5>.£it. i/^t Kx \Jti :.{ \s 1c IMM4 * y L E V 0 Y A G E D E BRUNSWICK. ROMAN COMIQUE, D'apres l'original allemand du Baron de KNIGGE. PAR JB. DAULNOY, Professeur au Lyce'e de Düsseldorf. Chez l'auteur. I 7). tut 22 : ■ I ,'UU'OES- \ ]üMDSt!A£>T- I B1BUOTHEK. iDOSSELDOg ■ -?3-£7i A SON ALTESSE IMPERIALE MONSEIGNEUR LE PRINCE JOACHIM, PRINCE ET GRAND AMIRAL D E FRANCE, GRAND DUC DE BERG etc. etc. etc. Comme un hommage du respectueux divouement de sonfidelle sujet , J. B. DAULNOr. ■ P M I H 3 A Ü i Magnanime guerrier, tu forcai la victoire a suivre constamment tes pas et tes drapeaux; Prince ckeri des cieux, tu veux mettre tagloire ä-vraimentrendrtheureuxlonpeuple et tes vassaux. Tes deuxglaives en main, tu le montressans cesse, o« dignefils de Mars, ou Prttre de Themis: igalpar tesexploits, aux hiros de la Grece, au rang des Tite aussi, ton cocur veut ctre mis. Muse! des qualitcs dont son dme est ornee, crains de parier trop haut ,par un zele indiscret ; pour des trails autsi ßns, crois moi, tu nespas nie: et, pour lui, sa vertu doit rester un secret, \A ce Prince heros, viens, offrons quelquc chose: toi, d'un cocur satisjait, presente lui lesvers; enivri deplaisir, moi, fojfrirai maprose: not senlimcnti, peut tirc, asesyeux seront chcrs. Si datis les courts instants d'un repos ndctssaire, notrePrtncedaignoit nous lire totis les deux ; si tes simples nccords avoient itirt de lui plairc ; oh t Mine! conviens-en, nous serions heitreujc, Ecoute-moi: je sais de science certaine, rtu 1 au meilleur eceur, il Joint un esprit eulti-ve ; mfil ahne les beauxarts , et In docte JSeuvaine ; que t pourlui, l'Heiicon nestpas trop cleve. Vicns'.deposons aux pies dunouveauMarc-sluielle, du jeu de nos loisirs, leproduit i/tt/ocent ; du respect % de l amour cP ] un serviteurßdelle, quUi soit pour JO ACH IM, un iictnel «arant ! PREFACE. Xl est permis ä l'homme dont Ja carriere est hettssee d'epines, de chercher si, au nlilieu de ces epines, il ne crolt pas au möios une rbs«. Voilä l'origine de ce pe- tit essai. Sans cesse abyme dans des ou- vrages serieux, et d'une secheresse trop souvent rebutante, j'alternai entre la Gram- maire et la Rhetorique; apres avoir päli sur des bouquins, j'allai cueillir quelques fleurs pres dusanctuaire des Muses: fy fis des vers, avec la prose de Knigge. La Variete des tableaux, le contraste frappant qui anime la scene dans cette agreable description de voyage; le comique qui la , , ,. , i i suit jusqu'au denouement, m interessa; je tächai del'imiter sansla traduire. Puissent ceux qui liront cette amusette , ne pas la quitter sans avoir senti leur coeur s'pu« vrir un instant a une joie pure. J'ai ela- gue de mon rerit les episodes que je n/ai pas jugees ensentielles; je voulois m'amu- ser, amuser les autres; et sur-tout 6vit«fi' les loögueurs. ■ : on epouse: l'une, de deux baillis eialant l'epaisscur, est Madame Waumann; lautre, modeate et douce, lemble dire qu'elle est la moitie' d'un Pasteur. Dans le rond du tableau, »e voit une servante, ;. dont la fin de l'liistoire apprendra les bauts fait«. Voila les noms.les rangs ; mais la cbose importante-i l'air, les festes, le ton, la posture, les traits; cenoncbalant maintien, ces pipes de'laissees, ces costumea barocs, ce pourpoint retrecij ces Knesses enfin par le burin trace'ea, ne tont pas pour la plume; ainji, vlte au recit. L£ VOYAGE D E B R U N S W I C K. ROMAN COMIQUE. CHAPITRE I. Une societe campagnarde profette urz. ■voyage, pour voir des choses inte'- ressantes. iVXonsieur le Bailli Waumann, noncha- lemment assis dans son faureuil, le bon- net de nuit en arriere, la fine robe de chambre toute ouyerte, bouche beante, * 4 devoroit des oreilles et des yeux les p.i- roles du ministre Schotlenius, qui, plafcd vis-ä-vis de lui, faisoit lecture de la ga- zette. Tout ä coup, partant d'un giand eclat : Parbleu ! Pasteur, f % a doit £;re cocasse, de voir un diole assez tntrfprenant pour s'eiancer et voguer «laus l'espace , un gros ballon au tu], Ali» le lour es! pUisant! Excusez, Monsieur le Baüli, repoml, d'un ton respectueux, le modeste pas- teur, non pas ä son derriere, sauf le respect que je vous dois; Monsieur lilan- chard est place dans une petite gondole, attachee a un fort gros ballon aerosia- tique, qu'on a preliminairement rempli d'air artificiel, et ... Le Forestier Dubuisson.quittantsa pipe, se redresse ä ces mots, et coupant la pa- 5 role ä l'orateur un tant soit peu decon- certe: Comment. «tiable ! lait-il, li baut poi:rs'accroux attri- buts comme incompatibles; ou qui du- moins, pr«5teadent qu'un pasteur agit in- *) Ehren, est, en Allemand, une pxpressioii assea .ecpiivouue daus l'emploi tjuou en lait tei; il ppur signiher: qui meiiie eju'ori l'konore, ou ijui pi elend tju on Chonore. 7 consequemmenf, lorsqu'il elierdie ä Lclai- rer ses ■semLlables. C'est une erreur, notre'iiiiniitre Ia refutoit par sa condüft?. II fäut cependant nous entendre sur l'ex- pression, eclaire. Eliren Scliottdniu? n etoit poinr de ce* bornmes, trop communs, par malheur, dam le siede oü nous sommrs ; dorn la nouvelle fo!, le sec enseigtiement, »ont, en tout, opposes a leur premier si'rinertr; qui veulent ntil-homme de Halberstadt, oü il avoit passe quelques annees, souvent ä meme d'y fre- quenter des personnes instruites. Sans doute, devenu ministre de village, le bon homme s'etoit un peu rouille; mais n'im- porte, il surpassoit de beaucoup tous ses confreres d'alentour. Cette preei-mnence pouvoit bien avoir fait naitre en lui, cette idee trop avantageuse de sa personne; et faire qu'il n'entendoit rien plus volontiers que ce que disoit le ministre Schottenius. En effet, on auroit pu croire qu'il avoit change en vanite scientifiquc, l'orgueil qu'ordinairement on reproche aux personnes de son etat. 10 Iri, nous pourrions faire, plus d'une application morale; Mais r.Vst un parti nris , bien pris avec nouj- memes , irmrement rombine, scele par la raison J point He remarques . point. hormis lea ras extreme« : elles sont en eftet souveni liors de saison. Cber lecieur, aidez voiis, lirez vos corollaires; i : ä auront, ä coiin mV, plus He prix ä vos yeux. "Nous suivrons cette loi, Hussein noi honoraire« nous Acre moins avantageux. ■ Ainsi done, nous continuons Ie recit t]p ce qui se passa ä Bisterberg*), chez Mr. ]p. Bailli Waiimann. C'est lä qu'en ei» et : Les trois illustres nersonnaffes Olli, Han« notre roman , se «ont de]h produit» , i nA " ) Ce mot n'est pas mal cboisi; il pre'sente ä ceux qui 'onnoissent Ie parois allemand, uneide'ede eonfnsion Hans la tet». C'est comme sion dijoiti lieu dont les habltants ont per du la ttte. :eux e de d'un commerce amital, aentoient les avantages, et! il'uri cueur sati»lait , cn goüloient les Joux liuiii. La sceance, 'Ju lout nVloit academique ; tous iroi», la pipe en Pouche, a giancla iraics aspi- loicut; pui* a la [nie jjoliuque , quelques instams ils cousacroient. On venoit d'apponei- la gazelte, et l'ar- ticle suivaut avoit oecasionne le dialogue rapporte plus iiaac. Bnuiswicli, le 2 Aout «788- Le 10 du courant. le fainevx. acionanie Mr* Ijlaitcüai J t fera daus ceite ville, une ascension uuns an balloiL inugttijujue L^ajjluciice des e- tru/tgcrs curieux de cespectaclc, sera eiorinaitte ; et le concuuis des negociaiits aciuclleinenl eil J~oi''e, est tel f gu.fi.ri um a peine ü tiouvei de la place daus Its auberges. Le ministre Schottenius avoit mis dans tout sau jouir, ce qui conceruoit 1'a.erostat, II quand, dufond de l'appartement, üaen- tendic une voix trainante: >> O papa, al- » lons-y donc, ä Brunswick, pour voir la »chose-Iä!« Cette elegante apostrophe etoit faite par le jeune Valentin fil* legitime de Mr. Waumann. L'aimabie filsunique, avecses »ingt-trois am, avoit im Corps robuste et de large earrure. Des son enfance, instruii parmi les vrais croyanIS , ensuite dans l'agriculture; ton coeur £toit chretien , ses goüts e'ioient ruraux. Aussi, le bon papa lui tenoit loute prete. une cense, y compris atlirail et chevaux; il venoit d'en faire l'empletie. Joignons a ce trousseau, tresor ä la campagne, quelque olios» da mieux: une brave compagne. Jamais le jeune Valentin n'tkoit sorti de Bisterberg. Son pere,il est vrai, avoit dit qu'avant de l'engager dans le saint e^at du manage, il le conduiroit ä Hildesheim, a Brunswick, äHanovre, et dans quelques «5 villes voisines, pour l'initier dans le beau nionde, etlui donner une idee des choses les plus curieuses. Le bijou assis dans ua coia de la chambre, occupe^ a faire de» tailles pour les ouvriers, dressa I'oreille au recit des choses etonnantes dont parloit lepasteur; et se souvenant du voyage en cjuestion, il le rappela aussi eloquemment a Mr. son pere. Mde. Waumann ^taya la priere de son Valentin; et de suite, il fut decide que le samedi suivant, veille du jour annonc^, on se mettroit en route, s'il plaisoit a Dieu. »Pardi, Monsieur le Bailli, s'^cria Du- »buisson, j'irai avec vous: oui, mafoi, »j'irai. Je reviendrai par Goslar, d'oü je »ramenerai Marguerite. ... Vous m'en- »tendez, Mr. le Bailli, n'est-ce pas? Mr. »Valentin n'en sera pas fache , je pense ? » ah ah! ... et le Pasteur sera de la partie. t4 »II faut qu'il me prete son berIingot,parce »que, voyageanttoujours a cheval, je n'ai » point de voiture. JJien entendu que je le » deaayerai. « ■ Le pasteur pouvok s'absenter; car 1« Candida! Krebs de Mcellenthal avoit ob- tenu de lui la permission de precher a Bisterber^, le dimacche snivant. Mr. Schot- tenius desiroit aller a Brunswick, bieu. moins pour voir Taerostat, que pour y chercher un editeur qui. veuille acheter ses sermons. Ainsi, il ne s'agissuit plus que d'une baga!e!!t?: du c&nseateinent de Madatfie son epouse. Au conseil, par bonh.eur, la dame e'toit (ire'sento, et cinq Foii, de la lasse, eile avoit opine, aavourant du cafe' la linueur bieid'aisanto : l'affaire, en plein Senat, va donc se de'cider. L'epoux, peu sur du fait, prenant une voix douce : „Q ue pensea tu , mon oreur , du parti propose?" Aussitot, d'un teil tendre, il fixe Jon e'pouse; ____ '5 ' irpttttTr« liotnme rraignoiwl'en etre rffuse „Puisque lu peux grati» t'y renrlre, lui ditelle, „pourquoi pa« ; la rtncontre est rare autant que belle. ■ Voilä tout en regle. Ainsi, des que les arrangements furent pris, Ja societe »e separa. I ■ ■ ■ ■ 16 CHAPITRE II. Aventüres du premier jour de voyage. PheTjui quiltant Tbetil, fraii beau, pur, etvermeü, i peine coloroit dune leinte rougeätre, la vallee oü Ion voit, danstoutson appareil, •'italer Bisterberg en long ampbitheatre. Lescoqs de« poulaillers de tous les alentoura, d'un chant plus anime, reVeilloient leura compagne«, taluoient le matin , proclamoient Ieurs amoun. Bientöt les e"chos des montagnei, e'veilles en sursaut par le jure sonneur, alloienl porter au loin le matiaeux hommage des clocbes de l'endroit. Pleins d'une agresteardeur, les valeta. en int ont mis leur attelage , poiir rentrer la moisson par le temps le plus beau. De la corne et du fouet la rustique barmonie, rappeile dans les pres le paisible troupeau. La laitiere. deja de son tresor munie, nu piit encore, et la baguette en main , chasse le be'tail de l'7 Chacun , > teile, Conrad !... Mais je suis snr que le »pasteur nous fera attendre, qu'il aura » dormi trop long-temps« Cet ordre du bailli s'adressoit ä son cocher qui, vetn d'une livree grise ä collet vert garni d'un galon d'argent, paradoit autour du car- rosse. Gependant le pasteur se promenoit devant chezlui, fumant sa pipe, equippe' de pied en cap, mais encore en bonnet de coton. Le modeste berlingot attele des che- yaux qu'avoit envoyiis le forestier, etoit pret. Dubuisson ayant bu sa goutte, se rendit chez le ministre, qui, a l'aspect du forestier, permuta son bonnet contre sa perruque, passa la fine capotte bleue >9 *ur son habit noir, et se rendit de suite chea M r - Wuumaan. L'equipageroula sur les pierres de BisrerbdeDieu, f'ouette cocher!