26
I.E COMTE DE TIUSTAMA1U EN Eli ANGE
liens qui unissaient les deux pays se soient peu à peu relâ-chés. Mais l’amitié franco-castillane n’était pas morte ; elle netarda pas à revivre sous une autre forme : le dauphin Charlesopposa en effet à Pierre un prétendant, réussit à le fairetriompher, et l’alliance fut rétablie plus solide qu’auparavant.
D. Enrique, comte de Trastamara, fils naturel d’Al-phonse XI et de D a Leonor de Guzman s’était à plusieursreprises révolté contre Pierre. Il avait quitté son pays,s’était mis ainsi que son frère D. Sancho au service du roid’Aragon en guerre avec la Castille. Après la conclusion dela paix entre les deux états, au mois de juin 1361, il tentaitde pénétrer avec une bande de ses partisans dans la séné-chaussée de Carcassonne et on ne paraissait pas disposé àlui faire accueil '. Réduit à une situation très précaire, ilacceptait en février 1362 de défendre avec ses compagnons laprovince de Languedoc contre les routiers qui l’infestaient.Pour se débarrasser des grandes compagnies restées sansemploi depuis le traité de Brétigny, on songea à les envoyeren Espagne au service du comte de Trastamara qui brûlaitde recommencer la lutte contre son frère. Le 23 juillet 1362 1 2 ,ce prince, d’accord avec Arnoul d’Audrehem, maréchal deFrance, fit avec les chefs des compagnies un traité : il lesprenait à sa solde pour l’expédition qu’il méditait. Il vint lui-même à Paris, et, le 13 août suivant 3 , promettait au régentd’entraîner ces bandes en Castille sans jamais les ramener.Lui, son frère D. Sancho et ses compagnons prêtaient foi ethommage au roi, juraient d’exécuter fidèlement ses ordreset de le servir loyalement contre tous. En retour, le dauphinconcédait aux réfugiés espagnols pour leur entretien certainesterres dont ils percevraient les revenus jusqu’à concurrencede 10,000 livres ; si ces terres ne produisaient pas une tellesomme, la différence leur serait assignée sur les fonds de latrésorerie de Toulouse. Le régent de France s’engageait en
1. Cf. Aug. et Em. Molinier, édition de la Chronique normande duxiv e siècle, p. 341, note m. Sur le premier séjour du comte de Tras-tamara en France, cf. Histoire du Languedoc, nouvelle édition, t. IX,pp. 774 et infra.
2. Hay du Chastelet, op. cil. (preuves, p. 313). V. Em. Molinier,Elude sur la vie d'Arnoul d'Audrehem, maréchal de France (Mémoiresprésentés par divers savants à U Académie des Inscriptions, 2 e série,1. vi, 1383), pp. 105 et suiv.
3. II. du Chastelet, op. cil. (preuves, p. 315).