É L É M E N S D’HISTOIRE NATURELLE E T DE CHIMIE. É L É M E N S D’HISTOIRE NATURELLE E T DE CHIMIE; Seconde Édition des Leçons Élémentaires fur ces deux Sciences 5 publiées en 1782. Par. M. de Fo urcroy , Docteur en Médecine de la Faculté de Paris , de_ VAcadémie Royale des Sciences , de la Société Royale de Médecine , de la Société Royale dé Agriculture , ProfeJJeur de Chimie au Jardin du Roi & à VEcole Royale Vétérinaire y Cenfeur Royal, &c. TOME DEUXIÈME. A PARIS, Chez Cuchet, Libraire, rue & hôtel Serpente. M. DCC, L X X X V I. Sous le Privilège de l’Académie Royale des Sciences, É L É M E N S MM '•A5fÿ' l'ijil'lgg «O 4 D’HISTOIRE NA TURELLE E T DE CHIMIE. Suite de la seconde Section de la Minéralogie ou de l’histoire des Substances salines ( i ). CHAPITRE IV. Genre III. Acides. Les acidesfe reconnoiflent à leur faveur aigre; lorfqu’ils font étendus d’eau, ils rougilfent les couleurs bleues végétales; plulieurs font fous (0 II faut fe rappeler que nous avons divifé cet Ouvrage en quatre Parties ; la première comprend dans huit Chapitres les généralités de la Chimie ; elle a été traitée? Tome IL A S Eté MENS forme gâzeufe; ils s'unifient avec rapidité an* alkalis ; ils agiiïent beaucoup plus que ces derniers fur les fubflances combultibles, & les ré- duifent le plus fouvent à l’état de corps brûlés. Comme les matières inflammables , & fur- tout les métaux, contiennent une grande quantité d’air pur, après avoir éprouvé Faction des acides, tandis que ceux-ci patient en même- tems à l’état de corps combultibles, on peut en conclure que ce genre de fel elt beaucoup moins fimple qu’on ne l’avoit cru, & qu’ils font en général formés d’une matière inflammable combinée avec la bafe de l’air vital ou le principe oxygine, comme le penfe M. Lavoi- fier. Tous les phénomènes de la chimie établif- fent cette grande théorie. NousconnoilTons lix fortes d’acides minéraux bien dillinétes les unes des autres. dans le premier volume dont elle occupe 136 pages. La féconde renferme le règne minéral ou la minéralogie. La troifîème contient l’hifloîre chimique des végétaux 3 & la quatrième celle des fubflances animales. La minéralogie a été partagée en trois Seâions; la pre- tnière contenue dans le premier volume depuis la page 137 jufqu’à la page 374, expofe dans quatre Chapitre les caraffères phyfiques & chimiques des terres & des pierres. La fécondé fèdion appartient aux fubflances (a- lines ; le commencement de ce volume efl la fuite de çette féconde Seftion, qui comprend douze Chapitres, t?HtsT. Nat. et de Chîmie» f L’acide craieux. L’acidé marin. L’acide fpathiqiie. L’acide nitreux. L’acide vitriolique. L’acide du borax ou fédatif. Sorte I. A c i d e craieux. Nous donnons le nom d’acide craieux âi* Suide aériforme, appelé d’abord par les an* glois air fixé ou air tixè, acide méphitique par M. Bewly, gaz méphitique pâr Macquer, acide aérien par Bergman. M. Lavoifier l’appelle aujourd’hui acide charbonneux. Cet acide n’a pas toujours été regardé Comme tel. Ses principales propriétés avoient été entre* Vues par Paracelfe* Vanhelmont, Haies, &c. C’eft à MM. Black, Prieftley, Bewly, Ber* gman. le duc de Châulnes, que l’on doit la connoiffance certaine de fon acidité. Le nom d’acide craieux lui Convient, parce qu’il eft contenu en grande quantité dans la craie, & parce qu’il n’etf pas de corps avec lequel il ait autant d’affinité que la chaux qui fait la bafe de ce fel terreux, comme nous le verrons plus bas. L’acide craieux a tous les caraâères appareni de T air. I. eft invi'ble, clâ.lique comme lui} on ne peut ablolument b diihnguer de ce Ai i £ ELÊMENS fluide, lorfqu’il eft renfermé dans un vare de verre, ou lorfqu’il nage dans l’air. Il exifte dans l’atmofphcre dont il fait la plus petite partie (i ). On le trouve tout pur & rempliffant des cavités fouterraines , comme la grotte du chien , &c. Il eft combiné dans un grand nombre de corps naturels , tels que les eaux minérales & plufieurs fels neutres; la fermentation fpiritueufe en produit une grande quantité ; la refpiration & la combuftion des charbons en forment également; enfin toutes les parties des plantes & fur-tout les feuilles plongées dans l’ombre en exhalent fans ceffe. Quoique cet acide dans fou état élaftique, ait toutes les apparences de l’air, il en diffère cependant par fes propriétés phyfiques ; en effet il a une pefanteur double de celle de l’air. On ( i ) M. Lavoiiîer, d’après fes ingénieufes expériences, regarde l’air atmofphérique , comme un compofé d’air vital, d'acide craieux & de mophette, le plus ordinaire- jnent dans les proportions fuivantes. . Compofition de l’air atmofphérique en fractions centéfi males. Air vital . 27 Acide craieux . • j fllopliette atmofphérique , 71 Total 100 d’Hist. N at. et de Chimie. jr peut le tranfvafer d’un vaiiïeau dans un antre* comme tous les fluides : c’eft pour cela qu’on, le tire par le robinet d’une cuve après le vin; fa faveur eft piquante & aigrelette ; il tue fur-le- champ les animaux, parce qu’il ne peut fer- vir à leur refpiration; il éteint les bougies al-., lumées & tous, les corps, en combuflion. Il colore la teinture de tournefol en rouge clair* Cette couleur fe perd à l’air à mefure que l’acide s’évapore : il n’altère pas la couleur des violettes , parce qu’il n’a qu’une a&ion. trcs-légère. fur les couleurs foncées & fixes. La force d’affinité de cet acide eft en général peu énergique ; c’eft le plus foible de tous les corps de ce genre. Il n’eft point altéré par le contact de la.lumière, ou au moins cette altération n’eft pas fenfible. La chaleur le dilate fans lui caufer aucun changement. Il fe mêle à l’air pur ou vital, mais fans altération, & il forme un mélange que l’on peut refpiret pendant quelque tenjs , pourvu qu’il n’en fafle que le tiers ; c’eft ainfi qu’on doit ladminiltrer dans les maladies des poumons. Il fe combine à l’eaumais avec lenteur. En agitant ces deux fluides » & en multipliant d’une maniéré quelconque leur contad, ils s’u* niffent & forment une liqueur qu’on doit Aiij * laîjsdair**' dlci* 8 * ijoraf jjcre ^ d’Hist. Nat. et de Chimte. 45 nn grand jour fur la formation de l’acide nitreux par la putréfadion des matières animales ; on fait qu’il fe dégage de ces matières qui fe pourriffent une grande quantité de gaz phlogif- tiqué ou de mophette atmofphérique, & la né- cefTité du contad de l’air pour la produdion de cet acide fe conçoit aifément, lorfque l’expérience prouve qu’il eft formé par la combinai- fon de ces deux fluides élafliques. Il eft facile d’apprécier aufli la différence qui exifle entre l’acide nitreux blanc & pur, & celui qui eft plus ou moins coloré , Aimant & que les chimifles du Nord appellent phlogiftiqué. Ce dernier exifte toutes les fois que la proportion de fes deux pri/icipes n’eft pas celle qui conf- titue l’acide nitreux pur , c’eft-à-dire, lorfqu’il n’y a plus une combinaifon de trois parties de mophette & de fept d’air vital ; mais comme une foule de circonftances, & tous les procédés phlogiftiquans en général, peuvent diminuer la quantité de l’air vital en en abforbant des quantités très-variées, il eft aifé de concevoir, i°. que l’acide nitreux eft très-altérable, & doit fou- vent être plus ou moins coloré 8c fumant ; 2 °. qu’en raifon de la quantité d’air pur ou vital qui lui aura été enlevé , il pourra être dans beaucoup d’états difièrens depuis le plus pur 8c qui contient le plus d’air, jufqu’au gaz nitreux 34 ' E L é M E N s qui n’en contient plus aflez pour être véritable» ment acide ; 3 0 . que fi l’on prive le gaz nitreux de la portion d’air vital qu’il contient encore, on le réduira à l’état de gaz phlogifiiqué ou de mophette ; 4 0 . que l’adhérence entre l’air pur ou principe oxigyne, & le gaz nitreux étant très- peu confidérable, & la plupart des corps conv bufiibles ayant plus d’affinité avec le premier que n’en a le gaz nitreux, l’acide nitreux doit être décompofé avec beaucoup de facilité & par un grand nombre de corps. Ces quatre propriétés remarquables de l’acide nitreux fervent à l’explication d’un grand nombre de phénomènes que nous ferons connoître par la fuite. Les affinités de l’acide nitreux pour les bafes alkalines, font les mêmes que celles de l’acide marin, & Bergman les range dans le même ordre; favoiu , la terre pefante, lalkali fixe végétal, l’alkali fixe minéral, la chaux, la magnéfie, l’alkali volatil & l’argile. Suivant ce célèbre chimifle l’acide nitreux phlogifiiqué a les mêmes attraélions éleétives que cet acide pur. Il eft plus fort que les acides précédais, & il dégage l’acide craieux, l’acide fpathique, & l’acide marin des bafes auxquelles ils font unis. L’acide nitreux eft d’un ufage très-multiplié ïî’Hist. Nat. et de Chimie. 4£ tjans les arts fous le nom & dans l’état d’eau forte ; il eft fur-tout employé pour difîbudre le mercure, le cuivre , l’argent par les chapeliers , les graveurs, les doreurs, dans les travaux docimaftiques & métallurgiques, dans les monnoies, &c. On s’en fert en chirurgie pour détruire peu-à-peu les porreaux, & les petites tumeurs indolentes fans inflammation. Il eft utile en oharmacie pour beaucoup de préparations médicinales, tels que l’eau mercurielle, le précipité rouge, la teinture martiale alkaline de Stahl, l’onguent citrin, &c. &c. Nous nous occuperons de ces ufages & d’un grand nombre d’autres, dans les divers articles auxquels ils ont rapport. Sorte V. Acide ,vitriolique. L’acide vitriolique eft une fubftance faline très - cauftique , qui, lorfqu’elle eft concentrée, brûle & cautérife la peau, rougit lefirop de violettes fans détruire fa couleur, & n’a qu’une laveur aigre un peu ftiptique lorfqu’elle eft fort étendue d’eau. Cet acide eft fous la forme d’un fluide oléagineux très-tranfparent, pefant le double de l’eau diftillée, fans odeur, qui contient l’acide uni à l’eau d’avec laquelle on ne peut le féparer entièrement par aucun moyen connu; on lui a donné le nom q.6 E L E M E N 5 d’acide vitriolique , parce qu’on le retiroit au-* trefois du vitriol martial par la diftillation ; aujourd’hui on l’obtient en France & en Angleterre par la combuilion complète du foufre, comme nous l’expoferons plus en détail dans l’hiftoire de cette fubftance combuflible. Cet acide eft fufceptible de prendre la forme concrète, foit qu’on l’expofe au froid , comme on le verra plus bas, foit lorfqu’on le combine avec plufieurs fluides diadiques, ainfi qu’on le démontrera par la fuite. On ne connoît pas l’aétion de la lumière fur l’acide vitriolique ; quelques chimiftes ont avancé que l’huile de vitriol expofée dans des vaif- feauxbien bouchés, aux rayons du foleil, pre- noit peu-à-peu de la couleur, & qu’il s’y for- moit même du foufre ; ce phénomène , qui fe- roit très-favorable à la dodrine de Stahl, n’ell rien moins que prouvé , & il eft même très- vraifemblable qu’il n’a pas lieu , parce que nous verrons par la fuite que l’acide vitriolique ne peut palier à l’état de foufre qu’autant qu’il perd fon air pur ou fon principe oxigyne, & cette réparation ne peut pas avoir lieu dans des vaif- feaux clos. Stahl regardoit l’acide vitriolique comme le plus univerfellement répandu dans la nature & comme le principe de tous les autres. La ^ r °ft au-i K* ’^ïtt l’I'iftaiteji JrelafoüK o*d, comni! i le combat in 5 qu’onlt a Imaère fur lits 00» liais îles rat b foldl, ptt qull s’y fc »cne, quife- Subi, n’ell même ws- ictapeooti rinioli^® an qull péri dansi 51 ' 2 ' 1 ' ***? les b’HisT. Nat. et de Chimie, ff ^ première de ces afTertions , fondée fur ce que des linges imprégnés d’alkali fixe & expofés à l’air, fe convertiffoient à la longue en tartre vitriolé, c’eft-à-dire, en un fel neutre qu’on fait être formé par l’union de cet alkali avec l’acide vitriolique, eft démontrée faillie aujourd’hui, puifque ces linges ne contiennent pas un atome de ce fel, mais bien du tartre craieux , que les modernes ont improprement appelé alkali aéré. Quant à la fécondé, rien n’eft moins démontré que la formation de tous les acides par celui du vitriol; les recherches des modernes ont prouvé que chaque acide a fes principes particuliers & différais de ceux des autres, excepté l’air vital ou le principe oxigyne qui entre dans la compofidon de toutes ces fub£> tances. L'huile de vitriol chauffée dans une cornue, perd d’abord une partie de fon eau , fe concentre à mefure, & ne fe volatilife qu’à une extrême chaleur. Si elle ell colorée , elle perd fa couleur & devient blanche par l’adion du feu. Cette double opération que l’on fait en même - tems s’appelle concentration & rectification de l’acide vitriolique : pendant qu’elle a lieu, il fe dégage un gaz très-odorant, très- pénétrant, que nous connoîtrons bientôt fous le nom de gaz fulfureux, & qui étoit la caulë 4 ^.8 ÉrëMENS de fa couleur. Quoique cette opération pa- roifie rendre l’acide vitriolique plus blanc & plus pur, on doit cependant la pouffer plus loin , fi l’on veut avoir cet acide dans un grand degré de pureté ; en effet, dans la concentration ordinaire de l’huile de vitriol, on ne lui enlève que de l’eau & du gaz fulfureux, mais on n’en fépare point les matières fixes qui peuvent l’altérer ; il faut pour cela diftiller cet acide jufqu’à ficcité, en changeant de récipient lorfqu’il a été concentré par la première partie de l’operation ; il reffe alors dans la cornue un peu de réfidu blanc dans lequel on trouve du tartre vitriolé, & quelques autres fubftan- ces qui fe diflolvent dans cet acide pendant fa fabrication. L’huile de vitriol, expofée à l’air, en attire l’humidité, & perd une partie de fa force & de fa caufticité; elle prend auffi de la couleur, à caufe des matières combuftibles qui voltigent dans l’atmofphère, & fur lefquelles cet acide a beaucoup d’aâion; elle abforbe (ouvent pref- que le double de fon poids d’eau atmofphé- rique. M. le duc d’Ayen a démontré par de belles expériences faites dans le froid violent du mois de Janvier iyj6, que l’huile de vitriol bien concentrée, expofée pendant quelques heures \ . ? î! ûn pj. S ^W & wncentij. i on ne loi lieux, mil tes qui pe- diililler cet de tècipim miereparà i cornue un ou trouve ■ pendantü ir, en attire fa force & la coule® 1 p voient 0 cet a* firent p te ‘‘ 1 al® 0 ^ pii* ©’Hist. Nat. et de Chimie. 4# â un froid de treize à quinze degrés au thermomètre de Réaumur, efl fufceptible de fe geler; que lorfqu’elle efl; étendue dans deux ou quatre parties d’eau, elle ne fe gèle plus ; que G â lorfqu’elle efl gelée, on la laifle toujours ex- pofée à l’air, elle devient fluide, quoique le froid foit plus confidérable que celui auquel elle fe gèle. Ce dernier phénomène efl dû à l’eau qu’elle abforbe de l’atmofphère, & avec laquelle ellç s’unit en produilant une chaleur qui s’op- pofe à fa congélation. L’huile de vitriol s’unit à l’eau avec tous les. phénomènes qui annoncent une pénétration fu- bite & une combinaifon intime. Il fe produit une chaleur vive, une efpèce de fifflementjil fe dégage une odeur grade particulière. L’acide noyé dans l’eau a perdu beaucoup de fa faveur; fa fluidité efl beaucoup plus confidérable : il porte alors le nom d’efprit de vitriol ; on peut en le chauffant volatilifer l’eau qui l’affoiblit & le faire repaTer par la concentration à l’état d’huile de vitriol. Cet acide n’a point d’action fur les terres quartzeufes; pas même fur celles qui ont été fondues avec les alkalis fixes ; il fe combine avec l’argile, la terre pefante, la magnéfie, la chaux & les alkalis. Il forme dans ces combinaifons l’alun, le fpath pefant, le fel d’Epfom, la Tome II. D ÿï!f Êl i MENS félénîte, le tartre vitriolé, le fel de Glauber* & le fel ammoniacal vitriolique ; fes attradions éledives pour ces bafes , font les mêmes que celles de l’acide marin & de l’acide nitreux; mais il adhère plus fortement à ces fubflances que tous les autres acides minéraux, & il eft liifceptible de les en dégager. On n’a point encore examiné convenablement l’adion de l’huile de vitriol fur les autres acides ; on fait feulement : i°. qu’il abforbe l’acide craieux , 8 c même en très-grande quantité ; 2°. qu’il s’unit fi facilement avec l’acide marin , que lorfqu’on fait ce dernier mélange, il fe produit de la chaleur, 8 c il fe dégage une grande quantité de gaz marin en vapeurs blanches très- fondantes; Boerhaave a dit dans fa chimie que l’acide marin rendoit l’huile de vitriol concrète; peut-être trouvera-t-on cette propriété dans l’acide marin aéré ou déphlogifiiqué ; 3 0 . que l’acide ïütreux blanc & pur verfé fur de l’huile de vitriol noircie par quelque corps combufiible, lui ôte fa couleur, le rend tranfparent & s’exhale en gaz nitreux lorfqu’on chauffe ce mélange; 4 0 . que le gaz nitreux uni à l’huile de vitriol eft fufceptible de faire prendre à cet acide la forme concrète, comme nous l’expoferons plus en détail à l’article de la décompofition du nitrs par le vitriol martial. mire®; autres ao bloibe Fî- t quantité; ,btu0: ritt#’^ lafo^ j>1® ( B’HrsT. Nat. et de Chimie. La manière dont l’acide vitriolique agit fut les corps combuflibles, répand ckt jour fur la nature 5c fur les principes de cet acide. Toutes les fois qu’un corps combuflible, comme un métal ou bien une matière végétale ou animale quelconque, eft mis en contact avec l’huile de vitriol concentrée, ce corps paTe plus ou moins vite à l’état d’une matière brûlée ou charbo-; neufe , ôc l’acide eft décompofé. Toutes les matières qui contiennent de l’huile fe noirciflent, lorfqu’on les tient plongées pen-; dant quelques minutes dans l’huile de vitriol froide. Cet acide fe colore d’abord en brun 5c pa(Te bientôt au noir. Si l’on y plonge une fubftance inflammable en combultion, comme jun charbon ardent, l’acide vitriolique prend fuiy le champ l’odeur 5c la volatilité du foufre; il répand une fumée blanche d’une odeur vive 5c fuflbquante. Si pour mieux concevoir ce qui fe pa(Te dans ces combinaifons, on met cet acide en contaâ avec un corps combuftible plus Ample que les fubftances organiques, 5c dont les altérations font plus aifées à fuivre 5c à apprécier que celles de ces matières, alors on peut parvenir à connoître 5c à féparer les principes de Pacide vitriolique. En chauffant à cet effet un mélange d’huile de vitriol 5c de mercure dans une cornue de verre dont le bec plonge Dij f 'ÿ Ê L é M E N S fous une cloche pleine de ce fluide métallique J dès que l’acide efl bouillant, il pafle un gaz permanent d’une odeur forte & piquante fem- blable à celle du foufre qui brûle. Ce fluide aériforme efl connu fous le nom de gaz acide fulfureux, il efl un peu plus pe- fant que l’air, il éteint les bougies, il tue les animaux, il rougit & décolore le firop de violettes , il s’unit à l’eau avec moins de rapidité que le gaz acide marin , fuivant M. Prieftley il diflout la craie, le camphre, le fer, il efl ab- fcrbé par les charbons & par tous les corps très-poreux. C’eft un acide nouveau, une modification particulière de l’acide vitriolique, fuf- ceptible de former avec les alkalis des fels neutres differens de ceux que forme ce dernier. Stahl qui a,voit très-bien obfervé tous ces im- portans phénomènes, croyoit que dans cette combinaifon le phlogiftique du métal s’unif- foit avec l’acide, & lui donnoit de l’odeur, de la volatilité, &c. mais ce grand chimifle n’ayant pas fuivi plus loin cette expérience, ne prévoyoit pas fans doute que l’on pût tirer de ce fait même une objedion très-forte contre fa dodrine. M. Lavoifier, M. Bucquet & moi, nous avons examiné, chacun de notre côté, la fuite de l’adion réciproque du mercure & de l’acide vitriolique. Lorfque le mélange efl tlanc & fec, il ne pa(Te plus que très-peu de gaz fiilfureux. Si on chauffe alors fortement ce fel vitriolique mercuriel, il fe dégage un peu d’eau & un gaz d’une toute autre nature que le premier. C’efl de l’air aufli pur & aufli refpirable que celui que M. Prieftley a nommé déphlogifliqué. A mefure que ce dernier paffe, le mercure fe trouve réduit, coulant & abfo- lument femblable à celui qu’on a voit employé, à quelques portions près qui n’équivalent pas à un huitième de la quantité mife en expérience* Il paraît d’après cela que le mercure n’ayant point été altéré, les deux gaz que l’on a obtenus appartiennent à l’acide vitriolique qui a été dé- compofé : le gaz fulfureux fetnble donc être à cet acide ce qu’eft le gaz nitreux à l’acide du nitre. Cependant il y a quelque différence entre la compofition de ces deux acides, puif- qu’il n’elt pas poiïible de recompofer fur-le- champ l’acide vitriolique par l’union des deux gaz qu’il fournit , tandis qu’on fait reparaître à volonté l’acide nitreux en combinant le gaz nitreux & l’air pur qu’il donne dans fon ana- lyfe. Il elt vraifemblable que la recompofition de l’acide vitriolique ne peut fe faire qu’à la longue , puifqu’elle a réellement lieu en expo- fant à l’air des compofés d’acide fulfureux & de diverfes bafes , qui peu-à-peu ne contiens E L H M E N S fient plus que de l’acide vitriolique. C’eft ainfr que la combinaifon de l’acide fulfureux avec l’aikali fixe végétal, qui eft connue fous le nom de fel fulfureux de Stahl, expofée à l’air, devient du véritable tartre vitriolé au bout d’un certain teins. D’après ces expériences, M. Lavoifier croit, 1 °. que l’acide vitriolique eft un compofé de foufre & d’air vital ou principe oxigyne ; 2 °. que lorfqu’on mêle avec cet acide un corps combufiible qui a plus d’affinité avec l’air vital que n’en a le foufre, ce corps s’empare de l’air pur & décompofe l’acide ; 3 0 . que fi la matière combufiible n’enlève point tout l’air pur, comme cela a lieu dans la plupart des diffolu- tions métalliques par l’huile de vitriol , ce n’eft point du foufre pur qui fe dégage , mais du gaz acide fulfureux; q°. que ce gaz tient le milieu entre le foufre & l’acide vitriolique , & doit être regardé comme l’acide vitriolique moins une certaine quantité d’air pur, ou comme du foufre rendu foiblement acide par une portion d’air vital; il ne faut donc que lui enlever cette portion d’air pour le faire pafier à l’état de véritable foufre , comme cela a lieu vers la fin des diffolutions métalliques par l’acide vitriolique, 8c lorfque ces diffolutions font évaporées 8c fortement chauffées ; on conçoit auffi comment ti’HrsT. Nat. et de Chimie. st . l’acide ou gaz fulfureux devient peu-à-peu a ci* de vitriolique en abforbant de l’air pur ou pria* cipe oxigyne contenu dans l’atmofphère. Le gaz fulfureux peut s’unir a (fez intimement avec l’acide vitriolique & donner à cet aci-« de la propriété de s’exhaler en vapeurs blarn ches épaiiïes. Meyer avoit parlé dans fes Eflais de chimie fur la chaux-vive , d’une huile de vitriol fumante préparée à Northaaufen en Saxe par la dillillation du vitriol ordinaire. Il avoit indiqué d’après Crifian Bernhard chimifle allemand , un fel acide concret & fumant qu’on retire de cet acide par la dillillation. Ayant eu occahon de me procurer à Paris quelques livres de cet acide de Saxe, j’y ai reconnu les propriétés indiquées par Meyer , & j’ai obtenu à une chaleur douce un fel volatil concret crillallifé fumant & déliquefcent fous deux formes, comme l’avoit annoncé Chriftian Bernhard. Diverfes expériences que j’ai décrites dans un Mémoire qui fera inféré parmi ceux de l’académie royale des Sciences, m’ont convaincu, l°. que la propriété de fumer & de fournir un fel volatil concret que préfente l’huile de vitriol noire de Northaaufen dépend du gaz fulfureux qu’elle contient en grande quantité ; 2°. qu’à mefure qu’elle perd ce gaz par fou expofition à l’air elle cefle d’exhaler des vapeurs, P iv /* f$ ÎLÎMENS & de pouvoir donner le fel concret ; 5. que l’eau en dégage ce gaz, & ôte à l’acide vitrioli- que de Saxe fa propriété de fumer; &c. 4. 0 . enfin que le fel acide concret & très-fumant qu’on en obtient par la diflillation, elt la combinai- fon faturée d’huile de vitriol & de gaz fulfu- reux, & qu’il pâlie peu-à-peu à l’état d’acide vitriolique ordinaire par fon expofition à l’air. Voilà donc déjà deux acides vitrioliques concrets connus ; l’un doit fa concrétion au gaz nitreux » l’autre au gaz fulfureux. Je ne doute point qu’on n’ajoute quelque jour à ces deux acides concrets , quelques autres modifications de l’huile de vitriol rendue folide par d’autres gaz, comme le gaz acide marin déphlogiftiqué, &c. L’acide vitriolique eft en ufage dans plufieurs arts & fur - tout dans ceux du chapelier & du teinturier, &c. c’eft un des menflrues les plus ufités & les plus nécelTaires dans les laboratoires de chimie. On l’emploie en médecine, comme un violent caufiique à l’extérieur, & à è l’intérieur comme rafraîchiffant, tempérant & antifeptique, lorfqu’il elt étendu d’eau jufqu’à ce qu’il n’ait plus qu’une très-légcre acidité. L’acide fulfureux eft employé dans la teinture ; on s’en fert pour décolorer les étoffes de foie , pour enlever les taches de fruits, &c. î-que ‘4V wntiju’oj ; ombinaj. Stofulfu. «tfacüt onàPà sconcra a -tremi, migu’on con- tMe B,fcaT.e ce. iptulieiœ fier & da îles plus ibornoi* léieâne, ienr, & > ipérant & in ^ radü» s Ja cein- s étoffés d’Hist. Nat. et de Chimie. So«e VII. Acide du Borax, ou Sel sédatif. Les travaux d’un grand nombre de chimif- tes ont prouvé que le borax efl un fel neutre parfait formé par la combinaifon d’un acide particulier avec Palkali minéral ; cet acide a été appelé fel fédatif par Homberg qui en a fait la découverte. Quelques modernes l’appellent acide du borax ou acide boracin ; le nom de fel fédatif fous lequel il eft généralement connu, ne lui convient point & devroit être abandonné. Plufieurs chimiftes avoient penfé que cet acide étoit le produit de l’art, & fe formoit par 1^ combinaifon des fels qu’on emploie pour le retirer avec quelque principe du borax; mais depuis que M. Hoëfer apothicaire du grand-duc de Tofcane a découvert que les eaux de plufieurs lacs de ce pays, tels que ceux de Caftelnuovo 8c de Monterotondo, tiennent en dilïolution une bonne quantité de fel fédatif très -pur, on ne peut douter que ce fel ne foit un acide particulier. MM. les chimiftes de l’académie de Dijon ont confirmé cette découverte, en examinant l’eau de Monterotondo qui leur a été envoyée -, ils y ont trouvé le fel fédatif annoncé par M. Hoëfer. Il efl vraifemblable qu’on le trouvera dans d’autres eaux minérales ; il paroît fe former dans les fubflances grades qui fe pourrilTent, comme nous le dirons plus bas. 58 E L é M E N S Le fel fédatif natif ou retiré du borax phr les procédés que nous indiquerons à l’article de ce fel neutre, elt une matière concrète , crif- tallifée en petites paillettes blanches très-minces , irrégulièrement taillées & découpées fur leurs bords d’une grande légèreté, & qui ont quelquefois une forte de brillant. Sa faveur elt foible quoique fenfiblement acide. Il rougit légèrement la teinture de violettes, mais beaucoup plus fenfiblement celle de tournefol. Expofé au feu il ne fç volatilife pas ; mais il fe fond quand il elt bien rouge en un verre tranfparent qui devient opaque à l’air & qui fe couvre d’une légère poufïière blanche. Ce verre elt l’acide de borax fans altération ; on lui rend fa forme lamelleufe en le dilfolvant dans l’eau & en le faifant criltallifer. L’acide du borax n’éprouve aucune altération fenfible de la part de l’air fec ou humide» chaud ou froid. II fe difïbut difficilement dans l’eau, puif- qu’une livre de ce fluide bouillant n’en a pris que cent quatre-vingt-trois grains , fuivant MM. les académiciens de Dijon, il fe criltallife par re- froidiffement 8c en partie par évaporation. Cette difTolution rougit fur-Ie-champ la teinture de tournefol & altère quoique lentement celle du firop de violettes. Si on chauffe dans une u’Hist. Nat. et de Chimie. cucurbite munie de fon chapiteau du fel féda- ' tif humeété d’un peu d’eau, une partie de cet acide fe fublime avec la vapeur aqueufe qui l’enlcve ; mais dès qu’il ert fec & que toute l’eau efl volatilifée, il ne s’en élève plus ; ce qui prouve que ce fel fixe efl par lui-même , comme on le démontre en le fondant dans un creufet. En le fublimant ainfi avec de l’eau, on peut l’obtenir fous une belle forme criflalline & brillante fi l’on conduit l’opération avec ménagement ; ce procédé fournit l’acide fédatif très-pur, on l’appelle fel fédatif fiibîimé. L’acide fédatif fert de fondant aux terres vi- trifiables, & forme avec elles par la fufion des verres blancs ou peu colorés. Il diflout à l’aide de la chaleur la terre précipitée de la liqueur des cailloux. Il s’unit à la terre pefante, à la magnéfie , à la chaux, aux alkalis, & forme avec ces diverfes fubflances des fels particuliers qu’on difiingue fous le nom général de boraxs, & dont il n’y a encore qu’une efpèce qui foit bien connue. Toutes ces propriétés, & fur-tout fa faveur, la couleur rouge qu’il donne aux teintures bleues végétales, & fes combinaifons neutres avec les alkalis, indiquent allez fa nature ; mais comme il ne faune ces bafes alkalines qu’en partie, on a reconnu que c’étoit le plus foible des acides, fio E L 1 M E N S puifque tous les autres, fans excepter même! Facide craieux, peuvent le dégager de fes com- binaifons. Ou ne connoît pas bien l’aâion des acides fur le fel fédatif. Il paroît qu’il décompofe en partie l’acide vitriolique , puifque ce dernier paflè à l’état d’âcide fulfureux lorfqu’on le dif- tille fur ce fel. Quant aux acides nitreux & marin , on fait qu’ils font fufceptibles de le dilToudre , mais on n’a pas fuivi leur action fur ce fel avec allez de foin pour découvrir s’il n’y a pas quelque décompofition réciproque. Il y a eu beaucoup d’opinions diverfes fur la nature & la formation du fel fédatif. Plu- fieurs chimiftes ont cru que c’étoit une com- binaifon intime d’acide vitriolique & d’une terre TÏtrefcible avec une matière grade. MM. Bour- delin & Cadet ont penfé qu’il elt formé par Facide marin. Ce dernier a cru qu’il contenoit un peu de terre cuivreufe , parce qu’il a con- me les chaux de ce métal la propriété de colorer en vert la flamme des corps combuf- tibfes. Cartheufer a alluré qu’en de fléchant à un feu doux du fel fédatif très-pur, il s’en dégageait des vapeurs d’efprit de fel , qu’en diflblvant ce fel defleché & en filtrant la diAblution il refloit fur le filtre une terre grife ' y enfin qu’en répétant un grand nombre de fois 'desj^ ^pofej : « dernt pfoilej[ - ratrem j ôbîes defc «radionSi Trirîïli’ji F diierftt fu ’éM Plü' it une c» {(Time ton MM. Bout- . formé px 1 conte® 1 qUii® fgopn ® 4 rpscombi delTecW 1 fcl,^ teste P*' ti’HrsT. Nat. et de Chimie. Si les déifications & les diiïolutions, on décorn- pofoit entièrement le fel fédatif, de forte qu’il paroiflbit être une modification de l’acide marin fixé par une terre. MM. Macquer & Poulle- tier de la Salle ont répété cette expérience ; ils ont obfervé le dégagement de la vapeur odorante pendant la calcination du fel fédatif, mais ils ne l’ont point manifeftement reconnue pour celle de l’acide marin ; ils ont obtenu à force de deflîcations & de diiïolutions fucceflives, une petite quantité de terre grife qui combinée avec de l’acide marin n’a point formé de fel fé- datif comme l’avoit annoncé Cartheufer ; de forte que l’opinion de ce dernier chimiflen’efl pas plus prouvée que les précédentes. Model regardoîtee fel comme la combinaifon d’un alkali particulier avec l’acide vitriolique dont on fe fert pour le dégager. Mais l’acide fédatif étant toujours le même , quelqu’acide que l’on emploie pour le précipiter, cette opinion ne peut être admife. M. Baunjé a dit être parvenu à faire du fel fédatif en laiiïànt macérer pendant dix-huit mois un mélange d’argile & de graiiïe. Il en a retiré par la leflîve un fel en paillettes qui avoit toutes les propriétés du fel fédatif. Il penfe d’après cela que ce fel efi une combinaifon de l’acide de la graiiïe avec une terre très-fine qu’il eU impoiïible de lui enlever. Il ajoute que les huiles jÉ>2 Ë L t: M E N S végétales peuvent donner le même fel quoique plus lentement. M. Wiegleb a répété l’expérience de M. Baumé & elle n’a point fourni de fel fédatif. « Les chimiftes regardent aujourd’hui l’acide fédatif comme un acide particulier différent de tous les autres & jouiffant de caractères qui lui font propres. Ses affinités avec les bafes alkalines qui ont été rangées par Bergman dans l’ordre fuivant ; chaux , terre pefante , magné- fie, alkali fixe végétal, alkali fixe minéral, al- kali volatil, & qui diffèrent beaucoup des autres acides examinés’jufqu’ici, viennent à l’appui de cette affertion. L’acide du borax ou le fel fédatif a été employé pendant quelque tems en médecine, d’après Homberg, qui lui avoit attribué la propriété calmante & même narcotique ; mais la pratique a appris que ce fel n’a qu’une vertu très-médiocre, à moins qu’il ne foit donné à une dofe beaucoup plus forte que celle qui avoit été indiquée, comme à celle d’un gros & plus ; ce qui fait que l’on y a renoncé avec d’autant plus de raifon, que la médecine pof- ïède un grand nombre d’autres médicamens de cette claffe, dont l’adion eft beaucoup plus énergique & beaucoup plus certaine. * On s’en fert dans plulleurs opérations dfi fe’IîrsT. Nat. et de Chimie. 3^ thimie, comme fondant, &c. ainfî que nous Fexpoferons par la fuite. CHAPITRE V. Ordre II. Sels fecondaires ou neutres. N o u s comprenons fous le nom de Tels fecondaires , toutes les matières qui font compo- fées de deux fubflances falines primitives combinées enfemble. Ces fels ont été nommés neutres , parce qu’ils n’ont point les caradères des fels primitifs ; c’efl-à-dire qu’ils ne font en général ni acides ni alkalins. Cependant il en eft plufieurs, comme le borax, la craie & les alcalis unis à l’acide craieux, qui jouiiïent de quelques-unes des propriétés des fels primitifs» mais dans un degré beaucoup moins marque qu’eux. Ces fels fecondaires n’ont point une faveur aufîî forte que la plupart des fels primitifs; leur tendance à la combinaifon & leur diflo- l'ubilité font moins confidérables ; mais ce qui lfes diflingue fur-tout des premiers, Veft qu’ils ne peuvent point communiquer les propriétés falines à d’autres corps comme les fels primitifs ; leur forme criftalline confiante eft encore un caradère marqué dont l’étude appartient au ÉlImï» j naturalise & qui quelquefois indique leur na^ ture, quoiqu’elle foit fouvent capable d’induire en erreur. On appelle ordinairement bafe, la matière la plus fixe qui entre dans la compofition des fels neutres. Comme cette bafe, qui quelquefois eft volatile, donne plufieurs caraâères généraux afTez conftans aux diverfes combinai- fons qu’elle forme avec les acides , nous prendrons le nom de la bafe pour difiinguer les genres que nous établirons dans les fels fecondai- res. Nous diviferons donc ces fels en autant de genres qu’il y a de bafes falines ou alkalines qui peuvent être unies aux acides. Le premier genre comprendra ceux qui font formés par l’union des alkalis fixes avec les acides; nous les appellerons fels neutres parfaits, parce que leur union efl très-intime. Le deuxième genre renfermera ceux qui font compofés par l’alkali volatil combiné avec les acides. Ils feront défignés fous le nom de fels ammoniacaux adopté d’après l’un de ces fels ainfi nommé depuis long - tems. On pourrait aulfi les connoître fous celui de fels imparfaits, parce qu’ils font beaucoup plus décompofables que les premiers. Dans le troifième genre nous rangerons les fels neutres dont la chaux cil la bafe. Ils font en Lr’HiSTk Nat. et de Chimie. en général moins parfaits que ceux du fécond genre, quoique la chaux ait plus d’affinité avec les acides que n’en a l’alkali volatil , comm<* les détails le feront voir. Ces fels auront le titre de fels neutres calcaires. N La magnéfie combinée avec les divers acides, tonfiituera le quatrième genre des fels neutres. Ces fels font plus décompofables que les précédais , parce .que la chaux & les alkalis ont plus d’affinité avec les acides que n’en a la magnéfie. Ils retiendront le nom de fels neutres à bafe de magnéfie. Le cinquième genre fera defiiné à ceux qui ont la terre argileufe pure pour bafe. Comme l’alun eft la principale de ces combinaifons, on leur a donné le nom générique de fels alumineux. Les alkalis , la chaux & la magnéfie décompofent en général les fels à bafe d’argile. Enfin dans le fixième genre nous placerons les fels neutres à bafe de terre pefante. Ces lèîs ainli que la plupart de ceux des deux genres précédais, ne font que très-peu connus. On conçoit que ces différentes bafes combinées avec les acides dont nous avons examiné les propriétés doivent donner un grand nombre de fels neutres , & que ce nombre peut même aller beaucoup au-delà, fi l’on admet avec Bergman, pour des compofés particuliers^ Tome II. E €6 Ë l Ê M ï .V s ceux qui rélultent de l’iinion de ces mêmes taies avec les acides qu’il appelle phlogif- üqués, & qui font privés d’une partie de leur air pur fuivant la doctrine moderne. Mais ces derniers n’étant que des modifications peu durables , qui s’altèrent par le contact de l’air, & qui pafTent affez promptement à l’état des véritables Tels neutres, nous croyons ne pas devoir multiplier ces fubftances dont le nombre îi’eft déjà que trop confidérable ; & nous nous propofons d’indiquer les différences que pré- fentent ces Tels fuivant l’état de leurs acides. Nous obfervons encore que les bafes alkalines dont nous venons de faire l’énumération combinées avec l’eau régale , donnant des fels nitreux & marins mélangés qu’on peut obtenir ifolés 8c qui font parfaitement femblables à ceux que forment ces deux acides féparés , nous ne parlerons que des combinaifons de ces mêmes bafes avec les fix acides (impies. Quant au rang & à la difpofition des différentes fortes de fels neutres, nous avons cru devoir fuivre l’ordre de la force d’affinité des acides ; ainfi dans tous les genres nous commencerons par les fels vitrioliques, & nous paf- ferorà de fuite aux fels nitreux, aux marins, à ceux dans lefquels entre l’acide du borax, puis à ceux formés par l’acide fpathique j 8e, * forma ^îiscs ^ peu 4 de fÉr.i «ides r. ne pas tlenonèc t nous nos 3 que pré- ors acides «lUine nnon corn- des fds ô «I obtenir ablesàcem s, nous « ces œêtnes ante# u avons O iafi#* 3 0®* D^Hrst. Nat. et de Chimie. Ky fenfin nous terminerons ces détails par les fels qui contiennent l’acide craieux, parce qu’il garoît être le plus foible de tous. Genre I. Sels neutres parfaits , OU A BASE d'ALKALIS FIXES, Sorte Iv Tartre vitriolé. Le tartre vitriolé appelé auffi fel de duobus, Tel polychrefte , arcanum duplication , eft un fel neutre parfait, réfultant de la combinaifon dê ï’acide vitrioliqùe avec l’alkali fixe du tartre ou Végétal. Il n’exifie que très-rarement dans le ïègne minéral; quelques végétaux en contiennent trne petite quantité. Ce fel eft communément fous la forme d’un Corps tranfparent, plus ou moins blanc & régulier. Ses criftaux varient fuivant les circonf- iances de fa criftallifation. Quand elle a été faite 'en petit & avec lenteur, elle donne des pyra* mides tranfparentes à fix pans, taillées à-peu* près comme des pointes de diamàns en rofes* ou plus rarement des prifmes à fix faces terminés par une ou par deux pyramides hexaèdres, à-peu-près comme le criftal de roche. Mais fi l’évaporation a été très-prompte, tous les crif- taux s’agglutinent & fe confondent fous la forme d’une croûte folide, dont la furface eft Kériffée de pointes ou de pyramides irrégufiè- Eij £8 ÊLÈME1ÎS tes; te! efi celui du commerce. Enfin, loiTquft pour avoir des crillaux très-réguliers de ce fel, on expofe fa diflblution à une évaporation lente & fpontanée, on obtient fouvent des folides à douze faces, formés par deux pyramides hexaèdres réunies à leur bafe, & quelquefois féparées par un commencement de p ri fine à fix pans. Il elt vrai que ces derniers crillaux font ordinairement fales ,8c n’ont jamais la blancheur ni la tranfpa- rence de ceux qu’on obtient par la première évaporation. Mais c’elt une difficulté qui exifle dans la plupart des fels neutres. Ils font prefque toujours blancs aux dépens de la forme, ou réguliers aux dépens de la tranfparence. Le tartre vitriolé a une faveur amère, allez défagréable ; il n’éprouve que peu d’altération de la part du feu. Lorfqu’on l’expofe fur des charbons ardens, il fe brife avec bruit en un grand nombre de petits fragmens ; ce phénomène qu’on appelle décrépitation , dépend de la raréfaction fubite de l’eau de fa criltallifa- tion. Lorfque le tartre vitriolé a décrépité, il n’a rien perdu de fes propriétés eflemielles. Si on l’expofe dans un creufet à l’aélion du feu, il décrépite également, & devient fec friable 6c même pulvérulent en perdant l’eau de fa crifialüfation ; il rougit avant de fe fondre; il lui faut même un feu allez violent pour en- WcjBf 0!l W folidejj shesag. fcparées virement tranfp nicretv} liiledars que ton- , ou K- c. ■re, allez litznuou > fur des iren in pieno- peuAis cria® 1, licite J 'en'iete idu^’ £-- ,( - de fî b’HrsT. Nat. et de Chimie. <5$ trer en fufion; expofé au froid Iorfqu’i! efl fondu, il fe prend en une ma (Te opaque, friable, -diffoluble , qui n’a éprouvé aucune altération dans fes principes, puifqu’on peut lui rendre fa forme tranfparente & crifialline en le difïbl- vant de nouveau dans l’eau. Tenu en fufion dans un vaiffeau ouvert, il fe volatilife, mais toujours fans fe décompofer. Le tartre vitriolé n’éprouve aucune altération à l’air; il refie dans fon état crifiallin fans rien perdre, ni de fa forme, ni de fa tranfpa- rence. U efi peu diiïoluble dans l’eau, mais cependant dans des degrés très-dnTérens, flii- vant la température de ce fluide. Suivant Spiél- man il faut environ dix-huit parties d’eau froide pour difioudre une partie de tartre vitriolé; lorfqu’elle efi bouillante elle paroît en diffou- dre prefque le quart de fon poids, puifque M. Baume affiire que quatre onces d’eau bouillante difloîvent fept gros quarante-huit grains de tartre vitriolé. Il fe criflallifeen partie parrefroi- diffement , & plus encore par évaporation; il ne retient que peu d’eau dans fes criff aux ; c’efi ce qui fait qu’il ne change point d’état lorf- qu’on l’expofe à l’air. Le tartre vitriolé n’a point d’adion fur les terres fimples. On a obfervé que celui qui efi par hafard uni aux fels fondans, dont on fè yd Elémens fert pour faire le verre, fe retrouve dans les fcories, & on le retire en affez grande quantité du fiel de verre. La terre pefante décompofele tartre vitriolé, fuivant Bergman, parce qu’elle a plus d’affinité avec l’acide vitriolique que n’en a l’alkali fixe. Si l’on met un peu de cette terre dans une difiblution de ce fei, il fe forme un précipité de fpath pefant, tout-à-fait infoluble, & dont nous examinerons plus bas les propriétés. L’alkali fixe végétal relie pur & caullique en difiblution dans la liqueur. La chaux & la magnéfie n’ont aucune aélion fur le tartre vitriolé, mais plufieurs acides en ont une très-marquée fur ce fel. Rouelle avoit alluré qu’il étoit poffible de combiner avec ce fel une plus grande quantité d’acide vitriolique, que celle qu’il contient naturellement. Son procédé confifloit à dilliller de l’huile de vitriol fur le tartre vitriolé ; ce dernier relie imprégné d’acide, & acquiert des propriétés nouvelles j celles de rougir la teinture de violettes, d’être plus dilToluble dans l’eau, d’avoir une faveur aigre, & de faire efiervefcence avec les alka- lis craieux, même après avoir été dilfous 5c criflallifé. M. Baumé a foutenu que cet acide ïi’étoit point réellement combiné, & qu’on pou- yoit l’enlçver au fel neutre en le faifaut fimple? b’HrsT. Nat. ET ©e Chimie: 71 ment égoûter fur du papier gris ou fur ïe ble. Cependant Macquer remarque que l’aci- de vitrioüque adhère avec une force aflez conG- dérable au tartre vitriolé, & croit que cette adhérence eft due à une affinité particulière de ces deux fubftances, puifque fuïvant lui l’aélion du feu & celle de l’eau ne peuvent la détruire. J’ai fait plufieurs fois cette combinai' fon d’huile de vitriol & de tartre vitriolé à la manière de Rouelle; c’eft-à-dire, par la diftiî- lation dans des cornues de verre, & j’ai ob- fervé des phénomènes dont il n’a été fait aucune mention dans la difcuffion favante qui s'eft élevée fur cet objet. Le tartre vitrïoté s’eft fondu en une efpèce de verre ou d’émail blanc opaque, d’une faveur fort acide; mais cette fritte vitreufe n’a point attiré l’humidité de l’air, elle s’eft au contraire comme effleurie; il y a donc comme l’a penfé Macquer, une adhérence aflez forte entre ce fel neutre & l’acide , & cette adhérence eft due fans doute à une combinaifon particulière- M. Baumé a obfervé que le tartre vitriolé éprouvoit une altération très - marquée de la part de l’acide nimeux. Si l’on fait bouillir de l’eau forte fur ce fel, l’acide nitreux s’empare de l’alkali fixe végétal & dégage l’acide vitrioli- que ; en biffant refroidir ce mélange, il fe cnflalhfe du véritable nitre. On avoit cru d’abord E iv teS ‘fenipoi, %es p «tcjpite b mctatu ta tocs tu* irerletin fdsca -3 don. qu’en rata JnledoK deinkœ n kM® yew, a/Tods aness/Mf' aljnt tos * àaïss la 3 à la ^ xuteà^ frfiùfc b’Hist. Nat. et de Chimie. 7jf ,Jîa découvert, efl un fel neutre parfait formé par l’union de l’acide vitriolique & de l’alkali marin ou minéral ou foude, qui feroit mieux nommé vitriol de foude. Ce fel a beaucoup de propriétés communes avec le tartre vitriolé, & il en a quelques - unes de particulières ; il eft également criltallifable; il a une faveur amère; il efl très-peu fufible ; il elt foluble dans l'eau; il ne s’unit point aux terres ; il efl en partie dé-* compofable par les acides nitreux & marin, comme le tartre vitriolé ; cependant plufieurs de ces propriétés s’éloignent beaucoup de celles de ce dernier , comme nous allons le voie çn les parcourant plus en détail. Le fel de Glauber efl ordinairement un corps plus ou moins blanc ou tranfparent , d’une forme régulière. Ses criflaux font des prifmes à fîx faces inégales & flriées, terminés par des fommets dièdres. Il efl rare qu’ils aient cette forme régulière, le nombre des faces varie ainfî que leur étendue, leur pofition, leurs ftries, comme l’a expofé fort en détail M. Romé de Lille dans fa criftallographie. La faveur de ce fel efl d’abord fraîche, puis d’une amertume très-forte. Il n’altère point les couleurs bleues végétales, Lorfqu’on l’expofe à l’adion du feu, il fe liquéfie allez promptement, mais bientôt il fc ËLÏMEKÎ defsèche & devient d’un blanc mat ; dans cet état, il ne petit être fondu qu’à une chaleur confidérable, comme le tartre vitriolé. Pour bien concevoir ce qui fe paiïe dans cette action du feu fur le fel de Glauber, il faut dif- tinguer deux efpèces de fufion dans les matières falines ; l’une qui efl due à l’eau qui entre dans la formation de leurs criftaux , & qu’on appelle fufion aqueufe ; elle n’a lieu que pour les fels qui font plus folubles dans l’eau chaude que dans l’eau froide; & elle efl due à ce que la portion de ce fluide qui entre dans la conf- titution des criftaux falins , s’échauffe & devient alors capable de difToudre la matière faline; cette fufion aqueufe n’eft donc qu’une diffolu- tion par l’eau chaude ; auffi le fel de Glauber fondu fe prend-il en maffe lorfqu’on le laiïTe refroidir. Mais fi l’on continue de le chauffer après l’avoir fait liquéfier, il fe defsèche & devient blanc ; alors la fufion qu’on opère à l’aide d’une plus grande chaleur efl vraiment due au feu, 8c fe nomme fufion ignée. Le fel de Glauber efl donc tout auffi peu fufible que le tartre vitriolé : comme lui, il fe volatilife à la dernière violence du feu, mais il n’éprouve'aucune altération dans fes principes par I’aétion de la chaleur. ' Ç’efl encore à la grande quantité d’eau q»*f ïitnolc, f, dans ce5 (; «.ilfan: ^kss, r«ap c •“Ma- lieu que * ns Pau dû 1 à( 3 ai edans la g luffeJides uatière tè (jn’iœe (3 <1 è Gis ijB’on le b tlchéw ûtUm itàW^ :i à’e a» i él de Gt jue le O® fjiide® giefl®* ra&on ^ d’Hist. Nat. et de Chimte. Contiennent les criftaux de fel de Glauber, qu’eft due la propriété qu’ils ont de fe réduire en une poulîière blanche très-line, lorfqu’on les laifîe expofés à l’air. On donne à ce phénomène le nom d’eiïlorefcence , parce qu’en effet les criftaux fe couvrent d’une efpèce de duvet pulvérulent, femblable par la blancheur & pat la forme aux matières fublimées que l’on con- noît en chimie fous le nom de fleurs. Ce n’eft que parce qu’il perd l’eau qui entre dans la compofition de fes criftaux, que ce fel tombe ainfi en pouiïière par le contact de l’air; aufîï fon efHorefcence n’eft-elle jamais plus rapide & plus marquée que lorfque l’air eft très-fec & par conféquent très-avide d’humidité. Ce phénomène eft donc très-analogue au deftechement opéré par la chaleur ; tous les deux dépendent uniquement de l’évaporation de l’eau qui fait partie conftituante des criftaux. Cependant comme l’eau qui entre dans les criftaux de fel de Glauber 8c dans ceux de tous les fels efflorefcens en général, eft exaélement combinée avec la matière faline, il paraît que c’ell par une efpèce d’affinité entre l’air 8c l’eau que l’efflorefeence a lieu. Ce phénomène doit être regardé comme une décompofition des criftaux, opérée en raifon de l’affinité plus grande qu’il ÿ a entre l’eau & l’air, qu’entre l’eau & la matière falïne. C’eft ainG que j’ai toujours conçu l’efflorefcence, & je ne vois pas qu’on puifle l’expliquer autrement. ( Voyez mes Mémoires de Chimie.') Le fel de Glauber perd prefque la moitié de fon poids dans cette altération; mais fa nature n’eft pas changée, on peut lui rendre fa forme criflalline , en lui reftituant Peau qu’il a perdue. Quoiqu’aucun auteur dç matière médicale n’ait fait cette obfervation, il nous paroît important de connoître exaâement la quantité d’eaü que perd le fel de Glaubet dans fon efflorefcence, pour prefcrire en médecine une dofe toujours égale de ce fel dans ces deux états. On doit le donner effleuri à un peu plus d’un tiers de moins que'lorfqu’il eft en beaux criftaux tranfparens. Le fel de Glauber eft très-diffbluble dans Peau. Il ne faut que quatre parties d’eau froidé pour en diiïoudre une partie. Cette quantité d’eau néceflaire à fa diflolution, diminue eit proportion de la chaleur de ce fluide. Une partie d’eau bouillante diflout prefqtle fon poids de ce fel. C’eft fur cette propriété qu’eft fondée la manière de le faire criftallifer, Comme il eft plus foluble dans l’eau chaude que dans l’eail froide, il fuffit de Iailïer refroidir une diflolution bien chargée de ce fel, & elle donne des criftaux d’autant plus beaux & plus réguliers, quÿ ©’Hist.Nat. et DS Chimie. *f$ îâ diffolution eft faite à plus grande dofe , & qu’elle fe refroidit avec plus de lenteur. En faifant cette opération en grand dans les pharmacies, on obtient fouvent des prifmes ftriés de plufieurs pouces de longueur, dans lefquels on peut facilement reconnoître la forme régu-* lière de ce fel. i Le fel de Glauber n’a pas plus d’aétion fut les terres que le tartre vitriolé ; il n’entre pas plus que lui dans la formation des verres à caufe de fon peu de fufibilité. La terre pefante le décompofe comme le tartre vitriolé, mais les autres fubflances falino-terreufes ne l’altèrent en aucune manière. L’alkali fixe végétal cauffique mêlé à une diffolution de fel de Glauber le décompofe, parce qu’il a plus d’affinité avec l’acide vitrioli- que que n’en a l’alkali fixe minéral. Pour fe con^ vaincre de cette vérité , il fuffit de verfer de l’alkali fixe végétal cauffique dans une diiïolu- rion chaude & bien faturée de fel de Glauber, Cette diffolution qui auroit donné des criltaux de fel de Glauber par le refroidiffement, ne fournit que du tartre vitriolé par l’évaporation; l’eau mère contient l’alkali fixe minéral cauftique. L’acide vitriolique fe combine avec le fel de Glauber & y adhère de la même manière qu’ai# tartre vitriolé, Ê L i M E N 4 Les acides nitreux & marin le décompofent! avec les mêmes circonftances que ce dernier fel. Lorfqu’on chauffe fortement le fel de Glau- ber avec du charbon & quelques métaux, l’acide vitriolique paffe à l’état de foufrc comme nous le dirons plus en détail dans l’hifloire de ce corps combuflible.' Toutes les propriétés du fel de Glauber, qui diffèrent de celles du tartre vitriolé, font voir que les deux alkalis fixes, qui fe reiïemblenc parfaitement lorfqu’on les coufidère dans leur état de pureté, font cependant trcs-différens l’un de l’autre, puifqu’ils forment des fels très-dif- femblables avec le même acide. D’ailleurs les proportions des principes de ce fel different beaucoup de celle qui conftitue le tartre vitriolé ; puifqu’un quintal de fel de Glauber contient d’après les recherches de Bergman, 1 $ parties d’alkali minéral, 27 parties d’acide vitriolique, & y8 parties d’eau. Ce fel eft plus abondant dans la nature que le tartre vitriolé. On le trouve en allez grande quantité dans les eaux de la mer, dans celles de certaines fontaines falées, & fur-tout dans plufieurs eaux minérales. L’art peut d’ailleurs lui donner naiffance par les trois moyens dont nous avons parlé à l’article du tartre vitriolé. Il n’eft pas plus employé dans les arts que ce dernier ; :d Hw lîs wéa^ '"fa comu l&iftoirej Gbbe» Ü. 6 .J ireîerife :re dans b ■ét&ercî, feli trbi Meus lu fc! dfa le tartre tv de Glanba > Bfijnaoi lies d'acide iratuiefi afeg®)* dans «ils j^vens^ lo’HisT. Nat. et d^ t Chimie. «ïermer ; mais il l’eft beaucoup plus que lui en médecine. On le donne comme fondant, apéritif & purgatif, depuis un demi-gros jufqu’3 une once & demie, fuivant les cas où on l’ad- miniflre ; fes eff ets font même plus marqués & plus prompts que ceux du tartre vitriolé, parce qu’il efl beaucoup plus foluble dans nos humeurs , & parce que fa faveur eft plus vive. Sorte III. N i t r e. i Le nitre ou faipêtre efl un fel neutre formé par l’union de l’acide nitreux avec l’alkali -fixe du tartre. Ce fel a une faveur fraîche ; il efl parfaitement neutre ; il n’altère point la couleur du firop de violettes. Ses criflaux font des prif-a mes à fix faces , terminés par des pyramides dièdres ou en bifeau, & fouvent creufés par un canal dans toute leur longueur. Le nitre exifle en très-grande quantité dans la nature : il fe forme journellement dans les lieux habités par les animaux. On le trouve en très- grande quantité fur les murs abrités de la pluiej on l’appelle alors faipêtre de houflage. Il paroît qu’il y a trois circonflances principales qui favorifent fa formation. La première* c’efl la préfence de la craie ou d’un fel calcaire quelconque; c’elt ainfi que fe forme le nitre de houffage que l’on ramafle fur les murs Tome IL ' t F I 8* Ë L 2 M E N '* recouverts de plâtre; c’eft ainfi que les démO^ litions des vieux édifices contiennent de grandes quantités de nitre. Ce fel fe trouve encore tout pur dans des craies ; M. le duc de la Rochefoucauld en a retiré jufqu’à une once par livre d’une craie de la hoche Guyon. L.a Fécondé circonflance dans laquelle ce fel fe produit, c’eft la putréfaâiou ou la décompo- fition fpontanée des matières végétales & animales. C’eft un fait très-connu que les lieux arro- fés de liqueurs animales ou qui contiennent des matières animales en pütréfaélion, tels que les fit- miers, les étables, les latrines, produifent beaucoup de nitre. On a profité de cette obfervatiou confiante pour former des nitrières artificielles; on confiruit des foffes ou des hangards couverts mais expofés à l’air par les côtés ; on les remplit de fubftances animales, comme de fumier, d’ex- crcmens de quadrupèdes, de fientes de volailles, de débris des végétaux ; on arrofe ces matières de tems en tems & fur-tout avec des eaux chargées de matières animales ou végétales fuf- ceptibles de fe pourrir , 8c on les agite pour renouveller toutes les furfaces. Lorfque la putré- faftion ell avancée, on prend une petite portion de ces matières 8c ôn la leffive pour s’alïu- rer de ce qu’elle contient de nitre : fi on la trouve alTez chargée on leiTive toute la matière. \ tfïîtsT. Nat. et de Çhîmïe. La troifième circonflance qui paroît favori- fer la production du nitre » c’eft le contad de l’air. Telle eü la raifon de la formation du fali pêtre de houffage ; c’eft aulli celle pour laquelle on agite les mélanges des nitrières artificielles , pour que l’air les touche dans tous leurs.points f Enfin les craies qui contiennent naturellement; du nitre, n’en fourniiïent qu’à une certaine profondeur & point du tout au-delà de cet efpace, Si ces trois circonfiances font réunies, la production du nitre fera très-abondante; tels font, les principes fur lelquels il faut conftruire de^ nitricres artificielles. T On ne connoît que depuis peu de tems 14 théorie de la formation du nitre. Glauber & plgr fleurs autres chimiftes qui l’ont fuivi, penfoient ■que le nitre étoit tout formé dans les végétaux, qu’il pafloit delà dans les animaux, ti & qtjç la putréfaction ne faifoit que le dégager de fes entraves ; mais on a bientôt reconnu que les ^végétaux n’en contenoient point une allez grande quantité pour fuffire à celle que l’on retire .dans les nitrières artificielles. M. Thouvenel qui a remporté le prix de l’Académie fur la formation du nitre, a fait beaucoup d’expériences pour en déterminer la caufe, & il a reconnu que l’acide nitreux étoit produit par la corg- .binaifon d’un fluide élaflique dégagé des mg-' 84, Ê t i M Ë N S tières animales en putréfadion & 'de l’air pur; il a également établi que l’acide nitreux une fois formé fe combine avec là terre calcaire, lorfque l’on n’emploie que des matières animales pour les nitrières, & que les débris des végétaux font utiles pour fournir l’alkali fixe qui efl la bafe du nitre ordinaire. Mais M. Tïiouvenel n’avoit point déterminé la nature du gaz qui fe dégage des matières animales en putréfadion, & c’eft M. Cavendifch qui a démontré il y a quelques mois que ce gaz efl le même que fcelui qui conftitue un des principes de l’atmof- phère fous le nom d’air phlogifliqué ou de mo- phette atmofphérique, en faifant de véritable acide nitreux par la combinaifon de ce gaz avec l’air vital au moyen de l’étincelle électrique. Le nitre efl très-altérable par la chaleur : fi t>n l’expofe à l’adiori du feu dans un crenfet, il fe liquéfie allez vite, & cette liquéfaction efl une vraie fufion ignée ; car quoiqu’on le tienne "quelque tems dans cet état, il ne fe defsèche pas 8c peut rougir fans prendre la forme sèche. -Si on le laifTe refroidir après l’avoir fait fondre, il fe fige en une maire opaque que l’on nomme cri fiai minéral, 8c qui efl aulîi pefant, aufîîfufî- ’ble 8c aufli diflolubte que le nitre. Le crifial minéral des pharmacies diffère du nitre pur fondu, 'en ce quil contient un peu de tartre vitriolé i te’HiST. Nat. ,te* u» Chimiî. 