Druckschrift 
Théâtre complet de J. Racine
Entstehung
Seite
571
Einzelbild herunterladen
 

Conservait sous la cendre encor le môme orgueil.D’où lui vient, cher ami, cette impudente audace?Toi, qui dans ce palais vois tout ce qui se passe,Crois-tu que quelque voix ose parler pour lui?

Sur quel roseau fragile a-t-il mis son appui ?

IIVDASI'E.

Seigneur, vous le savez, son avis salutaireDécouvrit de Tliarès le complot sanguinaire.

Le roi promit alors de le récompenser :

Le roi, depuis ce temps, paraît n’y plus penser.

AMAN.

Non, il faut à tes yeux dépouiller l’artifice :

J’ai su de mon destin corriger l’injustice :

Dans les mains des Persans jeune enfant apporté,Je gouverne l’empire où je fus acheté ;

Mes richesses des rois égalent l’opulence;

Environné d’enfants, soutiens de ma puissance,

11 11 e manque à mon front que le bandeau royal :Cependant (des mortels aveuglement fatal !)

De cet amas d’honneurs la douceur passagèreFait sur mon cœur à peine une atteinte légère;

Mais Mardochée, assis aux portes du palais,

Dans ce cœur malheureux enfonce mille traits;

Et toute ma grandeur me devient insipideTandis que le soleil éclaire ce perfide.

IIÏDASPE.

Vous serez de sa vue affranchi dans dix jours :

La nation entière est promise aux vautours.

AMAN.

Ali ! que ce temps est long à mon impatience !

C’est lui (je te veux bien confier ma vengeanceC’est lui qui, devant moi refusant de ployer,

Les a livrés au bras qui les va foudroyer.

C’était trop peu pour moi d’une telle victime :

La vengeance trop faible attire un second crime.

Un homme tel qu’Aman, lorsqu’on l’ose irriter,Dans sa juste fureur ne peut trop éclater.

Il faut des châtiments dont l’univers frémisse ;

Qu’on tremble en comparant l’offense et le supplice;Que les peuples entiers dans le sang soient noyés.

Je veux qu’on dise un jour aux siècles effrayés :