ORDRE DE VALLOMBREUSE.
Les dixième et onzième siècles, comme l’observe Fleuri, offrent un sin-gulier contraste de mœurs aux yeux de l’historien : d’un côté, les abusles plus graves, la simonie et le concubinage des prêtres, fruits de l’igno-rance qui régnait alors; de l’autre, l’établissement de plusieurs ordres,célèbres dans l’Église par leur régularité et la pratique des plus hautesvertus. C’est dans ces deux siècles qu’on a vu se former l’ordre de Cluni,les chartreux, les camaldules, et l’ordre de Vallombreuse dont nous allonsparler.
Le père de cette nouvelle famille religieuse est, comme celui des ca-maldules, un gentilhomme italien élevé dans les préjugés du monde, etlivré à toutes les séductions des principes et des exemples qui égarentla jeunesse. Mais, comme Romuald, connue plus tard Norbert, le hasard,ou plutôt une occasion que la grâce divine fera naître, le changera tout àcoup et en fera un homme nouveau.
Ce jeune homme se nommait Jean Gualbert, et était Florentin.
A cette époque, et surtout dans la malheureuse Italie (1), où l’exercicede la vengeance paraît si doux, et quelquefois même un devoir, rienn’était si commun que les meurtres, et chacun croyait avoir le droit detuer son ennemi. Sisinondi nous dit qu’à Florence les familles vivaient enhostilité continuelle l’une contre l’autre dans la même ville. On se forti-fiait dans sa maison, où l’on restait toujours prêt à repousser un assaut.
Un des parents de Jean Gualbert, quelques-uns disent son frère, avait
(1) « Surtout dans ces climats, dont les âpres chaleurs,
» Ainsi que les poisons, exaltent les fureurs.
» Là, par l’homme superbe une injure endurée» Descend profondément dans son âme ulcérée. »
Imagination. Chant II.