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HISTOIRE ET COSTUMES
plation, et y fonder, dans un siècle que nous appelons barbare, des éta-blissements qui ont duré jusqu’à nous, et qui n’attendaient, pour dis-paraître , que l’arrivée d’un siècle de lumières !
Saint Étienne passa plusieurs années seul dans son désert. Peu à peuil lui vint quelques compagnons, mais il ne voulait accepter d’eux d’autretitre que celui de correcteur. Il vivait avec eux, partageait tous leursexercices de piété, leurs travaux, et tandis qu’ils étaient à table, ils’asseyait à terre et leur lisait quelque bon livre. Il les surpassait tous parses austérités, et n’avait d’autre lit que quelques planches, dont l’ensemblefigurait un cercueil. Il priait toujours à genoux, et se prosternait souventle visage contre terre.
C’est après avoir passé ainsi près de cinquante ans dans de pareilsexercices, sans avoir jamais quitté les bois qu’il habitait sur la montagnede Muret, qu’Étienne, mort au monde, et ignorant tout ce qui s’y passait,pendant que de grands événements y avaient lieu (1), reçut la visite desdeux cardinaux dont nous avons parlé.
Après leur départ, Étienne sentit que sa fin approchait. Il redoubla sesprières accoutumées, ainsi que les instructions qu’il devait à ses disciples,pour les fortifier dans l’accomplissement de leur vœu; et avant de quitterla vie qui allait lui échapper, il leur dit qu’il n’avait rien à leur laisser,qu’il ne pouvait que les exhorter à se confier à la Providence divine, quine les abandonnerait pas. Pendant sa longue vie, il n’avait formé d’autreétablissement que celui de quelques cabanes sur la montagne de Muret,et il n’avait reçu aucune donation de personne. Il pouvait dire, comme lePsalmiste : Junior fui, elenimsenui, et non vidi justum derelictum, necsemen ejus quœrens panem. (Ps. 56, 25.)
Enfin, sentant ses forces défaillir, Étienne se fit transporter à la cha-pelle, entendit la messe, reçut le saint viatique et l’extrême-onction, etmourut le 8 février 1124, à l’âge de soixante et dix-huit ans.
Saint Étienne, comme saint Bruno, n’avait pas laissé par écrit unerègle pour ses religieux, et n’avait pas pourvu à la manière dont sonordre serait gouverné après lui. Tout se faisait dans son monastère parhabitude et d’après l’exemple qu’il donnait lui - même. Ses religieuxn’avaient aucune communication avec le dehors; ils vivaient isolés et
(I) C'est pendant sa retraite à Muret qu’eut lieu la première croisade qui remua le monde.