8jr produit par la combufliôn du foufre qu’on ajoute à la dofe d’un gros par livre de nitre fuivant Ja pharmacopée de Paris. Si on laide le nitre fondu expofé à i’aâion du feu, il fe décompofe & il s’alkalife de lui-même. Cette opération faite dans une cornue rénfllt de même & indruit en même-terns fur la décompofition de l’acide nitreux. En effet au lieu d’obtenir cet acide pur, il pade une grande quantité d’un fluide aériforme qu’on peut recueillir au-deflus de l’eau, & qui eft de véritable air viral. L’ai- kali réfidu fait ordinairement fondre très-vite la cornue & on ne peut continuer l’opération jufqu'à la fin. Voilà donc l’acide nitreux entièrement changé en air vital & fans gaz nitreux fenfible. On ne fait point encore ce que devient la mophette atmofphérique dans cette décompofition. Si l’on ne ponde point le feu jufqu’à dé- compofer entièrement le nitre, l’alkali fixe relie chargé d’une certaine quantité de gaz nitreux ou d’acide nitreux phlogiltiqué fuivant Schéele ; on en dégage cet acide avec le vinaigre mais fi l’on chauffe plus fortement le nitre, l’aikali fixe refie pur & cauftique. On conçoit d’après la facilité avec laquelle la chaleur décompofe le nitre, que pour faire du enflai minéral par la Ample fufion il ne faut pas tenir ce fel trop long - tems au feu ; fans cette précaution cq F iii • ' E' t I » î NS • ‘ ’ * hiédicament contiendfKit de l’alkali fixe à nng dont l’eflet feroit beaucoup trop violent. Le nitre fe dccompofe avec d’autres phénomènes lorfqu’on l’expofe à l’adion du feu avec des corps combuflibles : appliqué fur un charbon ; il produit une flamme blanche, vive y accompagnée d’une efpcce de décrépitation ; c’éfl ce qu’on appelle déformation ou fufion du hitre, on dit alors que ce fel détonne ou fufe, & c’efl à ce caractère qu’on le reconnoît facilement. Stahl croyoit que ce phénomène étoit dit à la combinaifon rapide de l’acide nitreux avec !e phlogiflique j & M. Baume d’après cette théorie penfe qu’il fe forme dans cette expérience un foufre nitreux qui s’enflamme fur-le- champ. J’ai lu en 1780 à l’académie un mé- îfioîre dans lequel j’ai démontré que le nitre îi’efl pas combuflible par lui-même & ne forme pas de foufre nitreux dans fa détonnation, mais que ce phénomène n’efl dû qu’à ce que la matière combuflible, qu’il efl néceffaire d’ajouter au nitre pour le faire détonner, brûle plus ou moins rapidement, à l’aide de l’air vital qui fe dégage en grande quantité du nitre fortement chauffé. Cette théorie efl complètement prouvée, 1”. parce que le nitre ne fufe jamais feul; i • parce qu’après la détonnation du nitre à t’aide d une matière inflammable, cette dernière efl en* d’Hist. Nat. et de Chimie. n lièrement brûlée ; 3 0 . parce que plus la quantité de nitre efl grande relativement à celle du corps combuffible, plus la combufiion de ce corps efl complète; q°. enfin parce que la détonnation du nitre a lieu auiTi bien dans les vaifTeaux clos qu’à l’air libre, ce qui ne peut fe, faire qu’à l’aide de l’air vital fourni par ce fel. Cette affertion cft entièrement démontrée par ce qui fe pafle . dans l’opération des cliflus de nitre, qui ne font que des déformations de ce fel avec differentes matières combuflibles dans des vaiffeaux fermés. Nous ne citerons ici que celle qui fe fait avec le charbon. On adapte deux ou trois ballons enfilés à une corne de terre ou de fer, à laquelle on a pratiqué dans la partie fupérieurfc une ouverture que l’on peut boucher avec un couvercle. On fait chauffer ce vaiffeau & lorf- quefon fond eft rouge, on projette peu-à peu le mélange de nitre & de charbon par la tubulure que l’on ferme promptement. Pendant la détonnation les ballons font remplis de vapeurs dont une partie fe condenfe en une liqueur fade nullement acide & fouveirt alkaline ; le réfidu n’elt que de l’alkali fixe craieux : l’acide nitreux ell donc détruit entièrement. Il fe produit une grande quantité de gaz que j’ai recueilli en adaptant à la partie fupérieure des ballons qui étoient tubulés dans cette région , ou une veffie Fiv E L é M E N s ou des tubes dont les extrémités étoient reçues fous des cloches pleines d’eau. Ce gaz étoit eu grande partie de l’acide craieux, mêlé d’un peu de gaz inflammable & de gaz phlogiftiqué. Le réfidu de la déformation du nitre avec du •charbon faite dans un creufet porte le nom impropre de nitre fixé par les charbons ; c’eft de i’alkaii fixe végétal combiné avec l’acide craieux. O Le nitre bien pur ne s’altère en aucune manière à l’air. Il eft très-difïoluble puifque trois ou quatre parties d’eau froide dilFolvent une partie de nitre, & l’eau bouillante en ditTout le double de fon poids. Auffi criftallife-t-il très-bien par re- froidiftement ; ce fl fur ces deux propriétés qu’eft fondé l’art d’extraire le nitre des plâtras où il efl contenu. Les falpêtriers mettent les plâtras concaffés dans des tonneaux dont le fond percé d’un trou dans fon milieu eft couvert de cendres. Ils y font pafter de l’eau jufqu à ce qu’elle en foit très-chargée, obfer- vant de mettre l’eau pure fur des plâtras déjà lavés pour les épuifer tout-à-fait, & l’eau déjà falée fur des plâtras neufs pour la charger entièrement. Ils font enfuite évaporer leur Ieffive dans des chaudières de cuivre. Ils en retirent les premières pellicules qui ne font que du fel marin contenu dans les plâtras. Ils d’H r st. Nat. et de Chimie. 8# Comment ce fel grain , & ils font obligés par leurs réglemens de le rapporter aux rafineries. Lorfque l’eau eft aflez évaporée pour qu’elle fe fige par le refroidiffement, ils la mettent dans des baflinaux où le nitre fe crifialüfe : ce nitre efi très-impur & très-fale ; c’eft ce qu’on appelle le nitre de la première cuite. Quelques chimiftes ont cru que les cendres employées par les falpêtriers ne fervoient qu’à dégraifler le nitre,& cette opinion paroilToit fondée fur ce que ces matières ne contiennent prefque point d’alkali fixe, & fur-tout fur ce que les falpêtriers du Languedoc employent les cendres de tamarifc qui ne contiennent que du fel de Glau- ber. Mais ce fel ainfi que le tartre vitriolé ell tout auffi bon pour décompofer le nitre calcaire qui fe trouve en grande quantité dans les plâtras, par la voie des doubles affinités, ainfi que M. Lavcifier l’a obfervé pour les cendres leffivées employées par les falpêtriers de Paris: nous reviendrons fur ce fait avec plus de détail à l’article du nitre calcaire. Le nitre de la première cuite efl toujours fort impur; il contient outre le nitre cinq autres fortes de feis ; favoir, du fel marin, du nitre à baie de magnéfie, du nitre calcaire, du fel marin à bafe de magnéfie & du fel marin calcaire, qu’il s’agit de féparer pour avoir £o Et ïiüï!? S le nitre dans fon état de pureté. On parvient a le purifier en le faifant rediffoudre dans le moins d’eau pofiîble , en clarifiant cette liqueur bouillante à l’aide du fang de bœuf dont le eoagu- lum lymphatique formé par la chaleur entraîne toutes les impuretés en s’élevant du fond de la liqueur à fa furface ; on fait enfuite évaporer cette fécondé lellîve, & on en obtient par le refroidiffement un nitre qui eft beaucoup plus pur & qu’on nomme nitre de la fécondé cuite, II eft encore altéré par une certaine quantité de fel marin 8c d’eau mère. On le purifie une troi- fièirte fois par le même procédé ; & il devient beaucoup plus blanc & plus pur ; c’eft le nitre de la troifième cuite. Comme on le fai. crifiallifer très-promptement, il efi en greffes maffes a (fez corfufes; il le forme cependant dans le milieu des baffinaux une couche de criftaux allongés & réguliers qu’on appelle nitre en baguette. Ce dernier eft rejeté dans les arfenaux, parce qu’il eft moins propre à former de bonne poudre à canon, que le nitre en groffes maffes informes, à caufe de l’eau qu’il retient dans fa criffallifa- ticn, 8c qui nuit à la combuflion de la poudre. Les chimiftes & les pharmaciens purifient encore le nitre de la troi^éme cuite par de nouvelles diffolutions & criflal 'dations; de cette manière j ils font certains d’avoir un nitre très-pur, &qta N ^ Paient tait lç tjj. talent ers t du fond j ’fuue tr f obuetitpi beaucoup •. i fecoiidec: aine quant wnnt me: t; & il lieu [c'eüleie c fai: criM ffesnufes: : dans Je m» aurai longés > i baçwœ. ( bore K ia(Tes iufui" gtbt^ ter .decett^ 1 > i! c’HrsT. Nat. et r>E Chimie. 9* ne contient plus aucune matière étrangère, fur- tout les fels marins à bafe de fonde, de chaux Si de magnéfie, dont on ne peut prefque jamais enlever les dernières portions dans les rafîneries en grand (i). Le nitre paroît éprouver quelques altérations de la part des terres vitrifiables, puifqu’on en retire l’acide en le diflillant avec du fable. Cet acide palfe fans couleur, il répand quelques vapeurs ; le réfidu eft plus ou moins vitreux, fuivant la quantité de fable employé, & fui-» vaut le dcçré de chaleur qu’on a donné. II paroît que le fable décompofe le nitre par la tendance qu’il a à fe combiner avec l’alkali fixe, (i) Rien n’eft fi fingulier aux yeux des naturalifles & des chimifles , que la produâion de fix fortes de fols dans les plâtras , & fur-tout l’union confiante de chaque bafo alkaline à un acide particulier. L’alkali végétal fe trouve toujours joint à l’acide nitreux , & l’alkali minéral efi toujours combiné avec l’acide marin. Il femble qu’il y ait un rapport particulier entre ces différentes efpèces de fels primitifs , & qu’ils fo choi/îffent mutuellement ; car , pourquoi ne trouve-t-on pas de fol fébrifuge de Sylvius ou ‘ du nitre cubique? On pourroit obforver la même chofo pour les fels terreux : en effet, il y a bien plus de foï marin à bafe de magnéfie & de nitre calcaire , que de nitre à bafo de magnéfie ou de fol marin calcaire ; cela indique que la magnéfie a une affinité particulière avec l’acide marin , & que la chaux en a de même une aveq l’acide nitreux, $2 E L ï M S S J puifqu’en diflillant le nitre fans intermède, oft n’obtient point d’acide nitreux , & l’on n’a que de l’air pur. Je crois que cela vient de ce que dans la diftillation du nitre fans intermède, l’ai, kali réagit fur l’acide & contribue à fa décotn- pofition ; tandis que lorfqu’on chauffe du nitre mêlé avec du fable , ce dernier tendant à s’unir à l’alkaü pour former du verre, l’empêche de réagir fur l’acide qui pafTe alors fans altération. Les terres argileules décompofent auffi le nitre. On le fert communément d’une argile plus ou moins colorée. M. Baume croit que c’efl à l’acide vitrio'.ique contenu dans l’argile qu’ell due cette décompofition. C’elt une pareille terre que lesdidiîlateurs d’eau-forte emploient. Ilsin- troduifent deux livres de nitre de la fécondé cuite avec fix livres d’argile colorée de Gentil iy dans des cornues de terre d’une forme particulière qu’on nomme des cuines, & qui font placées les unes à côté des autres fur des fourneaux allongés connus fous le noms de ga- lères ; leur col efl reçu dans une bouteille de même forme qui fert de récipient. Ils retirent par ce moyen d’abord une liqueur tranfparente peu acide qu’ils nomment flegme de l’eau-forte, enfuite de l’acide de plus en plus concentré. Le réfidu efl une fubflance terreufe rouge & très-dure, qui fert à faire une efpcce de moc* H «H Ni 1 tendar,tii\ ' ^CIÎlEtÇÿ ‘baltes, ew ïilîlei c argilepli. quec’elli!: rgiie qii’eü: r pafeiile ? jiplomJ de hfectt jjjrée de G; * tfsue Ion crnneî, & Ç mares fa; lit iXMi^ boutai' kfiuïs^ ixe&P 1 * ^fera-toP d'Hist. Nat. et de t himie. 9% tfer. Cette expérience n’eft rien moins que propre à prouver que l’argile décompofe le nitre. 1°. Les diftillateurs n’emploient qu’un nitre fort impur, & qui contient beaucoup de nitre à bafe terreufe. 2 0 . Ils fe fervent d’une argile très-compofée & fouvent remplie d’une grande quantité de pyrites dont l’acide vitriolique peut décompofer le nitre. Pour compter fur cette décompofition, il faut la faire avec de l’argile blanche & mieux encore avec la bafe de l’alun. Cette terre n’ayant pas autant de tendance pour s’unir à l’alkali que le fable, & ne formant pas de verre avec ce fel, ne paroît pas pouvoir décompofer auffi complètement le nitre que le fable. Cependant M. Baume dit avoir obtenu l’acide du nitre par la porcelaine & l’argile cuite en grès, qui ne contiennent point d’acide vitriolique. ') 3! • La terre pefante décompofe le nitre 8 c eu fé- pare l’alkali. Bergman dans fa table -d’affinités, place cette fubflance la-lino-terxeufe avant les alkalis& immédiatement après l’acide nitreux. . La magnélie, la chaux 8 c les alkalis n’ont aucune aâion fur le nitre. ? ... Les acides en ont une très-marquée fur ce fel, fur-toirt l’acide vitriolique qui a réellement plus ■d’affinité avec les alkalis que n’en a l’acide ni- fr-eux. Si on verfe de l’huile d e vitriol fur du nitre I $4 Ë r ï jî EîîS bien Tec, il fe produit une effiervefcence cona fidérable, & l’on voit s’élever des vapeurs rouges qui ne font que de l’efprit de nitre. En faifant cette opération dans une cornue à laquelle elt ajufié un récipient, on recueille l’efprit de nitre dans le ballon : cette opération efl connue dans les laboratoires fous le nom de diffilla- tion de l’efprit de nitre à la manière de Glauber, parce que c’ell ce chimifle qui le premier l’a décrite affez clairement. Dans ce procédé^on étoit obligé de biffer au ballon un petit trou ouvert pour donner ilTue aux vapeurs d’acide nitreux; on avoit remarqué que ces vapeurs étoient très-difficiles à condenfer, & qu’elles occafionnoient deux accidens : le premier étoit la perte d’une quantité notable du plus fort efprit de nitre qui fe diffipoit par la tubulure du vaif* feau; le fécond confifloit dans le danger que couroit l’artifle expofé à ces vapeurs très-âcres & très - corrofives ; c’étoit donc un procédé très - défedueux. M. Woulfe favant chimifle anglois a trouvé le moyen de remédier à ces inconvéniens : au lieu d’employer un récipient percé d’un petit trou, il fe fert d’un ballon à deux pointes ; il place dans l’extrémité de ce vaifleau oppofée à la cornue, un tube dont un bout qui fait angle droit avec l’autre plonge dans une bouteille ; cettç bouteille a deux tubulures ' e V Ca ‘ n ^tsto: •f 4c Glu ■ le praé; ce procri' n un pcÉj vapetn i pe cerna ier,& qna : premier s plus fonefp bakire du vz lefaprç ans très-w t m pcocc [avant o®* ren*li«i { et un K 0 /* [à’aiJ*" _Jrt!£8 Êt^MENS un quart de fon poids de nitre. On doit encore obferver qu’il elt nécedaire d’employer du nitre bien pur pour avoir de l’acide nitreux fur les effets duquel on puiffe compter. Celui qu’on retire du nitre de la fécondé cuite contient de l’acide marin , & agit dans les diffo- lutious à la manière de l’eau régale. On peut purifier cet acide & lui enlever l’acide marin qu’il contient par une difiillation bien ménagée, comme l’ont démontré MM. de Laffone & Cornette. ( Acad . Jj8i, pag. û5j à 65o. ) Le fel fédatif décompofe le nitre à l’aide de la chaleur, & en dégage un acide nitreuxaffez concentré ; il paroît que c’eff: en raifon de fa fixité qu’il opère cette décompofition , comme le penfent MM. les académiciens de Dijon; cependant il faut auffi l’attribuer en partie à l’affinité qu’il y a .entre le fel fédatif & i’alkali fixe végétal bafe du nitre. Le nitre eft d’un très-grand ufage dans les arts. Il efl le principal & le plus utile des in- grédiens de la poudre à canon, dont nous parlerons à l’article du foufre. Brûlé avec différentes dofes de tartre, il forme des matières fondantes nommées flux, qu’on emploie en Docima- fie, pour fondre 8c réduire les fubflances métalliques, &c. &c. On s’en fert fréquemment en médecine* ti’HrsT. Nat. et de Chimie. Comme d’un médicament calmant, rafraîchir*, fant, diurétique, anti-feptique, &c. On l’admi- niftre dans une boiffon quelconque à la dofe de dix à douze grains, jufqu’à celle d’un demi- gros & plus. Les médecins en obtiennent tous les jours de très-bons effets. Sorte IV. Nitre rhomboïdai. On appelle nitre cubique , quadrangulaire, rhomboïdai, ou nitre de foude , le fel neutre parfait, réfultant de la combinaifon faturée de l’acide nitreux & de l’alkali fixe minéral. Ce fel efl ordinairement en affez gros crif- laux rhomboïdaux très - réguliers ; le nom de nitre rhomboïdai lui convient mieux que celui de nitre cubique. Sa faveur eft fraîche & un peu plus amère que celle du nitre ordinaire. Le feu le décompofe comme le nitre ordinaire ; mais il décrépite & fe fond moins facilement que ce dernier. Au refte il donne de l’air vital & s’alkalife comme lui. Il eft un peu plus altérable à l’air que ce dernier, & il en attire légèrement l’humidité. Il fe diffout affez bien dans l’eau froide & même plus abondamment que le nitre ordinaire, puifque deux parties d’eau à la température ordinaire de io degrés, en diffolvent une partie; l'eau G ij , T loo Ë L ë M Ë N S bouillante n’en diffout prefque' pas davantage» auffi pour l’avoir ciiflallïfé régulièrement, on e(l obligé d’évaporer lentement fa diffolution. En expofant une lefïive bien claire de ce fel dans un endroit fec , on y trouve au bout de quelques mois des criflaux rhomboïdaux de fix à huit lignes, & quelquefois de près d’un pouce d’étendue. Ce procédé eft en général celui qui réuf- ïit le mieux pour faire crillallifer les fels qui ne font pas plus folubles dans l’eau chaude que dans l’eau froide. Le nitre rhomboïdal détonne furies charbons, & fait brûler tous les corps combuffibles avec lefquels on le chauffe, un peu moins rapidement que le nitre ordinaire. La terre filiceufe en dégage l’acide nitreux Sc forme du verre avec fa bafe ; l’argile en fépare aufli l’acide Si le réfidu de cette décom- pofition efl une efpèce de fritte un peu bour- foufïïée & opaque lorfqu’on a donné un bon coup de feu. La terre pefante le décompofe Si met à nud l’alkali minéral. La magnéfie Si la chaux ne l’allèrent pas fenfiblement. L’alkali fixe végétal a plus d’affinité que fa baie avec l’acide nitreux avec lequel elle forme du nitre ordinaire ; on peut fe convaincre de tette décompofition par une expérience très- D’H r s T. Nat. et de Chtmie. toi facile. Si l’on partage une diflblution de nitre rhomboïdal chaude en deux portions, & fi l’on jette dans une d’elles de l’alkali fixe végétal cauf- tique, celle-ci dépofera pendant fon refroidif- fement. des criflaux prifmatiques de nitre ; tandis que la portion dans laquelle on n’aura point mis d’alkali fixe végétal ne crifiallifera point;, parce que les criflaux de nitre rhomboïdal ne fe forment que par l’évaporation lente. L’acide vitriolique concentré verfé fur le nitre de fonde , en dégage l’acide nitreux avec effer- vefcence. Qn peut difliller ce mélange, & obtenir de l’efprit de nitre , comme avec le nitre ordinaire. Les autres acides minéraux n’ont pas plus d’adion fur ce fel que fur le précédent* Les fels. neutres déjà examinés , le tartre vitriolé, le fel de Glauber 8c le nitre n’altèrent ert aucune manière le nitre cubique ; fif ces fels font diflbus dans la même eau, ils criflallifent féparement , & chacun dans leur ordre ordinaire ; le nitre 8c le fel de Glauber par refroidiffement, le tartre vitriolé 8c le nitre de foude par l’évaporation. Toutes ces propriétés démontrent que le nitre rhomboïdal ne diffère » du nitre ordinaire que par fa forme, fa faveur, fa légère déüquefcence, fa folubilité plus grande, fa propriété de crjftallifer par l’évaporation, 8c fur-tout fa décompofition par l’alkafifixe végétal cauflique* G iij Yob ’Vi'iiiE ns On n’a point encore trouvé lé nitre rhonî- boïdal dans la nature; il elt toujours un produit de l’art qui le forme de cinq manières 'differentes ; r°. en unifiant diredement l’acide "nitreux avec l’alkali minéral caullique ; 2 °. en décômpofant par ce même alkali les nitres ter- ïeux, le nitre ammoniacal, & les nitres métalliques ; 3 0 . en décompofant le fel marin par l’interrii'ède de l’acide nitreux; 4 0 . en décom- 'pofant lé fel de Glauber par l’efprit de nitre filmant ; p°. enfin, en décompofant les diffo- îiitions métalliques nitreufes qui en font fufcep- tibles par le fel marin : dans ce dernier cas , à mefure que l’acide marin s’unit au métal qu’il ‘fépare de l’acide nitreux , ce dernier fe combine avec l’alkali marin qui quitte fon premier acide. Toutes ces décompofitions feront détaillées en particulier à l’article de chacun des fels qui en font fufceptibles. Le nitre' rhomboïdal pourrait fervir aux mêmes ufages que le nitre ordinaire ; mais comme il 11e produit pas tous les effets de ce dernier fel, fans doute à caufe de la plus grande affinité qu’il a avec l’eau, on ne l’emploie pas dans les arts ; d’ailleurs comme on ne le trouve point dans la nature, & comme il n’eft qu’un produit de l’art, on n’a pas eflayé d’en faire un ufage particulier ; on n’a même pas encore fait tei W 5 "" ÇIO- . ^ticra •nt l’acide e ;2”« Mes ter. «métal, matin pat en décoro- il de nitre ' les diflb- mtfufcep- ràtcas.i métal qui etfe » bu premier ont détail" un des fels ^auï®' ijiscoi®* ce demie: l'on f faite * d’Hist. Nat. et de Chimîe. tof fur ce fel toutes les recherches néceffàires pottt en bien connoître les propriétés. Sorte V. Se i fébrifuge de Syivius, Le fel fébrifuge de Syivius efl formé par l’union de l’acide marin avec l’alkali fixe végétal, fl a été mal à propos nommé fel marin régénéré, puifqu’il diffère de ce fel par la nature de fa bafe. Ses criftuux font des cubes, mais qui ont prefque toujours un afpeét confus & une forme peu régulière. Sa faveur eft falée, piquante, amère & défagréable : lorfqu’on l’expofe au feu, il. décrépite , c’eft-à-dire, que fes criflaux fe btifent & s’éclatent en petits morceaux, ce qui vient de la raréfaction fubite de l’eau qui entre dans leur compofition : fi on le laiiîe fur le feu après qu’il a décrépité , & que la chaleur foit affez forte, il fe fond & fe volatiîife, mais fans fe décompofer ; il peut fervir de fondant aux terres & aux fubflances métalliques. Sa principale utilité dans ces cas, c’efl qu’en recouvrant les matières, il fixe l’action des autres fondans, les empêche de fe volatilifer, 8c prévient les altérations que l’accès de l’air pour- roit produire. Le fel fébrifuge efl peu altérable à l’air, il n’en attire que très-légèrement l’humidité. Il lui faut environ trois parties d’eau froide G iv Ï04 E t é M E N £ pour être tenu en diiïolution ; l’eau chaude n’etf diffout pas davantage; c’efl pour cela qu’on eft forcé d’avoir recours à l’évaporation lente pour l’obtenir criflallifé. C’ell un des Tels qu’il eft le plus difficile d’avoir en criflaux réguliers d’un certain volume. L’argile paroît le décompofer en partie, puif- qu’en diffillant du fel fébrifuge avec les glaifes des environs de Paris, on obtient de l’acide marin ; à la vérité, cette opération n’en fournit qu’une petite quantité, & fon réfultat efl bien éloigné de celui que donne le nitre. Il paroît auffî que le fable a la même aétion que l’argile fur le fel de Sylvius. La terre pefante s’empare de fon acide & en fépare l’alkali fixe fuivant Bergman. La magné- fie & la chaux ne l’altèrent en aucune manière; Les acides vitriolique & nitreux en dégagent l’acide marin avec efïervefcence (i) : ce phé- (i) Nous avons déjà fait obterver , en parlant de la décompofîtion du nitre par l’huile de vitriol, que l’acide nitreux fe dégageoit avec une vive effervelcence. Nous retrouvons ici le même phénomène pour l’acide marin : il efl même beaucoup plus marqué dans le lèl fébrifuge , parce que fon acide a une très-grande tendance pour fe mettre dans l’état de gaz. Telle eft la cau(e générale fles effèrvefcences dont la nature & les différences n’ont etc bien connues que depuis très-peu de tems. On croyoifc d’Hist. Nat. et de Chimie. ïoj nomène eft d’autant plus marqué, que le fel fébrifuge eft plus fec, Celui que l’on a fait dé* crépiter & qui a perdu fon eau de criftallifa- tion produit une effervefcence très - confidé- rable avec l’huile de vitriol, & le mélange s’échauffe beaucoup. En faifant ces décompo- fitions dans des cornues, on obtient de l’efprit de fel dans le récipient, & la cornue contient du tartre vitriolé lorfqu’on opère avec l’acide vitriolique : le récipient contient au contraire de l’eau régale, & le réfidu donne du nitre, fi l’on emploie l’acide nitreux. L’acide du borax ou le fel fédatif décompofe auiîi le fel fébrifuge par le moyen de la diftillation, & en dégage l’acide marin. Comme toutes ces opérations fe pratiquent avec le fel marin, nous les décrirons plus en détail à l’article de ce dernier. L’acide craieux 8c l’acide fpathique n’ont aucune aâion fur le fel fébrifuge. autrefois que c’étoit au dégagement de l'air qu’elles étoient dues; on eft convaincu aujourd’hui que ce n’efl pas l’air, mais tous les corps qui peuvent affecter l’aggrégation aériforme qui les produifènt; ainft , nous avons fait voir que l’ébullition de l’eau pouvoit être regardée comme une forte d’effervefcence. Comme cette vérité a befoin d’être fouvent répétée jufqu’à ce qu’elle foit bien connue & bien entendue de tout le monde, nous reviendrons plu-* lîeurs fois fur cet objet, en traitant les différens fêls neutres, fufceptibles d’être décompofés par les acides. to6 EtI KïN « Le tartre vitriolé, le nitre ordinaire & le nitre rhomboïdal n’en ont pas davantage fur ce fel; lorfqu’ils font dillous dans la même eau, chacun d’eux criflallife féparément .& à fa manière. Le fel de Sylvius fe rencontre fréquemment dans la nature, mais toujours en allez petite quantité. On le trouve dans les eaux de la mer & îles fontaines falées ; il exille , quoique rarement, dans les lieux où l’on rencontre le nitre; on le retrouve encore dans les cendres des végétaux, & dans quelques humeurs animales. L’art peut aullï le produire, i°. en combinant directement l’acide marin avec l’alkali végétal; 2 °. en décompofant les Tels marins terreux, ammoniacaux ou métalliques par le même alkali; 3 0 . en décompofant le tartre vitriolé ou le nitre, par le moyen de l’acide marin, comme l’a démontré M. Cornette. On employoit autrefois ce fel neutre comme 'un excellent fébrifuge ; mais il ne pofsède cette propriété que Sylvius lui a attribuée , qu’en fa qualité de fel amer. On lui préfère aujourd’hui le tartre vitriolé 8c le fel de Glauber. Le fel fébrifuge n’eft pas d’ufage dans les arts; Ton goût défagrcable empêche qu’on ne s’en ferve pour affaifonnement comme du fel marin; il a d’ailleurs toutes les propriétés chimiques de ce dernier fel, dont il ne diffère que par d’Hist. Nat. et de Chimie. 107 fa faveur amère, fa diflblubilité moins grande, fon inaltérabilité à l’air & fa crillallifation moins régulière ; c’eft pourquoi nous n’infifterons pas davantage fur fon hiltoire. Sorte VI. Sel marik. Le fel marin ou fel de cuifine , fal culinare , efl un fel neutre parfait, formé par la com- binaifon de l’acide marin avec l’alkali fixe minéral. Ce fel efl répandu en quantité confidérable dans la nature ; c’eft le plus abondant de tous. On le trouve en malles immenfes dans l’intérieur de la terre, en Calabre, en Hongrie , en Mofcovie & fur-tout à Wieliczka, en Pologne, près le mont Crapacks. Les mines de ce dernier endroit font d’une grandeur très- confidérable, & le fel marin y eft en quantité prodigieufe. Ce fel, contenu dans la terre, eft ordinairement irrégulier, rarement criftallifé : il eü plus ou moins blanc ; on en trouve de coloré; dans cet état on l’appelle fel gemme, parce qu’il a fouvent la tranfparence des criftaux connus fous ce nom. Les eaux de la mer en font chargées, ainfi que celles de certains lacs & de quelques fontaines. C’eft de ces eaux qu’on le retire par quatre procédés généraux. Le premier eft l’évaporation fpontanée par la ÏOS E L É M~E N S chaleur du foleil ; ce moyen efl mis en ufage dans nos provinces' méridionales , en Languedoc, à Peyrac, Pecais, &c. On creufe fur le bord de la mer des efpèces de foftes qu’on enduit d’argile bien battue ; on y pratique des petits murs qui les partagent en plufieurs com- partimens & qui communiquent les uns avec les autres. La marée montante dépofe de l’eau dans ces marais falans, & elle eft retenue par les efpèces de cloifons; on n’y en laide qu’une couche allez mince que la chaleur du foleil évapore très-bien. Quand il s’y eft formé une pellicule faline, on la cafte & elle fe précipite ; on la brife ainfi jufqu’à ce qu’il n’y ait plus d’eau. 'Alors on ramafte le fel avec des râteaux & on le met en tas pour le faire fécher. Ce fel eft mêlé avec tous ceux qui font diftous dans les eaux de la mer, tels que le fel de Glauber, le fel d’Epfom, les fels marins à bafe de ma- guéfie & de chaux. Il eft auffi fali par une portion de la glaife qui forme le fond des marais falans ; enfin on y trouve du fer & du mercure en très-petits globules; ce dernier s’y démontre facilement en laiftant féjourner une mafle d’or dans le fel; elle y eft blanchie très-mani- feflement. Ce fel fort impur eft connu fous le. nom de fel de gabelle. Dans les provinces feptentrionales de la. b’Hist. Nat. et de Chimie. Ï 6 $ France, en Normandie & en Bretagne, on fe fert de l’évaporation artificielle à l’aide du feu. Dans l’Avranchin on prend les fables mouvans fur lefquels l’eau de la mer a dépolé des crif- taux falins, on les lave avec la moins grande quantité poflible d’eau de mer, afin que le fel n’en ait que ce qu’il lui en faut pour être diiTous; on porte cette eau falée dans des chaudières de plomb dans Iefquelles on l’évapore jufqu’à ficcité. Ce fel efl très-blanc & plus pur que celui des marais falans. M. Guettard a décrit avec foin ce travail dans les Mémoires de l’académie pour l’année I7y8. La Lorraine & la Franche-Comté ont beau» coup de fontaines falées. L’eau de ces fon- nes efl chargée de differentes quantités de fel marin. A Montmorot, dans la dernière de ces provinces, pour obtenir ce fel on réunit l’évaporation fpontanée à l’évaporation par le feu. Pour cet effet, l’eau des puits eff portée, par des pompes à chapelet , dans un grand badin. Ce dernier eff placé au haut d’un hangard nommé bâtiment de graduation. Sous cet hangard font fufpendues, par étages, des planches fur lefquelles font placés de petits fagots d’épines. L’eau tombe fur ces fagots par des robinets ; elle fe divlfe en pluie fine ; & comme elle pré» lente Beaucoup de furface à l’air qui circule Uio -Eiïkîkj avec rapidité fous ces hangards, il s’en évapore prefque les deux tiers ; elle dépofe de la félé- nite fur les fagots ; & lorfqu’elle eft aflez chargée de fel pour donner treize à quatorze degrés au pefe - liqueur, elle eft portée dans de grandes chaudières de fer, foutenues par des crochets de même métal, qui partent de leur fond & repofent fur des pièces de bois portées par les bords de ces vaifîeaux. Ces chaudières, appelées poêles, font très-larges & peu profondes. Elles contiennent cent muids d’eau falée.' On les chauffe brufquement • lorfque l’eau bout à gros bouillons, elle fe trouble d’abord, & dépofe à fa furface une terre ochreufe en forme d’écume. Il s’en fépare enfuite un fel peu foluble qui n’eft que de la félénite, les ouvriers la nomment fchlot ; le fchlot eft mêlé d’un peu de fel marin, de fel de Glauber & de fel marin terreux; il eft reçu dans de petites auges de tôle, placées fur les bords des chaudières dans lefquelles il eft porté par les flots de la liqueur qui bout ; on enlève les augelots de tems en tems, & on les remet jufqu’à ce qu’il fe forme à la furface de la liqueur une grande quantité de petits criftaux cubiques que les ouvriers appellent pieds de mouches. A cette époque on retire les augelots pour la dernière fois. On diminue le feu & on enlève le fel marin avec d’Hist. Nat. et ds Chimie, ni clés écumoirs, à mefure qu’il s’en eft criftallifé une allez grande quantité ; on continue de l’enlever ainfi & d’évaporer jufqu’à ce que l’eau ne donne plus de criftaux cubiques. Le fel que l’on obtient eût en criftaux plus ou moins gros , fui- vant la rapidité ou la lenteur de l’évaporation; l’eau qui n’en fournit plus eft appelée muire ou eau mère, elle contient des fels marins à bafe terreufe (i). Wallerius rapporte un quatrième procédé pour retirer le fel des eaux de la mer, mis en ufage dans les pays du Nord. On expofe cette eau dans des folles fur le bord de la mer; comme elle n’y forme qu’une petite couche, le froid la pénètre, & elle fe gèle; mais la portion d’eau furabondante à la diftolution faline , étant la feule fufceptible de fe geler, celle qui refte fluide retient tout le fel qui étoit contenu dans la quantité primitive, & elle fe trouve concentrée au point de laiflër crillallifer le fel marin à la moindre chaleur; on la porte dans des chauvi) On prépare à Montmorot un fel neutre, connu fous le nom de fel d’Epfom de Lorraine; mais ce n’efî que du fel de Glauber dont on a trouble la criflallifation. On le diftingue du vrai fel d’Epfom, en ce qu’il s’effleuris à l'air , tandis que le premier, tel qu’il vient d’Angleterre a ÿû déliquefcent. >112 Ê L ë M E N S dicres de plomb, dans lefquelles on l’évapore} Les criftaux de ici marin font des cubes très- réguliers & d’autant plus-gros, que l’évaporation a été plus lente ; ils fè groupent enfemble par leurs bords , de manière à former des espèces d’efcaliers ou.de trémies creufes. Rouelle a obfervé & décrit ce phénomène avec beaucoup de foin dans fes Mémoires fur la criftal- lifation. Bergman en a donné une éthiologie fort ingénieufe. La faveur du fel marin eil falée & agréable^ Lorfqu’on l’expofe à Paclion d’un feu bruf- que , il pétille & faute en éclats. On appelle ce phénomène décrépitation ; il eil dû , ainfi que nous l’avons déjà fait obferver fur le tartre vitriolé & fur le fel fébrifuge, à ce que l’eau qui entre dans les criilaux falins fe raréfiant habilement , brife & écarte avec effort toutes les petites lames dont ils font compofés. Lorfque toute l’eau eft airtfi évaporée, la décrépitation ceffe 8c le fel eft en pouffière. Si on continue à le chauffer fortement, il fe fond après avoir rougi : en le coulant fur une plaque de marbre, il fe fige en une efpèce de criftal minéral. Mais il n’eft altéré en aucune manière, car on peut lui rendre fa première forme en le diflfolvant dans l’eau. Le feu ne le décompofe donc pas : en le tenant fondu quelque tems, il finit par fe yolatilifer 3/tojî, [ enTembi «des e [. *• Rouelle Tec beau*- la crülaV tûâoloje i agréable,. feu bref- In appelle i.iiiihip îtanrefr e Teau qui Àirt lubi- toures les . loriqut etépfflnon jn corinue jprèi [j Vfjî sf' e frf* fc’HrsT. Nat. et de Chimie, u$ volatilifer fans altération, mais il faut pour cela un feu de la dernière violence. Le fel marin n’éprouve pas d’altération fen- fible à l’air, lorfqu’il eft bien pur ; il fe def* sèche plutôt qu’il ne s’humeéte, & il n’en attire l’humidité que lorfqu’il contient des fels marins à bafes terreufes, comme celui de gabelle. Il eh très diholuble dans l’eau ; il ne lui faut que trois parties de ce fluide pour être tenu en diiïolution. Trois onces & demie d’eau dif- folvent très-complètement une once de ce fel : il n’eft pas plus diiïoluble dans l’eau bouillante que dans l’eau froide. La diiïolution fe fait feulement un peu plus vite par la chaleur. On obtient les criftaux de ce fel par une évaporation très- lente. Il le forme d’abord fur la liqueur des pieds de mouches qui fe joignent 8c donnent naiiïance à une pellicule plus ou moins épaifte ; quelquefois, au lieu de cubes, on obferve des efpcces de pyramides quarrées & creufes, fem- blables à des trémies. M. Rouelle, qui a ob- fervé avec grand foin tous les phénomènes de cette criftallifation , a vu que ces trémies pre- noient naiiïance de la manière fuivante. Lorfqu’il y a un cube de formé, ce petit folide s’enfonce un peu dans l’eau ; il en naît enfuite un fécond qui eft attiré par le premier, & qui s’attache à lui par un de fes côtés; le même \Tome 17, H fil| ’ Ë L Ê M E N S phénomène a lieu pour les trois autres côtés dit cube. Il e/l aifé de concevoir que cet accroiiïe- ment fucceffif produira des pyramides creufes, dont la pointe fera en bas & la bafe en haut. Lorfqu’elles font trop grolfes, elles fe précipitent au fond de la liqueur. L’eau dans laquelle ou a diffous ce fel, & qu’on a fait évaporer juf- qu’à ce qu’elle n’en fournilTe plus, ne contient aucune matière faline, fi le fel employé étoit bien pur : celle de la mer & des falines contient toujours quelques feîs à bafe terreufe. On peut en précipiter la terre à l’aide de l’alkali fixe minéral, comme nous le dirons à l’article des fels neutres terreux. Tel e/l le moyen qu’on emploie pour obtenir du fel marin très-pur. Le fel marin paroît faciliter la fufion des verres; il occupe toujours la partie fupérieure des pots dans lefquels on fond cette matière, & conftitue en grande partie le fiel de verre. On s’en fert pour vitrifier la furface de certaines poteries, & pour leur donner ainfi une efpèce de couverte aux dépens de leur portion extérieure, qui fe fond à l’aide de la grande chaleur communiquée par le fel marin ; on y parvient aifément en jettant dans les fours où on la cuit, une certaine quantité de ce fel. Il fe volatilife & fe répand fur la furface des poteries , dont il occafionne la fufion par fon ex- p’Hist. AT. Et r»E'C himie. ïi|î trême chaleur. C’efl ainfi qu’on enduit la poterie d’Angleterre. La terre vitriliable ne l’altère en aucune ma* mère, quoiqu'il paroiffe én favorifer la fulion. L’argile pure a beaucoup moins d’aâion fur Je fel marin que fur le nitre : elle ne dorme» en la diffiliant avec ce fel, qu’un acide foible "8c phlegmatique en affez petite quantité. Les diffillateurs d’eau-forte retirent, il eft vrai-, l’ef- prit de fel de cette manière ; mais ils emploient du fel de gabelle, qui contient beaucoup de fel marin à bafe terreufe, & ils fe fervent d’une iargile très-colorée & très-impure. La terre pefante décoinpofe le fel marin comme tous les autres fels alkalins, d’après les expériences de M. Bergman. La chaux & la magnéfie n’altèrent en aucune manière le fel marin. Peut-être ces deux fub finances falino terreùfes combinées avec l’acide craiôux peuvent-elles féparer les principes dit fel marin par une double affinité. L’aikaü fixe végétal cauftiqUe décoinpofe le fel marin , parce qu’il a plus d’affinité avec fon acide , que n’en a l’alkali minéral. Une diffolu- tion deb r el marin, mêlée avec de l’alkali du tartre cauftique, donne du fel fébrifuge par l’évaporation 5 & l’eau mère contient l’alkali minéral pur 8c ifolé. |'ïi$ Elï#!»! Les acides ont une adion très-marquée fur le fel marin. Si l’on verfe de l’huile de vitriol fur ce fel, il fe produit un mouvement très- confidérable, une chaleur très-vive ; on obferve une eflervefcence violente (i), caillée par l’acb de marin qui fe dégage fous la forme de gaz ; on reconnoît la nature de cet acide aériforme dégagé par la vapeur blanche qu’il forme avec l’eau de l’atmofphère, & par fon odeur piquante analogue à celle du fafran, lorfque cette vapeur elt fort étendue. Si l’on fait cette opération avec l’appareil pneumato-chimique au mercure , on obtient beaucoup de gaz acide marin, dauber eft le premier qui ait obfervé & décrit avec foin cette décompofition du fel marin par l’acide vitriolique, pour retirer l’acide de ce fel; c’elt pour cela qu’on donne à cet acide le nom d’efprit de fel marin à la manière de Glauber. En examinant le réfidu de cette opération, il a découvert fon fel admirable. (i) L’efTervefcence eft aufli manifefte dans cette opé-J ration , que dans l’union du même acide avec la chaux & les alkalis faturés d’acides craieux. Elle a donc lieu toutes les fois qu’un corps, féparé d’une combination, fè volatilité fous la forme de gaz ; elle peut donc être occasionnée par l’acide craieux, l’acide marin , l’acide nitreux, l’acide fulfureux, l’acide fpathique, l’alkali volatil, &c. Elle ne doit pas être attribuée au dégagement de l’air. d’Hist. Nat. et de Chimie. 11J Prefque tous les auteurs prefcrivent, pouf diftiller l’efprit de fel, de mettre du fel marin décrépité dans une cornue de grès tubulée, de verfer par la tubulure la moitié de fon poids d’huile de vitriol; il fe dégage fur-le-champ beaucoup de vapeurs d’efprit de fel, qui paf- fent par le bec de la cornue, & vont fe raf- fembler dans deux ballons enfilés; le dernier de ces vaiffeaux ell percé d’un petit trou, afin de laifier échapper les vapeurs & de prévenir la rupture de l’appareil. Il en eft de cette opération comme de la diflillation de l’efprit de nitre ; on perd une grande quantité de l’acide le plus pur, qui fe diflipe fous la forme de gaz marin par le trou du ballon, & on eft fort incommodé par les' vapeurs très-corrofives de cet acide, qui remplilTent le laboratoire où fe fait la diflillation. M. Baumé, pour éviter une partie de ces incônvéniens , ajoute de l’eau dans la cornue. Cette eauvolatilifée dans le ballon , abforbe une partie du gaz marin ; mais comme elle eft beaucoup moins volatile que lui, il fe perd toujours une grande quantité de cet acide. M. Woulfe a corrigé tous ces défauts, & a trouvé le- moyen de fe procurer l’efprit de fel le plus fort & le plus concentré poftîble, en faifant l’inverfe du procédé de M. Baumé. Au lieu de faire volatilifer l’eau pour aller après H iij UîS- Eté MENS les vapeurs d’acide marin, il préfente ce liquide à la rencontre du gaz, & il emploie pour cela l’appareil que nous avons décrit à l’article du »i'tre, t. On-mct huit onces d’eau diflillée dans les bouteilles collatérales , pour un mélange de deux livres de fei marin & d’une livre d’huile de vitriol. Le gaz acide, conduit par des tubes dans l’eau des bouteilles, s’y dilTout. Cette eau s’échauffe prefque jufqu’à l’ébullition en fe com- binant avec le gaz marin, & elle en abforbe tan poids égal au lien. Lorfqu’elle en ell chargée à ce point, elle n’en diffout plus, & elle fe refroidit ; mais le gaz pallant dans les fecon- cleî bouteilles collatérales , s’y unit de nouveau % l’eau qu’il échauffe & qu’il fature. Ce procédé, très-ingénieux & bien d’accord avec' les propriétés connues du gaz acide marin , a plufieurs avantages : i°. il évite les in- 'Convéhiens du gaz marin répandu dans l’air j : 2°. il empêche qu’on n’en perde la plus grande quantité, comme cela arrivait même dans le procédé de M. Baume ; 3 0 . il procure l’efprit de fel le plus fort, le plus concentré, le plus fumant qu’il foit pofïible d’avoir ; 4 0 . cet efprit •acide eft en rnême-tems très-pur, puifqu’il n’eft formé que du gaz marin diffcus dans l’eau. Aulïî '•çli-.ll très-blanc, tandis que celui qu’on a voit e’Hist. Nat. et de Chimie, np autrefois dans les laboratoires, étoit toujours d’une couleur citrine ; ce qui a même induit les chimiftes en erreur , puifqu’ils ont donné cette couleur comme un caraâère de cet acide. La portion d’efprit de fel qui, dans ce procédé, fe condenfe dans les allonges , eft jaune & falie par les matières étrangères entraînées par l’eau contenue dans le mélange , ainfi que cela arrive dans l’ancien procédé ; y 0 . la méthode nouvelle avertit l’artifle du degré de feu néceffaire, & de la manière de conduire fon opération , par le pafTage plus ou moins rapide de l’acide marin gazeux à travers l’eau des bouteilles; 6 °. enfin , ce qu’il y a de plus précieux, elle fournit un moyen de connoître exaâement la quantité d’acide contenu dans le fel marin, puifqu’on 11’en perd aucune portion. L’acide nitreux décompofe aulïi le fel malin ; mais comme il eft volatil, il monte & s’unit à l’acide de ce fel; il réfulte de cette union l’acide mixte connu fous le nom d’eau régale. Baron a découvert que le fel fédatif dégage l’acide du fel marin à l’aide de la chaleur. Le réfîdu de cette diftillation eft du véritable borax très-pur. L’acide craieux & l’acide fpathique n’ont point . d’aâion marquée fur le fel marin. Les fels neutres que nous avons fait connoîtr» fl iv il 20 ÊIÏBESJ jufqu’ici n’en ont pas davantage fur ce feî. Lorsque le tartre vitriolé, le fel de Glauber, le nitre ordinaire, le jitre rhomboïdal ou le fel fébrifuge , fe trouvent diiïous dans la même eau que le fel marin, chacune de ces matières falines criflallife à fa manière ; le fel marin eft un de ceux qui s’en fépare le premier pendant les progrès de l’évaporation, & il fe mêle avec un peu de tartre vitriolé & de fel fébrifuge ; mais le fel de Glauber & le nitre refient les derniers en dilfolution & ne fe criftallifent que par le refroidiflement. C’eft pour cela qu’en Lorraine on prend l’eau mère des falines d’où on a retiré le fel marin. On la met dans des tonneaux , & on l’agite avec des bâtons pendant fon refroidiffement ; le fel de Glauber fe crif- tallife confufément & en petites aiguilles qui reflemblent au vrai fel d’Epfom, Les ufages du fel marin font fort étendus. Ï1 eft employé , i°. dans la poterie, pour faire entrer leur furface en fufion , & leur donner une efpèce de couverte; a°. dans la verrerie pour blanchir 8c purifier le verre; 3 0 . dans la Docf- mafie ou dans l’efîai des mines, pour fervir de fondant aux matières qui forment les fcories ,. pour faciliter la précipitation des métaux, 8c pour empêcher leur altération par l’air, en les défendant du contaél de l’atmofphère. d’Hist. Nat. et de Chimie. 121 On fent aujourd’hui le befoin de le faire fer- vir à un ufage encore plus important que ceux-là; à l’extradion de l’alkali minéral ou fel de foude qui devient tous les jours de plus en plus rare, & dont l’ufage eft très-néceffaire pour les arts. Plufieurs perfonnes pofscdem ce fecret en Angleterre & retirent en grand la foude du fel marin. M. Schéele a donné fur cet objet une très-bonne difiertation que l’on trouve dans le Journal de Chimie publié en allemand par M. Crell. C’eft avec la litharge que ce chimifte eft parvenu à retirer l’alkali fixe minéral du fel marin, en la traitant à froid , & par la fimple macération avec ce fel ; il pa- roît qu’il y a plufieurs procédés analogues, & qu’on peut employer à cette décompofition quelques autres chaux métalliques ; mais il faut qu’elles réunifient deux propriétés , la première de contenir de l’acide craieux pour agir pat une double affinité , la fécondé de former avec l’acide marin un fel infoluble qui fe fépare de la lellive alkaline. Or, comme aucune chaux métallique ne réunit ces deux propriétés à un plus haut degré que les chaux de plomb -, c’eft de celles-ci qu’on peut fe fervir avec le plus d’avantages. Au relie on n’a point fait encore afiez d’expériences fur cet objet depuis M. Schéele, & on ne le connoît point a fiez exac- 122 é t é m E sr * tement pour pouvoir encore en tirer des inductions utiles fur la décompofition du fel marin en grand. Ce point fera plus longuement dif- cuté dans l’hifloire du plomb. Le fel marin fert d’affaifonriement pour les aîimens dont il corrige la fadeur ; il facilite la digeûion, en produifant un commencement d’altération putride dans les fubflances alimentaires. Quoiqu’il foit bien prouvé par les expériences de MM. Pringle, Macbride, &c. qu’il retarde la putréfaâion, & qu’il efl un anti- feptique puiffant, comme la plupart des matières falines, lorfqu’on le mêle en grande dofe avec les animales, il agit d’une manière bien différente quand on le mêle en petite quantité à ces mêmes fubfiances, puifqu’il les fait paffer plus vite à la putréfaâion. Ce fait efl prouvé par les expériences de l’auteur des effais pour fervir à Fhifioire de la putréfaâion, & par celles de M. Gardane. Le fel marin n’efl pas moins utile en médecine ; on le met dans la bouche & on l’emploie en lavemens comme un flimulant très- wtile dans l’apoplexie, la paralyfie, &c. C’eft un fondant affez aâif dans beaucoup de cas, &c. Il efl fort recommandé par Ruffel {de Tait Clandulari) pour les engorgemens lymphati- .ques qui dépendent du vice fcrophuleux. J’ea t’Hist. Nat. et de Chimie. I2j ai moi-même obtenu de très- bons effets dans plufieurs maladies de cette nature. Il purge lorfqu’on l’adtuiniflre à la dofe de pluffeurs gros. Comme c’eff le fel marin gris que l’oa emploie ordinairement dans ces differentes cir- conffances , les effets qu’il produit font dus en partie aux fe!s marins à bafes calcaire & tua* gnéffiene qu’il contient. Sorte VII. Borax (i). Le borax: eff un fel neutre, formé par la combinaîfon de l’acide nommé improprement lel fédatif, avec l’alkali fixe minéral. L’hifloire de ce fel qui nous vient des Indes Orientales, eff fort incertaine. On ne fait pas encore pofitivement fi c’eft un produit de la nature ou de l’art. En effet, fi la découverte du fel fédatif en diffolution dans les eaux de plufieurs lacs de Tofcane, dont nous avons fait mention dans l’hiftoîre de cet acide, peut faire préfumer que le borax eff un produit de la nature, plufieurs faits que nous rapporterons plus (i) Nous avons jufqu’ici commencé par examiner les (é!s neutres , formés par chaque acide uni à l’alkali fixe végétal. Quant à ceux dans lefquels entre l’acide nommé fel fédatif, nous fommes forcés de commencer par celili # bafe d’alkali minéral, parce que c’ell le feul bien .connu, te'jfc Ê L Ê M E N 5 bas, femblent démontrer qu’il efl poflïble de former ce fel de toutes pièces par certains procédés , & peut-être aura-t-on quelque jour des minières artificielles de borax, comme on a aujourd’hui des nitrières artificielles dans différentes parties de l’Europe. Le borax efl fous trois états dans le commerce. Le premier efl le borax brut, tinckal ou cryfocolle qui nous vient de Perfe ; il efl en mafles verdâtres, grafles au toucher, ou en efpèces de criflaux opaques d’un vert de porreau, qui font des prifmes à fix faces, terminés par des pyramides irrégulières. On trouve même deux variétés de ces criflaux verdâtres differentes par la grofleur dans.le commerce. Ce fel efl très-impur & mêlé de beaucoup de matières étrangères à fa compofition. La fécondé efpèce de borax efl connue fous le nom de borax de la Chine ; celui-ci efl un peu plus pur que le précédent ; il efl en petites plaques, ou en mafles irrégulièrement cril- tallifces, d’un blanc fale; on y apperçoit des ludimens de prifmes & de pyramides , maïs, confondus enfemble fans aucun arrangement fymmétrique : on obferve fur ces criflaux une poufllère blanche qui en enduit la furface, & que l’on croit de nature argileufe. La troifième efpèce efl le borax de Hollande-» ***»¥« : ° m rae (j. 5 dîn5| '“15 le co; Peifejj'. tMÔet,; d'un ver! : x faces, le 3.0a non ux verdict : cornera beaucoup è ion. comme fom Ja-dtiU 1 drape ijèrenM® ppercoitk irâte> . jjjgsiet ,6*0® ts’HrsT. Nat. Et ds Chimie. 125; oh borax raffiné. Il eft en portions de criftaux tranfparens & allez purs ; on y reconnoît des pyramides à plufieurs faces, mais dont la crif- tallifation a été interrompue. Cette forme indique d’une manière certaine que la méthode employée par les hollandois pour rafiner ce £el, efl la düTblution & la criftallifation. Enfin on prépare à Paris dans le laboratoire de MM. Lefguillers droguifles rue des Lombards , un borax purifié qui ne le cède en rien à celui de Hollande, & qui peut-être a même un degré fupérieur de pureté. Outre ces quatre efpèces de borax, un pharmacien de Paris, M. la Pierre, a découvert qu’il s’en forme journellement dans les eaux de favon , mêlées à celles des cuifines , qu’un particulier laiffie féjourner dans une efpèce de foffie; il en retire au bout d’un certain tems de vrai borax en beaux criftaux. Quoi qu’il en foit, on n’eft pas encore plus inftruit fur fa formation; il paraît feulement qu’il s’en produit dans Jes eaux flagnantes qui contiennent des matières grades. Quelques auteurs alfurent qu’on le fait artificiellement à la Chine ; en mêlant dans une fotfe de la grailfe , de l’argile & du fumier, couches par couches ; en arrofant ce mélange avec de l’eau, & en le laiffiant ainfî féjourner pendant quelques années. Au bout de ce tems 123 Ë t à M fe N S on Iefïîve ces matières , on éyapore la îelîivej & on obtient le borax brut. D'autres ont crit qu’on le tiroit d’une eau qui Te filtre à travers dès mines de cuivre. M. Baumé dit pofitiveinent que le premier de ces procédés lui a fort bien réuffi. ( Chim. expérinu tom. II, pag. 131) Le borax purifie a une forme très-régulière J fes criftaux font des prifmes à fix faces , dont deux font ordinairement plus larges, terminés par des pyramides trièdres. Il préfente d’ailleurs beaucoup de variétés dans fa criitallifation. Sa faveur efl ftiptique, & relîerre très-fortement les fibres de la langue. Il verdit le firop de violettes comme les alkalis. Lorfqu’on l’expofe à l’aélion du feu , il fond allez vite à l’aide de l’eau de fa criflallifation J il perd peu à-peu cette eau, & acquiert un volume confidérable : il efi alors fous la forme d’une malle légère, poreufe & très-friable atié l’on défigne fous le.nom de borax calciné; le volume confidérable, la forme lamelletife & poreufe que prend le borax dans fa calcina» tion, viennent de ce que l’eau qui fe dégage dans l’état de vapeur, foulcve la portion de la fubflance faline à demi-dèlTéchée en pellicules légères , & de ce que les bulles qu’elle forme, crevant à la furface du fel , ces pellicules fe defsèchent entièrement, & fe pîa- d’Hist. Nat, et de Chimie; 127 cent les unes fur les autres, de forte à laiffec des intervalles entr’elles. Le borax calciné n’eft nullement altéré dans fa compofition; il c’a perdu que fon eau de criflallifation, qui fait à-peu- près fix onces par livre. On peut lui rendre fa première forme en le diffolvant dans l’eau, Sc en le faifant criflallifer ; mais lorfqu’on continue de chauffer le borax calciné, il fe fond dès qu’il commence à rougir, & forme un verre très- fufible, tranfparent , un peu verdâtre, qui fe ternit à l’air 8c qui fe dillbut dans l’eau. Le borax n’a point changé de nature par cette fufion ; on peut le faire reparaître avec toutes les propriétés qui lui font particulières , par le moyen de la diffolution & de la criflallifation. L’air n’altère point ce fel ; il s’y effleurât cependant à fa furface en perdant une portion de fon eau de criflallifation. Il paraît même que cette efflorefcence n’efl pas toujours la même dans les différens borax purifiés; celui de la Chine s’effleurit beaucoup moins que celui de Hollande, & celui-ci plus que le borax purifié à Paris -, cette légère différence dépend fans doute des procédés qu’on a fuivis dans fa purification , de la manière dont on le fait crif- tallifer , & de la quantité d’eau que fes erif- tfiux contiennent fuivant la rapidité plus ou moins grande avec laquelle ils fe font formés* 12S E L i M Ë K S Le borax eft très-düfotuble dans l’eau : il faut douze parties d’eau froide pour diftoudre une partie de ce fel ; fix parties d’eau bouillante en diffolvent une. On obtient fes criftaux par le refroidiiïement de fa difToIution ; mais les plus beaux & les plus réguliers fe forment dans l’eau-mère , qu’on laide s’évaporer très- lentement , & à la température ordinaire de l’atmofphère. Le borax fert de fondant aux terres vitrifîa- bles , & il forme avec elles un verre adez beau. On l’emploie dans la préparation des pierres précieufes artificielles. Il vitrifie également.l’argile, mais avec beaucoup plus de difficulté & beaucoup moins complètement; telle eft la raifon pour laquelle il adhère aux creufets dans lefquels on le fait fondre. On ne connoît pas Paélion de la terre pefante & delà magnéfie pures fur le borax. M. Bergman place cependant ces deux fubftances avant les alkalis dans la dixième colonne de fa table des affinités; ce qui annonce qu’elles font fufcep- tibles de décompofer le borax ; mais il dit dans fa difïertation que les affinités de la terre pefante & de la magnéfie avec l’acide du borax ne font point encore exadement déterminées. La chaux a réellement plus d’affinité avec l’acide *fe ^«cnjj. lutionjj, ! fe fonç 'ïporertis tttKTià t a Jez ba des pieu: s avec b» lŒobccî j od le S tneptfcw ,ces avril 6 à toi*** P fc'HisT. Nat. et de Chimie. 129 l’acide du borax que n’en a l’alkali fixe minéral. L’eau de chaux précipite la difiolution de ce Ici ; mais pour en opérer tout-à-fair la dé- compofitioti, il faut faire bouillir de la chaux vive avec du borax; alors le dépôt qui fe forme efl un compofé lalin & peu fohtble de la chaux avec l’acide fédatif, tandis que l’alkali minéral caullique refie en difiolution dans l’eau. L’alkali fixe végétal paroît décompofer le borax , comme il le fait à l’égard de tous les autres fels neutres à baie d’alkali minéral. L’alkali volatil ne l’altère en aucune manière. Les acides ont une aélion très-marquée fur ce fiel. Si dans une difiolution bouillante de borax, on verfe avec précaution de l’huile de vitriol, jufqu’à ce qu’il y ait un léger excès d’acide dans la liqueur, on obtient par le re- froidifièment du mélange filtré , un précipité très-abondant, & difpofé en petites écailles brillantes , c’eft le fel lédatif ; on le lave avec de l’eau diftillée , & on le fait fécher à l’air pour l’avoir bien pur. En évaporant 8c laifiànt refroidir la difiolution de borax, on en obtient à plufîeurs reprifes du fel fédatif. A la fin on ne retire plus que du fel de Glauber, formé par l’union de l’acide vitriolique qu’on a employé , avec l’alkali minéral bafe du borax. L’acide nitreux 8c l’acide marin décompofeni Tome II. I 130 E L é M E N S de même le borax parce qu’ils ont comme l’acide vitriolique plus d’affinité avecl’alkali minéral, que n’en a l’acide du borax, ou le fel féda- tif. On retire des dernières évaporations de ces mélanges du nitre rhomboïdal & du fel marin. La découverte du fel fédatif paroît être due à Beccher, mais on a coutume de l’attribuer à Homberg qui a le premier décrit avec allez d’exaditude dans les Mémoires de" l’Académie pour 1702 , un procédé pour l’obtenir. Ce chi- mifle obtint ce fel par fublimation, en diffil- lant un mélange de vitriol vert calciné, de borax , & d’eau. Comme il crut que la première de ces matières contribuoit beaucoup à fa formation, il l’appela fel volatil narcotique de vitriol. Louis Lemery, fils aîné du fameux Nicolas, a beaucoup travaillé fur le borax, & a découvert en 1728 qu’on pouvoit obtenir le fel fédatif par l’acide vitriolique pur, & que les acides nitreux & marin en donnoient de même ; mais il employoit toujours la fublimation. C’efl à Geoffroy le cadet qu’on doit l’ana- lyfe complète du borax ; il a prouvé en 1732 qu’on obtenoit le fel fédatif par évaporation 8 c criflallifation; 8 c en examinant le réfidu de ces opérations, il a démontré que l’alkali marin faifoit un des principes du borax, î Les travaux de Baron fur le borax, préfentés d’Hist. Nat. et de Chimie. 131 à l’Académie en 174/ & 1748, ont ajouté à ces découvertes deux faits importai» pour la connoiffance de ce fel neutre. Le premier, c’eA que les acides végétaux le décompofent aufli-bien eue les acides minéraux; le fécond, c’eft qu’on peut refaire du borax, en unifiant le fel fédatif avec l’alkali marin ; ce qui prouve que cet acide eA tout formé dans ce fel, & que les acides que l’on emploie pour le précipiter, ne contribuent en rien à fa formation. L’acide fpathique & l’acide craieux même , quoiqu’un des plus foibles, parodient être fuf- ceptibles de décompofer le borax & d’en fé- parer le fel fédatif. Ce dernier s’unit facilement au borax dont la bafe alkaline demande pour être entièrement faturée d’acide fédatif un peu plus de cet acide que le poids total du borax. Bergman penfe même que ce fel n’efl bien neutre & bien faturé, que les propriétés alkalines qui y dominent ordinairement ne peuvent être mafquées, que par cette addition de fel fédatif. On n’a point encore examiné en détail les propriétés de ce fel neutre ainfi faturé. Les fels neutres alkalins vitrioliques, nitreux & marins n’ont aucunç aétion fur le borax. Ce fel fondu avec des matières combuAi* Iij 132 Elémens blés, comme le charbon, acquiert une couleur rougeâtre : mais on ne connoît pas l’altération qu’il éprouve de la part de ces matières. Le borax eft d’une très - grande utilité dans plufieurs arts. On l’emploie dans la verrerie, comme un excellent fondant, ainfi que dans la docimafie. On s’en fert avec grand avantage dans les foudures, parce qu’il fait couler l’alliage deltiné à fouder ; de plus, il entretient les furfaces des métaux que l’on veut réunir, dans un ramolliflement très-propre à cette opération j & en les recouvrant, il empêche que le contaél de l’air ne les altère. On en fai- foit autrefois un ufage allez étendu en médecine , mais il eft entièrement abandonné aujourd’hui. Sorte VIII. Borax végétai. Nous donnons le nom de borax végétal, à la ‘combinaifon de l’acide ou fel fédatif avec l’alkali fixe végétal. On fait que ces deux fubf- tances falines font très-fufceptibles de s’unir, & qu’il réfulte de cette union un fel neutre analogue au borax. Tel eft le réfidu du nitre décompofé par le fel fédatif. M. Baumé dit que ce réfidu eft en malle blanche, demi-fondue, & que diftous dans l’eau, il lui a fourni un fel en petits criftaux, Le borax végétal eft donc d’Hist. Nat. et de Chimie. 133 fufible, difToluble & criftallifable. Il eft vrai- femblable que les acides purs' le décompofe-. roient ainfi que le borax ordinaire. On ne con- noît rien de plus fur ce fel qu’il feroit nécef- faire d’examiner comme on a fait le borax. Baron a connu la pofîïbilité de faire ce fel en combinant directement du fel fédatif avec le fel de tartre, il l’a même bien diftingué du borax ordinaire à bafe d’alkali fixe minéral, mais il n’a rien dit fur les propriétés de ce borax de tartre , ou borax végétal. Sorte IX. Tartre spathiquf. On peut défigner par ce nom ou par celui de tartre fluor, ou de fluor tartareux, la com- binaifon de l’acide fpathique avec l’alkali végétal ou du tartre. Cette efpèce de fel neutre n’a encore été que très-légèrement examinée par MM. Schéele & Boullanger. Il efl toujours fous forme gélatineufe, & ne cridallife jamais d’après ces deux chimiftes. DefFéché 8c fondu, il efl âcre, cauftique 8c déliquefcent, fuivant M. Schéele. Ce chimifle le compare alors à la liqueur des cailloux. Il paroît que le feu en dégage l’acide fpathique, 8c que la terre fli- cenfe dont fe charge toujours ce dernier pendant fa préparation, fe fond en un verre folu- ble, à l’aide de l’alkali fixe, 134 Elémens Le tartre fpathique eft très-foluble dans l’eau; il retient toujours une fi grande quantité de ce fluide, qu’on ne peut lui faire prendre une forme criftalline. Lorfqu’il eft bien faturé, fa diffolution n’altère point le firop de violettes. On ne connoît pas bien l’adion des terres quartzeufe, argileufe 8c pefante fur ce fel, non plus que celle de la magnéfie. Suivant MM. Schéele & Bergman, la chaux a plus d’affinité avec l’acide fpathique que n’en a l’alkali fixe végétal. Le tartre fpathique, mis dans l’eau de chaux, y eft fur-le-champ décom- pofé ; la chaux s’unit avec l’acide fpathique, 8c forme un fel infoluble qui trouble la liqueur, 8c qui eft du fpath fluor ou vitreux. On con- noîtra des fels neutres formés par l’acide craieux 8c les alkalis fixes, qui font également décom- pofés par la chaux. On a vu le borax être précipité par l’eau de chaux ; l’acide fpathique n’eft donc pas le feul acide qui ait plus d’affinité avec cette fubftance falino-terreufe, que n’en ont les alkalis fixes. L’huile de vitriol décompofe le tartre fpathique, & en dégage l’acide, qui, fuivant M. Boullanger, fe préfente avec l’odeur 8c les vapeurs blanches propres à l’acide marin. En faisant cette expérience dans un appareil diftilla- toire, on recueilleroit l’acide fpathique, comme b’Hist. Nat. et de Chimie, ijj on le fait à l’égard du nitre & du fel marin décompofés par l’huile de vitriol. On n’a point examiné l’adion des acides nitreux & marin, ainfi que celle des Tels neutres que nous connoilfons fur le tartre fpathique. Ce fel, d’ailleurs très-peu connu, n’eft encore d’aucun ufage. Sorte X. Soude spathique. Nous nous fervons de ce nom pour défi- gner le fel neutre formé par la combinaifon de l’acide fpathique, avec l’alkali minéral ou de Iafoude; d’autres chimiftes l’ont appelé fluor de foude, ou foude fluorée. Ce fel eft dans le même cas que le précédent ; il a été fort peu examiné. 