte iniure fans l'auoir aucunement meritée, s'en retourna au camp. Orya Or y auoit- il deux Dictateurs en vn mefme temps, chofe qui au paranee- lavai par Fabi mant en lo meilleur c bius:& em Fabius co ioye par nifons p lemet er retius V gnite Ca He leuer redes. D enouu Cont si tin met. L mer fe ede tra ro. Ca quelqu afsat on ar kide e peri lesplosi clungmenta & les liric HANNIBAL. 97 parauant n'auoit efté veuë ny ouye, lefquels, apres auoir departy par moitié toute l'armee, commandoyent tous deux de puiffance abfolue, chacun fur fon armee, comme les Confuls eftoyent accouftumez de faire.Dequoy Minucius fe vint fi fort à enorgueillir, que quelque iour il print bien la hardieffe de vouloir donner la bataille fans le fignifier à fon compagno, ce qu'Hannibal par tant de fois vainqueur à grad peine euft ofé entreprendre,& menafon armee en lieu où elle fut enuironnee par l'ennemi: de forte qu'Hannibal les alloit tuant à fa volonté fans aucune efperance d'en pouuoir refchaper, fi Fabius n'y fuft furuenu en temps& heure pour leur donner fecours, ayant plus d'efgard au falut public, qu'à l'iniure qu'il auoit receue. Car furuenant à la bataille auec fon armee frefche, fit peur à Hanibal, fi bien q les legios Ro maines, eurēt le moyen de fe retirer en lieu feur.Dont à cefte occafion Fabius acquit le renom de tref- grande vertu& de prudece tant entre les fiens qu'enuers les ennemis. Car on dit qu'Hannibal s'en retournant en fon camp, dit, qu'il auoit en cefte iournee- la vaincu M. Minucius, mais qu'il l'auoit quant& quant efté par Fabius. Et Minucius mefme conoiffant fa prudence,& eftimant en foy- mefme qu'il falloit, felon le dire d'Hefiode, obeyrà meilleur que foy, s'en vint auec toute fon armee au camp de Fabius:& en fe depofant de fon magiftrat, falua en toute reuerence Fabius comme pere, de forte qu'icelle iournee fe paffa en grande toutes cho ioye par les foldats. Les deux armees s'eftas retirees en leurs gar agnes ente cique em melime int les g Cependa Suella lesbains, PAlbe:& mablence Cat er du yne ef sil eef rad pulai le du nt.Fa celte сатр. qui au nifons pour hyuerner, apres auoir log temps debattu, furer finalemét creez deux nouueaux Cófuls L.Paulus Emilius,& C.Terétius Varro, home qui auoit efté efleué de fort bas eftat à la dignité Cofulaire par la faueur de la commune Et leur fut permis de leuer plus grade armee que n'auoyent fait les Capitaines precedés. Dont les legions fur et fournies,& en adioufta- on encores de nouuelles à celles qui eftoyent au- parauant. Venus que furens les Confuls en l'oft, tout ainfi qu'ils eftoyent de diuerfe nature, aufsi tindrent- ils vne diuerfe maniere de faire en leur gouuernemet. L.Paulus qui eftoit homme prudét,& qui fe vouloit gouuerner felon le cofeil& maniere de faire de Fabius, ne cerchoit que de trainer la guerre,& arrefter l'ennemi sas vouloir cobattre.Varro au côtraire eftcit homme furieux, audacieux,& qui ne defiroit que la meflee. Si eft- ce que peu de teps apres, on coneut bie au grand dager& de faduatage de la ville, quelle differece il y auoit entre la modeftie d'Emilius& la fotte arrogâce de Varro. Car Hanibal craignant que par faute de viures il ne fourdift quelque nouueau tumulte en fon camp, le partit de Glerenú,& pafsat par les pl' chauts endroits d'Apulie, vint caper auec toute fon armee aupres d'vn bourg qu'o appelle Canes. Si fut- il fuyui des deux Cofuls Romais lefquels vindret là aupres affeoir leurs 972 HANNIBAL. poddans Africains an pues a dans qu' emmes t retire camps feparément, mais fi pres l'vn de l'autre, qu'il n'y auoit que la riuiere Aufide entre deux. Or cefte riuiere ainfi qu'on dit, diuife toute feule le mont Apennin,& prent fon origine du cofté de la montagne qui regarde vers la mer. Dont elle fe vient defcharger en la mer Adriatique. Or L. Paulus voyant qu'il feroit impofsible qu'Hannibal arreftant en pays eftranger, peuft entretenir fon armee, qui eftoit fi grande& mefmement ramaffee de gens de tant de diuerfes nations, eftoit refolu de trainer& retarder la guerre, eftimant que c'eftoit le vray,& feul moyen de vaincre comme chofe qui eftoit fi bien au defauantage de l'ennemi, come vtile& profitable pour la chofe publique. Et de fait fi C.Terentius euft efté de mefme opinion, il eftoit affez notoire que la puiffance d'Hannibal euft peu eftre rompue par les Romains fans fe bouger. Mais comme il eftoit d'vn efprit volage& d'vn naturel iamais arrefté, il ne fe foucioit aucunement ny du prudent confeil, ny de l'authorité de Paulus Emylius: mais au co traire le tanfoit,& fe plaignoit deuant les foldats, de ce qu'il tenoit fes gens enfermez& oyfifs, cependant que l'ennemi fe rangeoit en bataille.Parquoy le iour venu qu'il deuott auoir fouueraine authorité fur toute l'armee( car ils eftoyent fouuerains chefs l'vn apres l'autre) des le point du iour il paffa la riuiere Aufide,& donna le figne de la bataille fans en aduertir fon compagnon, lequel le fuyuoit pluftoft côtre fa volonté que de fon gré à caufe qu'il n'y pouuoit refifter. Hanibal ioyeux au pofsible que Poccafion de cóbattre luy eftoit prefentee, veu que tout delayement luy fembloit tourner au rebours de fes deffeins, il fit paffer outre la riuere fon armee qui defia eftoit toute prefte, en fort bo ordre& equipage: car ils auoyent prins fur les ennemis grand butin affez pour fe bien equiper. Or eftoit l'armee des Romains tournee contre Midy.Si qu'vn vet Meridional, que ceux du pays appellent Vulturnus, leur venoit donner droittement aux yeux là où du contraire les ennemis auoyent le vent& le foleil à leur auantage,& leur bataille eftoit rangee en cefte forte. Les Africains tenoyent les deux flancs,& les Gauleys& Hefpagnols le bataillon du milieu. Les cheuaux legers comenceret premiers la meflee,& apres eux les homes d'armes:& d'autant q le lieu entre la riuiere& les gés de pied eftoit fort eftroit, fi qu'on ne s'y pouuoit bonnemét eflargir, la meflee fut plus cruelle q de logue duree. La cheualerie des Romains eftant rompue, les gens de pied vindrent à fouftenir le choc d'vne fi grande ardeur de courage, qu'il leur fembloit que le temps leur faudroit pour combattre, mais le trop grand defir de vaincre leur apporta à la fin vne trifte& mal heureufe iffuë, tout ainfi qu'à la premiere rencontre ils auoyent eu ioyeux commencement. Car les Gauloys& Hefpagnols, lefquels nous auons dit auoir eu le bataillon du milieu ant,& les lemon delpo points,& aille mou & plus d eut beau certain en la pre ginoys meura le & quis'e ques au fut aufsi & autre coup d demeu fut aff bataill fez, fe bonne Can foyer forte t darge elius gard pend de c bie & fed anvende que par les elper volage comment by as 20 quile ertile ran nere delaye nisand s le its la COLIC pou edu epied urage battre Vine tr encontre H du miHANNIBAL. 973 * Plutarque ximus en lieu ne pouuans fouftenir l'effort des Romains, fe retirerent vers les Africains aux ailes. Ce que voyans les Romains allerent de pleine courfe contre l'ennemi le chaffant& pourfuyuant toufiours, iufques à ce qu'ils vindrent au milieu: là où les Carthaginoys qui fe tenoyent aux deux flancs les vindrent incontinét enclorre fans qu'ils s'en donnaffent de garde. Il y eut aufsi cinq cens hommes de cheual Numidiens, lefquels par vne fainte s'en eftoyent retirez vers les Confuls, qui les receurent fort humainement,& les mirent à la queuë de leur armee.Iceux voyans leur tour, fe monftrerent derriere les ennemis,& les vindrent charger à defpourueu. Alors l'armee des Romains fut desfaite de to points,& obtint Hanibal la victoire. Liue efcrit qu'en cefte bataille moururent iufques à* quarante mille hommes de pied,& en la vie de & plus de deux mille fept cens cheuaux. Polybe dit qu'il y en cut beaucoup dauantage de tuez. Or laiffans ces difputes, il eft Fabius Ma certain que les Romains n'ont iamais receu plus grande perte ny en la premiere guerre Punique, ny en la feconde par les Cartha met ginoys, que cefte- cy qui fut faite aupres de Cannes. Car il y de- 50000.de meura le Conful Paulus, homme certes digne de toute louange, tuez& bien & qui s'eftoit employé en tous affaires de la chofe publique iuf- 14000. de ques au dernier foufpir: Seruilius, Cōful de l'annee precedente y prifonniers, fut aufsi tué,& plufieurs autres perfonnes Confulaires, Præteurs, & autres de mefme dignité, Capitaines, chefs de bades,& beaucoup d'autres Senateurs& honneftes citoyens, defquels il y en demeura fi grand nombre, que la cruauté mefme de l'ennemi en fut affouuie. Le Conful Terentius, qui auoit efté autheur de la bataille, voyant que l'ennemi emportoit la victoire de tous coftez, fe fauua à la fuyte. Et Tuditanus chef de bande paffant auec bonne trouppe de fes gens tout au trauers des ennemis, s'en vint à Canufium. Là y arriua enuiron dix mille hommes, lefquels e- ftoyent efchappez d'entre les mains des ennemis comme d'vne forte tempefte: par le confentement defquels tous enfemble, la charge de l'armee fut donnee à Appius Pulcher,& à P. Cornelius Scipion( qui depuis mit fin à cefte guerre.) Voila l'iffue qu'eut la bataille qui fut donnee pres de Cannes. La nouuelle en vint bien toft à Rome,& combien qu'vne telle calamité remplift à bonne raifon toute la ville de dueil& de trifteffe, toutesfois le Senat& le peuple de Rome maintint toufiours fa grädeur en tels defaftres, fi bien que non feulemét eurent bon espoir de pouvoir garder leur ville, mais dauantage fe mirent à leuer vne nouuelle armee, faifans prendre les armes aux ieunes gens, fans laiffer cependant Sicile& Hefpagne defpourueues, tellement qu'on ne fe fauroit affez efmerueiller, quand on vient à confiderer ces chofes, comment en vne fi grande calamité ils pouuoyent auoir tant de courage& de confeil. Car efin que ie mes taifedes autren 974 HANNIBAL. Sepelices qui nde belles ca melequelle demeure Enpleine les Cale Nolan Facolte il cl ues mor yent en t oyent pre erdue aup plus forts qu'ils fire tref- gran plus pu Dentilad Orainfi torces& pertes qu'ils ont receues à Ticinus, à Trebie,& au las Trafymene: quelle natio euft peu fouftenir cefte derniere playe, par laquelle la puifsace des Romains fut prefque du tout ruinee? Et neantmoins le peuple Romain l'a fouftenu, voire tellement fouftenu, qu'auec l'induftrie& bon confeil ils n'ont pas aufsi eu faute d'hardieffe& de bon courage. Outre qu'Hannibal victorieux perdant le temps à repofer& rafrefchir fon armee, donna loifir aux vaincus de reprendre halaine& fe refaire. Car fi incontinent apres la bataille gaignee il euft mené fon armee vainquereffe droit à Rome, les Romains fans nulle doute euffent du tout efté ruinez, ou à tout le moins forcez de s'expofer à tout hafard& danger de la fortune. Aufsi dit- on que par apres fouuent il fe repentit de fa tardiueté, fe plaignant publiquement d'auoir plufteft obey au confeil de ceux qui luy confeilloyent de laiffer repofer les foldats, qu'à Marharbal maiftre de la cheuallerie, lequel eftoit d'aduis de tirer droit à Rome, comme le comble& chef de la guerre:& voyant qu'Hannibal tardoit, il luy prononça, dit on, cefte fentence qui eft maintenant fort commune, Han nibal, tu fais bien vaincre, maistu ne fais pas vfer de la victoire. Mais quoy? toutes chofes( comme dit le Neftor Homerique) ne font pas donnees aux hommes tout enfemble, car les vns n'ont pas eu la fcience de vaincre, les autres ont eu faute de fauoir pourfuiure chaudement la victoire,& les autres n'ont feu maintenir ce qu'ils auoyent acquis. Pyrrhus Roy des Epirotes qui a mené la guerre contre les Romains, a efté vn des fouuerains Capitaines qui furétiamais: toutesfois, feló qu'on trouve par efcrit, combien qu'il ait efté fort heureux à conquefter Royaumes, il ne les a feu garder ny retenir. Ainfi pareillement aucuns Capitaines ont efté donez de vertus bien excellentes, lefquels cependant e- ftoyent defprouueus de quelques autres non moins recommendables en vn Capitaine de guerre, comme on peut voir par les vieles hiftoires. Or apres cefte bataille qui fut donee aupres de Canes, les Arellanies, les Calariniens, les Sanites, puis les Bruties, & Lucanies& beaucoup d'autres peuples d'Italie, efmeus par la renomee de celle grande victoire, fe tournerent du cofté d'Hannibal. Et la ville de Capoue( ce qu'Hannibal auoit de long téps defiré) en delaiffant fes vieux amis& confederez, fit nouvelle alliance& amitié auec Hannibal, ce qui luy donna grand credit enuers les autres nations. Car en ce temps- la elle eftoit ville tref puiffante& fort peuplee, voire la plus eftimee de toutes les villes d'Italie apres Rome. Et pour comprendre en peu de parcles tout ce qu'on en raconte, il eft certain que c'eft vn repeuplement des Etrufciens, lequel a efté premierement appellé Vulturnum,& puis apres Capua du nom du Gouuerneur, lequel fe nommoit Ca pius: ou bien comme eft plus vray- femblable, à caufe des lieux champe res grande m voir, a ca heureufe ilentra e milier, qu'il y e beau ba fors fea uius fon Hannib defdair Magius Mais co nage ts dan dura1 par gra libere Le pe fonne chaud act, Con Carfi armee vain efenda ment d'avi pronon ne, Han voire. que) ne ' ont lavors Ca itaines dante s de HANNIBAL. 975 champeftres qui font à l'étour d'icelle. Car on y void tout à l'enuiron de belles campagnes fort fertiles en toutes fortes de biens de terre, lefquelles fe nomment en Grec Kipoi. Tout le pays eft aufsi enuironné de nations fort renommees. Car du cofté de la marine demeurent les Sueffaniens, Cumaniens& Neapolitains. En pleine terre du cofté de Septentrion font les Calentiniens& les Caleniens. Du cofté d'Orient& de Midy les Dauniens& Nolaniens.Dauantage le lieu eft tresfort de nature,& d'vn cofté il eft enuironné de la mer,& de l'autre de grandes& continues montagnes. Or en ce temps- la les Campaniens floriffoyent en toute profperné.Et pourtat voyans que les Romains eftoyent prefque du tout ruinez par la bataille qu'ils auoyent perdue aupres de Cannes, ils fe tournerent bien toft du cofté des plus forts, ainfi que le plus fouuent il aduient. Et outre l'alliance qu'ils firent auec Hannibal, ils le receurent dedans la ville en tref grand triomphe, efperans que la guerre finie, ils feroyét les plus puiflans& les plus riches de toute l'Italie. Voila come fonuent il aduient que les hommes foyent deceus de leur efperance. Or ainfi qu'Hannibal entroit en la ville de Capoue, il y eut vne grande multitude de peuple qui courut au deuant de luy pour le voir, à caufe de fa grande renommee: car on ne parloit que des heureufes victoires qu'il auoit obtenues fur l'ennemi. Et comme il entra en la ville, on le mena au logis de Pacuuius fon ami& fa milier, lequel eftoit homme fort puiffant& d'aufsi grand credit qu'il y en eut point entre les Campaniens. Si luy fit- on vn tresbeau banquet, auquel ne furent conuiez nuls citoyens de la ville, fors feulement Taurea homme tref- vertueux,& le fils de Pacuuius fon ofte, lequel auoit efté reconcilié à grande difficulté auec Hannibal, par le moyen du pere, veu qu'Hannibal auoit vn grad defdain contre luy, à caufe qu'il auoit fuyui le party de Decius Magius, homme qui toufiours aucie tenu bon pour les Romains. Mais confiderons vn peu, ie vous prie, comment les grands perfonnages tombent aucune fois fans y penfer, en tref- grads& diuers dangers. Car ce ieune homme, faignant eftre reconcilié à Hannibal, attendant toutes fois le temps& l'occafio de luy nuyre, durant que le feftin fe faifoit en toute refiouyffance, tira fon pere à l'efcart au plus fecret lieu de la maifon, le priant de vouloir enfemble auec luy racheter par quelque grand benefice l'amitié& bonne grace des Romains, laquelle ils auoyent perdue par grande mefchanceté. Puis il luy declara commet il auoit deliberé de tuer Hannibal, ennemi de fon pays& de toute l'Italie. Le pere, qui eftoit de grande authorité, fut merueilleufement e- ftonné, oyant le propos de fon fils,& l'ambraffant& pleurant à chaudes larmes, le pria de vouloir ietter so glaiue au loin,& laiffer fon hofte à feureté en fon logisce qu'en la fin il obtint auec la - ref les Out des ,& Ca eux Tes 676 HANNIBAL. tref- grande difficulté. Voila comment il ne s'en fallut guere qu'Hannibal( lequel auoit efchappé les efforts de fes ennemis,& les embufches des Gauloys trainant apres foy vne groffe armee depuis la mer& fins extremes de l'Hefpagne par tant& de fi gra des regions) ne fuft tué par la main d'vn ieune homme, cependant qu'il eftoit afsis à table faifant bonne chere. Le lendemain Hannibal fut ouy en plein Senat, là où il fit beaucoup& de belles promeffes,& leur mit en auant plufieurs chofes, lefquelles les Cã paniens creurent facilement,& pourtant fe promettoyent la feigneurie de toute l'Italie, mais ils fe mefcontoyent grandement. Et de fait ils fe fubmirent fi la fchement à Hannibal, qu'il fembloit qu'ils ne luy euffent pas feulement dóné entree en leur ville, mais qu'ils l'euffent receu aufsi à feigneur, comme gens qui ne fe fouuenoyent& ne tenoyent conte de leur liberté: ainfi qu'on pourra voir par vn exemple que l'ameneray d'entre plufieurs. Hannibal demanda que Decius Magius, chef de la partialité co traire, luy fuft liuré, à quoy le Senat n'obeit pas feulemet en toute humilité, mais qui pis eft, fouffrit qu'à la veuë de tout le peu-ple, fuft mené au camp lié& garroté celuy, qui ne voulant quitter l'alliance ancienne des Romains, s'eftoit monftré plus affe& tionné citoyen enuers la chofe publique de fon pays, que non pas aux nations Barbares. Durant que ces chofes fe faifoyent à Capoue, Mago frere d'Hannibal s'en alla à Carthage pour porter les nouuelles à fes citoyés de l'heureufe victoire qu'ils auoyét obtenue des ennemis,& enfemble expofer en prefence du Senap les hauts faits& exploits d'armes d'Hannibal:& afin de faire foy à fon dire, il efpandit à l'entree de la Cour les anneaux d'or qui auoyent efté oftez aux cheualiers Romains, lefquels conte noyent felon aucuns, plus d'vn boiffeau,& comme les autres difent, plus de trois boiffaux& demy. Puis apres il demanda renfort& rempliffement, lequel luy fut ottroyé du Senat par vne plus grande gayeté& alaigreffe, qu'il ne fut apres enuoyé. Car les Carthaginoys efmeus par les chofes prefentes, faifoyent leur conte que l'iffue de la guerre leur feroit aufsi heureufe, comme commencement eftoit beau:& pour cefte caufe eftoyent d'aduis de tenir la main& prefter fecours aux entreprifes d'Hannibal, de leuer gendarmerie,& de continuer la guerre. Et n'y a- uoit que Hanno perpetuel aduerfaire& ennemi de la partialité Barciniene qui y refiftaft; mais les Carthaginoys ne s'en foucie rent point,& mefpriferent alors fon confeil qui ne tendoit qu'à la paix, quoy qu'il fuft tref- falutaire, ainfi qu'il auoit efté beaucoup d'autres fois. Apres qu'Hannibal eut contracté alliace auec les Campaniens, il mena fon camp deuant la ville de Nole, efperant qu'elle fe rendroit d'elle mefme fans contrainte. Et fans faute il fuft venu à but de fon entente, n'euft efté que Marcellus Præteur pilit con lques home bi itsg dre Hann print& p free deuat powe, il tafe Foyant qu rien, il la le deme pour fo Tante& accoult froidla tif& d defque les volu la force diffent dange pté v les del hoys, des R volup Coura pagne preme as fe ele ren Han ceuo guer bone HOLE es co Le lende les les C pela es grandement e en le vil me gensgune partialité le pea Que non pour por danap pare Car me an lite nucle HANNIBAL 977 Præteur euft par fa foudaine arriuee retenue le peuple, appaifé la fedition,& repouffé l'ennemi defia entrant en la ville par la faillie qu'il fit contre iceluy par trois diuerfes portes, le chaflant& batant iufques dans fon camp auec grande perte. C'eft celuy Mar cellus home bien expert en la guerre,& fort renomé en l'art mili taire, q d'vne magnanimité de cœur& grade induftrie fit conoiftre q Hannibal n'eftoit pas inuincible.Hanibal eftimant qu'il fal loit là laiffer Nole iufques à vne autre fois, s'en vint à Acerres,& la print& pilla fans aucune refiftance.Puis tirant auec plus grade force deuat Cafilinum lieu fort propre pour nuyre à ceux de Capoue, il tafcha ne gaigner ceux qui eftoyent là en, garnifon: maig voyant que de fes belles promeffes, ne fes menaces proufitoyent rien, il laiffa quelque partie de l'armee au fiege de la ville,& mena le demeurant aux garnifons pour hyuerner. Toutesfois il efleur pour fon fort& principale refidence, la ville de Capoue, fort plajfante& abondante en toutes fortes de delices.Là fut q les foldats accouftumez de coucher fur la dure,& d'endurer patiemmet le froid, la faim& la foif, deuindrent de vaillans lafches, defors, crain tifs,& d'induftrieux& habiles, mols& effeminez, par les voluptez defquelles tous les iours ils iouy ffoyent en grande abodance. Car les voluptez friandes& attrayantes l'homme à foy, corrompent la force& vigueur du courage& le naturel de la vertu, abaftardiffent l'efprit,& oftět le cofeil, toutes lefquelles chofes font trefdangereufes aux homes. A bon droit donc Platon appelle la volu pté vne amorce& appaft de tous maux. Et certes en ceft endroit Jes delices de Campanie ont porté plus de nuifance aux Carthagi noys, que n'ont pas fait les plus hautes Alpes,& toutes les armees des Romains. Car vn feul hyuer paflé ainfi en toute diffolution& volupté, fut de fi grande efficace pour efteindre icelle ardeur de courage qui eftoit aux feldats, que quand ils furet menez en cam pagne fur le commencement du Prim- temps, vous euffiez proprement dit qu'ils auoyent oublié toute vertu militaire. L'hyuer paffé Hannibal retourna à Cafilinum, efperant que ceux de dedans fe rendroyent à luy malgré eux, apres auoir endure vn fi lög fiege.Mais ils auoyent refolu d'édurer toute extremité, auant que de fe rendre à la mercy de leur ennemi tref- cruel, quoy que les viures leurs fuflet faillis.Parquoy fe nourrillas premirement d'efpeautre, puis apres de noix qu'ils auoyēt receu des Romains par la riuiere Vulturnus, ils tindrent fi long temps bon, qu'en la fin Hannibal fafché de demeurer là fi longuement, fut content de re ceuoir la ville à copofitio, ce qu'il auoit auparauât refufé. Or cefte guerre en laquelle les Carthaginoys auoyent toufiours eu fort bone fortune& grand heur, fans auoir receu aucune perte digne de memoire entre tant de victoires, commença en ce temps- la à auoir diuers euenemens:& changemens fort variables. Car l'albeaue avec ole, ef Et lans arcellas Prateur 999 j HAN NIBA L. paint de c adquirent& int fans dout res avoir ra bien coft a Car quelque batailles pre furent dep ingrats, au Tarente 978 liance qui auoit efté faite auec Philippus Roy des Macedoniens & le réfort qui auoit efté enuoyé de Carthage,& la prife de Peti lia, de Confentia& autres villes du pays des Brutiens, tenoyét les Carthaginoys en bonne efperance. D'autre part, les grandes vi& toires que les Romains auoyent emporté fur les ennemis en Hef pagne& Sardaigne, leur hauffoyent grandement le cœur,& donnoyent bon efpoir que leurs affaires fe porteroyent de mieux en mieux.lls auoyent auffi choify des excellés capitaines, Fabius Ma ximus, Sempronius Gracchus,& M. Marcellus homme digne de toute louange militaire, lefquels gouvernoyent fi bien les affaires, que Hannibal s'apperceuoit bien qu'il auoit a mener la guer re contre vn ennemi non moins prudent& bien aduifé, que belliqueux.Car premierement il fut chaffé d'aupres de Cumes auec grande perte de fes gens par Sempronius Gracchus,& contraint de leuer le fiege& vn peu apres fut vaincu en bataille ragee pres de Nole par Marcellus. Carily cut, dit- on, enuiron mille Ro* Plutarque mains tuez,*& fix mille Carthaginoys que tuez que prins en la en la vie de fuyte.On peut facilement entendre de combien grande imporM. Marcel- tance fut la dite bataille, par ce que foudain Hannibal leua le fie lus parle de ge de deuant Nole,& fe retira en Apulie pour faire hyuerner fon cinq mille armee.Par ainfi aduint- il que les Romains fe releuans comme de Cartaginoys quelque grofie maladie, vindrent à grande force contre l'ennemi * uez, de& n'eftoyent pas feulement contens de garder le leur, mais ofoyet cinq cens Ro bien enuahir& fe ietter auffi fur l'autruy. Leur entente principamains feule- le eftoit d'affieger la ville de Capoue, pour l'iniure qu'ils auoyent receue de frefche memoire par les Camponies: car incontinent a- pres la bataille qui fut faite à Cannes, ils quitterent les Romains au plus dur teps de leur fortune,& au plus fort de leurs affaires,& fe tourneret du cofté de Hanibal victorieux, mettas en oubly les grads benefices que leur ville auoit iadis receus par les Romais. Dautre part les Campaniens bien fachans la faute qu'ils auoyent faite,& eftonnez du nouueau appareil des Romains, enuoyerent en Apulie versHanibal le prier de vouloir affifter à leur ville, qui eftoit du nombre de fes alliez, en fa plus grande neceffité. Lequel partit d'Apulie fans tarder,& à grades iournees s'en vint en la Ca panie,& alla camper aupres, de Tifata par deflus Capone, plus dif ferant par ce moyen iufques à vn autre temps le mal qui demort aduenir aux Capaniens, que l'epefchat.Mais ainfi qu'il couroit le pays d'alentour de Naples, il reprint de nouueau efperace de pou ucir predre la ville de Nole par trahyfon.Car en icelle le peuple & le Senat eftoit en differet I'vn contre l'autre, ne plus ne moins qu'en plufieurs autres villes d'Italie.La commune conuoitife de chofes nouuelles fauorifoit à Hannibal,& les plus gens de bien& d'autorité, au peuple Romain. Comme donc Hannibal alloit pour prendre Nole, Marcellus fe trouua alors au deuat auec fon armee ment. toute nibal ing d'icelle fance co les mari repour coup de que la ch quirefif de fone de la tra mains Tonné d fue en bal, vo fenfe q Tarete mains, prinfe eur pui ger l' Moit ti en la ut trou à la mer fubtil port& bouche pres Fales Ma ge de umes aut Contraint alle Ro impor le fe erfon ede ent a omains Fare& CACHE qui uel pou uple moins ife de buen& pour armee COLLEC HANNIBAL. 979 toute ragee, ainfi qu'il anoit fait fouuent au parauat,& ne fe faignit point de choquer de premiere abordee. Là où les Romains vainquirent& repoufferent l'ennemi d'vne telle hardiefle& pro ptitude, que fi les gens de cheual, qui auoyent prins autre chemin fe fuflent trouuez à temps affez, comme Marcellus leur auoit enioint, fans doute les Carthaginois euffent efté defcofits.Hannibal apres auoir ramené fon armee en fon camp auec grade perte, par tit bien toft apres dudit lieu,& tira en la contree des Salentinies. Car quelques ieunes gens Tarentins, lefques ayans efté prins és batailles precedétes, efquelles les Romains auoyent eflé desfaits, furent depuis deliurez fans payer rançon, voulans ne fe monftrer ingrats, auoyent donné efpoir à Hanibal de luy liurer la ville de Tarente, pourueu qu'il approchaft fon armee de ladite ville.Hanibal incité par leurs promeffes, fit tout fo deuoir de venir à bout d'icelle entreprife, afin d'auoir quelque ville maritime en fa puiffance, comme il auoit de long temps defiré Et de fait entre les vil les maritimes on n'en euft feu trouuer de plus propre que Tarente, pour tirer fecours de la Grece,& pour fournir au camp beaucoup de chofes defquelles on a iournellement à faire.Et combien que la chofe fuft tiré en logueur pour les garnifons des Romains qui refiftoyent vaillamment, toutesfois Hanibal ne defifta iamais de fon entreprife, iufques à ce que Nico& Philomenus autheurs de la trahifon luy euffent liuré la ville entre fes mains. Les Romains retindrent feulement le chafteau, lequel eft prefque enuironné de la mer de trois coftez: le quatrieme cofté, qui auoit fon if fue en terre ferme, eftoit bien muni de foffez& de reparts. Hanni bal, voyat qu'il ne gaignoit rien de ce cofté- là, pour la bonne defenfe qui y eftoit, delibera de clorre l'emboucheure du haure de Tarete, eftimant que c'eftoit le feul moyen de faire redre les Romains, quand les viures leur feroyent coupez. Toutesfois l'entreprinfe fembloit fort difficile, à caufe que les ennemis auoyent en leur puiffance les cloftures du port,& les nauires qui deuoyent af fieger l'iffue du port, eftoyent referreesen bien perite place.Et les falloit tirer du port qui eftoit au pied du challeau,& les faire cou ler en la mer prochaine.Mais comme perfonne des Tarentins ne fauoit trouuer maniere de mettre en effet icelle entreprife: Hannibal feul s'apperceut qu'on pouuoit tirer les nauires hors du port auec quelques engins,& puis les charier parmi la ville iufques. à la mer. Y ayant donc mis en œuure des hommes induftricux& fubtils, les nauires furst peu de iours apres toutes, tirees hors du port& portees en la mer, puis fe vindrent prefenter deuant l'emboucheure du haure.Apres le recouurement de la ville de Tarente pres de cent ans apres qu'elle auoit efte fubiuguee parles Romains, Hannibal laifiant le chafteau affiegé par mer& par terre. s'en retourna à Sampaim.Car les Conful Romains auoyent furs 927 і 980 HANNIBAL.. dets abhire Ha fine lever le fi eit en g folur d'auc panoic ge& march niere de niens,& Ca tque pa prins& pillé les Campaniens qui alloyent au fourrage:& ayans mené leur armee deuant Capoue, s'efforçoyent de prendre la vilJe.Parquoy Hannibal prenát fort à cœur le fiege de Capoue, s'en vint auec toute fon armee à l'encontre de l'ennemi,& voyant vn - petit apres ques les Romains ne refufoyent point la bataille, tous deux auancerent leur armee. Et fans doute il y auoit apparence qu'il y euft eu dur conflict, fi l'armee de Sempronius, qui venoit en la capagne fous la conduite de Cn.Cornelius, apres auoir perdu Sempronius Gracchus au pays des Lucaniens, ne les euft à l'in ftant feparez.Car voyans cefte armee de loin, deuât que pouuoir conoiftre que c'eftoit, les Romains& les Carthaginois eurent tous deux peur,& fe retirerent en leur camp.En apres les Cofuls tirerent en diuers endroits, l'vn en Lucanie,& l'autre enuers Cumes: afin de tirer Hannibal arriere de Capoue, lequel alla en Lucanie,& trouua occafion de fe combatre contre M.Centenius, lequel plein d'audace& de temerité, alla prefenter au deuant de l'ennemi fin& cauteleux, l'armee que le Senat luy auoit affez fotement donnee en charge. La bataille donnee, Centenius y fut tué combatant vaillamment,& peu des autres en efchapperent.Il fur uint encore vne autre perte: car Hannibal retournant peu de teps apres en Apulie, trouua vne autre armee des Romainsque Fabius Præteur conduifoit, laquelle il furprint par embufches,& la tailla toute en pieces, de forte que de vingt mille hommes, à grand peine en efchappa- il deux mille que tous ne paffaffent au fil de l'efpee.Cependat les Confuls, voyans que Hannibal s'en eftoit party, s'en vindrent auec toute leur armee deuant Capoue,& l'affiegerent de tous coftez. Ce qu'eftant venu à la conoiffance de Hannibal, vint auec fon armee bien equipee& en bon ordre en la Capanie,& de premiere abordee alla affaillir le camp des Romains, ayant premierement aduerti les Campaniens de faire en vn mef me inftant vne faillie fur iceux. Les Capitaines Romains à la premiere efmeute des ennemis partirent entr'eux l'armee,& allerent au deuant. Les Campaniens furent facilement repouflez en la ville: contre Hannibal il y eut plus dur conflit. Carfi iamais il s'eftoit monftré vaillant Capitaine& adroit aux armes, il le fit auffi ce iour- là, ll effaya auffi de furprendre les Romains par quelque rufe.Car ainfi que fes gens eftoyent apres pour forcer leur camp, ily enuoya quelqu'vn bien expert en langue Latine, qui criaft& haute voix par le comandement des Confuls, que les Romains fe fauuaffent és prochaines montagnes, attendu qu'ils auoyent prefque perdu leur camp& fort.Ce cry fait au defprouueu eut facile ment efmeu ceux qui l'entendirent, fi les Romains accouftumez aux rufes& fineffes d'Hannibal, n'euffent defcouuert la troperie. Parquoy recófortans l'vn l'autre, firent reculer l'ennemi,& le có traigniret de fe retirer en fon cap mal gré qu'il en euft.Hanibal apres qui s'eftoit apporté a grand p alors Ca ennemi detrime henir Stenir a tude le S efroy, mains f fals Sul ville,& dedans fouuera rité& la ville uint au le,& bi celle, d'Her railles endure Parme dear, co culer trange Промис bloit avo tout le comme batre p C uers en L us, le ant de fer fo fut tué party a Ca vilfor cile mez erie Je co bal pres HANNIBAL 981 apres auoir effayé tous les moyens dot il s'eftoit peu'aduifer pour faire leuer le fiege de deuant Capoue,& voyat qu'il n'y gaignoit rien, eftoit en grand foucy pour le danger de fes alliez: parquoy il refolut d'auoir recours au confeil lequel il auoit paffé log téps pris,& l'auoit referué comme pour le dernier.Car il fit trouffer ba gage& marcher fon armee,& le plus coyement qu'il peut paffer la riuiere de Vulturnus,& trauerfant le pays des Sidiciniens, Alifaniens,& Caffinies, vint vers Rome les enfeignes defployees, efti mant que par ce moyen, ou par nul autre, il feroit leuer le fiege qui s'eftoit tant obfliné& opiniaftré deuant Capoue.Ce qu'eftant rapporté à Rome par certains courriers, ils furet tat effrayez, que à grand peine il y en eut onques vne telle peur dedans la ville q alors.Car ils voyoyēt venir vers eux à enfeignes defployees leur ennemi mortel, lequel ils auoyet tant de fois experimēté au grád decrimét de leur chofe publique,& celuy qu'ils n'auoyét peu fou ftenir abfent, ils le voyoyent prefent, menaçat de reduire en ferui tude le Senat& le peuple Romain.Eftat donc toute la ville en tel effroy, il fut ordonné que Fuluius Flacc I'vn des Capitaines Ro mains fut rappellé de deuant Capoue,& que les nouueaux Confuls Sulpicius Galba& Cornelius Centimalus capaffent hors la ville,& que C.Calphurnius Præteur mift bonne& forte garnifon dedans le Capitole,& que les citoyens qui auoyent eu quelques fouuerains officiers, fuffent commis pour appaifer par leuriauthorité& puiffance les foudaines efmeutes qui fe pourroyent faire en la ville. Hannibal marcha toufiours' fans s'arrefter, tat qu'il paruint au fleuue Anien, lors il campa à lieue& demie pres de la ville,& bien toft apres s'en vint auec deux mille cheuaux fi pres d'icelle, que cheuauchant depuis la porte Colline iufques au temple d'Hercules, il eut loifir de contempler à fon aife l'affiete& les mu railles de fi grade ville.Ce que voyat Fuluius Flaccus, ne le peut endurer: mais enuoya incontinent contre luy quelques hommes d'armes Romains lefquels venas charger Hannibal de grand roi deur, comme il leur auoit efté commandé, le firent fans difficulté reculer.Le lendemain Hannibal mena fon armee hors du camp, & rangea fes gens en bataille, deliberé le combatre quat& quất, s'il pouuoit attirer l'ennemi au combat. Les Romains de l'autre cofté firét le féblable.Parquoy les deux armees marcherent l'vne contre l'autre d'vne telle proptitude,& gayeté de cœur, qu'il fembloit à voir qu'elles ne redoutaffent nul danger, pourueu qu'elles peuffent emporter la victoire de ce iour- là.Car d'vn cofté les Car thaginois deuoyent