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Théâtre complet de J. Racine
Entstehung
Seite
306
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BÉRÉNICE.

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L’amour au désespoir peut rassembler d’affreux,

Je l’ai vu dans le sien. Il pleure, il vous adore.

Mais enfin que lui sert de vous aimer encore?

Une reine est suspecte à l’empire romain.

Il faut vous séparer, et vous partez demain.

BÉRÉNICE.

Nous séparer! Ilélas, Phénice!

PUÉN1CE.

Eh bien, madame,

Il faut ici montrer la grandeur de votre âme.

Ce coup sans doute est rude, il doit vous étonner.

BÉRÉNICE.

Après tant de serments Titus m’abandonner !

Titus, qui me jurait... Non, je ne le puis croire;

11 ne me quitte point, il y va de sa gloire.

Contre son innocence on veut me prévenir.

Ce piège n’est tendu que pour nous désunir.

Titus m’aime, Titus ne veut point que je meure.

Allons le voir : je veux lui parler tout à l’heure.

Allons.

ANTiocnos.

Quoi! vous pourriez ici me regarder...

BÉRÉNICE.

Vous le souhaitez trop pour me persuader.

Non, je ne vous crois point. Mais, quoi qu’il en puisse être,Pour jamais à mes yeux gardez-vous de paraître.

(à Phénice.)

Ne m’abandonne pas dans l’état oii je suis.

Hélas 1 pour me tromper je fais ce que je puis.

SCÈNE IY.

ANTIOCHUS, ARSACE.

ANT.IOCIIUS.

Ne me trompé-je point? l’ai-je bien entendue?

Que je me garde, moi, de paraître h sa vue !

Je m’en garderai bien. Eli ! ne parlais-je pas,

Si Titus malgré moi n’eût arrêté mes pas?

Sans doute il faut partir. Continuons, Arsace.

Ellp croit m’affliger ; sa haine me fait grâce.