Mit des superbes rois la dépouille en sa main,
De son temple détruit vengea sur eux l’injure :Babylone paya nos pleurs avec usure.
Cyrus, par lui vainqueur, publia ses bienfaits,Regarda notre peuple avec des yeux de paix,
Nous rendit et nos lois et nos fêtes divines;lit le temple déjà sortait de ses ruines.
Mais, de ce roi si sage héritier insensé,
Son fds interrompit l’ouvrage commencé,
Fut sourd à nos douleurs. Dieu rejeta sa race,
Le retrancha lui-même, et vous mit en sa place.
Que n’espérions-nous point d’un roi si généreux !Dieu regarde en pitié son peuple malheureux,Disions-nous ; un roi règne, ami de l’innocence.Partout du nouveau prince on vantait la clémence.Les Juifs partout de joie en poussèrent des cris.
Ciel ! vcrra-t-on toujours par de cruels espritsDes princes les plus doux l’oreille environnée,
Et du bonheur public la source empoisonnée !
Dans le fond de la Thrace un barbare enfantéEst venu dans ces lieux souffler la cruauté :
Un ministre ennemi de votre propre gloire...
AMAN.
De votre gloire ! moi ! Ciel ! le pourriez-vous croire ?Moi qui n’ai d’autre objet ni d’autre dieu...
ASSUÉ1UIS.
Tais-toi.
Oses-tu donc parler sans l’ordre de ton roi?
ESTIIEIl.
Notre ennemi cruel devant vous se déclare.
C’est lui; c’est ce ministre infidèle et barbareQui, d’un zèle trompeur à vosyeux revêtu,
Contre notre innocence arma votre vertu.
Et quel autre, grand Dieu ! qu’un Scythe impitoyableAurait de tant d’horreurs dicté l’ordre effroyable?Partout l’affreux signal en même temps donnéDe meurtres remplira l’univers étonné :
On verra, sous le nom du plus juste des princes,
Un perfide étranger désoler vos provinces;
Et dans ce palais même, en proie à son courroux,
Le sang de vos sujets regorger jusqu’à vous.