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Théâtre complet de J. Racine
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441
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PRÉFACE.

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le latin, à côté de ces vers, un Al. qui signifie que cest Alceste quiparle; et, à côté des vers suivants, un Ad. qui signifie que cestAdmète qui répond.-dessus il leur est venu dans l'esprit la plusétrange pensée du monde : ils ont mis dans la bouche dAdmète lesparoles quAlccste dit à Admète, et celles quelle se fait dire par Ca-ron. Ainsi ils supposent quAdmètc, quoiquil soit en parfaite santé,pense voir déjà Caron qui le vient prendre : et, au lieu que, dansce passage d'Euripide, Caron impatient presse Alceste de le venirtrouver ; selon ces messieurs, cest Adraôte effrayé qui est limpatient,et qui presse Alceste dexpirer, de peur que Caron ne le prenne. « 11« lexhorte ( ce sont leurs termes ) à avoir courage, à ne pas faire une« lâcheté, et à mourir debonne grâce ; U interrompt les adieux dAlceste« pour lui dire de se dépêcher de mourir. » Peu sen faut, à les enten-dre , quil ne la fasse mourir Iui-mèine.

Ce sentiment leur a paru fort vilain. Et ils ont raison : il ny a per-sonne qui nen fût trôs-scandalisé. Mais comment lont-ils pu attribue!à Euripide? En vérité, quand toutes les autres éditions cet Al. nâpoint été oublié ne donneraient pas un démenti au malheureux impri-meur qui les a trompés, la suite de ces quatre vers, et tous les discoursquAdmète tient dans la même scène, étaient plus que suffisants pour lesempêcher de tomber dans une erreur si déraisonnable. Car Admète,bien éloigné de presser Alceste de mourir, sécrie « que toutes les morts« ensemble lui seraient moins cruelles que de la voir dans létat U«< la voit : il la conjure de lentraîner avec elle ; il ne peut plus vivre« si elle meurt : il vit en elle ; il ne respire que pour elle. »

Ils ne sont pas plus heureux dans les autres objections. Ils disent,par exemple, quEurlpidc a fait deux époux surannés dAdmète et dAl-ceste ; que lun est un vieux mari, et lautre une princesse déjà sur làge.Euripide a pris soin de leur répondre en un seul vers, U fait dire paric chœur quAlceste toute jeune, et dans la première fleur de son âge,expire pour son jeune époux.

Ils reprochent encore à Alceste quelle a deux grands enfants à marier.Comment nont-ils point lu le contraire en cent autres endroits, et sur-tout dans ce beau récit lon dépeint Alceste mourante au milieu deses deux petits enfants qui la tirent, en pleurant, par la robe, et quelleprend sur ses bras lun après lautre pour les baiser ?

Tout le reste de leurs critiques est à peu près de la force de celles-ci.Mais je crois quen voilà assez pour la défense démon auteur. Je con-seille à ces messieurs de ne plus décider si légèrement sur les ouvragesdes anciens. Un homme tel quEuripide méritait au moins qulis lexami-nassent, puisquils avaient envie de le condamner. Ils devaient sc souve-nir de ces sages paroles de Quinlilicn :« Il faut être extrêmement cireons-« pect cttrôs-rctcnuà prononcer sur les ouvrages de ces grands hommes,« de peur quil ne nous arrive, comme à plusieurs, de condamner ce« que nous nentendons pas. Et, sil faut tomber dans quelques excès,« encore vaut-il mieux pécher en admirant tout dans leurs écrits,« quen y blâmant beaucoup de choses, (î). »

(i) Modeste tamen et circnmspccto judicio de tantis virîs prontinciandumest, no, qtioil plerisque accidit, damnent qnæ non intclligunt. Ac si necesseest in altérant errare partem, omnia eortim legentibiis pîaeere, quam mnltadispliccrc , maluerim.