HISTOIRE ET COSTUMES
230
« Nous ne sommes rien de tout cela, répond le vieillard. Nous n’avons» ni les vertus des enfants de Benoît, ni les talents des chanoines régu-» liers. Nous ne sommes que de pauvres pécheurs qui faisons pénitence» pour gagner le ciel. Nous cachons ici notre existence et ne demandons» qu’à être oubliés. »
Les légats n’en demandent pas davantage et se retirent.
Huit jours après cette visite, le vieillard rendait son âme à Dieu,après avoir passé près de cinquante ans dans ce désert. Il n’en était jamaissorti.
Disons quel était ce vieillard.
Il s’appelait Étienne, et était fds du vicomte de Thiers, premier gen-tilhomme d’Auvergne. Il était né au château de Thiers, qui était le manoirféodal de ses parents, en 1046, sous le règne de Henri P r , roi deFrance. A la noblesse de la naissance, Étienne de Thiers joignait un carac-tère religieux, que ses parents, pieux eux-mêmes, eurent soin de soute-nir et de fortifier. Leur surveillance porta d’heureux fruits et le jeuneÉtienne montra de bonne heure les plus heureuses dispositions à suivre laroute du bien.
Son père, ayant eu la dévotion de faire un pèlerinage en Italie, y menason fils, qui n’avait encore que douze ans. Mais cet enfant y étant tombémalade, à Bénévent, au moment où son père allait retourner en France,le vicomte de Thiers prit le parti de le confier à l’archevêque de cetteville, lequel s’appelait Milon. Ce prélat était né aussi en Auvergne, et avaitété autrefois chanoine de Paris.
C’était l’âge où le jeune Étienne devait commencer ses études, et Milonse chargea de son éducation. Il le garda douze ans auprès de lui pourlui former le coeur et l’esprit par des études solides; et lui trouvantles meilleures dispositions pour l’état ecclésiastique, il lui conféra lediaconat.
Étienne perdit son protecteur à l’âge de vingt-quatre ans, et alla àRome, où il passa quatre ans chez un cardinal qu’il connaissait, et yacheva les études qu’il avait commencées à Bénévent. Il avait vu danscette ville, chez l’archevêque Milon, quelques moines de la Calabre, quilui avaient inspiré du goût pour les pratiques religieuses. Il se sentitl’envie de les imiter, et dans cette intention, il s’adressa au pape Gré-goire VII, nouvellement élu, pour lui demander la permission de s’ad-