peu apres combatre pour la monarchie de tout le monde, laquelle ils eftimoyent dependre de cefte bataille, comme eftat la derniere. D'autre cofté les Romains deuoyent co batre pour leur pays, pour leur liberté, pour tous leurs biens, à faMoir s'ils les retiendroyent, ou s'ils viendroyent en la puiflance 999 iij 982 HANNIBAL grandem loans grand nagra iama my au pre poll for re qui attribue rices, coute ile. Its dife elle eftoit ma des ennemis.Mais il aduint vne chofe digne de memoire. Caf ainfi qu'ils eltoyent en bataille rangee attendans le figne de donner dedans, il va tomber vne fi groffe pluye auec fi grande tempe fte, qu'ils furent tous deux contraints de remener leur armee en leurs forts. Pareillement le four enfuyuant, iufques auquel il fembloit que la bataille euft efté differee& retardee, ainfi qu'ils arrangeoyet tous deux leurs gens, il tomba vne femblable tempe fte, qui ne porta moins de dommage aux Romains& aux Carthaginois, qu'auoit fait la premiere, de forte qu'elle les côtraignit de penfer feulement à fe fauuer de vifteffe, en laiffant derriere tout penfement de combattre. Dequoy s'apperceuant Hannibal ilfe tourna vers fes familiers& leur dit, que l'vne fois il ne luy ve noit point en penfement de s'emparer de Rome,& que l'autre fois le moyen luy en eftoit ofté. Il y eut auffi vne chofe qui troubla grandement Hannibal: c'eftoit que cobien qu'il preffaft Rome de fi court auec vne fi grande armee de gens de cheual& de pied, neantmoins il entendoit que les Romains auoyent enuoyé renfort en Hefpagne,& racheté le pays où il auoit efté, à beaucoup plus grand pris que la raifon ne requeroit.Parquoy enflammé de courroux, il fit vendre à l'encan toutes les boutiques d'argenterie des citoyens Romains. Mais venant apres à confiderer en foymefme que ce feroit chofe fort difficile de pouuoir prendre la vil Je de Rome, ou bien craignant la faute des viures( car il en auoit feulement apporté auec luy pour dix iours) il leua fon camp,& def logeant de là s'en vint auprès du bois facré de la deefle Feroria, & pilla le tref- riche temple qui y eftoit, puis apres fe retira au pays des Brutiens& des Lucaniens. Ce que eftant venu à la co noiffance des habitans de Capoue, fruftrez de toute efperance rendirent la ville aux Romains. La ville de Capouë ainfi rendue& reduite fous la puiffance des Romains, fut de grande confequence enuers tous les peuples d'Italie,& apporta quand& foy vn grand defir de changement. Hannibal mefme, qui fuyuant mauuais confeil, pilloit& gaftoit plufieurs villes qu'il ne pouuoit garder, esbranloit grandement le cœur des nations voifines. Car comme auparauant eftant victorieux, il auoit fouuent laiffé aller Jes prifonniers fans payer aucune rançon, par laquelle liberalité il auoit attiré à foy les cours de plufieurs: auffi pareillement en ce temps la fa cruauté inhumaine fut caufe que plufieurs villes fe fafchans d'eftre fuietes aux Carthaginoys, fe rebellerent cêtre luy, & fuyuirent le party des Romains. Au nombre defquelles on met Salapie, laquelle fut redue au Conful Marcellus par Blacius chef de la partialité Romaine,& vne bande de gens de cheual d'elite, qui y auoit efté laiffee pour garnifo, y fut prefque toute taillee en pieces. C'eft la ville en laquelle Hannibal fut efprins de l'ablaf mour d'vne dame, comme aucuns efcriuent,& pourtant ment arthaginois par la fouue balapres Salapie il t dre plus g Car en c donnee, n'y auoit S'eftoit re du tout ne le nature bil par f quoy ver uement print Fu main's l rerent l roit En cus aup fous la c maines auec gr Samniu Capitain de b mena f ibal s peut con Separa L donere faire br PPP troub Rome de renfort plus cour Ferati del etira aut la co met chef Pelibla HANNIBAL: 93 ment- ils grandement fa lubricité immoderee. Il y en a d'autres qui louans grandement la modeftie de ce Capitaine, difent qu'il ne mangea iamais couché,& ne beut plus de trois demy feftiers de vin, ny au premier quand il vint faire la guerre en Italie, ny a- pres qu'il fut retourné en Afrique. On en trouue auffi quelques vns qui attribuent bien à Hannibal cruauité, defloyauté& autres tels vices, toutefois il ne font nulle mention de fa chafteté ou pail lardife. Ils difent feulement qu'il a eu vne femme Hefpagnole, la quelle eftoit natifue de Caftulo aflez bonne ville, à laquelle les Carthaginois concedoyent beaucoup,& s'y foyent grandement pour la fouueraine conftance& loyauté d'icelle nation. Mais Han nibal, apres auoir perdu, comme nous auons dit deflus, la ville de Salapie, il trouua bien toft le moyen d'auoir fa reuenche,& de ren dre plus grande perte aux Romains que celle qu'il auoit receue. Car en ce mefme temps Fuluius Vice- Conful eftoit deuant Herdonnee, efperant emporter la ville fans coup ferir. Et par ce qu'il n'y auoit tout à l'entour nulle crainte de l'ennemi( car Hannibal s'eftoit retiré au pays des Brutiens) il ne faifoit nul guet,& eftoit du tout negligent au maniement des affaires de la guerre, contre le naturel des Capitaines Remains. Dequoy eftant aduerty Hanni bàl par fes efpions, il ne voulut laiffer paffer fi belle occafion. Par quoy venant en Apulie auec fon armee toute prefte, arriua fi hafti uement deuant Herdonnee, qu'il ne s'en fallut guere, qu'il ne furprinft Fuluius au defpourueu dedans fon camp. Toutefois les Romains fouftindrent le premier choc d'vne telle affeurance, qu'ils ti rerent le combat en plus grande longueur que la raifon ne reque roit. En la fin, comme deux ans auparauant ils auoyent efté vaincus aupres de là, auec leur Capitaine Fuluius, ainfi pareillement fous la conduite de ceftuy Fuluius Vice- Conful, les legions Romaines furent rompues& desfaites,& le Capitaine mefme tué auec grande partie de l'armee. Le Conful Marcellus eftoit alors à Samnium, lequel aduerti de la perte receue par la negligence du Capitaine, de firoit recópéfer laditte perte,& cobie qu'il feblaftve nir de beaucoup trop tard pour remedier aux chofes defefperees, il mena fon armee au pays des Lucanies, là où il auoit entedu que Hanibal s'eftoit retiré apres la victoire,& alla caper vis àvis de fo ennemi,& bie toft apres defcëdit en bataille, laquelle lesCarthagi nois ne refuferét point, ains s'entrechoquerét incótinet par vne fi grade furie, que la bataille dura iufques à foleil couchat, fãs qu'on peuft conoiftre qui auoit du meilleur, mais la nuit qui furuint les fepara.Le ledemain les Romains fortas derechef enbataille ragee donerent à conoiftre que les ennemis auoyét peur: car Hannibal retint fes gens dedans le cap,& la nuit enfuyuant fortant fans faire bruit, s'e alla en Apulie. Marcellus aufsi le fuyuit à la trace; & cerchoit occafion de hafarder le tout par quelque bataille me999 j HANNIBAL: 984 morable. Car il auoit cefte perfuafion, qu'entre tous les Cas pitaines Romains il n'y en auoit point lequel on euft peu conferer auec Hannibal, que luy, fut en confeil, fut en fubtilité& fineffe, fut en difcipline& toutes autres vertus militaires. Mais P'hyuer qui approchoit l'empefcha de pouuoir combattre l'ennemi en bataille rangee. Car apres auoir fait quelques efcarmouches, ne voulant pas trauailler fes foldats en vain, fe retira és garnifons pour hyuerner. Au commencement du Prim- temps, excité en partie par les lettres de Fabius, qui eftoit l'vn des nouueaux Confuls de cefte annee là, en partie de fa nature propre, il fortit de fes garnifons pluftoft qu'on n'euft penfé,& mena fon armee à l'encontre de Hannibal qui eftoit alors à Canufium. Et il aduint que, pour la vicinité des deux camps& la bonne enuie qu'ils auoyent de combattre, en peu de iours ils fe battirent par trois fois. La premiere iournee, ainfi qu'ils eurent combatu iufques à la nuict fous prefque pareille efperance, fans qu'on feuft auger qui auoit du meilleur, chacun fe retira en fon camp comme de propos deliberé. Le deuxieme iour Hannibal fut vainqueur, ayant tué pres de deux mille fept cens des ennemis,& mis le refte de l'armee en fuyte. Le troifieme iour, les Romains voulans effacer la honte qu'ils auoyent receue par la perte du iour precedent. demanderent les premiers la bataille, à laquelle ils furent menez par Marcellus.De la hardiefle duquel efmerueillé Hannibal, dit à fes gens. Qu'il auoit à faire à vn ennemi lequel ne fauoit repofer ne eftant victorieux, ne vaincu. Parquoy la bataille, fut plus cruelle que nulle des precedentes, par ce que les Romains s'effor goyent d'vn cofté de fe venger de la perte derriere,& d'autre cofté les Carthaginois efoyent irritez de ce que les vaincus ofoyet prouoquer à la bataille les vainqueurs.A la fin les Romains tanfez& enfemble admoneftez par Marcellus de fe porter fi vaillament& en fi gens de bien qu'on feuft pluftoft à Rome la nouuelle de leur victoire, que celle de leur route, poufferent outre, fen dant la preffe fans faire fin de combattre, iufques à ce qu'apres anoir bien pres trois fois rompu les ennemis, ils les tournerent tous en fuyte. En ce mefme temps Fabius Maximus reprint la ville de Tarente bien pres en femblable forte comme elle auoit efté perdue. Ce qu'eftant rapporté à Hannibal, il dit: Les Romains ont auffi leur Hannibal. L'annee enfuyuant Marcellus & Crifpinus furent creez Confuls,& faifans appareiller tout l'e quippage neceffaire à la guerre menerent leurs deux armees confulaires contre l'ennemi. Hannibal defefperant de les pouBoir fouftenir en plein camp, employa toutes les forces de fon efprit pour trouer quelque moyen de furprendre par fineffe l'ennemi, qu'il ne pouvoit vaincre en bataille rangee. Eftant en fes penfemens, il s'offrit plus belle occafion d'executer fon entreprife e quelqu ms des en CORDING C que s'ils le leur ful Mer Pot, i metta page qu' bufche. пероци derrier Site que CORD feur el que M. mains, donné per far uele c ce.Par uers 1 veu q reho dant fortn nes, Hoye pagn chetto qui fe as ne tres de cell ૫ COU gu Ca זין rent on feul 2 comme queur, refte eff d'effor 03 ofoy's Pe ef Pen fea HANNIBAL: 985 prife,' qu'il n'euft ofé efperer. Il y auoit entre les deux camps vn tertre plein de bofcages, fous lequel Hannibal enuoya en embufche quelques bandes de Numidiens, pour furprendre quelques vns des ennemis courans çà& là. D'autre part les Confuls par commun confentement de tous, eftoyent d'opinion d'enuoyer defcouurir ledit tertre,& de s'en faifir s'il eftoit de befoin, à fin que s'ils le laiffoyent derriere, les ennemis ne l'occupaffent, & ne leur fuffent puis apres fur la tefte. Mais auant que de remuer l'oft, ils fortirent tous deux du camp en bien petite compagnie de gens de chacual, pour aller reconoiftre l'affiete du lieu, & fe mettans à chemin plus indifcrettement& en moindre equi page qu'il n'appartenoit à gens de telle qualité, töberent en l'em bufche. Se trouuans en vn inftant enuironnez de tous coftez,& ne pouuans paffer outre par deuant,& eftans affaillis& battus par derriere, ils fe mirent en defenfe, plus par contrainte& par necef fité que de confeil deliberé. Marcellus fut tué en laditte bataille combattant vaillamment,& Crifpinus nauré, lequel à toute peine feut efchapper d'entre les mains des ennemis. Hannibal aduerty que M.Marcellus, qui eftoit le principal d'entre les Capitaines Ro mains, qui auoir arrefté le cours de fes victoires,& qui luy auois donné plus d'affaire que nul autre, eftoit tué, s'en alla foudain cam per fur la tertre où la bataille auoit efté donnee, là où ayant trouué le corps de Marcellus, il le fit enfeuelir en grande magnificence. Par lefquelles chofes on peut conoiftre de quelle eftime eft enuers toutes perfonnes vne magnanimité& excellence de vertu, veu que l'ennemi trefcruel& mortel a bien voulu donner fepultu re honorable au corps d'vn braue& excellent Capitaine. Cependant les Romains voyans I'vn de leurs Confuls mort& l'autre fort nauré, s'eftoyent retirez incontinent és montagnes prochainés,& s'eftoyent campez en fort lieu. Mais Crifpinus auoit enuoyé fignifier aux prochaines villes des montagnes que fon compagnon eftoit mort,& que l'ennemi auoit fon anneau dont il cachettoit fes lettres, parquoy qu'ils fe donnaffent garde des lettres qui feroyenr efcrites au nom de Marcellus. Le courrier de Crifpi nus ne faifoit que d'arriuer à Salapie, quand on apporta des lettres de Hannibal, lefquelles fignifioyent de la part de Marcellus, qu'il viendroit là la nuit prochaine. Les Salapitains conoiffans la tromperie, renuoyerent le meffager,& attendirent Hannibal en grande follicitude.Enuiron le quatrieme guet Hannibal vint deuant la ville.Il auoit mis tout de fait à penfé les fuytifs Romains en l'auant- garde, à fin que parlans Latin ils fiffent foy que Marcellus eftoit là en perfonne. Quand ceux de la ville en eurent laifle entrer iufques à fix cens, ils fermerent la porte,& repoufferent à coups de trait le refte de l'armee, puis taillerent en pieces ceux qu'ils auoyent laiffé entrer En cefte maniere Hannibal fafché d'a 986 HANNIBAL: voir failli à fo entreprife deflogea de là,& s'en alla au pays des Bruties pourdoner fecours aux Locréfes qui eftoyet affiegez des Romains par mer& par terre- Apres ces chofes, à la grade inftace du Senat& du peuple on crea noumeaux Cofuls deux Capitaines de guerre tref- experimetez, Marc Liuius,& Claudi' Nero, lefqls apres auoir parti entre- eux l'armee, s'en allerent au gouuernement de leurs prouinces, Claudius s'en alla au pays des Salentiniens,& Liuius en la Gaule contre Afdrubal Barcinien, lequel a- uoit paffé les Alpes,& fe haftoit, pour fe ioindre à fon frere auec vne groffe& puiffante armee de gens de pied& de cheual.Mais il a duint en ce mefme temps, que Hannibal receut de grandes pertes par le Conful Clodius: car premierement il le vainquit au pays des Lucaniens, vfant de pareilles rufes& fineffes que faifoit Hannibal Puis apres venant à fe rencõtrer contre Hannibal en Apulie aupres de Venoufe, il luy donna la bataille fi chaudement, que plufieurs des ennemis demeurerent fur le champ.Pour lefquelles pertes Hannibal fe retira foudain à Metapont, afin de refraifchir & remplir fon armee: là où ayant feiourné peu de iours, il receut Parmee de Hanno, laquelle il ioignit à la fiene,& retourna derechef à Venoufe.Claudius auoit fon camp non guere loin de Venoufe:& ayant furpris les lettres des ennemis, il entendit par icelles qu'Afdrubal approchoit.Parquoy il penfoit iour& nuit par quel moyen il pourroit empefcher que deux armees fi puiffantes ne fe ioigniffent enfemble.Apres auoir bien rauaffé il print confeil lequel felon l'apparence eftoit fort perilleux, mais neceffaire peut eftre, pour ce temps-la.Car laiffant le camp fous la charge de fon lieutenant, il print auec foy vne partie de l'armee,& s'en vint à grandes iournees en la marque d'Ancone, de forte qu'au fixieme iour il arriua à Senes Là les deux Confuls ioignirét leurs forces enfemble,& affaillans Afdrubal aupres de la Riuiere Metaurum, eurent fort bonne ifluë de la bataille, car comme on dit, ily cut ce iour la cinquate fix mille des ennemis tuez, de forte que ils receurent bien pres auffi grade perte que les Romains auoyet eu auparauant aupres de Cannes- Mais Claudius Nero apres cefte victoire memorable, retournât auffi viftement à Venoufe, comme il en eftoit party, fit ficher la tefte d'Afdrubal pres du lieu où fe faifoit la fentille des ennemis,& relafcha quelques prifonniers pour aller porter les nouuelles à Hannibal de cefte grande defconfiture. Car on coneut puis apres qu'il ne fauoit encore rien de l'entreprife fecrete de Claudius, ny de l'execution qui auoit e- fté faite ces iours paffez. En quoy ie ne me puis affez efimerueiller, qu'vn tat rufé& cauteleux Capitaine ait efté deceu par Claudius, veu qu'il y auoit fi peu de diftance entre les deux camps, de forte qu'il entendift pluftoft les nouuelles de la defcöfiture de for frere auce toute fon armee, qu'il ne fut aduerty du partement du Conful heligrande p Mere part la m medela for Hd fe retir dedelconfi tesfois d mitalie apr villes prime quoy on ou par fa qui eft Toys, de. Sardai Bors d nelius Jesred Incont Comm plus e gee, Con toute Han bata Lati mou laiffa men Toyqu'il re quifes er Salenie Ap fruelles ** dereVeEUB HANNIBAL. 987 Conful Romain& de retour au camp. Or Hannibal a layant receu vne fi grande playe, non feulement publique, mais aussi particuliere pour la mort de fon frere, dit qu'il voyoit à l'oeil le change ment de la fortune des Carthaginoys,& bien toft apres il partit de là,& fe retira au pays des Brutiens.Car il n'ignoroit point, que cefte defconfiture receue aupres de Metaurú apporteroit vn grad auantage& accroiffement aux affaires des Romains,& feroit de grande confequence pour l'iffue de toute la guerre. Il ne laiffoit toutesfois d'affembler toutes fes forces qui luy eftoy et demeurees en Italie apres tant de rencontres& batailles donnees,& tant de villes prinfes,& fouftenir la guerre d'vn cœur inuincible. Et dequoy on fe doit efmerueiller le plus, il retint par fon authorité, ou par fa prudence en telle concorde& vnion toute fon armee qui eftoit meflee& ramaffee d'Hefpagnols, d'Africains, des Gauloys,& de beaucoup d'autres nations, qu'on n'ouyt point parler qu'il y euft eu en fon oft la moindre fedition ou tumulte du monde. Mais les Romains mefmes apres auoir regaigné la Sicile, la Sardaigne& l'Hefpagne, ne le feurent onques rompre, ny chaffer hors d'Italie, iufques à ce qu'ils enuoyerent en Afrique P. Cornelius Scipion, lequel menat la guerre de pres aux Carthaginoys, les reduy fit en telle extremité, qu'ils furent cotraints de rappeller incontinent Hannibal hors d'Italie. Il eftoit en ce temps- la, comme l'ay dit defius, au pays des Brutiens,& menoit la guerre plus en manieres de courfes& voleries, que non en bataille rangee, finon qu'vne fois il y eut vn combat fait à la hafte entre leConful Sempronius& luy:& incontinent apres vint choquer de toute fon armee contre ledit Sempronius. Au premier combat Hannibal emporta le deffus, mais il fut vaincu en la deuxieme bataille. Depuis ce temps- là ie ne trouue en nul autheur Grec ny Latin, que Hannibal ait fait en Italie quelque acte digne de memoire. Car eftant rappellé en Afrique par les Carthaginoys, il laiffa l'Italie feze ans apres que cefte guerre Punique auoit conmencé, fe complaignant grandement du Senat de Carthage,& de Toy- mefme aufsi. Du Senat, à caufe que durant tout le long temps qu'il fut en pays d'ennemis, ils luy auoyét doné fi petite afsiftäce, au renfort& fourniffement, en argent,& toutes autres chofes requifes à la guerre:& de foy, par ce qu'apres auoir eu tant de fois vaincu les Romains, il auoit toufiours attendu apres la victoire, & leur auoit donné refpit. On dit auffi, que deuant qu'il s'embarquaft, il fit baftir vn arc triomphal aupres du temple de luno Lucinia, auquel eftoyent fommairement engrauez fes hauts faits d'armes en lettres Puniques& Grecques.Party qu'il fut d'Italie, al eut affez bon vent,& en peu de iours il arriua à Leptis,& faifanc defembarquer toute fon armee& defcendre en terre, vint prehierement à Afdrumente, puis apres à Zama: là où ayant efté 988 HANNIBAL. aduerty, comment les affaires des Carthaginoys fe portoyènt, 11 luy fembla que ce feroit le meilleur, de trouuer moyen de finir la guerre. Pour laquelle caufe il enuoya vers Scipion, le requerir de vouloir choifir quelque lieu comode, là où ils fe peuffent tous deux trouuer, pour conferer ensemble des chofes de grande importance. Il eft toutesfois incertain s'il fit cela par le commandement du Senat, ou bien de fa propre authorité. Scipion ne voulut refufer le parlementer. Parquoy au iour ordonné s'affemblerent en vne grande plaine deux fouuerains Capitaines& chefs de tref- puiffantes nations, auec chacun vn truchemēt pour parlemeter enfemble de chofes diuerfes touchant la paix& la guerre.Car Hannibal eftoit du tout enclin à la paix, à caufe qu'il voyoit que les affaires des Carthaginoys fe portoyent tous les iours de pis en pis, qu'ils auoyent perdu la Sicile, la Sardaigne,& l'Hefpagne, que la guerre eftoit transferee d'Italie en Afrique, que Syphax Roy tref puiflant eftoit prifonnier des Romains, que toute leur efperace cofiftoit en l'armee qu'il auoit coduit en Afrique, qui eftoit come le demeurant& les reliefs de la tant longue guerre qu'il auoit mené en Italie,& qu'il reftoit aux Carthaginoys fi peu de puifface tant des eftrangers que des citoyens, qu'à grande peine y en a- uoit- il affez pour pouuoir garder la ville de Carthage. Il fit donc tout fon effort de perfuader à Scipion par vne longue harangue, qu'il s'accordaft pluftoft à la paix, qu'à la guerre.Mais Scipion qui auoit bon efpoir de coduire à fin cefte guerre, fembloit ne vouloir nullement ouyr parler de la paix. Parquoy les chofes ayans efté longuemét debatues d'vn cofté& d'autre, ils fe partirent du colloque fans rien faire. Et peu de temps apres fut donne icelle bataille memorable aupres de Zama, en laquelle les Romains obtindrent la victoire. De premiere arriuee les Elephans des Carthaginoys furent faits retourner contre leur armee, de forte qu'ils mirent en defordre la cheualerie de Hannibal,& Lælius& Mafiniffa, qui faifoyent les deux pointes, leur augmentans la peur, ne donnerent aucun efpace aux gens de cheual de fe pouuoir Fallier enfemble. Toutesfois les gens de pied combattirent log temps& d'vne grande hardieffe, d'autant que les Carthaginoys fe confias en leurs victoires paffees, penfoyent bien que le falut de toute l'Afrique repofaft en leur force,& en dependift entierement:& les Romains eftoyent d'aufsi grand cœur qu'eux,& a- oyent meilleure efperance. Mais vne chofe feruit grandement aux Romains pour gaigner la victoire: ce fut que Lælins & Mafiniffaretournans de la chaffe des gens de cheual, fe vindrent fourrer de grande roideur en la bataille, de forte qu'ils effrayerent l'ennemy. Car par leur arriuee les Carthaginoys perdirent incontinent courage,& pour tout remede ne penferent qu'à fe fauuer à la fuyte. On dis que ce jour- la il y en eut plus de ving Conniers H dernier po febors Carthage deurs eu paix, ne you il vou main Han ce of ille Voya Cieux rangu miere fa vie de la Ja pa d'vn que tes el mez toute Rom fix. prem but, on noys Ece q ipond mais de pource Talant Wires cus balse gaat mblerent dep har Roy cipe. avoi muli col leba ins ob Ca 2₁ sef per erent us de HANNIBAL. 989 Vingt mille Carthaginoys tuez fur la place,& bien autant de prifonniers.Hannibal leur Capitaine apres auoir attendu iufques au dernier pour voir l'iffue de la bataille, s'enfuyt auec bien peu des fiens hors de la boucherie qui fe faifoit. Puis apres appelle à Carthage pour fubuenir à la ruine de la chofe publique, il remonftra au Senat, qu'il ne falloit deformais auoir plus nulle efperance aux armes: mais leur confeilloit, que toutes autres chofes emifes, ils enuoyaflent vers le Capitaine Romain pour traitter de la paix à quelles conditions que ce fuft. Quand les dix ambafladeurs eurent rapporté à Carthage la capitulation des articles de la paix, on dit qu'il y auoit quelque homme appellé Gifco, lequel ne voulant ouyr parler de la paix, fit vne harangue, par laquelle il vouloit perfuader de renouueller la guerre contre les Romains:& pource que plufieurs fembloyent approuuer fon opinió, Hannibal indigné de ce que des beftes& gens de nulle experience ofoyent parler de telles chofes en temps fi diuers& contraire, il le pouffa de haut en bas comme il haranguoit encore. Mais voyant que ceft acte eftoit trouué de toute l'affemblee trop audacieux& indigne d'vne ville libre, il monta fur la tribune aux harangues,& dit: Perfonne ne fe doit fafcher, fi celuy qui des fa premiere enfance à toufiours efté hors de Carthage,& nourry toute fa vie en guerre& entre les armes, ignore les loix& ordonnances de la ville. Puis apres il difputa fi prudemment des articles de la paix qu'incontinent les Carthaginoys efmeus par l'authorité d'vn fi grand perfonnage, furent d'aduis d'accepter les conditios que le vainqueur& fa necefsité leur propofoyét.Les articles cer tes eftoyent fort durs, comme ceux que les vaincus font accouftumez de receuoir en toute extremité par les victorieux. Mais outre toutes autres chofes les Carthaginoys eftoyét tenus de payer aux Romains tous les ans quelque certain tribut iufqu'à vn teps prefix. Quand le iour fut efcheu qu'il falloit payer aux Romains la premiere penfion,& que tous fe lamentoyent à la mention du tribut, on dit, que Hannibal irrité par les pleurs inutiles des Carthaginoys, commença à rire:& come Afdrubal Hædus le reprenoit, de ce qu'il rioit fi fort en la commune triftefle de toute la ville, il refpondit, Que ce ris- la n'eftoit pas d'vn homme qui fuft ioyeux, mais de celuy qui fe moquoit des larmes inutiles de ceux qui plouroyent lors qu'il y en auoit moins d'occafion,& feulement pource qu'il touchoit à l'argent particulier de chacun, que auparauant, quand les Romains oftoyent aux Carthaginoys leurs nauires, leurs armes,& les defpouilles des grandes victoires qu'ils auoyent iadis acquifes,& donnoyet loix& ordonances aux vaincus.le fay bie qu'il fe trouve des autheurs qui difent que Hannibal s'eft retiré en Afie incontinet qu'il eut perdu la bataille, craignát qu'il ne fuft liuré entre les mains de Scipion qui le pourroit HANNIBAL. Roy Antioch reres c par braue African les aut wil fe vo atres, m 6༡༠ demander.Mais fi cela fe fit tout foudain, ou quelque temps apres la bataille donnee aupres de Zama, il ne s'en faut guere foucier, attendu qu'il eft tout notoire, que voyant toutes chofes defefperees il s'enfuit en A fie deuers le Roy Antiochus. Il eft aufsi tout certain qu'il fut receu du Roy fi humainement& en fi grand hōneur, qu'il luy communiqua& fit part de fes plus priuez confeils, & des publics pareillement. Car le nom de Hannibal eftoit de grande reputation enuers tous: dauantage il auoit vn commun courroux& haine contre les Romains, qui eftoit vn grand efguillon pour efmouuoir la guerre. Parquoy il fembloit qu'il fuft venu fort à point audit pays, non feulement pour emflammer le courage du Roy, mais aufsi pour donner couuerture de la guerre contre les Romains. Et difoit que le feul moyen de mener guerre aux Romains eftoit, de paffer en Italie, pour leuer foldats Italiës, par lefquels feuls icelle prouince vainquereffe de toutes autres na tions pourroit eftre fubiuguee. Il demanda au Roy cent nauires, feze mille hommes de pied,& mille hommes de cheual tant feulement. Et promit d'étrer en Italie auec cefte petite armee,& qu'il troubleroit grandement les nations Italienes, lefquelles il fauoit encore eftre toutes effrayez par le feul recit de fon nom, pour les guerres qu'il leur auoit menees de frefche memoire. Dauâtage il fe faifoit fort de faire renouueller la guerre Punique, file Roy luy permettoit enuoyer gens à Carthage pour efmouuoir ceux de la faction& partialité Barciniene, aufquels il fauoit la domination des Romains eftre enuieufe. Quand le Roy luy eut accordé fa demade, il appella à foy Arifton Tyrien home fin& rufé,& propre pour conduire telle affaire, auquel il fit de grandes promeffes,& luy perfuada d'aller à Carthage vers fes amis,& leur porter quelques lettres de par luy.En cefte maniere Hanibal banny& fuytif de fon pays, efmouuoit par tout le monde guerre contre les Romains. Lefquels deffeins neuffent pas efté vains& inutiles, fi Antiochus euft mieux aimé fuiure le confeil d'iceluy, come il auoit fait du commencement, que no pas celuy de fes flatteurs& courtifans. Mais enuie, pefte certes qui de tout temps a infecté les maifons de tous grads Princes& Roys, engedra beaucoup d'ennemis à Hannibal lefquels craignans, qu'il n'entraft par tels confeils en la bonne grace du Roy( car il eftoit Capitaine fin& rufé)& que par ce moyen ne montaft au plus haut degré de puiffance& d'authorité, s'efforçoyét de le rendre fufpe& au Roy.Il aduint aussi en ce mefme temps, que P.Villius, qui eftoit venu pour ambaffade ur en Ephefe, tint fouuent propos auec Hannibal: dequoy fes malvucilláns prindrent facilement occafion de le calonier,& le Roy mefme en print fi mauuaife fufpicion, q de là en auant il ne l'appella plus au.cófcil. Au mefme temps, comme difent aucuns, P. Africanus( qui eftoit l'vn des ambafladeurs enuoyez pardewers le Roy fatterie ant occ le men que to luy de Laquel delec foirea mité& excelle Prince ou, pe du R fois e tendo laft l res, re. I Hour eftan Thef ILS fur e, d mais tion qi a Rom R igrati de la pe energ Maricat Rov en HANNIBAL. 95% Roy Antiochus) deuifa familieremet auec Hannibal,& le requit entre autres chofes de luy dire à la verité qui il eftimoit auoir efté le plus braue& excellét Capitaine de tous:& que Hannibal refpondit, en premier lieu Alexandre Roy de Macedoine, en fecond lieu Pyrrhus Roy des Epirotes,& en tiers lieu moy- mefme. Alors qu'Africanus en foufriant luy dit: Que dirois- tu Hannibal, fi tu m'auois vaincu? Sans faute refpondit- il, ie me mettroye par deflus tous les autres. On dit que cefte refponfe pleut à Scipion, pource qu'il fe voyoit ny mefprifé, ny amené en comparaiſon auec les autres, mais laifié derriere comme incomparable par quelque flatterie fecrette de Hannibal. Apres ces chofes Hannibal trouuant occafion de parler à Antiochus, luy commeça à deduire par le menu fa vie dés fa premiere enfance,& luy declarer la haine que toufiours il auoit portee aux Romains, dot il fe purgea enuers Tuy, de forte, qu'il retourna en l'ancienne grace& amitié du Roy, laquelle il auoit bien pres perdue. Parquoy le Roy auoit deliberé de le conftituer Admiral fur fon armee de mer, laquelle il faifoit equipper pour paffer en Italie,& faire preuue de la magnanimité& induftrie de celuy qu'il conoiffoit eftre perfonnage fort excellent& perpetuel ennemy des Romains. Mais vn feul Thoas Prince des Aetoliens contredifant à cefte fentence, ou par enuie, ou, peut eftre, que telle eftoit fon opinion, changea la volonté du Roy,& renuerfa du tout cefte deliberation, laquelle touteffois eftoit de fort grande importance, pour la guerre qu'ils pretendoyent faire. Car il donna confeil à Antiochus qu'il allaft luy- mefme en Grece,& gouuernaft luy- mefme fes affaires, fans endurer qu'vn autre emportaft la gloire de cefte guerre. Le Roy donc perfuadé pafla bientoft en Grece, pour efmouuoir la guerre contre les Romains. Là où peu de temps apres eftant en confeil& deliberation, s'il deuoit pratiquer à foy les Theffaliens, on en demanda fpecialement à Hannibal fon aduis, lequel difcourut fi brauement fur l'affaire des Theffaliens, & fur le principal de la matiere, que tous approuuerent fon dire,& y donnerent confentement. Car il eftoit d'aduis qu'il ne fe falloit guere foucier des Theffaliens, mais trop bien tafcher par tous moyens d'attirer de leur party Philippus roy des Macedoniens, ou bien luy perfuader qu'il fe tinft neutre, fans fe mefler ny fauorifer à l'vn ny à l'autre.Dauantage il confeilla d'aller mener de pres la guerre aux Romains, en quoy il leur offrit de les affifter de tout fon pouuoir. On l'ouye difcourir fort attentiuemēt, mais l'opinion d'iceluy fut plus prifee que mife apres en execution. Parquoy plufieurs s'efmerueillerent qu'vn tel Capitaine,& qui auoit par fi longues annees mené la guerre contre le peuple Romain prefque victorieux de toutes nations, fut alors mefprifé du Roy, quand on auoit principalement à faire de l'entremile& dur smal Le Roy me Pap deans le , вода 992 HANNIBAL. queles R pani de la Antioc que le grofle Cadiots me mede pour plomb do qu'il les ou eft cofeil d'iceluy Car quel Capitaine plus rufé euft- on peu trouuer en tout le monde, ny plus propre pour faire la guerre aux Romains? Toutesfois le Roy n'en tint conte au comencement de fon entreprife: mais il ne fe paffa guere de temps, que fe moquant du confeil de tous les autres, il confeffa qu'vn feul Hannibal auoit preueu les chofes neceffaires. Car apres que les Romains eurent obtenu la victoire en la guerre qui fe fit enGrece, Antiochus feretira de l'Europe à Ephefe, là où le donnant du bon temps,& ne fe fouciant de rien, efperoit viure en paix, ne penfant point que les Romains deuflent mener armee en l'Afie. Au defir duquel s'acconodoyent grandement les blandiffemens des flatteurs perpetuelle pefte des Roys& grads Princes, qui fe laiffent flatter& fe plaifent d'eftre tropez, pource qu'ils oyent volótiers ce qui leur eft a- greable. Mais Hannibal qui concifloit la puiflance des Romains & leur ambition, admonnefta le Roy d'efperer pluftoft toutes autres chofes que la paix, qu'il penfaft hardimet que les Romains ne s'arrefteroyent point iufques à ce qu'ils euffent experimenté, s'ils ne pourroyent auffi bien eftendre les limites& bornes de leur Empire en la tierce partie du monde, comme ils auoyent fait en Afrique& en Europe.Antiochus efmeu& incité de l'authori té d'vn tel perfonnage, commanda incontinent à Polyxenidas homme fort induftrieux& fort exercité és guerres marines, qu'il allaft au deuant de l'armee de mer des Romains qui approchoit: & enuoya Hannibal en Syrie pour affembler grand nombre de vaiffeaux. Puis il eftablit chefs fur cefte armee de mer Hannibal mefine& Apollonius I'vn de fes Courtifans& fauoris, lefquels ayans entendu que Polyxenidas auoit eu du pire contre les Romains, ils allerent charger les Rhodiens, qui eftoyent amis& alliez des Romains. En icelle bataille Hannibal s'attachant à Eudamus Capitaine des Rhodiens qui conduifoit la pointe gauche, a- woit ia enuironné la nauire capitaineffe,& fans doute emportoit la victoire: mais ceux de l'autre pointe furuindrent, apres auoir tourné en fuyte Apollonius,& luy ofterent des mains la victoire qu'il tenoit pour certaine. Depuis cefte bataille de mer qui neut guere bonne iffue, nous ne trouuons point, que Hannibal ait fait chofe digne de memoire. Car Antiochus vaincu outre les autres conditios que les Romains luy propoferent, ils demandoyent que Hannibal perpetuel ennemi de leur chofe publique leur fuft deliuré. Ce que preuoyant Hannibal long temps auparauant, il fe retira d'Antiochus foudain apres icelle bataille memorable qui fut donee aupres de Magnefie, là où la puifläce du Roy fut ropue, & apres auoir longuemét erré çà& li, eut à la fin fon refuge vers Prufias Roy de Bithynie: non point qu'il fe fiaft beaucoup en l'a mitié d'iceluy, mais par ce qu'il cerchoit lieu plus neceflaire felon qu'il en auoit le moyen, que feur felon qu'il cuft bien voulu, attendu ans des ft puchees fement le re à leur en Bith appelle Commu En ce li mais pa & duire ce tem me qu bal Ca meries empor mence pens d fiqu'il ter lef tilles mpefc faite at me tea rap Comme Icel Viure ment орие evers & OLE en l'a omarn mente mes de das qu'il ocho Ro elelon lu, at tendu leve HANNIBAL 993 tendu que les Romains auoyent fous leur puiffance la plus grande partie de la terre& de la mer, Aucuns difent, qu'apres la desfaite d'Antiochus Hannibal fe retira en Candie vers les Gortyniens,& que le bruit courut incontinent, qu'il