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Théâtre complet de J. Racine
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293
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ACTE H, SCÈNE II.

Avec le même éclat n’a pas semé mon nom ;

Ma jeunesse, nourrie à la cour de Néron,

S’égarait, cher Paulin, par l’exemple abusée,

Et suivait du plaisir la pente trop aisée.

Bérénice me plut. Que ne fait point un cœurPour plaire à ce qu’il aime, et gagner son vainqueur?Je prodiguai mon sang : tout fit place à mes armes :

Je revins triomphant. Mais le sang et les larmesNe me suffisaient pas pour mériter ses vœux :J’entrepris le bonheur de mille malheureux.

On vit de toutes parts mes bontés se répandre ;Heureux, et plus heureux que tu ne peux comprendre,Quand je pouvais paraître à ses yeux satisfaitsChargé de mille cœurs conquis par mes bienfaits 1Je lui dois tout, Paulin. Récompense cruelle ITout ce que je lui dois va retomber sur elle :

Pour prix de tant de gloire et de tant de vertus,

Je lui dirai : Partez, et ne me voyez plus.

PAULIN.

Hé quoi, seigneur! hé quoi! cette magnificenceQui va jusqu’à l’Euphrate étendre sa puissance ,

Tant d’honneurs dont l’excès a surpris le sénat,

Vous laissent-ils encor craindre le nom d’ingrat?

Sur cent peuples nouveaux Bérénice commande.

TITUS.

Faibles amusements d’une douleur si grande !

Je connais Bérénice, et ne sais que trop bienQue son cœur n’a jamais demandé que le mien.

Je l'aimai ; je lui plus. Depuis cette journée,

(Dois-je dire funeste, hélas ! ou fortunée? )

Sans avoir, en aimant, d’objet que son amour,Étrangère dans Rome, inconnue à la cour,

Elle passe ses jours, Paulin, sans rien prétendreQue quelque heure à me voir, et le reste à m’attendre.Encor, si quelquefois un peu moins assiduJe passe le moment oh je suis attendu,

Je la revois bientôt de pleurs toute trempée :

Ma main à les sécher est longtemps occupée.

Enfin, tout ce qu’Ainour a de nœuds plus puissants,Doux reproches, transports sans cesse renaissants,Soin de plaire sans art, crainte toujours nouvelle,