« Les voilä tous quatre parüs pour Hildesheim. Parmi nous, liabitants de la macliine ronde, ce n'est sans doute pas le moindie de» laleiits, de savoir amuser son monde par des propos varie'j et plaisants. par U, souvent on gagne et les Coeurs, et l'eitime. Xel qui dit un bon mot, uui torge un iniproinplu» paroit prejque toiijours plus instruir, plus sublime, <]ue n'eüt fait le «avoir. la modesle vertu. Cette assertion est vraie principaiement quand on voyage. Par des saillies , par de» reflexions amüsantes , on devient en quel- a!!er , nc possedrlit (;ti' inünimetit peil ce tilent au ir.oins agreable. De la, cette convi.-rsaüoi: prefqli'e ffMW darss le berlin- got Je m'abstiendrai d'Pn parier; je ferois bailler mos lecteurs. QtMS leur importent les p!aintes frequentes du För'estier cotitre la corpulerice des poches du Pasteur qui le genoient fort. Dans l'urißj son epousr, avec precatltion, avoit serre le lingo, en toute ne'cessaiie ; l'autre e'toit le manoir de la cölleclion des chufs d'ojuvre saciei dun't il etuit le jierei. Dubuisson ayant fait vider les poches se mit ä son aise , saus s'inquieter de son compagnon , et ceda sans resistance a l'ef- fet soporiSque de lagoutte qu'il avoit bue Toutes les fois qu'ua cahot poussoit sa tele branlaate contre la pserruque du pasteur, celui-ci. souffroit cette incommodite sans aiot eure ( il yoyageoit gratis ), fumoit sa pippcomme si derien n'eiit ete, et s'abcn- donnoit a scs reVöfi'eS'. Le second equipnm etoit devenu une chaire de professeur; Je Bailli instruisoit soii iils sur l'etat des campagnes par les- quelles ils passoient; et nommoit, cliacun par son r;offi,les vil'ages dont on apercevoit jes clochers. Valentin, qui avoit eu vent des Leurrees et du ruli, piit son couteau, se mit a depecer, et ne repondit que par nionosyiiabes, et la bouche pleine. Tel etoit I'etat des affaires, quand on airiva dans un village ä nne lieue d'Hil- deslieim. On voulut y rafiiaiclrir, parce qu'on crut qu'il en couteroit moins eher la, que dans la ville episcopale. Sur le prochain repaj, l'hotesse interroge'e, repondit qu'elle f'ourniroit wae soupe ä 1.1 biere, et des mieux appt4i4e{ puis qü'ensuite eile produiroit un supeibe morceau de viands salee. A ce cheriF menu, sieur Waumann ajoutl un beignet Ion epais, L'hötesse biea stylee, par un oui complaisant, ses hötes contenta. Pendant une heute entiere, l'holesse tutoccupeeaux preparatifs de sonbeignet, parcequ'elle netrouvoit pas sa poele. (Un garcon d'ecurie Venoit d'y faire cuire un cataplasme pour un cheval malade. ) Tout- a-coup on entendit dans la chambie ä cou- cher un tumulte affreux. Mr. Schottenius , se croyant oblige par etat, de ramener la paix, s'y rendit; • Mais, qoel objet se präsente ä ses veux ! Uoepoux, i bon droit, fäcbR corurr sa t'enima; jurant, aacrant, blasphemani de soll mieux, parce que l'indiscrete dame, pour couvre-plat prenant sa culotte de peau, tout bonnement l'avoit place'« «tu le luidu friand morceau, 33 »fin rjue In rfialenr v restür ron reu free. En vain trois fois il voulut la chausser, la chose e'toit du "lernier impossible; il eilt fallu Sans pitie la briser: et t j'eri conviens, la perre etoit sensible. Fi de la cuisine et des apprets ! par- tons vlte pour Hildesheim , arrivons chez l'aubergiste Lauenstein, qui, en robe de chambre, en bonnet de coton, la pipe en bouche, se promene gravement dans sa cour. Nos voyageurs resolurent de passer ä Hildesheim, le restedela soiree, deren- Voyer ä Bisterberg, les chevaux si neces- saires ä la moisson, et d'en prendre ä Ia poste. L'affaire decidee, nos heros prirent Ie cafe, ettout en le prenant, formerent sans doute le projet d'aller faire un tour en VÜle. *4 J'a'i fori Wen devine; tel fiu le Parti sage queprir.tour d'un» vuix, le groupe voyjgelir. D'un pas pre'cipiie', cedant ä leur ardeur, tous quatre, ils vom porler leurs yeux et leur liom- maga au plus ample des bätiments, (c'e'toit, »'einend, du lim la me'tropole; )'l rlelk, dans chaque oj;iise, ei [Ulis dans ies couvents. Par-tout, de vrais pigaui.ls ils jouoientle sot r.i:r. [SoHatit ile darrtef» lo pucle.) Savez vous, Jrloaiieurlfi Chancelicr, comrcentla loi r cljPÄ'Sou5 , Iah punir un l'ripon , un sc^lerat, un traiire? 30 FALENTIN (Bas.) Papa, ils se disentdes SQttisea. LE SECOND ■ ACTEUR. Pourquoi m'interroger? LE QUATRIEME ACTEUR C'est que bienröt, peut £tre, on le verra par votis. Madame, snivez mo:. LE VIEUX PAPA. (II agite sur l'a lahle, Im panier plcin de cou'caux, ctfrappe cb'mmc s'il battoit du tambour. ) C'est le cliquetis des armes, et le bruit du tambour. LE QUATRIEME ACTEUR. Temeraire' qu'Agnrs reste ici Iota de toi; le Duc l'ordonne ainsi. LE BAILLI. Excusez, Messieurs; personne n'a rien sc ä Commander ici <]ue le Prince Eveque. LE O'UTFaEiME slCTEUR. { Tirant tat po/gnard. ) Traltre! vois-tu ce glaive? •117 Vi il a plus de pouvoir nue ton Uuc... (// veiu enlnnner Li Dame.) - LE VIEUX1K1PJ. . Bon, bott! j^ll .donne im Signalen frap. pant ä In parte• et, tont ä coup , l'on.voit se precipiter dans la chambre, les valets dclamaison, des manccuvrcs, et d'untres, lous armes de bätons. LE EORESTIER (nui, dans son etat, ne vojageoit Jamals tjuä cheval, et ne paroissoit r/u'en boltes, en eperons, et lefouet ä la main.) Non, parbleu! non; c'en est trop... Veux-tu la lächer, infame coquin.'Est-il perüüs cl'outrager ainsi une personne du sexe? II quitte doac sa place, et — ... 3« En effet, lepauvre Dubujsson qui, Jamals n'avoit vu de spectacle en regle, ne pouvoit savoir qu il assistoit ä la tragedie originale: AGNES BERNAUERj que Mr. Strengue, clirecteur dune troupe amtm- lante, etoit arrive d^puis quelques jours ä Hildesheim, pour cODtribuer de son mieux ä propager les lumieres et ä epurer les bonnes mceurs par ses represenratioiis theatrales; que le llieätre n'etant pas en- core prct, u avoit convoque sa troupe a son auberge, pour la repeiiüon de quelques sceries de la piece qu'on joueroit le luncli suivant; qu'enlin, au defaut dessa- vetiers, des tailleurs etc. qui, sur les tre- teaux, dei(pient repräsenter les magistrats de Tubingen, les chevaliers assembles pour letournois, le* juges, lesgardes, etc. on s'etoit contente de prendre les per- sonnes^u'on avoit pu rassembler; qu'on avoit dresse les domestiques de l'auberge et d'autres va-nu-pi^s, ä fondre dans I'ap- parternent au Signal convenu , quand TORE devoit paroitre ä la tete de ses soldats. C'en etoittrop pdurle forestier, il ne pou- voit deviner la. xaison de cette irruption; mais quand on fondit sur Agnes, son bon. cceur lui fit une loi de voler au secours du plus föible, Aiiisi don'c' il qtütte sa place, s'elance Ie fouet ä la main sur les assaillants, qu'il e^rille d'importance. Mr. Strengue croit que c'est une tar.ce , crie a gorge deployee : bravo! bravo! mais les battus n'etoient point du meme avis. On ne leur avoit pas dit qu'ils seroient etrilles; la scene neleur plaisoit en rien. Car CViacun , par tin instinct de la bonne nature, cVierche autant qu'il Ie peut, ä defendre sa peau ; et le vaillant lie'ros de la dite aventure. 34 ne l'dprouva que trop. Don Quichotte nouveau, comme lui, transporte d'un zrle te'me'raire, du combat, ilvenoit de donner le signal; et bientot assailli de la cohorte entiere, son courroux, ä ses os, devint ici fatal. Mais on est soulage', dit un proverbe antique, ' lorsque, dans !e malheur, on n'est pas seul soufirant. Ce motif consola notre preux tanatique. En effct, nos lurons e'trille's si drument, crureni ( car sous !es coups f on ne re'fle'cbit guere, ) que l'liomme ä l'habit vert etoit un des farceurs ßur lesquels f en entrant, leur Coup devoit se Faire; . et leur vengeance alors tomba sur les acteurs. Sur deux Ügnes range's , deux partis plein« de rage , . poings ferme's , pies en l'air', essayrnt leur valcur. et montrent ce que peilt l'intrepide courage, quand le bras s'est arme pour defendrele coeur, JL>** cliquetis cont'us des dextres vengTesses resonnent sur les flancs des Acliilles nouveaux: tous gravent a l'envi leurs gPntilles prouesses surles dents , surles nez, surles grossiers museaux. Deux sont ja Corps ä Corps couchls sur la poussiere, au hasard , »e froissant de leurs membres nerveux; d'autres.debotu cncor, mais plie's vers la terre. S5 ont leurs doigts accroclie's dans leurs flcttans che- veux. Aenes est auXiabois, eile hurle, eile crie. Envain son epoux veut, en pacihcateur, apaiser les esprits, retablir l'harmonie. Betranche's (Uns un coin , le limids pasteur, le'benet Valentin, son bonasse de P*re , s»is\sd'eftroi, tremblants , trop peu laits a cestours, pleurants , desespeVes , et ne sachanl que laire , repetent en trio : vite a. l'aidej au secours J Enßn, Mr. Laueastein s'apercevant que le tumulte passoitla plaisanterie, entra bien escorte. Oa fit treve, puis apres on s'entendit. Le directeur assura qu'il etoit flatte^ de faire la connoissance de Mr. Du- buisson et de sa compagnie; et le forestier terniina la scene par un: Que leDiable empörte les comediens! Apres le depart des acteurs, Mr. Stren- gue s'occupa ä s'insinuer dans la bienveil- lance de nos Bisterbergeois : il ne tarissoit 36 passurla poinequelui faisoit \a fatale m^- prise; il amalgamoit tant de lambeaux de ses pieces de theatres ; il parloit avec tant d'emphase, et de la moralite de sa troupe, et du choix ediüatit des pieces qu'il don- noit, qu'Ehren Schottenius lui-meme se sentoit porte en faveur de Mr. et de Mde. Strengue. Ce fut sur-tout ä souper qu'on vit se manifester cette intime effusion descceurs, lorsqu'on vida les deux bouteilles dr? vin vieux de France fabrique l'annee pr'Ace- dente a Bieme, et que Mr. Waümann a- voit prises avec lui. La separaiion fut d'un tendre! chacun seserrant la main, s'exnri- moit l'assurance d'un devouement reci- proque. 