auoit apporté auec foy vne groffe fomme d'or& d'argent. Parquoy craignant que Les Cadiots ne miffent les mains fur luy, il s'aduifa de trouuer tel remede, pour efchapper le danger. Il emplit des buyes de terre de plomb doré, puis les fit porter dedans le temple de Diane, faignant qu'il en eftoit en fort grand foucy& folicitude, comme de celles où eftoit fon threfor.D'autre part il auoit caché for or dedans des ftatues de bronze, lefquelles il laiffoit negligemment couchees par la maifon. Cependant qu'iceux gardoyent foigneufement le temple, afin qu'on n'emportaft point les buyes de terre à leur deceu, Hannibal fit voile& s'enfuyten Bythynie. Il y a en Bithynie vn village fur le riuage de la mer, que ceux du pays appellent Libyffa, duquel on dit qu'il fe trouuoit vn oracle tout commun en cefte forte. - Terre Libyffe engloutira le corps. If in De Hannibal, quand l'ame en fera bors. En ce lieu- là fe tenoit Hannibal, ne s'addonnant point à oyfiueté, mais paffant le temps à exerciter les mariniers, picquer cheuaux & duire& dreffer fes foldats.Quelques autheurs efcriuent qu'en ce temps- là- Prufias faifoit la guerre à Eumenes Roy de Pergame qui eftoit allié& ami du peuple Romain,& qu'il fit Hannibal Capitaine general de fon armee de mer: lequel affaillant Eumenes par vne inuention nouuelle& non accouftumée, auoie emporté la victoire de la bataille marine. Car deuant que commencer la meflee, on dit que Hannibal mit grand planté de ferpens dans des pots de terre, puis la meflee eftant commencee, ainfi qu'ils eftoyent tous bien ententifs à bien combatre, qu'il ficietter lefdits pots dedans les nauires des ennemis,& qu'en cefte for te il les auoit tournez en fuyre, d'autant qu'ils fe trouoyent fort empefchez& effrayez par cefte nouuelleté. Or que la chofe fe foit faite en telle maniere, les plus vieilles chroniques n'en font point mention, mais feulement Æmilius& Trogus. Parquoy ie m'en rapporte aux auteurs. Les nouuelles de la diffenfion& difcours de ces deux Roys eftans paruenues à Rome, le Senat en noya ambaffadeur en Afie: QFlaminius, le nom duquel eft fort celebré, pour les hauts faits qu'il a executez en la Grece, à fin, comme ie puis conie& turer, d'accorder les deux Roys enfemble Iceluy paruenu vers Prufias, fuefort indigné& marry de voir viure encore la perfonne du monde qui eftoit plus ennemie au peuple Romain, apres tant de nations affuietties& le faccagement de tant de peuples: parquoy il follicita grandement le Roy qu'il luy vouluft liurer Hannibal entre fes mains. Hannibal ayant Jist Frr j 961 HANNIBAL. H& defenc s& mouble delle n'efte Loy de la m faires au bataille ins& exc Roy Pruf .Parqu cipalem temer tius n bal ai Woit po qui ea telle fo fans po belliq cileme dés le commencement eu fufpecte la legereté de Prufias, auoit fait cauer en fon logis plufieurs conduits,& apprefté fept iffues fecrettes pour s'enfuyr, s'il eftoit foudainement preffé. La venue de Flaminius loy augmentoit dauantage la fufpition, lequel il e- ftimoit eftre le plus grand ennemi qu'il eut en Rome, tant publiquement pour la haine commune de tous les Romains, que particulierement pour la memoire de fon pere Flaminius, lequel fut tué en la bataille qui fe donna aupres du lac Trafymene.Ainfi plein de foucy& d'angoiffe il auoit( comme dit eft) trouué des remedes pour efchapper, lefquels luy deuoyent bien peu profiter & feruir contre fi grande puiffance. Quand ceux de la garde du Roy qui eftoyent enuoyez pour le prendre eurent enuironné fa maifon, à leur premiere arriuee Hannibal effaya de prendre la fuyte& fe fauuer par l'iffue la plus fecrette: mais quand il vit que le lieu eftoit ia occupé par les gardes, quittant adonc toute efperance de pouuoir efchapper, il refolut de fe fouftraire des mains des Romains par vne mort volontaire. Si difent aucuns qu'il fut eftranglé par vn fien feruiteur, auquel il en auoit donné la charge.Les autres qu'il beut de fang de taureau,& que l'ayant beu il zomba mort, tout ainfi que Clitarchus& Stratocles ont donné fauffemeut à entendre de Themiftocles. Mais Liuius grand hiftorien efcrit que Hannibal demanda le poifon qu'il auoit tout preft pour telles aduentures,& que tenant ce mortel breuuage en fa main il dit auant que le boire. Deliurons le peuple Romain de grand peine& foucy, puis qu'il a fi grande enuie& defir d'auancer la mort à vn poure vieillard ia tout caffé. Les anciens Ro mains ont aduerty Pyrrhus Roy des Epyrotes, qui venoir à enfeignes defployees deuant les murailles de la ville de Rome, qu'il fe tint fur fes gardes de peur d'eftre empoifonné. Et ceux- cy font caufe qu'vn hofte& ami, oubliant fon rang royal,& fa foy promife trahyffe malheureufement fon hofte. Ces chofes dites maudiffant execrablement le Roy Prufias il fe fit mourir par poifon, l'an foixante& dixieme de fon aage, comme aucuns ont redigé par efcrit. Le corps mort fut mis en vn fepulchre de pierre aupres de Lybyffa, auquel eftoit cefte engraueure, Cy gift Hannibal.Les Romains eftans aduertis de la mort d'iceluy, en iugeoyet diuerfement, chacun felon que fa pafsion le pouffoit. Plufieurs blafmoyent la cruauté de Flaminius, qui pour emporter la gloire de quelque grand acte comme il luy fembloit, auoit efté caufe de faire mourir va homme ia tout caffé de vieilleffe, qui n'euft deformais plus feu porter aucun dommage à leur chofe publique vainquereffe prefque de toutes nations. Mais aucuns trouuoyent bon le fait& louoyent Flaminius de ce qu'il auoit fait mourir le perpetuel ennemi du peuple Romain: lequel combien qu'il fuft debile de corps, n'auoit toutefois point de faute d'efprit, de con Seil, ou leg Part pu pres il virg elpe es mains lachar beu il donne geen Ro التوريد cylin HANNIBALJ 9099 feil& de fience militaire, pour efmouuoir à la guerre le Roy Pru fias,& troubler& emplir toute l'Afie de nouuelles guerres. Car en ce temps- là, la puiffance du Roy de Bithynie eftoit fi grande, qu'elle n'eftoit point à mefprifer. Car puis apres Mithridates Roy de la mefme Bithynie a bien longuement donné beaucoup d'affaires au peuple Romain par mer& par terre,& s'eft trouué en bataille rangee contre L. Luculus,& Cn. Pompeius fouuérains& excellens Capitaines. On pouuoit craindre le mefme du Roy Prufias, principalement ayant Hannibal pour fon Capitaine.Parquoy aucuns eftiment que QFlaminius fut à ces fins prin cipalement enuoyé ambaffadeur vers Prufias, pour traiter fecretemēt de la mort de Hanibal. Mais il eft à prefuppofer que Quintius n'a pas tant cerché ces moyens pour faire mourir Hannibal ainfi foudainement, que pour mener vifà Rome celuy qui a- uoit porté tant de dommage à la chofe publique de fon pays, ce qui euft efté vtile au peuple Romain,& à luy tres- honorable. De telle forte de mort perit Hannibal Carthaginoys, perfonnage fans point de doute fort excellent en toutes fortes de louanges belliques, fans parler de fes autres vertus: de forte qu'on peut facilement entendre de qu'elle importance en toutes chofes à efté ou le grand cœur d'iceluy, ou l'induftrie, ou la vraye fience de Part militaire: par ce que les Carthaginoys ne fe font iamais repute z vaincus en la guerre qu'ils auoyent fi ardemment& auec tel appareil entreprife, iufques à ce que Hannibal cut efté desfait& rompu en cefte grande bataille qui fut donee aupres de Zama. Tellement qu'il femble que leur force& vertu bellique ait eu fon luftre& ait efté en eftre auec leur capi sid femslustion taine Hannibal,& fe foit a- mortie quand & luy. blogge il av $ 10 sious re de de Ovent prirle Til ful солод A Salsip? dingHnes Engis fup - tuon( Bbb dous cong 3.T rrr il 165. UD 996 SCIPION L'APRICAIN absigud M SCIPIO AFRICANVE in enfanc reto.com mer de En toutes dormir te qu'il putatio genti re gr taill Han pildug SCIPION homme Patricien, de la tref- noble famil le des Corneliens, qui fut le premier Capitaine Romain, contre qui Hannibal Carthaginoys combatit en Italie, fut pere de Cornelius Scipion, qui a efté le preanier fur- nommé l'Africainsà caufe d'icelle nation par luy vaincue& domtee.Iceluy apres auoir obtenu beaucoup de victoires en Heſpagne,& faits de hauts exploits d'armes, fut en la fin tué. d'vn coup qu'il receut en yne bataille qu'il eut contre les ennemis, ainfi qu'il alloit de rang en rang fe fourrant par tout là où il voyoit la plus grande preffe& le plus de danger.Peu de iours a- pres, fon frere Cn. Scipion finit fes iours en bien pres femblable forte, car il fut tué combatant vaillamment.Et ces deux Capitaines, outre la renommee des hauts faits d'armes qu'ils ont acquife, ont laiffé apres eux grande louange de fidelité, de temperance& de vertu, par lefquelles ils fe font rendus defirables non feulemet enuers leurs foldats, qui eftoyent demeurez viuans, mais auffi vers les nations Hefpagnoles. Or Cn. Scipion eut vn fils appellé P. Cornelius Nafica, homme confulaire& triomphal lequel eftat encore fort ieune, fút eftimé le plus homme de bien de toute la ville, pour recevoir la mere Idæa. Publius eut deux fils les tant renommez Scipions: l'vn defquels fut appellé Afiatique, pour auoir fubiugué l'Afie:& l'autre Africain pour auoir domté l'Afrique en icelle bataille memorable qu'il gaigna contre Hannibal& les Carthaginoys, comme nous auons dit deffus.Duquel nous a- uons entrepris de defcrire la vie, non tant pour rendre la gloire de fon nom, tant celebree par les aut heurs Grecs& Latins, plus illuftre par ceftuy noftre efcrit, comme pour mettre deuant les yeux de tous hommes l'ordre de fes hauts faits,& difcpline ciuile aucu pres ue co Puis auec quan eure à Ap qui e bien voya laiffe peel les& & fin log i and ande ple taines peup que C ique Dal& OUS 2- gloi Latins, deuant pline cinile Capit acqui rancel le famil SCIPION L'AFRICAIN. 997 ciuile, à fin que tous Princes& Capitaines la contemplent comme vne viue image d'excellente vertu, qui les puiffe inciter à les vouloir imitet& enfuyure. P. Cornelius Scipion donnant dés fon enfance vn certain efpoir de fa gentile nature& excellente, vertu commença d'eftre inftruit en toutes ärts militaires fous la conduite de fon pere. Car il fut mené au camp au commencement de la feconde guerre Punique n'ayant que dixfept ans: mais il fe porta fi bien en peu de temps,& fe monftroit fi adroit en toutes chofes, où à faire courfes, où à paffer les nuicts fans dormir, ou a endurer toutes autres peines& trauaux de la guer re qu'il en acquit grande louange de fon pere, mefme bonne reputation enuers tout le camp. Dauantage il fe monftra de fi gentil efprit& fens fort agu, que cela luy donnoit vne finguliere grace,& effrayoit quant& quant fes ennemis. Car en la ba taille des gens de cheual que P. Cornelius Conful eut contre Hannibal aupres de la riuiere du Tefin Scipion y fut prefent:& aucuns efcriuent, que Cornelius le pere eftant nauré y fut bien pres prins par l'ennemi: n'euft efté que fon fils Scipion l'euf: fauué, combien que la barbe ne luy fift que commencer à poudre. Puis apres au temps que la bataille fe donna aupres de Cannes, auec la tref- grande perte& prefque ruine de l'Empire Romain, quand les dix mille hommes qui s'eftoyent retirez à Canufium, eurent d'vn commun accord deferé le gouuernement de l'armee à Appius Pulcher qui auoit efté Edile,& à Cornelius Scipion qui eftoit encore fort ieune, ledit Scipion déclara par effet combien grande eftoit la vertu& magnanimité qui eftoit en luy.Car voyant que quelques ieunes gens prenoyent confeil entre eux de laiffer l'Italie, il fe fourra au milieu d'eux& defgainant fon efpee les fit tous iurer de ne point faillir à la chofe publique. Telles& femblables chofes faites par luy d'vne viuacité d'efprit & finguliere magnanimité, lors qu'il eftoit encore bien ieune, gaignerent tant enuers le peuple Romain, que fans auoir efgard à fon ieune aage, ny à la couftume ancienne, ils luy donnerent de grands offices,& le gouuernement& maniement des affaires de grande importance. Car demandant l'office d'Edile auant le teps legitime, combien que les Tribuns du peuple s'oppofaffent à fa demande, à caufe qu'il n'eftoit pas encore en aage, il luy fut toutefois permis d'eftre mené de lignee en lignee,& foudain il fut declaré Ædile curule par la pluralité des voix. Mais apres que fon pere& fon oncle& tous deux braues& excellens Capitaines eurent efté tuez l'vn apres l'autre en Hefpagne,& que le peuple Romain eftoit apres pour conftituer en leur place quelque Capitaine de finguliere vertu, il ne fe trouua perfonne qui o- faft prendre en main cefte guerre difficile& dangereufe, voyans que deux fi excellens Capitaines y eftoyent demeurez. Parquos ftr iij SC 998 SCIPION L'AFRICAIN. alles bades Can aptes la buyte de tous rent e erre en on don par hy es fe po eux Ca l'affemblee eftant appellee pour creer vn Vice- Conful,& tous les autres Princes de la chofe publique fe taifans& arreftans en fi belle voye, Scipion aagé de vingt quatre ans, fut celuy feul, qui fe prefentant au milieu, dit d'vne grande affeurance que tref- volontiers il prendroit cefte charge, il n'eut pas pluftoft fait cefte promeffe, que la charge de l'Hefpagne luy fut baillee fans aucu nement tarder, par vne finguliere faueur de ceux qui donnoyent les voix& fuffrages.Toutefois les Senateurs péfans vn peu apres, contre quels Capitaines,& en quelles regions il falloit mener la guerre, il leur fembloit impoffible, que fon tendre aage peuft endurer le faix& charge de fi grands affaires. Parquoy il fe fit tout en vn inftant vn grand changemet de volotez, come fi les lignees & bandes fe fuffent repenties de leur decret. Quoy voyant Scipion, appella incontinent l'affemblee,& commença à parler touchant fon aage& les affaires de la guerre en telle forte, que tous les efcoutans fe mirent à le regarder,& le peuple Romain à reprendre la bonne efperance qu'ils auoyent cue de luy touchant les affaires. Car il n'auoit point feulement le cœur magnanime, & eftoit excellent en toutes vertus; ains il eftoit auffi d'vhe fingu liere beauté& belle proportion de tout le corps, ayant la face ioyeufe, lefquelles chofes aident beaucoup à gaigner la grace de chacun. Il apparoiffoit auffi en fes façons de faire vne maiefté fouueraine. La gloire donc militaire eftant iointe à tels dons de l'efprit& de nature, il eftoit à douter, s'il eftoit plus agreable aux nations eftrangeres pour fes vertus ciuiles, que admirable pour fes vertus belliques. Il auoit aufsi rempli les cœurs de la commune d'vne certaine fuperftition, à caufe que depuis qu'il eut prins la robbe virille, il eftoit accouftamé de monter tous les iours au Capitole,& là entrer au temple fans aucune compagnie, de forte que tous auoyent opinion qu'il apprenoit au temple quelques chofes fecretes, lefquelles ne pou uoyent eftre communiquees à autruy, tout ainfi come long teps au parauant on auoit eu opinion que Numa Popilius euft efté en feigné par la nymphe Ageria.Dauantage du temps de Scipion, il femble que quelques vns ont eu femblable opinion de luy, cóme iadis d'Alexandre Roy des Ma cedoniens, c'eft à fauoir, que fouuent on auoit veu vn ferpēt en la chambre de fa mere. Or laif fant toutes ces chofes derriere, P.Scipion partant d'Italie auec dix mille homes de pied,& vne flotte de trente galeres, lefquelles eftoy et toutes à cinq rames pour bac, fit voile en Hefpagne:& e- ftar en peu de iours arriué à Emphoria, il tira fes gens hors des vaiffeaux,& s'e alla par terre à Tarracone. Là où il tint affemblee & s'y trouua beaucoup d'abaffadeurs des alliees, lefquels eftans humainement receus, s'en retournerent en leur logis auec telle refponfe qu'ils fouhaittoyent. Apres ces chofes Scipion du rowt ler de fes fol perer pour m faire d tyra h apant toutes de plu le- la en ce en la fon. par e en ce equip par to rail ton co R Carth fion thag рекре morant i marler to main reuchant anume ne temple الأبو ues lles & e- des blee Weltans c tel CONE SCIPION L'AFRICAIN: 999 tout atentif aux affaires de la guerre par luy entripřinfe, eftima que ce feroit le meilleur de iondre à fon armee le demeurant des vieilles bâdes, qui auoyét efté fauuees par la vertu de L.Martius: Car apres la mort des deux Scipions, comme les Hefpagnes e- ftoyet prefque perdues,& les legions Romaines rompues& mi fes en fuyte. L.Martius cheualier Romain, ayant raffemblé& rallié le demeurant des deux armees, defconfit, contre l'efperan ce de tous les ennemis pleins de gloire pour la victoire qu'ils auoyent eue,& d'vne vertu& induftrie incroyable fouftint la guerre en Hefpagne contre trois Capitaines Carthaginoys.Scipion donc eftant venu à cefte armee qui eftoit aux garnisons pour hyuerner, tous prindrent vne certaine efperance que le affai res fe porteroyent bien,& le voyant, leur fouuenoit de leurs vieuxCapitaines, de forte qu'il n'y auoit nul foldat qui fe peuft faou ler de regarder ce ieune home. Mais luy, apres auoir loué& prifé fes foldats de ce qu'ils auoyet eu toufiours bon courage fans defef perer de la chofe publique, il porta grand honneur à L. Martius, pour monftrer que celuy qui fe fie en fes propres vertus, n'a que faire de porter enuie à la gloire d'autruy. Lhyuer eftant paffé, il tyra hors des garnifons les vieilles& nouuelles bandes,& refolut auant toutes chofes d'aller affieger Carthage la neuue: car entre toutes les villes d'Hefpagne, il n'y auoit point de plus riche, ny de plus propre pour mener la guerre par mer& par terre que cel le- la.Dauantage les Capitaines Carthaginoys auoyent referré en cefte ville toutes leurs munitios,& leurs plus grandes richeffes en laquelle& au chafteau ils auoyent laiflé bonne& forte garnifon. Mais iceux s'eftoyent retitez en diuerfes contrees, à fin que par eux trois enfemble le pays ne fut foulé, n'attédans rien moins en ce temps- la que le fiege de Carthage. Scipion ayant tout fori equipage preft, la vint affaillir auec tout fon armee par mer& par terre.L'entreprife fembloit fort difficile,& de longue duree, à raifon que la ville eftoit forte,& ceux de dedans auovent fi bon courage, que non feulement ils s'eftimoyent fuffifans de pou uoir garder la ville, mais ofoyent bien faire des faillies fur Pennemi,& des courfes iufques aux trenchees& remparemens des Romains. Mais il aduient fouuent que ce qu'on ne peut auoir par force, fe peut paracheuer par induftrie. Scipion fauoit bien que l'eftang qui n'eft guerre loin des murailles de Carthage, diminuoit& decroiffoit auec la maree,& qu'on le pouuoit paffer à gué du cofté où il y auoit plus facile acces aux murailles Eftimant qu'il falloit vfer de cefte occafion,& qu'o n'en euft feu trouuer de meilleure pour prédre Car thage: quand il luy fembla temps, ilarragea fes gens en bataille, & les ayat diftribué& ordoné par bataillons, fit liurer vn plus fu tieux aflaut à la ville, qu'il n'auoit onques fait au paravant.Cepe rrr iiij 1000 SCIPION L'AFRICAIN. SCIPI que la per ng, tant higes, qu lela guerre de le dimi Apapres a entre le is, fit mar bal Barcin Pautre A foit gampe Combarre quand il ne fur v fuyaire pourfo dee. Ils MAS C dant, il choifit vne compagnie de fort vaillans hommes aufquels il donna charge de paffer l'eftang,& d'efcheler la muraille du cofté ou moins on s'en donnoit de garde.Ceux qui eftoyent com mis à cefte charge, apes auoir paffé l'eftang fans aucun deftourbier, trouuerent le lieu où ils s'eftoyent acheminez, fans aucune defenfe, pour autant que le plus fort du combat eftoit de l'autre cofté de la ville, parquoy montans legerement fur la muraille, vin drent charger les ennemis par derriere. Les citoyens& ceux de la garnifon fe trouuas furprins à defpourueu d'vn tel danger, quit terent incontinent les murailles,& le voyans affaillis de tous coftez, prindrent la fuyte.Les Romains les pourfuyuirent de fi pres qu'ils prindrent la ville,& la pillerent: il s'y trouua grand butin & grande abondance de toutes chofes requifes& neceffaires à la guerre. Scipion loua grandement fes foldats& les guerdonna de ce qu'ils s'eftoyent fi bien portez: mais comme il falloit donner la couronne murale à celuy qui auoit premier monté fur la muraille, il fe trouua deux foldats qui eftoyent en fi grand difcord pour ceft affaire- là, qu'il y eut grand danger que toute l'armee ne vinft à fe ranger en bataille l'vn contre l'autre à leur occafió. Parquoy Scipion les fit incontinet affembler,& en plaine affem blee dit: qu'il fauoit bie que tous deux eftoyết mótez tout enfemfemble fur la muraille,& leur donna à tous deux vne courone mu ralle.Par ce moyen fut oftee& appaifee toute la diffenfion, qui eftoit venue à l'extreme, Apres ces chofes il réuoya par les villes d'Helpagne les oftages qui auoyent efte trouvez en grand nombre en icelle ville, ce qui luy acquit vn grand renom d'humanité & clemence,& par cefte douceur efmeat beaucoup de nations à fe retirer vers les Romains en quität le party des Carthaginoys. Mais il y eut vne chofe entre toutes qui luy augmenta grandement fon los,& luy acquit grande beneuolence, laquelle chofe a efté celebree de tous autheurs comme vn exemplaire de toute vertu. On luy amena vne ieune dame prifonniere, qui furpaffoit toutes les autres en beauté& bonne grace, laquelle il fit garder diligemment& auec toute honnefteré: ayant feu vn peu apres qu'elle eftoit fiancee à Lucius Prince des Celtiberiés, il fit appel, ler l'efpoux d'icelle& la luy rédit entiere& inuiolee. Certes c'eft chofe digne d'eftre redigee par efcrit,& Scipion luy- mefme eft digne de receuoir le fruit de fi grande humanité& continence par les efcrits de tous autheurs. Lucius n'ayant pas mis en oubly vn tel bien- fait, fit incontinent entendre à tous fes fubiets la liberalité, la modeftie,& finguliere excellence de toutes fortes de vertus qui refidoyent au Capitaine Romain:& bie toft apres s'en retourna au camp des Romains auec vn bon nombre de gens de cheual- Les Capitaines des Carthaginoys Mago, Afdrubal Barcinien,& l'autre Afdrubal fils de Gifco, bien fachans noy's fe quelle e fouften Les R effe, co d'auta & de h'euff iufqu les ra droit thag que l pion lonnie trauc me da Fort Brands les dic ES C'eft eft ence 00Diets la sforapres bred Magy achans alpels dan de grand celarsi lamee SCIPION L'AFRICAIN. % OO fachans que la perte de Carthage la neuue leur apportoit grand dommage, tant en la domination de leur credit enuers les nations efträges, que par le iugement qu'on en faifoit touchât l'iffuë de la guerre, tafchoyent premierement de celer le fait, puis apres de le diminuer par paroles le plus qu'il eftoit pofsible. Or Scipion, apres auoir ioint à foy plufieurs peuples& princes d'Hef pagne, entre lefquels eftoyent deux petis Roys Mandonius& Indibilis, fit marcher fon armee vers lieux où il entendoit qu'Afdrubal Barcinien eftoit, à fin de le combatre, deuant que Mago & l'autre Afdrubal fe ioigniffent à luy. Afdrubal Barcinien e ftoit pampé aupres du fleuue Befula,& ne defiroit aussi que de combatre, comme celuy qui fe ficit affez en fes forces. Mais quand il entendit que Scipion approchoit, il fe retira de la plaine fur vn tertre affez fort de nature.Les Legions Romaines le fuyuirent,& fans luy donner refpit, ne fe faignirent pas de le pourfuyure de pres& affaillir le camp d'iceluy de premiere abor dee. Ils fe combatirent aux trenchees& rempars, ne plus ne moins que fi c'euft efté à l'affaut de quelque ville. Les Carthaginoys fe fians en la fortereffe du lieu,& forcez par la necefsité, la quelle efueille& enhardit fouuent les plus pareffeux& timides, fouftenoyent l'effort de leurs ennemis au mieux qu'ils pouuoyet, Les Romains au contraire pleins de bonne efperace& hardieffe, combatoyent vaillamment& fe portoyent en gens de bien d'autât plus que le combat fe faifoit en la prefence de Scipion & de toute l'armee, de forte que les hauts faits& beaux exploits n'euffent feu eftre cachez.Parquoy ils ne laifferet iamais l'affaut iufqu'à ce qu'ayas defployé toutes leurs forces ils monterent fur les rampars,& entrãs de das le camp des ennemis par plufieurs en droits, ils les tournerent en fuyté. Afdrubal Capitaine des Charthaginoys s'eftoit fauué de viiteffe auec bien peu des fiens deuất que les Romains entraffent en leur fort. Apres cefte bataille, Scipion felon fa maniere accouftumee fit appeller à foy tous les prifonniers Hefpagnols, puis les laiffa aller francs& libres fans pay er aucune rançon.Il trouua entre les prifonniers vn ieune homme du fang Royal neueu de Mafsiniffa, lequel apres l'auoir trait té fort humainement, il renuoya à Mafsiniffa auec de beaux& grands prefens, voulant par cela donner à entendre que le chef d'vne armee ne doit eftre moins orné& enrichy de liberalité& autres vertus ciuiles que de toutes ars belliques. Car la fin de la guerre c'eft la victoire, le fruit de laquelle gift principalement en liberalité& clemence. De là viennent la gloire& toutes autres louanges des Capitaines, comme il aduint és chofes defque les nous parlons.Car vne grande troupe d'Hefpagnols qui eftoit prefente, ayat en admiration la clemence du Capitaine Romain, ne fe peut tenir, que pour luy faire honneur& recompenfer fa 2002 SCIPION L'AFRICAIN. SCI Jaaksparty des prepar le Nimi& Fu ble au peu ronieme d mere nat Hinguee toutes fo long temps hauts fait Helpagne e) eftim feroit pols Mafafyli ant qu'il vertu, elle ne l'appellaft Roy. Mais Scipion amortit foudainement cefte parole, laquelle eftoit inufitee aux oreilles des Romains,& ne voulut aucunement admetre ce titre, lequel il fauoit eftre odieux aux gés de bié de fon pays,& à la liberté Romaine. Seulement il admonefta les Hefpagnols, que s'ils auoyent volon té de ne fe monftrer ingrats vers luy, ils gardaffent toute loyauté & bien- vueillance enuers le peuple Romain.Durat que ces chofes fe faifoyet par Scipion, les deux autres Capitaines Carthaginoys apres auoir entendu la defconfiture de leurs gens aupres de Befula, ie hafterent de fe ioindre enfemble,& bien toft apres vin drent trouuer Afdrubal Barcinien, à fin que d'vn comun accord ils peuffet aduifer aux affaires de la guerre. Parquoy apres auoir parlementé entre eux,& bien debatu toutes chofes ils fe refolurent à ce point, qu'Afdrubal Barcinien pafferoit en Italie, là où fon frere Hannibal eftoit,& le fort de la guerre:& que Ma go,& l'autre Afdrubal demeureroyent en Hefpagne, feroyent venir renfort de Carthage,& ne fe combatroyent point contré les Romains, iufqu'à ce qu'apres auoir afféblé le réfort& fecours qu'ils attendoyent, ils euffent fait vne groffe& puiffante armee. Apres qu'Afdrubal fe fut retiré vers Italie, Hano fut enuoyé de Carthage pour tenir fon lieu: lequel, ainsi qu'il tafchoit en paffat à faire rebeller la Celtiberie, M.Syllan'le vint affaillir par le comandement de Scipion, où il fut fi heureux, qu'il le vainquit en bataille& le print. Il y auoit vne ville que ceux du pays appelloyent Oringe, laquelle eftoit tref- riche,& fort propice pour re nouueller la guerre.L. Scipio y fut enuoyé auec vne partie de l'ar mee pour l'afsieger: mais trouuant le lieu trop fort, bien garny, pour le pouuoir prendre de prim- faut, il enuirona la ville,& peu de iours apres la print& la pilla. L'hyuer approchoit fort,& le teps les fembloit femondre tous deux de fe retirer en leurs garni fons pour hyuerner. Parquoy apres auoir eu fi bonne iffue de ces chofes, Scipion fe retira à Tarracone, Mago& Afdrubal fils de Gifgo vers la mer. L'Efté enfuyuant, la guerre eftant recomencee plus forte que iamais en la derniere Hefpagne, les Romains& les Carthaginoys fe ioignirent aupres de Befula,& s'entrechoque ret en batailles rangees. Apres s'eftre loguemet cobatus, Scipio demeura vainqueur,& tourna les ennemis en fuyte( defquels il y en demeura grand nobre fur la place)& fans leur donner loifir de fe rallier ne de tenir bo,& faire tefte, il leur courut fus& les pourfuyuit fi chaudemét, qu'Afdrubal& Mago furent contraints de laiffer terre ferme& fe retirer à Gades, apres auoir prefq per du toute leur armee. Il y auoit en l'oft desCarthaginois vn ieune home de grad cœur& de bo cofeil, appellé Mafiniffa, leql prenant occafio de parler fecretemét à Syllan luy ouurit le premier chemin d'amitié, foit qu'il fuft atiré à ce faire par la liberalité, de Scipio, ou bie efumat le téps eftre venu, c'eftoit le plus fear de 強 main, voile en feulemen fils de G nes vand demand Roy en fon log tous de ne mel tre. O efprit le gra par le promp nuelle bien à te en l til cr d'ice propos es Car PLO presa ten Ic meque Ma ferent Contre ecours mice pour le les aints per ieune pre remier alitede fearle SCIPION L'AFRICAIN. 100j fuyure le party des Romains victorieux. C'eft celuy Mafiniffa qui puis apres par le benefice des Romains, fut le plus puiffant Roy de Numidie,& fut en beaucoup de chofes fort vtile fon amitié& profitable au peuple Romain.Au refte, cefte annee- la qui eftoit la quatorzieme de cefte feconde guerre Punique, Hefpagne fut la premiere nation, de celles qui demeurent en terre ferme, qui fut fubiuguee fous l'heureufe conduite du Vice- Conful Scipion: ce fut toutesfois la derniere qui fut reduite en forme de prouince long temps apres par Augufte Cæfar. Or Spion non content des hauts faits qu'il auoit paracheuez en bie ade temps par l'Hefpagne( car il auoit ia aufsi ambraffé er. efprit l'Afrique) eftima que ce fe roit le meilleur d'efpier to s moyens qu'il feroit pofsible d'attirer à l'amitié des Romains Syphax Roy des Mafafyliens.Parquoy apres auoir tenté la volonté du Roy, voyant qu'il eftoit affez enclin de faire alliance auec le peuple Romain, il laiffa incontinent toutes autres affaires derriere,& fit voile en Afrique auec deux galeres à cinq rames pour banc tant feulement. En ce mefme temps y vint aufsi de Gades Afdrubal fils de Gifgo: de forte que ces deux vaillans& braues Capitaines vindrent deuers le Roy comme tout de fait aduifé, afin de demander, à l'enuie l'vn de l'autre, l'amitié& bonne affection du Roy enuers leur chofe publique. Syphax les receut tous deux en fon logis fort humainement& gracieufement,& dona ordre que tous deux mange affent en vne mefme table,& couchaffent en v- ne mefme chambre, afin que l'vn ne femblaft eftre preferé à l'au tre. On dit qu'Afdrubal efmerueillé de la magnanimité& du bo efprit de Scipion lequel il voyoit prefent, difcourut en fon efprit, le grand peril qui eftoit prochain à fa ville& à toute l'Afrique par le moyen de ceft homme la. Car il le voyoit encore ieune, prompt,& excellent en toutes grandes vertus& qui auoit conti nuellement emporté tant de victoires, parquoy il luy fembloit bien àvoir qu'en cefte fleur d'aage, iamais on ne luy fauroit mettre en la tefte de vouloir pluftoft entendre à la paix, qu'à la guerre.Il craignoit aufsi que Syphax efmeu par l'authorité& prefen ce d'iceluy, ne fe tournaft du party des Romains de laquelle fufpicion il ne fut pas trompé. Car combien q Syphax du comen cement fe monftraft fauorifer egalement à tous deux,& euft tenu propos de mettre fin à la guerre qui eftoit entre les Romains& les Carthaginoys: toutesfois puis apres quand Scipion vint à dire qu'il ne pouuoit rien arrefter touchant la paix fans le confentemét du Senat, il mit en arriere Afdrubal,& fauorisât le defir de Scipio, il fit alliance auec le peuple Romain. Retourné q fut Scipio en Hefpagne, il prit en partie par force luy- mefme,& reduifit en partie fous fon obeyfsace par le moyé de L.Martius, Ilitur giú, Caftulo,& qlques autres places& refufoyet de fe foumettra 5004 SCIPION L'AFRICAIN. SCI praque en lingrandeme qu'en pale les bor confeil. L tres: carp bera à peu à l'obeyffance du peuple Romain.Et afin qu'il ne manquaft rien en toutes fortes de refiouyffemens, apres auoir conduit tant de fi belles entreprises à fi heureuſe fin, venu qu'il fut à Carthage la neuue il fit appareiller en grande magnificence les ieux des efcrimeurs à outrance, là où fe trouua beaucoup de grands perfonnages, non feulement pour voir lefdits icux, mais aufsi pour s'y trouuer en perfonne à efcrimer. Mais entre les autres Hefpagnols de bonne maifon, il y en eut deux appellez Corbis& Orfua, qui eftoyent en debat enfemble pour la Royauté: mais ils finirent ce iour- la leur querelle, I'vn d'iceux ayant efté tué par la main de l'autre. Le combat fut ennuyeux aux regardans& afsiftans, mais la mort de celuy qui fut tué encore plus ennuyeufe& fafcheufe car ils eftoyent coufins germains. Apres cela ainfi que Scipion penfoir continuellement aux chofes de plus grande importance, que celles qu'il auoit mifes à fin, il deuint malade: Ce qu'eftant diuulgué par toute Hefpagne,& comme il aduient fouuent, que la maladie eftant eftimee beaucoup plus groffe& plus dangereufe par le bruit qui en couroit, qu'elle n'eftoit, on feulement les nations d'Hefpagne fe vindrent à efmouuoir fous efperance de chofes nouuelles, mais aufsi l'armee des Romains laquelle il auoit laiffee à Sucro.Premierement l'ordonnance& difcipline militaire fut corrompue par l'abfence du Capitaine, puis après le bruit de fa maladie& du danger de fa vie eftant rapporté en l'oft efmeut vne telle fedition, que quelques vns ne fe foucians aucunement de l'authorité& commandemet des chefs de bande, les chafferent dehors,& efleurent pour leurs Capitaines deux fimples foldats, lefquels oferent bien receuoir le nom qui leur auoit efté deferé par gens de nulle authorité,& qui pis eft, firent porter deuant eux les faifceaux de verges& les haches. Telle eft fouuentesfois la fureur& ambition qui tourmente les hommes. D'autre part les Hefpagnols ne fe tindrent pas coys,& principalement Mandonius& Indibilis, lefquels afpirans à la Royauté d'Hefpagne, s'eftoyent retirez vers Scipion lors vainqueur, apres la prife de Carthage la neuue. Mais puis apres, eftas fafchez de voir la puiffance des Romains s'efte ndre fi auat, cerchoyent quelque occafion de remuer& innouer les affaires. Or apres auoir ouy le bruit non feulement de la maladie, mais de la mort prochaine de Scipion,& y auoir adioufté foy, ils leuerent incótinent vne armee,& allerent faire la guerre aux Suefitains, qui eftoyent alliez& amis du peuple Romain. Mais Scipion eftat retourné en conualefcence tout ainfi que par le faux rapport de la mort d'iceluy il s'eftoit efleué de grands troubles, ne plus ne moins furent- ils tous effrayez apres que la verité fut coneue,& perfonne n'ofa paffer plus auant à faire quelque nouuelleté.Scipion plus accouftumé à manier les affaires des guerres exterieures pion favuit лешие, Les foldats ute plus l Hattenteu ne, lequel ftoit acco toyen que pion auc doit pour qui faifo cro auec thage.M fit venir uironne main m en telle fon ieu groffe defarm pitain faute entend bugir Es cou til eu sado me au do fimenice cela ank Or rent grande in ient fou se deschels ains, ort de plus ne tene Tes SCIPION L'AFRICAIN. 