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Théâtre complet de J. Racine
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359
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ACTE III, SCENE V.

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Ma bouche seulement eût pu le prononcer?

Mais l’un ni l’autre enfin n’était point nécessaire.

La sultane a suivi son penchant ordinaire ;

Et, soit qu’elle ait d’abord expliqué mon retourComme un gage certain qui marquait mon amour,Soit que le temps trop cher la pressât de se rendre,A peine ai-je parlé, que, sans presque m’entendre,Ses pleurs précipités ont coupé mes discours :

Elle met dans ma main sa fortune, ses jours,

Et, se fiant enfin à ma reconnaissance,

D’un hymen infaillible a formé l'espérance.Moi-môme, rougissant de sa crédulité,

Et d’un amour si tendre et si peu mérité,

Dans ma confusion, que Roxane, madame,Attribuait encore à l’excès de ma flamme,

Je me trouvais barbare, injuste, criminel.

Croyez qu’il m’a fallu, dans ce moment cruel,

Pour garder jusqu’au bout un silence perfide,Rappeler tout l’amour que j’ai pour Atalide.Cependant, quand je viens, après de tels efforts,Chercher quelque secours contre tous mes remords,Vous-même contre moi je vous vois, irritée,Reprocher votre mort à mon âme agitée ;

Je vois enfin, je vois qu’en ce môme momentTout ce que je vous dis vous touche faiblement.

Madame, finissons et mon trouble et le vôtre :

Ne nous affligeons point vainement l’un et l’autre.Roxane n’est pas loin : laissez agir ma foi ;

J’irai, bien plus content et de vous et de moi,Détromper son amour d’une feinte forcée,

Que je n’allais tantôt déguiser ma pensée.

La voici.

ATALIDE.

Juste ciel ! où va-t-il s’exposer?

Si vous m’aimez, gardez de la désabuser.

SCÈNE Y.

ROXANE, BAJAZET, ATALIDE, ZAÏRE.

ROXANE.

Venez, soigneur, venez ; il est temps de paraître,