11 n’y a que MM. Schéele & Boullan- ger qui en aient dit quelque chofe ; encore ne font-ils point d’accord entr’eux, comme on va le voir. M. Schéele allure que l’alkali marin uni à l’acide fpathique forme une gelée comme le fel précédent ; M. Boullanger avance au contraire que cette combinaifon donne de très- petits criflaux durs, caftans , figurés en quar- rés oblongs, d’une faveur amère & un peu flip- tique. Ce fel mis fur les charbons ardens décrépite comme le fel marin. Il ne fe dilfout qu’avec peine dans l’eau. I iv 1^5 E L é M E N S L’eau de chaux le décompofe comme le tartre fpathique. L’huile de vitriol en dégage l’acide avec effervefcence, vapeur blanche & odeur piquante , femblabîes à celles de l’acide marin. On voit d’après ce court expofé, que ce feî n’efi pas plus connu que le précédent. Sorte XI. Tartre e rai eux. Les deux derniers fels neutres parfaits qui nous relient à examiner , font les combinaifons de l’acide craieux avec les alkalis fixes. Ces fnbfiances n’ont jamais été rangées parmi les fels neutres; cependant ils en font de véritables, comme nous l’allons voir. Nous donnons le nom de tartre craieux ou de craie dé tartre, au fel neutre qui réfulte de la combinaifon de l’acide craieux avec l’alkali fixe végétal. Quelques chimifies modernes l’appellent tartre méphytique, alkali végétal aéré, &c. Cette fubftance faline , qu’on avoit toujours prife pour de l’alkali pur, n’elt connue comme un fel neutre que depuis les travaux de M. Black. On lui donnoit autrefois le nom de fel fixe de tartre, parce qu’on le retire de l’incinération du tartre du vin. On le regardojt comme un alkali, parce qu’il a quelques - unes des propriétés de ces fels. Enefiet, il verdit le firop d’Hist. Nat. et d e Chimie. 137 de violettes ; mais le borax 6c les vitriols ont la même propriété ; d’ailleurs il ne détruit pas ou n’affoiblit pas la couleur des violettes comme l’alkali fixe végétal pur ou cauftique. Il a une faveur alkaline qu’on retrouve auffi dans le bo-, rax. On le diftinguoit feulement de l’alkali de la foude , par la propriété qu’on lui attribuoit d’attirer très-promptement l’humidité de l’air, 6c de ne pas pouvoir fe criflallifer ( 1 ). Mais ces deux propriétés ne dépendent que de ce que le fel fixe de tartre n’efl pas un fel neutre parfait. Comme il contient encore une certaine quantité d’alkali végétal pur, cauflique 6c non fa- turé d’acide craieux, c’eft en raifon de cet excès d’alkali qu’il eft déliquefcent. Aujourd’hui l’on elf parvenu à avoir un tartre craieux très- crifiallifable, qui n’attire point du tout l’humidité de l’air, & qui s’elïïeurit plutôt. M. le duc de Chaulne, qui s’efl beaucoup occupé de cet ( 1 ) Bohnius rapporte qu’ayant évaporé lentement & à une douce chaleur, de l’huile de tartre, il a obtenu, fous une pellicule faline, de beaux criftaux , qui fe font confervés plus de (ix ans fans altération , quoiqu'expofés à différentes températures ( Dijfert. Phyjlco-Chïm, \ 666 ), M. Montet, célèbre chimlfle de Montpellier , qui fans doute n’avoit pas connoiiïance de la découverte de Bohnius, a trouvé de fon côté un procédé pour faire criflallifer le fel fixe de tartre. Acad, des Sc. an. 1764 , page Ï38 E L É M E N S objet, prépare ce fel en expofant de l’alkali fixe cauftique, ou chargé de peu d’acide craieux, dans un lieu rempli de cet acide gazeux , comme dans la partie fupérieure d’une cuve de bierre en fermentation. L’alkali s’empare de tout l’acide craieux qu’il peut abforber, & il criftallife très- régulièrement. Ses criflaux font des prifmes quadrangulaires, terminés par des pyramides à quatre faces très-courtes. La faveur du tartre craieux ell urineufe; mais beaucoup moins forte que celle de l’ai- kali végétal cauftique, puifqu’on l’emploie en médecine à la dofe de quelques grains comme •fondant. Ce fel neutre eft très-altérable au feu; ilfe fond aifément; & il s’alkalife alfez vite. Si on le diftille dans une cornue en adaptant à ce vaifleau un récipient & un appareil pneumato- chimique au mercure, on en retire l’eau de criflallifation, & fon acide dans l’état aériforme; l’alkali fixe ell: en malle irrégulière après cette opération, & il retient toujours une petite portion de fon acide que le feu ne peut lui enlever qu’avec la plus grande difficulté. D’après l’analyfe de Bergman, le tartre craieux faturé d’acide & bien criflallifé , qu’il nomme alkali végétal aéré , contient par quintal vingt parties d’acide craieux, quarante-huit d’alkali pur, & trente-deux d’eau. Mais il faut obferver que d’His t. Nat. et ee Chimie. 135) les Tels craieux paroi (lent être en général plus fufceptibles que les autres de contenir des dofes très-différentes & très-variées de leur acide. Malgré cette propriété , ce fel ne fournilïant jamais de criflaux réguliers que lorfqu’il eft parfaitement faturé, on peut regarder comme exaét & allez confiant le calcul donné par Bergman. Le tartre craieux, lorfqu’il eft bien criftallifé, n’éprouve aucune altération de la part de l’air; fes criflaux relient tranfparens , fans fe fondre ni s’effteurir. Comme il eft très-important & très-néceflaire pour beaucoup d’expériences, d’avoir ce fel allez pur pour jouir de cette propriété , & pour réfifter ainfi à l’épreuve de l’air humide ou fec, on en préparera allez facilement en expofant une leflive de fel de tartre bien pure , bien blanche & bien féparée du tartre vitriolé que ce fel contient ordinairement, au- delïus d’une cuve à bierre dans un vaifleau plat, & mieux encore en l’agitant avec des moufloirs , ou en la verfant continuellement d’un vafe dans un autre ; on la lailïera ainfi en contaft avec l’acide craieux, produit en grand pendant la fermentation, jufqu’à ce que la lelfi- ve ait dépofé de beaux criflaux de tartre craieux. Ce fel fe diflout très-bien dans quatre parties d’eau froide, & il exige un peu moins d’eau chaude pour être tenu en dilîolution ; il produit 140 E L Ê M E N S du froid en s’unilTant à ce fluide. Cette propriété qui diflingue les fels neutres des fels Amples , caradérife aflez la différence du tartre craieux, d’avec i’alkali fixe végétal pur ou cauf- tique. Il criflallife par l’évaporation jointe au refroidiflëment ; fi fa diiïolution efl trop rapprochée , il fe prend en ma (Te irrégulière, ce qui arrive très-fouvent dans les laboratoires. Il peut fervir de fondant aux terres vitrifia- bles, comme l’alkali fixe végétal pur, parce qu’il s’alkalife par l’adion du feu, en perdant facide craieux ; d’ailleurs lorfqu’on chauffe fortement ce fel mêlé avec du fable dans des creu- fets, on obferve que dans le moment de la vitrification il fe produit une vive effervefcence occafionnée par le dégagement de l’acide craieux. Ce phénomène prouve que la terre filiceufe ne peut point fe combiner avec l’alkali faturé de cet acide, & que celui-ci s’en dégage dans l’inf- tant de la combinaifon vitreufe. Ce caradère d’effervefcence efl fi confiant qu’il a été propofé par Bergman , pour reconnoître en petit & par l’adion du chalumeau une terre filiceufe , qui fe fond avec le fel de tartre en produifant un bouillonnement ou une effervefcence très-remarquable , tandis que les autres terres ne pré- fentent point le même phénomène. L’argile n’a point d’adion fur le tartre craieux d’Hist. Nat. et de Chimie. 14* qui réduit cette terre* par la fufion en une fritte vitreufe, un peu moins facilement à la vérité que l’alkali fixe végétal pur; la terre pefante enlève l’acide craieux à ce fel. La chaux le décompofe auftî, parce qu’elle a plus d’afiinité avec l’acide craieux, que n’en a l’alkali fixe végétal. Si l’on verfe de l’eau de chaux dans une diffolution de tartre craieux, il fe précipite un fel prefque infoluble, formé par l’union de la chaux à l’acide craieux, 8c l’alkali pur ou cauftique refie en diiïblution dans l’eau. On emploie en pharmacie cette décom- pofition pour préparer la pierre à cautère, qui n’efi que l’alkali fixe végétal rendu cauftique par la chaux. Les connoiiïances modernes ont appris que le procédé de Lémery, fuivi par plusieurs pharmacopées, eft très-défeâueux. Il con- fiftoit à mêler deux livres de cendres grave- lées ( 1 ) avec une livre de chaux vive , à ar- rofer ce mélange avec feize livres d’eau, à le filtrer, à évaporer la leiïive dans un vaiiïeau de cuivre, 8c à fondre dans un creufet 8c couler fur une plaque le réfîdu de cette évapora- (1) Les cendres gravelées font celles que fournit la eombuftion du marc & de la lie de vin. Ces cendres contiennent beaucoup d’alkali végétal ou de tartre craieux & du tartre vitriolé. I42 ÊIÉ MENS tion. Dans cette opération on n’obtient qu’un alkali fale, peu cauftique, chargé de cuivre. Bucquet qui a fenti tous ces inconvéniens, a donné un procédé plus long & plus difpendieux à la vérité, mais beaucoup plus fur & plus utile, fur-tout pour préparer un alkali végétal bien pur, fi néceffaire dans les expériences de chimie. On prend deux livres de chaux bien vive, on l’arrofe d’un peu d’eau pour la faire brifer, on ajoute une livre de fel fixe de tartre, & on verfe allez d’eau pour former une pâte ; lorf- que le mélange eft refroidi, on ajoute de l’eau jufqu’à la quantité de feize pintes, on jette le tout fur un papier foutenu par un linge; il paffe douze livres environ d’une liqueur claire ; on lave encore le réfidu avec quatre pintes d’eau bouillante pour emporter tout l’alkali. Cette liqueur ne fait aucune effervefcence avec les acides ; mais la meilleure pierre de touche de fa parfaite cauflicité, c’efi quand elle ne trouble point l’eau de chaux, parce que la petite quantité d’acide craieux qu’elle contient fuffit pour y occafionner des nuages fen^bles. Or comme après cette première opération elle précipite encore un peu cette liqueur,fi l’on defireavoir un alkali très-pur pour des expériences délicates , il faut traiter cette leffive avec deux nouvelles livres de chaux vive ; alors elle paffe très- 'tociejj, ^Mit; ^PIUSUÊ. ^éalü Kesdeè nbta^. 1 fjirebi 1 ®trt, 4 ii fpjtfjfc we dcPe , on pi ^ejilp rc!are;s pinffi (fer. it Can rncksià’ acte de (j « trouble ped:ef- a fufit p 3 Or 65* ■St!* 1 ?' 1 " jnces^ d’Hist. Nat. ht de Chimie. 145 claire & fi cauftique qu’elle n’altère pas la tranf- parence de l’eau de chaux. Lorfqu’on évapore l’alkali à feu ouvert, ce fel fe charge de l’acide craieux contenu dans l’atmofphère. On doit donc pour l’obtenir bien caufiique & fous forme sèche, évaporer la liqueur dans une cornue jufqu’à ficcité. Cette opération très-longue n’eft pas néceffaire pour la pierre à cautère, puifqu’il fuffit pour ce médicament qu’il y ait une portion d’alkali cauftique qui puifle ronger le tiffii de la peau ; mais comme il eft très - néceflaire pour les expériences exaâes d’avoir l’alkali fixe végétal cauftique fec & folide dans le plus grand état de pureté, je dois faire obferver que l’évaporation de la leflive alkaline cauftique doit être faite dans des vaifteaux fermés, & que comme cette évaporation préfente de grandes difficultés relativement à la denfité que prend fur la fin la liqueur, il faut conduire le feu avec beaucoup de précaution. L’alkali fixe que l’on obtient par ce procédé doit être très-blanc, ne faire nulle effervefcence avec les acides & 11e point troubler du tout l’eau de chaux. La magnéfie n’agit point fur le tartre craieux, parce que l’alkali fixe végétal a plus d’affinité avec l’acide craieux que n’en a cette fubftance falino-terreufe. Les acides vitriolique, nitreux, marin & fpa» 144 E L Ê M E N S thique décompofent le tartre craieux, en s’unif* fant à l’alkali fixe, & en féparant l’acide de la craie qui fe dégage avec effervefcence. On peut recueillir cet acide au-deflus de l’eau ou du mercure ; on le reconnoît aux quatre caractères fuivans ; il eft plus pefant que l’air atmof- phérique , il éteint les bougies, il rougit la teinture de tourncfol, & il précipite l’eau de chaux. L’acide du borax paroît n’en point féparer l’acide craieux à froid; mais il l’en dégage trcs- facilement à chaud. Les fels neutres que nous avons examinés jufqu’à préfent, ne font point altérés par le tartre craieux, & ne l’altèrent point lui-même. Le tartre craieux efl très-abondant dans la nature. Il fe trouve tout formé dans les végétaux , & on le retire par l’incinération de ces corps organiques , comme nous le dirons dans le règne végétal; c’eft fur-tout du tartre brûlé qu’on l’obtient. On le prépare encore par la détonnation du nitre. Les ufages du tartre craieux font allez étendus dans les arts. On l’emploie en médecine, comme un fondant très-adif, dans les embarras du méfentère & des voies urinaires. On ne l’adminiflre qu’à une très-petite dofe, & on a foin de le donner avec quelque fubflance qui en modère Faction, Sorte to^HisT. Nat. et ï»e Chimie. Sotte Xtl. Soude c r a i eu se, ou Natrum. Il en efl de ce fel neutre comme du précédent. On le regardoit autrefois comme un •alkali ; c’eft cependant une combinaifon de l’acide craieux avec l’alkali fixe minera! : on pourroit conferver le nom dè nacrum que les anciens lui avoient donné. On l’appelle communément fel de foude, parce qu’on le retire affez pur & allez bien criflallifé, en évaporant une leflive de fonde. Audi diflinguoit-on l’alkali marin de l’alkali fixe végétal par la propriété de crifiallifer & de s’effleurir, ce qui dépend de ce qu’il efl tout-à-fait faturé d’acide craieux dans la foude ordinaire. La foude craieufe a une faveur alkaliné, elle Verdit le firop de violettes, mais fans en altérer la couleur comme le fait l’alkali minéral cauflique. Sa faveur efl urineufe, mais non brûlante & beaucoup moins forte que celle de l’ai- kali marin pur. Ce fel efl naturellement plus pur que le tartre craieux , puifqu’il y a Jong»tems qu’on lui connoît la propriété de crifiallifer ; propriété qui prife en général dirlingue les fel s neutres d’avec les fels fimples. Il la doit à ce qu’il contient prefque toujours la quantité d’acide craieux néceflaire à fa faturation & à fa enfla!îifation* Tome II. K 14,5 ÎLÏMENJ La foude craieufe ou le natrum crirtallifé rapidement , préfente des lames rhomboïdales appliquées obliquement les unes fur les autres, de forte qu’elles paroiiïent fe recouvrir à la manière des tuiles. .Si on le fait criftallifer lentement , il prend la forme d’oétaedres rhom- beaux dont les pyramides font tronquées très- près de leur bafe , ou de folides décaèdres qui Ont deux angles aigus & deux obtus. Ce fel fond en général plus facilement que le tartre craieux ; c’eft pour cela qu’on l’emploie dans les verreries préférablement à ce der- fiier. Il perd la plus grande partie de fon acide par l’aétion de la chaleur , mais il en retient toujours un peu. Bergman a trouvé par une ânalyfe exacte, que cent parties de foude craieufe, qu’il nomme alkali minéral aéré, contiennent feize parties d’acide craieux , vingt parties d’alkali pur & foixante-quatre parties d’eau, de forte que Palkali minéral demande plus d’acide craieux pour être faturé que l’alkali végétal , & que le natrum retient dans fes criftaux line fois plus d’eau que le tartre craieux. C’elt à cette grande quantité d’eau qu’il doit fa crif- lifation plus facile, plus régulière, & fon efflo- refcence. La foude craieufe eft plus diffoluble que le tartre craieux. Elle fe diflbut dans deux parties to’HisT. Nat. et de Ghïmïe. d’eau Froide & dans une quantité d’eau bouillante égale à là fiènne. Elle criftâllife par le re- froidiflément, mais l’évaporation lente fournit des crillaux beaucoup plus réguliers. La fonde craieufe expofée à l’air, tombe très- facilement en pouiîière , en perdant fon eau de criftall'ifation que l’air lui enlève; mais elie n’eit point altérée par cette efflorefcence ; on peut Jui rendre fa première forme en la dilfolvant dans l’eau & en la faifant criflallifer. Ce fel facilite beaucoup la fufion des terres vitrifîables, & fait un verre moins altérable que celui dans lequel entre le tartre craieux; aufli ïe préfère-t-on dans les verreries. On a obfervé ïque le fable en s’uniflant à ce fel en dégage l’acide craieux qui s’échappe avec une effer- Vefcence bien marquée, comme nous l’avons Vu pour le tartre Craieux. Il n’a pas plus d’ac« tion fur l’argile que ce dernier fel. La terre pefante ainfï que la chaux & fa dif- folution décompofe la fonde craieufe, comme elles font le tartre craieux, & elles.en dégagent l’alkali minéral cautlique. Quand on verfe Une diffolution de ce fel dans l’eau de chaux, il y produit un précipité, ce qui n’a point lieu •avec l’alkali minéral cauflique. Si l’on veut obtenir ce dernier fel dans cet état pour des expériences délicates de chimie, il faut avohf Kij $4% E L S M E N S recoursâu procédé que nous avons décrit potlf la préparation de la pierre à cautère, que l’on fait ordinairement avec l’alkali fixe végétal. Le natrum eft décompofé comme le tartre craieux , par les acides vitriolique , nitreux, marin, &c. On peut en obtenir l’acide craieux en le recevant fous une cloche pleine d’eau ou de mercure. Ce fel exifte tout formé à la furface de la terre, en Egypte, &c. On le retrouve encore dans les cendres des plantes marines ; mais il n’eft pas faturé de tout l’acide auquel il peut être uni. Pour le rendre plus parfaitement neutre , on peut le combiner diredement avec l’acide de la craie , foit en l’agitant dans une cuve en fermentation , foit en recevant dans fa dilïolution de l’acide craieux dégagé de la craie par l’efprit de vitriol. On le fait encore en imprégnant k » parois d’un vafe de dilïolution de foude, & en verfant dans ce vafe de l’acide de la craie; on le couvre d’une veffie mouillée , & au bout de quelques heures la combinaifon eft faite, la veffie elt enfoncée à caufe du vide qui s’elt formé dans le vailTeau , & le fel neutre eft dé- pofé en criftaux réguliers fur les parois. On peut auffi retirer la foude ou le natrum du fel marin, en décompofant celui-ci par le moyen de la litharge. Cette chaux de plomb to’HrsT. Nat. et de Chimie. *4$ contenant de l’aride craieux agit par une double affinité, i°. celle du plomb avec l’acide marin, qui forme un fel prefqu’infoluble, le plomb corné, 2°. celle de l’acide craieux avec ï’alkali minéral que l’on obtient alors dans l’état de foude craieufe. Il fuffit pour décompofer ainfi ce fel marin , & en féparer l’alkali minéral, de laiffier macérer la litharge avec le fel dans une petite quantité d’eau & à une température de iy degrés. La décompofition fe fait peu-à-peu,. & au bout de 3 ou 4 jours la lir» queur qui fumage une forte de magma contient l’alkali minéral craieux ; en la faifant évaporer on obtient cé fel criflallifé, & le magma contient du plomb corné ; tel eft le réfultat général des découvertes de Schéele fur cet objet. Je ne diffimulerai point que malgré l’exaditude de; ce célèbre Chimifîe , cette décompofition ne m’a pas paru réuffir auffi complètement qu’il l’annonce; je l’ai tentée plufieurs fois à la dofe d’une livre & je n’ai eu que quelques atomes de fel de foude dans la liqueur. La foude craieufe peut être employée comme le tartre craieux ; elle eft d’un ufage beaucoup plus multiplié pour les manufadures de verreries , de favon, &c. &c. Il efi donc très-né- ceffaire d’en augmenter la quantité, & de chers cher à la retirer en grand du fel marin. Kiij E r. Ê M E N s. lyd CHAPITRE VI. Genre II. Sels neutres imparfaits % A BASE d’aLKALI VOLATIL , OU SeL& AMMONIACAUX. L e s fels ammoniacaux font formés par la. combinaifon d’un acide avec PalJkalî volatil; , leur faveur eft en général urineufe , ils font tous plus ou moins volatils 8c plus décompofables que les fels neutres parfaits. Nous en connoif- fons fix fortes ; le vitriol ammoniacal , le nitre ammoniacal, le fel ammoniacal matin ou feî \ ammoniac proprement dit, le borax ammoniacal, le fpath ammoniacal & la craie ammoniacale. Sorte I. Vitriol ammoniacal. Le vitriol ammoniacal, ou fel ammoniacal vitriolique, eft le réfultat de la combinaifon fa- turée de l’acide vitriolique & de l’alkali volatil. On l’a nommé fel ammoniacal fecret de Glauber, parce que c’eft ce chimifte qui l’a découvert. Lorfqu’il eft bien pur, il fe préfente fous la forme d aiguilles, qui examinées avec foin font d’Hist. Nat. et de Chimie, i des prifmes comprimés à lix faces dont deux font très-larges, terminés par des pyramides à fix faces plus ou moins irrégulières ; prefque toujours cette forme offre des variétés qui s’éloignent de celle que nous venons de décrirç. Quelquefois ce fel paroît être en prifmes qua- drangulaires; j’en ai fcuvent obtenu en plaques quarrées & très-minces. La faveur de ce fel eft amère & urineufe j il eft aflez léger & très-friable. Comme il contient beaucoup d’eau dans fa criftallifation, il fe liquéfie d’abord à un feu même aflez léger; mais peu-à-peu il fe defsc- che à mefure que fon eau de criftallifation fe diffipe. Dans cet état il commence par rougir & fe fond bientôt fans fe volatilifer fui- vant Bucquet ; cependant M. Baumé annonce qu’il eft demi-volatil. En .répétant cette expérience, j’ai obfervé qu’en effet une partie de ce fel fe fublime , mais qu’il en refte une portion fixe dans levaiffeau; c’eft fans doute cette dernière dont a voulu parler Bucquet. Le vitriol ammoniacal n’éprouve prefque aucune altération de la part de l’air ; il ne tombe point en effforefceuce comme le fel de Glauber ; mais au contraire il ep attire légèrement l’humidité. t Il eft très-diff’oluble dans l’eau; deux parties K iy ÊtÏMEKf «l’ea-u froide en difiolvent une de ce fel 3 & Peau bouillante en diffout fon poids. Il criftallife pat? le refroidiffement, mais les plus beaux criflaux ne s’obtiennent cpie par l’évaporation infenfible •& fpontanée de fa difTolution. Il s’unit aulîi à la glace qu’il fait fondre en produifant beaucoup de froid. Il n’a point d’aédon fur les terres ni fur la magnéfie , quoique cette dernière fernble le décompofer à la longue fui vaut l’obferva- tion de Bergman., La chaux, la terre pefante & les alkalis. fixes purs en dégagent l’alkali volatil, comme nous le verrons à l’égard du fel ammoniac. Si l’on diflilîe du tartre craieux ou du natrum avec le fel ammoniacal vitriolique, il fe fait une double décompofition & une double oombinai- fon ; l’acide vitriolique fe porte fur l’alkali fixe pour former ou du tartre vitriolé ou du fel de Glauber fuivant la nature de l’alkali ; l’acide craieux dégagé fe volatilifant en mêroe-tems que le gaz alkaün , ces deux corps s’unuTent , êc il en refaite un fel ammoniacal particulier qui fe cnilaiiife dans le récipient. Nous reviendrons plus en détail fur cet objet dans l’hifioire du fel ammoniac. L’acide nitreux & l’acide marin en féparent l’acide vitriolique du vitriol ammoniacal commç Ils le font pour le tartre vitriolç. ^ffau infcnüblt ®ai|| ■ terres à rtlenÜ l’obfe;- •es afc- ! coeb noittS tnimarc tait ira XSmfMÆB- îliaJiliit h féie ; faoit K-ie® jVrife atticuSef BStP**' j^ite jlÉ^ J^CO ® 51 d’Hist. Nat. et de Chimie. if$ On ne l’a point trouvé jufqu’ici dans les produits de la nature. Cependant on lit dans l’elTai de crillallographie de M. Rome de Lille, 1772, page 17, que fuïvant M. Sage le fel ammoniac natif des volcans eft de cette efpèce. L’art le produit en combinant directement l’acide vitrioli- que & l’alkaü volatil, en décompofant des Tels terreux ou des fels métalliques par l’alkali volatil, ou enfin en décompofant les fels ammoniacaux nitreux, marin, craieux par l’acide vitriolique. Le vitriol ammoniacal n’elt d’aucun ufage, quoique Glauber l’ait fort recommandé dans les opérations de la métallurgie. Sorte II, Niïr î ammoniacal. Le nitre ammoniacal, ou fel ammoniacal nitreux, efl comme le précédent un produit de l’art. On le prépare en combinant direétement l’acide nitreux avec l’alkali volatil. Ses criftaux font des prifmes, dont le nombre & la difpo- fition des faces n’ont pas été bien examinés. M. Romé de Lifle dit qu’il eft fufceptible de criftalli- fer en belles aiguilles a irez femblables à celles du tartre vitriolé ; mais fes aiguilles font très-alon- gées , ftriées & beaucoup plus femblables à Celles du nitre ordinaire, cm’au tartre vitriolé. Sa faveur eft amère, piquante, un peu frai- If4 É L è M E N t che & urineufe. Sa friabilité efl la même que celle du vitriol ammoniacal. Lorfqu’on l’ex- pofe à faction du feu, il fe liquéfie, exhale des vapeurs aqueufes, fe defsèche, & long-tems avant de rougir il détonne feul fans le con- taâ d’aucune matière combufiible & même dans les vaiiïeaux fermés. Nous avions fait obferver dans notre première édition que cette propriété fingulière paroiffoit dépendre de l’alkali volatil, puifque le gaz alkalin femble avoir quelque cho- fe de combufiible , & puifqu’il augmente la flamme des bougies avant de l’éteindre. M. Ber- tholet ayant expofé du nitre ammoniacal à l’action du feu dans un appareil difiillatoire & pneu- mato-chimique, & ayant obfervé avec plus de foin qu’on ne l’avoit fait avant lui les phénomènes de cette opération , a remarqué que ce n’efi point une véritable détonation qui a lieu dans ce cas ; mais une décompofirion brufque Si rapidedans laquelle une partie de l’alkali volatil eft entièrement détruite ; l’eau que l’on obtient dans le récipient contient un peu d’acide nitreux à nud en proportion de l’alkali volatil décompofé , & celui-ci donne du gaz phlo- gifticjué ou mophette atmofphérique. En pefant le produit liquide de cette opération, on trouve plus d’eau qu’il n’y en avoit dans le nitre ammoniacal , & M. Berthelet penfe que cette eaa «s lt (j 'Hlêiitï fchliwt ' qadqotc Jujws, ndreJLi «kaliit arec pbi i tapie îiqué que; n mal» mn DWiQ u àtieïsï! 'eauft™ mpeufl» d’Hfst. Nat. et de Chimie, if? furabondante efl formée par l’union du gaz inflammable qui efl un des principes de l’alkaü volatil, avec l’air vital de l’acide nitreux. La mo- phette atmofphérique, autre principe de l’alkalî volatil fix fois plus abondant dans ce fel que le gaz inflammable, fe dégage & fe raffemble dans les cloches de l’appareil pneumatique. On ne fait fi ce fel efl fufible, car la première liquéfaction n’efl due qu’à l’eau de fa criflallifa- tion, & il fe difîîpe avant de palier à la fécondé. Il en efl de même de fa volatilité ; on ne peut en juger, puifqu’avant de fe fublimer il fe décompofe avec bourfoufflement. Il attire un peu l’humidité de l’air, fes crif- taux s’agglutinent & forment des efpcces de pelotons, Il efl très-diiïbluble dans l’eau ; il s’unit à la glace qu’il fait fondre , & il produit alors un froid confidérable. Il efl plus difoluble dans l’eau chaude que dans l’eau froide ; il n’exige qu’une demi-partie de la première pour être tenu en diffoîution, & i! tcriflallife par refroi- diflement; mais cette criflaîüfation efl irrégulière ; & pour obtenir des criflaux bien formés de ce fel, il faut avoir recours à l’évaporation fpontanée ou infenfible. Le nitre ammoniacal efl décompofe par la terre pefante, la chaux & les alkalis fixes* ïjvS Ë L f. M E N S comme le fel ammoniac fecret de Glauber. Le gaz alkalin féparé par ces fubflances cauf- tiques étant très-volatil & très-expanfible, la décompofition du nitre ammoniacal, comme celle des autres fels de ce genre, eft fenfible à froid, & elle s’opère en triturant ce fel avec la chaux; mais lorfqu’on veut procéder à cette décompofition par le feu dans des vaiffeaux fermés, il faut donner un degré de chaleur très- ménagé pour éviter fa combuftîon fpomanée. L’acide vitriolique dégage l’efprit de nitre de ce fel avec effervefcence, & il forme avec fa bafe du fel ammoniacal de Glauber ou du. vitriol ammoniacal. Le tartre craieux & la fonde craïeufe le dé- compofent & font mutuellement décompofés; il fe fublime dans ces opérations un alkali volatil concret que nous examinerons plus bas fous le nom de craie ammoniacale. Le fel ammoniacal nitreux n’ell d’aucun ufage. Sorte III. S e l Ammoniac. Le fel ammoniac eft la combinaifon de l’acide marin avec l’alkali volatil. Les anciens lui ont donné ce nom , parce qu’ils le tiroient de l’Ammonie, contrée de la Libye, où étoit fitué le temple de Jupiter Ammon. Ce fçl fe rencontre aux environs des volcans; d’Hist. Nat. et dë Chimie. *775 on l’y trouve fous la forme d’efïlorefcence & de grouppes aiguillés ou compaâes ordinaire* ment colorés en jaune ou en rouge, & mêlés d’arfenic & d’orpiment; on ne fe fert point de celui-ci, & l'on n’emploie dans les arts que celui que l’on prépare en grand comme nous allons l’expofer. La véritable origine de ce fel fadice n’a été connue qu’au commencement de ce fiée le, quoiqu’on s’en fervît dans un grand nombre d’arts depuis un tems prefqqp immémorial. C’elt par une lettre de M. Lemere , conful au Caire en 1770, qu’on a appris l’art de retirer le fel ammoniac des fuies de fiente de chameau, que l’on brûle au Caire au lieu de bois. On met cette fuie dans de grandes bouteilles rondes, d’un pied & demi de diamètre, terminées par un col de deux doigts de haut» & on les remplit de cette matière jûfqu’à quatre doigts près de leur col. Chaque ballon contient environ quarante livres de cette fuie & fournit à-peu-près fix livres de fel. On place ces vaifleaux fur un fourneau en forme de four , de forte qu’il n’y ait que leur col qui déborde. On allume le feu avec la fiente de chameau, & on le continue pendant trois jours & trois nuits. Ce n’eil que le deuxième & le troi- fième jour que le fel fe fublime. On cafTe enfuite IfS Ë tlMENS les ballons & on én retire les pains de fel foi blimé. Ces pains , qui nous font envoyés tels qu’ils ont été retirés des ballons en Egypte, font convexes & inégaux d’un côté, & offrent dans le milieu de cette Face un tubercule qui défigne le col du vaifleau où ils ont été fubli- més. La face inférieure efl concave & falie, ainfi que la fupérieure, par une efpèce de fuie* Pomet a indiqué un fel ammoniac, venant par la voie de la Hollande, 8c qui étoit en pains tronqués femblable# aux pains de fucre. Geoffroy qui le premier a découvert en France les matériaux de ce fel, 8c qui a deviné le procédé employé au Caire pour le préparer, a découvert que cette fécondé efpèce de fel ammoniac fe fait aux Indes ; qu’il fe prépare en beaucoup plus grande quantité qu’en Egypte, & qu’il ne diffère de ce dernier que par la forme, puifqu’il efl également fublimé. En effet, ces pains de quatorze à quinze livres font creux à leur bafe & formés de differentes couches» Le cône efl tronqué, parce qu’on enlève la pointe qui n’efl qu’une matière impure. M. Baume a établi aux environs de Paris une manufaâure de fel ammoniac, où l’on fabrique entièrement ce fel, en quoi il diffère de la préparation des Egyptiens, qui ne font que l extraire. Le fel de M. Baumé a encore fut Hfeï is % ''b&oi; «aîwofe ont étéiî ■fpccei; K,terjn : ttits; ï facrî-Q «Frat né le pic rer, adén t fei as pareenba foe,. a h brut i eâet, « , ta œ rtescou^ 3/1 enlÈn- mpure j'on 10- iief*' b’Hist. Nat. et ce Chimie, rfâ celui d’Egypte l’avantage d’être beaucoup plus pur. _ / La faveur du fel ammoniac efl piquante, âcre & urineufe. La forme de fes criflaux efl une pyramide hexaèdre très-alongée ; celle en barbe de plume n’eft. que la réunion de toutes ces pyramides, qui fe font rapprochées fous des angles plus ou moins aigus. M. Rome de Lille penfe que les crillaux du fel ammoniac font des octaèdres réunis. On trouve, quoique rarement, des crillaux cubiques de ce fel, au milieu de la partie concave & creufe de leurs pains fublimés. Ce fel a une propriété phyfque alTez lîngu- iière ; c’eft une forte de duâilité, ou d’élafli- cité , qui fait qu’il faute fous le marteau, & qu’il fe laiffe plier fous les doigts , ce qui le rend difficile à réduire en poudre. Le fel ammoniac efl entièrement volatil, mais il demande un coup de feu allez fort pour fe fublimer. On emploie ce moyen pour l’obtenir très-pur, & privé d’eau autant qu’il efl pof- lible. On le met en poudre dans des matras, qu’on plonge dans un bain de fable jufqu’aut milieu de leur capacité ; on les chauffe par degrés pendant plufieurs heures. Par ce procédé, on obtient une malle compofée d’aiguilles cannelées 8c appliquées fuivarit leur longueur. Lorf- E L Ê M E N *, que l’opération a été conduite avec ménàge4 ment, on trouve fouvent dans le milieu de ces pains, des criftaux cubiques très-réguliers; mais fi bn a chauffe trop fortement , on n’a qu’une malfe informe très-denfe à demi-tranf. parente & comme fondue. M. Baumé a obfervé qu’en fublimant plu- fieurs fois ce fel, il s’en dégage à chaque fois un peu d’alkali volatil & d’acide marin ; de forte qu’il ferait peut-être poflîble, fuivantce chimifle , de décompofer le fel ammoniac pat des fublimations répétées. Ce fait demande à être confirmé. Le fel ammoniac n’eft point altérable à l’air ; il s’y conferve très-long-tems fans éprouver de changement fenfible. ' ( Il eft très-diffoluble dans l’eau. Six parties d’èau froide fuffifent pour diffoudre une partie de ce fel. Il produit dans cette difïolution un froid confîdérable ; ce froid eff encore plus vif lorfqu’on mêle ce fel avec de la glace. On fe fert avec avantage de ce froid artificiel pour donner naiffance à plufieurs phénomènes qui n’auroient point lieu fans cette circonflance, tels que la congélation de l’eau , la criffallifation de certains fels, la conferyation & la fixation de quelques liquides très-évaporables, &c. L’eau bouillante diffout prefque fon poids de fel d'ïÏist. Nat. et de Chimie. ï5u fél ammôniâc : ce fel criftallife par refroidit- fement, mais fes criflaux les plus réguliers s’ob-' tiennent comme ceux des autres fels , par l’évaporation fpûntanée ou infenfible. Souvent une difiblution très-chargée de ce fel renfermée dans un flacon, lailîe dépofer au bout de quelques jours, des criflaux en panaches formés par un filet moyen auquel un grand nombre d’autres filets fe réunifient perpendiculairement , & ceux-ci en foutiennent d’autres plus petits, de forte que l’enfemble imite parfaitement une végétation. J’ai obfervé plufieurs fois ce phénomène dans mon laboratoire (i). Le fel ammoniac n'eft pas décompofé par (i) Il n’eft aucun chimifte qui n’ait éprouvé combien il eft intéreflant de vifiter de teins a autre les produits confervés dans un laboratoire , fur-tout les diffoiutions des fels. Lorfque le hafard préfente quelques obfervationS curieufes, on doit les noter fur-le-champ , afin de ne pas laiflër perdre des faits qui peuvent devenir très-inaportans. C’eft ainfi que j’ai vu un grand nombre de fois fe formée des criflaux que je n’avois pu obtenir par l’évaporation» 11 arrive encore qu’en remuant ou débouchant les flacons,; il s’y dépofe, peu de tems après, des criflaux dont l’agitation & le contaft de l’air favorifent fingulièrement la nailfance. Cette note , inutile pour ceux qui travaillent ■depuis long-tems, n’eft qu’en faveur des perfennes qui 1^ propofent de fe livrer aux recherches chimiques. Tome II, L iS :2 Ê iis ÎU8 l’argile. La magnifie ne le décompofe que 1res* difficilement & en partie comme l’a obfervé Bergman. Si on met dans une fiole un mélange de magnéfie & de diffolution de fel ammo- ïaiac, il fe dégage, fuivant la remarque du célèbre chimifle d’Upfal, des vapeurs d’alkali volatil au bout de quelques heures ; mais ce dégagement cefTe bientôt, & il n’y a que trcs-peu de Tel ammoniac décompofé. La chaux ainfi que la terre pelante féparent ialkali volatil du fel ammoniac même à froid, îî fuffit de triturer ce fel avec la chaux vive, pour qu’il fe voiatilife fur le-champ du gaz alkalin, dont l’odeur frappe vivement les nerfs. En faifant cette expérience dans des vailTeaux fermés, on peut recueillir l’alkali volatil; mais cette opération n’étant pas encore allez bien développée dans les auteurs, quoique les con- jioi Tances modernes aient permis de la rendre & plus exacte & plus fûre, nous croyons devoir in fi lier fur fa defcription. Si l’on emploie de la chaux très-vive & du fel ammoniac bien fec, & fi l’on chauffe ce mélange dans une cornue dont le bec plonge fous une cloche pleine de mercure, on obtient pne grande quantité de gaz alkalin. On fait aâuellement pourquoi, lorfqu’on dillilloit un Jtareil mélange dans des ballons fans l’appareil fo’HrsT. Nat. et de Chimie, i 6% pneumato - chimique , on n’obtenoit prefqud point de produit, & pourquoi l’on étoit expofé aux dangers de la rupture des vaifTeaux. L’état de raréfaétion, & la quantité de gaz alkalin qui fe dégage dans cette expérience , ep font la vé» ritable caufe. M. Baumé qui a fenti Une partie de ces inconvéniens, a conseillé de mettre de l’eau dans la cornue. Ce fluide abforbe en effet une partie du gaz alkalin, & fentraîne avec lui} mais comme ce gaz ell beaucoup plus volatil que l’eau, on en perd toujours la plus grandç quantité. Les chimifles qui connoi'Tent aujour- d’hui la grande affinité de ce gaz avec l’eau , & fa fingulière volatilité, emploient avec grand fnccès, pour cette opération, l’appareil de M, Woulfe; ce procédé ingénieux confifle à adapter à un ballon à deux pointes , une bouteille vide , à laquelle on en joint deux ou quatre autres collatérales , qui communiquent enfem- ble à l’aide de fyphons. On met dans une cor- rue de grès dellinée à être luttée avec le ballon, la chaux vive & le fel ammoniac fec en poudre ; on chauffe lentement & avec beaucoup de précaution, jufqu’à faire rougir & même vitrifier le fond de la cornue. Le gaz alkalin, dégagé par la chaux, paffe dans le ballon & dans les bouteilles -, il s’unit à l’eau avec chaleur, la fature, 8c forme dans les premières L ij ' - E t t M Ë N S bouteilles l’efprit alkalin le plus cauflique pot fible. Par ce moyen il ne Te perd aucune por* lion d’alkali volatil, & on a de plus les avantages de bien pouvoir conduire fon opération, d’avoir un produit très-pur & trcs-blanc, de D’être point affecté par la vapeur, & enfin de n’avoir rien à craindre pour la rupture des vaif- ièaux. Nous nous Pommes aufiî a/Turés, feu M. Bucquet & moi, par un grand nombre d’expériences , qu’il ne faut qu’une partie & demie de chaux, au lien de trois qu’on employoit ordinairement, pour décompofer une partie de Tel ammoniac. La chaux éteinte à l’air décom- pofe ce fel, de meme que la chaux vive. Le réfidu efl du fel marin calcaire , que nous examinerons par la fuite. Cette opération prouve que la chaux a plus d’affinité avec l’acide matin que n’en a l’alkaü volatil. Les deux alkalis fixes décompofent le fel ammoniac, comme le fait la chaux , & ils en dégagent de même l’alkali volatil pur & fous forme de gaz. On peut les employer comme la chaux pour obtenir l’alkali volatil fluor; mais on ne fait point ordinairement cette opération dans les laboratoires, parce qu’elle coûte beaur coup plus cher que la décotnpofition par la chaux vive, & parce que celle-ci remplit absolument le même but. d’Hist. Nat. et de Chimie, r&f Les acides vitriolique & nitreux féparent l’acide marin de ce fel, & s’unifient à fon alkali volatil avec lequel ils ont plus d’affinité. Le réfidu de ces décompofitions confiitue le vitriol & le nit-re ammoniacal. Les fels neutres n’ont aucune aâi'on fur Le ' fel ammoniac. Il n’y a que ceux qui font formes par l’acide craieux , le tartre craieux & la. fonde eraieufe qui le décompofent. II s’opère dans ces mélanges une double décompofition & une double combinaifon. En effet, tandis que l’acide marin s’unit aux alkalis fixes pour former le fel fébrifuge ou le fel marin , l’acide craieux qui eft féparé de ces derniers fe reporte fur l’alkali volatil dégagé, & forme avec lui un fel neutre ammoniacal, qui fe fublinve en crifiaux dont l’intérieur du ballon efi tapif- fé, & que nous appelons craîe ammoniacale ou fel ammoniacal craieux. Pour faire cette opération , on mêle une partie de tartre craieux ou de fonde eraieufe bien fecs, avec une partie de fel ammoniac fublimé en poudre; on introduit ce mélange dans une cornue de grès, à laquelle on adapte un grand ballon, ou mieux une cucurbite de verre ; on donne le feu par degrés, jufqn’à ce que le fond de la cornue foit rouge. Il fe fublime dans la cucurbite uu fel blanc bien criflalliié ; ( c’eft le fel ammo* Liij t 66 Élément niacal craieux. ) II palTe aufii un peu d’humidité ; le réfidu cd du fel fébrifuge ou du fel marin fuivant l’alkali fixe qu’on a employé. On retire par ce moyen , une quantité très-confia dérable de ce.fel , qui équivaut prefqueaux deux tiers de fel ammoniac employé. Ce phénomène avoit fait penfer à M. Duhamel qu’il palToit un peu d’alkali fixe avec l’alkali volatil. Il efl aifé de concevoir, depuis que les expériences modernes ont éclairé cette théorie, que c’efi à l’acide craieux de l’alkali fixe qui s’eft reporté fur l’alkali volatil, qu’cft due la quantité confidérable de fel fublimé que l’on obtient. Cependant jufqu’à ces derniers teins, on avoit toujours regardé cet alkali volatil concret, comme le plus pur, & on lui avoit attribué la propriété de criftallifer, de faire effer- vefcence ave^ les acides, tandis que celui qu’on obtient par la chaux , & qui eft le véritable alkali volatil pur, paifoit pour un fel altéré,, & en partie décompofé. On doit apprécier, d’aprcs cela , combien les découvertes du docteur Black ont jeté de jour fur les matières fuîmes ; & l’on ne peut s’empêcher de dire qu’elles ont créé une chimie entièrement neuve. Les ufages du fel ammoniac font fort étendus. Fn médecine, on l’emploie comme fon- - dam à l’intérieur, à la dofede quelques grains» \ b’Hist. Nat, et de Chimie, i 6 j dans les ebflrucHons, les fièvres intermittent tes, &Cr II agit à l’extérieur comme un puif- fant antifeptique dans la gangrène&c, &ci On s’en fert dans un grand nombre d’arts; mais fpécialement dans la teinture, dans Ies^ opérations de métallurgie relatives à la réunion ou à la foudure de diftèrens métaux ; les chaudronniers remploient pour décaper la furface. du cuivre qu’ils veulent étamer. Sorte IV. Sel ammoni ac a t- sÉi> atif. Le fel ammoniacal fédatif ou le borax am^ moniacal ell la combinaifon du fel fédatif avec l’alkali volatil. Perfonne n’a encore exa-> miné ce fel neutre. Voici ce que j’ai obfervé fur quelques-unes de fes propriétés. J’ai diffous du fel fédatif bien pur dans de l’alkali volatil caufliqtie, jufqit’à ce que la fa-> turation m’ait paru complette ; j’ai étendu cette difïbîution dans un peu d’eau, & j’ai fait évaporer au bain de fable environ moitié de la liqueur ; elle a fourni par le refroidiflement une couche de criflaux réunis, dont la furface offrait des pyramides policdres. Ce fel a une faveur piquante & urineufe ; il verdit le lirop de violettes; & il perd peu-à-peu fa forme criftalline , & devient d’une couleur brune pat le contact de l’air ; il‘ paraît aiïezt dilToIublc- L i y E L É M E N S dans l’eau ; la chaux en dégage l’alkali volatil. Telles font les principales propriétés que je lui ai reconnues par un premier examen ; mais je n’ai point tenté allez d’expériences pour en conno.ître plus a fond la nature. Le borax ammoniacal n’elt abfolument d’aucun ufage. Sorte V. S El AMMONIACAL S P AT H I QUE. Il en eft de ce fel, comme du précédent; on n’a point encore reconnu les propriétés qui le diüinguent des autres fels ammoniacaux; plufieurs chimiftes l’appellent fpath ammoniacal ou fluor ammoniacal. M. Boullanger s’accorde avec M. Schéele à dire que l’acide fpathique combiné avec l’ai— Itali volatil ne criftallife point , mais forme une gelée qui donne des vapeurs analogues à celles de l’acide marin , par l’addition 'de l’acide vitriolique. Ces deux chimiftes n’ont point examiné les autres propriétés de cette elpcce de fel ; mais ils en ont vu affez pour faire diftin- guer l’acide fpathique de l’acide marin. Sorte VI. Sel ammoniacal craieux. Nous donnons le nom de fel ammoniacal craieux ou de craie ammoniacale, à celui que l’on appeloit autrefois alkali volatil concret, 8c ï)’Hist< Nat. et ce Chimie. qui efl véritablement une combinaifon faline neutre de l’acide craieux avec l’alkali volatil pur. Il n’exifle pas pur & ifolé dans la nature. On le retire de prefque toutes les fubftances animales par l’aétion du feu. On le forme aulïï par l’union direâe de l’alkali volatil cauflique avec l’acide craieux , foit en agitant cet alkali dans une cuve en fermentation , foit en faifant palier de l’acide craieux dans l’efprit alkali volatil ; •foit en verfant cet acide dans un vailïèau, fur les parois duquel on a mis des gouttes d’alkali volatil cauüique. Dans tous ces cas on voit bientôt fe former des crillaux de craie ammoniacale. On l’obtient encore en décompofant le fel ammoniac par les fels neutres craieux, & fur - tout par le tartre craieux & la foude craieufe. Il efl fufceptibîe de prendre une forme régulière ; fes crillaux parodient être des prifmes à plufieurs faces. M. Bergman les défigne par des oétaedres ayant quatre de leurs angles tronqués. M. Rome de Lille a vu des grouppes de ce fel, dans lefquels il étoit fous la forme de petits prifmes tétraèdres comprimés, terminés à leur extrémité fupérieure par un fommet dièdre. Sa faveur efl urineufe, mais beaucoup moins ï^o Êii «ÏKJ forte que celle de l’alkali volatil cauftiqne; foit odeur r quoique femblable à celle de ce dernier, eft auffi beaucoup moins énergique ; il verdit lefiropde violettes , & nous croyons néceffaire d’obferver ici relativement à cette dernière propriété que l’acide craieux n’eil pas le feul qui- ne détruit point complètement les propriétés des alkalis auxquels il eft combiné, & que- ce n’dt point une raifon pour refufer le nom de fefs neutres aux alkalis faturés par cet acide- foible, puifque le fel fédatif a la même propriété, quoiqu’aucun chimifte moderne n’ait élevé des doutes fur la nature faline, neutre dit borax. Le fel ammoniacal craieux eft très-volatil, & la moindre chaleur le fublime en entier. S’il efl bien criflallifé , lorfqu’on le chauffe , il commence par fe liquéfier à l’aide de l’eau de fa crifîallifation; mais il fe volatiüfe prefqu’enmême teins, de manière qu’il eft très-difficile d’avoir ce fel bien criflallifé & bien fec. Il eft très-diffoluble dans l’eau ; il produir du froid dans cette diffolution, comme tous les fels neutres crîflallifés ; cette propriété , très- différente de celle de l’alkali volatil pur qui' donne beaucoup de chaleur en fe combinant avec l’eau, fuffiroit pour le ranger parmi les fels neutres. Deux parties d’eau froide en dif- ^tr, Icfec!;. tt p;*-. nc iiç «fit- ««tuf «aep ifaeà tKIltltS snMf raer. S Fc, i las- fai de à JOKI* 5 * &«> ■cofr.bi^ t d^Tist. Nat. et de Chimie. 171* folverit plus d’une de fel ammoniac craieux l’eau chaude en dKTout plus que fon poids; mais comme i! fe diiïipe à la chaleur de l’eau bouillante, on ne peut, fans rifque d’en perdre beaucoup, emplojer ce moyen pour le faire c iflalli er. Il s’humeéte légèrement à l’air, fur-tout lorf- qu’il n’efl pas entièrement fatnré d’acide craieux. Les terres n’ont pas plus d’action fur lui que fur les autres fels ammoniacaux. La magnéfie ne le décompofe que très-foiblement. La chaux le décompofe comme le vrai fel ammoniac , en s’emparant de fon acide avec lequel elle a beaucoup d’uflmité. Si l’on verfe de l’eau de chaux dans une diflblution de fel ammoniacal craieux, il fe fait fur-le-champ un précipité, & l’on fent une odeur vive d’alkali volatil. La chaux s’eft emparée de l’acide craieux avec lequel elle a formé de la craie qui s’efl précipitée, & l’alkali volatil s’eft féparé. La chaux vive 1 .1 titrée avec le fel ammoniacal craieux, en dégage fur-le-champ du gaz alkalin. En mettant ce mélange dans une cornue, on peut obtenir à l’aide de l’eau placée dans les bouteilles de l’appareil de Woulfe , l’alkali volatil cauf- tique ou fluor, ainfi qu’on l’obtient du fel ammoniac diflillé avec le même intermède. Cette jdécompofition prouve que la chaux a plus " t-ji Eiübîsï d’affinité avec l’acide craienx que n’en a l’alfelj volatil ; ce qui eü également démontré pour les autres acides. L’alkaü fixe caufKque décompofe le fel ammoniacal craieux, comme le fait la chaux,eu féparant l’alkaü volatil, & en s’unifiant à foa acide. Enfin les acides vîtriolique , nitreux, marin & fpathique , ont plus d’affinité avec l’alkalj volatil que n’en a l’acide craieux. Lorfqu’on verle un de ces acides fur le fel ammoniacal craieux, il fe produit une vive effervefcence due au dégagement de l’acide craieux. Si on fait cette décompofition dans un vaiiTeau étroit & allongé , on peut reconnoître la préfence de l’acide craieux, en y plongeant une bougie qu’tl éteint, de la teinture de tournefol qu’il fait pafTer au rouge , & de l’eau de chaux qu’il précipite. Ces décompofilions du fel ammoniacal craieux paî la chaux & I’aîkali fixe qui s’empare de fon acide , en féparant l’alkaii volatil, & par les acides qui dégagent l’acide craieux' en s’unifiant à lalkali, démontrent clairement la nature du fel ammoniacal craieux. Bergman a trouvé , par des expériences exactes, qu’un quintal de ce fel criflallifé contient quarante cinq parties d’acide craieux, quarante-trois de gaz aîkalin, & douze d’eau. Comme il y a plus d’acide dans i 'Hfd, b dut uoiüstj lâtreaj.; ^ avec fi Wfl'OEî mccaloï wdnti; on fît » trait 4 il ixtdefi 0 qu’il® fait pi: p mkC Ictsmp & parles* 1 tu stf 2 1 1* ^de; ‘■M* c’Hist. Nat. et Chimie. Vjf te fel que dans le tartre craieux, & dans ce dernier plus que dans la foude craienfe , ce favar.t chimifte en conclut que plus la bafe al- kaline ell foiblç, & plus elle demande d’acide pour être faturée. L’acide du borax ou fel fé~ datif ne décompofe point à froid la craie ammoniacale ; mais lorfqu’on verfe fur ce dernier fel une diflblution bien chaude d’acide fédatif, il fe produit une effervefcence trcs-fenfible ; on leconnoît le dégagement de l’acide craieux par les moyens ordinaires, & l’on trouve au fond du vafe un vrai borax ammoniacal. Cette expérience que j’ai répétée bien des fois, prouve que la chaleur modifie ou change les loix de l’attradion éledive ou de l’affinité, domine l’a obfervé Bergman. Le fel ammoniacal craieux n’a point d’adion fur les fels neutres parfaits. Nous verrons plus bas qu’il décompofe les fels neutres calcaires par la voie des doubles affinités , ce que ne fait point l’alkali volatil pur & cauftique. Cette belle découverte de Black explique pourquoi les chimiftes avoient dit que l’alkali volatil a plus d’affinité avec' les acides que la terre calcaire. Le fel ammoniacal craieux efl employé en médecine comme fudorifique, anti-hyftérique, &c, On le mêle ayec quelques matières aro- I 1*74 Ê L È M Ê N S manques. Il a été regardé prefque comme fp§, eifique dans les morfures de la vipère ; mais M. l’abbé Fontana s’eft élevé avec raifon contre cette opinion. Plufreurs ont confeillé l’alkali volatil craieux ou concret comme anti-vénérien, rexpérience n’a point encore prononcé fur ce point ; & tout ce que l’art de guérir pofsède de connoiïïances exaâes fur cet objet fe réduit à favoir que ce fel efl purgatif, incifif, diurétique , diaphonique , fondant, & qu’il a un effet très-marqué dans toutes les maladies qui dépendent de FcpaifCfiement de la lymphe; comme quelques accidens vénériens , les dé* pots laiteux, les engorgemens fcrophuleux,&c. On l’adminiflre à la dofe de quelques grains dans des boifîons appropriées, ou bien dans des mélanges opiatiques ou pilulaires. eTïtst. Nat. et de Chimie. 171* CHAPITRE VII. Genre III. Sezs neutres r, lacair.es, - J Sorte I, Vitriol de chaux, Sélénite, Gypse. JLâ combinaifon de l’acide vitrioüque avec la chaux, porte le nom de vitriol calcaire, fé- lénite, plâtre ou gypfe. Ce fel exifle .en grande -quantité dans la nature. Il forme fouvent des partes ou couches immenfes comme on peut Fobferver à Montmartre près Paris ; les montagnes de cet endroit font entièrement remplies -de lits de félénite ou. de plâtre, enveloppés ou recouverts d’une efpèce.,de marne argiîeufe qui l’accompagne prefque conilamment. Ce fel n’ayant que très-peu de faveur & de diiïolubilité, les naturalifles l’ont depuis long- tems regardé comme une fubltance pierreufe, & ils en ont diflingué beaucoup de variétés à raifon de la diverfité des formes qu’il pré fente &. de fon plus ou moins de pureté • nous ne citerons ici que les principales. \%*f6 Ê L i: M è N s Principales variétés de la féténhè . 1. Sélénite en lames rhomboïdales. Elle a une trànfparence glaceufe ; les mor* ceaux qui fe trouvent dans les cabinets, fontir- réguliers; mais ils fe fendent toujours en lames rhomboïdales. Telle eft celle de S. Germain, de Lagny, &c. 2. Sélénite cunéiforme ou en fer de lance. Elle elt formée de deux triangles fcalcnes, réunis dans le milieu, dont chacun eft compofé de lames triangulaires, fuivant l’obfervation de M. de la Hire : on nomme cette félénite, pierre fpéculaire, miroir d’âne, ou talc de Montmartre* 3. Sélénite rhomboïdale décaèdre. Telle eft celle que l’on trouve dans les car* pères de Paflÿ. q.. Sélénite prifmatïque décaèdre. Elle eft formée de prifmes hexaèdres, terminés par des pyramides dièdres, ou par un angle rentrant. On en trouve en Suifte, &c. I". Sélénite en crêtes de coq de Montmartre. Cé font des amas de petits criftaux lenticulaires, placés obliquement les uns à côté des autres. Ils font formés par la réunion des fers de lance dont nous avons parlé dans la variété 2. 6 . Sélénite foyeufe ou ftriée, gypfc foyeux de la Chine. On en trouve en Franche-Comté, dans l’An- goumoisj üt, «ISQllij S- Gêna ïk las h kk n eûcoaa Menas; faite, p Mme: Ire. dmleîs e. pnst®^ \00 « les & f? 5 ' f d’Hist. Nat» et de Chimie, 177Ç Variétés, •goumois, &c. elle eft formée de prifmes très- fins, réunis en faifceaux, le plus fouvent brillans & comme fatinés. Il eft très-difficile d’y recon- noitre les lames rhomboïdales que l’on trouve dans toutes les autres variétés. 7. Gypfe commun , ou pierre à plâtre. Cette fubftance eft d’un blanc plus ou moins .gris, parfemée de petits criltauxbrillans, faciles à égrener avec le couteau. Elle fe trouve difpo- .fée par couches, & elle forme la plupart des montagnes des environs de Paris. On faura par la fuite que ce n’eft point de la félénite pure , 8 c qu’elle doit fa propriété de bon plâtre après fa cuiflon , au mélange d’un autre fel terreux. 8. Albâtre gypfeux. C’eft une forte de pierre à plâtre, plus dure & plus ancienne que la précédente, dont elle ne diffère que par une demi-tranfparence, une cou* leur grife jaunâtre, & une difpofition par petites couches plus ou moins variées. On en trouve beaucoup à Lagny près de Paris. Celui-ci eft un des plus blancs ; il eft quelquefois veiné & taché de jaune, de gris, de violet ou de noir. & au jet d’air vital lancé fur le charbon ardent. La félénite mife fur un fer chaud devient phofphorique ; cette propriété eff commune à tous les fels calcai es. La chaux la préfentè auffi dans fon extinction comme nous l’avons vu# La félénite n’éprouve point d’altération très- marquée par le contaél de l’air ; cependant les lames brillantes & polies de ce fel neutre terreux Mij Eiïmeks fe temiffent, prennent les couleurs de I’irîs, fe délitent par couches, & finilTent par fe détruire dans l’atmofphère ; mais ces phénomènes font dus à l’adion combinée de la chaleur, de l’eau & de l’air. La félémte eft di Soluble dans l’eau quoique d’une manière .peu fenfible. Il faut, fuivant Mef- fieurs les chimiltes de Dijon, environ cinq cens parties d’eau pour dillbudre une partie de félé- i^te. L’eau chaude n’en diffout pas davantage. F» évaporant cette difToludon , on n’en obtient point de criflaux femblables à ceux que préfente la.nature, & l’on n’a que des feuillets, ou des petites aiguilles qui fe précipitent à mefure que la liqueur bouillante s’évapore. Les lames que donne l’évaporation de l’eau féléniteufe font fpuvent brillantes , & lorfqu’on les examine de près, elles paroifïent formées par des aiguilles très-fines, réunies fur leur longueur. La terre pefante a plus d’affinité que la chaux avec l’acide vitriolique, & elle décompofe la fé- lénite fuivant Bergman. - L’alkali fixe décompofe également ce fel neutre ; en verfant de l’alkali fixe caultique dans Une difTolution de félénite, il fe forme un précipité blanc en floccons comme mucilagineux, qui fe raiïemblent allez promptement au fond 'des vafes, & que l’on reconnaît aifément pour d’Hist. Nat. et de Chimie, t&fl de la chaux vive par quelques expériences. Si l’on fait évaporer la liqueur qui lurnage , on obtient du tartre vitriolé, ou du fel de Glau-i ber, fuivant l’aikali fixe végétal ou minéral qu’on a employé. L’aikali volatil qui a moins d’affinité avec tous les acides que n’en a la chaux, ne décom- pofe point la félénite , fi cette dernière elt très- pure, & fi l’aikali volatil employé efl très-cauf- tique ; car fi l’eau dans laquelle la félénite eft diflbute contient quelque fel à bafe de magnéfîe ou d’argile comme celle des puits de Paris , l’aikali volatil occafionne un précipité dans ces derniers. Pour réuffir dans cette expérience, il faut diflbudre du fpath calcaire dans l’aeide vitriolique pur , & étendre cette félénite dans de l’eau diftillée; l’aikali volatil cauflique verfé dans cette diiïblution, ou mieux encore le gaz alkalin qu’on y fait paffier, n’y occafionne aucun précipité. La félénite n’a point d'action fur les feîs neutres parfaits vitriolîques; mais elle décompofe des nitres & les fels marins à bafe d’alkalis fixes. Il fe forme du tartre vitriolé ou du fel de Glau- ber, & du nitre ou du fel marin calcaire. Ces décompofitions ne font fenfibles que lorfqu’on évapore les liqueurs où elles ont lieu, parce qu^ les nouveaux fels qui en réfultent relient en Miiî t 82 E L Ê M E N S didolution. Le tartre craieux eft décompofé par la félénite, qu’il décompofé en même-tems. Il y a donc double décompofition & double com- biuaifon dans ce mélange. L’acide vitriolique quitte la chaux pour s’unir à l’alkali fixe, & former du tartre vitriolé ; l’acide craieux féparé de l’alkali végétal, s’unit à la chaux, & forme -avec elle le fel connu fous le nom de craie. La foude craieufe décompofé de même la félénite, & eft aulTi décompofée par ce fel. Il fe forme dans ce mélange du fel de Glauber par l’union de l’acide vitriolique avec l’alkali fixe minéral, & de la craie par la combinaifon de la chaux & de l’acide craieux. Le fel ammoniacal craieux décompofé la félénite à l’aide des doubles affinités ; tandis que l’acide vitriolique fe porte fur l’alkali volatil, la chaux ell féparée de l’acide vitriolique par l’acide craieux, avec lequel elle a une très grande affinité , & forme avec ce dernier de la craie qui fe précipite. Cette décompofition eft fi fenfible & fa caule efl fi bien connue depuis les découvertes du célèbre Black, que fi l’on laide quelque temsex- pofé à l’air un mélange de didolution de félénite & d’alkali volatil cauftique, ce mélange ; dont la tranfparence refie parfaite dans le moment qu’il eft fait, préfente bientôt un nuage d’Hist. Nat. et ï>e 'Chimie. ï$$ Remarquable à fa furface, en raifon de l’acid £ craieux qui fe précipite de l’atmofphère & qui donne naiffance à une double affinité; le même phénomène a lieu en faifant paffier quelques bulles d’acide craieux dans la liqueur. Comme on croyoit que falkali volatil concret, ou le fel ammoniacal craieux; étoit l’alkali volatil pur , Geoffroy fondé fur ce que ce fel précipite réel** lement la féiénite, a cru que cet alkali avoit plus d’affinité avec l’acide vitriolique, que n’en a la chaux., La féiénite elî décompofée par les matières combullibles , & forme du foufre, par la coin-* binaifon du phlogiffique de ces fublîances aveG l’acide vitriolique fuivant Stahl , ou par la dé- compofition de cet acide & la féparation de fon air vital par le charbon fuivant M. Lavoifier, ou par l’un & par l’autre de ces effets réunis fuivant plufieurs modernes. * La féiénite pure & criftallifée eft confervéff avec foin dans les cabinets d’hiftoire naturelles, on s’en fert après fa calcination, & en la. détrempant dans l’eau pour-couler des Hautes^ des modèles , 8’HrsT. Nat. fer de Chimie. 