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Théâtre complet de J. Racine
Entstehung
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594
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ESTHER.

sa*

UNE ISRAÉLITE.

Vérité que j’implore, achève de descendre !

SCÈNE V.

ESTHER, AMAN, ÉLISE, LE CHŒUR.

AMAN, à Esther.

D’un juste étonnement je demeure frappé.

Les ennemis des Juifs m’ont trahi, m’ont trompé -.J’en atteste du ciel la puissance suprême,

En les perdant, j’ai cru vous assurer vous-même.Princesse, en leur faveur employez mon crédit :

Le roi, vous le voyez,flotte encore interdit.

Je sais par quels ressorts on le pousse, on l’arrête ;

Et fais, comme il me plaît, le calme et la tempête.Les intérêts des Juifs déjà, me sont sacrés.

Parlez : vos ennemis aussitôt massacrés,

Victimes de la foi que ma bouche vous jure,

De ma fatale erreur répareront l’injure.

Quel sang demandez-vous ?

ESTHER.

Va, traître, laisse-moi :

Les Juifs n’attendent rien d’un méchant tel que toi.Misérable ! le Dieu vengeur de l’innocence,

Tout prêt à te juger, tient déjà sa balance :

Bientôt son juste arrêt te sera prononcé.

Tremble : son jour approche, et ton règne est passé.

AMAN.

Oui, ce Dieu, je l’avoue, est un Dieu redoutable.Mais veut-il que l’on garde une haine implacable?C’en est fait : mon orgueil est forcé de plier.L’inexorable Aman est réduit à prier.

(H se jette aux pieds d’Esther.)Par le salut des Juifs, par ces pieds que j’embrasse,Par ce sage vieillard, l’honneur de votre race,Daignez d’un roi terrible apaiser le courroux :

Sauvez Aman, qui tremble à vos sacrés genoux.