21 PIERRE 1" DELAISSE BLANCHE DE BOURBON
le sanglant outrage qu’il infligerait à la maison de France entardant davantage. Il vint enfin et la cérémonie du mariagefut célébrée le 3 juin en l’église de Santa-Maria-la-Nueva.Mais Pierre ne prit même pas la peine de dissimuler l’aver-sion que lui inspirait sa jeune femme, il s’échappa deux joursaprès et alla rejoindre la Padilla à la Puebla de Montalvan ‘.Un peu plus tard cependant, par crainte du scandale, il passadeux jours à Yalladolid avec sa mère et Blanche, puis ils’éloigna de nouveau et jamais plus il ne revit son épouse,Indignés de cette conduite, le vicomte de Narbonne et lesautres chevaliers qui avaient accompagné en Castille la prin-cesse française, partirent sans prendre congé du roi 2 .
Non content d’abandonner sa femme et de la laisser dansun état complet de dénùment 3 , Pierre prétendit se délivrerde tous liens, afin de pouvoir épouser une veuve, D a Juana deCastro, dont il était devenu amoureux à Séville en 1354. Iln’hésita pas à déclarer que son mariage était nul attendu queson consentement avait été violenté ; il invoqua une soi-disantprotestation qu’il aurait faite au moment de ses noces etcertains aveux furent arrachés à Blanche. Sans plus attendreil fit célébrer une nouvelle union. Le Saint-Siège intervintalors, et nous savons qu’innocent VI ne négligea rien poursoutenir les droits méconnus de la reine. Jean II ne pouvaitrester indifférent à l’injure faite à sa parente. D’accord avecle Pape, il résolut de protester et d’adresser au roi desreprésentations. Raymond Saquet évêque de Thérouanne,Regnaud Méchin abbé de Saint-Jean de Falaise, et Guillaumesire de Barrière chevalier, furent désignés pour se rendreen Castille. Le Pontife, par une lettre du 24 août 1354,annonçait leur venue à Pierre * ; il les recommandait égale-ment à D. Enrique, comte Trastamara, à D. Tello, à D a Leonor
tune du vieux ministre. Voyant, après le mariage du roi avec Blanchede Bourbon son autorité annihilée, Alburquerque se retira dans sesterres sur la frontière de Portugal. Jaloux de recouvrer le pouvoir, ilse ligua avec les fils bâtards d’Alphonse XI, ses anciens ennemis, etentra en révolte ouverte contre le souverain, mais il mourut bientôtau cours de la guerre civile, à Médina del Campo en 1354.
1. Puebla de Montalvan, prov. de Tolède, district jud. de Torrijos.
2. Crônica, p. 436, col. 2.
3. V. notamment à ce sujet les lettres d’innocent VI à l’archevêquede Tolède (lîeg. Vat. 236, fol. ci v° et cxxx v°).
4. Reg. Vat. 236, fol. cui v°.