1005 res, que pratique en ces feditions ciuiles& particulieres.combien qu'il fut grandemet courroucé aux foldats qui auoyet failly, toutesfois afin qu'en donnant lieu à fon courroux, il ne fuft eftimé auoir paffé les bornes de raifon en les puniffant, il rapporta le tout au confeil. La plus grade partie eftoit d'aduis, qu'on deuoir punir ceux qui éftoyent autheurs du tumulte,& pardonner à tous les autres: car par ce moyen difoyent- ils, ils fe fera que la peine touchera à peu de perfonnes,& que tous y prendront exemple. Scipion fuyuit ceft aduis,& fit incontinent appeller à Carthage la neuue, les bandes feditieufes pour venir receuoir leurs gages. Les foldats obeyrent à ce commandement: les vns faifans leur faute plus legere qu'elle n'eftoit, comme fouuent les hommes fe flattent eux- mefmes: les autres fe fians en la douceur du Capitaine, lequel ils fauoyent n'eftre point rigoureux au punir.Car il e- ftoit accouftumé de dire, qu'il aimoit mieux fauuer la vie à vn citoyen, que de tuer mille ennemis. Le bruit couroit aufsi que Scipion auoit encore vne autre armee toute prefte; laquelle ikattendoit pour les ioindre enfemble,& puis aller courir fus aux Roys qui faifoyent la guerre aux Suefitains. Parquoy partans de Sucro auec bon espoir d'impetrer pardon, ils s'en vindrent à Carthage. Mais le iour apres qu'ils furent entrez en la ville, on les fit venir en la place,& leur ayant fait ofter les armes, furentenuironnez par les legions toutes armees. Alors le Capitaine Romain montant en fiege iudicial, fe monftra à toute la compagnie en telle fanté,& aufsi bonne difpofitio qu'il auoit onques efté en fon ieune aage. Puis il fit vne harangue fort afpre& pleine de groffes coplaintes, de forte qu'il n'y auoit nul d'entre les foldats defarmez qui ofaft leuer les yeux de terre, ou regarder leur Capitaine pour la grande honte qu'ils auoyent. Car le remors de la faute commife,& la crainte du fupplice leur eftonnoit le fens& entendement,& la prefence de leur gracieux Capitaine faifoit rougir de honte aufsi bien ceux qui eftoyent innocens, comme les coupables.Parquoy il y auoit par tout vne trifte filéce. Apres qu'il eut mis fin à fa harangue, il fit amener en prefence de toute Paffemblee les principaux autheurs de la feditio, aufquels, apres les auoir fair fouetter à la maniere accouftumee, il fit trencher les teftes, lequel fpectacle fut effroyable& plein d'horreur aux afsiftans. Ces chofes ainfi appaifees, Scipion fit faire nouueau ferment à tous les autres foldats,& quãt& quat declarer la guerre contre Mandonius& Indibilis.Car iceux confiderans en euxmefmes, que les foldats Romains qui auoyent efmeu la fedition au camp, auoyent efté punis, perdirent toute efperace de pouuoir obtenir pardon; pourtat auoyét- ils leué vne armee de vingt mil le hommes de pied& de deux mille homes de cheual, auec lef quels ils s'en venoyent contre les Romains. Laquelle chofe en 1006 SCIPION L'AFRICAIN. SC de deuxcine,&' s'il Contage en 200r red Voyant ife, lai Manlius A Senat luy de ayant d ment& he in plufie quatre a tendue par Scipion, deuat que les Roys peuffent augmeter leurs forces,& qu'autres nations fe rebellaffent, ii s'hafta de partir de Carthage,& le plus vifte qu'il peut s'en alla au déuant de l'ennemi.Les Roys s'eftoyent campez en lieu affez fort,& fe confioyét tellement en leur armee, qu'ils n'eftoy ent point deliberez de prouoquer l'ennemi, ny aufsi de refufer la bataille fi on la leur venoit prefenter. Mais il aduint pour la prochaineté des deux camps, que peu de iours apres, iceux agacez& irritez par les Ro mains defcendirent en bataille rangee,& fe vindrent entrechoquer, de forte que quelque efpace de temps la meflee fut fort afpre& dure: Mais à la fin les Hefpagnols fe voyans enclos par derriere,& contraints de combattre en rond pour monftrer tefte de tous coftez à l'ennemi, furent vaincus: de forte qu'à grand peine il y en eut la troifieme partie qui fe fauuaft à la fuyte. Mädonius& Indibilis, voyas que tout eftoit perdu pour eux,& qu'il n'y auoit plus de remede en leur affaire, enuoyerent des ambaffadeurs vers Scipion pour le prier humblement de les receuoir à compofition& luy requerir pardon.Mais Scipio encore que bie il feuft, combien ils auoyent mefpris contre luy& contre le peuple Romain, toutesfois eftimant qu'il eftoit moins honnorable de vaincre l'ennemi par douceur& clemence, que par armes, il leur pardonna, commandant feulement de bailler& fournir argent pour payer les foldats. En ce mefme teps Mafiniffa partit de Gades& vint en terre ferme, afin de confirmer en prefence l'amitié qu'il auoit offerte à Scipion abfent par le moyé de M. SylJanus,& enfemble pour parler à luy, lequel il eftimoit deuoir e- ftre excellent perfonnage pour les geftes& hauts exploits d'iceluy.Mais Mafiniffa ne fut point deceu quant à l'opinion qu'il a- uoit eue de la vertu de P Scipion,& le trouua tout tel en prefence, comme il l'auoit imaginé en fon efprit, ce qui toutes fois aduient peu fouuent. Car outre les grands dons de l'efprit que Scipion auoit par deffus tous autres, il fe monftroit en luy ie ne fay quelle beauté iointe auec vne maiefté fouueraine,& digne de tout grand empire. Il eftoit aufsi fort doux& gracieux à ceux qui s'addreffoyent à luy, eloquent en fon parler,& d'vne finguliere grace pour gaigner le cœur d'vn chacu. Il eftoit venerable en fes moeurs& façons de faire,& auoit les cheueux longs. Mafiniffa donc l'eftant venu faluër incontinent qu'il eut ietté la veue fur luy, l'eut en telle admiratio, come on dit, qu'il ne pouuoit retirer fes yeux de luy, ne fe faouler de le regarder. Ille remercia grandement de ce qu'il luy auoit renuoyé fon neueu,& luy promit qu'il cófirmeroit par effet l'amitié entr'eux accordee: laquelle certesil garda depuis femblablemet enuers le peuple Romain iufques à fa mort. Or tous les peuples d'Hefpagne reconoiftoyent l'Empire des Romains, ou bien eftoyent leurs alliez, parquoy en fpagnes quine f Romain magnif fonne d qu'il eft frat, le n'en fit fion la Entre & vol ne vid femble lemen gard le deu Carth teman trep iftoy mire 200 TOYO de panin de Geliberale imla lea des de par les Ro mode qu'agrad afayre. M des ambal St plo dice expe τα φαλή ceux qui paliere enles agran prom aquelle Roman alliet, parquoy SCIPION L'AFRICAIN. 1007 parquoy ceux de Gades fuyuans l'exemple des autres fe vindret rendre d'eux- mefmes aux Romains. C'eft vne nation fort ancienne,& s'il eft licite de croire à la renommee, tout ainfi que Carthage en Afrique, Thebes en Bootie font repeuplemens des Tyriens: ainfi pareillement eft Gades qui eft en la mer. Scipion apres auoir reconquefté les Hefpagnes,& chaffé les Carthaginoys, voyant qu'il ne demeuroit rien qui euft à faire de fon entremife, laiffant le gouuernement de la prouince à L. Lentulus, & Manlius Accidius, s'en retourna à Rome. Arriué qu'il fut, le Senat luy donna audience hors la ville au temple de Bellona, là où ayant declaré de poinct en poin& les chofes par luy vaillamment& heureufement mifes à fin,& remonftré qu'il auoit vaincu en plufieurs batailles rangees quatre Capitaines,& mis en route quatre armees des ennemis, ietté les Carthaginoys hors des Hefpagnes,& qu'il n'y eftoit demeuré nation en ces quartiers- là, qui ne fuft reduyte fous la feigneurie& domination du peuple Romain: le Senat iuge a les chofes eftre dignes d'vn triomphe magnifique. Mais pource qu'il n'auoit encore efté permis à perfonne d'entrer auec triophe en la ville pour fes hauts faits, durat qu'il eftoit feulement Vice- Conful& fans aucun office de Magiftrat, les Senateurs n'en furent point d'aduis,& Scipion mefme n'en fit pas grande pourfuyte, ne voulant point qu'à fon occa fion la couftume ancienne fuft changee par quelque nouuellere. Entré qu'il fuft en la ville, il fut declaré Conful d'vn commun & volontaire accord de toute l'affemblee. On dit que iamais on ne vid tant de monde à Rome qu'alors, non tant pour tenir affemblee, que pour voir P.Cornelius Scipion. Parquoy non feulement les Romains, mais aussi les eftrangers auoyent leur regard fur iceluy feul,& difoyet en public& en particulier; qu'on le deuoit enuoyer en Afrique, pour faire de pres la guerre aux Carthaginoys. Scipion eftant de mefme opinion dit, qu'il en demanderoit aduis au peuple, fi le Senat refiftoit à vne fi louable entreprife. Car il y en auoit quelques vns d'entre les Peres qui refiftoyent fort& ferme à cefte opinion,& entre autres princi palement Fabius Maximus, homme de fouueraine authorité.Scipion pouffoit au contraire, remonftrat par viues raifons que c'eftoit le feul moyen de vaincre les Carthaginoys,& de pouvoir chaffer Hannibal hors d'Italie, que tous autres confeils eftoyent inutiles. Apres s'eftre loguement debattus, la Sicile fut ordonee à Scipion,& luy fur permis par le Senat de paffer auec toute fon armee en Afrique, s'il le trouuoit vtile& profitable à la chofejpu blique. Ce decret& arreft du Senat eftant publié, tous fe promirent de fi grandes chofes qu'ils penfoyent ia tenir l'Afrique,& auoyent grand efpoir de mettre fin à cefte guerre. Mais Scipion voyoit de grandes difficultez à faire fes apprefts, à caufe de la SCIPTON 1008 SCIPION L'AFRICAIN. poureté du threfor public,& de la faute de ieunes gens, la fleur & eflite defquels eftoit confumee par les pertes paffees qu'on a- woit receues d'Hannibal. Toutes fois pour fatisfaire à l'attente qu'on auoit de luy, il fit toute diligence d'apprefter les chofes neceffaires à la guerre. Et plufieurs peuples de la Thofcane& d'Vm brie luy offrirent de l'afsifter felon leur puiffance, les vns luy liurant le bois pour faire les nauires, les autres des armures, les autres du bled& toute autre forte de munitió de viures pour fubmenir à l'armee. Les vaiffeaux eftans acheuez,& toute l'armee de mer equipee en l'efpace de quarante- cinq iours, ce qui pourroit fembler à aucuns incroyable.Scipion partit d'Italie,& print la route de Sicile. Mais quad il vint à faire reueuë de fon armee, il choifit principalement ceux qui auoyent long temps hâté les armes fous la conduyte de M. Marcellus, lefquels eftoyent eftimez fort bonnes gens de guerre.Mais les Siciliens, il les gaigna en partie par douceur,& en partie par rigueur, les contraignant de bailler fecours& aide pour la guerre qu'il auoit entre mains, laquelle il deliberoit du tout d'alier mener en Afrique, incontinent que la faifon de l'annee le permettroit. On dit entre autres chofes que Scipion choifit, d'entre diuerfes villes, trois cens ieunes homes les plus nobles de toute ladite prouince,& leur commanda de comparoiftre à certain iour auec armes& cheuaux. I- ceux s'eftans trouuez au iour afsigné, come il leur auoit efté comande, le Conful leur bailla chois, ou de le fuyure à la guerre d'Afrique, ou bien de donner armes& cheuaux à autant d'autres comme ils eftoyent. Mais comme tous demandoyent relafche de la guerre, Scipio fubftitua en leur lieu trois cens ieunes hommes Romains, lefquels il auoit amenez auec foy fans armes hors d'Italie, afin de les monter,& equiper aux defpens des Siciliens, come il aduint. Depuis il fe feruit fort bien d'eux en Afrique en plufieurs grandes rencontres.Il eftoit ia temps de mettre l'armee és garnifons pour hyuerner, quand Scipion voulant donner ordre non feulement aux appareils de la guerre, mais aufsi aux affaires de la Sicile s'en vint à Syracufe. Là où ayant entendu par les plaintes de plufieurs, qu'il y auoit en icelle ville affez bonne compagnie de foldats Italiens, lefquels ne vouloyét rendre, mais retenoyet le butin qu'ils auoyent fait en la guerre, combien que toutes fois on leur euft fait commandement de reftituer aux Syracufains par l'ordonnance du Senat, il les contraignit foudainement par edicts& arrefts d'accomplir ce que le Senat auoit ordonné. Par laquelle chofe il acquit la bonne grace du peuple, de toute la Sicile,& le bruit& renommee d'eftre Conful iufte& droiturier. Cepedant il fut aduerty par C.Lælius lequel retournoit d'Afrique auec gros butin, que le Roy Mafiniffa attendoit favenue en grande deuotion,& qu'il l'admonneftoit& prioit, qu'il calleren ice din eltorence contraignant Afrique aque Sy udai at auoit peuple Tufte& mains cont com retou attendai & print SCIPION L'AFRICAIN. 1009 que qu'il paffaft en Afrique le pluftoft qu'il luy feroit pofsible, s'il le pouuoit faire fans le dommage de la chofe publique. Que plufieurs nations d'Afrique defiroyent le femblable, lefquelles ayas en haine la domination des Carthaginoys, ne demandoyent autre chofe que de trouuer quelque occafion de faire changement. Or ce voyage n'auoit point efte differé pas la faute ou negligéce de Scipion, veu qu'il fe trouuera à grand peine Capitaine, qui ait efté plus diligent& plus induftrieux au maniemet des affairesque Juy. Mais les affaires de Sicile,& l'opportunité de reprendre Locres l'empefcherent qu'il ne peuft mener à fin for entrepriſe felon fa volonté. Dauantage l'affaire de Pleminius fon lieutenant Je touchoit de pres, par ce que l'ayat laiffé à Locres, il auoit exercé toute forte d'outrage, de paillardife,& de rapine contre les poures citoyens, de forte qu'iceux irritez par ces infinis outrages& vilenies, refolurent de pluftoft endurer toutes autres chofes, d'eftre fuiets à'vn fi mefchat& mal- heureux homme. Les ambaf fadeurs donc de Locres arriuez à Rome& s'eftas plains en plein Senat des grāds outrages receus par Pleminius, les peres le prindreat fi fort à cœur, qu'il fe publia de cruels arrefts non feulemet contre iceluy Pleminius, mais auffi cotre P. Scipion.Dequoy les enuieux de Scipion ayans recouuré ample matiere de le calomnier, oferent bien affermer, qu'il auoit bien entendu les outrages des Locrefes,& les mefchancetez de Pleminius,& les rebellios de fes foldats,& qu'il auoit enduré ces chofes plus nonchalament que ne portoit le deuoir d'vn bon Conful. Ils adiouftoyent dauan tage que l'armee qu'il auoit en Sicile eftoit du tout dereglee& inutile, fans fe foucier des ordonnances du camp, que le Capitai ne mefme eftoit nonchalant,& du tout addonné aux voluptez,& à oifiueté.Et fur tous autres Fabius Maximus luy en vouloit,& fe monftroit fi outrageux de paroles paffant les bornes de raifon, qu'il fut d'aduis de le rappeller quant& quant hors de Sicile,& de luy en ofter le gouuernement. C'eft arreft fembla à tous trop vehement& trop rigoureux. Parquoy fuiuantle cofeil de Q. Metellus, les Senateurs commirent& deputerent dix ambaffadeurs pour aller en Sicile, s'enquefter diligemment files charges alleguees contre Scipion eftoyent veritables,& que s'ils le trouuoyét coulpable, ils le fiffent incontinent retourner en Italie par le comandement du Senat: mais fi on l'auoit chargé& accufé fauffement& à tort,& feulement à l'inftigation de fes enuieux& ca lomniateurs, qu'ils l'enuoy affent à fon armee,& l'enhortaffent de vaillamment& courageufement commencer la guerre. Venus que furent les ambaffadeurs en Sicile, apres auoir fait diligente inquifition fur ce qu'ils eftoyent enchargez, ils ne peurent trouser que Scipion fuft coulpable en aucune chofe, finon qu'il auoit paffé trop legeremét les iniures& outrages que Pleminius auois mr j YOTO SCIPION L'AFRICAIN faits aux Locrenfes.Car Scipion eftoit liberal à recompenfer fes gens, mais doux& clement à les punir. Mais quand ils virent fon armee, ces vaiffeaux,& tout l'appareil& equipage de guerre, on dit qu'ils furent fi efmerueillez de voir l'abondance& bonne ordonnance de toutes chofes, que puis apres retournez en la ville, il louerent grandement Scipion,& reboutans toutes calomnies des enuieux, donnerent fouueraine efperance de la victoire au Senat & au peuple de Rome. Or comme tous empefchemens eftoyent oftez de ce cofté- là, il luy furuint d'autres fafcheries de dehors, qui luy troublerent grandement l'efprit. Car les ambaffadeurs du Roy Syphax luy vindrent fignifier, qu'il auoit fait nouuelle alliance auec les Carthaginoys,& auoit contracté affinité auec Afdrubal, duquel il auoit efpoufé la fille parquoy qu'il l'admonneftoit s'il vouloit faire plaifir à fa chofe publique, de ne rien entreprendre fur Afrique, pource qu'il auoit deliberé de tenir pour amis ceux que les Carthaginoys tiedroyent tels,& de courir fus à ceux que les Carthaginoys tiendroyent pour ennemis. Scipion renuoya foudain lefdits ambaffadeurs vers Syphax, à fin que la caufe pour laquelle ils eftoyent venus, ne fuft entendue& euentee parmy fon cap,& leur bailla lettres, par lefquelles il le pricit, que fe fouuenant de l'alliance& foy promife, il fe donnaft garde de ne rien attenter indigne du nom Romain& de fa foy royale.Puis apres faifant affembler fes gens, il leur dit, que les ambaffadeurs de Syphax eftoyent venus en Sicile fe plaindre de fa trop longue demeure& retardement, comme Mafiniffa auoit fait auparauat. Parquoy il falloit fe hafter de paffer en Afrique& pourtant faifoit- il commandement à tous foldats, de fe mettre en ordre,& de fe prouuoir des chofes neceffaires à leur voyage. Ceft edict du Capitaine Romain eftant publié par toute la Sicile, il arriua incontinent à Lilybae vne grande multitude de gens, non feulement de ceux qui deuoyent faire voile en Afrique, mais auffi de ceux qui venoy et voir la flotte& armee de merdes Romains, à cause qu'on n'en auoit jamais veu de mieux equipee, ny mieux garnie de tout ce qui eft requis à tel affaire, ny mieux eftoffee de foldats. Or Scipio, toutes chofes eftant preftes, partit de Lilybæe auec fi grade enuie de paffer la mer, que ny les rames, ny les véts faifoyer affez leur deuoir à fon gré.Il fut toutefois porté en peu de iours iufques au promontoire qu'on nome Beau,& là fit- il defem barquer toute fon armee.La nouuelle de fon arriuce eftant bien toft venue à Carthage, toute la ville en futtellemét troublee, que foudain on fonna l'alarme,& on mit gardes aux portes& fur les murailles comme aucuns ont laiffé par efcrit.Car depuis M. Regulus iufques à ce iour- là, il y auoit prefque cinquãte ans que nul Capitaine Romain eftoit entré en Afrique auec forte armee.No fans caufe donc tout eftoit plein d'effroy& de tumulte. Le nom de teen barb balose tetra polisible enfembl der le p gattel pe au fible pour Malin incroy il auoie nel. Sc me de b Couurir fiffent qu'il f comm ter Per auec fe L'arm nant a charge ne part is'cfca auuer. ger V fifter d trent car Pancre Syphan de ne tienes de tenir po Scipios que la AN degen delem M.Re que SCIPION L'AFRICAIN. de Scipion leur augmétoit la peur dauantage, car les Carthaginoys ne trouuoyent point quel Capita ine ils luy pourroyet mettre en barbe, ol paragonner auec luy. Afdrubal fils de Gilgo ftoit alors eftimé braue Capitaine, lequel toutesfois ils fauoyent auoir efté vaincu& chaffé hors d'Hefpagne par Scipio. Toutef fois metras toute leur efperâce de pouuoir fauuer leur chofe publique en luy& en Syphax Roy tref puiffant, ils ne cefferent de prier l'vn& d'admonefter l'autre, de vouloir fubuenir& donner afsiftace aux affaires d'Afrique le plus viftemet qu'il leur feroit pofsible. Cependant que ceux là eftoyent apres pour ioindre enfemble leurs armees, Hanno fils d'Amilcar ordonné pour garder le pays voyfin, vint au deuất des Romains. Scipio apres auoir gafté le plat pays,& enrichy fon armee de gros butin, s'eftoit cipé aupres d'Vtique, pour reduire en fa puifsace, s'il luy eftoit pof fible, vne ville tant noble& puiffante,& fort comode& propice pour mener la guerre par mer& parterre. En ce mefme temps. Mafiniffa eftoit arriué au camp des Romains, bruflant d'vn defir incroyable de mener la guerre côtre le Roy Syphax, par leque! il auoit vn peu auparauat efté ietté hors de fon Royaume paternel. Scipion qui l'auoit coneu en Hefpagne pour vn icune homme de bon efprit& prompt à la main& vaillant, l'enuoya defcouurir l'armee des ennemis auat que les Carthaginoys recueilliffent plus grade armee,& luy comanda d'efpier tous les moyes qu'il feroit poffible pour attirer Hanno au combat. Mafinifla, comme il luy eftoit commandé, commença à prouoquer& irriter l'ennemi,& le tirant petit à petit le mena là où Scipion eftoit auec fes legions toutes armees, attendant occafion de bien faire. L'armée des ennemis eftoit ia laffe, quand les Romains, leur venant au deuant auec leur armee frefche& repofee, les vindrent charger.Hano fut vaincu dés la premiere charge,& tué auec v- ne partie de fes gens- Tous les autres tournãs le dos, comencerent à s'cfcarter l'vn deçà, l'autre delà, où ils fe penfoyent le mieux fauuer. Apres cefte victoire, ainfi que Scipion retournoit pour af fieger Vtique, la foudaine venue d'Afdrubal& de Syphax le firet defifter de fon entreprife, lefquels amenoyent quant& eux vne groffe& puiffante armee de gens de pied& de cheual,& fe vin drent camper non guere loin des Romains. Quoy voyant Scipio leua incontinent le fiege,& vint fortifier fon camp fur vn promontoire, d'où il pourroit aller au deuant de l'ennemi, harceller & haraffer ceux d'Vtique,& garder fes vaiffe aux qui eitoyent à Pancre. Mais la faifon eftant venue qu'il falloit que tous deux, me naffent leurs garnifons pour hynerner, il delibera d'euoyer vers Syphax pour experimenter la volonté d'iceluy,& le deftourner de l'amitié des Carthaginoys s'il leur eftoit pofsible. Car il fafrij SCIP E 2012 SCIPION L'AFRICAIN uoit bien qu'iceluy eftoit tellement incité par les noces de Sopho nifba,& pouffé en telle furie par les blandiffemens& perfuafios d'icelle, que non feulement il auoit quitté l'amitié des Romains mais qui pis eft les vouloit deftruire contre fa foy promife.Et s'il commençoit vne fois à fe fafcher& faouler d'elle, il eftimoit qu'il fe pourroit r'aduifer.Syphax ayant entendu ce que Scipion Juy auoit mandé, refpondit que voiremet il efto ir temps, non pas de laiffer l'alliance des Carthaginoys, mais de quitter tous peufemens de la guerre,& promettoit qu'il feroit tres- bon moyenneur de la paix.Scipion ouyt volontiers ces propos, s'eftant adui fé d'vne nouuelle fineffe.Car il choifit les plus vaillans foldats de fon armee, lefquels il veftit en efclaues,& les fit aller en la copagnie des ambañadeurs, leur declarant ce qu'ils auroyent à faixe. Iceux cependant que les ambaffadeurs& Syphax, parloyent enfemble touchant les articles& conditions de la paix,& que le parlementer duroit plus long temps que de couftume, alloyent s'efbatre par tout le camp des ennemis, efpiant toutes les entrees & iffués d'iceluy, comme ils auoyent efté inftruits par Scipion.Apres auoir fait ceia par plufieurs fois ils s'en retournerent vers Scipion.Il y auoit treues pour certain temps, lequel expiré, Scipion faignant( comme defefperant du tout de pouuoir accorder) de faire appareil d'armes, equiper fon armee de mer,& dreffer engins de batterie, pour retourner affieger Vtique comme il auoit commencé auparauant. Il fit courir ce bruit par toute la contree, voulant induire fes ennemis à le croire. Mais ayant fait appeller tous les Capitaines& Chef de bande de fon armee, il leur declara fon entrepriſe.Il les aduertit que les deux camps des ennemis n'eftoyent guere feparez l'vn de l'autre, l'vn defquels auoit les tentes& logemens faits de bois,& l'autre de rofeaux, que facilement on les pourroit brufler tous deux.Parquoy ayant fait appel ler à foy Mafiniffa& C. Lælius, il leur donna charge d'aller affaillir à minuit le camp de Syphax,& d'y bouter le feu, que d'au tre cofté il iroit affaillir les Carthaginoys.Iceux faifans prompte ment& fans delay ce qui leur eftoit enioint, vindrent à l'heure ordonnee affaillir le camp des Numidiens,& bouterent le feu aux rofeaux, lefquels fe vindrent incontinent à allumer de telle forte que la flame fe coula prefque par tous les endroits du cap. Les Numidiens penfans du comencement que le feu fut cafuel, coururet legeremet pour y remedier& l'efteindre: mais quand ils fe trouuerent entre les legions, là où on les alloit tuant fans les efpargner, fe voyans ainfi enclos de tous coftez, ils ne trouuerent meilleur remede que de prendre la fuyte.De l'autre cofté de l'ar mee où Scipion eftoit, le cap des Carthaginoys fut prefque bruflé en pareille forte,& les ennemis chaffez& tournez en fuyte auec telle tuerie, qu'il y en a aucus qui efcriuet, que cefte nuict- là il y demeura appeller Scipion net bata pleins d nete de tiren de de partie Lieu de la chenaux fte vne Contre bataill ftoit p de cob taines Capit cu par auec b grand Du com amer Ca Moyen & pa uoit t Rom A fo Palle propte Theure le feu telle и сар. afuel andils fans les werent é de l'ar vite avec emeurs aller en parloye pair,& que atalogen Sion.A rader) • P22 172] S SCIPION L'AFRICAIN. demeura bien quarante mille homes que Carthaginoys que Nu midiens. Cefte perte& defconfiture eftant entendue à Carthage, effraya tellement les manans& habitans, que les vns furent d'ad uis de rappeller quant& quant Hannibal hors d'Italie: les autres qu'il falloit requerir Scipio de la paix. Mais la partialité, Barcinie ne, qui eftoit puiffante& riche,& du tout côtraire à ceux qui demandoyent la paix, fir tant qu'on leua gens de nouueau, pour recommencer la guerre. Syphax donc& Afdrubal, ayant leué vne grande multitude de gens de pied& de cheual, refiret leur armee pluftoft qu'on eut feu penfer,& derechef vindrent planter leur camp vis à vis des ennemis. Ce qu'eftant venus à la conoiffance de Scipion, il ne voulut point attendre, mais delibera de leur doner bataille, cependant que fes gens eftoyent bien deliberez& pleins d'efperance. Or il aduint du comencemět pour la prochai neté des deux camps, qu'il fe fit que lques efcarmouches: mais à la fin les armees fe vindrent entrechoquer,& les Romains combatirent de telle furie, que du premier heurt, ils tourneret les Numi diens& Carthaginoys en fuyte,& en taillerent en pieces vne grá de partie. Afdrubal& Syphax fe fauuerent de vifteffe hors du mi lieu de la tuerie.Scipion enuoya Mafiniffa& C. Lælius auec les cheuaux legers pour les pourfuyure.Syphax eftat arriué en Numi die,& de là en fon royaume paternel,& hereditaire, leua à la hafte vne armee ramaffee de toutes fortes de gens,& venant à rencontrer Mafiniffa& C. Lælius, ne redouta point de leur döner la bataille. Toutefois ce fuft follement fait à luy, attendu qu'il n'eftoit point à beaucoup pres fi fort que fon ennemi, ny en nombre de cóbatans, ny en egalité de foldats: car les foldats ny les Capitaines de fon armee ne pouuoyent eftre comparez aux foldats& Capitaines du cap des Romains. Parquoy il fut facilemet vain eu par hommes tant belliqueux,& qui pis eft prins en la bataille auec beaucoup d'autres grāds perfonnages, ce que Mafiniffa euft à grand peine ofé fouhaiter: puis il les vint prefenter à Scipion. Du commencement tous furent ioyeux, quand il leur fut dit que on amenoit Syphax prifonnier au camp: mais apres quand ils le virent lié& garroté, tous furent efmeus à pitié le voyant en fi piteux eftat, pour la memoire qu'ils auoyent de fa grandeur& maiefté. Car il leur fouuenoit combien grande auoit efté vn peu auparauant la renommee de ce Roy, combien grandes auoyent efté fes richeffes,& la puiffance d'vn fi grand Royaume: mais le voyant puis apres tombé de fi haut eftat en cefte mifere, ils en a- uoyent pitié. Mais le Capitaine Romain le receut humainement & parlant gratieufement à luy, luy demanda, quelle occafion l'auoit fait chager de courage,& l'auoit pouffé à faire la guerre aux Romains. Alors le Roy fe fouuenat de fon ancienne amitié& de ja foy dosee, luy refpondit franchement que c'auoit efté l'amour fij 1014 SCIPION L'AFRICAIN. qu'il portoit à fa femme Sophonifba, lequel l'auoit incité de fe porter fi lafchement& mal heureufement enuers les Romains,& que foudain il en auoit receu tel fupplice, que les autres y prendroyét exéple,& fe garderoyent de ropre la foy promife. Toutefois que ce luy eftoit vn grand foulas en fes aduerfitez extremes, de voir fon ennemi mortel Mafiniffa eftre efprins de la mefme rage& fureur qu'il auoit.Car apres que Syphax euft efte vain cu& prins, Mafiniffa alla vers Cyrthe ville capitale du Royaume, laquelle il print,& y trouua Sophonifba, de laquelle il déuint amoureux: incontinent qu'elle l'eut comencé à flatter auec beaucoup de careffes, il luy promit aufsi de la delurer d'entre les mains des Romains:& à fin de venir mieux à bout de fon entreprife, il l'auoit prinfe en mariage. Ces chofes furent bien toft fignifices à Scipien, dequoy il fut grandement trouble. Car il eftoit tout notoire que Syphax auoit efté vaincu fous la conduite& par le moye des Romains,& pourtant tout ce qui auoit appartenu à luy eftoit fuiet à leur iugement: fi donc Mafiniffa auoit fans le co fentemét de Scipion entreprins de fouftenir la caufe de Sophonifba, il fembloit mefprifer la puiffance du Capitaine,& la maiefté du peuple Romain. Dauantage fon orde paillardife aggrauoit grädement fa faute, laquelle fembloit beaucoup plus infupportable, d'autat q la continece du Capitaine Romain eftoit pl grade, laquelle Mafiniffa asoit deuat les yeux pour pouuoir inaiter.Car Scipion outre les autres declaratios& demonftratios de fa vertu, s'eftoit toufiours abftenu des femes prifonnieres en tous les lieux où il auoit efté victorieux. Eftat doc grandemét courrou cé contre Mafiniffa, cobien que deuat la copagnie il n'en fift fem blant,& le receuft fort amiablemet ainsi qu'il retournoit au cap, toutefois puis apres le tirat à part, il le tanfa fi afprement, qu'il co neut bien que force luy feroit d'obeyr à vn Capitaine fort mode ré,& tout ensemble fort feuere. Parquoy il fe retira en fa tente tout pleurant,& ne fachat quel coleil predre: mais bien toft apres voyant qu'il luy eftoit impofsible de pouuoir tenir la promeffe qu'il auoit faite à Sophonifba,& que pourtant il en eftoit en gran de angoiffe, il luy enuoya du poifon auec quelque mandement: elle beut le poifon incontinent,& ainfi mourut, volontairement. Au refte les Carthaginoys apres auoir receu tant de fi gra des pertes l'vne fur l'autre, voyans que les chofes eftoyent redui tes à tels termes, qu'il ne falloit deformais plus penfer à augmen tet leur Seigneurie, mais feulemet confulter des moyes coment ils pourreyent garder leur pays, ils rappellerent Hanibal hors d'I talie. Lequel eftant haftiuemet retourné en Afrique, auant toutes chofes il fut d'aduis de parlementer auec P.Scipion touchant les affaires de la paix foit qu'il redoutaft l'heureux fucces du prefer ieune homme, ou bien qu'il fe defiaft de pouuoir autrement fecou SCIPT public ordon melan les cond Romain elperance excellens ca cat les rou es peblies Hannibal e que ce jour donne ic la com selton melme cefte meno prefer eftima fuppli te pro is alor pitaine tere tatout prier troyer rir edut men ment ວ rs d toutes ant les prefe fecoa bien Carle dine& part resentour qu le co SCIPION L'AFRICAIN. 1015 rir la chofe publique de fon pays, qui s'en alloit du tout en ruiné. Parquoy on ordonna lieu pour parlementer arofi qu'il l'auoit de mandé: là où eftans venus, il tindrent enfemble long prupos touchant de finir les difcords. Finalement Scipion propofa à Hanni bal de telles conditions, que par icelles il apparoiffoit affez que le peuple Romain ne fe fafchoit point de la guerre,& que luymefme, come ieune homme qu'il eftoit, auoit meilleure esperance d'obtenir la victoire, que grad defir d'entédre à la paix. Parquoy toute efperance de pouuoir faire appointement oftee, le colloque fur rompu,& le lendemain s'equiperent à la bataille deux braues & excellens capitaines des plus illuftres& nobles nations qu'on eut feu prouuer, pour dóner ou ofter en peu de temps à leurs chofes publiques la Seigneurie& empire de tout le monde. Le lieu là où ils defployerent toutes leurs forces& où fe donna icelle ba taille memorable, fut aupres de Zama, comme on dit: en laquelle les Romains victorieux tournerent en fuyte premierement les E lephans, puis les gens ce cheual, à la fin donnans dedas de plus grade furie, mirent toute l'armee en route. On dit qu'il y eut plus de quarate mille Carthaginoys que prins q tuez par les Romains. Hannibal efchapa fain& fauf d'vne telle defconfiture, combien que ce jour il n'euft laiffé de faire le deuoir d'vn vaillant& excel lent capitaine. Car en cefte bataille il auoit mieux arrangé& ordonné fon armee qu'onques au parauant,& l'auoit renforcée de la commodité du lieu,& des fubfides,& au plus fort de la méflee s'eftoit tellement maintenu enuers fes foldats, que les ennemis mefmes luy donnerent la louange de fouuerain capitaine. Apres cefte victoire Scipion trouuant Vermina fils de Syphax, lequel a menoit fecours aux Carthaginoys, il le mit en fuyte,& s'en vint prefenter fon armee iufques aux murailles& haure de Carthage, eftimant, comme il aduint, que les Carthaginoys le viendroyent fupplier d'auoir la paix. Car comme les Carthaginoys auoyente fté prompts& deliberez à entreprendre la guerre: autat eftoyet is alors mols& defcouragez, principalement voyans que leur ca pitaine Hannibal auoit efté vaincu, fur lequel ils auoyet mis leur entiere efperance de pouuoir garder leur pays.Parquoy ayas per du tout courage, ils enuoyerent ambaffadeurs vers Scipion, pour le prier qu'yfant de fa clemence accouftumee, il leur vouluft ottroyer la paix. Or il y auoit à Rome de grandes brigues touchant la prouince d'Afrique,& I'vn des nouueaux Confuls fe baftoir de venir pour faire la guerre auec charge pareille à fa dignité, parquoy Scipion craignat que la gloire d'auoir mis à fin vne fi grof fe guerre ne fuft attribuee à vn autre, il fe laiffa plus facilement gaigner par les ambaffadeurs Carthaginoys. La capitulauio doe des articles de la paix fut propofee aux Carthaginoys felon la vo lőté du vainqueur,& outre toutes autres chofes la flotte de toutes fff iii) 1016 SCIPION L'AFRICAIN. SCEP encore deliailles de Elia Pertus For Hen& de rou urent contin da Senat, lag Her a ceux qu leurs hou Guere lo donne pour leurs nauires& vaiffeaux fur laquelle ils fe fioyent grandement, leur fuft oftee. Quand on la brufla, ce fut à tous vn fi miferable fpe& tacle, qu'on n'oyoit que pleurs& lamétations parmy la ville, ne plus ne moins que fi Carthage euft efté ruinee de föd en coble Car felon aucuns, il y euft cinq cens vaiffeaux de toutes fortes bru flez- Telles chofes donc nous doyuent admonefter de la fragilité humaine, laquelle nous oublions bien fouuent quand les chofes nous viennent à fouhait.Car ceux qui au parauant ambraffoy ent en leurs cœurs l'empire de tout le monde, apres auoir empor té fur l'ennemi tant de victoires,& reduit prefque toute l'Italie fous leur puiffance,& afsiegé tant hardiment la ville de Rome, fu rent en peu de temps apres reduits à telle extremité, qu'eftât toute leur puiffance ruinee, il ne leur eftoit demeuré que les murail les de Carthage,& encore n'eftoyent ils pas affeurez de les pouuoir retenir fi ce n'eftoit par grace fpeciale de leur ennemi. Ces chofes faites, Scipion par le decret du Senat, ne reftitua point feulement le Roy Mafiniffa en fon royaume paternel, mais luy adiouftant vne bonne partie du tref- riche royaume de Syphax, le fit I'vn des plus puiffans Roys de toute l'Afrique: puis il fit des prefens à chacun felon qu'il auoit defferuy. Finalement apres auoir bien ordonné& appaifé les affaires d'Afrique, il reconduifit fon armee en Italie: auquel temps il arriua à Rome vne grande multitude de peuple, pour voir vn fouuerain capitaine de guerre retournant de l'exploit de tant de hautes entrepriſes.Par quoy il entra dedans Rome en tref- magnifique triomphe, le fuy uant Terentius Culeo Senateur couuert d'vn chapeau, à caufe que par le moyé d'iceluy, il auoit efté tiré de feruitude.Poly be efcrit que le Roy Syphax fut mené en triomphe, mais aucuns difent qu'il mourut deuant que Scipion triomphaft. Bien eft vray que plufieurs qui triompherent, les vns deuât, durant la guerre Punique,& les autres puis apres, durant la guerre Macedonique& Afiatique, firent porter deuant eux en leur triomphe beaucoup plus de vafes d'or& d'argent& menerent plus grand nombre de captifs: Mais vn feul Hannibal vaincu& la gloire de fi grande guerre paracheuee rendit le triomphe de P. Scipion tant celebre& excellent, qu'il furmonta facilement tout l'or& l'appareil& pompe de tous les autres. Car apres l'Afrique fubiuguce il n'y eut nulle nation qui euft honte de fe trouuer vaincue par le peuple Romain. Parquoy il fe fit de cefte prouince comme vne ouuerture& degré pour aller augmenter& e- ftendre la puiflance de l'empire Romain tant en Macedoine que en Afie,& autres parties du monde. Or eftant Scipion( lequel ie puis à bon droit maintenant appeller Africain apres la conque fte d'Afrique retourné à Rome, il neut pas faute de dignitez& hon-. promis que Quienate aller le fois repe re& in entre M de leur auec caufe ftoit, les C s'ado Patte contr luy, le Roma en tout de que Experi ayas ob avoyer & C. de Ru de la pe one. Ces neretica 20 mals ve priles.P J 8. er -01 que quel nque ez& hon SCIPION L'AFRICAIN. 