CARMÉLITES DÉCHAUSSÉES (0.
L’Espagne, cette terre antique qu’habite une nation généreuse, qui,deux fois conquise par un peuple puissant, s’est levée tout entière, dé-cidée à périr jusqu’au dernier homme, plutôt que de se soumettre auxennemis de sa foi; cette terre, comme la belle Italie, se glorifie d’avoirreçu la semence de l’Évangile de la main même des premiers apôtres.Aussi cette précieuse semence semble-t-elle y avoir jeté des racines plusprofondes. Fière de sa religion, comme de son nom antique, l’Espagnen’a laissé germer aucune nouvelle doctrine sur son sol. Elle est encorevierge de l’hérésie qui a souillé tant d’autres contrées, et le flambeau dela foi y brille encore de tout son éclat. Le fanatisme de l’erreur n’y ajamais armé ses citoyens les uns contre les autres, et l’histoire de ce paysn’offre aucune page sur les guerres de religion : avantage unique, dont ilfaut féliciter la nation espagnole.
C’est dans cette contrée éminemment catholique qu’a pris naissancesainte Thérèse, amante aussi passionnée de son Dieu, mais plus pure queMadeleine. Elle naquit à Avila, dans la Vieille-Castille, en ISIS, dans cesiècle où l’Église eut tant de combats à soutenir, mais aussi qui produisittant de saints (2). Son nom de famille était de Cepède. Née de parentsnobles et pieux, Thérèse, douée d’un coeur tendre, fut de bonne heuresensible aux impressions religieuses. Elle nous apprend elle-même quela lecture des vies des saints avait tellement enflammé son esprit,
(1) Ce chapitre a été écrit avant la convocation des cortès de 1854. L’Espagne, envahie parle mahométisme, au huitième siècle, l’est aujourd’hui par le libéralisme. Trouvera-t-elle unnouveau Pélage ? nous l’ignorons.
(2) C’est dans ce siècle qu’ont paru saint François de Paule, saint Chayles Borromée, saintFrançois Xavier, saint Ignace de Loyola, saint Louis de Gonzague, saint Pierre d’Alcantara,saint Jean de la Croix, saint François de Sales, saint Vincent de Paule, et tant d’autres.