PHÈDRE.
5'ii
AH1C1E.
Hélas ! qu’un tel exil, seigneur, me serait cher !
Dans quels ravissements, à votre sort liée,
Du reste des mortels je vivrais oubliée !
Mais, n’étant point unis par un lien si doux,
Me puis-je avec honneur dérober avec vous ?
Je sais que, sans blesser l’honneur le plus sévère ,
Je me puis affranchir des mains de votre père :
Ce n’est point m’arracher du sein de mes parents ;
Et la fuite est permise à qui fuit ses tyrans.
Mais vous m’aimez, seigneur ; et ma gloire alarmée..
IIIPPOLVTE.
Non, non ; j’ai trop de soin de votre renommée :
Un plus noble dessein m’amène devant vous.
Fuyez vos ennemis, et suivez votre époux,libres dans nos malheurs, puisque le ciel l’ordonne,le don de notre foi ne dépend de personne :l’hymen n’est point toujours entouré de flambeaux.Aux portes de Trézène, et parmi ces tombeaux,
Des princes de ma race antiques sépultures,
Est un temple sacré, formidable aux parjures :
C’est là que les mortels n’osent jurer en vain ;le perfide y reçoit un châtiment soudain ;
Et , craignant d’y trouver la mort inévitable,
Le mensonge n’a point de frein plus redoutable.
Là, si vous m’en croyez, d’un amour éternelNous irons confirmer le serment solennel.
Nous prendrons à témoin le dieu qu’on y révère :Nous le prierons tous deux de nous servir de père.Des dieux les plus sacrés j’attesterai le nom ;
Et la chaste Diane, etl’auguste Junon;
Et tous les dieux enfin, témoins de mes tendresses,Garantiront la foi de mes saintes promesses.
AIUCIE*
Le roi vient. Fuyez, prince, et partez promptementPour cacher mon départ je demeure un moment.Allez ; et laissez-moi quelque fidèle guideQui conduise vers vous ma démarche timide.