8017 honneurs ciuils. Car en l'affemblee qui fe fift pour l'election des Cenfeurs, encore qu'il y en euft beaucoup des premieres& plus nobles familles de la ville qui briguaffent tel office, luy toutefois & Elius Petus furent preferez à tous les autres:& eftans creez Cenfeurs, fe gouuernerent en iceluy leur magiftrat en fort gens de bien& de toute concorde. Puis apres, les Cenfeurs enfuiuans efleurent continuellement l'vn apres l'autre Africanus pour Prin ce du Senat, laquelle dignité on eft accouftumé de feulement co ferer à ceux qui font paruenus à fouueraine dignité& honneur par leurs hauts exploits& grads bien- faits enuers la chofe publi que. Guere long temps apres, il fut derechef fait Coful,& luy fut donné pour compagnon Sempronius Longus, fils d'iceluy Sempronius que Hannibal vainquit en icelle grande defconfiture qui fut faite aupres du fleuue Trebie.Ce furent les premiers, dit- on, qui feparerent les Peres ou Senateurs arriere du peuple és lices qui fe dreffoyent pour regarder les ieux. Laquelle feparatio& di ftin& tion fut fort odieufe au peuple de Rome,& en fut courroucé contre les Confuls: par ce qu'ils fembloyent auoir en volonté d'augmenter l'honneur de l'eftat des Senateurs,& aneantir& auiller le leur. On dit aufsi qu'Africanus mefme s'eft aucunefois repety d'auoir ofté la couftume ancienne pour en introduyre& inftaler vne nouuelle.Il y auoit en ce teps- là grand difcord entre Mafiniffa& les Carthaginoys touchat les bornes& limites de leurs rerres, pour lequel appaifer le Senaty enuoya Scipion auec deux autres commiffaires: lefquels, apres auoir entendu la caufe de leur diffenfion, laifferent la chofe entiere ainfi qu'elle e ftoit, fans en vouloir rien decider. Ce qu'ils firent à cefte fin q les Carthaginoys, occupez& trauaillez de difcordes ciuiles, ne s'adonnaffent à entreprendre autres affaires, ou euffent loifir d'attenter quelque chofe de nouueau.Car il y auoit groffe guerre contre le Roy Antiochus,& Hannibal Carthaginoys eftoit auec luy, lequel ne ceffoit iamais d'irriter les vieux ennemis côtre les Romains, d'en folliciter& acquerir de nouueaux,& de confeiller en toutes fortes aux Carthaginoys de reietter le ioug de feruitu de que les Romains leur auoyent impofé fous titre de paix,& de experimeter l'amitié des Roys. Mais vn peu apres, les Romains ayas obtenu la victoire,& chafsé Antioch hors de la Grece, am brafferet auffi en leurs cœurs la dominatió de l'Afie:& pourtant auoyent- ils tous leur regard fur Africanus, come perfonnage né pour mettre fin aux guerras de grande importace.Mais L.Scipio & C.Lælius eftoyét Confuls,& chacun d'eux briguoit pour auoir le gouuernement& adminiftration de l'Afie.La chofe eftant mife en deliberation, le Senat eftoit en grand doute coment il don neroit iugemet des deux fi grads perfonnages. Toutefois pource que Lælius auoit meilleur credit enuers les Peres& eftoit en pl 1018 SCIPION L'AFRICAIN. grand eftime, le Senat commençoit à flefchir de fon cofté,& luy vouloit bailler la charge dudit gouuernement, quand P. Africanus frere aifné de L.Scipion pria le Senat de ne vouloir faire cefte honte à leur famille,& dit que fon frere auoit en foy de gran des vertus tointes auec bon confeil,& que luy- mefme feroit fon lieutenant.Il n'eut pas fi toft acheué de dire ce mot, que les Sena teurs le receurent en grande ioye,& leur ofta quant& quant tou te doute.Il fut donc arrefté en plain Senat que L.Scipion s'en allaft en Grece pour faire la guerre aux Etolies,& que de là il fift voile en Afie, fi bon luy febloit, pour faire la guerre à Antiochus & qu'il menaft quant& luy P.Africanus, à fin de l'opposer à Han nibal qui eftoit en l'armee d'Antiochus. Mais qui n'auroit en admiration la pieté de P.Scipion, laquelle dés fon ieune aage il declara premierement enuers fon pere Cornelius, puis apres aufsi enuers L.fon frere, les chofes eftant alors en tels termes? Et cowbien qu'il fuft iceluy Africanus qui auoit vaincu Hannibal, qui auoit triophé des Carthaginoys,& furpaffoit tous autres en lou ange& vertu bellique: il fe fumit toutefois de fon bon gré fous la puiffance de fon frere puifné, àfin qu'iceluy fuft preferé en l'ho neur d'obtenir la prouince à fon compagnon, qui eftoit fi bien voulu& auoit fi grand credit. Or L. Scipion Conful rapporta en fon pays grande gloire d'icelle guerre, ayant vié du bon confeil & fidele entremife de fon frere. Car paffant premierement en Grece, il fit treues pour fix mois auec les Ætoliens par l'aduis de Africanus, lequel luy confeilloit, que l'aiffant toutes chofes derrie re, il tiraft droit en Afie, là où eftoit le fort de la guerre. Puis il de ftourna de l'amitié d'Antiochus Prufias Roy de Bithynie, qui e- ftoit balançant çà& là fans fauoir à quoy fe refoudre, par l'entre mife d'Africanus. Aufsi eftoit l'authorité d'Africanus fort grâde & tous cenx qui vouloyet impetrer quelque chofe du Côful, s'ad dreffoyet à African' pour eftre leur aduocat& interceffeur. Arriué qu'il fut en Afie, l'abaffadeur d'Antiochus& Heraclides Byza tien vindrent vers luy pour porter paroles d'accord& d'appointement,& apres auoir publiquement declaré leur charge, voyat qu'ils ne pouuoyent obtenir conditions de la paix equitables, ils s'addrefferent particulierement à Africanus, comme il leur eftoit commandé,& cercherent tous moyens de l'attirer à l'amitié du Roy.Car ils luy dirent qu'Antiochus luy renuoyeroit fon ieune, fils, lequel il auoit prins,& que dauantage il le receuroit tref- vo lontiers pour compagnon au gouuernement& adminiftration de tout le royaume, referué feulemet le titre de Roy. Mais P.Sci pion non moins excellent en loyauté& bonté, que fouuerain en beaucoup d'autres vertus, apres toutes autres chofes leur refpon dit, que quant à fon fils, ille receuroit pour vn prefent fort agreable,& que pour vn plaifir particulier, il s'efforce roit aufsi deluy rendre SC chels que stales offres ky prop on fils e on d de Chal piltrauer dent auo ennemis Elee. C Africa abfence de ma cœur adult point tourn nage traine que a pres & ir enb tail & fo fes a efte gne tra chus Roy TOUG ce n'e toute pa Sumarend que Poppi megel sapres ad holes dertie Puiside une, yo ation P.Sci main en efpon delay SCIPION L'AFRICAIN. 1019 rendre la pareille. Toutesfois qu'il admonneftoit le Roy fur toutes chofes que quittant le penfement de la guerre, il receuft toutes telles offres& conditions paix q le Senat& le peuple Romain lay propoferoit.Bie toft apres Antiochus renuoya à P.Scipion fon fils comme il luy auoit promis: lequel auoit efté prins, comme on dit, dés le commecement de la guerre, ainfi qu'il paffoit de Chalcide à Oricum: ou felon que les autres difent, ainfi qu'il trauerfoit en vne fregate. Encores y en a- il, aucuns qui le difent auoir efté prins ainfi qu'il s'en alloit efpier le confeil des ennemis,& alors auoir efté renuoyé à fon pere qui eftoit malade à Elee. Cefte gracieufeté& courtoifie du Roy fut tref- agreable à Africanus,& non fans caufe: car voyant fon fils apres fi longue abfence, cela luy refit grandement fes efprits& le corps trauaillé de maladie. Mais P.Scipion pour demonftrer quelque figne de cœur non ingrat, fit remercier tres- fort Antiochus par les ambaffadeurs qui eftoyent venus vers luy, pour le bon tour qu'il luy auvit fait en luy renuoyant fon fils. Puis il luy confeilla de ne point donner bataille, iufques à ce qu'il entendift qu'il feroit retourné au camp. Antiochus efmeu par l'authorité d'vn tel perfon nage, fe tint quelque temps en fon camp,& deliberoit de faire trainer la guerre longuement, efperant qu'il pourroit auoir quelque acces vers le Conful par le moyen d'Africanus. Mais puis a- pres le Conful s'eftant campé aupres de Magnefie,& harcellant & irritant l'ennemi, le Roy ne fe peut contenir qu'il ne defcédift en bataille rangee. On dit qu'Hannibal fut prefent en icelle bataille, eftant l'vn des chefs pour le Roy. Antiochus eftant vaineu, & fon armee defconfite, voyant qu'il n'y auoit plus de remede en fes affaires, il fe retira vers Africanus, lequel releué de maladie eftoit arrivé au camp vn peu apres que la bataille euft efté gaignee,& par l'entremife d'iceluy il impetra du Coful, de pouvoir traitter de la paix. Venus que furent les ambaffadeurs d'Antiochus au camp,& qu'ils eurent demandé pardon au nom de leur Roy,& requis qu'on leur baillaft telles conditions de paix qu'on voudroit: Africanus refpondit par le commu accord de tous, que ce n'eftoit point la couftume des Romains de fuccumber aux aduerfitez, ne de s'efleuer en heureufe fortune. Qu'il luy prefentoit les mefmes offres& le mefme party, qu'il auoit fait auant la vitoire, Que le Roy n'entreprinft rien fur l'Europe, Qu'il quitaft toute l'Afie depuis le mot Taurus iufques au fleuue Tanais, Qu'il payaft tribut vingt ans de long, qu'il baillaft vingt oftages tels q le Coful les voudroit choifir,& q deuat toutes chofes il leur rédift Hanibal le Carthaginoys, lequel eftoic caufe& autheur de toute la guerre. Mais iceluy come nous auos efcrit en fa vie, voyant q la puiffance d'Antiochus eftoit rompue par mer& par terre, s'e ftoit fauué des mains des Romains,& retiré vers Prufias Roy de -iglut 1030: SCIPION L'AFRICAIN. Bithynie. Antiochus ayant accepté les offres& conditions de la paix, dit, que le peuple Romain vfoit enuers luy de fort grande courtoifie, le deliurant ainfi de grand foin,& luy ayant afsigné fi petit Royaume.Car les grands royaumes,& les trop grandes richeffes, que chacun toutesfois defire, font pleines de tant grades & tant variables fafcheries, que ce que Theocrite a efcrit, n'eft moins veritable que beau& elegant, pas Le ne defire point les rich fes auoir Du fils de Tantalus, encore moins fauoir Les leger- fuyans vents d'auancer à la courfe Mais qu'il mr foit permis, le long de quelque fource De claire coulante eau, chanter à mon plaifir Exempt de tout foucy, puis auoir le loifir De fouuent contempler du haut de quelque terre Les vagues de la mer, tant grandes puiffent eftre.. Vaincu que fut le plus puiffant Roy de l'Afie,& qu'vne fi grande guerre eut efté fi aifément paracheuee contre l'opinion de tous, le Conful s'en retourna à Rome,& entra en la ville en beau & grand triomphe. Il merita aufsi d'eftre furnommé du nom de la prouince par luy fubiuguee, de forte que comme auparauat fon frere auoit efté appellé Africanus pour auoir domté l'Afrique, ainfi feroit aufsi ceftuy- cy appellé Afiatique pour auoir reduit fous fa puiffance l'Afie.Et P. Scipion, par le confeil duquel Lafon frere auoit mené à heureufe fin fes entreprinfes, ne demeu ra pas fans honneur. Car bien toft apres, deux nobles Cenfeurs T.Q.Flaminius,& M. Claudius Marcellus l'efleurent Prince du Senat pour la troifieme fois. En ce temps- la, la famille des Scipions& Cornelius auoit receu toutes fortes d'honneur,& l'authorité d'Africanus eftoit paruenue à fi haut degré, qu'vn homme priué n'en euft feu defirer de plus grande en vne ville libre. Or l'enuie qui auoit efté cachee és cœurs des enuieux, ne pouuất plus endurer cefte leur grandeur, vint en la fin à fortir,& s'efpandre fur ceux qui eftoyent autheurs de fi grandes chofes. Car deux Tribuns du peuple, fubornez, dit- on, par Porcius Caton, adiournerent P.Africanus,& l'accuferent d'auoir retenu les deniers du Roy Antiochus fans les auoir reduit au threfor public. Iceluy eftant affeuré de fon Innocence, fe monftra obeyflant au Magiftrat,& auec vne finguliere affeurance s'en vint fur la place, là où il leut vne harangue touchant les chofes par luy faites. au profit& vtilité de la chofe publique: le recit defquelles chofes ne fut point prins de mauuaife part par la multitude qui e- ftoit là prefente, à caufe qu'il l'auoit fait plus pour euiter le danger qui luy eftoit appareillé, que par vaine gloire. Toutesfois les Tribuns non contens de cela, le pourfuyuirent fort& ferme à force d'iniures,& l'accuferent comme eftant coulpable, plus par fufpipapableles Ramban Hallence, que ce Carthagin ie fais cea Dieu femblee temples jour fu frican gran bene delib la m dem loyer ou b fre enne mes fon Ti Af tou по de me qui que adm par leil mada дсе men es. 70 les ما Centers des Sc libre 羊 SCIPION L'AFRICAIN. TORK fufpicions, que par viues raifons. Le lendemain eftant derechef adiourné, il comparut à l'heure afsignee& eftant bien accompagné de fes amis, paffa tout au trauers de l'affemblee& monta fur la tribune aux harangues. Alors quand il vid que tous auoyét fait filence, il dit: Il me fouuient, mes Seigneurs, que par vn tel iour que ceftuy- cy i'obtins vne belle victoire fur Hannibal& les Carthaginoys, parquoy laiffant tout eftrif& contention derriere, ie fuis d'aduis que nous allions au Capitole pour rendre grace à Dieu d'vne telle victoire.Puis il fe partit de là,& toute l'affemblee le fuiuit non feulement au Capitole, mais par tous les temples de la ville, laiffant le Magiftrat feul auec les Serges. Ce iour fut comme le dernier de l'heureux fucces de la fortune d'A fricanus, lequel reluifit plus que nuls autres auparavant, pour la grande affemblee de gens qui l'accompagnerent,& la grande beneuolence que le peuple luy demonftra. Car depuis ce iour, il delibera de fe retirer aux champs arriere de toute ambitio& de la multitude des gens.Il fe retira donc à Linternum, fafché gran dement de ce qu'il ne rapportoit que honte& ignominie pour le loyer de tant de benefices qu'il auoit faits à la chofe publique: ou bien pource que remply d'honneur& de gloire, il eftimoit e- ftre chofe plus vertueufe de ceder de fon bon gré à l'enuie de fes ennemis, que de vouloir maintenir fa grandeur par force d'armes. Et ainfi que les Tribuns l'accufoyent de contumace,& que fon frere L.excufoit l'abfence d'iceluy fur la maladie qu'il auoit, Tiberius Gracchus, I'vn des Tribuns qui eftoit en pique contre Africanus, receut icelle excufe pour bonne, contre l'opinion de tous,& defendit fi bien la caufe de Scipiou, ores le louant honnorablement, ores effrayant fes ennemis, que le Senat luy en feur depuis fort bon gré,& l'en remercia grandement: car il eftoit merueilleufement fafché de l'iniure qu'on luy faifoit. Il y en a qui ont efcrit, que Publius Scipion defchira de fes mains le liure que fon frere auoit apporté au Senat pour rendre comte de for adminiftration,& ce deuant qu'il fe retiraft à Linternum, non par malice ou arrogace, mais par la mefme confiance de laquelle il auoit aucunefois vfé enuers les Quæfteurs, quand il leur demada côte des ordonances, les clefs du threfor public, pour fubuenir à la necefsité de la chofe publique. Il y en a aufsi qui disēta ce ne fut pas African', mais Afiatic', lequel fut appellé en iugement par les Tribuns:& q P.Scipio eftant alors enuoyé en cómif fio à la Tofcane, retourna viftement en la ville quand il l'eut entendu:& que trouuant à fa venue fon frere L. condamné,& les Sergens prefts pour le mener tout lié& garrotté en prifon, il s'ef chauffa tellement de courroux, qu'il recourut par force fon frere d'entre les mains du Sergent& des Tribuns du peuple.Ils difent dauatage, que Tiberius Gracchus Tribun du peuple fe plaignas 1 8022 SCIPION L'AFRICAIN. SQ talls ben & qu pale ne Live to on trouue ulchre de A De So De E au premier que la puiffance du Tribunat eftoit violee& foulee aux pieds par vne perfonne priuee, laiffant puis apres derriere toute haine& inimitié qu'il portoit aux Scipios, il entreprint en la fin leur defenfe, afin que les Tribuns femblaffent pluftoft vaincus par vn Tribu, que par vne perfonne priuee. Ils difent pareillement que ce iour- mefme, ainfi que le Senat foup poit au Capi. zole, il auroit perfuadé à Africanus de donner fa plus ieune fille en mariage à Tiberius Gracch'. Cefte promeffe ne fuft pas pluftoft faite, que P. Scipio s'en retourna à fon logis, difant à fa femme, qu'il auoit marié leur fille, dequoy elle fut courroucee,& luy dit, qu'il ne la deuoit point marier fans le confentement de la mere, encore qu'il l'euft peu marier à Tiberius Gracchus. Cefte refponfe pleut grandement à Scipion, quand il vid que fa femme eftoit de mefme opinion, que luy, touchat le mariage de leur filJe.Ic fay bien, que ce que ie vien de dire eft attribué par aucuns à Tiberiss le fils,& à Appius Claudius fon beau- pere. Car Polybe& autres auteurs authentiques efcriuét, que Cornelia, laquelle enfanta Caius& Tiberius, fut mariee à Gracchus apres la mort d'Africanus. Car Africanus eut à femme Emilia fille de L.Paulus, lequel eftant Conful, mourut pres de Cannes pour la chofe publique.Il eut d'icelle deux filles, dont la plus grande fut marice à P.Cornelius Nafica,& la plus ieune à Tiberius Gracchus deuant ou apres la mort du pere. Quant au fils d'iceluy, on en trouue bien peu de chofes par efcrit, lefquelles on puiffe affeurer pour vrayes. Nous auons parlé de ce ieune qui fut prins par Antiochus& depuis renuoyé liberalement à fon pere, duquel les autheurs ne font aucune mention que ie fache, finon que quelques vns difent, qu'il fut puis apres Præteur,& qu'il impetra ceft office par le moyen de Cicereius fecretaire de fon pere. On trouue aufsi par efcrit qu'Africanus le ieune fut adopté par le fils de P.Scipio. M.Cicero au liure qu'il a intitulé Cato Maior: Cobien eftoit debile, dit- il, le fils de P. Africanus, celuy qui t'a adopté? Et au fixieme liure de la Repub. Emylius le pere admonefte Scipion fon fils de fuyure& obferuer iuftice& pieté, come a fait Africanus fon ayeul. Quant à la mort de P.Scipion, les autheurs en efcriuent diuerfement. Aucuns'y en a qui difent qu'il mourut & fut enfeuely à Rome: en foy de quoy ils mettet en auãt vn monumét qui luy a efté erigé aupres de la porte Capene, fur lequel y auoit trois ftatues, deux defquelles eftoyet de P.& L.Scipios,& la troisieme de QEnnius poëte. A quoy femble accorder ce que Cicero efcrit: Noftre Ennius, dit- il, a efté fort aimé d'Africanus le grand: pourtat eftime on qu'il a efté pofé au fepulchre de Scipio. Dautres autheurs y a(& le bruit en eft plus cómun) qui efcriuent qu'Africanus mourut à Linternum,& que là il fut enfeuely felon fon ordonnance, afin que fon pays, qui reconoiffoit tant Quant trouge te quat rang excelle fon efp moins que qua tiroit t uer al eftoit Couro retire Uoir tant grand àl'am files IA Prin onte ler estamere e la femme par aucuns Ca Pol da laquel presla pea pere.C als 12 - quel s,& que canus e Sch quick enfe oil SCIPION L'AFRICAIN. 1023 tant mal les benefices par luy receus, ne celebraft point fes funerailles:& que là luy fut dreffé vn fepulchre, fur lequel auroit efté pofee vne ftatue, qui puis apres fut abbatue par la tempefte, laquelle Liue tefmoigne auoir veuë. Dauantage aupres de Caiete, on trouue ces vers grauez en vn vafe de bronze qui eft en va fepulchre de marbre. Apres auoir vaincu Hannibal, prins Carthage, De l'Empire Romain augmenté l'apinnage, Sous ce marbre icy gift ferre le corps mortel De Scipion le grand, non le los immortel. Et c'il à qui iadis Europe plantureufe N'a pas feurfiltr, n'Afrique monstrueuse, De ce petit tombeau repofe au beau milieu: Tant peu l'heur des humains s'arrefte en certain lien. Quant au teps de fa mort, apres auoir longuement recerché, i'ay trouué en quelques orateurs Grecs, qu'Africanus a vefcu cinquate quatre ans,& que peu de temps apres il mourut. Audemeurant, çà efté vn perfonnage digne de toute louange bellique,& excellent en toutes autres vertus, defquelles il repaiffoit tellemét fon efprit, qu'il eftoit accouftumé de dire, que iamais il n'eftoit moins oifeux, que quand il eftoit à repos: ny iamais moins feul, que quad il fe trouuoit fans compagnie. Car aucunefois il fe retiroit tout expres de la trouppe& afseblee des gens, pour fe trou uer àl'efcart come en qlque port. Mais la gloire de fes hauts faits eftoit fi grande, que par tout où il alloit, toutes fortes de gens accouroyent pour le voir. Le bruit commun eft, que quand il fe fut retiré à Linternum, il y vint quelques brigands le faluer, pour a- uoir la veuë d'vn fi grad perfonnage,& pour luy toucher la main tant loyale& victorieufe.Car grande eft la force de vertu,& de grande authorité enuers toutes fortes de gens, veu qu'elle attire à l'amour,& admiration de foy non feulement les bons, mais auf fi les mauuais. LA COMPARAISON DE HANNIBAL A VEC P. SCIPION. R eft il teps que nous conferions en peu de paroles les faits& geftes de Scipio& d'Hanibal,& ce qui touche à leur difcipline ciuile. Premieremét fi nous venons à cofiderer leurs faits belliques, il eft tout notoire q tous deux ont efté fouuerains& tref- excellés Capitaines de guerre,& qu'ils n'ont pas feulement efté egaux aux plus braues Roys& Princes qui ayent efté de leur temps( combien qu'il fe trouuaft alors la fleur des plus belliqueux du mode) mais aufsi à ceux qui ont efté ancienemet.D'vne chofe ne me puis- ie affez efmerueiller c'eft, attendu les puiffans aduerfaires qu'ils ont eu en la ville, 1024 SCIPION L'AFRICAIN. reche.de T choles dy- Car en iren fon ca Februller to cruellemen Quant à S ient les b nous le & modere aufsi fort fes ennem & cleme pour ve en Hefp Prince ange? lefquels tafehoyent de renuerfer tous leurs confeils& deffeins, comment il a efté pofsible qu'ils ayent peu fouftenir tant& de fi grandes chofes, ou bien conduire à heureuſe fin fi grandes entreprifes és guerres eftrangeres qu'ils ont mené. Car afin que ie me taife des autres chofes, Publius Scipion quelle peine eut- il a- uant que de pouuoir obtenir qu'il fuft enuoyé en Afrique pour mener de pres la guerre aux Carthaginoys, Fabius Maximus& autres princes de la ville luy eftas du tout cotraires? D'autre part Hanibal quel aduerfaire auoit- il en Hanno, lequel eftoit Prince & chef de la partialité contraire? Ayant doc tous deux furmonté tant de difficultez qu'on leur a dreffees chez eux, ils ont mis à fin chofes dignes de perpetuelle memoire, non pas par quelques cas fortuit, come il aduient à plufieurs, mais par induftrie, par bó entendement& par confeil. Mais plufieurs ont en admiratió la fiereté& hardieffe d'Hannibal, qui apres auoir pillé Saguntus, ofa venir des extremes fins de la terre en Italie,& menat quat& luy vne groffe armee de ges de pied& de cheual, vint prouoquer vne tref- puifsäte chofe publique, laquelle fes predeceffeurs auoyent toufiours grandement redoutee,& apres auoir gaigné plufieurs batailles,& tué des Cofuls& des Capitaines, vint planter fon cap deuant la ville de Rome,& efmouuoir les Roys eftrangers& les plus lointaines natios à faire la guerre aux Romains. Celuy qui a feu faire telles chofes, ils l'eftiment auoir efté vn tref- grand& tref- vaillant Capitaine. Les autres venans à parler de Scipion, le louent& efleuent grandemet pour les quatre fouuerains Capitai nes par luy vaincus,& les quatre groffes armees qu'il a desfait& tourné en fuyte en Hefpagne,& pour auoir vaincu& pris ce gräd Roy Syphax. Finalement ils viennent à grandement louericeluy combat memorable, auquel Scipion desfit Hannibal en bataille ragee.Car fi Fabius, difent- ils, a efté loué, pource qu'il n'a pas efté vaincu par Hannibal, en quelle eftime aura- on Africanus, qui a rompu en pleine bataille iceluy tan: braue& redouté Capitaine, & a mis à fin vne guerre fi dangereufe? Dauatage, Scipion a toufiours fait la guerre ouuertement,& combatu ordinairement l'ennemi enpleine campagne.Et à l'oppofite Hannibal a toufiours v- fé de fineffes, rufes,& de toutes fortes de tromperies. Pourtat l'ap pellet tous les autheurs Grecs& Latins Capitaine tref- cauteleux & tref- rufé Dauâtage on loue Hannibal de ce qu'il a feu bien& fi long temps maintenir en paix& vnion fon armee ramallee de toutes fortes de nations, cependant qu'il a fait la guerre aux Romains, fans qu'il fe foit iamais efmeu en fon camp aucune feditio. D'autre part on le blafme qu'il n'a pas feu vfer de fa victoire, quand il eut des fait les Romains en icelle bataille memorable: qu'il a laiffé tellement corrompre fes foldats par les delices& vofuprez de la Capanie& Apulie, qu'il fembloit que ce fuffent tous autres és bonne gens do té auec S Hy en a verfe& en lang moy le de l'Or teticier d'vn fo re,& q fophe Grec ' en au deux on il audi his ainfi gil auoi mes, comm Embloit encore q bien dire guerre Car il de late de fac cates en Marima& elques ca par boe ato la f வல் & Lay quer vine oyent oncip & les qui and& Capital HANNIBAL. 1025 autres foldats que ceux qui auoyent desfaits les Romains aupres de Trebie, de Trafymene,& de Cannes. Tous autheurs reprennent ces chofes en luy,& ont en horreur la defloyauté& cruauté d'iceluy.Car entre autres chofes, quelle cruauté fuft- ce de faire venir en fon camp vne femme d'Arpi auec fes enfans,& puis les faire brufler tous vifs? Que dira- on de ceux lefquels il fit meu. rir cruellement au temple de Iuno Lucinia à fon partement d'Ita lie? Quant à Scipion finous nous arreftons pluftoft à ce qu'en efcriuent les bons autheurs, qu'à vn tas de calomniateurs& enuieux, nous le trouuerons auoir efté, vn Capitaine fort debonnaire & moderé,& non feulement braue& vaillant au combat, mais aufsi fort doux& clement apres la victoire.Parquoy bien fouuent fes ennemis ont experimenté la vertu, les vaincus fa mifericorde & clemence,& toutes autres fortes de ges fa foy& loyauté.Mais pour venir à parler de fa continence& liberalité, celle qu'il a vfé en Hefpagne enuers cefte ieune dame prifonniere,& Luceius Prince des Celtiberiens, n'eft elle pas digne de toute grande louange? Quant à leur fait particulier, ils ont efté tous deux inftruits és bonnes fciences,& tous deux ont aimé& eu en reuerence les gens do& tes.Car ainsi qu'on dit Hannibal a eu grande familiarité auec Sofillus Lacedæmonien, comme Africanus auec Ennius. Il y en a quelques vns qui efcriuent, que Hannibala efté tant bie verfé& excellent és lettres Grecques, qu'il a efcrit vne hiftoire en langue Grecque touchant les faits de Manlius Vulfo. Quant à moy ie m'accorde volontiers auec M.Tullius, lequel dit au liure de l'Orateur, que Hannibal a ouy en Ephefe Phormion peripateticien difputant auec beaucoup de babil, du deuoir& office d'vn fouuerain Capitaine& des loix& ordonnances de la guerre,& qu'vn petit apres, interrogué qu'il luy fembloit de ce Philo fophe, il refpondit non pas en trop bon Grec, mais toutefois en Grec: Qu'il auoit veu beaucoup de vieux refueurs, toutefois qu'it n'en auoit point veu de plus grand que Phormion.Dauatage tous deux ont eu fort bonne grace en leurs deuis familiers,& Hannibal auoit quelque chofe d'aigu& piquant en fes refponfes. Vne fois ainfi qu'Antiochus vouloit faire la guerre aux Romains,& qu'il auoit mis aux chaps fon armee, non tät bien equipee d'armes, comme ornee d'or& d'argent, il demanda à Hannibal s'il luy fembloit que cefte armee fuffit pour les Romains, Ouy Sire, dit il, encore que les ennemis foyent tref- auaricieux. Or cela peut- on bien dire veritablemet, que Hannibal a fait de grands exploits de guerre, toutefois ruineux& dommageables à fa chofe publique.. Car il donna l'occafion de la guerre tref- perilleufe& fut caufe de la totale ruine de fon pays.A l'oppofite Scipion a tellement gar dé fa chofe publique en fon entier conferué fon pays,& augme té la puiflance d'iceluy, qne ceux qui y viennent à penfer, ne fau10 able VO ttt j Litter 1026 SCIPION L'AFRICAIN. royent appeller autrement que ingrate Rome laquelle a mieux aimé qu'Africanus conferuateur d'icelle fortift de la ville, que de reprimer& rabatre la fureur& audace d'vn petit nombre de gens. Quant a muy, ie ne fauroye auoir bonne eftime de la ville qui a enduré fi lafchement l'outrage& vilenie faite à vn tant grand& plus qu'innocent perfonnage:& ne fauroye tant blafmer aufsi, comme ie l'eftimeroye blafmable, fi elle auoit aidé à luy faire c'eft outrage.Et de fait, le Senat, comme tous tefmoignent, a remercié Tiberius Gracchus, de ce qu'il auoit defendu la caufe des Scipions:& la commune fuyuant Africanus par tous les temples de la ville en l'aiffant là les Tribuns qui l'accufoyét a affez declaré quelle bien- vueillance& quel honneur elle portoit au nom des Scipions.Parquoy s'il failloit mefurer les cœurs & volontez des citoyens par telles chofes, on ne fauroit eftimer la ville autant ingrate en mettant en oubly la memoire des bien faits, comme trop molle& trop lafche endurat vn tel outrage: car il y en a eu bien peu, qui ayent voulu confentir à telle mefchanceté,& tous prefque en ont efté grandement fafchez. Mais Scipion qui eftoit homme de grand cœur, ne fe fouciant guere de l'enuie des ennemis, aima mieux quitter la ville, que de la vouloir ruiner par guerres ciuiles.Il n'a pas aufsi voulu venir co tre fon pays à enfeignes defployees, ny folliciter les nations e- ftranges& Roys trefpuiffans, pour auec leur aide venir forcer la ville laquelle il auoit embellie& ornée de tant de defpouylles & triomphes, comme on fait Coriolanus, Alcibiades,& plufieurs autres, defquels il eft fait memoire és hiftoires anciennes. Car on peut facilement entendre, combien il s'eft eftudié à conferuer la liberté Romaine, par ce qu'eftant en Hefpagne, il refufa le tiltre & nom de Roy qui luy fut prefenté: qu'il fe courrouça grandement au peuple Romain par ce qu'il le vouloit creer perpetue! Conful& Dictateur: attendu qu'il defendit qu'on ne luy dreffaft nulles ftatues, ny au lieu où on s'affembloit pour confulter, ny au fiege iudicial, ny au Capitole.Toutes lefquelles chofes ont e- fté puis apres conferees par les citoyens affuietis à Cæfar qui a desfait Pompeius. Telles donc eftoyent les vertus ciuiles d'Afri canus, qui font fouueraines& tref- vrayes louanges de continen ce.Or pour reduire en fomme toutes ces chofes, ces deux tref- re nommez Capitaines ne font pas tant à comparer l'vn auec l'autre en vertus particulieres& ciuiles( efquelles Scipion a beaucoup plus grand auantage) qu'en vertus belliques,& gloire de hauts faits& exploits de guerre.Au refte, il y a eu aufsi quelque fimili tude en leur mort, par ce que tous deux font trefpaffez hors de leurs pays: combien que Scipion n'a pas efté condamné par fa chofe publique, comme Hannibal, mais à voulu finir fa vie. hors de la ville par vn exil volontaire. DES M TE IN LAQ ordre gerbe de gu honneu par proue mal- he rinth le Ciel rint la p mort d ons confta Ema Elop fit e game tiche gefila Pour agefila LA Rela mier re de telmi defenda telleve les cons eftipe me des bien elle mel Mais guere de la co Caron everla Afri nen fre utre coup DEUTS fimil ne par ir la vie LA TABLE OV INDICE DES MATIERES PRINCIPALES CON TEN VES EN CE SECOND TOME des vies de Plutarque. EN LAQVELLE SE TROVVERONT EN LEVR ordre alphabetique Apophthegmes& Dits notables, Refponfes, Prouerbes, Oracles, Prefages, Vifions, Sacrifices, Stratagemes& Rufes de guerre& autres. o A. agefilaus mal- content de Lyfander & à quoy il l'employe par mefpris 140 FFAIRES d'Achaie là mefine mal- menez 910 cruauté d'Achæiens Achæiens mal. contens d'Aratus 904 honneur fait au fepulcre d'Achilles par Alexandre le grand quel 266 prouëffe d'Acilius 308 mal- heur en l'entrepriſe d'Acroco rinthe 906 Je Ciel fauorife à l'entreprife d'Acra rinthe& les difficultez la prife 907 903 mort quafi femblable de deux A& i- ons conftance en aduerfité 82 165 574 Ama Grec fignifie fang Efopus ioueur de Tragedies& qu'il fit en iouant 590 Agamenon difpenfe pour vn pris le riche couard d'aller à la guerre 142 Agefilaus boiteux fa genealogie, fa nourriture en enfance, fes mœurs 135 agelikus Roy de Sparte par le moye de qui 136 bonté d'Agefilaus enuers Leotichides là mef agefilaus condamné à l'amende pourquoy 137 agefilaus& Lyfander egalement reprehenfibles en quoy x; 9 agefilaus facrifie à fa fantafie Lyfander effaye à fe reconcilier à a- gefilaus 141 iufte tromperie d'agefilaus& fubtili té pour faire fon armee bonne 142 143 bon aduis d'agefilaus victoire d'agefilaus contre Tifapher nes& comment il gratifie Titauftes, qui luy fit trencher la tefte lå mefme faute notable d'agefilaus là met. actes vertueux d'agefilaus 144 agefilaus vainqueur de foy- mefme comment 146 mutuelle& correfpondante amitié entre agefilaus& le fils de Pharnabazus agefilaus grandement amy 14.9 148 brauade d'agefilaus pour fon retour en Sparte& fa bonté enuers les fiens 151 150 agefilaus grandement obeyffant au magiftrat & 152 ordre de bataille d'agefilaus contre les Thebains& vi& toire 153 fimplicité de vie d'agefilaus apres plufieurs victoires 154 ttt ij TABLE. Corinthe prinfe par Agefilaus 156 agis& Cleombrotus s'accordeng naturel d'agefilaus en matiere de ieux agefilaus fupporte vn mesfait malheureux grand amour d'agefilaus reproche d'Antalcidas à agefilaus dequoy aux Laconiens 156 484 agis trahy& mené prifonnier, fon là mef. 158 là mef. bon ordre d'agis en fon camp temperance d'agis bonté d'agis enuers Leonidas 485 racle par 486 487 plus gra ten dith c quoy ale marqu alexand ger, vid 494 Da au fubtile inuention d'agefilaus la mef. maladie d'agefilaus dommageable 163 trouble en Lacedæmone contre age165 filaus pourquoу le regne d'agefilaus au plus haut& au plus bas agefilaus contreuient à la couftume là mefme agefilaus ambitieux& opiniaftre 169 168 Sparte en decadence par agefilaus,& non releuce par luy là mefme agefilaus mal eftimé des Grecs pour 170 quoy menee d'agefilaus contre Tachos I'Ægyptien en mefchante chofe agefilaus prefere le profit public a l'honnefteté 171 170 172 agefilaus redouté de trahyfon dernier& braue exploit de guerre d'agefilaus, où mourut agefilaus 173 & combien il vefcut malice d'agefilaus oncle d'Agis 487 agefilaus par fon auarice ruine la bo ne loy d'Agis 49 auarice d'agefilaus agefilaus fe fauue au temple de la peur 493 397 genealogie d'agis 477.fo naturel 478 agis defireux de remettre fus les loix 47° de Lycurgus fage remöftrace d'agis à fa mere 480 articles des ordonnances d'agis 481 magnanimité d'agis 482 ordonnance d'agis non recque 48; proces& condamné à la mort par qui 490 fa conftance à la mort quelle 500. là mefme pourquoy la mere& grand mere d'agis pendues mort d'Agiatis femme de Cleomenes& conftance d'iceluy à cefte nouvelle tout le bien d'agis Roy de Lacedæmo ne valoit combien le trop aimer eft fouuent caufe de fai 445 re hayr comment Alcetas& Neoptolemus trahyftres 116 508 Vers 25 556 grace de le no xa alex C a 651 2 alex 8 alex Pho U Aclimus Albinoys robufte& bon combatant, fon harnoys pefoit combien genealogie d'Alexandre le grand, 254 fonges de fes peres& mere interpretation. Fables inuentees fur fa conception. le iour& moys de 255 fa naiffance Alexandre tanfé de fon pere pourquoy 292 258 les mignons d'alexandre bannis par fon pere alexandre foupçonné de la mort de là mef. fon pere alexandre centre la calomnie de De mofthenes 292 bonté d'alexandre enuers les Thebains par eux refufee& l'iffue là mefme repentance d'alexandre pour la ruine d'iceux 263 & fa bonté enuers ceux qui efchappe 264 rent alexandre vifite Diogenes& leurs Cont en 274 d'accord idas i la morte quelle dagis p de Clem y cel Ledamo moys p mort 292 喜歡 de la mel ie de De 25 les The pour la quiefch enes& de TABLE. deuis& quelle eftime il en eut 265 alexandre le grand tire vn heureux oracle par force 265 nombre de l'armee d'alexandre paffant en Afie& fa liberalité en fon plus grand befoin là mef. rien difficile à alexandre 266 à quoy alexandre eftoit aifement remarqué en bataille 267 alexandre bataillant en grand danger, fans le fecours de Clytus, la victoire contre les lieutenans de Darius& l'honneur qu'il fait aux foldats morts en la bataille là mefme& 268 vers de Menander en faueur de luy 269 grace d'Alexandre à honnorer Theo dectes où& pourquoy là mef. le nou Gordien, defnoué par alexandre comment alexandre fort malade, la caufe& cas notable en luy& en fon medecin luy prefentant vn bruuage la mef. 270 alexandre blecé à la cuiffe en la vi& oire contre Darius 277 alexandre ne faifoit la guerre que pour regner 273 Phonnefteté& foin d'alexandre enuers la femme& les filles de Darius là mef. continence notable d'alexandre tant en fait que volonté là mefme& 274 en, quoy alexandre fe conoiffoit mortel& en quoy il employoit le temps tout le iour, quand il auoit loifir là mef. en temps d'affaires alexandre dedaignoit tous autres paffe- temps 275 exercices d'alexandre allãt par pays, fa maniere de viure, defpenfe de table& fa conuerfation quelle 275& 176 alexandre le grand vanteur de foy? mefme 277 fonges d'alexandre eftant deuant Tyr& combien de temps il y fut 276 notable trauail& grandeur de courage d'alexandre là mef notable prefent enuoyé par Alexandre à Leonidas fituation& fondation d'Alexandrie en Egypte 278 279 alexandre fauorifé des dieux és deferts de Lidye 280 alexandre guidé és deferts par des corbeaux la mef. alexandre au temple de Iupiter Hámon& la refponfe qu'il luy fut faite, deuis auec Pfammon philofophe en Egypte& difcours là mefme 28 alexandre le grand n'abufoit point de l'opinion qu'on auoit touchant fa diuinité humanité d'alexandre euuers la femme de Darius la mef. alexandre le grand doux en victoire, comme afpre en bataille 283 ment briefue louange de la bonté d'alexadre là mefa ou fut la derniere bataille d'alexan dre contre Darius 284 alexandre ne s'eftonne pas facile285 accouftrement d'alexandre le iour de fa grande bataille& fa priere deuanticelle là mei. maintien d'alexandre apres fa grande victoire 287 liberalité gaye en alexandre 292 alexandre cachette la bouche d'Hepheftion,& pourquoy fuperfluité des delices és mignons ttt# 3 293 TABLE. 