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SENTENCE RENDUE PAR LOUIS XI
vers une roche basse située à peu de distance de la Bidas-soa ; le roi de Castille s’y appuya, tandis que le roi de Francese tenait devant lui ; un grand levrier sur le dos duquelchacun avait posé la main, les séparait. Henri parla lepremier pendant un quart d’heure environ ; après l’avoirécouté attentivement, Louis répondit et appela aussitôt l’ar-clievêque de Tolède, le marquis de Yillena et le comte deComininges qui portait le texte de la sentence arbitrale. Lesecrétaire Alvar Gomez de Ciudad Real, en donna lecture 1 .Il était décidé que le roi de Castille renoncerait à toutprojet sur la Catalogne ; il recevrait, dans le délai de sixmois, en indemnitédes dépenses qu’il avaitfaites, la ville d’Es-tella avec ses appartenances et cinquante mille doubles. Pourassurer l’exécution de cette condition, la reine d’Aragon seconstituerait otage à Larraya 2 en Navarre, sous la garde del’archevêque de Tolède. Henri devait mander à ses troupesde quitter la Catalogne dans un délai de vingt jours, et enga-ger les révoltés à se soumettre à leur souverain légitime.La lecture achevée et la sentence acceptée, les princes seséparèrent : le roi de Castille repassa la Bidassoa et s’en futcoucher à Fontarabie 3 .
« Grant folye est à deux grans princes qui sont commeesgaulx en puissance de s’entreveoir sinon qu’ilz feussent engrant jeunesse qui est le temps qu’ilz n’ont d’aultres penséesque à leurs plaisirs ; mais depuis le temps que l’envie leurest venue d’acroistre les ungz sur les aultres, encores qu’iln’yeust péril de personnes (ce qui est presque impossible), siaccroit leur malveillance et leur envie 4 ». Telle est la rétlexionque l’entrevue de la Bidassoa inspire à Philippe de Commi-nes, et, dans le cas particulier dont il s’agit, on doit recon-naître qu’il n’a pas tort. « Parquoy, ajoute-t-il, vauldraitmieux qu’ilz pacifiassent leurs différens par saiges et bonsserviteurs ». Bien loin d’être resserrés, les liens d’amitié desdeux souverains se relâchèrent : on méprisa en France ce« roy Henry » qui « valloit peu de sa personne et donnoittout son héritaige ou se le laissoit oster à qui le vouloit ou po-
1. Crônica de D. Enrique IV, éd. cit., p. 128, col. 2.
2. Larraya, prov. Navarre, dist. jud. de Pampelune.
3. Crônica de D. Enrique IV, éd. cit., p. 129, col. I.
i. Philippe de Commines, éd. Dupont, t. I, p. 163.