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Théâtre complet de J. Racine
Entstehung
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PRÉFACE

DE LA l'EEMIÈEE ÉDITION

DE BRITANN1CIJS.

l)e tous les ouvrages que jai donnés au'public, il ny en a point qulmattattiré plus dapplaudissements ni plus de censeurs que celui-ci. Quelquesoin que jaie pris pour travailler cette tragédie, il semble quautant queje me suis efforcé de la rendre bonne, autant de certaines gens se sontefforcés de la décrier. Il ny a point de cabale quils naient faite, pointde critique dont ils ne se soient avisés. Il y en a qui ont pris môme leparti de Néron contre moi : ils ont dit que j e le faisais trop cruel. Pourmoi, je croyais que le nom seul de Néron faisait entendre quelque chosede plus que cruel. Mais peut-ôtrê quils raffinent sur son histoire, et veu-lent dire quil était honnête homme dans ses premières années. Il nefaut quavoir lu Tacite pour savoir que, sil a été quelque temps un bonempereur, il a toujours été un très-méchant homme. Il ne sagit pointdans ma tragédie des affaires du dehors ; Néron est ici dans son particu-lier et dans sa famille : et ils me dispenseront de leur rapporter tous lespassages qui pourraient aisément leur prouver que je nai point de répa-ration à lui faire.

Dautres ont dit au contraire que je lavais fait trop bon. Javoue queje ne métais pas formé lidée dun bon homme en la personne de Néron :je lai toujours regardé comme un monstre. Mais cest ici un monstrenaissant : il na pas encore mis le feu à Rome ; il na pas encore tué samère, sa femme, ses gouverneurs : à cela près, il ma semblé quil luiéchappe assez de cruautés pour empêcher que personne ne le mécon-naisse.

Quelques-uns ont pris lintérêt de Narcisse, et se sont plaints que jeneusse fait un très-méchant homme et le confident de Néron. 11 suffit dunpassage pour leur répondre. Néron, dit Tacite, porta impatiemment lamort de Narcisse, parce que cel affranchi avait une conformité merveil-leuse avec les vices du prince encore cachés: Cujus abditis adhuc vitiismire congruebat.

Les autres sc sont scandalisés que jeusse choisi un homme aussi Jeuneque Britannicus pour le héros dune tragédie. Je leur ai déclaré dans lapréface dANDROMAQUE le sentiment dAristote sur le héros de la tragé-die; et que, bien loin dêtre parfait, il faut toujours quil ait quelqueImperfection. Mais je leur dirai encore ici quunjeune prince de dix-septans, qui a beaucoup de cœur, beaucoup damour, beaucoup de fran-chise et beaucoup de crédulité, qualités ordinaires dun jeune homme,ma semblé très-capable dexciter la compassion. Je nen Yeux pas da-vantage.

Mais, disent-ils, ce prince nentrait que dans sa quinizème année lors-quil mourut : on le fait vivre, lui et Narcisse, deux ans plus quils nontvécu. Je naurais point parlé de cette objection, si elle navait été faiteavec chaleur par un homme qui sest donné la liberté de faire régnervingt ans un empereur qui nen a régné que huit, quoique ce changement