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Théâtre complet de J. Racine
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592
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Mit des superbes rois la dépouille en sa main,

De son temple détruit vengea sur eux l’injure :Babylone paya nos pleurs avec usure.

Cyrus, par lui vainqueur, publia ses bienfaits,Regarda notre peuple avec des yeux de paix,

Nous rendit et nos lois et nos fêtes divines;lit le temple déjà sortait de ses ruines.

Mais, de ce roi si sage héritier insensé,

Son fds interrompit l’ouvrage commencé,

Fut sourd à nos douleurs. Dieu rejeta sa race,

Le retrancha lui-même, et vous mit en sa place.

Que n’espérions-nous point d’un roi si généreux !Dieu regarde en pitié son peuple malheureux,Disions-nous ; un roi règne, ami de l’innocence.Partout du nouveau prince on vantait la clémence.Les Juifs partout de joie en poussèrent des cris.

Ciel ! vcrra-t-on toujours par de cruels espritsDes princes les plus doux l’oreille environnée,

Et du bonheur public la source empoisonnée !

Dans le fond de la Thrace un barbare enfantéEst venu dans ces lieux souffler la cruauté :

Un ministre ennemi de votre propre gloire...

AMAN.

De votre gloire ! moi ! Ciel ! le pourriez-vous croire ?Moi qui n’ai d’autre objet ni d’autre dieu...

ASSUÉ1UIS.

Tais-toi.

Oses-tu donc parler sans l’ordre de ton roi?

ESTIIEIl.

Notre ennemi cruel devant vous se déclare.

C’est lui; c’est ce ministre infidèle et barbareQui, d’un zèle trompeur à vosyeux revêtu,

Contre notre innocence arma votre vertu.

Et quel autre, grand Dieu ! qu’un Scythe impitoyableAurait de tant d’horreurs dicté l’ordre effroyable?Partout l’affreux signal en même temps donnéDe meurtres remplira l’univers étonné :

On verra, sous le nom du plus juste des princes,

Un perfide étranger désoler vos provinces;

Et dans ce palais même, en proie à son courroux,

Le sang de vos sujets regorger jusqu’à vous.