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Théâtre complet de J. Racine
Entstehung
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PRÉFACE

DE BRTTANNICUS.

Voici celle de mes tragédies que Je puis dire que jai le plus travail'lée. Cependant javoue que le succès ne répondit pas dabord à mesespérances : à peine clic parut sur le théâtre, qu'il séleva quantité decritiques qui semblaient la devoir détruire. Je crus moi-môme que sadestinée serait à lavenir moins heureuse que celle de mes autres tragé-dies. Mais enfin il est arrivé de cette pièce ce qui arrivera toujours desouvrages qui auront quelque bonté : les critiques se sont évanouies; lapièce est demeurée- Cest maintenant celle des miennes que la cour etle public revoient le plus volontiers, lit si jai fait quelque chose de so-lide et qui mérite quelque louange, la plupart des connaisseurs demeu-rent daccord que cest ce môme Britannicus.

A la vérité javais travaillé sur des modèles qui mavaient extrêmementsoutenu dans la peinture que je voulais faire de la cour dAgrippine etde Néron. Javais copié mes personnages daprès le plus grand peintrede lantiquité, je veux dire daprès Tacite ; et jétais alors si rempli de lalecture de cet excellent historien, quil ny a presque pas un trait éclatant dans ma tragédie dont il ne mait donné lidée. Javais voulumettre dans ce i ecucil un extrait des plus beaux endroits que jai tâchédimiter; mais jai trouvé que cet extrait tiendrait presque autant deplace que la tragédie. Ainsi le lecteur trouvera bon que je le renvoie àcct auteur, qui aussi bien est entre les mains de tout le monde ; et jeme contenterai de rapporter ici quelques-uns de ses passages sur cha-cun des personnages que jintroduis sur la scène.

Pour commencer par Néron, il faut sc souvenir quil est Ici dans lespremières années de son règne, qui ont été heureuses, comme lon saitAinsi il ne ma pas été permis (le le représenter aussi méchant quil aété depuis. Je ne le représente pas non plus comme un homme vertueux ;car il ne la jamais été. Il na pas cncorc.tué sa mère, sa femme, ses gou-verneurs ; mais il a en lui les semences de tous ces crimes : il commenceâ vouloir secouer le joug. Il les hait les uns et les autres ; il leur cachesa haine sous de fausses caresses, factus natura velarc odiumfaîlaci-bus blanditiis. En un mot, cest ici un monstre naissant, mais qui noseencore se déclarer, et qui cherche des couleurs à ses méchantes actions ;hactenus Ncro flagitiis et sceleribus vclamcnta quœsivit. Il ne pou-vait souffrir Octavie, princesse dune bonté et d'une vertu exemplaires,falo quodam, an quia prœvalcnt illicita. Metucbaturque ne in slvprafœminarum illustrium prornmperet.

Je lui donne Narcisse pour confident. Jai suivi en cela Tacite, qui ditque Néron porta impatiemment la mort de Narcisse, parce que cct af-franchi avait une conformité merveilleuse avec les vices du prince en-core cachés ; cujus abditis adhuc vitiis mire congruebat. Ce passageprouve deux choses : il prouve, et que Néron était déjà vicieux , maisquil dissimulait scs vices ; et que Narcisse l'entretenait dans scs mauvai-ses inclinations.

Jai choisi Burrhus pour opposer un honnête homme à cette peste decour; et je lai choisi plutôt que Sénèque : en voici la raison. Ils étaienttous deux gouverneurs de la jeunesse de Néron, lun pour les armes.