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Théâtre complet de J. Racine
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618
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ATHALIE.

OIS

Par moi Jérusalem goûte un calme profond ;

Le Jourdain ne voit plus l’Arabe vagabondNi l’altier Philistin par d’éternels ravages,

Comme au temps de vos rois, désoler ses rivages ;

Le Syrien me traite et de reine et de sœur ;

Enfin de ma maison le perfide oppresseu r,

Qui devait jusqu’à moi pousser sa barbarie,

Jéliu, le fier Jéhu tremble dans Samarie ;

De toutes parts pressé par un puissant voisin,

Que j’ai su soulever contre cet assassin,

11 me laisse en ces lieux souveraine maîtresse.

Je jouissais en paix du fruit de ma sagesse :

Mais un trouble importun vient depuis quelques joursDe mes prospérités interrompre le cours.

Un songe (me devrais-je inquiéter d’un songe!)Entretient dans mou coeur un chagrin qui le ronge :

Je l’évite partout; partout il me poursuit.

\ C’était pendant l’horreur d’une profonde nuit ;

Ma mère Jézabel devant moi s’est montrée,

Comme au jour de sa mort, pompeusement parée :Ses malheurs n’avaient point abattu sa fierté ;

Môme elle avait encor cet éclat empruntéDont elle eut soin de peindre et d’orner son visage,Pour réparer des ans l’irréparable outrage :

« Tremble, m’a-t-elle dit, fille digne de moi ;

« Le cruel Dieu des Juifs l’emporte aussi sur toi.

« Je te plains de tomber dans ses mains redoutables,

« Ma fille. » En achevant ces mots épouvantables,

Son ombre vers mon lit a paru se baisser :

Et moi, je lui tendais les mains pour l’embrasser ;

Mais je n’ai plus trouvé qu’un horrible mélangeD’os et de chair meurtris et traînés dans la fange,

Des lambeaux pleins de sang, et des membres affreuxQue (les chiens dévorants se disputaient entre eux. \

ADNER.

Grand Dieu !

AT1IALIE.

Dans ce désordre à mes yeux se présenteUn jeune enfant couvert d’une robe éclatante,

Tel qu’on voit des Hébreux les prêtres revêtus.

Sa vue a ranimé mes esprits abattus ;