37 CHAPITRE III. . La seconde journee commence par un orage nouveau. -— Coiiciuuation du, voyage jusqiiä Peina. Le firmamcnt roug : par 1 auri» matinale; annoncoit dusoleil le retour bienlaisant; et ilans la ville e'piscopale , tout dormoit: femme, e'poux, vieillard, jeune lioinme, enfant. Sous son (luvet moellpux. cliaque capiiulaire jiouclialemment plonge cldiis ]<-s bras du sommeil, V goutoit un repos aux g-ands snins necessaire , en attendant un paisible re'veil ; et disposoit parla, son corps et son esprit ä d'importants travaux. ä de Hör« sarrifices : au saint enchatnement qui, tous le« jours, unit ]e teinps du cabinet, d celui des offices. Aux cVianoines, assez les moines sont e'gauxi m4mes eoucil, mfrne abstinence, 58 meir.es foesoins , menies travaux. Aussi, du bon prtilat ä ronde corpulence, jusqu'au b'lme novice »u modeste regard ; depuis la prüde abbesse au ton douxet mysiique, jusqu'i la simple none au courroux babillard , tout dormoit, 'mais dormoit d'un sommeil monas- tique : le corp9 etoit au lit, et l'äme e'toit au ciel. Le paisible bourgeois, sous despavots tranquilles, »ttendoit, *n ronflant, son matineux re'veil, pour voler a des soins moins saints , mais plus utiles. Precisc$ment ä cette heure, Mr. Wau- mann se sentit tmirmente par un reveaf- freux, un reve tel qu'il n'en avoit jatnais eu. De la race Wanmann 1'imbeVil» Vieritier »'y presentoit traue d'infernale maniere; criant, hurlant, mais ä laire piüe. Le Diable Belze'buth et sa vieille graud'mere, de leurs ongles crochus sembloient l'avoir saisi. Le pap» tourmente pn i'irnage efirayante 39 dei affreitses douleurs de Valentin transi. et des tons menacanis de la. voix gUpissante d'un colonel des reMuits infernaux, ne pouvoit s'en croire ä lui-meme ; sa raison , par un reve expliquoit lous ces manx r on craint de voirsouflrirle tendre objetqu'on aime. Mais k quoi comparer sonetonnement, xjuanJ, bien eveille, il ne sentit plus au* prös de lui son eher Valentin ; qu'il disliri- ga lesdouloureuxaccentsdesonnls unique qtü piteusement crioit: «Papa, papalils »me garottent, i!s vont me tuer! « Sau- tant donc hors du lit, il se couvre comme il peut, saisit son coutelas , et se preeipite ^vers la chambre d'oü viennent ces lamentables cris. I .' ' Pour ne pas lasser la patience de mes lecteurs, je vais les mettre au fait de cette «venture epouvantabje. Chez Mr. Lauen- «tein, on arrive en montant un escaliec 4o fort obscur dans uno piece au premier, et cette picce avec un menie alcove, se trouve rep^töe au secönd. Le directeur et son e- pouse occupoient Ja premiere, le bailli et son iils la seconde Apres le depart de la comj>agnie, le pretre de Thalie etoitrest^ seuldans lasalle ä manger. Comme beau- «oup de ses semblables, Mr. Strengue ai- moit les licpieurs fortes ; son Apollon ne pouvant lui fuurnir du nectar, l'eau-de-vie contentoit l'appetit de notre homme. Le vin vieux du bailli ayant excite sa soif au- lieu de l'etancher, il s'etoit fait donner du brandevin, avoit envoye sa femme au lit, s'etoit mis ä etudier son iole en sirotant, et ä siroter en l'etudiant. Insensiblement sa tete s'apesantit, un certain besoih I'ayant fait sortir, il entra dans une ecurie vlde, chancela, tomba sur la paille, et s'endor- mit: le genie de.laBaviere veilloit sur lui. 4t Valentin peu fait aux me?s de Mi ville eutpendant la nuit des coüriiips affreuses qui l'empecherent de fermer l'oeil. Dans son angoisse , il se ntit en qnete pour trou- ver un Heu seeret, Iaissa son pere profon- dement endormi, erra pendant quelque temps dans l'auberge, trouvn cequ'ilcher- choit, et desuite, il voulut retqurner au gite. Parmalheur, il entra dans l'apparte- ment d'en bas, parfaitement semblable ä celui d'en haut. Cette ressemblance nelui laissant pas apercevoir son erreur, il va droit au lit, et se couche aupres de Mde. Strengue. ■ La dame dormoit, Valentin dormoit, Ie comedien dormoit, le bailli dormoit; ainsi l'erreur fut un mystere jusqu'a l'au- rore. Le sommeil ayant dissipe Jes vapeurs du cerveaude Mi. Strengue, celui-ci quit- 6 4» ta salutiere, se rendit aupies clesa fcmme, ou il trouva ce quenous savons bten. Quand le baüli arriva sur le lieu de Ja scene, le directeur serrant la gorge a Valentin, lui tenant un pistoletsur le cocur, declamoit: Inläma seducteur, peiit itionstre adultere, crois-moi, tu vas payer bien eher ton attentatf ! Et toi, femme sans Iront, vile epouse a Tendiera, t.oi! tu souilles ma couche avec aiit.uu d'^tlatj Meconnottrois-tu donc a erui tu tlois la vie ? ..... rjies bieulaits genereux. raon amour outragi? et ma tranquiiite par ton crime ravie ? ... Cet amour, en venge-ance, ici doit se changer} Qui m'arrtte.et pourquoise troubl« encormon ame? pourquoi nepas presser des sanglots dou'oureux . de ce cceur avili par une indigne flamme; et lairesucce'der des grincements affreux »uxlubriquej hoquets que vous pouuiez tout deux J Tout le monde ä l'auberge, aecouruta, 43 ce tapage. Le forestier: » Quoi, quoi? » giincements'de dents?... Eli! le vieux » drole n'a plus que des chirois dans la »gueule! Dis,maudit rimailli'ur, que t'a » fait ce jeune homme ? est-ce encore une »comedie oü d'honnetes gens recoivent »dos coups de bäton ? Laisse la tes tours »de passe-passe, ou je te montrerai que »le Forestier Dubuisson sait aussj jouer » des comedies.« Menaces inutiles: le directeur haussoit letonjson epouse juroit qu'elle etoitin- nocente, qu'elle avoit profondement dor- mi, et qu'elle ne se doutoit gueres qu'ua seducteur eüt pris la place de son epoux. Puis, s'adressant au pauvre Valentin: Commentme vois-je en proiei la sale fureur, imfäme! ai-je attise ces flammes dans ton cceur? Mr. Strengue" l'interromp , il s'ecrie: 44 Etoit-ce rlonc, grand Dien pour une (in semblable, qu'hier soir, conp sur couu , ä boire on me vcrsoit ce faux jus de Bdcclicis , breuvage deiestable, dans lequel, malgre' inoi, nia raison pe'rissoit? L'liomnie et la femme. jouoient leur Tole ä inerveille, et Air. Waumann etoit trop bon praticien pournepas .voir l'avan- tage qu'on pouvoit tirer de cefte bevue. Tout etoit contre Valentin, et le fait n'e- toit pas niable. Les epoux menacoieut de la justice, l'aubergiste croyoit sa maison discreditee. Qtiel eelat, si Mr. Strengue eilt fa'it arreterla comp=>gnie! Sans doure, l'affaire se fiit arrangep; niais l'affront! D'ailleurs, il faüoir partir, si l'on vouioit voir l'aerostate; que faire? De tous nos voyageurs, le ministre e- toit sans contredit le plus raisonnable. II se douta qu'une saignee faite ä la bourse du. papa Waumann, alloit retablir la paix. 45 11 offrit 30 ecus, la famille vagabonde les accepta, et les debats cesserent. Nosgens partirent, se prom^ttaht bien qu'ils n'ou- blieroient jamais Hildesheirn; et, sans en- combre, ils arriverent ä Peina. 48 CHAPITRE IV. Aventures ä Peina. — Conversationä table. — Gdteaa ern'eloppe dansl'im- mortalite du Miniscre. — La socie'te' se sdpare. Oi e'coute«, Messieurs, Mesdames, Vous que j'entens en secret murmurer, et faire surl'auteur bon nombre d'e'pigrammes, parceque ses heVos vont ici pe'rorer; vous ave2 tort; «acnant bien r|ii'en voyage on ne peilt pas toujours troiter. A table, laissons-les reprendre un peu courage: & Peina, malgre moi, j*- dois vous arr£ter. L'afiluence d'etrangers etoit teile, que hos bonnes gens durent se resigner a ar« tendre quelque temps avant d'avoir des chevaux pour se rendre a Brunswick. Di- 47 sons donc un mot de la eonversation qui eut lion entre les convives; mais aupara.- Vant, placons-les. Le respectable ventre de Mr. le Baüli, et son liabit bleu galonne en or, Im valu- rent la place d'honneur ä table. Valentin se campa sans facons aupres de son pere, deplia sa serviette, et sourit en lixant la soupe.Un nomine ä pretentions , vetu d'un elegant habit de voyage , s'assit de l'autre cöte. Nos voyageurs le prirent ou pour un conseiller dela regence,oupourquelque chose de semblable. Plus bas, venoit le Forestier, ensuite le Pa*teur. puis un pune homme, qui, d'un air cavalier ,se jeta sur sa chaise en fredonnant ä demi voix un passage desa composilion, etqui bien- töt fit la grimace sur le dlner. Le reste de la compagnie itoit compose de person» nages insignifiants, qui ne dirent niot et 48 mangerent bien. Voici le sujet de la co'n- versation; Mr. LE BJILLl. Apres vous , mon eher Monsieur. LE PERSON NAGE INTERESSENT. . Point de facons, je ne puislessouffrir. A propos, que dit-on de la recolte dans yos environs ? Vous avez sans doute une forte economie ? LE BA1LLI. 00 n , J'ai l'honneur d'etre Bailli au Service du Prince de *** ... j'ai une forte economic___Eh bien, la recolte ... LE PERSONNAGE INTERESSANT. Une forte economie ? Je n aime point cela. Sans doute, vous autres Messieurs, vous vous enrichissez; vous etes autant de petits princes; mais le pays, le pays .' 49 LE JEVSE HOMME ( au minUtre. ) Quel est le meilleur hutel a Brunswick ? LE MINISTilE. Excusez, Munsieur, c'est la premiere fois cpue je ... LE EOHESTIER. Je löge toujours ä l'Auge d'or, on y trouve de quoi pour les hommes et pour les chevaux. UN DES CONTIIES. Messieurs, j'ai l'honneur de boire ä votre sante. TO US. f ■ • TT IllLl Je vous remercie. ... Bien obhge. ... Pareiliement. etc. 7 50 LE PERSOyNAGE lATERESS.JXT. JNotre principe est de paitag er ' es do- maines Ie plus rpie hoiis pouvons . en lais- sant le prolit au cultivaleur; aün de pro- curer l'avaniage du pays. ■ LE JEUNE HOMME. ■ Je suis bien curieux de voir comme on m'accueillera ä Brunswick! ... L'Empp- reur aura peine ä nie croire, quarid ?p lui dirai combien on est encore en ärriere a HanOVre. ( Kos cainpagnards ouvrent de grandtyeuxi ) Etes-vous auialeur de mu- sinue Mr. le pasteur? LE MINISTRE. Autrefois je pineois un peu dela harpe dont j'necompagnois ma voix; mais, les travaux du ministere ne nie iaissentpasle loisir de-me livrer ä ce passe-temps. 5< I.E TEUXE HOMME, Passe-temps? perroettez: c'est uneoc Cupation tres-noble que la musique; eile peüt avoir la plus grande influence sur le cceut et sur le sentiment. Est-il possible d'avoirun bon earactöresans aimer la musique ? et jamais an virtuose fut-il un mau- vais sujet? Qu'il me joue un Adagio, et je vais vous dire s'il a de l'dme. LE MTXTST.1E. Permettez, Monsieur; autrefois , )'ai pense comme vous; mais ä present, je suis convaineu que ce n'est qu'une ceuvre purement mecanique.La musique amollit, j'en conviens; mais tout sentiment mou et voluptueux n'est pas un sentiment noble. La musique n'a point de Iangage Hse ; eile provoque des affections luxuri- euses, et ne leur donne päs une directum 5» reguliere. Silecceuremu pareüe, selaisse quelquefois aller a la bienveillance, ä l'a- mitie, il peut aussi s'ouvrir a unevolup- te sensuelle et grossiere. Les hommes ne sont que trop enclins ä conlbndre des i- dees disparates revetues du meme nom, Voyons-nous un effemine sanguin s'api- toyer sur des heros de romans, nous di- sons qu'il est sensible; ne le disons-nous pas de meme, en parlant de celui dont I'äme prem) un interet vif ä tout ce qui estgrand? N'oüb'lions pas cppendantque Je premier peut etre un archi-scelerat, et que l'liomme vraiment vertueux, l'liomme capable de grands sacrifiiies, triomphe de ses penchants par I'effort de sa raison. En un niot: la vertu ne consiste pas dans des sentiments obscurs: comme je I'.ai prouve dans un des s«rmnnsque danspeu je don- nerai au public. I/experience demontre jnoa assertion j n'a-t-on pas vu des virtuoses 53 tres-abjects, ou depöurvus du sens com- niun ? (Ici ic jcune komme se li-vc, et sort. ) LE BALLLI. Oserois-je vous demandersi vows con- noissez ce Mr. qui vient de parier de mu- sique, et qai paroit etre en relation avec des tetes couronnees ? LE PERSONNÄGE INTERESSENT. Si je connoi; ce eeux-la? je vous en reponds, (lest un joueur de flute, un li- berlin qui pendant mon sejour a Wetzlard , oü j'etois pour affaires d' vais avec Valentin prendre les devants ; »des qu'il arrivera d'autres chevaux,vous *>pourreznoussuivre; nous seronga l'Ange »d'or. —Je vois, dit le virtuose, queMr. »leBailü a une place vide; 6serois-je le »prier de me permettre de l'occuper? >>Par lä , je gagnefai du teirips, et inoa / 5^ »('rTuii);!.