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LOUIS DE BOURBON EN ESPAGNE (1375)
expédition qu’il méditait contre les Sarrasins de Grenade. Leduc serait parti, malgré l’opposition de Charles Y, auraittraversé l’Aragon et assisté aux noces de l’infant D. Martinavec la comtesse de Luna. Le roi de Castille l’aurait reçuavec les plus grands honneurs et, après lui avoir offert dansles environs de Ségovie les plaisirs d’une chasse à l’ours, illui aurait montré dans le château, les enfants de Pierre leCruel, enfermés dans une cage. « Et dict le roi Henri au ducde Bourbon : Yéez là les enfants de cellui qui fist mourirvotre seur, et si vous les volez faire mourir, je vous lesdeslivrerai. —- A ceste parolle respondit le duc de Bourbontout court : je ne seroie voulentiers consentant de leur mort,car de la male voulenté de leur père, ils n’en peuvent mais » l .Les deux princes seraient revenus à Burgos, et on auraitappris à ce moment que le roi de Portugal déclarait la guerreà la Castille : l’expédition contre les Maures étant par le faitmême ajournée, le duc, malgré les instances de son hôte,aurait repris le chemin de son pays, après avoir accompli unpèlerinage au tombeau de saint Jacques de Compostelle. Ilest impossible d’accepter tout le récit de Cabaret d’Orville,et, si nous le rapprochons de la chronique de Henri II,nous ne trouvons aucune mention d’un projet contre leroyaume de Grenade, ni traces d’hostilités de la part du roide Portugal 2 . Il est permis de penser que le voyage de Louisde Bourbon n’avait d’autre but que la visite du sanctuaire, sivénéré au moyen âge, du patron de l’Espagne ; en sa qualitéde parent du roi de France, il fut bien accueilli par le princecastillan qui lui prodigua de riches cadeaux, « or, argent,vaissellement », mais il n’accepta, dit le chroniqueur, quedes chiens nommés « allans », des cuirs ornés de ligures,des tapis « vellutés » et six beaux genets ; chacun des che-valiers qui l’avaient accompagné fut gratifié d’un genet etdécoré de l’ordre de la Bande. Le duc promit à son hôted’user de son influence pour amener un accord entreCharles Y et le roi de Navarre qui venait d’épouser la sœurdu souverain espagnol.
La trêve conclue pour un an, en 1375, avait été renouvelée
1. Chronique du bon duc Loi/s de Bourbon, éd. cit., p. 110.
2. Crônica, éd. cit., p. 29, col. 1.