187 ^tems, perd fon acide qui fe décompofe pat l’adion de la chaleur. E11 faifant cette upera- tion dans une cornue dont le bec elt plongé fous une cloche pleine d’eau, on obtient beaucoup d’air déphlogiftiqné très-pur, & fur la fin un peu d’acide craieux. Le réfidu eft de la chaux unie à une certaine quantité d’acide nitreux phlogiftiqué fi l’on n’a employé qu’un feu médiocre & pendant trop peu de tems ; mais ou peut obtenir par ce procédé la chaux très-vive, en donnant un très-grand degré de feu, & en le continuant aflez long-tems pour décom- pofer entièrement l’acide nitreux. Cette décom- pofition de Pacifie nitreux , eft abfolument fem- blable à celle qu’il éprouve lorfqu’on diftille le nitre ordinaire, comme nous l’avons expofé dans l’hiftoire de ce fel neutre. Le nitre calcaire attire très-vite l’humidité de l’air ; aulfi eft il nécefiaire de le tenir dans des vaüTeaux bien fermés, fi on veut le conferver en criftaux ; on le voit même fe fondre allez promptement fi l’on débouche trop fouvent les flacons qui le contiennent. Ce fel eft très-diftolubie dans l’eau ; il ne faut que deux parties de ce fluide froid, pour dit* foudre une partie de nitre calcaire; l’eau bouillante en diflout plus que fon poids. Pour l’obte-< nir criftallifé , il faut faire évaporer fa difFoIu^ *8g Ë E iï M E N Ê tion, & Iorfqu’elle a acquis une confiflance na» peu moindre que celle de firop, l’expofer dans on endroit frais ; il s’y forme alors des criftaux prifmatiques très - allongés , & qui préfentent ordinairement des faifceaux dont les aiguilles divergent d’un centre commun. En expofant une diffolution de nitre calcaire un peu moins évaporée que la précédente , à une température sèche & chaude, il s’y forme à la longue des prifmes plus réguliers, & femblables à ceux que nous avons décrits au commencement de cet article. Le fable & l’argile décompofent le nitre calcaire , 8c en féparent l’acide. La terre pefante le décompofe comme la félénite, fuiyant Bergman ; la magnéfie ne lui fait éprouver aucune altération fenfible. M. de Mor> veau a obfervé que l’eau de chaux verfée dans une diffolution de nitre calcaire, y occafionne un précipité. Il attribue cet effet au phlogiiliqns de la chaux vive, & il penfe que cette dernière a plus d’affinité avec l’acide nitreux, que n’en a la chaux qui Lui eft unie, & que cet acide a déjà dépouillée de fon phlogiilique. Ce chi- ■mifle n’a malheureufement pas examiné la nature du précipité; cet examen auroit vraifem- Jblablement fourni quelques lumières fur cette üngulière expérience. M. Baumé avoit déjà ob- ist. Nat. et de Chimie. i%it fèrvé qu’une diffolution de fpath calcaire dans l’acide nitreux eft précipitée par l’eau de chaux, mais il avoit attribué ce phénomène à un peu de terre argilcufe, contenue dans le fpath. On fait aujourd’hui que cet effet peut dépendre de la magnéfie qui accompagne très - Ibuvent les matières calcaires. Les alkalis fixes s’emparent de l’acide nitreux du nitre calcaire & en précipitent la chaux* L’alkali volatil cauflique bien pur, ne le décom- pofe pas plus qu’il ne fait la félénite & tous lies fels calcaires en général. L’acide vitriolique en dégage l’acide nitreux avec efîervefcence. L’on peut obtenir cet acide ainfi dégagé dans un récipient, comme on l’obtient du nitre ordinaire. L’efprit de vitriol verfé dans une diffolution de nitre calcaire, y forme fur-le-champ un précipité de félénite, & l’acide nitreux refie libre & à nud dans la liqueur. On ne connoît point encore l’adion des autres acides fur ce fel. Le nitre calcaire décompofe les Tels neutres aHcalins vitrioliques ; il en réfulte de la félénite & du nitre ordinaire ou du nitre rhomboïdal. Il en eil de même du fel ammoniacal vitriolique; il produit, lorfqu’on le mêle avec une dilïb- lution de nitre calcaire, du nitre ammoniacal 8c de la félénite, Cette dernière, qui n’eft qu» ipo Elément très-peu diffioluble, fe précipitant dans I’inflanft du mélange, ne lai‘Te aucun doute fur ces doubles décompofitions, Le tartre craieux décompofe de même le nître calcaire qui en défunit en même-tems les principes, & il réfulte de cette double décom- pofition du nitre qui refte en dilTolution dans la liqueur & de la craie qui fe précipite. . La fonde craieufe qui agit de même fur le nitre calcaire, donne du nitre cubique diflfous dans l’eau , & de la craie'qui fe précipite. Le fel ammoniacal craieux décompofe aulîi ce fel, à l’aide des affinités doubles i il fe forme du nitre ammoniacal & de la craie (i). La félénite n’altcre point le nitre calcairej mais lorque ces deux fels fe trouvent diiïbus dans la même eau, comme le premier n’eft que très-peu diffioluble , & que le fécond l’effc beaucoup, on peut les féparer par la criflalli- fation ; la félénite fe précipite d’abord, & le nitre calcaire ne fe criflallife que lorfque la li- queur trcs-rapprochée fe refroidit. Le nitre calcaire n’elf d’aucun ufage. Il pour- »1i - I I . .. »■--.■- . ( i ) Je ne puis trop répéter que c’eft en raifon de la grande affinité qu’il y a entre la chaux & l’acide craieux, quêté font ces doubles décomposions, & que cette?ffi* rite autorité toujours de plus en plus la dénomination d’acide Craieux, donnée à l’air fixe par Bucquet. d’Hist. Nat. et de Chimie. îçt Toit être employé en médecine comme un fondant très-adif, & quelques médecins chimif- tes difent en avoir obtenu des fuccès, quoiqu’ils «’en connu fient pas bien les propriétés. Sorte III. Sel marin calcaire. Le fel marin calcaire formé par la combï- naifon de l’acide marin & de la chaux , fe rencontre abondamment dans tous les lieux où fe trouve le fel marin ordinaire, & fpécialement dans l’eau de la mer, à laquelle il donne cette faveur âcre & amère , qui avoit fait autrefois admettre du bitume dans cette eau : mais il n’efi jamais pur dans ce fluide ; il efl toujours mêlé de fel marin à bafe de magnéfie. Si l’on veut fe procurer du fel marin calcaire très-pur, il faut combiner immédiatement l’acide marin avec la chaux jufqu’au point de faturation. On lui a donné le nom impropre de fel ammoniac fixe , parce qu’il efl le réfidu du fel ammoniac décompofé par la chaux. Ce fel, lorfqu’on l’a dans l’état fec 8c foli- de , efl fous la forme de prifmes à quatre faces ftriées, terminés par des pyramides très- aiguës. Il a une faveur falée & amère très-dé- fagréable. Expofé à l’adion d’un feu doux, il fe liquéfie à la faveur de fon eau de criflallifation, & il fe fige par le refroidiflement, A un feu plus Ip2 E L 'É Itf'E N S fort il n’éprouve prefque pas d’altération. îlî,. Baume a obfervé qu’il ne perdoit pas fon acide. Mis für une pelle rouge, il devient lumineux: c’efl: pour cela qu’on l’a appelé phofphore de Homberg. Le fel marin calcaire qui relie dans la cornue après la décompofition du fel ammoniac par la chaux , & qu’on appelle fel ammoniac fixe, fe fond en une efpèce de fritte d’un gris légèrement ardoifé, & fans donner d’acide ma- O ïin, quoiqu’on lui fade éprouver une chaleur capable de vitrifier la furface de la cornue. Cette fritte fait feu avec le briquet, & frottée dans l’obfcurité avec de l’acier, elle donne desétin-: celles phofphoriques. Il faut obferver que ce fel réfidu contient ordinairement une portion de chaux excédente à la faturation de l’acide marin , parce qu’on emploie plus de chaux qu’il n’en faut pour dé- compofer le fel ammoniac. C’elt fans doute à cette quantité furabondante de chaux , que ce réfidu doit la propriété de donner une fritte vi- treufe dure , qui d’ailleurs s’altère & s’humede » la longue, lorfqu’on l’expofe à l’air. Le fel marin calcaire, fans excès de chaux, ne prend jamais autant de dureté que ce réfidu par l’action du feu, & ne préfente point la même phofphorefcence que lui. Le fc'ïïrsT. Nat. et de C>h'imïe. ï 93 Le fel marin calcaire pur expofé à l’air, en attire promptement l’humidité, & tombe entièrement en deliquium. Il eft néce flaire de le tenir dans un vaillent! bien bouché , fi l’on veut le conferver Tous fa forme criftalline. Ce Tel efi très-di(Toluble dans l’eau , il ne faut •qu'environ une partie & demie de ce fluide froid, pour en diflbudre une de fel marin calcaire j l’eau chaude en diflout plus que fon poids. En évaporant fa diflolution prefqu’en conflflance de firop , & en la laiiïant enfuité refroidir lentement , on obtient des criftaux en prifines tétraèdres, de plufieurs pouces de longueur, & qui forment comme autant de rayons partans d’un centre commun ; nous ferons obferver que cette forme paroît être aflez confiante dans tous les fels calcaires. Si la liqueur efi trop évaporée , & fi elle refroidit trop promptement, elle fie prend en une mafle informe, un peu aiguillée à fa furface. 'Une diflolution de fel marin calcaire évaporée jufqu’à ce qu’elle donne quarante-cinq degrés à l’aréomètre dé M. Bamné , & expofée au frais dans un flacon , dépofe des prifines très-réguliers & fouvent très-gros, La terre pefante décompofe le fel marin calcaire , parce , qu’elle a plus d’affinité avec l’acide marin que n’en a la chaux , d’après les expé- Tome II, N E L i M K N S rîences de Bergman. La chaijx & la magnéfle ne l'altèrent pas. Les alkalis fixes en précipitent la chaux; fi les deux liqueurs font concentrées, la chaux, abforbant le peu d’eau qu’elles contiennent, forme prefque fur-le-champ une gelce qui devient bientôt très-folide. On donne à cette expérience le nom de miracle chimique, parce qu’elle offre deux fluides qui paiïent fubitement à l’état d’un folide ; mais elle ne réuflit bien qu’avec la dit folution de tartre craieux ou de foude craieufe parce que les alkalis purs & caufliques précipitent la chaux trop divifée. L’alkali volatil bien pur ne décompofe pas le fel marin calcaire, parce qu’il a moins d’affinité avec l’acide marin que n’en a la chaux, ce que prouve la décompofition complète du fel ammoniac par cette fubftance falino-terreufe. L’acide vitriolique & l’acide nitreux dégagent l’acide marin de ce fel avec effervefcence, & l’on pourrait, avec l’appareil diflillatoire, obtenir cet acide comme on l’obtient du fel marin ordinaire. La diflillation de ce fel terreux avec l’acide nitreux , fournit de l’eau régale , à caufe de la volatilité des deux acides. Le fel marin calcaire décompofe le tartre vitriolé & le fel de Glauber, il eft aifc de s’af- furer de ce fait, en mêlant les diflblutions de b’HrsT. Naï. et dE Chimie, içf tes différons fels ; il fe fait fur-le-champ un pré» tipité que l’on recûnnoît pour de la félénite ; la liqueur qui la fumage, contient du fel fébrifuge, ou du fel marin, que l’on peut obtenir par l’évaporation , & reconnoître même pâ'r la faveur de la liqueur qui fumage la félénite. Le tartre craieux & la fonde craieufe décorrw pofent auïïï le fel marin calcaire. Dans ces mélanges il fe fait deux décompofitions & deux Combinâifons ; l’acide marin du fel marin cal* Caire fe porte fur l’aîkali fixe végétal ou minéral qui forme du fel fébrifuge ou du fel marin qui relie en diffiolution dans la liqueur ; & ï’acidè craieux qui abandonne les alkalis fixes, 's’unit à la chaux avec laquelle il forme de la traie qui fe précipite. Si le tartre craieux ou la fonde craieufe font difTous dans une très-petite quantité d’eau, & que la diffolution du fel marin calcaire foit auffi très-chargée, le mélange devient épais & gélatineux; enfuiteil prend plus dé confiltance & fe durcit même comme une efpèce de pierre faétice, lorfque les proportions Font exades,pour la faturation réciproque. C’elt cette expérience que les premiers chimilfes qui l’ont connue ont appelée miracle chimique. Le fel ammoniacal craieux décompofe le fel marin Calcaire par une double affinité, Comme nous l’avons expliqué pour la félénite & le nitre Nij 6 E Z. È M E N S calcaire. L’alkali volatil s’unit à l’acide marin & forme du fel ammoniac qui relie en dilTo- lution dans la liqueur, tandis que l’acide craieux combiné avec la chaux forme de la craie qui fe précipite. Le fel marin calcaire diflbus dans l’eau avec le nitre calcaire eh difficile à féparer de ce dernier , parce que la loi de crihallifation eh la même pour ces deux fels ; mais on conçoit très-bien que s’il étoit dilïbus avec la félénite, il feroit aifé de les obtenir féparément, parce que ce dernier fel ne crihallifant que par évaporation , laifïeroit à la fin de cette opération lç fel marin calcaire pur, qui criflallife par refroidiffiement. Il eh important de faire cette remarque, parce que ces deux fels fe trouvent fréquemment en diffiolution dans la même eau minérale. Le fel marin calcaire n’eh d’aucun ufage. Comme il exihe en affiez grande quantité dans le fel de gabelle, que l’on recommande comme un purgatif fondant dans le vice fcrophuleux, on peut foupçonner que ce dernier fel lui doit une partie de fes propriétés. Nous croyons devoir ajouter que la faveur forte du fel marin calcaire & fa grande diflolubilité promettent des effets très-utiles de ce fel dans toutes les poaladies où il s’agit de fondre, & d’altérer h d’Hist. Nat. et ce Chimie. ' i % nature des humeurs. M. Chambon mon confrère l’a employé avec fuccès & recommandé dans’fon Ouvrage fur les maladies des femmes, pour détruire les engorgemens laiteux. Il feroit fort à délirer que les médecins en connurent les propriétés & en filTent ufage dans un grand nombre de cas, où les fondans ordinaires n’ont fouvent que des effets peu marqués, & fur-tout dans ceux où l’on ne peut pas fe permettre les remèdes mercuriels. Sorte IV. Borax calcaire. On peut appeler ainfi la combînaifon de l’acide fédatif du borax avec la chaux; ce feî n’a point du tout été examiné, quoiqu’il foit certain que l’acide fédatif eft fufceptible de s’unir à la chaux, puifque cette dernière décompofe le borax , ainfi que nous l’avons dit. MM. les chimiftes de l’académie de Dijon ont obfervé que le fel fédatif, traité au feu avec la chaux éteinte, a donné une matière foiblement agglutinée & fans adhérence au creufet. Cette matière jetée dans l’eau n’a pas préfenté les phénomènes de la chaux , ce qui prouve qu’il y avoit une véritable combinaifon. M. Baumé dit avoir faturé de l’eau de chaux avec du fel fédatif; cette liqueur évaporée à l’air, ne lui a point donné de criflaux, mais des pellicule» Niii ■îpS £ l ê « ï n J jaunâtres qui avoient une foible faveur de fej fédatif. Enfin , MM. les académiciens de Dijon ont fait digérer au bain, de fable, de l’eau chargée de fel fédatif fur de la chaux éteinte à l’air, Cette düTolution filtrée a donné un précipité blanc & abondant par l’alkali fixe. Ces diver- fes expériences, ne font qu’indiquer la dilFolu- bilité de la chaux par l’acide du borax, & ne nous apprennent rien fur les propriétés du fel neutre qui réfulte de cette combinajfon. Sorte V. Spath fluor, Spath vitreux* ‘ou Fluor spathique. Cette- efpcce de fel efl une combinaifon d’acide fpathique avec la chaux. Il efl répandu fort abondamment dans là nature. On le rencontre fur-tout dans les environs des mines» dont il indique même la préfence. Il a été regardé jufqu’à préfent comme une matière pter- reufe, en raifon de fon infipidité , de fa dureté & de fon indifiblubilitc. On l’a appelé fpath ;• parce qu’il a la forme & la calibre fpathique; fluor, parce qu’il fe fond très-bien & efl même employé avec fuccès dans les travaux des mines; vitreux , parce qu’il a l’afpeâ du verre, & d’ailleurs parce qu’il en forme un allez beau par la fufion. Avant la découverte de M, Schcefe, le fpath vitreux bien diflingué par les mineurs de b’HisT. Nat. et de Chimie, ipj» toutes les autres matières minérales , à caufe de fa fulibilité, avoit été confondu par les natura- lifles, foit avec les gypfes, foit avec les fpaths calcaires, foit avec les fpaths pefans, qu’on a au (h appelés fufibles. Le célèbre Margraf avoit cependant diftingué ce fel d’avec le fpath pe- fant, en adoptant pour le premier, le nom de fpath fufible vitreux , & pour le fécond , celui de fpath fufible phofphorique ; & l’on doit rendre à ce chimifte l’hommage des premières découvertes faites fur les propriétés du, lpath vitreux. Ce fel efl ordinairement fous la forme de criflaux cubiques de diverfes couleurs, très-réguliers , d’une tranfparence glaceufe & vitreufe : fa calibre eft fpathique, 8c l’on y obferve des plaques cubiques & comme gercées à fa fur- face. 11 fe brife par le choc du briquet ; il fe rencontre toujours dans les mines, & il leur fert fouvent de gangue. Quelquefois il efl opaque 8c en malles irrégulières. Sa pefanteur ell plus eonfidérable que celle de toutes les matières fali- nes que nous avons examinées jufqu’à préfent; il eft quelquefois hué, veiné , taché, & plus fouvent entièrement coloré en vert, en rofe, en violet, en rouge, &c. On peut diftinguer dix variétés principales de cette fubftance parmi celles que la nature nous, préfente. N iv ÊiiiïNS ioo Variétés. 1. Spath vitreux cubique, blanc & transparent. 2. Spath vitreux cubique, blanc & opaque. 5. Spath vitreux cubique , jaune ; faillie topaze. q. Spath vitreux cubique, rougeâtre ; faux rubis. 5*. Spath vitreux cubique, vert pâle ; faulfe aigue-marine. 6 . Spath vitreux cubique, vert; faillie émeraude. 7. Spath vitreux cubique, violet; faulîe améthylle. 8. Spath vitreux octaèdre, dont les pyramides font tronquées. Je pofsède un criHal de cette efpèce, quiell demi-tranfparent & un peu noirâtre. 9. Spath vitreux en maffe. Il efl prefque toujours d’un'vert clair, ou violet. Il forme la gangue de plufieurs mines. ïo. Spath vitreux en couches de différentes épaiffeurs, & colorées diverfement. Ces différentes variétés de fpath vitreux ne font, pour la plus grande partie, qu’une feule & même fubflance faline , c’efl-à-dire la coav binaifon de l’acide fpathique avec la chaux* ^Cependant comme elles font formées par ia d’Hist. Nat. et de Chimie, aût nature, on y trouve ordinairement par une analyse exacte plufieurs matières étrangères, comme du quartz, de l’argile & du fer. C’eft en général le caraétère de tous les produits naturels. L’A ngleterre elt fort riche en fpath vitreux. Le fpath vitreux expofé à un feu doux, acquiert une propriété phofphorique affèz marquée ; mais fi on le chauffe jufqu’à le faire rougir , il la perd entièrement, la couleur du fpath vitreux vert fe diiïîpe en même-tems , il devient blanc & friable ; fi on le chauffe brufi* quement, il décrépite prefque auffî vivement que le fel marin. Lorfqu’on jette du fpath vitreux en poudre fur un fer chaud, il préfente une lueur bleuâtre ou violette.qui pafle promptement. Une nouvelle chaleur ne donne plus le même phénomène fur celui qui l’a déjà pré* fenté. Une chaleur forte fait-fondre le fpath vitreux en un verre tranfparent & uniforme ; ce verre adhère aux creufets. On peut fondre un quart de fon poids de quartz fin avec le fpath vitreux , c’eft pour cela qu’il eff employé commet fondant dans les mines. Le fpath fluor n’eft point altérable à l’air 4 ni difloluble dans l’eau. Il fert de fondant aux matières terreufes 8c falino-terreufes. Les alkalis fixes purs ne peu- S20i Ê r I m b s s vent le décompofer, parce que la chaux 3 pins d’affinité avec fon acide que n’en ont ees fois* fuivant Bergman. L’huile de vitriol en dégage l’acide fpathique , & c’eft le moyen dont on fe fert ordinairement pour obtenir cet acide. On met dans une cornue de verre une partie de fpath vitreux en poudre , avec trois parties d’huile de vitriol • le mélange s’échauffe peu-à-peu, il fe produit une effervefcence , & il fe dégage des vapeurs d’acide fpathique. Cette diflillation s’établit fans chaleur étrangère, & il fe fublime dans le récipient , une fubitance blanche, comme effleu- lie , Si dépofée par le gaz fpathique. On donne le feu , & on obtient de l’acide fpathique concentré, qui fe couvre d’une pellicule terreufe, épaiffe, femblable à l’efflorefcence blanche dont nous avons parlé, lorfqu’il tombe goutte à goutte dans l’eau qu’on a foin de mettre dans le récipient. On peut obtenir cet acide fous la forme de gaz, lorfqu’on plonge le bec de la cornue fous une cloche pleine de mercure. Cet acide aériforme eft tranfparent, & ne laifle précipiter la terre qui lui efl unie , que iorfqu’on le met en contact avec de l’eau. On conçoit d’après cela pourquoi l’acide fpathique liquide ^ dépofe dans le ballon des croûtes pierreufes, puifqu’il ne peut les tenir en diffoludon 3 toutes D’Hrsr. Nat. et de Chtmie. 203 les fois qu’il efl combine avec l’eau. Nous avons vu que cette terre qui efl de nature quartzeufe appartient aux vafes de verre que l’acide Apathique corrode , & qu’elle n’efl point le produit de la combinaifon de l’acide avec l’eau comme l’avoit d’abord perde Schéele, Lorfque la diflillation efl finie, on obferve que le réfidu efl dur, blanc ou rougeâtre, par plaques, & que la cornue efl trouée ou corrodée très-fen- fiblement. Cette obfervation n’avoit point échappé à Margraf; & fi l’on examine par les difFé- rens moyens la nature du réfidu, on reconnoît que c’efl de la lélénite mêlée à un peu de quartz, fouvent même à de l’argile & à un peu de magnifie. Ces deux dernières fubflances femblent, ainfi que le fer, n’être qu’accidentelles dans le fpath vitreux. La croûte dépofée par l’acide Apathique efl de nature quartzeufe, puifqu’elle n’eft ni fufible, ni difloluble dans les acides, 8c puifque les alkalis fixes la fondent en verre blanc 8c durable. Les détails de cette expérience font voir qu’il efl impoiïible de diltiller une grande quantité dé cet acide; j’ai etfayé plufieurs fois d’opérer fur une livre de fpath, vitreux, pour obtenir une bonne quantité,d’acide Apathique, 8c je n’ai jamais trouvé de cornue capable de réfifler à cet agent corrofif, j’ai été obligé de renoncer entièrement à cette diflil- L’acide nitreux décompofe le fpath fluor J mais avec des phénomènes très-différens, fur- vant M. Boullanger , puifqu’on n’obferve point de croûte dans cette opération , comme dans celle faite à l’huile de vitriol. On n’a point encore bien examiné les détails de cette expé-, rience. L’acide marin fépare également Facide fpa- thique fuivant M. Schéele ; mais il n’a point infiflé fur les phénomènes de cette décompo- fition. On ne connoît point encore l’aélion du plus grand nombre des fels neutres fur le fpath vitreux. On fait feulement que le tartre craieux &: la foude craieufe le décompofent à l’aide d’une double affinité, tandis que les alkalis fixes cauf- tiques ne le décompofent pas. En fondant une partie de ce fpath, avec quatre parties de tartre craieux , & en jettant ce mélange fondu dans l’eau, il fe précipite de la craie formée par l’acide craieux uni à la chaux du fpath , 8c la liqueur contient du tartre fpathique qu’on peut obtenir fous forme de gelée par l’évaporation. Ce procédé répété avec la foude craieufe , fournit également de la craie & de la foude fpathique que l’on obtient criflallifée en évapo* ïant la liqueur. Le fpath vitreux ou fluor rïeft d’ufage que b’IïrsT. Nat. et de Chimie. !soj) 'dans quelques pays de mines , où on l’emploie comme un très-bon fondant. On pourroit auiïï s’en fervir au même ufage dans les travaux docimafliques. Sorte VI. Craie; Spath calcaire; Matières CALCAIRES EN GÉNÉRAL. Le fpath calcaire ou la craie la plus pure efl un fel neutre formé par l’union de l’acide craieux avec la chaux. Cette fubflance a été mife au rang des pierres par les naturalises, parce qu’ils ne lui avoient reconnu aucune propriété faline. Cependant nous verrons qu’elle a une forte de faveur , qu’elle efl difloluble dans l’eau, qu’elle peut être décompofée, & qu’elle fournit dans fon analyfe une grande quantité d’acide craieux, & la fubflance falino-terreufe que nous avons connue fous le nom de chaux. Comme le fpath calcaire efl la dernière modification d’une matière très-variée dans fa forme, & qui pafle par beaucoup d’états différens avant d’être régulièrement criflallifée, il efl néceiïaire de confidérer en général les fubflances calcaires , ou crétacées ( i ). (i) Je croîs qu’on devroït appeler crétacées toutes les fubflances que l’on délîgne ordinairement en hiftoire na-i airelle par le nom de calcaires ; en effet le premier mot 2.0& E t ê M È N S Aucune partie de l’hifioire naturelle n’offrè un champ plus vafle à parcourir, un enfemble plus complet de connoillances pofitives que celle des matières calcaires. Une longue obfervation qui ne s’eil jamais démentie, & lur-tout la pof- fibilité de fuivre pas à pas la marché de la nature dans la formation de ces matières > ont appris que le leîn des mers etf le laboratoire où eiles font fans celfe travaillées* Parmi le grand nombre d’animaux que ces immenfes amas d’eaüx nourriffent, il en eft plufieurs dalles dont les individus , multipliés prefqu’à l’infini, fem- blent defiinés à ajouter à la malle de notre globe. Tels font les vers à coquille, les madrépores, les lithophites dont les parties foli- dés examinées par l’art du chimifle , quelque tems après qu’ils ont ce lié de vivre, préfentent indique la combinaifon faline neutre formée par la chaux & l'acide craieux , c’eft-à-dire, la craie, cretd; le fécond appartient en propre à la chaux, calx, qui fait la bafe de ce fel. L’exprefîîon matière ou terre calcaire devroit donc être réfervée pour la chaux vive , & celle de matière craieitfe ou crè'tace'e diftingueroit la combinaifon de la chaux avec l’acide de la craies mais on ne peut pas fê flatter de faire adopter de fîtôt ces deux expreffions qui ont toujours été fynohimes, quoiqu’elles duflent être appliquées à des fubflances vraiment d.fférentes , & quoiqu’elles fuf* fênt fufceptibles d’enrichir notre langue» j5*HisT. Nat. et de Chimie, aofl tous les caractères des fubftances calcaires. C’eÆ la bafe de ces efpèces de fquelettes marins qui produit, par leur entalfement fuccelnf, les montagnes entièrement formées de ces matières^ Quoiqu’il y ait bien loin de l’état naturel de ces êtres animés, jufqu’à la criftallifation du fpatîi calcaire, quoiqu’il foit difficile d’appercevoic au premier coup-d’œil la différence étonnante qui exifte entre la fubltance molle & pulpeulè de ces animaux vivans, & la dureté de ces maffies pieneufes qu’ils forment avec le tems, & qui font deffinées à donner de la folidité à nos édifices les plus durables, il efl cependant poffible de fe former une idée des nuances d’altération par lefquelles ils pa.Tenr pour fe confondre avec les corps minéraux. Voici comment on peut concevoir ces dégradations depuis l’organifation animale agiflante |ufqu’aa dépôt régulier qui forme peu-à-peu le fpath tranfparent. Les eaux de la mer, en fe balançant fuî- vanc les loix d’un mouvement qui nous efl encore inconnu , fe déplacent infenfiblement, & changent de lit. Elles quittent un rivage qui s’aggrandit peu-à-peu pour s’avancer fur une terre, dont l’étendue diminue en même proportion. Ce fait eft démontré dans la favante théorie de la terre de M. de Buffon, A me- iaoS ËiïiïKsî fure que les eaux quittent une partie de leu* lit, ell es laifTent à découvert des fonds fur lesquels leurs mouvemens variés, & fi bien appréciés par l’homme célèbre que nous venons de citer, ont formé des couchés , par le dépôt fucceffif des parties Solides, ou des Squelettes des animaux marins. Ces couches font pref- qu’entièrement rernplies de coquilles, dont la putréfaction détruit bientôt le gluten animal, & qui alors ayant perdu leurs couleurs, le poli de leur furface interne, & fur-tout leur con- lifiance, font devenues friables, terreufes, 8c ont patte à l’état de folfiles ; delà la production des terres coquillièrcs & des pierres de la même nature. Ces pierres, ufées par les eaux du ciel, perdent peu-à-peu la forme organique , deviennent de plus en plus friables, Sc forment bientôt line matière d’un grain peu cohérent, 8c que l’on appelle craie. Lorfqu’une pierre coquillière a acquis affez de dureté pour être fufceptible ■de poli, 8c que les coquilles qui la compofent ont pris diverfes couleurs, en confervant leur organifation, elle cônfiitue alors les lumachel- les. Si les traces de l’organifation font tout-à-fait •détruites, fi la pierre f ell dure, fufceptible de poli, on la connoît fous le nom de marbre, y eau chargée de craie, la dépofe fur tous les corps t>*ïîrs't. Nat. et be Chïmie. abg fcorps fur lefquels elle coule, & forme les in-: 'criiftations. Lorfqu’elle fe filtre à travers les. voûtes des cavités fouterraines, elle produit des dépôts blancs, opaques , formés de couches concentriques, dont l’enfemble eft conique & femblable à des culs-de-lampes ; ce font les -jlalaâités. Si ces dernières, réunies en grande mafte, 8c rempliflant des cavernes , féjournent pendant long-tems dans la terre , elles acquièrent une dureté confidérable, & donnent nait fance à l’albâtre. Enfin lorfque i’eàu, qui tient une craie très-fine & très-atténuée en diflolu- tion, pénètre lentement des cavités pierreufes, elle dépofera cette fubftance, pour ainfi dire, molécules à molécules, & ces petits corps fe rapprochant par les furfaces qui fe conviendront le mieux , prendront un arrangement fymmé- trique & régulier , & formeront des criftaux durs, tranfparens, femblables à ceux des matières falines ; on les défigne fous le nom de fpaths calcaires. C’eft-là le dernier degré d’atténuation de la craie , l’étac où elle efl le plus éloignée de fon origine animale, & dans lequel elle reflemble le plus à un véritable fel. Ces pa!Tages fi variés & fi nombreux de la fubftance crétacée, dont la confidératiou four-i rtit deli grandes Vues au naturaüfte, fi.tr l’ai.tw quitc du globe, fur fes altérations, fur l’empirÇ Tome J(. Q Sîd Ê L I I E H < du règne animal, qui conititue une grande partie de fa furface & de fes couches externes, ne préfentent cependant aux yeux du chimifle qu'une feule matière femblable à elle-même, un feul & unique fel neutre , formé de chaux êc d’acide craieux. Nous allons le confxdérer fous ce double point de vue. f. I. Hijloire naturelle des fubjlances calcaires (i). Avant d’entrer dans le détail des matières calcaires, il elt bon de jetter un coup-d’oeil général fur leur difpofition dans le globe. Ces fubftances forment des couches plus ou moins étendues, horifontales ou inclinées, qui portent manifeftement l’empreinte de Faction des eaux. Ces couches compofent des montagnes entières, des collines, &c. 8c forment une grande partie de l’écorce du globe. Elles attellent que les eaux de la mer ont recouvert notre terre, & y ont dépofé une immenfe quantité de dépouil- (i) Quoique dans l’hifloire des terres & des pierres, nous ayons déjà préfenté des divifîons méthodiques des matières calcaires rangées ordinairement dans cette claflè par les naturalises, nous croyons devoir offrir dans cet article de nouvelles divifions fur ces matières , parce qu’elles font relatives à d’autres confidérations que celles qui ont guidé les méthodifles dans leurs travaux. b'îïïST. ÎÏAT. ET DE ChïMÎI. SIÏ îes de fes habitans. Les eaux du ciel en fe filtrant à travers ces maiïes calcaires, en entraînent des portions , & vont les diftribuer plus profondément dans les cavités fouterraines, fous les différentes formes que nous allons examiner. Leurs caractères généraux donnés par les natu- raliftes, & très-propres à les faire diflinguer, font tirés de deux propriétés remarquables; elles n’étincèlen't point fous le briquet, & elles font effervefcéncê avec les acides. Comme d’après te qtie nous avons dit, la forme de ces matières calcaires eft afîez multipliée, il efl indif- penfable de les divifer en plufieurs genres. Nous én recônnoiffons fix (i). Genre I. Terres et pierres COQEILZ 1ÈRE S. Ces fubflances ont été rangées parmi les pierres, parce qu’elles n’ont ni faveur, ni dilfolu- bilité apparentes ; mais leur analyfe démontre qu’elles font véritablement falines, ainfi que tous (i) On fera peut-être étonné de trouver de nouvelles divifiohs de genres ,dans l’hiftoire d’une forte de fel ; mais on doit obfervèr que ces genres ne font que relatifs à l’hifloire naturelle, & qu’ils doivent en effet être tous rap^ portés à l’efpèce de fel neutre dont nous examinons lei propriétés chimiques. Oij 3Ï2 £ I É M K s r les autres genres fuivans ( i ). On les recort-' noît à Ja forme organique ; fouvent les coquilles y font encore tout entières, & la pierre n’elt qu’un amas de ces corps organifés 3 quelquefois même elles ont confervé une partie de leurs couleurs. Il arrive aufli qu’on trouve de ces animaux , dont les analogues 11’exiftent plus vivans dans l’intérieur des mers, tels que plu- fîeurs efpèces de cornes d’Amraon & de Nautiles en général. Il exifle au contraire en Europe & en France des coquilles folîiles dont on connoît les individus analogues vivans en Amé* rique. Quelques naturalifles ont fait des divi- fions très-étendues des coquilles foffiles ; mais comme elles font femblables à celles de ces animaux vivans, nous en traiterons ailleurs. Plufieurs autres fubflances animales fe rencontrent aufïi parmi les terres calcaires. Lorf- qu’elles paroiflent manifeftement avoir appar- (1) Quoique ces matières (oient véritablement falines, le nom de terres & de pierres qu’elles ont reçu, doit être confervé (crupuleufêment ; parce que, comme l’a dit M. Daubenton , les noms (ont un fonds public, qu’il n’eft pas permis d’altérer. Si tous les favans avoient la même retenue que ce fage naturalifte, les fciences, & (iir- tout l’hiftoire naturelle, ne rebuteroient pas les étudians, commé elles le font quelquefois, par l’appareil effrayant de la nomenclature. itf fc#*- fe* lofe, ^ (tsfei clffifjl (S,ic- Isfiib Idf» fax a lirade Tofca peton» tapent te Ptefer ^ foi K'Scttioi 'Èajq. fc’IiisT. Nat. et ce Chimie; 213 tenu à des animaux connus, on leur donne alors un nom relatif à leur origine, & formé ordinairement de celui de la claiïe d’animaux à laquelle ils appartiennent, en ajoutant un mot qui défigne leur état pierreux ; tel efl celui de madréporites, &c. mais il faut obferver que les os de l’homme, des quadrupèdes , des oi- feaux, des poilTons qui ont été enfouis dans la terre, 8c qu’on connoît aulTi fous le nom de foffiles, ne font point de nature crétacée ; ils confervent leur caraétère de fel phofphorique calcaire; ainli,les ornitholithes, les ichthyoli*- thés , Scc. ne doivent point être rangées parmi les fubflances crétacées. Il efl plufieurs fubflances organiques foffiles 'dont on ne connoît pas l’origine ; alors on leur a donné des noms particuliers pris de leur forme* (Tels font les pierres judaïques, que quelques perfonnes croient être des pointes d’ouriîns ; les pierres numifmales ouliards de Saint-Pierre, femblables à des pièces, de monnoie, 5c qui ne paroilTent être que des petites cornes d’Arn- mon appliquées les unes fur les autres ; le bé- zoard foffile, efpèce de maffe arrondie ou de concrétion par couches concentriques; le Indus Helmoruii dont les aréoles femblent avoir été formées par la retraite & le deflechement d’unh matière terreufe* molle. & remplies par. de la O üj 214 Ê L É m E N s terre calcaire ; les trochites, entroques & afcroî- tes, qui proviennent d’un zoophyte, nommé palmier marin ; les pïfolites , oolites ou méconi- tes, que l’on croit être des œufs de poifîons. ou d’infedes pétrifiés, mais, dont la véritable origine eft inconnue. Comme on rapportoit auffi à ce- genre de pierres vraiment calcaires , toutes les. fubflances: pétrifiées , à quelques animaux qu’elles eufFent appartenu ; on connoît en hifioire naturelle des gammarolites, des cancrites, des entoino- lites , des amphibiolites, des zoolites, des ail' tropolites. Mais depuis les nouvelles découver' tes fur les os , ces matières ne doivent plus être rapportées à la craie, ainfi que nous l’avons déjà expofé ; il en eft de même des glolTbpètres ou dents de requins pétrifiées, de l’ivoire ou unicornu fofiile , qui vient des dents d’éléphans j des turquoifes ou des os colorés en vert & en bleu; des crapaudines , pierres grifes ou jaunâtres & creufes , qui, d’après M. de Juffieu» font les couronnes des dents molaires du poif- fon du Bréfil appelé Grondeur ; & des yeux de ferpens qui appartiennent, fuivant ce natu- ïalifte, aux dents incifives du même poifïon. D’après ces détails, ce genre peut être réduit à deux fortes fous lefquelles on pourra, com* prendre toutes les variétés polîibles» ■>- fc'HisT. Nat; et de Chimie. 2ï| Sortes. x. Coquilles entières ou foffiles. On y dillingue differentes nuances d’altérations , pour les couleurs, le brillant, la dureté, &c. Il faut y comprendre les madrépores & toutes les habitations calcaires de po-i lypes dans l’état de foffiles. 2 . Falun ou cron. Coquilles brifées & fous la forme de terre : le fol d’une partie de la Touraine & de plufieurs autres provinces de la France , eft entièrement de cette nature. On emploie ces terres commç un très-bon engrais. Genre IL Terres et Pierres calcaires. Elles font formées par les matières du premier genre ufées 8c dépofées par les eaux. On les trouve difpofées par couches ou par bancs dans l’intérieur de la terre. Nous fuivons M. Dau- benton dans la diffindion des différentes fortes# Sortes. 1. Terre calcaire compade; craie. Elle varie par la couleur 8c la fineffe du grain ; on l’emploie à beaucoup d’ufages domeF tiques.. 2 . Terre calcaire fpongieufe, moelle dQ pierre. Sortes. 3< Terre calcaire en poudre 5 farine foffiîa, 4 . Terre calcaire en bouillie ; lait dé lunq. y. Terrç calcaire molle ; tuf. Il durcit & blanchit en fe léchant. <5. Pierre calcaire à, gros grains. Celle d’Arcueil en fournit un exemple. On y trouve des coquilles à demi-brifées. 7 . Pierre calcaire à grain fin. La pierre de Tonnerre en efl une variété. Sans entrer dans des détails inutiles, on conçoit que la couleur, la dureté & les ufages divers auxquels on emploie ces terres & ces pierres, donnent un grand nombre de variétés qu,’on, connoît fous différens noms. En général elles, fervent à faire de la chaux, à la conflruâion fies édifices, &c. Sec. Genre III. Marbre. Les marbres diffèrent des pierres calcaires proprement dites, par leur dureté un peu plus confidérable. Comme elles., ils n’étin.cèlent pas; fous le briquet, ils font effervefcence avec les acides, 8c leur caffure ell grenue. Mais leur grain eft beaucoup plus fin & plus ferré ; leurs couleurs font plus brillantes, & ils prennent un plus beau poli. Tout le monde connoît les. tlfages du marbre dans la fculpture t l’archj* b’Hist. Nat. et r>E Chimie. 21 f teflure , &c. On l’emploie aurti dans quelques pays pour faire de la chaux. Sortes. 1. Lumachelle. Ce nom a été donné par les italiens à une efpèce de marbre formé par des coquilles agglutinées. 2. Brèche. C’eft un marbre compofé de petites malles arrondies, liées par un ciment de même nature. 5. Marbre proprement dit. On n’y trouve ni les coquilles des lumachel- les, ni la compofition en martes arrondies des brèches ; fes taches font irrégulières : il eft fou- vent veiné. M. Daubenton divife les marbres par le nombre & la combinaifon des couleurs, en comprenant fous la même dénomination les lumachelles & les brèches. i°. En marbre de fix couleurs : ex. blanc, gris, vert, jaune, rouge & noir • marbre de Wirtemberg. 2 0 . En marbre de deux couleurs : ex, blanc, gris ; marbre de Carare. 3°. En marbre de trois couleurs : ex. gris, jaune & noir; lumachelle. Comme c’elt prefque toujours en raifon de l’acide craieux que les eaux tiennent de la craie en diffolution on conçoit que ce fel terreux doit fe précipiter lorfque l’acide s’évapore; telle efl la caufe des dépôts calcaires & des incrustations qui fe forment dans les fontaines, autour des canaux que l’eau parcourt, ainfi qu’on l’ob- ferve pour celle d’Arcueil & des bains de Saint- Philippe en Italie. Lorfque l’hifloire naturelle n’étoit point encore éclairée par la chimie, on donnôit le nom de fontaines pétrifiantes à celles qui préfentoient ces dépôts, & la fuperflition des peuples les coimptoit au nombre des miracles. Le fpath calcaire n’a aucune aélion fiir les lèls neutres à bafe d’alkalis fixes. Il décompo-- le, ainfi que la craie, les fel s ammoniacaux; On obtient d’une part un fel calcaire formé par l’acide des fels ammoniacaux & la chaux du fpath , 8c de l’autre part, du fel ammoniacal craieux, réfultant de la combinaifo n de l’acide du fpath calcaire avec l’alkali vola til du fel ammoniac décompofé. On fait cette opération en dif- P iij 2J0 E LUMENS tillant dans une cornue de gros, un mélange d’une livre de fel ammoniac 8c de deux livre» de craie, ou bien de fpath calcaire en poudre. On a foin d’employer ces deux fubilances bien sèches. On adapte à la cornue un ballon avec une allonge, ou mieux encore une cucur- bite de verre ou de grès. On donne le feu par degrés jufqu’à faire rougir le fond de la cornue. Il paiïe des vapeurs blanches, qui fe conden- fent en criflaux très-blancs & très-purs fur le» parois du récipient. C’eft le fel ammoniacal craieux. Il paroît que c’elt par ce procédé qu’on le prépare en grand en Angleterre, d’où il étoit envoyé autrefois dans toute l’Europe fous le nom de fel volatil ; aujourd’hui on fait préparer ce fel par-tout. Le réfidu de cette opération eft du fel marin calcaire ordinairement fondu , lorfqu’on a donné un bon coup de feu fur la fin de l’opération. Les ufages du fpath 8c des matières calcaires en général font fort étendus, ainfi que nous l’avons déjà fait obferver en traitant de leur hifioire naturelle. Mais un des plus importans, cil la préparation qu’on leur fait fubir pour les changer en chaux. L’art du chaufournier con- fifle à décompofer les matières calcaires par l’aftion du feu, & à leur enlever leur acide. Les pierres chargées de coquilles, les marbres, d’Hist. Nat. et de Chimie. 231 8c la plupart des fpaths calcaires, font celles de ces fubflances qui donnent la meilleure chaux. Cependant on fe fert plus communément j fur-tout aux environs de Paris, d’une efpèce de pierre calcaire dure, que l’on nomme pierre à chaux. On arrange ces pierres dans une efpèce de four ou de tourelle, de manière, qu’elles forment une voûte ; on allume fous cette voûte un feu de fagots, que l’on continue jufqu’à ce qu’il s’élève une flamme vive, fans fumée, à environ dix pieds au-deffus du four, & jufqu’à ce que les pierres foient d’une grande blancheur. On commence aujourd’hui à fe fervir à Paris de charbon de terre pour la cuiiïon de la chaux. Pour que la chaux foit bonne, elle doit être dure, fonore, s’échauffer promptement & fortement avec l’eau, & donner une fumée épaifTe dans fon extinflion. Si elle n’a pas été alfez calcinée x elle efl moins fonore, & elle ne s’échauffe que peu & lentement avec l’eau ; fi elle l’a été trop, elle efl à demi-vitrifiée ; elle rend , lorfqu’on la frappe, un fon trop clair; & elle ne peut plus s’unir facilement avec l’eau. Les chaufourniers la nomment alors chaux brûlée. Nous ne parlerons pas des ufages de la chaux,. parce que nous en avons traité dans l’hilloire de cette fubftance pure. P iy Nous ajouterons ici que le fpath calcaire qui fe trouve mêlé en très- petits fragmens avec la félénite ou le gypfe par la nature, & qui eft dépofé dans les montagnes par grandes couches ordinairement régulières, féparées par des bancs de glaife & de marne, comme on l’ob- ferve dans tous les environs de Paris, confti- tue la pierre à plâtre la plus utile pour la bâ- tilïe. Quoique nous ayons déjà parlé de cet objet à l’article de la félénite, nous croyons devoir y revenir encore ici, & entrer dans un aiïèz grand détail, pour fuppléer à cet égard à ce qui manque dans tous les ouvrages d’hif- toire naturelle & de chimie. Nous devons d’abord rappeler que la félé- nite pure ne donne par la calcination que du plâtre fin qui ne fait qu’une pâte incohérente avec l’eau, & que l’on emploie pour couler des flatues ; tout le monde fait que cette pâte deflechée eft très-calTante & n’a aucune ténacité, qu’elle fe brife au moindre effort; cela dépend de ce que cette matière faline en reprenant l’eau qu’elle a perdue par la calcination , forme une maffe égale & homogène dans toutes fes parties. Il n’en eft pas de même du plâtre propre à bâtir. La pierre qui le fournit à Montmartre & dans tous les endroits qui contiennent ce minéral, eft une forte de brèche I O “iWÈ, xwiklj. âé de et us cran tr drse cetéjïl leb fcü- n que à xohèteu xcoài vxs.p jat®- non; ^ ine e-f- ÿgt'^ iM ** d’Hist. Nat. et de Chimie. 233 formée de très-petits criftaux grenus de félénite, & de lames très-tenues de fpath calcaire; on y reconnoît la préfence de ce dernier en mettant une goutte d’acide nitreux fur la pierre; il fe produit une vive effervefcence due au dégagement de l’acide craieux ; en faifant dif- foudre un poids donné de pierre à plâtre de Montmartre dans fuffifante quantité d’eau-forte, tout le fpath calcaire eft décompofé à mefure que la chaux s’unit à l’acide nitreux, & il ne relie plus que la félénite qui efl: infoluble dans cet acide ; on trouve par cette expérience que le fpath calcaire varie en proportion dans les différentes pierres à plâtre, & que dans la meilleure il en fait plus de la moitié. Ce point une fois bien démontré fur la nature mélangée de la pierre à plâtre, il eû fort aifé de concevoir les phénomènes que préfente le plâtre à bâtir dans fa cuiiïbn, dans fort ex- tînélion & dans fon endurciffement. Quand on cuit ce fel terreux , la félénite qu’il contient perd fon eau de criftallifation & devient friable , le fpath calcaire perd fon acide & paffe à l’état de chaux ; d’après cela le plâtre bien cuit eft âcre & alkalin , il verdit le fyrop de violettes, il s’échauffe avec les acides fans faire d’efî'ervefcence, il perd fa force à l’air, à mefure que la chaux-vive qu’il contient s’éteint r 234 E L Û M E N S en attirant l’acide craieux & l’eau de l’atmosphère ; il abforbe l’eau avec chaleur, quand on le gâche ; quant à la folidité qu’il prend très- promptement comme tout le monde le fait, cette propriété efl l’inverfe de celle de la chaux pure, elle efl due à ce que la chaux vive ayant d’abord abforbé l’eau qui lui efl néceffaire pour fon éxtindion, la félénite qui efl interpofée entre fes molécules en attire une portion, & fe criflallifant fubitement, produit l’effet du fable ou du ciment dans le mortier, en liant & en accrochant pour ainfi dire enfemble les parcelles calcaires. On connoît enfin, d’après cette théorie, pourquoi le plâtre fe conferve bien par la chaleur & la fécherefle, tandis qu’il fe détruit & s’enlève promptement par l’humidité. Les deux principes falins & folubles dans l’eau qui le conf- tituent font la caufe de ces phénomènes. $ ? cJ fit/' M jaffe' qu’elle fc MB £ sleaffi ewie ritctei iéfa as les le Lestés amers & smeaq ^-folub % fi #les, lilscèl H fiscs, c es fi v ♦ / I 'Wï Wifc «fclefe de la de (rives; -rfâiiep* linapi poràoc.S fefeii «r,ai? sUItt éone,pte r la châle i® ksc jdfiip tiecoid- staeSi d’Hxst. Nat. et de Chimie. 23/ CHAPITRE VIII. Genre IV. Sezs neutres a base DE S£LS MAGNÉSIE OU MAGNÉSIENS. On a déjà vu dans l’hirtoire des acides que la magnéfie fe combine très-bien avec ces Tels & qu’elle forme dans ces combinaifons des fels neutres différens de ceux que condiment toutes les autres bafes. Ces fels ne font pas encore entièrement connus, & ils n’ont point été l’objet des recherches de beaucoup de chimiftes. Le célèbre M. Black eft le premier qui ait bien diftingué ces fels, que l’on confondoit avant lui avec les fels à bafe terreufe en général. Les fels magnélïens ont des caraétères génériques qui les diflinguent ; ils font prefque tous amers & falés, la plupart criflallifenr régulièrement quoique difficilement ; la plupart font très-foltibles dans l’eau, quelques uns attirent même l’humidité de l’air ; ils font plus décom- pofables que les fels ïammoniacaux & calcaires, & ils cèdent leurs acides à la terre pefante, à la chaux, à l’alkali volatil & aux deux alka- lis fixes. Ces fels font au nombre de fix, favoir le 2 36 Eli MEKS vitriol magnéfien ou le fel d’Epfom, le nitre magnéfien, le fel marin magnéfien, le borax magnéfien, le fluor magnéfien» & la craie ma- gnéfiène. Sorte I, Vitriol magnésien ou sel d’Epsom; Le fel neutre formé par l’acide vitriolique uni à la magnéfie, a été appelé fel d’Epfom,. à raifon du lieu d’où on le tire eu plus grande quantité : c’efl une fontaine d’Angleterre. Il exifte encore dans les eaux'd’Egra, de Sedlitz, de Seydfchutz. Son véritable nom eft vitriol magnéfien; Bergman l’appelle magnéfie vitriolée. Ce fel a une faveur trcs-amere, auffi lui a- t-on donné le nom de fel cathartique-amer. Il eft dans le commerce fous la forme de très- petites aiguilles terminées par des pyramides fort aigiies ; dans cet état il reffemble allez au fel de Glauber, mais fa faveur eft plus amère* il ne s’efïïeurit point à l’air, & fa criftallifation eft bien différente lorfqu’elle eft très-régulière; on l’obtient en le biffant crifiallifer fpontanément fous la forme de beaux prifmes quadrangulaires terminés par des pyramides également quadrangulaires ; les faces de fes prifmes & de fes pyramides font liffes & fans canelures, & fes crif- taux font en général plus courts & plus gros que ceux du fel de Glauber ; d’ailleurs toutes d’Hist. Nat. et de Chimie. 237 Fes autres propriétés le didinguent de ce fel neutre parfait, comme on va le voir. Le fel d’Epfom retient allez d’eau de cridal- lifation, pour être en état d’éprouver comme le fel de Glauber & le borax, la liquéfadion aqueufe. Il fe fond à la plus légère chaleur; il fe prend en une made informe par le re- froidiiïement. Lorfqu’on le laide fur le feu , après qu’il a éprouvé la liquéfadion aqueufe, il fe defsèche en une made blanche, friable, qui n’efl: que le fel privé de fon eau de crif- tallifation , & dont la nature n’a point changé. Il faut un feu extrême pour faire éprouver une véritable fufion ignée au vitriol magnéfien def- féché. Ce fel contient près de la moitié de fon poids d’eau de criftallifation. Macqtier & plufieurs chimides ont dit qu’il s’humede légèrement à l’air, & que cette propriété peut fervir à le faire didinguer du fel de Glauber qui s’y effleurit. Mais Bergman annonce au contraire , qu’expofé à un air fec, le fel d’Epfom perd d’abord fa tranfparence, & fe réduit à la fin en une poudre blanche; & il avance que celui qu’on vend en petites aiguilles, ed humide & déliquefcent à caufe du fel marin de magnéfie qu’il contient. M. Bu- tini, citoyen de Genève, à qui l’on doit de fort bonnes recherches fur la magnéfie, dit avoir 238 E I. É M E N S trouvé dans le fel d’Epfom d’Angleterre du fel de Glauber auquel on pourroit attribuer cette efllorefcence ; mais le vitriol de magnéfie bien purifié quoique perdant un peu de fa tranfparence à l’air, n’efl point à beaucoup près cfilorefcent comme le fel de Glauber, qui fe réduit entièrement en pouffière au bout d’un certain teins. Le fel d’Epfom efl fi diffoluble dans l’eau, qu’il ne demande pas deux parties de ce fluide froid pour être tenu en diiïolution , & que l’eau chaude peut en difloudre près du double de fon poids. Il fe criftallife par le refroidiffiement; niais pour l’avoir très-régulier, il faut laifler évaporer fpontanément une diffolution de ce fel faite à froid. Ce fiel n’éproüve aucune altération de la part des terres filiceufe & argileufe. La terre pefante le décompofe parce qu’elle a plus d’affinité avec l’acide vitriolique que n’en a la magnéfie. La chaux le décompofe par la même raifon. Si l’on met un peit de fel d’Epfom dans de l’eau de chaux , ou fi l’on verfe cette dernière dans une diffiolution de ce fel, il fe forme un précipité dû à la magnéfie & à la félénite. Cette précipitation efi un caraâcre sûr pour diflin- guec, le vitriol magnéfien du fel de Glauber. d’Hist. Nat. et de Chimie. 239 Les alkalis fixes purs décompofent auffi le fel d’Epfom. L’alkali volatil cauflique, ayant la même propriété, tandis qu’il ne décompofe pas la félénite, il eft démontré que ce fel a plus d’affinité avec l’acide vitriolique que n’en a la magnéfie, & qu’il en a moins que la chaux ; il peut donc fervir à faire diffinguer dans les eaux la préfence du fel d’Epfom. C’eft ainfi qu’on obtient par l’alkali volatil cauftique la magnéfie pure, dont nous avons fait l’hiflcire au commencement des matières falines. Bergman obferve que l’alkali volatil pur ne précipite point complètement la magnéfie du fel d’Epfom, & qu’il y a une partie de ce fel qui refle fans décompofition. La liqueur après ce mélange tient en diffiolution du vitriol ammoniacal & du fel d’Epfom ; quelques chimilles ont cru que ces deux fels formoient enfemble une efpèce de fel triple, ou compofé d’un acide uni à deux bafes ; mais il y a une erreur bien manifefie dans cette opinion, car quoique ces fels fe trouvent dans la même eau, l’un efi formé par l’acide vitriolique uni à l’alkali Volatil, 8c l’autre par le même acide combiné avec la magnéfie ; tous les deux ont une portion d’acide , & ce n’eft pas la même qui adhère en même-tems aux deux bafes, ce qui feroitnéceflàirepour conftituer un yrai fel triple. r 240 E L É M E N S ■ j'i On ne connoît pas encore bien I’aclion du fel d’Epfom fur les fels neutres à bafe d’alka- , ^ lis fixes & d’alkali volatil. Il efi probable qu’il L, décompoferoit les fels nitreux & marins de ces ^ deux genres par une double affinité. M. Quatremere Dijonval affiure dans une ( lettre à M. de Morveau, ( Journal de phyfique, Mai 1780, vol. XVII, pag. 391 , ) que lorf- qu’on unit une difïblution de fel d’Epfom avec une diffiolution de fel ammoniacal vitriolique, fl0 il s’opère une précipitation totale du fel d’Ep- ®^ el fom fans décompofition ; celui-ci tombe au fond - f eCC i du verre fous la forme de criflaux affiez gros, qu’on peut reconnoître par la faveur , &c. Il attribue cet effet à ce que le fel ammoniacal vitriolique efi fufceptible de s’emparer de l’eau du fel d’Epfom, qu’il croit être criflallifable. wap Nous reviendrons fur cette explication dans l’hif- toire du nitre de magnéfie. ®pW Quant aux fels craieux , il efi certain que le tetx fel d’Epfom les décompofe, & qu’il efi décom- Ksom pofé par eux. Lorfqu’on verfe une diffiolution fiitétd de tartre craieux ou de fonde craieufe dans Berj une diffiolution de fel d’Epfom, il y a alors riiaffifj double décompofition Sa double combinaifon. L’acide vitriolique du fel d’Epfom s’unit aux alkalis fixes, l’acide craieux qui fe fépare de ces derniers fe reporte fur la magnéfie, Sa forme avec Bile, ; loti d’Hist. Nat. et de Chimie. 241 avec elle un fel neutre, connu fous le nom de magnéfie douce ou effervefcente. C’eft par ce procédé que l’on prépare la magnéfie douce dont on fait ufage en médecine, comme d’un très-bon purgatif. Nous décrirons très en détail cette opération à l’article de la craie rna-ï gnéfiène. Une ditlolution féléniteufe, mêlée avec une diffùlution de fel d’Epfom, offre la précipita- tion de ce dernier, fuivant M. Dijonval, quoique ce phénomène foit peu fenfible à caufe de la petite quantité de félénite tenue en diffolu- tion. Le nitre & le fel marin calcaires décom- pofent auffi le fel d’Epfom, & font décompo- fés en même-tems par ce fel; mais nous ne croyons pas que l’on puiffe en conclure, avec M. Dijonval, que les acides nitreux & marin ont plus d’affinité avec la magnéfie, que n’en a l’acide vitriolique , puifque dans ces expériences on doit néceffairement tenir compte des affinités doubles. Bergman dit que le quintal de fel d’Epfom criftallifé, contient dix-neuf parties de magnéfie pure, trente-trois d’acide vitriolique, & quaraiv te-huit d’eau. Le fel d’Epfom efl employé en médecine avec beaucoup de fuccès. C’eft un purgatif fort ijitile, & qui jouit en même-tems de la pro- Tome II, Q 242 E L ê M E N S priété Fondante. On le préfère même aux âu« très fels purgatifs à caufe de fa grande diiïo- lubilité. On l’adminiflre , ou feul, diiTous dans l’eau, depuis une once jufqu’à deux, ou comme adjuvant, à la dofe d’on à deux gros. Il miné- ralife la plupart des eaux purgatives naturelles, & fpécialenient celles d’Egra , de Sedlitz , de Seydschutz , &c. Sorte II. Nitre magnésien. La combinaifon de l’acide nitreux avec la magnéfie appelée nitre magnéfien ou magnéfie nitrée , a été examinée par Bergman. Cet illuf- tre chimifle dit que la dilî'olution de ce fel fait par l’art, donne après une évaporation convenable des criflaux prifmatiques, quadrangulai- res, fpathiques, fans pyramides. Ce fel a une faveur âcre & très amère ; il fe décompofe par la chaleur ; il attire l’humidité de l’air. Il eft très-didToluble dans l’eau; r on ne l’obtient criftallifé que par une évaporation lente ; & l’on ne connoît même pas allez bien les loix.de fa ciidallifation , pour le faire paroître à volonté fous fa forme régulière, comme cela a lieu pour un grand nombre d’au* ' très fels. La terre pefante, la chaux & les alka- Iis le décompofent. Comme le nitre magnéfien fe trouve diiTous d’Hist. Nat. et de Chimie. 243 dans les eaux mères du nitre, M. de Morveau a propofé d’en retirer en grand la magnéfie, en les précipitant par l’eau de chaux. Ce procédé pourrait être très-avantageux par la facilité de fon exécution & le peu de frais qu’il demande; mais le même chimifle ayant obfervé que l’eau de chaux récente précipite le nitre calcaire bien pur, ainfi que je m’en fuis convaincu par beaucoup d’expériences, la magnéfie qu’on obtiendroit par ce procédé n’auroit point le degré de pureté convenable à un médicament aufîi utile; au relie , cet objet demanderoit un travail fuivi, fie une difeuffion plus longue que la nature de cet ouvrage ne le permet. L’acide vitriolique & celui du fpath fluor dégagent l’acide du nitre de magnéfie. Le fel fé- datif le fépare aufli à l’aide de la chaleur, fie à raifon de fa fixité. Telles font les propriétés de ce fel indiquées par Bergman. M. Quatremer Dijonval, qui a fait des recherches fur plufieurs combinaifons de la magnéfie , a trouvé dans le nitre magnéfien quelques propriétés très-différentes de celles annoncées par le chimifle d’Upfal. Il dit avoir obtenu des criflaux non déliquefeens de nitre magnéfien , & il ajoute même que les fels magné- fiens font autant criftallifables fie portés à s’effleu- rir que les fels calcaires font avides d’humidité. ^44 ï t i m î n s Le nitre de magnéfîe paroît être fufceptibl'é de décompofer, à l’aide des affinités doubles, lés fels vitrioliques, tels que le tartre vitriolé, le fel de Glauber & le fe! ammoniacal vitrio- lique ; mais ces décompofitions ne font point fenlîbles dans le mélange des diffôlutions de ces différens Tels, comme dans celles qui font opérées par le nitre calcaire, parce que les ni- tres ordinaire , rhomboïdal & ammoniacal, ainfi que le fel d’Epfom qui en réfulte, font tous très-folubles dans l’eau, tandis que la fé- lénite formée dans la décompofidon du tartre vitriolé j du fel de Glauber & du vitriol ammoniacal par le nitre calcaire , préfente un précipité très - abondant. Cependant on peut fe convaincre de l’effet de ces affinités doubles opérées par le nitre magnéfion en évaporant les liqueurs. On trouve les nrtres formés par le transport des alkalis fur l'acide nitreux, & le fel d’Epfom réfultant de l’union de l’acide vi- triolique des fels décompofés avec la bafe du nitre magnéfien. M. Dijonval a annoncé un fait digne de toute l’attention des chimiftes. C’eft la précipitation du nitre magnéfien, opérée par le nitre calcaire. Lorfqu’on mêle des diffolutions tranf- parentes & bien pures de ces deux fels, le nitre de magnélie fe dépofe fur-le-champ, fous ïî’Hist. Nat. et ce Chimie. 