^f > pOUrra snivre. Je cJeMreroi;. par- » l^r aujourd hui au Pnuce dt: * x * tjuim'at» » tei»d. « Mr. Waiimann n'eut pas la i'orce de repondre iiegativeuienT; il prit düiic avec Jui ce va^ab'Hid, tjui dit P a ul bas au do- mestique: »mon cuusin le Forestier que »voila, paye pour moi, « et de suite, il aionta ea voiture. «Prenons avec nous ce galeau, dt 1ä » pasteur, il estpaye. Garcnn! avez-vous «du papier? « Le doniestique sort et re- vient apportant une demi feuille d'un ma- nuscrit tres-lin. »Ah, Dieu! ijue vois-je? »s'«5cria Ehren Schottenius, mon ecii- »ture! D'oü avez-vous eu ce papier? c'est » uu mofceau de mon plus beausermon!* . .. • Agents inf'prnaux ou oe'le«tei, vfius^ angejprotecteuri, vous, etprits majfaüpmj # 57 vous me'chants pcomoteurs d'iniluences luna&tes, rsoh i jilcines mains, des maiix, qua iraliiroient la erliste vengeance, s il ii'e'loit roinmun ^armi nous, 'de voir I'adversite poiinnivie l'innoceiice, et iul r'aire seniir le Hei de sdrt counemx. Dubnissuii Ijitn rosse par d.e vils mercenairei, pour s.'eire declare d'Agues le protecteur: ■ ' . ' V ' Valentin confondu panni les aduhere«, pres de seritir l'eriet d'une mjuste tureur ; et lltfufll Wä umarm; tenrlre-et malheureux perd, ■Force d'accoiiiöder a de Iris gros'depens, une «sst-z.. equivoque afiaire. .Voili de vo» exploits, esprits uop mallaisants! Na suffisoient-ils pas? Pourqnni vouloir souslraira Ehren Schoite'nius a l'imrtiortalite ? .' ... Un las de polissons, maritiaille pe'tulaiue, vieut ile «'einparer de» jerrtons , 8 58 et d'ime adreste maHaitante, > cisaille et coupe sans tanonj. E-claircissons le fait. Toutes les an- nonces, toutes les descriptions duvoyage aerien etoient accompagnees d'une gra- vure qui rendoit la chose plus sensiLte. D;'puis trois jours, la jeuntsse de Peina ne pensoit, ne parloit, ne revoit que bal- lon aerostatique. Trois petits gaillards e- veül^s rodoient dans la courdu nialtre de poste, et s'etoient long-temps balances dans la chaise du pasteur. Ennuyes de r.e jeu, ils avoient eu la curicsite de visiter les poches de la voiture, oü reposoient les chefs-d'ceuvre. Cette trouvaille les con- tenta fort: vite des ciseaux, du fil, et une aiguille; et de retrancher des verites chr6- tiennes, tout ce qui depassoit le patron d'un a^rostat. Le domestique prit une de ces feunles, et l'apporta au pasteur. Ce« 5* lui-ci vola au secours de ses chers enfants, et les sauva presque tous. Un seul etoit p^nlu, un autre lac^re. II se fit donmr une ecriloire, et repsra de son mieux la perte qu'il venoit de faire. Laissons-le donc ecrire, et suivons Mr. Wauniann k Brunswick. «0 ' - • CHAPITRE V. ■ i Avchtures du perr et du fih apres leur svparion de leurs cömpdgnons. ■ .L/ambulant virtuose quo nous avons ex- pedie ä Brunswirk. avec nos deux voya- ^puts, etoit, cömme Ip sont heiasj !a plu- part de ses confreres, un franc vaurien, ment pas encore vu Bruns- »wick? La presse y sera grande; etaous 63 »devons prendre garde qu'on ne nonsvole »ou qu'on ne nous maitraite. Mon avis »seroit qu'on enl'einiät sa bourse et sa » montre a l'auberge. An resle, je ne qmt- * ,erai pas Mr. Valentin 5 et si Mr. son »per« veut me !e conner, je ferai de nion »'nneux, pour que celui-ci ne coure au- x cun danger. « Cette offre ne pouvoit qu'etre arcep- tee avec reconnoissanoe; et dt-ja la venture rouloit dans Brunswick., que Ca- rinotachoit encore de s'insinuer de plus en plus dans la confiance du papa et de Valentin; quil les charuioit encoie par S es recits seduisants. II y avoit tant de monde a l'Arged'or, que nos messieurs durent se contenter d"une petite chambre au troisiemej ils y firent transporter le»" effets. «4 «Gent Diables! comment nous rrou« » voüs-nous ici, mon che::' « • s'eci tu le bailli, en apereevant sr.r' IVscalier iui greis, hornme en habit b'mn ä hiotüuusj iut.es , et en yeste rouge ga!onn«;e en or. Gvinit le LiceccieBoiKjuignac d<*Srha'ppers!adi, sonancten camarade d'univer.siie Bii-ti en- tendu qu'ils avoient niille choses a fan (i ; r<>. »Sais-tu, mon eher Bailli. rpie ma femme »etson pere Poivre sont ici ? Yiers l*>s »voir: nous logeons au Piince Eugene. »Nous avons aumoins deux beures avaht »ledepartdu ballon; le remplissageprerul »biendu temps, vois-tu; et pour de la »place, nous en trouverons asse2, crois- »moi. Ecoute: nous irons nous placer »derriereles palissades; dans lenceinte, »la foule est trop grande, j'en suis sur; »et d'ailleuw, pourqupi donnerions-nou» » de l'argent ? u'est-Ü pas vrai ? « 65 Le bailü Ht quelques iliffirulre's an su- jet de son iils; et suppose qö il le prenne aveclui, l'arrivee des rteüx autres I' m- barrassoit le p'us. Mais Carino s'ofFni ä ne pas quitter le jeune nomine, et promit de conduire a la contreescar[H', Le i'i's , \e> ministre, et le foreslier, atusitoi que res derniers seroient ä l'auberge. » C'est la >x]ue nons nous re'jöihdröns, nion eher «Mr. Iel>ai!li, ajouta-t-il; et quand bien »nienie nous ne serions pas c6te ä cole, »nous nous reunissons tous ici apres le »spectacle, n'estcp pa.s? Ne vous sepa- »rez donc point de Mr. votre ami.« La proposition fut acceptee. Q-ianfl le fi's unique et le virtuose se trouverent seuls: Sur mon hnnncur! vom Stes un net homme, eher Monsieur Carino, dit le «ol Valentin; 9 66 je vom rlie'ns bien Fort. Vos paroles sont comme biere de cabaret: bonne des le inatin , plus ic puls coußer les details au p ptei , joice Mr. Dtibiiissoii a r/nviger de rollte, et ä sc rendre rn. di/iqence a Ooslar. Ne nous allende:, do/ic plus ä Druuswhk. Je vous ävoue nn'i! ine fall peinede ne pouvoir ass/ster ü l'expeiiciice de Afr. Blan- chnrd, et de renoncer a la veule de mes srrmons; 'vnnis que faire ? .. . Le teste de Tiouche. Nous et- pernns, nvec, l'nide de Dien., (Ire ä liislerbergsur Ja (in de in semaitie. Tai Vhonneur d'ijcre avec consideralion, .. ... t-.. 7 t J'oti c tres-huilllde et Peina, üimanche apres ... t/c' oheixant. servil eur midi. J. G.SCHUTTES1US. Valpntin n'avoif pas contume de se. cas- Ser la tetP a srruter les choses jusque (Jans leur cause preuaiere; il mit douc la lettre 68 tlans sa poch«, el se contenta dezacon- ter a sun QQHipagnon, qfie le foreMier a- voit ä Goslar une niece nommee Margue- rite, que Dubuisson la lui destinoit pour epouse; mais quelui, Valentin, ne pou- voit la suutfrir, paiee (juVIle etoittrop ap- preteeettrop savante; qu'il craignoit que l'oncle ne la ranienat de sa peiision,etqu'aa iie le fof <;ät a l'epouser. Pendant toutp.s ces exph'caüons, des flots de specratßurs se preeipitoient Vers le lieu d'ou partirött :e Ballon; et nlenffe a l'Anged'or, toats'eroir ::iis en rnarche. Ca- riuo s'adressant a Valentin: Allons, vlie, ilesiii-mps; il taut vous haliiller. Mais sacli-'z, (]u'in cetke »VartHlre, anx yt*ux des asstslants, ahn d" mieux l'rtllrr, <>n dnlt lll'-ttre ftiir soi sh r'4tl* Brt« i,,i;ilrP. A con|j sur . vous avttE ch'*r Monsieur Vrn^uiid, uaus \.ü <;u»htf Uu LaLu uu jj'.u inua u Ij luutlä * «9 Sortez-le, puil venez, que d'une adrotts main» j'arrange vos cheveux , que je les accommode. Valentin mit aussitot bas son habit et sa veste, ouvrit Ie coffre, d'ou il tira un jjetitliabit vert a Loutonnieies d'or; et Cailuo lui cht: Crovez-moi, renforme« votre argem, votre moutre ä la placti de cev bablts ; vous pourriez faire une renronlre oü l»-s plus hus meines sont pris. Maiiiienant, par hasard^si des b esoin 5 pressant« vous appeloient. .. Vous m'eutend^z sans doute; cotuez.y vtte, t~t inoi, pendani; ce terrips, rempaqueitriai touC ., Eli, qu'e&t-ce qu'il en CO Ute de prendre ses p:et cauterisee au point de ne plus desirer de faire sur ses semblables, un« Sensation avantageuse pour lui, ou de pouvoirs'applaudirinterieurement df'quel. z au-dessus des autres. pour recuser leur jugement. On se rxee des ver- tus nouveHes; on eleve au rang des ver- tus. ses foiblesses, ses vices memes; on farde des plus belles couieurs, Ies objets qu'appetent nos desirs sensuels, afin de iustitier ainsi son attachement pour eux; on r'abaisse ä l'exces, le vrai meiite tröp eclatant par lui-meme. Mais quicorjque s'fst ravale jusqu'a ne faire aucun cas, ni de l'approbation des autres, ni du te- rnoignage secret d'une bonne conscience, Ouvre sous ses pas l'ablme du desespoirle plus affreux. En vain son ange tut&aire 76 imjilore pöur lui la misericorde du pere Celeste. Oui, M. C A. le t^moigna^e spcretde Xiotre conscience, le desir.de nous conci- lier par üocre merite I' es lim» de nos sem- blables,sontdeux ressorts puissants piiur nous elever ä des perfections plus sublimes: l'uo et l'autre peuvent avoir l'influence la plus marqueesur notre amelioration ; nous ancrer fermement dans la pratique de la Vertu; nous aiguillonner dans les circnns- tances Ins plus penibles decettevie: pour- vu que leur marclie soit unilornie, que leur force soit egale. Olui qui ne voudroit dependre que de l'opinion du comniun, perdroit bien- tot son propre caractere. Ne ressemblez pas aumoade! nous crieunevoix Celeste; e/est-a-dire: ne suivez pas en aveugles ehaque bon ou chaque mauvais exemple. L'homme qui, peu sensible au temoignage de sa conscience, singe en toul les moeurs dominantes, se permettra les vices ä la nude pour plaire ä la foule corrompue; il deviendra l'adulateur lies grands et de leurs crimes, un atni suspect, prive des delices ineffibles qu'enfante l'intinie conviciion. d'avoir, sans respect humain, rempli loya- lement ses devoirs. Heias! sans ces de- lices, il n'est point de calme pour notre äine. ■ Cepenlant, il n'est pas moins dange- reux d'afFecter de rindifference pour les ap- plaudissements des autres, et de n'en ap- ppler qu'a son propre tribunal. De ce d£- faut, naissent un calme funeste, la pre- «omption , I'erreur. Nous ne voyons nos demarches qu'au reflet da jour que leur donnent nos passions ; nous jugeons les 1t i autr« par nous->memes; nous nous Fof* geons des principes quicaressent nospen- chants; nous savons exeus.T tont, merne ee que chacun condamne, pourvu que fl itreconscieneesoit tranquille; nous se- couons le jougde Ja biensearice et dt'S Conventions recues, malgre h'ur empire dans la societe. Honneur , honte, recon- noissance: tout alors est vicrime de nnj idees, de nos sens; nous dechirons les liens , et du sang, et de 1'amiti» 1 . Q.i'on nous donne un bon conseil, ce ne sera, ä nos yeux qu'un raflotagp; nous traite- rons de grossierete Tavis le plus salutai- re, nous liii refuserons l'arces de nolre coeur; et nous volons dans Ies bras du. lä\ he flatteur de nos passions. Chaque' Verla nous dt^plait, des qu'elle exliie un säcrilicf»: et I'une a!la-t-elle jamais sans I'äutre? Au lieü de cotabattre nos ap- p'etits sensuels, d'acheter le repos et la" i bonheur par quelqrics victöircs sur nos penchants, nous ainions niieux coniposec avec notre -conscience. Nous decidons dans une affaire oü. nous sommes accur sateurs, aucuses, et juges tout ensenible. Cornbien de belles dmes sont tombees, pour avoir ete trop presomptueusf-s! Des recrets lielas trop tardifs, un m^pris uqh vcrst-1, la inisere, les chayiins,-devi.eriuent alors ... m »Quoi, qnoi?Le Diabip iftt^fl encore « uneiois lache ?