294 d'alexandre douce& fage remonftrance d'alexandre aux effeminez de fon cap, il fert d'exemple de trauail là mefme temperance de gentil courage en a- lexandre, opinion diuerfe touchant alexandre& la Roine des Amazones 298 chofe tref- notable en alexandre, il print l'habit& les pourquoy mœurs barbares,& fupporté en fes imperfections 299 difference de l'amitié d'alexandre enuers Hepheftio& Craterus 300 difsimulation d'alexãdre enuers Philotas 30 alexandre redoutable à fes amis pourquoy 302 grande cholere d'alexandre bien toft paffee& repentance ; 05 vers d'alexandre contre Callifthenes& mal- vueillance contre luy 307 alexandre le grand fe plaint de ne fcauoir nager, fa fimplicité& cour toifie enuers Acuphis alexandre le grand fait mettre le feu au bagage fuperflu de fon camp pour fon voyage aux Indes 308 alexandre ne veut eftre furmonté de courtoifie, fon Riche coup de beuuerie& vne tache en fes hauts faits d'armes les philofophes Indiens troubloyent les affaires d'alexandre le grand là mefme 311 exploit de guerre d'alexandre contre le Roy Porus là mefme& 212 orage faifant grand ennuy a alexandre alexandre bien prouident 311 312 difficile à gaigner làmefme notable deuis entre alexadre le grad & Porus& fa bonté enuers luy là mefme grand appareil d'armes contre alexandre & liber Phocion andre offre illes Prae 314 andre co metrius exandre re là mef. inuentions d'alexandre pour perpetuer fa gloire extreme peril& prouëffe d'alexandre contre les Malliens là mef me 385 Queftions tref- difficiles propofees par alexandre aux Gymnofophiftes bonté d'alexandre enuers les Gymnofophiftes figure notable de l'empire d'alexandre, fon ambitieufe priere aux dieux& l'extreme necefsité de viures en fon camp Diens quoy acc Palexa mort guerre 316 Cal grande quo tre p Ambio 317 loy 346 erreur ver Amb ne opin Ame 319 iuftice d'alexandre enuers les maluerfans& Phonnefte& liberale couflume en Perfe renouuellee par luy 318 magnificéce& liberalité aux nopces d'alexandre auec Statira fille de Darius& de Macedoniens auec dames Perfienes alexandre amoureux de Bagoas& fon empire en grand branle 318 Pris de bien boire par alexandre le grand figne du dueil d'alexandre à la mort d'Hephæftion alexandre aduerty de n'aller en Babylone, il fe desfie grandement de la faueur des dieux& de fes amis 322 mortelle maladie d'alexandre 324 mort d'alexandre le iour& Pheure là mef. • 319 32г de quel poifon alexandre eft foupçonné eftre mort 325 victoire d'alexandre contre Porus, alexandre non empoisonné& meAm C fubti hifto & Se Anax Cer cro mon A Lame fine te le gill lay fo Colex prod Gyp Calexan bale ODCES 39 gsk # 4 re Coup 3: 5 TABLE. nees fecrettes apres la mort d'ale- Antalcidas bien receu en Perfe& xandre là mef. amitié& liberalité d'alexandre en399 uers Phocion alexandre offre à Phocion de quatre villes l'vne 380 alexandre confpire la mort de De665 metrius alexandre reconcilié auec les Atheniens mort 578 à quoy accompare Demades l'armee d'alexandre le grand apres fa 918 guerre d'alexadre mal aifee à Iulius 367 grande crainte aux allemans, pourquoy& vaincus auec grand meurtre par Iulius Cæfar Cæfar 341 Ambiorix chef de la rebellion Gauloyfe contre Iulius Cæfar 346 erreur des Ambitieux touchant la vertu 927 141 Ambition eft dangereufe és gouuernemens publiques opinion d'Agefilaus touchant l'amitié 137 632 Ameres que c'eft à dire Amour& fageffe font mal- aifément enfemble 143 727 quel homme c'eftoit 775 Antæus auoit foixante coudees de long& fa fepulture par qui defcouuerte ୨୦ 51x SIS 637 639 fageffe d'Antigonus mort d'Antigonus quelle heur d'antigonus quel belle entre prife d'antigonus antigonus& Demetrius appellez premierement Roys par qui, titre par eux auparavant refufé 641 653 fubtile rufe d'amour hiftoire notable de l'amour enragé & inceftueux d'Antiochus fils de Seleucus& l'iffue Anaxagoras à premier efcrit plus certainement& hardimēt de l'accroift& defcroift de la lune 3x remonftrance d'Anaxarchus à alexandre le grand quelle& à quelle fin façon de faire des Anciens trahyfon d'antigonus en la furprinfe d'Acrocorinthe& faioye diffolue 888 749 40 les deux gouuerneurs d'Antillus fils d'Antonius& Fulura& de Cæfarion fils de Iulius Cæfar& Cleopatra traiftres Antipater mefprife entierement Xenocrates philofophe Athenien home de bien antipater auoit deux amis contraires de nature en Athenes 408 M.antonius defconfit par Hircius& Panfa Confuls Rom.. 696 notable& craintiue liberalité d'Any tonius furnommé Cretique 683 30% 463 fubtilité de Tit. Annius contre Tib. Graccus 534 Antalcidas fait paix ignominieufe 79° 694 fole ieuneffe d'antonius, à quoy it s'appliqua eftant allé en Grece& fon voyage en Eudee debonnaireté& proueffe d'antonius 685 forme de vifage d'antonius quelle& de qui il eft defcendu, de fes habits quels& fa liberalité 635 Antonius Tribun& Augure& partifan de Cæfar 687 Antonius lieutenant de Cæfar en Italie& hay pourquoy 889 ialoufie d'antonius fur Dolabella diffolution d'antonius là một me ett j TABLE. uiam& le ieune Pompee 790 692 merueilleufe liberalité d'antonius enuers Cleopatra& fon impudence conte ridicule d'antonius& aduerfaire de Dolabella applaudiffement d'antonius à Iulius Cæfar 693 Antonius& Octauiam en pique pour 696 la fuccefsion de Cæfar antonius defconfit par Odauiam& & deux confuls Romains, quel en aduerfité 67. où il fe retira& comment fut receu, parlement entre Octauiam, antonius& Lepidus où& dequoy antonius porte le blafme de la haine du triumuirat pourquoy,& fa diffolution 699 antonius& O& auiam font la guerre à Brutus& Cafsius vaincus& le honneur qu'il fit à Brutus mort 698 700 antonius furnommé philellen c'eft à dire amateur des Grecs, il retourne à fes diffolutions 701 antonius appellé Bacchus aux cantiques, mais cruel en exactions pour donner à farceurs& putains, il ne prenoit garde à fes finances 702 le comble de tous les maux d'antonius fut Cleopatra& comment il s'en accointa 703 704 feftins reciproques d'antonius& de Cleopatra antonius& Cleopatra le blafonnent Ivn l'autre,& appareil de banquet excessif outre mefure pour antonius 70; conte facetieux au fils d'antonius par argument fophiftique& la liberalité enuers Pautheur 706 facetieux conte d'antonius& Cleopatra& mamailes nouvelles à luy apportees 707 tr.aitté de paix entre antonius& O- & auiam 708 traitté de paix catre antonius& Otapuiffante armee d'antonius, la lourde faute qu'il fit& pourquoy 714 amoni 713 inhum Despatta pain d aire d'anco anité d'a de Brutus tonius ho poure victoire d'antonius contre les Parthes& leur brauerie contre luy 716. fidele guide d'antonius à fon retour 718 heureufe& belle armee d'antonius 519 difficile retraitte d'antonius de la guerre contre les Parthes grande famine au camp d'antonius 721 720 722 antonius aduerty des embufches des Parthes Auarice des foldats Romains met antonius en grand trouble 723 pafsio d'amour d'antonius 725& 739 partage fait par antonius à fes enfans 727 guerre ouuerte d'antonius contre Octauiam 728. equippage de guerre d'antonius contre O& auiam& diffolution d'antonius en temps de tels affaires 729& 7730 faute irreparable d'antonius, fon teftament leu deuant le peuple par O& auiam 735 prife de Q.Antill le pou Apelles dre le Aphran victor Louage yn mar Rom Menees aratus c 495 lafche aratus quo enfan hardi ferme les aratus ratus e dheyda 733 dang 740 arar grand appareil d'antonius pour la guerre Ordre de bataille nauale entre antonius& Octauiam Cæfar Combat d'antonius& O& auiam là mefme antonius fuytif auec Cleopatra 738 trifteffe d'antonius, comment il fe porta enuers les fiens& la fidelité, de fes wers 2 749 delic defes co te firs y de fes foldats TABLE. 740 746 prouelle d'antonius tragique mort d'antonius 747 antonius inhumé royalement par Cleopatra 750 comparaifon d'Hercules auec anto755 nius 550 victoire d'antonius fur Caffius 763 humanité d'antoniusenuers le corps de Brutus 872 antonius honoratus renuerfe Pentre prife de Nymphidius 916 Q.Antillius fergent tué au Capitole pourquoy& comment Apelles faillitau pourrait d'Alexadre le grand Aphranius lieutenant de Pompee victorieux des Parthes 209 louage d'Apollonius Rhodien 328 vn maiftre Arabe fe moquant des Romains en leur camp Menees d'Aratus Achæien aratus craint Cleomenes pourquoy 255 62 494 502 495 lafcheté d'aratus aratus s'enfuyt de Corinthe pourquoy 507 enfance& adolefcence d'aratus& 77 hardie entreprife d'aratus fermeté d'aratus en fon entreprinfe, les grandes difficultez aratus execute fon entreprinfe fans effufion de fang 878 880 881 886 892, aratus en grande perplexité particuliere louange d'aratus obeyffance d'aratus à fes Capitaines & fa liberalité enuers qui en grad danger pour le bien de fon pays 882 aratus bien voulu de Ptolomee pour quoy, liberalité de Ptolomee en uers aratus& de luy enuers les fiens nes 883 vers à la louange d'aratus,& ialoufic entre les Roys pour l'amour de luy 886 menee d'aratus pour Acrocorinthe & honnorable comparaison pour 887& 890 aratus Profperité d'aratus en la prinfe d'acrocorinthe 892 aratus peculier ennemi des tyrans 893 ment rans comment proueffes d'aratus empefchees com894 aratus moqué par les flatteurs des ty 897 aratus douze fois capitaine general des Achæiens 899 aratus blafmé pourquoy contre aratus en fes commentaires 901 fineffe d'aratus aratus premier de la Grece par tren te trois ans, decline de fon honneur& refufe le party de Cleome nes 900 90% 907 aratus attire Antigonus en Achaie 905 aratus reduit en neceffité irremediable quelle 906 Aratus blafmé pour la mort d'Ariftomachus& faute luy eft imputee 910 aratus defconfit par les Ætoliens& deuenu lafche de courage pourquoy Irg Aigreur du ieune aratus contre le Roy philippe 913 aratus fe retire du Roy philippe 93c aratus perfecuté des mignons du Roy Philippe là meime aratus ayant efté Capitaine general des Achæiens empoisonné par qui & de par qui 915 höneur aux funerailles d'aratus 916 Archidamus condamné en amende d'auoir efpoufé vne petite femme pourquoy argent eft le nerf de la guerre 135 512 TABLE. foldats Argyrafpides que c'eft à dire 124 Ariafpes s'empoifonne foy- mefme 784 Arioniftus eftonné de la prouëffe de Iul.Cæfar 842 en quoy Alexandre le grand monftra fa haine enuers Ariftote 329 Ariftoxene des fingularitez au corps d'Alexandre le grand 259 Arrogance deçoit fon homme 144 genealogie d'Artoxerxes& fes noms diuers 7578758 debonnaireté d'artoxerxes 760 bataille entre artoxerxes& fon fre763 re Cyrus Artoxerxes en extreme foif trouue l'eau corrompue bonne 767 iugement droiturier d'artoxerxes en uers ceux qui auoyent fait contre leur deuoir quel, il s'approprie le meurtre de Cyrus 768 artoxerxes fait grande careffe à Antalcidas pourquoy, 775 artoxerxes fait entrebatre les Grecs comment& fe fait feigneur de la mer par Conon artoxerxes amoureux de fa propre fille& l'efpoufa 772. comme encore il fit l'autre nommee Ameftris 777 artoxerxes mene guerre aux Cadufiens, fon armee, la nature de ce peuple& de leur pays là mefme grande famine au camp d'artoxer778 bagues& ornemens d'artoxerxes de quel pris, fon trauail au befoin& & fa bonté enuers fes foldats 779 par foupçon& desfiance artoxerxes cruel, fes enfans debatent de la fucceffion auant qu'elle foit efcheue artoxerxes meurt de douleur Hiftoire d'Afpafia xes 774 780 785 780 moлfure d'Afpid 743 le peuple d'Athenes hayffoit la philofophie naturelle pourquoy 31 dueil en Athenes pour la ruine de Thebes 264 cruauté du peuple d'Athenes athenes remife en fa liberté de Democratie par Demetrius 612& 613 athenes affiegee par Demetrius en laquelle entré qu'il y fit 661 extreme neceffité durant le fiege où le pere& le fils fe combattirent pour vne fouris morte 962 Vers de Euripides en faueur des a- then.fur le mal- heur des Syracufains defaftre au camp des atheniens deuant Syracufe grand trouble& grande perte au camp des Atheniens grande defconfiture d'atheniens par mer& toute efperance perdue au camp mac es effope Gaulo Car anec gr 412 lle execution par Ale balas copa flat mal bonne de 333 les bons ner q Bourg 25 trabyfo tre[ Brutus 24 geneal bon na 830 lettres 33 brutus ton tit brut 507 Ca ef gou 322 G Piqu 479 di 488 brut 333 Ro 16 tura 29 louange des atheniens par Alexan399 dre atheniens rigoureufement traittez par Antipater le mont Atho, propre à faire l'imad'vn home quelle& qui l'enge treprenoit faire Auarice eft l'abolition des fain& es loix l'auarice fait trahir l'ami Aurelia mere de Cæfar B honnorable banniffement forme de banqueter eftrange,& non 317 Barfene aimee d'Alexädre le grand ouye & les bones códitions d'elle 275 il faut commencer vne bataille en furie 240 attente de bataille grandement effrayable à tous hommes 645 diuerfes opinions pour dilayer ou donner Min la pl Denatis en fe combative faver d des Strate par 1 & non grand elle ataille en 240 dement es 65 TABLE. 966 donner bataille merueilleufe machine de batterie 669 les Belges eftoyent les plus belliqueux Gauloys vaincus par Iul. Cæfar auec grand meurtre 343 quelle execution de iuftice de Bef fus par Alexandre le grand 279 Bibulus copagnon de Cæfar au cofulat mal traité 217 la bonne deeffe enuers les Romains 333 les bons font plus faciles à gouuerner que les mauuais 538 Bourguignons amis des Rom. 348 trahyfon de Decimus Brutas contre Iul.Cæfar Brutus fe tue foy- mefme genealogie de brutus proces criminel fait à brutus& fes complices 850 for une fauorable à brutus& Caffius louange de brutus 856 857 brutus fait la guerre en Lycie 858 Execution de Tuftice par brutus enuers celuy qui auoit donné confeil de tuer Pompeius 86% brutus droiturier en iugement 862 brutus eftoit de nature vigilant& dormoit peu pourquoy 863 affeurance de brutus en monftrueufe vifion. belle armee de brutus 463 874 379 384 829 parlement de brutus& Caffius liberalité de brutus à fes foldats 875 876 879 bon naturel de brutus& fon eftude 830 831 lettres Laconiennes de brutus brutus vilement employé par Caton, plus republicain que vindicatif 832 brutus toufiours au camp eftudie, Cæfar eft foigneux deluy penfant eftre fon pere comment 833 gouuernement de brutus fur les Gauloys 834 pique entre brutus& Caffius& leur different 835 brutus en bonne opinion entre les Romains 837 brutus en grand foucy pour la con840 iuration faute notable de brutus heur de brutus, trouble en fon camp & fon humanité enuers fes prifonniers 87% vne feule faute de brutus en toute fa vie 866 maintien de brutus apres la desfaite 886 paroles de grand coœur& dernieres de brutus& fa mort 872 mort de Bucephal cheual d'Alexandre le grand& fondation de Bucephalie ville en l'honneur de Bu cephal Bulima que c'eft à dire C Calanus gymnofophifte mort 842 fa 316 Calé en langage Indien fignifie Dieu vous gard là mefme reformation du Calendrier par Iul. le peuple a brutus en reverence 843 deux notables fautes de brutus 848 lettres de brutus à Ciceron 846 brutus s'enfuyt hors d'Italie 850 brutus fait fes apprefts pour la guerlà mefme brutus malade de la bulimie c'est à 826 dire famine& pourquoy re Cæfar 374 Calippus trayftre execrable& fubtil 85t calippus iure le grand ferment romdilayer TABLE. T pu par luy là mef Callifthenes& Anaxarchus en conla mef. trouerfe pourquoy 305 pourquoy callifthenes eftoit aimé de tous& fuyuoit Alexandre le grand tortuofité de callifthenes, vrayement philofophe, eloquent mais non fage 306 calomnies à l'encontre de callifthelà mef. quoy fert vn camp endurcy à toute peine nes à fa mort, toutesfois couards pourquoy 886 594 Lucius Catilina, fon naturel, fes actes mefchans& coniurations coniurez de catilina condamnez& executez à mort 604605 catilina desfait par Antonius 6.8 Caton d'Vtique defcouure toutes me nees par toute fa vie, reprehenfion louable en caton rigoureufe opinion de caton contre Cæfar victorieux des Alemans area de to hiphie quel ere occaf d'ique el& mani notable 218 lonel d'v toire ftu 95 80 fur Ath 94 louange de caton Famitie 45 que f 152 te ho 84 94 114 & pourquoy 83 bonne iffue fur le refus de la fufdite alliance caton refufe l'alliance de Pompee, 217 424 Simplic 214 luy 215 caton caton De grand appareil en vn camp eft nuifible Canathre que c'eft fagefle de Capitaine furprins conditions d'vn bon capitaine expertife d'excellent capitaine excellens capitaines borgnes Carthage& Corinthe repeuplees par Iul.Cæfar 373 Cafca fut le premier qui frappa Iul. Cæfar 81 defcription du gouffre de la mer Caf piane 207 223 Caffander en extreme frayeur d'Alexandre le grand Caffius defcouure la trahyfon de l'A rabe 61 proueffe de Caffius Scæua 339 Caffius meurtrier de Iul.Cæfar e- ftoit epicurien 383 & difcours d'iceluy fur l'apparition des fantofmes& efprits 859 Caffius hay ffoit la tyrannie dés fon enfance 835 caffius honneftemét admonnefté par Brutus 855 difcours de caffius fur les paffions de l'ame 758 proteftatio de caffius à qui& dequoy & quand 63 mort de caffius 64 infolence des foldats de caffius apres caton refifte vigoureufement à l'iniu fte requefte de Pompee caton redouté pour fa droiture 223 feuerité catonienne 226 caton pouruoit au bien public contre Iul.Cæfar en quoy calu: 334 caton de noble maifon, fa genealogie & fon enfance 416 liberalité liberale de cato d'Vtique, il efcrit des vers à l'imitation de Archilochus comment& pourquoy caton d'Vtique dedaigne le prix de honneur de vaillance à luy offert par Gellius fon Capitaine& quel le eftime on en a là mef. Caton d'Vtique n'alloit qu'à pied par les champs, chef fur vne legio 421 420 Conftance inflexible de caton d'Vtique& par toute la vie, coniecture du naturel de Caton d'Vtique dés fon enfance faite en quoy 417 caton d'vtique eftant encore enfant, en iouant fait ceuure vertueux& eft defiré capitaine des enfans en quoy 418 la na enc C cat t cat con cato Ca C Caton eentan ertueux& enfans 0 de canoe TABLE. caton d'vtique preftre d'Apollo 419 Bien hereditaire de caton d'vtique zelateur de toute vertu& de philofophie quelle là mefme Premiere occafion publique de caton d'vtique, fon exercice corporel& maniere de viure 420 gain notable de caton d'vtique, co lonel d'vne legion Romaine 422 victoire ftudieufe de caton d'vtique fur Athenodorus 423 l'amitié fraternelle de caton d'vtique fait calonier fa vie, fa retraitte honnorable fa charge expiree 424 fimplicité de caton d'vtique par les chaps& conte ridicule de ce qui luy aduint à Antioche 425 caton d'vtique grandement honnoré de Pompee 426 caton d'vtique reiette les prefens de Deiotarus, deuant que demander la Quefture il lit les edits con cer nans ceft office& fa feuerité en iceluy 427 encore fa diligence& feuerité en i- celuy 430 caton d'vtique pourfuit les meurtriers de la profcription de Sylla 429 caton d'vtique pourfuit l'office de 423 424 Tribun pourquoy coniuration de Catilina caton d'vtique peu heureux du cofté des femmes& hiftoire notable de luy,& Hortenfius qui luy demanda fa femme 426 benignité de caton d'vtique enuers fon ennemi 431 caton d'vtique refifte à la faueur de Pompee 214 caton d'ytique refufe l'alliance de Pompee 437 fi caton d'vtique fit bien ou mal de refufer l'alliance de Pompee 438 442 malice de Cæfar& Pompee coneue par caton d'vtique 439 caton d'vtique gaigné à viue force par Ciceron en quoy caton d'vtique feul redouté des feditieux: pourquoy luy fut decretee commiffion, afin de l'enuoyer hors de Rome mal accompagné 443 caten d'vtique confeille Ciceron de ceder au temps pourquoy& grauité de Caton enuers Ptolomae 445 447 caton d'vtique s'acquitte bien d'vne charge& pourquoy Munatius le point à haine preuoyance de caton d'vtique contre le naufrage de la mer 448 fortune enuie ufe de l'heur de caton d'vtique, Il mefprife l'honneur mondain 449 caton d'vtique refifte à Ciceron vou lant ofter les tables faites par Clo dius durant fon Tribunat 448 menees de Craffus& de Pompee contre caton d'vtique 449 caton d'vtique predit les mal- heurs qui procederent de Cæfar& de Pompee quels upte 45C perfeuerance de caton d'vtique pour le bien public 452 caton d'vtique Præteur ne fait honneur à fon eftat comment& fon ordonnance fur ceux qui deuroyent eftre admis aux offices publiques& l'iffue iuftification de caton d'vtique contre les calomnies de Clodius 454 45% perplexité des accufez à caufe de ca ton d'vtique luge comment 465 caton d'vtique a peu de foucy d'auoir efté debouté de l'office de TABLE. Confulat que pour luy- mefme a- uoit brigue 458 caton d'vtique refifte aux menees de Cæfar, qu'il defcouure& quad, chacun iette fes yeux fur luy là mefme caton d'vtique reprent Martia pour femme apresla mort d'Hortenfius 459 dequoy eft blafmé par Cæfar& la refponfe prife d'cu là mef. dueil extreme de caton d'vtique pourquoy,& dir Are grande incertitude au gouuernement des dieux 460 pourquoy bon confeil de caton à Pompee en la guerre ciuile, il ne fe fert de luy pourquoy la mef. caton d'vuque efchauffe feul les cœurs des foldats de Pompee 467 notables prefens par caton d'vtique & choifit de deux maux le moindre 46; ronde refponfe de caton d'vtique, à Pompee 458.& 459 cato d'vtique caufe de la desfaite de Cæfar deuant Dyrrachium 461 caton d'vtique fauue la vie de Ciceron 46: caton d'vtique feul accepté chef des Romains, il empefche Scipion d'v ne execution cruelle 463 caton d'vtique s'efforce de fanuer les fenateurs eftans dans vtique& le reconoiffent pour leur fauueur 468 caton d'vtique refolu de fe faire mou rir notables faits de caton d'vtique dans Vtique 469 463 caton d'vtique garde qu'vtique ne foit pillee par les Romains 470 caton d'vtique fait conoiftre le defir qu'il a de mourir 472 conftance& raifons de caton d'vaique au defir de fa mort là mef caton d'vtique à fa mort leut deux fois Platon de l'ame 47 mort violente de caton d'vtique par fa main propre 474 funerailles honnorables de caton d'v tique& fon aage incontinence& proueffe de Portius 474 caton erreur de Cecilius naturel de Cecinna& fa femme 952 Cephifus riuiere d'Athenes 164 menee de Cæfar pour paruenir aut Confulat M.Celar f là một 56. ftpend Cala quoy calar e gra 52 en tr 53 10755 pl ap Cala d 216 217 Cæfar auancé par Craffus& Popee, & fous quel pretexte le gouuernement des Gaules de li& deçà les Alpes& de l'Efclauonie decreté à Cæfar 221-& prolongé pour cinq ans deportement de cæfar en fon premier confulat sun alliance entre cæfar, Pompee& Pifo cæfar menant guerre és Gaules, la fait fecrette à Rome,& grandemet honnoré par les Romains de dans Luques 344 Cæfar obtient contre Pompee à Rome 229 cæfar douteux en fon entreprife de guerre ciuile,& trouble à Rome pourquoy cæfar dedans Rome fe porte humainement05 221 232 C2 Jan det ma I 232 C2 cæfar fe met en deuoir de paix auec Pompee 229 cæfar fe porte doucement là où il eft le plus fort cæfar cerche paix auec Pompee tantoft apres, quafi vaincu par ledit Pompee G235 les gens de cæfar promptement ran gez en bataille& auec quelle legion Ca deux bige pr roper ee R Rone ta ledit 231 elle le gion il combattoit TABLE. 238 victoire de cæfar contre Pompee 240 d'Ale xadre le grand pourquoy, il eft bon en paix& en guerre. fes ordonnances fur les vfures 335 louange de cæfar vainqueur par la mence de cæfar trompant tout le mo quoy 242 327 bouche de Pompee vaincu Iul.Cæfar fuit la fureur de Sylla, fut prins par les courfaires,& mis à raçon, qu'il augmenta, comment il fe comporta auec eux, à la fin les fit pendre Iul.Cæfar ne veut obeyr à Silla pour 326 cæfar en grande ieuneffe afpire à grande chofes, il a le fecond lieu entre les plus eloquens, efcrit contre caton, aduocaffe& bien voulu à Rome pourquoy fes enuieux trompez 3: 8 Ja contenance de cæfar trompoit les plus fins, par qui premier fa fineffe apperceuë 3.9 cæfar capitaine de mille hommes de pied& la bien- vueillance du peuple enuers luy& Qu'efteur là mef. cæfar Præteur 3: 3 la magnificence de cæfar& premier reftaurateur des images de Marius 33° dettes de Iulius cæfar auant fes offi ces publiques la mef.& 335 magnificēce de cæfar Aedile& veut remettre fur la ligue de Marius 3: 0 brigue de cæfar pour le fouuerain pontificat qu'il obtint contre les plus grads en authorité& fufpe& de la coniuration de Catilina 331 cafar en grand danger de mort 332 cæfar repudie fa femme pourquoy 334 cæfar defire pluftoft eftre premier en vn village, que fecond à Rome pourquoy& pleure l'heur de en fa brigue du Confulat qu'il obtint 33.5 menees de cæfar pour atteindre à l'Empire là me f Iul.cæfar gouverneur des gaules& chofe vileine par luy faite durant fon confulat 338 cæfar grandement aimé de fes foldats& le moyé qu'il tenoit à cefte fin 339 cæfar s'expofe à tout peril,& ne fe laffe du trauail, la ftature& habitude de fon corps, fa maniere de viure, il eftoit fuiet au mal caduc 340 il s'exerçoit à dicter lettres en cheuauchant par les champs& à four nir deux fecrettaires enfemble& inuenta le premier de parler à fes amis par chiffre de lettres tranfpofees là mef. ciuilité& grand exemple de bonté en cæfar& fa premiere guerre qu'il eut en Gaule contre qui& la victoire 341 342 cæfar contre les Allemans cæfar s'aide de l'occafion, fes menees à Rome.bataille contre les Belges & Tournefiens& victoire 343 grande ioye à Rome pour la victoire de cæfar contre les Tournefiens, facrifices, fefte& proceffions inufitees à caufe d'icelle la mefme que faifoit cæfar abfent, pour difpofer les chofes de Rome à fa deuotion 343 grand honneur fait à cæfar par les Romains hors Rome là met cafar trompé par les fpes& Tenterrides, il baftit vn pont pour paffer outre le Rhin 345 TABLE exploit de cæfar és Allemagnes en terre 18 iours& fon voyage en Angle346 toutes les Gaules efleuees contre cafar& rufe contre Ambiorix vaincu ner 347 350 victoire de cæfar contre Vercingen. torix 349 trefnoble exploit d'armes de cafar deuant Alexia là mefme cæfar& Pompee cerchent de fe ruilà mef. menees de cafar& Pompee P'vn con tre l'autre& la prouoyance de cæfar& fa liberalité enuers les foldats de Pompee brauerie dans Rome d'vn des capines de cæfar 35 raifonnables conuentions de cæfar à Pompee là mef. figne de dueil à Rome pour la diffenfion de cæfar& Pompee 352 refolution finale de cæfar fur fon entreprife contre Pompee 354 cæfar en foixante iours feigneur de Italie 355 cæfar en Hefpagne contre les lieutenans de Pompee, qu'il luy aduint en chemin& l'iilue là mefme 357 cæfar ayat efté Dictateur vnze iours feulement le nomma luy mefme Conful& pourfuiuit fon entreprife là mefme murmure de fes foldats contre luy& la mef. la repentance tout femble facile à Cæfar, fa perilleufe entreprife& grandeur de courage de fes foldats 358 extreme neceffité de viures au camp de cæfar& le grand danger où il fut,& chaffé iufques dedans fon camp là mefme prauoyance de cæfar à d'eftroit de viures contre les ennemis plus puiffans qne luy, maladie peftile tieufe en fon camp 360 ordre de bataille par cæfar contre Pompee 363 opinion de cæfar contraire à celle de Pompee touchant le choc de bataille en quoy 374 cheualiere Romaine mife en route par la prenoyance de cafar là mef clemence de cæfar apres fa victoire, le nombre des morts de la part de Pompee 365 liberalité de cæfar apres fa victoire & fon deportement, la tefte de Pompee luy eftant prefentee là le mefme plus doux fruit que cæfar difoit re ceuoir de fa victoire tra 248 366 366 Cæfar fit mourir les meurtriers de Pompee menees de Photinus pour fufciter envie à cæfar qui le tue ayant aueré qu'il luy vouloit faire la pareille, il recocilie Cleopatra à fon frere à quelle condition cæfar victorieux du Roy d'Aegypte & du Roy Pharnaces 368 Cæfarion fils de cæfar& de Cleopalà mộf le veni, vidi, vici, de cæfar pour declarer à vn fien ami la foudainetà de fa victoire là mer cæfar contraint d'endurer Piniuftice de fes miniftres,& fa promptitude au voyage d'Aique contre Caton, Scipion& luba, où en fon cap fut neceffité de viures 369 deux mauuaifes rencontres à cæfar en Affrique,& fon incroyable diligence, par laquelle il print trois camps en bien peu d'heure 37° trois triophesde cæfar en vn teps 37. cæfau efleu dictateur perpetuel pour E quoy Col queli de cal fa pro quoy calar e dep que & pour no fo Cala me de le p g Enqu Ca Ca ha contre tile en voe de la pale mour de yable guay TABLE 372 quoyme nombre de peuple Romain de deuat & apres la guerre ciuile, quatrieme Cófulat de cæfar, il va en Hef pagne contre les enfans de Pompee& fa victoire 371 en quel iour fut la derniere bataille de cæfar, qu'il dit auoir efté pour fa propre vie, le triomphe de laquelle defpleutaux Romains pour Antoine& qui en aduint, 695 amitié de cæfar enuers Brutus& qu'il en dit contre Caffius 834 traits notables de cæfar là mef. les flateurs de cæfar caufe de fa mort 8,8 la coniuration d'icelle là mef admirable conftance des coiurez de la mort de cæfar 839 honneurs decretez aux coniurez de quoy como ob 372 la mort de cæfar cafar efleu dictateur perpetuel& fo 10 deportement Song 373.845 que Ciceron dit auoir fait cæfar en re dreffant les images de Pompee là mefme exfar tafche d'acquerir la bie- vueil lance de la commune& des gråds & comment 20101373 pour le defir que cæfar a de fe faire osnommer Roy, eft hay du peuple& fon excufe 375 cæfar fonde le cœur du peuple par -quel moyen bug or 376 meurtre de cæfar où, parqui, comment& fon deportement en iceno luying 0381.