24.5* ïa forme criftalline, & fans être décompofé en aucune manière ; la liqueur retient en diffolu- tion le nitre calcaire. Il efl très-fingulier que- deux fels, qui féparés, ont allez, d’eau pour être dilTous parfaitementpréfentent dans leur mélange la précipitation & la crillallifation fu- Lite de l’un des deux. M. Dijonval penfe, comme nous l’avons déjà annoncé plus haut-, que cela dépend de la grande tendance du nitre calcaire pour s’unir à l’eau. Ce. fel pouvant, fuivant lui, abforber une plus grande quantité d’eau que celle qui lui elt néceffaire pour être tenu en diffokition, dès qu’on mêle, avec lui line diffolution de nitre de magnéfie , qui d’ailleurs tend fortement à fe criftallifer, il s’empare auffi-tôt de l’eau de crillallifation de ce dernier, & alors le nitre de magnéfie n’étant plus équi- pondérable à la quantité d’eau qui le foutenoit, fe précipite fous fa forme crillalline. Cette explication ne paroît pas lever pltvfieurs difficultés qu’il efl poffible de lui oppofer. Comment en effet un fel , quelque diffoluble qu’il foit, & qnelque tendance qu’il ait pour fe combiner avec l’eau,, peut-il s’emparer de l’eau de crifi- tallifation d’un autre fel, lorfqu’il elt.lui-mêiue. uni à une affez grande quantité d’eau pour être tenu en diffolution ? Si l’on répond qu’il n’elt pas faturé d’eau, il exilte donc un point da- QH ' 24 6 Elément faturation où le nitre calcaire cefTeroit de faire? ainfi précipiter le fel marin de magnéfie; & c’eft ce qu’il auroit été néceffaire de démontrer. Cette fuppofition même admife, comment le nitre calcaire s’empareroit-il de l’eau de criflallifa- tion du nitre magnéfien, tandis qu’il peut ab- forber celle qui tient en diffolution ce même fel, avant de lui enlever la portion de ce fluide qui fait partie conflituante de fes criflaux ? Enfin, comment peut-on concevoir dans cette explication, que le nitre magnéfien, privé de l’eau de fa criflallifation par le nitre calcaire , foit fufceptible de fe précipiter fur-le-champ fous la forme criflalline , tandis qu’il a perdu un des élémens de fes criflaux ? Nous croyons d’après ces obfervations qu’il a échappé à M. Dijonval quelques circonflances dans le phénomène qu’il a obfervé, & qu’il tient à une caufe qu’on ne connoîtra bien que lorfqu’on aura répété & varié cette expérience de beaucoup de manièr res différentes, relativement à la quantité d’eau, des fels, à la température, &c. Le nitre magnéfien n’efl: d’aucun ufage dans les arts ni dans la médecine. Sa faveur forte, fa déliquefcence & toutes fes propriétés annoncent qu’il auroit une forte aâion fur l’économie animale, & il feroit fort à defirer qu’on l’effayât comme fondant & incifif dans tous les ü’Hist. N*at. et de Chimie. 247 cas où les médicamens de ce genre font indiqués. Sorte III. Sel marin magnésien. Ce fel qui eft la combinaifon faturée d’acider marin 8c de magnéfie exifte dans toutes les eaux falées, & dans toutes celles qui tiennent du vitriol de magnéfie en diiïolution , comme les eaux d’Epfom, d’Egra, deSedlitz, de Seyds- ehutz Sc beaucoup d’autres ; il eft infiniment plus commun qu’on ne l’a cru. Le fel marin magéfien a une faveur très-amere & très-chaude. Bergman dit qu’on ne peut l’obtenir crifiallifé qu’en expofant fubitement à un grand froid, fa diiïolution fortement concentrée par l’évaporation. Il eft alors fous la forme de petites aiguilles très-déliquefcentes. Cette diiïo- lution offre le plus fouvent une gelée tranfpa-*. rente. M. Dijon val qui annonce avoir obtenir ce fel fous une forme, régulière & permanente , croit même qu’il eft plutôt efîlorefcent que déliquefcent. Le fel marin de magnéfie fe décompofe, 8c perd fon acide par l’adion du feu. Les dernières portions d’acide ne fe dégagent qu’avec beaucoup de difficulté; la magnéfie relie cauf- tique après cette opération. Ce fel expofé. à l’air paroît en attirer puiffàm- Q iv 248 É L È K E N S ment l’humidité & fe réfoudre promptement en vapeurs. Eergman & beaucoup d’autrçs chi- miftes ont reconnu cette propriété; M. Dijon- val efl le feul qui ait annoncé que le fel marin de magnéfie, comme le nitre magnéfien s’effleuriiïbit plutôt que de s’humeâer ; mais cette affertion demande à être confirmée par de nouvelles expériences. Le fel marin magnéfien efi très-foluble dans l’eau ; il paroît meme qu’il ne lui faut qu’un poids de ce liquide égal au lien pour être tenu en diflolution. Il efi très-difficile de l’obtenir bien crifiallifé; l’évaporation à l’aide de la chaleur; ne réuffit que très-mal, parce qu’il faut épaiffir beaucoup la liqueur qui en fe refroidiffant prend prefque toujours la confiflance gélatineufe ; il y a plus d’efpoir de réuffir en laiflànt évaporer fpontanément dans les chaleurs de l’été une dif- folution de ce fel bien pur ; encore ce moyen ne fournit-il des criflaux qu’avec beaucoup de difficultés. Le fel marin de magnéfie chauffé dans une cornue avec la terre filiceufe & l’argile, donne Ion acide ; mais comme l’aétion du feu feul le dégage, on ne peut point attribuer cette dé- ' compofition aux terres. La terre pefante & Ja chaux décompofent ce fel & en précipitent la magnéfie. Comme d’Hist. Nat. et de Chimie. 249 les eaux mcres du fel marin c\es fontaines falées contiennent du fel marin de magnéfie mêlé avec le fel marin calcaire, on pourrait en précipiter en grand & à peu de frais la magnéfie par le moyen de l’eau de chaux. Les alkalis fixes & l’alkali volatil cauftique ont plus d’affinité avec l’acide marin que n’en a la magnéfie, & précipitent cette dernière du fel marin magnéfien. La liqueur tient en diiïo- lution du fel fébrifuge, du fel marin ou du fel ammoniac, fuivant la nature de l’alkali qu’on a employé pour cette décompofition. Les acides vitriolique & nitreux décompo- fent ce fel 8c en féparent l’acide marin avec effervefcence. Pour opérer ces décompofitions, il faut diffiller dans une cornue de verre un mélange d’une partie de ces acides & de deux parties de fel marin de magnéfie. L’acide de ce dernier fe volatilife, tandis que les deux autres plus puiffians fe combinent avec la magnéfie, 8c forment du fel d’Epfom ou du ni- tre magnéfien. Le fel fédatif en dégage auffi l’acide marin par la chaleur. Le fel marin à bafe de magnéfie décompofe les fels vitrioliques & nitreux à bafe d’alkalis fixes 8c d’alkali volatil, par la voie des doubles affinités ; mais pour s’afifurer de ces décompofitions , il faut évaporer ou mêler avec l’efprit 2$0 E L é M E N S de vin, les diffolutions de ces fels verfées fur la dilTolution du fel ma.in de magnéfie, parce que les matières falines nouvelles qui en réful- tent, relient en dilTolution dans la liqueur après le mélange. Mis en contad avec le fel fébrifuge, & tous les deux en dilTolution , le fel marin de magnéfie fe précipite en crillaux, fuivant M. Dijon- val , par la grande diipofition à fe criltallifer qu’il admet dans ce dernier, comparativement au fel fébrifuge, qui retient l’eau de fa dilTolution. Il ell encore très-difficile de concevoir, dans l’opinion de ce chimilte, comment un fel auffi peu foluble & déliquefcent que le fel fébrifuge, en comparaifon de ces deux propriétés confidérées dans le fel marin de magnéfie, peut s’emparer de l’eau qui dilTout ce dernier? Si l’on mêle une dilTolution de fel marin ma- gnéfien avec une dilTolution de fel marin calcaire , le premier fel fe précipite en crillaux d’après le même chimifie. Toutes ces afiertions doivent être confirmées par de nouvelles expériences pour faire partie des élémens de la fcience chimique. Le fel marin magnéfien n’eft d’aucun ufage ; mais nous croyons qu’il pourra être employé en médecine avec beaucoup d’avantage comme purgatif & fondant; les médecins en adminif- j re as On Res ïïes, U yéin d’Hist. Nat. et de Chimie, zfi trent tous les jours de petites quantités, en prefi- ' crivant le fel d’Epfom, les eaux de Seditz, & le fel marin gris , puifque ces fubftances en contiennent toujours. Sorte IV. Borax magnésien. On peut donner ce nom à la combinaifon du fel fédatif avec la magnéfie. Ce fel n’eft prefque pas connu. Bergman a obfervé que lorfqu’on jette de la magnéfie dans une diflo- lution de fel fédatif, elle s’y dilïout, mais lentement. La liqueur évaporée donne des criflaux grenus , fans forme régulière. Ce fel fe fond au feu fans fe décompofer. Les acides le décompofent en s’emparant de la magnéfie, & en en féparant le fel fédatif. L’ef- prit-de-vin lui enlève aufiï cet acide, 8c laifle la magnéfie à nud ; celle-ci n’adhère donc point fortement à l’acide du borax. On ignore, comme l’on voit, prefque toutes, les propriétés de ce fel, fur lequel les chi- mifles n’ont encore fait que très-peu d’expé- rierices. Sorte V. Fluor magnésibn. La combinaifon de la magnéfie avec l’acide fpathique qu’on peut appeler fluor magnéfien, 2$2 É L É M E N S magnéfie fluorée ou magnéfie Apathique, n’efl pas plus connue que le borax magnéfien. Bergman efl le feul chi nifle qui en ait dit quelque chofe. Suivant lui, l’acide Apathique dilAout rapidement la magnéfie ; une grande partie de ce fel Ae dépoAe à meime que la Aaturation approche. La difïolution Aournit, par l’évaporation Apon- tanée, une Aorte de moufle, tranAparente , qui grimpe Aur les parois du vaAe, & qui préAente quelques filets criflalüns allongés & tics-fins. On obtient auffi dans le Aond du vaAe des criA- taux Apathiques, en prifmes hexagones terminés par une pyramide peu élevée, compoAée de trois rhombes. Ce Ael n’éprouve aucune altération de la part du Aeu le plus violent. Aucun acide ne peut le décompoAer par la voie humide. C’efl un des Aels neutres fluorés qui mériteroient un examen Auivi d’après les fingu- licres propriétés que Bergman lui a reconnues» Sorte VI. Magnésie craieuse, ou Craie MAGNÉSIÈNE. Ce Ael nommé magnéfie douce ou efîervefi- cente par le doéleur Black, qui l’a Aait con- noître le premier , efl; Aormé par l’union intime de la magnéfie avec l’acide craieux. On la prépare ordinairement } en précipitant une diflo- d’Hist. Nat. et de Chimie. 2;j îutîon du fel d’Epfom , à l’aide des alkalis craieux, ainfi que nous l’expoferons à la fin de cet article. Elle a le plus fouvent l’afpeét terreux; elle efi en poudre très-blanche ; cependant Bergman & M. Butini de Genève l’ont obtenue criflallifée par le procède que nous décrirons plus bas. Elle efi. fufceptible de contenir une plus ou moins grande quantité de.fon acide, comme tous les fels craieux en général , & fes propriétés varient fuivant qu’elle en efi plus ou moins chargée; fa faveur efi crue & comme terreufe, elle en a une plus marquée dans les inteflins, puifqu’elle efi purgative, y Lorfqu’on l’expofe au feu dans un creufet, elle perd l’eau & l’acide qui lui font unis. M. Tingry, apothicaire de Genève, a obfervé que lorfqu’on la calcine en grand, elle bouillonne & fernble jouir d’un mouvement de fluidité à fa furface; ce phénomène dépend du dégagement de fon gaz acide. Il s’élève du creu- fet un léger brouillard qui dépofe fur les corps environnans, une pouflîère blanche que l’on reconnoît facilement pour de la magnéfie emportée par le courant de l’acide craieux. Si l’on y plonge un corps chaud, elle y adhère, fuivant le même obfervateur ; un corps froid en emporte encore davantage. Sur la fin de l’opé- 2j‘4 Ê I, Ê M E N S ration, elle brille d’une lueur bleuâtre & phof-. phorique très-fenfible dans l’obfcurité. Si l’on calcine la magnéfie craieufe dans des vaifïeaux fermés avec un appareil pneumato- chimique , on obtient l’eau & l’acide qu’elle contient. M. Butini, qui a fait cette opération avec beaucoup d’exaditude, affine, d’après des calculs fur les produits qu’il a obtenus, que trente-deux grains de magnéfie commune, ( il appelle ainfi celle que l’on prépare pour la pharmacie, & qui n’efi pas tout-à-fait faturée d’acide ) contiennent environ treize grains de terre pure, douze grains d’acide & fept grains d’eau. M. Bergman efiime que la magnéfie craieufe contient au quintal vingt-cinq ou trente parties d’acide, fuivant fon état, trente d’eau & quarante-cinq de magnéfie pure. Si l’on chauffe plus fortement la magnéfie craieufe après qu’elle a perdu fon acide, elle s’agglutine & prend de la dureté comme la magnéfie pure ou cauftique. La craie magnéfiène n’éprouve point d’altération bien remarquable de la part de l’air ; cependant elle fe pelotonne dans l’air humide, Si elle paroît être légèrement déliquefcente. L’eau ne diflTout qu’une infiniment petite quantité de magnéfie craieufe , & cette diffolu- bilité varie, fuivant qu’elle contient plus ou d’Hist. Nat. et de Chimie. moins d’acide craieux. Si on la mêle avec un peu d’eau , elle forme une efpèce de pâte qui n’a que peu de liant, & qui sèche fans prendre ni confiflance, ni retraite. La magnéfie ordinaire étendue de beaucoup d’eau , fe difTout à-peu près à la dofe d’un quart de grain par once de ce fluide , ce dont on peut s’afflirer par l’évaporation. Mais il exifle des'moyens de faire dilïoudre la magnéfie en beaucoup plus grande quantité, comme nous le dirons tout-à- Fheure. La magnéfie craieufe n’efl pas décompofée par les terres pures. La chaux lui enlève fon acide avec lequel elle a plus d’aflù ité. De l’eau de chaux verfée dans une dilTolution de magnéfie craieufe occafionne un précipité afTez notable, quelque petite que foit la quantité de ce fel neutre tenu en dilTolution dans l’eau. Le précipité elt de la craie & un peu de magnéfie cauflique, qui, comme on le fait, elt prefque infoluble. Les alkalis fixes & l’alkali volatil cauflique la décompofent comme la chaux, parce qu’ils ont comme elle plus d’affinité avec l’acide craieux que n’en a la magnéfie. Il réfulte de ces mélanges du tartre craieux, de la loude craieufe ou du fel ammoniacal craieux j la magnéfie pure & cauflique fe précipité. 2.56 Ëlémens Les acides vitriolique, nitreux & mârin dé- compofent la magnéfie craieufe d’une manière inverfe, & rendent l’analyfe de ce fel neutre complette. Ils s'unifient à la magnéfie avec laquelle ils ont plus d’affinité que n’en a l’acide craieux, & ils dégagent ce dernier acide fous la forme aérienne, ce qui conflitue l’effervef- cence. On peut reconnoître l’acide craieux à fes caraâères ordinaires. M. Butini a obfervé dans fes recherches, que les acides en dégagent moins d’air fixe que le feu, & que chacun de ces fels fépare des quantités différentes d’acide craieux; qu’ainfi, par exemple, l’acide marin en dégage plus que l’acide nitreux, & celui- ci plus que le vitriolique. Il en conclut que les fels neutres formés par la magnéfie unie aux acides , favoir le fel d’Epfom & le nitre magné- fien retiennent une portion d’acide craieux. L’acide craieux a la propriété de rendre la magnéfie effervefcente beaucoup plus diffolu- ble qu’elle ne l’eff naturellement. C’efl fur les phénomènes de cette diffolution, que roulent fpécialement les expériences neuves de M. Butini. Il a découvert que lorfqu’on jette de la magnéfie ordinaire & non faturée d’acide craieux dans l’eau gazeufe, ou efprit acide de la craie, la magnéfie fe fature d’abord de cet acide en l’enlevant à l’eau, & ne fe diffout que lorsqu'elle t tàtç fcSeivet: 'tuf si uddefc de crâec ittiAr feesc-’ , & qït. ttsfe mplejr oodiitçsi rit 3^ ris®? ■ a ®® 1 ittnito iCi* , 4 b U* d’Hist. Nat. et de Chimie. 257 qu’elle en eft très-chargée. Cette difTolution verdit le firop de violettes; expofée au froid, elle perd fon air furabondant, mais fans que la raa- gnéfie s’en fépare, & elle relie en parfaite com- binaifon dans l’eau même glacée. Si l’on chauffe une difTolution de magnéfie avec furabondance d’acide, elle fe trouble & reprend une forte de tranfparence lorfqu’on la laiiïe refroidir; ce phénomène fingulier nous offre, comme l’a très-bien dit M. Butini, un genre nouveau dans les fels, dont le caraâère efl de fe difToudre en plus grande quantité dansl’eau froide que dans l’eau bouillante. Plus une difTolution gazeufe efl chargée de magnéfie , plus vite elle fie trouble par la chaleur. Pour bien obferver le paffage de cette difTolution de l’opacité à la tranfparence à l’aide du refroi- diffement, il faut prendre, fuivant le chimifîe cité , une difTolution qui contienne deux grains par once , & la faire chauffer jufqu’à foixante degrés du thermomètre de Réaumur ; elle devient laiteufe, & toute la magnéfie, qui s’en précipite par la chaleur, fe rediflbut par le froid. Bergman avoit annoncé que la difTolution de magnéfie chargée d’acide craieux évaporée lentement , donnoit des criflaux, les uns en grains tranfparens, les autres reffemblans à deux faif- ceaux de rayons qui divergent du même point. M. Butini a obfervé avec la plus grande exac- Tome II, R 2j8 E L t M E N S titude, tous les phénomènes de cette crirtalli- fation. Il a fait évaporer à la chaleur très-foi- ble d’une lampe, une dilTolution chargée de neuf grains de ce fel par once d’eau. Il s’efl formé d’abord à fa furface une pellicule dont le deffious ainfi que les parois du vafe étoient lapides de plufieurs houppes de criftaux. Le réfidu oiïroit des aiguilles brillantes, effilées par leurs bafes, & compofant de petites martes hémifphériques à filets divergens. Ces aiguilles, qui n’avoient pas une ligne, offroient au rni- crofcope de longs prifmes à fix pans tranchés par un hexagone & femblables à ceux de certains fpaths. M. Butini a découvert encore une autre manière de faire criflallifer la magnéfie craieufe. Elle confifie à expofer à l’air une diffolution acide de ce fel, précipitée par la chaleur. Il s’y forme au bout de quelques jours des cristaux femblables à ceux obtenus par l’évaporation. La magnéfie précipitée du fel d’Epfoni par le tartre craieux & de fléchée, n’en donne aucun ; lorfqu’on la délaye dans l’eau , elle ne forme jamais que des malles pelotonnées irrégulières. Mais une diffiolution de fel d’Epfoni nouvellement précipitée par l’alkali fixe, donne des criflaux aiguillés au bout de quelques jours. La meme diffiolution féparée de fon précipité d’Hist. Nat. et de Chimie, zççt par le filtre, fournit auffi des aiguilles de ma- gnéfie. J’ai obfervé plufieurs fois qu’une difto- lution de màgnéfie craieufe préparée pour l’ufa- ge d’un laboratoire, & confervée dans des flac- cons de verre bien bouchés, dépofe au bout de quelque tems une grande quantité de petites aiguilles très-fines & très-brillantes, qui pré- fentent à la loupe des prifmes à lîx faces. Les fels neutres parfaits n’éprouvent point d’altération de la part de la màgnéfie craieufe, & ils ne lui en font point éprouver ; ils augmentent feulement fa dfiïblubilité dans l’eau, fuivant M. Butini ; il faut cependant excepter le tartre craieux qui lui enlève cette propriété. Les fels neutres calcaires font décompofés par la màgnéfie effervefcente ; c’eft en vertu des affinités doubles que s’opère cette décom* pofition. Nous avons fait obferver que la chaux a plus d’affinité avec les acides que n’en a la màgnéfie , 8c qu’elle décompofe les fels neutres qui ont cette dernière fubfiance pour bafe. Ce n’elt donc qu’en raifon de l’acide craieux que fe font ces décompofitions ; 8c c’eft à caufe de la grande affinité de la chaux avec cet acide, qu’elle quitte les autres pour s’y unir, pourvu que ces derniers trouvent une bafe avec laquelle ils puifient fe combiner. Lors donc qu’on verfe une diffolution de màgnéfie craieufe dans Rij E l k m e n s une diflolution de félénite, de nitre ou de fel marin calcaires, l’acide vitriolique, nitreux, ou marin, quitte la chaux pour fe porter fur la magnéfie , s’y unit & forme du fel d’Epfom, du nitre ou du fel marin à bafe de magnéfie, tandis que la chaux fe combine avec l’acide craieux féparé de la magnéfie , & fe précipite en craie. Il en eft donc de la magnéfie comme de l’al- Jtali volatil. Lorfque tous les deux font purs âc cauüiques, ils ne peuvent décompofer les feîs calcaires, parce qu’ils ont moins d’affinité avec les acides que n’en a la chaux. Mais lorfqu’ils font unis à l’air fixe ou acide craieux, & dans l’état de fels neutres craieux, alors ils font capables de décompofer les fels neutres calcaires, en vertu des doubles affinités, comme nous l’avons déjà expliqué à l’article de la félénite, du nitre calcaire, &c. La magnéfie craieufe eft d’ufage en médecine. On la faifoit autrefois avec l’eau mère du nitre évaporée à ficcité, ou précipitée par l’alkali fixe. Elle a été connue d’abord fous les noms de magnéfie blanche, poudre du comte de Palme , poudre de Sentinelli ; elle a été nommée enfuite poudre laxative polychrelle par Va- lentini, magnéfie blanche du nitre , magnéfie du fel commun, parce qu’on la retiroit auffi d’Hist. Nat. et de Chimie. 261 de l’eau mère de ce dernier fel. Mais ce rnédi- cament préparé de cette manière, contient tou j - jours de la terre calcaire & plufieurs autres fubf- tances étrangères. Celle dont on fe fert aujourd’hui eft ordinairement précipitée du fel d’Ep- fom par l’alkali fixe. M. Butini a donné un très- bon procédé pour l’obtenir très-fine & en plus grande quantité poffible. On délaye une quantité quelconque de potafie dans le double de fon poids d’eau froide ; on la laide expofée à l’air pendant quelques mois, fi le tems le permet, pour qu’elle abforbe l’acide craieux de l’at- mofphère, & on la filtre. On diiïout une quantité de fel d’Epfom égale à celle de la potafie, dans quatre ou cinq fois fon poids d’eau, on filtre- cette diflolution , & on y ajoute de nouvelle- eau à-peu-prcs quinze fois le poids du fel. On- fait chauffer cette liqueur, & lorfqu’elle bout , on y verfe la diffolution alkaline. Le précipité- de magnéfie fe-forme, on agite bien le mélange , & on le filtre au papier. On lave fe précipité relié fur le filtre avec de l’eau bouillante , pour enlever le tartre vitriolé- qui peut y être mêlé. Quand' la magnéfie eft bien égouttée , on l’enlève de deffus le filtre, on- l’étendf en couches minces fur des papiers que l’on porte à l’étuve. Lorfqu’elle eft defiechée, elle offre des morceaux blancs qui s’écrafent foua. R iij 2 62 El ! MENS le doigt en une poudre extrêmement fine 8c adhérente à la peau. On doit préférer comme purgative la magné- lïe craieufe, à celle qui eft cauftique, parce qu’elle eft beaucoup plus foluble. On la donne à la dofe d’une ou de deux onces , fuivant les cas. La magnéfie cauflique lui eft au contraire préférable comme abforbante, & on doit en préparer des deux efpèces dans les pharmacies. La raifort principale de cette préférence dans les divers cas de pratique, & de la néceffité d’avoir les deux efpèces de magnéfie dans les pharmacies, a été très-bien expofée par Mac- quer dans un mémoire configné parmi ceux de la fociété royale de médecine. Lorfqu’on admi- niftre la magnéfie comme abforbante, c’efl pour détruire & neutralifer un acide développé dans les premières voies , comme cela a lieu chez les enfans, les jeunes filles, les femmes en couche, &c. Cet acide de l’eftomac eft certainement plus fort que l’acide craieux; de forte que lorf- que la magnéfie craieufe eft retenue dans ce vifcère, il fe produit une effervefcence plus ou moins vive, fuivant que l’aigre eft plus ou moins développé dans les premières voies ; l’acide craieux dégagé par cette effervefcence diflend l’eftomac, occafionne fouvent des douleurs, des naufées, des vomifTemens, des dif- d’HisT. Nat, et de Chimie. 263 Acuités de refpirer, & beaucoup d’autres ac- cidens fpafmodiques Suivant la fenfibilité des fujets. Dans ces circonftances il vaut beaucoup mieux employer la magnéfie pure , qui abforbe- auiïi puiftamment les aigres, & qui n’occafionne. pas d’efferveScence. Lorfqu’au contraire on donne la magnéfie. comme purgative, & dans les cas où l’on n’a point l’indication d’abforber des aigres dans les premières voies, on peut prefcrire celle qui eft chargée d’acide craieux. Alors cet acide n’eft point dégagé, & l’on n’a point à craindre les. accidens qui dépendent de la diftenfion de l’ef- tomac par ce fluide élaftique. Il eft donc né- ceiïaire que les médecins connoiiïent ces deux efpèces de magnéfie, les cas où chacune d’elles doit être préférée, & que les apoticaires en aient dans leurs pharmacies. M. Butini propofe une eau minérale artificielle faite avec l’eau gazeufe chargée de magnéfie ; il obferve que ce fluide peut contenir plus de trois gros de cette terre magnéfiène par livre, & que d’ailleurs elle n’eft pas plus difficile à préparer que les eaux martiales acidulées ou gazeufes. En effet, la manipulation eft abfolument la même pour toutes les deux. Les médecins pourroient s’en Servir dans plu* fleurs cas avec Succès. Riv E LÉ MENS CHAPITRE IX. Genre V. Sels neutres argileux OU ALUMINEUX. L’Argile bien pure fe combine très-bien avec la plupart des acides ; il réfulte de ces combinaifons des fels. neutres qu’on conuoît fous le nom de fels argileux ou alumineux. Ce genre de matières falines, fi l’on en excepte la première forte, n’a pas encore été examiné avec aiïez de foin par les chimiftes. 'Audi leurs propriétés font-elles encore moins connues que celles des quatre genres précédais. En général les fels argileux font moins parfaits que tous les fels neutres dont nous nous fommes déjà occupés ; ils cèdent leurs acides aux alkalis fixes, à l’alkali volatil, à la terre pefante, à la chaux & à la magnéfie j ils ont une faveur acerbe & aflringente. Ce genre comprend fix fortes, l’alun, le ni- tre argileux, le fel marin argileux, le borax argileux, l’argile fpathique & l’argile craieufe. Sorte I. Vitriol d’argile; Alun. L’alun eft un fel neutre formé par la com- d’Hist. Nat. et de Chimie. binaifon de l’acide vitriolique avec l’argile pure ; aufli devroit-il porter le nom de vitriol d’argile. Les chimifles n’ont pas toujours été d’accord für la bafe de l’alun. Les uns la diftinguoient de l’argile ; & la défignoient fous le nom particulier de terre alumineufe ou de l’alun. Margraf a démontré que la terre de l’alun , broyée avec le filex réduit en poudre fine, forme de l’argile, Hellot, Geoffroy, Pott, & fur-tout M. Baumé, ont fait de véritable alun avec l’argile & l’acide vitriolique. Enfin, fi les vrais caractères de l’argile font de prendre du liant avec l’eau , de la retraite & de la dureté au feu, la terre alumineufe pré- fentant toutes ces propriétés dans un degré éminent , doit être regardée comme l’argile la plus pure. Telle eft aujourd’hui l’opinion générale de tous les chimifles. L’alun a une faveur d’abord douceâtre & enfuite fortement aflringente ; il rougit le papier bleu, ce qui annonce qu’une portion de fon acide efi à nud & n’eft point lâturée. Il eu fufceptible de prendre une forme très-régulière qui fera décrite plus bas. L’alun n’exifle prefque jamais pur & ifoîé dans la nature; on le trouve quelquefois dans le voifinage des volcans ; il eft toujours mêlé avec la terre argiJeufe. Les minéralogifles, 5c 3.66 Îlémens fur-tout Wallerius, ont diftingué plufieurs fortes d’alun natif, tels que l’alun folide, l’alun, criflallifé , l’alun en efflorefcence, les terres aluinineufes blanches, grifes, brunes, noires, les fchiftes alumineux. On connoît plufieurs fortes d’alun dans le commerce. i°. L’alun de glace ou de Roche en malfes confidérables & tranfparentes. Bergman croit que ce nom lui vient de la ville de Roche en Syiie, aujourd’hui EdeJJe , où étoit établie la plus ancienne manufaélure de ce fel, & non pas de fa forme femblable à celle d’un rocher, comme l’ont dit plufieurs auteurs, ou bien de ce qu’on le retire des rochers ; cette efpèce d’alun eft fort impure. 2°. L’alun de Rome , qui fe prépare dans le territoire de Civita-Vecchia, & qu’on retire d’un lieu nommé en italien Alutniniere délia Tolfa • cet alun eft en morceaux gros comme des œufs ; il eft couvert d’une efllorefcence rougeâtre; il pafte pour pur, lorfqu’on en a féparé cette efflorefcence. 3°. L’alun de Naples, que l’on extrait d’une terre particulière à la Solfatare; il eft en maffes plus grades que celui de Rome, & une de fes furfaces eft toute hériiïee de criftaux pyramidaux. d’Hist. Nat. et de Chimie. 267 '4 0 . L’alun de Smyrne ; c’elt à ce qu’il paroît dans les environs de cette ville & de Conflan- tinople, qu’ont été élevées les plus anciennes manufactures d’alun. Il n’en exifte que quelques échantillons dans les cabinets. 7 0 . L’alun de France; on prépare de toutes pièces de l’alun dans plufieurs manufactures de France, & fur-tout à Javel près Paris; on en trouve également dans des fchiftes effiorefcens, dans des produits volcaniques. J’en ai retiré une quantité notable d’une terre qui m’a été envoyée d’Auvergne ; on pourroit extraire ce fel de plufieurs fubftances analogues 1 que la France pofsède, & enlever ainlx cette branche de commerce aux étrangers. 6°. On extrait également l’alun des terres on des pierres qui le contiennent dans beaucoup d’endroits de l’Allemagne où il y avoit des manufactures des 15*44, en Angleterre, en Ef- pagne , en Suède , & dans prefque toutes les parties de l’Europe. Beckman a fait fur l’hifloire de la fabrication de l’alun une dilfertation très - détaillée que l’on trouve dans les aétes de Gottingue. Il paroît, d’après les recherches de ce favant, que les peuples de l’Orient ont les premiers préparé ou extrait de l’alun ; car ce que les anciens , & Pline en particulier, appeloient 268 E r. Ê M E N s ckijîon , trichitès , calchitès , & qu’ils paroilFeilt avoir confondu avec l’alumen & le ç-uwrwpi'os des grecs, paroît plutôt appartenir aux diffé- rens états du vitriol martial ou de la coupe- rofe verte. Les italiens prirent à bail les fabriques d’alun des environs de Conftantinople ; vers l’année 14yp, Bartholomé Perdix ou Pernix génois découvrit une mine de ce fel dans l’ile d’Ifchia; dans le même tems à-peu-près Jean de Caftro en trouva une autre à la Tolfa, & bientôt il s’établit un grand nombre de fabriques d’alun en Italie, fur-tout lorfque le pape Pie II défendit l’importation de l’alun d’Orient. Cet art pafta enfuite en Efpagne, en Allemagne , en Angleterre & en Suède vers le commencement du dix-feptième fiècle. ( V. Beckman. ) La préparation de l’alun eft très-variée fui- vant les pays & les matières d’où on le retire. Bergman qui a fait une très-bonne differtation fur cet objet, divife les matières que l’on emploie pour préparer ce fel, & que l’on nomme ordinairement mines d’alun, en deux efpèces; celles qui le contiennent tout formé , & celles qui n’en contiennent que les principes. Les premières n’ont befoin que d’être leftivées pour fournir leur alun ; telle eft la terre qui fe trouve à la Solfatare. Telle eft auiïi celle d’Auvergne dont j’ai parlé ; on la met avec de l’eau d’Hist. Nat. et de Chimie. 269 élans des chaudières de plomb enfoncées dans la terre. La chaleur naturelle du fol favorife la diflTolution & la criffallifation de l’alun ; on le purifie par une fécondé crifiallifation. On pourroit lefiïver ainfi les terres de l’Auvergne, &c., évaporer l’eau dans des chaudières de plomb , & faire criftalîifer l’alun. Quant aux fubltances naturelles qui ne contiennent que les principes de l’alun , & qui font beaucoup plus communes que les premières, elles demandent une préparation préliminaire avant de fournir ce fel neutre ; il faut les calciner ou les expofer à l’air, fuivant leur nature. Les fchiftes alumineux demandent à être calcinés, afin de brûler le bitume qui les colore , & de décompofer les pyrites qui doivent fournir l’alun. Bergman s’efi aiïiiré qu’avant d’avoir été calciné, ce fchifte ne donne pas un atome d’alun , lorfqu’on le lave avec de l’eau. L’expofition à l’air fait le même effet fur les pyrites pures que l’on arrofe d’eau. La décom- pofition fpontanée de ces fubftances produit de l’acide vitriolique qui fe porte fur l’argile & forme de l’alun. On leffive ces pyrites effleu- ries, on laiiïe dépofer à plufieurs reprifes Je fer que contient la leffive, on la fait évaporer & on la met criflallifer dans des tonneaux. Le fel fe dépofe en gros criflaux. On emploie Z]0 E r. É M E N s fouvent une forte leffive des favoniers pour faciliter la criflallilation de l’alun. Tel eft le procédé qu’on fuit dans plulieurs manufactures ; mais ces aluns retirés des pyrites contiennent toujours plus ou moins de fer ; celui que l’on retire des pierres où il exifte tout formé, efl toujours plus pur, comme l’alun de Rome. L’alun qu’on fabrique en combinant directement l’acide vitrioiique avec les argiles efl fouvent mêlé d’une certaine quantité de fer, parce que les argiles colorées qu’on emploie pour cette préparation font chargées de ce métal. L’alun fous fa forme régulière, efl un octaèdre parfait formé de deux pyramides tétraèdres jointes bafe à bafe. Cette forme varie beaucoup fuivant les circonflances de la criftallifation; l’oc- laè’dre efl plus ou moins tronqué, irrégulier, aigu, applati. Les angles font plus ou moins complets, coupés, les criflaux font fouvent réunis & comme emboités les uns dans les autres par leurs pyramides. M. Rome de Lille a décrit avec beaucoup de foin toutes fes variétés dans la nouvelle édition de fa Criflallographie. L’atùn fe liquéfie à une chaleur douce; il exhale des vapeurs aqueufes très-abondantes : il fe bourfouffle beaucoup , & il offre une malle trcs-volumineufe , légère, d’un blanc mat, & remplie de beaucoup de cavités, Ce phénomène d’Hist. Nat. et de Chimie. 271 efl dû, comme dans le borax , au dégagement de l’eau , dont les bulles foulèvent peu-à-peu & étendent les molécules falines. L’alun dans cet état prend le nom d’alun calciné; il a perdu à-peu-près la moitié de fon poids; il eft un peu altéré, il rougit le firop de violettes; fa faveur elt beaucoup plus confidérable, 8c il femble que fon acide fe foit développé. Si on le diflout dans l’eau, il s’en précipite un peu de terre; on peut le faire criflallifer; mais il fre fe bourfouffle prefque plus lorfqu’on le calcine de nouveau , fuivant l’obfervation de M. Baumé. Si on calcine de l’alun dans un appareil diflillatoire, on obtient du phlegme qui fur la fin devient acide; mais on ne peut pas le décompofer entièrement, puifque Geoffroy l’a tenu dans une cornue à un feu extrême, pendant trois jours & trois nuits, fans qu’il ait fubi d’altération bien remarquable. Cependant je penfe qu’on n’a point encore examiné convenablement les changemens que l’alun éprouve de la part d’un feu long-tems foutenu. L’alun s’effleurit légèrement à l’air , 6c perd l’eau de fa criflallifation. Ce fel n’eft que peu diffoluble dans l’eau froide, puifque deux livres de ce fluide ne peuvent difToudre que quatorze gros d’alun, fuivant M. Baumé; mais l’eau bouillante en diffout plus de la moitié de fon 212 E L É M K N S M poids. Huit onces de ce fluide dans cet état' A i /w;' peuvent tenir en diffolution cinq onces de ce < , fel. Il fe criflallife trcs-bien par refroidiiïement. Ses criflaux font des efpèces de pyramides triangulaires dont les angles font tronqués. Lorfqu’ils fe dépofent fur des fils au milieu de la diffolution, ils forment alors des octaèdres très-réguliers, dont les pyramides précédentes lie font qu’une moitié coupée obliquement. La terre filiceufe ne fait éprouver aucun chau- àéi Tec ‘ gement notable à l’alun. Ce fel peut s’unir à une Ertfe plus grande quantité d’argile (i) pure qu’il n’en iosik contient dans fon état ordinaire. Il prend dans 'L’ffldf cette union les caraétères de cette terre, fui- icefeta vant les recherches de M. Baumé. Pour fatu- isiiaSs rer l’alun de fa terre, on fait bouillir une dif- àlipre folution de ce fel avec de l’argile bien pure; kqjh, on continue de chauffer ce mélange jufqu’à ce gaicniie qu’il ait perdu la faveur fiyptique de l’alun. La «e ( combinaifon bien faite n’a plus qu’une faveur nttum J fade, douceâtre & terreufe. M. Baumé a ob- efjjàj fervé qu’en la faifant évaporer, on en obtenoit Jedjn *-«Uis q (i) Nous (uppofons ici l’argile très-pure , & féparée Çïrs, ]; par le lavage, de la terre filiceufe qu’elle contient fou- vent en fi grande quantité , que cette dernière fait plus de la moitié de fon poids, comme nous l’avons obfervé dans ^ l’hifloire de cette terre. ■ d’Hist. Nat. et de Chimie. 271 des paillettes femblables au mica. M. le duc de Chaulnes ayant laide long-tems expofée à l’air une leffive d’alun faturé de fa terre, y trouva au bout de quelques mois des criflaux cubiques très-réguliers. Il paroît qu’on ne peut plus faire repaffer l’alun faturé de fa terre à l’état de véritable alun, comme il étoit auparavant. L’alun peut être décompofé par la terre pelante & par la magnéfie, qui ont plus d’affinité avec l’acide vitriolique que n’en a l’argile. Il réfulte du fpath pefant & du fel d’Epfom de ces décompofitions. L’eau de chaux verfée dans une didolution de ce fel neutre, en précipite la bafe argileufe. Les alkalis fixes, ainfi que l’alkali volatil, ont auffi la propriété de décompoferl’alun. Le tartre craieux, la fonde craieufe, le fel ammoniacal craieux, la craie & la magnéfie effervescente en féparent auffi l’argile qui retient une portion de l’acide craieux , fi la précipitation fe fait à froid-, mais j’ai obfervé qu’en prenant une didolution d’alun , ainfi que des diffolutions d’alkalis craieux chaudes, & en mêlant les liqueurs , la précipitation ed accompagnée d’une effervefcence produite par le dégagement de l’acide craieux. La terre de l’alun précipitée par ces différentes fubftances , ell fioconneufe, elle fe dépofe Jome II, S 274 î 1 t M ÏN 5 peu-à-peu ; defiechée doucement, elle efl très- blanche , elle décrépite au feu comme les argiles ; la chaleur forte lui donne une dureté con- fidérable; fon volume eft en même-tems fort diminué, & elle prend beaucoup de retraite; elle n’ell point fufible, même au plus grand feu , telle que celui de la lentille du jardin de l’Infante. Elle retient les dernières portions d’eau avec une fi grande force, qu’il faut un feu de la dernière violence pour l’en priver. Elle fe délaye dans l’eau, & forme une pâte qui a du liant, & qui fe cuit au feu en une porcelaine d’excellente qualité. La terre alumineufe a donc tous les caraâères des terres argileufes, & c’eft l’argile la plus pure que l’on puifle fe procurer, ainfi que l’a annoncé Macquer. On ne connoît pas bien l’aétion de la terre pefante, de la magnéfie, de la chaux & des alkalis purs fur la terre d’alun. Il elt vraifem- blable que ces fubllances, fur-tout les dernières, la mettroient à l’aide du feu , dans l’état d’une fritte vitreufe. M. Achard a fait une fuite d’expériences qui prouve cette aflertion. La couleur, la tranfparence, la dureté & toutes les propriétés de ces efpèces de verres, varient fuivant les proportions relatives des fubllances que l’on mêle pour les obtenir, comme on l’apprend dans la dilfertation du chimifie de Berlin déjà cité. d’Hist. Nat. et de Chimie. 27 L’acide vitriolique diffout facilement la terre de l’alun lorfqu’elle eft fraîche & humide ; il ne la diiïout qu’avec peine quand elle eft sèche. Cette diflolution faite à la dofe de plufieurs onces, donne des criftaux d’alun mêlés de quelques paillettes ou écailles femblables à celles du mica. M. Baumé ajoute même que fi on fait cette expérience en petit, on n’obtient prefque que de ces dernières & point d’alun. Les autres acides dilTolvent aufîi cette terre, & forment avec elle des fels peu connus, dont nous parlerons dans les articles fuiyans. On ne fait pas quelle feroit l’adion de la terre alumineufe fur les fels neutres. Mais la propriété la plus fingulière qu’elle préfente, c’eft celle de fe combiner par excès à l’alun, & de lui donner des caradères nouveaux, comme nous l’avons déjà fait obferver plus haut. M. Baumé, à qui appartient cette découverte, a fait bouillir une diiïolution d’alun avec de la terre précipitée de ce fel par les alkalis fixes ; cette liqueur a diiïous la terre avec effervefcence. Filtrée, elle n’avoit plus la faveur de l’alun, mais celle d’une eau dure ; elle ne rougifloit point la teinture de tournefol, & elle verdiftoit le firop de violettes. Par une évaporation fpontanée, elle a fourni quelques criftaux en écailles douces au toucher, femblables au mica i M. Baumé les Sïj ZX] S- E L TÉ M E N S «compare à la félénite. Il n’etl pas aifé de reformer de l’alun en ajoutant de l’acide vitriolique à ce fel déjà faturé de fa terre; le mélangeeü alors acide fans flipticité. Cependant par une évaporation fpontanée de trois mois, la diiïo- 1 ut ion a donné des criflaux d’alun , mêlés avec quelques-paillettes micacées, femblables à celles que fournit l’alun faturé de fa terre. Tel eft le précis des travaux de MM. Macquer & Baumé fur la t erre alumineufe. L’alun traité au feu avec les matières com- buflibles , forme une fubflance qui s’enflamme à l’air, 8 c qu’on appelle pyrophore de Hom- berg. Ce chimifte qui l’a fait connoître en 1711, travailloit fur la matière fécale humaine, pour en tirer une huile blanche qui devoit fixer le mercure en argent fin. Ce travail fut l’origine de plufieurs découvertes. Un réfidu de cette matière animale , diflillée avec de l’alun , prit feu à l’air. Homberg répéta plufieurs fois ce procédé, qui lui réuflit conftamment. Lémery le cadet a publié en ,1714 8 c 1715* deux Mémoires, dans lefquels il a annoncé qu’on pouvoit faire du pyrophore avec un grand nombre de matières végétales & animales, traitées par l’alun. Mais il n’a pas réufii à en former avec plufieurs -autres fiels vitrioliques. Ces deux chimifles, qui ïegardoient l’alun comme une combinaifon D T HlST-NAT. ET DE Chimie. 277 d’acide vitriolique & de terre calcaire, penfoient que cette dernière, réduite à l’état de chaux* attirait l’humidité de l’air, & enflammoit par la chaleur qui s’excitoit dans le mélange, le fou- fre qu’ils favoient s’y former. Depuis ces chimifles, le Jay de Suvigny* doéleur en médecine, a donné fur le pyro- phore un très-bon Mémoire imprimé parmi ceux du troifième volume des Savans Etrangers. Il y détaille un grand nombre d’expériences par lefquelles il efl parvenu à faire du pyro- phore , non-feulement avec l’alun & différentes matières combullibles, comme l’avoit fait Lé- mery, mais encore avec la plupart des fels qui contiennent l’acide vitriolique. Ce médecin a auffi donné fur l’inflammation du pyro- phore expofé à l’air , une théorie qui a été. adoptée par tous les chimifles jufqu’à ces derniers tems. Il penfe que le pyrophore contient de l’huile de vitriol glaciale, qui attirant l’hu-r midité de l’air , & fe chauffant fortement, allume le foufre 8c produit l’inflammation fpon- tanée. Pour préparer le pyrophore, on fait fondre dans une poêle de fer trois parties d’alun avec une partie de fucre, de miel ou de farine ; on defsèche ce mélange jufqu’à ce,qu’il foit noirâtre, & qu’il ne fe bourfouille plus; on le. S iij 278 E i Ê MENS concafle ; on le met dans un matras ou dans une fiole lutée avec de la terre, on place ce vaifleau dans un creufet avec du fable ; on le chauffe jufqu’à ce qu’il forte du col de la fiole une flamme bleuâtre; & lorfqu’elle a brûlé pendant quelques minutes, on retire le creufet du feu ; on le laide refroidir, & on verfe le py- rophore qu’il contient dans un flaccon bien fec & qui bouche exaâement. Si l’on expofe ce pyrophore à l’air, il s’enflamme d’autant plus vite que l’atmofphère efl plus humide. On accélère fa combuftion en dirigeant à fa furface une vapeur humide , comme celle de l’haleine. Il ne faut pas chauffer trop long-tems le pyrophore , fans cela il ne prend plus feu à l’air. Il fe charge peu-à-peu d’humidité , lorfqu’il eft dans un vaifleau mal bouché ; il perd fa com- buftibilité, mais on peut la lui rendre erî le calcinant de nouveau avec les précautions indiquées. Telles étoient les connoiiïances qu« l’on avoit fur le pyrophore avant M. Prouft, qui a donné d’utiles recherches fur cette matière dans le Journal de Médecine , juillet 1778. Ce chi- mifle ayant eu occafion de trouver dans fes expériences un grand nombre de réfidus pyro- phoriques,dans lefquels on ne pouvoît pas fbup- çonner l’exiftence de l’acide vitriolique, a cru d’Hist. Nat. et de Chimie. 279 que cet acide n’efl pas la caufe de l’inflammation fpontanée du pyrophore ; il a prouvé par une expérience bien Ample qu’en effet cette fubftance combuftible n’en contient pas un atome de libre, puifqu’en verfant de l’eau fur le pyrophore, il ne fe produit point de chaleur. Il paroît d’après le dénombrement des différens pyrophores qu’il a obtenus, que toutes les fubf- tances qui laiffent après leur décompofition un réfidu charbonneux, divifé par une terre ou une chaux métallique, font fufceptibles de s’enflammer à l’air. Mais on ne peut difconvenir que la partie de fon travail que M. Prouft a fait connoître , n’indique point encore la caufe de l’inflammation du pyrophore de Homberg, qui, fuivant lui, diffère de ceux qu’il a obfer- vés ; & en effet, fon mémoire n’apprend rien fur la compofition de la fubftance qui nous occupe. M. Bewly, chirurgien anglois, dans une lettre écrite à M. Prieftley, attribue l’inflammation du pyrophore à ce qu’il contient une fubftance capable d’attirer l’acide nitreux de Fatmof- phère. Il eft fondé dans cette opinion , parce qu’il a découvert que l’èfprit de nitre enflamme fur-le-champ un pyrophore qui n’a pas été af~ fez calciné, ou-qui s’eft chargé d’humidité. Mais il n’eft pas démontré d’une part, que l’acide: S iv û8o Ê L É a H K ï nitreux foit contenu en nature dans l’atmofpbè- re ; & d’une autre part, M. Prouft a découvert que l’inflammation du pyrophore par l’efprit de nitre, efl due au charbon contenu dans cette fubflance, puifque cet acide détonne avec toutes les matières charbonneufes bien sèches & très-divifées, comme nous le dirons plus en détail à l’article du charbon. L’explication de M. feew ly n’eft donc pas plus fatisfaifante que celle des chimifles qui l’ont précédé. La feule manière de découvrir la caufe de ce phénomène, efl de bien connoître la nature chimique du pyrophore de Homberg; il paroît qu’elle contient la terre de l’alun, une matière charbonneufe très-divifée , fournie par le miel , le fucre, &c. un peu d’alkali fixe, & du foufre uni en partie à la terre de l’alun , & en partie à l’alkali fixe. En chauffant fortement du pyrophore dans un appareil pneuma- to-chimique , on en retire une grande quantité de gaz hépatique. Lorfqu’il n’en fournit plus, il ne s’enflamme plus à l’air. Si l’on plonge du pyrophore dans l’air pur vital ou déphlogilti- qué, il brûle rapidement avec une flamme rouge très-brillante. En le lavant avec de l’eau chaude, on en retire un véritable foie de foufre, & il ne relie plus fur le filtre que la matière char- bonnenfe & la terre de l’alun. Le pyrophore d’Hist. Nat. et de Chiime. 281 efl alors décompofé. Lorfque le pyrophore a cefle de brûler , il a augmenté de poids à caufe de la portion d’air pur qu’il a abforbée. Sa leflive fournit alors de l’alun , parce que le fou- fre brûlé par l’aâion de l’air forme de l’acide vitriolique qui s’unit à la terre alumineufe ; mais ce fel elt de l’alun faturé de fa terre. On adonné dans le Journal de Phyfique, novembre 1780, des obfervations fur le pyrophore, dans lefquelles on annonce, i°. que cette fubflance doit fa combuflibilité à une certaine quantité de phofphore formé par l’acide des matières muqueufes ; 2 0 . que la diflillation du pyrophore fournit par once cinq à fept grains de phofphore; 3 0 . que l’on peut en faire furie-champ en triturant dans un mortier de fer cinquante - quatre grains de fleurs de foufre , trente-fix de charbon de faule bien fec & trois grains de phofphore ordinaire. Les détails de cette analyfe ne répondent pas exactement aux induétions qu’on en tire, puifqu’il n’y efl pas démontré qu’on en ait retiré du véritable phofphore. Au relie, ce mémoire offre plusieurs faits intéreflàns, & qui feront utiles aux chimiftes qui voudront entreprendre une analyfe fuivie du pyrophore. L’alun efl d’un ufage très-étendu. On l’emploie en médecine comme aflringent; mais il 2$2 E r. Ê M E N S demande beaucoup de précautions 'pour être adminiftré à l’intérieur. On s’en fert plus fou- vent à l’extérieur, comme d’un ftiptique & d’un defliccatif puiflant. Il entre dans les collyres, les gargarifmes, les emplâtres, &c. L’alun eft une des matières falines les plus utiles dans les arts. Les chandeliers le mêlent au fuif pour le rendre plus ferme. Les imprimeurs frottent leurs balles avec l’alun calciné, pour leur faire prendre l’encre. Le bois, imprégné d’une dififolution d’alun, ne brûle qu’avec peine ; c’eft d’après cela qu’on a pro- pofé ce moyen pour garantir les édifices des incendies ; on a le même avantage pour le papier; mais celui-ci jaunit & s’altère affez promptement. Les blanchiflTeufes jettent un peu d’alun dans l’eau trouble pour l’éclaircir. M. Baume croit que ce fel fe charge d’une partie de la terre fuf- pendue dans ce fluide, & fe précipite avec elle, en formant un compofé infoluble. Quelques perfonnes fe fervent de ce moyen pourpuri-, fier & rendre claire l’eau que l’on veut boire. On s’en fert pour préparer les cuirs, pour imprégner les papiers & les toiles que l’on veut colorer à l’aide de l’impreflîon. Une diiïblution d’alun retarde la putréfaétion des fubflances animales. C’eft un moyen très- d’Hist. Nat. et de Chimie. 283 ' bon & très - économique pour conferver les produdions naturelles que l’on envoie des pays étrangers. La terre d’alun fait la bafe des paf- tels, & elle leur donne du corps. Enfin il eft famé de la teinture, comme le dit Macquer. Il augmente l’éclat & l’intenfité des couleurs; il donne de la folidité aux parties colorantes extradées, qui fans lui ne feraient point durables 8c s’enleveroient par l’eau. Cette dernière adion de l’alun fur les matières colorantes végétales , fera examinée dans l’hîftoire de ces matières ; on y verra que c’eft en changeant leur nature, en les décompofant, & en les rendant indifiblubles dans l’eau, que l’alun leur fait prendre de la folidité. Sorte II. Nitre argileux, ou Alun nitreux. M. Baume dit que l’acide nitreux diftout complètement la terre de l’alun. Cette difïolution eft limpide 8c beaucoup plus aftringente que celle de l’alun. Elle donne par une évaporation fpontanée des petits criftaux pyramidaux, très-fliptiques , qui font déliquefcens. On n’a point encore examiné les autres propriétés de ce fel ; on fait feulement qu’il eft décompofable par les mêmes intermèdes que l’alun. On ne l’a point encore trouvé dans la nature , & il eft toujours un produit de l’art. Sorte III. Sel marin argileux , ou Alun mari». L’acide marin diiïout mieux l’argile & la terre alumineufe que ne le fait l’acide nitreux. Cette diflolution faturée eft gélatineufe ; on ne peut la filtrer qu’en l’étendant dans beaucoup d’eau. Sa faveur eft falée & ftiptique elle rougit le firop de violettes, & le verdit enfuite. Elle < donne par une évaporation fpontanée des crif- taux très-fliptiques, dont on n’a point examiné la forme : l’eau de chaux la décompofe. Le fel marin argileux eft déliquefcent ; il a toujours été jufqu’à préfent un produit de l’art. On ne connoît point fes autres propriétés. Sorte IV. Borax argileux. On n’a point encore examiné la combinaîfon du fel fédatif avec la terre de l’alun, que nous appelons borax argileux, & qu’on pourrait aufti défigner par le nom de borax alumineux. On fait feulement que fi l’on verfe une diflo- lution de borax dans un'e diflolution d’alun , il fe forme un précipité léger & floconneux. L’acide vitriolique quitte l’argile pour s’unir a l’alkali minéral du borax. Cette terre fe combine avec le fel fédatif, qui fe fépare en même- tems; & ce nouveau fel fe rediflout peu à-peu. Cette liqueur précipite enfuite par l’alkali fixe, *k % ' on nep ïïoup^ 4 rougii tefatE Sttdestj iponet: onçoftlt; 3 a os leTitOt: ïà. ucx. b omica^ e’Hist. Nat. et de Chimie. 287 & elle donne par l’évaporation une mafle vif- queufe 8 c aftringente, dans laquelle le^fel de Glauber 8 c le borax argileux font confondus. Cette efpèce de borax eft décompofable par les mêmes intermèdes que l’alun ; au relie 011 n’en a point examiné avec allez de foin les pro- priétés. Sorte V. A r. g 11 e spathique. Nous défignons par ce nom la combinaifon d’acide fpathique avec l’argile pure ou la bafe de l’alun. Ce fel neutre n’ell point connu, 8 c on ne l’a point du tout examiné. MM. Schéele, Boullanger 8 c Bergman n’ont rien dit fur cette combinaifon. Sorte VI. Argile craieuse ou Craie argileuse. L’union de l’acide craieux avec l’argile n’a été encore que peu examinée. Il eft cependant certain que cet acide fe combine avec une portion de terre alumineufe, puifque, i°. fuivant la remarque de Bergman, lorfqu’on précipite une diflolution d’alun par l’alkali craieux, la liqueur filtrée laifte dépofer au bout de quelque tems un peu de terre, qui y étoit tenue en diflolution par l’acide craieux, 8 c qui s’en fé- pare à mefure que ce dernier fe diflipe; 2°. cette précipitation faite à froid ne préfente point d’ef- 2&6 Élémhns fervefcence, & une portion de l’acide craieux qui fe fépare de l’alkali, paroît fe porter fur l’argile, tandis qu’une autre portion fe diffiout dans la liqueur. D’ailleurs il elt reconnu aujourd’hui d’après l’analyfe de plufieurs terres argileufes faites par quelques chimifles modernes, qu’elles contiennent de l’acide craieux, puifqu’elles font une effer- vefcence plus ou moins marquée , lorfqu’on les diffiout dans les acides vitriolique & marin. CHAPITRE X. Genre VI. Sels neutres a base VE TERRE P ESAN TE. La terre pelante forme avec les acides des fels neutres différens de tous ceux que nous avons examinés jufqu’ici, non-feulement par leur forme, leur faveur , leur folubilité, mais encore par les loix qu’ils fuivent dans leur dé- compofition. La bafe terreo - alkaline qui les conftitue a plus d’affinité avec les acides que n’en ont les trois alkalis & les autres terres ; il faut que ces fubflances alkalines foient unies à l’acide craieux pour pouvoir féparer cette bafe & décompofer les fois pefans. Ces fels font au nombre de fix, favoir, le fpath pefant, b’Hist. Nat. et de Chimie. 287 ïe nitre pefant, le fel marin pefant, le borax pefant, la terre pefante fpathique, & la craie pefante. Cette nomenclature des fels pefans eft certainement très - vicieufe , parce que ces fels n’ont pas plus de pefanteur que la plupart des autres, fi l’on en excepte le fpath pefant. M. de Morveau ayant fubftitué le mot barote à celui de terre pefante , défigne ces fels fous le nom de fels barotiques, vitriol barotique, nitre barotique, fel marin ou muriate barotique, borax barotique, fluor barotique, craie ou mé- phyte barotique. Sorte I. Spath pesant, ou Vitriol barotiquk. Le fpath pefant , regardé jufqu’à préfent comme une pierre, parce qu’il n’a ni faveur ni diflolubilité, eft le réfultat de la combinai- fon de l’acide vitriolique avec la terre pefante. Ce fpath| a étéjufqu’ici confondu avec le fpath fluor par beaucoup de naturaliftes ; & en effet, il a la même caflure, & ne fait pas plus d’ef- fervefcence que lui avec les acides. Mais fa forme, fon peu de tranfparence, & fur-tout fa pefanteur extrême, le font allez facilement distinguer. Un feul caradère chimique fuffit encore, pour le faire reconnoître. Si on verfe un peu d’huile de vitriol fur ce fpath réduit en poudre, cet acide le mouille fans en dégager au- 288 Ê L É M E N $ cune vapeur , ni aucune odeur ; tandis que le fpath fluor, traité de même, exhale peu-à-peu un gaz d’une odeur piquante, qui forme une fumée blanche dès qu’il eft en contad avec l’air, & que l’on reconnoît bientôt pour l’acide fpathique. D’autres naturalifles l’ont confondu avec le fpath féléniteux, mais celui-ci n’a ni la même forme, ni la même infolubilité, & il eft décompofé par les alkalis fixes purs ou cauftiques, tandis que le fpath pefant n’éprouve point d’altération de la part de ces fels. Le fpath pefant fe trouve en grande quantité dans la nature ; il accompagne le plus fou- vent les mines métalliques j il eft , ou criftal- lifé, ou en maffes informes, mais toujours dif- pofé par couches plus ou moins épaifles, & plus ou moins étendues. Il eft d’une dureté allez confidérable , quoiqu’il n’étinccle pas fous le briquet. Ses principales variétés font les fui- vantes. \ ariétés. i. Spath pefant blanc, demi-tranlparent, criftallilé, en prifmes à fix faces, deux très-larges, quatre très-petites, terminés par des fommets dièdres. Ces crif- taux font placés obliquement fur des «mallesde même nature. Ils reffemblent à des plaques quarrées allongées, dont le d’Hist. Nat. et de Chimie. 289 Variétés. les quatre bords auroient été taillés en bifeau à chaque face. Ils font fouvent recouverts de criftaux rhomboïdaux jaunâtres. On l’appelle comme le fuivant fpath pefant en tables. 2. Spath pefant d’un blanc laiteux en tables fans bifeaux. Il n’eft pas crif- tallifé régulièrement, mais il eft formé de couches aflez épaiiïes, pofées les unes fur les autres. Il efl fouvent in- crullé d’une pouffière rouge de mine d’argent rougeâtre ou de pyrites. 3. Spath pefant arrondi & demi-chatoyant; pierre de Boulogne. Elle eft formée de plufieurs filets convergens, qui fe réunit- fent en lames appliquées les unes fur les autres. C’eft cette variété qui eft la plus v connue, à caufe de fa propriété phot» phorique. Elle a manifeftement été roulée par les eaux. Spath pefant odaèdre. Il a la criftallî- fation de l’alun ; les fommets des pyramides font fouvent tronqués, ce qui forme un décaèdre. Il préfente aulïï plufieurs autres variétés fuivant l’allongement ou la troncature de fes angles, y. Spath pefant dodécaèdre. Il a la forme Tome IL X Variétés. de certains grenats & de quelques pyrites. Il efl plus rare que le précédent 6. Spath pefant pyramidal. Cette variété, aiufi. que la précédente, eft indiquée dans le tableau de M. Daubenton. J’avois regardé comme une variété de fpath pelant celui qu’on appelle fpath perlé, & qui a.voit été placé autrefois parmi les fpaths félé- niteux comme la plupart des précédentes. Ce fpath eft formé de petites écailles rhombéales fouvent brillantes, qui fe recouvrent obliquement les unes les autres. Il efl: opaque, brillant , comme micacé & femé fur du fpath calcaire , fur du quartz ou fur la première variété que nous avons décrite. Il eft coloré en jaune qu en vert fale ; quelquefois il eft d’un blanc argentin. C’eft un vrai fpath calcaire fuivant M. l’abbé Haiiy. * Margraf, qui a examiné plufieurs variétés de fpath pefant, telles que la pierre de Boulogne & le fpath pefant blanc opaque , avoit cru le reconnoître pour une véritable félénite mêlée avec un peu d’argile, qui la rendoit in- foluble; mais MM. Gahn, Schéele 8c Bergman y ont trouvé la terre particulière, qu’i's ont appelée terre pefante. M. Monnet y avo t aufli reconnu une bafe différente de la terre d’Hist. Nat. et de Chimie, api calcaire par les fels qu’elle forme avec les acides; mais ce chimifle y admet le foufre tout formé, & regarde le fpath pefant comme un foie de foufre terreux criflallifé. Le fpath pefant fe fond à une chaleur violente, telle que celle des fours de porcelaine , &c. il donne un verre plus ou moins coloré. Expofé à une chaleur foible, il n’eft nullement altéré. Si on le porte dans l’obfcurité, lorfqu’il a été chauffé un peu fortement, il préfente une lumière bleuâtre trcs-vive. Lemery rapporte qu’un cordonnier d’Italie appelé Vin- cenzo Cafciarolo découvrit le premier la propriété phofphorique de la pierre de Boulogne. Cet homme ramaffà au bas du mont Paterno cette pierre dont le brillant & la pefanteur lui avoient fait penfer qu’elle contenoit de l’argent; l’ayant expofée au feu, pour eflayer fans doute d’y reconnoître quelques traces de ce pré- 1 cieux métal, il remarqua qu’elle étoit lumi- neufe dans l’obfcurité ; cette découverte attira fon attention , & l’expérience répétée plufieurs fois lui réuffît conftamment. Beaucoup de phy- ficiens & de chimiftes fe font fucceffivement occupés de ce phénomène, & ont varié de toutes les manières la calcination de la pierre de Boulogne ; les ouvrages dé la Poterie, de Montal- ban, de Mentzel, de Lemery, les Mémoires Tij 2$2 Ê li S "E N S de Homberg, de Dufay, de Margraf con'tâciî- nent plufieurs procédés pour cette opération. On fait aujourd’hui que cette propriété efi. commune à toutes les variétés de fpath pefant. Il fuffit de les faire rougir dans un creufet, de les réduire en poudre dans un mortier de verre, d’en faire une pâte avec un peu de mucilage de gomme adragant, d’en former des gâteaux minces comme des lames de couteau ; on fait lécher enfuite ces gâteaux , & on les calcine fortement en les mettant au milieu des charbons dans un fourneau qui tire bien; on ne les en retire que lorfque le charbon efl confumé & le fourneau refroidi ; on les nettoie par le moyen d’un foufflet , on les expofe à la lumière pendant quelques minutes, 8c en les portant dans un lieu obfcur, on les voit briller comme un charbon ardent. Ces gâteaux luifent même dans l’eau ; ils perdent peu-à-peu cette propriété, & on la leur rend en les chauffant de nouveau. Mais beaucoup d’autres fubflances prcfentent le même phénomène ; la magnéfie, la craie, la felénite, le fpath vitreux ou fluor, &c. deviennent lumineux après avoir été chauffes. Macquer a reconnu la même propriété dans la terre de l’alun, le tartre vitriolé, la craie de Briançon, la pierre à fufil noire calcinée, ce qui prouve que la préfence d’un acide n’eff pas abfolument d t Hist. Nat. et d'e Chimie. 