« s'eoria leforestiereveille en sursaut par un domestique q> Monsieur, »je voulois vous dire que les chevaux se- >>ront ici a l'instant. La demoiselle et 80 »l'o.Ticier qui Jogent dans I'autre appar- »tement, veulent partir aussitöt qu-e les »rhevaux seront de retour.'—• Quille de* »moiselle?« dernanda Ie pasteufl. Nous allons repondre noua-uiemes ä cette ques- tion. ■ Un offi-cier autrinhien et uns jnune demoiselle etoient arriv^s la veilie pen- dant la nuit. L'oüicier interroge, s'il vou- loit poursuivre sa route. avoit dit qu'il attendoit un etranger. Des Ie matin , l'of- iicier se retidit et envnya souvent de soa anborge, au Hibou, pour apprendre si cette personne etoit arrivee; et tandis que le pastcur reparo.it san ser#}pn, on vjnt lui apporter un billet de celui qu.'il attendoit. II l'ouvtit avec emotion, Je lut aveo predpitation, puis s'ecrja; ■ Bpiiheurplnsque complet! Dieu, rerois oir l'asccnsion du ceiebre aeronaute. — II retrouve ä sonretonr , lejetine. Traumann dans un etat, de'plorable. ±VJ onsieur Waumsnn assuroit sur son honneur, sur sa reputation, sur ce qu'il avoit de p!us cher,que jamais il ne s'etoit vu (Jans une foule seinblable a celle dont il dut fendre les flots pour arrjver pres du ballon. Miis nous ne sommes pas encore lä; il faut aup'aravant sortjr de la ville, et sous la porte, la presse etoit trop fürte. Madame Boufjnignac, raymtnant r)e p.irure, y perd.parun malbeur ä l'bistoire iiiconnu , son couvre-cbef: sa brillante coiffure; ft des lors, son toquet n'e'tant plus soutenu. H tombe anx pie 1 « du bailli qui , voyant la rflique, »einpresse bonuitemenl de la lui ramasser; mais un grossier lourdaut, colosse arcbi ruslique, lui marcbant sur la inain, manque de l'ecraser. Le petit Bouquignac, jeune enlant Sans malice, ayant sur le grabal perdu tous ses cheveux» «ans vanite, portoit Un calogan iactice. Un polisson malicieux Tarrarrie sans ce'ie.uonie. Un etudtantde Halmstadt mit le comble a eeue avanie: le jurisie de Schreppenstadt, ä pas tomptes, marchoit sans de'fiance, lautre, entre les jarets, lui passe son bäton. Ue bon homme tre'bufbe atix yeux de l'assistance, et baise le paviS, flu bout de son menton. Milgre toutes ces petites adverlites, imances ordinaires dans les tableaux de ]a vie humaine, la troupe arriva saine et sauve au Üeu Tant desire. Le soleil etoit bnüant, et dardoit ä plomb sur les tetes. On dit que les perruques de laine sont pluschaudes queles autres; ainsi, jugeons de l'etat du Licencie Jiouquignac: il en avoit une. 11 frtir ici , dit-U, une cliale.ur de diabl* ; non ,« s'ur ma foi, long-temps jen'y sejournerai: comme beurre on y fond, le ben u'rsr [las tenable* Allons ailleurs ; sans quoi, de soll je creverai. »On n'aura pas dine au chdteau avsnt »une heure, lui ditun vieux laquais ; de taiüeordinaire. Or, Moment un ballon desextuplehauteur, portesur le niveaudela vaste atmosphere, parojiroit-il si gros aux yeux du spectaieur, e'd pouvoit s'e'ianeer aussi loin dela terre? Po'jrroit-on distinguer I'ae'ronautehardi, «on chap*au, son plumet, et saparureentiere. Bieasotdonc, qui trop tot croitloutce qu'on lui dit. «9 /.'-■'. TUDIJKT. ■ Snit.Nous en jugerons d'apres lVxpe'ricnce. ... 'Mau, Monsieur liouiiuignac.cesoir.probaulement, Vous venez au spectacle? IE . L1CEXCIZ. Oh,duii!oins jele pense. /./: CHIRURGIEN. Vofre spectatli:? . Fi! je parle Franchement. AS'u ».'iril, l'ope'ra vaut n-.icux; j'aivu la scene oii e t)ie„tie est piain dechais et declievaux. Pailest-moi de ces ooups, ils en valemlapeine. Oui, detebopi : ras seront juge's tros-beaux; msis ... par le tribuv.al dek seule l'olie. Quoi donc 1 voir pour acteurs , ees Clmpons muüle'», eaclavea au seraü, chanteuraen Italie, triompber sur des cbara artistemsnt colle's, «ortir en Adonis de combat9 sanguinairts ; chanter en glapissant d'un Faucet nasülard, 90 leurs sublimes discours ä de sots movuque'taires, qui se laissent sans honte affubler au hasard, pour nous representer le« he'ios de la Grece, oii de ce penple .nltier qui sonmit t'univers? ii! Voir dans le meine gui't, avec cette iinesse, des sacriHcateurs cosiiirnes ä l'envers: ornes d'une perriiqne ä Irente-six marieaux, eile» pie's revetus de botiines cirees , mircliant ä pas comptes commeautant de heMraux; en sots, se pavanant sous leurs milres doirfes , fiers de porter un vase en bois peint d'ori]>eau ? JJ! Voir faire sous ses yeux un horriblc carnage, oü chacun des Hüctors , en Arlequin noüveäu, sur ses armes frappant, signale son courage; oü ddS murs renverses par les assiegeants, montrent que du papier agacoit lpur audace ? 11 f VoirMeMee, et son rhar, et ses dragons Volants, par un cordeau visible enltve'« dans l'espace, et disparoitre ainsi pour abuser nos yeux ? !! • Voir Apollon »e'ant sur un grossier Parnasse, disperser sans pitie' des nuages poudreux qu'il trotte de son chcf lout couvendefila>se? \[] Ah.combien dobeautes [ Que ces jeux sontbeureux] 9« Que de doux sentimems , dans nos coeurs i]j fönt nattrel En nous accouuimant i cos plaisirs bonteux, nous, peupU:raisonnablr, ou dumoin» laitpouiTe'tre, nous desbonorons: nous, nos e»fants, nos aleux. LE BA1LL1. Oh oh! mais cependanuoutnep»ut pas paroitre «ur le the'itre comme ... LE SAFANT. II faut l'illusion. Kepeut-ellese faire? ehbien, point de «pectacle. Dans ua de, dites-moi, jainais se baigna-t on? S'illaut represcnter une enü»re debacle, un assaut perilleux, ou de sanglanls combat», agrandissons la scene... Auriez-vous connoissance de mon f»meux traite sur le« grands operas ? LE BAILU. Ostois je, Monjieur.'prendre ici la licenc» 4« m'iuformer, ä q»i j'ai l'honaeur •• > LE SJfJNT. ßret ail leur. Je figure aujourd'hui parmi nos bom poete«: CR le'inoignage est vrai f quoiqu iJ soll tres- flatteur. J espfre qu a present. vous savez cu vous eles7 Eussiez-vous jamais cru trouver a vos cölei, ce tendre cliansonnier, dont la muse legere a charme* vos ennuu par ses vers eru.hanie's? Je viens dans cette viile, ä dessein de coniplaue aux savans d'alentour qui s'y soiu löuuis. LE BAILLl. Je suis flaue, Monsieur, d'apprendre i vous ron- noitre ; mais j'ignnre % rpgret, quels sont ces beaux e'ciits, que pour nous amuser, voire pluineht iiaitre. LE SJT'A^T. (D'uri air de meptis,) Lalecturc, je crois, n'est pas de votregotit? 9*. Lt Pardonno«; cependant, pa«trop dansleliaut style. I peui, mo> -li boijt; ii-genre en est uni, ia die', »tjelis ä riejäut'iii tr a. ■ . et'. I.E IACEXCIE, Je connois la broclmre : all! cetemL ois-mui, n'est plus pour nous, mon clier... li, par la poste pteroiere, i' ■ • i Rtfi U m»tifcre: ' 17 . \-7l. . udel 5on j it.... 94 LE CHIRURGIEN., (intcrrompaiu le Liccncie. ) Cesi vrai, cliacjuesavant galopeä toute britle,. et (lecouvreaujourd hui (juelque recoin nouveau :na: quc dans ... Le Chirurgien vouloit poursufvre sa di's- sertation. quand on eutenJit de tousco- tes: «le revoüä, le revoila ! « Touie la compagnies'elance hors del'appartemenr, demande: » que voila-t-il?« G'eioit Mr. Blaocliard heureusement de6cendu. Pourquoi donc faut-il que dans oet ouvrage fait pour egayer mes Ircteurs, je me voye force de produire tant d'f-pe- rances trompees.' ... Mais, je suis histo= rien fidelle. |S Nous ne conri.issons que trop toutes les far.il, tp.s du pere et du hls i es, siir s;i harque, passoit taut ile «le'fiint» iliveis, €pie ilie/ le» vii-ux Romains,nn appt-luii les Oml/ies? I-)«r men m.iitie. auM*Tuis je reeus im snui'flet iloii) <;e iliahle ile inol; encor je m'eii r^pjieüe. Heia» .' ce chäiiir)' nt est reste sans i llet : ma memoire aujourd iiui ne ni'tsi pas plus fnlclle. Qu'importe; le transport des ombres dans l'autre monde, etoit le pendant de ce passage. Toutes les fois que notre Clia- ioa avoit depose sa cLarge ä l'autre rive, i3 98 il ''venoit charger sa barque. La foule e"- tuit teile, qu'il y avoit vraimcnt du (langer, car, Ici. ce n'e'toient point crs etr°i routesprit. depuis peu , fl^giiges de Jeur in is^e grs><*re; lanlupart pre'seutoienr un corps tresbien nourri, äplein point engraUsl cU »ucculentn bieiv, 1,1 famiüe Bouquignac est dejä dans la nacelle; Waumann he veut pas quitt er ses bons aniis, fend la presse, s'avance, veut faire un saut pour les rejoindre, et ... Ici, rria plunie refuse Je Service; eile ne veut pas tracer un «venement si tra- gique. Passons Jone a d'autres objets. Carino ne faisoit que de sortir charge* de son butin, quand l'aimable adulescent qui ne se doutoit pas qu'i! fiit en prison , voulut ouvrir la porte de son cabinet, et la trouya verrouillee. 09 Env.iin, d'un brasnerveux, il s'eßorce derempr» et les Urs, ei 1« bois ; la clöture tieilt bon. Kii vain, desespere dsntcetie grölte sombre, de; sa voix masculine, il rmloice le »on , crie, eppelle Cent Toi«, hurle, mugit de rage; personne ne l'entend. 11 sVpuise eu eftortJ t s'irt'ue denouveau, redouble soti t^page, iusqu'ä ce epie sa fongue ait £ouise son corp$. A la fureur, succede un delugede larmes, lessonpirs f '-es sanglnts d'un mortel aux abois : lieias! le malbeureux n'avoit poim d'antrej armes, La raison rependant lit eniendre sa voix; le bonasse en avoil quoiqu'en petiie dose. Apjes cette tempeie . et ce (racas aftreux , de sps (b'iix yeux , examinant la cbose R il reconnut rpi'd valoit mieux, meine dans sa pnante cage, ä s>.n momentane malbeur, se reYigner en chritien sage, que d'en voir augmenter l'aigreur, par une roid''ur inutile. S'ajusiant donc sur son fauteuil', d'un air cont-nt, U cceur iranquill«, y. baüle, dgu,cement clöt l'(p4.,, ICO et lä , dans le* bras de Morphe'e, il ne pense plus ä ses maux J fia jpu ie ame aux soitcrs , ä ('instant est ferme'e, et serejjan des son^es Jes plus beaux. Liissons-!e dormir, et volons au se- cours (]'un honime qui ne sait pas nager, et qui vient de tombi-r dans IVan... Ah, Dieu nierci! on I'en a Jeja rciire. Le voi- ]j qui se socoue en essuyant l<-s lmeesdes spectateurs; il se häte d'arriver ä l'Ange d'or, poury faire sedier tous ses liabils. Un nouveau cbagrin !'y atterul, nous lesavons. II trouva son Jus delivn» (Je sa prison. Eveiüe dapsis peu, le pauvre Infant avoit recornmence ses tiraues plain- tives accompagnees de l'eiiergique pxpres- sion de ses poings confe !a porr<-, et q-jelqu'un de l'auSenjp i'dViit renis pp Ij- berte. Figurons-nons o#>l df'iv m»Thf»ureiix l'uo a cote de lautre: le peie »e plaigaoit lct an Eis, le fils sp plaignoit au pere; la scene etoit decliirante pour des cceurs sensibles. Le vol de Garino ne les affligeoit pas beaucoup, il etoit de peu de conse- ij'.ience; rnais cet enoliainem^nt de revers liavruit leur ame. Le ba r paihetitjup; eile commenca par Je dialogue suivant. Quoi! Je nie« nropres veux, JApuja te confemnlpr, Louis, mon eher Louis' — Mon bienfaiteur, moq. pore I S'il *st un nom plus donx, jedo»« von) le donner; car ma reconnoiss<*nce rsr vive . eile est sincere .' —• Point dereconnoissaiice. All, Dieu !Dieu quel bon« heur [ yiMia,objet tropche'ri, teplacersuj mon cosur ! J'en conviens, ces ellipses sentimen- '03 tales, ces phr^ses entrecoupees, perdent beaucoup ä n'etreque lues; il faudroit les entetinre, et voir la scene; mais celan'est pas possible. Poursuivons. Aprös cette etreinte passionee,le nou- VfMi debarqu£ rennt äl'ollicierun cahier, et lifi dit: »Vuila, nion clmr, les princi- »paux eVenements de nia Viel Tu v trou- »v»ras inclee, l'liistoire de ta punesse. »Depiiis IcWg-tenips je VÖulbis te l'en- »voyer; mais 1 espoir de t'embrisser en- »coreavant de nn)urir, m'en a seul ein- »peche*. Je puis lüi raoonter le tout de »bouche, nie suis-je dit ä nu'i meine. ... »cependa^Lt, puisque nous somrnes en- »sernble-, et qde cette liistoire est ecrite, »tu leras mieux de la Üre a ton aise; il »est si facile dans un simple iecit, et sur- >>tout dans ces premiers transports de la »joie, d'omettre quelques circonstances.