ACTE XII, SCÈNE 1.
Roi cruel, ce sont là les jeux où tu te plais !
Tu ne m’as prodigué tes perfides bienfaitsQue pour me faire mieux sentir ta tyrannie,
Et m’accabler enfin de plus d’ignominie.
ZARÈS.
Pourquoi juger si mal de son intention ?
Il croit récompenser une bonne action.
Ne faut-il pas, seigneur, s’étonner au contraireQu’il en ait si longtemps différé le salaire?
Du reste, il n’a rien fait que par votre conseil ;Vous-même avez dicté tout ce triste appareil :
Vous êtes après lui le premier de l'empire.
Sait-il toute l’horreur que ce Juif vous inspire?
AMAN.
11 sait qu’il me doit tout, et que, pour sa grandeur,J’ai foulé sous les pieds remords, crainte, pudeurQu’avec un cœur d’airain exerçant sa puissance,
J’ai fait taire les lois et gémir l’innocence ;
Que pour lui, des Persans bravant l’aversion,
J’ai chéri, j’ai cherché la malédiction :
Et, pour prix de ma vie à leur haine exposée,
Le barbare aujourd’hui m’expose à leur risée 1
ZARÈS.
Seigneur, nous sommes seuls. Que sert de se flatter ?Ce zèle que pour lui vous fîtes éclater,
Ce soin d’immoler tout à son pouvoir suprême,
Entre nous, avaient-ils d’autre objet que vous-même?Et, sans chercher plus loin, tous ces Juifs désolés,N’est-ce pas à vous seul que vous les immolez?
Et ne craignez-vous point que quelque avis funeste...Enfin la cour nous liait, le peuple nous déteste.
Ce Juif même, il le faut confesser malgré moi,
Ce Juif, comblé d’honneurs, me cause quelque effroiLes malheurs sont souvent enchaînés l’un à l’autre;
Et sa race toujours fut fatale à la vôtre.
De ce léger affront songez à profiter.
Peut-être la fortune est prête à vous quitter ;
Aux plus affreux excès son inconstance passe :Prévenez son caprice avant qu’elle se lasse.
Où tendez-vous plus haut? Je frémis quand je voiLes abîmes profonds qui s’offrent devant moi ;