& 342 decret du fenat fur les ordonnances de cæfar& fur fa memoire, le tumulte que fit le peuple apres a- uoir ouy lire le teftament de cæfarosh nol 382 le peuple Romain cerche faire vengeance des meurtriers de cæfar la mefme s 383 en quel aage il fut tué punitio de mort fur deux des meurtriers de cæfar 384 fignes au ciel& la terre plaignent a- pres la mort de cæfar& l'iilue 383 cæfar fait Cato prifonnierpourquoy, & Piffue 843 funerailles publiques à cæfar quelles far tumulte contre les coniurez de Celà mef. le ieune cæfar fauorifé pourquoy mussion par Ciceron 846 ledit cælar vaincu par Brutus& prét fon camp 862 victoire de cæfar fur Brutus 869 defcription des champs Elyfiens 90 qui appellez Charonites à Rome& pourquoy no: 699 4 51621 10318 560897 Catalepfis que c'eft à dire refponie d'vn vaillant Chef contre fes fuborneurs felicité d'vn bon chef Platon d'vn bon chef d'armee& de fes foldats youpo918 magnanimité de Chelonis femme de Cleombrotus 488 bon exercice pour cheuaux ne bougeans de l'eftable 122 Choa, c'eft la fefte des morts& qu'o by faifoit 56356741 Ciceron rappelé par les menees de pompeedoollim agniy yu 219 ciceron premier explorateur de l'intention de cæfar& qu'il difoit de 329 332 luy cicero engarde que Cæfar ne fut tué comment genealogie de Ciceron& l'etymolo 624 gie de ce nom 583 enfantement de Ciceron quel,& en 443 cæfar raui de l'eloquence de Cicero contre fon vouloir harangue funebre de cæfar par M., VVV J TABLE. quel iour, fon enfance& inftitu- ciceron fupporte impatiemment fon tion exil là mef les maisons de ciceron bruflees en la ville& aux champs par Clodius. trouble pour fon rappel,& 16. sapres fon exil receu auec gra mois cache ura v 614 tiple de quo 616 Cleon tie ciceron n'eft employé en la guerre ciuile par Pompes pourquoy 6.8 ciceron fe retire vers cæfar& le recueil qui luy fut fait 6.9 exercice de ciceron durat la monarchie, dictions Grecques mifes en vfage Latin par luy mm 620 il eft prompt à efcrire vers& combien en vne nui& t 1621 ciceron repudie Terentia& pour587 il fuyuit les armes& les laifia pour là mef. quoy premiere caufe plaidee& gaignee par ciceron, pour qui& contre de joye qui, de l'habitude& difpofition de fon corps, de fa voix,& de fon efiu ciceron craintif en armes& plaidoide à Athenes 588 ries 615 ciceron blafmé d'eftre ioyeux, mo- ciceron efleu vn des preftres augu589 queur en fes playdoyeries res de Rome aduenture de ciceron digne de rifee ciceron gouuerneur de la Cilicie, où fur l'opinion de foy- mefme, il eft il fit guerre,& nommé Imperator tref- defireux de gloire, fa diligen 617 ce a fauoir les noms de fes citoyés, noleur qualité& c.faricheffe, il ne prenoit aucun falaire de fes plaidoyers 591 ciceron plaide fans gain pour les Siciliens contre Verres, fa liberalité envers le peuple, fes richeffes& fa cultez, le douaire de fa femme 592 ciceron preferé à tous en fa brigue de præture ciceron emporte le Confulat par def fus Catilina 595 confiderations de ciceron fur la puabnition des coniurez de Catilina pourquoy 603 ciceron appellé pére du pays par decret du peuple 200606 Antonianes de ciceron furnommees par luy Philippiques 607 ciceron maiftrife par fa femme 61 ciceron accufé d'iniufice 611 ciceron s'accouftre de dueil& auec luy vingt mille noble Romains& Jafcheté de Popee enuers luy 612 ciceron donne la ftatue de Minerue, qu'il reueroit grandement, au caapitale, luy forti de Rome Clodius Je fit bannir par arreft de peuple 613 593 quoy il eft impatient en aduerfité là mefme ciceron innocent de la coniuration de cæfar, pique entre ciceron& Antonius pourquoy 2622 ciceron abufé par Octauian commét 624 ciceron s'enfuit& fon deportement 625 ciceron eut la tefte couppee, où, par qui& en quel aage, qu'il fut fait de fa tele 628 louange rendue à ciceron par cæfar là nefme ftyle de ciceron ciceron tref cupide d'honneur 630 ciceron dit qu'Antonius eft caufe de la guerre ciuile 629 ciceron partifan d'Octauian contre Antonius 692 là mefme cinna tué pour l'amour de Popei' 178 ingratitude de Vibius& Vergilius enuers ciceron 619 Cle Cle am COM g con mer Н A VIC cle cle dep VICE le art C cinn a en la peles de la Cal e enla gen cle 6 CODU Sper' TABLE. cinna ami de cæfar porte peine de cleomenes pourquoy 509 382 grande entreprife de Cleomenes, 486 Piffue la mefme brauade de cleomenes contre Antimort pour autruy Claria, que c'eft à dire notable faute de Clearchus 778 clearchus prent grand plaifir à fe peigner& donne fon anneau à cacheter à celuy qui luy recouura vn peigne 772 teple de clemece bafty à cæfar pour37° quoy Cleombrotus de race royale Spar30 tienne gonus is 511 cleomenes fe moque d'Antigonus 518 louange de cleomenes au fait de la guerre& defconfit par antigonus pourquoy& par quel moyen 512 cleomenes trahy par Demoteles cob513 cleomenes, s'enfuyt 514.ou eft le recueil qui luy fuc fait 516 cleomenes craint eft hay en Aegypte pourquoy eft empefché de re491 ment Cleombrotus enuoyé en exil par qui 489 Cleomenes fils de Leonidas 493 amour& clemence de cleomenes enuers fa femme là mef. comparaison de cleomenes à A- gis la mef. confideration royale de cleomenes à fon nouuel aduenement là mef. menee de cleome. a l'encontre des Ephores pourquoy& le moyen pour venir en fes deffeins 496 victoire de cleomenes contre les Achæiens là mefme cleomenes rend raifon du meurtre * des Ephores 498 cleomenes ne veut regner feul,& qui il s'affocie, temperance en fon camp 194 deportement de cleomenes enuers ceux qui auoyét à faire à luy & de fa table ordinaire 501 victoire de cleomen. fur les Achæaliens 501& 502 0502 les articles de paix cleomenes trompé par aratus coinment Piffue 504 articles de paix prefentez par cleomenes à aratus refufé 501. qu'il en aduint 506 cleomenes promptement fauorifé & defauorifé de fortune là mef. affranchiffement des efclaues par tourner 547 520 cleomenes trahy par nycagoras 518 fuperbe entreprise de cleomenes& fes compagnons furieufe mort de cleomenes& fes an compagnons, combien il regna 52r infolence de Clitus hiftoire fur la mort de clitus tué par qui Clodius defguifé en habit de femme en la maison de cæfar quand& pourquoy 521 302 304 335 clodius acculé de lefe maiefté diuine parqui& d'incefte 334 clodius tribundu peuple contre les loix, ennemi mortel de ciceron, il fe bande contre pompee 448& 48 infolence de clodius tribun contre ciceron& extreme rigueur clodius tué par Milo 612 616 facilité comique de Clodius cæiar quelle& enuers qui 925 Cleodones& Mimallones, que c'eft adire 254 cleon corrupteur des bonnes loix d'Athenes par quel moyen& de qui cleopatra alla voir cæfar vvv ij 8 366 TABLE. Magnifique magnificence de cleopa bue la caufe 243 703 louange de Cornelia fille de Scipion 523 704 732 tra allant vers Antonius Jouange de cleopatra en plufieurs fiennes graces quelles Jettres d'amour de cleopatra efcrites en cryftal ou cornaline infolence de cleopatra enuers les meilleurs amis d'Antonius la mef, Ja fuite de cleopatra eft caufe de la victoire d'Octauian contre Antonius 7,8 749 grande entreprise de cleopatra 747 Cleopatra prife viue où, par qui& pourquoy cleopatra defire mourir apres Antonius,& le piteux eftat auquel elle eft 751 courage de cleopatra& fon oraifon ftatue de cuyure à cornelia mere des Graques difcours, Cofmographic Cotylon ou boutyllon contre la couardife notes d'infamies fur les couards quel les& où braue promeffe de proueffe de Craffus à cæfar 60 promeffe tenue là mefme Ambition de craffus pale 544 24 711 698 crable 163 tre cra 55 Voyage là Craff b Joua lour crail 36 fe 38 CO craf Rom 139 P Arr 6 inc ma 46 1 Ma 6 mau Up 43 craffus conful 52.acte magnifique de craffus oma là mer. modefte ieuneffe de craffus pourquoy auaricieux, quelles eftoyent craffus accufé d'incefter bonne opinion de craffus touchant Pinftruction des efclaues& la richeffe funebre au tombeau d'Antoniusfes richefles 732 75 mort de cleopatra quelle pourquoy les hommes de bon fens doiuent combattre. 311 difference entre Comedie& Tragadie 657 il ne faut juger le comencemét par Peuenement de la fin 81 franchife de parler de Cófidius à cæ far pourquoy 337 Joy Romaine enuers celuy qui de335 373 887 mandoit le confulat Corinthe& Carthage repeuplees par cæfar d defcription de Corinthe, fa fituation & de la commodité Corinthiens irritez contre Aratus pourquoy maintien notable de Cornelia apres la mort de fes deux fils Tiberius & Gaius Gracchi 555 Cornelia femme de Popee digne de louange 225 Trifteffe de cornelia en l'infortune de fon mari Pompee& s'en attriprompte obeyffance de craffus eftant conful au peuple auec fon excufe 51m ciceron mal voulu de craffus là mef. craffus chef contre Spartacus il obtint le moindre triomphe nommé Ouation pour la victoire 50 fecrette menee de craffus, cæfar& Pompee fafcheufe liberalité& grauité de craffus 44 craffus modefte en defpenfe de table, fon eloquence vtile à quoy& fa courtoifie quelle& enuers qui 41 craffus fuytif pour crainte de Marius, où il s'alla rendre, à qui& le traittement qui luy fut fait,& oobien de temps là mef. deportement de craffus au fortir de fa cachette, à qui il alla& coment il fut receu là mef.& 42 auarice de craffus, qu'il blafmoit en autruy er les t C de de Scipin celia mere scruande que e de romedie tee magnifique de lame pour schoyent 18 chant t n excule cus 65 ure o calar& Ma le ir de ment & 4 TABLE. 44 autruy honneur diuerfement acquis par craflus& Pompee 43 ambition de craffus non maligne fa refponfe pecuniaire pour cæfar de combien craffus s'oublie grandement pour fon ambitieufe efperance 51 execrables imprecations iettees contre craffus par qui& la maniere 55 voyage de craffus vers les Parthes là mefme craffus& le Roy Deiotarus s'entrebrocardent. là mef. louange à craffus mefprifee 57 lourde faute de craffus là một craffus bouche l'aureille au bon con feil& aux diuinations& refufe fe cours 61 craffus trompé par vn Arabe là mef. Romains mal meneż par craffus& 62 l'ordre de fa bataille Arrogance de craffus& prefomptio 6y op 64 ce comment 54 Craterus fort aimé des foldats pourquoy fa proueffe 118 tué 116 Cratippus philofophe difpute de la prouidence auec Pompee vaincu par cæfar en fa fuyte police Cretique 244 824 579 les proces de la couronne Ctesiphon & le iugement quel remonftrances notables de Curio pour cæfar contre Pompee il fut ouy du peuple à grande ioye 352 12 232 naturel du Cyprez comparé à vr grand langager par qui 40% & 403 Cyrus en langage Perfien c'eft à di re, foleil 757 cyrus accufé de confpiration contre fon frere Artoxerxes xes on 759 il fe banda contre luy pourquoy 760 Cyrus dreffe armee contre Artoxer762 lourdes fautes en l'armee de cyrus 1764 1 diuerfes opinions fur la mort de cy766 nouuelle de la mort de cyrus ioyeufe à Artoxerxes là mefme courte dague proprement en Latin là mef. Dolon 53⁰ inconfideration de craffus magnanimité de Publius Craffus, fa mort& d'autres Romains67 Marcus craffus grandement troublé 65 67& fon camp là mef. mauuais confeil& ambition de craf fus caufe de fa ruine& defordre en fa retraite les trois ligues en Rome du temps de craffus 2.7971 craffus forcé par fes foldats de faire leur volonté 37 74 rus D 270 grande armee de Darius contre Alexandre le grand Darius reiette le bon confeil d'Amyntas 271 75 opulence du Roy Darius en fon camp craffus moqué par les Parches trahyfon de Surena enuers craffus & fa mort par quitué mm 74 iniquité de craffus mauuais foupçon contre craffus 8 exceffine defpenfe vne fois faite par craffus enuers qui no Crailus& Pompee confuls par for272 darius& fa femme beaux perfonages 273 complainte de darius pour la mort de fa femme& la refponfe 287 VVV Djj TABLE. darius ialoux de la vertu d'Alexandre,& louable priere d'iceluy aux : 83 le Roy darius s'enfuyt à val de route dieux 277 780 darius declaré Roy par fon pere& requefte qu'il luy fit le Roy darius prifonnier pourquoy & condamné à mort par qui 78; & 784 par qui la gorge luy eft coupee& là mef. où ietter le dé mot de Cæfar eft fe met tre à l'auenture 20 Decade lieu en la prifon de Sparte, où on eftrangle les condamnez à la 490 mort Demades mefprifé à Athenes pourquoy 585 T 206390 demetrius Poliorcetes fauue demetrius phalerien, il prentla ville de Megare, il eft en grand danger pour fon incontinence 640 demetrius victeur de Menelaus par ide 645 demetrius victeur de Ptolomæus en Cypre& fa clemence apres fa vi& oire mer poureme demetrius demetrius demetri ures 648 demet efp dem ille 45& 646 diffolution de demetrius& l'indulgé ce de fon pere enuers luy naturel à louer en demetrius, il s'addonnoit à chofes grandes 6.9 appointement de demetrius auec les Rhodiens& fa profperité en Gre noce. Logé au temple de Minerue à Athenes& fa diffolution en iceluy 652 effort de vilenie de demetrius enuers vn beau ieune enfant& l'iffue ma gnanime& tragique de l'enfant & infame 409. tué où& par qui 4t naturel de Demades& l'opinion de Theophraftus de luy 567* demades compare l'armee d'Alexan dre le grand apres fa mort au Cy clops polyphemus Demetrius ferf affranchy le plus aimé de Pompee& fon deportement 210 9: 8 demetrius philofophe Peripateticien 470 demetrius Poliorcetes, fa genealogie fes mœurs& habitude du corps& comparaifon de luy à An tonius en quoy 634 naturel de demetri& qui il imitoit, fa grande amitié enuers Mithridates contre le vouloir de fon pere 635 2p demetrius& Ptolomee vainqueurs & vaincus I'vn par l'autre& la reciproque gracieuleté demetrius prent Babylone fur Seleu638 heur de demet.fur la prife d'Athe. cus 957 1953 demetrius en Pelop.& qu'il y f 7654 demetrius confrere des fain& s myfte res d'Athenes contre l'ordre accouftumé 1 au 655 demetrius vaincu par Seleucus s'enfuyt à Ephefe.demetrius mal receu par toute la Grece. il refait fon ar 68 mee demetrius apres fiege eftroit ayant pris Athenes vfe de clemence& li beralité enuers les vaincus 663 deux victoires de demetrius contre les Lacedæmoniens& fa fortune plus amiable qu'en nul autre la mefme pas 110m demetrius fait mourir Alexandre& eft efleu Roy de Macedoine 666 humanité de demetrius enuers les Thebains 5669 arrogante fuperfluité de demetrius 9 prom & mut b fuc & Mendas yak រាង យ dre se rek 63 666 etrics 6.9 Gre TABLE. & inacceffible aux Macedon. 671 trius grand appareil de guerre de deme672 demet rius eft guerroyé par tout& a bandonné de fes foldats s'enfuyt pourement demetrius releue fa fortune 567 conie& ture tiree par demofthenes de la voix, gefte& accent. Philippiques de demofthenes contre Theopompus efcriuat de demofthenes. il eftoit ferme en for opinion 574 673& en quoy ne le falloit fier en luy .675 570 demetrius efpoufe Ptolomeis 676 oraifons compofees par Demofth. demetrius en grande necefsité de vi ures recour à Seleucus 677 demetrius fait la guerre comme defefperé 175 la force de l'eloquence de Demofthe là mef. 573 nes 678 couardife de Demofth. demetrius delaiẞlé de fes foldats s'en fuyt 679 il fe veut occire, il fe rend à Seleucus 679 prompte mutation enuers demetrius & confiné par Seleucus 680 mutation de vie de démetrius, notable difcours fur l'eftat des Roys, fa mort& pompe funebre fuceffeurs de demetrius demetrius Phalerien facetie de demoćares notable comparaifon mife en auant par Demofthenes 576 Demofthenes de prifon s'enfuyt en exil& la bonté de fes ennemis enuers luy 578 Demofthenes retorque brauement la comparaifon de Pytheas 579 Demofthenes rappellé d'exil, l'honneur à luy fait les loix violees 681 682 580 914 Demofthenes derecheffugitif d'A656 thenes fe met au temple de Nepri né, où il print du poifon dont il mourut, la maniere,& c. $ 83 Diuerfes opinions fur la mort de Dé mofthenes& Phoneur qui luy fut fait 584 hiftoire notable de l'honnefteté de cœur& magnanimité de Democles c'eſt 663 Democratie que 641& 643 Demofthen.accufé dc temerité 29 de Dieu 585 781 le vouloir de Dieu eft ineuitable 86. 322 demofthenes fe donne de fon efpeé louange de Demofthenes dedans le corps 35 ftyle de Demofthenes quel là mef genealogie de demofthenes orphelin Diane furnommee Anitis à quel aage, fes biens paternels, aduertiffement cótre les mefprifeurs mal gouuernez par fes tuteurs 562 demofthenes mal entretenu de ieuneffe aux efcholes.il eftort foible & grefle, pourquoy fur- nommé Battalus, qui l'efmeut d'eftüdier en eloquence 563 fous qui eftudia demofthenes& fon premier exercice à plaider que!& contre qui, fon indifpofition à haranguer& le remede& Piffue là mefo femble ton Dion& Brutus comparez.800. en872 bon naturel de Dion, inftruit par Pla 785& 786 franchife de parler de Dion au tyran. fa femme& fes enfans 788 bonté de Dion prinfe en mainiaie vvv inj part TABLE. là mef. le fauoir 793 calomnies contre Dion Jettres de Dion aux Carthaginoys, baillees à Dionyfius, trahy& mené par force en Grece& le trouble qui enfuyuit fes richeffes 794& 795 mœurs de dion addoucies par quel moyen, honnefte liberalité de Dio aux Atheniens& fa conuerfation quelle, fait bourgeois de Sparte 797 803 preparatif de Dion pour mener guer re au tyran Dionyfius 800. pouruoyance d'armes& de viures& tourmente fur mer facrifice& feftin de Dion abord de dion à Minoa de fon bon commencement 80% renfort au camp de dion entree de dion en Syracufe fa proueffe& bon ordre dion inflexibile 801 Sicile& 804 8.06 807 809 menees par enuie encontre dion 810 Dion fe retire auec fes foldats hors Syracufe, fa bonté enuers les Syra cufains, bien receu des Leontins 814 Dion feul recours des Syracufains en leur extreme calamité 807 fa victoire contre Nypfius& fa bon té enuers les mutins 819& 820 notable remonftrance de Dion là mef. le chafteau de Syracufe rendu à dio par qui& comment il fe porta enuers fa femme 822 les yeux de tous fichez fur dion& luy en tous fes actes fur l'Academie& fon aufterité inflexibile en uers le peuple 28 824 à quoy luy efcriuit Platon menees contre Dion à fon feu fans 825 le fils de Dion fe tue comment& 826 pourquoy dion par qui mis à mort& comment fa femme mife en prifon, où elle accouche d'vn beau fils& la mort de Dion vengee 8.7 & 828 Dionyfius le tyrán efpoufe deux fem mes en vniour& fon deportement enuers elles 787 Dionyfius fait vendre Platon en Pifle d'Eginete 788 eftrange desfiance& crainte extreme de Dionyfius Dionyfius tyräniquement amoureux de Platon Dionyfius permet enuoyer à Dion ce qu'on veut de fes biens Dionyfius retient le reuenu de Dion pour crainte qu'il a de luy, il eft de fireux de Platon Dionyfius feurement liberal 799 798 Demetriu Dit notabl 471 Dit aduer Dit de mal790 à qu Dit du ne fo 795 autre 795 : 60 Dit de vain & eu Dit de Ca Dit d fe CO Dit la autre Dit 804 me 807 Dit fa 813 autre Ver 815 592 145 621 Dit 197 Dit Dionyfius fait vendre les biens de Dion à l'encan& en prend les der niers, il n'aime point Platon là mefme Iniquité de Dionyfius enuers Dion & fa femme 799 eftrange aduenture au meffager allant vers Dionyfius abfent de Sici le à l'arriúce de Dion trahyfon de Dionyfius Dionyfius s'enfuit en Italie infortune de Dionyfius en Nypfius fon Capitaine Dit notable d'Agefilaus & 149 autre notable dudit de iuftice, auquel il fe contraire autre fur la caufe de fon retour d'Afie 775 Dit notable d'Alexandre le grand pour vn Roy& vne autre en faueur des meres 294 D Dit dedefin deprimet 1 395 Dion de les de Dia 799 Sici 804 TABLE. Dit facetieux d'Agefilaus& de fon fils Demetrius 649 xenocrates Dit d'Antipater 45 Dit d'Ariftippus Cyrenien 798 Dit hautain de Callifthenes à Alexandre le grand& pourquoy 307 Dit fententieux de Pompee& Caton 230 Dit notable de Caton d'Vtique 471 Dit aduentureux de Cæfar 354 Dit de Cæfar, qu'il luy eftoit plus mal- aifé à dire que faire, quoy& à qui 357 Dit dudit fur la fuffifance de fa bonne fortune autre fur la faute de Pompee 360 359 Dit de Pompee eftonné& eftant vaincu par Cæfar& de Cæfar vi& eur 364 Dit de Cæfar fur fon amour enuers Caton d'Vtique s'eftant tué 370 Dit de Ciceron apperceuant la fineffe de Cæfar cachee fous contenace courtoife 329* Dit magnanime dudit fur la mort& la vie autres dits dudit 370 378& 379 Dit de Brutus vaincu contre foymefme 871 373 Dit facetieux de Ciceron autre par equiuoque fur ce mot Verres& rencontre fur Sphinx 592 autres dudit 607.508,609.619,620 621 Deiotarus& la refponfc de merme 55 Dits derniers de Craffus en l'honeur des Romains 73 Dit de Demofthenes fur le dire de Phocion Dit de Democritus Lacedæmonien à Aratus de Cleomenes 506 Dit d'Archidamus fur ce qu'il peut fuffir à la contribution de guerre 509 Dit notable des aimans 738 567 568 autres dits de Demofthenes autre par comparaifon 581.autre par impatience de complainte 584 là mefme Dit honnefte& de bon cœur de Dio 822 Dit d'Ariftippus le Cyrenien fur la liberalité de Dionyfius le tyran 898 Dit hardy de Hybreas à Antonius 702 544 & l'iffue Dits de Gaius Graccus Diuinatio de C.Cornelius fur l'heure de la bataille de Cæfar contre Pompee& de la victoire 365 Domitius craignant Cæfar fe penfe empoifonner par vn bruuage qu'à fa requefte luy fut baillé, non poifon 356 Difcipline& vie Dorique quelle& par qui inftituee 503 Drufus Tribun bandé contre Gaius Gracchus par quel moyen 547 Dolon en Latin proprement fignifie courte dague 53% 801 E Eclipfe interpretee qu'Ecprepes Ephore fit à vn muficie 484 merueilleufe prudence naturelle en vn Elephant 3.2 Elepolis, engin à prendre villes 650 defcription des chaps Elyfiens 89 Empedocles touchant les Elemens 636. punition des empoisonneurs en Perfe 774 merueilleufe inuention pour fe faire aimer de fes ennemis 150 Dit facetieux de Graffus au Roy Epaminondas homme excellent en TABLE. 161 63 quoye exploit de guerre d'Epaminondas au Peloponefe mort d'Epheflion infuportable à A- lexandre le grand, facrifices en fes funerailles magnifiques 321& 322 acte notable d'Ephores contre les Roys de Sparte& lefdits Ephores 484 y auoyent efté inftituez Ephores premierement inftituez pourquoy Ephores tuez par qui& pourquoy 497 498 621 Epoche que c'eft à dire Epicure philofophe en extreme famine, Athenes afsiegé nourrit fa famille comment 663 loy mal- heureufe d'Epitadeus ephore par haine de fes fils 480 Erafiftratus medecin conoit la maladie d'Antiochus prouenue d'amour comment& fon aduis courtifan 667 Efchines blafmé de blafmer Demofthenes pourquoy 576 Efpions dignes de grands falaires& louanges 84 condition des durs d'Efprits& d'entendemens 416 touchant les apparitios d'efprits 785 genealogie& dexterité d'Eumenes IO TII Eumenes aimé de Philippe de Macedoine pourquoy& comment il fut aduacé, hay d'Alexandre pour quoy là mef. ingratitude d'Eumenes enters Alexandre le grand fageffe d'Eumenes apres la mort d'Alexandre Eumenes delaiffé gouverneur d'Armenie par Perdiccas 113 Eumenes capitaine general contre Antipater& fa victoire par premoyance contre Neoptolemus& II 2 & l'offre qu'Antipater luy fit 114 vigilence d'Eumenes Eumenes donne bon ordre en bataille τις qui& yent 116 par Ale proueffe d'Eumenes, il tue Neoptolemus 118 autre victoire d'Eumenes, condamné à mort par enuie, par qui& pourquoy, fubtile inuention pour fatisfaire à fa promeffe là mefme grandeur d'Eumenes par la trahyfon de fes ennemis. Eumenes fait pendre le traiftre par lequel il pert la bataille, fa brane retraitte 119 la fage preuoyace& bon aduis d'Eumenes le fait aimer de fes ennemis 120 defportement d'Eumenes afsiegé a- uec peu de viures fuyuant fon naturel 122 antigonus cerche paix auec Eumenes & fon aduis fur les articles trouué bon par fes ennemis deliuré du fiege 123 preuoyance d'Eumenes contre la trahy fó d'Antigonus, il eft enuoyé querir à fecours d'Olympie Royne & fait chef d'armee contre Antigonus 124 fubtilité d'Eumenes enuers deux glorieux capitaines là mef diffolution au camp d'Eumenes, if fauue fa vie au contraire des atitres 125& 128 victoire d'Eumenes contre Antigo119 nus vieilles bandes d'Alexandre és mains d'Eumenes. Eumenes trahy par les fiens Eumenes liuré à Antigonus& comment il le traitta 130 131 Efpece de bonté d'Antigonus enuers Eumenes, gloire d'Eumenes par fa rotas riu 165 Barycles Eutychu auarice Fable Fable tiew la Fam 209 netabl Fanto En feruic pe Aed cont fau Fab la gran ceren de meru a F 0 Eumener contre la mpie Roe - y par до C - STI Cumes pal TABLE. I: 2 par fa propre bouche, fa mort& funerailles& vengeance fur ceux qui l'auoyent trahy vers d'Euripide prononcez par Clitus à qui& pourquoy 304.& autres par Alexandre le grand 306 poefie d'Euripide aimee des Sicilies 37 Eurotas riuiere de Lacedæmone 165 738 Eurycles Lacedæmonien Eutychus, c'eft à dire, bie fortuné 737 F 75 auarice de Fabius valens 945 Fable d'Efope à noter Fable d'Ixion reprefente les ambitieux la Famine eft vn tref- apre ennemy 209 475 867 826 notable famine fur mer Fantofme monftrueux apparoit à Dió en quelle forme feruice volontaire de Faonius à Pópee en fon aduerfité Aedilité de Faonius par Caton d'V. tique 242 454 conte ridicule de Faonius 8: 6 faueur tourne felon fortune 663 Fable des loups& des brebis à quel propos& par qui 578 la femme de bien ne doit pas feulement eftre foupçonnee 334 grand amour du mary à fa femme 523 ceremonie és facrifices de la deeffe des femmes 333 merueilleufe fomptuofité& curiofité au feruice d'vn feftin 704& 705 le fils veut faire mourir fon pere, ne pouuant l'eftrangle 77 Flaterie toufiours autour des Roys 106 office de gens de bien entre flatteurs 281. Flaterie fe traite en quatre manicres felon Platon 706 Flora courtifane du temps de Pompeius merueilleux tours de fortune 175 516 difcours fur la conformité& varieté de Fortune fortune inconftante 82 243 Fortune muable comparee à la Lune par Sophocles 675 Fuluia femme d'Antonius, maiftrife fon mary 692 promeffe excefsiue de falaire par Galba 9.9 Sulpicius Galba tref- riche, fon parentage, fon defportement en fon office, fa fobrieté la mef. rebellion de Galba contre Neron& modeftie en icelle 920 921 Galba amateur de tranquilité nouuelles à Galba de la mort de Neron, il fut creé Empereur à 60.ans 922 924 Galba redoute Verginius Gaiba gouuerné par Iunius coment & en quey 925 rebellion en Germanie contre Galba 926 Grand meurtre à l'artiuee de Galba à Rome de qui& pourquoy 945 chicheté de Galba 928 adoption de Pifo par Galba 934 Othon bien voulu de Galba là mef. P'empire de Galba gouuerné à contrepoil 929 caufe de haine des foldats contre Galba, leur infolence& coniura tion res 938 937 mort de Galba ftructure de bonnes& braues Gale672 lourde faute de Flau. Gall. 718& 79 Gelon, c'eft à dire rifee 789 la guerre des Gladiateurs en Ital. 45 victoire des Gladiateurs contre les Romains 46 TABLE. Gloire mediocre eft bien feante à ieunes gens 477 Gouvernement trop auaricieux que fait 929 hiftoire notable de l'amour de Tiberius Graccus enuers fa femme Cornelia 523 louange de Tiberius& Gaius Grac cus& leur naturel là mef& 524 Tiberius Graccus I'vn des augures Romains, fa vertu approuuee par qui 525 proueffe de Tib. Grac. Quæfteur& fon defportement 526 hazardeufe entreprise de Tib. Grac. 527 & l'iffue Gracieufe loy de Tib.Grac. 523 il cerche les moyens de la faire homologuer 530 5: 3 edit de Tib.Grac.homologué calomnie à l'encontre de Tib. Grac. 538 539 fupremes honneurs faits aux grac ques apres leur mort les deux excellens faits des gracques 557. 555 Gouffres notables en Babylone 288 toufiours grandeur engendre enuie 265 502 fuperfluité des Roys de Grece soi occafion de la ruine de Grece louange des dix mille, Grecs& leur retraitte d'où iufques en Grece 722 dernier notable exploit des grecs 88: trois conditions neeaffaires auant que confeiller la guerre 431 Gylippus Spartiate grand homme de 24 315 guerre Gymnofophiftes prins par Alexandre le grand Opinion des gymnofophiftes touchát les philofophes Grecs Gynæcia deeffe des femmes 333 Gynæcia deeffe bonne& feminine 602 H farang Grac bree brea br 316 au h bonne inftruction pour s'entreteniř 54t 546 en Halaine 147 mort precipitee de Tib. Grac.& la cruauté de fes ennemis eloquence de Gaius Graccus deux loix de Gaius Graccus louange de Gaius Graccus Pheur de Gaius Grac le fait craindre du Senat 548 le bien fait en faueur de Gaius Grac. defplait au Senat Romain 551 Gaius Graccus fe iuftifie& pourfuit l'office de Tribun& l'impetre 543 loix de Gaius Graccus fort populai- 547 re Grandes entreprifes diligemment executees par Gaius Graccus 556 menees du Senat contre gaius graccus& fruftré du tiers Tribunat 547 preparatif de guerre ciuile à caufe de gais graccus fimplicité de gaius graccus mort de gains graccus qui fit perdre les Gracques 551 553 554 476 122 Hannibal en quoy il s'eft exercé de ieuneffe, diligent& induftrieux& qu'il en eft aduenu 956 il nourriffoit vne haine contre les Romains pourquoy, fur quoy le ferment qu'il fit à fon pere là mef. occafion que prend Hannibal pour faire la guerre aux Romains& fa prudence là mef. Parmee de Hannibal combien eftoit grande 959& 962 Hanno quel eftoit& fon bon confeil 958& 959 Harangue de Craffus aux foldats Romains 68 Harangue d'Eumenes prifonnier par les fiens à fes vieilles bandes 130 Harangue d'.. lexandre aux Macedoniens 294 breue de Conte, fix en Grece des great ures 22 Coldar 68 nierpa Mace 24 201 TABLE. breue& notable harangue du Roy Taxiles à Alexandre le grand 310 breue harangue de Phocion aux A- theniens 397 Harangue de Caton d'Vtique aux Romains fur l'infortune de leur republique 472& 473 harangue dudit à fes amis deuant que fe tuer là mefme harangue inconfutible par Tiberius Gyaccus 530 brede harangue de Gaius Graccus 544 552 breue harangue de Licinia à fon ma ri G. Graccus breue harangue d'O& auia pour pacifier fon mari& fon frere 711.& 712 barangue de Cleomenés aux Spar498 autre magnanime dudit à Terycion 516 tains Harangue de Lyfandridas à Cleome nes dats 510 harangue notable de Dion à fes fol816& 817 breue harangue d'Ariftomache à 823 harangue de Craffus à Brutus 851 harangue d'Othon à fes foldats Dion 952 Helicon bien falarié pour auoir pre dit vne efclipfe de foleil 798 Heraclides 809. fes menees contre Dion là mefme fa fedition 8ro. fans charge 811. fa mort 825 Hefychia, c'eft à dire, Repos 19 louange du naturel de l'homme 200 P'homme de bien ne peut eftre ami & flatteur enfemble inftruction pour bien gouuerner les hommes 477 384 397 honnefte moyen de gaigner le cœur des hommes qui fait les hommes plus enclins au mal qu'au bien reffemblances d'homme comparaifon des beftes aux hommes 83 779 875 17 arrogance d'Hyperbolus, menees de Nicias& Alcibiades fur le bâniffement dudit proueffe& vigueur de Hipficratie concubine de Mithridates 207 I Iafon natif de Tralles ioueur de có 76 madie Icetes trayftre enuers la femme& enfans de Dion 828 la ieuneffe anciennement s'exerçoit à plaider 83.& quafi par toutes les vies, Imperator que c'eft à dire 855 reprehenfion de l'impudicité en vn camp 75 168 634 463 grande prouëffe d'Ifadas Ifmenias ioueur de fleutes le Roy Iuba infupportable ardente amour de Iulie enuers fon mary Pompee 223 mort de Iulie fille de Cæfar& femme de Pompee quelle, enterree là mefme Hiberiens non iamais vaincus que la mort de Iulie fait defcouurir l'am des Romains la deeffe Hierapolis 208 56 Tos& Smyrna naiffance& fepulture d'Homere 83 Iliade d'Homere enfermee par A- lexandre le grand dedans yn excellent coffret bition de fon pere& de fon mary là mefme Iuno fur nommee Chalceecos 487 que c'eft à dire, Iupiter à Themis 305 L 278 la iuftice& la Loy eft la royne de tout le monde TABLE. qui ne veut faire iuftice, ne doit e- ftre Roy 57° 671 49 en quel iour& mois grande difficulté de chemin és deferts de Lybie licence effrenee Man 16% rend 280 788 Mari Lac d'eftrange nature Lacedæmone en grand trouble par quel moyen caufe de la decadence de Lacedæmone 162 le lierre ne fe peut nourrir en Baby 290 lone confpiration, mortelle de Limnusà 162 l'encotre d'Alexãdre le grand zor la chaffe du Lion au temple d'ApolLiberté grande des dames Lacedæmoniennes 48 148 les Lacedæmoniens commandoyent à leurs Roys les Lacedæmoniens ne fauoyent aucun art mechanique prefent notable des Lacedæmoniens à qui& pourquoy Lælius le fage 160 169 528 Lamachus Athenien vaillant, mais poure& fimple Lamia c'eft a dire fee ou forciere 654 ar 654 Lamia courtifane aimee de qui 514 Lamia courti fane fous la faueur de Demetrius rançonne les Grecs pourquoy faire pour la conoiffance des langues e- ftrangeres qu'il eft requis 56.9 genealogie de Leonidas 478. fadiffolution 479. il calomnie Agis 482 Leonidas& Agis en difpute pour les loix de Lycurgus 483 le Roy Leonidas pourfuyui en iuftice par Lyfander Ephore,& pourquoy albu Leonidas priué de la Royauté memefme 484 la 479 menees de Leonidas pour furprendre Agis cruauté de Leonidas& Amphares 488 Lepida fiancee de Caton d'Vtique& de Metellus 420 187 mort notable de Lepidus desfaite de Leutres, de qui, par qui lo 294 Setorias d Marsquilfige 153 671 cruelle QUOT de deur ter 31 800 216 laiffer dormir la loy en quel cas par qui fait& pourquoy Lucullus ftimulé par le Senat pour refifter à Pompee eclipfe de Lane efpouuantable au des Atheniés 30. quelle cocamp noiffance on en auoit alors eclipfe de lune que c'eft 10. ceremonies és courles facrees des Lupercales fureur enragee des Lyciens contre eux- mefies ES 376.& 693 Menoic 385 Meron grand Cut Lyfiadas conoiffant le regne tyrannique l'abandonne 899 Lyfiadas Meganopolitain tué ou, co met& l'honneur fait à fon corps par qui menee de Lyfander à l'auancement d'Agefilaus gran D Com 496 Mi 136 Mi 140 Lyfander plus reueré qu'Agefilaus Roy en Ephefe Lyfippus reprefente Alexandre le grand plus excellemmet que tous les autres imagers M Con efto 168 no1255 Macherionas que c'eft à dire les Macedoniens ne fe laiffoyent gouuerner aux femmes 318 ialoufie des Macedoniens contre les ieunes Perfiens pourquoy 320 il fait quelquefois bon tomber en vn mal pour en quiter vn plus grand là meim: gloire de mal non fait punie Mania, c'est à dire, enragee 933 656 CO Arele grailiyy en quel cu bos des in cins Agedis cr en elm: TABLE. le nom de Mantinee l'amiable eft N 911 Notable difcours contre l'opinion d'Euripides, pour le lieu de la naif changé par qui marchans fe rendent volontiers des plus forts 467 578 fance Naphthe& fa proprieté exil& mort de Nafica 559 289 539.& 540 385 40 Margites, c'eft à dire fot opinion de Marius fur la fuffifance de la nourriture de l'homme brauade de Marius lieutenant de Sertorius enuers Mithridates 106 Mars qui fignific force, eft vn tyran 671 cruelle mort de Mefabates pourquoy, à l'inftance de qui 772 de deux Maux il vaudroit mieux e- uiter le pire 328 Megalopolis deftruite par Cleome510 Menoices à Homere que c'eft à dire 385 nes grand meurtre vaillamment execucuté le ftile du dieu de Nature notable remede contre vn vice de Nature H 524 fi le Naturel fe peut changer 92 Neoptolemus premier efcuyer d'Alexandre HO 113 naturel de Neoptolemus Neron troublé pour la rebellion de Galba 919 5 amours de Neron& Poppea 101931 Nicias craintif, inconeu en guerre, fa magnificence toufiours victeur aux ieux publiques & fa liberalité prefens facrez de Nicias en Delos a là mefme 6 Meton aftrologue 19 5c Nicias deuot, fondation par luy faiD183 grand meurtre en vne bataille parte en Delphes, il donnoit tant aux quinqu comparaifon du miel aux vrayes remonftrances 385 Milefiaques d'Ariftides liure d'impudiciténob 75 Mimallones& Cleodenes que c'eft à dire 254 contre ceux qui s'enrichiffent des - minieres d'or 77 eftonnement de Mithridates dequoy 106 Mithridates bien campé ne conoift l'affiete du lieu, il s'enfuyt 203 defconfiture de Mithridates par Pompee 757 204 concubines de Mithridates là mef. Mnemon, c'eft à dire, ayant bonne ou grande memoire ioyeufe mort& trifte vie Morts notables de diuers hommes 82.