ACTE I, SCÈNE 11.
Vous l’ai-je confié pour en faire un ingrat,
Pour êlre, sous son nom, les maîtres Je l’État?
Certes, plus je médite, et moins je me ligureQue vous m’osiez compter pour votre créature;
Vous, dont j’ai pu laisser vieillir l'ambitionDans les honneurs obscurs de quelque légion ;
Et moi, qui sur le trône ai suivi mes ancêtres,
Moi, fille, femme, sœur, et mère de vos maîtres.
Que prétendez-vous donc? Pensez-vous que ma voixAit fait un empereur pour m’en imposer trois?
Néron n’c6t plus enfant : n’est-il pas temps qu’il règne ?Jusqu’à quand voulez-vous que l’empereur vous craigneNe saurait-il rien voir qu’il n’emprunte vos yeux?
Pour se conduire enfin n’a-t-il pas sês aïeux?
Qu’il choisisse, s’il veut, d’Auguste ou de Tibère ;
Qu’il imite, s’il peut, Germanicus mon père.
Parmi tant de héros je n’ose me placer;
Mais il est des vertus que je lui puis tracer :
Je puis l’instruire au moins combien sa confidenceEntre un sujet et lui doit laisser de distance.
ismtRiius.
Je ne m’étais chargé dans cette occasionQue d’excuser César d’une seule action :
Mais puisque, sans vouloir que je le justifie,
Vous me rendez garant du reste de sa vie,
Je répondrai, madame, avec la libertéD’un soldat qui sait mal farder la vérité.
Vous m’avez de César confié la jeunesse ;
Je l’avoue, et je dois m’en souvenir sans cesse.
Mais vous avais-je fait serment de le trahir,
D’en faire un empereur qui ne sût qu’obéir?
Non. Ce n’est plus à vous qu’il faut que j’en réponde;Ce n’est plus votre fils , c’est le maître du monde.
J’en dois compte, madame, à l’empire romain,.
Qui croit voir son salut ou sa perte en ma main.
Ah ! si dans l’ignorance il le fallait instruire,
N’avait-on que Sénèque et moi pour le séduire?Pourquoi de sa conduite éloigner les flatteurs?
Fallait-il dans l’exil chercher des corrupteurs?
La cour de Claudius, en esclaves fertile,
Pour deux que l’on cherchait en eût présenté mille ,