Druckschrift 
1 (1845)
Entstehung
Seite
187
Einzelbild herunterladen
 

HISTOIRE ET COSTUMES DES ORDRES DELICIEUX. 187

manière la plus pauvre et dans de grandes austérités. Mais à la fin il lutdécouvert, et on en donna avis au seigneur du lieu. Ce gentilhomme allale voir et le reconnut pour lavoir vu autrefois chez le gouverneur de laprovince. Il lengagea à quitter le désert il vivait, et lui donna un lieuplus agréable, il lui envoya même à manger.

Mais cet endroit étant humide et malsain, un prêtre lui en indiqua unautre plus salubre et plus propre au but quil se proposait. Le saint syétablit et y construisit plus tard un monastère. Ce lieu sappelait la Grollafacile. 11 y fixa sa demeure, ne sy nourrissant que dherbes crues, nebuvant que de leau et couchant sur la dure.

Malgré le soin quil avait de se cacher, il lui vint des disciples, qui luidemandèrent à vivre sous sa conduite. Il bâtit avec eux un monastère surle mont Fano, près de Fabriano, dans la Marche dAncône, en 1251, et yjeta les fondements de son ordre, qui prit dabord le nom de Monle-Vano,et il donna à ses moines la règle de saint Benoît, leur recommandantsurtout la plus grande pauvreté, à linstar des franciscains.

Au commencement du treizième siècle, les nouveaux ordres religieuxavaient-des raisons particulières pour insister, dans leurs constitutions,sur larticle de la pauvreté. Cétait alors que les vaudois et les albigeoisreprochaient aux moines leurs richesses, texte qui leur fournissait desdéclamations interminables contre le clergé séculier et régulier. Cétaitdonc une politique bien entendue, de la part des fondateurs des nouveauxordres, de recommander la pauvreté à leurs disciples, pour faire voir auxhérétiques que les moines, en quittant le monde, avaient un autre butque celui de vivre dans laisance.

Saint Dominique, en travaillant, avec des abbés de Citeaux, à la conver-sion des albigeois, conseillait à ces abbés de renvoyer leurs équipages,et daller à pied comme lui, pour ne pas donner prise aux déclamationsdes sectaires.

Les ordres mendiants, à cette époque, navaient embrassé ce genre devie, qui était une nouveauté dans lÉglise, que pour montrer aux héré-tiques quils navaient pas quitté le monde pour devenir propriétaires. Lameilleure manière de confondre nos ennemis est de leur prouver que nousne sommes pas ce quils nous accusent dêtre.

Saint Silveslre, dont la vie fut longue, fonda lui-même une douzainede monastères de son ordre, et mourut dans celui de Monte-Fano, le