VOIES PUBLIQUES. 207
Tous ces accessoires d’arcliilecture que Ton regarde commele patrimoine du bon goût, son t bien places quelquefois dans unpetit édifice, où l’on ne peut briller que par la grâce des dé-tails. B'Iais dans les vastes monumens, le vain prestige desornemens s’évanouit, et l’âme du spectateur n’est plus frappéeque par l’immensité de l’ensemble et par l'harmonie des massesprincipales : j’en appelle à tous les hommes qui ont vu les édi-fices de la Grèce, de l’Italie et de l’Égypte, et que la nature adoués d’un goût assez élevé, d’une imagination assez fortepour saisir les mâles beautés qui sont le caractère de ces chefs-d’œuvre d’une architecture simple et grandiose.
La structure du pont que nous décrivons est conçue avecune profonde expérience *. Les piles , les arches et les culées
de semblables colonnes, l'ingénieur qui a bâti celui-ci, s’est contenté de suivre, à cetégard, l’exemple que lui avaient donné scs devanciers. Mais au pont de Blackfriars, lesarches étant plus petites aux extrémités qu’au milieu, les colonnes en avant des pilessont aussi de plus en plus petites, en allant du milieu du pont vers l’une ou l’autrerive, ce qui produit un détestable effet. Au contraire les colonnes du pont du Strandsont toutes égales; elles gagnent, par l’harmonie de leur ensemble, ce que les autresperdent par leur disparité : enfin les colonnes soutenant les especes de balcons quidonnent sur les trottoirs, au-dessus de chaque pile, on ne peut pas dire à la rigueurque ces colonnes soient inutiles. Cependant je crois qu’un contrefort tout uni, platou circulaire , s’élevant au-dessus de la pile pour soutenir ce balcon, eût mieux con-venu que des piliers massifs , d’ordre dorique grec. Je me fonde en cela sur le ju-gement que les architectes et les ingénieurs portent au sujet des plus beaux ponts deFrance. Le pont Louis XVI est à coloni es, le pont de Neuilly est sans colonnes; cesont deux chefs-d’œuvre du même maître, mais le dernier est préféré de beaucoupau premier.
* Afin de diminuer le poids que portent les piles, on a laissé, au-dessus de cha-cune, des espaces vides qui se terminent en ligne droite sous la route du pont. Des mursde brique, parallèles à la longueur du pont, sont érigés à distances égales , dans cesespaces intérieurs, et recouverts par des pierres plates qui supportent la terre et legravier servant de base à la roule voiturable.
Pour augmenter la connexion des voussoirs avec les assises des piles, on avait soin ,en posant chaque bloc dont ces parties se composent, de le battre au mouton, contreles parties déjà posées. Tar ce moyen , lorsqu’on a décintré les arches, leur point milieune s’est nulle part abaissé de plus de 38 millimètres.
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