DES ORDRES RELIGIEUX.
damnaient? On ne sait laquelle admirer le plus, ou de la force de corps,ou de la force d’âme, dont étaient doués des hommes si extraordinaires.
Nous allons donner la vie de saint Paul et celle de sainte Synclétique.Nous parlerons des autres fondateurs d’ordres quand nous nous occuperonsdes religieux qui ont embrassé leurs règles.
Saint Paul, né dans la basse Thébaïde en 229, se trouva orphelin àquinze ans. A peine en avait-il vingt et un, que la persécution suscitée parl’empereur Déce, en 260, l’obligea de chercher un asile et de se cacherchez un de ses amis. Mais son beau-frère, dans l’espoir de se faire adjugerses biens, le dénonça aux persécuteurs. Il prit alors le parti de se retirerdans un désert pour sauver ses jours. Il s’y logea dans une caverne quiavait autrefois servi d’atelier à des faux monnayeurs du temps de la reineCléopâtre. Une source d’eau, qui en était voisine, lui fournissait sa boisson,et un palmier, qui la bordait, lui donnait ses feuilles pour vêtement, etses fruits pour nourriture.
Les réflexions qu’il fit dans cette solitude sur la malice des hommes,sur la caducité des biens de ce monde, et le plaisir qu’il trouva à nes’occuper que de la pensée de Dieu, eurent pour lui tant d’attraits, que,la persécution finie, il ne voulut plus rentrer dans la société, et resta audésert. Il y vécut jusqu’à l’âge de quarante-trois ans des fruits de sonpalmier et de l’eau de sa fontaine. Alors un corbeau lui apporta tous lesjours la moitié d’un pain, tout le reste de sa vie. Saint Jérôme, qui nousrapporte ce fait, le tenait de ceux à qui saint Antoine, témoin oculaire,l’avait raconté lui-même.
Saint Paul serait mort dans son désert, ignoré des hommes, si saintAntoine, qui avait alors quatre-vingt-dix ans, n’eût appris, par révélation,qu’il existait un homme dont la vie était encore plus extraordinaire quela sienne. Il alla donc le visiter, et le trouva après une marche de deuxjours et une nuit. L’entrevue des deux vieillards fut des plus touchantes.Paul demanda à Antoine des nouvelles des hommes, dont aucun ne luiétait apparu depuis quatre-vingt-dix ans : « Étaient-ils toujours occupésd’intérêts terrestres, et livrés aux superstitions du paganisme? » Ils con-versaient encore quand arriva le pourvoyeur céleste, qui apportait dansson bec un pain entier. « Dieu soit loué! dit Paul : il y a longtemps qu’il» a la bonté de me nourrir de la sorte ; mais aujourd’hui que nous sommes'> deux, l’oiseau nourricier m’apporte une double provision. » Le pain fut