- io4 » Jouissons donc sans trouble, rlu plaisir »de nojs revoir. « Une nouV'He etreinte suivit cette Observation, et 1'oEGcier mit le maausent dans sa poche. Coinme nous igniruns quand il l'en tirera, nous alloas ea donner une anaüse. Mon honnete liomme de pere eroit maitre d'ecole a Blar.kenbourg. Peu content des avantages de son emploi, il des- tina ses lils a d'autres e^ats ( j'ai encore un frere cadet). II fit instruire mon fi ere dan> la venerie, et m'envoya cliez un des^s parenjs, n 'goriant a Nuremberg. Dennis deux ans, nous fournissions notre caniere; mon pere mourut alors, et ne nous laissa rien. La guerre de sept ans necesiitoit la levee d'un regiment de chasseurs, mon frere s'engagea. Mon goüt pourle Service nie lit deserrer le coaiptoir pour voler au camp: je pris parti dans le regiment i°5 francois du colonne! Ficlier, ctlafortur.e nie sourit. Je nie signalai dans une acti* on, je fus fait ofiicier; et, sans blosser f-n rien l<-s luis de l'honnrur, je grossis n;on avoir par quelques caplures en bonne i\>rnie. Pendant un quartier d'hiver, j'aliaiun jour avec Ife major de Hoym et le capi- taine Faber, faire visite dar.s un couvent. En temps de euorre, la c'uture n'cst pas stricte; nous enirAmesdsns l'interieur, et l'ori nous arcu-üllit. Nous nous amusumes bien, nous daiisAmes nftettle dar.s cet asile d'innocence, oü j'appris a connoltre une jeune demoiselle de Weisseubaum, victime cloitree, lille aimable au possible. Un amour reciproque nous consumoit tous deux. L'ayant arrachee de sa prison, je la condu^sis ä Fritzlar, ou je l'epousai. Huit jours apres notre union, nous fümes »4 tot» transfert's ä Eimbecke, oü nors pr-.ssunies le rrste de l'hiyer. Au printems, nous nous relirämes daas la Hesse. Mon epouse, grosse de quatre mois, y tomba dangereusetnent malade, et ne put nie suivre. J'obtins da general, la permission d'ecrire ä mon frere, qui servoit dans l'arniee ennemie; je lui recominandai mon epouse, jusqu'au temps oü elie pourroit se reunir ä moi. 11 nie promit dans sa reponse, de faire pour eile, tout ce qui seroit en son pou- voir; et il nie tint paroie. Mon epouse toujqurs in firme,, aecou- cha heureusement d'un garcon. L'enfant inourut, la rnere sei retabÜt edin. Je laus condujre a Strasbourg, oü, la paix f'aite, ja volaj dans srs uras-. Helas! cette paix, &>u;ce de bonkeur. pour tant d'autres, i07 fitt pour moi une source de m»lhour.4. Ie fus reforme, et mes ;fonds baisse r< nt •■bieniot. Dans ma detressn, ;<> ine rendis a Worms, ou j'eiab'.is une , ä e\:r:re, et !es malbenia- tiques. JNous passames bien iristement ä Worms trois longues aaner-s, au bont des ouelles, i'obtins [a place de secre taire chez le Comte de*** ä qui j'etois re- coinmande. Le Comte (Hoit untres-brave bomme, mais :;a vertu lui faisoit bien des enne- mis. Son pooiise elle-meme l - » d^nigroit par-tout. J'etois seul le confident de ;.rs demarches, et !e seid, en etat de l'appre- cier. Sa mechante epouse avanca Ja mort äe cet homrne respec!aL>Ie, mi is foible ä l'exces; il mourut entre mes bras. Tout a'ors sembla conjure contrc moi: 108 la Gomtesse me fit sentir sa haine, etla misere tout son poids : ma fetutne accou- cha d'une fi'.le. Cependant tout changea bientot ä mon avantage: j'eus une placa si avantageuse, qu'il ine fut possible d'ai- der mes seuiblables. Tu vas le voir. 'CD CHAPITREIX. Continuation de l'hhtoire. — Sitigu* liere decouverte. — L'etranger et lof- ficier ne trnavent- pas ä 1'au.lerge ce quilsy cherchent. Parmi les personnes qni jouissoient des bienfaits de mon inaltre. se irouvoit mie famille interessaote J'allois souvent passer avec eile des heures agreabl-meiit con. sacrees a Iamitie la plus douce. L<>s deux «Spoux, heureux autrefois, aVoiefit vu !- iour sur les bords da la Seine Poursuivls par la cabale, Forces de quitrer leur pa- trie, ils etoient venus en Allemagne. Mon Comte avoit place le mari chez les pagf s du prince de***. Helas! la inort nc l'y laissa pas long-temps. Sa veuve, toujours HC languissante, ne vöyoit pour eile et po-;r soniib, que I'ov^nir le plus triste: et ce lils ri'aToit encore que quatre ans. Lrs re- • deoouv.'-rt .ceite v'ot: :if» de Ia mi'.ore, < j t son cceur bianfahsnt ir/avoit charfje ,de pourvoir a son f;j?tre!ien. Üa sa;;; •; .'•;-' rissojjt chaque ijont, et U coup qjortel .qui (flagg* loComii', b iL desvaj-idre lu tombeau. - ■ TJn njatin, eile me fit appder; je vo- lai chez eil s. Epe futto.it dejä coiitre ia mort. Son fils. toi, cion eher Louis!... tu etois assis aur &on erabat: • Jl • pres- soit ta main dans les siexines, vouioit te parier, et n ' oil [us. Jü! '' ud sisne ': sä garde-malade« ei <-' .■- pörta di fs a| Les dir: »Ion- jes de ta mere, gui, lächant, ta niaip, t joi^ait les sienaes, et mourut. tu A^res avoir eu tout ordonne ponr scs '.i.^ir-s, jf te coiicluiiis ä mou ;'po;;se. lnstruite dfl tpn rua'.Ler.r, e!h te^ iixa at- teniiv.^nent, te donna ua baise;- matcr- n.1, öl 4e cmeert avec nci, t'adopta . Des, lors, tu partagcas arescMajfc guerile, et nossoias, et notre tendresse. En lisant les papiers que ta mere m'a- voit laisses, je vis que tu avois des dioits bien fwides sur im Fond considerable in« )U6tement soustrait. ä ton pere. Cette res- pectab!« femrae nie prioit de ne pas t'a- bandonner, e« de reclamer trs droits. Ja qm chare^ois da tön imtruction, quand nies affaires rae laissoient un rnoment li- bre et tes progres surpassoient moo at- tente. Jenenvetois donneaucun mouvement au sujet de tes pretentions, je ne vivois que pourtoi; et Ia mort de mon epouse vint ulccrcr mon coeur. Tu avofc alors 13 ans, ma Jil'.e en avoit4- Tres-d ;cide ä ne point rae remarier, sentant d' lilleurs combien psu j'etois en etat de do iner ä ma fille une honne education, je peignis ä mon frere ma triste Situation. II etoit fort ä son aise, n'avoit point d'enfants, et n'espt!'roit plus en avoir; il se chargea de Marguerite. Qu-Iqu» temps apres, Ie Prihce que je servois, mourut, et je per- dis mä place. C-pendant !a providence me reservoit im secours puissant dans mon mallieur. Pendant !a guerre, j'avois fait 1a connois- sance d'une personne digne a tous egards, de mon amour et de mon estirne. Dans es temps-la, il etoit Capitaine de vaissaau, et avoit dejä fait plusieurs vojages aux Indes.Cenegociant instruit et actif joignoit H3 ä la probite , au* .s*niiments Jes plus d<§- Jicats, un de.ir ardent d'etre uli!e, une generosite bien entendue, une veritable philantropie. Las de.voyager sur mer,il commercoit en g£OS danj *a patrie, ou il eroit Consul imperial. Je je rencontrai dans une promenade publique oü, seul avec moi-meme, je m'occupois de mon malheureux sort. Norre joie fut egale. II eut ä peiae connoissance de mon etat, qu : ii s'empressa de le changer. 11 me £on- duisit chez lui, me promit de te placer dans un regiment dont il connoissoit le colonel, et m'offrit un emploi sur un vaisseau qui partoit pour les Indes. I Sans doute, il m'en coiita pour m'arra- r W de toi: mais qu'avois-je de mieux ä eher de toi; mais qu'avois-je de mieux faire? Je lui remis tes papiers , il t'emme- na, et je partis pour'la Hollande. Moa 'oyage fut heureux;' je m'embarquai de «5 H4 suite pour les Indes oü J'arrivai en bon port, muni des recommandations de mon bienfaiteur. J'eus bientöt I'inspection de deux magasins consideVables ; et les nott- velles que, de temps en temps , je rece- vois de mon frere et de toi, complet- toient mon bonheur. Je passai bien des annees au Service d'un negociant tres-riche qui m'ayant un jour fait venir chez lux, me parla ainsi: »Vos Services Iongs et lidelles meritent »ma reconnoissance, et je mouirois me- »content, si je n'acquittois la dette sa- »cr^e qu'elle me fait contracter envers »vous. Votre coeur soupire apres sa pa- »trie; je vous fournirai les moyens d'y »retourner. Ah! sans doute, je vous »vois partir avec peine; mais je touche ä » ma fin, je ne pense qu'ä vous • prenez >> cette summe, ( 20000 ducats en bülets ) ««5 •j e'est une bagatel'e pour moi; pour vous, »c'estun capital sufilsant eu Allemagne. »> Partez quand vous voudrez, et souve- » nez-vous d'un homme qui vous doit la >> conviction qu'il existe encore sur la » terre, des etres dignes de l'amour et de »lestime de leurs semblablrs. Helas, j'ai »tant connu d'ingrats ! « II y a deux ans que je fis voile pour la Holiande. De lä, je t'ecrivis, j'ecrivis au Consul, premier auteur de ma fortune. Je l'instruisis de tout, et le priai de m'en- voyer ä Amsterdam les pieces qui concer- noient ton affaire en France. Quant ä mou frere, je ne lui ecrivis pas; je vou- lois surprendre, et lui, et ma fille. J'eus le bonheur de t'assurer une rente de i5oo francs.... Maintenant, puisse-je trouver en bonne sante, l'enfant dont m'a parli mon frere! Je Yole ä Bisterberg, pour tiB me confondre dans les embrassements tle ces objets chers a raon cccur. Revenons ä nos geiis. Quand le vieux papa eut lini soa liistoire ( car il ne put s'empecher d'en parler^quoitju'il eiit donne le manuscrit), quand il eut dine, l'oilicier l'engagea ä le suivre, lui proinettant uue agreable surprise. Ils arriverent ä l'auberge, et l'oilicier, apres avoir euvain cherche la personne qu'il vouloit piesenter, apres avoir pris les renseignements necessairesy rentra dans l'appartemejit de Madien, et lui dit: Au nom de D;eu! c|ue faire ? eile m'esc enlevee !—- Qui donc? — Belle de man de! eile, ce tendre objet, votre fille , ma bien aimee. II galope en cabriolet, ä Goslar il me ia remene. — Qui? Qui? — Son oncle Dubuisson. Mais jercndrai , par Dieu, sa lentative vaine.'—« Louis, as-tu perdii ton esprit, ta raison? es-tu l'ou? reves-tu? Quoi.vna Klle, vnon frere?.., Qui pourroit a Peina les avoir amenes ? — • Partons vfte ; enchemui, vous apprendrrzl'aftaire.., Que dejä, les chevaux iie som-ils attele's!— Mai», mon eher, ma voiture, et puis tous mes tfteis?...