295 néceffàire pour la production de ce phénomène ; quoiqu’elle paroilTe contribuer pour quelque chofe à Ton intenfité- Le fpath pefant'chauffé dans une cornue-, n’a rien donné à Margraf. Ce favant a obfervé que ce fpath n’étoit nullement altéré par cette opération. . Ce fel eft parfaitement infoluble da«s l’eau ; les matières terreufes & falino-terreufes n’ont aucune adion- fur lui. Les alkalis fixes purs ne peuvent le décompofer; 8c c’eft-là la propriété la plus fingulîère qu’il préfente. En effet; les autres matières terreufes 8c falino-terreufes ont moins d’affinité avec l’acide vitriolique que n’en ont les- alkalis fixes. La terre -pelante,, air contraire, a plus d’affinité que ces fels avec ces acides. Auffi nous avons fait obferver , d’après- Bergman, que cette terre décompofoit le tar* tre vitriolé & le fet de Gkuber. Il en eft de même de l’alkaü volatil. Les acides minéraux n’ont point' d’adiôn fur le fpath pefant, parce que l’àcide vitriolique eft le plus adhérent de tous à- la terre qui fende bafe à ce fpath. Les fels neutres ne l’altèrent pas davantage, fi l’on en excepte le tartre craieux 8c la foude craieufe. Ces deux fubftances fa- iines décompofent le fpath pefant à l’aide des affinités, doubles* La teir.: pefante eff'féparée 2^4 E l é m e k s de l’acide vitriolique, parce qu’elle ell attirée par l’acide craieux, en même-tems que l’un ou l’autre des aîkalis fixes fe porte fur l’acide vitriolique. Pour opérer cette décompofition, on fait fortement chauffer dans un creufet un mélange de deux parties de fel fixe de tartre bien chargé d’acide craieux, & d’une partie de fpath pefant réduit en poudre. On leffive cette matière , qui eft à demi-vitrifiée, dans l’eau dif tilléeq on filtre la liqueur, & on en obtient par l’évaporation du tartre vitriolé. La fubftan- ce reliée fur le filtre éffc la terre pefante craieufe; on la bve en grande eau pour la bien deffaler, & elle eft fous la forme d’une matière pulvérulente très-blanche & très-fine, mais ordinai- , rement impure, parce qu’elle contient prefque toujours uue portion de fpath pefant qui a échappé à la décompofition. Les fubftances combuftibles ayant la propriété de décompofer le fpath pefant, peuvent aufti être employées pour en obtenir la bafe. Lorfqu’on expofe au feu, dans un creufet, ce fpath pulvérifé avec un huitième de fon poids de charbon en poudre, & lorfqu’on fait rougir le creufet pendant deux ou trois heures , la matière verfée dans de l’eau diftillée, donne fur-le-champ à ce fluide une couleur jaune rougeâtre, & tous les caractères d’une difTolution de b’ITist. Nat. et de Chimie. 297 fofe de foufre. En effet, le charbon ayant enlevé l ? air vital à l’acide vitriolique, le foufre mis à nud par cette décompofition s’unit à la terre pefante qui le réduit dans l’état d’hépar. On' précipite la diffblution de cet hépar à l’aide d’un acide ; on choifit l’acide marin parce qu’il forme avec cette terre, un fel foluble , tandis que l’acide vitriolique reformeroit du fpath pefant & infolublè; on filtre la liqueur décompofée par l’acide marin ; le foufre féparé par cet acide refie fur le filtre, & l’eau filtrée tient en diffblution du fel marin barotique ou à bafe de terre pefante. On le décompofe par une diffblution de tartre craieux , & la terre pefante fe pré-* cipite unie à l’acide craieux, dont on peut la féparer par la calcination, comme nous le di-i rons dans un autre article. Ce procédé tjue j’ai exécuté un grand nombre dé fois , ne fournit que très-peu de terre pefante, & l’on ne trouve fur le filtre de la précipitation de l’hé» par par l’acide marin que quelques atomes de foufre, fi l’on 11e fait pas chauffer très-fortement fe fpath pefant. Pour aider la décompofition de ce fel terreux, il faut ajouter au mélange de fpath pefant & de charbon un quart environ de fel fixe de tartre. Alors on a beaucoup plus de foufre & de terre pefante; ce qui dépend de la fufion plus complète opérée par l’alkali fixe. T iv ' ap(5 Ê t É MENS t On voit, d’après les deux procédés par lefl- quels on décompofe le fpath pefant, ainfi que d’après l’examen de toutes les propriétés de ce fel, combien la terre ou la fubflance falino-- terreufe qui en fait la bafe, diffère de celles que nous connoiflons, favoir, de l’argile,de la chaux & de la magnéfie. Le fpath pefant n’eft abfolument d’aucun ufage. Sorte II. Nitre a base de terre pesante, ou Nitre barotique. L’acide nitreux s’unit facilement à la terre pefante; il rcfulte de cette combinaifon un feL neutre, qui donne ou de gros criflaux hexagones , ou de petits criflaux irréguliers, fuivant M. d’Arcet. On ne l’obtient criflallifé qu’avec aflez de difficultés. Le nitre à bafe de terre pefante fe décompofe au feu, & il donne de l’air vital. Il attire l’humidité de l’air ; & cependant il lui faut une aflez grande quantité d’eau pour être tenu en diflolution. Les alkalis purs ne le décompofent point non plus que le fable, l’argile, la chaux & la magnéfie. L’acide vitriolique verfé dans la diflolution du nitre barotique en précipite fur-le-champ d’Hist. Nat. et de Chimie. 257 du fpath pefant. L’acide fpathique s’empare auiïî de fa bafe. Les fels neutres craieux alkalins le décom- pofent par une double affinité. Ce fel n’eft encore que très-peu connu. Sorte III. Sel marin a base de terre pesante, ou Sel marin barotique. Ce fel a été auffi peu examiné que le précédent. Bergman dit qu’il eft fufceptible de criilallifer, & qu’il ne fe diffout que difficilement ; on l’obtient en effet fous la forme de criflaux quarrés & allongés affez femblables à ceux du fpath pefant en tables. Le fable, l’argile, la chaux, la magnéfie & les alkalis cauftiques ou purs n’ont nulle aélion fur ce fel, & n’en féparent point les principes. Les acides vitriolique & fpathique décompo- fent ce fel, en s’emparant de fa bafe. Le tartre craieux, la foude craieufe en précipitent la terre pefante unie à l’acide craieux. Bergman met le fel marin pefant au nombre des réaétifs les plus fenfibles ; & il le pro- pofe pour reconnoître la plus petite quantité poffible d’acide vitriolique contenu dans Une eau minérale. Une ou deux gouttes de diffo- lutiqn de ce fel verfées dans environ trois livres d’eau chargée de douze grains de fel de ap8 £ 1 é m. e n s Glauber en criflaux, y produifent bientôt des» ftdes blanches de fpath pefant, formé par la double décotupofmon de ces deux fels, &par le tranfport de l’acide vitriolique fur la terre pefante ; il relie du fel marin en dilïblution dans la liqueur. Tous les fels vitrioliques font également fenfibles par ce réaâif qui les décom- pofe en formant du fpath pefant. Sorte IV. Borax a base de terre pesante, ou Borax barotique. On ne connoît point du tout cette combinai fon de fel fédatif avec la terre pefante. Bergman allure que l’acide du borax eft un de ceux qui a le moins d’affinité, avec cette fubllance falino-terreufe, & il le place dans fa table au-delTous de la plupart des acides végétaux & animaux. ^Sorte V. Terre pesante combinée avec d’acide spathique, ou Fluor barotique. Ce fel rfell pas plus connu que le précédent, & c’ell un objet de travail abfolument neuf, ainfi que beaucoup d’autres matières falines, qui n’ont point encore été examinées , & fur lefquelles la difette de faits nous a obligés d’être fort courts. Bergman allure dans h diflertation fur les d’Hist. Nat. et de Chimie, app attrapions éleflives , que l’acide fluorique verfé dans une diflolution de nitre ou de fel marin pefans, y occafionne un précipité, & que ce précipité fait effervefcence avec l’acide vitrio- Jique qui en dégage l’acide du fpath fluor. - C e tte expérience prouve que l’acide fluorique a plus d’affinité avec la terre pefante que les acides nitreux 8c marin, & qu’il forme avec cette fubflance falino-terreufe un fel beaucoup moins foluble que le nitre & le fel marin barotiques. iSorte VI. Terre pesante craieuse, ou Craie barotique. ■ t La terre pefante êfl fufceptible de s’unir 1 ■ l’acide craieux, & il en réfulte une efpèce de fel neutre qui préfente des propriétés particulières , & qui femble avoir quelques rapports avec la craie. On a déjà obfervé que c’eft en raifort de l’affinité dé la terre pefante avec l’acide craieux, que le fpath pefant & tous les fels en général dont cette terre eft la bafe, font décompofés par les alkalis craieux. Dans ces décompofi- tions, il fe précipite toujours de la craie barotique nommée terre pefante aérée par Bergman. On prépare encore cette efpèce de fel en ex- pofant à l’air une diflolution de cette fubflance 300 E L É m. E N s falino-terreufe pure ; la furface fe couvre fens*s tement d’une pellicule qui fait effervefcence avec les acides, & qui efl due à cette terre chargée de l’acide craieux de l’atmofphère, & devenue moins foluble par fa neutralifation ; ce phénomène efl femblable à celui que préfente l’eau de chaux, & c’efl une analogie frappante qui exifle entre ces deux fubftances fa- lino-terreufes, quoiqu’elles different firigulière- ment par beaucoup d’autres propriétés. La craie barotique expofée au feu, perd foa acide. Si on la chauffe dans une cornue ou dans un matras auquel on a adapté un appareil pneumato-chimique, on obtient cet acide foiis fa forme gazeufe naturelle. Cependanton n’en fépare les dernières portions que très-difficilement & à une chaleur excelfive. , Tous les acides minéraux décompofent ce fel & en dégagen t l’acide craieux ; ce qui produit l’effervefcence vive qui le diflingue d’avec la terre pefante pure. Bergman eflime que ce fel contient au quintal fept parties d’acide craieux* foixante-cinq de terre pefante & huit d’eau. L’eau ne dillout qu’à peine la terre pefante craieufe, mais lorfqu’elle efl elle-même chargée d’acide craieux, elle en diflout environ un mil cinq cent cinquantième de fon poids. Oi> voit, d’après cela, que la terre pelante craieufe- d’Hist. Nat. et de Chimie. 301 eft moins diffoluble que lorfqu’elle efl pure ©u caultique, puifque dans ce dernier état l’eau peut en diffoudre environ un neuf centième fuivant les expériences de Bergman. Elle fe comporte donc à-peu-près comme la craie , puifqu’elle fe précipite aulïï comme cette dernière, à mefure que l’acide craieux uni à l’eau qui la tient en diffolution s’évapore. Au relie , elle en diffère par un grand nombre d’autres propriétés, & fur-tout par les fels qu’elle forme avec les autres acides, comme nous l’avons démontré par l’examen de ces fels. La craie barotique n’ell d’aucun ufage. CHAPITRE XI. De plusieurs acides minéraux découverts depuis quelques années. Après avoir fait l’hiftoire de toutes les matières falines bien connues, nous croyons devoir ajouter quelques détails fur plufieurs acides dont les propriétés n’ont point encore été allez examinées, pour qu’on puiffe les comparer à ceux dont il a été parlé jufqu’ici. M. Schéele ayant remarqué que l’acide nitreux diffillé fur plufieurs fubltances des trois 302 E JL É M E N S règnes dont on connoiffoit peu la nature , les fai- foit paffer à l’état d’acides plus ou moins fixes, a cru devoir regarder ces Tels comme étant d’une nature particulière & fpécifique ; nous ne ferons mention ici que de ceux qu’il a découverts dans quelques fubflances minérales. Tels font les acides de la molybdène, de la tungf- tène, de l’arfenic, du bleu de Prude. Comme nous parlerons fort en détail des deux derniers dans Phifloire des matières métalliques, nous n’infifterons ici que fur les acides de la molybdène & de la tungftène. De la Molybdène & de fon acide. La molybdène ne doit point être confondue avec la mine de plomb ordinaire ou le crayon noir dont on fe fert pour deffmer, & qui porte aujourd’hui le nom particulier de plombagine. C’ell cette confufion qui a certainement apporté quelque différence dans les travaux des chi- miftes qui ont examiné cette fubftance depuis Pott jufqu’à M. Schéele. Il faut obferver que la plombagine ou mine de plomb étant beaucoup plus commune que la molybdène dont on ne trouve encore que très-peu d’échantillons dans les cabinets d’hiftoire naturelle, c’efl prefque toujours fur la première que les chimif- tes françois & fur-tout M, de Lille, ont travaillé d’Hist. Nat. et de Chimie. 303 comme nous l’expoferons dans l’hiltoire des matières combuflibles. La vraie molybdène efl: difficile à diflinguer de la plombagine par les caractères extérieurs ; cependant elle efl un peu plus grade au toucher ; elle efl formée de lames écailleufes plus ou moins grandes, très-peu adhérentes les unes aux autres ; elle tache les doigts & laide fur le papier des traces d’un gris noirâtre; lorfqu’on la réduit en poudre, ce qui ed difficile à caufe de Félaflicité de fes lames, fa pouffière elt bleuâtre, on la coupe facilement avec le couteau, elle ne fe brife point & n’a point le tidu grenu comme la plombagine. Pour réduire la molybdène en poudre, il faut d’après le procédé de M. Schéele , jetter dans le mortier un peu de tartre vitriolé; on lave enfuite la poudre avec de l’eau chaude qui fcmporte le fel, & la molybdène relie pure. Cette fubdance expofée à l’action du feu dans des vaideaux ouverts laide exhaler un peu de foufre, & s’évapore prefque toute entière. Traitée au chalumeau dans la cuiller, elle donne une fumée blanche , qui en touchant la pointe bleue de la flamme, prend cette couleur. La partie blanche fublimée elt l’acide particulier de la molybdène ; mais comme on n’en pourroit recueillir que très - peu par ce procédé, on a 4 3®-t Elémens recours à un autre moyen pour l’obtenir. En dillillant 30 onces d’acide nitreux étendu d’eau fur une once de molybdène, en y reprifes, c’eft-à-dire, 6 onces de cet acide à la fois, il fe dégage une grande quantité de gaz nitreux, & il relie dans la cornue une poudre blanche qu’il faut laver avec fuffifante quantité d’eau diftillée froide pour emporter l’acide étranger foluble à cette température; il refie après cette édulcoration fix gros & demi d’acide mo- lybdique pur. M. Schéele à qui ell due cette découverte, penfe que l’acide nitreux s’empare du phlogidique, & s’échappe en vapeurs rouges; il brûle aufïï le foufre qui fe trouve dans la molybdène; & voilà pourquoi l’eau qu’on emploie pour laver l’acide de la molybdène, contient de l’acide vitriolique qu’on obtient concentré par l’évaporation, & qui retient un peu de molybdène en diiïolution; celle-ci donne à la liqueur évaporée une couleur bleue afTez brillante. Nous penfons que dans cette opération, ainfi que dans toutes celles où l’acide nitreux diftillé fur quelque fubflance que ce foit, la réduit en état d’acide, le premier ell décompofé, & que c’elt à la féparation de l’air vital de l’efprit de nitre & à fa fixation dans la molybdène , que font dus le dégagement du gaz nitreux & la formation de l’acide molybdique. Cet d’Hist. Nat. et de Chimie. 301 Cet acide obtenu par le procédé que nous venons de décrire eft fous la forme d’une poudre blanche, d’une faveur légèrement acide & métallique. Chauffé dans la cuiller au chalumeau , ou dans un creufet avec le contaâ de l’air, elle fe volatilife en une fumée blanche, & elle fe fend en partie fur les parois du creufet. Malgré l’édulcoration elle retient une portion d’acide fulfureux que la chaleur forte en dégage complètement. Cet acide fe diffout dans l’eau bouillante; M. Schéele en a diffous un fcrupule dans 20 onces d’eau. Cette diffolution a une faveur fin- gulièrement acide & prefque métallique ; elle rougit la teinture de tournefol, décompofe la dilîolution de favon, 8 c précipite les foies de foufre ; elle devient bleue & prend de la con-< fi fiance par le froid. Cette terre acide comme la défigne M. Schéele, fe diffout en grande quantité dans l’huile de vitriol à l’aide de la chaleur ; cette diffolution prend une belle couleur bleue, & s’épaiffît par le refroidiffement ; on fait difparoître ces deux phénomènes en la chauffant, & ils reparoiflent a mefure que la liqueur refroidit ; fi l’on chauffe fortement cette combinaifon dans une cornue, l’acide vitriolique fe volatilife, & l’acide molyb-* dique refte fec au fond de ce vaiffeau. Tome II. V. 5o6 E l é m e n s L’acide nitreux n’a nulle aétion Fur l’acide molybdique. L’acide marin ordinaire en dilTout une 'grande quantité; cette dilïolution donne un réfidn bleu foncé , lorfqu’on la diflille à ficcité ; en pouffant le feu^ ce réfidu donne des fleurs blan- chqs & un fublimé bleuâtre ; ce qui refte dans la cornue efl gris; les fleurs & le Fublimé font déliqueFcens & colorent les métaux en bleu ; l’acide marin paffe dans l’état déphlogiftiqué. Il efl facile de concevoir que dans cette opération , l’acide marin enlève une portion d’air vital à l’acide molybdique , & qu’une portion de cet acide pafTe à l’état de molybdène. L’acide molybdique décompofe le hitre & le fel marin, en dégageant leurs acides, & il forme avec leurs bafes des fels neutres dont M. Schèele n’a point encore reconnu toutes les propriétés. Cet acide dégage aufli l’acide craiettx du tartre craieux, de la foude craieufe & de la craie ammoniacale, en formant des fels neutres avec les alkalis fixes. Quoique M. Schéele n’ait point fait connoî- tre toutes les propriétés de ces fels neutres, que M. de Morveau appelle molybde de po- tafle, molybde de foude, molybde ammoniacal ; il en a cependant indiqué trois qui fuffi- fent pour caradérifer leur état de neutralifatiom lif** ■MF* il»»? 8 - 1 îopcnxi ut locîybc jœrt ft riüpr: awiüt s stock càaoda ‘ffiOptt •tXjBi slalarc ( «iybtee i >3tre ; le *àt Aj 2 ittakrn ir:a cc- uaneftrx êJLSa aifeati ïdtirr ixt baie de dHist. Nat. et de Chimie, de la tungftène régénérée fui vain M. Schéele. L’acide tungllique faturé d’alkali fixe végétal donne un fel qui fe précipite en très-petits criliaux, & dont la forme n’a point été déterminée. M. Schéele n’a point parlé de fa com- binaifon avec l’alkali de la foude. Il forme fuï- vant lui avec l’alkali volatil un fel ammoniacal figuré en très-petites aiguilles; ce tungfte ammoniacal expofé au feu dans une cornue laide aller l’alkali volatil, & l’acide tungllique refie en poudre sèche & jaunâtre; le même fel dccom- pofe le nitre calcaire & reforme de la tungftcne. L’acide tungllique chauffé avec de l’acide vitrio- lique prend une couleur bleuâtre ; avec l’acide nitreux & l’acide marin, il devient jaune citron comme la tungflène, il précipite en vert le foie de foufre. M. Schéele n’a point déterminé à quelle caufe font dus ces changemens de couleur. Ce chimifie ayant obfervé que l’acide tungfii- que fe colore facilement par les corps combufli- bles, & colore lui-même en bleu les flux vitreux comme le borax, &c. a chauffe dans un creufet cet acide avec de l’huile de lin ; mais il n’en a point obtenu de métal, & l’acide n’a été que noirci. Bergman penfe cependant d’après la pefanteur confidérable de cet acide , fa coloration par les corps inflammables, 8c fa précipitation par l’ai- kali pruflien, qu’il eft d’origine métallique. 31(5 E L é M E N s MM. d’Elhuyar ont en partie confirmé ce foupçon par Panalyfe du wolfram, fubftance regardée comme une mine de fer pauvre par la plupart des naturaliftes, & dont ils ont retiré un régule particulier , en même-tems qu’ils, en ont obtenu par l’acide marin de véritable acide tungftique. Le wolfram qu’ils ont examiné venoit de la mine d’étain de Zinwalde; il eften maiïe ou criftallifé en prifmes hexaèdres comprimés ; il a le brillant métallique, la caiïiire feuilletée, & fe laide entamer au couteau. Ils ont obtenu du quintal de ce minéral 22 parties de chaux noire de manganèfe, efpèce de demi- métal dont nous connoîtrons par la fuite les propriétés, 12 de chaux de fer, 63. d’acide tungftique jaune, & deux de quartz. Ils ont fait l’analyfe comparée de la tungftène venant des mines d’étain de Schleckenwalde en Bohême, & ils en ont retiré 68 livres d’acide tungftique jaune & 30 de chaux par quintal. Ils font aufli parvenus à combiner le wolfram avec des métaux , & à faire des alliages. Comme ce minéral eft fort rare, aucun chi- mifte à ma connoiflance n’a encore répété & confirmé les expériences de MM. d’Elhuyar. Cet expofé indique combien il refte de travaux à faire fur la tungftène & fur fon acide pour eu connoître plus exadement la nature: d’Hist, Nat. et de Chimie. 51^ & les propriétés, fur-tout parles combinaifons qu’il eft fufceptible de former, 8c dont on.ne s’efl que trcs-peu occupé. CHAPITRE XII. Récapitulation fur tous les fels minéraux comparés entr'eux. Après avoir expofé les connoiffànces acqui- fes jufqu’à ce jour fur les propriétés de tous les fels minéraux connus, nous croyons devoir préfenter un précis de leurs principaux caractères, de leur nature comparée 6c de leurs attrapions réciproques. I. Les fels fe reconnoiiïent à quatre propriétés générales, la faveur, la tendance à la com- binaifon, la difîblubilité 8c Pincombuflibilité; ces propriétés font dans des degrés très-différens d’énergie, 8c ces degrés continuent des différences effentielles dans les matières falines. II. Tous les fels peuvent être rapportés à quatre ordres ou à quatre genres principaux, favoir, i°. les fubftances falino-terreufes qui joignent des propriétés terreufes aux qualités falines ; 2 0 . les alkalis dont les caraPères consent dans la faveur urineufe Sc dans la propriété de verdir plufieurs couleurs bleues végé- 3x8 E U M E K s taies; 3 0 . les acides reconnoiiïables parla faveur aigre & la couleur rouge qu’ils font prendre aux matières végétales bleues ; 4 0 . les fels moyens ou neutres qui different des précédens par moins de faveur, & fur-tout une faveur mixte falée, amène , &c. moins de diffolubilité, &c. III. 11 y a trois fubftances falino-terreufes, la. terre pefante ou barote, la magnéfie & la chaux. On connoît affez bien leurs propriétés, mais on ignore leur compofition. Aucun chi- mifle n’a encore pu en féparer les principes & en reformer par des ’combinaifons; ainfices matières font réellement fimples, & pour ainfi dire élémentaires relativement à l’état aétuel de la fcience; peut-être parviendra-t-on par la fuite à les décompofer. IV. On connoît trois fels alkalis ; l’alkali fixe végétal appelé alkali du tartre, potaffe ; l’alkali minéral nommé auffi alkali marin, foude ; l’alkali volatil. Les deux premiers font fecs, fo- lides, cauftiques, fufibles, déliquefeens, &c. On ne peut les diflinguer l’un de l’autre lorf- qu’ils font purs ; on les diftingue facilement par leurs combinaifons avec les acides. Aucune expérience n’apprend encore rien de pofitif fur leur compofition intime ; perfonne n’en a fé- paré les principes, ou n’en a formé par des 'combinaifons particulières. 4 d’Hist. Nat. et de Chimie. 319 L’opinion des chimifles qui les regardaient comme une union de l’eau & de la terre, n’eft qu’une hypothèfe ingénieufe à laquelle on doit renoncer, parce qu’elle n’eft appuyée fur aucun fait pofitif. L’alkali volatil diffère des deux premiers , parce qu’il eft fous la forme d’un fluide élaftique très-odorant, très-expanfible, &c. On entrevoit aujourd’hui qu’il eft compofé de deux gaz, le gaz inflammable & la mophette atmof- phérique, qu’il fe décomp'ofe dans plufieurs opérations, & qu’il fe forme dans d’autres. V. Lès acides bien connus font au npmbre de fix ; l’acide craieux, l’acide marin, l’acide fpathique, l’acide nitreux, l’acide vitriolique ticulières qui les diftiriguent ; l’acide craieux, ment font concrets, mais pulvérulens & fans for- arliiiiiœ & l’acide fédatif ; tous ont des propriétés par- l’acide marin, l’acide fpathique prennent très- facilement l’état élaftique ou aériforme ; il n’en eft pas de même de l’acide nitreux & de l’acide vitriolique ; l’acide fédatif eft concret & crif- tallin. Les acides molybdique & tungftique dont nous avons traité dans une efpèce de fupplé- nie criftalline. Vl. On commence à connoître la nature ^ !: _ • 1. 1. . . _ • _ _ _ _•_ Tl -fi •jjit des acides beaucoup mieux qu’autrefois. Il eft . ^ prouvé que l’hypothèfe qui les regardoit comme l’union intime de l’eau & de la terre n’a plus 320 E L é M E N $ rien de vraifemblable. On a démontré que l’air vital entre dans leur compofition ; que fouvent cet air vital y eft uni avec un corps combuftible, comme le charbpn dans l’acide craieux , le fou- fre dans l’acide vitriolique, le gaz nitreux dan* l’acide nitreux ; la formation d’un grand nombre d’acides particuliers par l’aâion de l’acide nitreux fur des corps combuflibles, confirme cette afiertion fur la néceiïité de l’air vital pour conf- tituer les acides; c’eft pour cela que M. Lavoi- fier défigne l’air vital fous le nom de principe oxygine, ou propre à engendrer les acides. VII. Les acides s’unilTent fans décompofition à l’argile, à la terre pefante, à la magnéfie, à la chaux, aux alkalis fixes & à l’alkali volatil ; il réfulte de ces combinaifons un grand nombre de fels appelés fels compofés , fels moyens , fels neutres. On nomme bafes les fubftances qui neutralifent les acides dans ces combinaifons falines. VIII. Les fels moyens ou neutres ont des propriétés différentes de celles de leurs compo- fans ; on ne reconnoît plus dans la plupart les ca- raétères de l’acide ni de la bafe. Cependant celle- ci paroît donner aux fels neutres quelques propriétés générales ou communes, plutôt que l’acide , & c’eft pour cela que nous avons diflingue les genres de ces fels par leurs bafes. IX. d’Hist. Nat. et ce Chimie. %2tt IX. Il y a d’après ce principe fix genres dé fels neutres dont nous croyons devoir retracer ici l’ordre, la compofition & la nomenclature. Genre I. Sels neutres a base d'alkali s fixes. Sorte I. Acide vitriolique & alkali fixe végétal. Tartre vitriolé , 8c mieux Vitriol de POTASSE. Sorte II. Acide vitriolique 8c alkali fixe minéral. Sel de Glauber , & mieux Vitrioc DE SOUDE. Sorte III. Acide nitreux & alkali fixe végétal.' NlTRE , OU NlTRE DE POTASSE. Sorte IL ' r . Acide nitreux 8c alkali fixe minéral. Ni TRE RHOMBOÏDAL , NlTRE CUBIQUE, & mieux Nitre de soude. Sorte V. Acide marin & alkali fixe végétal. 1 Sel fébrifuge de Sylvius , & mieux MURIATE DE POTASSE. Sorte VI. Acide marin 8c alkali fixe minéral, Sel marin, Sel de cuisine*, & mieux Muriate de soude. Sorte VII. Acide fédatif 8c alkali fixe végétal; Borax de potasse. Sorte VIII. Acide fédatif 8c alkali fixe minéral. Borax ordinaire , Borax de soudk* Tome II. X $ 2 * Îtïlî ENJ Sorte IX. Acide fpathique ou fluorique & aîlcali fixe végétal. Tartre spathique , 8c mieux Fluor de potasse. ! Sorte X. Acide fluorique & alkali fixe minéral. Soude spathique , & mieux Fluor de SOUDE. Sorte XI. Acide craieux & alkali fixe végétal. Tartre craieux, 8c mieux Craie de potasse. Sorte XII. Acide craieux & alkali fixe minéral. Soude craieuse, 8c mieux Craie ds soude. Genre II. S je l s neutres AMMONIACAUX. Sorte I. Acide vitriolique 8c alkali volatil. Vitriol ammoniacal. Sorte 17. Acide nitreux 8c alkali volatil. Nitre ammoniacal. Sorte III. Acide marin 8c alkali volatil. Sel ammoniac , & mieux Muriatb ammoniacal. Sorte IV. Acide fpathique 8c alkali volatil. Fluor ammoniacal. Sorte V. Acide fédatif & alkali volatil. Borax ammoniacal. d’Hist. Nat. et de Chimie. 32^ Sorte VI. Acide Craieux & alkali volatil. Craie ammoniacale. Genre III. Sels neutres CA L CA I R £ S. Sorte L Acide vitriolique & chaux. Plâtre, Gypse, Sélénite, & mieu$ Vitriol calcaire. Sorte IL Acide nitreux & chaux. Nitre calcaire. ' Sorte 277. Acide marin & chaux. Sel marin calcaire» & mieux Aïtr— RIATE CALCAIRE. Sorte IV. Acide fluorique & chaux. Spath vitreux , Spath cubique s Spath fusible ou fluor, Fluor spa-: thique , 8c mieux Fluor calcaire. Sorte V. Acide fédatif & chaux. Borax calcaire. Sorte VL Acide craieux 8c chaux. Craie , Spath calcaire , & mieu* Craie calcaire. Genre IV. Sels neutres MAGNÉSIENS. ' Sorte IL Acide vitriolique 8c magné fie. Sel d’Epsom , & mieux Vitriol mm GNÉSIEN. » Xij Elément -Sorte II. Acide nitreux & magnéfie. Nitre magnésien. Sorte III• Acide marin 8c magnéfie. Sel marin de magnésie , & mieux Muriate magnésien. Sorte iy. Acide fluorique & magnéfie. Fluor magnésien. Sorte K. Acide fédatif 8c magnéfie. Borax magnésie». Sorte yi. Acide craieux 8c magnéfie. Magnésib effervescente, 8c mieux Craie magnésiène. Genre V. Sels neutres ARGILEUX. * Sorte I. Acide vitriolique 8c argile. Alun , & mieux Vitriol argileux. Sorte IL Acide nitreux 8c argile. Nitre alumineux, Alun nitreux, 8c mieux Nitre argileux. Sorte III. Acide marin & argile. Sel marin argileux , Sel alumineux, & mieux Muriate argileux. Sorte iy. Acide fluorique 8c argile. Argile spathique , & mieux Fluor argileux. to’HisT. Nat. et de Chimie. $2$ 'Sorte V. Acide fédatif & argile. Borax argileux. Sorte VI. Acide craieux 8c argile. Argile effervescente , & miemtf; Craie argileuse. Genre VI. Sels neutrês a base _ TERRE PESANTE , O U SELS NEUTRE# Barotiques. Sorte I. Acide vîtriolique & barote. Spath pesant , & mieux Vitrioi^ BAROTIQUE. Sorte II. Acide nitreux 8c barote. Nitre pesant, & mieux Nitre bA« ROTIQUE. Sorte III. Acide marin & barote. ‘ Sel marin pesant, 8c mieux MuriatS BAROTIQUE. Sorte IV. Acide fiuorique 8c barote. Fluor barotique. Sorte V. Acide fédatif & barote. Borax barotique. Sorte VL Acide craieux & barote. Terre pesante craieuse , 8c mieu:fè Craie barotique. X. On pourra joindre à ces fels ceux qui font formés par les acides molybdique & tungf< tique j en appelant les premiers molybde d# Xiij 326 Ë I ï M ï N S POTASSE , MOLYBDE DE SOUDE , MOLYBDE AMMONIACAL , MOLYBDE CALCAIRE , MOLYEDE MAGNÉSIEN , MOLYBDE ARGILEUX, MOLYBDE barotique ; & les féconds tungste de potasse, TUNGSTE DE SOUDE , TUNGSTE AMMONIACAL , TUNGSTE CALCAIRE, TUNGSTE MAGNESIEN, TUNSGTE ARGILEUX, TUNGSTE BAROTIQUE. XI. Chaque fel en particulier foit fimple, foit neutre ou moyen , a des caradères diftinc- tifs qui le font différer de tous les autres & a l’aide defquels on peut le reconnoître. Ces caradères confident dans leur faveur , leur forme, leur altérabilité par le feu, par l’air, par les terres & par les diverfes fubftances fa- lines. On ne peut apprendre à les bien diftin- guer qu’en étudiant avec foin toutes leurs propriétés , en les comparant entr’elles, & fur-tout en confidérant celles qui contraftent les unes avec les autres. XII. Quoique la plupart des fels fimples 8c fpécialement des fels neutres foient prefque toujours un produit de l’art, la nature en préfente cependant beaucoup à la furface ou à très-peu de profondeur de la terre. On n’a point encore trouvé la barote & la magnéfie pure; la chaux vive exifle aux environs des volcans ; les alcalis fixes ne font jamais cauftiques à la fur- face du globe, mais combinés avec des acides^ ** î-JtVjoâ rs Teai : jÜrca '.iris. l .ïfÆCG aie. IPrxile îasicGi :iâce4a aa dsi h toc J w 'Sttafc tJont. *o.\n. *AG!i 6açle, 'âikc. ÏHts4 DtCa ii leur a l’ait, acer/â- idà- Bçro* Is-fflit ci oses içte& ÿieiûu* prefs* VO'ft tf* •riais d’Hist. Nat. et de Chimie. ys% l’acide craieux eft contenu dans l’atmofphère * remplit quelques cavités fouterreines, & fe dégage de plufieurs eaux ; l’acide marin paroît être libre à la furface de la mer ; l’acide fpa- thique efl toujours combiné avec la chaux ; l’acide nitreux fe rencontre dans les environs des matières en putréfaâion ; l’acide vitriolique a été trouvé criftallifé par M. Baldoftari dans une grotte des bains de S. Philippe en Italie , & par M. de Dolomieu dans une grotte de l’Etna; M. Vandelli a obfervé qu’aux environs de Sienne & de Viterbe, l’acide vitriolique dif- fous dans l’eau fuinte à travers les pierres. L’acide fulfureux fe dégage fans celle dans les lieux voLanifés. L’acide fédatif efl; diflous dans l’eau de plufieurs lacs de Tofcane, fuivant M. Hoëfer. XIII. Parmi les 42 efpèces de fels neutres dont nous avons fait l’hifloire, on n’a trouvé à la furface du globe, dans les eaux ou dans les fluides des êtres organifés que les fuivans, dans le genre des fels neutres parfaits ou à bafe d’alkalis fixes. Le tartre vitriolé dans les végétaux ; le fel de Glauber dans les eaux & dans quelques plantes ; le nitre dans les fucs des végétaux & dans les terres imprégnées de matières putrides; le fel fébrifuge dans les eaux & dans les plantes marines ; le fel marin dans Xiy 1 ■JaS Elémens la terre , dans les eaux, dans les végétaux dtï bord de la mer & dans les humeurs animales; le tartre craieux dans les végétaux; la foude eraieufe en efflorefcence fur la terre, fur les pierres, & dans les humeurs animales, il y a de l’incertitude fur le borax. Le nitre cubique, le fluor de potalTe, le fluor de foude, le borax de potafle, font toujours un produit de l’art. XIV. Parmi les fels ammoniacaux , on ne connoît tout formés dans la nature que le fel ammoniac aux environs des volcans, & la craie ammoniacale dans les matières animales pourries; le vitriol ammoniacal, le nitre ammoniacal , le fluor ammoniacal & le borax ammoniacal font toujours formés par les chimifles dans leurs laboratoires. XV. Les fels neutres calcaires font très-abon- dans la nature ; & des lix efpèces que nous en connoifTons, il n’y en a qu’une qu’on n’a point encore trouvée produite par la nature. Le vitriol calcaire ou la felénite forme des lits confidérables dans les montagnes ; la craie ou les matières calcaires conflittient une grande partie des couches fupérieures du globe ; le nitre calcaire accompagne conflamment le nitre ordinaire dans les lieux où il fe produit ; le fel marin calcaire ou muriate calcaire en fait autant à l’égard du fel gemme ou de celui qui eft dif- d’Hist.'Nat. ET de Chimie. 32$ fous dans les eaux ; le fpath fluor fe trouve abondamment dans les mines. XVI. Les fels magnéfiens font heaucoup plus rares dans la nature ; il n’y a que le fel d’Epfotn & le fel marin magnéfien qui fe rencontrent diflous dans plufieurs eaux ; le nitre magnéfien y exifle auflî quelquefois, mais en très petite quantité. La nature n’a point encore offert le borax magnéfien , le fluor magnéfien & la craie magné- fiène; celle-ci paroît être cependant contenue dans plufieurs pierres. XVII. Parmi les fels neutres pefans ou barotiques, le fpath pefant eft le feul qui fe trouve parmi les minéraux ; on le rencontre dans les fentes des montagnes, & toujours aux environs des mines. On ne connoît point encore dans la nature, le nitre, le fel matin, le borax , le fluor & la craie barotiques. XVIII. Il en efl à-peu-près de même des fels argileux ou alumineux. L’alun efl prefque le feul que l’on trouve aux environs des volcans , & dans les terres voicanifées. Il fe rencontre en efflorefcence fur les laves décompo- fées, 8c c. les pyrites effleuries en contiennent aufii; quant au nitre, au muriate, au borax 8c au fluor argileux, on ne les a point encore reconnus dans les produits naturels. L’argile efl. aflèz fréquemment combinée avec l’acide craieux* Ë r i at e n i 35« & il n’y a prefque aucune terre de cette espèce , dont on ne puiiïe féparer plus ou moins d’acide craieux par des acides plus forts. CHAPITRE XIII. Examen de quelques propriétés particulières des fels * particulièrement de leur crif- tallifation de leur fujîbilité 3 de Vefflo- refcence oit la déliquefcence j de leur diffolubilitéj &c. Les propriétés que nous avons fait connoî-* tre dans les fels fimples ou neutres , & que nous n’avons examinées que dans chacun d’eux ifolés» doivent être confidérées en général & comparées dans les diverfes efpèces , pour qu’on puiiïe en tirer quelques réfultats utiles. Nous traiterons donc ici fous ce point de vue de la criflallifa- tion j de la fufibilitéj de l’efflorefcence, de la déliquefcence & de la diflolubilité dans l’eau. La criiïallifation confidérée en général dans tous les corps qui en font fufceptibles , efl une propriété, par laquelle ils tendent à prendre une forme régulière , à l’aide de certaines cir- coniïatices néceflaires pour en favorifer l’exif- xence, Prefque tous les minéraux en joutffent,, * Ü" : s? »* «i® 11 npp* fi F* jgipi te 2s.n ci * 'ii n» an ni peser -ninel ifc’d ‘iéepor. S* b’Hist. Nat. et »i Chimie. mais il n’y a point de corps dans lefquels elle foit auiïï énergique que les fubftances falines. Les circonftances qui la favorifent , & fans lef- quelles elle ne peut avoir lieu , fe réduifent toutes pour les fels aux deux fuivantes -, i°. il faut que leurs molécules foient divifées & écartées par un fluide, afin qu’elles puiflent enfuite tendre les unes vers les autres par les faces qui ont le plus de rapport entr’elles ; 2°. il eft né- ceffaire pour que ce rapprochement ait lieu, que le fluide qui écarte leurs parties intégrantes foit enlevé peu-à-peu, & celle de les tenir écartées. Il eft aifé de concevoir d’après ce fimple expofé que la criftallifation ne s’opère qu’en vertu de l’attradion entre les molécules , ou de l’affinité d’aggrégation qui tend à les faire adhérer les unes aux autres. Ces confidérations conduifent à penfer que les parties intégrantes d’un fel, ont une forme qui leur eft particulière , & que c’eft de cette forme primitive des molécules, que dépend la figure différente que chaque fubftance faline affecte dans fa criftallifation ; elles portent également à croire que les petites figures polyèdres appartenant aux molécules des fels ayant des côtés inégaux ou des faces plus étendues les unes que les autres ; ces molécules doivent tendre à fe rapprocher Si à fe réunir parcelles de ces faces qui fonç Ë L ï M E N i les plus larges. Cela pofé, l’on concevra facilement qu’en enlevant le fluide qui tient ces molécules difperfées, elles fe réuniront par les * faces qui fe conviennent le plus, ou qui ont le plus de rapport entr’elles, fi ce fluide ne les abandonne que peu-à-peu, & de manière à laifler pour ainfi dire aux parcelles falines le tems de s’arranger, de fe préfenter convenablement les unes aux autres, alors la criftalli- fation fera régulière ; & qu’au contraire une fouftraclion trop prompte du fluide qui les écarte les forcera de fe rapprocher fubitement, & pour ainfi dire par les premières faces venues; dans ce cas la criflallifation fera irrégulière 8c la forme difficile à déterminer. Si même l’évaporation eft tout-à-fait fubite, le fel ne formera qu’une malle concrète qui n’aura prefque rien de criflallin, C’eftfur ces vérités fondamentales qu’eft fondé Fart de faire crifiallifer les matières falines. Tous lés fels en font fufceptibles, mais avec plus ou moins de facilité ; il en eft qui criftallifent fi facilement qu’on réuffit conftamment à leur faire prendre à volonté la forme régulière; d’autres demandent plus de foin & de précautions ; enfin il y en a plufieurs qu’il eft fi difficile d’obtenir dans cet état, qu’on n’a pas encore pu y parvenir, C’eft en étudiant bien les circonftances ,\y ï S y”” veri- 2*^ jrjicrii jpti fia Ett i 1 * ? iras b: acij'Jfc ' aie fpr :c£àe a £ JHŒlÜï titrée 3E«{c’ it faste iiçjoci Htabaj ïlcoskj d’Hist. Nat. et de Chimie. 53I particulières à chaque fel, qu’on réuflit à le faire crîflallifer. Une première condition pour réuf- fir dans ces opérations , c’eft de diffouclre les fubftances falines dans l’eau ; mais il y en a qui font fi peu folubles par nos moyens, qu’il eft prefqu’impoffible enfuite d’en obtenir le rapprochement régulier ; tels font la félénite , le fpath calcaire , le fpath fluor , le fpath pefant ; la nature nous préfente tous les jours ces feis neutres terreux criftallifés très - régulièrement', & l’art ne peut l’imiter qu’à l’aide d’un teins très-long, & plufieurs favans diflingués ne croient point encore, à la poflibilité de ce procédé, que nous avons indiqué d’après M. Achard, & à l’aide duquel on a alluré avoir produit des criflaux de fpath calcaire. Ce procédé ingénieux confifte à faire paiïer l’eau qui a fé- journé long-tems fur des fels très-peu folubles, à travers un canal très-étroit, & à en procurer l’évaporation avec beaucoup de lenteur. Il y a au contraire d’autres matières falines qui font fi folubles & qui ont tant d’adhérence avec l’eau, qu’elles ne l’abandonnent qu’avec beaucoup de difficulté, & qu’il eft aufli très-difficile de les obtenir fous des formes régulières, comme cela 3 lieu pour tous les fels déliquefcens , tels que le oitre & le fel marin calcaires & magnéfiens. On ne peut douter que chaque fel n’ait là 5?4 É t I M I R s manière propre & particulière de criftalîifer } ou ce qui eft la même chofe, qu'il n’ait dans fes dernières molécules une forme déterminée & differente de celle de tous les autres. Telle eft fans doute la caufe des variétés remarquables qui exiftent entre les criftaux qu’on obtient. Les felsfimples depuis les fubftances fali- no-terreufes jufqu’aux acides les plus puiftans, -n’ont pour la plupart aucune forme diftinclive, il n’y a que quelques circonftances qui fans détruire tout-à-fait leurs propriétés falines diftinâi- ves, leur font affeâer une forme criftalline , comme cela a lieu dans l’acide marin déphlo- giftiqué ou furchargé d’air, & dans l’huile de vitriol glaciale ; cependant les alkalis caufti- ques criftallifent en lames fuivant M. Ber- tholet, & l’acide du borax préfente la même forme générale à tous les chimiftes. Malgré cette anomalie apparente entre les fels {impies, la plupart ne prennent point de forme régulière dans nos laboratoires, foit parce qu’en effet ils n’en font pas réellement fufceptibles, foit que nos moyens foient infnffifans pour la leur donner ; mais les fels neutres ou moyens affectent tous une forme régulière, & l’art eft parvenu à la reproduire & à la faire difparoître à volonté dans la plupart d’entr’eux. En confi- dérant cette propriété bien différente de celle ^ t /0 iséanbsa* «fafe» iSfïM îciésdj a Ce pro ûotkn (i sleaqui ^ce« üadoQ I ■*P«rol '•ïfdajn ^S| ^h c d’Hist. Nat. et de Chimie. 33? Ses felsfimples, elt-il poffible de déterminer fi elle dépend des acides, ou fi elle dépend des bafes alkalines qui les neutralifent. Il paroît qu’on ne peut attribuer ni aux uns ni aux autres, cette propriété exclufive, puifque les mêmes acides forment fouvent avec des bafes différentes des Tels d’une figure très-diverfe ; tandis que dans d’autres exemples , la même bafe Combinée avec des acides divers préfente la même diffemblance dans les criflaux ; c’eût donc au changement total des propriétés de chaque nouveau compofé falin qu’il faut attribuer la diverfité des formes que ces compofés affectent. Il y a en général trois moyens de faire crifi- tallifer les fels dans nos laboratoires ; i°. l’évaporation. Ce procédé confifte à faire chauffer une diffolution faline de manière à réduire en vapeurs l’eau qui en tient les molécules écartées. Plus cette évaporation efl lente, & plus la criffallifation fera régulière ; c’eft ainfi qu’on procède pour obtenir criflallifés le tartre vitriolé , le fel marin, le fel fébrifuge, la félénite, la craie magnéfiène. Leur forme n’eff que très- peu régulière fi l’on évapore trop promptement comme par la chaleur de l’ébullition ; mais en tenant fur un bain de fable d’une chaleur de iS degrés à-peu-près les diffolutions falines de 336 E il m en s cette nature , on obtient conftamment à l’aicîô d’un tems plus ou moins long des criftaux très-beaux & très-réguliers * & il n’y a prefque point de fel qui ne puifTe prendre une forme très-diftincte par ce procédé , s’il eft exécuté avec intelligence. 2°. Le refroidiflement eft employé avec fuccès pour ceux des fels qui font plus difTblubles dans l’eau chaude que dans l’eau froide ; on conçoit très-bien qu’un fel de cette nature doit préfenter ce phénomène, puifqu’il celle d’être également foluble dans l’eau dont la température s’abaifle; la portion qui ne reftoit difîbute qu’à la faveur de cette élévation de température , fe féparera à mefure que la liqueur fe refroidira , & lorfqu’elle fera tout-à-fait froide, l’eau n’en retiendra plus en dilToliuion que la partie qui eft diiïoluble à froid* Il en eft de ce fécond procédé comme du premier, plus l’eau fe refroidira lentement 5 & plus les molécules falines fe rapprocheront par les faces qui fe conviennent le mieux, alors on aura une criftallifàtion très-régulière ; voilà pourquoi il faut entretenir pendant quelque tems un certain degré de chaleur fous les dilTolutions falines, & le diminuer graduellement pour le conduire peu-à-peu fi cela eft néceffaire jufqu’au degré de la congélation. On doit obferver en effet que tous les fels qu’on peut faire criftallifer r a 5 & J : fit ! JC ‘ éir-ar 3CSXJ, li L'Â-O ;.;'d :t ! mx o r. pæ Uxiar • '■ii ai e cta ", '-ÎUt; ^ j r, d*Hist. Nat. et de Chimie. 33^ parce procédé, font beaucoup plus diffolubles en général que ceux pour lefquels on fe fert du premier, & que Comme on les difiout d’abord dans l’eau bouillante, celle-ci refroidie fubite- inent laideron dépofer en malfe informe, tout ce qui a été dilfous à la faveur de l'a chaleur de l’ébullition ; au contraire, fi on pla^e fur un bain de fable la dilToliuion très-chaude, 8c fi on a foin d’en graduer lentement le refroi- diflement, la' criflallifation fera très-régulière. Telle eft la manière d’obtenir en beaux critîaux, le fel de Glauber, le nitre, la foude craieufe, le tartre craieüx, le fel ammoniac, &c. 3 °. La troifième manière de faire criilalüfer les fels, c’elt de les foumettre à l’évaporation fpontanée. Pour cela on expofe une dilFoIution faline bien pure à la température de l’aie dans des capfules de verre ou de grès qu’on a foin de couvrir de gaze afin d’empêcher la pouflière d’y tomber, fans s’oppofer à l’évaporation de l’eau ; on choifit pour cette opération une chambre ou un grenier ifolés, 8c qui ne fervent qu’à cela ; on laifîe cette diiïblution ainfi expofée à l’air jufqu’à ce qu’on y apper- çoive des criftaux, ce qui n’a quelquefois lieu qu’au bout de 4 à y mois 8c même plus tard pour certains fels. Ce procédé efi en général celui qui réuiïit le mieux pour obtenir des Tome IL Y 338 Ê L Ê M E N s criflaux tics-réguliers, & d’un volume confidé- rable. Il devroit être employé généralement pour tous les Tels, fi le tems le permettoit, parce que c’ell le moyen de les avoir parfaitement purs. On doit opérer ainfi pour le nitre rhomboïdal, le fel marin, le borax, l’alun, le fel d’Epfom, le vitriol ammoniacal, le nitre ammoniacal, &c. Dans quelques circonflances on réunit avec avantage plufieurs de ces procédés-, c’eft particulièrement pour obtenir criltallifés les fels très-déliquefcens, tels que le nitre & le muriate calcaires, le nitre & le muriate magnéfiens , &c. On évapore fortement leurs dillblutions • 8c on les expofe tout de fuite à un grand froid ; mais ce moyen ne fournit jamais que des crif- taux irréguliers, & quelquefois des nia (Tes concrètes fans forme régulière. Si l’on n’elt point encore parvenu à faire criilallifer un allez grand nombre de fels neutres, cela vient de ce qu’on n’a pas déterminéexaâement l’état déconcentration où doit être chacune de leurs diffolutions pour pouvoir fournir des criflaux. Ce travail facile en lui-même , & qui n’exige que du tems & de la patience, n’a point encore été complètement fuivi par les chimifles ; c’efl par la pefanteur fpéciflque des ditTolutions qu’on arrivera à cette donnée fort utile pour les labo- fc’tïisT. Nat. et de Chimie, aratoires de chimie; déjà ce procédé a été mis en ufage dans plufieurs travaux en grand fur les matières falines ; on fe fert avec fuccès d’un ■aréomètre ou pèfe-iiqueur pour déterminer le point de la criflallifabilité pour les liqueurs falines. * Outre ces différens moyens de faire criflal- lifer les fels, il exille plufieurs circonfiances qui favorifent cette opération , & dont il ell héceflaire de favoir apprécier l’influence. Un léger mouvement ell quelquefois utile pour déterminer une criflallifation qui ne réuflît point; c’eft ainfi qu’en agitant ou en tranfportant des capfules pleines de dififolutions falines qui n’offrent point de criftaux formés, on voit fou vêtit la criflallifation s’établir‘quelques inflans après la plus légère agitation; j’ai déjà fait remarquer que ce phénomène avoir fur-tout lieu pour le nitre & pour le muriate calcaires. Le contaét de l’air efl d’une néceiïité mdifpenfable pour la formation des criflaux ; fou vent une diffo- lution évaporée au point nécelîaire pour la ci if- tallifation, ne fournit point de criflaux dans un flacon bien bouché , tandis qu’expofée à l’air dans une capfule, on les voit fe former très- promptement. Cette obfervation a été faite avec beaucoup d’exaélitude par Rouelle l’ainé. La forme des vaifleaux, les corps étrangers pion- Yij ÿqd Ê L iê m e N s dans les difTolutions falines ont encore beaucoup d’influence fur la criflaliifation. La première modifie la figure des criflaux, & y produit une très-grande variété ; c’efl pour cela qu’on place aV|c avantage des fils ou des petits bâtons dans les capfules où s’opère la crif- tallilation , pour obtenir des criflaux réguliers, ceux-ci le dépofent fur les fils, & comme leur bafe efl alors très-peu étendue, ils ont ordinairement la forme la plus régulière , tandis qu’en s’appliquant fur les parois obliques, irrégulières , inégales des terrines & des autres vaiffeaux communément employés à cetufage, ils font plus ou moins tronqués & irréguliers. Souvent les corps étrangers plongés dans les diiïbiuùons falines ont encore un autre avantage ; ils, déterminent la formation des criflaux qui auroit été beaucoup plus lente fans leur préfence ; c’eft ainfî qu’un morceau de bois ou une pierre jetée dans une fource falée , devient une bafe fur laquelle l’eau dépofe des criflaux de fel marin. C’efl: d’après l’obfervation de ce phénomène que quelques chimifles ont propofé de plonger un criftal falin dans une difTolution d’un fel qui ne criftallife point facilement ; plu- Fieurs ont afïiiré que ce moyen favorifoit la produétion des criflaux des fels qu’il efl très- difficile d’obtenir fous une forme régulière. Tel- D’IïfsT. Nat. st de Chi'mie. 541 les font les principales caufes qui influent furie criftailifation ; il en eft fans doute encore beau» coup d’autres que Pobfervation fera connoître par la fuite aux chimifles. La féparation d’un fel d’avec l’eau qui le te~ noit fondu ou en diflolution, ne peut fe faire d’une manière régulière fans que le fel ne retienne une partie de ce fluide. On peut fe convaincre de ce phénomène en prenant un fel réduit en poudre par la chaleur, comme de l’alun, du borax calcinés , ou du fel de Gîauber deffeché ; en les diflolvant dans l’eau & en les faifantcriflallifer,on les trouvera augmentés quelquefois à partie égale après leur criftailifation ; c’eft-à-dire, qu’une once de fel traité ainfi donr nera deux onces de criftaux. Les chimifles ont conclu de ce phénomène qu’un fel bien crillal- lifé contient plus d’eau que le même fel privé de fa forme par Paétion du feu ou de Pair ; ils ont appelé celte eau étrangère à fon eiïence faline, mais néceflaire à fa forme criflalline^ eau de cnflallïfaùon, parce qu’en effet elle efl un des élémens de leürs criflaux ; Iorfqu’on leur enlève cette eau, ils perdent en même» teras leur tranfparence & leur forme régulière^ les différens fels contiennent une plus ou moins grande quantité de cette eau de criflallifation y U en efl qui en contiennent la moitié de lent Yitj 34-2 E L Ê M E N S poids, comme le fel de Glattber, la foucfé craieufe, l’alun; d’autres n’en ont qu’une petite quantité, comme le mire , le fel marin, &:c. on n’a point encore déterminé exaélement cette quantité relative d’ean de criflallifation dans tous les fels, bien criflallifables. Cette eau peut être enlevée aux fels fans que leur nature intime en foit altérée en aucune manière, & elle eft elle-même parfaitement pure & fembla- ble à de l’eau diflillée. Comme d’après tout ce que nous avons ex- pofé jufqu’ici fur la criflallifation des fels, il eft démontré que les diverfes fubflances falines ne criSlallifent point par les mêmes procédés, & fuivent différentes loix dans leur formation en criflaux, il efl clair qu’on peut fe fervir de ce moyen avec avantage pour opérer leur féparation ; c’elt ainfi qu’un fel criflaliifable par le refroidiffement peut être obtenu trcs-exac- tement féparé d’un autre fel criflaliifable par la feule évaporation continuée , comme cela a lieu pour les eaux des fontaines de Lorraine qui contiennent du fel marin & du fel de Glauber. Malgré cela il arrive fouvent que deux fels difous dans la même eau, quelque différence qu’ils préfentent dans la manière dont ils crif- tallifentjfe trouvent plus ou moins mêlés enfem- ble, & qu’il faut avoir recours à plufieurs dik d’Hist. Nat. et de Chimie. 34$ folutions & criftallifations fucceffives pour les obtenir purs & fans mélange. Cette obferva- tion eft encore plus importante à faire fur les fels qui fe refTemblent par les loix de leur criC- tallifation; ceux-ci font beaucoup plus difficiles à féparer les uns des autres, fur-tout s’ils font en plus grand nombre.Par exemple, fi la même eau contenoit quatre fels également criflalli- fables par l’évaporation ou par le refroidilîe-: ment, il feroit impoffible de les féparer par une ou deux criflallifations fucceffives, & iî faudrait multiplier ces opérations un afiTez grand nombre de fois, pour faire agir les nuances légères qui exiflenc entre leurs crifiallifabilités j car il faut remarquer que quoique deux ou plu- fieurs fels foient également criftallifables par le réfroidiffiement ou par l’évaporation, il y a cependant entr’eux des nuances fenfibles qui modifient pour ainfi dire cette loi générale; fans cela ils critlalliferoient toujours enfemble, 8c l’on ne pourrait jamais les obtenir bien fépa- rés, ce qui a cependant lieu même pour les fels les plus femblables par leur crifiallifabilité. II n’y en a que quelques-uns, qui font exception à cette règle, parce qu’ils ont une adhérence particulière ou une affinité remarquable entr’eux v tels font en général les fels neutres formés pat le même acide, 8c en même-tems enflai lifabies Y iv; 344 E l è m 4 e n s par le meme procédé comme le fel d’Epfotn & le vitriol ammoniacal ; 'mais on n’a point encore allez obfervé ces llngulières adhérences entre les fels neutres, & cet objet mérite toute l’attention des chimirtes. Enfin pour terminer cétte hiftoîre abrégée de la criflalfifatton des 'fiels , nous ajouterons qu’il y a une autre manière de les obtenir crif- tallifés , c’eff de les précipiter de leurs diffolu- tions par une fiubflance qui ait plus d’affinité avec l’eau qu’ils n’en ont ; i’efiprit-de-vin verfié dans une diffolution faline produit cet effet fur le plus grand nombre des fiels neutres ; on ne doit en excepter que ceux qui font diffolubles dans ce menftrue. Le même phénomène de précipitation des criffaux fialins a lieu dans le mélange de quelques fiels dont la dilTolubilité eft très differente , & même quelquefois par le mélange de pluficurs diffblutiens fialines entr’elles; c'eff ainfi que du fel d’Epfotn diffous dans l’eau, paroît précipiter en criffaux le vitriol ammoniacal diffous dans l’eau, mais on-n’a point affez étudié ce qui fie parte dans ces finguliers mélanges , pour que je doive infifler fur le phénomène qu’ils font naître. La fufibilité par la chaleur a été traitée dans l’hifloire de chaque fiubflance faline en parti- > culier, mais il efit bon de la comparer dans les d’Hïst. Nat. et de Chimie. 347 diverfes efpèces. On distingue deux efpèces de fufibüité dans les fels, l’une qui efi due à l’eau & qu’on appelle fufion aqueufe , l’autre qui n’a point la même caufe , qui appartient' fpécia- lement à la matière faline, & qu’on défigne fous le nom de fufion ignée. La fufion aqueufe dépend entièrement de l’eau de crifiallifation, qui étant tics-abondante dans plufieurs fels, Si faifant quelquefois la moitié du poids des crifiaux falins , devient capable de diffoudre ces fels lorfqu’elle a acquis 60 degrés de chaleur. Alors la forme criilalline difparoît, le fel fe diffout, Si la fufion qu’il préfente n’eft en effet qu’une véritable diffolution ; cette obfervation eft fi vraie que lorfqu’on tient quelque tems fondu un fel de cette nature comme le fel de Glauber, le borax , l’alun , l’eau qui les diffout par la chaleur venant à s’évaporer peu-à-peu, le fel fe defsèche & ceffe de paraître fondu. Cette fufion apparente ou aqueufe eft d’ailleurs indépendante de la véritable fufion ignée, puifque celle-ci peut avoir lieu dans tous les fels qui ont été defféchés après avoir été d’abord liquéfiés par leur eau de crifiallifation. C’efi ainfi qu’on fait fondre le fel de Glauber & le borax, 'Orties chauffant fortement, après leur avoir fait éprouver par une chaleur modérée la fit- fion aqueufe & le defféçhement. La véritable 34? Elément fufibilité ignée n’eft pas la même pour tous les fels ; il en eft qui comme le nitre & le fel marin fe fondent des qu’ils commencent à bien rougir; d’autres exigent un feu beaucoup plus violent pour fe fondre ainfi que le tartre vitriolé , le fel de Glauber. Enfin, il y en a quelques-uns dont la fufibilité eft fi forte qu’ils peuvent la communiquer à des corps d’ailleurs très-réfraélaires ou très-infufibles par eux-mêmes ; ç’eft ainfi que les alkalis fixes entraînent dans leur fufion le quartz , le fable, & toutes les terres filiceufes, qui font abfolument infufibles ; on appelle ces fels des fondant en raifon de cette propriété, & parce qu’on s’en fert pour hâter la vitrification & la fufion des fubftances terreufes & métalliques. Nous avons déjà fait remarquer ail-' leurs que l’extrême de la fufibilité étoit la vo- latilifation , & nous obferverons ici que les matières falines font toutes plus ou moins volatiles, & qu’il n’en eft aucune qu’on ne puifte vola- tiüfer par un très-grand feu. C’efl ainfi que le tartre vitriolé & le fel marin fe fubliment en vapeurs au plus grand degré de chaleur qu’ils puiftent éprouver. Tous les fels criftallifés expofés à l’air ne s’altèrent point de la même manière, il en eft qui n’y éprouvent aucun changement fenfible, mais plufieius perdent plus ou moins prompte- d’Htst. Nat. et pe Chimie. 347 ment leur tranfparence, leur forme, & parmi ceux-là les uns fe fondent peu-à-peu en augmentant de poids , les autres deviennent pul- vérulens en perdant une portion de leur mafle. La première de ces altérations porte le nom de déliquefcence, & la fécondé celui d’efflo- refcence. On a appelé l’un de ces phénomènes délî- quefccnce, parce cpie la matière faline qui l’éprouve devient liquide; on dit aufli qu’un fei tombe en deliquium lorfqu’il fe fond ainfi par le contact de l’air. Autrefois le mot défaillance étoit fynonime de déliquefcence, mais cette txprefiion a vieilli, & on ne la trouve prefque plus aujourd’hui dans les livres de chimie. Cette altération dépend de ce que les fels attirent l’humidité contenue dans l’air, & j’ai cru devoir la regarder comme une vraie attradion éledive , qui elt plus forte entre le fel & l’eau, qu’entre cette dernière & l’air atmofphérique; la déliquefcence 11’efl pas la même dans tous les fels, foit pour la rapidité avec laquelle elle a lieu , foit pour l’efpèce de faturation qui la borne ; il en efl comme les alkalis fixes, le gaz aikalin, le gaz acide matin & l’acide vï- triolique concentré qui enlèvent l’eau de l’at- mofphère, defféchent pour ainfi dire l’air avec tine énergie très - confidérable, & abforbent $ 4 % £ L 1 M E N 9 une quantité de ce fluide plus confidérabfe que leur poids ; cela eft fur-tout remarqua» ble pour l’alkali fixe du tartre cauftique & fec ainfi que pour l’acide vitriolique rendu concret par le froid; ces deuxfels deviennent d’abord mous, & prennent bientôt une liquidité épailTe femblable à la confillance de quelques huiles, ce qui a fait appeler le premier huile de tartre , & le fécond huile de vitriol , quoique ces noms fbient très-mal appliqués 8c plus fufceptibles d’induire en erreur que d’éclairer les perfonnes qui commencent l’étude de la chimie. Quelques autres font encore très-déliquefeens, mais n’attirent pas l’humidité avec autant de promptitude , & en aufli grande quantité que les pré- cédens; tels font le nitre & le fel marin calcaire, le nitre & le fel marin de magnéfie; enfin, il y en a qui ne font que s’humeder fenfiblement, & qui ne fe fondent point complètement, comme le nitre rhomboïdal, le fel fébrifuge, le vitriol ammoniacal , &c. L’efflorefcence a été ainfi nommée parce que les fels qui en font fufceptibles femblent fe couvrir de petits filets blancs femblables aux matières fublimées qu’on connoît en chimie fous le nom de fleurs. Cette propriété eft l’inverfe de la déliquefcence ; dans celle-ci les criftaux fa,lins déçompofem l’atmofphère humide, parcs r Üfé epaiîj de tnru (| ïœcB faiepits s peins ® Qui cas, ms deproup ielespre- tançai- itapït; sTfflwte poiîti cote- ÿ,lct( tpaït? &* c’Hist. Nat. et ce Chimie. 