& 83 154 mefchans qu'aux bons pourquoy sup vers pour& contre Niciasolà mefmen deportement de Nicias en Athenes & qui luy aidoit à le mettre en reputation Nicias cerche mediocrité o# 9 vi& oires de Nicias mal voulu à A- thenes IO Nicias feul contredit à la de guerre Sicile, pour où aller fut efleu capi taine auec qui 21 Sophocles en l'honneur de Nicias, fon petit exploit en Sicile Hermacrates fe moque de Nicias en quoy trop grande tardité de Nicias mefme 22 là grande preuoyance de Nicias pour fauuer fon camp& fa profperité 23 TABLE. Nicias combattu& chaffé iufques dans fon camp, par qui, fa desfian ce 26 Nicias inopinément affailly par mer& par terre, desfait par mer i Nicias mal interpretant l'eclipfe de 31 27 lune 500580 Nicias deceu par Hermocrates 24 l'infortune de Nicias fort plainte,& bonne conduite en fa retraite 34 office de Nicias pour fauuer les A- theniens& fon humilité envers Gylippus 15 mefme low fro O& auia fait ligue auec Antonius& Lepidus, profcrits par eux là Octauiam victeur par mer d'Antonius, où& comment ambaffadeurs d'Egypte vers O& a- uiam, de par qui& pourquoy 741 Octauiam aduerty de la mort d'Antonius en eft dolent& fon deportement 736 747& 748 bonté d'O& auiam en Alexandrie là mefme M. O& auius demis de fon office de Tribun 2533 Efuanouiffement d'oifeaux en l'air ignominie faite à Nicias& fa mort ou& pourquoy มด: 201 37.8 Pufillanimité de Nicias grande faute de Nicias Olcades forcez à fe rendre par qui 78 80 357 Oligarchie que c'eft H 641 tefmoignage de la preud'hommie& O paidion, c'eft à dire, ô cher fils 81 280 14 737 690 bonté de Nicias Nicium, paix& fon etymologie Nicon, c'eft à dire, vainqueur nonchalance& mefpris font fort dommageables 26 Nouas tabulas que c'eft à dire& pourquoy Suno Nourriture paffe nature Infolence de Nymphidius Sabinus 922 om al nobir vul impo fa genealogie fon arrogance& temerité, il fe veut faire Empereur 924 Nimphidius tué comment, par qui& qu'il fut fait de fon corps 927 523 923 P'Occafion rend doubles effets 129 malice d'Ochus pour regner 784 Octauia de grand cœur& boté 727 fa bonté enuers les enfans d'Antonius different d'octauiam& d'Antonius pourquoy 624 733 genealogie d'O& auiam là mefme tous les gens de guerre fe rangent fous Octauia, quad, pourquoy 624 O paidios c'eft à dire, ô cher fils de Iupiter là mefme cruauté du conful Opimius enuers qui& premier vfurpateur de la Dictature, conuaincu de concuffion 0554 Opiniaftrété fe fait abandoner 790 Platon, opiniaftreté demeure en fotitude zenol- 824 Optio, que c'eft à dire STD 1935 Oracle à l'honneur d'Aratus 1916 Oracle interpreté en double fens, o- racle d'Apollo à Ciceron fur le moyen d'acquerir grande renom mee mencer ouble le de Ocho grands difco thon& W delabres& Othon fe re& a neue gard Othon pu m 23 g diffe Pail 101 Paix 589 989 574 gares neid interpretation d'Oracle Oraifon funebre de Cleopatra au tombeau d'Antonius 751 caufes du banniffement de l'Oftracifme& de combien de temps 16 vers de Platon, poete comique fur le banniffement de l'Oftracifme 17 premier& dernier banni de l'Oftra cifme& iceluy annichilé là mef. Othon bien voulu vit fous l'espoir en Pa Antonius de amor dhe & londo feaut en Fa POP conc ble lea Otra emps i e farle ilme ePO Pelp de l'empire TABLE. 934& 935 bon commencemet d'Othon en fon empire 940 Othon troublé pourquoy& la bonne volonté de fes foldats enuers luy 942 reproches de vie entre Othon& Vi960 tellius ordre d'Othon contre Vitellius 961 grands difcors és deux armees d'Othon& Vitellius 963 defaftres& mauuais ordre au camp d'Othon 949 bataille entre Othon& Vitellius, Piffue 943 camp d'Othon fait ferment de fide945 lité à Vitellius amour& fidelité des foldats d'Ocho & la harangue qu'il leur fit 950 Othon fe prepare a fa mort volontai re& aduertiffement notable à fon neueu, il falaire fes ferviteurs en gardant proportion 953 Othon fe tue foy- mefme pour le bié public, fes funerailles,& chofe no table que firent fes foldats là mefme& 954 K gne aage d'Othon& le temps de fon relà mefme difference entrel'Quation& le grad triomphe P 51 Paillardife de Mafiniffa aggrauee 1014 Paix defiree par force d'Hannibal 989 condition de paix fort dure aux Car thaginoys Pallas polemique& politique que 990 c'eft à dire 390 en quoy gift la force de parler 387 Parlement entre Scipion& Hannibal mort de Parmenion 388 60 63 en raifon defcription du camp des Parthes effrayable aux Rom. façon des Parthes pour s'encoura ger en donnant bataille extreme force és traits des Parthes & combattent en fuyant preuoyance des Parthes brauade des Parthes aux Rom.fortes armes des Parthes 68.& par toute la vie de Craffus diffolution grande au camp des Par 64 65 75 thés le Roy des Parthes anciennement nommé Roy des Roys tromperie des Parthes 217.& 722 dixhuit batailles en vingt fept iours 209 725 956 contre les Parches Partialité Barcinienne Paryfatis mere de Artoxerxes vindicatiue 761.& 771 qui eftoit Pafiphaë 48.& 483 Paffions diueries caufent diuerficé de iugemens 993 confpiration de mort Paternelle def 783 faute notable de Paulinus l'vn des Capitaines d'Othon 941 Pelufium grande ville prinfe par 685 le pere fait efpoufer fa femme à fon fils 668 couuerte Antonius courroux du pere contre fon fils pour l'amour d'vne concubine 783 225 le peril corrige les infolens ceremonies faites au facre des Roys de Perfe en quel lieu 858 grand effroy entre les Perfes d'ou 282 Perte de Hannibal en paffant les Al de combien de mille pes 963 Perte de Hannibal vainqueur 966 grande perre de Carthaginoys en la 302 iournee de Zama 989 990 il faut tremper la parole en fens& contagion Peftilente chaffee à forxxx j re Pefte de Roys& grands princes 992.& 993 grand cœur de Petronius ce de boire& de faire grand cheTABLE. 361 Peur des Carthaginoys faire au menu peuple le plus grand honneur qu'on peut 339 phantafia que c'eft à dire 5 1012 double effe& t de Phocion en Chabrias Capitaine, Phocion bien employé à fon honneur, ambaffadeur vers les alliez infulaires d'Athenes& l'iffuë naturel eftrange de Phocion& fes propos poignans 387 1107& amis Phoc agens de CONDOTT l'ordre de la bataille pharfalique 388 και ό 620 Baccalate gadie pourquoy les autels des Phileniens Compara 918 701 960 Phocin les d 238 Phæreus Theffalien dit tyran de traPhilellen, que s'eft à dire Philippe de Macedoine deuenu bor gne, pourquoy 256 262 319 Philippe tué par Paufanias Prediction de la mort d'Alexandre le grand Prediction notable fur la prinfe de Tyr par qui Prediction de victoire à Cæfar 227 362 mignons du Roy Philippe punis par mort 913 les champs Philippiens où s'affemblerent les camps de Brutus, Caf758 fius& Cæfar vers de Philippides contre Strato643.& 655 cles 643 575 793 812 louange de Philippides louanges attributes à Philippus renuerfees par qui hiftoire de Philiftus mort de Philiftus Philometor, c'eft à dire, amateur de mere 649 hiftoire de Philotas& fon ambition 300 mort ignominieufe de Philotas 302 Phocion combien de fois efleu chef d'armee& toufiours en fon abfence, il ne flattoit point, mais contre difoit principalementaux flatteurs 389 propos notables de Phocion 390. & 397 398 399 400 bonté de Phoció enuers fes citoyēs, feul bien voulu en guerre des alliez d'Athenes 393 victoire de Phocion& prifes des villes fur Philippe de Macedoine qui diminua fon credit, diligence de Phocion pour les Megariens 395 harangue de Phocion aux Atheniés 396 Phocion cofeille Alexadre, qui l'oit volontiers, il refufe le prefent d'A lexandre 398 requeſte faite par Phocion à Alexandre obtenue fimplicité de la femme de Phocion luy feul parement d'icelle mefme trous 198 adopt Planfa le Pla Pl P 399 P là P 409 le fils de Phocion diffolu Phocion imprenable par argent, il refufe fa faueur à fon gendre en quoy P 401 Pl le bien fait par Phocion eftant Capitaine d'Athenes Phocion inflexible 402 403 reproche de Phocion aux Athen.& là meme fon gouvernement 385 gouuernement de Phocion à Athenes& fa faute 407 negligence de Phocion Phocion accufé de trahyfon 409 4** non vertu de Phocion difference de Phocion à Caton& coniecture pour Phocion fur l'ho neur de fon lignage 386 Cha de finelexid nemada Phicen 400 geb lep A Arbend la mele Arhe 401 non ouy& condamné & fes amis TABLE. 412 la grandeur de Plutarque fait fa vil 413 le de petite qu'elle eft grande&. qu'il faifoit à Rome 1560 notable hiftoire du temps de Plutar mort de Phocion, le iour, lamenté par les gens de bien. 414 inhumanité du peuple enuers Phocion mort& fes funerailles, reconeu qu'o l'auoit fait mourir à tort 415 fthenes que 584 Plutarque contre l'hiftoire de Ctefias 766 effay de poifon, qui fait mourir auec moins de douleur par qui 743 poliorcetes c'eft à dire, forceur de villes Polibe hiftorien 671 fes accufateurs punis à mort là mef. Comparaifon de Phocion à Demolà mefme Phocion eftoit la coignee des paroles de Demofthenes 570 menee de Polyperchon contre PhoPhryfie mal des paulmons 514 cion pieté admirable de Scipio l'Africain 1018 la guerre des Pirates mif: a fin en trois ans, par qui& comment 198 adoption de Pifo par Galba 934 Plaifance& Cremone repeuplees par les Romains Plancus Numatius fondateur de la ville de Lyon. 1953 Platon& fa philofophie reuerez pourquoy 92 31 Platon touchant le chef d'armee& fes foldats 918 661 78; Platon contre auarice Platon precepteur de vertu Platon appelé par le ieune Diony fius 787 la prefence de Platon fait de firer l'eftude 795 Platon doucement emprifonné 92 Platon en Sicile pour la troifieme fois 793 Platon mal traitté de Dionyfius, auquel il fait refponfe facetieufe, Pla 798 1009 987 410 Pompeius grandement honnoré de Syila pourquoy,& ambition de Pompeius fur l'honneur de Craf4+ fus Pompeius pourfuit pour Craffus au Confulat 50 55 Pompeius appaife la confpiration faite contre Craffus briefue louange de Pompeius furnomme par Sertorius, difciple de Sylla pagne ΙΟΟ honte receuë de Pompeius en Heflà mefne Pompeius defconfit& en grand dan ger de mort fageile de Pompeius Pompeius comparé à Hercules 174 Strabon pere de Pompeius hay& 102 110 frappé de tonnerre là mefme Pompeius humain& debonnaire par toute fa vie, qui commence au fueillet 174 Pompeius tref- aimé des Romains, & pourquoy, fes iouages en brief, & fa reffemblance à Alexandre le grand 175 confpiration mortelle contre Pompeius& fon pere,& le fage deportement de Pompeius accufé pour iniquité de fon pere 176 138 Pompeius fe donne de luy mefme XXX j ton licencié Pleminus mefchant Pleur inutile& ridicule des Cartha 991 ginois iugemet de Plutarque fur les enuics publiques 193 S TABLE, authorité de commander& leué des gens de guerre 178 victoire de Pompeius contre Brutus& fa profperité en fon commencement 179 180 Pompeius non ambitieux, fa modeftie& comparaifon de Plutarque fur luy tyrannique mariage de Pompeius parSylla& tragoedie fur iceluy mariage, il gaigna la Sicile fans coup ferir Pompeius feelle les efpees de fes 181 182 foldats infolens Victoire de Pompeius en Afrique 183 Afriqne conquife par Pompeius en 40. iours n'ayant que 24. ans 184 Pompeius fort bien receu à Rome & par qui far- nommé le grand, Sylla veut empefcher fon triomphe 185 Pompeius triomphe hors d'aage,& contre la couftume Rom. 186 Pompeius vrayement grandement enuié par Sylla là mefme Pompeius rend à Sylla mort bien pour mal, il fe renge du cofté des gens de bien& refifte aux menees de Lepidus 187 L.Philippus en l'honneur& faueur de Pompeius 188 Pompeius feintement mefprifé par Sertorius là mefme Pompeius reglé en fes appetis, en grand danger contre Sertorius 189 Pompeius& Metellus deferent hon neur l'vn à l'autre 190 Pompeius participant à l'honneur de la guerre feruile Pompeius tenoit plus fa partie du peuple que du Senat, il remet fus le tribunat, vn fecond triomphe& yn premier Confulat luy eft de191 192 feré Pompeius grandement aimé du peu ple Romain profperité de Pompeius contre les courfaires, Pifo Conful enuieux fur Pompeius 198 vers a Athenes en l'honneur de Pom peius& fon humanité enuers aulà mefme cuns courfaires preuoyance de Pompeius fur les courfaires veincus& fon erreur 199 grande puiffance donnee à Pompeius à quoy Catulus feul refifte 200 grande diffimulation de Pompeius en quoy& fon fafcheux deportement enuers Lucullus il s'entre- reprochent leurs vices 202 201 douceur de Pompeius enuers Tigra nes& la fage refponfe qu'il luy fit 205 premiere& feconde victoire de Pópeius contre les Albanoys 206 chafteré de Pompeius Pompeius fait ce qu'il reprent en au truy 207 208 briefue louange des victoires de Pópeius& fon deportement en Syrie 209 liberalité de Pompeius enuers les Mitileniens, qu'il y fit& à Rhodes Pompeius trifte à fon retour, pour la forfaiture de fa femme Mutia 213 212 il la repudia fans en dire la caufe fage aduis de Pompeius à fon retour en Italie& la careffe qui luy fut faite à Rome 214 grande abondance au triomphe de Pompeius de quoy,& dequoy il triompha Petit difcours fur l'infortune de Po215 peius to Po Po de Pompei par Viur 192 peu de Pa onene fed refil 10 P out 214 ori 21 He Po pe TABLE. peius& le commencemět de fon defaftre 216 Pompeius fubtil ement trompé par Cæfar 217 Pompeius peche en ce que luy mef me blafme, peu plaint du Senat 219 main Pompeius remis en grace du Senat par Ciceron fait commiffaire de viures, remis en grans maniemens publiques& diuerfes opiniós fur fa nouuelle charge 220 braue mort de Pompeius, fa diligence en fa commiffion de viures. Pompeius, Cæfar& Craffus trafiquent enfemble de l'Empire Ro221 Pompeius& Craffus inquietez fur leur dite trafique Pompeius& Craffus cófuls par voye de fait& leur menee 223 departement de prouinces entre Pompeius, Cæfar& Craffus, ieux publiques de Popeius à Rome 124 Pompeius feul Conful calomnié de faire nopces au temps de la calamité Romaine, il corrompt la iuftice 225 222 Pompeius fauorifé en iuftice 227 toute Italie facrifie à la conualefcence de Pompeius& l'honneur qui luy eft fait, il s'oublie en la prefomption de foy- mefme 228 commandement à Pompeius d'aller refifter à Cæfar, mal fuyui en fa leuee de gens 229 mots fententieux de Pompeius& Caton 230 Pompeius fort en peine pour refifter à Cæfar& l'amour que luy portet les Romains 231 preuoyance de Pompeius contre Cæfar, s'enfuit deuant luy& difcours de Cæfar fur cefte fuite 232 preparatif& ordre de Pompeius en la guerre ciuile, à quoy il s'exerçoit& le confeil fur ce qu'on deuoit faire aux vaincus& villes pri fes 233 arrogance des Romains partifans de Pompeius pourquoy confeil au camp de Pompeius 235 calomnié par qui& pourquoy 2: 6 234 frayeurs Paniques dedans le camp de Pompeius 237 Pobferuatio de Pompeius en l'ordre de fa bataille& maniere de faire mefprifee par Cæfar 238 Parmee de Pompeius deux fois plus grande que celle de Cæfar& petit difcours fur le different de Po pee& Cæfar 229 grand eftonnement de Pompee, vers d'Homere fur Aiax, propos à Pompee, qui s'enfuit, ridicule preparatif de victoire en fon camp 231 calamité de Pompee fugitif à pied 232 lamentation de Pompee pour auoir obei à ceux à qui il deuoit commander 234 Pompee en neceffité& perplexité co fulte de fa retraite trahyfon en Aegypte contre Pompee 245 236 247 conftante mort de Pompee funerailles de Pompee par Philippe fon ferf affranchi, l'anneau de Pópeius prefenté à Cæfar, fon maintien& vengeance des meurtriers 248 249 notable comparaifon de Pompee a- uec Agefilaus Pompee enflé de vaines perfuafions 352 Pompee honnore Caton d'Vtique courtifannement' TABLE. 426 prefage mauuais à Dionyfius& l'inPompee fe deffie de Caton d'Vtique 461 Pompee feul Conful par l'aduis de Caton d'Vtique, qui feul en iceluy Peftançonne& redreffe 457 Pompee fe cache de peur de fauorifer au droit de Ciceron 5611 Popilius Præteur s'enfuit volontairement en exil depra desfer top là met. 847 909 617 no dence des dansle re terpretation -prefage notable vers de mauuais prefage prefage de facrifice prefages precedés la icurree Pharfalique prefages& finiftres vifions à Pom237 pee 544 prefages non concus que par Iulius 931 Poppaa aimé de Neron Porcia fille de Caton, femme de Bru8: 9 tus& le courage d'icelle notable remonftrance de Porcia à Brutus inconftante conftance de Porcia 840 notable mort de Porcia ftature du Roy Porus Cæfar prefages de la victoire de Iulius Cafar lamef. grands prefages& predictions de la mort de Iulius Cæfar 378 prefages trifies aux Atheniens 263 bal ou& 64 ron& romains 838 973 romain romain 414 bon 872 prefages mauuais 312 finiftres prefages de la mort de Tib. Graccus 477 1002 fomain 537 10: 658 romain mit 737 Soup 802 malice de l'Eunuque Pothinus contre Iulius Cæfar en quoy& à quelle fin 366. 290 teinture de pourpre Prediction notable fur la ville de Tyr par Alexandre le grand 276 prefage gentiment interpreté là mef. prefage fur la prife de Gaza 282 prefage fut le plan& pourtrait d'Alexandrie 278 prefage de victoire fur combat des valets du camp d'Alexandre le grand prefage de la mort d'Alexandre le grand mauuais prefage contre Clitus 20 283 322 prefage pris d'vne fontaine d'huyle 309 57 602 mauuais prefage à Craffus bon prefage à Ciceron fur la coniuration de Catilina prefage notable du rappel de ban de Ciceron prefage de la mort de Ciceron 639 612 finiftres prefages au camp d'AntigoBUS bon prefage pour O& auiam interpretations de prefages prefages contre la fole intention des Syracufains 815 finiftres prefages au camp de Cafsius 87: rom à cu CO 868 Tom finiftres prefages à Brutus fignes& prefages finifires à Galba 935 prefages en chofes infenfibles 943 Prefens d'Hannibal aux Gauleys 1561 pourquoy rom 0 Tom gra 248 tom deuction d'vn des Romains aux funerailles de Pompeius R Romains douteux en jugement de 332 qui dixieme legio des Romains en quelle eftime notable contra& des pourfuyuans aux eftats Romains 542 449 differenP us& Tin 6: me TABLE differences opinions des romains das Vrique ancienne& notable couftume des ro mains deprauce Statira 325 moyen à vnRoy d'acroiftre fon au463 thorité 528 PharA 346 le plus iufte roy& le plus grand 135 qui fe donne au roy s'affuiettit à fa puiflance de910 9: 4 Pon quoy romains victorieux contre Hanni961 e lulus Ca limel tions de la ཚསར ཏྟཾ ༅ ཀ བྱམྦྷ= ཋཉྙོ delices des feigneurs romains 73 infolence des foldats Romains 948 romains fe repentent trop tard bal où& comment 964 ro12& 013 romains defconfits par qui 977& 973 973 romains en dueil romains d'vn grand cœur& ayans bonne efperance 988 romains prins en amitié de Mafiniffa 1002& 100% grand changement de roy Scipion ne veut eftre appelle roy, combien qu'il fuft ainfi nommé de fes ennemis ayans fa grande vertu en admiration JOOK 964 les Roys de iadis en Grece eftoyent iufticiables 135 ancienne bonté de roys 297 nombre de roys addonnez aux arts mechaniques 649 la bonté des rois defplaift à leurs mignons& Aatteurs romains d'vne ambition infatiable romains louez d'vne vraye magnanimité 10: 9 foupçon de coniuration à Rome 52 rome fort oppreffee par tyrans 80: tion des à Cafsins 868 Galba auleys 195 fu 248 ent de 332 En quel fuyuan 449 differe 185 182 qui fe fouloit donner le triomphe à Rome cóparaifon de la republique de ro me a vn bateau 217 2: 3 rome en grande confufion rome abandonnee de Pompee, des Confuls& des Senateurs 231 rome en grand trouble pour la mort de Cæfar 622 grand monde vient à rome& pour 1007& 10: 7 rome mal eftimee de Plutarque pour fon ingratitude enuers Scipion quoy 3022 S 962 1013 Route des Gauloys route des Carthaginoys le mariage de Roxane profitable à Alexandre le grand roxane enceinte à la mort d'Alexan791 peu de fens de roy pourquoy 59 ce qui eft propre à la grandeur royale 134 973 Rubicon feuue fepare les Gaules & l'Italie 354 Ruine prefque totale des romains aupres de Cannes Rufe d'Agefilaus au commenceme de fon regne 136 autre dudic 142 rufe pour maintenir les loix& l'honeur de ceux qui deuoyent receuoir infamie par les loix 163 rufe dudit en fedition contre les autheurs d'icelle 165 rufe dudit fur la'ffoibliffement de Sparte là mef. autre rufe fubtile d'amour 171 727 rufe d'Antonius contre Octauiam 734 rufe d'Aratus enuers les efpies de Nicocles tyran rufe d'Eumenes 878 119 229 299 rufe de Cæfar pour gaigner le peuple de Rome rufe de Cafar contre la cheualier XXX 11) dre le grand& fa cruauté enuers 364 rufe d'vn chef d'armee rufe de guerre TABLE. 73 946 de Pompee 238. l'iffue heureufe Scipion dit depuis Africain, eftant bien ieune fauue la vie à fon pere 963 fcipion enuoyé en Afrique contraint Hannibal de quitter Pitalie 957 fcipion enuoyé par deuers Antiochus deuifa auec Hannibal 991 rufe de Lucilius dangereufe& pour fon ami 870 rufes des Parthes côtre les Romains 66,& 67 rufe de Phocion rufe de Phocion pour faire hayr la 393 guerre aux Atheniens rufe de Phraortes pour A tonius 404 abufer An716 rufé prins par rufe de qui& comment S 986 Sacrifice promet victoire à Dion 806 be prefage de facrifice 99 Saguntus affiegee par Hannibal 959 Salinator meurtri en trahyfon par qui Salaire& condamnation à vn 88 hom168 me pourquoy Sapho enfeigne à conoiftre les amou reux par quels fignes 667 Sarpedon pedagogue de Caton de Vtique 418 aduertiffement contre les Satyriques 606 Sardaigne& Sicile perdues rendent les Carthaginois enuenimez contre les Romains 1956 quelle eft la plus belle fcience que lon fache apprendre 153 Scipion Sallution fait par Cæfar chef de fon armée 369 Scipion mefprife le confeil de Caton d'Vtique,& luy en prend mal, Sci pion desfait par Cæfar 467 deux Scipions Africains renommez 82 qui eftoit le pere de ce fcipion premier appellé Africain. fcipion dés fa ieuneffe il eftoit de grand efprit, fort laborieux& ma gnanime cree Aedile par priuilege Com desfa le gra les Se pele occa cus cer 96 metrius patice de bonte de S qu'ill 998 T.Sem 964 Senat 10: 0 alite Hannit thag difcours 633 fepultur 1007 magnanimité de fcipion aagé de 40. ans, la beauté& la proportion de fon corps B) 2 là mef il va en Hefpagne 998.il prent Carthage, fa chafteté, humain& liberal enuers fes ennemis fcipion d'vne merueilleufe maiefté 1005 fcipion raconte au Senat fes vaillances, efleu Conful. fcipion va en Sicile& Afrique, fes appreft, il a des enuicux 1008 fciipon eft doux à punir fcipion deuant Vtique ro.il enuoye des efpies aux deux camps des ennemis ICIO ICI fcipion tanfe afprement Mafiniffa pourquoy 1014 fcipion entre dedans Rome en tref. magnifique triomphe 1616 Scipion l'Africain molefté par des enuieux là mef pufillanimité en fcipio pour l'ingra notitude des Romains, il fe retre á Linternum, pour viure à part en homme priuévolue S 102 opinions diuerfes de la mort de fcipion, le lieu, fa fepulture, ftatues, ou, fon aage hoss/ 1023 notable dit de fcipion fes aduerfaires là mef là mef. fupe app C louange , eftant lon pere 100 1010 IC 1014 1021 fci tues 1013 mel amel TABLE. louange de Cornelie fille de fcipio 523 les Scytes desfais& chaffez par Ale xandre le grand 298 que font les Scytes en beuuant& pourquoy 649 fedition en l'armee Romaine& à quelle occafion 1004 Seleucus cerche alliance auec De metrius 661 quelle 662 auarice de feleucus la mef. bonté de Sempronius enuers qui& qu'il luy en aduint T.Sempronius Longus Conful 964 alitez 937 Senat de Carthage diuifé par parti958 Hannibal fe plaint du Senat de Car thage 989 difcours notable fur les fens naturels 633 fepulture d'Annibal& fon epitaphe 1961 fepulture magnifique faite à Marcel lus par Hannibal 985 infolence de Sergent contre vn Roy quel, ou& pourquoy ferment de Hannibal a l'inftigation ⚫ de fon pere 956 ferment renouuellé par foldats Romains, de par qui& pourquoy 201005 139 fuperlatiues comparaifons de Sertorius infortuné& fa genealogie 83 apprentiffage de Sertorius aux armes, fa force& difpofition de corps, efpion au camp des Gauloys, furpris en fa garnifon& l'iffue là mefme Sertorius quæfteur, fa reputation, la marque de proueffe, caufe de fa hayne enuers Sylla 84& 85 bonté de fertorius entre les cruaurez de Marius bonne punition de Sertorius contre les efclaues de Marius 332 retraite de Sertorius en Hespagne, en paffant les monts il achete le temps de qui& comment 87 fertorius acquiert l'amitié des Hefpagnols, comment& l'ordre de fon gouuernement, il s'enfuit en Afrique 88 fertorius victorieux d'Afcalius& prent Tingis ville bonté de fertorius victorieux enuers les vaincus 90 92 fertorius capitaine general des Por tugalois& fes vertus requifes en vn bon capitaine, fa rufe fondee fur Religion à quelle fin peu de gens fous fertorius font grad exploit de guerre contre les Rom. 92 93 brieue defcription des vertus,& faits de fertorius, il desfie Metellus au combat d'homme à homme, qui le refufe 94 merueilleufe aftuce de fertorius 96 Sertorius grandement aimé des Hef pagnols 96 fageffe& bon aduis de Sertorius 97 grand renom de fertorius gentil ftratageme de Sertorius là mef. 99 fertorius fe moque de Pompee& de Metellus fertorius victorieux de Pompe là mefme IO 103 grande promeffe de Metellus pour la mort de Sertorius grande amour de fertorius enuers. fa mere& fon pays, ambaffade de Mithridates vers luy 104 105 fa refponfe fedition enuieufe au camp de fertori us 106 coniuration fur la mort de fertorius TABLE. 107 honnefteté de Sertorius en table. luy tué en trahyfon, vengeance des coniurez taite par qui 108 comparaifon du camp de fertorius à 192 peine que faifoit fertorius aux chefs romains en Hefpagne là mefie vn torrent Cn.Seruilius fier dequoy 966 17 vains difcours fur la conquefte de Si .cile par les Atheniens diuers& finiftres prefages fur leur voyage de Sicile 18 Siciliens gaignez par Scipion par quel moyen Sicyone en ligue auec les Achaiens eft en danger de guerre excellens peintres en ficyone 835 fiege deuant Oringe& fa prinfe par qui 10oz Socrates auoit vn efprit familier 19 108 882 Socrates condamné à mort pour la philofophue 917 nul foldat ne doit abandonner fon capitaine dub 67 Iphicrates dit quel doit cftre le foldat murmure de foldats maladuifez 58 punition des foldats fuyans, d'vn pour dixaine 48 inobedience de foldats eft leur totale. ruine 40 bonté des foldats enuers leurs capitaines 73 385 comparaifon du foleil à vn gouuernement de republique fonges d'où viennent couftumierement& fonge d'Hannibal 961 fonge de l'vn des Ephores fur ce qui eftoit plus expedient à Sparte 496 fonge de Ciceron fur ce que Tupiter auoit ordonne du neune Cæfar, auquel il fait ce qu'il peut 624 fonge eftrange de Darius& l'interpretation 270 fonge pronoftique de Mithridates 203 fonge eftrange de Demofthe583 nes fonge de Pompee deuant la bataille Pharfalique& Pinterpretation 27 fonge fur l'affliction de Pompee vn Sp Sparte as de P le en for par Cleo des partes s paffoye mencement es Spartiates 242 quoy conftance des & 21 Salicrates & qu'il vers de Sophocles fur la condition de tous ceux qui maiftrifent 476 vers de Sophocles fur la condition des Courtifans : 47 vers de Sophocles non veritables 385 k vers de fophocles reprefentans la fortune de Demetrius par comparaifon à la lune grand d Sura emp re magnanim 122 pon phil 675 941 y feru Stran per fophocles fur Piffue de fuafion à mal faire 1752 Sophonisba mariee à Syphax luy fit fauffer fa foy donnee aux Romains 61014 Sofis fa trabyfon defcouuerte 8: 0 fotte arrogance de C. Terentius Var ro foudaine mort de ioye foldats en la ville de Capoue vileinement changez fragen 971 968 fratage 974 fede fratag & foldats s'abufans de vaine confiance de pardon& bien peneux 3004 992 foupçon d'Antiochus für Hannibal pour les calomniateurs bon aduis de Spartacus chef des gla diateurs 47 fes victoires& deffaite pag.fuyuantes Sparte autrement Lacedæmone en grand danger quel corruption des mœurs de Sparte 163 e Tupitel Cafara de Mini e de Demat A 44: TABLE. hiftoire de Stratocles homme teme945 raire& de vie defordonnee 642 hiftoire ridicule du pere de Stratonice concubine de Mithridates 207 4 7 notable mot d'vn Spartain temples dans Sparte erigez à plufieurs paflions de l'ame Sparte remife en fon premier ordre de viure par Cleomenes 501 le camp des fpartes feul pur& net 499 à quoy ils paffoyent le temps 500 recommencement de guerre entre les Spartiates contre qui& pourquoy 15 conftance des femmes( partiates 491 & 521 Staficrates tref- excellent ingenieur & qu'il promettoit à Alexadre le grand d'admirable Statira empoifonnee par la belle me 773 re 327 magnanimité de Sthenis Himerien 122 Stilpon philofophe de grand renom 941 à quoy feruent les raifons ftoiques 493 Strabon pere de Pompee hay par les mains pour fon auarice 174 ftratageme d'Alexandre le grand b 311 Done to 16 8 9 ftratageme d'Aratus ftratageme& preuoyance de Iul.Ca peuple imprenable vaincu par fubtifar ftratageme de Iul.Cæfar& contreru fe de Pompeius 33 lité 98 Suiffes forcez par Cæfar de retourner en leur pays 341 brieuc louange de Surena chef des Parthes 60& 69 77 mort du pariure furena combien grandes richeffes trouuez à Sufe par Alexandre le grand 200 Sylla en propos de faire mourir Ca far fort ieune& iuge en luy y a- uoir plufieurs Marius 362 Sylla fraude le public pour gratifier a vn fien valet 588 Synapothanumenon c'eft à dire, la ba de de ceux, qui veulent mourir enfemble 742 Syphax Roy enclin de faire alliance auec les Romains par le moye de Scipion l'Africain 1002 en la fin il la faite là mef. Syphax Roy quitte l'alliance des Ro mains pris prifonnier goor cruauté des Syracufains contre les Atheniens 36 cruauté des Syracufains côtre la fem 787 me de Dionyfius 358 les Syracufains fe desfient de Dion 810 ftratageme de Cleomenes 509 & 5.1 ftratageme de Surena contre Craffus 64 663 ftratageme de Demetrius ftratageme des Parthes côtre les Ro 69 84& 95 mains ftratageme de Sertorius 8: 9 inconftance des Syracufains prefages contre la folle intention de Syracufains& leur pufillanimité 814 Syracufains conuaincus de tort enuers Dion 8: 5 mal- heureufe enuie des Syracufains enuers Dion, leur repentance 8: 8 merueilleux ftratageme de Sertorius contre les Characitaniens 98 gentil ftratageme de fertorius 16 Syracufe pleinement affranchis 823 TABLE. difficulté grande de combattre dans Syracufe pourquoy 817 Theodotus prefenta la tefte de Pompeius à Cæfar 36;. puni par Brutus 248 ls empe pere cees par mee de F $ 15 Lac Syracufe en merueilleufe combuftio Theramenes furnommé Cothurnus, & pourquoy 957 824 Tagus fleuue notable remonftrance à l'impofition de double Taille à qui& par qui 702 Talaffio cry aux noces à Rome,& pourquoy Tanais fleuue tardiueté de Fabius defplaifante à Hannibal 177 1019 968 tardiueté dont Hannibal fe reprent 974 Tarente ville maritime prife par Ha nibal reprife par Fabius Tarracone 979 984 Therycion à Cleomenes& la refponfe Tefmophoria fefte de Ceres, trifte fefte 584 Thefta refpond magnanimement à. fon frere Dionyfius tyran 799& 200 Threfceuin, que c'eft à dire Threfor public des Romains poure au befoin que c'ef a d delors ancienne Eunuques bie Heuue 255 range privileg Rome Tribuns da pe 1026 pofent à S Edile 941 Truns du pe Sapion à q mut des Ca mains omphe tref Tigellinus& fa mal- heureufe vie, il fe couppa la gorge Tigranes fe rend& fubmet à Pompee 208.& qu'il luy eft fait 998. 205 971 119 Tigranes Roy d'Armenie, fa femme, fa fille& la femme mefme du Roy Tigranes menez en triomphe 980 Taurus montagne temerité de Minutius temerité de M. Centenius temerité de Syphax temperance grande és Scipions 995 tempefte fait referrer les armees 932 temple de Hercules. autre pillé par Hannibal 5014 la mef. temple de Dianne, où Hannibal vfe de fineffc 993 le temps eft le plus certain fecours de ceux qui peuuent attendre 98 C.Terentius Varro efleué de fort bas eftat eftoit furieux& audacieux & volage: il s'enfuit Teffararius que c'eft Tefin riuiere 972 là mef. 215 203 777 Tigranes fe porte traitreufement enuers Mithridates Timagoras Athenien condamné à mort, pourquoy magnanimité de Timoclea Thebaine dame d'honeur& de noble race 263& 264 Timon Athenien Mifantrope quel 7550 1016 Inun- virat Tre mois fo de chevaux troubles& rebe trouble en l'arm trouble de Sci trouble de Car Tudicac tuet- 1000100 741 Tuerie gra Turin 9 interpret fes eftranges epitaphes Tiribazus fauua par fa fineffe Arto971 xerxes& fon camp 779 935 Tiribazus fort irrité contre Arto963& 997 Xerxes 784 teftes efchauffees ordinairement te878 Thebes prife& toute ruinee, par qui 398 meraires & pourquoy 263 thebes prinfe par Demetrius apres auoir efté repeuplee 669 974 Tite Liue 958. appellé grand hiftorie par Plutarque torment de coeur és ambitieux 1003 la tour des bains où Tournefiés pluftoft morts que vaincus, de 60coc. en efchappa 500. 345 Vacci 977 Vaill Veni pour Trahy. nar Bru de Cereb ide 3 974 10% PA 500 Trab TABLE. Trabyfon du fils empefchee par les prieres du pere Trabifons exercees par Hannibal 966 975 Vercingentorix chef des Auuergnas & Chartrins. 347. afsiegé dedans Lauxois par Cæfar 343 Vergin. victorieux contre Vindex tranquillité aimee de Hanno prince de Carthage 928. 959 Verginius fidele 914 967 16; Vermina fils de Syphax en fuyte 1015 Vertu n'eft point ouurage de fortuTrafymene Lac Trefantas que c'eft à dire les threfors anciennement gardez par Eunuques Trebie fleuue 554 904 eftrange priuilege des Tribuns à Rome 530 Tribuns du peuple pourquoy s'oppofent à Scipion en fa demande d'Edile 997 Tribuns du peuple fubornez contre Scipion à quelle fin 1020 tribut des Carthaginoys aux Ro991 triomphe tref- magnifique de Scipion mains 1016 Trium- virat 609 Troie trois fois prife pour occafion de cheuaux troubles& rebellions trouble en l'armee Romaine trouble de Scipion 83 919 1004 ne 5: 3 Vertu fingulierement requife( és gouuerneurs des chofes publiques 959 Vertus de Hannibal 956.feintes 8.77 toutes Vertus ne font iamais en vn mefme 955 984 972 Vertus dont doit eftre orné vn Capitaine 999. Vetheons en combat Vices& vertus de Hannibal Victoire de Hannibal 958.965& 973 non bien pourfuyuie 678.988.la derniere 993 Victoire des Romains 962.990 Victoire eft la fin de la guerre& en quoy gift le fruit d'icelle 984 Victoire enfle le cœur des victorieux 1013 1009 Hannibal victorieux fe confeffe vaincu 1010 trouble de Carthage Tuditanus courageux 973 tuer. 1000. ennemis n'eft pas fi excellent, que conferuer vn citoyen 1005 Tuerie grande de Carthaginoys: o 5 Turin.96;. fonge fur la prife de Tyr interpreté prinfe inopinément 276 277 Tyriens quelles villes ils ont repeuplees V Vacceiens forcez Vaillance de Romains Ventidius victorieux des pour Antonius feul triomphateur d'iceux 971 1022 Vilenie outrageufe& lafche d'aucuns Romains Iunius vindex rebelle à Neron 920 Vinaigre& feu pour ouurir paffageà vne armee où& par qui 963 cœur Vindicatif d'Amilcar, enuers 915& 956 qui& comment Vitellius Germanicus nommé Em934 pereur 1007 reproche des foldats de Vitellius à ceux d'Othon 942 957 Victoire de Vitellius contre Othon 1000 950 Parthes Vifion de Hannibal dormant 961 709 Vifion nocturne à Agefilaus où& quelle 7II 132 TABLE. Vifion de Medius en dormant que Vtique ville noble& puiffante 1012 648 declaroit Vilion d'Anthonius en dormant 695 Vifion d'Eumenes en dormant à bon prefage 115& 116 Vision nocturne à Gaius Graccus 541 Viuacité de l'efprit de Hanno 959 Viuacité de l'efprit de Scipion PA996 tricain Vmbrie 958 Vnion merueilleufe de genfdarmes & la caule dicelle Vulturnum Vulturnus quel vent c'eft Vulturnus riuiere X 974 972 978 405 louanges de Xenocrates louange du capitaine Xenophon 141 Xenophon aimé d'Agefilaus 151 bataille tres- bien defcrite par Xenophon 763 la maifo de Xerxes bruflee 291& 292 Y 988 mort d'Yurongnes Voleries& courfes de Hannibal 989 Volontez des Romains changees foudainement 997 Voluptez& leurs effects, de la Campanie& Apulie 975 Z 319 Zama, où Hannibal demande paix auec les Romains 98% aupres de Zama les Romains vainquirent les Carthaginoys 1014 Zoilus armurier 661 FI N.