— Sans plus tarder, j'envoie, ä votre domestique, l'ordre, jusqu'a dtmain , n- nonce, suivante, dans les gazettes d'alen- iour. Mr. et Mde Cimt/alo, Suissesd'origine,voiu Juloibt , t ., ,. . ,, , , ; . y lant contnbuer au bien de l etat et a celui aet particullers , etprocurer auxpnrff'its qiii vivefiC l6 m a. >a campagne, /es mojens de donner ä leftrs fille» im,; c.lucation dis'inguee; viennent d'eta- blir d Goslar, un institut pour de jeuncs de- lrtuisclt■ s. hc prix de la pension est de ... ei les il&Fei'y snru noiiriirs, logves, etc. app'en- nrnt In Francais, l'ldbgtais, l'Itttlien, In Mu- siqir; bi*>f', tout ce que doit savoir mie jeune pqrsonne du scce. Dien entendu qiion j' te- culque de bcfnheur ce qtlt est du bon ton, Sans i nebliger de former le goüt, d'epurer le senti- mcnl par la Icciure des meilleurs auleurs clas- Sir/urs. Otte annonce fut un jet de lumjere pourle Forestier Dubuisson; il etoitclair que Marguerite ne comprenoit que bien p«u, du meme ne -connoissoit rien de tou's ces objets, et la feuille impritrle"ff pretendoit que cela etoit ne>.essaire cf-Uhe' 1 demoiselle ; il faüoit bien y croire. ©ü-^ ; buisson voulant donc proeurer ä sa niece toutes ces belies connoissances , resolut de conduire Marguerite a Goslar. Ehren Schottenius desirort qu'on prtt des ren- Seignements sur les maeurs , les talents, et la capacite des deux epoux ; mais ce tut en vain: l'annonce avoit st^duit le bon öncle. O-pendant, le pasteur avoit-il si grand tort? Voyons ce que c'etoit que ce cöuple pedagogue. Cimbalo avoit frequente une universite', il devoit donc etie un savmt acrompli. Comrae cependant il ne s'etoit livre a au- cune de ces sciences qui peuvent nous ai- der ä gagner nolre pain, U se trouva fort heureux d'acc< A pter une place de precep- te'ar. Un comte lui confta ses deux als, qui par les soins d'un tel niaitre, luent des progres etonnants. L'un,goutant ses principes sur la Liberte, aima mieux, des l'-age de vingt ans, travailier ä l'Almanach des. Mus*s , et donner des lecons de mu- sique, que de servir un monarqtle. Le second, peneire comme son mattre,d' uns horreur invincible pour les distinction.s de rangs,. avoit enleve la femme-de-cham- bre dp sa mere, et s'etoit fait comedien. Qe fut dans la maison du comte, qne.Cim- balo fit la connoissance de son epouse, demoiselle de compagnie de la comtesse. Leurs coeurs sympathiserent bientot; l'un touchoit unpeu de clavecin , l'autre chan- toit un peu: en faudroit-il d'avantage, pour rendre heureux des epoux ? Lui n'a- voit rien , eile possedoit 500 ecus. Ils s'e- pousereot donc, et se rendirent ä Goslar chez des parents hospitaliers. Cimbalo eut puy trouver de l'ouvrage, s'il n'eiit pa* si mal ecrir; il etit peut-etre enrichi la litte>ature, s'il eilt tröuve des edirturs etc. etc. Les deux epoux teignoient de la soie et eouloient des chandelles ; niais le proßt ne süffisant pas pour les faire vivre, ils etablirent l'institut en question. Dans le principe, tout alloit bien; ils eurent bientöt six demoiselles. A'Ia iia de chaque quartiers, ils envoyoient les temoignages les plus flatteurs sur lecomp- te des Kleves, et les parents payoient les eioges avec la pension. Monsieur Citn- balo joignit ä son institut un cahinef lit- teraire, oü les matadors de Goslar ve- lioient fumer, chacun sa pipe. Marguerite fut la septieme eleve; et, en arrivant: •■ Modeste, douee, eoonome, irmpteiit«,. airoitble, jpune et pleme d'agreru^Qff,, | n'eunt lie'Ias! nullemint deHante, ouvrant son coeur aux plus doux sentiments; teile , «n deux niots, etoit la demoiselle en seloigrtant de ce brave pasteur, dout les lecops, les exemples, le zcle avoient forme l'esprit, les gouts , le coeur. Pour tont ilel'am , aimant trpp lalecsure; feuilleiant trop ces dangercux roman«, 1*6 ilont Tes iafcleaux pris bors de la nat'ure, fontnahre en nuus, d'exalie's scnumentt. Un defaut pareil pouvoit tres-ai&«ment j se nourrir dans le cäbinet liueraire de Mr. Cimbalo; il n'oflroit que des romans, des pieces de theätre," et des livres de chevalerie. L'epouse ne possedoit point l'heureux talent d'entf^tenir en actmte" ses jeunes eleves, et bien moins encore celui de prpcurer ä leur äme le caline. et la sorenite. Cependant, comme notre äme Veut un objet qui l'occupe, celle de Mar- guerite alloit le cheroher dans ce Tatras : c'est lä qu'elle puisoit ses goiits et ses sentiments. Aussi, notre berolne , ä grands pas dp ge'ant, avancoit, chaipie jour, dans la Kne Cültiire") notre monde, ä ses yeux, e'toit »ot, de'gouiantl l'ideal seid oflroit une Volupte pnre. Cependant, un objet en vie, eii cbair, en ot, 127 su! la raccpmoiWr.iwec L'espece liumainft. .Un jeune liomniejui [>li;t, elie nun ses prnpos : l'amour sortit de« lors du tonibeau ile la liaine. » Bien etitentlu fjite cet objet etojt le ca- pit'ainn Previl'ers'; 'recruteur ä Goslar,' et rii^inbre du clüb litteraire. La liaison des d^ux amatils ri'avoit ripn (fue d'honnete, Previller eLoit viaimerit nn : tres> brave hqmme. t: RVmarquons- ici qne DubuissOTTef lepa- p'a'AVaamann ofoient conveiius eiiTre eux d'urifr Vakmtiii er Marguferite !' Ce co'öträt- ta'ri"te ; nous- annonce quelqu'orage, atu-n- rfoh^nbusJy. i ■ftrargü^rite £toit ▼'öraie ä Pnq>m on habit vert. - Quimporte, mon „ami, legri.e.t encore bon; et quand „no«s serons chez »ous, !e tailleur feu » fera un *utre. « Ap einefurent-il.shabille S ,qu'ilsseren. Prince Eueeneoü iis trouverrnt diretit au rnnce ^"g leurs bons amis en grand umforme, et qui dqnmsncheures dunkln, regar- doien, par Mf f-etre con.me de vra.s badauds. Bo ü q-gnacena P e.cevam S ou 18 158 ami Wauman, lui cria ä gorge deploye^ej M*toi, mon eher Bailli, je ponvois bien penser que ce maudit escior en vouloit ä la buursej — Eh •' que ne l'aj-tn Hu?... Mais, le mal est passe; n'y pensons jjlu» ; allons faire en ville une courie. Aussiiot fait que dir. Les Waumann» pere et H!s , les ßouquignacs male et fe- melle, et le grand papa Poivre de Scho- penstadt, se mirent en roufe, passerent j»ar les plus grandes rues pour aller ä la foira, dela, au Museum, et au prdin du palais; ils fun?nt ensuite admirer la pa- rade; et enlin. tout harasses , ils se ren- dirent au Prinee Eugene, oü. ils dinerent ensemble a table d'hotes. Nos deux lurons, l'etudiant de Halai- stadt et Bretailleur s'y trouvoient aussi. Le roti ayant mis en humeur Mr. Wau. mann, celui-ci entania avec le Licencie, «39 le dialogue survant, qui interessa tous les convives, Au spectacle , mon eher, nou« allen» lou» ceioir ? *—Bien entendu , Baill» ; nous ne puuvons mieux taiie. Je suis biencurieux, et d'entendrrt, et de voir »i ces lils de Thalie auiont l'art de me ptaire. «Sur les treteau j , sais ru , j'ai d^ja ligure; a l'e'cole, autrel'ois, je parus sur la scene, dans des pieces d'uii goiit aus>i (in qu'epure: rous jouions Jonas einlas dans $a baltine. ou la vouve Judith, avec ce p.-ii»ral qui, par eile tabre', recut le coup fatal. Mr.' Bouquignac n'auroir p^ur-etre pas encore acheve son recir, si le domestique ne fut venu dire qu'un s^cond ba'lön por- tant un chien.seroit lance dans l'apres-mi- di; et que le soir, it y auroit bal mäsque a l'opera. Nos voyageurs vou'urent jouir de tout. Les deux espiegtes propoierent les masques; et bienentendu qu'dsptoient du dernier ridicule; Mde. Bjuquigaac de- »4° voit s'affubler en religieuse, tenir par 1a main son bis en Cupidon, et se faire con- duire par son epoux, en demon furi»»ux arme de griffes et de cornes; le bailli se deguiser en femme representant la Deesse des tenebres, en long habit noir pars.enie d'etoües; son bis, en Arlequin , etre son porte-.queue ; Bretailleur prendre un cos- tume d'enchanteur; et I ekudiant, des ha- bits a la matelotte. Ils crürent alors avoir fait mervedle. Apres le dlner, on se rendit au lieu oü. Je chien aeronaute devoit faire son ascen- sion, puis ä la comedie. Le jeune Valentin, trai'a comnie son enfant. Un Ws unique, tout ce ;qui lui restoit dune epouse ador^e, mais ■ morte trop jeune, faisoit taute sa soci^te; iet ce fils £tuit un mauvais sujet. Mon protecteur m'ayant recommandö ä sonsouverain, je fus fair Porte-pnseigne. J'etois heureux alors; pourquoi mon bon- «44 heur Fut-il si court! La mort du Duc re- gnant m'arracha ce respectable chef; le fregiment Fut donne ä un autre. Le fils ne suivit pas son per« dans le liouveau corps a la tete duquel il etoit envoyS il d^vint mon persecuteur. Dans notre garnisnn , vivoit avec sa Eile , Mde. de ieback, veuve d'un capitaine de cava- lerie. J'etois recu dans leur societe, j'etois vu de bon oeil, et de la mere', et de la lille, personne aimable au possible; j'au- rois meme pu pretendre ä sa main, j'avois touche son coeur. Le lils du colonel fre- q>i«ntoit aussi cette maison, mais il s'y faisoit abhorrer. Un jour que, plein de vin, il s'y conduisoit en vrai polisson, je pris la überte" de lui imposer silence. II me dit des sottises, je le mis ä la porte. Je pouvois bien m'attendre ä trouver chez moi, en y rentrant, un cartel desa part: ■45 Je nVn avois pas peur. Je sortis donc, et en traversant une rueüe, je fus assaiüi par deux gens armes A peine eus-je le temps de mettre l'epee ä la main, et de m'ap- puyer contre un mar. Long-temps je me tinssnr la defensive; mais un danger trop eminent m'ayint Force d'attaquer, je per- cai un de nies adversaires. C'etoit le fils de ninn bienfaiteur. L'autre ayant pris la faire, je volai au secours de mon ennemi, je lui fis prodiguer tous les soins possibles, et ma'gre mon ir.nocence, je fus condam- nt; a six niois de prison. J'ecrivis desuite ä mon bienfaiteurpour ]e prier de me juger equitablement ; et en ni.jnw rcmps, je fis part au consul de mon desir de q'iitter le service. Sorti de prison , je me retirai en effet. Je passai dans les troupes autrichiennes, oü de bonnes Protections nie procurerent une place de «9 ■46 capitaine. C'est en cette qualite, qu'on m'cnvoya renruter a Goslar. Vous savez, mon respectable spcond pere, que c'est lä que je lis ia connoissance de votre filte. Touten causant ainsi, ils approchoient de Sieiiibrupgf n ; et en y entrant, ils a- perciirent la voiture dans une cour. Cet aspTt les remplit de joie; ils s'elancent, entrent ä l'aubrrge, ou ils trouvent tout en runieur: triste augure pourMr. l'amou- reux. Le pauvre formier alloit, venoit, couroit; on IVtii pris pour an fou. D'une voix d* ronnerre, cnmme im Hessois , il juroir, il sacroit, quand il «e Vit presse dans ies toras de »on Frere, qui. cedantsans reserve aux plu» doux sennm'.