34^ qu’ils ont une détradion éledive plus forte pouf l’eau que l’air atmofphérique ; dans l’effloref- cence au contraire, c’efl l’atmofphcre qui dé- compofe les criflaux falins, parce que l’air a plus d’affinité avec l’eau que n’en ont les fels qui forment ces criflaux. C’eft donc l’eau de la crifl- tallifation qfii ell enlevée par l’efflorefcence, & telle eft la caufe pour laquelle les fels qui s’effleuriffient perdent leur tranfparence, leur forme & une partie de leur malle. Il ell eflen- tiel d’obferver que tous les criflaux falins efflo- refcens éprouvent de la part de l’air une altération femblable à celle que la chaleur leur fait fubir ; c’efl une forte de calcination lente & froide qui décompofe les fels criflallifés, & qui en fépare l’eau à laquelle ils doivent leur forme criflalline, & toutes les propriétés qui les caradérifoient criflaux falins ; auffi un fel complètement effleuri éprouve-t il exade- ment la même perte de poids dans cette opération que lorfqu’on le defleche par l’adion du feu. Remarquons encore que les fels dont les criflaux font efflorefcens appartiennent àlaclafle des plus diffolubles , & de ceux qui criflallifent par le refroidiffiement de leurs diflolutions. Il en efl de l’efflorefcence comme de la dc- liquefcence -, elle n’efl pas la même pour tous les fels neutres dans lefquels on l’obferve. Il 55*<5 îs L à M E N S en eft comme le fel de Gîauber & la craté de fonde, qui s’effleuriffent promptement, & jufqu’à la dernière parcelle criilalline, de forte qu’ils fe trouvent réduits en une pouffière blanche très-fine ; comme ils ont perdu plus de la moitié de leurs'poids par cette décompofition de leurs criftaux , on peut en conclure que c’eft en raifon de la grande quantité d’eau qui entre dans leur criftallifadon, qu’ils éprouvent une efflorefcence auffi complette ; & en effet les fels qui ne. s’effleuriftent que très-peu tels que le borax, l’alun, le fel d’Epfom , ne contiennent point une auffi grande quantité de ce fluide dans leurs criftaux, Si refflorefcence dé* pend d’une attraélion éleétive plus forte entre l’air & l’eau qu’entre cette dernière 8c les fels, lorfque l’atmofphcre fera très-fèche, ce phénomène aura lieu d’une manière plus marquée 8c plus prompte, 8c c’eft auffi ce que l’on obferve, tandis que l’air chargé d’humidité n’a pas la même aélion fur les fels eftlo- refcens, 8c les laiffte intaéls. On peut encore confirmer cette affertion en répandant une petite quantité d’eau fur les criftaux falins fufcep- tibles d’efftorefcence ; par ce moyen l’atmof- phère enlevant cette eau 8c s’en faturant ne touche point à celle qui entre dans la confti- tution des criftaux, 8c ceux-ci reftent fans alté— d’Hist. Nat. et de Chimie, 3^1 tatîon ; mais fi l’on n’a pas foin de renouveller ce fluide, l’air agit alors fur le fel criftallifé & en détruit la crillallifation. On obferve jour- nellement ce phénomène dans les pharmacies où l’on a foin d’humeder le fel de Glauber d’une petite quantité d’eau, afin de le confer- ver bien criltallifé. I.a diflolution des fels dans l’eau efl un des phénomènes qui méritent le plus d’atention de la part des chimilles. Quelques perfonnes ayant obfervé qu’elle fe fait fans le mouvement fenfi- ble & fans l’effervefcence qui accompagne la diflolution des métaux dans les acides, avoient propofé de la diflinguer de celle-ci par le nom de folution, mais l’une & l’autre de ces expref- fions ne préfentant point un fens different, & l’adion réciproque des acides & des métaux étant tout-à-fait différente de la diflolution des fels dans l’eau, & tenant à des eaufes particulières que nous expoferons plus bas, cette dif- tindion ne peut avoir aucun avantage. La diflolution des fels dans l’eau a été regardée par quelques chimiftes phyficiens comme unefimple divifion mécanique des particules falines, mais il y a une pénétration intime entre ces deux corps , leur température change fur-le-champ, & il paroît qu’il fe paffe entre les fels & l’eau une Vraie combinaifon qu’on ne fauroit expliquer 3JT2 ÊLÈMENS par le feul écartement des molécules des feîs* Ceci eff prouvé non-feulement par la température qui change dans ces opérations, mais encore par la poifibilité de féparer un fel de l’eau par un autre fel qui a plus d’affinité avec ce fluide ; c’efl: ainfi que l’alkali fixe précipite le tartre vitriolé & la craie des eaux qui les tiennent en diiïblution ; toutes les précipitations des fels les uns par les autres ne font pas à beaucoup près connues, & la chimie tireroit beaucoup d’avantages d’un travail fuivi fur cette matière importante. On a pu remarquer dans* l’hifloire particulière de chaque fubflance faline qu’elles jouiffent toutes d’un degré de folubi- lité différent, depuis celles qui ont une fi grande tendance pour s’unir à l’eau qu’elles font tou» jours fluides , comme l’acide vitriolique & l’acide nitreux, jufqu’à celles qui font prefque parfaitement infolubles comme le fpath pefant» Plufieurs chimifles ont déjà effayé de préfen- ter des tables de la differente diffolubilité des fels ; mais ces tables feront inexaâes & incomplètes jufqu’à ce qu’on ait affez multiplié les expériences pour établir des proportions très— exaâes entre ces diverfes folubilités. Nous rap* pellerons ici que tous les fels fimples, foit al» kalins , foit acides, produifent conffamment de la chaleur lorfqu’on les diffout dans l’eau, tandis VHist.Nat. et de Chimie. 30 Iqu’il s’excite toujours du froid pendant la dif- folution des fels neutres, La mefure île ces changemens de température n’ell point encore convenablement connue pour tons les Tels ; on commence à faire plus d’attention aujourd’hui à ce phénomène qu’on n’en faifoit autrefois. Elle 'conduira faits douté à des réfuhàts utiles ; & déjà l’on peut entrevoir quelques vérités dont on n’avoit pas même foupçonné l’exiflence; par exemple , en obfervànt que les fels neutres qui produifent le plus de froid dans' leur dif- folution comme le feî de Glauber , le nitre, le fel ammoniac, font beaucoup plus folubles dans l’eau chaude que dans l’eau froide, ne peut-on pas penfer que cette dilTolabilité plus grande dépend dë ce qu’ils trouvent dans l’eau chaude une quantité plus conhdérable de chaleur qu’ils parodient avoir pour ainfi dire be- foin d’abforber pour fê fondre & prendre l’état liquide ; à la vérité cet excès de chaleur leur ell facilement enlevé par l’air, de forte qu’il Ven précipite une partie fous la forme de crif- taux pendant le réfroidilfement. Tome IL Z 15 l ë h b k i ÏT4 2 CHAPITRE XIV. Des attractions électives qui ont lieu entre . les diverfes matières falines. L E s découvertes dues aux travaux multipliés que les chimiftes ont faits fur les matières falines depuis le milieu de ce fiècle, leur ont appris que ces matières ont entr’elles différens degrés d’affinités ou d’attradions éledives. Geoffroy eft le premier qui les ait comparées les unes aux autres, mais les recherches des modernes ont démontré que fa table contenoit plufieurs erreurs ; Bergman les a corrigées, 8c a fait connoître un beaucoup plus grand nombre d’attradions éleélives entre tous les fels ; cependant en confultant les articles-de la table du célèbre chimille fuédois qui ont rapport aux attradions éledives des fubflances falines entre elles, on remarque que plufieurs ne font point encore fondées fur un afiez grand nombre d’expériences exades , & qu’il en reconnoît lui- même l’incertitude. Sans étendre donc la théorie des attradions éledives à un fi grand nombre d’acides & de bafes que l’a fait Bergman , il faut fe borner dans l’état adwel de la chimie ÏP J P®* iiiür > .n- r - ais;^ sa ou-: jlacao tas» ijobafes ; éisaltT ïaca i 2 p or» •ialilac -«r 'xi <^edts «eparr. 5, to’HrsT. NàT. fiT ds 'Chimie. & l’examen des affinités qui ont lieu entre les matières falines dont la nature & les propriétés font les mieux connues. Parmi les fix efpèces d’acides que nous avons examinés, l’acide vitriolique paroît être le plus fort ou celui dont les attractions éleâives font en général les plus marquées pour les différentes bafes; c’eft-à-dire, qu’il enlève la plupart des bafes alkalines ou falino-terreufes aux autres acides ; ainfî il déeompofe les nitres, les fels marins ou muriates, les fels fluors, les borax & les craies en dégageant leurs acides. L’acide nitreux tient en général le fécond rang» il cède les bafes alkalines à l’acide vitriolique , mais il les enlève aux quatre acides fuivans. Pour mieux faire connoître les différentes affinités qui ont lieu entre les acides minéraux & les bafes falines du même règne, nous allons les préfenter dans l’ordre où Bergman les range dans fa table des affinités. Enconfidérant, i°. chaque acide par rapport aux diverfes bafes auxquelles il peut s’unir ; 2°. chaque matière alka- line relativement aux acides qui les faturent,& au degré d’adhérence qui les tient unies avec ces fels. I. Les attrapions électives de l’acide vitriolique pour les différentes bafes font difpofées par Bergman dans l’ordre fuiyant, en com- zi J 3f& ÊtïffiïN« wençant par celle à laquelle il adhère h plus '( i ). Acide vitriolique. Terre pelante pure. Alkali fixe végétal pur. Alkali fixe tninéral pur. o - ■ ‘ Chaux vive. Alkali volatil, Magnéfie. Argile. Comme les acides nitreux & marin ont le même ordre d’attraélions éledives pour les ba- fes alkalines , nous les préfenterons ici à la fuite des premiers. Acide nïîreux. Terre pelante pure. Alkali fixe végétal pur. A Alkali fixe minéral pur. Chaux vive. Alkali volatil. t Magnéfie. Argile. ( i ) Nous avons déjà indiqué l’ordre des affinités des acides avec les bafes dans l’hifloire de chacun d’eux ; mais tious avons cru devoir les repréfenier ici eh colonnes, comme on le fait 'dans les tables d’affinités, afin de les voit tous un feul point; de vue, & d’en faire la comparaifon. ): ,pt '* ÿtitt ^oial s* .< J* .isptfe a.anra jloim : îteztil 'tare il üratMi sliàfc sesoîô itfeî 4 '•sjnéfo posa :, W*HlST. Nat. ET TlE CttïMlE. Troisième Colonne. L’acide marin a pour Ce combiner avec l’alkalt fixe végétal, une affinité égale à. 6 l’alkali fixe minéral. f la chaux vive...j l’alkali volatil.. la magnéfie..,..».i l’argile.».....J Quatrième Colonne. L’acide craieux a four Ce combiner avec' la chaux vive, une affinité égale! à.*.■*••5 l’alkali fixe végétal.i l’alkali fixe minéral.î 1 alkali volatil...... i.. • > • j la magnéfie l’argile.. • * • i<,i. i m • • % -1 * É L ï » B » S [TÀSLEAV de dix efpèces d'affinités doublet i qui ont lieu entre divers fels neutres & qui font exprimées par des nombres pris du tableau précédent. Premier Exemple. nitre. aïkali fixe i acide ^ .végétal. c * nitreux. i 1: \ n « crô 8 affinités ^ quiefeefttes 4^ 11*/calcai-" tattre Vitriolé. acide _ vitrioliqùe. 1 3 félénite. e c o n d Exemple* alkali fixe acide marin. tartre ïiwié. 8 affinités vitrioliqûe. félénite. • Ce nombre mis à droite dans une petite accolade ell fa (bonne des deux affinités horilbntales , o,u quiefcentes, to’HisT. Nat. et de Chimie. $>% Troisième Exemple. nitre cubique. f alkali fixe minéral. 6 acide c nitreux. CI . felde J Giau- / ÜËR, \ 7 affinités "cS . quiefeentes 4 a l acide vitrioliqué. 6 — chaux. 1 z félénite. nitr# cale. Quatrième Exemple. felde Giau- 8er. lêl marin. alkali fixe minéral. î c acide marin. fêl maa 7 affinités quiefeentes { i 0 / rin cal- «= [ caire. acide vitrioliqué. ~ çhaux. félénite. qui doit être moindre que celle des affinités verticales, ou dive Rentes , pour que la double décompofition aj$ lieu. Ê ï ï h ïS ï Cinquième Exemïli; vitriol ammoniacal. acide 4 vîtriolique. alkali volatil. /craie ait f moniac. c \ „n_i: ... (èlenite. ^ 6 affinités ^ quiefc. é ^ ) alkali vo- ■» l latil cott- chaux. _5_ acide craieux. \cret. 7 ; craie. Sixième Exemple. nitre ammoniacal. acide nitreux. 5 alkalî volatil. Salcaîre. < 4 afEnîtés S qmefc. ? { 4 ^ craie chaux. chaux. craie.. Septième Exemple* fêl ammoniac. acide marin, i alkali volatil. 'J tel marin calcaire. craie i affinités ^ quiefc .\ { J f ■ammoniac *» ! cale. chaux, ‘-2— acide craieux.^ Huitième jr* jii .Vin a«ï ï H / Nàï. et de Chimie; $3$ Huitième Exemple. vitriol magnéfien, ou fel d’Epfom. félcnite. acide 3 £ magnéfie. vitriolique. .> 6 affinités Z q uiefc - i { 6 t chaux. -1- acide craieux. /craie ma- gnéfienne » : ou magné- , fie efferveG craie. Neuvième Exemple. nitre magnéfien. mtre talcaire. acide nitreux, i magnéfie 4 affinités > •5 Craie quiefc. -j { 4 i \ magnée chaux. _i_ acide craieux. fienne. Dixième et dernier Exemple. fel magnéfien. acide marin, i magnéfie. ‘fel marin J ., • r • r < V calcaire. \ î affin:tes uî q uiefc - T { S T > ™ a g né ' chaux. Tome lï. _i_ acide craieux, 4 craie. fienne. As 37° $! JL È MENS ' J Ces dix affinités doubles ne font pas les feules qui exiftent entre tous les Tels neutres que nous avons examinés ; nous avons vu par exemple que les Tels barotiques ne font pas décom- pofés par Palkali fixe pur, tandis que le tartre craieux & la fonde craieufe les décompo- fent ; que le fpath vitreux ou fluor Apathique préfente le même phénomène; ces deux ef- pèces d’affinités doubles, & peut-être quelques autres qui ne font point encore connues entre les fels , n’ont point été repréfentées dans la table précédente , parce qu’on n’a point encore alfez étudié les attradions éledives de la terre pefante & de l’acide fluorique, pour que nous ayons pu les défigner par des nombres. Lôrf- que les recherches nécelTaires pour acquérir ces connoiflances auront été faites, il fera fans doute ncceflàire de changer les nombres indiqués, pour les faire quadrer avec les affinités que l’on découvrira; mais la méthode propofée reliera toujours & elle ne pourra même acquérir que plus d’exaditude. ?' îcompo. i>*ïîrsT. Nat. et de Chîmie, 57Ï TROISIÈME SECTION. DE LA MINÉRALOGIE. Corps combustibles „ içïStjs as a* 5 dns li ! ceaae :e k tes que doj a Loti- pot ces sçkFob le sfc 1 qjctitf CHAPITRE PREMIER. Des Corps combajîibles en général, ISJous avons déjà parlé de la combuftiori dans l’hiftoire de l’air. L’ordre que nous avons adopté, exige que nous rappellions en peu de mots ce qui a été dit fur cet objet. Un corps combuftible eft, fuivant Stahl, un tompofé qui contient le feu fixé ou le phlo- giftique. La combuftion n’eft d’après fa théorie, que le dégagement de ce feu fixé, & fon paflage à l’état de feu libre ; ce dégagement fe manifefte par la lumière 8c par la chaleur. Lorfqu’il eft entièrement fini, le corps qui l’a éprouvé rentre dans la clalTe des matières in- combuftibles , 8c on peut lui rendre fa première combuftibilité en lui rendant fon phlo- giftique, ou en lui unifiant la matière du feu fixée dans un autre corps. Nous avons trouvé quatre grandes difficultés dans cette théorie* A a ij 272' .. E JL JE JM E. N 3 j°. l’impoflibilité de démontrer la préfence ddfc phlogiftique ; 2°. l’augmentation de poids par la combulhon-qui ne peut pas fe concevoir avec la perte d’un principe ; 3 0 . la perte de poids du corps par l’addition du phlogiftique, lorf- qu’on le fait palier de l’état incombuftible à Fétat inllammable ; 4 0 . le peu d’attention que Stahl avoit fait à la néceflité de l’air. Ce dernier phénomène mieux obfervé, & l’augmentation de poids des corps combufti- bles pendant leur combuflion, a fait naître la théorie fuivante. Un corps n’eft combuftible que parce qu’il tend fortement à fe combiner avec l’air pur. La combuflion n’eft que i’ade même de cette combinaifon. Cette opinion eft fondée fur les quatre faits fuivans : i°. Un corps ne peut brûler fans air. 2 0 . Plus l’air eft pur, plus la combuflion eft rapide. 3 0 . Dans la combuflion il y a abforption de l’air & augmentation de poids dans le corps brûlé. 4 0 . Enfin, le corps brûlé dans l’atmofphère contient la portion d’air pur que l’air atmofphérique a perdu, & on peut quelquefois l’extraire par différens moyens que nous connoîtrons plus bas. Macquer avoit réuni cette théorie avec celle de Stahl en regardant la lumière fixée comme le phlogiftique, & en admettant Pair pur comme «à** ^fÜl «e-ld. 1 41iei “B (jilî Mité, 4 j taaàni iœittli arcefl far pu:. àatil s [«la ijtate aiat», ÆÜocil', ndepoÜ : îorps^ ad P- f d’Hist. Nat. et de Chimie. 57J précipitant de la lumière ; il penfoit quedanstoute combuflion, le phlogiflique ëtoit féparé dans, l’état de lumière par l’air pur qui prenoit fa place- dans le corps combuflible, & il regardoit ces. deux matières, la lumière & Pair vital, comme lès précïpitans l’une de l’autre j ainfi , lorfqu’on faifoît palier la lumière fixée d’un corps com- buflible dans un corps déjà brûlé, il croyoït que ce paliage n’avoit lieu qu’à mefure que l’ïtir vital uni au corps brûlé cédoit fa place à la matière de la lumière, & fe tranfpcrtoit dans celui d’où la lumière s’échappoit. M. Lavoifier a propofé une théorie differente des deux précédentes, il penfe que l’air vital eff compofé d’une baffe fixable qu’il appelle principe oxîgyne , 8c cjui eff tenue en diff- folutîon dans l’état de fluide élaftique par la matière du feu ou de la lumière. Lorfqu’on chauffe un corps combuflible dans ce fluide » ce corps décqmpofe l’air vital en s’emparant de fa baffe , & alors la manière du feu devenue libre, reprend tous fes droits, 8c s’échappe avec les caraélères qui là dïfti’nguent; lavoir * la chaleur 8c la lumière qui conflitue là flamme. Suivant cette hypothèfe, l’air pur eff le véritable 8c le feul corps combuflible. Cette théorie ne détruit point la préfence du phlogif- tique dont là lumière joue ici le rôle, mais elle A a ii] 374 E L Ê M E N s diffère de celle de Stahl par le lieu du phîo» gillique ou du feu fixé, que M. Lavoifier admet dans le corps qui fert à la combuftion, tandis que Stahl l’admettoit dans le corps coin— buftible. On peut auffi faire contre le principe oxigyne de l’air vital, l’objeclion qu’on a faite contre le phlogiftique de Stahl ; en effet, on ne connoît pas plus ce principe ifolé ou pur, puifqu’il eft toujours ou combiné avec la matière du feu dans l’air vital, ou avec les corps combufiibles, lorfqu’ils ont brûlé ; il ne fait comme le phlogiltique que paffer d’un corps dans un autre, & changer de combinaifon, mais fans pouvoir être féparé & préfenté dans un état de pureté. Les différens corps combufiibles préfentent beaucoup de degrés dans leur tendance à fe combiner avec la bafe de l’air vital ; & il paroît que le plus ou le moins de corhbuftibilité, dépend des rapports variés qui exiflent entre le principe oxigyne & les corps combufiibles • de forte qu’on pourroit établir un ordre de leur combuflibilité, & confiruire une table de leur affinité avec l’air vital. Cette variété d’affinité entre les corps com- buflibles & le principe oxigyne efi la caufe des différens phénomènes que ces corps préfentent dans leur combinaifon avec ce fluide, d’Hist. Nat. et ce Chimie. 37f On pourroit d’après cela diilinguer quatre fortes de combuflions. i°. La combuftion avec flamme & chaleur, comme celle du foufrc , ‘&c. 2 0 . La combuftion avec chaleur fans flamme, comme celle de ptufieurs métaux, &c. 3 0 . La eombullion avec flamme fans chaleur, comme celle des phofphores, &c. 4 0 . La eombullion très-lente fans flamme nî chaleur apparentes, comme cela a lieu par le contaél de certains corps combuflibles avec l’air. Il faut obfervet qu’outre cette di fl in dion , la eombullion diffère encore par un grand nombre d’autres phénomènes particuliers à chaque® corps combuflible. La rapidité, la couleur l’étendue de la flamme, l’odeur qui l’accompagne, la quantité d’air abforbée , la forme, la couleur , la pefanteur, l’état du réfidu du corps, brûlé , & plufïeurs autres circonflances qu’il fe- roit inutile de développée ici, & qui feront traitées avec toute l’importance qu’elles méritent à l’article de chaque corps combuflible » établif-i fent les différences eifentielles & propres à ca- radérifèr chacun des êtres qui appartiennent à cette clafle. En confidérant toutes les variétés que pré- fentent les corps c-ombuflibîes pendant leuç Aa iy 376 ' E L É M E N S çombuftion, on ne peut s’empêcher de convenir que leur caufe n’eft point encore conçue , Sc qu'il refte des decouvertes importantes à faire fur ce point de la théorie chimique; déjà les degrés d’affinité différons que paroiffent avoir les divers corps combuftibles pour s’unir à l’air vital ou au principe oxigyne, peuvent fervir à expliquer une partie de ces phénomènes ; en effet, il eft naturel de croire qu’un corps qui a une grande attraélion pour fe combiner au principe oxigyne offrira dans cette com- binaifon plus de chaleur, plus de mouvement Sc plus de lumière, parce que celle-ci fera iéparée avec plus d’énergie, foit du corps combuflible ©fuivant la théorie de Maequer, foit de l’air vital fuivant celle de M. Lavoifier, foit de l’un Sc de l’autre à la fois. Mais cette hypothèfe n’explique point quelle eft la caufe de la couleur fl variée de la flamme des différens corps inflammables; pourquoi, par exemple, le cuivre brûle en vert, &c. Elle ne fait point concevoir non plus comment quelques matières combuf- tibles brûlent fans flamme apparente, à moins qu’on ne croye avec plufieurs phyficiens que la matière de la lumière eft la même que celle de la chaleur, & n’en diffère que parce qu’elle eft plus divifée, plus éparpillée ; or, on fai? combien cette opinion fouffre encore de diffl- d’Hist. Nat. et de C h im r e. 577- cultes. Si l’on pouvoit démontrer que la lumière eft combinée dans les corps combuftibles, 8c qu’elle s’en dégage pendant la combuftion, on pourrait croire que le corps eft combiné diver- fement dans les différentes matières combufti- bles , qu’il y en a par exemple où toute la lumière, l’enfembîe de fes 7 rayons ou principes, efl fixée , qu’il en eft d’autres où il n’y a que le rayon orangé comme dans le gaz nitreux f le jaune ou le vert comme dans le zinc & le cuivre ; mais cette hypothèfe dont il a déjà été queftion dans l’hifloire de la combuftion traitée à l’article de l’air, n’a jufqu’aduellement aucun fondement ; on ne peut même s’empêcher de convenir en réfléchi fiant/ur les phénomènes relatifs à la combuftion , que la lumière paroît plutôt contenue dans l’air vital, que dans les corps combuftibles. En effet, comment concevoir qu’un corps auffi divifé 8c auflî élaftique en même-tems que la lumière, puifle fe fixer & prendre de la folidité ? N’ell-il pas plus naturel & plus conforme à toutes les idées de la faine phyfique de penfer, que loin de pouvoir prendre ainfi une forme folide, la lumière eft plutôt capable de la faire perdre à ceux qui en jouiflent, 8c quelle eft la caufe de l’élafticité de tous les fluides aériformes, qui femblent n’être que des fubftances folides 37S E L ï M E N S par elles-mêmes unies à la lumière. J’avoue qt?a cette hypothèfe reçue aujourd’hui de beaucoup de phyfïciens qui croient que les fluides élastiques doivent tous leur état à la matière du feu ou de la lumière, me paroît infiniment plus vraifemblable que celle qui admet la préfence de cejt être incoè'rcible dans des corps fixés & aufli folides que les métaux. II relie donc toujours des difficultés à refondre dans l’hifloire de la combufiion ; mais ce qui efl bien démontré aujourd’hui, & ce qui doit être rappelé ici, c’efl que les corps com- buftibles qui ont brûlé ont tout-à-fait changé de nature, que le principe oxigyne qui y efl fixé leur donpe toujours plus de pefanteur ab- folue , & que ce principe y a pris lui-même une forme plus folide que celle qu’il avoit dans; fa combinaifon avec la lumière qui le conflitue air vital. Nous divifons les matières combuflibles du règne minéral en fix genres ; lavoir , le diamant, le gaz inflammable, le foufre, la plombagine, les matières métalliques & les bitumes. V.' te* jfclKi iclepk eïrtf^ jaïtcjxi Bilc'e art fa i ISSUS( oœ-et! t&deWi ïlipi'ûi scgaxgd ^ de 1 “iïsjaj ** tme f "fedan* d’Hist. Nat. et de Chimie. 375» “ÙClti, CHAPITRE IL prefena tsiii S»* iœip «psc» acmj nteura!>* Vi-tnème ni! la es^, Genre I, Diamant. î 1 E diamant efl une fubftance unique dans fou efpèce ; on l’a placé avec les pierres, parce qu’s en a la dureté, l’infipidité, l’infolubilité. Il efl d’ailleurs le plus tranfparent & le plus dur de tous les minéraux. Sa dureté eft telle que l’acier le mieux trempé ne mord point fur lui, & qu’on ne peut ufer les diamans qu’en les frottant l’un contre l’autre ; c’efl ce qu’on nomme égrifer. Les diamans fe trouvent aux grandes Indes» particulièrement dans les royaumes de Gol- conde & de Vifapour. On en tire auffi du Bré- fil; mais ils parodient d’une qualité inférieure z on les connoît dans le commerce fous le nous de diamans de Portugal. Les diamans fe rencontrent ordinairement dans une terre ochracée , jaunâtre , fous des roches de grès & de quartz ; on en trouve aufS quelquefois dans l’eau des torrens ; ces diamans ont été détachés de leurs mines. Il efl rare que les diamans foient d’un certain volume. Les fouverains de l’Inde gardent les plus i ■î 3^0 Ë 1 ï H ï B ï neux, afin que le prix de ees fubftance ne dî- . minue point. Les diamans ne fortent pas de la terre avec leur éclat ; il ne s’en trouve de brillans que dans les eaux. Tous ceux que l’on retire des mines font enveloppés d’une croûte terreufe, <3ui recouvre une fécondé couche de la nature du fpath calcaire, fuivant M. Romé de Lifle. Souvent les diamans n’ont pas de forme régulière ; ils font plats ou roulés. Quelquefois ifs offrent des criftaux réguliers en oâaëdres , formés de deux pyramides quadrangulaires réu- rries par leurs bafes ; on en trouve auffi à n, à 24 & à 48 faces. Quelques diamarls font parfaitement tranf- parens & de la plus belle eau ; d’autres font tachés , veinés, nues ; alors ils perdent beaucoup de leur prix. Il en eft qui ont des teintes uniformes & bien marquées de jaune, de rouge , de bleu , de noir ; ' ces derniers font fort rares. Les diamans paroiffent être formés de lames appliquées les unes fur les autres; on les divife aifément, en les frappant dans le fens de ces lames avec un infiniment de bon acier. Il y a cependant quelques diamans qui ne paroiffent point compofés de lames diftinfles, mais de fibres entortillées, comme font celles que l’on ■» 5 Hist. $at. et t»e ’Chimie. 38^ tibferve dans les nœuds du bois. Ces derniers .font fort durs, & ne peuvent être travaillés } les lapidaires les nomment diamans de nature. La ti-anfparence, la dureté du diamant, la forme ciiflalline régulière qu’il affede , avoient déterminé les naturaliftes à ranger cette fubf- tance au nombre des pierres vitrifiabîes. Ils le regardaient comme la matière du criffal de roche , la plus pure & la plus homogène. Us le croyoient inaltérable au feu , parce que les joailliers font dans l’ufage de faire chauffer & même ^rougir les diamans tachés de jaune ; par ce procédé , les taches deviennent noires , & n’empêchent pas l’éclat de la pierre. Cependant on favoit que le diamant étoit pins pe- fant 8c plus dur que le criffal de roche , 8c qu’il avoit une propriété éledrique très-marquée ; mais on n’attribuoit cela qu’à fon extrême pureté. On fait que tous les corps tranfparens pierreux ou falins refrangent la lumière en raifort direde de leur denfité, mais que les corps tranfparens combuflibles la refrangent en raifon double de leur denfité. Le diamant produit une jéfradion prefque triple de celle qu’il devroit produire en raifon de fa denfité ; il paroît que c’eff de cette grande force réfringente que dé-j ' 7 pend le fingulier éclat du diamant Gomme îï edtrès-tranfparent, & que la lumière fe refran- ge fortement entre fes lames, lorfqu’on mul* riplie fes furfaces par la taille, chacune de fe* facettes fournit un faifceau de lumière très-brillant. Au(Ti ceux qui font taillés à facettes fur toute leur circonférence ont-ils un éclat bien fupérieur à ceux qui ne font taillés que d’iïti côté, c’eft pour cela que les lapidaires défignent les premiers fous le nom de brillans, & quils appellent les féconds des rofes. Boyle avoit dit que le feu àltéroit les dia- mans, & qu’il s’en dégâgeoit des vapeurs âcres; mais le fait annoncé par ce phyficien ne fixa point l’attention des favans. Cependant Cofme III, grand-duc de Tofcane , vit à Florence en 169.3, & 169$ , le diamant fe détruire an miroir ardent ; bien des années après l’empe- Jreur François I fut auffi témoin à Vienne de leur deilruction par le fimple feu des fourneaux. M. d’Arcet dans fes belles expériences fur les' matières pierreufes expofées à faction d’un feu violent 8c continu, n’oublia pas les dia- mans. Il annonça qu’ils s’évaporoient dans le fens de leurs lames, 8 c que fi on arfêtoit l’évaporation à propos, Ce qui reftoit n’étoit nullement altéré, 8c n’offroit qu’un diamant de moindre volume. ü’Hist. NaT. etdï ChimibI 383 . M. d'Arcet voulant favoir fi l’évaporation du diamant 11’étoit pas une fimple décrépitation , imagina de les traiter dans des vaideaux différemment fermés. Il prit une fphère de pâte de porcelaine, & après l’avoir coupée en deux, il plaça un diamant au centre, il ajufla enfuite les deux hémifphères, de manière que le diamant fe formant à lui-même fa cavité, il rfy eût pas d’efpace vide autour. Ayant lailîé ces boules au four jufqu’à ce qu’elles fuffent cuites, il les caffà , & trouva la loge vide & le diamant évaporé, fans qu’on put appercevoir la moindre gerçure à la boule. M. d’Arcet a varié cette expérience de plu- fieurs manières, tantôt en prenant des boules de pâte de porcelaine, tantôt des creufets de porcelaine cuite, fermés d’un bouchon de pareille matière, enduit avec une fubflance fufi- ble, qui en fe vitrifiant au feu, faifoit un lut hermétique. M. d’Arcet a toujours vu le diamant difparoître & en a conclu qu’il étoit éva« porable fans le fecours de l’air. Depuis MM. d’Arcet & Roux ont obfervé qu’il n’étoit pas nécefTaire d’avoir recours à des feux d’une fi grande violence, pour opérer la volatilifation du diamant, & en 1770 M. Roux en voiatilifa un, aux écoles de médecine, en cinq heures de tems dans un fourneau de cou-4 584 • Ë El JT B ir f . En 1771 Macquer obferva un nouveau pKë<* nomcne relatif à la deftmction de cette fubf- tancs. Ayant eu un diamant à volatilifer, il employa le fourneau de Pott , auquel il avoit fait quelques correétions. Ce fourneau lorfqu’il efl terminé par un tuyau de poêle de dix à douze pieds de hauteur» produit une chaleur égale à celle d’un four à porcelaine dure. Macquer avoit placé une moufle au centre de fon fourneau , qui n’avoit qu’un tuyau de deux pieds. Il mit un diamant taillé en brillant, & pefant trois-feizicmes de karat, dans une coupelle qu’il plaça d’abord au-devant de la moufle bien rouge ; il eut foin de ne l’enfoncer que par degrés, pour éviter que le diamant ne s’éclatât. Au bout de vingt minutes, ayant obfervé le diamant, il le trouva augmenté de volume & beaucoup plus brillant que la capfule dans laquelle il étoit ; enfin , il obferva une flamme légère & comme phofphorique , qui formoit une auréole très-marquée autour de la pierre; mais il ne fentit point de vapeurs âcres, comme Pavoit annoncé Boyle. Le diamant ayant été reporté fous la moufle, au bout de trente minutes , il étoit entièrement difparu , fans laiiïer après lui aucune trace. Ainfî Macquec a volatilifé en moins d’une heure un diamant de près de quatre grains, & il a vu que ce corps e^Hïst. Nat. et de Chimie. 38/ corps brûle avec une flamme fenfible à la manière des autres corps combuftibles. Ce fait annoncé par Macquer a été vérifié plufieurs fois depuis. En 177 y Bucquet a volatilifé un diamant d’environ trois grains & demi ; il s’eft fervi du fourneau de Macquer , mais fans tuyau, & la moufle a reflé ouverte prefque tout le tems de l’opération ., afin de voir ce qui fe paiïoit pendant la eom- buflion du diamant. Il eft reflé environ quinze minutes avant de t’enflammer, & à compter du moment de l’inflammation, il n’a pas fallu vingt-cinq minutes pour fon entière diflipation. Comme aucune de ces expériences ne démontrait ce que devenoit le diamant, MM. Macquer , Lavoifier & Cadet réfolurent de faire quelques expériences dans des vailleaux clos. Ils diflillèrent vingt grains de diamans dans une cornue de grès, avec un appareil propre à retenir les produits s’il eût pafle quelque chofe; ils employèrent un feu de la plus grande violence , & n’obtinrent rien i ils trouvèrent les diamans bien entiers , mais ayant perdu un peu de leur poids ; ils foupçonnèrent dès-lors que cette perte dépendoit de ce que les diamans ^voient brûlé en partie, à l’aide du peu d’air renfermé dans les vaiffeaux; les diamans d’ailleurs étoient couverts d’un enduit noirâtre, & Tome II % ( B b N $86 E L é m. E N S comme charbonneux ,qui difparoiŒoit prompte- tement en les frottant fur la meule. ' Pendant que les chimiües s’occupoient des recherches fur le diamant, les lapidaires croyoient toujours à la parfaite indeftruftibiîité de cette pierre. L’un d’eux , M. le Blanc, porta chez M. Rouelle un diamant pour être expofé au feu; mais il voulut l’envelopper à fa manière. En conféquence, il le mit dans un creufet avec tin cément de craie & de poudre de charbon.; ce premier creufet fut enfermé dans un autre , fermé de fon couvercle 8^ luté avec le fable 'des fondeurs. Cet appareil relia au feu pendant quatre heures, ainfi que plufieurs autres dia- tnans fur lefquels M. Rouelle travailîoit. Au Bout de ce tems, les diamans de M. Rouelle avoient difparu, ainfi que celui de M. le Blanc. M. Maillard, autre lapidaire, fe rendit chez M. Cadet , où travailloient MM. Macquer & Eavoifier ; ayant apporté trois diamans, i! pro- pofa de les expofer au feu, après qu’il les au- roit cémentés à fa manière. Il remplit de charbon pilé 8c bien prelle , le fourneau d’une pipe, 8c ayant mis les diamans au centre du charbon, il couvrit la pipe d’une plaque de fer qu’il luta avec le fable des fondeurs ; la pipe fut renfermée dans un creufet garni de craie '8c revêtu d’un enduit de fable détrempé avec tW ***' ,iiénr' «atti i ■CM CO-T liai» ■■ atinac ifi k c I ïfari h *lcia 9 1 st par ‘faâsrf •sj Je, t -’baîri t ^ckj* ,S *Ct, d’Hist. Nat. Et dé Chimie. 38^ Peau falce. Le tout fut mis au fourneau de Macquer, & etïuya un feu tel , qu’au bout de deux heures l’appareil étoit ramolli & prê$ à couler. Après l’opération , le creufet étoit Vitrilxé & informe; on le cafta avec précaution, & l’on trouva la pipe bien entière : le charbon qu’elle contenoit étoit parfaitement noir, & les diamans n’avoient rien perdu. Ils étoient feulement noircis à leur iurface , mais en les frottant fur la meule, ils redevinrent blancs 8e brillans. Macquer a répété cette expérience dans le grand four ^ui cuit la porcelaine dure de Sèves, elle a réuffi de même; cependant, Comme le fer qui couvroit la pipe avoit été fondu, une partie ayant atteint le diamant, l’avoit fcorifié d’un côté , mais l’autre étoit bien entier ; le feu avoit duré vingt - quatre •heures. M. Mitouard ayant eu occafion de traitée plufieurs diamans dans des vaHTeaux fermés 8c avec ditîérens cémens, a reconnu que le charbon étoit celui de tous qui empêchoit le mieux la deftrudion de ce corps. Tous les chimilles ont été perfuadés par ces faits, que le diamant brûloit à la manière des corps combullibles, 8c qu’il ne fe détruifoit; comme le charbon, qu’autant qu’il avoit le con- tad de l’air. Cependant, les expériences très- B b ij 388 £ I É M E N 5 bien faites & très - mulcipliées de M. d’Areei fembloient établir le contraire. Pour éclaircir ce point de théorie , Macquer prit du char* bon en poudre , il en emplit plufieurs boules de porcelaine cuite & plufieurs creufets de pâte de porcelaine ; le charbon fe réduifit en cendres dans les creufets de porcelaine non cuite * les cendres mêmes fe vitrifièrent, tandis que le charbon, renfermé dans les vaiiïeaux de porcelaine cuite relia fans altération ; d’où ce chimifie a conclu, qu’il y a une grande différence entre ces deux fortes de vaifleaux. Il penfe que pendant la cuite de la porcelaine, il fe fait des fentes, des gerçures peu fenfi- bles , mais fuffifantes pour faciliter la combuf- iion, & que ces porcelaines prenant de la retraite en fe refroidilfant, toutes ces petites ouvertures fe referment & difparoilTent entière* ment après la cuite. M. La voilier a ajouté à ces expériences de nouvelles recherches qui prouvent que le diamant ne fe brûle qu’autant qu’il a le contad de l’air. Il a expofé des diamans au foyer de la lentille de M. de Trudaine, après les avoir couverts d’une cloche, fous laquelle il a fait monter de l’eau ou du mercure en afpirant l’air. Ce chimifie dans des travaux fur les effets du verre ardent, faits en commun avec MM. Macquer, * Br* jr «S* a ■ Affûté 3-;pnw j tonus» à un te a; il to iit&na sàlt i c •ittu « rrtKRei cyil fau :3 *i & c, AL s *dod 'Mt* d’Hist. Nat. et de Chimie. 38? Cadet 5c Brifïbn, avoient déjà obfervé que, fi on chauffait brufquement les diamans, ils pétilloient & s’éclatoient fenfiblement, ce qui ' «‘arrive pas lorfqu’on les chauffa lentement & par degrés. Il a vu auffi les diamans fa fondre 5c couler en certains endroits : la Surface de ceux qui choient refiés quelque tems expofés au feu de la lentille, lui a paru criblée de petits trous comme une pierre ponce. En les chauffant dans l’appareil pneumato-chimïque- décrit ci-deflbs, il s’ell convaincu que le diamant ne brûloit que pendant un certain tems plus ou moins, long , à raifon de la quantité d’air contenu fous la cloche ; il a examiné l’air dans lequel avoit brûlé le diamant, 5c il l’a trouvé abfofument femblable à celui qui refie après la combustion de tous les autres corps combuflibles» c’efl-à-dire, privé de la partie d’air vital propre à entretenir ce phénomène. Une circonstance qu ? il faut noter, c’efl que cet air rëfidu de la combuflion du diamant précipiloit l’eau de chaux 5c contenoit de l’acide craieux. Pour Gonflater de plus en plus là nature du-' diamant, M. Lavotfier a effàyé de le brûlée fous une cloche pleine d’acide craieux. Le diamant a éprouvé un peu de déchet dû fans doute: à' une portion d’air mêlé à l’acide craieux. Ce- chirnifle penfe que cette perte dépend: auffi eifc B b iij 55*0 E L È m E N s grande partie de la volatilifation du diamant i & il en conclut que ce corps pourrait fe vo- latilifer en entier dans des vaiffeaux fermés, fî On lui appliquoit une chaleur fuffifante. M« Lai voilier ayant opéré de même fur le charbon» a eu des réfultats analogues, foit relativement, à la combuftion, foit relativement à la volatilifation. Il a auiïi vu le diamant fe noircir toujours à fa furface. Il rëfulte de ces différens faits, que le diamant eft une fubftance très-différente des pierres ; que c’eft au contraire un véritable corps, combullible, fufceptible de brûler avec flamme toutes les fois qu’on le chauffe jufqu’à le faire tougîr avec le contaél de l’air ; en un mot , que c’eft un corps combullible volatil, puif- que le diamant ne laiffe aucun réfidu fixe? qu’il reffemble parfaitement au charbon par la manière dont il fe comporte au feu, encore qu’il en diffère beaucoup par fa tranf- parence , fa pefanteur, fa dureté, & pîufieurs autres propriétés. Toutes ces expériences, ainfî que l’art de cliver le diamant, ont appris qu’il eft formé de lames ou de couches placées les unes fur les autres ; qu’il y a quelquefois entre ces couches, une matière étrangère Colorante à laquelle eft peut-être dû l’enduit charbonneux dontfe couvrent les diamanschauf- d’Histv Nat. et de Chisïïe. 391. t es, fur-tout dans les vailïeaux fermés. C’efï cette couche colorée, placée plus ou moins profondément, qui rend incertain le procédé employé par les lapidaires pour blanchir les diamans tachés. Si elle eft peu profonde, elle peut fe détruire facilement, & le'diamant fera blanchi. Si elle eft au contraire dans ^intérieur de ce corps, on ne pourra l’enlever que par la de (traction fucceffive des lames qui la recouvrent , & alors il faut détruire prefqu’entiè- rement le diamant avant de lui enlever fa couleur. Malgré tous ces travauxon ne fait rien encore fur la compofition du diamant, & on. doit le regarder , dans l’état aétuel de nos con- noilîances, comme un corps combuftibîe particulier & different de tous les autres. Le diamant n’eft d’ufage que comme ornement ; mais la propriété qu’il a de réfraéter les. rayons lumineux, de les décompofer & d’offrir à l’œil les couleurs les plus brillantes & les plus, vives, le rend véritablement précieux, fans qu’on puiffe attribuer au caprice de la mode l'effime dont il jouit. Sa dureté exceflive à laquelle il doit le poli inaltérable de fes furfa- ces, fa rareté & l’ârt de la taille ajoutent encore à fon prix. On s’en fert avec avantage pouc graver fur le verre & fur les pierres dures, 8c B b iy 392 E L ï M E N S pour donner à ces corps la forme & les grân* deurs convenables. La pouiïière de diamant fert à ufer & à polir ceux qui font entiers. CHAPITRE III. Genre IL Gaz in flammablê. Le gaz nommé air inflammable par Prïeftley, eft un fluide aériforme qui jouit de toutes les propriétés apparentes de l’air. Il eft environ 13 fois plus léger que lui, il ne peut fervir à la combuftion, il tue très-promptement les animaux en leur donnant des convulfionsvives.il a une odeur forte & très-reconnoiflable. Sa propriété caraâérrftique eft de s’allumer lorfqu’il eft en contad avec l’air, & lorfqu’on lui préfente un corps enflammé, ainfi que par l’étincelle éleârique. Le gaz inflammable étoit connu depuis long- tems dans la nature & dans l’art. Les mines métalliques, celles de charbon de terre, la fur- face des eaux, les matières animales ou végétales en putréfadion , avoient offert un grand nombre d’exemples de vapeurs combuftibles, d’Htst. Nat. et de Chimie. •naturelles. L’art s’étoit exercé à en produire dans la diflolution de plufieurs métaux par les acides vitriolique & marin, par la diftillatiort des fubftances animales & végétales. Mais per- fonne avant M. Priellley n’avoit imaginé de recueillir ces vapeurs dans des récipiens, & d’en examiner les propriétés. Ce phyficien a découvert qu’elles formoient une efpèce de fluide élaftique permanent. Le gaz inflammable préfente tous les phénomènes des corps combuflibles dans un degré très-marqué. Comme eux il ne peut brûler fans le contaâ de l’air ; il brûle avec une flamme plus ou moins rouge lorfqu’il eft bien pur, & bleue ou jaune , quand il eft uni à quelque fubftance capable de modifier fes propriétés. ^Souvent il pétille & produit en brûlant de petites étincelles brillantes, avec un bruit femblable à celui du nitre qui détonne. Il s’excite dans fa combuftion une chaleur vive. Il s’allume par le contaâ de l’étincelle éleârique. Il brûle d’autant plus rapidement, qu’il eft environné d’une plus grande quantité d’air. Comme ces deux fluides ont une aggrégatior» pareille, on conçoit qu’il eft poflible de les mêler de forte qu’une molécule de gaz inflammable foit environnée par l’air ; & qu’alors il doit brûler avec rapidité. C’eft aufli ce qui a '( 594 , ë z g m s w i lieu lorfqu’on enflamme un mélange de cîemC parties d’air atmofphérique & d’une partie de gaz inflammable ; ce mélange s’allume, il brule- dans un inflant, & en produifant une explo- fion vive femblable à celle de la poudre à canon ; le gaz inflammable feul ne brûle au contraire que lentement & à là furface. On paît le faire brûler de même, ai urr inflant & avec beaucoup plus de véhémence* lî on en mêle deux ou trois parties avec une partie d’air vital; il produit alors une explo- fion beaucoup plus confidérable que dans la précédente expérience. M. Cavendifch a remarqué il y a plulieurs années que toutes les fois qu’on brûle du gaz. inflammable , il fe manifefle toujours des gouttes d’eau. En faifant brûler du gaz inflammable dans un vaiiïeau plein d’air vital, & au- delTus du mercure, il fe produit du vide dans, l’appareil, le mercure remonte, & les parois du vafe fe trouvent enduites d’une grande quantité de goutelettes d’eau très-pure qui augmentent en quantité à mefure que la combuflion s’opère.. M. La voilier a combiné de cette manière une- aflèz grande quantité de ces deux fluides élafti- ques l’un avec l’autre pour pouvoir obtenir plu- fieurs gros d’eau. Il a eu foin de faire paffer l’un & l’autre de ces fluides à travers un cylindre de d’Hist. Nat. et de Chimie. verre rempli d’alkali fixe cauflique bien fec, afia de les dépouiller de la portion d’eau qu’ils pon- voient contenir. L’eau qu’il a obtenue répondoit parfaitement par Ion poids à celui des fluides, diadiques qu’il avoit employés ; & il en a conclu qu’elle efl en effet un compofé de ces deux fluides, favoir, de fix parties en poids d’air vital & d’une partie de gaz inflammable ; l’eaa obtenue dans cette expérience s’efl trouvée contenir quelques grains d’acide nitreux. Pour concevoir la formation'de cet acide, il faut fe rappeler que M. Cavendifch l’a produit en combinant à l’aide de l’étincelle électrique fept parties d’air vital & trois parties de mophette at- mofphérique. Or, l’air vital que M. Lavoifîer a employé pour fon expérience ayant été retire du précipité rouge, l’acide nitreux qui l’a fourni a bien pu donner une petite quantité de la mophette atmofphérique qui entre dans fa eom- pofition ; ainfi, cette portion d’acide ne change rien au réfultat 8c aux a (Tenions de M. Lavoi- fier fur la production de l’eau. Si l’on compare à cette belle expérience celle par laquelle le même chimifle a décompofé l’eau en la fai- fant tomber fur le fer , le zinc & le charbon rouge, ainfi que fur les huiles bouillantes, & en a retiré du gaz inflammable en proportion de la combuûion qui avoit lieu dans ces diffé- rens corps, on fera convaincu que cette théorie de la nature de l’eau eft appuyée fur des fondement auflî folides que toutes celles qui ont été propofées fur lés différent faits chimiques. Il ne reüe plus qu’un point à- déterminer fur la nature du- gaz inflammable ; cet être efl if Ample , compofé d’une feule efpèce toujours identique ? peut-on le regarder comme le phlo- giflrque de Stahl, ainfi que le penfent pluficurs. chimifles anglois, & fur-tout M. Kirwan ? A l’égard de la première queflion , les chi— milles ne font point d’accord entr’eux fur la- prétendue identité de gaz inflammable retiré- de fubftances très-différentes, & qui paroît jouir de propriétés diverfes. Les uns & même le plus grand nombre penfent qu’il y en a réellement plufieurs efpèces ; tels- font, par exemple, le gaz inflammable obtenu- du fer, du zinc , par l’eau qui brûle en rouge & détonne avec l’air pur ; celui que M. de Laf- fone a retiré du bleu de Pruffe, de la réduction des fleurs de zinc par le charbon , qui brûle fans détonner avec l’air; le gaz inflammable des marais qui brûle en bleu & ne détonne pasj celui que l’on obtient de la diflillation des matières organiques & qui re(Tenable au gaz des marais. Une analyfe exaéte nous a prouvé il efl vrai, que ces deux derniers font des corn* d’Hist. Nat. et de Chtmie. -39^ pofés de véritable gaz inflammable pur & détonnant , avec de l’acide eraieux en différentes proportions, & qu’on peut, par l’eau de chaux & les alkalis cauftiques , l’amener à l’état de gaz inflammable pur femblable au premier. Ainfi, nous étions portés à croire avec l’illuf- tre Macquer, en 1782, qu’il n’y a qu’un être de cette efpèce fufceptible de plufieurs rnodi- lications par fes combiffaifons avec différentes Xubftances. Cependant M. Lavoifier dans un Mémoire fur la combinâifon de l’alun avec les matières charbonneufes, inféré parmi ceux de l’académie pour l’année 1777, croit devoir dif- îinguer trois fortes de gaz inflammables ; le gaz inflammable vitriolique, le gaz inflammable marin , & le gaz inflammable eraieux. C’eft ce dernier qu’il a obtenu pendant la réaction de l’alun fur les matières charbonneufes. Le ca- xaâère qu’il-donne pour les diflinguer, c’eft que chacun d’eux fe convertit par l’inflammation en un acide analogue à celui d’où il a été tiré. Ainfi , le gaz inflammable vitriolique donne de l’acide du vitriol; le gaz'inflammable marin, de l’elprit dp fel ; & le troifième , de l’acide eraieux après fa combuftion. Ce chimifte penfe que le gaz inflammable qu’il a obtenu pendant la préparation du pyrophore, eft formé par le charbon lui-même, réduit en vapeur 8 c com- 5S>8 Ë l ï MENS biné avec l’air pur de l’acide vitriolique, qui 4 par la perte de ce principe, paffe à l’état de foufre. A la vérité , depuis le tems de la pu* blication de ce mémoire -, M. Lavoifier a re* connu que le gaz inflammable obtenu des métaux par les acides, eft dû à l’eau qui accom* pagne ces fels, & qui efl décompofée par les fubflances métalliques ; de forte qu’il paroît plus vraifemblable aujourd’hui, qu’il n’y a qu’une feule efpcce de gaz inflammable provenant tou* jours de la décompofition de l’eau, la reformant par fon union avec l’air vital, & préfen- tant plus ou moins d’inflammabilité & des couleurs diverfes dans fa combuftion , fuivant qu’il efl mêlé ou combiné avec difîerens autres corps. Quant à la fécondé qüeftion, quoique l’opi- nîon de Bergman & des chimiftes anglois qui regardent le gaz inflammable comme le phlo- giflique de Stahl, paroifle s’accorder avec un certain nombre de faits , il en efl cependant un plus grand nombre qui empêchent qu’on puifle l’adopter. En effet, il paroît que ce ne font point toujours les fubflances combuflibles dans lefquelles Stahl admettoit la préfence du phlo* giflique qui fourniflent cette efpèce de fluide, & que l’eau contribue prefque toukH'rs à fa formation, M, Kirwan qui s’occupe depuis quel-» d*Hist. Nat. et de Chimie. 5^ ques années de l'examen de cette importante «quefiion, îi’a point encore trouvé à notre con- neifTanee d’expérience qui puiiïé la démontrer pofitivement. Nous aurons foin d’expofer dans plufieurs autres articles de cet ouvrage, ce que nous penfons du gaz inflammable que ce célèbre chimifte a obtenu d’une amalgame de zinc, ainfi que d’une autre expérience apportée en preuve de cette nouvelle théorie par M. de Morveau, qui paroît l’adopter. Nous n’entrerons point ici dans le détail des objections qu’on peut lui oppofer, parce que nous rifquerions de n’être point entendus des perfonnes qui n’auront lu que ce qui précède ce chapitre de notre Ouvrage ; nous ferons connoître ces objections dans les chapitres où nous traiterons des fubflances métalliques, du phofphore, &c. quoi qu’il en foit, nous conviendrons ici que l’on peut expliquer les phénomènes de la chimie d’une manière autîi fatisfaifante en admettant le gaz inflammable pour phlogiftique, que par toutes les autres théories, & que, fi nous parodions douter de l’identité de ces deux êtres, c’efl pour ne pas nous écarter de cette exactitude fcrupuleufe que nous avons tâché d’établir dans tous les différens faits dont nous nous fommes occupés jufqu’aftuellement. Enfin, quelque parti que l’on prenne fur ces diverfités $0O E L É M E N 5 d'opinions, il fera toujours vrai qu’aucun chî* mille n a jufqu’a préfent pu kparer les principes du gaz. inHammable, que c’ellun êtrefimpîe dans l’état aétuel de nos connoifTances, qu’il paroit fe combiner en entier avec l’air pur, & formée de l’eau dans cette combinaifon. On doit s’ap- percevoir que nous ne difons rien des théories de quelques perfonnes qui ont aTuré, les unes, que le gaz inflammable eft un compofé d’air & de la matière du feu , les autres, que c’eft une modification de la lumière, du feu, du fluide électrique , &c. Toutes ces alertions font trop vagues, elles reiïemblenttrop au langage inexad & incertain des premiers tems de la phyfique, & elles font trop éloignées des expériences 8c de toutes démonflrations, pour qu’elles nous paroiiïent devoir mériter une difeuffion foute- nue. On ne peut douter que le gaz inflammable ne contienne beaucoup de chaleur fpéci- fïque, peut-être même de la matière de la lumière , & que la première ne fe fépare de ce gaz toutes les fois qu’il perd fon état élaflique, & qu’il pafle dans des combinaifons liquides. Le gaz inflammable ne s’unit point à l’eau ; on peut le conferver long-tems fans altération au-delTus de ce fluide. Cependant à la longue il eft altéré & n’eft plus inflammable, M. Prieft- ley n’a point déterminé cette efpèce de changement, d’Hist. Nat. et de Chimie, «pu gëment, ni l’état de l’eau qui le produit. Il eft vraifemblable que cette expérience faite avec foin , jetteroit beaucoup de jour fur la nature de ce corps combuflible. Le gaz inflammable ne paroît point avoir d’action fur les terres, ni fur les trois fubflan- ces falino-terreufes ; cependant il détruit la blancheur de la terre pefante & il la colore. On ne connoît point l’altération que les al- kalis & les acides pourroient lui faire éprouver, & celle qu’il feroit naître lui-même dans ces fels. Il efl vraifemblable qu’il décompofe- loit quelques acides, & fur-tout l’acide vitrio- lique, & l’acide marin déphi ogiftiqué, en s’emparant de leur air pur ou principe oxygine avec lequel il formerait de l’eau. Quant à l’acide vitriolique , on peut fou pçonner qu’il éprouverait cette décomposition, la bafe de l’air vital ayant plus d’affinité avec le gaz inflammable qu’avec le foufre, puifque celui-ci ne dé- compofe point l’eau comme nous le verrons plus bas. L’acide marin déphlogiftiqué a une fi grande quantité d’air vital furabondant, & qui y adhère fi foiblement, qu’on peut préfumer que le gaz inflammable le lui enlèverait pour former de l’eau. Le gaz inflammable ne paroît point avoir d’aftion fur les fels neutres, & on a peu exa~ Tome II, C c 402 È L t: m E N S mine en général fa manière d’agir fur toutes les Publiantes faünes. Le gaz inflammable efl devenu un être beaucoup plus important pour les favans, depuis qu’on s’en efl: fervi pour remplir les machines aéroftatiques, dont la découverte efl due à MM. de Montgolfier. Sa légèreté fpécifique treize fois plus confidérable que l’air, efl la caufe de l’afcenfion de ces machines. Il efl plus que vraifemblable qu’il joue un rôle très-important dans les phénomènes météoriques, qu’il exifle en grande quantité dans l’atmofphère, qu’il s’y allume par l’étincelle électrique , qu’il y forme de l’eau. Peut-être efl-il emporté par les vents comme une efpèce d’aéroftat naturel. On a cherché à le fubftituer à d’autres matières combuftibles dans plufieurs befoins de la vie , comme pour éclairer, pour chauffer, pour charger quelques armes à feu, &c. M. Volta l’a confidéré fous ce dernier point de vue, & il a propofé plufieurs manières de s’en fervir. M. Neret a donné la defeription d’un réchaud à air inflammable dans le Journal de Phyfique, ( janvier 2777. ) MM. Furftenberger phyficien de Bâle, Brander mécanicien d’Augfbourg, Ehrmann démonftrateur de phyfique à Straf- bourg, ont imaginé des lampes que l’on peut allumer la nuit à l’aide d’une étincelle éleétri- ïî^tïisf» Nat. et î>e Chimie. 403 '*Hist. Nat. et de Chimie. 40f iVarîétés. Iiers. Celui de la Suifîe eft dans cet état. .3. Soufre blanchâtre pulvérulent, dépofe dans des géodes filîceufes. On trouve des cailloux remplis de foufre en Fran** che-Comté, &c. 4. Soufre pulvérulent, dépofé à là furface des eaux minérales, comme à celles d Aix-la-Chapelle, d’Enghien. près de Paris, &c. 5". Soufre criflallin fublimé; il eft en cristaux tranfparens ; on le rencontre dans les environs des volcans. 6. Soufre pulvérulent fublimé des-volcans J celui-ci eft fans forme régulière, & fou- vent interpofé dans des pierres tendres, comme on l’obferve à la Solfatare aux; environs de Naples. 7. Staladites de foufre, formées par le feu des volcans. Outre ees fept variétés de foufre minéral pur, cette fubflance combuflible fe trouve combinée avec différentes matières. C’eft le plus fouvent à des métaux qu’il eft uni, St il les met dans l’état de pyrites ou de mines. Quelquefois il eft combiné avec des matières calcaires dans l’état de foie de foufre- terreux ; les pierres. Ce iij i|Q6 E r- i M E N 5 calcaires hépatiques , le fpath fétide, la pierre porc paroiflTent être de cette nature. Des découvertes récentes étendent encore l’empire de ce minéral. Il femble fe former journellement dans toutes les matières végétales & animales, qui éprouvent un commencement de putréfaâicu. Quoique ces efpèces de foufre n’appartiennent pas eiïentiellement ^u règne minéral, nous croyons cependant devoir les joindre aux variétés précédentes , pour rendre fon hifioire naturelle plus complète. Jfarîécés. 8. Soufre crifiallifé, formé par la décom- pofition lente des matières animales accumulées; tel eft celui que l’on a trouvé dans des anciennes voieries près la porte Saint-Antoine. Soufre pulvérulent, formé par les vapeurs dégagées des fubllances animales en putréfaâion; on en ramafFe fur les murs des étables, des latrines, Scc. 10. Soufre retiré de plufieurs végétaux, notamment de la racine de patience, de l’efprit de cochléaria, &c. C’elt à M. Déyeux, membre du collège de Pharmacie , & démonflrateur de chimie, qu’eft due cette découverte, ainfi que la fuivante. d’Hist. Nat. et de Chimie. 407 Variétés. il. Soufre obtenu de l’analyfe des matières animales, & notamment du blanc d’œuf. 22 . Soufre retiré du crottin de cheval. Une dame de la connoilïance de M. le duc de la Rochefoucauld, a trouvé ce corps combuftible dans du crottin de cheval, à l’inilant où il venoit d’être rendu. Il eft vraifemblabîe que des travaux itlté- rieurs le feront découvrir dans un grand nombre d’autres fubftances animales. Ces dîffërens foufres ne conflituent point celui que l’on emploie dans les arts. O11 l’extrait par la diftillation des compofés métalliques dont il forme un des principes , & qu’on appelle pyrites. En Saxe & en Bohême on les met en petits morceaux dans des tuyaux de terre,placés fur un fourneau allongé. Lebout des tuyaux qui fort du fourneau , eft reçu dans des cailles carrées de fonte de fer, dans lefquelles on met de l’eau. Le foufre fe ramafle dans ces efpè- ces de rëcipiens ; mais il eft fort impur. Pour le purifier on le fond dans une poêle de fer; les parties terreufes & métalliques fe précipitent.. On le verfe dans une chaudière de cuivre, où ; il forme un autre dépôt de matières étrangère^. Ce iv * io< jjKuntf PC», ranol; S rihUé < itHteqal sdiixcel «le dnü *, t:!e £m **drj CCI Passai ''***: i b’Hist. Nat. et de Chimie. 411 la portion la plus pure de ce fluide pendant fa eombuflion ; 3 0 . que ce qui refie de Pair ne peut plus fervir à une nouvelle eombuflion ; 4 0 . que l’acide vitriolique qui en provient, a» en excès fur la quantité du foufre qui l’a produit , le poids jufle que l’air a perdu pendant la eombuflion de ce dernier ; y 0 . qu’en con- féquence le foufre s’eft combiné avec la bafe de l’air pur, pour former l’huile de vitriol. Cet acide eft donc un corps compofé de principe Oxîgyne & de foufre ; ce dernier au lieu d’être un corps cômpofé, n’eft qu’un des principes de l’huile de vitriol ; il ne lui manque plus que de s’unir à la bafe de Pair pour former cet acide ; & c’eft ce qu’il fait dans la eombuflion. La chaleur eft néceffaire pour le faire brûler, parce qu’en le divifant & en détruifant fon agrégation, elle favorife fa combinaifon avec le principe oxigyne ; lorfqu’il eft une fois brûlé ou combiné avec ce dernier principe, il n’efl plus fufceptible de s’enflammer, & il rentre dans la claffe des corps incombuflibles. Suivant la manière dont on s’y prend peut le faire brûler, il abforbe des quantités diver- fes d’oxigyne, & il devient plus ou moins acide. Telle eft la théorie de la différence qui exifte entre les eombuftions lente & rapide du fou- Le, & les acides fulfureux .& vitriolique qui 4*2 Eeïkïs* réfultent de l’une & de l’autre. Stahl croyoît qu’eit brûlant lentement du foufre, il ne perdoit pas tout fon phlogillique, & que l’acide vitriolique qui en retenoit une partie, confervoit de l’odeur & de la volatilité; aujourd’hui il eft prouvé par l’expérience qu’en brûlant lentement, il n’abfor- be pas toute la bafe de l’air à laquelle il peut s’unir, tandis que dans fa combuflion rapide, il fe combine avec toute la quantité du principe oxigyne néce(Taire pour le conftituer acide vitriolique. G’eft en abforbant peu-à-peu la bafe de l’air vital atmofphèrique , que l’acide fulfureux combiné avec les matières alkalinea pafle à l’état d’acide vitriolique. On conçoit tout auffi facilement dans cette théorie, ce qui fe pafTe lorfque l’on forme da foufre avec l’acide vitriolique & quelques matières combuflibles, comme nous l’avons indiqué pour les vitriols de potaiïe , de foude , ammoniacal calcaire, magnéfien, argileux Scbarotique* chauffés avec du charbon. Suivant la doétrine de Stahl le phlogiflique du charbon s’unit avec l’acide vitriolique de ces feîs , & forme du foufre ; fuivant la théorie moderne , le charbon s’empare du principe oxigyne contenu dans l’acide vitriolique , & ne laitTe plus conféquem- ment que le foufre qui eft l’autre de fes principes: auffi toutes les fois que l’acide vitriolique II* * Kri t screfco : V pur da et ad £ :absbiît rs iwu slcrefc iî conféra :»le pr ~ :::pnr •ï r.rt : icdpx «acoor -i-tvij '"«ï iffi: H pi {■ d'Hist. Nat. et de Chimie. 