Druckschrift 
Théâtre complet de J. Racine
Entstehung
Seite
168
Einzelbild herunterladen
 

168

I

<! ' :

I

LES PLAIDEURS.

LÉANDRE.

Vous ne lêtes que trop. Donnez-vous du repos;

Vous navez tantôt plus que la peau sur les os.

DANDIN.

Du repos ! Ah ! sur toi tu veux régler ton père?Crois-tu quun juge nait quà faire bonne chère,

Quà battre le pavé comme un tas de galants,

Courir le bal la nuit, et le jour les brelans?

Largent ne nous vient pas si vite que lon pense.Chacun de tes rubans me coûte une sentence.

Ha robe vous fait honte- Un fils de juge ! Ah ! fi !

Tu fais le gentilhomme : ! Dandin, mon ami,Regarde dans ma chambre et dans ma garde-robeLes portraits des Dandins : tous ont porté la robe ;

Et cest le bon parti. Compare prix pour prixLes étrennes dun juge à celles dun marquis :

Attends que nous soyons à la fin de décembre.

Quest-ce quun gentilhomme? Un pilier dantichambre.Combien en as-tu vu, je dis des plus huppés,

A souffler dans leurs doigts dans ma cour occupés,

Le manteau sur le nez, ou la main dans la poche ;Enfin, pour se chauffer, venir tourner ma broche?Voilà comme on les traite. ! mon pauvre garçon,

De ta défunte mère est-ce la leçon?

La pauvre Babonnette ! Ilélas ! lorsque jy pense,

Elle ne manquait pas une seule audience.

Jamais, au grand jamais, elle ne me quitta,

Et Dieu sait bien souvent ce quelle en rapporta :

Elle eût du buvetier emporté les serviettes,

Plutôt que de rentrer au logis les mains nettes.

Et voilà comme on fait les bonnes maisons. Va,

Tu ne seras quun sot.

LÉANDRE.

Vous vous morfondez,

Mon père. Petit Jean, remenez votre maître,Couchez-le dans son lit; fermez porte, fenêtre ;

Quon barricade tout, afin quil ail plus chaud.

PETIT JEAN.

Faites donc mettre au moins des garde-fous-haut.

DANDIN.

Quoi ! lon me mènera coucher sans autre forme?