-nts : E»t ce l)i>*n 101. nion eher? oü doncest Marguente? — Elle? le Düble assurement, «47 4, pour m» faire un tfur favorise sa Fuite; maia jen jure, aussi vrai que j» suis I)ubu:5-u Monsieur soll pere, dont lc> nombreftH quanieis formuient toui les ire- sors, n'avoit im li" laisser qn'une noble misere. Qf S solidt-s raolifs sur son äme agissant, e |j e avii juge ,)on ' ».il"l'iir fi . eiat<.i''|ue. d- renoncfrau monde, oü lous. d'un pas glissant, ro »s poürsui»ons ™ I»»* . «» bonlieur cliimerique. Or donc . toui« a son Dieu . pour liii seul respirant, deux plaisirs panageoient son innocente vie , d<-iix plaisirsiout divios: k, priere et le chant. il» eioient ä ses yeux, ies seul« digues d'envie. Plusla dameavanrr.it vers la eaducite, plus 011 voyoit lleurir dans sa belle äme, les iys p11rs de la chasieie; plus eile nourrissoit la flamme d'un amour constant et divin. II est vrai que . p.ir lois, (ainsi dit la chronique) dans un verro .I.o.rs. Margueriie eloit ä peine assisp, qu'elle tj, / , i ■ . i ■ i tut toisee des ycux , obseuee des questi- ons rjue lui lii la venerable cha'noincssrt. L'espiegLe y repondit avec autan^ d'art que dViubanas. Aux queslions, suivirent les teflexions inorales sur les consequen- di* l'evenrnien't qui la taisoit fuir; eile se Jächa ensüite contreles homm'es, dec'ama conir» i'etourderie de la jeunesse; «xhaU ta la venu, sa ronnoissancp. Comme il D avoit plus qn'un lit'pour la suivante, JMe-vi «laus Bron^w ck auirelois. Des sa leiiness«. aHiolie touitlaanrie, jon ml ilejä u ours crachant nuelqne senlence, toujmirs parlant ue tharue, le ilröle 'ienoii ron'rairiH, t d.insson vit-ux in.vinir eiuposie: du crime «ale b<-r«--rie, II uiuil ä ia paimele. ■ •57 et l'Arpagon , tout avarire, $uc gage« avoit tom preie : VoWä comine il reuduit sefvic«, Pauvre Marguerite, ou t'pnt c.onduite ta precipitation et ton Ptourderie! Aussi- tütqu'on eut mis pi<»d ä terre, eile ^crivit au capitaine, et achessa la lettre ä Goslar. En atteiulant la reponse , eile voulut meltie ä prolit son M'jour a 13i unswick. Susanne etoit un Ijon mentur eu ce point« Le soir arriva eniia. II amena la plus bellf» snii-pe; l'air et.)ii pir . tont .111 ri.l #ioir b>-au: av>-c iilat, soiis la vouie atfifig j Di'ine <"" paix, piommoit "tu ll.Mii'ioau. Du doiix Zeuhir. la rnressaiiie baUine. - vetioit encure aiigmenter l.int tiaLtraits; et ch.ifjue bumain pouvoit jouir san* gene p de la nature et ägr&tblö? ■ Venex, prennns le i'rai< , anrnoirs lUvtnt la porte, oii pluiot . ä vingt pfll . alloiis nons piomener. < v )ue craign^z vom? je serai voue esiorle, le iiiütiidic petu mal ne peiu vous arriver. Marguerite y conseritit. L^s voil.i flonc toutes deux sc promenanr le !"ng de I'O- pera qui se trouvuit dans I" roisirtag* Susanne qui, peudant que sa compagnp e- crivoit sa letLre, s'etoit inFormee de tont, avoit appris qti'il y avoit l>al rnasque! 0 eloquence ä depeindre ä son amie le p ! ni_ tir que procurent ces assemblees, lui diu •«9 E< cui'P7-, ma trM dirre . il me vient une idee : a'l-un re »*'ir ** u bal • nous en dormiior.s mieux. A ■•■ ui> »»Ti '"Ol iy vais; t'est chose de'cide'e ; ilt ii sii'C.aLif si WtSalr; je rpg.de mes yeux. Si.ii- rin niü-cjn- elegant. »;ms faeons je m'y glisse, püiir rm'(| rjii;ir!s d'lienrps senb-ment. Am -s v-pux, ledesiin spmble aujourd hui propic»'; aiitsi . profi;oiu du inomrnt. Les veux ih«8sit-ux de ma vieil'o soni huil^s de« plus (ins pavots; la beate a present soimneille exempie de sei voins bigots. Le bourgeois est la bonie' meine, c est un pa'Uii boinme de bipri , ji- le ionn.i'5 dt-püi* loi'g-iemps il m'aime: je repond» nn'il n'cn dira rien. Pour ce beau plan qne je projttte, ' »i von« etes'de mon avis, pailez. et poiirnous deux. je vais faire l'emplette d'un m.isqu de chauve-louris. Margnerite. fit d'abord quelques facons, mais la vue des equipages, des chaises ä poruurs qui affluoient veis 1'Opera; le de- - sir d'une Jouissance nouvelle; la curiosi- te: eta etr. elc . tout t^to t lentation pour ce cocur novlce, il succomba. . .. . ■ Dispensons-nous de faire des reflexions pur iitie teile conduiuv Une UUe qui, hier, etoit au drsespoir d'av'oir perdu son eher annnt, va, e'lartS sa fuite meine, Sf' nias- quer pouf'afrerau bal, et... mai's j'ou- büf nie je ne voulois pas : m'arreter sur cet objet., .. . .. ■ Simons nos deuxmasqnps. II n'y avoit encore qu'un insta.nt ; qu'elles etoient au bal, ijuand un jeuo" homme masqüe re- connut Susanne. » Eir , ma chere! quit'a- » meue ieip« Au nom de Dieu , lui de- manda Marguerire, qui est ce Monsieur? C'^ioil iiri noiisin JJieni-Ot ci-?s cousinsvpa- rüent en foule; quelques-uns nieuie s'ex.- primoient assez cavaüeremertt: , ; » .Qxiel »DiaLle te conduit a Brunswick, petite i6t »ron lelpu*»?« lui disoir un autre. »Ma- » foi, cest notre petire friponne, « disoit un troisH'i»e p n riant: «et qui as-tu Ia »avec toi; cst-ce une de tes amies?« On c en etoit trop pour Marguente, qui, rpcoiinoissant sa faute, s'abandonna a la plus profonde tristesse. Le mal empirant toufours plus fort, Ia pauvre Dubuisson so.indaüsee de cp qu'elle entendoit, alluit cri*rq quand un Aea masques fort cuiieux, la reioanut ä ses boucles de souüers. 11 sp piecipite aussitöt vers eile,- fend la foule en s'ecriam: »Ah Dieu c'est eile, «oui, c'est liien eile! « Jugpons de l'e- treiute, c'etoit le capitaine Pre viller. ZI iGi CHAPITRE XIV. La prov/iionce rdiuu't singulihrement la compagnie au bat ä Brunswick. JL^a fui'p de Marguerite en affligeant ses ronducteurs, avnii diminu4 les charines d* l'^treinle frarernelle. Lhs deux am« vanls s'eLant rpunis aux deux autres.pour ctV-rclier la fugitive , le bon forestier, ea homme de sun erat, crut devoir fixer ses regards sur l^s iracps huniaines, et voir s'il ne deeouvroit point l'enipreinte des souliers ä hauts talons que pnrtoit sa uieee. Cf*t expedient lui reussit: il Ies sui- vit meme jusqu'a la giande route, mais yoilä tout, Rappelons-nous cepauvre mendiant qui s'etoit caire loog-tenips sur le cofiie de 165 Ja volture. I' avoit dii m*ttre pied ä terre aussitot 4 ue Marguertte avoil »He recue; car le voiturier clioyoii ses chevaux. Or donc le panvre di.tble, & son sort re'signe, du venloyant tapi*. » e'tant (!»M une table, •'y re'ga'oit du peu qii'il avoit su gngeer & deplorer »es maiix dune vnix lameniablff. Li gtsoient les morceaux d'un p.iin ties-diFferent, quelques peius paqueu d heuue <>u de t'iontdge, et pies de li:i, couloii un niisseau inurnnirant : poui le sage ou le [tau vre, eu laut il davantage? Maint roidans sort palais, pres de ses mett assis, n'a sonveni nilal'aiin, in lepteiieux catine, qui suivent lr b's»a<- 'le ces vrnis sans soucis r le bouheur sr-mble l'uir le luxe eile vacarme. Interroge sur les pnssants, il repondit ce qu'il ensavoir; cnais ses donnees ne purent suffire, ä causf* du gile de !a nuit. ]Sos quatre m'ssieurs pousserent donc jusqu ä Brunswiik. Mais coniment y de- couvrir Marguerite daas la foule? Aussi, i64 ne s'occuper»nt-ils qu : a chercheH« BaiHi, qui, selon toute apparence, devoit s'y trouverencore. Ainsi(, i vhe-a i'Ang«id'or, dela, auHibou, et puis au bal nn-q-i^. Ce futlä, quePreviller retrouva sa t> 1 <^n— aimee. Cependant, comme ua bal n'est pas uq tkt'ätre converiable aujc sqfj.aes les ,plus tendres, le eapitaiue i gilgagtoa \L>r- guerite ä sortir.-Susanne s'esq'iiva, des qu'elle vit sa compa'ghe reooniiue; et les deine amants afToierit quitter la saHe. qufrntl on entendit repeter en dioeur: ßo/i.soir, Monsieur le BiüUL J-Vaumuiiii, bounjirl C'eroit im mauvais tour de Bre.taiüetir et de l'etudiant. Les costumes : banocs dont ils avoient affuble le biiili et sa suire, D'ayant fait aucune Sensation, ils r.nrent recours ä d'autres nioyeas, pour leur jouer une iarce. '«5 Bouquignac e'touRoit «ous sa pcau '1p Satan , au mois il'Aoüt, j'en tonviens, il lait cliaud soui l'h< j rniine. Alors . d'tm tonflatteur. mon*it-ur l'eiudiant lui proposa d'entrer djns la chamhre voisine, pour y prenclre du ponclie. Amsiiot Iah que dit. Les Bouquignacs y suivirent le dio!e f qni ieur versa d un breuvage maud.il , doiit I i-ffet laxalif Jona dii mifiix son röle. De son emploi, Valentin ratigue, s'etuit deja faulile dans !a Foule. B.eiailleur , par un tour, votilanl se distinguer, snr un papier (ort grand , en grosses l> ttres moula le souhaic manuscrit ci-d'Ssus rappone" ; puis au dos du bailli, doucement il l'appüque. Quelqu'un le lit: Waumann d'un tel honntur Mitte', jereroiirne; au bonsoir, honneiement replique, et pre'seiite son dos ä de nombreux letteur», qui pai l'affiche instruits, l'apostrophenten choeurj. Lelutrin vivantauroit succombe sous la grele des bons soirs, si Pre'viller et le vieux Dubuisson n'eussent arrache l'ecfiteaii I!s menerent les Bisterbergeois a leur auberge« i66 GHAPITRE XV. Depart da Brunswick. — Nouvelle nie- prise ä ce sajet. H* .atons-nous d'arriver au denouement de notre histoire j Lais*ons notre amoureux aux pied» Ae »a maitresse ; le lorestier content rl« vor t..ut termine; le p.nteur, en beauxroots, peißnant *on .-legre^p; lebailli , «lans «on c.vnr, rant soil neu cnnslerne j l'aimable Valentin -aiis'ai: r|p l'nft.iire , par ai!!i av>it c< m- mande desrhevaux, et vouluit partir de 16 7 tresgrand man'r) T! convenoir de fermer 1 s rJöucrrels tnedisantes, par une appaii- l'ion a Goslar; <»n ie.solut de s'v rendre, et de venir ensuite celebrer les nöces chez le fnrestier. Le vi»ux Uubuisson ehargea le bat] i de Im faire , dans les enviions de Bisterbt-rg, IVniplette dun bien,*)iiil de- siioll tinir ses jours. Tnut etant ainsi ar- lange, la compagnie se s-'para. I! emit presque trois hetires du matin, quand nos deux dril'es revinrent du bal. lls logeoient a I Auge il'or avec lebailli, et yant qn'il etoit in p tard pour aller se coucher, ils resoltmnt d'atteadre Tau- rore en fumant une pi[ e. L'ennui et la faiigue les accabloient de- iä , quand un posiillon amena les i hevaux qu'avuit conimand' 1 » !e bailli. Tout alors se ranima dans j'auberge: on \ re.para le dejeuucr, le seereta.re de la poste moa..» 768 ehtz Mr Wavtmann, pour recevoir snn arf;i*iii, et peu apres, il reparut, et d;t au | (>•>! Hon , que tout etoit en regle. L"e- tuiliant, temoin de tous ces mouvements» s'adressaut ä Bretailleur: Pardien ' voiu, mon eher, une belle aventure; j u in* encor? im lourä ces ritfles nigauds : viens.vitns! monions tons (leux , saus mct; si le riclieheritiercon»ent en bonne forme, „ä t'epouserun jour.ä* te donner »on bien ; „ car, croi» moi, dans ces cas , je crains qu'on nes'ea-' dormo; il taut de la prudence, en un mot: tout, ourien. * Le be'ne) Valentin »ouscrivit a l'afiaire; avecAnne, en »ecret, ilvivoit comme epoux; et IVBet de ses jeux , echapant an mystere, desamere.ä l'instant, provoquoit le couroux. Personne ne se doutoit encore de rien, »74 et dej'a Mde. la Baillive eloit grand'mere. Pourqtioi donc falloit-il qu'un tel evene- ment se passat, tandis qu'elle etoit seule ä la maison! Le papa voulut enfrer en ac- commodement avec le dragpn, et le dra- gon ne vouloit rien entendre sans la clause du conjutigo. Valentin lui-meine, les lar- mes aux yeux, imploroit la clemence des auteurs de ses jours, protestant qu'il vouloit vivre avec et pour son Anne; et le papa se rendit a la necessite. Le pauvre bailü fit en soupirant, le fatal contrat de mariage; et le pasleur, a <;>n retour, ceiebra dans une sceance, et le manage, et le bapteme; il beiiit detix e~ poux qui vivent dans l'hartnonie la plus parfaite. Le vieux Dubuisson possede un tres-beau bien , et met son plaisir a culti» ver les arbres que lui envoie le forestier. Le capüaine Prevülers qui coule des jcmrs '75 heurcux avec sa cliere Marguerite, vient de temps en temps de Qoslar ä Bisterberg; et Monsieur Schotte'nius, notre aimable l'asteur, dans son amenourrit la flatteuse esptfrance, que si mon roman plait, Monsieur man ecliteuj mettra bieniqt au jour Ie fruit de sa $cience. FIN. ERRATA. Page. Ligne. Au lieu de Litez 20 2 agre'aale agreable 3» «7 Tübingen ■Straubing 44 16 ae.-ostate ; aerostat; 63 li Wetalard. Veu.lar 6o 3 sepation. sepnratiorit 7» 7 clod clöt 73 122 13 vraimeut vraiment 9 bonheur bonne heure •58 2i lui dit: eile lui die: 161 8 toujoura plus fort. toujour». Dans quelques exemplaire». tßf i Arpagon Harpago* 1 1> 1 i ,