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Théâtre complet de J. Racine
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429
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ACTE IV, SCÈNE V.

Non , non , plus de pardon, plus d’ainour pour l’ingrate.Ma colère revient, et je me reconnois :

Immolons, en partant, trois ingrats à la fois.

Je vais à Rome; et c’est par de tels sacrificesQu’il faut à ma fureur rendre les dieux propices.

Je le dois, je le puis ; ils n’ont plus de support ;

Les plus séditieux sont déjà loin du bord.

Sans distinguer entre eux qui je liais ou qui j’aime,Allons, et commençons par Xipharès lui-même.

Mais quelle est ma fureur 1 et qu’est-ce que je dis !

Tu vas sacrifier... qui, malheureux? Ton fils!

Un fils que Rome craint! qui peut venger son pèrePourquoi répandre un sang qui m’est si nécessaire?

Ali ! dans l’état funeste où ma chute in’a mis,

Est-ce que mon malheur m’a laissé trop d’amis ?Songeons plutôt, songeons à gagner sa tendresse :

J’ai besoin d’un vengeur, et non d’une maîtresse.

Quoi ! ne vaut-il pas mieux, puisqu’il faut m’en priver,La céder à ce fils que je veux conserver ?

Cédons-la. Vains efforts, qui ne font que m’instruireDes faiblesses d’un cœur qui cherche à se séduire !

Je brûle, je l’adore; et, loin de la bannir...

Ah ! c’est un crime encor dont je la veux punir.

Quelle pitié retient mes sentiments timides ?

N’en ai-je pas déjà puni de moins perfides ?

O Moniine, ô mon fils! Inutile courroux!

Et vous, heureux Romains, quel triomphe pour vousSi vous saviez ma honte, et qu’un avis fidèleDe mes lâches combats vous portât la nouvelle 1Quoi ! des plus chères mains craignant les trahisons,

J ’ai pris soin de m’armer contre tous les poisons ;

J’ai su, par une longue et pénible industrie,

Des plus mortels venins prévenir la furie :

Ah ! qu’il eût mieux valu, plus sage et plus heureux,

Et repoussantles traits d’un amour dangereux,

Ne pas laisser remplir d’ardeurs empoisonnéesUn cœur déjà glacé par le froid des années !

De oe trouble fatal par où dois-je sortir?

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