ERMITES
DE SAINT AUGUSTIN.
Saint Augustin, un des plus savants et des plus laborieux écrivains(pie nous offre l’antiquité ecclésiastique, naquit en Afrique, à Tagaste,petite ville de l’ancienne Numidie, en 554, sous le règne de Constance,fils du grand Constantin. Sa ville natale n’est plus aujourd’hui qu’un vil-lage, nommé Tajelt, dans l’État d’Alger. Son père était païen; mais samère, appelée Monique, était chrétienne. Patrice (c’était le nom de sonpère), n’étant pas très-riche, voulut procurer à son fils le moyen d’obtenirplus tard quelque emploi lucratif, en lui faisant faire de bonnes études.Mais il s’occupa trop peu de l’éducation morale du jeune Augustin, etabandonna ce soin à sa femme. Elle ne put que lui apprendre quelquesprières, et le mit au nombre des catéchumènes.
Augustin nous avoue lui-même qu’il faisait peu de cas des sages avisque lui donnait sa mère. Entraîné par la fougue de son tempérament, sé-duit par les conseils et les exemples de ses compagnons d’étude, et n’ayantrien à redouter de la part d’un père qui n’exerçait aucune surveillance sursa conduite, il s’abandonna à toute la violence de ses passions. Dès l’âgede seize ans, il avait déjà bu à la coupe du vice. Du désordre à l’erreur iln’y a qu’un pas; la lecture des mauvais livres le lui fit franchir, et, choseétonnante, un esprit aussi juste que lui, donna dans la plus monstrueusedes hérésies, celle des manichéens (1).
A l’âge de vingt-neuf ans, Augustin alla à Rome, où il ouvrit uneécole de rhétorique (2). Peu après, Augustin passa à Milan, en qualité de
(1) Un nommé Mânes avait réchauffé les vieilles erreurs des anciens mages de la Perse,sur l’existence de deux principes, l’un bon , l’autre mauvais, qui régissaient le monde, en sefaisant une guerre continuelle. C’est ainsi qu’ils expliquaient la présence du bien et du malsur la terre.
(2) 11 fallait qu'à cette époque l’on jouit, dans l’Empire, d’une grande liberté d’opinion, pour