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Théâtre complet de J. Racine
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152
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ANDROMAQUE.

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Immoler Troie aux Grecs, au fils dHector la Grèce !Tout cela part dun cœur toujours maître de soi,

Dun héros qui nest point esclave de sa foi.

Pour plaire à votre épouse, il vous faudrait peut-êtreProdiguer les doux noms de parjure et de traîtreVous veniez de mon front observer la pâleur,

Pour aller dans ses bras rire de ma douleur :

Pleurante après son char vous voulez quon me voie.Mais, seigneur, en un jour ce serait trop de joie ;

El, sans chercher ailleurs des titres empruntés,

Ne vous suffit-il pas de ceux que vous portez?

Du vieux père dHector la valeur abattueAux pieds de sa famille expirante à sa vue,

Tandis que dans son sein votre bras enfoncéCherche un reste de sang que lâge avait glacé ;

Dans des ruisseaux de sang Troie ardente plongée ;

De votre propre main Polyxène égorgée,

Aux yeux de tous les Grecs indignés contre vous :

Que peut-on refuser à ces généreux coups?

PYRRHUS.

Madame, je sais trop â quel excès de rageLa vengeance dHélène emporta mon courage ;

Je puis me plaindre à vous du sang que jai versé :

Mais enfin je consens doublier le passé.

Je rends grâces au ciel que votre indifférenceDe mes heureux soupirs mapprenne linnocence :

Mon cœur, je le vois bien, trop prompt à se gêner,

Devait mieux vous connaître et mieux sexaminer.

Mes remords vous faisaient une injure mortelle :

II faut se croire aimé pour se croire infidèle.

Vous ne prétendiez point marrêter dans vos fers :

Jai craint de vous trahir, peut-être je vous sers.

Nos cœurs nétaient point faits dépendants lun de lautreJe suivais mon devoir, et vous cédiez au vôtre.

Rien ne vous engageait à maimer en effet.

I1ERMIONE.

Je ne tai point aimé, cruel ! quai-je donc fait?

Jai dédaigné pour toi les vœux de tous nos princes :

Je tai cherché moi-même au fond de tes provinces ;

Jy suis encor, malgré tes infidélités,

Et malgré tous mes Grecs, honteux de mes bontés :