415 efl changé en foufïe par un corps combuflible quelconque , ce dernier eft-il toujours réduit à l’état de corps brûlé, comme nous le verrons dans l’hiltoire.de plufieurs fubllances métalliques. C’eft pour cela que l’on obtient une grande quantité d’acide craieux dans cette pro- dudion artificielle du foufre, par le tranfport du principe oxigyne de l’acide vitriolique fur la matière charbonneufe. On doit fe rappeler qu’on démontre facilement la préfence de la bafe de l’air pur dans l’acide vitriolique. Le foufre n’elt en aucune manière altérable à l’air, ni dilîoluble dans l’eau, Si lorfqu’il a été tenu quelque tems en fufion, & qu’il s’eft épaiffi, on le verfe dans ce fluide, il devient rouge, & il conferve un Certain degré de mol- lelfe ; on peut le pétrir dans les mains, mais il perd ces propriétés au bout de quelques jours. L’eau jetée goutte à goutte fur du foufre allumé n’eft point décompofée & n’en entretient point la combufiion ; ce qui prouve que la bafe de l’air vital ou le principe oxigyne a plus d’affinité avec le gaz inflammable qu’avec le foufre ; cette aiïertion peut être confirmée par l’adion du gaz inflammable fur l’acide vitriolique auquel ce gaz paroît enlever le principe oxigyne. Le foufre n’a point d’adion fur la terre fili- ’4 r 4 È L È M £ N g ccufe, il ne s’unit que difficilement avec Par- gile qui cependant quand elle eft très-divifée» paroît le réduire dans l’état hépatique, commé ■on le voit dans la préparation du pyrophore* On nomme en général hépar fulfureux ou foie de foufre un compofé formé par toutes îes matières alkalines avec le foufre, Ce compofé confidéré en général a une couleur plus otf moins brune femblab'e à celle du foie des animaux ; il eft décompofable par l’air vital ; l’eau en le diftolvant y développe une odeur fétide ; les acides en précipitent le foufre & en dégagent une efpèce de gaz particulier appelé gaz hépatique. Il y a fix fortes de foies de foufre produits par la terre pefante , la magnéfie, la chaux, les deux alkaiis fixes & l’alkali volatil ; il faut examiner les propriétés de chacun d’eux en particulier. La terre pefante pure n’a point une forte action fur le foufre, lorfqu’on la fait chauffer dans l’eau avec ce corps combuftible. Il en réfulte Une liqueur foiblement hépatique ; mais elle s’y combine beaucoup plus intimément par la voie sèche j c’eft ainfi que quand on chauffe forte- îement dans un creufet un mélange de huit parties de fpath pefant en poudre avec une partie de charbon, on obtient une malle un peu cohérente fans fufion, qui fe dilîoUt prompt J* r<*' / :fi> K* $ U* apk P nfeaîei 0 tmfi OMjKi ;^a; r a alan, I toteotâ x wtiriti s»; pou 0 Wdep, ^ptn déle V etHist. Nat. et de Chimie. 41^ tement dans l’eau chaude , & gui a rôdeur & tous les caraftères hépatiques. La dilTolution eft de couleur jaune, dorée ou orangée ; j’ai découvert qu’elle crifhllife par le refroidilTement * i’hépar barotique criftallifé ainfi , e/t d’un blanc un peu jaune ; il fe décompofe à l’air, il en attire l’humidité, fa couleur fe fonce ; il s’en précipite du foufre, & il s’y reforme du fpath pefant. Ce foie de foufre lai (Te échapper par les acides qui le précipitent, un fluide élafli- que connu fous le nom de gaz hépatique dont nous examinerons plus bas les propriétés particulières. Lorfqu’on précipite l’hépar barotique par facide vïtriolique, il fe précipite du foufre 8c du fpath pefant; en fe fervant d’acide nitreux & d’acide marin, le nitre & le muriate baro- tique relient en dilTolution, 8c le foufre feul fe dépofe. Le foufre s’unit à la magnéfie pure à l’aide de la chaleur; pour faire cette combinaifon, on prend ordinairement le fel neutre que nous avons appelé magnéfie aérée, comme plus fo- luble dans l’eau. On en met une pincée avec un pareil volume de fleurs de foufre dans une bouteille avec de l’eau diflillée ; on expofe ce vaifleau vide d’air & bien bouché à la chaleur d’un bain-marie pendant plufieurs heures ; alors on filtre Te*u ; elle a une odeur fétide d’œufs !$I 6 Ê L É M E N S pourris ; elle colore fortement les diffolutions métalliques ; elle fournit par une évaporation fpontanée de petites aiguilles criflallines : c’eft en un mot un véritable foie de foufre magné- fîen ; la magnéfie peut en être précipitée par l’alkali fixe, qui a plus d’affinité qu’elle avec le foufre. Quant à ce corps combuffible, fa préfence y efl facilement démontrée par les acides qui le léparent fous la forme d’une poudre blanche. Telle étoit l’efpèce de foie de foufre que M. le Roi, médecin de Montpellier , faifoit diffioudre dans l’eau pure pour imiter les eaux minérales hépatiques ; mais l’on fait aujourd’hui que la plupart de ces eaux ne contiennent pas de véritable hépar, & font minéralifées par le gaz hépatique feul. ' La chaux s’unit beaucoup plus promptement & avec bien plus de vivacité au foufre, que les deux fubftances faüno-terreufes précédentes. Si l’on verfe peu-à-peu de l’eau fur un mélange de chaux vive & de fleurs de foufre, la chaleur qui fe produit par l’aftion de l’eau fur la chaux, fuffit pour favorifer la combinaifon entre cette dernière & le foufre. Si l’on ajoute ,de l’eau, elle prend une couleur rougeâtre & une odeur fétide ou hépatique ; elle tient en dit folution du foufre combiné avec la chaux. Cet hépar calcaire ne fe prépare bien que par la ^leiéa lekooff 6 flécdfO. 5Câéur m, fa ae.Lt foi afflu, & i ■,fc dtct facquanô «i ficaté, ïçtacai jat h ‘îaltttia *o«irt j : $i0Q Oj * a kcp*i ^inamitc v / ï>*Hist. Nà¥; et b b Chimie. 417 Voie humide; fouvent lorfque la chaux n’eft pas très-vive & ne s’échauffe pas beaucoup avec l’eau, l’on eft obligé d’aider la combinaifon par un Feu doux. Ce compofé eft d’un rouge plus ou moins foncé fuivant la caufticité de la chaux ; ïorfqu’il eft fore chargé, j’ai obfervé qu’il dé-* pofe par le refroidiffement une couche de petits criftaux aiguillés, d’un jaune orangé, dif- pofés en houppes, & qui m’ont paru être des prifmes tétraèdres comprimés, terminés par des fommets dièdres. Ces criftaux perdent peu-à- peu leur couleur à l’air, & deviennent blancs. & opaques, fans éprouver d’altération dans, leur forme. Le foie de foufre calcaire humedé d’un peu d’eau, & diflillé à l’appareil pneumato- chimique, fe décompofe en partie, & donne line grande quantité de gaz hépatique. Si on l’évapore à ficcité, & fi on le calcine dans un creufet à l’air jufqu’à ce qu’il ne fume plus, il. ne refle après cette opération que de la félé- nite formée par la chaux & l’acide vitrioiique. dû à la combuflion lente du foufre. Le foie de foufre calcaire s’altère très-promptement à l’air; il perd fon odeur & fa couleur à mefure. que fon gaz hépatique fe dilfipe. Diffous dans une grande quantité d’eau, il éprouve la même altération , fur-tout lorfqu’il eft agité, comme l’a fait obferver M. Monnet dans fon Traité des Tome IL D d sji8 S lïhëns Eaux minérales. Il ne relie après ces altérations que de la félénite. Confervé dans des bouteilles en partie vides, il dépofe fur les parois un enduit noirâtre, & il fe forme des croûtes ou pellicules qui tombent au fond de la liqueur. Si le vafe qui le contient elt bien fermé , il fe conferve long-tems fans altération, comme je l’ai obfervé bien des fois dans mon laboratoire. Le foie de foufre calcaire elt décompofé par les alkalis fixes purs , qui ont plus d’affinité avec le foufre que n’en a la chaux. Les acides en précipitent le foufre, fous la forme d’une poudre blanche très-tenue , à laquelle on a donné le nom de magifler de foufre. L’acide craieux opère cette précipitation de même que les autres. On ne connoît point l’aclion des fels neutres fur le foie de foufre calcaire. Les deux alkalis fixes purs ou cauffiques ont une aétion très-marquée fur le foufre. Ils forment les véritables hépars, ceux qui font le moins décompofables, & les plus permanens. J’ai découvert que les alkalis fixes fecs bien cauftiques agiffient même à froid fur le foufre ; il fuffit pour cela de triturer dans un mortier de l’alkali fixe pur & du foufre en poudre ; l’humidjté de l’air attirée par l’alkali favorife la réadi^n de ce fel fur le foufre ; le mélange fe ranîollit, le colore en jaune , exhale une odeur fétide W .il** à***' jjgitpirâ ifcn je que If ■siettil iJpMI ils&ble iSsjûübrt Bitchtrd i&urioc siptrlji ’Vpooi ope ^tad D’tîïST. T'TâTs ET de ChîMÏE. 4î|j- & Forme de l’hépar; mais lorfqu’on le diflbut dans l’eau, cette diffolution n’a qu’une Couleur jaune pâle , & ne contient pas une auiïi grande quantité de foufre, que le même hépar préparé à l’aide de la chaleur. On fait l’hépar al- kalin de deux manières dans les laboratoires, ou par la voie sèche oü par la voie humide» Pour exécuter le premier procédé, on met dans Un creufet partie égale de pierre à cautère sèche & de fleurs de foufre; on le fait chauffer juf» qu’à ce que le mélange foit entièrement fondu ; on le coule alors fur une plaque de marbre, & quand il eft refroidi il eft d’un rouge brun femblable à Celle du foie des animaux, M. Gengembre qui a lu à l’académie de fort bonnes recherches fur le gaz hépatique a faic Une obfervation efTentielle fur l’hépar alkalirç préparé par la voie sèche ; c’eft que ce com- pofé n’a point de fétidité & n’exhale point. de gaz hépatique tant qu’il eft fec ; il faut qu’il ait attiré l’humidité de l’air, ou qu’on le diifolve dans l’eau, pour que fon odeur fe développe, ce qui prouve que le dégagement du gaz hépatique eft opéré par l’eau, comme nous le dirons plus en détail. Les deux alkaiis fixes purs Sc cauftiques agiflent abfolument de la même manière fur le foufre, & le diffolvent également par la voie sèche. Ces combinaifons Dd ij 4*0 E L î M E N S des alkalis caufliques avec le foufre n’ont été que peu examinées; on a prefque toujours fait le foie de foufre avec les alkalis fixes faturés d’acide de la craie , tels que le tartre craieux, & la foude craieufe. Il y a cependant des différences notables entre ces deux efpcces d’hé- pars. D’abord ceux que l’on fait avec les alkalis fixes craieux demandent plus de tems pour leur préparation , parce que ces Tels font beaucoup moins adifs. Mais la plus importante différence que nous ayons eu occafion d’obferver entre les foies de foufre alkalins caulliques ou non caufliques faits par la voie sèche , c’eft l’état de leur faturation comparée. En effet, les premiers font plus bruns, plus fétides lorfqu’on les diffout, & le gaz qu’ils donnent efl beaucoup plus hépatique , beaucoup plus inflammable que celui des féconds. Ces derniers font d’une couleur plus pâle , fouvent d’un gris verdâtre, d’une odeur plus foible, & d’une compofition moins durable. II paroît que les alkalis fixes craieux confervent leur acide dans leur union avec le foufre , puifque le gaz de ces hépars non caufliques n’eft inflammable que lorfqu’on l’a bien lavé avec de l’eau de chaux qui s’empare de fou acide craieux. On trouve donc dans la préfence de cet acide , & dans le peu d’énergie des alkalis qu’il adoucit, la caufe des dif- d’Hist. Nat. et de Chimie. 42 1 férences qui exiftent entre les foies de foufre non cauffiques & les hépars cauffiques. Le foie de foufre alkalin folide fait par l’un ou l’autre alkali fixe cauffique eit très-fufible; il fe décompofe comme le foie de foufre calcaire, lorfqu’on le chauffe dans des vaiffeaux fermés, après l’avoir humedé d’un peu d’eau, donne beaucoup de gaz hépatique ; après avoir été fondu il eff fufceptible de prendre par le refroidiffement une forme criftalline, qui n’a point encore été bien décrite. Tant qu’il eft chaud & fec, il eff d’une couleur brune ; à mefure qu’il fe refroidit & qu’il attire l’humidité de l’air, il perd cette couleur & devient plus pâle ; bientôt même le contad de l’air lui donne une couleur jaune verdâtre, il fe réfout en liqueur & fe décompofe quoique lentement de manière à palier au bout d’un certain tems à l’état de tartre vitriolé ou de fel de Glauber. Il fe diiïbut très-bien dans l’eau ; il prend fui> le-champ une odeur fétide & particulière ; le gaz hépatique qui n’y exiffo’it pas auparavant fe forme par la réadion de l’eau. Cette diffolu- tion a une couleur rouge foncée ou verte, fni- vant que le foie de foufre eff récemment préparé ou fait depuis quelque tems ; les foies de foufre par la voie humide que l’on prépare en faifant chauffer dans un matras l’un ou l’autre Dd iij 4 22 E IJ M E N S alkali fixe caufhque biffons dans l’eau avec îa moitié de leur poids de foufre en poudre» préfentent les mêmes propriétés que cette diiïb- lution , & l’on doit faire en même tems l’hiftoire des propriétés des uns » & de l’autre fous le nom d’hépar alkalin liquide. Le foie de foufre alkalin liquide très-chargé dépofe par le refroidiffement des aiguilles irrégulières. Il eft fufceptibîe d’être décompofé par î’a&ion de la chaleur ; fi on le difiille à l’appareil pneumato-chimique, on en retire du gaz hépatique ; l’air le décompofé également, & l’on fait qu’il fe couvre de pellicules, qu’il dépofe du foufre , & qu’il fe trouble. Bergman & M. Schéele ont prouvé que cette décompofition •eft dûe à l’air vital répandu dansl’atmofphère; en effet, en mettant un peu de foie de foufre liquide dans une cloche avec de l’air vital , celui-ci eft abforbé tout entier & l’hépar dêcom- pofé. M. Schéele a même propofé ce moyen pour fervir d’eudiomètre , & il eft reconnu aujourd’hui pour un des meilleurs. Les terres & les fubftances falino-terreufes n’ont aucune action fur l’hépar alkalin liquide lorfqu’il eft bien pur; mais s’il a été préparé par le tartre craieux ou la fôude craieufe, il eft troublé par l’eau de chaux liquide. Les acides le décompofent en s’uni (Tant à l’alkali, 8c D’Hist.Nat. et de Chimie. en précipitent le foufre fous la forme d’une poudre blanche très-fine, qu’on appelle magif- ter de foufre. L’efprit de nitre verfé fur du foie de foufre folide fondu, produit une détonna- tion, fuivant M. Proull. Tous les acides en dé— compofant le foie de foufre alkalin en dégagent en même-tems un gaz qu’on peut recueillir dans l’appareil pneumato - chimique, & qui mérite un examen particulier. Pour obtenir ce gaz, il faut verfer un acide fur du foie de foufre alkalin folide pulvérifé ; il fe produit alors une vive effervefcence , qui n’a point lieu de la même manière fi l’on verfe l’acide dans une difiolution .d’hépar ; ce phénomène auquel les chimifles n’ont fait jufqu’ici que peu d’attention dépend de deux circonstances ; i°. l’hépar alkalin folide ne contient point de gaz hépatique tout formé fuivant l’ob- fervation de M. Gengembre; & Iorfqu’on vérfe un* acide, l’eau qui tient ce dernier fel en diS folution contribue à fa formation ; comme il s’en produit fur-le-champ une grande quantité, ce gaz ne trouvant pas de corps qui le retienne en le difïolvant, s’échappe en occafionnant une grande effervefcence, de forte qu’en faifant 1 expérience , dans un flaccon tubulé, dont le tube plonge fous une cloche pleine d’eau, on recueille facilement ce fluide élaftique ; 2 °. la di& Dd iv '424 Ë L ê M E K S r folution de foie de foufre alkalin contient bien du gaz hépatique tout formé, mais dont une partie s’eft déjà dégagée pendant l’aâe de fa diiïolution , & lorfqu’on ajoute un acide, la portion de ce gaz que ce fel développe fe dif- fout à mefure dans l’eau, de forte qu’il n’y a pas d’effervefcence fenfible , ou bien que celle qui fe manifefte eft peu confidérable, & ne permet pas de recueillir une quantité notable de ce gaz. Ce gaz , qui eft le même dans tous les foies de foufre & qui les fait reconnoître, eft connu depuis long-tems par fon odeur fétide, par fon action fur les métaux 8 c les chaux métalliques êc notamment fur celles de plomb & de bif- muth qu’il rend toutes noires. Il eft d’une fétidité infupportable, il tue fubitement les animaux, il verdit le firop de violettes, il brûle avec une flamme bleue très-légère. Si on l’allume dans une grande cloche’ de verre bien propre pendant fa combuftion, il fe dépofe fur les parois de ce vaiffeau , quelques nuages qui ne font que du foufre. Ce gaz eft décompofé par l’air vital ; toutes les fois qu’il eft en contaâ avec l’air atmofphérique , il dépofe du foufre. C’eft pour .cela que les eaux fulfureufès qu’il miné-* ratife, ne contiennent pas de véritable foie dq foufre , quoique cette lubftance nage en fleurs à leur furface, & fe dépofe aux voûtes des d’Hist; Nat. et de Chimie. 42? badins où elles font contenues, comme cela a lieu dans celles d’Aix-la-Chapelle, d’Enghien, &c. C’eft encore à cette décompofition du gaz hépatique par l’air vital, que font dus les dépôts fulfureux que l’on obferve dans la partie des flaccons qui contiennent des diiïolutions de foie de foufre. Bergman attribue cette décompofition à la grande affirfoé de l’air pur avec le phlogiftique. II regarde le gaz hépatique comme une combinaifon de foufre, de phlogiftique & de la matière de la chaleur. Quand l’un de ces principes eft féparé, les deux autres fe déluniflent. M. Gengembre frappé de ce que les hépars ne contiennent & n’exhalent de gaz hépatique que lorfqu’ils font dilfous dans l’eau ou faits par la voie humide, a penfé que ce fluide contribuoit à fa formation en fe dé- compofant, & que fon air vital fe portant fur une partie du foufre, fon gaz inflammable en diflout une petite portion , laquelle diffolution conflitue le gaz hépatique. Il a imité la formation de ce gaz en fondant du foufre au-deiïus du mercure fous une cloche pleine de gaz inflammable, à l’aide des rayons du foleil raflcm- blés par une lentille de p pouces de diamètre; le foufre s’efl dilïous en partie dans le gaz inflammable qui a pris tous les caractères du gaz hépatique ; mais comme le foufre feul ne dé- 423 ËiïKisi compofe point l’eau , & comme le principe oxigyne a plus d’affinité avec le gaz inflammable aqueux qu’avec ce corps combuffible, M. Gengembre penfe que l’alkali favorife cette dé- compofition de l’eau par le foufre, en raifort de la tendance qu’il a pour s’unir avec le produit de la combinaifon du foufre avec l’oxigyne; c’ell-à-dire j avec l’acide vitriolique ou fulfureux. Pour appuyer cette théorie, M. Gengembre obferve que les acides dégagent d’autant plus de gaz hépatique du foie de foufre, qu’ils ont plus de force pour retenir leur oxigyne, parce qu’alors l’eau eft plutôt décompofée que l’acide ; telle efl fuivant lui la raifon pour laquelle l’acide marin donne moitié plus de gaz hépatique que l’acide nitreux, comme l’ont remarqué MM. Schéele & Sennebier. Enfin le procédé de M. Schéele pour obtenir beaucoup de gaz hépatique, qui confifle à difloudre une pyrite dans de l’efprit de vitriol artificielle compofée de trois parties de fer & d’une partie de foufre, donne beaucoup de force à fon opinion» Il paroît donc que l’air vital décompofe le gaz hépatique en s’unifiant avec le gaz inflammable avec lequel il forme de l’eau, tandis que le foufre fe précipite. L’eau diffout allez bien le gaz hépatique; cette diffolution qui a tous les caractères de cç h 4 i'vrtl ivt* fàv - jifcrf'ï :1b as b g it fooi nsn.â i, canme i iditilc à que tri ."sçtndia atloag-t IC daa *s 3 ltni M»-, . -Md d’Hist. Nat. et de Chimie. 427 fluide aériforme, imite parfaitement les eaux minérales fulfureufes. Les terres & les fubftances alkalines ne pa- roiffent point avoir d’aâion fur ce gaz. L’acide vitriolique ne décompofe point le gaz, parce que le principe oxigyne a plus d’affinité avec le foufre qu’avec le gaz inflammable aqueux. L’acide nitreux dans lequel le plrîn- cipe oxigyne tient très-foiblement, décompofe avec beaucoup d’énergie le gaz hépatique & en précipite du foufre. On fe fert avec avantage de cet acide pour démontrer la préfence du foufre dans les eaux hépatifées. Le foie de foufre alkalin décompofe les fels neutres terreux , ainfî que les diffolutious métalliques , comme nous le verrons plus bas. L’alkali volatil caullique, ou l’efprît alkali volatil, n’a que très-peu d’aétion fur le foufre concret ; cependant Boerhaave afflire que cette liqueur tenue long-tems fur des fleurs de foufre, lui a donné une teinture d’or. Pour combiner ces deux corps, il faut les préfenter en contad l’un à l’autre dans l’état de vapeur. A cet effet, on diflille un mélange de parties égales de chaux vive , de fel ammoniac & d une demi- partie de fleurs de foufre, dans 1 appareil de Woulfe, en obfervant de ne mettre dans la bouteille que la quantité d’eau néceffaire pour dif- r i »■< ^28 ëiImïns foudre la dofe du gaz alkalin que l’on doit obtenir. Dans cette diftillation qu’il faut conduire avec ménagement, on obtient une liqueur d’un jaune rougeâtre, d’une odeur alkaline, piquante & un peu hépatique ; en un mot, un véritable foie de foufre volatil qui a la propriété de répandre une fumée blanchâtre, lorf- qu’il a le contaét de l’air, & que l’on nomme d’après cela liqueur fumante de Boyle. Ce foie de foufre fe décompofe par la chaleur ; il s’y forme au bout d’un certain tems une grande quantité de petites aiguilles irifées, d’une ou deux lignes de longueur, qui parodient être du foie de foufre volatil concret & criftallifé. Il dépofe fur les parois des flaccons un croûte légère noirâtre & fou vent dorée. La chaux & les alkalis fixes décompofent la liqueur fumante; les acides en précipitent auffi le foufre avec beaucoup de facilité, 8c en dégagent du gaz hépatique très-inflammable. Il réfulte de ces décompofitions , des fels ammoniacaux différais fuivant la nature de l’acide employé. Une méprife faite dans un de mes Cours, m’a pré- fenté une forte de découverte , ou plutôt une trouvaille que je dois communiquer. Voulant précipiter de la liqueur fumante de Boyle, je pris un flaccon placé fur ma table fous le titre d’efprit de vitriol; il ne contenoit plus qu’une ,|iid ; sct*â' c .Jÿàw jire-TC ;^ C ■.dçie-t. 2T SK, J 3 SD ■sic, 4 ..aulern non ici ïi fuccèd :=3ûfliye ; ÏXtlf J -nrae 5 ®t, i '■k bou ;* b Chimie. 48* le fluide atmofphérique contient de cet air pur, plus il eft propre à calciner promptement une quantité donnée de métal. J’ai bien des Fois obfervé qu’on peut faire une beaucoup plus grande quantité de chaux métallique de plomb, de bifmuth , &c. en plongeant ces métaux fondus dans Une cloche pleine d’air vital, qu’on n’en feroit dans le même tems au milieu de l’air atmofphérique. Tous ces faits, & un grand nombre d’autres, que l’on trouvera dans l’hifl- toire particulière de chaque métal, font bien propres à démontrer qu’une chaux métallique n’eft autre chofe qu’une combinaifon chimique du métal & de la bafe de l’air pur., que la calcination n’eft que Fade même de cette combinaifon , & que l’air de l’atmofphère eft décom- pofé dans cette opération. La rédudion des métaux à l’aide des matières combuftibles éclaire encore cette théorie, & lui donne de nouvelles forces. On eft fou- vent obligé lorfqu’on veut réduire une chaux métallique en métal, de la faire chauffer dans des vaiffeaux fermés avec une matière combuf- tible , comme avec des graiffes, des huiles, du charbon , &c. Dans tous ces cas on décompofe la chaux métallique, en lui enlevant la bafe de l’air qui la conftituoit telle. Pour bien entendre ce qui fe pafle dans cette opération, il Terne I I a H h 482 E ! É M E N S faut concevoir> i°. que les métaux ne font pas les corps les plus combuflibles de la nature , ou , ce qui elt la même chofe, que les métaux n’ont pas avec la bafe de l’air vital la plus grande affinité poffible; 2 °. que les matières combuflibles animales ou végétales ont plus d’affinité avec cette bafe oxigyne que n’en ont les fubflances métalliques ; 3 0 . qu’en con- féquence , lorfqu’on réduit une chaux métallique à l’aide du charbon , ce dernier étant plus combuflible que le métal , ou ayant plus d’affinité que lui avec l’oxigyne, s’en empare & décompofe la chaux métallique, qui pâlie à l’état de métal. Auffi ces fortes d’opérations ne réuffilTent-elles bien que dans des vaiffeaux fermés, parce que la matière combuflible n’ayant pas de contaét avec l’air, eft obligée de brûler à l’aide de celui de la chaux. C’eft pour cela que la portion de cette fubftance inflammable qui s’empare de l’oxigyne uni à la chaux métallique , fe trouve changée en acide craieux & en cendre après la réduction. En faifant l’hifloire de la calcination métalli- * que , d’après la théorie des modernes, nous devons dire un mot de la doélrine de Stahl, qui a été adoptée prefque univerfellement par tous les chimifles, jufqu’aux dernières découvertes fur l’air & fur la combuflion. Stahl regardoit b'tîisT» Nat. et de C&ntts. 48$ les fubftances métalliques comme des compo- fés de terres particulières & de phlogiflique. La calcination n’étoit fuivant lui que le dégagement du phlogiflique, & la réduétion fer- voit à rendre aux chaux métalliques ce principe qu’elles avoient perdu dans leur calcination. On voit que cette théorie elt abfolumem Pinverfe de celle des modernes, puifqu’elle annonce que les métaux fofît des êtres compofés, tandis que la théorie pneumatique les confidère comme des corps Amples ; ils perdent, fuivant Stah!, un principe dans leur calcination, & la doétrina nouvelle prouve qu’ils fe combinent à un nouveau corps dans cette opération ; enfin, ce grand homme penfoit que pendant la réduétion, les chaux métalliques reprenoient le phlogifiiquequi avoit été dégagé des métaux par le feu , & les modernes croient au contraire que la réduétion tt’efl que la féparation de Poxigyne qui s’étoit combiné avec eux dans la calcination. E(bayons de démontrer après ce léger parallèle de ces deux théories , à laquelle des deux le plus grand nombre des faits peut être favorable. Stahl, uniquement occupé à démontrer la préfence du phlogiflique dans les métaux, femble avoir oublié l’influence de l’air dans la calcination. Becclier, Jean Rey, Boyle, & plu- Ceurs autres chimifles ayoïent cependant foup«. H h ij i $84 E L ë M E N $ çonné avânt lui que cet élément jouoit le principal rôle dans.ce phénomène. La théorie de Stahl, quelque faiisfaifante qu’elle ait dû paraître jufqu’à l’époque des nouvelles découvertes fur l’air, ne pouvoit donc pas fe trouver d’accord avec tous les faits, qui démontrent la néceffité & l’aélion de ce fluide dans la calcination. AulTi y a-t-il plufieurs phénomènes inexplicables dans la dodrine de Stahl, & qui même la rendoient imparfaite. Telle eft, par exemple, la pefanteur des chaux métalliques, plus confidérable que celle des métaux avant leur calcination. On ne concevra jamais comment un corps peut augmenter de poids en perdant une de fes parties conftituantes ; & comme la pefanteur eft une des propriétés qui fert à démon- t trer la préfence de toute fubftance, l’explication ingénieufe que M. de Morveau a donnée dans fa differtation fur le phlogiftique, relativement au phénomène dont il s’agit, ne peut pas entièrement fatisfaire, fur-tout depuis qu’on a reconnu l’exiftence de l’air dans les chaux métalliques. Il paraît donc, d’aprcs ces faits, que la théorie pneumatique a de grands avantages fur celle de Stahl. Cependant Macquer, guidé par cette fage retenue dont nous ne pouvons que faire l’éloge, a cru devoir allier les découvertes modernes avec la dodrine du phlo- d’Hist. Nat. et de Chimte. giffique , & il a même penfé qu’elles ne fai- foient que la confirmer. Suivais ce célèbre chi- mifte, les métaux ne peuvent perdre leur phlo» giffique, & fe calciner, qu’autant que l’air pur de l’atmofphère fe précipite & s’unit à leur propre fubffance, en dégageant la lumière qui leur efl unie, & ils ne fe réduifent que lorsque la lumière , aidée par la chaleur, en fé- pare l’air pur, en prenant fa place, de forte que ces deux corps font mutuellement précis pitans l’un de l’autre. Comme il eff bien démontré aujourd’hui que les chaux métalliques font des compofés des métaux & de principe oxigyne, il ferait très- important de conmoître les diverfes attractions éledives qui exiftent entre ce principe & les fubflances métalliques. M. Lavoifier s’ell déjà occupé de ce travail intéretTant ; mais les expériences ne font point encore affez multipliées, & leur réfultat n’eft point affez exad, pour qu’il foit polTible de traiter ici cet objet avec les détails qu’il exigeroit. Les fubffances métalliques s’altèrent à l’air ; leur furface fe ternit, quelques-unes fe couvrent de rouille. Les. chimifies ont regardé la rouille comme une chaux métallique. Nous aurons occa* fion de revenir plufieurs fois fur cet objet, & de faire voir que l’eau en vapeurs calcine plu?» H h iijj 486 É LUMENS fîeurs d’entr’elles, & que l’acide craieux contenu dans l’atm Jphère s’y unit après leur calcination. L’eau difiout certains métaux ; elle n’a aucune action fur quelques autres; lorfqu’elîe eft en vapeurs, elle favorife fmgulièrement la production de la rouille fur ceux qui en font fufcep- tibles ; on fait d’après les nouvelles découvertes de M. Lavoifier, qu’elle calcine avec beaucoup d’énergie ceux des métaux qui font les plus com- buftibles, comme le zinc & le fer , & qu’elle fe déeompofe en oxigyne, qui s’unit à ees métaux , & en gaz inflammable qui fe dégage. Les matières terreufes ne paroiffent avoir aucune aétion fur les fubflances métalliques. Mais elles s’unifient avec leurs chaux par la fufion. On ne connoît pas du tout l’aélion des matières falino-terreufes fur ces fubflances. Les alkalis en difiolvent quelques-unes, 8c n’agiflent que foiblement fur la plupart d’entr’elles. Il paroît que l’eau toujours unie aux alkalis, contribue beaucoup à la calcination qu’ils opèrent fur plufieurs métaux. Les acides altèrent beaucoup plus ces fubflances & les difiolvent plus ou moins facilement. L’acide vitriolique produit alors ou du gaz inflammable , ou du gaz fulfureux, fuivant qu’il efl uni à l’eau ou concentré ; dans le premier cas» c’efU’eau d’Hist. Nat. et de Chimie. 487 qui fe décompofe, & qui eu donnant fon oxigyne aux métaux produit du gaz inflammable ; dans le fécond l’acide luf-même eft décompofé, & fon oxigyne en fe fixant en partie dans les fubflances métalliques laitTe le foufre encore uni à une portion de ce principe , & confé- quemment dans l’état de gaz fulfureux. L’acide vitriolique faturé des chaux métalliques dans l’une & l’autre de ces circonflances forme des vitriols qui doivent être regardés, lorfqu’ils font criflallifés comme des compofés de quatre corps» favoir des métaux, d’oxigyne , d’acide vitrioli- que & d’eau. Ces vitriols métalliques font plus ou moins colorés, criflallifables, folubles dans l’eau, décompofables par la chaleur, &c. L’acide nitreux paroît agir fur les métaux avec plus de rapidité que l’acide vitriolique, quoiqu’il y adhère en général beaucoup moins. Il produit une grande quantité de gaz nitreux; le métal fe trouve plus ou moins calciné; il fe précipite, ou. bien il relie uni à cet acide. Stahl attribuoit cet effet au dégagement du phlogiflique des métaux. Tous les chimilles penfent aujourd’hui qu’il eft dù à la dccompofition de l’acide nitreux & à la iéparation de l’air vital & du gaz nitreux qu’ils regardent comme les deux principes de cet acide. Les diflblutions métalliques nitreufes font plus ou moins criflallifables, décompofables pas Hh iv 88 Er^MEN# la chaleur, par l’air, par l’eau; les matières aïïca- lines en féparent les chaux des métaux ; l’acide nitreux a des attractions éledives variées pour les différens métaux, comme l’acide vitriolique. M. Prouft a découvert que plufieurs fubftances métalliques s’enflamment par le contad de cet acide. L’acide marin agit en général avec peu d’énergie fur les métaux. L’eau qui lui efl unie commence par les calciner, & produit le gaz inflammable qui fe dégage des diiïolutions opérées par cet acide. Ces diiïolutions métalliques muriatiques font en général plus permanentes que les deux précédentes, & prefque toujours plus difficiles à décompofer par la chaleur. Quelquefois elles fournilfent des criflaux, fouvent elles n’en donnent que très - difficilement. L’acide marin a plus d’affinité que les deux précédens avec phifieurs fubflances métalliques, & déeom- pofe leurs diiïolutions vitrioliques & nitreufes. L’acide marin déphlogifliqué ou aëré calcine la plupart des métaux avec beaucoup d’énergie, en raifon de l’excès d’oxigyne qu’il contient & qui lui efl peu adhérent. Il les diffout fans ef- fervefcence & de la même manière que l’eau «üflbut les fels. L’acide crayeux attaque foiblement les métaux; cependant U efl fufceptible de fe combiner à la b’Hist. Nat. it de Chimie. 4$^ plupart, comme l’a démontré Bergman. La nature préfente fouvent des combinaifons de métaux avec cet acide , & quelquefois ces efpèces de Tels font crillallifées ; 011 les connoit fous le nom de métaux fpathiques, comme le fer, le plomb fpathiques. L’acide fluorique & l’acide boracin s’uniflent également aux matières métalliques; mais ces compofés font en général peu connus. Parmi toutes les combinaifons des métaux avec les acides, les unes font fufceptibles de criltaliifer, d’autres ne prennent aucune forme régulière. Il en eft que le feu décompofe, & quelques-unes n’éprouvent aucune altération de la part de cet agent. La plupart s’altèrent à l’air. Toutes font plus ou moins folubles dans l’eau, & peuvent être décompofées par ce fluide en grande quantité, ainfi que l’a fait remarquer Macquer; toutes font précipitées par l’argile, la terre pefante, la magnéfie, la chaux & les alkalis ,• qui ont en général plus d’affinité avec les acides. Lorfque quelques métaux, qui ont plus d’affinités que d’autres avec les acides, font employés pour féparer ces derniers de leurs diflolutions, les métaux précipités reparoilîent avec leur forme & leur brillant métallique, parce que l’oxigyne qui leur étoit uni dans l’état de diflo- 490 E L Ê M E N S luticn s’en fépare & fe reporte fur le métal précipitant qui fe difïout à fon tour dans l’acide» c’eft pour cela que M. Lavoifier regarde ces précipitations des métaux les uns par les autres, comme le produit desattraélionséledivesdiverfes de l’oxigyne pour ces corps combullibles. Les fels neutres ne font que peu altérés par les matières métalliques, tant que l’on opère par la voie humide ; mais fi l’on chauffe fortement des mélanges de ces fels avec les métaux, plu- Ceurs d’entr’eux font décompofés. Quelques fels vitrioliques forment alors du foufre. M. Monnet eft le feul chimiffe qui ait annoncé cette décom- pofition pour le régule d’antimoine. Dans un travail fuivi fur cet objet, j’ai découvert plufieurs autres métaux, tels que le fer, le zinc, &c. qui décompofent le vitriol de potaffe , &c. Le nitre détonne avec la plupart des fubffances métalliques, & il les calcine plus ou moins fortement; ce phénomène dépend de ce que l’oxigyne a plus d’affinité avec plufieurs-de ces fubffances qu’il n’en a avec la mcphette atmof- phérique. Les métaux calcinés par ce fel portent le nom de métaüx fixés par le nitre. La bafe alkaline de ce fel ditTout fouvent une partie de ces chaux métalliques. Le fel ammoniac eft décompofé par plufieurs métaux, & par les chaux de prefque toutes ce$ # P > 8 . ÊlÜ HEN S peu plus forte, elle fe vitrifie en fe fublimant? il en réfulte un verre trcs-tranfparent, fufcep- tible de fe criftallifer en folide triangulaire ap- plati,dont les angles;font\tronqués.*Ce verre fe ternit facilement à. l’air. Aucune çhaux métallique n’eft volatile par elle-même , & celle d’arfenic préfente feule cette propriété. Elle efl en même-tems trës-fufible & trcs-vitrifiable. Beccher attribuoit la pefanteur & la volatilité de l’arfenic à un principe particulier , qu’il nommoit terre-mercurielle ou arfenicale, & dont Stahl n’a pas pu démontrer l’exiüence. ^ L’arfénic , dans l’état de régule, .n’agit pas id’une manière fenfiblecfur les corps combuf- tibles; mais la chaux-&. le verre d’arfenic les altèrent.fenfiblement, & reprennent l’éclat mé-. tallique. Stahl penfe que dans ce cas le phlo- giflique que l’arfenic a perdu dans la calcination lui efl rendu paru le corps combuflible. Les inodernes croient, auicontraire, que la chaux d’arfenic efl un compofé d’arfenic 8c de la bafe de l’air vital, & que le corps combuflible, en lui enlevant ce'principe, fait repafler. l’arfenic à l’état métallique. ,.Pour réuirir à. réduire la chaux d’arfenic, on fait une pâte avec cette chaux en poudre & du favon noir ; >on mer çette pâte dans un matras, fur un bain de fable; «m chauffe d’abord foiblement pour defféchec d Hist. Nat. et de Chimie. 49$ l’huile ; lorfqu’il ne s’exhale plus de vapeurs humides, on augmente le feu pour fairf fubli- mer l’arfenic. On caiïe le matras, & on trouva à fa partie fupérieure un pain, ayant l’afpeâ & le brillant métallique de l’arfenic; la plus grande partie du charbon de l’huile refle au fond du matras. L’arfenic, expofé à l’air, y noircit fenfible- ment ; la chaux d’arfenic vitrifiée perd fa tranf- parence, & devient laiteufe. L’arfenic ne paroît point être attaqué pat l’eau; mais fa chaux fe diiîbut très-bien dans ce menftrue, en quantité un peu plus grande à chaud qu’à froid ; au relie, la difïolubilité dé cette fublfance varie fuivant qu’elle a été plus ou moins parfaitement calcinée. La chaux d’arfenic fournit, par l’évaporation lente de fi* diflTolution, des criftaux jaunâtres en pyramides triangulaires ; on ne connoît aucune chaux métallique qui fe dilîolve dans l’eau en anlïi grande quantité; cette propriété, jointe à fa faveur ex J trême, la rapproche des matières falines. La chaux d’arfenic s’unit afiez bien aux terres par la fufion -, elle fe fixe avec elles, & en accélère la vitrification ; mais tous les verres dans lefquels elle entre ont l’inconvénient de fe' ternir à l’air en peu de tems. On ne connoît pas faction des matières falino-terreufes fur liij E L ë M E N S l’arfenic, ni fur fa chaux. Les alkalis fixes câuf- tiques, qui n’ont point une action fenfible fur l’arfenic, diflblvent très-bien la chaux de ce demi-métal. Macquer, dans fon beau travail fur cette matière ( Académ. ijqG), a obfervé qu’en faifant bouillir de la chaux d’arfenic en poudre dans la liqueur de nitre fixé, ou diffolu- tion d’aikali fixe végétal voifin de lacaufiicité, cette fubftance s’y diffout complettement, & forme un fluide brun, gélatineux, dont la con- lîflance augmente peu à peu. Ce compofé, auquel il a donné le nom de foie d’arfenic, ne criftallife point ; il devient dur & caflant ; il eft.déliquefcent, difloluble dans l’eau, qui en précipite quelques flocons brans. Poufle au grand feu, le foie d’arfenic laide échapper cette dernière fubftance. Il efl décompofé par les acides. L’alkali minéral préfente les mêmes phénomènes; mais fa dilfolution a donné à Macquer des criftaux irréguliers dont il lui a été impof- lible de déterminer la forme. L’acide vitriolique, même concentré, n’attaque pas l’arfenic à froid ; mais fi on le fait bouillir avec ce demi-métal dans une cornue, l’acide donne d’abord beaucoup de gaz fulfu- areux ; enfuite il fie fublime un peu de foufre, & l’arfenic fe trouve réduit en chaux, mais fans «être diflbus. L’huile de vitriol concentrée & b’Hist. Nat. et te Chimie, p® bouillante diflout auiïi la chaux d’arfenic; maïs lorfque la diflolution cfir refroidie, cette charne fe précipite, & l’acide ne paroît plus en retenir. Elle acquiert dans cette combinaifon une fixité a fiez confidérable. Bucquer allure qu’en la Ieffivant pour emporter læ portion d’acide qu’elle peut retenir, elle reprend toutes fes qualités. L’acide nitreux, appliqué à l’arfenic, l’attaque avec vivacité & le calcine; cet acide difiout autfi la chaux d’arfenic en aflez grande quan-; tité', lorfqu’il efl aidé d’une douce chaleur. Saturé de l’une ou de l’autre de ces fubflances, il conferve l’odeur qui lui eft propre; évaporé fortement, il forme un fel qui n’a point de forme' régulière, Buvant Bucquet, 8c que M. Baume dit être en partie cubique, 8c en partie taillé en pointes de diamans. Walîerius dit que fes crifiaux font femblables à ceux du nitre lunaire* Le nitre d’arfenic attire puifllimment l’humidité de l’air, il ne détonne pas fur les charbons; iln’eft décompofé ni par l’eau, ni par les acides; les alkaüs n’y occafionnent aucun précipité : cependant ils le décompofent, fuivant Bucquet* puifqu’en faifant évaporer une diflolution ni- treufe arfenicale, à laquelle on a ajouté une leflîve alkaline, on obtient du nitre 8c du fei neutre arfenical. Nous verrons plus bas que: JO E L ê M E N s tous les chimiftes, très-embarraflfës fur la nature fingulière des dilfol utions de l’arfenic & de fa chaux dans les acides, n’avoient point découvert ce qui paffe dans la combinaifon de cette chaux avec l’acide nitreux, & n’avoient même pas foupçonné la produdion de l’acide arfe- nical. L’acide marin, aidé de l’adion du feu, dif- fout l’arfenic & fa chaux, fuivant Bucquet. Cette combinaifon peut être précipitée par les alkalis fixes & volatils. M. Baumé dit que ce régule fe difiout dans l’acide marin bouillant, & qu’il fe précipite en une poudre jaune comme du foufre. MM. Bayen & Charlard, dans leurs recherches fur l’étain, ont confiaté que l’acide marin n’a aucune adion à froid fur l’arfenic, & qu’à chaud il n’en a qu’une très-foible, & à peine fenfible. On ne connoît pas l’adion des autres acides fur l’arfenic & fur la chaux de ce demi-métal. L’arfenic mêlé avec le nitre, & projetté dans un creufet rougi au feu, produit une détonna- tion vive ; l’acide nitreux calcine, brûle le demi- métal : on trouve dans le creufet, après l’opération, l’alkali fixe qui fervoit de bafe au nitre & l’arfenic réduit en chaux combinée en partie avec l’alkali fixe. Si on mêle partie égale de chaux d’arfenic d’Hi st. Nat. et de Chimie, & de nitre, & qu’on mette ce mélange ai dit tillation dans une cornue de verre, on obtient un efprit de nitre en vapeurs très-rouges. Cet acide ne peut fe condenfer qu’autant qu’on met un peu d’eau dans le ballon, ce qui lui donne une couleur bleue. Beccher, Stah! Sc kunckel ont décrit cette opération. Macquer , qui l’a répétée avec foin, ayant examiné le réfidu dont ces Chimiftes n’avoient pas parlé g a découvert qu’il étoit formé par la combinai* fon de la chaux d’arfenic avec la potafle. II lui a donné le nom de fel neutre arfenical. M. de Morvcau le nomme arfeniate de potaffe. Ce fel, dilïous dans l’eau & évaporé à l’air,donne des crillaux très-réguliers en prifmes tétraèdres, terminées par des pyramides à quatre faces égales ; quelquefois la forme de ces crillaux varie. Le fel neutre arfenical expofé au feu fe fond facilement, relie en fonte tranquille, fans s’al- kalifer, & fans qu’il fe volatilife aucune portion de chaux d’arfenic; il n’éprouve pas d’altération fenfible à l’air. Il ell beaucoup plus dilfoluble dans l’eau que la chaux d’arfenic pure, & il fe dilïout en plus grande quantité dans 1 eau chaude que dans l’eau froide. Il ne peut être décompofé par aucun acid© pur, mais il l’elt par la voie des affinités doubles^ Ii iv; y04« E L é M E N s • Si on mêle à la difTolution de ce fel un peu de difTolution de vitriol martial, il fe fait une double décompofition & une double combinai- fon ; l’acide vitriolique quitte le fer pour s’unir à la potaffe, & la chaux d’arfenic, féparée de cette dernière, fe combine avec celle du fer. l es matières combuflibles décompofent très- bien le fel neutre arfenical. La chaux d’arfenic décompofe auflî le nitre rhomboïdal, à l’aide de la diflillation, 8c forme avec fa bafe un fel neutre arfenical de foude qui, fuivant Macquer, diffère peu du fel neutre arfenical à bafe de potaffe, 8c qui criftallife abfo- lument de la même manière. Cette chaux agit de même fur le nitre ammoniacal; unie avec fabafe, elle conflitue un fel arfenico-ammoniacal. On avoit cru que cette opération demandoit beaucoup de précautions à caufe de la propriété qu’a le nitre ammoniacal de détonner fans addition dans les vaiffeaux clos : mais M. Pelletier a prouvé qu’on pouvoit la faire fans aucun danger , même à la dofe de plufieurs livres. La découverte du fel neutre arfenical de Macquer a mis fur la voie de celle de l’acide arfenical, puifque cet illuflre chimifle avoit vu 8c annoncé que la chaux d’arfenic faifoit fonétion d’acide dans ce fel. ' La chaux d’arfenic ne décompofe pas le fel bHist. Nat. et de Chimie. tnarin ; elle ne fépare que difficilement, ainfi que l’arfenic lui-même, l’alkali volatil du fel ammoniac. On n’a point examiné Paélion des matières combuftibles minérales fur l’arfenic. La chaux de ce demi-métal paroît être fufceptible de fe réduire par le gaz inflammable & par la plombagine, qui ont plus d’affinité que l’arfenic avec l’oxigyne, ou la bafe de l’air. La chaux d’arfenic fe combine très-bien avec le foufre. Lorfqu’on fait fondre ces deux fub- flances,il en réfulte un corps jaune ou rouge, volatil, qui a une faveur moins forte que la chaux d’arfenic pure, & qui n’efi plus foluble dans l’eau. Ce compofé fe nomme orpin ou orpiment faétice, lorfqu’il eft jaune; il eft fuf- ceptible de criflallifer en triangles, comme le verre d’arfenic; lorfqu’il eft rouge on l’appelle réalgal, rcalgar, rizigal faâice ou arfenic rouge. Quelques chimilles ont cru que le réalgal ne différoit de l’orpiment qu’en ce qu’il contenoit plus de foufre; mais Bucquet a démontré que le compofé de foufre & de chaux d’arfenic eft rouge lorfqu’il a été fondu, puifqu’il fuffit d’ex- pofer de l’orpiment à une chaleur vive pour le faire palier à l’état de réalgar. Je me fuis convaincu que le réalgar eft beaucoup moins volatil Hue l’orpiment, puifqu’il refte au fond des ma- E L 1 M E N S iras où l’on a fùblimé le mélange de charfit' d’arfenic 8c de foufre, des lames rouges bour- foufflées, & qui ont été manifefferoent fondues. L’orpiment & le réalgar artificiels ne different point des naturels. On les décompofe par la chaux & les alkaüs, qui ont plus d’affinité avec le foufre que n’en a la chaux d’arfenic. Cependant cette chaux a, comme les acides, la propriété de décompofer les foies de foufre. Toutes les propriétés de la chaux d’arfenic annoncent que cette matière demi-métallique 8c combuflible, unie à la bafe de l’air vital, a pris les caradères d’une fubffance faline. La théorie que nous avons expofée en traitant des fels en général, fe trouve donc confirmée par ces expériences. Macquer, par fes belles dé-* couvertes fur le fel neutre arfenical, avoit déjà obfervé, comme je l’ai dit, que la chaux d’arfenic faifoit fondion d’acide dans ce fel. Mais il étoit difficile de concevoir pourquoi la chaux d’arfenic, diiToute immédiatement dans la polaire, diff ère tant de la même combinâifon faite par la décompofition du nitre à l’aide de cette chaux. M. Schéele, conduit par la découverte de l’acide marin qu’il appelle déphîogtftiqué, a penfé qu’il arrive quelque chofe de femblable lorfqu’on diflille du nitre avec la chaux d'arfe- nic, Il croit que l’acide nitreux s’empare d® Hist. Nat. et de Chimie. 5*07 phlogifiique encore exiftant dans cette chaux, & qu’alors cette dernière pafTe à l’état d’un acide particulier, qu’il a nommé acide arfenical. MM. les Académiciens de Dijon ont adopté cette opinion. Le chimifle d’Upfal a confirmé fon affertion, en préparant l’acide arfenical par des procédés analogues à celui par lequel il a produit l’acide marin déphlogiiliqué. L’un de ces procédés confifie à diftiller un mélange d’acide marin déphlogiiliqué & de chaux d’arfenic. Suivant lui, l’acide marin s’empare du phlogifiique de cette chaux, qui pafie alors à l’état d’acide. On réufiit auffi à préparer l’acide arfenical, en difiillant fur la chaux d’arfenic fix parties d’acide nitreux. Ce dernier donne beaucoup de gaz nitreux, & la chaux d’arfenic prend les caractères d’acide ; on la chauffe affez fortement & affez long-tems pour dégager tout l’acide nitreux furabondant. Ce qui fe paffe dans^ces opérations favorife beaucoup la doélrine moderne. En effet, d’un côté, il efl difficile d’accorder, fuivant la théorie de Stahl, l’exiflence du phlo- giflique dans la chaux d’arfenic, & de l’autre, rien n’efl fi facile à concevoir, d’après la nouvelle théorie, que le paffage de cette chaux à l’état d’acide, par l’adion de l’elprit de nitre ou de l’acide marin déphlogiiliqué de M. Schéele. La chaux d’arfenic paroît avoir une grande affi- yoS Élément niîé avec l’oxigyne dont elle n’eft pas faturée * îorfqu’on la diflille avec l’acide nitreux ou avec l’acide marin déphlogifliqué ou aéré, elle s’empare de l’oxigyne qui entre comme principe dans l’un & l’autre de ces acides. Plus elle contient d’oxigyne, plus elle fe rapproche des fubflances falines, & lorfqu’elle en efl entièrement faturée, elle prend tous les caraétères des acides, qui, comme nous l’avons démontré, ne font que des matières combuftibles combinées avec la bafe de l’air vital, auquel elles* doivent toutes leurs propriétés falines. On conçoit très-bien, d’après cette théorie, pourquoi la chaux d’arfenic non faturée d’air, & telle qu’elle efl par la fimple calcination au feu, ne forme point de fel neutre arfenical de Macquer; & pourquoi elle ne peut conflituer ce fel que lorfqu’elle a été préalablement traitée par les acides qu’elle dccompofe, 8c auxquels elle enlève l’oxigyne à l’aide de la chaleur. L’acide arfenical diffère beaucoup de la chaux d’arfenic ordinaire. Sa faveur efl plus forte II efl fixe au feu, & l’on fe fert de ce procédé pour féparer exaélement cet acide de la portion de chaux d’arfenic qu’il peut contenir. C’efl fans doute en paffant à l’état d’acide que la chaux d’arfenic prend de la fixité, lorfqu’on l’unit avec l’acide YÎtriolique, Cet acide efl fufceptible de )^ £ I le « if itocc, fi .jfediîbc ÿoefid» jUavec kl jiircc les *1 (jdiaiadé la Oî £s arec ce «s le nia ït quanmc stautes les IKder a j ait eue uu art imnu ç Faliali vo *lâonà fcairtSefe ^îsaa ren ^ fatfea ‘stuHique ha in , ^4 to’HiST. Nat. et de Chimie, yop fe fondre en un verre tranfparent ; il entraîne dans fa fufion les matières terreufes, il paroît même fufceptible de ronger le verre. Il rougit foiblement les couleurs bleues végétales. J’ai obfervé que par l’expofition à l’air, i! perd fa tranfparence, fe délite & s’écaille en fragmens fouvent pentagones, & attire peu à peu l’humidité. Il fe diffout dans deux parties d’eau. Il fe combine facilement avec la chaux, plus difficilement avec la barote & la magnéfie. Lorfqu’on l’unit avec les alkalis, il forme des fels neutres, que la chaux décompofe, fuivant Bergman. La barote & la magnéfie paroiffent avoir auffi plus d’affinité avec eet acide que n’en ont les alkalis, d’après le même chimifle. Il y a encore une grande quantité d’expériences à faire pour con- noître toutes les propriétés de l’acide arfenical. M. Pelletier a préparé cet acide en décompo- fant le nitre ammoniacal par la chaux d’arfenic; l’arfeniate ammoniacal qui en rtfulte laiffe dégager l’alkali volatil par la chaleur, & en continuant l’aélion du feu fur cette fubftance, l’acide arfenical relie feul & pur au fond de la cornue. Bergman remarque que la pefanteur fpéci- Bque de l’arfenic varie beaucoup depuis fon état métallique jufqu’à fon état d’acide. Voici celles qu’il lui-attribue dans fes différentes modifications. Régule d’arfenic, 8,308. — Verre 5*10 £ t i M E ÏT ÿ d’arfenic, $,ooo .— Chaux d’arfenic blanche^ 3,706. — Acide arfenical, 3,55? 1. L’arfenic eft employé dans plufieurs arts, & notamment dans la teinture. On fe fert auiïi du fel neutre arfenical, & M. Baumé en a préparé pendant long-tems pour l’ufage des arts. La facilité qu’a la chaux d’arfenic de fe dif- foudre dans l’eau & dans tous les fluides aqueux, fait qu’il peut devenir un poifon très-dangereux. On connoît qu’une perfonne a été empoifonnée par cette fubftance, aux fymptômes fuivans. La bouche eft sèche, les dents agacées, le gofier ferré : on éprouve un crachottement involontaire, une dquleur vive à l’eftqmac, une grande foif, des naufées, des vomiiîemens de matières glaireufes, fanguinolentes ; des coliques très- vives , accompagnées de fueurs froides, des convulfions. Ces fymptômes font bientôt fuivis de la mort; on s’affure facilement que l’arfenic en eft la caufe, en examinant les alimens fuf*- peâs. La préfence de ce poifon s’y manifefte , lorfqu’en jettant fur des charbons une portion de ces alimens deftechés, il s’en élève une fumée blanche d’une forte odeur d’ail. On avoit coutume de donner aux perfonnes empoifonnées par l’arfenic, des boitions muci- lagineufes, ou du lait, ou des huiles douces en grandes dofes, dans le deftein de relâcher les to'ïfïST. ŸÎat. et de Chimie, yn Vifcères agacés, de difToudre & d’emporter la plus grande partie de l’arfenic. Navier, médecin de Chàlons, qui s’ell occupé de la recherche des contre-poifons de l’arfenic, a trouvé une matière qui fe combine avec cette fubüance par la voie humide, la fature, & détiuit la plus grande partie de fa cauflicité. Cette fubüance eil le foie de foufre calcaire ou alkalin, & mieux encore le foie de foufre qui tient en dilfolution un peu de fer. En verfant cet hépar martial dans, une dilîolution d’arfenic, le foie de foufre fe décompofe fans exhaler aucune odeur ; parce que l’arfer.ic fe combine au foufre avec lequel il fait de l’orpiment, & il s’unit en même-tems au fer. Navier prefcrit un gros de foie de fou- 'fre dans une pinte d’eau , qu’il fait prendre par verrées : on peut également donner cinq à lix grains de foie de foufre fec en pillules, & par-deflus chaque pillule un verre d’eau chaude. Lorfque les premiers fymptômes font diiïipés, il confeille l’ufage des eaux minérales fulfureufes» L’expérience lui a fait connoître qu’elles font très-propres à détruire les tremblemens & les paralyfres qui fuivent ordinairement l’effet de l’arfenic, & qui mènent à la phthifie & à la mort. Navier approuve auffi l’ufage du lait , parce que cette fubüance diffout l’arfenic aulli- bien que le fait l’eau ; mais il condamne les tuiles, qui ne peuvent le difToudre. E L g M E N é J 12 & CHAPITRE VIII. Du Cobalt. T j E cobalt ou cobolt eft un demi-métal d’une couleur blanche, tirant un peu fur le rouge, d’un grain fin très-ferré, qui eft très-caflant & qui fe réduit facilement en poudre par l’action du pilon. Pefé à la balance hydrollatique, il perd environ un huitième de fon poids. Sa pefanteur fpécifi- que eft d’environ 7,700, fuivant Bergman. Il eft fufceptible de fe criftallifer en faifceaux d’aiguilles couchées les unes fur les autres. Le cobalt n’a jamais été trouvé pur & natif dans la nature, il eft prefque toujours calciné & uni avec l’arfenic, l’acide arfenical, le foufre, le fer, &c. Voici les principales fortes des mines de cobalt diftinguées d’après leurs combinai- fons,.par Bergman & M. Mongès. I. Cobalt natif uni à l’arfenic. Cette mine eft folide, grife, pefante, peu brillante & grenue dans fa caffure; elle fait feu avec le briquet', & noircit au feu. L’acide nitreux la dilïout avec effervefcence, & elle donne une encre de fym- pathie par l’açide muriatique. 3, Cobalt en chaux. Cette mine, qui paroît , être du» ,>it *1 pdkcll f< ^Cobalt sitrouges. jt L’acide i pvOM ^ >nine tfl îiwfcan * islam ri au feu «fa f.Cobak t ai cobil Rmmea ÏCOdiTOt po avitriojp & tréj-l «îdefc i’ Cotait 1 H ü’Hist. Nat. et de Chimîe. ^ être du cobalt calciné par les acides , eft ordinairement grife noirâtre, & quelquefois fem- blable à du noir de fumée, fouvent friable & pulvérulente. Elle falit les doigts; celle qui eft compaâe préfente des taches rofées dans fa caüure ; elle reiïemble quelquefois à des fcories de verre, ce qui l’a fait appeller mine de cobalt vitreufe par quelques naturalises. Cette mine ne contient point d’arfenic lorfqu’ellè eftpure, mais elle eft fouvent mêlée d’ochre martiale. 3 0 . Cobalt uni à l’acide arfenical ; fleurs de cobalt rouges, rofes, couleur de fleurs de pêcher, L’acide arfenical que Bergman & M. Mon- gèz y ont découvert, lui donne fa couleur. Cette mine eft ou en malle, ou en poudre, ou en efHorefcence flriée, ou en prifmes à 4 pans avec des fommets à deux faces. Sa couleur fe détruit au feu, à mefure que l’acide arfenical fe dégage. 4 0 . Cobalt uni au fer 8c à l’acide vitriolique; mine de cobalt fpécutaire; on l’a appellée fort improprement cobalt fulfureux, parce qu’elle ne contient point de foufre, mais un peu d’acide vitriolique. Cette mine eft blanche ou grife 8c très-brillante, c’eft la plus riche de toutes ; elle fait fouvent feu avec le briquet. y°. Cobalt uni au foufre, à l’arfenic & au fer. Ce minéral porte le nom de mine de cobalt Tome 11 • K- k yi4 E L É M E N s blanche ou grife : elle eft d’un gris blanchâtre, criftallifée en cubes entiers ou tronqués, de manière à former des folides à quatorze, dix- liuit ou vingt-fix facettes. Sa caffure eft lamel- leufe & fpathique. Quelquefois elle offre à fa furface des dendrites en feuilles de fougère ; dans cet état, on la nomme mine de cobalt tricottée. Souvent les mines de cobalt blanches n’ont aucune criftallifation régulière ; mais elles font toujours reconnoiffables à leur couleur grife blanchâtre, à leur pefanteur moindre que celle des précédentes, & à l’efflorefcence rouge qu’elles ont prefque tomes à leur furface. Pour faire l’eflai d’une mine de cobalt, on commence par la piler & la laver, enfuite on la grille pour en féparer I’arfenic. Le cobalt refte dans l’état d’une chaux noire plus ou moins foncée; on mêle cette chaux avec trois parties de flux noir & un peu de fel marin décrépité ; on la fond dans un creufet brafqué & couvert au feu de forge ; on attend que la fonte foit com- plette, & que la matière foit parfaitement liquide pour biffer refroidir le creufet; on l’agite légèrement pour faire précipiter le métal, qui fe ratîemble en culot au fond du vaifleau. Ce culot eft quelquefois formé de deux matières métalliques ; le cobalt eft placé fupérieurement, & le bifmuth fe trouve au-deflous ; on les fépare facilement d’un coup de marteau. tflîisT. Nat. et de Chimie, yif Les minéralogiftes modernes, & fur-tout Bergman & M. Kirwan , propofent de faire l’ellai des mines de cobalt par l’acide nitreux; cet acide diiïout le cobalt & le fer; on les précipite par la craie de foude, 8c on difTout en- fuite le précipité cobaltique par l’acide acéteux. Scheffer confeille de reconnoître la puidance colorante des mines de cobalt, en les fondant avec trois parties de potaffe & cinq de verre en poudre. Dans les travaux en grand, ôn ne retire point le cobalt fous la forme métallique. Après avoir pilé 8c lavé la mine de cobalt, on la grille dans le fourneau à manche. Ce fourneau fe termine par une longue galerie horifontale qui fert de cheminée ; c’elt dans cette galerie que la chaux d’arfenic fublimée fe condenfe & fe fond en verre, que l’on vend dans le commerce fous le nom impropre d’arfenic blanc. Si la mine contenoit un peu de bifmuth, comme ce métal efl très-fufible, il fe raiïemble au fond du fourneau; le cobalt relie dans l’état d’une chaux grife obfcure, nommée fifre. Le fafre du commerce n’ell jamais pur; on le mêle avec trois fois fon poids de cailloux pulvérifés. Le fafre ainfi mêlé & expofé au grand feu, fe fond en un verre d’un bleu obfcur, nommé friait. On réduit ce fmalt en poudre dans des moulins , 8c. Kk ij Jl6 E L È M E N S on le délaye dans l’eau. La première portion 'î 5"2i E L É M E N S poudre, & de deux ou trois parties de nitre bien _ fec , il ne fe produit point une détonnation vive, mais il s’excite de petites fcintillations ^IcjJ bien marquées ; on trouve enfuite une portion du cobalt changée en une chaux d’un rouge plus ou moins foncé & fouvent verdâtre. Cette expérience, ainfi que toutes celles fur l’aélion réciproque du nitre & des matières métalliques, demanderoit à être fui vie. Le cobalt ne décompofe point le fel ammoniac. Bucquet, qui a fait cette expérience avec beaucoup de foin, n’a pas obtenu un atome d’alkali volatil ; cela dépend du peu d’aétion qu’a l’acide muriatique fur ce demi-métal. On ne connoît pas l’aâion du gaz inflammable fur le cobalt. Le foufre ne s’unit que très-difficilement avec cette fubflance, mais le foie de foufre favorife cette combinaifon ; il en réfulte une forte de mine artificielle, à facettes plus ou moins larges ou d’un grain plus ou moins fin, d’une couleur blanche ou jaunâtre, fuivant la quantité de foufre combiné. M. Baumé, qui a donné d’excellens détails fur cette combinaifon , dans fa Chimie expérimentale & raifonnée, ( tome II, page z88 à xqj ) obferve qu’elle ne peut être décompofée que par les acides, & que le feu n’eft pas capable, d’en réparer tout le foufre. d’Hist. Nat. et de Chimie, y23 Le cobalt n’eft d’aucun ufage dans fon état métallique, mais on emploie fa chaux pour colorer en bleu les verres, les émaux, les faïences , les porcelaines. Fin du Tome fécond, Page ERRATA du fécond Volume. z, dernière ligne de la note, douze, lif. qua* 1 1, iig. 5 » du phofphore , lif de phofphore 50, \6 , efface ^ la phrafe commençant par les mots , fes affinités ; c’efl un double emploi 5 yà vraie place ejl à la page 44 où elle ejl répétée. 57, i . Sorte VII, lif. Sorte VI. 58 , 15 , de Borax, lif du Borax 5 9 > d , fixe efl, lif eft fixe i^5 > 1 > clacaires, lif. calcaires *55 > 1 3 i ftVre, de fèls magnéfie ou magné- fiens , lif de magnéfie ou fèls ma- gnéfiens, 246 , z , fel marin de magnéfie, lif. nitre de magnéfie 290 , 18 , ajoute 3 à la fin de l’alinea, il fait eftèrvelcence avec les acides,lorf